Cannibales

jauffret_cannibales

Cannibales
Régis Jauffret
Éditions du Seuil
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782021309959
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, entre Paris Cabourg et Le Havre, avec des détours par Menton et Nantes. Les villes de San Francisco et Ocean Beach y sont également évoquées.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey.
Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a donné à son fils le prénom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, mort accidentellement avant son mariage. Noémie est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal tandis que Geoffrey s’efforce sans succès d’oublier cette amante qu’il a adorée.
Un sauvage roman d’amour.

Ce que j’en pense
****
Depuis Les liaisons dangereuses, et bien plus modestement depuis Liaisons, qui entendait rendre hommage à son merveilleux précurseur, le roman épistolaire a été très négligé. Je trouve cela fort dommage car ce genre offre à l’auteur un mode de narration qui permet de dévoiler au fur et à mesure le caractère des personnages et les détails de l’intrigue, tout en étant contraint de laisser dans l’ombre bien des pièces de son puzzle et d’entretenir ainsi le mystère. Rendons par conséquent grâce à Régis Jauffret pour avoir brillamment écrit toutes ces lettres.
Ajoutons que pour tous ceux qui trouveront le procédé quelque peu désuet, il s’agit ici de déjouer les risques de piraterie informatique dont Noémie, l’une des principales protagonistes à été victime, et sans doute aussi de jouer avec le temps nécessaire à l’envoi desdites missives.
Noémie prend donc la plume pour s’adresser à sa belle-mère, car elle entend s’expliquer sur sa séparation avec Geoffrey, le fils de cette dernière. La réponse est cinglante et aurait pu conduire à l’interruption de cette correspondance : « Gardez donc votre famille. À petites gorgées, buvez jusqu’à la lie la honte d’en être et d’avoir gâché la chance que vous aviez de faire partie de la nôtre, si Geoffrey était un jour assez sot pour vous offrir le mariage. »
Mais Noémie et Jeanne, les deux correspondantes, ont un caractère bien trempé et n’entendent pas en rester là. Elles vont continuer à s’expliquer, vont se rencontrer et si bien aplanir leurs différends qu’elles vont s’allier et ourdir un plan diabolique qui consiste à se débarrasser de cet importun, qui « éprouve un profond dégoût » pour les femmes, en le… mangeant.
Toutefois, à peine élaboré, ce plan se heurte à la susceptibilité de Jeanne, qui ne supporte pas de voir Noémie mettre son amie d’enfance, Marie-Bérangère d’Aubane, dans la confidence. Mais le désir de vengeance des femmes bafouées reprendra vite le dessus. Les détails de l’assassinat sont élaborés : « Nous louerons une maison de campagne pour l’apprêter. Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l’aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d’un feu de sarments de vigne et de bois d’olivier. Nous pilerons ses os dans un mortier afin de pouvoir nous repaître de sa moelle montée en mousseline avec un kilo de bon beurre. »
L’exaltation joyeuse, le joli scénario et «le fantasme enfoui de beaucoup de mères. Ingurgiter ce que nous avons un jour expulsé, rendre à la nature le fruit de nos entrailles. » va toutefois devoir se confronter à la réalité du terrain. Je ne dirai pas ici jusqu’où cette quête quasi mythique va nous conduire, mais je ne peux m’empêcher de vous révéler que, contrairement aux apparences, Cannibales est une très joli roman d’amour, dont j’emprunte à Jérôme Garcin la formule qui le résume le mieux: «Savoureux de férocité, onctueux de préciosité et délicieux d’absurdité.»

Autres critiques
Babelio 
Le Temps (Eléonore Sulser)
BibliObs (Jérôme Garcin)
La règle du jeu (Christine Bini)
20 minutes (Laurent Bainier)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Causeur.fr (Marie Céhère)
Benzine mag (Delphine Blanchard)
Blog Sur la route de Jostein

Le premier chapitre du livre 

Extrait
« Un dernier mot, aimez. L’amour est une picoterie, une démangeaison dont on ne saura jamais si le plaisir du soulagement que nous procure la caresse de l’amant vaut les désagréments de son incessant prurit. Mais faute de contracter ce mal, on ne connaît jamais le plaisir indicible de voir ses symptômes devenus sous les baisers, les profonds regards, dans l’étreinte, la cause originelle du paroxysme
du bonheur dont le paradis est une contrefaçon.
Je vous souhaite la rédemption et le meilleur de la vie. » (p. 20)

