Un jour comme les autres

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En deux mots:
Éric Deguide a disparu. La voiture de ce prof de droit a été retrouvé sur un parking d’aéroport sans que les caméras de surveillance ne puissent le localiser. Un mystère qui laisse la police perplexe, sur lequel les journalistes d’investigation se cassent les dents et une compagne désemparée. Et s’il fallait tout reprendre depuis le début…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Une disparition et des questions

En éclairant sous plusieurs angles la disparition inexpliquée d’un prof de droit Paul Colize nous offre bien plus qu’un roman noir ou un suspense haletant. «Un jour comme les autres» pose aussi quelques questions universelles.

« Avis de recherche – Disparition de longue durée; Date : 14.11.2014; Lieu : Ixelles
Le matin du vendredi 14 novembre 2014, M. Éric DEGUIDE, un homme âgé de 34 ans, a quitté le domicile de sa compagne situé à Ixelles. Depuis, il ne s’est plus manifesté. M. DEGUIDE mesure 1 m 92 et est de corpulence mince. Il a les yeux gris-bleu et les cheveux châtains. Au moment de sa disparition, il était vêtu d’un jeans bleu, de bottines brunes et d’une veste bleu marine. M. DEGUIDE circulait à bord d’un véhicule de marque SAAB, immatriculé FBG.454. Ce véhicule a été découvert dans le parking de l’aéroport de Zaventem en date du 19 novembre 2014.
Publié le 15/12/2014 à la requête du Procureur du Roi de Bruxelles. »
On le sait, les chiffres sont aussi impressionnants qu’inquiétants: tous les ans des milliers de personnes disparaissent sans que l’on puisse retrouver leurs traces. Et si certaines de ces disparitions sont volontaires, celle d’Éric n’est pas explicable, notamment pour Emily, sa compagne. Aucun fait, aucune raison, aucun mobile ne peut étayer un quelconque scénario. Voici maintenant des semaines que la police enquête sans succès. Pire même, le mystère ne fait que s’épaissir au fil des jours.
Sa voiture a été retrouvée sur un parking sans que les caméras ne filment son arrivée. Elle est stationnée sur un parking d’aéroport, mais son propriétaire n’a pas pris d’avion…
Face à toutes ces questions sans réponses, Emily essaie de s’accrocher, espère une information.
Paul Colize construit fort habilement ce suspense en mettant en scène non seulement la police, mais les autres personnes qui s’intéressent à ce mystère. Il y a là les journalistes du Soir, Alain Lallemand et son collègue Fréderic Peeters. La cellule d’investigation du quotidien n’entend pas lâcher le morceau. Il y a ensuite les internautes, des amateurs qui se passionnent pour ce type d’histoires et utilisent le réseau pour se documenter, élaborer des scénarios, vérifier des pistes. Le milieu universitaire et les collègues d’Éric, à commencer par son ami François Maertens, voudraient aussi comprendre. Sans oublier Ariane, la première épouse du disparu.
Les semaines et les mois passent. Emily, telle Pénélope, s’installe dans une longue attente, entre espoir et résignation. Pour tenir, elle a ses amis, la musique – elle est soprano – et son refuge en Italie.
Et si les faits ne s’étaient pas déroulés comme on l’imagine depuis le début? Et si on s’était concentré sur des faits trop évidents pour être vrais? Et si on avait interrogé les fausses personnes? Et si on avait écarté un peu trop vite le témoignage indiquant qu’Éric se trouvait au casino de Namur? Et si son travail avait un rapport avec sa disparition?
Petit à petit, c’est un autre scénario qui se dessine. Paul Colize réussit alors le tour de force d’entraîner son lecteur dans une autre histoire, tout aussi passionnante. Convoitises, espionnage industriel, engagement militant, groupes de pression et puissance financière vont pimenter ce roman qu’il est bien difficile de lâcher, avide d’avoir enfin le fin mot de l’histoire.

Un jour comme les autres
Paul Colize
Éditions Hervé Chopin
Roman
448 p., 19 €
EAN 9782357204621
Paru le 07/03/2019

Où?
Le roman se déroule principalement en Belgique, notamment à Bruxelles, Ixelles et environs. On y évoque aussi l’Italie, à Ranco.

Quand?
L’action se situe de 1914 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un matin comme les autres, Éric Deguide prend les clés de la voiture, lance un dernier regard vers Emily, hésite et part sans se retourner. Depuis, réfugiée sur les bords du lac Majeur, Emily ne peut se résoudre à cette disparition, d’autant que la police semble avoir classé le dossier. Elle, continue de chercher des traces d’Éric, d’essayer de comprendre. Jusqu’au jour où Alain Lallemand, journaliste d’investigation au Soir prend contact avec elle. Lui aussi a connu Éric, et lui non plus ne veut pas se résoudre.
Plonger dans un roman de Paul Colize, c’est plonger dans les profondeurs de l’âme humaine, là où se cachent ses secrets les plus noirs. Un Jour comme les autres navigue avec finesse entre silence et vérité, ombre et lumière, humour et émotion.

Les critiques
Babelio
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Le carnet et les instants (Nicolas Marchal)
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Paul Colize présente son roman «Un jour comme les autres» © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
Prologue
Il prit les clés de la voiture dans sa poche et jeta un coup d’œil dans sa direction.
Elle n’avait rien remarqué.
Comme chaque matin, elle prenait son café en écoutant un air d’opéra.
Plus d’une fois, il avait été tenté de tout lui raconter.
À présent, sa décision était prise. Il ne reculerait pas et respecterait la promesse qu’il s’était faite.
Il lui adressa un signe de la main et partit sans se retourner.

Ouverture
Les violons frémissent.
Ma voix se mêle à celle de Beverly Sills, si pure et lumineuse.
— Quel sangue versato al cielo s’innalza. Si vil tradimento, delitto si rio clemenza non merta, non merta pietà.
Ce sang versé s’élève vers le ciel.
Une si vile trahison, un crime d’une telle noirceur, ne mérite ni clémence ni pitié.
Les opéras de DonizettFi me bouleversent. Robert Devereux rayonne d’une beauté crépusculaire. Le finale est éblouissant, son interprétation d’une exigence démesurée.
Je tends les mains, les doigts crispés.
— Mirate quel palco, di sangue rosseggia.
Le miroir renvoie mon image.
Le temps où j’y voyais une jeune femme déterminée, orgueilleuse, prête à relever tous les défis me paraît bien loin. Le peignoir dénoué, les cheveux trempés, les yeux cernés, j’ai l’air d’une folle échappée d’un asile.
— È tutto di sangue il serto bagnato.
La vieille reine sait qu’il est trop tard. Elle est ivre de douleur. Des visions l’assaillent. La couronne d’Angleterre baigne dans le sang. Un spectre parcourt le palais en brandissant sa tête décapitée.
L’intensité dramatique atteint son paroxysme.
— Un orrido spettro percorre la reggia, tenendo nel pugno il capo troncato.
Je pose un genou à terre.
Dany serait morte de rire. Elle n’a jamais rien compris à l’opéra. Comme beaucoup, elle n’en comprend pas la modernité. L’opéra transcende le drame humain, illumine les instants de joie, noircit les moments de tristesse.
— Pallente del giorno il raggio si fè. Dov’era il mio trono s’innalza una tomba, in quella discendo, fu schiusa per me.
Les rayons du jour pâlissent. Où se trouvait mon trône, une tombe s’élève. J’y descends, elle s’est ouverte pour moi.
Les lèvres tremblantes, je monte crescendo vers le sommet de l’aria, le mi soutenu qui déchire l’âme.
La souffrance, la détresse et l’amour s’amalgament dans cette seule note.
— Non regno, non vivo.
Mon règne, ma vie, tout est fini.
L’orchestre boucle les dernières mesures.
Tel un pantin désarticulé, je m’allonge sur le sol, les yeux fermés.
Le point d’orgue, majestueux et grave, résonne dans le salon.
Le silence s’installe, à peine troublé par le bruit de la pluie sur les vitres.
Je reste immobile.
Les larmes me montent aux yeux.

Acte 1
1. Des instants volés aux ténèbres
La pluie s’est arrêtée.
J’avance sur le balcon. Un épais brouillard avale le lac, envahit les montagnes, engloutit la vallée. Seule la silhouette fantomatique du clocher émerge de la grisaille.
Je frissonne, m’enveloppe dans mon peignoir.
D’après les guides touristiques, le lac Majeur change de couleur selon les saisons. À les croire, il n’aurait pas plus de quatre nuances dans sa palette.
Au rythme de mon humeur et de mes états d’âme, il passe du vert jade au bleu ardoise, se pare d’outremer, scintille de mille feux ou sombre dans le noir le plus désespérant.
Shargi allonge son museau entre les barreaux, renifle l’air et se met à gémir.
La moindre perturbation l’effraie.
Je pose une main entre ses oreilles, lui caresse l’échine.
— Tout va bien.
Nous l’avons adoptée en octobre 2014. Un coup de tête de sa part, comme souvent. Il voulait sauver la vie d’un chien et le prendre pour compagnon de nos balades en forêt.
Le samedi, nous sommes allés au refuge d’Anderlecht où nous avons parcouru les couloirs, suivis par les regards craintifs des chiots abandonnés. J’avais envie de libérer tous les animaux. Lui, pestait contre les gens irresponsables.
Nous sommes arrivés devant sa cage. Elle s’est levée, s’est mise à aboyer. Elle nous avait choisis.
Elle avait un an quand ses maîtres l’ont oubliée sur une aire d’autoroute par un matin de septembre. Je l’imagine née des amours entre un labrador et un husky. Elle a le corps du premier et les yeux du second.
Le sifflement de la bouilloire retentit.
Je rentre, prépare le café et glisse deux tranches de pain dans le toaster. Je prends le pot de miel en jetant un coup d’œil machinal à l’avis de recherche punaisé sur la porte de l’armoire.
Je ne peux m’empêcher de le parcourir à longueur de journée. Mon appartement est sans doute le dernier endroit où il reste affiché. Il y a bien longtemps que les commissariats l’ont retiré pour faire place à des affaires plus récentes. Ils estiment qu’il faudrait construire une muraille de Chine dans chaque poste de police pour répondre à la demande.
Je saisis un marqueur.
20 juillet 2016.
614e jour.
Je ne crois pas au hasard, je fais confiance aux chiffres.
Je suis née le 22 mai 1985. Gémeaux ascendant Lion. Je suis ambitieuse, loyale et généreuse. Mon sens de la justice me met souvent dans des situations délicates.
En numérologie, mon chemin de vie est le 5. J’oscille entre dépendance et indépendance. Je séduis par mon charme, mes paroles et mon esprit.
Mes changements de ligne de conduite sont fréquents. J’aime les déplacements et les déménagements. Je m’investis sans réserve pour atteindre mes objectifs.
Avant ce matin de novembre, je me serais reconnue dans ce portrait.
Un de mes âges-clés est 31 ans. Les prochains, 40 et 49 ans.
Le 22 mai 1985, je venais à la vie et lâchais mon tout premier cri. Ce même jour, Jean-Paul Kauffmann était enlevé à Beyrouth. Ses ravisseurs l’ont libéré après 1 037 jours de captivité.
À son retour, meurtri, diminué, le journaliste français a déclaré avoir survécu grâce à quelques livres qu’un de ses geôliers lui avait laissés, dont la Bible et le deuxième tome de Guerre et Paix de Tolstoï qu’il a lu et relu vingt-deux fois à la lueur d’une bougie.
J’entame ma quinzième lecture.
Je pourrais citer certains passages de tête, les plus touchants, ceux qui m’ont rappelé que les plus beaux souvenirs ne sont que des instants volés aux ténèbres.
« Il était parvenu à ce degré qui nous rend bons et parfaits, car, lorsqu’on est heureux, on ne croit plus ni au mal, ni au chagrin, ni au malheur. »
Dans 423 jours au plus tard, il réapparaîtra, quelque part au bout du monde, amaigri, flottant dans ses habits. Il chassera les doutes, apportera les réponses, me libérera de ma culpabilité.
Tout rentrera dans l’ordre.
Je t’attendrai à l’aéroport, tremblante d’émotion. Tu sortiras de l’avion. Tu me verras au bas de la passerelle, ressuscitée. Tu redresseras les épaules. Tes yeux s’illumineront. Tu avanceras vers moi, la démarche hésitante.
Nous reprendrons notre vie.
Comme avant. »

Extrait
« Avis de recherche – Disparition de longue durée
Date : 14.11.2014
Lieu : Ixelles
Le matin du vendredi 14 novembre 2014, M. Éric DEGUIDE, un homme âgé de 34 ans, a quitté le domicile de sa compagne situé à Ixelles.
Depuis, il ne s’est plus manifesté.
M. DEGUIDE mesure 1 m 92 et est de corpulence mince. Il a les yeux gris-bleu et les cheveux châtains. Au moment de sa disparition, il était vêtu d’un jeans bleu, de bottines brunes et d’une veste bleu marine.
M. DEGUIDE circulait à bord d’un véhicule de marque SAAB, immatriculé FBG.454. Ce véhicule a été découvert dans le parking de l’aéroport de Zaventem en date du 19 novembre 2014.
Publié le 15/12/2014 à la requête du Procureur du Roi de Bruxelles. »

« Je suis revenue à Ranco en février de l’année passée. Au départ, je comptais m’y arrêter une semaine ou deux, le temps d’expier ma faute, de fuir les regards inquisiteurs et les reproches muets.
Je voulais revivre une page de notre histoire, sentir ta présence, admirer tes mains, ta nuque, t’écouter.
Quand j’ai pris la décision de rester, Martha m’a trouvé un appartement meublé au dernier étage de la maison de Teresa, la pharmacienne. Elle me le loue pour le prix d’un cappuccino.
Un petit salon lumineux, une chambre monacale, une minuscule salle de bains dans laquelle je me cogne de tous côtés. Les poutres apparentes lui donnent un charme désuet. Une glycine centenaire court sur la façade et étend ses coursonnes jusque sous la toiture. En avril, elle déverse ses grappes de fleurs sur mon balcon et m’enivre de son parfum.
De là-haut, j’ai une vue plongeante sur l’église du village, les ruelles tortueuses et l’immensité du lac. Par temps clair, je distingue Verbania et le sommet du Gridone à la frontière suisse. L’immuabilité des montagnes m’apaise.
Un matin, Teresa a frappé à ma porte. J’avais chauffé ma voix et entonnais Sí. Mi chiamano Mimì, l’une des plus belles arias de Puccini. N’importe qui doué de sensibilité ressentira des frissons en écoutant l’interprétation de Mirella Freni. »

« Les crimes en Belgique
Forum sur les affaires criminelles belges
Sujet : Disparition d’Éric Deguide, le 14 novembre 2014; Date: Mar 6 jan 2015 – 11: 25; Modérateur : Michel Lambert
Dans cette affaire de disparition, plusieurs éléments troublants restent sans réponse.
Les topics suivants sont développés dans des forums spécifiques :
1. La personnalité du disparu
2. Les éléments d’enquête
3. La découverte du véhicule
4. Zones d’ombre
Dans le domaine de vos possibilités, nous vous demandons de poster en citant vos sources. »

« Dès le début de l’affaire, plusieurs éléments avaient déconcerté les enquêteurs. Pour commencer, ils n’avaient décelé aucune trace du passage de Deguide à l’aéroport.
Avant les attentats du 22 mars 2016, il n’était pas possible d’obtenir ces informations, sauf si l’on pouvait préciser le nom de la compagnie aérienne ou la destination choisie. Ces données étaient d’autant plus difficiles à récolter s’il s’agissait d’un départ de dernière minute et si aucun bagage n’avait été enregistré. Aucun rendez-vous n’avait été noté dans son agenda le jour de sa disparition et personne ne s’était inquiété de son absence à une quelconque réunion. L’examen de sa messagerie électronique et de son compte bancaire n’avait apporté aucune information supplémentaire, pas plus que l’audition de ses confrères, de sa famille et de ses amis. Le rapport de téléphonie ne présentait aucun appel inconnu, ni émis, ni reçu. L’arrêt de l’activité s’était produit le 14 novembre à 8 h 45, heure à laquelle l’appareil avait été géolocalisé pour la dernière fois à Ixelles. Cela signifiait qu’il avait été coupé, que la batterie avait été enlevée ou qu’il avait été détruit. Enfin, la Saab de Deguide avait été découverte dans le parking de Zaventem, mais ne semblait jamais y être entrée. La police avait visionné les vidéos, mais n’avait trouvé aucune image. Elle n’apparaissait nulle part, comme si elle avait rejoint son emplacement par téléportation. Lorsqu’elle avait été retrouvée, Emily s’était immédiatement rendue à l’aéroport. Elle avait constaté que le siège côté conducteur avait été avancé alors qu’il était habituellement reculé au maximum considérant la taille de Deguide. De nombreuses empreintes digitales furent prélevées dans l’habitacle en plus de celles de Deguide et d’Emily, mais le volant, le pommeau de changement de vitesse et les poignées des portières avaient été nettoyés avec soin. »

À propos de l’auteur
Paul Colize est né à Bruxelles d’un père belge et d’une mère polonaise. Il vit aujourd’hui à Waterloo. Il a été lauréat des prix Landerneau du Polar, Polars Pourpres et Boulevard de l’Imaginaire, Arsène Lupin, Plume de Cristal, Sang d’Encre des lecteurs et finaliste du prix Rossel et du Grand Prix de la littérature policière. Un Jour comme les autres est son treizième roman. (Source : Éditions HC)

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Les Enténébrés

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En deux mots:
Le dérèglement climatique et l’adultère, les réfugiés et la Shoah, une mère déprimée, l’œuvre de Pessoa et les expériences médicales menées par les nazis, la jouissance et la famille : autant de pièces d’un puzzle vont s’assembler au fil de la confession de Sarah.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le puzzle reconstitué

Dans son nouveau roman Sarah Chiche explore les failles de l’intime et celles du monde. Une plongée vertigineuse de l’écologie terrestre à l’écologie psychique qui se lit comme l’assemblage d’un puzzle. Fascinant!

Au moment d’écrire «quel extraordinaire roman», je me prends à douter. Peut-on vraiment parler de roman? S’agit-il plus précisément d’autofiction? Mais dans ce cas alors Sarah Chiche ne nous cacherait rien de sa vie la plus intime… À moins que finalement la romancière ne vienne prendre le pas sur la biographe pour transcender le réel, l’enrichir, le nourrir de fantasmes, de lectures. C’est cette variante que je crois la plus proche de la vérité, notamment après avoir entendu Sarah Chiche parler de ce roman lors d’une rencontre en librairie.
Sarah mène une vie de famille assez ordinaire, entourée d’un mari qu’elle aime et d’une petite fille adorable. Elle travaille comme psy dans un hôpital et aime se plonger dans les livres et écrire. Elle se passionne notamment pour l’œuvre de Fernando Pessoa. Seulement voilà, ce bel équilibre va soudain être remis en question par les soubresauts de l’Histoire. Quand l’intranquillité, pour reprendre un terme cher à Pessoa, vient bousculer «l’écologie terrestre et l’écologie psychique».
Le choc a lieu en Autriche le 28 septembre 2015: «La gare centrale de Vienne, où je me trouvais cette nuit-là, cette gare n’était plus une gare. C’était le ventre débondé, crevé, excrémentiel de la route des Balkans, recrachant sans cesse, sur ces quais balayés par le vent, des milliers de gens qui descendaient des trains et titubaient hagards, tels des automates, leurs enfants dans les bras, sous les applaudissements des Viennois venus les accueillir, leur porter à manger dans des cantines de métal, ou des plats enveloppés dans du papier d’aluminium, leur distribuer des vêtements, des brosses à dents et des couvertures. Leur bonté, comme l’éclaircie dans l’orage, comme un souffle frais et paradoxal dans le brasier qui s’écroule sur lui- même, ne dura qu’un temps.»
Dans la construction de son roman, Sarah Chiche a choisi de nous livrer les pièces d’un puzzle qui, au fil du récit, vont s’assembler pour nous donner une vision d’ensemble, mais aussi pour démontrer combien une vie s’imbrique dans celle des autres, au fil des rencontres et au fil des événements, des émotions qu’ils suscitent, des failles qu’ils mettent à jour ou, au contraire, qu’ils cicatrisent. Une manière aussi de reprendre la théorie du chaos chère à Edward Lorenz et son effet papillon. Et de l’illustrer. Car si en 2010 le climat de la planète n’avait pas commencé à se dérégler, Sarah ne se serait pas retrouvée dans une chambre d’hôtel à tromper son mari avec Richard, un célèbre violoncelliste. La voici prise au piège, la voici affublée d’une part d’ombre, la voici «enténébrée» à son tour. La romancière a eu jolie formule pour résumer cette liaison: «Sarah et Richard, c’est la rencontre de deux fantômes et de deux fantasmes».
Car ce roman-gigogne nous l’indique dès son titre: tous les personnages que nous allons croiser ici sont des enténébrés qui mènent une double-vie, qui derrière leur façade respectable, ont leur part d’ombre, de souffrance, quand ce ne sont pas des pulsions plus morbides. On voit alors les réfugiés d’aujourd’hui se télescoper avec les déportés d’hier, l’Histoire broyer les destins individuels et laisser des marques indélébiles de génération en génération. Oui les fantômes sont bien présents. Ceux qui viennent hanter la mère de Sarah qui a perdu son mari trop jeune et n’a jamais pu se guérir de cette perte, ceux de ces centaines de victimes ayant servi à des expériences menées par les nazis et qui ont fini dans les sous-sols d’un hôpital, ceux imaginés par Elfriede Jelinek et Robert Musil…
Sarah Chiche réussit un roman d’une rare densité. À la manière d’une équilibriste sur une corde raide, elle nous fait partager la peur, nous laisse imaginer que le prochain pas pourrait être fatal. La tension est extrême, mais la «fin heureuse» reste aussi une option.

Les Enténébrés
Sarah Chiche
Éditions du Seuil
Roman
368 p., 21 €
EAN: 9782021399479
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule principalement à Vienne et à Paris.

Quand?
L’action se situe de septembre 2015 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Automne 2015. Alors qu’une chaleur inhabituelle s’attarde sur l’Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d’accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s’aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c’est l’épreuve du secret, de deux vies tout aussi intenses menées de front, qui se répondent et s’opposent, jusqu’au point de rupture intérieur : à l’occasion d’une autre enquête, sur une extermination d’enfants dans un hôpital psychiatrique autrichien, ses fantômes vont ressurgir. S’ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l’amour fou, où le mal familial côtoie celui de l’Histoire en marche, de la fin du XIXe siècle aux décombres de la Deuxième Guerre mondiale, de l’Afrique des indépendances à la catastrophe climatique de ce début de millénaire.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
La Croix (Stéphanie Janicot)
En attendant Nadeau (Éric Loret)
Putsch (Emmanuelle de Boysson)
Charybde 27, le blog 
Blog de Marc Villemain
Blog Les Livres de Joëlle
Blog lectures du mouton (Virginie Vertigo)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
À l’été 2010, un anticyclone d’une ampleur anormale s’installa au-dessus de la Russie ; il s’étendit vers l’est, sur des milliers de kilomètres, paralysant la circulation atmosphérique depuis Moscou jusqu’à l’Oural et au Kazakhstan. Venue de Turquie et du Moyen- Orient et remontant au même moment vers le nord, une masse d’air torride fit alors déferler une vague de chaleur exceptionnelle, la plus forte – dirent après coup certains experts – depuis mille ans. Des bouleaux et des mélèzes plusieurs fois centenaires se mirent à flamber comme de l’étoupe sous la flamme
du briquet. L’azur du ciel se drapa de gris. Moscou fut recouvert d’une épaisse fumée sombre de cendres, étouffante, qu’aucun souffle ne dissipait plus et qui stagna un nombre interminable de semaines. Des particules fines produites par la combustion des arbres polluèrent les terres noires, grasses et fertiles d’Ukraine, au moment de la récolte des céréales. Les sols, sous la brûlure, se crevassèrent. Le maïs prit feu à son tour. Les tournesols se fanèrent. Les marchés agricoles s’affolèrent face à cette calamité extraordinaire ; en peu de jours, la valeur du quintal de blé fut multipliée par trois. Il fut décidé d’un embargo sur les exportations de blé russe. Mais la sécheresse gagna bientôt la Chine – d’autres évoqueraient, plus tard, des températures anormalement hautes au Canada, d’autres encore diraient que tout avait peut- être aussi commencé en Australie. Malgré les gouvernements, les cours explosèrent partout. Le prix du pain monta en flèche. Le tourbillon cendreux s’étendait toujours. Affamée, une foule immense, que nul ne pouvait compter, quitta, sous un soleil noir comme un sac de crin, les campagnes d’Égypte, de Tunisie, du Maroc, de Jordanie, du Yémen et de Syrie, pour gagner les villes. Des enfants déscolarisés, faméliques, erraient dans les rues. Les fragiles économies du Croissant fertile et du Maghreb commencèrent à se disloquer. Une multitude de jeunes gens se retrouvèrent sans emploi. Et puis, humilié par la police, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes, à qui l’on refusait, faute de bakchich, un quelconque permis, s’aspergea
d’essence, craqua une allumette et s’immola devant la préfecture.
Métamorphosé en esprit vengeur, le vent souffla alors plus fort, plus rageusement. La vague de contestation partie de la région agricole de Sidi Bouzid gagna Kasserine, s’abattit sur les villes de l’Atlas, enfla dans Tunis – le président Zine el-Abidine Ben Ali s’enfuit –, elle déferla sur le Caire – emportant le président Moubarak –, Marrakech, Casablanca, Alger, Manama, Mossoul, Bagdad et Ramallah, puis le Yémen – incapable de mater les troubles, le président Saleh quitta le pays –, suscita au passage une rébellion touarègue contre le Mali, avant que les émeutes de la faim et de la misère ne finissent écrasées dans le sang en Syrie par le gouvernement de Bachar al-Assad. L’obscurité s’épaissit une ultime fois. Et le ciel se retira comme un livre qu’on roule. Des navires de guerre russes firent mouvement près des côtes de Tartous et Lattaquié. Le sang coula, encore, dans les rues d’Alep devenues ruines. L’esclavage, la mendicité, les mariages forcés par le désespoir et le cynisme augmentèrent dans des proportions abominables. Épouvantés, des centaines de milliers de Syriens se mirent en route, vers la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Irak, l’Égypte, l’Autriche, l’Allemagne, la France ou l’Angleterre, grossissant le flot des migrants d’Irak, d’Afghanistan, du Mali ou du Soudan. Des rafiots bondés avec, à leur bord, des enfants, des femmes et des hommes qui avaient été torturés, violés, spoliés, persécutés de toutes sortes de façons, ou qui avaient dû, pour se défendre, tuer à leur tour, surgirent, au large de la Grèce, de toutes parts, nuit après nuit,
glissant lentement sur les eaux couleur d’ébène. Et la mer devint leur tombeau. Des bateaux chavirèrent. Des femmes jetèrent leurs enfants malades par- dessus bord pour ne pas contaminer le reste de l’équipage – peut- être pour n’être pas elles- mêmes poussées par-dessus bord. Des pêcheurs remontèrent dans leurs filets des
corps par centaines. Certains les ramenaient à terre. D’autres, épouvantés, les rejetaient dans l’ourlet des vagues sans lune.
Mais d’autres cadavres éventrés, rongés, déchiquetés, finirent par s’échouer sur les rivages. On les enterra à la hâte, dans des sépultures nues. Il se disait dans les îles que bientôt, sur terre, on ne trouverait plus de place – ni pour les accueillir, ni pour les inhumer. Le vent du diable souffla de plus belle. D’Afghanistan, d’Iran, d’Irak, d’Érythrée, du Soudan, du Kurdistan, du Darfour, une écume bouillonnante et informe de fuyards se massa, dans les environs de Calais, dans une jungle de cabanes et de tentes, dans l’espoir halluciné de pouvoir, un jour, gagner l’Angleterre.
On posa à l’entrée du tunnel sous la Manche des rouleaux de fil de fer barbelé et de hautes clôtures, dont on inonda les abords, pour qu’ils s’y noient. On découvrit, en bordure d’une autoroute autrichienne, au niveau de la ville de Parndorf, dans un camion frigorifique immatriculé en Hongrie, mais au nom d’une entreprise de volaille slovaque, soixante et onze corps de réfugiés empilés, dont certains dans un état de décomposition avancée.
Des liquides pestilentiels sortaient de la remorque. Un côté du véhicule avait été enfoncé de l’intérieur. Les victimes enfermées avaient tenté de s’échapper en poussant les tôles – en vain. La photo d’un cadavre d’enfant échoué sur une plage turque fit le tour de la planète. Le père de l’enfant appela le monde à ouvrir ses portes. L’Autriche et l’Allemagne, dans un de ces moments fugitifs où la tempête trompe le marin par une accalmie, ouvrirent leurs frontières. Mais on prétendit bien vite qu’il s’agissait de la part du père de l’enfant d’une mise en scène macabre. On l’accusa de ne lui avoir pas passé de gilet de sauvetage. On raconta qu’il voulait se rendre en Europe pour se refaire les dents et qu’il avait lui- même organisé la traversée qui avait tourné au drame.
Autrement dit, et si l’on ne craint pas de recourir à une formule peu optimiste, mais parfaitement exacte: ce 28 septembre 2015 était une nuit affreuse. La gare centrale de Vienne, où je me trouvais cette nuit- là, cette gare n’était plus une gare. C’était le ventre débondé, crevé, excrémentiel de la route des Balkans, recrachant sans cesse, sur ces quais balayés par le vent, des milliers de gens qui descendaient des trains et titubaient hagards, tels des automates, leurs enfants dans les bras, sous les applaudissements des Viennois venus les accueillir, leur porter à manger dans des cantines de métal, ou des plats enveloppés dans du papier d’aluminium, leur distribuer des vêtements, des brosses à dents et des couvertures. Leur bonté, comme l’éclaircie dans l’orage, comme un souffle frais et paradoxal dans le brasier qui s’écroule sur lui- même, ne dura qu’un temps. »

Extrait
« Je m’allonge. Le sang coule. De plus en plus fort. La douleur monte. Le jour tombe.
La douleur, atroce, me poignarde le ventre puis le dos, comme si mes os étaient comprimés dans un étau. Je me précipite dans la salle de bains, pliée en deux. Je saisis une serviette. Je mords dedans pour ne pas hurler. Je colle mon front contre l’émail froid de la baignoire. J’attrape le petit sac luisant qui vient de tomber de mon ventre. Je crois deviner l’esquisse d’une tête, la forme d’une main. Je le tiens serré contre moi. Longtemps. Je le remercie pour les six semaines passées ensemble où j’ai cru de toutes mes forces à la possibilité de son sourire. Mais cette chanson que je lui ai chantée avant de tirer la chasse d’eau, aujourd’hui encore je ne peux plus l’entendre, car malgré la merveilleuse petite fille qui est arrivée plus tard, il n’y aura jamais de mots pour dire cette horreur-là. »


Sarah Chiche présente «Les Enténébrés» dans La Grande Librairie de François Busnel © Production France Télévisions

À propos de l’auteur
Sarah Chiche est écrivain, psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle est l’auteur de deux romans : L’inachevée (Grasset, 2008) et L’Emprise (Grasset, 2010), et de trois essais : Personne(s), d’après Le Livre de l’Intranquillité de Fernando Pessoa (Éditions Cécile Defaut, 2013), Éthique du mikado, essai sur le cinéma de Michael Haneke (PUF, 2015), Une histoire érotique de la psychanalyse : de la nourrice de Freud aux amants d’aujourd’hui (Payot, 2018). (Source: Éditions du Seuil)

Page Wikipédia de l’auteur 

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La partition

BRASSEUR-la-partition

En deux mots:
Koula épouse un représentant suisse et quitte la Grèce pour la Suisse. Les deux fils qu’elle va mettre au monde ne le guériront pas de son mal-être et des incartades de son mari. Elle divorce mais ne peut emmener que l’un de ses fils avec elle. En refaisant sa vie, en mettant au monde un troisième fils, elle va revivre «la partition».

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Koula et ses trois fils

En racontant dans «La Partition» l’histoire d’une femme mariée trop vite et la destinée de ses trois fils entre Grèce, Belgique et Suisse, Diane Brasseur confirme son talent de prosatrice sensible.

Pour son troisième roman après Les Fidélités et Je ne veux pas d’une passion, Diane Brasseur nous propose le portrait d’une femme qui aura trois enfants qui seront ballotés dans trois pays différents et que l’on suivra durant trois générations.
La Partition s’ouvre en 1977, au moment où les trois frères doivent se retrouver, à l’occasion du concert donné par le benjamin au Victoria Hall à Genève. Mais Alexakis le violoniste va apprendre la mort subite de son aîné. Une manière de mettre en exergue le titre très juste de ce roman qui entraîne le lecteur par cercles concentriques jusqu’au cœur de «la partition».
Tout commence dans les années vingt, lorsque Paul Peter K, un représentant en porcelaines de Langenthal croise le regard de la belle Ekatarina sous le bleu du ciel de sa Grèce natale. Elle a seize ans et rêve d’évasion. En l’épousant, Paul Peter lui fait miroiter un avenir radieux. Mais Ekatarina, que l’on surnomme Koula, va vite déchanter. Sa vie en Suisse se transforme en cauchemar, pas seulement en raison des brumes et du froid, mais aussi par la difficulté à se faire accepter par sa belle-famille dont elle ne parle pas la langue, et surtout par les absences de plus en plus répétées d’un mari volage.
Quand elle mettra au monde Bruno K, le choc sera rude. Elle apprend que ce fils qu’elle imaginait comme une bouée de sauvetage est infecté par la syphilis.
Koula entend se battre pour lui offrir une belle vie. Un tempérament qu’elle aurait volontiers aussi mis au service de Georgely, son second fils.
Mais le choix qui lui est offert est cruel. Si elle divorce, les enfants seront répartis entre père et mère. Une partition qu’elle est contrainte d’accepter et choisit celui qu’elle considère le plus faible, Bruno K, avec lequel elle retourne en Grèce.
C’est là que l’histoire va étonnamment se reproduire. Elle essaie d’effacer sa dépression dans les bras d’un nouvel homme. Un Belge qu’elle va épouser à son tour, suivre en Belgique et lui donner un fils – alors qu’elle était persuadée de porter une fille. Alexakis passera du reste ses premières années dans le décor rose et avec la layette préparée dans cette éventualité.
La nouvelle partition qui arrive alors est celle provoquée par la Seconde Guerre mondiale et l’exil, à nouveau.
Diane Brasseur décrit admirablement cette famille recomposée en nous offrant toute la gamme des variations et des sentiments. L’abandon et les culpabilité, la fratrie essayant de renouer des liens distendus, les belles-familles soit toxiques, soit intégratrices. Le tout sous le regard d’une Koula cherchant à faire bonne figure dans ce chaos.
Variation sur le thème de la destinée – que serait l’histoire si elle avait choisi Georgely plutôt que Bruno K? – ce roman est aussi construit autour de la musique, d’une passion qui permet de laisser la tragédie de côté pour se concentrer sur son art. Bruno K étudie le piano, son frère Alexakis le violon. La musique qui aurait dû les réunir mais ne restera qu’en fond sonore de cette tragédie intense, émouvante, déchirante.

