Elle voulait juste marcher tout droit

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En deux mots
Alice est placée en nourrice dans le Sud-Ouest de la France alors que la Seconde Guerre mondiale fait des ravages. Ce n’est qu’en 1946 qu’elle retrouve sa mère, de retour de déportation et commence à décrypter une histoire familiale qui la mènera de Paris à New York.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai vraiment beaucoup aimé)

Elle voulait juste marcher tout droit
Sarah Barukh
Éditions Albin Michel
Roman
432 p., 21,50 €
EAN : 9782226329769
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule en France, tout d’abord à Salies-de-Béarn, puis à Bénerville, Trouville, Villers-sur-Mer. Le seconde partie se passe à Paris, avant de prendre la direction des États-Unis, à New-York, Cape Cod et Boston. La guerre d’Espagne ainsi que le camp de concentration d’Auschwitz y sont également évoqués, tout comme un séjour à Budapest.

Quand?
L’action se situe de 1944 à 1947.

Ce qu’en dit l’éditeur
1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.
C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.
Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ? Avec une sensibilité infinie, Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire. Un premier roman magistral.

Ce que j’en pense
« En une semaine à peine, sa vie avait basculé. » Cette phrase, qui se trouve au milieu de ce beau et émouvant premier roman, aurait pu être utilisée à de multiples reprises, tant le destin de la petite Alice va connaître de bouleversements. Auprès de sa nourrice à Salies-de-Béarn, elle est à l’abri de la guerre, même si elle en perçoit les dangers. À l’école, elle se rend bien compte qu’elle est différente de ses copines qui ont un père et une mère. Si la stratégie du secret doit la protéger, comment une petite fille de cinq ans peut-elle se construire dans un contexte où même le fuyard qu’elle croise «n’existe pas», où le silence ne peut que la conforter dans son sentiment d’abandon. Il n’y a guère que son chaton baptisé Crème pour l’aider à supporter un quotidien aussi bizarre.
Mais c’est au moment où elle commençait à trouver ses marques qu’une dame arrive de Paris pour la chercher. Cette femme cadavérique, c’est Diane, sa mère qu’elle est obligée de suivre, comme le lui indique Mme Bajon, l’assistante sociale. À Paris, l’après-guerre est tout sauf joyeux. Les privations et souvenirs des exactions hantent les rescapés. Une fois encore, la petite fille se heurte au silence de sa mère et des juifs qui partagent l’appartement : « Katzele, ta mère a passé di tomps dans un endroit où y avait pli dé pourqva. C’était interdite. Kein Warum. Alors aujourd’vi, elle sait plis comment ripondre aux pourqva. »
Ce n’est que par bribes qu’elle comprend que la vie n’aura pas été facile, que des personnes restent portées disparues, que celles qui sont revenues sont marquées dans leur chair. Pour ressembler à sa mère, elle a un jour l’idée stupide de s’écrire un numéro sur le bras. Il lui arrive aussi de vouloir aider, pace que le «travail rend libre». Des initiatives qui choquent et font croître l’incompréhension. Peut-être qu’une prière pourra aider…
« S’il vous plaît, mon Dieu, faites que tout aille bien. Faites que ma maman m’aime. Faites que Monsieur Marcel retrouve ses filles et sa femme. Faites que mon père revienne, qu’il ne soit plus inconnu. S’il vous plaît mon Dieu, faites que l’on soit heureux et qu’on oublie la guerre. S’il vous plaît, mon Dieu, faites qu’on ait enfin une vie normale, que les choses arrêtent de changer tout le temps. »
Alice ne sera pas entendue, bien au contraire. Mme Bajon vient lui annoncer une heureuse nouvelle qui va à nouveau la déstabiliser : « Nous avons retrouvé ton père, il s’appelle Paul d’Arny, vit à New York avec le reste de sa famille, est marié à Ellen Hartfield, la fille d’un célèbre industriel spécialisé dans la boîte de conserve. »
La santé de sa mère ne cessant de se dégrader, la fille part pour New York où une nouvelle partie de son histoire l’attend…
Avec un vrai sens de l’intrigue Sarah Barukh cisèle un roman qui emporte le lecteur, à l’image de la Saga de Frank et Vautrin. Vadim, le frère de Paul d’Arny est comme
Boro, reporter photographe et croise lui aussi Robert Capa. On y retrouve aussi une quête semblable au Dernier des nôtres d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre. Souhaitons le même succès à ce premier roman que l’on placera sous l’exergue d’Honoré de Balzac. On comprend en effet très bien Alice, lorsqu’elle souligne cette phrase dans son exemplaire des Illusions perdues : « Les âmes grandes sont toujours disposées à faire une vertu d’un malheur ».

