Une mère modèle

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En deux mots:
Florence vit une relation compliquée avec William. Elle est à Paris, lui à New York où il aimerait qu’elle la rejoigne avec leur garçon. Mais il y a son travail à l’opéra, Moussa, le copain de son fils, et… un amant éphémère. Quel sera son choix?

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

«Être une femme libérée, c’est pas si facile»

Pour son premier roman, Pierre Linhart s’est glissé dans la peau d’une femme en proie au doute. Doit-elle quitter Paris, où elle vit avec leur fils, pour rejoindre son mari à New-York?

Florence fait partie de ces femmes qui se sont battues pour pouvoir mener de front une vie professionnelle et une vie de famille épanouissantes. À quarante ans, elle est mariée, travaille à l’opéra de Paris comme chef de chant et est mère d’un garçon de 10 ans. Bref, tout serait parfait si William, son mari, pouvait partager son quotidien. Mais ce dernier enseigne à l’université de New York et communique via Skype en attendant de pouvoir retrouver son épouse et son fils.
Une situation qui lui laisse l’entière responsabilité de l’éducation de son fils et limite son emploi du temps. Du coup, elle doute.
Avec beaucoup d’à-propos Pierre Linhart nous offre de partager, outre le quotidien de Florence et Joachim, les réflexions qui lui passent par la tête. Quand elle fait la connaissance de Moussa, le nouveau copain de son fils, elle ne peut – par exemple – s’empêcher de penser qu’il est beaucoup plus facile à vivre que le sien. Autant Moussa est curieux et passionné, est ravi qu’elle lui propose de lui apprendre le piano, autant Joachim semble grincheux, voire jaloux de l’intérêt que porte sa mère à son copain. Et quand elle invite les deux enfants à assister à la représentation de Pelléas, l’enthousiasme du premier est inversement proportionnelle au désintérêt du second.
Un jour – sans doute pour évacuer la tension – elle cède aux avances de Michel, un collègue qui lui avait déjà fait à plusieurs reprises des avances. Mais, une fois de plus, elle s’interroge. « Mettre sa vie de couple en danger pour une simple pulsion sexuelle. Il fallait arrêter tout de suite, avec ce… Michel. Avant qu’elle ne se sente obligée de tout dire à William et de tout détruire. À moins que cela soit ce qu’elle recherche, briser son couple. »
Elle se confie alors à son frère Romain, lui avoue qu’elle ne sait plus très bien ce qu’elle veut. Pourtant William, à chaque fois qu’il la retrouve, semble toujours aussi épris et rêve d’accueillir sa femme et son épouse aux Etats-Unis. Il a même trouvé un emploi pour Florence au MET.
Mais Florence a du mal à se projeter dans cette vie américaine, à quitter Moussa dont elle constate les progrès jour après jour. Aussi est-ce plutôt par lassitude qu’elle accepte le projet, qu’elle confie à William le soin de leur trouver une maison.
«La sincérité complique tout. On s’enfonce dans des explications. On se noie. Dire que tout va bien est tellement plus facile.»
Au fur et à mesure que le voyage se précise, la tension croît, le combat intérieur se fait plus douloureux, mêlant les traumatismes passés aux interrogations présentes.
Réconciliation? Séparation? Avec finesse et une vraie finesse d’analyse, Pierre Linhart réussit son pari – se mettre dans la peau d’une femme – et nous livre un premier roman qui nous prouve que le courage consiste à ne pas de se conformer aux diktats d’une bien-pensance qui voudrait faire de toutes les femmes des mères-modèle.

Une mère modèle
Pierre Linhart
Éditions Anne Carrière
Roman
250 p., 18 €
EAN : 9782843379086
Paru le 2 mars 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et à New-York avec l’évocation de voyages à Boston et à travers le Mississipi.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’une mère qui se prend d’un élan de maternité pour le copain de son fils, âgé de dix ans, avec lequel elle entretient une relation complexe. Alors qu’elle s’attache à cet «enfant d’une autre» au risque de blesser le sien, son couple aussi est fragilisé. Portrait subtil d’une femme en crise qui s’est toujours conformée aux diktats sociétaux et intimes, Une mère modèle est un roman d’émancipation. Son héroïne, assoiffée de liberté, y emprunte un chemin inattendu pour redéfinir sa place dans le monde.

Les critiques
Babelio
L’Express (Delphine Peras)
Marianne (Nedjma Vanegmond et C.D.-M)
Actualitté.com (Clémence Holstein)
Blog T Livres T Arts
Blog Twin books


Pierre Linhart présente Une mère modèle © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Elle détaille les pères qui attendent à la sortie de l’école, sourit à ceux qui croisent son regard. En ce moment, ils portent tous la barbe et des vêtements bleu nuit. Les mères s’évaluent les unes les autres, certaines discutent entre elles. Elle ne compte pas d’amie parmi ces femmes. Pas encore. Elle n’a guère de temps pour l’amitié. Ou n’en ressent pas la nécessité.
Son fis sort du bâtiment en chahutant avec un garçon qu’elle ne connaît pas, noir et maigrichon. Joachim adresse un vague signe à Florence, ne manifeste ni joie ni hostilité. Il prend note qu’elle est là.
– On y va? lance-t-il sans même l’embrasser, en filant devant elle avec son nouveau copain.
– Tu ne me présentes pas?
– Il s’appelle Moussa. L’enfant lève furtivement ses grands yeux tristes, aux cils recourbés, avant de baisser la tête. Elle l’observe marcher à côté de son fils, cheveux presque rasés, un blouson bleu électrique et un jean trop grand pour lui. C’est la première fois qu’elle voit Joachim avec un enfant noir et, étrangement, cette idée lui plaît.
Elle fait voler les crêpes pour les retourner dans la poêle. Tout est dans le mouvement du poignet, comme pour les staccatos. Vif et souple. Joachim veut essayer.
– À Moussa d’abord, honneur aux invités.
Celui-ci décolle timidement la crêpe qui atterrit sur le bord de la poêle, et se déchire en deux avant d’échouer lamentablement au sol. Joachim éclate de rire, un peu méchamment, et Moussa affiche un air désolé.
– C’est normal, la première fois. Tiens, essaie à nouveau!

Moussa refuse. Il laisse la place à Joachim qui, comme dans tout ce qu’il entreprend, veut aller trop vite et tente de faire voler la crêpe alors qu’elle n’est pas encore cuite et ne se décolle qu’à moitié. Lassé par une activité qu’il ne maîtrise pas d’emblée, il rend la poêle à sa mère.
Après avoir avalé une quatrième crêpe, Moussa ose regarder Florence pour la première fois, sans détourner les yeux. Elle se sent transpercée par ce regard. Pour masquer son trouble, elle range les assiettes dans le lave-vaisselle. Les enfants filent jouer.
Elle répète Pelléas depuis un long moment, lorsqu’elle découvre Moussa en retrait, qui l’observe. Depuis combien de temps?
– Tu aimes? demande-t-elle.
Il hoche la tête.
– C’est du Debussy. Tu as déjà entendu parler de lui?
Il fait non.
– Et ça, tu connais?
Tournée vers lui, elle joue de la main droite le début de la Marche turque. Il ne connaît pas davantage Mozart mais le rythme sautillant de la mélodie le fait sourire. »

À propos de l’auteur
Diplômé en 1993 de la FEMIS, département scénario, Pierre Linhart complète sa formation dans l’atelier de réécriture FEMIS dirigé par Jacques Akchoti en 2008. Il réalise son premier court métrage en 1993 qui reçoit notamment la prime à la qualité du CNC. Pierre Linhart a écrit des documentaires, des longs-métrages, des séries télévisées; Les inséparables qu’il co-réalise et qui recevra le prix de la meilleure série africaine en 2008, puis Clash (6×52) pour France 2 coécrit avec Baya Kasmi. Danbe qu’il a écrit pour Arte a été désignée Meilleure fiction française au Festival de La Rochelle 2014. Pierre Linhart dirige l’atelier Initiation à l’adaptation de romans de la FEMIS. Une mère modèle est son premier roman. (Source : agence-adequat.com)

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La chambre des merveilles

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En deux mots:
Louis est victime d’un terrible accident et se retrouve dans le coma. Sa mère choisit alors de ne plus se consacrer qu’à son fils et de vivre par procuration les rêves consignés par son fils dans le carnet qu’elle a découvert.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Thelma et Louis

Dans la veine des romans feel good, Julien Sandrel raconte le combat d’une mère pour guérir son fils tombé dans le coma à la suite d’un accident. Sa technique peu conventionnelle –concrétiser les rêves de l’adolescent – va faire merveille.

