Pays provisoire

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En deux mots:
Une modiste originaire de Savoie installe sa boutique à Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle. Mais en 1917, elle est contrainte de fuir et entreprend un périlleux voyage alors que la guerre fait rage.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:
Le fabuleux destin d’Amélie Servoz

La Révolution russe et la Première Guerre mondiale vues par les yeux d’une jeune modiste installée à Saint-Pétersbourg. Un excellent premier roman.

Une page oubliée de notre histoire, la découverte de quelques archives et l’imagination de la romancière : il n’en fallait pas davantage pour réussir une belle entrée en littérature. Fanny Tonnelier s’est intéressée à la colonie française qui a émigré vers la Russie des tsars au tournant du XXe siècle. Appréciés d’une cour et d’une noblesse qui avait à cœur de s’exprimer dans la langue de Molière, ces francophones (des Suisses romands ont aussi fait le voyage, notamment comme précepteurs) ont fort souvent réussi, comme le rappelle notamment Paul Gerbod dans son Livre D’une révolution, l’autre: les Français en Russie de 1789 à 1917 : «nombreux sont les commerçants et artisans (modistes, pâtissiers, marchands de vins ou d’articles de Paris) ainsi que les industriels, les ingénieurs et les dirigeants d’entreprises ainsi que les hommes engagés dans le développement économique de la Russie et les agents bancaires à réussir leur intégration. Les professeurs de français, par exemple, ont des appointements de 1500 roubles par an (soit environ 4000 francs-or).
Pour Amélie Servoz aussi, les affaires sont florissantes. Originaire de Savoie, la modiste a pu faire ses preuves dans une boutique parisienne avant d’être repérée par la dame qui lui offrira de reprendre sa boutique de Saint-Pétersbourg. Depuis près de sept ans qu’elle es tinstalée en Russie, elle a su conquérir une clientèle aussi riche que fidèle et ses chapeaux font la mode sur les bords de la Néva.
Mais nous sommes en 1917 et la grande Histoire vient rattrapper la modeste modiste. La Révolution bolchévique s’étend et la ville est en proie à des troubles qui vont laisser des traces. Son magasin est saccagé et elle est sommé de prendre fait et cause pour ceux qui prônent l’union des prolétaires de tous les pays.
Elle va bien tenter de continuer son activité en transférant son atelier à son domicile, mais va devoir se rendre compte que c’est peine perdue et que sa vie est en danger.
Il faut fuir un pays en ébullition, mais aussi traverser une Europe en proie à la plus meurtrière des guerres.
Après des démarches administratives délicates, un peu de chance et d’entregent, elle fuit avec son amie Joséphine «un pays devenu inhospitalier, où régnaient la peur, l’angoisse, le stress et la faim.» Je vous laisse découvrir les péripéties d’un voyage mouvementé en y ajoutant simplement que le bien et le mal s’y côtoient, que quelques rencontres vont s’avérer riches d’enseignements et qu’il va dès lors devenir très difficile de ne pas être pris dans ce tourbillon d’émotions.
On sent que Fanny Tonnelier s’est solidement documentée pour nous raconter ce périple et qu’elle a pris du plaisir en écrivant la fabuleux destin d’Amélie. Un plaisir très contagieux tant les descriptions sont réussies, tant le rythme est enlevé. Voilà qui donnerait sans doute un grand film en costumes. Chapeau !

Pays provisoire
Fanny Tonnelier
Alma éditeur
Roman
256 p., 18 €
EAN : 9782362792458
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Saint-Pétersbourg, puis à Paris et en Savoie ainsi qu’en Finlande, Suède, Irlande et Angleterre.

Quand?
L’action se situe en 1917, avec des retours en arrière au tournant du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Amélie Servoz, jeune modiste d’origine savoyarde, n’a pas froid aux yeux. En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, un guide de la Russie chiné en librairie et l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Son retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich…
Fanny Tonnelier campe avec verve et finesse tout un monde de seconds rôles où les nationalités se mêlent; changeant à volonté et avec dextérité la focale, elle raconte aussi bien le détail des gestes et des métiers que l’ample vacarme d’une Révolution naissante. Elle s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu: au début du XXe siècle, de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie.

Les critiques
Babelio 
Livreshebdo (Cécilia Lacour)
Blog T Livres T Arts 
Blog Bricabook 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Le Goût des livres

Les premières pages du livre
« Cette nuit-là, Amélie ne se coucha pas. Elle laissa les épais rideaux ouverts, enñla sa robe de chambre et s’installa dans son fauteuil face àla nuit claire de juillet. Elle était triste, cafardeuse, et n’arrivait pas à dormir.
Elle ne recevait plus de courriers de ses parents depuis six mois et s’inquiétait pour eux. Son père, malgré son âge, avait été rappelé sous les drapeaux pour être ambulancier. Était-il encore en vie? C’était la première fois qu’elle se posait aussi franchement la question. Et puis la ville qu’elle avait découverte sept ans plus tôt n’était plus la même. C’était encore la période des nuits blanches, d’habitude pleines de gaieté et de rires. Mais depuis quelques semaines, les rues étaient désertes, sans le bruit familier des tramways, et les activités s’arrêtaient les unes après les autres. Manifestations, meetings politiques, défilés étaient le lot quotidien des habitants qui se terraient chez eux. Les denrées de base manquaient cruellement et le peuple avait faim. Les journaux ne paraissaient plus et les rumeurs allaient bon train, ampliñant l’inquiétude et la peur. Les nouvelles du front étaient mauvaises, les armées disloquées. Le ressentiment était général pour tout ce qui représentait l’État et l’ordre. Les gens étaient à bout, souhaitant presque qu’il y ait un choc, d’où qu’il vienne. Révolte populaire? Coup d’État? Il y avait matière à devenir pessimiste et Amélie l’était.
Soudain, dans l’après-midi, elle entendit un grondement sourd, comme les prémices d’un orage, et vit au loin une marée d’hommes et de femmes hérissée de fusils, de gourdins, de drapeaux rouges s’approchant menaçante vers la Douma. Bouleversée, Amélie avait l’impression de revivre les journées de février qui lui avaient longtemps donné des cauchemars.
En se penchant par la fenêtre, elle découvrit une foule disparate : des ouvriers, des femmes laborieuses, des étudiants, des soldats : tous avançaient presque mécaniquement, martelant le sol de leurs pieds comme pour se donner le courage d’avancer ; ils avaient l’air épuisé, sûrement affamés, soutenus par la vodka et les slogans répétés des meneurs qui avançaient fièrement devant. Certains brandissaient des armes, d’autres les portaient contre la poitrine; des voitures volées avec des mitrailleuses fixées sur les capots les encadraient. Il y avait même des canons tirés par des volontaires; tout cet armement présageait mal de l’avenir : qu’allaient-ils en faire?
Affolée, Amélie referrna la fenêtre et sursauta quand un coup de feu éclata, suivi d’une fusillade désordonnée qui déclencha la panique. Elle vit alors que des petits groupes s’étaient postés à chaque coin de rue, voulant prendre le dessus sur la police. Les tirs s’arrêtèrent puis reprirent au milieu des gens terrorisés. Des cosaques attendaient les ordres pour intervenir, jaugeant la situation pour éventuellement faire volte-face plutôt que de se faire tuer. »

À propos de l’auteur
Fanny Tonnelier, née en 1948, vit à Cunault près d’Angers. Pays provisoire est son premier roman. (Source : Éditions Alma)

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Focus Littérature

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L’été en poche (33)

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Entre mes mains le bonheur se faufile

En 2 mots
Iris s’ennuie dans sa province et cherche à s’émanciper de sa routine habituelle. Sans avertir personne, elle part pour Paris vivre une vie passionnante. Si vous vous demandez quoi lire cet été, ne cherchez plus!

Ma note
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Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Valérie Trierweiler (Paris-Match)
« Comme chacun d’entre nous peut, un jour, remettre en cause son destin ou ses propres choix, Iris démontre qu’il y a toujours la possibilité d’un ailleurs. L’héroïne fait surtout preuve d’une belle force de caractère. »

Vidéo


Agnès Martin-Lugand présente «Entre mes mains le bonheur se faufile». © Production Michel Lafon

L’été en poche (4)

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En 2 mots
Une formidable rencontre, aussi incongrue que passionnante entre un homme de la terre, chasseur de corbeaux, et une styliste parisienne. Un excellent roman, sans doute le meilleur de Serge Joncour !