La partition
Diane Brasseur
Allary Éditions
Roman
448 p., 20,90 €
EAN 9782370732811
Paru le 02/05/2019

Où?
Le roman se déroule en Grèce, en Suisse et en Belgique.

Quand?
L’action se situe des années 1920 à la fin des années 1970.

Ce qu’en dit l’éditeur
De la Grèce aux rives du lac Léman, une superbe fresque familiale.
Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.
Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.
La Partition nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu.
Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Je vous écris pour ne pas rester seul trop longtemps, c’est mauvais. C’est mauvais mais on ne peut s’en empêcher. On allume une cigarette et tout le paquet se vide peu à peu. Comme les souvenirs. Ils ne reviennent jamais seuls. »
Lettre de Bruno K à sa famille,
22 mai 1942

GENÈVE. 12 JANVIER 1977.
Chacun porte en soi une mélodie.
Bruno K descend du train, gare de Genève, et sur le quai, il regarde les passagers pressés ou perdus.
Il a pris l’InterRegio de 8 h 27 qui relie Meyrin à Genève Cornavin.
Dans le wagon, il a salué d’un hochement de tête les habitués qui pendulent tous les jours comme lui.
Chaque matin, un rythme musical détermine l’allure de Bruno K.
Si par exemple dans sa tête il chante la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, alors il marche nettement, sans fioriture, ni trop vite, ni trop lentement.
Si dans sa tête, c’est la ronde du Cinquième concerto de Beethoven qui résonne, il court presque.
Quand il flâne, à coup sûr il fredonne La Mer de Debussy.
Il peut lui arriver de penser à des rythmes différents, alors sa démarche change. Tous les trente mètres Bruno K ralentit ou accélère comme un pantin indécis.
Dans ces moments-là, il se dit qu’autour de lui les gens doivent le prendre pour un cintré.
Bruno K fait claquer la semelle de ses souliers, lacés, cirés, dans le tunnel des piétons sous les quais. Il n’attend pas d’être sorti pour allumer sa première cigarette, une Craven A.
Quelle musique entend-il, ce matin ?
Sa démarche est alerte. Bruno K avance dans le hall de la gare comme dans la vie, à grandes enjambées et la tête la première. Il a le front bombé des volontaires.
Son pardessus vole comme une cape. Pas de sacoche ni de mallette, Bruno K aime se sentir libre et voyager léger. Sa cravate est assortie à son complet.
Il cache ses cheveux courts et bouclés sous un chapeau en feutre gris. Son eau de Cologne, Acqua di Selva, lui donne une odeur de Méditerranée. Il s’est rasé de près ce matin, Bruno K a horreur de la barbe de trois jours qui transforme ses joues en papier de verre. Avant de sortir de la salle de bains, il a arraché d’un coup sec et précis un poil disgracieux entre ses sourcils.
Le soleil est déjà haut pour un matin d’hiver, il tape contre la baie vitrée du grand hall Nord et l’éblouit.
Bruno K cligne des yeux.
Il a les yeux bleus de sa mère et le regard si clair, il ne peut rien cacher : ni le désir, ni la jalousie, ni l’ennui, ni la déception, ni la peur.
Sa paupière droite ourlée de rouge – une vieille kératite mal soignée – le démange. Bruno K se frotte l’œil comme un enfant mal réveillé.
Dehors, l’air vif du matin lui fait du bien. Le temps est sec et le ciel dégagé. Dans le train, Bruno K a dû ouvrir le bouton du col de sa chemise – sans défaire son nœud de cravate – parce que le wagon était surchauffé.
Un instant il a eu un coup de fatigue mais il n’y a accordé aucune importance. Il a mis son début de migraine sur le compte de l’enfant bruyant assis en face de lui.
8 h 42, Bruno K sort de la gare et passe sous l’horloge: il est en avance.
À l’université on le surnomme « pendule » à cause de son extrême ponctualité. Au début de chaque cours, il retire sa montre et la pose sur son bureau. Après la sonnerie, il n’accepte plus les étudiants, sauf si c’est une jolie fille.
Bruno K est directeur de la section littéraire de l’université de Genève.
Sa salle de classe est au dernier étage. Quand ils y montent, les étudiants disent qu’ils vont au paradis.
Ses cours sont pleins, son estrade est une scène.
De combien de vocations est-il à l’origine ?
Quand ils s’installent dans le brouhaha des chaises, Bruno K regarde ses étudiants. Il les imagine dans leur chambre de bonne sous les toits, la nuit, travailler à leur bureau, entre un lit et des plaques de cuisson.
Dans sa salle de classe, il est le témoin de leurs grands rêves et des premières amours. Il voudrait leur dire : « moi aussi, j’étais à votre place ».
Puisqu’il est en avance, Bruno K va faire un détour par le lac.
Du Léman il ne se lasse pas, même si la vue est plus belle depuis Lausanne.
Ce matin, Bruno K ne saurait dire où commence et où termine le lac.
Dans la rue il regarde les femmes marcher. Il pourrait se perdre à les suivre, leur déhanchement le fascine. Il a la prétention de croire qu’il connaît les hommes en général et les femmes en particulier.
Pour les rendre heureuses, il ne suffit pas de les faire rire, il faut les faire danser.
Bruno K a besoin des femmes.
Devant lui, à quelques mètres, une grande brune trotte dans ses bottines. Sous une gabardine en cuir, elle porte une jupe dont le tissu à carreaux noir et beige semble épais.
De la laine?
La toilette des femmes en Suisse l’étonne, il ne les trouve pas assez apprêtées. Pour les fêtes, il est allé passer quelques jours à Paris, les femmes y sont plus élégantes.
Bruno K préfère l’hiver à l’été. Au moins quand il fait froid, les Suissesses portent des bas. Pas de poils, pas de cicatrices, pas de petites veines violacées qui courent le long de leurs jambes.
En fixant l’arrière de ses mollets fins et galbés, Bruno K se demande si sous sa jupe en laine, la jolie brune porte des bas ou des collants.
Prélude en ut majeur de Bach : il accélère.
Bruno K a la nostalgie de la soie, du nylon et des coutures.
Ah, les collants, cette hérésie qui déforme les fesses des femmes.
Dis-moi, ma jolie, ce matin devant ton miroir, as-tu enfilé une paire de bas ou des collants?
Pour seule réponse, avec ses jambes, elle tricote devant lui. La ceinture de sa gabardine se balance. La boucle argentée cogne dans les rétroviseurs des voitures garées rue des Alpes. Elle va finir par blesser quelqu’un, se dit Bruno K.
Sa jupe est si serrée, elle doit faire des petits pas. Sous le tissu à carreaux, il imagine les cuisses qui frottent l’une contre l’autre. Ses yeux étincellent.
Il l’a presque rattrapée. Maintenant, Bruno K aperçoit le profil de la jolie brune. Couvert de taches de rousseur, son nez en trompette dépasse d’un col en fourrure noir. Elle regarde en l’air comme si le ciel était un plan des rues de Genève. Sous son bras gauche elle a glissé un périodique féminin, mais Bruno K n’arrive pas à lire les titres.
Elle porte des collants, c’est sûr. Les jeunes femmes aujourd’hui ne mettent plus de bas, même sans jarretière. C’est inconfortable.
Les pavés de la rue des Alpes la déséquilibrent, elle ralentit.
Quand trouverai-je une femme qui marche harmonieusement, soupire Bruno K, en crachant la fumée de sa Craven A.
En tombant sur les genoux, un juron lui échappe. Pas un juron élégant de professeur comme « bonté divine » ou « sapristi ».
«Il faut savoir jurer dans la vie» répète Bruno K à ses étudiants, «dire des gros mots avec intensité».
Il a failli se brûler le pouce avec son mégot de cigarette. Sur le trottoir, son chapeau roule comme les virevoltants dans le désert au début des westerns.

Extraits
« LAUSANNE. 12 JANVIER 1977
Quand elle apprend la nouvelle, elle ne voit que le dos d’Alexakis à travers la double porte vitrée qui sépare la chambre du salon, dans la suite de l’hôtel.
On pourrait croire qu’il est prostré, mais non, Alexakis est penché au-dessus de la table. Absorbé, il remonte le mécanisme de sa montre.
Ce matin, le téléphone n’arrête pas de sonner à cause de cette histoire de violon. D’abord l’agent, puis l’organisateur, sans oublier le producteur. Tout le monde s’affole.
Le luthier a dit 14 h 00.
14 h 00 c’est juste mais cela joue encore. Le train est à 14 h 34, il arrive à Genève Cornavin à 15 h 20 où un chauffeur les attendra.
Alexakis sera dans la salle à 15 h 45 et sur scène à 15 h 50. Sans doute faudra-t-il écourter la répétition pour qu’il puisse dormir une heure dans sa loge.
Le concert commencera avec retard, à 20 h 45 ou à 21 h 00. Le public aime bien attendre, Gabrielle l’a remarqué, cela donne à la représentation un caractère exceptionnel.
Est-ce par crainte d’une annulation?
Dès que le rideau se lève, comme un soulagement, les applaudissements explosent.
Alexakis est préoccupé ce matin, il est encore plus distrait que d’habitude.
Cette nuit, il a fait le même cauchemar: il joue sur un violon sans corde.
Sur la scène d’un théâtre inconnu, l’orchestre démarre une longue introduction, du Mozart. À ce moment-là, Alexakis remarque que son violon est nu.
Il tente d’accrocher le regard du chef d’orchestre pour lui signaler qu’il y a un problème, il hésite à arracher le violon d’un autre ou à s’enfuir. L’attente est interminable.
Enfin c’est à lui, l’assemblée silencieuse le regarde. Alors il prend la position et fait corps avec son instrument, les jambes légèrement écartées et bien ancrées dans le sol, les épaules relâchées, il pose son menton et lève l’archet.
Alexakis ferme les yeux mais aucun son ne sort.
En se réveillant à trois heures, en sursaut, il ne se souvenait plus dans quelle chambre d’hôtel il était.
Même avec la présence rassurante de Gabrielle, il lui a été impossible de retrouver le sommeil. Le lit était inconfortable et hostile. Les draps, trop chauds et les oreillers trop mous. »

« Il y a quatre jours, Alexakis a fêté ses 46 ans mais il est de ces hommes à qui il est impossible de donner un âge.
Sans doute parce qu’il est grand et maigre.
Alexakis est beau mais il ne le sait pas, il ne cherche pas à plaire.
Comme les enfants, il rit les yeux plissés et la tête en arrière.
Dès qu’il se concentre, il enroule ses cheveux bruns et bouclés autour de son index. Cela s’appelle la trichotillomanie, Gabrielle s’est renseignée, inquiète de voir apparaître sur le haut de son crâne le début d’une calvitie.
On pourrait croire qu’il est timide mais il s’agit d’autre chose. Alexakis est secret. Les questions le bousculent. Il a besoin de silence et de temps pour s’exprimer.
Sa voix peut être aussi faible qu’un mince filet d’eau. Certains jours, il parle si doucement, Gabrielle ne cesse de lui demander de répéter ce qu’il vient de dire.
Alexakis n’est pas lâche, il ne manque ni de courage ni de franchise, mais cela lui est difficile de soutenir le regard d’un autre parce qu’il a les yeux clairs.
Le regard dit trop. Dans les yeux des autres, Alexakis a peur de devenir transparent. »

À propos de l’auteur
Diane Brasseur est franco-suisse. Née en 1980, elle a grandi à Strasbourg et a suivi une partie de sa scolarité en Angleterre, avant de faire des études de cinéma à Paris. Diane Brasseur est née en 1980, elle a grandi à Strasbourg. Elle habite à Paris. Après des études de cinéma, elle devient scripte et tourne une trentaine de long métrages avec, entre autres, Olivier Marchal, David Foenkinos, Albert Dupontel et Valérie Lemercier. Elle aime particulièrement accompagner des réalisateurs pour le tournage de leur premier film : Nicolas Bedos, Abd Al Malik, Andréa Bescond et Eric Metayer, Audrey Diwan. Diane Brasseur fréquente les ateliers d’écriture depuis l’âge de 14 ans. Elle est l’auteure de Les Fidélités et Je ne veux pas d’une passion, traduits dans huit pays. (Source: Allary Éditions / lesmots.co)

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Mes nuits apaches

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
Un peu perdu dans son village de l’Ariège, Jonas apprend à se défouler en tapant fort sur la batterie offerte par son frère. Dès lors, il sait que la musique, que le rock, vont l’accompagner durant toute sa vie et n’hésite pas à partir pour Paris, quitte à laisser derrière lui son ami Henri et la belle Barbara.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Sauvé par le rock

Plus qu’un livre sur le rock, davantage qu’une riche playlist, au-delà des illustrations de Marc Topolino «Mes nuits apaches» est un formidable roman d’initiation. N’hésitez pas à suivre Jonas!

Commençons par dire deux mots de l’objet. Ce livre fait partie de la collection «Les Passe-Murailles» dirigée par Emmanuelle Dugain-Delacomptée qui entend «revisiter les mondes immuables des classiques littéraires, entrer dans des tableaux qui s’animeraient soudain, débattre avec des philosophes disparus, s’égarer dans des films ou séries que rien ne destinait à se rencontrer, ou bien simplement évoquer l’influence de ces œuvres sur nos vies». À la fois par le sujet proposé, la découverte et l’influence de la musique rock et les illustrations de Marc Topolino qui parsèment le récit, l’objectif est atteint.
On prend beaucoup de plaisir à suivre le parcours de Jonas, même si son enfance et son adolescence n’ont pas été des plus joyeuses. Après avoir perdu son père – celui qui emmenait la famille Espagne sur l’air de Machucambos – et sa grand-mère, il voit son grand-frère quitter le domicile familial pour ses études et se retrouve seul avec sa mère. «Elle me trouvait malheureux alors que je n’étais que le reflet de son propre malheur.»
Dans cette ambiance lourde ce n’est pas le psy roumain auquel il va rendre visite qui lui sera d’un quelconque secours, mais Henri et Barbara. Encore, c’est le copain d’enfance, celui avec lequel il joue au foot. «Nos solitudes s’étaient prises en affection». Barbara, c’était autre chose. C’était le visage de l’amour, le fantasme absolu.
En attendant un hypothétique premier baiser, la vie de Jonas va changer lorsque son frère, de retour pour Noël, va lui offrir une batterie sur laquelle il va pouvoir lâcher toute sa colère. «À présent, j’étais armé. Il ne pouvait plus rien m’arriver. Le rock avait déboulé dans ma vie.»
Un vent de liberté souffle alors, qui le transforme du tout au tout. Ses fringues, sa dégaine et même ses rêves changent à mesure qu’il découvre cet univers musical. Il n’hésite pas à monter dans la camionnette des trois filles qui vont donner un concert à quelques kilomètres de là et s’improvise batteur de la blonde, la rousse et la brune.
À 17 ans, il lâche tout pour s’installer à Paris et pour, peut-être, oublier Barbara.
Il écume les concerts, sort avec Betty, oublie ses études en chemin. Il n’aura pas Lisa, mais décrochera finalement son bac au rattrapage. Il n’envisage son avenir que dans la musique, mais s’inscrit en fac d’anglais pour rassurer sa mère. Avant de devancer l’appel pour se débarrasser au plus vite du service militaire et oublier son ancienne vie. «Je prenais l’armée pour une sorte de machine à laver».
Mais c’est à La Réunion, sur «des effluves d’épices, de gingembre, de curcuma, de curry» qu’il va trouver sa voie. En entendant Kenyan et sa voix qui «venait vous attraper par le col et ne vous lâchait plus». La suite – et la fin – du livre va se jouer un registre d’intenses émotions, avec quelques surprises et, en complément d’une riche playlist, une bibliographie tout aussi intéressante.
Car désormais, c’est dans les livres et l’écriture que Jonas cherche son paradis.

Mes nuits apaches
Olivier Martinelli
Éditions Robert Laffont
Coll. «Les Passe-Murailles»
Roman
200 p., 20€
EAN 9782221219348
Paru le 03/01/2019

Playlist
LOS MACHUCAMBOS ✶ THE SPECIALS ✶ THE SMITHS ✶ BÉRURIER NOIR ✶ THE CRAMPS ✶ THE GUN CLUB ✶ THE CLASH ✶ MIOSSEC ✶ BUKOWSKI ✶ BOB DYLAN ✶ MARY MY HOPE ✶ JULEE CRUISE ✶ THE VELVET UNDERGROUND ✶ THE JESUS AND MARY CHAIN ✶ THE LIMIÑANAS ✶ PIERRE VASSILIU

Où?
Le roman se déroule en France, dans un village de l’Ardèche, puis à Paris, à Nîmes et Montpellier, avant un voyage à La Réunion.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Je me sentais indestructible. J’étais fort, rapide et coureur de fond. C’était comme si toute la matière qui me constituait entrait en résonance avec la musique. Et ce soir, j’étais prêt à pardonner à tous ceux qui m’avaient fait du mal. Par leur absence, leur façon de m’oublier. Je crois bien que j’étais prêt à me pardonner moi-même.
Jonas traverse sa jeunesse et son adolescence comme un long tunnel jalonné de déceptions, de pertes et de frustrations. Jusqu’à ce qu’une lueur éclaire son chemin. Celle, éblouissante, du rock.
Désormais, tout va changer. Son look, les filles, les nuits, l’avenir…
Mes nuits apaches est le premier roman rock de la collection «Les Passe-Murailles», où la voix brûlante du jeune héros, impatient de vivre, jaillit dans l’air de soirées saturées de décibels, pour venir résonner à l’intérieur de votre poitrine.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« De petites choses
Tout allait bien pour moi, au début. Je me sentais pas tellement différent des autres. Et puis mon père a décidé de tout gâcher. Aujourd’hui, j’ai compris que rien n’était de sa faute, qu’il n’avait rien décidé. Mais je lui en ai beaucoup voulu d’avoir foutu ma vie en l’air.
J’ai longtemps enfoui au fond de moi les souvenirs qui le concernaient. Quand ils se pointaient, je sentais deux mains puissantes tordre mon estomac comme on essore une serpillière. Ça me coupait la respiration. Et je mettais de longues minutes à retrouver mon souffle. Alors j’ai appris à les repousser, à les fouler au sol avant de les recouvrir de terre jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Aujourd’hui, je les laisse venir plus volontiers. J’ai renoncé à renoncer.
À propos de mon père, ce que je garde de lui, ce sont des petites choses. Des choses de rien. Ses cheveux gris, ses sous-pulls, le parfum de sa transpiration, ses emportements devant les infos, sa main sur ma tête, son rire et la façon dont il provoquait celui de ma mère. J’étais si jeune que tout s’embrouille parfois… les photos, les anecdotes racontées par mon frère et les vrais souvenirs. Ceux qui m’appartiennent vraiment.
Dans les vrais souvenirs, il y avait sa nuque. Ou plutôt, la tension qui habitait cette nuque alors qu’il nous conduisait vers l’Espagne. Le soleil de plomb qui cognait la carrosserie de la vieille 504 Peugeot. Le radiocassette qui tournait, la musique des Machucambos qui emplissait l’habitacle et nous donnait l’impression d’avoir déjà passé la frontière. Ses doigts qui martelaient le volant en rythme. Ses doigts qui se souvenaient d’avoir tenu la cadence dans des groupes de reprises, à la fin des années cinquante, dans les dancings d’Oran.
Je devais avoir huit ou neuf ans. J’étais coincé entre ma grand-mère et mon frère aîné. J’ignorais où se situait la frontière. Mais je la devinais. Je la flairais. Il suffisait d’observer la nuque de mon père, son relâchement soudain, les plis nouveaux qui striaient sa peau, l’affaissement de ses épaules.
Je me souviens de sa voix aussi, de son accent espagnol un peu heurté quand il reprenait les paroles de « Cuando calienta el sol », de celui de ma mère quand elle venait soutenir ses efforts, du fredonnement de ma grand-mère dans mon oreille d’enfant.
J’avais dix ans quand il est parti. Les gens disaient qu’il était parti pour ne pas m’annoncer qu’il était mort. Je suppose qu’ils utilisaient cette image pour me protéger. Mais pour moi, le résultat était le même. En partant, mon père avait foutu ma vie en l’air.
Entre eux, les adultes employaient aussi le mot « crabe » pour éviter d’avoir à parler de « cancer ». Cette image, par contre, ne me protégeait en rien. J’imaginais mon père pris de convulsions. Je voyais son corps infesté de bestioles, rongé de l’intérieur. C’était effrayant. J’en faisais des cauchemars la nuit.
Pour ma grand-mère, c’est arrivé peu de temps après. Mais ça a été plus net, plus brutal. Je n’ai pas eu à la visiter à l’hôpital. Je n’ai pas vu ses cheveux et ses sourcils tomber. Je l’ai vue tomber, elle, et sur le coup, j’ai cru qu’elle me faisait une blague. C’est pas tellement qu’elle était farceuse, ma grand-mère. Mais j’ai trouvé sa façon de tomber si grotesque, corps en avant, tout raide, comme au garde-à-vous, sans même essayer de mettre les mains devant en protection…
Nous revenions de la messe où je l’accompagnais tous les dimanches. Le curé de la paroisse était plutôt barbant. Je ne saisissais pas grand-chose à ses sermons. Même quand j’essayais de me concentrer. Il était gâteux et parlait à côté du micro. Parfois, il entrait carrément en transe en remuant la tête de gauche à droite. Ce qui fait qu’on n’entendait qu’une syllabe sur deux. Même les anciens n’y comprenaient plus rien. Tout le monde se regardait en attendant que ça passe, que sa crise se termine. Il m’est arrivé aussi de m’endormir. Des microsommeils dont j’émergeais la honte aux joues. Certaines images ne me parlaient pas. Le buisson ardent, le péché originel, et cette pomme, symbole de tentation et de mal. Tout ça me dépassait. J’aimais bien les pommes.
Comme d’habitude, j’ai patienté sagement alors que ma grand-mère, debout à mon côté, me couvrait de son amour. La messe, c’était le prix à payer. Je savais que ma récompense n’allait pas tarder. À la fin de l’office, on a franchi les grandes portes en bois clair. Mes doigts courts calés dans sa paume, on est sortis en clignant des yeux à cause du soleil qui venait de se jeter sur nous. Elle a salué certains voisins, des commerçants chez qui elle avait ses habitudes. Mais elle ne s’est pas éternisée. En s’éloignant, elle m’a soufflé : « Ces gens nous détestent. Ne te fie pas à leurs sourires de politesse. » Elle s’est écartée à petits pas nerveux avant d’ajouter : « Ils vont à l’église et ils sont incapables de bonté. »
Je ne lui ai pas demandé pourquoi elle pensait que ces gens ne nous aimaient pas. J’avais peur de sa réponse, peur qu’elle me condamne, moi aussi, à ne pas être aimé des autres. Mais au fond de moi, je savais. Je savais qu’ils détestaient notre accent, qu’ils détestaient les mythes et les fantasmes qu’il transportait.

Extrait
« Quand mon frère a eu son BAC, ça a été un drame pour ma mère et moi. On pressentait que la vie ne serait plus la même. La joie de Fred était un couvercle posé sur nos blessures. En désertant la maison, il allait emporter le couvercle avec lui. Les plaies de ma mère et les miennes s’ouvriraient de nouveau.
On a pris la route tous les trois pour l’installer à Bordeaux où il devait rentrer à l’école normale. La 504 émettait des cliquetis inquiétants. Le pot d’échappement percé vrombissait comme celui d’une Porsche. Avec plus de 150 000 kilomètres au compteur, elle était au bout du rouleau. Ma mère était muette. Elle conduisait, les yeux rivés à l’asphalte devant nous. Elle était tendue, son corps menu collé au volant. Elle avait toujours conduit comme si une planche de fakir était posée sur le dossier de son siège. »

À propos de l’auteur
Olivier Martinelli est né en 1967 et vit à Sète. Auteur de plusieurs romans et de nombreuses nouvelles, il a été lauréat du prix des Lecteurs de Deauville en 2012 avec La nuit ne dure pas et a obtenu le prix de la ZEC avec L’Ombre des années sereines en 2016. L’Homme de miel, son dernier roman, a été «coup de cœur» de quarante librairies en France et en Belgique.
Marc Topolino est né à Sète quelques jours après la mort d’Otis Redding. Depuis, il ne cesse de dessiner sur les feuilles et les arbres, de peindre sur les tableaux et sur les toits. (Source : Éditions Robert Laffont)

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Peine perdue

KENT_peine-perdue

En deux mots:
Quand Vincent apprend la mort accidentelle de sa femme Karen, il est comme tétanisé, incapable d’émotions. Un état qui le pousse à tenter de comprendre comment il a vécu, quelle était la nature réelle de ses sentiments et comment il va pouvoir rebondir.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le musicien à la recherche de son âme

Avec la musique et la BD, l’écriture est la troisième corde à l’arc de Kent. Et il en fait un excellent usage dans ce roman sur les tourments d’un musicien qui vient de perdre sa femme. Beau, juste et fort.

Vincent a abandonné ses rêves de gloire pour se fondre dans la troupe des musiciens qui accompagnent les chanteurs dans leurs tournées. C’est au moment où il s’apprête à prendre la route qu’il apprend le décès de Karen qui a apparemment perdu le contrôle de sa mini et subi un choc mortel. Face au policier venu lui apprendre la nouvelle, il est sans réaction, dans une sidération qui l’étonne. Aimait-il vraiment Karen? N’a-t-il pas été plutôt le jouet d’une illusion? C’est dans un état second qu’il va vivre les jours qui suivent, y compris ceux des obsèques. Tandis que François, son beau-père, s’occupe de l’organisation et des formalités, il essaie de mettre un peu d’ordre dans leur appartement et dans l’atelier de Karen qui jouissait d’un statut réputé dans le milieu du street art. Lui qui aimait papillonner et changeait volontiers de partenaire avait fini par s’assagir dans les bras de Karen. A moins qu’il n’ait été phagocyté par cette femme qui avait besoin de lui pour ses performances artistiques, qui le considérait plutôt comme un collaborateur talentueux? Tout l’ameublement et la décoration portait sa trace. «S’il voulait effacer l’empreinte de Karen dans la maison, ce n’était pas de cartons ni de valises qu’il avait besoin, mais d’un conteneur. Il fallait virer tous les meubles et leurs contenus, les bibelots, les lampes, les lustres, les tableaux, les affiches; aussi démonter la cuisine, la salle de bains, les toilettes, enlever les carrelages, les parquets, gratter les peintures des murs; dans le jardin, déraciner toutes les plantes et les arbres. Il fallait encore embarquer sa propre garde-robe, du manteau d’hiver au slip qu’il portait, et ne laisser qu’une brassée de teeshirts de merchandising récupérés lors de tournées diverses. Karen s’était aussi occupée de l’habiller. Au fond, Vincent avait été un objet de déco pour elle…»
C’est sur les routes, avec les musiciens et au rythme des concerts qu’il va sonder sa personnalité et essayer de retrouver une liberté nouvelle. Aux côtés de Kevin Dornan, dont le succès va grandissant, il va se reconstruire. Mais le temps du sex, drugs and rock’n roll est aussi passé. Il va s’en rendre compte dans les bras de ses ex ou dans les rencontres d’un soir qui ne le satisfont plus.
L’heure du bilan et des jugements à l’emporte-pièce est venue. Il apprend ainsi que Karen avait envoyé des maquettes de sa musique à des maisons de disque et souhaitait relancer sa carrière qu’elle trouvait prometteuse. Au fil des jours, il lui faut réviser son jugement. Lors d’un voyage à New York, il aura l’occasion de tirer un trait sur le passé.
Mais Kent ne lâche pas son lecteur. Bien au contraire, il lui réserve un épilogue digne d’un thriller de haute volée et confirme ainsi ses talents d’écrivain.

Peine perdue
Kent
Éditions Le Dilettante
Roman
192 p., 17 €
EAN 9782842639730
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, Mais aussi dans les grandes villes de province, au hasard des concerts. On y évoque aussi un voyage à New York.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Vincent Delporte, musicien entre deux âges sur le point de partir en tournée, apprend le décès soudain de sa femme, Karen. Il s’étonne de n’éprouver aucun chagrin. Tandis qu’il prend la route, il cherche à comprendre la raison de son indifférence en se remémorant les années passées. Mais les souvenirs ne sont qu’une part de la vérité et l’amour n’est pas ce que l’on croit. C’est un puzzle, chaque pièce compte. Surtout la dernière.
D’un coup, sèchement, par un simple appel, Vincent l’apprend: Karen est morte, Karen s’est tuée au volant. Singulièrement, ce qui aurait dû le démanteler sur place, l’annihiler, ne le touche qu’à peine. La mort de Karen n’ouvre pas un gouffre mais cerne les contours d’une absence : Vincent Delporte, claviériste et compositeur, amateur de Haydn, n’aimait plus sa femme, Karen, star du street art. Et c’est à l’exploration subtile, nuance après nuance, de cet état d’être que va se livrer l’auteur, tout au long de ce roman. Peine perdue, un titre qui n’aura jamais autant convenu à un livre, car Vincent va chercher en lui sa peine comme on remue le fouillis d’un tiroir, inventorie le vrac d’un grenier, à la recherche d’un objet perdu. Il n’y trouvera qu’«une mélancolie brumeuse qui, à la manière d’un doux clapot, lui lèche les rives de l’âme». Un manque lancinant, néanmoins, qui va l’amener à remonter le cours de leurs vies, objet après souvenir, d’instant en rencontre. Au fil de la route, reprise au sein d’un groupe vedette, on le voit retisser des liens rompus, affectifs et familiaux, réactiver des liaisons anciennes, mesurant ainsi le temps écoulé, l’usure des corps et le fléchissement des âmes. Sentant qu’il a sûrement été dépossédé d’une part de lui-même par l’ascendant de sa défunte femme, il se piste, tente de refaçonner ce qui serait sa vraie personnalité. En vain. L’impasse intérieure est là, qui ne donne que sur l’absence. Le cœur n’est pas un objet en consigne, à retrouver intact, c’est un muscle qu’on a tort de laisser fondre. Et le retendre ne sera que peine perdue: une lente déploration romanesque et désenchantée sur le temps et l’usure sournoise des amours.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
L’Express (Delphine Peras)
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Le blog du doigt dans l’œil 


Kent présente son roman Peine perdue © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« – Allo? Allo?
À peine avait-il décroché qu’un bruit indistinct mit fin à la communication. Il refit le numéro de Karen affiché sur l’écran, mais tomba sur la boîte vocale. Il laissa la phrase d’usage : « On a été coupés, rappelle-moi », et il reprit son travail. Karen ne rappela pas. Ce ne devait pas être urgent. Il oublia. C’était le mois de juillet, une canicule à incendier les pelouses. Il s’obstinait sur un synthé, fenêtre ouverte, le torse nu et en caleçon. Sans doute aurait-il été mieux à somnoler dans le hamac du jardin, sous un sombréro. Mais il n’avait pas le choix, il devait suer sur ses claviers, dans son home studio sous les combles. Par la fenêtre ouverte, il voyait les toits des pavillons environnants, étendue de tuiles brûlantes sur laquelle aucun oiseau ne se posait par crainte de rôtir. À ses côtés, un ventilateur coréen interprétait en boucle un succédané de brise monotone.
Vincent était musicien-mercenaire selon sa propre définition. Il accompagnait qui le payait sans porter de jugement. Il avait une très bonne technique ainsi qu’une ouverture d’esprit tout-terrain tant que le cachet était décent. Il n’avait pas toujours agi ainsi. Il n’avait pas toujours été aussi pragmatique, mais il avait passé l’âge de l’intransigeance artistique depuis longtemps. Subsistait en lui pourtant, dans une oubliette, une sensibilité bannie qu’il dénommait sensiblerie pour couper court aux remords. Il avait eu l’ambition, plus jeune, de vivre de son art, sans concession, persuadé que le talent, le vrai, était inaliénable et que c’était en cela qu’il se distinguait de l’habileté. La reconnaissance mettant du temps à venir, Vincent avait commencé à gloser intérieurement sur le sens et les vertus de l’ambition et, par glissement sémantique, il avait fini par n’y voir que prétention, un défaut majeur dont il fallait se guérir. Ainsi s’était-il justifié de laisser le champ libre à la facilité, cette flemme sournoise et flatteuse. Facilité qui ne s’était pas limitée à la musique et avait empiété sur une vision plus globale de la vie et de l’amour, son corollaire. Longtemps Vincent ne s’était pas trouvé attirant. C’est pour cela qu’à l’âge des premiers émois il s’était replié sur son piano. Il ne se trouvait pas séduisant et il ignorait que les filles le voyaient autrement. Son manque d’assurance l’enfermait dans une réserve mutique et l’empêchait de jouer le jeune coq. Dans son for intérieur, il était trop mou, trop maigre, pas assez grand, le nez gauchi, les yeux marqués. Du point de vue féminin, il était ce musicien doué, secret, à la voix sourde et grave, aux mains fines et au physique attachant. Il en a pris conscience quand il a commencé à se produire avec des groupes et des chanteurs, quand il est devenu un camelot sonore pour subsister. Puis il en a abusé. Moins il était ambitieux en musique, plus il jouait les Casanova. Ou l’inverse peut-être. Dans le même temps et sans aucune perspective, il a entamé une relation durable avec une jeune femme, Karen, qu’il a fréquentée d’abord de manière décousue. Karen avait commencé à faire parler d’elle en couvrant les murs de la ville d’apophtegmes calligraphiques de son cru. Maintenant elle vendait tous azimuts son empreinte. Karen était sa femme depuis bientôt cinq ans.
On sonna à la porte. Il regarda discrètement par la fenêtre. Il n’attendait personne et ne souhaitait pas être dérangé. Une voiture de police stationnait devant la maison. Un policier se tenait près du portail. Cela l’étonna sans plus. Il avait l’esprit accaparé par un renversement d’accords.
– Je descends! lança-t-il.
Dans l’escalier, il entreprit une sauvegarde mnémotechnique de sa dernière trouvaille musicale. Il ouvrit le portail. Le policier le salua et se découvrit. Ses collègues dans l’auto le regardaient sans expression.
– Bonjour. Vous êtes monsieur Vincent Delporte?
– Oui, je suis Vincent Delporte.
– Karen Delporte est-elle votre épouse?
– Oui, Karen Delporte est mon épouse.
Le policier se racla la gorge. Il lui annonça le décès de Karen dans un accident de la route. Ses accords de piano tourbillonnaient dans sa tête et s’entremêlaient aux paroles de l’agent. Il ne saisissait pas leur sens. Il ne se sentit pas plus touché que si on lui apprenait que sa femme avait perdu ses clés. Il fit redire ce qu’il venait d’entendre. Le policier s’exécuta. « C’est pas possible! », finit par articuler Vincent, incrédule. Que ces mots sonnaient stupidement dans une telle circonstance. Comme si une blague douteuse était envisageable. Surtout venant de la police. Son cœur battit un peu plus fort et un bref frisson lui parcourut l’échine. Il cherchait une formule appropriée. Il balbutia quelque chose qui passa pour du désarroi. À la fois distant et compatissant, le policier tenait son rôle dans le périmètre autorisé par sa fonction. Il l’informa que sa femme se trouvait à la morgue où il était attendu pour identifier le corps. Sur un arbre, une pie jacassa.
– Souhaitez-vous qu’on vous accompagne?
– Non merci. Je vais me débrouiller. Où est-ce au juste? »

Extrait
« Karen avait une Austin Mini, l’ancienne, l’originale, coquetterie de fan des sixties. Petite auto toute mignonne, toute fragile. Vincent imagina qu’il n’en restait rien. Karen était morte avant l’arrivée des secours. Il redoutait l’épreuve qui l’attendait à la morgue. Il gara la voiture sur le parking des visiteurs, vérifia que les roues ne mordaient pas sur les lignes peintes au sol et se rendit à l’accueil. Il déclina son nom et la raison de sa visite. On le fit attendre quelques secondes, le temps qu’un responsable arrive et le guide à travers l’établissement. Vincent suivait l’homme en observant les sabots en caoutchouc qu’il avait aux pieds. « J’aurais pu venir en sandales. »
Il fut à deux doigts de tourner de l’œil à la vue de la civière et du corps recouvert d’un drap. On lui parla avec beaucoup de gentillesse. On lui expliqua les circonstances du drame. Il entendit tout cela au travers d’un bourdonnement cotonneux. Il lui sembla qu’on s’adressait à lui dans une langue étrangère, un créole bureaucratique qu’il maîtrisait mal. Il devait se concentrer pour comprendre. »

À propos de l’auteur
Kent est né à la Croix-Rousse, à Lyon, dans une famille d’ouvriers. Tout gamin, il tombe dans la bande dessinée et, dès 14 ans, il attrape le virus du rock et plaque ses premiers accords de guitare. Ces deux passions seront désormais deux rêves à aboutir et le moteur d’une vie.
Sur les bancs du collège, il rencontre trois autres garçons avec qui il monte un groupe. Ils se feront bientôt connaître sous le nom de Starshooter.
1976: premiers dessins publiés dans Métal Hurlant, la revue mythique dirigée par Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manœuvre.
1977: Starshooter sort son 1er 45 tours en pleine explosion punk. A l’instar de Téléphone, Starshooter avec son rock énergique et coloré devient un parfait représentant de toute une jeune génération. Pendant 5 ans le groupe sillonne la France et enregistre 4 albums.
1982: à la fois par fatigue et par peur de lasser, le groupe se sépare. Kent se consacre alors pleinement à la BD. Entre 1982 et 1986, il publie 6 albums aux Humanoïdes Associés et chez Futuropolis. Mais avec la fin de Métal Hurlant et le décès de Philippe Bernalin, scénariste et ami depuis le lycée, l’envie de poursuivre la BD disparaît.
La musique revient au premier plan. Mais il lui faudra patienter six ans, l’album À nos amours et le succès de la chanson « J’aime un pays » pour accéder à la reconnaissance en tant que Kent. Changement de vie et de ville, l’homme quitte Lyon et s’installe à Paris.
1992: l’album Tous les hommes, salué par la critique, marque un réel tournant musical avec une remise au goût du jour de la chanson française dite traditionnelle. D’autres artistes le sollicitent pour des textes, notamment Enzo Enzo avec qui il entame une collaboration qui sera couronnée de succès en 1995. La chanson « Juste quelqu’un de bien » remporte la Victoire de la Musique pour la chanson de l’année et Enzo Enzo le titre d’interprète féminine de l’année. Ils feront ensemble deux co-récitals très marqués par le music-hall et le cabaret. Les années qui suivent voient s’enchaîner albums et tournées. Le besoin permanent de se renouveler pousse Kent à proposer à chaque fois des projets inédits. Du rock électro au piano/voix, il explore tous les champs de la chanson actuelle.
En 2005, il revient incidemment à la bande dessinée à l’appel de l’association Alofa Tuvalu, sur un thème qui lui est cher : l’écologie.
2008: musique et dessin se rejoignent pour la première fois avec le livre-disque, L’Homme de Mars.
2015: sort en coffret l’intégrale de ses albums en studio de 1982-2013, enrichie de nombreux inédits. Ce sera l’occasion d’un concert spécial au 104 à Paris pour lequel Kent se joint les services de Tahiti Boy, une rencontre décisive.
2017: un nouvel album paraît, intitulé La grande illusion, réalisé par Tahiti Boy. Retour à des compositions plus électriques à l’image de cette année où Kent fête ses 40 ans de carrière inaugurée en 1977 sous le signe du Punk Rock qui souffle lui aussi ses 40 bougies.
Ce portrait serait incomplet s’il n’était fait mention de Kent auteur de 5 romans, d’un essai sur la chanson (Dans la tête d’un chanteur), d’un recueil de sonnets érotiques et de deux livres pour enfants en collaboration avec Stéphane Girel. Il signe aussi les illustrations de L’Alphabête, un livre-disque pour enfants ; sans oublier non plus l’animateur et producteur de l’émission Vibrato, le temps d’un été, sur France Inter.
19 albums en solo + 4 avec Starshooter; 5 romans + 1 essai sur la chanson. (Source: kent-artiste.com/biographie)

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Manifesto

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En deux mots:
Léonor part à la Pitié-Salpêtrière pour y veiller son père Félix. Elle sait qu’il vit ses dernières heures. Tandis que l’esprit du défunt vagabonde en compagnie d’Hemingway, sa fille lui confie ce qu’elle lui doit, ses mots d’amour…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Aficionado, appassionato… Manifesto

Une nouvelle petite merveille signée Léonor de Récondo. Après le magnifique Point Cardinal, voici un témoignage très émouvant sur les dernières heures passées avec son père Félix.

Avec cet émouvant hommage à son père, Léonor de Récondo démontre avec maestria qu’elle est l’une de nos plus belles plumes. C’est-à-dire qu’elle réussit à faire une œuvre littéraire d’un drame intime, qu’elle parvient à transcender la mort de son père pour en faire une ode à la liberté. Un Manifesto tout entier contenu dans cette phrase «Pour mourir libre, il faut vivre libre.»
Après Amours et Point Cardinal, voici donc le récit des derniers jours de Félix, cloué sur son lit dans une chambre l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Un univers froid et sans âme, un environnement dont Léonor et sa mère vont tenter de faire abstraction pour accompagner les derniers jours de cet homme.
Félix a quant à lui déjà fait disparaître les murs de l’hôpital. Il est au bord de la mer assis sur un banc aux côtés d’Ernest Hemingway. Ce n’est «pas seulement le lieu du souvenir, mais aussi celui d’une espérance, d’une vie passée fringante et riche».
On l’aura compris, l’esprit de Félix vagabonde, s’engage sur les routes des souvenirs, celui d’une enfance en Espagne, de la guerre contre Franco, de l’exil.
Et qui mieux qu’Hemingway, cet autre amoureux de l’Espagne, pour évoquer ces années, ces paysages, ces combats et la douleur de l’exil. Sans oublier les morts, à la fois si lointains et si proches, les morts qu’il va rejoindre… «Mais je n’y crois pas. On meurt, c’est tout, et on agrandit l’âme de ceux qui nous aiment. On la dilate. La mienne va bientôt exploser.»
Pour Cécile et Léonor l’inconcevable, l’inacceptable, mais la tout aussi inévitable fin s’inscrit dans une autre chronologie, à la fois insoutenable dans l’attente et trop rapide pour tout dire : «Je ne veux rien oublier, je veux que ça s’inscrive. Dans quelques heures, je ne te verrai plus, c’est maintenant que se fait le souvenir. Et pourtant, je sais que je vais oublier, comme j’ai oublié les mains et le rire de Frédéric, et ce n’est pas faute d’amour. Je voudrais retenir vos voix à tous, en faire une polyphonie. Y ajouter la mienne le moment venu.»
Une procession qui n’oublie ni les grands-parents, ni le frère, ni Dominique retrouvée morte dans un squat à Montreuil.
Au chagrin, à la peine qui tétanise, j’imagine ce besoin de trouver une issue, de «faire le deuil». Et j’imagine tout autant la romancière essayer de poser sur le papier un début d’histoire, d’y revenir, de pleurer de rage, de tout jeter puis de recommencer. Puis d’arriver à ce moment de grâce, de communion avec Félix le sculpteur. Où ce qu’il dit de son art peut aussi se dire de celui de sa fille «mon paysage intérieur est surpeuplé, foule dense, désespérée souvent. On m’a demandé d’où venaient mes personnages, s’il y avait une image originelle qui viendrait hanter toutes les autres. Je ne le crois pas. Il y a des émotions passées qui, lorsqu’on les retrouve en pensée, nous bouleversent chaque fois.»
Bouleversant, ce roman l’est à coup sûr. Il impose Léonor de Récondo comme l’une de nos plus élégantes stylistes.

Manifesto
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser éditeur
Roman
192 p., 18 €
EAN 9782848053141
Paru le 10/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris avec des réminiscences de l’exil de l’Espagne vers la Côte basque. On y cite Irun, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, Dax, Mont-de-Marsan ainsi que les Cévennes ou encore Nîmes. On y évoque aussi Montreuil.

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque des souvenirs remontant jusqu’à 1920.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Pour mourir libre, il faut vivre libre.» La vie et la mort s’entrelacent au cœur de ce «Manifesto» pour un père bientôt disparu. Proche de son dernier souffle, le corps de Félix repose sur son lit d’hôpital. À son chevet, sa fille Léonor se souvient de leur pas de deux artistique – les traits dessinés par Félix, peintre et sculpteur, venaient épouser les notes de la jeune apprentie violoniste, au milieu de l’atelier. L’art, la beauté et la quête de lumière pour conjurer les fantômes d’une enfance tôt interrompue.
Pendant cette longue veille, l’esprit de Félix s’est échappé vers l’Espagne de ses toutes premières années, avant la guerre civile, avant l’exil. Il y a rejoint l’ombre d’Ernest Hemingway. Aujourd’hui que la différence d’âge est abolie, les deux vieux se racontent les femmes, la guerre, l’œuvre accomplie, leurs destinées devenues si parallèles par le malheur enduré et la mort omniprésente.
Les deux narrations, celle de Léonor et celle de Félix, transfigurent cette nuit de chagrin en un somptueux éloge de l’amour, de la joie partagée et de la force créatrice comme ultime refuge à la violence du monde.

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Léonor de Récondo présente son nouveau roman Manifesto © Production Librairie Mollat

Incipit (Les premières pages du livre)
J’ai commencé l’écriture de ce texte depuis plusieurs mois déjà, quand je fais un rêve. Je suis dans une pièce entourée d’une multitude de petits bouts de papier. Cécile, ma mère, est assise sur un canapé, elle m’observe. Je dois écrire la quatrième de couverture de ce livre. Je suis angoissée, j’essaie de mettre en ordre les petits bouts de papier, ce qu’il s’est passé dans les années 1980, puis 1990, et cette nuit-là. La nuit du 24 au 25 mars 2015 où Cécile et moi avons accompagné Félix, mon père, vers la mort.
Je suis perdue, Cécile est calme. Elle me dit :
– C’est simple, Léonor. Quelle est la phrase qui viendrait tout définir?
Je la regarde, je ne sais pas. Sans lui répondre, je continue de fouiller frénétiquement les papiers.
Elle poursuit :
– La phrase importante de ce manifeste, de ton Manifesto?
Je m’arrête à nouveau. Je réfléchis et réponds :
– Pour mourir libre, il faut vivre libre.
Et je me réveille en sursaut avec ce mot «Manifesto».
Cécile, en plus d’être l’un des personnages principaux de ce texte, m’offrait un titre et la possibilité de poursuivre l’écriture de cette ultime conversation entre Félix et Ernest Hemingway.

«Je te vois assis sur le banc en marbre, le ciel sous les pieds. Tu regardes la vallée. Je m’approche lentement, la montée m’a fatigué. Tu as le dos courbé. Ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas vus, Ernesto? Des décennies, dans les années cinquante sûrement, j’avais vingt ans, et toi, trente de plus.
Aujourd’hui, je savais que je te trouverais là. Il faut qu’on se raconte, toi, moi, les autres. Sinon, on se taira et on regardera le paysage longtemps, à s’en remplir les yeux. On se dira : tu te souviens ? Et on se souviendra de tout, Ernesto, très précisément de chaque détail.
Peut-être qu’on posera des mots dessus. Il paraît que ça allège. On deviendra, alors, si légers qu’il n’y aura plus de banc, plus rien, juste le ciel et tous les détails qu’on y trouvera. On se regardera et on rira des rides, des cheveux blancs, des dents qui manquent. On s’observera du coin de l’œil, la pupille vive comme au premier jour, et on pensera aux femmes qu’on a aimées, à leurs corps, à leurs seins chauds et fragiles dans nos paumes, à leurs ventres tendus, à nos bouches
sur leurs lèvres. On y pensera comme si c’était hier, et nos mains nues se souviendront. Je te vois de dos, Ernesto, je m’approche lentement.
Je vois la forêt et le bois, je sens la chaleur de l’été. On lancera les phrases à la montagne. Tu me parleras de ton suicide et des toros. Je te parlerai de mes enfants morts, et puis j’ouvrirai la boîte que j’ai avec moi et je te montrerai le violon. Il n’y aura personne pour le faire sonner, mais ça n’a plus d’importance. J’ai tellement imaginé, rêvé ce son, qu’en ouvrant l’étui tu l’entendras un peu, et moi, je l’entendrai parfaitement.
La musique se faufile dans le fil du bois, attend, se cache, puis s’endort. Léonor viendra la réveiller un jour. Mais aujourd’hui, ce qui compte, c’est qu’on se retrouve, toi et moi.
Tu me parleras de Madrid et du Florida, de Martha, comme elle était chic toujours, même dans la poussière des bombardements, même sur le front, même devant la mort au coin de la rue. Et puis tu me décriras encore et encore ses jambes, si longues. Je hocherai la tête. Je ne l’ai jamais rencontrée. On va revivre tout ça ensemble avec nos doutes et nos silences. Personne n’est là pour nous entendre, pour se moquer du lyrisme des deux petits vieux. On ne radote pas. Non, on se dit tout ça avec notre corps, une bonne dernière fois. Une dernière fois aussi longue qu’une éternité. Et on se tapera sur l’épaule.
Ernesto, tu es en vie.»
«Toi aussi Félix.»

Extrait
« Je ne veux rien oublier, je veux que ça s’inscrive. Dans quelques heures, je ne te verrai plus, c’est maintenant que se fait le souvenir. Et pourtant, je sais que je vais oublier, comme j’ai oublié les mains et le rire de Frédéric, et ce n’est pas faute d’amour. Je voudrais retenir vos voix à tous, en faire une polyphonie. Y ajouter la mienne le moment venu. »

À propos de l’auteur
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. Elle fonde alors le quatuor à cordes Arezzo et, grâce au soutien de l’association ProQuartet, se perfectionne auprès des plus grands maîtres du genre (Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg). Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Elle étudie pendant trois ans ce nouveau répertoire auprès de Sigiswald Kuijken au Conservatoire de Bruxelles. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques (Les Talens Lyriques, Le Concert d’Astrée, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel). De 2005 à 2009, elle fait partie des musiciens permanents des Folies Françoises, un ensemble avec lequel elle explore, entre autres, le répertoire du quatuor à cordes classique. En février 2009, elle dirige l’opéra de Purcell Didon et Enée mis en scène par Jean-Paul Scarpitta à l’Opéra national de Montpellier. Cette production fait l’objet d’une tournée. En avril 2010, et en collaboration avec la chanteuse Emily Loizeau, elle crée un spectacle mêlant musique baroque et musique actuelle.
Léonor de Récondo a été premier violon sous la direction de Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique), Patrick Cohën-Akenine (Les Folies Françoises), Enrico Gatti, Ryo Terakado, Sigiswald Kuijken. Elle est lauréate du concours international de musique baroque Van Wassenaer (Hollande) en 2004.
Elle fonde en 2005 avec Cyril Auvity (ténor) L’Yriade, un ensemble de musique de chambre baroque qui se spécialise dans le répertoire oublié des cantates. Un premier disque de l’ensemble paraît chez Zig-Zag Territoires autour du mythe d’Orphée (plusieurs fois récompensé par la presse), un deuxième de cantates de Giovanni Bononcini en juillet 2010 chez Ramée.
Léonor de Récondo a enregistré une quinzaine de disques (Deutsche Grammophon, Virgin, K617, Alpha, Zig-Zag Territoires) et a participé à plusieurs DVD (Musica Lucida). En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait.
Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur: en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Point cardinal, paru en août 2017 a été finaliste du prix Fnac, élu prix du Roman des étudiants France Culture/Télérama, et 5e au palmarès Livres Hebdo des libraires. Manifesto, paru en janvier 2019, renouera avec la veine autobiographique de Rêves oubliés.

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Piano ostinato

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En deux mots:
Gilles Sauvac est un homme qui n’aime pas faire les choses à moitié. Il s’investit corps et biens dans l’étude du piano et avec la même rigueur, il se met à la natation. Tout bascule lors d’un concert. Soudain, son majeur le fait souffrir atrocement.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Dans la peau de Robert Schumann

Un petit premier roman, court mais d’une grâce exquise. Ségolène Dargnies nous raconte comment la vie d’un pianiste de concert bascule le jour où son majeur droit lui provoque une forte douleur.

Gilles Sauvac est un pianiste qui nage. S’il a commencé le piano dès l’enfance et s’est astreint à une discipline de fer, se donnant corps et âme pour cet instrument et franchissant rapidement les paliers qui l’ont conduit à devenir un concertiste de renom, il s’est mis beaucoup plus tard à la natation, mais petit à petit, il s’est imposé la même rigueur et la même discipline que pour la musique.
Si bien que son corps est devenu plus athlétique, si bien qu’il ne peut quasiment plus se passer de son rendez-vous quotidien avec la piscine chlorée, aux longueurs qu’il avale avec une sorte d’addiction.
À part ça? «Gilles menait une existence douillette, plutôt enviable, propriétaire qu’il était d’un superbe trois-pièces au dernier étage d’un immeuble haussmannien avec terrasse fleurie de lilas et vue sur les Buttes-Chaumont». Dans la presse, on apprend en outre qu’il a quelques amis, dont un écrivain, et qu’il partage «la vie d’une chanteuse lyrique brune et splendide, haute comme le ciel, à l’esprit vif et effronté, prénommée Clara». Mais bien vite le lecteur va se rendre compte qu’il n’a guère envie de s’investir dans cette relation, que son travail prend toute la place.
Il est «dans» le Concerto pour piano en la mineur opus 54 de Robert Schumann. Mieux même, il est dans la peau du créateur. Parce qu’il veut tout savoir de la genèse de l’œuvre, de l’état d’esprit du compositeur, de sa vie pour pouvoir se fondre en lui.
Si au fil des répétitions il maîtrise de mieux en mieux l’œuvre, c’est qu’il converse avec celui qu’il appelle familièrement Bobby et n’hésite pas à l’interpeller sur tel aspect, à creuser sa psychologie. Le mimétisme devient troublant. Est-ce d’ailleurs vraiment un hasard si la femme de Schumann, qui a créé l’œuvre à Dresde la 4 décembre 1845 s’appelait Clara?
Que leurs relations se dégradent et que, en plein concert, son majeur droit le fasse atrocement souffrir? Le compositeur allemand souffrait aussi douleurs rhumatismales et de lombalgie. Après avoir cherché sans succès un remède à son mal, Gilles va déprimer, retrouvant cette fois encore les symptômes de la «maladie de Schumann».
Ses biographes racontent que le 27 février 1854, jour de carnaval, il sort de chez lui en pantoufles, et, après avoir traversé Düsseldorf sous la pluie, se jette dans le Rhin. Deux bateliers vont alors le repêcher et le ramener à son domicile.
Est-ce-en pensant à celui dont l’œuvre hante ses jours que Gilles pense à se jeter dans la Seine?
Ségolène Dargnies nous propose une interprétation toute en délicatesse du thème de l’appropriation d’une œuvre par son interprète. Elle le fait piano ostinato, par petites touches répétées, en suggérant les choses. Mais sa petite musique ne vous lâche plus. À tel point que l’on se sent un peu en manque, en refermant le livre.

Piano Ostinato
Ségolène Dargnies
Éditions du Mercure de France
Roman
110 p., 11,50 €
EAN 9782715248649
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris. On y évoque aussi Dreux.

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi la vie de Robert Schumann durant le seconde moitié du XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Moins de dix minutes à tenir, Allegro Vivace, Gilles plonge dans une nuit noire, la douleur fait vriller sa tête, mais je joue, je joue encore, je déroule mes arpèges sans parvenir à comprendre où je trouve la force, reprise des tutti, l’orchestre brille, et les cordes reprennent en chœur, j’y retourne, je joue, je ne sens plus mes mains, plus mes bras, je n’ai plus de corps je crois, c’est mon chemin de croix, cadence finale, nous y sommes, ce grand silence que j’attendais, je me lève, hagard, je salue machinalement, et ils applaudissent, et applaudissent encore, ni plus ni moins que d’habitude en fait…
Même si personne n’a rien remarqué de son trouble, la vie de Gilles Sauvac, pianiste, vient de basculer ce 7 janvier dans une grande salle de concert parisienne. Au milieu du Concerto en la mineur de Robert Schumann, la douleur que ressent Gilles au niveau du majeur droit est intenable. Et va s’installer durablement. Pour reprendre son souffle, Gilles se met à nager sans relâche.

Les critiques
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INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Je devrais songer à organiser un mouvement militant pour une eau à température ambiante dans les piscines municipales, pense-t-il en agitant dans l’eau son gros orteil droit en guise de thermomètre vivant. Ça n’est pas froid, c’est quasi polaire. Il immerge progressivement les pieds, les chevilles, puis chaque millimètre de peau, les jambes on se débrouille, c’est au-dessus que ça se corse, il ne faut pas penser, compter jusqu’à trois et plonger tout entier, la tête aussi, il a froid jusqu’à la dernière mèche de sa chevelure pourtant bien clairsemée.
Il se laisse couler au fond du bassin comme un petit paquet lesté, remonte à la surface par un preste battement des jambes. Il pose un bras, l’autre, au bout de quelques secondes, il se met à glisser dans l’eau, commence à accélérer un peu puis vire à droite en se faufilant sous les rangées de bouées rouges pour rejoindre la ligne rapide. Ici, il n’y a personne encore, après tout il n’est que sept heures du matin passées de neuf minutes. Il maintient une légère tension musculaire pour continuer à prendre de la vitesse sans pour autant s’épuiser. Pour ce matin, Gilles a imaginé un programme d’échauffement très simple: mille mètres de crawl, autant de brasse coulée, et cinq cents mètres de papillon. Puis il s’accordera une petite pause, pour la suite on verra bien. C’est un bon jour, il avance sans effort, se sent souple et délié. Et léger: dans l’eau, on ne pèse qu’un tiers de son poids, c’est bien cela ? À peine une vingtaine de kilos donc, calcule-t-il au passage, au départ il est plutôt gringalet. Un corps de cérébral, lui a dit un jour son médecin généraliste: vous êtes de ceux qui brûlent toutes les graisses avachis dans leur fauteuil le plus moelleux à force de fantasmagories et autres élucubrations de l’esprit, un programme diététique qui en ferait rêver plus d’une, n’est-ce pas monsieur Sauvac ? lui avait-il demandé en abaissant légèrement ses lunettes rondes d’hypermétrope. Maybe, avait répondu Gilles, circonspect.
Arrivé au bout du bassin, il roule sur lui-même avec une grâce certaine, ou du moins c’est ce qu’il croit, pour entamer la longueur en sens inverse. C’est un délice, je suis devenu une vraie anguille, non mais vraiment c’est incroyable. Décidément, ce sont les meilleures heures que celles du petit matin, ils ne savent pas ce qu’ils perdent ceux qui, à cette heure, sautent à peine de leur lit pour se diriger d’une démarche râleuse vers la salle de bains, ils ignorent sans doute à quel point les fonds des piscines municipales sont des lieux intéressants, ils n’imaginent pas la beauté de leurs carrelages azurés ni celle des corps blancs qui ondulent en silence. Quoiqu’il ne s’agisse pas vraiment de silence, même si ça y ressemble d’assez près, il y a comme un son sourd et lancinant qui persiste au loin, une note apaisante: on n’est pas loin d’un ré mineur, non ? se dit Gilles en reprenant sa respiration et en replongeant aussitôt. Mais pas sûr, il faudrait pouvoir en discuter de façon collégiale.
Rien dans la vie de Gilles ne l’avait prédisposé à s’exercer dès l’aube dans les piscines municipales ni à se livrer à d’étranges réflexions sur la musicalité des bassins. Il avait découvert sur le tard le plaisir des poissons, alors qu’il avait la trentaine bien sonnée. Ses débuts ne remontaient d’ailleurs qu’à quelques mois. Je ne faisais pas le fiérot la première fois, se souvient-il. Il avait fallu s’y retrouver entre le complexe système de cabines, fermées par une pièce de cinquante centimes ou un code secret, c’est selon, les épreuves successives des escaliers labyrinthiques, pédiluve, douche, re-pédiluve, tout cela avant de se retrouver tremblant de froid dans une serviette en éponge râpeuse enroulée autour de la taille à la mode tahitienne devant le grand bassin dominé par une verrière où perçait la lumière du petit matin, et de plonger enfin. L’ensemble du périple avait fait renaître les souvenirs amers de l’année du baccalauréat, quand il avait fallu témoigner de son absence complète de talent sportif et de son corps peu athlétique devant une rangée d’adolescentes qui attendaient leur tour dans quelques gloussements et rougissements en serrant tant qu’elles pouvaient leur drap de bain au-dessus des seins. Le temps a au moins cela de bon qu’il nous rend moins sensible à l’humiliation, s’était-il dit en essayant de coordonner ses bras et ses jambes, battant finalement des pieds comme un jeune chiot et accomplissant cette première longueur depuis presque vingt ans en trente fois le temps moyen d’un médaillé olympique. Comme Gilles est un homme volontaire et obstiné, il avait cependant rapidement progressé. Il faut dire qu’il s’était entraîné avec une assiduité peu commune. Pour commencer, il avait adopté un rythme raisonnable, environ deux fois par semaine, puis il avait pris l’habitude de s’y rendre tous les jours, c’était devenu plus fort que lui. À l’aube, quand il ouvrait les yeux et se retournait, une fois, deux fois, sous son épaisse couette en duvet d’oie, il rêvait déjà d’être au fond du bassin. Son corps semblait réclamer la résistance particulière qu’exerce l’eau: cette capacité qu’elle a de nous délivrer de notre pesanteur et de décupler notre agilité. N’est-ce pas fou de devenir sportif à mon âge, quel événement inattendu, s’étonna-t-il quand il éprouva pour la toute première fois ce sentiment, en posant ses pieds nus sur le plancher de sa chambre et en contemplant ses jambes blanches et maigres comme deux bâtons de bois. »

Extraits
« En quelques semaines, il était devenu un nageur de brasse plus qu’honorable. La technique du crawl avait réclamé quelques leçons. Dans cette période de sa vie où il avait refoulé tout amour-propre, il s’en était remis à Sylviane, maître-nageuse de son état, qui avait accepté de l’initier à son art entre deux leçons dispensées à des mioches qui devaient avoir un dixième de son âge. N’oublie pas que to crawl signifie ramper, allonge-toi dans l’eau comme si tu cherchais à t’extraire de sols boueux, lui soufflait-elle en promenant le long du bassin bleu ses fines jambes musclées. Voilà, c’est ça, fais confiance à l’eau, abandonne-toi. Il s’abandonnait tant qu’il pouvait en aspirant de larges gorgées de liquide chloré. Fixe-toi un tempo mais sois fidèle à ton rythme intérieur, lui avait-elle dit un peu plus tard alors qu’il parvenait à trouver la gestuelle adéquate. »

« Gilles menait une existence douillette, plutôt enviable, propriétaire qu’il était d’un superbe trois-pièces au dernier étage d’un immeuble haussmannien avec terrasse fleurie de lilas et vue sur les Buttes-Chaumont, ce qui est du dernier chic paraît-il, quoique moins coté encore que les environs du canal Saint-Martin, si l’on en croit une étude complète et rigoureuse menée le mois dernier par un hebdomadaire à large tirage et intitulée sur proposition du stagiaire à la communication « Vivre Paris », doté d’un abonnement annuel et automatiquement renouvelé à l’Opéra, entretenant des liens d’amitié sincères avec quelques amis tout aussi distingués — parmi eux un écrivain, Thomas —, partageant enfin la vie d’une chanteuse lyrique brune et splendide, haute comme le ciel, à l’esprit vif et effronté, prénommée, elle, Clara. »

« Gilles faisait partie de ces élus qui parviennent à vivre de leur art. Il bouffait du Mozart à longueur de journée, tutoyait Brahms et Scarlatti, déchiffrait les concertos de Rachmaninov l’air de rien, s’avalait les Études transcendantales de Liszt en sirotant un soda glacé, se reposait le dimanche avec Gaspard de la nuit en doublant le tempo. Pour en arriver là, il avait travaillé comme une brute, et même plus encore, plus qu’on ne serait capable de se le figurer en réalité, car c’est à quatre ans et demi que le petit Gilles avait vu se dessiner ce qui serait la plus grande part de sa vie dans la grande bouche blanche et noire d’un piano de facture allemande Ibach, possession de l’école de musique municipale à rayonnement intercommunal de la ville de Dreux, et à partir de là, il n’avait pas vraiment eu d’autre intérêt, d’autre loisir, que l’enchaînement des gammes et arpèges, études de vélocité, préludes et fugues, inventions, partitas, valses en veux-tu en voilà, sonatines et sonates, mazurkas, rhapsodies, concertos, de Josquin Des Prés à Pierre Boulez, ce qui est relativement chronophage car on n’en a jamais fini avec tout ça, il y a toujours quelque part une petite cadence à parfaire, un adagio à réviser, et quand on croit en avoir terminé, une sonate de Scriabine qui vous tombe dessus sans prévenir. Sont donc passées à la trappe les crises des sept et dix ans, pour celle de la pré-adolescence on était occupé à préparer le Conservatoire national, il y eut Marguerite Long au moment des bouillonnements hormonaux et découverte stupéfaite du corps du sexe opposé, qui d’habitude vous tiennent en émoi pendant quelques années — ces années où il vous est très difficile de fixer votre attention sur autre chose que le délicat dessin de la nuque de Marion, votre voisine de deux rangées sur la droite en cours d’allemand, ou les fesses superbes de Caroline, votre acolyte du bus de ramassage scolaire —, eh bien à cette époque Gilles n’en était ni aux vertèbres de Marion ni au postérieur de Caroline — il en était à la deuxième Ballade de Chopin et au concerto Jeune homme de Mozart, ce qui franchement est bien assez. »

« Pour parler ainsi à Bobby comme à un semblable, il avait fallu du temps, du temps et de la concentration, il avait fallu l’imaginer longuement, lui donner une enveloppe de chair, une palpitation. Ça peut paraître un peu fou, un peu précieux, mais j’ai besoin de ça, je converse peu avec les statues. J’ai eu besoin de te voir, au travail, ton ombre maigre derrière le piano, les cheveux en bataille, couvert d’une redingote épaisse, une écharpe interminable, des mitaines peut-être – bien sûr qu’il faisait froid, vous avez déjà eu chaud, vous, à Leipzig? –, Clara qui apparaît un peu plus loin, au second plan, chignon bas et serré, robe en laine grise bien cintrée à la taille, un peu austère mais qui lui va fort bien quand même, puis se rapproche de toi, jette un œil par-dessus ton épaule – tu écris quoi mon amour, encore une phantaisie? –, elle pianote, t’asticote, tu la repousses, tu as besoin de calme, de tranquillité. »

À propos de l’auteur
Ségolène Dargnies est agrégée de lettres modernes. Elle travaille actuellement dans une maison d’édition à Paris. Piano ostinato est son premier roman. (Source : Éditions du Mercure de France)

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Je t’ai oubliée en chemin

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En deux mots:
Après sept années de vie commune, Ana rompt avec le narrateur via un texto. Le choc est rude car la surprise est totale. Et comme sa décision semble irrévocable, il choisit de coucher leur histoire sur papier, histoire de la retenir encore un peu.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Retenir encore un peu l’être cher

Encore une histoire d’amour qui finit mal: dans le nouveau roman de Pierre-Louis Basse un texto met fin à sept années de vie commune entre Ana et Pierre. Un choc que le narrateur va essayer de transcender par l’écriture.

Le choc est rude pour Pierre en ce 2 janvier 2018. Un texto de sa compagne Ana l’informe que leur histoire d’amour a pris fin.
« Pierre,
Mon projet à ce jour est de vivre ma vie sans avoir à me justifier. Je n’ai pas changé à ton égard, je suis seulement arrivée au bout de ce que je pouvais supporter. Je ne vivrai plus comme j’ai vécu jusqu’à présent. C’est mon vœu pour 2018. Nous avons tenté avec plus ou moins de conviction, selon les périodes, de construire une vie ensemble; nous avons échoué. À ce jour, je renonce à notre histoire. Je t’aime, te respecte, t’admire, mais je ne suis pas heureuse. Or, si je ne peux pas être heureuse avec celui que j’aime, c’est que cet amour n’est pas supportable. On peut aimer, certes; on peut aussi mal aimer. Je veux être honnête, Pierre: je ne crois plus à notre histoire. Ta vie ne sera jamais la mienne, malgré toute ma bonne volonté, et tu n’as jamais eu envie de faire concrètement partie de la mienne. C’est comme ça. On ne va pas revenir indéfiniment là-dessus. Je suis en train de me reconstruire. Sans toi. C’est vital. Vital que je me retrouve. Vital que je m’occupe de moi. Il y a une seule photo chez moi: celle de mes enfants. Dans d’autres temps, d’autres lieux, avant eux, il n’y en avait pas. Je t’embrasse
Ana »
Sept ans planqués dans un texto, sept ans de passion conclus avec une certaine cruauté, sept ans que l’écrivain-journaliste entend retenir en les couchant sur le papier. Tout avait commencé lors d’une séance de dédicaces. En croisant le regard d’Ana, comédienne et chanteuse, il avait immédiatement été séduit. Mais le vrai coup de foudre arrive deux jours plus tard. Au tribunal de Bobigny, il est victime d’une crise cardiaque qui aurait pu signifier la fin de leur histoire avant même qu’elle ne démarre. Mais c’est le contraire qui va se produire en nourrissant leur amour naissant. C’est cette époque bénie qu’il va revisiter avec Dominique A, Lou Reed, Philippe Léotard en fond sonore et avec la certitude que «les lieux traversés, les villes, les paysages n’en finiront jamais de résister à la disparition de l’être aimé».
Les vacances à l’île aux moines ou à Épidaure, mais aussi leurs escapades à Bernay, en Normandie (sur la ligne de chemin de fer entre Paris et Cherbourg) où ils avaient décidé de s’installer apportent en quelque sorte la confirmation que cet amour était bien réel, et rend par la même occasion cette rupture d’autant plus incompréhensible et douloureuse. Suivra-t-il l’avis de Louis, son ami peintre, quand il lui explique que toute tentative de regagner le cœur d’Ana sera vaine. Il a vécu le même abandon et c’est que c’est perdu d’avance.
Ana s’inscrira alors à la suite de Véronique, à laquelle il doit ses premiers émois amoureux à quinze ans, et de Lucille, qu’il a fortuitement recroisé un jour à Paris.
Sensible et mélancolique, ce roman arrive en librairie en même temps que Rompre de Yann Moix et que Lettres à Joséphine de Nicolas Rey. Après #metoo voilà les hommes fragiles, les hommes meurtris, les hommes en mal d’amour.

Je t’ai oubliée en chemin
Pierre-Louis Basse
Cherche Midi éditeur
Roman
128 p., 17 €
EAN : 9782749161150
Paru le 3 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et à Bernay en Normandie, mais aussi à Paris, Bobigny, à l’île aux moines et à Épidaure en Grèce.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le baiser du Nouvel An était sans amour. Funèbre et froid, comme un hiver normand. Deux jours plus tard, par SMS, la femme pour laquelle il nourrit une passion depuis sept ans apprend à Pierre que tout est fini. Il est tout simplement rayé de la carte, effacé.
« Ce genre d’amour qui meurt fait un bruit d’hôpital. »
Fin de partie ? Effondrement brutal. La mort rôde. Pierre pense mettre fin à ses jours. Il va plutôt venir à bout de ce chagrin, l’épuiser, le rincer – en marchant, en écrivant. Le triomphe de la littérature et du corps qui se révolte dans les ténèbres. La vie, tout au bout du chemin.
Pour que le sentiment, enfin, ne devienne plus que le souvenir de ce sentiment.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
La République des livres (Bernard Morlino)
Ouest-France (Pierre Machado – Entretien avec l’auteur)
Blog Un brin de Syboulette


Dans son émission «Interdit d’interdire», Frédéric Taddeï reçoit Pierre-Louis Basse pour Je t’ai oubliée en chemin © Production RT France

Les premières pages du livre
« Avant-propos
Un soir de brume et de pluie – en Normandie, la pluie est toujours promesse de soleil –, je tombai nez à nez avec mon double : le récit d’une terrible dépression, sorte de plongée dans le trou de sa vie, racontée par un célèbre romancier américain. Ce temps de la jeunesse qui ne revient jamais. Observant la dédicace, je m’aperçus – mi-surpris, mi-effrayé – que ce court roman était offert à une femme dont le prénom était le parfait homonyme de mon amour perdu. J’y voyais un signe : plutôt qu’être vaincu par mes ténèbres, je décidai, la nuit même, de raconter ce qui peut sauver un homme. Le tirer d’une boue sur le point de l’engloutir. Ni plainte, ni ressentiment. Il me fallait simplement trouver la réponse à cette question simple, sans fioritures : écrire au rythme de la nature, du monde, de ceux que nous aimons, peut-il sauver du pire ?
Une passion qui s’effondre a nourri tant de chansons, de livres, de films, de peintures. Je voudrais que ce livre ressemble à une guitare andalouse dans un café de banlieue. Une chanson de Mano Solo. Un poème de René Guy Cadou : le chant est parfois un peu triste, mais la lumière est toujours présente. Elle cogne à la vitre et insiste pour que la partie continue. Ce joli bras de fer entre espoir et désespoir.
Ce livre est l’histoire de ce bras de fer.
Un SMS, puis plus rien.
Ce genre d’amour qui meurt fait un bruit d’hôpital. Une mort privée de cercueil. Dans la déchéance qui vient, on ne parvient que difficilement à cerner la réalité de l’infini. Hier, la solitude avait un sens. Ana m’aimait. Cette passion donnait une épaisseur aux objets les plus simples et familiers de cet amour.
Un texto, puis plus rien.

« Pierre,
Mon projet à ce jour est de vivre ma vie sans avoir à me justifier. Je ne vivrai plus comme j’ai vécu jusqu’à présent. C’est mon vœu pour 2018. À ce jour je renonce à notre histoire. Je ne crois plus à notre histoire. C’est comme ça. On ne va pas revenir indéfiniment là-dessus.
Je suis en train de me reconstruire. Sans toi. C’est vital. Vital que je me retrouve. Vital que je m’occupe de moi.
Je t’embrasse.
Ana »
La disparition a plusieurs visages.
Juste après le texto, j’ai pensé à mon père, mort au mois de juillet 2001. Je m’étais retrouvé devant ses vêtements, rangés dans un placard de notre maison au bord de la mer. Je suis resté longtemps devant tout un tas de survêtements, anoraks, haltères, témoins d’une vie de sportif. Dans l’instant même de son départ, tout ce qui lui avait appartenu ressemblait à un lot d’objets absurdes. Sans queue ni tête. La vie d’un homme ne parvenait plus à circuler jusque dans ces zones habituées au grand calme. Le sentiment que tous ces objets que j’avais connus en sa présence venaient d’être saignés, comme vidés de leur substance. Ils avaient emporté, loin des cintres sur lesquels ils terminaient leur vie, tous les souvenirs, les beaux jours que nous avions partagés en famille.
Chose étrange, et qui alourdissait mon malaise, mes premiers vertiges : la perte de cet amour était plus scandaleuse. La sanction électronique. Elle possédait cette cruauté, ce triste talent – dans mon esprit fragile – de réunir le passé et le futur. Le simple message électronique avait le pouvoir fulgurant de faire exploser tous les temps d’une vie. Toutes ces questions sans réponses. Pour le reste de toute ma vie.
Le présent, avec sa caravane d’humeur, de légèreté ou d’arrogance, avait remporté une victoire à plates coutures. En amour comme avec une retransmission de sport, il suffisait d’un léger clignotement, un clic, court ralenti, pour siffler le hors-jeu. Un message sur l’écran de mon dernier Samsung. Il n’y avait plus à discuter. Se revoir n’avait aucun sens. « C’est comme ça. » On aurait dit que la réalité des hommes avait cessé d’être à la mode.
Un an auparavant, Ana m’avait envoyé dans la nuit d’un long voyage un texto semblable à celui de cette nouvelle année. Quinze jours plus tard, elle me téléphona : elle avait besoin d’entendre ma voix. Une manie contemporaine. Double projection sur le bout de nos doigts : dans le passé, il y avait ce que nous avions vécu de puissant avec l’être aimé – hier encore, il y a quelques mois, quelques jours. Tandis que je suis désormais banni d’un futur qui ne m’appartient plus. Je suis vivant, certes. Mais un vivant effacé. Le SMS avait inventé l’encre sympathique virtuelle et fulgurante. D’une certaine manière, les vivants d’aujourd’hui ont le loisir de l’autodestruction. Comme ces petites cassettes destinées à James Bond et qui explosaient dans les cabines téléphoniques. Il n’y aurait plus jamais de temps mort. Inutile de se revoir, ou d’en passer par le filtre laborieux de la conversation. Se dire au revoir était impossible. Le désir avait rejoint ce monde étrange des images qui luttent entre elles, pour s’imposer aux dépens de ceux qui les regardent. « C’est comme ça. »
Je pouvais bien recevoir sur mon écran, dans la seconde même d’un pouce levé, du sexe, ma consommation de gaz ou l’annonce d’une rupture. Sept ans ou quelques secondes, c’était du pareil au même. Nous vivions le temps de la suspension. Une forme nouvelle de lâcheté.
Plus tard, une lecture de plage assez distrayante, repérée dans les colonnes du Monde, m’en dira davantage : technique subtile du ghosting. Les fantômes prennent la place des adultes. « On part sans le dire, on se contente de disparaître. »
Pourtant, impossible de « disparaître des écrans pour cesser d’exister dans la tête et dans le corps de l’autre. Parce que l’amour laisse en moi les traces du corps aimé, parce qu’il a façonné le mien, il y reste longtemps inscrit ».
Une mort, pleine de vie.
Après la sidération, il y aurait le temps des vertiges, des suffocations. Des angoisses sur le chemin des ténèbres. Le texto disait qu’une vie entière dont j’avais besoin se poursuivrait sans moi. À l’écart de mes désirs. Avec un autre peut-être.
L’effacement. »

Extrait
« Bernay, où je me suis installé, est une petite ville de Normandie, tranquille et douce. Endormeuse. Un écrin du pays d’Ouche.
Les jours de marché, on voudrait saisir à bras-le-corps toutes les saucisses de la Manche, qui vous regardent du coin de l’œil. Je les aperçois qui ruissellent au milieu des frites. Saucisses, andouillettes au foin, terrines de canard font comme une immense guirlande le long des étals. Louis, mon ami, ne peut pas s’empêcher, chaque samedi que Dieu fait, de glisser une jolie saucisse dans un morceau de pain. Comme elle est douce et juteuse à la fois. « C’est tout de même autre chose que leur kebab de merde », nous crie dans l’oreille un boucher de passage, avec son fanion tricolore planté dans l’essuie-glace de sa camionnette. L’hiver surtout, tôt le matin, on dirait que c’est la dernière France du terroir qui nous envoie des signes de détresse. Ce fumet qui s’échappe des jarrets. Les poulets qui tournent. Mon Dieu. Toute cette bonne charcuterie, cela ressemble à un merveilleux adieu de nos provinces. »

À propos de l’auteur
Pierre-Louis Basse est né à Nantes, en 1958. Après trente ans à la radio comme journaliste et grand reporter, il poursuit son métier d’écrivain. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres – reportages, essais, ouvrages sur le sport, biographies et romans – dont Ma Ligne 13, un livre prémonitoire sur le destin des banlieues, et Guy Môquet, une enfance fusillée, porté à l’écran par Volker Schlöndorff. Conseiller du président de la République François Hollande, entre 2014 et 2017, il tire de ces années un roman du pouvoir Le Flâneur de l’Élysée. Il animera, en 2019 sur LCP, «Le temps de le dire». (Source: Cherche Midi éditeur)

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Une jeunesse en fuite

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En deux mots:
Le narrateur passe un été en Bretagne, auprès de ses parents, avec sa fille Louise. Il vient consulter les lettres envoyées par son père, médecin militaire, durant la Guerre du golfe pour un roman. L’occasion de se souvenir de ses années d’adolescent.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

En Bretagne, à la pêche aux souvenirs

Après le remarqué Adieu aux espadrilles, Arnaud Le Guern nous revient avec sa plume acidulée pour explorer ses années d’adolescent, à l’époque où son père partait pour la Guerre du Golfe. Avec humour et une bonne dose de nostalgie. Magique!

Il faut certes attendre la page 162 et le rendez-vous du narrateur-écrivain avec son éditeur pour trouver résumé ce livre. Mais cette patience nous apporte une belle récompense puisque Arnaud Le Guern raconte très bien son livre (et m’évite de la faire!): « Le narrateur, de retour en Bretagne avec sa fille, Louise, le temps d’un été près de ses parents, se souvient de la fin de son adolescence. Il a alors quinze, seize ans. Son père, médecin militaire, est parti en Arabie saoudite. L’Irak, dirigé par Saddam Hussein, a envahi le Koweït. La France, à la suite des États-Unis, s’apprête à entrer en guerre. François Mitterrand, président de la République, et Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, sont à la manœuvre. Début janvier 1991, la guerre est déclarée. Opération Tempête du désert. Le narrateur apprend la nouvelle à la radio. Dans son oreille: les voix des reporters et le bruit des missiles qui zèbrent la nuit orientale. Scud irakien contre Patriot américain. L’angoisse ancrée en lui, le narrateur poursuit sa vie de lycéen, rythmée par les lettres d’Arabie que son père envoie, dans une époque où la légèreté, déjà, n’est plus une affaire sérieuse. Il s’agit, des années plus tard, de raconter un père, retenir les derniers souvenirs d’une jeunesse, les confronter au bel aujourd’hui troublé.»
Voilà pour le scénario. Reste l’essentiel, à savoir un style qui emporte le lecteur dans une farandole de souvenirs. Car la nostalgie habite cette villa du Trez-Hir où il retrouve ses parents en compagnie de sa fille Louise et de Matéa, la copine de cette dernière. Et les drames côtoient la légèreté des vacances balnéaires. En tentant de consoler son père qui vient de perdre sa chienne, il combien son chagrin est immense. Tout remonte en fait à l’époque de cette Guerre du golfe qui a cassé. Il avait quelque chose chez ce médecin militaire peu expansif. Il va alors chercher dans les lettres qu’il envoyait d’Irak pour tenter de comprendre ce qu’il avait zappé à l’époque. Il faut dire qu’il avait alors fort à faire avec les copains, les copines qu’il n’osait pas toucher, du moins au début, le film porno de canal+ qu’il regardait en cachette, et l’équipe de basket où il occupait le poste de pivot.
Et puis il y avait les films et les belles actrices qui le faisait fantasmer, les livres, les chansons. La bande-son de ce roman couvre trois générations, de la discographie paternelle aux chansons qu’écoutent les filles. Il y avait aussi Bernard Pivot et son Bouillon de culture.
Aujourd’hui il est avec sa fille et son amie sur la plage, regarde les femmes en maillot tout en pensant à sa femme Mado restée à Paris.
Il lira les lettres plus tard. Il veut d’abord terminer le roman de Cecil Saint-Laurent qu’il a avec lui, un auteur qui figure dans la liste de ces écrivains disparus qu’il aimerait rééditer. Chassé-croisé entre aujourd’hui et cette époque, ce délicieux roman fleure bon la légèreté en n’oubliant jamais les questions essentielles. Si l’auteur cite François Weyergans et Bernard Frank, j’y vois aussi du Jean d’Ormesson qui, notamment dans ses premiers romans, aspirait aussi à ne rien faire. On s’amuse beaucoup, notamment dans la galerie des premiers flirts, de Catherine «Non, pas tout de suite. Sois patient», à Hélène et Céline, jalouses l’une de l’autre, puis de la rencontre avec Kristen un soir de réveillon, sans oublier les sportives, Roxane la basketteuse et Nathalie la gymnaste. Plus tard viendront les brunes Christelle, Sophie, Caroline et Mado qui partage désormais sa vie.
La lecture d’Une jeunesse en fuite est une excellente manière de bien débuter l’année!

Une jeunesse en fuite
Arnaud Le Guern
Éditions du Rocher
Roman
232 p., 17,90 €
EAN : 9782268101293
Paru le 9 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Bretagne, à Plougonvelin et Brest, mais aussi à Paris. Le narrateur y évoque aussi les autres étapes de sa vie, sur les bords du Léman, à Lyon, Joigny dans l’Yonne, Rochefort, Metz ou encore Marrakech.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour en Bretagne avec sa fille, le temps d’un été chez ses parents, l’auteur se souvient du début des années 90. La guerre du Golfe et le départ de son père, médecin militaire, pour l’Arabie saoudite. Une époque qu’il avait balayée de son esprit. Remplacée par les fiancées éphémères, la griserie des nuits, les écrivains fantaisistes. Relisant les lettres que son père envoyait depuis le Moyen-Orient, il retrouve les traces d’une adolescence perdue. Tout lui revient par petites touches : ses camarades de lycée, la moustache de Saddam Hussein, les actrices et mannequins à la mode, la peur que son père ne revienne pas.
Dans Une jeunesse en fuite, Arnaud Le Guern fait résonner sa musique intime, entre quête du père et éducation sentimentale. Une touchante invitation à la flânerie romanesque.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Mon père a perdu sa chienne: Tess. Comme Nastassja Kinski dans le film de Polanski. Un airedale terrier noir et fauve. Elle avait douze ans. Mon père est touché, coulé. Jusqu’à ce week-end de printemps, je ne l’avais jamais entendu pleurer. C’était bizarre. J’ai beau fouiller mes souvenirs : rien. Il m’a fallu attendre quarante ans pour deviner le grondement de ses sanglots, comme un orage qui couve, avant l’explosion à l’autre bout du sans-fil, fin de la terre, la voix noyée.
Mon père est médecin. Anesthésiste-réanimateur. Longtemps au sein du Service de santé des armées, aujourd’hui au CHU de Brest. Toujours en poste, alors qu’il a l’âge de la retraite. La retraite pour un général : pas au programme. Pire qu’une désertion. Il n’arrive pas à décrocher. Il a essayé ; y retourne en bon soldat. Fidèle à son poste vacant. Il n’y a pas assez de praticiens hospitaliers dans sa spécialité ; on lui demande de dépanner. Juste pour quelques mois. Puis encore quelques mois. Mon père ne refuse jamais. Je le soupçonne de proposer ses services. Son excuse : il coûte moins cher que la jeune génération. Ma réplique : « Tu casses les prix du marché. » Mon père fait mine de s’offusquer. Il n’est pas dupe de ses tours de passe-passe.
Avant que mon père ne prénomme sa chienne Tess, je n’imaginais même pas qu’il puisse connaître Nastassja Kinski. Dommage. Nous aurions pu partager nos souvenirs de l’actrice. Savait-il que Nastassja, tout juste quinze ans, et Roman Polanski s’étaient aimés dans les seventies, autour de l’année de ma naissance ? A-t-il vu les photos de Nastassja prises par Roman et publiées dans Vogue ? Celles parues dans Playboy, circa 1983 ? Je dois avoir un exemplaire vieilli du magazine quelque part. Nastassja en couverture, féline comme jamais. Mon père la préférait-il brune ou blonde, chevelure longue ou coupée au carré ? La pureté du visage de Nastassja. Sa langue entre les lèvres tandis qu’elle s’amuse avec une cuillère en argent. Le compas de ses jambes. Ses seins délicats comme de la chantilly. Nastassja m’égare.
C’est ma mère qui m’a prévenu de la mort de Tess. J’appelle ma mère tous les dimanches. On se donne des nouvelles, sans y toucher. La vie de mes parents au Trez-Hir. Ma sœur, qu’elle a souvent au téléphone. Les livres que j’édite, ceux que j’écris. Ma situation financière. Louise, ma fille. Mado, ma fiancée. Nos deux chats, Pablo et Malcolm. La mère de Louise qui ne se remet pas d’un AVC, clouée au lit ou dans un fauteuil, le bras gauche paralysé. Ma mère avait la voix hésitante, faussement enjouée, jusqu’à ce qu’elle m’annonce la nouvelle :
« Tess n’est plus avec nous. Ton père et moi sommes allés il y a deux jours chez le vétérinaire…
— Vous l’avez fait piquer ?
— Ça devenait invivable pour ton père. Il devait se lever toutes les nuits pour la sortir dans le jardin. Elle souffrait beaucoup, ne parvenait presque plus à se déplacer… Et elle ne voyait plus rien.
— Papa tient le coup ?
— Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il va un peu mieux. Mais il ne veut pas en parler. Il reste silencieux, la tête ailleurs. Je crois qu’il est très malheureux… »
La mort de son père avait-elle immunisé le mien, alors âgé de dix-sept ans, à l’expression de la tristesse ? Il en parle rarement. Il était en pension. Parenthèse de vie fragile. Ai-je déjà vu une photo de mon grand-père inconnu ? Ma mémoire n’en a conservé aucune image. Je sais qu’il était malade, s’en est allé après une longue agonie. Longue agonie : foutaise. Cancer de la gorge et de la bouche. Il fumait et buvait, beaucoup. Sa manière de supporter le stalag, où il avait été prisonnier, puis de l’oublier. Sa manière de s’évader, comme il avait deux fois tenté de le faire pendant la guerre. En quelle année était-il décédé ? 1965 ? 1966 ? Je poserai la question lors de mon prochain séjour au Trez-Hir.
Je ne sais plus si j’ai envoyé un mèle ou un SMS à mon père. En fouillant, j’ai retrouvé : un mèle.
Mon cher père,
Maman vient de m’apprendre la triste nouvelle. Je sais ta peine et, de tout cœur, je la partage. Tess était une belle chienne, dans tous les sens du terme. Il n’y a malheureusement guère de mots pour apaiser ce que tu ressens. Juste laisser le temps, lentement, faire son œuvre, et garder en toi les précieux souvenirs et la joie qu’elle t’a donnée pendant tant d’années.
Je t’embrasse.
Sur l’écran de mon vieux Nokia, en début de soirée : « Papa ». J’ai très rarement mon père au téléphone. Ce n’est pas dans nos habitudes. Il lui arrive de répondre à la place de ma mère. Deux ou trois mots rapidement échangés. « Ton travail se passe bien ? » « L’argent rentre ? » « Tu as pensé à appeler ta sœur ? » « Quand viens-tu nous voir ? » Là, il prend son temps. Je peine à reconnaître sa voix. Il y a des blancs et des creux dans ses phrases atones. Merci, ta mère, Tess, vétérinaire, humanité, douleur. Corde très sensible sur laquelle les sanglots tentent de ne pas choir, jusqu’à ce qu’ils sautent comme un bouchon de champagne éventé, obstruent la gorge de mon père. Tess n’avait pris la place de personne, Tess était un lien affectueux qui nous réunissait, petits et grands, Tess comprenait tout, Tess était un symbole de joie familiale, Tess rassurait et apaisait, Tess rendait heureux. Un râle de deuil qui ne passe pas. Je me suis tu, ne voulant pas interrompre le bruit de son chagrin. Puis les pleurs d’un coup se sont apaisés. Mon père a retrouvé ses mots ; son débit s’est accéléré :
« Depuis mon retour de la guerre du Golfe, je me sens déphasé, incompris parfois. Je me sens seul avec ce que je vis, ce que je ressens.
— La guerre du Golfe ?
— À mon retour, plus rien n’a été pareil. J’ai mal vécu le temps que j’ai passé là-bas. Vous ne l’avez pas perçu. Tout ceci, pour vous, était peu de choses. Moi, je n’étais plus le même. Votre vie s’était poursuivie et j’étais mis de côté. Une distance nous séparait. Mon diabète n’a rien arrangé. La guerre et la maladie m’ont isolé. J’ai eu peur dans le Golfe et j’ai eu peur ensuite, avec la maladie. L’arrivée de Tess m’avait permis de me sentir moins seul. Maintenant, elle n’est plus là… »
La guerre du Golfe. Pendant des années, je n’y avais plus pensé. Le départ de mon père, l’angoisse, le théâtre des opérations : aux oubliettes. Cette période était sortie de mon esprit. Remplacée par les filles à effleurer, les premiers verres, les écrivains que je découvrais chez les bouquinistes. Ensuite : Louise, Mado, ma vie de patachon. Puis la guerre du Golfe avait fait sa réapparition, les derniers mois, alors qu’étaient abattus des journalistes satiriques, les spectateurs d’un concert de rock, des passants ou les fêtards de novembre, qui inventaient des étés indiens en trinquant en terrasse. L’État islamique, à la suite d’Al-Qaïda, était né sur les ruines de l’Irak de Saddam Hussein. Il suffisait de tirer le fil de l’histoire pour comprendre. Humiliation orientale, revenue comme un boomerang vengeur. La guerre du Golfe avait allumé la mèche de Daech et des attentats récents. J’en avais le cœur net. La guerre du Golfe : les derniers souvenirs de ma jeunesse, que je tentais de retenir. »

À propos de l’auteur
Éditeur et écrivain, Arnaud Le Guern vit entre Paris, le Finistère et les rives du lac Léman. Il aime ses chats, Paul Gégauff, les filles de la rue du Douanier-Rousseau et Roger Vadim (liste non exhaustive). Son précédent roman, Adieu aux espadrilles, paru en 2015, a été salué par la critique. (Source: Éditions du Rocher)

Compte Twitter de l’auteur 

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Comment t’écrire adieu

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Logo_premier_roman

En deux mots:
Quand elle se retrouve seule, Juliette essaie de se réfugier dans les mots et dans la musique. Égrenant la bande-son de sa vie, de Françoise Hardy à Springsteen, elle va nous raconter son histoire d’amour, la déchirure et la tentative de reconstruction. Original et musical.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La playlist de la séparation

Dans un premier roman étonnant, Juliette Arnaud raconte comment elle s’est retrouvée seule la quarantaine passée. Et comment sa vie a toujours été accompagnée par la musique. Jusqu’à l’obsession.

Une lecture rapide de ce premier roman pourrait laisser penser qu’il s’agit d’un collage de critiques musicales, d’analyse des chansons qui ont marqué la vie de Juliette. Mais ce premier roman est bien plus que ça, il raconte comment la musique a accompagné une vie, comment les chansons ont construit un imaginaire et combien elles mettent en relief les sentiments, les émotions.
Si chacun d’entre nous s’amusait à dresser une liste des titres qui l’ont marqué depuis l’enfance, j’imagine combien cette dernière raconterait un parcours, des expériences, des amours, des douleurs aussi. «La chanson m’attendait, les chansons nous attendent tous.»
Juliette se retrouve seule. Enfin, pas tout à fait, parce qu’elle a son chat, fidèle lui. R. a choisi de s’enfuir. On serait censé de d’écrire comme le font souvent les hommes, sans une explication. Sans dire adieu. Du coup, elle va s’en charger. Elle va écrire son adieu, rembobiner le film et nous dire comment tout a commencé, comment cinquante fois leur histoire a failli finir et comment cinquante fois, ils se sont retrouvés. Parce que, comme le chante Françoise Hardy, elle aimerait comprendre: «Tu as mis à l’indEX / Nos nuits blanches, nos matins gris-bleu / Mais pour moi une EXplication vaudrait mieux.»
Après Françoise Hardy, défileront dans un bel éclectisme Selena Gomez, George Harrison, Mireille et Jean Sablon, Étienne Daho et tous les autres que vous retrouverez dans la playlist ci-dessous. EXplication de texte mais aussi des mélodies qui vous entrainent que la romancière accompagne souvent de parenthèses – et quelquefois de parenthèse dans la parenthèse – pour nous dire son état d’esprit.
« C’est quand qu’on arrête d’écrire des chansons d’Amour? Tout n’a-t-il pas déjà été dit? Sur tous les tons? Chanté? Chuchoté? Hurlé? Scandé? Psalmodié? Eh ben, on n’arrête pas. On s’entête. Tout ça me va très bien, je suis entêtée de nature. Avec un terrain addictif à livrer ma tronche à la neurobiologie après ma mort. »
Cette manière de dire sa vie à travers la musique, à travers des paroles qui touchent font l’originalité de ce premier roman en même temps qu’elle en marque les limites. Car sans les références, sans le bruit et la fureur que véhiculent certains morceaux, il est quelquefois difficile de suivre.
Mais il n’en reste pas moins une écriture, une originalité que l’on prendra plaisir à suivre. Ce livre n’est pas un adieu, mais un au revoir.

Playlist
Comment te dire adieu, Françoise Hardy (1968)
Love You Like a Love Song, Selena Gomez and the Scene (2011)
Isn’t It a Pity ? George Harrison (1970)
Puisque vous partez en voyage, Mireille et Jean Sablon (1936)
Les Voyages immobiles, Étienne Daho (1991)
Delilah, Florence and the Machine (2015)
Give Him a Great Big Kiss, The Shangri-Las (1965)
Secret Garden, Bruce Springsteen (1995)
Dreams, Fleetwood Mac (1977)
You’re So Vain, Carly Simon (1972)
Mess Is Mine, Vance Joy (2014)
Gnossiennes 1, 2, 3 et Gymnopédie 1, Erik Satie (1893 et 1888)
Here You Come Again, Dolly Parton (1977)
… et, I Ain’t Mad at Cha, Tupac Shakur (1996)

Comment t’écrire adieu
Juliette Arnaud
Éditions Belfond
Roman
144 p., 17 €
EAN : 9782714479938
Paru le 6 septembre 2018

Où?
Le roman se déroule en France, de Saint-Étienne à Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai l’intuition que les chansons nous attendent. J’ai toujours aimé Comment te dire adieu. Il aura fallu R. et sa fugue finale, sans annonce, sans explication, mais blindée de fausseté, pour que je l’entende. La chanson m’attendait, les chansons nous attendent tous. »
À 45 ans, Juliette se retrouve face à elle-même, avec le cœur déchiré et l’envie de rire de tout. Elle se repasse alors les 14 titres de sa bande originale, d’Étienne Daho à Dolly Parton, sans oublier Bruce Springsteen, 14 pop songs qu’elle a écoutées religieusement et dont elle connaît les paroles par cœur. Pourquoi sa vie chante-t-elle tout à coup si faux? Qu’est-ce qui a mal tourné? Elle a pourtant suivi à la lettre ce que les refrains suggéraient. Elle a scrupuleusement appliqué les adages de chacun des couplets.
À défaut de réponse, puisque R. est parti sans un mot, Juliette va s’y coller, à écrire adieu. Elle essaiera d’être drôle et elle sera sincère, pour comprendre, peut-être, que tout ce qui mène à la fin d’une histoire d’amour, on le porte en soi.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Cécilia Lacour)
Actualitté (Clémence Holstein)
Blog Baz’Art
Blog Moka – Au milieu des livres
Blog Chronicroqueuse de livres
Blog Les paroles s’envolent 

Les premières pages du livre
« J’ai l’intuition que les chansons nous attendent.
J’ai toujours aimé Comment te dire adieu.
La batterie d’abord, le piano aussi agaçant qu’une comptine enfantine, et puis la voix chantée et digne de Françoise Hardy que les trompettes moquent un peu. Quand elle parle et ne chante plus aussi, avec comme une nuance de vocodeur, les violons pour sentimentaliser l’affaire.
J’ai admiré Gainsbourg et ce modèle parfait d’allitération en EX, presque aussi parfait techniquement que celui en INGUE/ANG de Comme un boomerang.
Oui, je l’ai toujours beaucoup aimé et admiré.
Il aura fallu R. et sa fugue finale, sans annonce, sans EXplication, mais blindée de fausseté, pour que je l’entende.
La chanson m’attendait, les chansons nous attendent tous.
Plus de deux années de liaison, plus de huit saisons, et pas d’adieu. C’est la première réflexion que je me suis faite.
Il ne m’a pas dit adieu.
Il ne l’a pas jugé utile. C’est son droit, j’imagine, comme c’est le mien d’attraper, au hasard d’une lecture, le vade-mecum de Montherlant quand il fait dire à l’un de ses personnages, Costal : « Apprends qu’un écrivain a toujours le dernier mot. »
«Comment te dire adieu»: je vais m’y coller.
Que veux-tu, R.! J’ai Costal de mon côté et puis, j’ai été élevée comme ça, la politesse, tout ça tout ça.
Je viens seulement de piger, après des décennies à l’aimer et à l’écouter, cette chanson, que le mot important n’est pas «adieu», c’est «dire».
Et crois-moi, mon pauvre, je vais dire.
Parenthèse nécessaire: cons de chats/pitoyables humains
«I don’t wanna play in your yard / If you can’t be good to me», H. W. Petrie, 1894.
C’est pas compliqué, non?
C’est pas compliqué comme une chanson de gosses, avec un qui dit à l’autre : «Moi, je viens plus jouer dans ta cour si tu ne peux pas être gentil avec moi.»
Cette base-là, cette petite idée enfantine, à être appliquée, nous sauverait les miches à nous, adultes.
Et puis, il y a les chats. Et certains humains.
Et moi qui ai vu, il y a longtemps, à la télé, un reportage dans un pays de très grand froid et de glace, où une femme s’était mis en tête d’apprivoiser un chat sauvage.
Elle posait de la nourriture pour lui devant sa maison.
Il venait depuis des mois, petit à petit elle s’approchait, mais à chaque avancée de main décisive, celle qui permettra d’enfin toucher la fourrure, le chat sauvage à moitié éborgné et crasseux lui crachait dessus, à la dame.
Alors elle retirait vivement sa main, regardait la caméra en riant d’elle, de lui, d’eux deux, je suppose, et recommençait invariablement.
Elle, la dame du pays froid: «C’est pas grave, c’est normal, c’est un chat, c’est sa nature…», etc., jusqu’à la nausée, mais je vous (nous) épargne toutes ses considérations biologiques/psychologiques/angéliques.
Lui, le chat: «Bah oui. Personne n’a dit que je devais quelque chose en échange. C’est pas moi qui lui ai demandé, à cette conne. Qu’elle baise la trace de mes pieds divins et ça va bien.»
Je suis la dame, R. est le chat.
Parenthèse fermée »

Extraits
«Tu as mis à l’indEX / Nos nuits blanches, nos matins gris-bleu / Mais pour moi une EXplication vaudrait mieux.»
Les gens qui se quittent se le disent. Ils donnent une EXplication.
La plupart du temps, je le sais bien, ceux qui partent tâtonnent autour de la vérité.
Tâtonnent seulement parce que : la lâcheté, la fatigue, le désir de ne pas faire plus de mal.
Je me souviens d’une fois où il m’a semblé être au plus proche de la vérité en disant à un homme : «Je ne t’aime plus.» C’était tout à fait vrai puisque ça contenait «je t’ai aimé».
Je me souviens de son visage à ce moment-là : tout espoir s’est évanoui d’un seul coup. J’ai failli revenir là-dessus, tenter de dire quelque chose pour amoindrir le choc, mais j’ai tenu bon. Et il est parti.
R. m’a quittée une bonne cinquantaine de fois, sans exagération, entre le début et la fin de notre liaison. »

« C’est quand qu’on arrête d’écrire des chansons d’Amour?
Tout n’a-t-il pas déjà été dit? Sur tous les tons?
Chanté? Chuchoté? Hurlé? Scandé? Psalmodié?
Eh ben, on n’arrête pas. On s’entête.
Tout ça me va très bien, je suis entêtée de nature. Avec un terrain addictif à livrer ma tronche à la neurobiologie après ma mort.
On s’entête, et même, parce qu’on n’est ni idiot ni ignorant, on le dit au début de la chanson: « Tout a été dit et fait / Toutes les belles pensées ont déjà été chantées. » »

À propos de l’auteur
Juliette Arnaud est comédienne, dramaturge et chroniqueuse sur France Inter. Par ailleurs, elle danse comme une Allemande, entretient une relation névrotique avec ses cheveux et s’est fait tatouer en souvenir de son chien, Gros. Comment t’écrire adieu est son premier roman. (Source : Éditions Belfond)

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