A propos de l’auteur
Régis Jauffret est l’auteur de nombreux romans, parmi lesquels Microfictions, Sévère, Claustria, La Ballade de Rikers Island et Bravo. (Source : Éditions du Seuil)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#RL2016 #regisjauffret #cannibales #editionsduseuil #rentreelitteraire #roman

Ester ou la passion pure

ANDERSSON_Ester_ou_la_passion_pure

Ester ou La passion pure
Lena Andersson
Autrement
Roman
Traduit du suédois par Johanna Brock et Erwan Seure-Le Bihan
218 p., 17 €
ISBN: 9782746740303
Paru en mars 2015

Où?
L’action se situe en Suède, notamment à Malmö, Leksand, Borås, Stockholm ainsi qu’à Paris.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours

Ce qu’en dit l’éditeur
« Elle se dit : c’est le moment de dire non et de m’éloigner la tête haute.
Elle se dit : c’est le moment de partir sans me retourner.
Elle lui emboîta le pas. »
Pourquoi n’appelle-t-il pas ? Est-il submergé de travail ? Est-il chez l’autre femme, celle de Malmö ?
Depuis sa rencontre avec Hugo Rask, un artiste célèbre, Ester Nilsson ne dort plus, ne lit plus, ne vit plus. Elle attend. Son cerveau enfiévré analyse, encore et encore, chacune de ses actions. Elle est incapable de faire face aux situations les plus anodines : peut-elle inviter Hugo à dîner même si elle n’a qu’une seule et unique chaise ?
Doit-elle enlever son manteau quand elle passe chez lui à l’improviste ?
Tout semble lui échapper, pourtant une chose est sûre : la raison est soluble dans la passion.

Ce que j’en pense
***
«Ester Nilsson, qui d’habitude se méfiait des honneurs autant que du déshonneur, deux sources d’asservissement au jugement des autres, en était à se demander dans quelle mesure ôter ou non son manteau risquerait de trahir son amour.» Voilà un roman tout entier construit sur ces détails qui, si on n’y prend pas garde, font basculer une vie. Quoi de plus banal que d’enlever son manteau en entrant chez quelqu’un. Seulement voilà, ce geste va être interprété. Peut-être mal. C’est pourquoi, quand on veut être parfaite, quand la soif d’amour motive chacun de ses gestes, on arrive vite à de telles situations. De celles qui vous paralyse, vous anéantit.
Le célèbre artiste Hugo Rask est l’objet des tourments d’Ester. C’est pour lui qu’elle éprouve cette passion pure. Mais là où elle met sa vie en jeu, lui ne voit qu’un jeu. Quand il s’absente, elle s’angoisse, se pose mille questions, se dit qu’elle ferait mieux de capituler, qu’elle n’en peut plus.
Quand il revient et lui propose de dîner, quand elle le retrouve, sa passion se retrouve intacte, instantanément.
«Lorsqu’on aime et que l’on sait l’amour réciproque, le corps est léger. Mais si l’on doute de cette réciprocité, un kilo en pèse trois.»
Tandis qu’Ester se consume, Hugo n’éprouve que l’envie de «se débarrasser des chaînes dont elle l’enserrait».
Cette nouvelle variation sur la relation amoureuse dans un couple qui n’est pas sur la même longueur d’onde a quelque chose de vertigineux. Car cette liaison – on le sent très vite – devient vite dangereuse. Mais comment raisonner une femme amoureuse ?

Autres critiques
Babelio
Blog Mediapart
Toute la culture
Sens critique
Le Temps (Quotidien Suisse)