68 premières fois
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Autres critiques
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Extrait

A propos de l’auteur
Depuis l’enfance, Sarah Barukh a toujours aimé les histoires, celles qu’on lui contait ou celles qu’elle s’inventait. Elle a 36 ans, habite à Paris et a longtemps travaillé dans la communication, la production audiovisuelle et éditoriale. Elle voulait juste marcher tout droit est son premier roman. (Source : Éditions Albin Michel / Livres Hebdo)

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Nous, les passeurs

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En deux mots
Portrait d’un Juste, médecin interné en camp de concentration, par sa petite-fille qui découvre un pan de l’histoire familiale. Une quête chargée d’émotion, un témoignage bouleversant.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai vraiment beaucoup aimé)

Nous, les passeurs
Marie Barraud
Éditions Robert Laffont
Roman
198 p., 18 €
EAN : 9782221197905
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans la région bordelaise, à Talence, Bordeaux, ainsi qu’à Compiègne, puis en Allemagne, au camp de Neuengamme, à Lübeck et Hambourg.

Quand?
L’action se situe de nos jours, mais la quête de l’auteur remonte jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »
Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l’enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d’un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu’à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l’aviation britannique… Au terme d’un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les noeuds qui entravaient les liens familiaux.

Ce que j’en pense
Le hasard fait quelquefois bien les choses. Après avoir terminé la lecture de Outre-Mère de Dominique Costermans, retraçant la recherche généalogique menée par la petite-fille d’un collaborateur des nazis, j’ai commencé celle de ce récit retraçant un parcours assez semblable. Sauf que cette fois, c’est le portrait d’un Juste, d’un résistant mort après avoir enduré durant des années la vie en camp de concentration que nous livre sa petite-fille. De ce singulier téléscopage, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je relève d’abord des similitudes. Comme cette difficulté à dire les choses. Alors que l’elle aurait pu s’attendre à ce que l’on dresse un piédestal à ce héros, Marie se heurte à un mur de silence. Celui de sa grand-mère qui «jamais ne laissa échapper la douceur d’un seul souvenir», celui de son oncle et surtout celui érigé par son père, pour qui le sujet était tabou : « Parler d’Albert Barraud ou prononcer son nom, c’était accepter de voir le visage de mon père s’assombrir et son regard se noyer dans le vide. »
La seconde similitude tient à la psychogénéalogie. Partir à la recherche de son passé, essayer de cerner la vie de ses ancêtres est une entreprise périlleuse. Une quête qui tient souvent d’un besoin. Celui de comprendre, de se comprendre. Dominique Costermans aurait fort bien pu écrire aussi ces lignes: « Notre vie peut prendre chaque jour la forme de nos folies, mais elle reste, finalement, le prolongement des vies de ceux qui nous ont précédés. Qu’on le veuille ou non, nous venons compléter un cycle. Et je perçois aujourd’hui qu’ignorer ce qui fut avant nous, c’est perdre une partie de ce que nous sommes supposés devenir. Héros ou bourreaux, nos ancêtres nous transmettent bien plus que leur nom. »
Après la mort de sa grand-mère, après avoir arpenté de nombreuses fois la rue qui porte le nom de son grand-père sans connaître la raison de cet honneur, après s’être plusieurs fois heurté au déni paternel, Marie a fini par se voir confier un carton chargé de lettres, de photos. Des souvenirs qui ont attisé sa curiosité jusqu’à ce jour de novembre 2014 où elle décide d’entamer des recherches plus approfondies et parvient très vite à découvrir que son grand-père, médecin à l’hôpital Saint-André de bordeaux était un résistant très actif qui finit par être dénoncé. À la Kommandantur, l’intervention de son père, colonel, servira à lui faire éviter une exécution programmée. Il sera transféré à Compiègne, puis en camp de concentration à Neuengamme. Alors que son épouse et ses enfants espèrent qu’il réussira à tenir le coup et espèrent son retour, son statut de médecin lui permet d’obtenir un statut particulier. Il sera chargé de secourir ses compagnons d’infortune, au premier rangs desquels figure Roger Joly, l’un des rares hommes qui s’en sortira et apportera à Marie un témoignage aussi capital que poignant sur la vie dans le camp, sur la façon dont le médecin essayait de sauver le plus de monde, mais aussi sur les exactions commises par les nazis.
Et quand en avril 1945, les alliés se rapprochent, tous les prisonniers sont contraints de gagner la mer Baltique et d’embarquer par milliers sur des bateaux conçus pour quelques centaines de personnes tout au plus. L’aviation britannique enverra par le fond tous ces navires et provoquera la mort d’Albert Barraud, ajoutant une dimension tragique supplémentaire à son destin.
Mais l’histoire que Marie Barraud découvre et nous raconte avec pudeur et simplicité est aussi celle d’une famille qui a rendez-vous avec la vérité. Une vérité qu’elle ne voulait pas entendre jusque là. Les pages consacrées à son voyage avec son frère autant que la lettre de son père qui referme le livre m’ont ému aux larmes et confirmé combien l’auteur a réussi son entreprise : « J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »

68 premières fois
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
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Autres critiques
Babelio 
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Présentation du livre par l’auteur (Production Librairie Mollat)

Les premières pages du livre

À propos de l’auteur
Il y a des vocations que les générations d’une même famille se transmettent naturellement. Chez les Barraud c’est la médecine. Une seconde nature. Une raison de vivre. Pour Marie Barraud, il en sera autrement. Son instinct, sa grande sensibilité et son inépuisable détermination, elle va les mettre au service de l’art. Elle sera comédienne. Formée chez Michel Galabru puis Blanche Salant ou elle découvre Strasberg et Stanislavski, elle s’envole enfin pour New York ou elle intègre les cours de John Strasberg, fils du célèbre professeur. Elle grandit sur le terrain entre séries télé, programmes courts et cinéma mais c’est surtout au théâtre que cette amoureuse des mots trouve son épanouissement. Lorsqu’on l’écoute parler de son métier, on découvre que finalement elle aussi guérit, soulage et accompagne l’âme des spectateurs. Marie a donc hérité de cette fibre familiale et la plus grande preuve réside dans ce premier roman. Avec Nous, les passeurs (2017), elle a su apaiser les siens. (Source : Éditions Robert Laffont)

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Tant que dure ta colère

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En deux mots
Enquêtant sur la disparition de deux plongeurs au nord de la Suède, la procureure Rebecka Martinssson va mettre la main sur les assassins et ce faisant, découvrir un épisode resté enfoui de la Seconde guerre mondiale.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Tant que dure ta colère
Ǻsa Larsson
Albin Michel
Thriller
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
336 p., 20 €
ISBN: 9782226323996
Paru en septembre 2016

Où?
L’action se déroule au Nord de la Suède, dans la région de Kiruna, à Pirttilahti,Tervaskoski, Piilijärvi, Vittangi, Saarisuanto, Kurravaara, Fjällnäs, Puoltsa, Luleå ou Kilpisjärvivägen, Boden, Torneträsk, Sävast. Stockholm et Narvik sont également mentionnés.

Quand?
Ce roman se déroule de nos jours, mais revient sur des épisodes qui se sont déroulés durant la Seconde guerre mondiale et les années qui ont suivi, notamment en août 1943 et le 17 juin 1956.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le corps d’une femme repêché dans une rivière à la fonte des neiges au nord de la Suède. Une procureure au sommeil hanté par la vision d’une silhouette accusatrice.
Des rumeurs concernant la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand au-dessus de la région de Kiruna. Une population locale qui préfère ne pas se souvenir de sa collaboration avec les Nazis durant la guerre. Sur les rives battues par le vent d’un lac gelé rode un tueur prêt à tout pour que le passé reste enterré sous un demi-siècle de neige et de glace…
Un thriller psychologique complexe et plein de rebondissements. La nouvelle enquête de Rebecka Martinsson.

Ce que j’en pense
« Je me souviens comment nous sommes morts. Je me souviens et je sais. C’est ainsi désormais : je sais certaines choses même si je n’y étais pas. Mais je ne sais pas tout, loin de là. Il n’y a pas de règles. Les gens, par exemple : parfois ce sont des pièces ouvertes où je peux entrer. Parfois ils sont fermés. Le temps n’existe pas. Il est comme balayé. L’hiver est arrivé sans neige. Il a gelé dès septembre, mais la neige a tardé. C’était le 9 octobre. L’air était froid, le ciel très bleu. Un de ces jours qu’on aimerait verser dans un verre et boire. J’avais dix-sept ans. Si j’étais encore en vie, j’en aurais dix-huit aujourd’hui. Simon en avait presque dix-neuf. »
On l’aura compris. La première originalité de ce thriller est de confier la narration à l’une des victimes, Wilma Persson, partie plonger avec son ami Simon Kyrö au lac Vittangijärvi. Sportifs aguerris, ils ne craignent pas la couche de glace et creusent un trou pour partir à la recherche d’une épave: « Là-dessous, il y avait un avion. Et nous étions les seuls à la savoir. Du moins, c’est ce que nous pensions. »
À l’aide d’une porte, leur assassin va les empêcher de remonter et leur offrir une fin particulièrement atroce.
Plusieurs mois après le meurtre, l’esprit de Wilma «voit» les gens s’agiter : « Je regarde l’homme qui me trouve. Il vomit dans la neige fraîche. Il compose le 112 et se dit que jamais plus il ne boira l’eau de la rivière. »
L’enquête est confiée à la procureure Rebecka Martinssson et à l’inspecteur Anna-Maria Mella. L’appel à témoins n’ayant pas eu le résultat escompté, elles décident de se rendre sur les lieux, d’interroger tous les voisins – peu nombreux – ainsi que les membres de la famille et ne tardent pas à soupçonner les frères Krekula, dont la réputation va bien au-delà du cercle de la commune. Car Tore et Hjalmar sont les fils d’Isak, devenu subitement riche pendant la Seconde guerre mondiale avec son entreprise de transports. Et n’ont aucune envie que la police ne vienne mettre le nez dans leurs affaires. Mais leurs menaces auront l’effet contraire à celui escompté: « ils ont cherché à m’intimider parce qu’ils savent quelque chose ou sont mêlés à cette affaire »
S’ils sont peu nombreux, les témoignages vont petit à petit livrer des bribes d’histoires. Les deux plongeurs ne seraient-ils pas morts à cause de la cargaison que transportait cet avion ? Le couple de retraités sauvagement assassiné par des soi-disant rôdeurs a-t-il un lien avec les frères Krekula ? Entre trahison et collaboration, n’y a-t-il pas un règlement de comptes entre les mouvements de résistance et les soutiens au régime nazi ?
En creusant la personnalité de Hjalmar et Tore, en découvrant cet épisode de juin 1956 qui les a à jamais marqués, Rebecka va faire un grand pas vers la résolution de l’énigme, cachée derrière deux versets du livre de Job: « Oh ! si tu m’abritais dans le séjour des morts, si tu m’y cachais, tant que dure ta colère… »
Après Stieg Larsson et Lars Kepler, je vous propose de découvrir avec Ǻsa Larsson
une autre représentante, diablement efficace, du thriller scandinave.

