Seuls les enfants savent aimer

CALI_Seuls-les-enfants-savent-aimer

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Un petit garçon de six, derrière lequel il est aisé de retrouver l’auteur, doit apprendre à vivre sans sa mère qui vient d’être enterrée. Un premier roman touchant, un appentissage de la vie construit sur un fort traumatisme.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La vie sans elle

« 7 janvier, six ans, Vernet-les-Bains, enterrement de maman, interdiction d’y aller, ai tout vu de la chambre, volet mal fermé, ne pas pleurer. » Tout est dit, ou presque.

De Bruno Caliciuri, alias Cali, on connaissait l’habileté à associer des paroles fortes à des musiques pop-rock. De Rage, son livre d’entretien avec Didier Varrod, on sait l’origine de ses engagements, de sa famille italienne et espagnole, de son attachement au pays catalan. De la superbe chanson qui donne aussi son titre à ce premier roman Seuls les enfants savent aimer, on comprend que l’amour dont il est ici question est d’autant plus fort qu’il a la pureté d’une grande étendue blanche:
La neige est tombée cette nuit
La neige c’est l’or des tout petits
Et l’école sera fermée
Seuls les enfants savent aimer
À la fenêtre j’ai chaud au ventre
La neige n’a pas été touchée
Dehors la rue qui se tait
Seuls les enfants savent aimer
Je passerai te prendre
Nous irons emmitouflés
Marcher sur la neige les premiers
Seuls les enfants savent aimer
Nous marcherons main dans la main
Nous marcherons vers la forêt
Et mon gant sur ton gant de laine
Nous soufflerons de la fumée
Nous ne parlerons pas
La neige craquera sous nos pas
Tes joues roses tes lèvres gelées
Seuls les enfants savent aimer
Mon ventre brûlera de te serrer trop fort
De là-haut le village
Est une vieille dame qui dort
La neige est tombée cette nuit
La neige c’est l’or des tout petits
Et l’école sera fermée
Seuls les enfants savent aimer
Dès les premières lignes, on comprend que la personne à la fenêtre est un petit garçon de six ans qui vient de perdre sa mère. « 7 janvier, six ans, Vernet-les-Bains, enterrement de maman, interdiction d’y aller, ai tout vu de la chambre, volet mal fermé, ne pas pleurer. » S’il n’y a pas d’école en ce jour, c’est parce que le défunte était l’institutrice de ce petit village des Pyrénées-Orientales, au pied du Canigou.
À la douleur vient s’ajouter la colère, car Bruno n’est pas autorisé à accompagner les autres membres de la famille à l’enterrement, sans doute histoire pour le préserver.
Mais de la chambre où il est consigné, il voit ou devine presque tout de la cérémonie.
Et comprend qu’il lui faudra désormais apprendre à vivre sans la personne la plus importante de sa vie, même s’il lui reste frères et sœur, même s’il lui reste son père,
Même s’il lui reste Octave et tata Marcelle, leur chienne Diane, même s’il lui reste Arlette Buzan, la très bonne amie, son mari René et leurs enfants Bruno, Lili et Domi.
Il a beau les aimer tous, le vide demeure béant.
Il est où est le bonheur, il est où? Bruno en trouve des miettes dans la compagnie de son frère Aldo, de sa sœur Sandra qui, à douze ans, a pris les rênes du ménage «elle sauve comme elle peut notre famille du naufrage». Il y a aussi les repas du dmanche soir chez les Buzan quand il a droit aux câlins d’Arlette. « S’il reste un peu de joie, nous nous pressons pour la goûter autant que possible. »
Il ya enfin Alec, le vrai copain qui souffre avec lui et la belle Carol, sorte de fée qui rayonne dans toute la cour de l’école. Carol qui lui offrira un sourire quand il dansera avec elle une sardane, la traditionnelle danse catalane. Un instant pendant lequel il peut humer goût du bonheur. Comme quand, avec un ballon improvisé, il parvient à marquer entre le pylône électrique et l’escalier, le terrain de rugby improvisé.
Mais l’absence, la douleur, le mal qui le ronge ressurgissent aussi. Dans le regard des élèves, dans les yeux de son père qui a pris l’habitude de faire un détour pa rle bistrot avant de rentrer et qui veut noyer son désespoir avec le père de Franck Guitard, sans savoir que derrière la vitre Aldo, Bruno et Franck étaient les témoins muets et tristes de leur déchéance. « On se tenait là, tendus, le nez collé à la vitre, face au drame. Unis par la peine de nos pères qui se donnaient en spectacle, deux chiens abandonnés par la vie. »
Une appendicite suivie d’une péritonite ne va pas arranger les choses, pas plus que le colonie de vacances, vécue comme une nouvelle épreuve, même si Patricia, la fille du directeur, avec ses longs cheveux roux bouclés «comme du feu en cascade», ses petites tâches de rousseur et sa poitrine généreuse le divertira le temps d’un rêve éveillé.
Au fil des pages, on sent la fragilité du petit garçon, on aimerait le prendre sous notre aile, l’encourager, lui dire que le temps soignera ses blessures. Toutefois, dans cette longue lettre adressée à sa mère, c’est la sensibilité à fleur de peau qui fait preuve de la plus grande lucidité : « Ton enterrement s’éloigne un peu plus chaque jour. Ce que je sens, ce que je ressens, ce sont ces jours qui glissent les uns sur les autres. Chacun efface le précédent. Pourtant je distingue tout avec précision. Je suis toujours derrière ces volets, me demandant si je passerai toute ma vie caché, à regarder la procession. » Un roman fort, une superbe déclaration d’amour. Un premier roman très réussi.

Signalons que Cali sur à la Librairie 47° Nord à Mulhouse le vendredi 23 mars à 20h

Seuls les enfants savent aimer
Cali
Éditions Le Cherche-Midi
Roman
192 p., 18 €
EAN : 9782749156385
Paru le 18 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, dans les Pyrénées-Orientales, à Vernet-les-Bains, Saint-Cyprien-village et Saint-Cyprien-Plage. On y évoque aussi Arbois, dans le Jura.