Extrait
« Elle répondait au nom d’Ester Nilsson. Elle était poète et essayiste avec déjà, à trente et un ans, huit publications conséquentes à son actif. Dogmatiques selon certains, spirituelles selon d’autres. La plupart des gens n’avaient jamais entendu parler d’elle. Sa clarté d’esprit lui faisait percevoir la réalité avec une exactitude dévastatrice, et elle voulait croire que le réel était tel qu’elle le ressentait. Ou plus exactement que les êtres humains sont aptes à saisir le monde tel qu’il est, à condition d’être suffisamment perspicaces et de ne pas se mentir à eux-mêmes. Le subjectif est objectif et l’objectif est subjectif. C’était ainsi, en tout cas, qu’elle s’efforçait de vivre. Elle n’ignorait pas que la recherche de cette même exactitude dans le langage s’apparentait à un enfermement, mais elle la poursuivait quand même. Toute autre aspiration intellectuelle facilite trop la vie des tricheurs et des paresseux de l’esprit, peu soucieux de précision quant à l’articulation des phénomènes entre eux et leur transcription dans la langue. » (p. 5)

A propos de l’auteur
Lena Andersson est née en 1970. Elle est critique littéraire pour le Svenska Dagbladet et éditorialiste pour le Dagens Nyheter – les deux quotidiens suédois les plus importants. Ester ou la passion pure, son cinquième roman, a reçu le prix August en 2013 et s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires en Suède. (Source : evene.lefigaro.fr/)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Marathon

SILVESTRE_Marathon

Marathon
Pascal Silvestre
JC Lattès
Nouvelles
200 p., 17 €
ISBN: 9782709650663
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Saint-Mandé, à Peisey-Nancroix, dans le Morbihan, à Saint-Etienne, Lyon ainsi ue sur les parcours de quelques marathons célèbres comme Marrakech ou New York.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Autrefois réservée à une élite d’athlètes, la distance marathon – 42,195 km – attire désormais des coureurs de tous âges et de tous niveaux. Qui sont les coureurs et quel autre rêve se cache derrière l’exploit sportif ? Au détour de dix nouvelles conçues comme les mouvements d’une même symphonie, Marathon fait le portrait d’hommes et de femmes embarqués dans une aventure qui bouleversera et transcendera leur existence.
D’Angélique, la vieille dame amoureuse de Mimoun, à Bourvil, le bénévole énergique ; de Matthieu, qui prie en courant, à Claire, la jeune femme en quête de repères ; d’André, le stakhanoviste confronté à l’épreuve de la blessure, à Bertrand, l’avocat quinquagénaire égaré à New York, Marathon explore les failles de ces coureurs anonymes et capte avec tendresse la formidable pulsion de vie qui unit les marathoniens.

Ce que j’en pense
**
Un peu à l’image du marathonien qui se prépare durant des semaines, qui rêve des dizaines de fois sa course, qui s’imagine battre son record et qui se voit soudain confronté avec la dure réalité, à ce fameux mur des trente kilomètres où à cette douleur récurrente qu’il croyait pourtant avoir vaincue, ce recueil de nouvelles est plein de bonnes intentions et d’idées intéressantes, mais pas totalement abouties. Dommage, car le livre ne manque pas de qualités. L’auteur, il nous le répète plusieurs fois tout au long de ce recueil, est le fondateur du site runners.fr, et sait parfaitement de quoi il parle.
Les portraits de marathoniens qu’il dresse sont le fruit d’expériences vécues et de rencontres sur les parcours d’entrainement parisiens ainsi que sur les circuits des principaux marathons et semi-marathons. Mais le choix de nous proposer dix histoires plutôt qu’un roman fait que certaines nouvelles sont plus intéressantes que d’autres et que fort souvent, on aimerait en savoir davantage sur les motivations, les drames qui se jouent, l’arrière-plan familial et personnel des protagonistes.
Prenons l’exemple de la première de ces nouvelles. Intitulée «Angélique», elle retrace la rencontre d’un marathonien avec une vieille dame qui l’observe durant son entrainement. D’une conversation impromptue va naître une amitié et nous donner l’occasion d’en apprendre davantage sur ces deux personnes qui partagent une même passion. Angélique, la vieille dame, était une sauvageonne, secrètement amoureuse d’Alain Mimoun –champion olympique du marathon à Melbourne en 1956 – et courait sur les plages du Morbihan tandis que son mari travaillait à Paris. Elle aura connu son heure de gloire en disputant les championnats de France universitaires sur 1500m. Pascal, quant à lui a perdu son père tôt, est devenu journaliste sportif, puis fondateur du site runners.fr et s’entraîne dur pour le marathon de Marrakech, alors que les eaux de la Seine commencent à monter dangereusement.
Un problème de santé délicatement surmonté pour Angélique, une médaille autour du coup pour Pascal et quelques rencontres plus tard, l’histoire se termine… un peu trop abruptement à mon gré.
On enchaine sur l’histoire suivante, «Le marathon selon Matthieu», qui est pour moi l’une des plus réussies. Elle raconte le rêve caressé par un jeune coureur de réussir à franchir la ligne du marathon de Paris en moins de trois heures. Les notations sont justes, jusque dans les réflexions du marathonien pendant la course. Car, contrairement à ce que l’on peut imaginer, le coureur n’est pas concentré en permanence sur sa course. S’il écoute son corps, s’il était de maintenir une allure, de nombreuses pensées viennent l’assaillir, quelquefois parasites et quelquefois très motivantes. Matthieu va convoquer des souvenirs d’enfance, des airs de musique et… son père pour réussir son pari. Vous découvrirez dans les dernières pages si la recette fonctionne.
Viendront ensuite une nouvelle qui met à l’honneur les bénévoles qui s’occupent du ravitaillement durant les marathons, qui ne m’a pas emballé, deux nouvelles autour du marathon de New York, dont certains passages rappelleront La ligne bleue, l’excellent roman de Daniel de Roulet, un récit centré sur la SaintéLyon, mythique raid nocturne entre Saint-Étienne et Lyon, en passant par les portraits très réussis de ces caractères addictifs à la course à pied, près à sacrifier leur santé, leur carrière, voire leur couple pour leur passion ou encore l’évocation du parcours de Paul Arpin, champion aujourd’hui oublié malgré un palmarès prestigieux.
Un peu à l’image des marathons qu’il nous décrit, on admire Pascal Silvestre pour son endurance et sa volonté et l’on regrette la défaillance qui, malgré tous les entrainements, finit tout de même par arriver.