Si le plus célèbre vers d’Horace est souvent cité mal à propos, il pourrait figurer en exergue de ce roman lumineux. Car c’est bien la philosophie exprimée avec Carpe diem, quam minimum credula postero (Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain) que l’auteur a traduite dans La chambre des merveilles. Un choix judicieux, car l’histoire de Thelma et Louis a déjà trouvé preneur dans plus de vingt pays avant même de paraître en France. Un véritable exploit pour un premier roman.
Pour Thelma, tout commence un matin comme les autres, lorsqu’il faut jongler avec les horaires, un fils que ne veut pas se lever, les premiers messages professionnels auxquels il faut répondre et le stress qui s’installe.
Louis, douze ans, file sur son skate, casque vissé sur les oreilles. Il se rend avec sa mère chez sa grand-mère. Thelma est en conversation avec son supérieur quand soudain, elle entend un bruit sourd: « C’est un camion. Je redresse la tête et le temps se fige. Je ne suis qu’à une centaine de mètres mais la rumeur des passants est tellement forte que j’ai l’impression d’être déjà sur place. Mon téléphone se brise sur le sol. Je hurle. Ma jambe se tord, je tombe, me relève, ôte mes stilettos et cours comme je n’ai jamais couru. »
La vie s’arrête. Ambulance, urgences, hospitalisation. Dans un état second, Thelma ne veut croire ce qu’un médecin vient lui annoncer. Son fils est dans le coma et il est impossible de faire un diagnostic quant à ses chances d’en sortir.
Je vous laisse imaginer le choc.
Pour Thelma, il n’y a dès lors plus que la vie de Louis qui importe. La liste de ses priorités change du tout au tout. Elle abandonne une carrière qu’elle a pourtant solidement construite pour rester au chevet de son petit garçon. Car elle se sent coupable, se dit qu’elle aurait dû passer plus de temps avec son fils.
Julien Sandrel a eu la bonne idée, face à un tel drame, de construire son récit à deux voix. Car Louis prend aussi la parole. En nous racontant les informations que sont cerveau lui transmet, il nous donne l’espoir qu’un jour peut-être il pourra s’en sortir et confirme aussi que l’intuition de sa mère est la bonne. Même s’il ne réagit pas, il entend ce qui se passe autour de lui.
Aussi quand Thelma découvre dans la chambre de son fils un carnet rassemblant la liste de tous ses rêves, elle va décider de les réaliser et de les lui faire vivre par procuration. « La carotte, la motivation? Tout ce qui était noté dans le carnet. Ce carnet était un concentré de futur. Ce carnet était rempli d’expériences que Louis rê- vait de vivre, de promesses de joie, de  » trucs cool  » comme il l’écrivait lui-même. Ce carnet était une promesse de vie.
Le mode opératoire? J’allais partir à la rencontre des rêves de mon fils, les vivre pour lui, les enregistrer, en audio et en vidéo, et les lui faire partager. J’allais en prendre l’engagement solennel. Je ne pourrais ni revenir en arrière ni le décevoir. Je ne savais pas s’il y avait un ordre défini, et je ne voulais pas que tout ait l’air préfabriqué. Il faudrait donc que je découvre le programme au fur et à mesure. Le résultat escompté? Que mon fils se dise merde c’est quand même pas possible que ce soit ma darne qui fasse tout ça à ma place. Et qu’il ouvre les yeux. »
La tâche n’est pas aisée, mais une promesse est une promesse. Elle va tout d’abord devoir se rendre au Japon, pratiquer un stage de football ou encore s’élancer pour la course The Color Run à Budapest. Bien entendu, on laisse vite de côté le vraisemblable pour s’attacher aux côtés drôles et émouvants de ces différentes étapes. On va admirer l’infirmière qui la soutient dans son combat – on ne dira jamais assez le rôle essentiel du personnel médical – et Isa, la jeune fille dont son fils est amoureux. Et c’est ainsi que la salle de réanimation va devenir La chambre des merveilles. On se laisse volontiers emporter par ce roman qui, sous couvert de parcours initiatique, pose de vraies questions et qui, comme le dit Bernard Lehut, nous «fera pleureur de bonheur».

La chambre des merveilles
Julien Sandrel
Éditions Calmann-Lévy
Roman
272 p., 17,90 €
EAN : 9782702162897
Paru le 7 mars 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, mais aussi au Japon ou encore à Budapest.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Inattendu, bouleversant et drôle, le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves.
Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.
Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

Les critiques
Babelio
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Bande-annonce du roman La Chambre des merveilles de Julien Sandrel. © Production éditions Calmann-Lévy

Les premières pages du livre
10h 32
– Louis, c’est l’heure ! Allez, je ne le répète plus, s’il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20. C’est à peu près comme ça qu’a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017, 10 h 32.
Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l’éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces “pourquoi”, ces “si seulement”, ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d’une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d’accepter. Tout ça, bien sûr, m’était alors inaccessible, un secret que seuls les dieux – s’il en existait, ce dont je doutais fort – pouvaient connaître. Que se disaient-elles alors, à 9 h 20, ces divinités ? Un de plus, un de moins, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Tu es sûr de toi ? Pas forcément, mais pourquoi pas ? C’est vrai après tout pourquoi pas, ça ne changera pas la face du monde. J’étais loin de tout ça, loin des dieux, loin de mon cœur. J’étais juste moi, à cet instant précis si proche du point de basculement, de rupture, de non-retour. J’étais moi, et je pestais contre Louis qui décidément ne faisait aucun effort. Je me disais alors que ce gosse me rendait dingue. Cela faisait une demi-heure que je m’échinais à l’extirper de son lit, mais rien n’y faisait. Nous avions rendez-vous à midi avec ma mère pour notre brunch – mon calvaire mensuel, et j’avais prévu de passer entre-temps boulevard Haussmann pour m’acheter ces escarpins rouge sang sur lesquels je fantasmais depuis le début des soldes. Je voulais les arborer lundi, lors de la réunion avec le big boss d’Hégémonie, le groupe de cosmétiques pour lequel je travaillais nuit et jour depuis une quinzaine d’années. Je dirigeais une équipe de vingt personnes dévouées à la noble cause du développement des publicités et des innovations d’une marque de shampooings qui enlevaient jusqu’à 100 % des pellicules – le “ jusqu’à ” signifiait qu’une testeuse sur les deux cents mobilisées avait vu sa crinière entièrement débarrassée de ses desquamations. L’une de mes fiertés de l’époque était d’avoir obtenu, après d’âpres batailles avec le service juridique d’Hégémonie, d’utiliser cette allégation. Cruciale pour les ventes, pour mo n augmentation annuelle, mes vacances d’été avec Louis et mes nouveaux escarpins. Après quelques vagues grognements, Louis s’est décidé à obtempérer, a enfilé un jean bien trop serré et à la taille bien trop basse , s’est passé un coup d’eau sur le visage, a pris cinq minutes pour savamment décoiffer ses cheveux, a refusé de mettre un bonnet malgré la température de ce matin glacial, a grommelé quelques bribes de conversation incompréhensibles mais dont je connaissais la teneur (mais pourquoi je dois venir avec toi…), a chaussé ses lunettes de soleil, empoigné son skateboard – une planche sale, taguée sur toute sa surface et pour laquelle je devais acheter des roues de compétition tous les quatre matins –, mis sa doudoune ultra-light Uniqlo rouge, attrapé un paquet de biscuits fourrés au chocolat tout en acceptant d’engloutir une compote en gourde comme lorsqu’il avait cinq ans, et a enfin appelé l’ascenseur. J’ai jeté un coup d’œil à ma montre. 10 h 21. Parfait, nous avions encore le temps de réaliser mon programme millimétré.
J’avais prévu large, le rituel de lever de monseigneur Louis-le-Grand ayant une durée totalement aléatoire. Il faisait un temps magnifique, un ciel bleu d’hiver sans nuage. J’ai toujours aimé les lueurs froides. Je n’ai jamais trouvé ciel plus bleu et plus pur que lorsque j’étais en déplacement professionnel à Moscou. La capitale russe est pour moi la reine du ciel d’hiver. Paris avait revêtu ses airs moscovites et nous lançait des œillades éblouissant es. Une fois sortis de notre appartement du dixième arrondissement, Louis et moi avons commencé à longer le canal Saint-Martin en direction de la gare de l’Est, slalomant entre familles en balade et touristes hypnotisés par le spectacle d’une péniche passant l’écluse du pont Eugène-Varlin. J’observais Louis, qui cavalait devant sur sa planche à roulettes. J’étais fière de ce petit bout d’homme qu’il était en train de devenir. J’aurais dû le lui dire – ces pensées-là sont faites pour être exprimées, sinon elles ne servent à rien –, mais je ne l’ai pas fait. Ces derniers temps, Louis a beaucoup changé. Une poussée de croissance propre à son âge l’a fait passer du physique d’un petit garçon frêle à celui d’un adolescent de taille honorable, un brin de barbe se dessinant sur ses joues toujours pouponnes, encore dépourvues de boutons. Une belle allure en construction. Tout cela allait trop vite. Je me suis revue un instant, déambulant le long du quai de Valmy, une poussette bleu pétrole dirigée de la mai n droite, mon téléphone dans la main gauche. Je crois bien que cette vision m’a fait esquisser un sourire. Ou bien l’ai-je inventé a posteriori ? Ma mémoire me fait défaut, i l est très difficile de me souvenir de mes pensées durant ces instants pourtant tellement importants. Si seulement je pouvais revenir en arrière de quelques minutes, je serais plus attentive. Si seulement je pouvais revenir en arrière de quelques mois, de quelques années, je changerais tellement de choses.

Extrait
« On ne vit pas chaque heure de chaque jour comme si c’était la dernière, ce serait épuisant. On vit, c’est tout. Et ma vie avec ma mère, ça ressemblait exactement à ça.
Donc quand j’y repense, en elle-même cette matinée était parfaite. Je sais bien que maman doit avoir un tout autre avis sur la question, je sais bien qu’elle doit repasser en boucle dans sa tête chaque image de ces quelques minutes en se demandant ce qu’elle aurait dû faire, ce qu’elle aurait pu changer. Moi, j’ai la réponse, et on n’est sûrement pas d’accord avec ma daronne: rien. »

À propos de l’auteur
Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France, est marié et père de deux enfants. Aujourd’hui, il réalise enfin son rêve d’enfant en publiant son premier roman, La chambre des merveilles. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

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Éparse

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En deux mots:
L’un des romans les plus originaux de l’année, sorte de bilan à mi-vie d’une femme, entre les Mythologies de Barthes, le Je me souviens de Perec et la Haute fidélité de Nick Hornby. Un régal !

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Lisa rien que toi, moi, nous

Lisa résume sa vie, fait des listes, crée son propre dictionnaire, accompagne le tout d’une jolie playlist et nous offre le roman le plus délicieux de ce début d’année.

Les émotions, l’exaltation, le sourire permanent au coin des lèvres qui accompagne le critique au moment de rendre compte d’un bonheur de lecture sont quelquefois de terribles ennemis. Car se pose alors la question : « comment pourrai-je au mieux rendre compte de l’originalité de ce livre, du plaisir rencontré au fil des pages, de ce lien invisible mais très solide et très exclusif qui s’est créé entre Lisa et moi. D’ailleurs, ai-je vraiement envie de le partager, de rajouter le nous après le toi et moi? Comme l’égoïsme est un vilain défaut, voici les clés de plus original des romans de cette rentrée.
Le résumé le plus court, mais aussi le plus juste, est livré par la romancière elle-même qui se souvient de sa lecture de Haute fidélité de Nick Hornby: «des listes, de la musique et des histoires d’amour ratées. Un bon résumé de ma vie».
On peut donc aussi suivre ce mode d’emploi, cette Vie mode d’emploi, en énumérant les listes que dresse Lisa pour retracer son parcours de fille, de femme, de mère. Au célèbre «Je me souviens… », il convient de rajouter «La dernière fois que… » ou encore, par exemple, «Nous nous habituons… » ou encore «j’ai essayé… » et plus original les « Je t’aime Mathieu Amalric parce que… » qui nous offrent sur des pages l’occasion de partager des souvenirs, des images, des émotions, des remarques. Après la liste des conseils qu’on lui a longtemps dits, comme: «Celui-là, c’était pas le bon / Un de perdu, dix de retrouvés / C’est bien aussi d’être seule… », on ajoutera encore – pour notre plus grand bonheur – des listes d’adjectifs, des listes de verbes «Disséquer, décortiquer, dépecer, démantibuler, détruire… », des listes de courses qui ont garni le réfrigérateur familial et, cela va de soi, l’inventaire de son sac à main au fil des ans ainsi que celui des armoires familiales (ah, le sous-pull en lycra!)
Viendront encore les acteurs et chanteurs, les auteurs qu’elle a lu et dont elle parsème le livre de citations ou encore, pour faire bonne mesure, les émissions de télé qui l’ont accompagné de l’enfance à l’âge adulte.
On réservera une place à part à la musique. Car si la bande originale figure en fin de volume, la bande-son est indissociable de la vie de Lisa, dès sa naissance (c’est parce que ses parents avaient acheté l’album Sad Lisa de Cat Stevens en 1970
Et qu’ils aimaient beaucoup cette chanson qu’elle a été prénommée Lisa).
De Brassens à Dominique A., de The Cure à à Portishead, en passant par Michael Jackson (quelle frayeur en découvrant le clip de Thriller à huit ans) et Madonna, on peut aussi raconter une vie. Surtout si l’on y ajoute les titres qui accompagnent les amours naissantes et ceux qui, par la suite, pansent les plaies des chagrins.
Car après les listes et la musique viennent «les histoires d’amour ratées». Une autre façon de résumer le roman. Cela commence avec la séparation de ses parents en 1977 : « Jeune femme bien sous tous rapports quitte homme bien sous tous rapports. Entre eux, une fillette de trois ans. Derrière, un mariage hâtif d’adolescents trop vite devenus parents. Devant eux, un divorce pas vraiment à l’amiable, pas vraiment à tort. » Ballottée entre père et mère, essayant de trouver un peu de réconfort chez les grands-parents, cherchant aussi bien avec les copines qu’avec les garçons la signification de l’amour, faisant des expériences diverses, couchant avec ne inconnue autant qu’avec son meilleur ami, on la suit jusqu’au moment où elle devient elle-même mère et où ses enfants lui renvoient quelques messages subliminaux, par exemple quand son fils lui lance «J’ai envie de voir tous les films de Mathieu Amalric». En effet, les chiens ne font pas des chats.
Je pourrai m’arrêter là car vous devez avoir sans doute n’avoir qu’une envie, vous précipiter chez votre libraire. Mais il y a encore tant à dire.
Vous mettre l’eau à la bouche avec quelques aphorismes et formules qui, comme le beurre dans les épinards, rajoutent de la saveur au récit. En voici quatre parmi d’autres : « Il m’arrive d’appeler des amies le soir pendant des heures. Cela me semble bien plus efficace qu’une consultation chez le psy. » ; « Tous ces gens qui déclarent : « j’ai l’impression de passer à côté de ma vie. » Je me demande quelle destination ils choisissent à la place » ; « Les amours se suivent. Mais dans l’entre-deux, l’attente peut sembler longue. » ; « Je te quitte, tu reviens. Tu me quittes, je reviens. Personne n’y comprend rien. »
Je n’oublierai pas le tableau hilarant des arguments pour une vie commune et des arguments contre une vie commune et je ne résiste pas à vous livrer ce que je considère comme la preuve la plus tangible de la naissance d’un écrivain : quand le vocabulaire ne suffit pas à rendre exactement un sentiment, un fait marquant, alors le mieux est d’un créer un. Délectez-vous de ce dictionnaire, de ces nouveaux fragments d’un discours amoureux :
Nostalgymnastique (n.f.) : stimulation mnésique de la pensée qui consiste à regretter de façon répétée des sensations, des objets ou des lieux disparus afin de provoquer leur résurgence.
Couplabilité (n.f.) : habilité du sujet à éprouver un sentiment de faute après avoir mis à mal l’avenir de son couple, et par conséquent l’équilibre familial.
Électrolovographie (ELG) : représentation graphique de l’activité amoureuse du cœur, nommée électrolovogramme. Cette activité électrique est liée aux variations de potentialité amoureuse des cellules spécialisées dans la cristallisation (lovocytes) et des cellules spécialisées dans l’automatisme et la conduction des influx nerveux dans le sytème amoureux.
Exemple : On ne peut plus rien pour cette patiente docteur, son ELG ne donne plus signe d’activité.
Rupturlute (n.f) : Rupture brutale, à s’en ôter les mots de la bouche.
Exemple : Ce mec m’a encore fait le coup de la rupturlute. Franchement, c’est dur à avaler.
Désordinaire (adj.) : se dit d’une personne ou d’un fait qui n’est pas conforme à l’ordre établi, qui a pour habitude de rompre avec les habitudes, de façon parfois chaotique.
Archéolovie (n.f.) : Étude approfondie d’histoires d’amour anciennes reposant sur la collecte de leurs traces sensibles et de leurs preuves matérielles.
Phosphène (n.m.) (grec phôs, lumière, et phainein, briller) : sensation devant l’œil d’éclairs lumineux, bleutés ou blancs, mieux visibles la nuit et qui se répètent souvent au même endroit.
Exemple : J’ai des phosphènes plein les yeux, ça fait comme une boule à facettes qui tourne non-stop dans ma tête.
Exclusivisme (n.m.) : droit imaginaire que l’on s’octroie de posséder l’amour exclusif de quelqu’un que l’on aime à l’exclusivité de tout autre.
Mélancollection (n.f.) : ensemble de données tangibles qui, accumulées, constituent le terreau fécond d’une tristesse ressentie de manière régulière et douloureuse.
Indécroissance (n.f.) : aptitude physio-sociologique des enfants à prendre de l’âge bien plus vite que leurs parents et à s’éloigner d’eux alors que ceux-ci ne sont pas du tout préparés à leur départ.
Exemple : Mon fils fait une violente poussée d’indécroissance : si ça continue, il sera adulte avant moi.
Et si après ça, vous n’êtes toujours pas convaincus, j’imagine qu’il ne reste plus qu’à tenter dans me lancer dans une opération du type «satisfait ou remboursé» !

Éparse
Lisa Balavoine
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 18 €
EAN : 9782709659840
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
À travers une série de fragments, Lisa Balavoine – la quarantaine, divorcée et mère imparfaite de trois enfants – fait le tour de son existence comme on fait le tour du propriétaire, et signe le roman espiègle et nostalgique de toute une génération.
Convoquant la mémoire de chansons, de films, d’événements emblématiques des années 80 à aujourd’hui, entremêlant souvenirs de jeunesse et instantanés de sa vie quotidienne, elle fait de son histoire intime un récit dans lequel chacun peut se reconnaître. Car les questions qu’elle pose (sur l’éternel recommencement de l’amour, sur les héritages et la transmission…) sont les nôtres. Car ses doutes, ses joies, ses peines fugaces ou durables, nous les connaissons. Car les inventaires audacieux qu’elle propose (description à la Perec d’un tiroir de salle de bain, arguments pour ou contre la vie de couple, liste de ses phobies, déclarations d’amour aux acteurs qu’elle a aimés…) nous renvoient à nos propres obsessions.
Telle est la prouesse de ce livre : à mesure que l’auteur rassemble les morceaux de son puzzle personnel et tente l’autopsie de la première moitié de sa vie, c’est le lecteur qui se redécouvre lui-même.

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Les premières pages du livre 
« Enfant, je n’avais pas envisagé de devenir une personne normale.
*
Désormais il convient d’être réaliste. La peau de mon visage se constelle de taches brunes de mois en mois, parfois de jour en jour. Il faudrait que je prenne rendez-vous chez un dermato. Je vieillis. J’ai des rides persistantes autour des yeux. Mon cou s’empâte, mes paupières s’affaissent, mon corps se flétrit. Certains matins, je me réveille trempée de sueur. J’ai parfois mal au dos. Maigre consolation, je n’ai pas de cheveux blancs. En revanche, je crois que j’ai perdu un centimètre. Je laisse faire. Je ne lutte pas. Je n’ai pas les armes.
*
Ma mère écoutait beaucoup de chanteuses tristes qui chantaient tristement des chansons tristes. France Gall rêvait qu’on lui fasse tout bas une déclaration. Véronique Sanson se demandait si cet amour aurait un lendemain. Nicole Croisille criait qu’on lui téléphone pour lui dire qu’on l’aime. Corynne Charby vivait comme une boule de flipper qui roule. Jakie Quartz s’entêtait à faire une mise au point pour toutes les victimes du romantisme. Bibie désirait tout doucement arrêter les minutes supplémentaires qui faisaient de sa vie un enfer. Toutes étaient seules, abandonnées, perdues et le clamaient haut et fort. Leurs mots résonnaient quotidiennement dans l’appartement et déposaient leur lot de larmes amères sur les cils de ma mère. Sur la bande FM de ma jeunesse ne se promenaient que des femmes qui avaient le vague à l’âme.
*
Je voudrais pouvoir décoller les différentes couches de papier peint de ma vie pour retrouver le lé d’origine.
*
Je n’aime pas les transports en commun. Je n’aime pas les multiplexes de cinéma. Je n’aime pas les supermarchés. Je n’aime pas les centres commerciaux. Je n’aime pas les parcs d’attractions. Je n’aime pas les clubs de vacances. Je n’aime pas les meetings politiques. Je n’aime pas les manifestations sportives. Je n’aime pas les chaînes de fast-food. Je n’aime pas les défilés militaires. Je n’aime pas les plages bondées. Je n’aime pas les fêtes de la Saint-Sylvestre. Je n’aime pas les rassemblements familiaux. Je n’aime pas les stations de ski. Je n’aime pas les expressions à la mode. Je crois que je suis un peu snob. »

Extraits
« Nous revenons de loin. Il n’y a plus de première fois ou toutes les premières fois ont un air de déjà-vu. On fait encore les cons, on boit encore trop de bières, on danse encore sur les mêmes chansons. On se sent jeunes, on croit même qu’on l’est plus qu’avant. On aime plus fort, parce qu’on ne sait pas ce qu’il y aura après, on aime même mieux, pour peu qu’on ait de la chance. On a le corps qu’on peut, on a le corps qui va avec notre histoire. On sait ce qui peut lui faire du bien, du mal aussi, on fait les deux, on n’a plus rien à perdre. On s’est vus géants, invincibles, la jeunesse en bandoulière, no future qu’on disait. Nous étions si jeunes. Nous ne savions rien. Nous ne savions pas ce qui viendrait après et qui a tout changé. Nous n’avons plus vingt ans. Nous faisons le bilan. Nous sommes encore vivants. »

« Nous apprenons à faire avec le temps qui passe, le temps qui colmate, ie temps qui guérit. Nous lui sommes reconnaissants de faire durer les heures, les minutes et les secondes, interminables, de nos chagrins. La douleur peut bien nous clouer au sol et nous mettre à genoux, le temps fait son travail. C’est un bon petit soldat. Il parfait l’érosion des peines, il encense les vertus de l’attente. Bien sûr, il nous arrive de le maudire, de lui en vouloir de ne pas s’écouler plus vite, de ne pas nous téléporter ailleurs, à toute berzingue vers une nouvelle histoire et des bras inédits, Nous aimerions bien qu’il se bouge le cul, le temps, le temps, qu’il accélére la machine, qu’il change les décors, les costumes et les acteurs, qu’il réagence la piéce, qu’il remixe Ia bande-son, qu’il redistribue les rôles. Nous lui faisons la gueule, au temps, souvent. Mais il ne nous en veut jamais. Il ne nous laisse pas tomber, en tous cas pas tout de suite, pas sans avoir essayé, pas sans avoir réparé. »

À propos de l’auteur
Lisa Balavoine vit et travaille à Amiens comme professeur-documentaliste.
Eparse est son premier roman, dont des extraits ont été publiés dans la revue Décapage. (Source : Éditions JC Lattès)

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Laisse tomber les filles

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En deux mots:
François, Antoine et Lorenzo sont amoureux de la belle Michèle. Nous sommes en 1963 et la France est en ébullition. Gérard de Cortanze nous propose de suivre le parcours de ces personnages depuis les yéyés jusqu’aux attentats de 2015.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Johnny, France et les autres

Après l’onde de choc provoquée par les décès de Johnny Halliday et France Gall, ce roman permet de revivre l’âge d’or des ces idoles de la chanson.

Quand Gérard de Cortanze s’est mis à l’écriture de ce roman, il ne se doutait sans doute pas combien l’actualité des derniers jours viendrait lui donner une dimension toute particulière. Quelques semaines après le décès et l’hommage national à Johnny Hallyday et quelques jours avant les obsèques de France Gall dont la chanson donne son titre au livre, Laisse tomber les filles vient nous offrir l’occasion de retrouver cette génération qui a émergé dans les années soixante avec Salut les copains. Avide de changement, elle est montée sur les barricades en mai 1968 avant de voir ses rêves s’envoler et, bien des années plus tard, se retrouvera à battre le pavé parisien après les attentats qui ont ensanglanté le pays.
Une chronique portée par quatre personnages, trois garçons et une fille dont nous allons suivre le parcours au fil des années. Lorenzo, Antoine, François et Michèle se retrouvent pour l’événement que l’on peut considérer comme l’acte de naissance des yéyés, ce concert de 1963 à la Nation. Venus de leur banlieue, le fils d’un cadre, celui d’un ouvrier et celui d’un commerçant vont s’enflammer pour cette nouvelle musique autant que pour les beaux yeux de leur amie. Commence alors un combat de coqs pour cette bourgeoise bien plus libre – et égoïste – qu’eux! Le plus cérébral du groupe, Lorenzo, se veut le grand témoin d’un monde qui bascule. Fou de cinéma et coureur de demi-fond, il va noircir les pages de son grand livre pour témoigner du formidable bouillonemment de la société qui « est en train de changer, de bouger lentement, comme un continent qui dérive. Pour Lorenzo, la musique exprime clairement cette dérive, ce décrochement irréversible. Satisfaction est un appel au plaisir immédiat, au rejet des conventions amoureuses traditionnelles. »
Pour François la liberté est synoyme de paradis artificiels. Mais la drogue va finir par l’enchaîner. Entre les deux, Antoine n’a pas le temps de se poser trop de questions. «Il n’a pas le temps libre que donne l’argent. Il milite. Il travaille. Et il écoute Barbara». Le fils d’ouvrier va toutefois aussi voir son jour de gloire arriver. Mais Michèle n’est pas exclusive et, alors que cette page de l’histoire de la France contemporaine s’emballe, l’amour libre n’exclut pas les jalousies et les rivalités.
Racontée d’une plume alerte et sensible, cette histoire d’amour à quatre est surtout l’occasion d’une superbe fresque sociale, de l’utopie soixante-huitarde aux trente glorieuses, puis aux désenchantements des années de crise et d’instabilité jusqu’au grand rassemblement de janvier 2015 à la Place de la République.
Ce roman est en quelque sorte la suite des Zazous (qui sort en livre de poche début février) et qui – sur une trame semblable – nous proposait une grande fresque de la France sous l’Occupation. J’ai beaucoup aimé ce «portrait étincelant d’une jeunesse parisienne qui résiste à la barbarie», pour reprendre les mots de Thierry Voisin dans Télérama.
Autre trouvaille très sympathique des éditeurs et de l’auteur: une bande-son qui comprend quelque 98 titres vient compléter ce roman. Intitulée «Yé Yé», elle nous offre près de quatre heures de musique, allant de Johnny Hallyday à Sylvie Vartan en passant par Françoise Hardy et Claude François, sans oublier ceux qui n’ont pas connu la même notoriété tels Les Cousins, Les Dangers ou encore Les Pingouins. Seule faute de goût : l’absence de France Gall au générique de cette compilation. Mais ce panorama rappelera à la génération des années 60-70 les artistes qui ont baigné leur enfance et permettra au plus jeunes de découvrir ces années pleines d’énergie et de liberté.

France Gall interprète Laisse tomber les filles

Laisse tomber les filles
Gérard de Cortanze
Éditions Albin Michel
Roman
440 p., 22,50 €
EAN : 9782226402141
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et banlieue.

Quand?
L’action se déroule de 1963 à 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le 22 juin 1963 à Paris, quatre adolescents assistent, place de la Nation, au concert donné à l’occasion du premier anniversaire de Salut les copains. Trois garçons : François, rocker au coeur tendre, tenté par les substances hallucinogènes ; Antoine, fils d’ouvrier qui ne jure que par Jean Ferrat ; Lorenzo, l’intellectuel, fou de cinéma et champion de 800 mètres.
Une fille : Michèle, dont tous trois sont amoureux, fée clochette merveilleuse, pourvoyeuse de rêve et féministe en herbe.
Commencé au coeur des Trente Glorieuses et se clôturant sur la «marche républicaine» du 11 janvier 2015, ce livre pétri d’humanité, virevoltant, joyeux, raconte, au son des guitares et sur des pas de twist, l’histoire de ces baby-boomers devenus soixante-huitards, fougueux, idéalistes, refusant de se résigner au monde tel qu’il est, et convaincus qu’ils pouvaient le rendre meilleur.

Les critiques
Babelio
Radio fidélité Mayenne
Blog de Tilly

Les premières pages du livre
« Les enfants du siècle sont tous un peu fous, vilaines filles, mauvais garçons
Lorenzo est dans l’autobus 138. Il est monté à l’arrêt Moulin-de-Cage. À Gennevilliers. À l’angle du boulevard Camélinat et de l’avenue Gabriel-Péri. Dans douze arrêts, il descendra Porte-de-Clichy. Terminus de la ligne d’autobus 138. Voyageur en costume Regent Street prince-de-galles et chemise de couleur à col blanc, il est debout car, à cette heure – 18 heures environ –, sur cette ligne, il y a beaucoup de passagers, et qui parlent entre eux, évoquant les sujets du moment. L’affaire John Profumo, du nom du ministre britannique de la Guerre, qui aurait livré sur l’oreiller de la call-girl Christine Keeler des secrets d’État. L’ouverture de l’hypermarché Carrefour à Sainte-Geneviève-des-Bois. L’envoi dans l’espace de la première femme cosmonaute, la Russe Valentina Terechkova. Et, bien évidemment, l’élection, dix-huit jours après la mort de Jean XXIII, de Giovanni Battista Montini, l’archevêque de Milan, qui a choisi de monter sur le trône de saint Pierre sous le nom de Paul VI.
Tout au long du trajet, durant lequel il traverse une banlieue ouvrière, où subsistent encore quelques vergers, où pointent vers le ciel de hautes cheminées de briques laissant échapper d’épaisses fumées jaunes, où se dressent les longues barres de béton des HLM, Lorenzo a le temps de penser à la jeunesse qui est la sienne et au monde qui l’entoure. »

Extrait
« La révolution, ce ne sont ni les étudiants, ni les ouvriers, ni les fils de bourgeois, ni les camarades syndiqués qui la font, mais chacun dans sa solitude. Je le sais, cette révolution ne changera rien à la destinée de l’homme, ni à la mienne, ni à la vôtre. Elle n’est qu’un pas de danse, un écart léger, un pas de côté, un frémissement de brise. La fin d’un rêve. »

À propos de l’auteur
Ecrivain, éditeur aux éditions Albin Michel, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Gérard de Cortanze a publié plus de 80 livres, traduits en vingt-cinq langues. Parmi eux, des romans (Les Vice-Rois, prix du roman historique; Cyclone, prix Baie des Anges Ville de Nice; Assam, Prix Renaudot; Banditi; Laura; Indigo, prix Paul Féval; L’An prochain à Grenade, prix Méditerranée; Les amants de Coyoacan…, Zazous, des essais (Jorge Semprun, l’écriture de la vie; Hemingway à Cuba; J.M.G. Le Clézio, le nomade immobile; Pierre Benoit, le romancier paradoxal, prix de l’Académie française), et des récits autobiographiques (Une chambre à Turin, prix Cazes-Lipp; Spaghetti !; Miss Monde; De Gaulle en maillot de bain; Gitane sans filtre…). On lui doit également des livres sur les peintres Zao Wou-ki, Antonio Saura, Richard Texier, et notamment Frida Kahlo, la beauté terrible.
Si l’ensemble de son œuvre, divisée en cycles, a pour thèmes de prédilection ses origines italiennes mêlées – vieille famille aristocratique piémontaise du côté du père, classe ouvrière napolitaine du côté de la mère, une descendante directe de Frère Diable, dit Fra Diavolo – on lui doit aussi plusieurs ouvrages sur l’automobile. Né au sein d’une famille de pilotes de courses il a publié La Légende des 24 heures du Mans, livre pour lequel il a reçu le Prix des écrivains sportifs, ainsi que Les 24 Heures pour les nuls. Il est chroniqueur à Historia et président du Prix Jean Monnet de Littérature européenne. (Source : Éditions Albin Michel)

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Un funambule sur le sable

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En deux mots:
Né avec un petit violon dans la tête, la vie de Stradi n’a rien d’une sinécure. On va suivre la bande-son de son existence de sa jeunesse à sa postérité. Fantastique !

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

Un funambule sur le sable
Gilles Marchand
Éditions Aux forges de Vulcain
Roman
360 p., 19,50 €
EAN : 9782373050288
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, dans différents endroits qui ne sont pas nommés et le long de la route qui mène aux vacances à la mer et passe par les châteaux de la Loire.

Quand?
L’action se situe à la fin du siècle dernier.

Ce qu’en dit l’éditeur
Stradi naît avec un violon dans le crâne. D’abord condamné à rester à la maison, il peut finalement aller à l’école et découvrir que les plus grandes peines de son handicap sont l’effet de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants. Mais, à ces souffrances, il oppose chaque jour son optimisme invincible, hérité de son père inventeur et de sa mère professeur. Et son violon, peu à peu, va se révéler être un atout qui, s’il l’empêche de se concentrer sur ses devoirs, lui permet toutes sortes d’autres choses : rêver, espérer… voire parler aux oiseaux.
Un jour, il rencontre l’amour en Lélie. Ils vont s’aimer, se quitter, se retrouver, et faire couple. Jusqu’au moment où cette fantaisie permanente de Stradi va se heurter aux nécessités de la vie adulte : avoir un travail, se tenir bien en société, fonder une famille. Comment grandir sans se nier ? Comment s’adapter sans renoncer à soi ?
Dans ce deuxième texte empreint de réalisme magique, Gilles Marchand, après le succès d’Une bouche sans personne, livre un beau et grand roman d’éducation, étonnant manifeste pour la différence, et pour les puissances de l’imagination, qui permettent de vaincre le réel, quand celui-ci nous afflige et nous opprime. Un roman plein de musique, de fantaisie, d’imagination, de lumière et d’optimisme, accompagné par la musique des Beach Boys, et brillant de mille éclats empruntés à Gary, Vian et Perec.

Ce que j’en pense
Gilles Marchand sait joliment mêler le vrai et le faux, le drame et la légèreté, la fantaisie et la construction soignée. C’est ce que j’écrivais à propos de son premier, Une bouche sans personne, découvert l’an passé avec les 68 premières fois.
Il confirme son talent avec son second opus. Aux qualités du premier, on ajoutera cette fois une touche de fantastique, du côté de Marcel Aymé ou de Boris Vian.
Dès la naissance du narrateur l’extraordinaire se produit, au grand désarroi du corps médical : il faut bien se rendre à l’évidence, le bébé a un petit violon dans la tête. Quatre cordes qui ne vont pas tarder à jouer dans le cerveau de l’enfant provoquant l’incrédulité, la surprise ou même la gêne de la famille et des proches.
Et alors que l’enfant tente de maîtriser la musique dans sa tête, son père qui entend être un grand inventeur va essayer de comprendre, sans grand succès il faut bien l’avouer.
Pour sa mère, qui l’entoure de tout son amour, il faut qu’il mène une vie des plus normales, qu’il oublie ce handicap. Aussi, quand il commence à parler aux oiseaux, elle ne veut pas le croire, cette activité étant réservée aux «fous». Ses camarades de classe ont tout autant de peine à accepter cette différence, ajoutant un brin de cruauté à leur jugement.
Fort heureusement, il y a Max et Lélie. Le premier est également handicapé à la jambe et devient vite le meilleur ami de celui que l’on surnomme désormais Stradi. Ensembles, ils vont partager jusqu’à leurs rêves. Lélie est la fille dont il tombe amoureux et avec laquelle, après maintes péripéties, il finira par partager sa vie. Car pour l’heure, il faut bien reconnaître que toutes ses tentatives d’intégration se soldent par des échecs. Qu’il souffre physiquement et psychologiquement.
C’est que Gilles Marchand, sous couvert d’une fable poétique, nous offre un formidable plaidoyer pour ce fameux droit à la différence. Lucide, Stradi constate combien il est difficile de vivre quand on sort du moule : « J’y avais bien réfléchi, ce n’était pas le monde qui n’était pas fait pour moi, mais la société, ce qui est totalement différent. Rien ne m’empêchait de vivre, d’être heureux et amoureux. Le système scolaire attendait de moi que je suive le même rythme que mes camarades, les parents de Lélie désiraient un jeune homme comme les autres pour leur fille, les médecins attendaient une tête sans instrument. La société dans son ensemble n’attendait et ne désirait qu’une seule chose de moi : que je sois comme tout le monde. (…) La société a établi tout un tas de règles mais n’avait rien prévu pour les gens qui n’étaient pas capables de les suivre pour des raisons indépendantes de leur volonté. Elle les acceptait mais ne leur donnait pas une réelle chance à part celle de rester bien sagement assis sans trop déranger et surtout, surtout, sans oublier de lui dire merci. »
L’optimisme et l’amour, la tendresse et l’humour seront les antidotes de Stradi et la récompense du lecteur, une fois encore emporté par la plume alerte de l’auteur.

Autres critiques
Babelio
Blog L’Albatros (Nicolas Houguet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle 


À l’occasion du Livre sur la Place à Nancy, Gilles Marchand présente Un funambule sur le sable © Production Librairie Mollat

Extrait
« Au début, je n’avais pas vraiment conscience de ma différence. D’autant que, il faut bien le reconnaître, les personnes extérieures à la famille n’avaient aucun moyen de savoir que j’avais un violon fiché à l’intérieur du crâne. Je n’attirais pas les regards, je ne suscitais pas la curiosité des gens que je croisais lorsque nous nous promenions. Je pouvais passer pour un petit garçon comme les autres. Force est d’ailleurs de constater que mes parents faisaient tout leur possible pour m’offrir une enfance normale. C’est dans le cadre familial que cette différence était omniprésente. J’étais au centre de toutes les attentions, on me surveillait comme l’huile sur le feu, on guettait mes réactions, on me protégeait, on me surprotégeait. Je ne saurais dire comment le vivait mon frère aîné. S’il était aimé autant que moi, il ne bénéficiait pas de ce statut à part que la nature m’avait conféré. Lui était comme les autres : il pouvait courir, sauter, jouer, tomber sans que cela soit la source d’une inquiétude générale. Je le suivais dès que je pouvais, partageant au mieux ses jeux toujours plus audacieux, dès que la vigilance de mes parents déclinait. Car là était le nœud du problème : nul ne pouvait prévoir les réactions du violon ni ce qui se passerait si je me cognais violemment la tête. »

À propos de l’auteur
Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Eric Bonnargent. Une bouche sans personne est son premier roman. (Source: Éditions Aux Forges de Vulcain)

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Minuit, Montmartre

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que tous ceux qui se sont promenés sur la butte Montmartre se sont pris à rêver de cette époque aujourd’hui révolue, à la fin de la Belle Epoque, où les artistes se croisaient et s’encourageaient, où tous les arts s’épanouissaient grâce à une belle émulation, où l’on pouvait croiser Picasso, Steinlen, Apollinaire ou Toulouse-Lautrec au détour d’une rue ou dans l’un des cabarets.

2. Parce que, pour son troisième roman, Julien Delmaire a eu la bonne idée – un peu comme Camile Laurens avec sa danseuse de 14 ans – de mettre au cœur de son récit une «fille modèle». Répondant au doux nom de Masseïda, elle débarque dans l’atelier de Steinlen et sera son dernier amour.

3. Parce que cet hommage à la Butte nous permet de découvrir un artiste dont la plupart d’entre nous ont certes oublié le nom, mais pas les œuvres. Théophile-Alexandre Steinlein est en effet le créateur – entre autres – de l’affiche du Chat noir et sera l’un des animateurs de ce quartier parisien à nul autre pareil que le Musée de Montmartre a mis à l’honnneur l’an passé.

Minuit, Montmartre
Julien Delmaire
Éditions Grasset
Roman
224 p., 18 €
EAN: 9782246813156
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Montmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l’atelier d’un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l’accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s’achève. La guerre assombrit l’horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit…
Minuit, Montmartre s’inspire d’un épisode méconnu de la vie de Steinlen, le dessinateur de la célèbre affiche du Chat Noir. On y rencontre Apollinaire, Picasso, Félix Fénéon, Aristide Bruant ou encore la Goulue… Mais aussi les anarchistes, les filles de nuit et les marginaux que la syphilis et l’absinthe tuent aussi sûrement que la guerre.
Ce roman poétique, d’une intense sensualité, rend hommage au temps de la bohème et déploie le charme mystérieux d’un conte.

Les critiques
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20 minutes.fr (2 minutes pour choisir)
Africultures (Alice Lefilleul)
Blog T Livres T Arts
Blog Le coin lecture de Nath 
Blog froggy’s delight 
Blog Moka – au milieu des livres

Les premières pages du livre
La Butte, en ce temps-là, paraissait une montagne. La poésie et la tuberculose y régnaient à parts égales. Surgie des cabarets, des ateliers de peintres et des bosquets en fleurs, une nuée de jeunes gens cueillait les fruits du siècle naissant. À chaque carrefour s’aiguisaient des fantaisies, se forgeaient des merveilles. Tout semblait possible depuis qu’une bonne fée avait tendu sa chevelure haute-tension aux pylônes des boulevards.
Loin des volts et des mirages, les ruelles de Montmartre buvaient la flamme paisible au bec des candélabres. L’ombre conservait son mystère, sa patine et sa saveur. Certaines venelles, à certaines heures, s’abandonnaient sans pudeur à la nuit. La lune, la belle luisarde, lanternait les pentes herbeuses, les caniveaux où flottaient les étoiles. Une horde de matous manœuvrait dans l’obscurité, frôlait les rails des tramways, les sépultures, les flaques d’eau.
Parmi cette multitude ébouriffée, un chat. Son maître, Théophile Alexandre Steinlen, un vieux dessinateur de la rue Caulaincourt, l’avait baptisé du nom de Vaillant. Ce sobriquet, hommage à un dynamiteur anarchiste, l’animal le portait avec panache. Sa jeunesse exultait dans un corps massif, au pelage épargné par la gale. Les femelles du quartier, sur l’ardoise des toits, miaulaient son nom avec des trémolos suraigus. Cela n’émouvait guère Vaillant, qui ne manifestait aucun intérêt pour les choses de l’amour. C’était un félin combatif le plus souvent, contemplatif, quand le soleil funambule dégringolait derrière le Sacré-Cœur, soulevant dans sa chute tous les pigments de la Terre.
Il connaissait le quartier comme les replis de sa pelisse ; sa carcasse se mouvait avec la souplesse d’un batelier. Les rempailleuses de la place du Calvaire l’appelaient « Le Chartreux », tant il est vrai qu’il partageait nombre de traits avec ce chat de luxe – sa robe grise, sa taille, le jaune vif de ses prunelles. Il conservait cependant dans la courbe des oreilles, le triangle du museau, un je-ne-sais-quoi de parfaitement roturier. S’il existait un griffu intraitable dans les rues de Montmartre, c’était bien lui, Vaillant, dont la toison se confondait avec la poussière des jours.

Extrait
« Passant outre à la fatigue et la soif, elle se dirigea vers cette contrée inconnue. Le vent qui jusqu’alors s’était tu souffla dans la hampe des hauts peupliers, reprenant les premières syllabes de son nom : « Massa, Massa », dans une litanie de feuillages et de sève.
Sous les feux mauvais de la rampe, la lumière frelatée des réverbères, le vent sifflait son nom, Massa, Massa, comme une exhorte à ne pas lâcher prise.
Je suis Masseïda, la petite Massa du bord du fleuve. Aujourd’hui, je suis grande, et le vent me protège…
Elle entreprit l’ascension d’une colline. Son souffle puisait dans ses ultimes gisements, elle s’accrochait aux grappins de la nuit. Les volets claquaient au lointain, comme le chahut des rames sur l’écume.
Elle gravit la pente pour parvenir sur une esplanade cernée de lampadaires souffreteux. Trois directions possibles. Elle hésita, persuadée que de son choix dépendrait son devenir. Elle allait s’engager dans la ruelle la plus éclairée, lorsqu’un chat vint à sa rencontre. La bête aurait pu miauler son prénom, à l’instar du vent, que cela ne l’eût pas surprise. L’animal semblait un élément de la grande machinerie du hasard. Il accepta sa caresse, la paume de Masseïda effleura sa toison comme un manteau de luxe. »

À propos de l’auteur
Né en 1977, Julien Delmaire est romancier et poète. Plusieurs de ses textes ont été traduits, en anglais, en espagnol, en allemand, en italien et japonais. Depuis près de quinze ans, il multiplie les performances poétiques sur scène, un peu partout dans le monde. L’écrivain encadre de nombreux ateliers d’écriture dans les établissements scolaires, les hôpitaux psychiatriques, en milieu carcéral, ainsi que dans les bibliothèques et les médiathèques. Julien Delmaire anime le blog littéraire Nous, Laminaires. Son premier roman, Georgia, publié aux éditions Grasset, a remporté le Prix Littéraire de la Porte Dorée. Son second roman, Frère des Astres, lauréat du Prix Spiritualité d’Aujourd’hui est paru aux éditions Grasset en mars 2016. Son troisième roman Minuit, Montmartre est paru en août 2017. (Source: juliendelmaire.com)

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Gabriële

BEREST_Gabriele

En deux mots:
Gabriële Buffet-Picabia aura sacrifié sa carrière de musicienne pour se mettre au service de son mari et au-delà d’une révolution artistique. De Duchamp à Arp et d’Apollinaire à Beckett, elle accompagnera ce mouvement novateur. Gabriële revit aujourd’hui par la magie de l’écriture de ses deux arrière-petites-filles.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Gabriële
Anne et Claire Berest
Éditions Stock
Roman
450 p., 21,50 €
EAN : 9782234080324
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris ainsi qu’à Étival dans le Jura, à Moret-sur-Loing, à Versailles, à Cassis et Saint-Tropez, mais aussi à New York, Berlin, Lausanne, Bex, Gstaad, Zurich, Barcelone.

Quand?
L’action se situe au début du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Ce que j’en pense
Ce beau roman est d’abord une histoire de famille. D’abord l’histoire de deux sœurs, Anne et Claire Berest, qui jusque-là suivaient des trajectoires individuelles. Après avoir chacune publié des romans, elles se sont retrouvées autour de ce projet. Ensuite l’histoire d’une mère qui ne «parlait jamais de son père, ni de ses grands-parents», laissant la part belle à sa mère qui a échappé aux camps de la mort, contrairement à sa famille. C’est enfin l’histoire d’une arrière-grand-mère morte de vieillesse en 1985, à l’âge de 104 ans.
«Nous ne sommes pas allées à l’enterrement de cette femme, pour la simple et bonne raison que nous ne connaissions pas son existence» expliquent les deux sœurs dans leur avant-propos, avant d’ajouter que de longues années se sont écoulées avant qu’elles ne s’attaquent à ce pan de leur généalogie : « Nous nous sommes alors lancées dans la reconstitution de la vie de Gabriële Buffet, théoricienne de l’art visionnaire, femme de Francis Picabia, maîtresse de Marcel Duchamp, amie intime d’Apollinaire. Nous avons écrit ce livre à quatre mains, en espérant qu’il y aurait du beau dans ce bizarre. Nous avons tenté une expérience d’écriture en tressant nos mots les uns avec les autres, pour qu’il n’existe plus qu’une seule voix entre nous. » Le résultat est plutôt réussi, car les romancières ont pu puiser dans une abondante documentation et confronter leur ressenti à des lettres, témoignages, écrits et œuvres qui sont autant d’indices, autant d’histoires habilement mises en scène, à commencer par la rencontre entre cette jeune femme au caractère bien trempé et cet artiste insouciant, passionné de belles voitures. Autour de la table familiale, elle jouera l’indifférente et niera même l’intérêt qu’elle porte à ce «rastaquouère» invité par son frère, avant de céder à la belle énergie et à l’enthousiasme de Picabia.
Au lieu de retourner à Berlin où l’attend son maître de musique qui a entrevu dans ses premières compositions le potentiel de son élève, elle choisit la vie de bohème, les voyages-surprise et les fêtes de Francis. C’est que, derrière ces enfantillages, elle a repéré le potentiel révolutionnaire de ses œuvres. Un potentiel qu’elle veut faire éclater, qu’elle entend aussi expliquer. Théoricienne de cet avant-garde, elle va endosser sa mission corps et âme. Pourtant « jamais Gabriële ne parlera d’amour. Jamais elle ne dira: je l’aimais et il m’aimait. Ce qui se passe entre eux est un face-à-face d’où jaillissent la pensée et la création, c’est le début d’une infinie conversation, au sens étymologique du terme, aller et venir sur une même rivière, dans un même pays. »
Leur mariage est avant tout une association au service de l’art qu’il vont partager et défendre, lui avec sa folie, elle avec sa raison. Mais l’exclusivité de cet engagement aura son prix. Ainsi, les enfants qui vont naître les uns après les autres sont plutôt considérés comme des obstacles qu’il faut écarter et mettre en pension en Suisse. Si Gabriële ira de temps en temps leur rendre visite, Francis préférera la compagnie de ses amis et maîtresses. Des écarts qu’il avouera à celle qui lui est indispensable et qui donnera lui à quelques scènes d’anthologie comme cette convocation de Germaine Everling afin qu’elle vienne loger chez eux, peut-être aussi pour qu’elle puisse la surveiller ou encore cet autre écart avec Charlotte Gregori dans un grand hôtel qui entraînera une poursuite menée par le mari cocu arme à la main.
À vrai dire, Gabriële n’est pas en reste. Elle entraînera Marcel Duchamp dans leur maison de famille d’Étival dans le Jura, retrouvera Apollinaire au retour de la Guerre et cherchera à mettre tous ces artistes en avant en créant sa propre galerie d’art. Quelquefois les deux romancières viendront interrompre leur narration pour souligner un point litigieux, s’interroger sur la réalité d’un épisode et nous faisant par la même occasion partager leur travail de rédaction.
Seul bémol, ce beau portrait s’achève un peu brutalement, comme si la mort de Picabia en 1953 avait tari l’inspiration des romancières. On aurait pourtant aimé en savoir plus sur ses relations avec Elsa Schiaparelli, Calder, Arp, Brancusi. Sur sa tranche de vie partagée avec Igor Stravinsky, sur son rôle aux côtés de Samuel Beckett durant la résistance.
Autres critiques
Babelio 
Libération (portrait des deux sœurs) Première partie / Seconde partie
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Lire par Elora 
Blog A Domi-Mots


Anne et Claire Berest présentent «Gabriële» © Production Hachette Littérature

Les premières pages du livre

Extrait
« Le peintre au visage rastaquouère s’excuse de leur avoir volé leur cher Jean. Il en profite pour capter le regard de la demoiselle de la maison. C’est pour elle que Francis Picabia est venu à Versailles. Depuis que Jean lui a parlé de sa sœur, il est obsédé à l’idée de la rencontrer. Cette fille compositrice, qui vit seule à Berlin, l’inspire tout particulièrement. Pour s’en approcher, il est prêt à forcer l’amitié de Jean, prêt à le raccompagner chez lui en voiture, tout cela dans l’unique but d’être invité à partager le déjeuner familial. Enfin en sa présence, il cherche une connivence, une entente secrète, il veut savoir ce qu’elle a dans le ventre, cette fille libre, mais Gabriële évite, elle ne veut pas entrer dans le jeu, elle ne veut pas être sympathique, elle donne des réponses évasives… »

À propos de l’auteur
Claire Berest publie son premier roman, Mikado, à 27 ans. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La Lutte des classes, pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale, et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs, sorti en poche en 2015.
Avant de devenir écrivain, Anne Berest a dirigé la revue du Théâtre du Rond-Point. Elle publie son premier roman en 2010, La Fille de son père. Suivent Les Patriarches (Grasset, 2012), Sagan 1954 (Stock, 2014) et Recherche femme parfaite (Grasset, 2015). Elle est aussi le co-auteur du best-seller How to be Parisian wherever you are, traduit dans plus de trente-cinq langues. (Source : Éditions Stock)

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    RLN2017

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L’été en poche (30)

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Ahlam

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En 2 mots
Un peintre célèbre s’installe en Tunisie et se lie avec une famille à laquelle il apporte aide et savoir. Mais Ahlam et son frère Issam vont suivre deux voies opposées.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Thierry Clermont (Le Figaro)
« Inséparables, les deux enfants de Farhat prennent des chemins différents. Tandis qu’Ahlam, amoureuse de Paul, de 20 ans son aîné, choisit la voie de l’émancipation, son frère Issam se radicalise au contact des fondamentalistes. Le roman, particulièrement bien documenté, décrit avec précision le phénomène de la fanatisation et le fonctionnement des cellules salafistes. »

Vidéo


Marc Trévidic présente son livre sur le plateau de La Grande Librairie. © Production La Grande Librairie

Maestro

BALAVOINE_Maestro

En deux mots
Jusqu’où peut conduire une passion pour Mozart ? Le culte que voue Cécile à ce musicien va transformer sa vie et mettre son couple en péril. Un premier roman qui est aussi une enquête fouillée.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Maestro
Cécile Balavoine
Éditions du Mercure de France
Roman
224 p., 17.80 €
EAN : 9782715245440
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et Azay-le-Rideau ainsi qu’en Autriche, à Salzbourg, Anif et Vienne, en Italie, à Brixen, Bolzano, Turin, Bologne, Sienne, Venise, Florence, Rome et Naples, et aux Etats-Unis, à New York et Miami, mais nous fait également voyager au gré des concerts, à Moscou, Tokyo, Sidney, La Haye, Berlin, Munich, Mannheim et Francfort ou Prague.

Quand?
L’action se situe des années 1980 à nos jours, avec de nombreuses réminiscences aux étapes qui ont jalonné la vie de Mozart.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est tant de joie, ces trois premiers accords qui font résonner toute ma chambre, les phrasés qui s’envolent, les triolets qui glissent et qui m’emportent avec eux au-delà du jardin, la partition bordée d’un liseré vert, baroque. Dessus, on lit le nom de Wolfgang Amadeus Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu’un seul et très long mot, dur à dire, pareil qu’Azay-le-Rideau. Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare. À neuf ans, Cécile découvre la musique de Mozart, et c’est une révélation. Certains enfants s’inventent des amis imaginaires, d’autres vouent un culte à des personnages de fiction. Pour la petite Cécile, le plus grand des héros s’appelle Mozart ! Elle l’aime sans partage et comme un dieu.
Devenue journaliste, la passion de Cécile demeure intacte. Elle a désormais une connaissance intime de l’œuvre de Mozart. Le jour où elle doit interviewer un chef d’orchestre de renom, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Au bout du fil, la voix du maestro la trouble comme l’avait troublée et envoûtée la musique de Mozart des années auparavant… Mais tombe-t-on amoureuse d’une voix, fût-elle celle d’un grand maestro ?

Ce que j’en pense
Ma mère a souvent raconté cette anecdote dans les repas de famille. J’avais cinq ans et je me précipitais vers elle avec une feuille de papier et un crayon en criant «atiq, atiq». Si ce n’est que bien plus tard qu’elle a compris que j’avais la volonté d’écrire des articles et encore bien d’autres années plus tard que je suis devenu journaliste, c’est bien à ce moment qu’est née ma vocation.
Si je raconte cette anecdote, c’est pour expliquer combien la passion de Cécile pour Mozart, qui naît à neuf ans, est crédible. Que si les enseignants se plaignent aujourd’hui que la plupart de leurs élèves n’ont guère d’idée sur la profession qu’ils veulent embrasser, il y a aussi ceux qui très tôt n’ont plus qu’une seule idée en tête.
Voilà donc Cécile littéralement amoureuse de Mozart au point de commencer à rassembler toute la documentation qu’elle peut trouver sur le musicien, à collectionner les partitions, les enregistrements, à vouloir mettre ses pas dans ceux de son idole.
Il lui faudra supplier son père de prendre la direction de Salzbourg pour les vacances, il lui faudra passer des heures devant son piano pour tenter de retrouver les mélodies qu’il a écrites, car sa voix lui fait défaut au moment de vouloir intégrer une école de chant. Quand d’autres jeunes filles trouvent leurs idoles chez les rockers, Cécile tapisse sa chambre de portraits de Mozart et de cartes de l’Europe indiquant les lieux qu’il a traversé.
Des années plus tard, elle ira étudier à Salzbourg et, tout en apprenant l’allemand, pourra explorer la ville et tous les alentours.
Pour son premier roman, Cécile Balavoine sait trouver le ton juste pour décrire les émois de la jeune fille, la pureté quasi religieuse de son engagement. Il n’est besoin que de l’accompagner dans les escaliers de la maison natale de Wolfgang Amadeus pour s’en persuader. En passant, l’auteur nous offre le fruit de toutes ses recherches, des détails biographiques au parcours des œuvres, des voyages du jeune prodige aux interprètes actuels. Aussi, c’est tout à fait naturellement qu’elle va vouloir faire la connaissance du Maestro qui donne son titre au livre.
Après avoir rédigé un guide touristique sur Salzbourg, on va lui proposer d’autres collaborations. Par exemple, de réaliser un entretien avec le grand chef d’orchestre. Un virtuose qui ne peut que l’éblouir. Cécile va se donner à cet homme qui sait si bien mettre en musique sa passion, laissant à son mari quelques miettes.
Nous voici arrivés à l’autre grande question qui parcourt ce beau roman céleste et tellurique : quel est le revers d’une médaille aussi brillante, sans cesse polie et repolie ? Quand on parle de passion dévorante, on pense d’abord à la passion, mais peut à la caractéristique dévorante. Si Cécile la narratrice tend aussi à l’oublier, Cécile l’auteure ne l’oublie pas, ajoutant une belle densité dramatique à cette somptueuse quête.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
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Autres critiques
Babelio
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Blog Le monde de Mirontaine 
Les premières pages du livre 

Extrait
« Un jour, alors que je suis seule à la maison, peut-être qu’ils sont sortis tous les trois pour une promenade, je fouille dans la bibliothèque, je trouve une biographie de Mozart. Personne ne l’a jamais ouverte. Les pages sont encore propres, elles sentent le papier neuf. Peut-être qu’on l’a achetée pour moi. C’est une édition rouge, en cuir. L’auteur s’appelle Marcel Brion de l’Académie française. J’ai honte en lisant la préface où il raconte qu’il a bien hésité avant d’écrire son livre parce qu’On ne touche pas à Mozart. Parce que Mozart, c’est sacré. J’ai chaud dans la gorge, sur les joues, je voudrais disparaître, moi qui parle à Mozart, depuis l’été du film, qui pense à Lui et Le tutoie. Pourtant, Il est bien là, Mozart, assis sur le pupitre du piano, je Le sens, je Le devine. Marcel Brion de l’Académie française ne le sait peut-être pas : Mozart vit dans ma chambre. »

A propos de l’auteur
Après l’Autriche, l’Allemagne puis New York, où elle a vécu et enseigné pendant dix ans (New York University et Columbia University), Cécile a retrouvé la France pour devenir journaliste. Elle écrit pour Air France Magazine, Voyages d’Affaires ou encore IDEAT et enseigne à Columbia University in Paris, Smith College et Sciences Po Paris. Ce printemps, elle publie son premier roman, Maestro ainsi qu’une anthologie, Le goût du piano, aux éditions du Mercure de France. (Source : cecilebalavoine.com)

Site internet de l’auteur 

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La sonate oubliée

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En deux mots
À trois siècles de distance, deux musiciennes vont se retrouver. Lionella, jeune Belge d’origine italienne va jouer la sonate écrite par Ada, orpheline vénitienne, élève de Vivaldi. Leurs âmes vibrent avec la même passion et la même soif de liberté.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La sonate oubliée
Christiana Moreau
Éditions Préludes
Roman
256 p., 15,60 €
EAN: 9782253107811
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman est composé autour de deux centres névralgiques, l’un en Belgique, à Seraing et l’autre en Italie, à Venise.

Quand?
Si le roman est situé de nos jours, il revient souvent au XVIIIe siècle, époque où se déroulent les événements consignés dans un journal intime découvert dans une brocante.

Ce qu’en dit l’éditeur
À 17 ans, Lionella, d’origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu’au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et… une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d’Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l’Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel « le prêtre roux », Antonio Vivaldi, enseignait la musique à des âmes dévouées.
Entremêlant les époques avec brio, ce premier roman vibrant nous fait voyager à travers la Sérénissime, rencontrer l’un des plus grands compositeurs de musique baroque, et rend un hommage poignant à ces orphelines musiciennes, virtuoses et très réputées au XVIIIe siècle, enfermées pour toujours dans l’anonymat.

Ce que j’en pense
Christiana Moreau a choisi de nous offrir deux romans en un pour ses débuts en littérature. Elle va d’une part nous raconter le parcours de Lionella qui vit à Seraing, cité industrielle belge en reconversion et d’autre part nous plonger dans le quotidien d’Ada qui vivait à Venise au XVIIIe siècle.
La technique du document ancien retrouvé par hasard n’est certes pas nouvelle – on se souviendra par exemple de la carte au trésor de Rackham Le Rouge cachée dans le mât d’une maquette de la Licorne, également découverte par Tintin dans une brocante en Belgique – mais elle est crédible. Comme on le découvrira au fil du récit, les relations entre Venise et le Nord de l’Europe étaient alors intenses et ce type de manuscrit a très bien pu faire partie des bagages d’émissaires ou de commerçants reliant la Sérénissime à l’actuelle Belgique.
Lionella fait partie d’une famille d’origine italienne venue chercher dans ce pays de charbon et d’acier un avenir plus prospère. Enfant de la seconde, voire de la troisième génération d’immigrés, elle assiste à la transformation de la ville, après la fermeture des hauts-fourneaux. Comme nous l’apprend le quotidien La libre Belgique dans un joli jargon technocratique il s’agit désormais de « procéder à une requalification urbaine et à une rénovation, de manière notamment à créer des espaces tampons entre les zones d’activités économiques reconquises et l’habitat, aujourd’hui entremêlés. L’idée est aussi de détourner certaines voiries longeant la Meuse pour permettre un accès direct des entreprises au fleuve. » Mais bien entendu, entre le projet et les réalisations, entre les métiers d’avant et ceux de demain, l’ambiance est davantage à la crainte – mêlée d’un brin de nostalgie – plutôt qu’à l’optimisme.
Lionella a pour sa part choisi la musique pour s’en sortir. À en croire son professeur de violoncelle, une belle carrière s’ouvre à elle et le concours télévisé des jeunes talents doit lui permettre d’accélérer sa carrière. C’est Kevin, son ami et amoureux transi, qui va lui offrir le moyen d’épater le jury en dénichant une partition en italien parmi les vieilleries du marché aux puces. Il a, sans le savoir, mis la main sur une sonate oubliée et un journal intime.
En déchiffrant le précieux manuscrit Lionella découvre qu’il est l’œuvre d’Ada, une pensionnaire de l’ospedale della Pieta à Venise qui va aussi trouver dans la musique le moyen de s’évader. Au fil des chapitres, on va pouvoir suivre leurs deux histoires en parallèle. Ada va très vite assimiler les cours de son Maître, Vivaldi en personne, et se lancer dans la composition d’une sonate. Un engagement qui va aussi lui permettre de sortir de son couvent, puisqu’elle se voit confier les achats de fournitures auprès d’un prestigieux luthier. Elle va en profiter pour nous faire découvrir Venise et tomber dans les bras d’un jeune et noble admirateur. Parviendra-t-elle à s’enfuir avec lui ?
De son côté Lionella a franchi les présélections du concours Arpèges et décide de jouer la sonate d’Ada pour la finale. Mais cette œuvre oubliée sera-t-elle du goût du jury ?
Jouant avec les contrastes, mais aussi avec les liens entre les deux époques, Christiana Moreau parvient à maintenir la tension dramatique jusqu’à l’épilogue des deux histoires, à rapprocher au-delà des siècles les deux jeunes filles, éprises de musique et de liberté. Ainsi, ce qu’écrit Ada en 1723 aurait pu être tout aussi bien écrit par Lionella des centaines d’années plus tard : «La sensualité de la musique m’habite comme une fièvre nouvelle. Vivre la musique empêche de mourir. J’ai goûté cette évidence en cette année 1723. Quand j’ai glissé l’archet sur les cordes, une myriade de notes se sont mises à vibrer dans la salle d’étude. L’émotion était si forte que les yeux me piquaient, m’obligeant à fermer les paupières pour retenir mes larmes…
C’était comme si mon âme avait trouvé la clé qui ouvre sur l’enchantement. Mon âme et l’âme du violoncelle réunies. »

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Les premières pages du livre

Extrait
« Seul Kevin concevait sa passion. Il enviait cet engouement, fût-ce pour un instrument. Il adorait l’écouter jouer et pouvait rester assis des heures sans bouger dans un coin de la chambre tandis qu’elle exécutait sa partition. Lionella aimait le savoir là, admirateur silencieux. Kevin demeurait après toutes ces années son seul véritable ami. Familier et commode, bienveillant bien qu’un peu rustique, c’était un bon camarade sur lequel elle pouvait compter. »

A propos de l’auteur
Christiana Moreau est une artiste autodidacte belge, peintre et sculptrice. Elle vit à Seraing, dans la province de Liège. La Sonate oubliée est son premier roman. (Source : Éditions Préludes)

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