Quand?
L’action se situe à la fin du siècle dernier.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’enfance et ses blessures, sous la plume de Cali.
Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

Les critiques
Babelio 
Culturebox (Odile Morain)
L’Humanité (Victor Hache – entretien avec l’auteur)
Blog Les lectures de Gabyelle

//embedftv-a.akamaihd.net/92323c5a6032a9d35abd699d5f4e69dd
Cali présente son roman Seuls les enfants savent aimer © Production Grand Soir 3

Les premières pages du livre
« L‘heure que je n‘ai pas vécue. Ton enterrement. Ils m’ont dit de rester à la maison, et je me retrouve là, dans ta chambre, près du lit. Je vois leur peine. Et leurs larmes sous le soleil. Je vois à travers le volet mal fermé. Ça pleure, ça gémit, ça se tient par les mains. Les uns derrière les autres, à petits pas. Ils empruntent la route qui mène à Ia place de l’Entente-Cordiale. Ensuite, tu le sais, ça monte et on arrive au pied de l’église.
Papa se tient derrière la voiture noire. Papa, c’est le plus costaud. Ses bras sont des ailes. Il tient mon frère sous un bras, de l’autre il serre fort mes sœurs. Suit une famille d’oncles, de tantes, de cousins, et après d’autres personnes, des grands et des petits, des jeunes et des vieux, portant tous des vêtements noirs. Je perçois leurs visages. Je connais chacun d’eux : nom, prénom, tête et expressions. Ma famille, les proches, les gens du village : ils sont tous là.
Je n’ai pas le droit d’être avec eux. Ils ont dit que j’étais trop jeune pour affronter la mort. Pas de taille pour être à tes côtés, marcher avec eux derrière toi. Si, je te le jure maman. Trop jeune pour voir ce truc en bois descendre dans le trou creusé au cimetière. Là-bas, il y a aussi des gens que je connais. Deux employés de mairie, avec leur couleur de cendre. Je sais comment ils vont te recouvrir de terre et t’enfermer dans la nuit. Seulement, le « petit » ne doit pas entendre le bruit de Ia boîte au fond du trou, ce bruit sourd et profond quand tu toucheras le fond de ta dernière cabane.
J’ai six ans. Et je suis seul à guetter depuis cette chambre plongée dans le noir. Ils vont bientôt revenir de là-bas, du chemin creux derrière l‘église. J‘ai six ans at j‘attends. J‘attends quoi ? Je ne sais pas. Que mon grand frère Aldo revienne. Qu’on s’amuse un peu. Je n’ai pas le droit d‘être triste. non ? J’ai envie que ces volets s‘ouvrent. envie de lumière. être sous le soleil de ton enterrement…
Aujourd’hui, il n’y a pas école. Impossible de toute façon. C’est toi la maîtresse. Nous sommes le 7 janvier. La date est sur le réveil posé près de ton lit, maman.
7 janvier. six ans, Vemet-les-Bains, enterrement de maman, interdiction d’y aller, ai tout vu de la chambre, volet mal fermé, ne pas pleurer.
Notre appartement est juste au-dessus de ta classe. On vit ici tous les six. C’est grâce à toi, grâce à ton métier qu’on a cette maison.
Je suis content de retrouver notre maison. Bien sûr, j‘aime beaucoup tonton Octave et tata Marcelle, mais je suis parti trop longtemps de chez moi. J’aime bien aussi leur chienne Diane, toute petite, toute minuscule. Leur bébé à eux. Tata Marcelle lui met même des pulls quand il fait trop froid. Eh oui. ça existe des pulls pour chiens. La preuve, elle en tricote. Papa a dit qu’il fallait que tu te reposes. maman. Alors, je suis parti là-bas.
Rue des Baux. C’est là qu‘est leur maison. Au bout de la rue, en bas du village, numéro 8. Tonton, sa passion c’est son jardin japonais, immense comme le monde avec des arbres tout petits. Il faut le voir s’affairer, tonton, parmi ces vies minuscules. Ces arbres de quelques centimètres frémissent dans l’air et dessinent un paradis de quelques mètres carrés. Depuis mon arrivée, je trace des petites routes de cailloux blancs. Elles Went entre des minicactus et des arbres nains. J‘exécute ma tâche délicatement, essayant de ne rien bousculer de mon corps de petit devenu un jardinier géant. »

Extraits
« Ton enterrement s’éloigne un peu plus chaque jour. Ce que je sens, ce que je ressens, ce sont ces jours qui glissent les uns sur les autres. Chacun efface le précédent. Pourtant je distingue tout avec précision. Je suis toujours derrière ces volets, me demandant si je passerai toute ma vie caché – à regarder la procession. Les jours s’allongent, portent un peu plus le soleil en eux. La nuit éloigne ses filets. Je peux jouer un peu plus tard dans la rue. Elle sent le printemps qui tend ses bras; elle est parfumée de la naissance des choses qui s’ouvrent à la lumière.
C’est la rue des Écoles, mon terrain de jeu. Foot et rugby. D’un côté, tout au bout, l’escalier en pierre, escaladé mille fois par jour pour retrouver Alec. Un grand pylône électrique s’y dresse: il compose avec l’escalier de parfaits poteaux de rugby. »

« Mais l’alcool n’a pas peur des hommes forts. Il plonge comme une lame jusqu’au fond du cœur. »

« Les jours passent. Et avec les jours les nuits. Je suis toujours dans la chambre blanche. Le blanc, ça n’a rien à voir avec le printemps, les fleurs qui reviennent, la chaleur qui vous enveloppe. Rien à voir. Le blanc, c’est la couleur de la mort. »


Tcheky Karyo lit les premières pages de Seuls les enfants savent aimer © Production éditions du Cherche-Midi

À propos de l’auteur
Auteur, compositeur et interprète français plusieurs fois primé, Cali s’est fait connaître du grand public grâce, entre autres, à ses chansons C’est quand le bonheur? ou Elle m’a dit. Chanteur engagé, il a fait l’objet de deux livres d’entretiens. Dans Cali & Miossec: rencontre au fil de l’autre (Le Bord de l’eau, 2006), les auteurs Yves Colin et Grégoire Laville, en compagnie du photographe Claude Gassian, questionnent les deux musiciens sur leur parcours et leurs prises de position. Dans Rage (Plon, 2009), Cali se confie à Didier Varrod. (Source : Livres Hebdo / Le Cherche-Midi)

Site internet de l’auteur
Page Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#seulslesenfantssaventaimer #cali #lecherchemidi #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #VendrediLecture #NetGalleyFrance

Publicités

Zéro K

DELILLO_Zero_K

logo_avant_critique

Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Don DeLillo fait partie, surtout depuis L’homme qui tombe, des auteurs que j’aime retrouver.