Autres critiques
Babelio
Le Monde (Patricia Joly)
Run, Fit & Fun (Cécile Bertin)

Extrait
« — C’est la dernière ligne droite. On est sur les bases de 2h59. Si tu restes avec moi, tu passes sous les 3h.
Matthieu donnait ce qu’il pouvait pour récupérer des bouts de forces dans tous les coins de son corps. Il se concentrait comme il pouvait sur la foulée du meneur, voyait bien qu’il ne pouvait plus courir à 14km/h, même cinq minutes de plus.
Le trou se fit. Cinq mètres puis dix mètres. Son père murmurait désormais à ses côtés. Il disait régulièrement, plusieurs fois par minute, en rafale : « Allez Matt, allez Matt, allez Matt. » Jamais Matthieu n’avait entendu son père l’appeler Matt. Il disait toujours Matthieu. Ses copains l’appelaient Matt. Sa mère aussi autrefois. Son père, jamais. Au 41ème kilomètre, il regarda sa montre. Il voulait savoir où il en était. Deux fois il regarda les chiffres. Chercha à calculer. Combien de temps pour faire 1 195 mètres ? Fais chier ces 195 mètres à la con, pensa-t-il.
Le quatrième meneur arriva à sa hauteur. C’était le dernier. Il le savait. Il avait mal aux jambes désormais à ne plus trop savoir comment poser les pieds par terre. Tous ces chocs, mon dieu, pensait-il. Mon pauvre squelette ! Une dernière fois, il tenta de prier mais même ça il n’y arrivait plus. Il regarda devant lui : il lui restait à avaler une ligne droite avant la porte Dauphine. L’arrivée serait là, un peu plus loin. Son père lui fit un petit signe pour lui dire qu’il devait s’arrêter, qu’il n’avait pas le droit d’aller plus loin. Plusieurs fois, de plus en plus fort, il lui cria. « Allez Matt, allez Matt, allez Matt. »

A propos de l’auteur
Pascal Silvestre a couru plus de 50 marathons et possède un record de 2h39 sur la distance des 42,195 km. Journaliste, il a créé le site Runners.fr et milite pour l’émergence d’une culture associée à la pratique de la course à pied. Marathon est son premier livre. (Source : Éditions JC Lattès)

Site Internet de l’auteur : runners.fr

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Septembre

MATTERN_Septembre

Septembre
Jean Mattern
Gallimard
Roman
144 p., 13,90 €
ISBN: 9782070147588
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule en Allemagne, à Munich et à Londres.

Quand?
Le récit commence à la veille des Jeux Olympiques de Londres, mais se situe principalement du 25 août au 12 septembre 1972, durant les Jeux de Munich avec un ajout le 6 septembre 1973.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Cela fera bientôt onze ans que notre fille est morte, mais je crois qu’elle aurait aimé mon idée, qu’elle aurait été fière de moi. Cette pensée en a amené une autre, j’ai allumé mon ordinateur et j’ai su alors que je devais écrire le récit de ces journées au gré de ma mémoire, en oubliant la chronologie officielle. Pour honorer ces onze athlètes dont on n’ose même pas rappeler les noms publiquement par peur de gâcher la fête ; mais aussi pour ramener à la lumière un homme dont je n’ai jamais parlé à personne, un homme qui a disparu avec les onze cercueils aussi sûrement que s’il avait été tué lui aussi sur le tarmac de Fürstenfeldbruck.
Cet homme s’appelait Sam Cole.»

Ce que j’en pense
***

L’épisode tragique de la prise d’otages des athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972 fait désormais partie de l’Histoire. L’auteur, qui avait sept ans au moment des faits, suivait les compétitions à la télévision et a été profondément marqué par ce drame, au point d’en faire la matière principale de ce court roman. La bonne idée tient dans la construction du livre et dans le choix du narrateur. Le récit est confié à Sebastian, un journaliste du service culturel de la BBC qui est chargé de couvrir les à-côtés des Jeux, de rendre compte de l’ambiance plus que des performances. A l’image de ces semaines particulières qui rassemblent la planète tous les quatre ans, il va vivre à Munich une parenthèse qui va à tout jamais le transformer.
Dans cette ambiance festive – le but affiché des autorités allemandes et bavaroises était de faire oublier les Jeux de 1936 et de monter au monde que la République fédérale allemande savait monter un tout autre visage – il va croiser le regard insistant d’un collègue américain : Sam Cole. Le hasard fait qu’ils sont logés au même étage, que Sam travaille pour le Jewish Week, qu’il est bel homme.
Sam et Sebastian écrivent les premiers gestes d’une belle histoire.
Mais la prise d’otages va tout changer. « Les circonstances m’interdisaient de parler de mes sentiments à Sam. Alors comment braver le monde quand tout ce que l’on peut faire, c’est attendre ? »
Un peu pour ne pas perdre son ami mais aussi par qu’il sent bien qu’il détient des informations de première main, Sebastian va se lancer dans la réalisation d’un documentaire qui détaillera les circonstances et les détails du drame, démontrant notamment les énormes failles du dispositif de sécurité mis en place qui aboutira à la mort de tous les otages. Sans oublier les victimes collatérales.
Ecrit sans fioritures, parfaitement documenté , ce roman est bouleversant à plus d’un titre.

Résonances
C’est à double titre que ce roman m’a marqué. D’abord pour avoir sans doute vécu cette histoire avec la même intensité au moment des faits. Mon père faisait partie des milliers de bénévoles venus aider le comité olympique et logeait non loin du village olympique. Ma mère et mon frère aîné ont pu le rejoindre quelques jours pour vivre au cœur de l’événement. Resté en France, je suivais presque minute par minute les Jeux, puis la prise d’otage, devant ma télévision. Avec cette impression étrange de découvrir avec presque trente ans d’avance la télévision d’information en continu. Avec la même absence de recul, la même confusion dans le récit des faits – info ou intox – et la même charge émotionnelle.
Le court récit de Jean Mattern m’interpelle également dans mon travail d’écrivain, puisque j’ai aussi choisi de partir d’un fait divers tragique pour tisser la trame de mon premier roman. Liaisons s’articule autour des attentats du 11 septembre et traite aussi de la manière dont les médias se sont appropriés cet événement. A la fois pour la recherche documentaire et pour le traitement des informations recueillies, c’est-à-dire ne garder que ce qui soutient le récit, je me retrouve dans son écriture.

Autres critiques
Babelio
Le Point (interview de Jean Mattern)
Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Chronicart
Entre les lignes (Anik Schuin Espace 2, radio suisse)

Extrait
« À mon arrivée au centre de presse, à quelques encablures du village olympique, j’ai immédiatement remarqué son air concentré, presque sombre. Il attendait son
tour pour remplir les formalités et prendre sa clef, comme moi. Deux réceptionnistes faisaient de leur mieux pour accélérer la procédure, mais il fallait prendre son mal en patience. Nous étions nombreux à affluer d’un coup, en cette veille de cérémonie d’ouverture. Plus de quatre mille journalistes répartis en un peu plus de mille appartements de deux à quatre chambres chacun. Du fait de mon accréditation tardive, je n’étais pas logé dans le même immeuble que mes collègues de la BBC, mais cela me convenait aussi bien. D’après les bribes de conversation que j’entendais, les deux files d’attente étaient surtout composées de journalistes de la presse écrite, de toutes origines. J’entendais du portugais, du russe, de l’anglais.
Je me demandais d’où pouvait venir le jeune homme au regard si préoccupé. » (p. 19)

A propos de l’auteur
Né en Allemagne, Jean Mattern, après des études de littérature comparée à la Sorbonne (Paris IV), devient responsable des droits étrangers aux éditions Actes Sud de 1990 à 1998. Depuis octobre 1998, il est responsable des acquisitions de littérature étrangère aux éditions Gallimard, principalement pour la collection Du monde entier. Il coordonne le programme de littérature étrangère, il est l’éditeur de certains auteurs notamment de langue allemande. Il est également éditeur de la collection « Arcades ».
Ses langues de travail sont l’allemand, l’anglais, l’italien, le néerlandais, l’hébreu.
Jean Mattern a publié deux romans : Les Bains de Kiraly (2008) et De lait et de miel (2010) aux éditions Sabine Wespieser, qui ont été traduits en huit langues. (Source : SGDL)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com

Fantaisie-sarabande

MARIENSKE_Fantaisie_sarabande

 

 

 

 

 

 

Fantaisie-sarabande
Héléna Marienské
Flammarion
Roman
297 p., 19 €
ISBN: 9782081314160
Paru en janvier 2014

Où?
Le roman est situé principalement en France, à Paris, mais aussi à Metz et sa banlieue, à Cannes, à Millau, avec des escales à Clermont-Ferrand, à Neussargues, à Bazeuges, à Nissan-lez-Ensérune, à Bazeuges-sur-Cirq avec quelques escales exotiques en Amérique latine et en Asie.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Peut-on supporter d’un mari avare et volage qu’il vous empoisonne la vie ? Non : on le tue. Peut-on, lorsqu’on est belle à se damner, supporter de vivre au sein d’une famille de nazillons misérable et malodorante dans les friches de la Lorraine ? Non: on profite de sa beauté pour s’en sortir. Angèle la meurtrière, Annabelle la prostituée de luxe ont dit non. Elles se rencontrent : coup de foudre. Elles disent alors oui, oui à l’amour, la déraison, la passion. Oui, la femme est clairement l’avenir de la femme. Si ce n’est qu’un flic enquête sur le meurtre du mari d’Angèle. Une comédie réjouissante qui mêle fantaisie policière, romance et pornographie débridée.

Ce que j’en pense
***

Parmi les livres que j’ai sélectionné l’an passé figurait ce roman que j’ai failli oublier. J’aurais eu tort!
Cela pourrait ressembler à un polar, à moins que ce ne soit un roman d’initiation ou encore un manifeste féministe. A moins que ce ne soit tout simplement une plongée dans la France d’aujourd’hui. En fait cette fantaisie est un peu tout cela, qui fait se confronter le destin de deux femmes et nous entraîne dans cette sarabande endiablée.
Il y a d’un côté Angèle, l’épouse délaissée d’un pianiste de renom, qui ne supporte plus les humiliations à répétition. Pour régler son problème, elle débite son mari en morceaux et va en composter les morceaux du côté de Millau. De l’autre côté, la jeune Annabelle qui, sur le chemin du collège, préfère l’auto-stop au bus de ramassage et en profite pour arrondir ses fins de mois tout en s’initiant au plaisir tarifé. Elle entrevoit alors une issue à la misère sociale : devenir pute de luxe.
Si les deux femmes se croisent, c’est d’abord à cause d’un cliché dans un magazine people où l’on voit «La jet-setteuse Annabelle Mansuy batifoler avec le pianiste Louis Guillomettaz». Si vous imaginez la femme trompée se venger en s’attaquant à la maîtresse, c’est que vous connaissez mal Héléna Marienské. Depuis Rhésus (de l’influence des bonobos sur le comportement sexuel des pensionnaires d’une maison de retraite), elle nous avait habitué à ce type de rebondissements : Angèle va enfin trouver l’amour avec Annabelle. Cet amour qui se partage comme une offrande, mais laisse à chacun vivre sa vie. Celle de la veuve joyeuse d’une part, entretenant une relation particulière avec le policier chargé de faire la lumière sur la disparition de son mari et celle de l’escort girl de luxe, partant satisfaire les fantasmes des riches aux quatre coins de la planète, tout en n’oubliant pas sa première amie.
C’est gai, quelquefois très cru, mais c’est sans doute une excellente définition du plaisir. Que demander de plus ?

Autres critiques
Babelio
Elle
L’Express
Les Echos
On l’a lu (Sylvie Tanette)

Extrait
« Elle chasse Juno dehors, pose à plat dans l’entrée trois sacs-poubelles de cent litres qui forment un éphémère tapis gris de deux mètres carrés, ouvre la valise, sort les avant-bras, la cuisse droite, le côté droit puis le côté gauche du torse parsemé de poils pâlis et strié de coups de fouet, le pied droit, et voici la tête salement amochée, sang craché, grand front studieux cabossé, yeux bleus exorbités qui sans regard la regardent, joues tuméfiées presque arrachées, rire macabre des lèvres ouvertes sur une dentition lacunaire, langue violacée sortie de la bouche. La fossette du menton, si jolie, a disparu, remplie de glaires virides. Puis les deux mains, importantes les mains, car Angèle a l’idée qu’elles peuvent toujours faire de l’usage. L’index droit, notons nous, est malpropre, comme gainé d’une épaisse poussière.
On continue, la cuisse gauche, les deux bras, les mollets et merde, il manque un pied.
Elle retourne la valise dans tous les sens.
Rien.
Elle pousse un cri rauque, qu’elle étouffe de ses deux mains. Pourpre, elle tente de ne pas s’égarer, d’agir méthodiquement ; descend dans la salle de bains où elle gobe trois Tranxène de vingt milligrammes, remonte examiner le mystère. Ignore la puanteur cruelle, fouille, jure, envoie valser de droite et de gauche demi-membres,
tête et mains, et finit par trouver, sous le torse gauche, un peu enfoncé dans l’abdomen et ses entrailles, le pied farceur. » (p. 26-27)

« Pourquoi lui est-il devenu insupportable à ce point? Elle hausse les épaules, sourit dans le vague. Les voyages en Smart, et les huit heures de train pour rentrer à Millau, et le viaduc multihaubané visible depuis la terrasse, et la misère de l’hiver qui dure et qui s’installe et s’insinue partout, et la solitude qu’elle supporte de moins en moins, et l’Inspiration en berne, congelée dans la cuvette de Millau, et les frasques du vieux qui fait le joli cœur, et le tintouin avec ses donzelles, et sa radinerie qui tournait à la folie, plus il vieillissait plus il était pingre, tout le cirque de la déconsommation, parlez lui de la déconsommation, et les salades de pissenlit et les plâtrées de tofu, et le panier désolant de l’Amap… Et les toilettes sans chasse d’eau, DEHORS! Les toilettes à litière bio maîtrisée dans le jardin où l’on meurt de froid l’hiver et de chaud l’été, ne parlons pas des mouches. (…) Et l’impression d’être faite comme un rat, alors qu’elle est encore jeune, merde! Quel cauchemar… Tout cela est terminé ou peu s’en faut. » (p. 57-58)

A propos de l’auteur
Héléna Marienské est l’auteur de Rhésus (2006), premier roman couronné par de nombreux prix, d’un recueil de pastiches, Le Degré suprême de la tendresse aux Editions Héloïse d’Ormesson et du roman Fantaisie-sarabande chez Flammarion. Agrégée de lettres, elle a enseigné le Français et se consacre désormais à l’écriture. Elle vit entre Paris et l’Auvergne. (Source : Editions Héloïse d’Ormesson, Editions Flammarion)

Site Wikipédia de l’auteur
Page Facebook de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon