Le Nord du monde

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En deux mots:
Pour fuir l’homme chien qui la poursuit, la narratrice décide de prendre la route du Nord. On va la suivre jusqu’en Norvège, essayant d’oublier son traumatisme, faisant des rencontres improbables, volant un enfant et cherchant l’apaisement au bout de sa quête.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le Nord est un point cardinal

Nathalie Yot nous offre une quête étonnante pour ses débuts de romancière. Sa narratrice décide fuir l’homme qui la harcèle, sûre de trouver la paix en marchant vers le Nord. Une quête qui la conduira en Norvège et au bout d’elle-même.

Un rythme, une urgence, un besoin : dès les premières lignes de son court premier roman Nathalie Yot parvient à capter l’attention du lecteur. Avec des phrases courtes comme un halètement, on sent la narratrice cherchant à fuir cet «homme chien» qui la harcèle. Comme une sorte de besoin vital. Sans trop en savoir sur les véritables raisons qui la pousse à prendre la route, on va la suivre sur la route. Et dans sa conviction que la sécurité, la nouvelle vie est au Nord.
Commence alors une étrange quête parsemée de rencontres qui sont autant de points de repère dans l’initiation de cette femme. Monsieur Pierre lui fera faire un bout de chemin jusqu’à Lille et partagera quelques temps sa couche. Mais elle sent bien qu’elle n’est pas au bout du chemin. Laissant un petit mot d’adieu, elle poursuit vers la Belgique et les Pays-Bas.
Aux abords de Meerle, il lui faudra toutefois s’arrêter car l’état de ses pieds est inquiétant. Madame Flaisch viendra à son secours, l’hébergera dans sa ferme et la soignera. Elle va alors pouvoir reprendre son Odyssée, car elle entend «simplement s’installer dans la fuite». Elle arrive à Amsterdam où sa route va croiser celle de trois Polonais, Elan, Vince et Piotr avec lesquels elle se sent bien. Les semaines passent et le traumatisme s’éloigne grâce à ces trois partenaires: « Juste le sexe. La simplicité de la mécanique. Quand l’acte est terminé, on fait ralentir le cœur. On respire les effluves. On scrute notre peau, l’œil collé à l’épiderme, comme avec la Flaisch endormie. On écoute le plaisir qui se dissipe doucement, au rythme de l’avachissement. L’accalmie nous berce. On pourrait découper les secondes, on les sentirait quand même passer. Tous les jours, les mains. Tous les jours, les rires. On ne peut plus s’en passer. J’ai sauvage maintenant. J’ai sauvage. Dans cet échange sans promesse et sans certitude, la peur se retire dans mes flancs. Tout disparait dans le fatras charnel. » Tout irait pour le mieux si un enfant ne venait pas croiser sa route. Elle écrit alors très sobrement: «le 6 juin 1999 je vole un enfant». Désormais, c’est à d’eux qu’ils poursuivent leur rêve et partent en direction de la Norvège.
«Isaac connait ma détermination. Il dit que je cherche un secret. Tant que je n’aurai pas touché le mur du fond du Nord du monde, nous ne serons pas tranquilles.»
Je n’en dirai pas plus, ni sur les étapes qui suivent, ni sur leurs rencontres, ni surtout sur l’épilogue, car il faut bien ménager le suspense. Sachez toutefois que Nathalie Yot, artiste pluridisciplinaire, aime jouer avec les mots, avec les phrases et que la musicalité de son texte vous apparaîtra si vous prenez le temps de lire quelques pages à haute voix. Une musique envoûtante.

Le Nord du monde
Nathalie Yot
Éditions La contre allée
Roman
152 p., 16 €
EAN: 9782376650010
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis vers Lille avant de franchir la frontière vers le Nord, passant par Bruxelles, Anvers, Meerle, Amsterdam, Heerenween, Groningue. Passant par l’Allemagne, la route va ensuite au Danemark (Copenhague) en Suède (Göteborg) et en Norvège (Bergen, Trondheim). Le Nord du monde est situé entre Storslett et Straumfjord, du côté d’Elvenland. On y évoque aussi Nîmes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piotr, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. »

68 premières fois
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Blog L’ivresse littéraire

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Le Monde (Le feuilleton de Claro)
France Bleu Aquitaine (Jean Paul Brussac, Librairie Olympic à Bordeaux)
Livres Hebdo (Maïa Courtois)

Les premières pages du livre
« C’est courir qu’il faudrait. Avancer vite. Même si c’est vers le Nord. Même s’il fait froid pour tout dans le corps. Le Nord ira bien. Ira mieux. C’est plus sûr d’aller vers le Nord. Il ne pensera pas m’y chercher. Il sait que je n’irais jamais vers le Nord. Je n’ai ni les habits ni l’attirance. Il faut s’habiller pour le froid et être attirée par le Nord pour y aller. L’attirance ça peut venir. Mais je n’irais jamais vers le Nord sans les habits. L’homme le croira parce qu’il ne m’a jamais offert d’habits chauds. Comme un manteau. Il ne m’offrait que des chocolats. Dans le Nord il ne me retrouvera pas. Je vais courir. C’est mieux. Je sais que l’homme est derrière. Pas très loin. Il veut me parler et m’offrir quelque chose pour en finir.
Un cadeau de finissage. Peut-être un manteau. Je cours et l’eau coule de mes yeux. Pour lui. Pour l’homme. Je suis effrayée.
Je cours à mon allure qui est celle d’ un poulain trotteur. Il faut que je tienne longtemps. Je n’ai jamais couru comme ça, de manière aussi élastique. Si j’en avais le temps, je me filmerais, mais ce n’est pas le moment, pas l’endroit, on reporte. Mes chaussures ne sont pas des sabots. Ce ne sont pas non plus des chaussures pour le Nord, mais elles trottent. Elles m’emmènent dans des quartiers que je ne connais pas, déjà sur le périphérique et plus loin encore, après la ville, après les lumières. On dirait la campagne mais ce n’est pas elle. Sur le bas-côté, du gravier, parfois des arbres, des grues haut dans le ciel. Je comprends que ce sont des chantiers. La ville qui s’étire, s’étale, se déverse, vomit peu à peu sur les champs. Elle gagne du terrain, la ville. Autour de moi, ce soir, c’est évident. Elle s’élance. Je n’aurais pas cru ça d’elle.
Au bout de quelques heures, j’arrête le trot, je vais au pas, petits pas, puis c’est l’arrêt complet. Je ne peux plus avancer. Je crache. À chaque inspiration, j’ai l’impression que tout va s’arracher à l’intérieur. Je regarde derrière moi pour la première fois. L’homme n’est pas là. Il a pris du retard, cherche dans la mauvaise direction. L’homme, c’est un chien, pas un poulain. Un homme chien. Il me renifle, m’a toujours reniflée. Mon fumet, il le connait. Je sais qu’il peut me retrouver à l’odeur de mes chairs. L’aigre de ma peau. C’est un chien endurant, un chien qui ne lâche pas. Il avait ça, l’acharnement. Je n’en veux plus maintenant. Mauvais chien, sale bête.
L’homme chien va mettre du temps pour me rejoindre. Je me demande si je dois l’attendre. J’ai cette hésitation. Une hésitation qui fait des tours de manège. En finir ou courir encore. C’est dur les deux. Pour l’homme chien, ce ne doit pas être facile non plus. Il a terminé de m’aimer et veut une fin à sa manière, une fin qui dit qu’il ne m’aime plus mais que je ne dois pas partir dans le Nord. Il croit qu’on ne s’en va pas comme ça, en trottant. Il croit que je ne peux pas être sans lui. Mais il ne sait pas que j’invente. Il est à mes trousses et pense qu’il a raison de vouloir une fin gluante, alors que moi, je préfère aller vers le Nord, en trottant, sans les habits.
L’amour se coupe à la machette, d’un coup sec, alors les bords sont lisses. On dit faire les choses proprement, comme pour un meurtre. Propre, c’est toujours mieux. Faut réfléchir avant et pas regretter après. Quand c’est fait, c’est fait. Même si c’est dommage. Avec l’homme chien, on avait décidé que jamais la machette ne nous tomberait dessus. C’était se croire plus forts.
La nuit tombe sans m’attendre. Je suis avertie de la fin de la journée par le noir immense. Je n’ai plus qu’à l’admettre. Si le ciel ne s’était pas éteint, j’aurais couru encore. Fuir est un bon passe-temps. Le meilleur dans mon cas. J’aperçois quelques maisons éparpillées, qu’on dirait jetées au hasard sur la terre, de grosses lucioles au milieu de terrains vides. Il n’y a rien d’autre. Je cherche désespérément un arbre sous lequel je pourrais dormir, prendre du repos, me figurer un toit et recouvrer des forces pour la suite. Je trouve l’arbre. Je m’allonge. Je suis au sol. C’est presque bien. Le jour, on ne peut pas dormir à vue. On ne peut pas l’envisager. Alors que la nuit, on disparaot, on s’efface. Les yeux se ferment seuls.
Par contre, je pourrais plus facilement me faire agresser, tabasser, violer, couper en morceaux et jeter dans un fossé. Je fais semblant de ne pas y penser. Je vois les fenêtres allumées des maisons avoisinantes, il y en a trois, c’est rassurant. Trois carrés lumineux, cela suffit pour que la trouille se dissipe. »

Extrait
« Parfois, on se tait. Juste le sexe. La simplicité de la mécanique. Quand l’acte est terminé, on fait ralentir le cœur. On respire les effluves. On scrute notre peau, l’œil collé à l’épiderme, comme avec la Flaisch endormie. On écoute le plaisir qui se dissipe doucement, au rythme de l’avachissement. L’accalmie nous berce. On pourrait découper les secondes, on les sentirait quand même passer.
Tous les jours, les mains. Tous les jours, les rires. On ne peut plus s’en passer. J’ai sauvage maintenant. J’ai sauvage. Dans cet échange sans promesse et sans certitude, la peur se retire dans mes flancs. Tout disparait dans le fatras charnel. Je bloque le souvenir de l’exclusivité jusque dans l’irritation de mon col. »

À propos de l’auteur
Nathalie Yot est née à Strasbourg et vit à Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hétéroclite. Elle est diplômée de l’école d’architecture mais préfère se consacrer à la musique puis à l’écriture poétique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont légion. D’abord elle publie deux nouvelles érotiques Au Diable Vauvert (Prix Hémingway 2009 et 2010) sous le pseudonyme de NATYOT. Puis, avec la parution de D.I.R.E (Gros Textes, mai 2011), elle est invitée sur de multiples scènes en France comme à l’étranger pour lire ses textes. Plusieurs textes suivront, toujours chez Gros textes mais aussi chez Maelström pour une collaboration avec Charles Pennequin, ou encore aux éditions du Pédalo Ivre avec HotDog. (Source : Éditions La contre allée)

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Du sang sur la glace

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Du sang sur la glace
Jo Nesbø.
Gallimard Série noire
Thriller
154 p., 14,90 €
ISBN: 9782070145225
Paru en mars 2015

Où?
Ce roman est situé à Oslo, en Norvège.

Quand?
L’action est située il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.
Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo.
Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.
C’est la jeune épouse – infidèle – de son patron.
Et il est chargé de la tuer…

Ce que j’en pense
****

Comment peut-on éprouver de l’empathie pour un tueur à gages qui élimine tous ceux qui se mettent sur la route de son patron qui règne la prostitution puis le trafic de drogue à Oslo ? Voilà la question à laquelle vous ne couperez pas en ouvrant ce court polar qui fête à sa manière les 70 ans de la Série noire. Car Jo Nesbø oublie Harry Hole, l’inspecteur de la police d’Oslo qui était au cœur de ses précédents livres, pour une histoire plus noire. Un hommage aux maîtres du genre (Thompson, Goodis), en quelque sorte.
Au moment où débute le livre, Olav vient d’achever une mission et de laisser un nouveau cadavre sur le pavé. De la belle ouvrage, comme d’habitude. Aussi Daniel Hoffmann lui en confie directement un autre mandat, un peu particulier. Il s’agit cette fois d’éliminer son épouse, une belle plante qui le trompe apparemment.
Or, si le propre de ce genre de métier est de n’avoir aucun état d’âme, voici Olav en proie au doute. D’autant qu’il n’est pas insensible aux charmes de la maîtresse du patron. Bien entendu, c’est à partir de ce moment que les ennuis commencent et que le lecteur va de plus en plus se rapprocher d’Olav. Car il a les sbires de son ex-patron à ses trousses ainsi qu’une seconde équipe dont il comprend très vite les intentions. La course-poursuite commence et on imagine qu’elle ne sera pas de tout repos.
Si on entre très vite dans le roman et qu’on ne le lâche plus jusqu’à la fin, c’est que Jo Nesbø a trouvé le truc pour nous attraper : faire d’Olav le narrateur. C’est ce que donne au récit sa nervosité et comme pour les machines à café, cet arôme bien serré. La lecture idéale pour passer un passer un bon moment.

Autres critiques
Babelio
RTL («C’est à lire» de Bernard Poirette)
Quatre sans quatre
Blog Du Noir Du Polar
Blog Encres Vagabondes
Blog Le Bouquineur

Extrait
« Je ne sais pas exactement ce qui dans l’Angleterre fascinait ainsi Hoffmann, mais je sais qu’il y avait effectué un bref séjour d’études et en était rentré avec une valise pleine de costumes en tweed, d’ambition et d’affectations de langage en anglais d’Oxford avec accent norvégien. Mais sans diplôme ni connaissances, à part que c’est l’argent qui décide. Et que si l’on veut réussir dans les affaires, il faut miser là où la concurrence est la plus faible. Ce qui à l’époque, à Oslo, était le marché des putes. Je crois bel et bien que son analyse avait été aussi simpliste. Et Daniel Hoffmann avait compris que dans un marché gouverné par des charlatans, des imbéciles et des amateurs, même une médiocrité pouvait devenir altesse royale. La question était juste de savoir si l’on avait la flexibilité morale requise pour, au quotidien, recruter des jeunes femmes et les envoyer dans la prostitution. Et après s’être tâté un peu, Daniel Hoffmann avait conclu qu’il l’avait. Quand, quelques années plus tard, il s’était étendu au marché de l’héroïne, il était déjà un homme se considérant lui-même comme une réussite. Et comme le marché de l’héroïne à Oslo avait jusqu’alors été gouverné par des gens qui non seulement étaient des charlatans, des imbéciles et des amateurs, mais en outre des camés, et qu’il s’avéra que Hoffmann avait aussi la flexibilité morale d’envoyer de jeunes gens dans l’enfer de la drogue, ce fut un nouveau succès. » (p. 17)

A propos de l’auteur
Né à Oslo en 1960, Jo Nesbø a tout d’abord été journaliste économique avant de devenir auteur-compositeur-interprète du groupe de musique pop norvégien Di Derre très connu de 1993 à 1998. Il publie son premier roman et premier tome des aventures de Harry Hole, L’Homme Chauve-Souris en 1997 et obtient son premier grand succès en tant qu’auteur. Souvent comparé à Michael Connelly et son Harry Bosch, il est moins politiquement correct et Harry Hole dépasse souvent la ligne jaune aussi bien dans son métier que dans sa vie. Martin Scorcese devrait réaliser une adaptation cinématographique du Bonhomme de Neige (Série Noire Gallimard 2008). Police, toujours dans La Série Noire/Gallimard, le dernier opus des aventures de Hole fut un immense succès en 2014. (Source : Notice bio du site «Quatre sans quatre»)
Site Wikipédia de l’auteur

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