2. Parce qu’il explore un sujet qui m’intéresse. Don DeLillo le résume ainsi: «Le titre fait référence à la mesure de la température : le K est celui de Kelvin et zéro K, c’est le zéro absolu, soit – 273,15 degrés Celsius. Le roman se passe dans une zone très isolée du monde et s’intéresse à la cryogénisation, cette technique de congélation des morts dans l’espoir de les faire revivre un jour, peut-être même de manière permanente.»

3. Parce que Nelly Kaprièlan, dans les Inrocks, souligne que « Chaque roman de Don DeLillo dégage une aura prophétique – ou métaphysique et philosophique. En tout cas, un parfum de mystère. Celui-ci est encore décuplé avec Zero K: l’écrivain s’attaque à la vie après la mort, dans les deux premiers tiers du roman, en nous entraînant au laboratoire Convergence, un centre de cryogénisation (ambiance SF garantie). »

4. Parce que, comme le dit Jean-Louis Legalery le message de Don DeLillo semble clair et je suis en parfait accord avec lui, « à savoir que l’espoir selon lequel le progrès technologique puisse constituer une solution à la mortalité relève de la plus haute plaisanterie (tout comme la religion dans l’esprit de l’auteur) et éloigne les humains dangereusement de ce qui doit être leur préoccupation majeure, la vie quotidienne, ici et maintenant. »

5. Pour cette critique élogieuse de Michel Schneider dans Le Point: « Un très beau livre, une fable « sci-fi » sur l’avenir de l’Amérique et le nôtre, montrant à nouveau comment le langage du capitalisme nous fait parler, et à quel point la cyberculture de masse programme nos cerveaux et définit nos relations personnelles et sociales. Mais aussi une méditation atrocement glaçante, c’est le cas de le dire, sur ce que Norbert Elias a appelé la solitude des mourants. Autant dire qu’en des temps où méditer sur la mort semble devenir une manie ringarde et mourir une maladie évitable — pour les riches en tout cas — il est urgent de lire Zero K. »

Zero K
Don DeLillo
Éditions Actes Sud
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Kerline
304 p., 22,80 €
EAN : 9782330081560
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Choisir de mourir pour prendre la mort de vitesse, décider de se transformer en créature-éprouvette dans l’attente de jours meilleurs afin de revenir au monde en être humain augmenté et radicalement inédit, telle est l’offre de Zero K, un centre de recherches secret. Son principal actionnaire, le richissime Ross Lockhart, décide de faire appel à ses services pour son épouse, atteinte d’une maladie incurable, et convoque son fils unique pour assister à la fin programmée de la jeune femme consentante.
Un roman d’une puissance et d’une portée rares, tant sur le plan littéraire que philosophique.

Les critiques
Babelio
BibliObs (Didier Jacob)
La règle du jeu (Christine Bini)
Télérama (Nathalie Crom)
Diacritik (Jean-Louis Legalery)
Libération (Mathieu Lindon)
En attendant Nadeau (Steven Sampson)
Blog Les carnets du Pr. Platypus
Le Temps (André Clavel)
Grazia (Sylvain Bourmeau – entretien avec l’auteur)
Fragments de lecture… les chroniques littéraires de Virginie Neufville

Les premières lignes du livre
« Tout le monde veut posséder la fin du monde.
C’est ce que déclara mon père, debout près des fenêtres à petits carreaux de son bureau de New York – gestion de fortune, transmission de patrimoine, marchés émergents. Nous partagions un moment rare, contemplatif, impression parachevée par ses lunettes de soleil à l’ancienne, qui faisaient entrer la nuit. En observant les œuvres d’art dans la pièce, diversement abstraites, je commençai à comprendre que le silence prolongé qui avait suivi sa remarque n’appartenait à aucun de nous deux. Je pensai à son épouse, la deuxième, l’archéologue, celle dont l’esprit et le corps défaillant allaient bientôt dériver, à l’heure dite, dans le grand vide.
Ce moment me revint en mémoire quelques mois plus tard et une moitié de monde plus loin. J’étais assis, ceinture bouclée, à l’arrière d’un break blindé aux vitres fumées, aveuglé de part et d’autre. Le chauffeur, séparé par une cloison, portait un maillot de football et un pantalon de survêtement dont le renflement, à hauteur de hanche, indiquait une arme de poing. Après une heure de trajet sur de mauvaises routes il arrêta la voiture et dit quelque chose dans son micro de poitrine. Puis il tourna la tête de quarante-cinq degrés en direction du siège passager arrière droit. Ce que j’interprétai comme une invite à déboucler ma ceinture et à sortir.
Ce trajet était la dernière étape d’un voyage marathon et, en descendant du véhicule, je m’immobilisai un instant, étourdi par la chaleur, mon sac de voyage à la main, tandis que mon corps se dénouait. J’entendis le moteur redémarrer et me retournai. La voiture repartait vers l’aérodrome privé, unique objet mobile en vue, bientôt enveloppé par la terre ou la lumière déclinante ou tout simplement l’horizon. »

Extrait
« Il sourit, adopta une attitude de fausse réminiscence, puis changea de physionomie, en manipulateur rompu, et s’adressa à moi d’un ton sec.
“Pense à ici, à ce que c’est, à qui est ici. Imagine la fin de tous les petits malheurs minables que tu as accumulés depuis des années. Pense au-delà de l’expérience personnelle. Laisse ça derrière toi. Ce qui se passe dans cette communauté n’est pas seulement la création d’une science médicale. Il y a des sociologues dans l’opération, des biologistes, des futurologues, des généticiens, des climatologues, des neuroscientifiques, des psychologues, des éthiciens, si c’est le mot juste. niveaux. Tous les esprits vitaux. Du global English, d’accord, mais aussi d’autres langues. Des traducteurs sont nécessaires, humains et électroniques. Il y a des philologues qui concoctent une langue élaborée, unique, pour la Convergence. Les racines, inflexions, même les gestes. Les gens l’apprendront et la parleront. Une langue qui nous permettra d’exprimer des choses que nous ne savons pas exprimer aujourd’hui, de voir des choses que nous ne voyons pas encore, de nous voir nous-mêmes et les autres d’une manière qui nous unisse et élargisse tous les possibles.”
Il s’envoya une ou deux gorgées supplémentaires, puis porta son verre à son nez et le renifla. Il était vide, maintenant.
“Nous prévoyons que le site que nous occupons actuellement deviendra, avec le temps, le cœur d’une nouvelle métropole, peut-être un État indépendant, différent de tous ceux que nous avons connus. C’est le sens de mon propos quand je me présente comme un homme sérieux.
— Avec un sérieux fric.
— Du fric, oui.
— Des masses.
— Et d’autres donateurs. Des individus, des fondations, des corporations, des fonds secrets de divers gouvernements par le biais de leurs services de renseignements. Cette idée est une révélation pour des gens avisés dans de nombreuses disciplines. Ils comprennent que le moment est venu. Pas seulement dans le domaine des sciences et de la technologie, mais de la politique et même de la stratégie militaire. Une autre façon de penser et de vivre.” »