Ma note
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Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Christine Ferniot (Télérama)
« Cet auteur magique et malicieux sait comme personne évoquer la vie contemporaine et ses contradictions, les peurs sociales et la beauté des âmes. Il décrit le vertige amoureux et la force des apparences sans élever le ton, gardant ce pétillement de la phrase qui permet de glisser du sourire aux larmes. »

Vidéo


Serge Joncour présente son nouveau roman. © L’Actu Littéraire.

Repose-toi sur moi

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Repose-toi sur moi
Serge Joncour
Éditions Flammarion
Roman
432 p., 21 €
EAN : 9782081306639
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi en banlieue à Sevran, Livry-Gargan, Ivry, Noisy, Nogent, Villemomble, Gagny, Bondy, Boulogne-Billancourt, Fontainebleau, Barbizon ainsi que dans d’autres régions de France telles que de la vallée du Célé, de Saint-Sauveur et Gourdon ou encore Toulouse, Annonay ou Troyes. Des voyages à l’étranger en Chine, à Istanbul, à Londres, à New York, Chicago ou à Rio et Singapour sont évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien.
Dans ce roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement, aimer semble être la dernière façon de résister.

Ce que j’en pense
Fort souvent la rencontre fortuite de deux personnes qui, à priori, n’ont rien de commun donne un résultat intéressant. Le filon a beaucoup été utilisé au cinéma, il est ici au cœur du nouveau – et formidable – roman de Serge Joncour.
«L’écrivain national» dresse tout d’abord le portrait de Ludovic aussi impressionnant par ses mensurations que posé dans son attitude, une sorte d’ours solitaire mais zen, qui vient de la vallée du Célé dans le Lot et travaille à Paris ou plus souvent en banlieue. Il est chargé de recouvrer des dettes auprès de particuliers. Un métier difficile, mais qui lui convient mieux que de rester enfermé dans un bureau.
De l’autre côté de son petit appartement vit Aurore, son mari, et ses deux enfants. Elle conçoit des modèles pour une entreprise de prêt-à-porter, jongle avec ses rendez-vous et l’emploi du temps de ses enfants et croise à peine un mari qui est plus souvent occupé à ses affaires, brasser des millions, que soucieux du bien-être de sa famille.
Quand Aurore croise Ludovic, elle prend peur. Cet homme imposant ne lui dit rien qui vaille. Il va toutefois se montrer avenant et l’aider à se débarrasser de corbeaux qui ont envahi la petite cour. En montant l’escalier pour le remercier, elle va croiser une voisine à laquelle elle n’avait pas vraiment fait attention et se rend compte combien sa vie, comme des milliers de Parisiens, se passe à courir sans vraiment s’intéresser aux autres. Et que cet homme est justement l’antithèse de ceux qu’elle côtoie au quotidien, capable d’actes désintéressés, capable d’attention. Un refuge. D’ailleurs c’est Ludovic qui sera là le jour où le chauffe-eau a brutalement lâché et qu’une inondation menaçait l’appartement puis l’immeuble tout entier.
Aussi est-ce presque malgré eux qu’ils vont aller l’un vers l’autre, attirés par une soif commune de remplir le vide de leur existence.
« En se serrant contre cet homme, en s’y plongeant avec tout ce qu’elle mobilisait de forces, elle embrassait l’amour et le diable, la peur et le désir, la mort et la gaîté, elle avait la sensation de se perdre en plein vertige dans ces bras-là, d’être embarquée dans une spirale qui n’en finirait jamais de les avaler. Désormais ils n’étaient plus neutres tous les deux, ils n’étaient plus ces deux amants fugaces que tout sépare. Â compter de ce jour, elle se sentait irrémédiablement liée à cet homme, de fait ils étaient enchaînés, ligotés, réunis…»
Chevalier servant et chevalier blanc, Ludovic va alors aussi aider Aurore lorsque cette dernière se verra confronter à une basse manœuvre de son associé afin de l’évincer de la société qui porte son nom pour produite à bas coût à l‘étranger et étendre la gamme des produits. Avec un associé lui aussi sans scrupules, il veut faire de la marque «Aurore Dessage» une machine à cash. Des adversaires qui sont d’un autre calibre que sont que Ludovic côtoie chaque jour. Il va bien vite s’en rendre compte, mais voudra mettre un point d’honneur à faire plier les escrocs. Un jeu dangereux qui va finir par mettre en péril les deux amants.
On savait Serge Joncour excellent observateur de notre quotidien, sachant parfaitement mettre en scène les milieux qu’il décrit sans oublier les détails qui crédibilisent le récit. Avec le sens de la formule qu’on lui connaît, il ajoute encore une dimension supplémentaire à ce roman, à savoir une tension palpable dès les premières lignes et qui ne quittera pas le lecteur jusqu’au bout, si bien qu’on ne voit pas passer les 427 pages qui mènent à l’épilogue. Du très grand art que j’imagine bien voir récompensé par un Prix littéraire, même si les jurés du Goncourt ne semblent pas encore l’avoir lu jusqu’ici.

Autres critiques
Babelio
Télérama (Christine Ferniot)
ELLE (Adèle Bréau)
20 minutes (Laurent Bainier)
La Croix (Bruno Frappat)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog A l’ombre du noyer 
Blog A bride abattue

Extrait
« Aurore s’engouffre dans l’escalier allumé et avale les soixante-huit marches jusqu’à chez elle, soixante-huit marches en comptant les cinq premières du perron, soixante-huit marches qu’elle monte dans une totale colère, convaincue que cette fois elle n’est plus à l’abri de rien, cette fois c’est jusque dans sa cour que la violence la rattrape, le seul endroit où elle se sentait protégée jusque-là, elle se dit que finalement elle va la commander cette petite bombe lacrymogène qu’elle a vue sur Internet, cette fois elle a besoin d’un objet qui la rassure, quitte à en asperger les corbeaux eux-mêmes, comme tout ce qui l’agresse, cette fois elle est prête à les éradiquer, tous, à ne plus se défendre mais à attaquer. »

A propos de l’auteur
Serge Joncour est l’auteur de dix livres, parmi lesquels, aux éditions Flammarion, UV (Prix France Télévision 2003), L’Idole (2005), Combien de fois je t’aime (2008), L’Homme qui ne savait pas dire non (2010), L’Amour sans le faire (2012) et L’écrivain national (2014). L’Amour sans le faire et L’écrivain national sont en cours d’adaptation cinématographique. (Source : Éditions Flammarion)

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Focus Littérature

Entre mes mains le bonheur se faufile

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Entre mes mains le bonheur se faufile

Agnès Martin-Lugand
Michel Lafon
Roman
333 p., 16,95 €
ISBN: 9782749922096
Paru en juin 2014
Version poche parue en mai 2015

Où?
L’action se situe principalement à Paris et dans une ville de province qui n’est pas nommée, située à trois heures de distance.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.
Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…
Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.

Ce que j’en pense
****

Cela commence un peu comme pour Emma Bovary : une jeune femme s’ennuie dans sa province et cherche à s’émanciper de sa routine habituelle. Toutefois, nous ne sommes plus au temps de Flaubert et il y a une autre voie pour s’épanouir que de trouver un amant : suivre son rêve de jeunesse et créer des robes.
Mais pour démissionner d’un travail alimentaire et s’inscrire dans une école de couture à Paris, il faut un électrochoc. C’est lors du sempiternel repas dominical chez les parents qu’il se produit. Iris apprend presque fortuitement que ses parents, qui voyaient d’un mauvais œil ce choix de carrière, lui ont caché qu’elle avait été acceptée dans l’école pour laquelle elle avait postulé afin qu’elle intègre plutôt une école de commerce. « J’avais trente et un ans, un mari bien plus préoccupé par sa carrière que par sa femme – qui venait de se rappeler que nous devions avoir une famille nombreuse ; un travail dont le seul mérite était de m’empêcher de tourner dingue, seule et perdue dans ma grande maison vide. Je n’étais que la femme de Pierre. Rien d’autre.»
Vient alors l’heure de la révolte. Sans avertir personne, Iris trouve une école prête à l’accueillir, démissionne et se trouve une chambre de bonne à Paris. Une remise en cause totale qui, on s’en doute, va déstabiliser tout le monde.
Pour Pierre, on le découvrira bien plus tard, les choses ne sont pas aussi difficiles qu’il veut le faire croire. Quant à Iris, ses premiers succès auront vite fait de compenser ses angoisses. Car Marthe, la responsable et propriétaire de l’école, va non seulement assurer sa formation mais aussi lui montrer comment prendre sa place dans le milieu parisien. Et puis, il y a Gabriel, beau jeune homme chargé par feu le mari de Marthe de gérer ses affaires. Séducteur invétéré, il va tenter de conquérir le cœur d’Iris. Qui sait jusqu’où elle peut aller dans le marivaudage…
Après le formidable succès de Les gens heureux lisent et boivent du café dont on devrait voir bientôt l’adaptation au cinéma, le second livre d’Agnès Martin-Lugand (qui vient de paraître en poche) confirme son talent de romancière. On n’a aucune peine à s’identifier aux personnages et aux situations, car on a tous vécu ou été témoin de ce genre de conflits familiaux, voire de problèmes conjugaux. Quand après les premières années, la routine s’installe. Quand, en faisant le point sur son existence, on se dit que la réalité n’est pas vraiment en conformité avec ses rêves de jeunesse.
Il y a cependant une autre voie que celle de la résignation, celle que choisit Iris. Certes risquée et même dangereuse, mais ô combien plus enrichissante. Et qui, en offrant d’autres perspectives, va aussi lui permettre de se (re)construire un avenir. Si vous vous demandez quoi lire cet été, ne cherchez plus !

Autres critiques
Babelio
Paris Match (Valérie Trierweiler)
La Presse
Blog Livr’heure de mots

Extrait
« On s’en va, dis-je à Pierre.
— Bien sûr, rentrons à la maison.
— Oh Iris, reste là, c’est bon, me dit mon frère.
— Ils ont tout foutu en l’air. Je n’ai plus rien à faire dans une maison, une famille où personne ne me respecte ! Vous n’êtes que des…
— Des quoi ?
— Vous êtes petits, coincés, à l’esprit étriqué. Je la dégueule, votre vie… Bande de réac’ !
Mon père se leva brusquement.
— Ne compte pas revenir ici sans t’être excusée.
Je le regardai bien droit dans les yeux. Pierre me fit reculer et me glissa à l’oreille de ne pas aller trop loin.
— Ça n’arrivera jamais, ce n’est pas à moi de m’excuser.
— La colère d’Iris est légitime, renchérit mon mari.
Soutenue par lui, je quittai peut-être pour toujours la maison de mon enfance. Pourrais-je jamais leur pardonner ? J’en doutais.

Une fois dans la voiture, je fondis en larmes. Pierre me prit dans ses bras par-dessus le levier de vitesse. Il frottait mon dos et me murmurait des paroles de réconfort.
— Tu m’aurais laissée faire mon école ? lui demandai-je en reniflant.
— Mais oui, me dit-il après un petit temps. Allons-y, ne traînons pas là.
Il me lâcha, je repris ma place, et il démarra. Je regardai par la vitre sans rien distinguer. Qu’aurais-je vu de toute manière ? Une ville bourgeoise un dimanche après-midi, autant dire une ville fantôme. J’essuyai rageusement mes larmes. Le sentiment d’injustice, l’indignation prenaient le dessus. Je bouillonnais de l’intérieur. J’avais envie de tout casser, de tout envoyer promener. Pourquoi mes parents s’étaient-ils toujours acharnés après moi ? Que leur avais-je fait pour mériter ça ? Ils avaient été incapables d’écouter mes envies, d’entendre que je souhaitais être première d’atelier de couture. Quel mal y avait-il à ça ? J’avais passé mon temps à me battre contre eux, à chercher à leur prouver que je pouvais y arriver. J’avais continué de coudre, même lorsqu’ils avaient refusé que je fasse un CAP, même lorsqu’ils avaient décidé de mes études supérieures. Je les avais nargués des années durant en installant ma machine à coudre sur la table de la salle à manger, en portant exclusivement des vêtements de mon cru, en évoquant les commandes que me passaient mes amies, leurs mères… »

A propos de l’auteur
Agnès Martin-Lugand est l’auteur des best-sellers Les gens heureux lisent et boivent du café et Entre mes mains le bonheur se faufile. Le premier s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires en France et sera bientôt adapté au cinéma. La vie est facile, ne t’inquiète pas en est la suite. (Source : Editions Michel Lafon)
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