Torrentius

THIBERT_torrentius 
RL_automne-2019  coup_de_coeur

En deux mots:
Le roi Charles Ier d’Angleterre dépêche Rigby, son émissaire particulier aux Pays-Bas pour y dénicher des œuvres d’art pour sa collection particulière à caractère pornographique. Ce dernier va tomber sur un artiste du nom de Torrentius dont l’art le fascine. Mais les autorités néerlandaises n’apprécient guère ce personnage truculent…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le peintre qui se moquait des conventions

À partir des quelques éléments biographiques connus, Colin Thibert nous fait découvrir la vie et l’œuvre du peintre néerlandais Torrentius et nous offre tout à la fois un roman d’aventures et un manifeste pour la liberté de création.

Sa fiche Wikipédia est très concise: «Johannes Symonsz (Jan) van der Beeck, né en 1589 à Amsterdam et mort le 17 février 1644 à Amsterdam, mieux connu sous le nom de Johannes Torrentius, est un peintre néerlandais. Soupçonné d’être membre des Rose-Croix, il est arrêté, torturé et condamné en 1627 à 20 ans d’emprisonnement. Le roi Charles Ier d’Angleterre qui admirait ses œuvres intervint en sa faveur et obtint sa relaxe après deux années de prison. Torrentius resta 12 ans en Angleterre comme peintre de la Cour, puis retourna en 1642 à Amsterdam, où il mourut deux ans plus tard. Son tableau le plus célèbre (et a priori le seul à lui avoir survécu par miracle après la destruction de toute sa production hollandaise sur ordre de la justice après sa condamnation pour hérésie et immoralité), Nature morte avec bride et mors (ci-dessous), conservé au Rijksmuseum d’Amsterdam, a donné son titre à un recueil d’essais sur la Hollande du XVIIe siècle du poète polonais Zbigniew Herbert (réédition Le Bruit du temps, 2012).

TORRENTIUS_nature_morteIl connaissait personnellement Jeronimus Cornelisz, un apothicaire frison devenu négociant pour le compte de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), connu pour avoir été en juin 1629 l’instigateur d’une des mutineries les plus sanglantes de l’histoire, à bord du navire Batavia et après son naufrage dans les Houtman Abrolhos, archipel corallien au large de l’Australie, le bourreau de son équipage et de ses passagers.»
À partir de cette biographie succincte l’imagination de Colin Thibert va faire merveille. Il va imaginer que le personnage de Rigby, l’émissaire personnel du roi Charles Ier d’Angleterre à qui ce dernier va confier la mission d’écumer les cabinets d’artistes néerlandais pour le fournir en œuvres d’art pour ses collections royales. Mais, derrière ce mandat officiel, il devra aussi chercher pour son cabinet privé des œuvres licencieuses, que la morale très rigoriste de l’époque interdit formellement.
Ce dernier va tomber à Haarlem sur un sacré personnage. Torrentius, qui signe ses tableaux V.d.B. (son vrai nom est Van der Beeck), est un épicurien, fort en gueule, amateur de bonne chère et de femmes légères. Son œil pétillant et ses joues couperosées peuvent en témoigner. Mais cela ne l’empêche nullement d’être un artiste remarquable, notamment dans la réalisation de gravures à caractère pornographique, dans lesquelles il n’hésite pas à se représenter lui-même. Sûr de lui et de ses alliés, il n’hésite d’ailleurs pas à la provocation, en particulier lorsqu’il a trop bu.
Mais bientôt les choses vont se gâter et les autorités s’intéresser à ce sulfureux concitoyen. En faisant parler Klaas, son assistant, ils vont trouver matière à procès :
«Suborner le domestique de Torrentius, l’amener à témoigner contra son maître, c’est l’une des idées que Van Sonnevelt, assoiffé de vengeance, est venu proposer un jour au bailli nouvellement désigné. Velsaert a estimé l’offre recevable. Il s’agit, après tout, de confondre un blasphémateur, un être amoral et pervers, peut-être même un athée. Quand on œuvre pour la cause qui est la sienne, tous les moyens sont bons.»
Torrentius n’a que faire des avertissements, il travaille avec ardeur pour satisfaire les commandes. Mais le filet se resserre et il finit «par se faire coffrer». Ce qu’il pensait n’être qu’une simple péripétie va le conduire à un procès inique et à une condamnation d’une sévérité exemplaire. Il faudra l’intervention du roi d’Angleterre pour lui permettre de prendre l’exil. Mais cet épisode l’aura marqué durablement et il ne retrouvera plus son regard pétillant et son inspiration.
Colin Thibert a trouvé le style qui sied à ce genre d’épopée. Parfaitement documenté, son imagination a fait le reste pour nous offrir un roman où l’aventure et la truculence des personnages prend le pas sur la biographie. Ce faisant, il donne au lecteur beaucoup de plaisir à suivre cet artiste et, comme le graveur, à nous livrer une réflexion sur le rôle de l’artiste, sur la rigueur protestante, mais aussi sur la duplicité des hommes et des âmes. On se régale !

Torrentius
Colin Thibert
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
128 p., 15 €
EAN 9782350875378
Paru le 22/08/2019

Où?
Le roman se déroule aux Pays-Bas, à Haarlem et en Angleterre.

Quand?
L’action se situe au XVIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans l’austère Haarlem du XVIIe siècle, Johannes van der Beeck peint, sous le nom de Torrentius, les plus extraordinaires natures mortes de son temps et grave sous le manteau des scènes pornographiques qui se monnayent à prix d’or…

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« C’est une petite eau-forte d’une obscénité remarquable. Dans le désordre d’un lit, une femme nue, cambrée, qu’un homme prend par-derrière, une main lutinant le téton gauche, l’autre soulevant la jambe droite à la pliure du genou. Les seins, le ventre et les cuisses ont le luisant des charcuteries de qualité. La gravure est si fine que l’on pourrait compter les poils du pubis. La femme a un visage enfantin et doux, ses lèvres sont gonflées par le plaisir. L’homme parait avoir le double de son âge: cheveux longs, frisés, bouc hérissé, face congestionnée. Sous la broussaille des sourcils, ses yeux brillent autant que le gros diamant qu’il porte à l’oreille.
– Alors, monsieur Brigby? Que voyez-vous?
Avec sa longue barbe, ses cheveux blancs et sa calotte, Houtmans a l’air d’un sage docteur du sanhédrin. Trompeuse apparence, il n’est qu’épicier.
– Je vois… je vois l’accouplement d’un satyre et d’une nymphe, répond Brigby dont le teint a viré au carmin. Oppressé, il respire à petits coups dans la touffeur de la boutique.
– C’est bien plus que cela, monsieur.
– Que voulez-vous dire? Cette scène aurait-elle un sens caché?
Après un temps, Houtmans chuchote:
– Il s’agirait d’un autoportrait…
– Comment cela?
– Eh bien, l’artiste s’est représenté en fornicateur.
– Vous m’en direz tant ! Et la femme?
– Quelle importance? C’est une putain connue sous le nom de Zwantie.
– Elle paraît si jeune, murmure Brigby, reportant son attention sur la gravure.
– Le vice n’a pas d’âge.
– Certainement.
Brigby toussote et demande:
– Vous en avez d’autres?
Houtmans retire avec précaution l’un des tiroirs du grand meuble à épices et le pose sur le comptoir. Des parfums de poivre et de girofle se répandent. D’une cache, il sort une liasse de papier vélin nouée d’un ruban de satin vert qu’il défait. Lissant les estampes du plat de la main, il les présente, l’une après l’autre, à la curiosité avide de son client. Toutes figurent d’énergiques scènes de copulation traitées avec la même crudité, le même souci du détail. Le blanc laiteux des chairs féminines est mis en valeur par des noirs veloutés, profonds. Les hommes sont en demi-teintes. Priapiques et lubriques, tous ressemblent peu ou prou, si Houtmans a dit vrai, à l’auteur des eaux fortes dont le monogramme, V.d.B., figure en has à droite de l’image.
– Combien demandez-vous du lot? s’enquiert Brigby.
Houtmans annonce un prix, l’Anglais se récrie, indigné.
Dans le registre qu’il tient d’une plume appliquée, Brigby note ce soir-là: «Un lot d’estampes de belle facture figurant des scènes mythologiques. Total: soixante florins.» Au terme d’un marchandage serré, il a payé plus de quatre fois cette somme à Houtmans. L’extrême rareté de telles images et leur qualité exceptionnelle justifient leur prix. En détenir est un délit passible de la prison, voire du bûcher selon les juridictions.
Grand amateur d’art, le roi Charles Ier d’Angleterre, qui n’est pas homme à faire les choses à moitié, s’est fixé pour but de constituer la plus belle collection d’Europe. II a commencé par racheter des œuvres de peintres célèbres à des pairs endettés, il a surtout chargé Sir Dudley Carleton, En connaisseur, d’écumer le plat pays pour son compte lorsqu’il y était son ambassadeur. En quittant les Provinces-Unies pour assumer d’autres fonctions, Sir Dudley Carleton a trouvé en Brigby un rabatteur impitoyable et compétent. Il fallait également qu’il fût d’une discrétion à toute épreuve car le roi est aussi friand de pornographie. »

À propos de l’auteur
Né en 1951 à Neuchâtel, Colin Thibert est écrivain et scénariste pour la télévision. Il a longtemps pratiqué le dessin et la gravure. En 2002, il a reçu le prix SNCF du Polar pour Royal Cambouis (Série Noire, Gallimard). Son dernier roman, Un caillou sur le toit, a paru en 2015 chez Thierry Magnier. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

Site Wikipédia de l’auteur

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« Ni victime, ni coupable, ni sainte… » 

LAFON_Hearst_police

En deux mots:
Vous croyez lire la reconstitution de l’affaire Patricia Hearst, vous suivez la trace d’une enseignante à l’université et de son assistante et vous découvrez un roman sur les choix qui nous guident, sur les rencontres qui nous construisent.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

« Ni victime, ni coupable, ni sainte… » 

 

S’appuyant sur l’affaire Patricia Hearst qui a tenu l’Amérique du milieu des années 70 en haleine, Lola Lafon nous offre une profonde réflexion sur le libre-arbitre et sur ces rencontres qui transforment une vie.

Refermant Mercy, Mary, Patty, on se sait trop s’il faut d’abord admirer la virtuosité narrative, la mise en perspective d’un fait divers ô combien exemplaire ou l’astucieuse construction de ce roman qui nous permet de confronter des opinions sans que jamais une version ne s’impose à nous. Ce qui est en revanche certain, c’est que le cas Patricia Hearst est tout aussi passionnant que le cas Nadia Comaneci mis en perspective dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais.
Petit rappel historique : Patricia est la petite-fille de William Randolph Hearst, le magnat le plus emblématique de la presse (c’est lui qui inspirera Orson Welles pour Citizen Kane). Le 4 février 1974 elle est enlevée sur le campus de Berkeley par un groupe de jeunes révolutionnaires réunis sous la bannière de l’armée de libération symbionaise (ALS). En guise de rançon, ils réclament le versement de nourriture pour un montant de 70 dollars à tous les pauvres de la côte Est.
Mais ce qui donnera à ce kidnapping une aura retentissante, c’est que quinze jours plus tard Patricia prendra fait et cause pour ses ravisseurs, déclare désormais s’appeler Tania et ira même jusqu’à perpétrer un hold-up avec ses ex-geôliers. Elle sera arrêtée deux mois plus tard, jugée et condamnée à sept ans de prison, avant d’être grâciée par le président Jimmy Carter. Au terme de deux années d’incarcération, elle épousera son gardien de prison et se lancera dans une carrière cinématographique.
Mais Lola Lafon prend ses distances avec cette histoire, à la fois en laissant le temps s’écouler et en centrant son récit non sur les témoins de l’affaire, mais sur des personnes chargées d’apporter leur concours à la justice.
En 1975, en vue du procès, on demande à Gene Neveva, une universitaire installée dans le Sud-Ouest de la France, d’éclairer la Cour sur le profil de l’accusée, car elle est spécialiste de la psychologie des captives. Pour la seconder, elle va réclamer le concours d’une étudiante dont le mandat sera tout sauf simple : « Vous avez quinze jours pour trouver dans le carton débordant de photocopies de quoi rédiger une expertise qui innocentera cette gamine autour de laquelle la presse américaine s’affole à l’approche de son procès. Quinze jours pour trancher, qui est la vraie Patricia, une marxiste terroriste, une étudiante paumée, une authentique révolutionnaire, une pauvre petite fille riche, héritière à la dérive, une personnalité banale et vide qui a embrassé une cause au hasard, un zombie manipulé, une jeune fille en colère qui tient l’Amérique dans le viseur. » Parmi les prétendantes, elle optera pour Violaine, la plus sage et la plus effacée.
C’est à une narratrice partie aux Etats-Unis sur les pas de cette professeur d’université que l’auteur va confier le récit écrit à la seconde personne du pluriel : « Je vous suppose entre vos lignes, dans Mercy Mary Patty je cherche celle que Violaine m’a dépeinte. » Une forme qui permet de confronter les opinions, de changer d’angle du vue, voire de contrebalancer les arguments. Si la famille Hearst entend «sauver» Patricia en engageant une personne qui démontrera qu’elle n’avait plus son libre-arbitre, qu’elle avait subi une sorte de lavage de cerveau, Violaine n’a d’autre mandat que d’analyser et de rédiger des fiches. Mais sa rencontre avec Gene autant que celle qu’elle fera par procuration avec Patricia vont la pousser dans une direction opposée. Et si ce qu’écrit Patricia était vrai ? Et s’il fallait donner du crédit à cette version que fait de l’héritière une captive dans sa famille trouvant sa liberté avec ses ravisseurs?
On pourra voir, comme dans une dissertation de philosophie, la thèse développée par Gene, l’antithèse confiée à Violaine et la synthèse confiée à la narratrice.
Loin d’être une biographie d’une fille riche ou un roman sur l’affaire Patricia Hearst, c’est à une vraie réflexion sur la liberté que Lola Lafon nous invite. Quel est le poids du milieu social dans nos choix, y-a-t-il une autre voie possible? Ne sommes-nous pas d’abord le fruit de nos rencontres ? Notre conscience politique, notre conscience critique ne se développe-t-elle pas avec les expériences que nous vivons? L’auteur nous laissera juges en proclamant dans le préambule du livre que Gene publiera sous le titre Mercy Mary Patty : « On ne trouvera dans ces pages ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionnaire. » À moins que…

Mercy, Mary, Patty
Lola Lafon
Éditions Actes Sud
Roman
240 p., 19,80 €
EAN : 9782330081782
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis et en France, dans un village des Landes.

Quand?
L’action se situe de 1974 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

« Faire un pas de côté et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compagnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des «ennemis de la civilisation» de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes: Patricia Hearst.
Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille: que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde «civilisé» auquel on se devrait de prêter allégeance. » L. L.

Autres critiques
Babelio
20 Minutes (2 minutes pour choisir)
France Culture (émission «Par les temps qui courent» – Marie Richeux)

Les premières lignes:
« Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille.
Mercy Mary Patty, votre ouvrage publié en 1977 aux Etats-Unis, leur est dédié, qui vient d’être réédité, augmenté d’une préface signée par vous et d’une courte note de l’éditeur. Il n’est pas encore traduit en France. Il se termine par des remerciements ainsi que votre biographie, depuis l’obtention de vos diplômes en littérature américaine, histoire et sociologie jusqu’aux postes que vous avez occupés: Chicago University 1973, collège des Dunes, France, 1974-75, lectrice à l’université de Bologne en 1982 et enfin Smith College, Northampton Massachussets. Des articles parus ces derniers mois dans la presse universitaires soulignent l’importance de vos recherches, les magazines s’interrogent sur ce qu’ils appellent votre « retour en grâce ». Le New Yorker vous consacre deux colonnes : « Une théorie controversée : Gene Neveva et ses jeunes filles chavirées, de Mercy Short en 1690 à Patricia Hearst en 1974. »
Le libraire de Northampton glisse votre livre dans une pochette de papier brun, il se montre curieux de mon choix, l’affaire Hearst est de l’histoire ancienne, vous venez d’Europe n’est-ce-pas, vous avez votre lot de jeunes filles toxiques en ce moment, celles-là qui affichent leur allégeance à un Dieu comme on s’amourache d’un acteur, Marx, Dieu, question d’époque… Vous êtes étudiante à Smith College je parie, continue-t-il, si vous cherchez à rencontrer l’auteure, son numéro de téléphone est dans l’annuaire des professeurs.
Mais je ne vous cherche pas. Votre bureau est au premier étage du bâtiment devant lequel je passe chaque matin mais ça n’a pas d’importance car je ne vous cherche pas, je vous suppose. Au librairie j’explique la raison de ma présence ici, je prononce votre nom, je raconte, je dis Mme Neveva comme si vous étiez à nos côtés et que vous m’en imposiez, je dis Neveva à la façon de vos élèves françaises qui vous vénéraient et dont je n’ai pas été, Neveva Gene arrivée dans une petite ville du Sud-Ouest au mois de janvier 1974, jeune enseignante qui à l’automne 1975 punaise à la hâte une feuille de papier dans les deux boulangeries de la ville, cherche étudiante très bon niveau d’anglais oral et écrit, job temps plein d’une durée de quinze jours. Adultes s’abstenir. URGENT.»

À propos de l’auteur
Née en 1974 dans le Nord de la France, Lola Lafon a grandi en Bulgarie, puis dans la Roumanie de Ceausescu que ses parents choisissent de fuir à la fin des années 1980. Outre des études d’anglais, elle se passionne pour la danse, le théâtre et la musique. Elle fonde d’ailleurs un groupe en 2000, Leva, avec lequel elle enregistrera un album très remarqué. En 2003, Lola Lafon se distingue avec la parution de son premier roman, Une fièvre impossible à négocier (Babel n°1405). Cette militante féministe, qui fréquenta un temps les squats, signe d’autres ouvrages parmi lesquels Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Babel n°1248) et La petite communiste qui ne souriait jamais (Babel n°1319). Cette évocation romanesque de la vie de la gymnaste Nadia Comaneci lui vaudra un grand succès en librairie, de nombreuses traductions et une flopée de récompenses.
Dans le domaine musical, Lola Lafon compte deux albums à son actif : Grandir à l’envers de rien (Label Bleu / Harmonia Mundi, 2006) et Une vie de voleuse (Harmonia Mundi, 2011). (Source : Éditions Actes Sud / Lire)
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Mercy, Mary, Patty

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce qu’avec La Petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon a montré qu’elle pouvait se saisir d’un sujet original – la vie et l’œuvre de la gymnaste Nadia Comaneci – pour nous livrer une réflexion originale sur la place du sport et du corps des jeunes filles dans la politique et la société.

2. Parce qu’à l’instar de The Girls d’Emma Cline qui recréait la secte autour de Charles Manson et son expédition meurtrière qui a notamment coûté la vie à Sharon Tate, elle choisit un fait divers qui a secoué l’Amérique pour raconter une époque, pour creuser les failles d’une société en proie au doute. L’Affaire Patricia Hearst, enlevée en 1974 par des «révolutionnaires» dont elle ne tarde pas à épouser la cause, n’a pas fini de faire des vagues!

3. Parce que la fiction permet de questionner la version officielle et ce fameux «syndrome de Stockholm» qui contraindrait les otages à adopter le point de vue des ravisseurs et aurait entraîné Patricia Hearst sur la mauvaise pente. Les parcours de Mercy Short et Mary Jamison viennent étayer cette conviction.

4. Parce que les deux femmes imaginées par Lola Lafon, Gene Neveva et Violaine, sont de générations différentes et nous offrent un regard croisé sur les événements.

5. Pour cette promesse signée Véronique Rossignol dans Livres Hebdo : «Ce beau personnage ambigu de passeuse de flambeau bouscule, dérange, provoque, encourage à penser large. »

Lola Lafon sera présent aux manifestations suivantes :
Le Livre sur la Place à Nancy du 08 au 10 septembre 2017
Forum Fnac Livres du 15 au 17 septembre 2017 à Paris

Mercy, Mary, Patty
Lola Lafon
Éditions Actes Sud
Roman
240 p., 19,80 €
EAN : 9782330081782
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

« Faire un pas de côté et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compagnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des «ennemis de la civilisation» de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes: Patricia Hearst.
Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille: que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde «civilisé» auquel on se devrait de prêter allégeance. » L. L.

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France Culture (émission «Par les temps qui courent» – Marie Richeux)

Les premières lignes:
« Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille.
Mercy Mary Patty, votre ouvrage publié en 1977 aux Etats-Unis, leur est dédié, qui vient d’être réédité, augmenté d’une préface signée par vous et d’une courte note de l’éditeur. Il n’est pas encore traduit en France. Il se termine par des remerciements ainsi que votre biographie, depuis l’obtention de vos diplômes en littérature américaine, histoire et sociologie jusqu’aux postes que vous avez occupés: Chicago University 1973, collège des Dunes, France, 1974-75, lectrice à l’université de Bologne en 1982 et enfin Smith College, Northampton Massachussets. Des articles parus ces derniers mois dans la presse universitaires soulignent l’importance de vos recherches, les magazines s’interrogent sur ce qu’ils appellent votre « retour en grâce ». Le New Yorker vous consacre deux colonnes : « Une théorie controversée : Gene Neveva et ses jeunes filles chavirées, de Mercy Short en 1690 à Patricia Hearst en 1974. »
Le libraire de Northampton glisse votre livre dans une pochette de papier brun, il se montre curieux de mon choix, l’affaire Hearst est de l’histoire ancienne, vous venez d’Europe n’est-ce-pas, vous avez votre lot de jeunes filles toxiques en ce moment, celles-là qui affichent leur allégeance à un Dieu comme on s’amourache d’un acteur, Marx, Dieu, question d’époque… Vous êtes étudiante à Smith College je parie, continue-t-il, si vous cherchez à rencontrer l’auteure, son numéro de téléphone est dans l’annuaire des professeurs.
Mais je ne vous cherche pas. Votre bureau est au premier étage du bâtiment devant lequel je passe chaque matin mais ça n’a pas d’importance car je ne vous cherche pas, je vous suppose. Au librairie j’explique la raison de ma présence ici, je prononce votre nom, je raconte, je dis Mme Neveva comme si vous étiez à nos côtés et que vous m’en imposiez, je dis Neveva à la façon de vos élèves françaises qui vous vénéraient et dont je n’ai pas été, Neveva Gene arrivée dans une petite ville du Sud-Ouest au mois de janvier 1974, jeune enseignante qui à l’automne 1975 punaise à la hâte une feuille de papier dans les deux boulangeries de la ville, cherche étudiante très bon niveau d’anglais oral et écrit, job temps plein d’une durée de quinze jours. Adultes s’abstenir. URGENT.»

À propos de l’auteur
Née en 1974 dans le Nord de la France, Lola Lafon a grandi en Bulgarie, puis dans la Roumanie de Ceausescu que ses parents choisissent de fuir à la fin des années 1980. Outre des études d’anglais, elle se passionne pour la danse, le théâtre et la musique. Elle fonde d’ailleurs un groupe en 2000, Leva, avec lequel elle enregistrera un album très remarqué. En 2003, Lola Lafon se distingue avec la parution de son premier roman, Une fièvre impossible à négocier (Babel n°1405). Cette militante féministe, qui fréquenta un temps les squats, signe d’autres ouvrages parmi lesquels Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Babel n°1248) et La petite communiste qui ne souriait jamais (Babel n°1319). Cette évocation romanesque de la vie de la gymnaste Nadia Comaneci lui vaudra un grand succès en librairie, de nombreuses traductions et une flopée de récompenses.
Dans le domaine musical, Lola Lafon compte deux albums à son actif : Grandir à l’envers de rien (Label Bleu / Harmonia Mundi, 2006) et Une vie de voleuse (Harmonia Mundi, 2011). (Source : Éditions Actes Sud / Lire)
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