À propos de l’auteur
Don DeLillo s’est aujourd’hui imposé comme un auteur culte sur le plan international. Il a obtenu les distinctions littéraires les plus prestigieuses dont The National Book Award, The Pen / Faulkner Award pour l’ensemble de son œuvre et The Jerusalem Prize en 1999. En France, toute son œuvre est publiée par Actes Sud. (Source : Éditions Actes Sud)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#zerok #dondelillo #editionsactessud #actessud #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #MardiConseil #VendrediLecture #littérature #lecture #lire #lectrices #lecteurs

L’été en poche (15)

ROGER_trente_six_chandelles_P

Trente-six chandelles

En 2 mots
Un livre sur la mort qui met de bonne humeur, à moins qu’il ne s’agisse d’un livre sur la vie et la façon que nous avons de la gérer… Marie-Sabine Roger a cet art délicat de raconter des histoires profondes sans en avoir l’air, avec un humour construit sur l’absurdité de quelques situations et quelques métaphores bien senties.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Nathalie Levieux (Librairie A LIVR’OUVERT, Paris)
« Dans la famille Decime, les hommes ne font pas de vieux os ! Ils meurent tous lors de leur 36ème anniversaire. Et aujourd’hui c’est au tour de Mortimer Decime d’arriver à l’âge fatidique. Résigné, il a quitté son travail, vendu sa voiture et il attend que la mort vienne…
Mais l’heure passe et il est toujours vivant… Que faire maintenant de cette vie qui n’était pas prévue ? De l’optimiste, de l’humour, des personnages hauts en couleur… Un beau roman humaniste. »

Vidéo


Marie-Sabine Roger présente «Trente-six chandelles». © Production librairie Mollat.

Le cœur à l’aiguille

GONDOR_Le_coeur_a_laiguille

En deux mots
Leïla a un jour l’idée de coudre les lettres de son compagnon parti au loin pour en faire une robe. Une activité qui lui fait revivre tous les moments forts de sa vie. Un premier roman délicat, mais un peu court.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Le cœur à l’aiguille
Claire Gondor
Éditions Buchet-Chastel
Roman
96 p., 10 €
EAN : 9782283030547
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en France, en banlieue parisienne. On y évoque L’Afghanistan et Kaboul, Le Soudan et Khartoum ainsi qu’un lieu à la campagne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Alors elle l’a préparée, jour et nuit, sa robe de mariage, avec ses mots à lui, et si elle le pouvait, elle les coudrait à même sa peau, elle se les tatouerait à l’aiguille et au fil, sur les seins et sur les hanches, pour en sentir la morsure, pour ne jamais être distraite de lui. »
Banlieue parisienne, années 2000. Soir après soir, Leïla se penche sur son chef-d’œuvre d’encre et de papier : une robe constituée des cinquante-six lettres que lui a adressées Dan, son promis parti au loin.
Au fil des chapitres se dessine la trame de leur histoire commune : leurs rencontres, leur complicité, leur quotidien, les petits riens qui donnent à tout amour son relief si particulier. Chaque missive fait ressurgir un souvenir, un paysage, une sensation, qui éclairent peu à peu la géographie de leur intimité passée.
Un premier roman délicat où l’on suit l’aiguille qui raccommodera le cœur meurtri d’une jeune fiancée.

Ce que j’en pense
Court roman? Longue nouvelle? Après tout qu’importe, puisque seul compte le plaisir que l’on prend à découvrir cette histoire aussi originale que prenante.
Tout commence par une séance photo dans un bel endroit à la campagne. Si le photographe est satisfait de ses prises de vue, son modèle, une jeune femme en robe de mariée, a le regard un peu perdu.
Mais on n’en saura pas davantage pour le moment, car Claire Gondor revient en arrière et nous entraîne alors dans le quotidien de Leïla. Au fil des pages, on comprend que cette jeune femme vit séparée de son homme. Dan est parti dans un pays chaud, laissant Leïla à une solitude bien difficile à combler. Toutefois, un peu comme au temps des croisades où les épouses comblaient l’attente du retour de leurs preux chevalier en effectuant des travaux d’aiguille, Leïla crée une robe avec son bien le plus précieux: les lettres qu’elles reçoit régulièrement de Dan et qui l’émeuvent tant. Elle ne sait trop comment est né cette idée, mais elle y voit un moyen de conjurer son sort funeste « La vie n’attendait pas que Leïla se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser au fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin. »
Si on ne saura jamais vraiment quelle mission a été confiée à Dan, on va en apprendre un peu plus sur leur relation, leur rencontre, leur amour naissant et leur projet de mariage. On va aussi aussi découvrir que Leïla vient d’Afghanistan. Un pays qu’elle a fui avec sa famille et dont elle conserve la nostalgie. Des souvenirs entretenus par sa tante Fawzia, détentrice des belles histoires, des légendes et des recueils de poésie qui vont nourrir l’imaginaire de sa nièce autant que sa mélancolie.
L’auteur brode son récit jusqu’à la 54e et dernière lettre, posant en quelque sorte la dernière pièce d’un puzzle qui révèle alors l’œuvre dans sa totalité. C’est finement joué, tellement même que l’on aurait aimé suivre cette belle langue encore un peu plus. Après avoir publié des recueils de nouvelles et des poèmes, c’est un peu comme si Claire Gondor n’avait pas osé franchir totalement le pas vers le «vrai» roman. Quoiqu’il en soit, on se réjouit de cette découverte et on attend le prochain roman, plus étoffé, avec impatience !

68 premières fois
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
L’avis de Mireille Le Fustec sur Babelio

Autres critiques
Babelio 
Page des Libraires (Frédérique Franco)
Blog Les fanas de livres

Les premières pages du livre 

Extrait
« Elle n’avait jamais imaginé qu’un parfum pût l’émouvoir à ce point, qu’il pût l’ appeler tout entière, la mettre en mouvement, faire tressaillir son ventre. Son odeur comme un coup de sifflet la convoquant-sur-le-champ. Elle aurait pu passer des heures à le respirer ainsi, muette, le souffle court, les reins noués, jusqu’à sentir en elle quelque chose s’élargir, un instinct prendre forme, une faim brutale, carnassière, sans bride montrer soudain les crocs. Son odeur singulière, sa signature, attisait chez Leïla le sauvage. » (p. 48)

À propos de l’auteur
Claire Gondor est née à Amiens et a grandi à côté de Dijon. Elle est aujourd’hui directrice de médiathèques à Langres. Elle a fondé en 2014 une compagnie de création d’événements littéraires, L’Autre Moitié du Ciel. Elle est par ailleurs engagée dans de multiples associations, à titre personnel ou professionnel : ainsi a-t-elle fait partie de la Commission Communication de l’Association des Bibliothécaires Français, et elle est toujours au bureau de l’ABF Bourgogne. Le Cœur à l’aiguille est son premier roman. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

Page Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=2283030544&asins=2283030544&linkId=c77003de9243f29010d20879ca119a4d&show_border=true&link_opens_in_new_window=false&price_color=333333&title_color=0066c0&bg_color=ffffff

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lecoeuralaiguille #clairegondor #editionsbuchetchastel #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #buchetchastel #unLivreunePage #livre #lecture #books

La téméraire

WESTPHAL_La_temeraire

En deux mots
Sali et Bartoloméo vivaient heureux jusqu’au jour où un AVC prive l’épouse de son mari et les deux enfants de leur père. On découvre alors qu’« il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre ».

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La téméraire
Marine Westphal
Éditions Stock
Roman
144 p., 16,50 €
EAN : 9782234081901
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule à Cheval entre l’Espagne et la France, à Bielsa en Catalogne, à Vielle-Aure et Saint-Lary dans les Hautes-Pyrénées ainsi qu’à Toulouse.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »
Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.
La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Ce que j’en pense
Une image, un diagnostic ainsi qu’une question vont sans doute hanter le lecteur au moment de refermer ce livre poignant. Il y a d’abord ce décor, un lit médicalisé installé dans la pièce à vivre – la si mal nommée – d’un petit pavillon. Un homme immobile l’occupe, surveillé par une femme qui n’a plus d’âge.
Le diagnostic est sans appel, il tient en trois lettres : AVC. « Que s’était-il passé ? Une grenade avait pété dans la tête de Lo Meo. À qui la faute, voilà le plus dur. Ils avaient dit qu’à ce stade même une rognure d’ongle aurait suffi, ses vaisseaux étaient devenus si petits, un rien pouvait faire barrage. Faire barrage. Couper la circulation. Route barrée, vies au caniveau. Un accident vasculaire cérébral comme un embouteillage en pleine campagne, l’horizon mangé par le dos rond des bagnoles. »
Pour l’épouse et pour ses enfants commence alors l’une des pires épreuves d’une vie, résumée dans cette phrase cinglante « il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre ».
Avec Sali, qui a choisi de veiller son mari jusqu’à l’épuisement, on se demande alors comment on réagirait dans une telle situation, tout en espérant ne jamais avoir à être confronté à ce drame. « Elle commença à violenter ses méninges à la recherche de son rôle dans l’histoire, la fin de leur histoire ; sa place n’était pas à côté, les bras chancelants et le cerveau pilonné, elle était avec. »
Pour un premier roman, Marine Westphal fait preuve d’une belle maîtrise dans la construction de cette histoire et surtout d’une écriture sèche, sans fioritures, sans pathos. De la sensibilité sans sensiblerie en quelque sorte. Mais un sens de la formule choc, d’où cette incroyable force qui se dégage de ce court roman que l’on prend comme un coup de poing et qui fait mal, nous laisse exsangues.
Mais Sali ne jette pas l’éponge et décide de remonter sur le ring, « car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et ses forces ; ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l’impolitesse du vent et les grands espaces. » Même si elle doit faire fi des conventions, se heurter à ses enfants qui ne comprennent pas cette initiative, « elle avait encore le droit d’essayer de faire ça pour lui : sauver sa mort, puisqu’elle ne pouvait sauver sa vie. »
Après trente-six ans de vie commune et d’un bel amour qui ne peut s’éteindre sans un dernier geste, nous voilà entraînés dans un ultime voyage, une dernière randonnée… inoubliable.

68 premières fois
Blog de PatiVore
Blog L’ivresse littéraire (Amandine Cirez)
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog T Livres T Arts
LibFly (Catherine Airaud)
Blog Zazymut 
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Le blog d’Eirenamg 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les coups de cœurs de Béné (Bénédicte Junger)

Autres critiques
Babelio 
Blog Le quotidien Julia
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)


Présentation de son ouvrage par l’auteur (Production Librairie Mollat)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Sali, brisée tel un fétu de paille, face au lit où Lo Meo faisait le mort, tassée le cul glissant, la colonne vrillée, les épaules déboîtées à la recherche d’une position nouvelle pour veiller celui qui la quittait. Ou peut-être l’avait déjà quittée. Elle n’en savait rien et n’en saurait rien, jamais. Après tout, qu’est-ce qui restait, à part ce corps ? Elle guettait un signe, une réponse, quelque chose qui donne raison à son espoir. Elle butait contre ses yeux clos. Sortir se laver les cheveux revenait à jeter à la fosse toutes ces heures bâtardes passées à guetter la paupière qui tressaute, le doigt qui frémit dans sa main à elle, le cil qui s’envole et échoue, minable, sur la pommette ramollie de son mari. »

A propos de l’auteur
Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman. (Source : Éditions Stock)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature


Badge Lecteur professionnel

Tags:
#editionsstock #RL2017 #roman #rentreelitteraire #68premieresfois #latemeraire #marinewestphal

Les séances

jacob_les_seances

En deux mots
Eva la photographe prend la route pour rejoindre sa sœur Liv. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les épisodes marquants de leur vie, de leurs parcours respectifs. Un roman sensible et poétique qui explore l’essentiel.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les séances
Fabienne Jacob
Éditions Gallimard
Roman
142 p., 15 €
EAN : 9782070196692
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans l’Est de la France, notamment le long de l’autoroute Metz-Luxembourg ainsi qu’en Moselle, notamment à Sarreguemines-Frauenberg.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Eva est photographe de mode pour enfants. Un appel pressant de sa sœur Liv l’oblige à revenir séance tenante dans son village natal de la frontière franco-allemande. Sur l’autoroute, souvenirs et pensées affluent et se bousculent à bord de la voiture de location : son rapport, parfois cynique, aux enfants qu’elle prend en photo, son enfance avec Liv, qui soigne aujourd’hui les gens à coups de petites phrases énigmatiques, et aussi les visites rendues à Irène, leur mère, perdue dans les méandres de sa mémoire défaillante. Au terme de ce long voyage sur l’autoroute rectiligne, Eva n’est plus la même.
Ce roman est celui d’une modification intérieure. Mêlant les temps et les portraits de trois femmes aux prises avec leur époque, il sonde en profondeur les rouages d’une société fondée sur le profit, le court terme, et remet en question la place de l’enfant et celle de la femme. Sa construction non linéaire est rythmée par des séances qui s’entrechoquent et s’éclairent les unes les autres. D’une écriture limpide, ce livre est une ode à la possibilité, loin des itinéraires tout tracés, de bifurquer. D’échapper.

Ce que j’en pense
Un beau et court roman qui le temps d’un voyage vers la frontière entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg, va donner à Eva l’occasion de faire le point sur sa vie, sur ses relations avec sa sœur Liv et sa mère Irène. Un temps qui offre aussi, avec mélancolie et poésie, l’occasion de s’interroger sur les choses graves. Sur la vie et la mort, sur la famille, la naissance, sur la sensualité et le désir, sur le Corps – pour reprendre le titre d’un précédent roman de Fabienne Jacob.
Si Eva a pris la route, c’est qu’elle répond à l’appel de sa demi-sœur Liv. Leurs différents parcours se rejoignent autour du titre du roman : toutes deux pratiquent des séances.
Eva est une photographe reconnue, directrice d’un magazine dont elle a eu l’idée et dont elle est aussi la principale photographe. Ses séances tournent beaucoup autour des portraits, notamment d’enfants, dont elle sait comme personne sonder les mystères : « En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’expression. »
Liv est pour sa part l’héritière « du don de sa mère Irène et de sa grand-mère Biwi, elle poursuivait leurs pratiques. Les mains de trop femmes soulageaient lumbagos, migraines, sciatiques, mais aussi chagrins et mélancolies. »
C’est ainsi que sa pratique a évolué vers la psychothérapie, mais de manière assez étonnante. Après avoir écouté ses patientes (elle ne reçoit quasiment jamais d’hommes dans son cabinet), qui mettent leur ventre au centre de tout, « certaines s’estimant trop visitées, d’autres pas assez, d’autres jamais, la plupart, mal. Presque toutes se disent insatisfaites à cet endroit de leur corps. » Liv prononce une seule phrase. Ainsi à cette femme venue se plaindre de ne pas avoir d’enfant, dont le «désir est un chemin de croix», elle dira «Rentre chez toi, ouvre grand ta fenêtre et jettes-y ton thermomètre.» Quelques mois après, elle tombera enceinte.
Au fil des kilomètres qui passent, des paysages qui défilent, on accompagne l’histoire d’Eva et de Liv, mais aussi celle de cette région.
De cette promenade dans le vieux cimetière juif de Frauenberg qui est situé sur la frontière entre le France et l’Allemagne (et où j’ai aussi traîné mes pas étant enfant) jusqu’à cette Lorraine du charbon et de l’acier qui n’a plus charbon ni acier, ou si peu. « Personne n’y a jamais cru mais un jour la bête est devenue peau de chagrin, le festin avait eu une fin, il y a eu à nouveau un jour et une nuit, le ciel est devenu comme partout ailleurs, bleu le jour noir la nuit, les hauts-fourneaux n’ont plus craché, les villes se sont tues, les villes sont devenues propres et silencieuses, tout a fermé.
Une évolution qui vient étrangement en résonnance avec le destin d’Irène, mère biologique de l’une et adoptive de l’autre, qui décline jour après jour dans une maison de retraite, fort peu justement baptisée Sérénité.
Elle retrouvera bientôt les anges, comme les suffixes de ces villes traversées, Florange, Hayange, Hagondange… Des suffixes qui «faisaient toujours la roue, la parade de paon se fout des mutations économiques.»

Autres critiques
Babelio
La Croix (Patrick Kéchichian)
Le littéraire.com (Jean-Paul Gavard-Perret)
La semaine.fr (Anne de Rancourt)
Blog Cathulu
Blog Le tourneur de pages

Les premières pages du livre 

Extrait
« En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’Expression. Quelque chose qui nous appartient en propre, une combinaison unique de mille traits qui nous différencient du voisin, mais quand cette chose éclate sur la page du magazine Lamb, les autres, ceux qui la regardent, se l’approprient et la reconnaissent aussitôt comme leur. De singulière, l’expression devient universelle. Cette chose possède aussi un autre pouvoir, celui de faire affluer à la seconde chez celui qui regarde la photo des désirs, des souvenirs et des sensations par centaines »

A propos de l’auteur
Fabienne Jacob a grandi à Guessling-Hémering en Lorraine, où elle a vécu jusqu’à ses 17 ans. Elle n’eut pas le français comme langue maternelle mais le patois lorrain qu’elle à longtemps pratiqué. En 2014, elle en fait la description suivante : « Ma langue maternelle, le platt, a été ensevelie sous plusieurs sédiments de français. Honte et transhumance sociale obligent. Mais au fond de moi, elle a toujours continué d’irradier comme un diamant noir. Je la soupçonne même d’être à l’origine de mon écriture. La matrice. »
Elle a enseigné à Mayotte avant de rejoindre Paris où elle a exercé diverses professions avant de se consacrer à l’écriture. Romancière, elle est l’auteure d’une œuvre romanesque qui explore le corps, la sensation et l’origine et a été nommée à deux reprises au prix Femina. Son roman Corps a été très remarqué par la critique. Le plus beau compliment, dit-elle, qu’on lui ait fait est celui que lui a fait une lectrice : «Fabienne Jacob écrit toujours le même livre, mais je lirai encore le prochain…». (Source : Wikipédia)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon
Les séances

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#fabiennejacob #RL2016 #roman #rentreelitteraire #lesseances #gallimard #editionsgallimard

Victor Hugo vient de mourir

PERRIGNON_Victor_Hugo_vient_de_mourir-DEF

Victor Hugo vient de mourir
Judith Perrignon
L’Iconoclaste
Roman
256 p., 18 €
ISBN: 9782913366916
Paru en août 2015

Où?
L’action se déroule à Paris, avec quelques réminiscences à l’exil d’Hugo à Guernesey, ainsi que des voyages à Bruxelles.

Quand?
Le roman se déroule en 1885, année de la mort de Victor Hugo.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La nouvelle court les rues, les pas de porte et les métiers, on entend l’autre dire qu’il est mort le poète. Vient alors cette étrange collision des mots et de la vie, qui produit du silence puis des gestes ralentis au travail. L’homme qui leur a tendu un miroir n’est plus là. Tout s’amplifie, tout s’accélère. On dirait qu’en mourant, qu’en glissant vers l’abîme, il creuse un grand trou et y aspire son temps, sa ville… »
La mort de Victor Hugo puis les funérailles d’État qui s’annoncent déclenchent une véritable bataille. Paris est pris de fièvre.
D’un événement historique naît une fable moderne, un texte intime et épique où tout est vrai, tout est roman.

Ce que j’en pense
*****
La mort de Victor Hugo survient le 22 mai 1885 à son domicile «au 50 de son avenue». Outre le fait que l’écrivain est sans doute le seul de nos auteurs à pouvoir habiter une avenue qui porte son nom, un seul chiffre permet de se rendre compte de l’ampleur de l’événement que Judith Perrignon a choisi de nous retracer : deux millions de personnes suivront son cercueil jusqu’au Panthéon.
Voici donc le journal de l’agonie, de la mort et des funérailles de ce monument de notre littérature.
Grâce à un travail de documentation impressionnant, on vit intensément ces journées. La plume de l’auteur restitue aussi bien l’intimité des proches, le chagrin des petits-enfants, le souci du gendre qui ne veut préserver les intérêts de la famille, mais aussi l’embarras du gouvernement ou encore les prises de position des anarchistes. Aux descriptions factuelles, le choix du roman permet de donner vraiment chair à la secousse qui a traversé tout le pays. Grâce à la précision des descriptions, le lecteur est très vite happé par l’intensité, la force, l’émotion qui submerge tout : « Paris est un corps fiévreux tandis que le poète lutte contre l’attraction de la terre. On dirait qu’en mourant, qu’en glissant vers l’abîme, il creuse un grand trou et y aspire son temps, sa ville. Comme dans ses livres. »
Au sommet de l’Etat, la police politique est sur les dents. Tous les agents de renseignements sont chargés d’infiltrer les représentants de l’opposition, afin d’éviter que les funérailles ne se transforment en un défilé de protestation rouge et noir. L’enterrement est fixé au lundi, afin que les ouvriers ne puissent accompagner le cercueil. Les drapeaux rouges et les banderoles sont interdits. Gauchistes et anarchistes voient leurs beaux idéaux et leurs propositions être étouffées dans l’œuf. Pourtant, leurs revendications sont bien légitimes : « Appelons à nous tous les gens en guenilles pour suivre le convoi et frapper la bourgeoisie d’épouvante ! Nous pourrions avoir une bannière et y inscrire « Les Misérables », nous la donnerions à porter par les individus en haillons qui crieraient « du travail ou du pain  » ! Il s’appelle danger celui qui a parlé. Ça ne s’invente pas un nom pareil. »
Même mort, Hugo continuera d’influer sur la politique. Lui qui a toujours proclamé ne pas vouloir d’obsèques religieuses, donnera au panthéon son actuelle vocation. La «proposition de loi relative au chapitre métropolitain des chapelains de sainte-Geneviève et au Panthéon» présentée en 1881 à l’Assemblée sera mise en œuvre à cette occasion. Au petit jour, les ouvriers sont chargés de démonter la croix qui orne l’édifice. La fièvre continue toutefois de monter. Du coup la stratégie change : « On va rassembler tout le monde derrière Hugo, dresser tant de couronnes, de discours, de lauriers, qu’il étouffera sous l’hommage. On va enterrer le songe avec le songeur.» Du moins, c’est ce que l’on imagine alors dans les hautes sphères de la IIIe République.
Car la ferveur, telle une immense vague, va tout emporter. «Paris s’épanche tous les dix ou vingt ans, s’offre de grandes émotions, politique, funéraire, littéraire, révolutionnaire. Paris se prend pour le centre du monde, le cerveau de l’Europe, Paris se prépare à une longue nuit de veille qui sera suivie d’un grand jour, Paris enterre celui qui l’a aimé et réciproquement, alors il y a de la peine, mais aussi la joie secrète d’avoir aimé. Paris offre au poète le culte d’ordinaire dévolu aux despotes, aux empereurs et aux rois, il était le souverain des mots, de l’imaginaire. »
On ne remerciera jamais assez Judith Perrignon de nous offrir de revivre ce grand moment. Si vous avez – comme moi – manqué ce roman à sa sortie, il serait vraiment dommage de passer à côté.

Autres critiques
Babelio
France culture (Présentation du livre et lecture par l’auteur)
Télérama (Fabienne Pascaud)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
Marianne
Blog Mots pour mots (Nicole Grundlinger)
Blog Des galipettes entre les lignes
Blog Romanthé

Extrait
« Mais qu’importe où, quand, comment, la grippe ou les graves épidémies du moment, c’est la fin et c’est l’orage. Peuple et gouvernement s’unissent dans une même attente. Seules les guerres et les catastrophes ont cet effet. Bien sûr il est vieux et la vie n’a jamais rien promis d’autre que de s’en aller. La sienne a duré longtemps, quatre-vingt-trois ans, mais si longtemps, si intense, si vibrante, si enroulée sur son temps, son siècle, ce dix-neuvième qui a cru au progrès mécanique de l’Histoire, qu’on dirait qu’un astre va s’éteindre dans le ciel. La foule pressent le vide. Elle voudrait laisser planer encore la présence du poète, sa voix par-dessus et entre les hommes. Le poète a charge d’âmes. C’est lui qui l’a dit, et quelque chose d’électrique dans l’air montre qu’il y est parvenu. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Judith Perrignon est une journaliste, écrivaine et essayiste. Entrée en 1991 au journal Libération comme journaliste politique, elle fera un détour par la page «Portraits» du journal, avant de le quitter en avril 2007. Elle s’adonne depuis au travail de l’écriture. Elle a notamment publié C’était mon frère (L’Iconoclaste, 2006), sur Vincent et Théo Van Gogh, qui a connu un succès public et critique.
Elle est l’auteur de l’ouvrage Lettre à une mère avec le Pr René Frydman (2008), de Mauvais génie (Stock, 2005) avec Marianne Denicourt, de L’intranquille, cosigné avec Gérard Garouste, (éditions l’Iconoclaste, 2009). Après le joli succès en 2010 du roman Les chagrins (éditions Stock), elle coécrit un roman policier Les yeux de Lira avec Eva Joly. Elle publie en 2012, toujours chez L’Iconoclaste, N’oubliez pas que je joue avec Sonia Rykel dans lequel la célèbre couturière témoigne de son combat contre la maladie de Parkinson. Victor Hugo vient de mourir est son dernier roman (L’iconoclaste, 2015). (Source : Editions L’Iconoclaste)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

L’arbre du pays Toraja

CLAUDEL_Larbre_du_pays_Toraja

L’arbre du pays Toraja
Philippe Claudel
Stock
Roman
216 p., 18 €
ISBN: 9782234081109
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule sur l’île de Sulawesi où vivent les Toraja, mais Paris, Nancy, Gretz-Tournan, l’île d’Oléron et Samoëns sont également évoquées, tout comme New York, Pittsburgh, São Paulo, Venise, Lampedusa, un port de pêche de la baie d’Along et Pula en Croatie

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d’Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? »
Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

Ce que j’en pense
****
Il y a sans doute de multiples manières d’aborder la mort. Il y a aussi de multiples manières de lire le nouveau roman de Philippe Claudel. Pour certains, ce texte traite d’abord des défunts, du chagrin et du deuil, pour d’autres il éclaire les incroyables capacités des humains à surmonter le chagrin, à transcender la mort. Boris Cyrulnik y verra par exemple une nouvelle illustration de la résilience. Et je pense qu’il aura raison, à l’image de la belle idée qui donne son titre à l’ouvrage.
L’arbre du pays Toraja sert de sépulture aux enfants de l’île de Sulawesi, en Indonésie. Les petits cadavres sont déposés dans les anfractuosités de son tronc lors de cérémonies qui rassemblent tous les membres de la communauté. « Au fil des ans, lentement, la chair de l’arbre se referme, gardant le corps de l’enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait monter vers les cieux, au rythme patient de la naissance de l’arbre. »
Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une tombe, mais d’une vie qui continue à se développer, dont l’arbre se nourrit. S’il porte les stigmates de ce «cadeau», il fait surtout office de «grand cicatriseur». Un chemin qui est en quelque sorte une proposition de guérison pour les parents. Une démonstration que la vie continue…
Pour l’écrivain-cinéaste qui perd Eugène, son producteur, ami et aussi inspirateur, le choc est rude. Car ce décès fait suite à l’annonce d’un cancer, une année plus tôt, et du combat contre ce destin qui devient peu à peu inexorable. Quelle injustice pour cet homme qui « avait le talent de me mettre sur des pistes, par livres interposés, quand je travaillais sur un sujet, même si les récits et romans qu’il m’indiquait ne me paraissaient pas, après la première lecture, avoir de rapports directs avec le film que j’essayais d’écrire. »
Avant cela, il y avait eu la mort d’Agathe. « Un enfant mort-né. Mort-né, c’est une des formules les plus abruptes de la langue. Définitive. Là encore affaire de distance. Une distance infiniment petite, dont la petitesse signe l’absence puisque les deux extrêmes, naissance, mort, se confondent. Naître mort. Le plus effroyable des oxymores. » Le couple qu’il formait avec Florence n’a pas résisté à l’épreuve, même s’ils sont restés très proches. En ira-t-il autrement avant la voisine du 6e qu’il observe depuis sa table de travail ? La jeune Elena sera-t-elle autre chose qu’un dérivatif ?
Car les douloureuses et difficiles questions restent en suspens : comment surmonter sa peine, comment rendre hommage au disparu et surtout comment continuer à vivre.
Les superbes pages que nous propose Philippe Claudel apportent en quelque sorte la plus belle des réponses à ses interrogations.
À partir de leurs expériences, de leurs souvenirs communs, il imagine une voie qui lui permet d’associer l’absent à son projet, de recomposer un univers. Comme le ferait un réalisateur, un écrivain, un musicien. Aussi n’est-il pas étonnant que l’on croise au fil des pages quelques uns de ces créateurs, de Borges aux Rolling Stones.
Au fil du récit, on comprend qu’Eugène vient prendre place aux côtés d’autres disparus qui, à des degrés divers, accompagnent l’auteur dans sa quête, inspirent son œuvre – «Nous autres vivants sommes emplis par les rumeurs de nos fantômes». À l’image des enfants de l’arbre du pays Toraja, ces disparus continuent de croître avec lui.
Si le récit est très libre dans sa forme, cette suite de réflexions conduit avec beaucoup de poésie et de finesse à cette magnifique leçon qui nous apprend qu’après sur-vivre, on peut re-vivre.

Autres critiques
Babelio
Télérama (Nathalie Crom)
France 3 (Un livre, un jour – Olivier Barrot)
Paris Match (Valérie Trierweiler)
Pleine Vie (Stéphanie Gatignol)
L’Est Républicain (Pascal Salciarini)
Blog Adepte du livre
Blog MicMélo Littéraire
Blog Clara et les Mots

Extrait
Le début du livre

A propos de l’auteur
Écrivain traduit dans le monde entier, Philippe Claudel est aussi cinéaste et dramaturge. Il a notamment publié aux éditions Stock Les Âmes grises, La Petite Fille de Monsieur Linh, Le Rapport de Brodeck. Membre de l’académie Goncourt, il réside en Lorraine où il est né en 1962. (Source : Editions Stock)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature