Ça raconte Sarah

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En deux mots:
Sarah croise le regard de la narratrice un soir de réveillon. Elle est immédiatement séduite par cette violoniste qui va devenir l’amour de sa vie. Une relation passionnelle, fusionnelle, unique jusqu’à… la rupture. Commence alors un long et douloureux chemin vers une autre vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Fragments d’un discours amoureux

Le premier roman de Pauline Delabroy-Allard un goût d’absolu. Couronné par le Prix du style 2018, il retrace l’histoire d’un amour passionnel entre deux femmes. Une histoire d’amour dont on sait qu’elle termine mal, en général.

Pauline Delabroy-Allard nous offre une sorte de bréviaire de la passion. Son roman serait déjà formidable s’il se limitait à nous raconter une histoire d’amour-passion entre la narratrice et Sarah. Mais la seconde partie du roman nous offre d’explorer le revers de la médaille et les émotions qui vont étreindre ce couple après leur séparation, jouant par la même occasion sur tout le clavier des sentiments. Des sentiments forts, très forts, transcrits avec une plume «habitée».
La chose commence de façon banale, lors d’une soirée de réveillon à laquelle la narratrice est invitée. Elle a la trentaine, a mis fin à sa relation avec un homme et vit désormais seule avec sa fille. On imagine qu’elle n’a guère envie de trouver un nouveau partenaire. Mais elle va tomber sous le charme d’une femme fantasque qu’elle nous décrit ainsi: «Elle est violoniste. Elle fume des cigarettes. Elle est trop maquillée, c’est encore pire quand on la regarde de près. Elle parle fort, rit beaucoup, est drôle à sa façon. Elle emploie des mots que je ne connais pas. Elle a un argot personnel. Elle s’amuse avec la langue, elle invente des expressions, elle fait des rimes pour le plaisir. Elle raconte des choses amusantes, des histoires pleines de rebondissements. Elle se plie de bonne grâce à mes demandes de précisions. Elle est vivante.»
Les deux femmes décident de se revoir et très vite l’amitié cède la place à l’amour. Une histoire d’amour qui va vitre prendre toute la place dans la vie de la narratrice. Jusqu’à l’obsession. Jusqu’à ces moments où on ressent un immense vide quand l’aimée n’est pas là. Jusqu’à ce qu’aucune seconde de son emploi du temps ne doive être consacrée qu’à autre chose qu’à cette femme merveilleuse. Sarah, tout Sarah, rien que Sarah. Tout au long du roman, comme une antienne, résonne alors ces fragments du discours amoureux: «Ça raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse. »
Les pages emplies de passion, de fièvre, d’absolu sont magnifiques. Elles rendent bien compte de la folie, de l’exacerbation qui brûle le corps et le cœur. Jusqu’à l’explosion. Car Sarah est comme le soufre, «de symbole S».
Viennent alors de pages tout aussi belles sur le manque, la douleur, le vide. Pour prendre ses distances avec Sarah, la narratrice fuit. Elle va s’installer à Trieste pour essayer de panser ses plaies, pour tenter de comprendre comment elle peut apprécier le doux soleil de l’Italie alors qu’elle est anéantie. Il y a du Duras et du Barthes dans ce roman qui marque au fer rouge

Ça raconte Sarah
Pauline Delabroy-Allard
Éditions de Minuit
Roman
192 p., 15 €
EAN: 9782707344755
Paru le 22 août 2018

Où?
La première partie du roman se déroule en France, principalement à Paris, la seconde principalement en Italie, à Trieste.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole: S. »

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
En attendant Nadeau (Robert Czarny)
Culturebox (Laurence Houot)
Télérama (Marine Landrot)
Libération (Frédérique Roussel)
Le Temps (Julien Burri)
Blog T Livres T Arts 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Loupbouquin
Blog Le domaine de Squirelito


Pauline Delabroy-Allard raconte son premier roman, Ça raconte Sarah © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Dans la pénombre de trois heures du matin, j’ouvre les yeux. Je meurs de chaud, mais je n’ose pas me lever pour ouvrir la fenêtre un peu plus grand. Je suis couchée dans son lit, dans cette chambre que je connais si bien, près de son corps enfin endormi après une longue lutte contre les angoisses qui mangent tout, la tête, le ventre, le cœur. Nous avions beaucoup parlé, pour les éloigner, les repousser aux frontières de la nuit, nous avions fait l’amour, j’avais caressé son corps pour l’apaiser.
J’avais laissé glisser ma main le long de ses épaules, puis le long de ses bras, je m’étais pelotonnée contre son dos et j’avais longuement pétri la chair tendre de ses fesses. J’avais guetté sa respiration, en attendant que le souffle court devienne léger, que les hoquets de larmes s’espacent, que la paix trouve enfin le chemin.
Il fait si chaud, dans cette pièce. Je voudrais bouger, un peu, sentir l’air sur mon visage. Mais son corps touche le mien, sa main est posée sur mon bras, et bouger risquerait de faire vaciller l’édifice que j’ai mis tant de temps à construire. Son sommeil est comme un château de sable. Un mouvement et ça se casse la gueule. Un mouvement et ses yeux s’ouvrent grand. Un mouvement et il faut tout recommencer. J’écoute le ronronnement de son souffle plein de sommeil, il me donne envie de rire de plaisir, d’une gaieté enfin retrouvée pour un instant.
Je voudrais suspendre la nuit et écouter ce bourdonnement pendant des heures et des heures, des jours et des jours, puisqu’un bourdonnement ça veut dire je vis, ça veut dire j’existe, ça veut dire je suis là. Et moi je suis là aussi, à côté.
Mon corps brûlant reste parfaitement immobile.
Si ne pas renverser le château de sable de son sommeil signifie mourir de chaud alors je veux bien mourir de chaud. Dehors, dans cette nuit grisâtre que je perçois par la fenêtre, les oiseaux chantent.
On dirait qu’ils sont mille, gazouillant à qui mieux mieux, fendant l’air dans tous les sens, comme les plus habiles des pilotes. Cette nuit de chaleur écrasante, c’est leur 14 Juillet à eux, ils font de la voltige aérienne et ils s’en donnent à cœur joie, inventant des figures toujours plus périlleuses. Dans les arbres lointains, des tourterelles banlieusardes saluent de leurs trilles stridents le tout petit matin qui pointe.
Je regarde leurs ombres filer contre le ciel sale. Je crève de chaud. J’attends.
Je tourne mon visage vers son corps figé, étendu sur le dos, parfaitement nu. Je détaille la finesse de ses chevilles, les os saillants de ses hanches, son ventre souple et le délié de ses bras, le rebondi de ses lèvres qui portent un sourire très léger. J’observe les meurtrissures de la maladie sur ce corps que j’aime tant, les petits points noirs du ventre piqué et piqué encore, la cicatrice près de l’aisselle, le trou sous la clavicule. Je regarde son visage tranquille, parfaitement tranquille, son menton fier, même dans le sommeil, ses joues veloutées, la ligne brusque et surprenante que forme son nez, ses paupières mauves enfin closes. Je regarde son crâne entièrement chauve. Dans la pénombre de trois heures du matin, je la regarde dormir.
Je ne parviens pas, dans cette nuit moite, à détacher mes yeux de son corps nu et de son crâne cireux. De son profil de morte. »

Extrait
« Elle est violoniste. Elle fume des cigarettes. Elle est trop maquillée, c’est encore pire quand on la regarde de près. Elle parle fort, rit beaucoup, est drôle à sa façon. Elle emploie des mots que je ne connais pas. Elle a un argot personnel. Elle s’amuse avec la langue, elle invente des expressions, elle fait des rimes pour le plaisir. Elle raconte des choses amusantes, des histoires pleines de rebondissements. Elle se plie de bonne grâce à mes demandes de précisions. Elle est vivante. Au cours de la conversation j’apprends qu’elle aime beaucoup jouer à des jeux de société, faire de la marche en montagne, chanter avec les gens qu’elle aime. Elle suit une psychanalyse depuis quelques années déjà. Elle se couche sur le divan. Elle trouve ça bizarre, de parler de soi dans un silence glaçant. Mais elle y retourne tout de même, elle pense que c’est important. Deux fois par semaine. Parfois trois. »

À propos de l’auteur
Pauline Delabroy-Allard est née en 1988. Fille de l’universitaire vernien et écrivain Jean Delabroy, elle a suivi des études de lettres classiques avant de devenir libraire, ouvreuse dans un cinéma puis documentaliste à 23 ans dans un lycée. En 2013, elle co-écrit un premier livre avec Kim Hullot-Guiot, La littérature expliquée aux matheux. Elle participe également à la revue en ligne En attendant Nadeau. Ça raconte Sarah est son premier roman. (Source : Éditions de Minuit / Prix du style 2018)

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Les nuits d’Ava

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En deux mots:
Alors qu’elle tourne à Rome, Ava Gardner s’offre une nuit un peu folle en compagnie d’un chef opérateur à qui elle va proposer un petit jeu: refaire en photo quelques toiles de nus célèbres. Des décennies plus tard, un passionné de la star hollywoodienne va tenter de retrouver les clichés. Une enquête exaltante, entre cinéma et beaux-arts.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

De l’origine à la fin du monde

Ce qui rend le nouveau roman de Thierry Froger aussi passionnant, c’est le savoureux mélange des genres qu’il nous propose, entre biographie romancée d’Ava Gardner, enquête menée comme un thriller et besoin pour le narrateur de retrouver l’affection et la considération de sa fille.

Et si le roman de Thierry Froger était plus proche de la réalité que les biographies – officielles ou non – d’Ava Gardner? En refermant ce délicieux roman, je ne suis pas loin de répondre par l’affirmative, parce que la magie de l’écriture nous fait prendre place aux côtés de la belle brune dans ses déambulations romaines, partager ses coups de folie et, à l’image du narrateur, nous rendre tous un peu amoureux.
Nous sommes à Rome en 1958. La MGM a choisi de quitter ses studios pour tourner La Maja nue dans une réalisation d’Henry Koster. Il s’agit du dernier film dû par l’actrice au studio et qui ne laissera pas de souvenir impérissable dans la carrière de l’actrice. Dans ses Mémoires, Ava écrira du reste que «La Maja nue, meilleur titre que bon film, n’a pas été ma contribution la plus mémorable à l’art du cinéma. Il s’agit d’une biographie assez insipide du grand peintre espagnol Francisco Goya. Je jouais la duchesse d’Albe, le modèle favori de Goya». Avant d’ajouter que ce film lui a permis de faire la connaissance de Giuseppe Rotunno «dont les couleurs superbes illuminent le film de bout en bout».

GARDNER_The-naked-Maja_AfficheThierry Froger imagine alors que, lassée de partager ses nuits avec Anthony Franciosa – qui interprétait le rôle de Goya – Ava décide une escapade avec le chef opérateur. Poursuivis par les paparazzis, leur virée nocturne va se terminer au petit matin par un petit jeu: Rotunno est chargé de reproduire quelques grandes toiles de nus célèbres, de «de rejouer la peinture en photographie». Tâche peu aisée pour les problèmes de cadrage qu’elle posait, mais ô combien stimulante pour «les attraits qu’elle proposait à ses yeux d’homme.» Voici donc les rouleaux de pellicule imprégnés des mises en scène de GOYA_la_maja_desnuda

La Maja desnuda de Goya,

TITIEN_La_venus_durbinode La Vénus d’Urbino du Titien,

VELASQUEZ_La_Venus_au_miroirde La Vénus au miroir de Vélasquez et de …

COURBET_la_naissance_du_mondeLa naissance du monde de Gustave Courbet!
Si l’alcool a désinhibé le photographe et son modèle, tous deux se rendent vite compte au réveil combien ces clichés sont explosifs. Ava fait promettre à Rotunno de les détruire, ce qu’il fera après avoir réalisé un tirage qu’il confiera à son modèle et avoir oublié un négatif dans sa chambre noire.
Jacques Pierre, le narrateur, délaisse alors ses travaux d’historien pour enquêter sur le sort des quatre clichés produits cette nuit-là. Il va alors nous entraîner d’un bout à l’autre de la planète, «de la MGM à Hughes, de Sinatra à Hoover, d’Hemingway à Castro» et constater «avec inquiétude le pouvoir vénéneux de ces images» car les convoitises qu’elles suscitent vont jusqu’à laisser quelques cadavres ici et là. Un thriller haletant qui va se doubler d’un rapprochement inattendu avec sa fille Rose. Car sa progéniture, qui vit à Rome avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle, accepte de l’aider dans sa quête. L’occasion aussi de constater que les errances du cœur ne sont pas réservées aux stars d’Hollywood.
Avec maestria l’auteur nous fait découvrir quelques épisodes fort intéressants de l’histoire de l’art, notamment la genèse de la toile la plus célèbre de Gustave Courbet, avant de raconter la vie rêvée d’Ava – je suis persuadé que vous adorerez l’épisode de sa rencontre avec Marylin Monroe – sans oublier de nous éclairer sur les motivations de cet enquêteur passionné qui deviendra «une sorte de spécialiste d’Ava Gardner, de sa vie et de ses légendes».
C’est enlevé, drôle, documenté et follement exaltant. Il n’y a effectivement «pas de plus belle quête que celle du chasseur sans proie, traquant l’ombre d’un doute, si ridiculement suspendue soit-elle aux petites lèvres d’Ava Gardner et aux forêts obscures comme des images.»

Les nuits d’Ava
Thierry Froger
Éditions Actes Sud
Roman
304 p., 20 €
EAN: 9782330108632
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule d’une part sur les traces d’Ava Gardner en Italie, à Rome et Naples, mais également à Madrid, Londres, Los Angeles, la Floride, Haïti ou encore à La Havane et d’autre part dans les pas du narrateur en France, à Arcis-sur-Aube, Paris, mais aussi à Nantes et Chalonnes-sur-Loire près d’Angers ou encore à Prondines dans le Massif central et à l’étranger, notamment à Charlotte, Raleigh et Smithfield en Caroline du Nord et à Punta Raisi et Palerme en Sicile.

Quand?
L’action se situe de 1958 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rome, août 1958. Ava Gardner s’ennuie sur un tournage. Hors champ, elle invente la dolce vita avant Fellini. Par une nuit arrosée, la star entraîne son chef opérateur, le timide Giuseppe Rotunno, dans une séance photo inspirée des grands nus de l’histoire de l’art. Dont un scandaleux tableau de Courbet… peint d’après photographie.
Les Nuits d’Ava raconte ce moment de bascule où Ava Gardner affronte l’érosion de sa propre image en s’adonnant à toutes les dérives. Et l’obsession parfois distraite d’un certain Jacques Pierre, historien fantasque, qui s’improvise détective sur les traces des quatre clichés produits cette nuit-là.
Avec une aisance joueuse et impertinente, Thierry Froger circule des cimes du glamour hollywoodien aux questionnements de l’adolescence provinciale, des vertiges de la gloire aux gouffres de la solitude, et slalome gracieusement entre les débats idéologiques agitant deux générations françaises et les coulisses crapuleuses du pouvoir américain des années 1950 à 1970.
Roman-tourbillon, enquête et rêverie, Les Nuits d’Ava orchestre une réflexion amusée et mélancolique sur notre rapport à l’image et aux icônes. On y explore les aléas de la construction et de la déconstruction de soi, l’invention de l’histoire et de notre modernité. Le tout dans la légère sensation d’ivresse des amitiés naissantes.

« Je crois aimer les images par-dessus tout, qu’elles soient peintures, photographies, projections tremblantes sur un drap blanc. Je les aime minuscules ou grandes, vives ou fatiguées. Je les aime quand, cherchant à mieux les voir, j’ai l’impression qu’elles me regardent un bref instant avant de s’évanouir.
Car me ravissent plus que toute autre les images fantômes : celles entrevues en songe, celles des films non tournés ou brûlés, les tableaux volés ou bien voilés, les dessins effacés à la gomme, les chefs-d’œuvre inconnus, invisibles, les photographies perdues.
Je pense souvent à cette phrase de Pascal Quignard : “L’homme est celui à qui une image manque” et il me semble que Les Nuits d’Ava raconte cette histoire : un homme se met à la recherche d’une image manquante qu’il désire et qui l’effraie.
Embarqué dans cette quête des origines qu’il mène comme une enquête moins policière que rêveuse, le narrateur navigue à vue. Il est vite ballotté entre les époques et les continents, entre sa petite histoire et celle des grands de ce monde, entre ses souvenirs et ses fantasmes, en premier lieu desquels sa vieille obsession pour Ava Gardner. Celle-ci – ou plutôt l’image impossible de celle-ci – traverse tout le livre au fil des naufrages et des épiphanies. Elle nous interroge sur ce que nous voyons, croyons voir, ou voulons voir, puisque juste en-deçà et au-delà de l’image, il y a l’imaginaire – c’est-à-dire ce bref instant où Ava Gardner nous regarde avant de s’évanouir comme une apparition. » T. F

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Jacques Morice)
France Culture (Le réveil culturel – Tewfik Hakem)
Libération (Virginie Bloch-Lainé – entretien avec l’auteur)
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Le Temps (Jean-Bernard Vuillème)
Blog Loupbouquin
Blog Shangols 
Blog Les mots de la fin 
Blog Baz’Art 


Thierry Froger présente Les Nuits d’Ava © Production Actes Sud

INCIPIT
(Les premières pages du livre)
« Je crois avoir vu comme dans un songe cette voiture qui filait dans les rues désertes de Rome, vers quatre heures vingt du matin, poursuivie par les éclairs d’un cyclope. La Facel-Vega (ou la Ford Thunderbird) semblait rouler à l’aveugle et zigzaguait sur les pavés tièdes, éclairée par le gros œil circulaire et intermittent du flash Braun de deux paparazzi. Leur décapotable répétait le trajet erratique de la première voiture que conduisait Ava Gardner avec la grâce et l’inconscience des merveilleux pochards. À ses côtés, tout aussi ivre et néanmoins apeuré, l’acteur Anthony Franciosa bégayait mollement des lambeaux de prières qu’Ava Gardner ne pouvait entendre, hurlant et riant à chaque coup de volant qui faisait crisser le caoutchouc sur le basalte noir, les ailes de la voiture frôlant les murs comme on caresse et comme on griffe. Franciosa se cramponnait à son siège, tétanisé par l’alcool, la peur et les jurons d’Ava. Voyant dans le rétroviseur que les poursuivants ne perdaient pas de terrain, l’actrice a eu soudain l’intuition stratégique de les retarder en lançant par la fenêtre tout ce qui lui tombait sous la main, léchant imprudemment le volant et tirant de son sac des objets vite projetés en direction de la décapotable. Celle-ci a finalement ralenti, sans que ces pauvres projectiles en soient la cause, les deux photographes s’avisant de la plus grande vélocité de la Facel-Vega (ou de la Ford Thunderbird) ainsi que de la mauvaise tournure que pourrait prendre cette course poursuite nocturne où chacun semblait manquer de sang-froid et de lucidité dans la conduite des événements comme des véhicules. La voiture des paparazzi a fait un demi-tour soyeux sur une petite place au puits couvert et a parcouru le chemin inverse, non sans quelques haltes pour récupérer ici ou là les tendres dédicaces – ou ce qu’il en restait – que leur avait adressées Ava Gardner.
Le lendemain, le samedi 16 août 1958, l’actrice s’est réveillée avec un goût d’orange confite et d’oignon dans la bouche. Elle est sortie sur la terrasse de son appartement vers midi, vêtue d’un peignoir blanc, un verre de gin à la main pour réparer sa gueule de bois et la mauvaise conscience volatile qu’elle avait parfois. Elle a regardé un instant les adolescentes qui, en contrebas de son balcon, se faisaient photographier sur les marches qui montaient de la piazza di Spagna vers Trinità dei Monti: la plupart de ces jeunes filles imaginaient avec force et foi qu’elles ressemblaient à Audrey Hepburn dans Vacances romaines, imitant comme elles pouvaient son sourire espiègle et gracieux, agrandissant démesurément les yeux en prenant la pose. Rentrée dans l’appartement pour fuir la chaleur du milieu de journée, Ava Gardner a mis un disque de Frank Sinatra sur l’électrophone et a fait couler un bain d’eau froide pour réveiller son corps effacé. Cela faisait des mois qu’elle s’étourdissait . Rome avec le bonheur suffisant de croire qu’après ce tournage elle serait libre. On dit que la voix de Sinatra est de velours. »

Extraits
« Rotunno la regardait sans réussir à bien appréhender la folle étrangeté – et c’est probablement ce qui nous arrive à tous, deux ou trois fois peut-être au cours de notre vie misérable, quand nous sommes incapables de reconnaître l’inouï au moment où il surgit, condamnés ensuite à le traquer vainement dans la mémoire défaillante et complaisante, ce qui nous permet de tout inventer, y compris les possibilités de rêver et regretter sans fin ce qui s’est passé ou non. Il est difficile d’imaginer ce que pouvait penser Rotunno à quatre heures du matin, ivre et seul avec le plus bel animal du monde dont la peau nue débordait outrageusement d’une grande chemise blanche mal boutonnée. En ces circonstances et à sa place, sans doute aurais-je souhaité que cette nuit n’ait jamais existé – mais surtout qu’elle ne finisse pour rien au monde. » (p. 50-51)

« Devenu malgré moi une sorte de spécialiste d’Ava Gardner, de sa vie et de ses légendes, je commençais à être bien placé pour savoir qu’on racontait en général n’importe quoi sur son compte. Soucieux de ne pas trop m’égarer, j’essayais d’appliquer à mon enquête les méthodes rigoureuses de l’investigation scientifique… » (p. 109)

« Après six mois de recherches désordonnées que je qualifiais pompeusement d’enquête, j’avais désormais quelques certitudes. Hormis la grande Origine dérobée chez Rotunno et la petite Vénus au miroir dont je n’avais pas retrouvé la trace, il semblait que les images scandaleuses d’Ava Gardner avaient ricoché d’un bout à l’autre de la planète, changeant plusieurs fois de main, de la MGM à Hughes, de Sinatra à Hoover, d’Hemingway à Castro, et charriant dans leur sillage de nombreuses morts sans qu’aucun rapport de causalité ne puisse être formellement établi. Certains signes apparaissaient troublants cependant et il m’arrivait de considérer avec inquiétude le pouvoir vénéneux de ces images dont j’étais, à ma manière consentante, également la victime en y consacrant tout mon temps et une partie de l’héritage maternel. Je n’arrivais pas à démêler la cause de la conséquence, la conséquence du fortuit, le vrai du probable et le probable du fictif, tant je me méfiais de mon goût des rapprochements douteux qui me conduisaient à tirer une pelote par les cheveux comme on crible de balles ou d’aiguilles la gueule d’une belette dans une meule de foin. » (p. 241)

À propos de l’auteur
Thierry Froger, né en 1973, enseigne les arts plastiques. Son travail questionne les transports de l’image, ses fragilités et ses fantômes (réels ou imaginaires, cinématographiques ou historiques). En 2013, il publie un recueil de poèmes, Retards légendaires de la photographie, (Flammarion, prix Henri-Mondor de l’Académie française en 2014). Sauve qui peut (la révolution) est son premier roman, pour lequel il a reçu le Prix Envoyé par la Poste. (Source : Éditions Actes Sud)

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K.O.

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En deux mots:
Sitam n’a pas été gâté par la vie. Pauvre et malade, il essaie de s’accrocher au monde par la musique et la littérature. Avec la môme Capu l’espoir renaît, son nouvel amour, il va tenter de se construire un avenir loin de Paris et son lourd climat. Un premier roman au ton très original, au style inimitable.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’écrit

Hector Mathis. Retenez bien ce nom qui pourrait se révéler comme l’une des révélations de cette rentrée. Sur les pas d’un vagabond, il nous entraîne dans une odyssée dramatique et somptueuse.

Ce qui frappe d’abord à la découverte de ce premier roman, c’est le style, entre gouaille populaire et langue parlée, entre slam et néo-classique. Pour le coup, les libraires œuvrant pour le magazine PAGE m’ont sans doute pas beaucoup débattu avant de sélectionner ce livre pour leur Prix du style qui sera remis le 20 novembre prochain.
Hector Mathis choisit de nous entraîner sur les pas de Sitam, un jeune SDF, à qui il confie le soin de nous livrer sa vision du monde qui, on l’imagine, est loin d’être joyeuse. Aux côtés d’Archibald, toute sa fortune peut se résumer en quelques « conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »
Cependant, si ce nouveau Boudu n’est pas sauvé des eaux, il va aussi avoir droit à une rencontre déterminante pour son avenir, celle de la môme Capu avec laquelle il voit pouvoir regarder le ciel virer du gris au rose, partager son amour du jazz et de la littérature…
Mais le bonheur n’est que de courte durée, car un sombre climat s’installe dans la ville. « Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! » Et si l’on tient un peu à la vie, la meilleure des choses est de fuir ce chaos pour essayer de reconstruire quelque chose et oublier les chocs, les traumatismes passés.
Pour Sitam, le voyage vers les Pays-Bas est aussi un retour aux sources. Dans son pays natal, il trouve assez vite un emploi dans un restaurant et de nouvelles perspectives aux côtés de son collègue et ami Benji, amoureux transi de la patronne. Mais une fois encore, dès que le ciel se dégage un nouveau coup de tonnerre vient mettre à néant les efforts consentis. Un coup de tonnerre au goût de sang. « Moi, je me disais juste que la patronne c’était une dégueulasse, qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, du drame jusque dans la vie des autres et que comme ça elle était bien heureuse, parce que la mort maintenant c’était pour tout le monde et pas que pour elle… »
On the road again…
Reparti sur les routes pour se sauver de la mort, notre « héros » aussi tenter de se construire un avenir en alignant les mots et les phrases sur le papier, à essayer de transcender son voyage au bout de la nuit : « Je traquais mon roman, ma musique, partout, à travers les routes, dans la grisâtre, seul, avec Benji, sans lui. J’en avais trop. Fallait que j’écrive ! Que je m’y risque ! À jouer un air désagréable pour l’époque. À enfoncer la vingtaine ! À retenter l’enfance, cette infidèle. Ce corbillard d’imaginaire ! Fallait bien de la discipline pour préparer l’encéphale à fabriquer de la chair d’inconnu, des châteaux de boue, des viandes de chimères. »
Entre Céline et le Mars de Fritz Zorn, notamment pour la maladie qui ronge lentement Sita, Hector Mathis a su trouver sa propre voix. Une voix que nous ne sommes pas près d’oublier !

K.O.
Hector Mathis
Éditions Buchet-Chastel
Roman
202 p., 15 €
EAN : 9782283031483
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en banlieue avant un séjour aux Pays-Bas, à Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…
Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Livres Hebdo
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)


Hector Mathis présente K.O. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Me voilà bien seul, maintenant. Ici le froid dévore tout. Le vent flotte et la lumière s’épuise. Drôle de rempart au désenchantement, le domaine. Peut-il encore lutter ? Avec ses illusions, ses écorces qui se mêlent à la rouille pour faire juter l’imagination. J’aperçois le château au loin, taillé dans la colline, solide, attirant. Pas à pas je m’éloigne du chemin de terre sans le quitter des yeux. Je m’abandonne aux rêvasseries. Je pense à la musique, à la littérature, je n’ai plus que ça dans l’estomac. J’agite une pensée de fortune. Ça sera de plus en plus difficile pour ceux qui voudront se mettre à écrire. Ils se préparent une marelle sur des cendres. Écrire ou baver ! Même pas terminé le premier que je voudrais en entamer d’autres, des bouquins. Affamé que je suis. L’air du château me donne envie d’avaler les pages. Me goinfrer jusqu’à la nausée. Bouffées délirantes. Même malade, un œil sur le carreau, le reste qui menace de foutre le camp, j’en veux encore des paragraphes, caractère cinq, illisibles, à tout remplir, de mauvaise foi, de féeries puis de goudron fumant ! Du mot qui s’étale partout, qui grignote les pavés, les couvertures. Du mot qui coule, qui gueule, qui jouit jusqu’à la douleur. À tordre la fiction jusqu’au monde. Démence ! Les châteaux ça me dérègle complètement. Faut dire que celui-là c’est un surprenant. Dressé dans la nuit comme un pachyderme lithique. Ce que je suis bien, de l’autre côté du miroir… Dommage que je ne puisse pas dormir au château. Peu importe. Aux bordures du petit bois existe une cabane avec de quoi passer la nuit. Il s’y trouve des couvertures, un vieux matelas, et même une petite cheminée bricolée par le garde-chasse. Le tout est poussiéreux, humide mais habitable. Ici les autres n’auront jamais idée de chercher. Leur territoire s’étend jusqu’au moderne, jamais au-delà. Le fantastique leur est étranger. Je vérifie rapidement dans mes poches que j’ai bien la petite boîte. Je ne m’en sépare plus. C’est une petite boîte dont je dépends entièrement. La voilà, bien au fond de ma doublure. Je poursuis alors ma route. En m’approchant de la cabane j’entends grommeler. Une voix étonnamment placée. Tantôt fragile, puis volontaire, déterminée et à nouveau tremblante. Je recule de quelques pas pour mieux distinguer la petite cheminée. De la fumée s’en échappe. Ce n’est sûrement pas le garde-chasse, il joue aux cartes à cette heure-là. Ça fait bien longtemps qu’il ne s’aventure plus jusqu’à la cabane le soir, il n’a plus l’âge des marches nocturnes. Je tends l’oreille. Ça remue, ça grogne, ça tousse à l’intérieur. Ça glaviotte en claudiquant. Attention ! La nuit on croise d’étonnantes créatures. Des monstres hallucinés, bouffis de chagrin ou bien de colère. On n’est jamais assez méfiant avec eux. Même blessés ils restent tout entiers disposés au drame. Silence. Plus rien ne semble s’agiter. J’attends. J’ai peut-être affaire à un attentif. Toujours rien. Ah ! Voilà que j’entends vibrer quelques notes. Un souffle brut qui fait comme une mélodie. Ça ressemble à de la trompette. Ou bien du cornet. Non, c’est plus enroué, plus plaintif. C’est un saxophone, aucun doute. Quelqu’un joue, s’arrête, reprend du début, encore, et s’interrompt pour tousser, avant de recommencer. »

Extraits
« La modernité, quoi ! Les boiteux fascinent les rassasiés parce que ça fait bien de clamer que la vérité se trouve dans la misère, ça fait mieux, ça fait humble. Des croque-poussière il n’y en a bien sûr plus tellement, ils seront bientôt bourgeois comme les autres, grâce à la fin du langage. Les images sont beaucoup plus parlantes, immédiates, pathétiques, catégoriques. Supprimée la nuance ! À feu doux la littérature. Tout doucement carbonisée. Substituée par le discours intérieur, le livre qui ne dit plus rien, ni du monde ni de l’époque. Assis sur la seule chaise d’Archibald, j’observe la pièce. Des conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »

« Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! Éteins ça Capu, c’est à se foutre en l’air ! » La télévision se reprenait au jeu du direct. »

« Ça n’avait rien d’un roman, ça relevait plus du soliloque. Je m’en étais fait une idée de mon écriture! Une idée qui avait pris trop de place dans mon imagination. Me sauver de la mort avec ce pauvre torchon que je baladais dans un sac plastique ! Quel fou j’étais devenu. Je ne savais pas tenir une narration plus de deux pages. Je philosophais comme une espadrille et je voulais devenir romain ! Repeindre le ciel ce n’était pas pour moi. La musique c’était pour les autres. Les types du conservatoire. Moi je poussais la chansonnette, à peine. Je fredonnais. « C’est moi l’imposture. » »

À propos de l’auteur
Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Ecrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

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L’une et l’autre

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En deux mots:
Marc et Mélinda partent en voyage à Travers l’Europe pour réaliser un documentaire sur les lieux qui ont inspiré auteurs et réalisateurs. L’occasion de se remémorer quelques grandes œuvres et de redonner une nouvelle jeunesse à Mélinda.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La femme aux deux visages

Aimeriez-vous partager votre vie avec le sosie de Jane Fonda dans Les Félins? C’est ce bonheur qui est donné à Marc, médecin fou de cinéma.

François Cérésa nous attrappe dès les premières pages de ce roman qui se lit d’une traite avec une scène d’ouverture qui comporte tous les ingrédients du grand voyage qu’il va nous proposer à travers l’Europe et à travers le cinéma. Un long travelling nous permet d’entrer dans le Courtepaille de Cussy-les-Forges sur les pas de Marc, jeune médecin passionné de cinéma. La caméra suit alors Mélinda, la belle serveuse au moment où un client lui fait un croche-pied et qu’elle s’étale avec son plat.
La suite est un remake de L’homme qui tua Liberty Valance. Marc envoie son poing dans la figure du malotru et gagne les faveurs de la serveuse qui ressemble à Jane Fonda.
Depuis quelque 35 années se sont écoulées, Mélinda et Marc sont mariés et victimes de l’usure de leur vie de couple et de leur libido. Sauf qu’un soir de réveillon Marc a la surprise de re-découvrir sa femme: « Mélinda n’est plus Mélinda. C’est Mélinda jeune. Celle de la photo. Le sosie de Jane Fonda. Je me frotte les yeux. Un miracle ? Elle me dévisage en souriant. Ses yeux azur, sa peau lisse, son nez légèrement retroussé, ses dents aussi bien rangées que des perles. Elle a retrouvé l’éclat d’avant. » Et comme les enfants ont décidé de prendre leur envol, Marc d’inviter cette nouvelle Mélinda à la suivre dans son voyage à travers l’Europe. Car un producteur a accepté l’idée du documentaire qu’il lui a proposé sur les lieux qui ont inspiré écrivains et cinéastes.
Nous voilà donc partis sur les traces de Modiano à Annecy et Évian, découvrant qu’il n’y a pas de pension «Villa triste», mais bien une maison rococo en bord de lac qui aurait pu iinspirer l’écrivain. Voici du reste l’un des points forts de ce roman, à savoir sa filmographie. Tout au long des étapes proposées ici, les cinéphiles vont se régaler de nouveaux détails sur certains auteurs et réalisateurs. Outre cet homme qui tua Liberty Valance dont je vous ai déjà parlé, on y évoque aussi Les Félins, Le Parfum d’Yvonne, Le Genou de Claire, Vieille Canaille, Le Plus Beau Métier du Monde, Le Mépris, Portier de Nuit, Le Vice et la Vertu, Gilda, Et Dieu créa la femme, Franz, Un amour de Swann, Le Jour le plus long. L’occasion pour Marc de faire quelques rencontres mémorables et de retrouver quelquefois la «jeune» Mélinda.
Swi on sent un brin de nostalgie durant ce périple, «de joyeux fantômes nous frôlent et s’amusent à nos dépens. Ils questionnent le passé, le temps perdu. », c’est surtout l’humour de l’auteur que l’on apprécie au fil des pages, avec cette propension à retrouver une actrice ou un acteur derrière le visage d’une personne croisée dans un palace, au bord d’une piscine ou dans un restaurant. Et à propos de restaurant, les menus détaillés ici vous mettront l’eau à la bouche, car on passe de la bonne chair à la bonne chère en un tournemain.
Ajoutons que François Cérésa a trouvé une chute magistrale à son scénario, digne d’un thriller, histoire de vous convaincre à vous jeter sur le dernier opus de l’auteur de La femme aux cheveux rouges.

L’une et l’autre
François Cérésa
Éditions du Rocher
Roman
224 p., 17 €
EAN : 9782268096681
Paru le 7 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, à Cabourg, à Cussy-les-Forges, à Lyon, à Évian, à Annecy, à Val d’Isère, à l’île de Ré, à Saint-Clément-des-Baleines et à travers l’Europe, notamment à Naples et Capri, à Bruxelles, à Tabernas et à Vienne.

Quand?
L’action se situe de 1981 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sexagénaire fringuant, Marc est marié à Mélinda, à peine plus jeune que lui. Le couple, hier flamboyant et amoureux, semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile. Le désir s’est émoussé, le plaisir n’est plus une idée neuve. Mélinda a perdu de sa superbe, et Marc fait preuve en toute occasion d’un cynisme grinçant.
L’histoire d’amour touche-t-elle à sa fin ?
Soudain, un 31 décembre au soir, on sonne à la porte et, ô miracle, Mélinda apparaît telle qu’elle était à trente ans : le portrait de Jane Fonda dans Les Félins !

Les critiques
Babelio 
Paris-Match (Gilles Martin-Chauffier)
Putsch (Emmanuelle de Boysson – entretien avec l’auteur)
Le littéraire.com (Agathe de Lastyns)
Salon littéraire (Jacques Aboucaya)
Le blog de Gilles Pudlowski 
La Grande parade (Serge Bressan)
Le blog d’Isabelle Kévorkian 
Les chroniques d’Alfred Eibel 

Les premières pages du livre
« Cette année, on n’a pas fêté Noël le 25. Cela fait plus de trente ans qu’on fête Noël et que Noël ne nous fête pas. Je me comprends. De toute façon, Mélinda a décidé de fêter Noël le 31. Quand Mélinda a décidé quelque chose, on n’y revient pas. C’est comme ça et pas autrement. Et cela ne va pas en s’améliorant.
J’ai connu Mélinda en 1981. C’était au Courtepaille de Cussy-les-Forges, tout près d’Avallon, le deuxième restaurant Courtepaille créé après celui de Rouvray.
Je m’étais arrêté par hasard. Je me rendais à Lyon à un congrès de médecine, et j’avais décidé d’emprunter la Nationale 6 pour faire un arrêt à Saulieu, chez un chef dont on parlait beaucoup: Bernard Loiseau. En fait de Saulieu, je m’étais arrêté à Cussy-les-Forges. Si j’avais su, je n’aurais jamais joué le rôle de John Wayne dans L’homme qui ma Liberty Valance. Je m’explique.
C’était au mois de juillet. Mélinda avait trouvé un boulot de serveuse pour payer ses vacances en Croatie. La fille de gauche vivait en fonction de ses idées. Quand Melinda m’avait apporté une entrecôte, un indélicat lui avait fait un croche-pied. En la voyant s’étaler, il était parti d’un grand éclat de rire. Il n’était pas Liberty Valance, je ne suis pas l’homme qui tua Liberty Valance, mais comme John Wayne, j’avais dit: «C’était mon steak.»
Le type avait cessé de rire. Quand je lui ai mis mon poing dans la figure, une grosse partie du chemin était accomplie. Je veux dire la conquête de Melinda. C’était presque celle de l’Ouest, sauf que Mélinda est originaire du Sud, non loin d’Antibes. Le gérant avait rappliqué en courant, des clients étaient intervenus en ma faveur. J’avais aidé Mélinda à se relever et elle m’avait dit: «je vous remercie. Comment vous vous appelez? Marc.»
Elle avait hoché la tête. Le soir même, elle était dans mon lit à l’hôtel de la Poste. »

À propos de l’auteur
Journaliste et écrivain, François Cérésa dirige le mensuel Service littéraire après avoir été de longues années rédacteur en chef du Nouvel Observateur. Il a publié une trentaine de romans aussi bien historiques qu’intimistes, dont La Vénus aux fleurs (prix Paul-Léautaud), La femme aux cheveux rouges (prix Jean-Freustié) et Les amis de Céleste (prix Joseph Delteil). Il a reçu les prix Cabourg, Paul-Léautaud, Jean-Freustié, de la Littérature policière et Joseph-Delteil. Son dernier récit, Poupe, paru au Rocher en 2016, sélectionné pour le prix Essai Renaudot, a reçu le prix Louis Barthou de l’Académie française et le prix des Romancières. (Source : Éditions du Rocher)

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Mythomanie, mon amour

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En deux mots:
Voilà comment une rencontre fortuite entre un professeur de 39 ans et une étudiante de 20 ans va donner lieu à un superbe roman sur l’amour et sur tous les sentiments qu’il peut exacerber.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Mythomanie, mon amour

Un écrivain de 39 ans rencontre une étudiante de 20 ans. Mais leur belle histoire d’amour résistera-t-elle à l’épreuve du temps? D’autant que le soupçon s’installe…

« J’allais avoir trente-neuf ans quand j’ai rencontré l’étudiante à la Sorbonne, où j’avais pris l’habitude d’écrire – romancier égaré dans les prolongations de sa jeunesse. L’été finissait. Un look de jeune fille modèle bâillonnant une silhouette de dancefloor, cheveux châtains dépeignés, yeux verts, une saharienne beige sur des jambes hâlées, des tropéziennes grillageant ses chevilles, elle me précédait cet après-midi-là dans le hall de la bibliothèque. « Si elle me tient la porte, je lui parle, si elle ne me la tient pas, c’est qu’elle veut m’éviter ! », m’étais-je dit, sans réfléchir à l’absurdité d’une telle déduction, puisque, distraite, absorbée dans ses pensées, l’étudiante aurait pu ne pas me voir, et puisque, aussi bien, me tenir la porte aurait pu n’être qu’une simple politesse. » Dès les premières lignes de son nouveau roman, Philippe Vilain nous en livre les clés: il va nous raconter une histoire d’amour improbable, fruit du hasard, née grâce à une porte de bibliothèque.
Une histoire d’amour que leur écart d’âge rend précieuse, comme on le dit d’une grossesse qui arrive tard. Pour le narrateur, ce caractère particulier va le pousser à soigner précieusement cette relation, allant jusqu’à faire de la belle Emma Parker l’objet de toutes ses attentions, nous en dévoilant le caractère, les faits et gestes, les habitudes vestimentaires – la brindille mini jupée, la fashionista – et les goûts en matière littéraire – Nabokov (oui, l’auteur de Lolita) et Kundera (oui, l’auteur de L’insoutenable légèreté de l’être) ou encore automobile (la voiture rouge du titre).
S’il se rend pas compte combien elle préfère ne penser qu’à l’instant, « Elle m’aimait comme on aime à vingt ans, pour elle-même, non pour moi. » il va bien devoir lui aussi réviser ses plans à plus ou long terme. Car la belle étudiante annonce tout de go qu’elle souffre d’une grave maladie et que ses jours sont comptés. Nous voici, narrateur et lecteur, plein de compassion pour cette héroïne trop jeune et trop belle pour mourir.
« Pour la majorité des vivants qui ne connaissent pas la date de leur mort, le temps est une donnée abstraite, un sentiment vague d’une durée indéterminée qui ne nous fait éprouver aucune urgence: nous avons le temps; mais pas pour les autres, les malades, les condamnés, le temps est compté, l’avenir réduit à peau de chagrin, et chaque minute doit donner la preuve d’exister, chaque jour doit être un tourbillon, comme une fête. C’est la philosophie qu’Emma avait choisie pour vivre les jours qu’il lui restait. Elle voulait tout faire, tout voir, tout vivre; même dans son sommeil, elle s’agitait, pour ne pas rester inoccupée. Emma débordait d’énergie. Son insouciance me subjuguait. Il fallait qu’elle s’étourdisse. » Peu importe alors les doutes sur la solidité de leur union ou encore le regard des collègues, des parents, de la société. Seul compte leur bel amour.
C’est alors que tout va basculer. Emma Parker n’est qu’une mythomane. On comprend alors mieux pourquoi elle refusait qu’on l’accompagne à ses rendez-vous à l’hôpital. Avec subtilité et un sens aigu de la narration Philippe Vilain nous donne une admirable leçon sur les ficelles du roman. Pour peu que le lecteur adhère à la thèse qui lui est proposée, il se laisse aveugler. Il trouve Emma Parker merveilleuse avant de la trouver odieuse. Il trouve le narrateur suffisant, Don Juan un peu ridicule avant de compatir une fois la mythomanie découverte.
Dès lors, quelle issue donner à l’union? Partir? Rester? À vous de découvrir comment va se terminer ce roman qui explore tous les sentiments autour de l’amour, de la culpabilité à la jalousie, de l’aveuglement à la douleur, de la conquête à l’absence. N’hésitez pas à emprunter ces tourbillonnantes montagnes russes du sentiment, car le voyage en vaut la chandelle !

La Fille à la voiture rouge
Philippe Vilain
Éditions Grasset
Roman
252 p., 19 €
EAN : 9782246861324
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma Parker a vingt ans. Fille d’un diplomate américain, habituée des soirées de la jeunesse dorée, elle conduit une voiture rouge, porte une jupe rouge, brûle les feux rouges. Tout en elle est rouge d’insolence et d’ambition. Étudiante dans une université parisienne, elle rencontre le narrateur, un écrivain de près de deux fois son âge. Tout va très vite, tout est joyeux : ils s’aiment, ils sortent, ils marchent la nuit dans Paris…
Et tout change soudain, quand Emma apprend à l’écrivain qu’elle souffre d’une maladie peut-être fatale. Une nouvelle histoire d’amour commence, d’autant plus vive que la mort s’annonce. Mais qui est vraiment Emma Parker ? S’inspirant d’une aventure personnelle, Philippe Vilain, grand analyste du sentiment amoureux, donne dans ce roman prodigieusement virtuose une Surprise de l’amour contemporaine.

Les critiques
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Philosophie magazine (Alexandre Lacroix – entretien avec l’auteur)
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Philippe Vilain présente La Fille à la voiture rouge © Production Hachette France

Les premières pages du livre
« L’amour, moi qui ne cesse d’écrire sur l’amour, je me demande parfois si ce n’est pas l’amour qui m’écrit, en m’imposant ses histoires, ses hasards et ses romans, ses bonheurs et ses mensonges. J’allais avoir trente-neuf ans quand j’ai rencontré l’étudiante à la Sorbonne, où j’avais pris l’habitude d’écrire – romancier égaré dans les prolongations de sa jeunesse. L’été finissait. Un look de jeune fille modèle bâillonnant une silhouette de dancefloor, cheveux châtains dépeignés, yeux verts, une saharienne beige sur des jambes hâlées, des tropéziennes grillageant ses chevilles, elle me précédait cet après-midi-là dans le hall de la bibliothèque. « Si elle me tient la porte, je lui parle, si elle ne me la tient pas, c’est qu’elle veut m’éviter ! », m’étais-je dit, sans réfléchir à l’absurdité d’une telle déduction, puisque, distraite, absorbée dans ses pensées, l’étudiante aurait pu ne pas me voir, et puisque, aussi bien, me tenir la porte aurait pu n’être qu’une simple politesse. Je ne me serais sans doute pas posé de questions face à une femme de mon âge. L’étudiante devait avoir vingt ans, un peu plus, un peu moins, je ne savais pas : difficile d’évaluer l’âge que l’on a quitté depuis longtemps. J’ai oublié les mots que je bafouillais quand l’étudiante se retourna pour me tenir la porte, mais je me souviens de son sourire qui, pensais-je, approuvait ma démarche. Elle reprit son souffle dans les escaliers, avec un léger affolement dont je me persuadai d’être la cause, qui n’était sans doute pas plus intense que le mien, étouffé par l’expérience. Je précise les détails de cette rencontre parce que me fascine l’aléatoire de l’amour et qu’il m’amuse de penser combien notre histoire dépendit d’un geste qu’elle aurait pu ne pas faire, d’une phrase que j’aurais pu ne pas dire.
Cette porte vitrée, qui ouvre sur la bibliothèque de la Sorbonne, est désormais condamnée suite à d’importants travaux – curieuse issue pour celui qui, comme moi, aime donner du sens à son passé. Par la suite, cette porte a souvent hanté mes rêves. Parmi les plus spectaculaires que je me rappelle, il y a celui, assez drôle, où la poignée de cette porte me reste dans les mains et m’enferme dans la bibliothèque toute une nuit ; il y a aussi celui où la porte, instable, me tombe dessus quand je la tire vers moi. Mais il y a surtout le rêve de l’incendie, où une foule de jeunes gens en panique se pressent derrière la porte bloquée, aux vitres incassables ; de l’autre côté, j’aperçois l’étudiante, debout à côté d’un vélo, qui me fixe impassiblement, sans hurler, résignée, mais je ne peux rien pour elle. »

Extrait
« Pour la majorité des vivants qui ne connaissent pas la date de leur mort, le temps est une donnée abstraite, un sentiment vague d’une durée indéterminée qui ne nous fait éprouver aucune urgence: nous avons le temps; mais pas pour les autres, les malades, les condamnés, le temps est compté, l’avenir réduit à peau de chagrin, et chaque minute doit donner la preuve d’exister, chaque jour doit être un tourbillon, comme une fête. C’est la philosophie qu’Emma avait choisie pour vivre les jours qu’il lui restait. Elle voulait tout faire, tout voir, tout vivre; même dans son sommeil, elle s’agitait, pour ne pas rester inoccupée. Emma débordait d’énergie. Son insouciance me subjuguait. Il fallait qu’elle s’étourdisse. »

À propos de l’auteur
Philippe Vilain est romancier et essayiste. Il est l’auteur chez Grasset de plusieurs romans, Paris l’après-midi (2006), Pas son genre (2011, adapté au cinéma par Lucas Belvaux), La femme infidèle (prix Jean Freustié, 2013) et d’essais, comme La littérature sans idéal (2016). (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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la fille à la voiture rouge

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Philippe Vilain présente son roman ainsi: « La Fille à la voiture rouge est un roman d’amour, sur la différence d’âge dans le couple, l’illusion des sentiments. Un écrivain de trente-neuf ans rencontre une étudiante de vingt ans, Emma Parker, fille d’un diplomate américain, qui fréquente la jeunesse dorée parisienne et roule dans une magnifique Porsche rouge. C’est une mystérieuse jeune fille… Ce roman s’inspire d’une histoire personnelle. »

2. Parce que cette histoire d’amour est aussi et d’abord le roman de la mythomanie. Et si en amour on ment toujours, ici on est dans la pathologie. L’auteur estime même qu’ « Il y a quelque chose de fascinant chez le mythomane. »

3. Pour cet extrait: «Le tourbillon des émotions, les délires poétiques d’Emma, le tumulte menaçant dans lequel son malheur nous plongeait, l’étonnement permanent face à la grâce particulière des instants, l’exaltation de la surprise et de la mélancolie, le gisement de l’improbable et le surgissement de l’inconnu, me donnaient l’impression de vivre quelque chose d’irréel».

 

La Fille à la voiture rouge
Philippe Vilain
Éditions Grasset
Roman
252 p., 19 €
EAN : 9782246861324
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma Parker a vingt ans. Fille d’un diplomate américain, habituée des soirées de la jeunesse dorée, elle conduit une voiture rouge, porte une jupe rouge, brûle les feux rouges. Tout en elle est rouge d’insolence et d’ambition. Étudiante dans une université parisienne, elle rencontre le narrateur, un écrivain de près de deux fois son âge. Tout va très vite, tout est joyeux : ils s’aiment, ils sortent, ils marchent la nuit dans Paris…
Et tout change soudain, quand Emma apprend à l’écrivain qu’elle souffre d’une maladie peut-être fatale. Une nouvelle histoire d’amour commence, d’autant plus vive que la mort s’annonce. Mais qui est vraiment Emma Parker ? S’inspirant d’une aventure personnelle, Philippe Vilain, grand analyste du sentiment amoureux, donne dans ce roman prodigieusement virtuose une Surprise de l’amour contemporaine.

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Philippe Vilain présente La Fille à la voiture rouge © Production Hachette France

Les premières pages du livre
« L’amour, moi qui ne cesse d’écrire sur l’amour, je me demande parfois si ce n’est pas l’amour qui m’écrit, en m’imposant ses histoires, ses hasards et ses romans, ses bonheurs et ses mensonges. J’allais avoir trente-neuf ans quand j’ai rencontré l’étudiante à la Sorbonne, où j’avais pris l’habitude d’écrire – romancier égaré dans les prolongations de sa jeunesse. L’été finissait. Un look de jeune fille modèle bâillonnant une silhouette de dancefloor, cheveux châtains dépeignés, yeux verts, une saharienne beige sur des jambes hâlées, des tropéziennes grillageant ses chevilles, elle me précédait cet après-midi-là dans le hall de la bibliothèque. « Si elle me tient la porte, je lui parle, si elle ne me la tient pas, c’est qu’elle veut m’éviter ! », m’étais-je dit, sans réfléchir à l’absurdité d’une telle déduction, puisque, distraite, absorbée dans ses pensées, l’étudiante aurait pu ne pas me voir, et puisque, aussi bien, me tenir la porte aurait pu n’être qu’une simple politesse. Je ne me serais sans doute pas posé de questions face à une femme de mon âge. L’étudiante devait avoir vingt ans, un peu plus, un peu moins, je ne savais pas : difficile d’évaluer l’âge que l’on a quitté depuis longtemps. J’ai oublié les mots que je bafouillais quand l’étudiante se retourna pour me tenir la porte, mais je me souviens de son sourire qui, pensais-je, approuvait ma démarche. Elle reprit son souffle dans les escaliers, avec un léger affolement dont je me persuadai d’être la cause, qui n’était sans doute pas plus intense que le mien, étouffé par l’expérience. Je précise les détails de cette rencontre parce que me fascine l’aléatoire de l’amour et qu’il m’amuse de penser combien notre histoire dépendit d’un geste qu’elle aurait pu ne pas faire, d’une phrase que j’aurais pu ne pas dire.
Cette porte vitrée, qui ouvre sur la bibliothèque de la Sorbonne, est désormais condamnée suite à d’importants travaux – curieuse issue pour celui qui, comme moi, aime donner du sens à son passé. Par la suite, cette porte a souvent hanté mes rêves. Parmi les plus spectaculaires que je me rappelle, il y a celui, assez drôle, où la poignée de cette porte me reste dans les mains et m’enferme dans la bibliothèque toute une nuit ; il y a aussi celui où la porte, instable, me tombe dessus quand je la tire vers moi. Mais il y a surtout le rêve de l’incendie, où une foule de jeunes gens en panique se pressent derrière la porte bloquée, aux vitres incassables ; de l’autre côté, j’aperçois l’étudiante, debout à côté d’un vélo, qui me fixe impassiblement, sans hurler, résignée, mais je ne peux rien pour elle. »

Extrait
« Pour la majorité des vivants qui ne connaissent pas la date de leur mort, le temps est une donnée abstraite, un sentiment vague d’une durée indéterminée qui ne nous fait éprouver aucune urgence: nous avons le temps; mais pas pour les autres, les malades, les condamnés, le temps est compté, l’avenir réduit à peau de chagrin, et chaque minute doit donner la preuve d’exister, chaque jour doit être un tourbillon, comme une fête. C’est la philosophie qu’Emma avait choisie pour vivre les jours qu’il lui restait. Elle voulait tout faire, tout voir, tout vivre; même dans son sommeil, elle s’agitait, pour ne pas rester inoccupée. Emma débordait d’énergie. Son insouciance me subjuguait. Il fallait qu’elle s’étourdisse. »

À propos de l’auteur
Philippe Vilain est romancier et essayiste. Il est l’auteur chez Grasset de plusieurs romans, Paris l’après-midi (2006), Pas son genre (2011, adapté au cinéma par Lucas Belvaux), La femme infidèle (prix Jean Freustié, 2013) et d’essais, comme La littérature sans idéal (2016). (Source : Éditions Grasset)

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L’amour est une maladie ordinaire

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En deux mots:
Entre une chronique douce-amère teintée de fantastique sur la recherche de l’amour parfait et les errances d’un jeune homme à la recherche d’un avenir plus stable, voici un joli conte, souvent fort drôle et qui laissera pourtant des bleus à l’âme.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

L’amour est une maladie ordinaire
François Szabowski
Éditions Le Tripode
Roman
280 p., 17 €
EAN : 9782370551238
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule à Paris, on y déambule d’arrondissement en arrondissement.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Qui, dans sa vie, n’a pas rêvé de disparaître subitement pour laisser un souvenir impérissable ? Dans L’Amour est une maladie ordinaire, un homme succombe à ce dangereux fantasme. Parce qu’il refuse que l’amour ne soit pas éternel, parce qu’il ne supporte plus les ruptures et les histoires qui partent en déroute, il se voit régulièrement obligé, la mort dans l’âme, d’organiser son décès auprès des femmes qu’il aime. Pour le meilleur et pour le pire…

Ce que j’en pense
Quand François, le narrateur de ce joli roman, se rend compte que la relation qu’il entretient avec Marie est sublime, forcément sublime, il se rend par la même occasion compte que jamais plus il n’atteindra un tel degré de félicité. Qu’à partir de ce moment parfait, tout ne peut que se dégrader, conduire au mieux à une routine, à une vie de couple banale. Dès lors, il ne voit qu’une seule solution pour conserver cet amour parfait… mourir! Aussitôt dit, aussitôt fait. Il entraîne un sdf sur le pont neuf et simule une altercation avant de se jeter dans la Seine. S’il se réveille à l’hôpital Saint-Antoine, c’est qu’il est tombé sur un bateau-mouche qui passait par là et plus exactement sur une australienne obèse qui a amorti sa chute.
Si ce sauvetage le désespère, il lui offre aussi un répit propice à la réflexion. Au lieu de mourir, il n’a qu’à disparaître. Changer d’appartement et de quartier, modifier son look et faire croire à sa mort.
Une stratégie qui semble avoir davantage de succès. Sauf qu’il lui faut aussi abandonner ses piges au Parisien et renoncer à fréquenter certains quartiers, de peur de croiser Marie. Mais grâce à la complicité de son «demi-frère» Didier, des responsables d’une agence immobilière et d’un coup de chance – il se retrouve chroniqueur au Cotillon, journal chargé de la promotion des bars et lieux branchés de Paris – l’avenir s’éclaircit pour lui. Ses piges lui permettent non seulement de tenir le coup financièrement, elles lui offrent la possibilité de boire gratuitement et de faire de nouvelles rencontres. Il n’est bien entendu pas question de tomber à nouveau amoureux, car ce serait trahir Marie dont François essaie d’imaginer la vie sans lui et les souffrances qu’elle peut endurer.
Entre culpabilité et envie de s’émanciper de cette histoire, il va finir par s’engager dans une nouvelle relation. Avec une conclusion semblable, en finir avant qu’il ne soit trop tard! Sur le plan de Paris, il faut cocher de nouvelles zones à éviter (et à contrario le lecteur peut poursuivre son exploration de la capitale, arrondissement par arrondissement). Il faut à nouveau changer de look. Il faut encore une fois faire le mort.
C’est à ce moment que les choses vont commencer à se détraquer. À force de vouloir se rendre invisible, il ne va effectivement plus être reconnu et devenir littéralement transparent. Si la situation a quelques avantages – on peut se servir à la banque, s’habiller avec les vêtements les plus coûteux, elle aussi l’inconvénient majeur de restreindre la vie en société. Sans compter que, loin de s’améliorer, les choses vont empirer. C’est son corps qui petit à petit tend à s’effacer. Les mains puis le bras s’efface, sauf quand il touche les gens.
Si cette touche de fantastique peut sembler un peu trop fantaisiste aux lecteurs attachés au réalisme, elle ravira ceux qui n’ont rien oublié de leurs rêves d’enfant ou ceux pour lesquels la lecture du Passe-Muraille de Marcel Aymé était un pur plaisir. François Szabowski y trouve aussi le moyen de rapprocher ainsi François et Marie pour un épilogue riche en rebondissements. C’est drôle, alerte et non dénué de profondeur. De quoi passer un agréable moment de lecture.

Les critiques
Babelio 
Blog Zazymut
Blog La soupe de l’espace 

Les premières pages du livre

Extrait
« Il ne fallait pas que je tarde. Je me suis redressé péniblement pour m’assoir sur le parapet. Ma perception du monde extérieur était de plus en plus floue. Le soleil m’aveuglait. La rumeur des voitures enflait dans ma tête. Dans un dernier éclair de pensée, j’ai vu se dessiner sur le ciel le visage diaphane de Marie, qui me souriait, rayonnant. Le vertige me prenait. C’était le moment. J’ai attendu qu’un groupe de passants arrive à notre niveau, puis j’ai agrippé le punk en faisant mine de me détacher de lui. Je me suis mis à hurler comme un putois, en disant que je n’avais pas d’argent, qu’il fallait qu’il me laisse tranquille. Les passants horrifiés se sont tournés vers nous, et je me suis laissé tomber à la renverse. »

À propos de l’auteur
François Szabowski est un écrivain né en 1977. Il a notamment publié aux éditions Les Forges de Vulcain : Les femmes n’aiment pas les hommes qui boivent ; Il n’y a pas de sparadraps pour les blessures du cœur ; Les majorettes, elles, savent parler d’amour ; Il faut croire en ses chances ; La famille est une peine de prison à perpétuité et autres proverbes. (Source : Éditions Le Tripode)

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 RLN2017

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Le Mal des ardents

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En deux mots:
La rencontre d’un prof de français et d’une violoncelliste va faire des étincelles. Un amour fou, passionné, brûlant. Seulement voilà, ce feu brûle Lou de l’intérieur…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Le mal des ardents
Frédéric Aribit
Éditions Belfond
Roman
240 p., 18 €
EAN : 9782714471130
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Biarritz, Saint-Jean de Luz, Hendaye, Itxassou, Guéthary et les forêts du Morvan, mais on y parle également de voyages à Lisbonne, New York, Rome, Istanbul, Berlin.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Entretenir le feu sacré sous peine d’être enterré vivant.
On ne rencontre pas l’art personnifié tous les jours.
Elle est violoncelliste, elle dessine, elle peint, fait de la photo. Elle s’appelle Lou. Lorsqu’il tombe sur elle, par hasard, à Paris, c’est sa vie entière de prof de lettres désenchanté qui bascule et, subjugué par ses errances, ses fulgurances, il se lance à la poursuite de ce qu’elle incarne, comme une incandescence portée à ses limites.
Mais le merveilleux devient étrange, et l’étrange inquiétant: Lou ne dort plus, se gratte beaucoup, semble en proie à de brusques accès de folie. Un soir, prise de convulsions terribles, elle est conduite à l’hôpital où elle plonge dans un incompréhensible coma. Le diagnostic, sidérant, mène à la boulangerie où elle achète son pain.
Quel est donc ce mystérieux «mal des ardents» qu’on croyait disparu ? Quel est ce «feu sacré» qui consume l’être dans une urgence absolue ?
Il va l’apprendre par contagion. Apprendre enfin, grâce à Lou, ce qu’est cette fièvre qui ne cesse de brûler, et qui s’appelle l’art.

Ce que j’en pense
Un roman d’amour original, traité comme une comédie dramatique sur grand écran, avec quelques vues panoramiques, des plans séquences époustouflants et quelques gros plans pour détailler l’exacerbation des sentiments. Frédéric Aribit a indéniablement une plume «visuelle» qui parvient aisément à entraîner le lecteur dans une ronde folle, ponctuée de rock et de musique classique.
Le narrateur, prof de français dans un collège parisien, a semblé avoir trouvé un équilibre dans sa vie après avoir quitté la mère de sa fille Célia. « Se séparer à Paris avec un salaire de prof relevait de l’exploit quand par-dessus le marché, vous aviez l’audace d’avoir des enfants et la ferme intention de les accueillir, même à temps partagé. Et puis j’avais fini par trouver un logement convenable, et raisonnablement hors de prix, où j’avais installé ma nouvelle solitude. »
Côté cœur les choses s’arrangent aussi. Il a trouvé en Sonia une maîtresse pas compliquée pour un sou, considérant sans doute leur relation avant tout comme une excellente chose pour leur hygiène respective: « Nous avalions quelques verres en partageant une planche mixte charcuterie-fromage, quelques nems ou des acras, puis nous montions chez elle, faisions l’amour et je rentrais ensuite chez moi, aérien, libéré de corps et d’esprit, heureux peut-être, aussi heureux de la soirée qui venait de passer que de la liberté que j’avais de m’en extraire à ma guise, sans aucune tentative de la part de Sonia pour me retenir dans ses draps, sans un mot pour m’arrêter, pas même un geste qui eût entravé mon départ. Je crois qu’elle préférait comme moi se retrouver seule après, dormir seule elle aussi, et nos petites conventions tacites arrangeant tout le monde, je regagnais mon deux pièces en sifflotant, tel l’humaniste des Temps modernes que je me targuais d’être in petto. »
Rien ne laissait prévoir la tempête à venir quand, dans le métro son regard croise celui de Lou, une superbe jeune fille. Parler de coup de foudre en cette situation peu sembler assez convenu. Pourtant, au moment de sortir de la rame la splendide créature vole un baiser au narrateur qui… la perd de vue.
Mais comme le hasard fait bien les choses, en sortant de chez sa maîtresse, il est attiré par un attroupement. Une jeune fille est en train de faire de l’acrobatie sur les piles d’un pont. Vous l’aurez deviné, c’est encore Lou qui fait des siennes.
Les scènes qui vont suivre sont follement extravagantes, délicieusement transgressives. Lou mène le bal et son amant. C’est ainsi qu’elle donne rendez-vous dans un superbe appartement vide donnant sur la tour Eiffel, entièrement nue derrière son violoncelle. Elle a emprunté les clés à son père qui est agent immobilier.
« — Viens vite, déshabille-toi, j’improvise.
Quand je suis entré en elle, je crois qu’elle brûlait. »
La rencontre suivante aura lieu rue Arthur Rimbaud dans un appartement qu’elle aura «emprunté». Et, au fil des jours la fièvre est loin de retomber, rappelant par moment des scènes du Zèbre d’Alexandre Jardin. À tel point que les extravagances de Lou commencent à inquiéter son entourage. Jusqu’à cet appel de l’hôpital et cette explication qui n’en est pas vraiment une : Lou aurait été victime d’une intoxication alimentaire sévère causée par le pain au seigle qu’elle consommait régulièrement. « On l’appelle ergot de seigle mais il peut se développer sur n’importe quelle céréale, sauf le maïs et le sorgho. C’est un champignon extrêmement toxique qui, entre autres symptômes, provoque les hallucinations que vous avez pu constater, de graves troubles psychiques, des insomnies, des démangeaisons qui peuvent aller jusqu’à former des cloques sur la peau et ces crises de convulsions. » Et surtout, on ne sait pas si elle va guérir.
Le roman bascule alors dans une autre fièvre, celle qui pousse ceux qui connaissent une situation comparable à tout entreprendre pour essayer de comprendre. Internet, les livres et même les œuvres d’art vont au secours de cette exploration. Notre prof devient spécialiste de cette maladie, en explore les formes à travers le temps, allant même jusqu’à une étude comparative des représentations de la tentation de Saint-Antoine. Avant de se raccrocher à une demande de Lou, en espérant que s’il accepte, il va hâter la guérison…
« — Cette histoire, j’aimerais que tu l’écrives. Que tu la racontes. Elle est dingue, cette histoire, il faut la raconter. Moi c’est la musique, la photo, le dessin. Les mots, c’est toi. Tu dois la raconter, cette histoire. Tu l’écriras, pour moi, pour tous les mots que tu sauras trouver et que tu feras exister, tous les mots qui nous cherchent depuis des jours, qui tournent déjà autour de nous et qui ne doivent pas rester suspendus et s’évanouir dans les airs, comme quand la musique vibre autour de moi et que j’attrape mon violoncelle. Il faut s’y mettre, c’est tout. Tu feras un livre avec cette histoire, tu écriras mon livre, notre livre, le livre de tous ceux qui ont le feu ! Oui, le plus dur, c’est de s’y mettre. » Et le plus beau, c’est de pouvoir aujourd’hui lire ce livre.

Autres critiques
Babelio 
La cause littéraire (Léon Marc-Lévy)
Page des libraires (Marianne Kmiecik)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe
Blog Les lectures d’Azilis

Les premières pages du livre

Extrait
« Combien d’histoires commencent dans un métro bondé avec une femme que vous ne voyez pas arriver, qui se retrouve soudain à côté de vous, contre vous, à la faveur d’on ne sait quelle bousculade, quelle recomposition hasardeuse de la foule, quelle nouvelle phase de l’immense Tetris social réagençant, arrêt après arrêt, le groupuscule dont vous êtes, combien de ces histoires avec une belle brune habillée tout en noir et portant un grand sac en toile jeté sur son épaule qui vous enlève votre casque des oreilles sans rien dire, le pose sur sa tête, écoute la musique, celle de votre casque à vous sur sa tête à elle , pendant quelques secondes sans vous lâcher des yeux – question dans la question : combien de femmes avec des yeux pareils, un regard pareil, vers 19 h 12 un mardi pluvieux du mois d’avril ? –, puis vous remet le casque en place, vous embrasse aussi sec sur la bouche, oui je dis bien sur la bouche, combien – et combien avec de telles lèvres ? – pour rectifier ensuite une mèche de vos cheveux au-dessus de votre oreille gauche, vous regarder comme on n’ose plus regarder, vous sourire comme on ne sait plus sourire avant de vous laisser coi, interloqué, planté là comme un abruti au milieu des autres voyageurs lorsqu’à République – bon sang, et combien de femmes brunes à République avec des chaussures noires et un sac en toile d’où dépasse une demi-baguette de pain, combien ? – elle descend tout à trac sans que vous ayez eu le temps de réagir ? Est-ce que quelqu’un sait ? »

À propos de l’auteur
Frédéric Aribit est né en 1972 à Bayonne. Après un doctorat de lettres, il publie un premier essai, André Breton, Georges Bataille. Le vif du sujet (L’écarlate, 2012) puis un second, Comprendre Breton (Max Milo, 2015). Après Trois langues dans ma bouche (Belfond, 2015), Le Mal des ardents est son deuxième roman. Il enseigne les lettres à Paris. (Source : Éditions Belfond)

Compte Twitter de l’auteur 

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      RLN2017

La ferme du bout du monde

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En deux mots:
Au soir de sa vie, il est temps de solder quelques comptes. Dans la ferme familiale des Cornouailles un secret de famille vieux de quelque soixante-dix ans va resurgir, forçant tous les protagonistes à se pencher sur leur passé. Émotions garanties.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

La ferme du bout du monde
Sarah Vaughan
Éditions Préludes
Roman
traduit de l’anglais par Alice Delarbre
448 p., 16,90 €
EAN : 9782253107866
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Grande-Bretagne, principalement en Cornouailles, du côté de Skylark, Trecothan, Bathpool, Slipperhill, Rilla Mill, Upton Cross mais aussi en partie à Londres. Des voyages à Istanbul, Barcelone, Reykjavik et Paris sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe sur deux périodes, dans les années quarante, durant la Seconde Guerre mondiale et en 2014.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ? Après le succès de La Meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan revient avec un roman vibrant. Destinées prises dans les tourments de la Seconde Guerre mondiale, enfant disparu, paysages envoûtants de la Cornouailles, La Ferme du bout du monde a tout pour séduire les lecteurs de L’Île des oubliés, d’Une vie entre deux océans et de La Mémoire des embruns.

Ce que j’en pense
Une ferme au bord d’une falaise en Cornouailles. L’endroit a beau être au «bout du monde», il n’en est pas moins le point d’ancrage de la famille Petherick, le lieu où chaque génération a grandi, découvert le monde, amassé ses premiers souvenirs, avant de s’en éloigner au fil des ans. En 2014, l’année choisie par Sarah Vaughan pour situer ce roman, la situation de l’exploitation n’est guère florissante. Aux mauvaises récoltes viennent s’ajouter un matériel vieillissant que l’aménagement d’un gîte pour touristes ne vient pas compenser. Pour Maggie il n’est cependant pas question de suivre le conseil de son fils qui imagine de transformer l’endroit en complexe touristique e ne conserver qu’un corps de ferme pour la famille. Sa petite-fille Lucy, qui est partie pour Londres est du même avis, même si elle se rend compte que d’un point de vue financier, l’affaire pourrait être bien plus intéressante que de se battre pour la survie de l’activité agricole. C’est que pour les deux femmes, l’aspect sentimental prime sur l’aspect financier. Lucy vient se réfugier du côté de Skylark, car vient de découvrir que son mari la trompe et a besoin de faire le point. Maggie est pour sa part férocement attachée à cet endroit, car elle y espère toujours une visite. Celle d’un enfant qu’on lui a arraché des bras.
Avec le sens de la construction dramatique qui avait déjà fait merveille dans La meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan va alors alterner les épisodes de 2014 et ceux de 1943. Alors que la Seconde guerre mondiale a posé sa chape de plomb sur l’Angleterre, ce coin de Cornouailles semble préservé, même si les bombardiers survolent régulièrement le ciel. Will et Alice trouvent refuge dans la ferme. Il est beau et tombe immédiatement sous le charme de Maggie. Les jeunes gens, chaperonnés par Alice, vont comprendre qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Avec la fougue et l’insouciance de leur jeunesse, ils vont vivre leur passion en profitant de chaque minute d’intimité, car Will doit rejoindre les troupes combattantes et part pour Londres. Mais à ce déchirement vient s’ajouter un terrible drame. Maggie est enceinte et son enfant est tout sauf bienvenu. À sa naissance, sa mère lui arrache la bébé des mains pour le confier au vétérinaire, avec mission de lui trouver une famille d’accueil. Maggie va alors tenter de joindre Will, de retrouver leur enfant.
La quête va durer soixante-dix ans. Maggie, qui sent qu’elle n’a plus longtemps à vivre, va finir par confier son secret. Alice et Lucy vont tenter de reconstituer le destin de ce garçon. Mais par quel miracle pourraient-elles réussir là où Maggie n’a pas réussi malgré des décennies de recherches et d’efforts ? C’est tout l’enjeu de ce roman superbement bien mené, aux personnages bien campés et qui vous fera passer par de fortes émotions.

Autres critiques
Babelio
Blog Caro–book–ine
Blog Les petites lectures de Scarlett
Blog Histoires du soir
Blog Carnet parisien
La Dory qui lit
Blog Bibliza

Les premières pages du livre

Extrait
« Deux heures plus tard, Lucy troquait la sécurité de l’hôpital où elle travaillait depuis cinq ans contre l’anonymat d’une rue fréquentée de Londres : plus de badge ni de blouse, ses compétences d’infirmière remises en cause, suspendues au verdict d’un médecin du travail. La chaleur de la fin juin, redoublée par les gaz d’échappement, l’étouffait et elle s’est sentie débordée. Elle n’avait plus de métier. Plus de mari. Qui était-elle… et que faisait-elle ici ? »

À propos de l’auteur
Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan s’est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants. (Source : Éditions Préludes)

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Maestro

BALAVOINE_Maestro

En deux mots
Jusqu’où peut conduire une passion pour Mozart ? Le culte que voue Cécile à ce musicien va transformer sa vie et mettre son couple en péril. Un premier roman qui est aussi une enquête fouillée.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Maestro
Cécile Balavoine
Éditions du Mercure de France
Roman
224 p., 17.80 €
EAN : 9782715245440
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et Azay-le-Rideau ainsi qu’en Autriche, à Salzbourg, Anif et Vienne, en Italie, à Brixen, Bolzano, Turin, Bologne, Sienne, Venise, Florence, Rome et Naples, et aux Etats-Unis, à New York et Miami, mais nous fait également voyager au gré des concerts, à Moscou, Tokyo, Sidney, La Haye, Berlin, Munich, Mannheim et Francfort ou Prague.

Quand?
L’action se situe des années 1980 à nos jours, avec de nombreuses réminiscences aux étapes qui ont jalonné la vie de Mozart.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est tant de joie, ces trois premiers accords qui font résonner toute ma chambre, les phrasés qui s’envolent, les triolets qui glissent et qui m’emportent avec eux au-delà du jardin, la partition bordée d’un liseré vert, baroque. Dessus, on lit le nom de Wolfgang Amadeus Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu’un seul et très long mot, dur à dire, pareil qu’Azay-le-Rideau. Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare. À neuf ans, Cécile découvre la musique de Mozart, et c’est une révélation. Certains enfants s’inventent des amis imaginaires, d’autres vouent un culte à des personnages de fiction. Pour la petite Cécile, le plus grand des héros s’appelle Mozart ! Elle l’aime sans partage et comme un dieu.
Devenue journaliste, la passion de Cécile demeure intacte. Elle a désormais une connaissance intime de l’œuvre de Mozart. Le jour où elle doit interviewer un chef d’orchestre de renom, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Au bout du fil, la voix du maestro la trouble comme l’avait troublée et envoûtée la musique de Mozart des années auparavant… Mais tombe-t-on amoureuse d’une voix, fût-elle celle d’un grand maestro ?

Ce que j’en pense
Ma mère a souvent raconté cette anecdote dans les repas de famille. J’avais cinq ans et je me précipitais vers elle avec une feuille de papier et un crayon en criant «atiq, atiq». Si ce n’est que bien plus tard qu’elle a compris que j’avais la volonté d’écrire des articles et encore bien d’autres années plus tard que je suis devenu journaliste, c’est bien à ce moment qu’est née ma vocation.
Si je raconte cette anecdote, c’est pour expliquer combien la passion de Cécile pour Mozart, qui naît à neuf ans, est crédible. Que si les enseignants se plaignent aujourd’hui que la plupart de leurs élèves n’ont guère d’idée sur la profession qu’ils veulent embrasser, il y a aussi ceux qui très tôt n’ont plus qu’une seule idée en tête.
Voilà donc Cécile littéralement amoureuse de Mozart au point de commencer à rassembler toute la documentation qu’elle peut trouver sur le musicien, à collectionner les partitions, les enregistrements, à vouloir mettre ses pas dans ceux de son idole.
Il lui faudra supplier son père de prendre la direction de Salzbourg pour les vacances, il lui faudra passer des heures devant son piano pour tenter de retrouver les mélodies qu’il a écrites, car sa voix lui fait défaut au moment de vouloir intégrer une école de chant. Quand d’autres jeunes filles trouvent leurs idoles chez les rockers, Cécile tapisse sa chambre de portraits de Mozart et de cartes de l’Europe indiquant les lieux qu’il a traversé.
Des années plus tard, elle ira étudier à Salzbourg et, tout en apprenant l’allemand, pourra explorer la ville et tous les alentours.
Pour son premier roman, Cécile Balavoine sait trouver le ton juste pour décrire les émois de la jeune fille, la pureté quasi religieuse de son engagement. Il n’est besoin que de l’accompagner dans les escaliers de la maison natale de Wolfgang Amadeus pour s’en persuader. En passant, l’auteur nous offre le fruit de toutes ses recherches, des détails biographiques au parcours des œuvres, des voyages du jeune prodige aux interprètes actuels. Aussi, c’est tout à fait naturellement qu’elle va vouloir faire la connaissance du Maestro qui donne son titre au livre.
Après avoir rédigé un guide touristique sur Salzbourg, on va lui proposer d’autres collaborations. Par exemple, de réaliser un entretien avec le grand chef d’orchestre. Un virtuose qui ne peut que l’éblouir. Cécile va se donner à cet homme qui sait si bien mettre en musique sa passion, laissant à son mari quelques miettes.
Nous voici arrivés à l’autre grande question qui parcourt ce beau roman céleste et tellurique : quel est le revers d’une médaille aussi brillante, sans cesse polie et repolie ? Quand on parle de passion dévorante, on pense d’abord à la passion, mais peut à la caractéristique dévorante. Si Cécile la narratrice tend aussi à l’oublier, Cécile l’auteure ne l’oublie pas, ajoutant une belle densité dramatique à cette somptueuse quête.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Le blog du petit carré jaune (Sabone Faulmeyer)
Blog L’insatiable (Charlotte Milandri)
Blog T Livres T Arts 
Blog Mes écrits d’un jour
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)

Autres critiques
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Blog Les petits livres by smallthings
Blog Le monde de Mirontaine 
Les premières pages du livre 

Extrait
« Un jour, alors que je suis seule à la maison, peut-être qu’ils sont sortis tous les trois pour une promenade, je fouille dans la bibliothèque, je trouve une biographie de Mozart. Personne ne l’a jamais ouverte. Les pages sont encore propres, elles sentent le papier neuf. Peut-être qu’on l’a achetée pour moi. C’est une édition rouge, en cuir. L’auteur s’appelle Marcel Brion de l’Académie française. J’ai honte en lisant la préface où il raconte qu’il a bien hésité avant d’écrire son livre parce qu’On ne touche pas à Mozart. Parce que Mozart, c’est sacré. J’ai chaud dans la gorge, sur les joues, je voudrais disparaître, moi qui parle à Mozart, depuis l’été du film, qui pense à Lui et Le tutoie. Pourtant, Il est bien là, Mozart, assis sur le pupitre du piano, je Le sens, je Le devine. Marcel Brion de l’Académie française ne le sait peut-être pas : Mozart vit dans ma chambre. »

A propos de l’auteur
Après l’Autriche, l’Allemagne puis New York, où elle a vécu et enseigné pendant dix ans (New York University et Columbia University), Cécile a retrouvé la France pour devenir journaliste. Elle écrit pour Air France Magazine, Voyages d’Affaires ou encore IDEAT et enseigne à Columbia University in Paris, Smith College et Sciences Po Paris. Ce printemps, elle publie son premier roman, Maestro ainsi qu’une anthologie, Le goût du piano, aux éditions du Mercure de France. (Source : cecilebalavoine.com)

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