Autres critiques
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L’Express (Sandra Benedetti)
Blog À propos de livres 

Les premières pages

À propos de l’auteur
Ǻsa Larsson a grandi à Kiruna, 145 km au-dessus du cercle polaire Arctique, où se déroulent ses romans. Avocate comme son héroïne, elle se consacre désormais à l’écriture. Les cinq tomes de la série autour de Rebecka Martinsson sont en cours de traduction dans 30 pays. (Source : Editions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur https://fr.wikipedia.org/wiki/Åsa_Larsson

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Vie de ma voisine

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Vie de ma voisine
Geneviève Brisac
Éditions Grasset
Roman
180 p., 14,50 €
EAN: 9782246858454
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et en banlieue, à Vincennes, Aubervilliers, Montreuil, Puteaux, Nanterre, Bobigny, Joinville ainsi qu’à Bordeaux, en passant par Berlin, Varsovie et Moscou, et les camps de déportation, de concentration et ceux du goulag : Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Buchenwald, Ravensbrück, Mauthausen, Auschwitz, Leitmeritz, Novaky, Majdanek. Des voyages à la Couarde sur l’île de Ré ainsi qu’en Grèce, Algérie et Italie y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action retrace une période allant de 1918 à 2016.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ça commence comme une nouvelle d’Alice Munro : lors de son déménagement, une romancière est abordée par sa voisine du dessus qui l’a reconnue, et l’invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo.
Ça continue comme un récit d’Isaac Babel. Car les parents de Jenny, la voisine née en 1925, étaient des Juifs polonais membres du Bund, immigrés en France un an avant sa naissance.
Mais c’est un livre de Geneviève Brisac, un « roman vrai » en forme de traversée du siècle : la vie à Paris dans les années 1930, la Révolution trahie à Moscou, l’Occupation – Jenny et son frère livrés à eux-mêmes après la rafle du Vel’ d’Hiv, la déportation des parents, la peur, la faim, les humiliations, et l’histoire d’une merveilleuse amitié. Le roman d’apprentissage d’une jeune institutrice douée d’une indomptable vitalité, que ni les deuils ni les tragédies ne parviendront à affaiblir.
Ça se termine à Moscou en 1992, dans la salle du tribunal où Staline fit condamner à mort les chefs de la révolution d’Octobre, par la rencontre improbable mais réelle entre des « zeks » rescapés du Goulag et une délégation de survivants des camps nazis.
À l’écoute de Jenny, Geneviève Brisac rend justice aux héros de notre temps, à celles et ceux qui, dans l’ombre, ont su garder vivant le goût de la fraternité et de l’utopie.

Ce que j’en pense
***
À l’heure où les témoins directs des atrocités commises par les nazis disparaissent, le nouveau roman de Geneviève Brisac vient nous offrir une nouvelle occasion de rafraîchir ce «devoir de mémoire» que nous devrions tous porter en nous. Car si le pire n’est jamais sûr, les exactions du pseudo État islamique sont là pour nous rappeler que la barbarie est bien loin d’avoir été éradiquée de notre planète.
Ajoutons que sous la plume de Geneviève Brisac ce témoignage est formidablement bien au mise en valeur. Grâce au scénario qu’elle nous propose, on se rend compte à la fois de la force et de l’actualité de ce thème, mais aussi de la fragilité et de l’urgence de retracer ces parcours de vie.
Tout commence lorsqu’elle croise sa nouvelle voisine. Cette dernière a reconnu l’écrivaine et souhaite lui parler de Charlotte Delbo (que Ghislaine Dunant a remis en lumière dans Charlotte Delbo, une vie retrouvée, couronné par le Prix Femina essai).
En grimpant les deux étages qui séparent la narratrice d’Eugénie, dite Jenny, dite Nini, la narratrice va toutefois en apprendre bien plus que quelques souvenirs, quelques échanges avec une rescapée des camps. « Je pense à la lumière et à la fraîcheur qui émane d’elle. » écrira-t-elle après avoir entendu la vieille dame (née en 1925) lui parler de sa vie et de celle de ses parents. Ce sont eux les vrais «héros» de ce court récit.
Rivka Rajsfus a quitté son village de Blendow en Pologne pour aller en Amérique, mais son rêve prendra fin prématurément. Elle aura cependant trouvé l’amour en route, en la personne de Nuchim Plocki. Le couple s’installe en France, veut œuvrer à changer le monde et ne croit pas vraiment à cette menace qui au fil des jours se fait pourtant plus précise. Même occupé, le pays des droits de l’homme doit pouvoir s’appuyer sur des principes, sur les valeurs figurant au fronton des mairies…
Il suffira qu’un policier, qui a vécu quelques temps sur leur palier, les livre à la police pour que tout bascule.
Arrêtée et internée, la famille n’imagine pas son destin. Mais au moment où on propose de libérer les enfants, le pire se précise. Vient alors cette scène aussi dramatique que superbe durant laquelle Rivka Rajsfus apprend à sa fille « en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante.»
Livrés à eux-mêmes les enfants vont réussir à regagner leur domicile et à s’en sortir. Les parents partiront vers Auschwitz. Nuchim Plocki est officiellement mort d’une crise cardiaque trois semaines après son arrivée, vers la fin août. Quant au destin de Rivka, il est incertain : «De ma mère, aucune trace. Rien.»
Même après des recherches auprès des autorités allemandes Jenny n’en saura pas plus. « Mes parents sont morts. Ils sont à mes côtés pour me donner le courage de vivre, c’est grâce à eux que je vis ici, dans cette cour, je peux compter sur eux. »
Un courage que Jenny trouvera d’une part auprès des livres, qui « sont les meilleures armes de la liberté. Et la liberté s’apprend. Dans une classe par exemple. Dans tes classes, dit une élève, on était libres de ne rien faire, et on travaillait comme des fous.»
Et d’autre part auprès des rescapés et de son engagement militant. Outre Charlotte Delbo, elle va aussi nous parler de Jean-René Chauvin et de Rudi Vrba, deux personnalités qui méritent aussi qu’on s’attarde un peu sur leur parcours. À leur côté, elle n’oubliera jamais de « poser les questions qui dérangent. Tout est là. Toujours. C’est l’essence de l’esprit d’enfance.»
C’est aussi la belle leçon de vie que nous offre Geneviève Brisac.

Autres critiques
Babelio
France Culture (La grande table entretien d’Olivia Gesbert avec l’auteur)
Blog Sur mes Brizées
Blog Encres vagabondes (Nadine Dutier)
Blog Tu vas t’abîmer les yeux 
Blog La Fée lit 

Les premières pages du livre

Extrait
« Un jour d’hiver, je trouve une enveloppe dans ma boîte aux lettres.
Cela me fait un plaisir immense, je ne reçois plus jamais de lettres. Dans ma boîte, la factrice glisse des injonctions, des factures, des impayés, des imprimés, mais de vraies lettres, jamais plus, et c’est triste.
Un papier quadrillé plié en quatre est glissé à l’intérieur de l’enveloppe : une phrase écrite au crayon, de grandes lettres calligraphiées, comme un message secret. Je vois cela comme l’étape minuscule d’une chasse au trésor dont le but m’est inconnu.
Les mots, mis au bout les uns des autres, disent ceci :
« La mort des nôtres, et nous n’y pouvons rien, nous a nourris, non pas de rancœur, non pas de haine, mais d’une énergie que rien ne pourra briser. » »

A propos de l’auteur
Geneviève Brisac est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Petite, Une année avec mon père et Dans les yeux des autres. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 
Site internet de l’auteur

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La zone d’intérêt

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La zone d’intérêt
Martin Amis
Calmann-Lévy
Roman
400 p., 21,50 €
ISBN: 9782702157275
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Pologne, dans un camp de concentration qui ressemble fort à Auschwitz, ainsi que dans les villes de Katowitz, Cracovie, Varsovie, L’Allemagne d’où viennent et où vont certains protagonistes est également présente avec Brême, Berlin, Munich, Dachau, Stutthof, Flossenburg, Sachsenhausen, Rossbach, Rosenheim et Bolzano, dans les Alpes italiennes, ainsi que certaines opérations de l’armée allemande, notamment en Irak, à Wilhelma, une colonie sur la route entre Jérusalem et Jaffa et à Amman.

Quand?
L’action se situe de 1933 à 1948.

Ce qu’en dit l’éditeur
DÉCOR : Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
PERSONNAGES : Paul Doll, le Commandant : bouff on vaniteux, lubrique, assoiffé d’ alcool et de mort. Hannah Doll, l’ épouse : canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle. Angelus Thomsen, l’ officier SS : arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons. Szmul, le chef du Sonderkommando : homme le plus triste du monde.
ACTION : La météorologie du coup de foudre ou comment faire basculer l’ordre dans un système allergique au désordre. Comment explorer à nouveau la Shoah sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? En nous dévoilant une histoire de marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis remporte brillamment ce pari. Une manière habile de caricaturer le mécanisme de l’horreur pour le rendre plus insoutenable encore.
«Inventif, terrible, provocateur, et tout comme le Guernica de Picasso, d’une beauté incongrue.» Herald Tribune
«Amis réinvente l’enfer sur terre. Un acte de courage exceptionnel.» The Sunday Times
«Un tour de force de virtuosité verbale, un roman brillant et bouleversant irrigué par une profonde curiosité morale pour le genre humain.» Richard Ford

Ce que j’en pense
***
En guise d’introduction, il n’est pas inutile de rappeler que la parution de ce vingtième roman de l’un des romanciers Anglais les plus adulés dans son pays a failli ne pas se faire, Gallimard – son éditeur traditionnel – ayant refusé l’ouvrage. C’est finalement Calmann-Lévy qui a accepté de proposer cette version française. Un choix judicieux à mon sens, même si cette une satire située dans un camp de concentration n’est pas d’un abord très facile. Le choix de parsemer le texte de nombreux mots allemands ne facilite pas la lecture, pas plus que la construction qui donne tour à tour la parole aux principaux protagonistes. Je vois d’abord l’intérêt de La zone d’intérêt, au-delà de la polémique sur son bien-fondé et ses qualités littéraires, dans la psychologie des personnages, leurs réflexions et leur quotidien. Car il ne s’agit plus ici de témoigner de l’horreur, mais de vivre la chose du point de vue des exécuteurs de ces basses œuvres.
Loin des Bienveillantes, on passe ici de l’incongru à la cruauté la plus extrême, de la froideur administrative à une romance très fleur bleue. Le choc que provoque cette confrontation donne mieux que des dizaines d’études et d’analyses historiques, l’image de la terrifiante réalité.
Prenons, pour ouvrir ce bal funeste, l’échange de correspondance entre le commandant du camp, Paul Doll, et la filiale d’IG Farben, chargé de la mise au point et de la fourniture du gaz pour les chambres de la mort. Dans son jargon administratif, la lettre qui suit prouve combien les juifs n’étaient plus considérés comme des humains, mais comme de la marchandise : « Très estimé commandant,
Le transport de 150 éléments féminins nous est parvenu en bonne condition. Cependant, nous n’avons pas réussi à obtenir des résultats concluants dans la mesure où ils ont succombé aux expériences. Nous vous demandons donc de nous renvoyer la même quantité au même tarif. »
Si le commandant hésite à répondre positivement à cette demande, ce n’est pas pour des raisons d’état d’âme, mais parce qu’il est pris entre le marteau et l’enclume : «D’un côté le Quartier Général de l’Administration Économique ne cesse de me harceler pour que je m’évertue à grossir les rangs de la main d’œuvre (destinée aux usines de munitions) ; de l’autre, le Département Central de la la Sécurité du Reich réclame l’élimination d’un nombre maximal d’évacués, pour d’évidentes raisons d’autodéfense (les Israélites constituant une 5e colonne de proportions intolérables). »
Szmul, le chef du Sonderkommando et ses hommes – les sonders – vont encore un peu plus loin dans l’abjection. Pour eux, il faut que « les choses se passent le mieux possible et vite, parce qu’ils ont hâte de fouiller dans les vêtements abandonnés et de renifler tout ce qu’il pourrait y avoir à boire ou à fumer. Voire à manger.» Puis « Ils accomplissent leurs tâches immondes avec l’indifférence la plus abrutie. » en arrachant les alliances et les boucles d’oreille ainsi que les dents en or, cisaillant les chevelures, broyant les cendres avant de les disperser dans la Vistule.
Alors que les uns dépérissent et meurent, les autres s’empiffrent, se divertissent et tombent amoureux.
L’officier SS Angelus Thomsen a, par exemple, jeté son dévolu sur Hannah, la femme de Doll, qu’il trouve trop belle pour son chef. A l’ombre des baraquements de la solution finale et dans l’odeur infeste des fours crématoires, il compte fleurette…
Apparemment, il n’y a pour lui aucune contradiction entre sa mission d’extermination et ses sentiments : «…liquider des vieillards et des enfants requiert d’autres forces et vertus : radicalisme, fanatisme, implacabilité, sévérité, dureté, froideur, impitoyabilité, und so weiter. Après tout (comme je me le dis souvent), il faut bien que quelqu’un se charge de la besogne. »
Hannah, qui ne supporte plus guère son mari, prend cette initiative pour une distraction bienvenue, même si elle pense qu’il lui faut tenir son rang et ne pas donner un mauvais exemple à ces deux filles.
La soif de conquête prendra-t-elle le pas sur la morale ? On comprend la dimension symbolique de cette question et on laissera le lecteur se faire son opinion.

Autres critiques
Babelio
BibliObs (avec interview de l’auteur)
L’Express
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Télérama (Nathalie Crom)
Marianne (Alexis Lacroix)
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Extrait
« Elle s’appelait Hannah – Mme Hannah Doll.
Au Club des officiers, engoncé dans un canapé en crin de cheval, parmi les gravures équestres et les statuettes équestres en laiton, buvant des tasses d’ersatz (du café pour cheval), je me confiais à mon ami de toujours Boris Eltz :
« En un éclair, je me suis senti rajeuni. C’était comme lorsqu’on est amoureux.
— Amoureux ?
— J’ai dit “comme lorsqu’on est amoureux”. Ne fais pas cette tête. Comme. Une sensation d’inévitable.
Vois-tu… Comme la naissance d’un long et merveilleux amour. Un amour romantique.
— L’impression de l’avoir toujours connue et tout le tintouin ? Vas-y. Rafraîchis ma mémoire.
— Eh bien… On vénère, et c’est douloureux. Très. On se sent très humble, on se sent indigne. Comme toi et Esther.
— Rien à voir. » Boris pointait son index sur moi.
« Pour ma part, c’est juste un sentiment paternel. Tu comprendras quand tu la verras.
— Quoi qu’il en soit… L’instant a passé et je… Et je me suis mis à imaginer à quoi elle ressemblerait sans ses vêtements.
— Ah, tu vois ! Moi, je ne me demande jamais à quoi Esther ressemblerait sans ses vêtements. Si ça arrivait, je serais horrifié. Je fermerais les yeux.
— Et fermerais-tu les yeux, Boris, devant Hannah Doll ?
— Hum. Qui aurait pensé que le Vieux Pochetron pouvait se dégoter une belle plante comme ça !
— Je sais. Incroyable.
— Le Vieux Pochetron. N’empêche, réfléchis. Je suis sûr qu’il a toujours été pochetron… mais il n’a pas toujours été vieux.»

A propos de l’auteur
Enfant terrible des lettres britanniques, Martin Amis s’est taillé une réputation de romancier sulfureux, passé maître dans l’art de questionner notre morale et les excès de l’Occident. Satiriste postmoderne, expert en usage de l’ironie, de l’humour et de la fantaisie, il est l’auteur de douze romans, sept essais et deux recueils de nouvelles. Le Times l’a désigné comme l’un des plus grands écrivains anglais depuis 1945. (Source : Editions Calmann-Lévy)

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