Bacchantes

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En deux mots:
Trois femmes s’emparent d’une réserve de vins prestigieux dans un ancien bunker anglais à Hong Kong. Et derrière les portes blindées de la forteresse, il s’en passe des choses alors que la police, le négociateur et le propriétaire se perdent en conjectures.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

In Vino Veritas

Céline Minard continue son exploration des genres littéraires et nous offre avec Bacchantes un pastiche de roman de braquage avec une note féministe. Enlevé et plus subversif qu’on ne pense!

Au fur et à mesure de la parution de ses romans, on découvre Céline Minard avide d’explorer tous les genres, de se servir de leurs codes pour nous faire passer un message à sa sauce. Après la science-fiction dans Le dernier monde, le roman moyenâgeux avec Bastard Battle ou encore le Western avec Faillir être flingué, voici le roman noir avec cette histoire de braquage mené par trois intrépides amazones.
Nous sommes à Hong Kong à quelques jours de l’arrivée d’un typhon. Autant dire que la tension est déjà grande quand on apprend que l’un des endroits les mieux protégés de la ville, l’ancien bunker des forces anglaises reconverti en gigantesque cave à vins, vient d’être braqué.
Quand s’ouvre ce court roman, voilà déjà près de trois jours que la police a pris position autour du bâtiment, sans pouvoir pour autant intervenir. Elle manque tout simplement d’informations sur ce qui se trame derrière les portes blindées. Soudain, la porte s’ouvre et une jambe fuselée, terminée par un talon-aiguille, dépose une bouteille avant de s’éclipser. Un romanée-conti de 1969.
Quel message les braqueurs ont-ils voulu transmettre?
Jackie Thran, qui est en charge des opérations au sein de la police essaie d’en savoir davantage, veut analyser chacun des faits et gestes, suivre les caméras de surveillance, tenter de comprendre. À ses côtés, un ancien diplomate sud-africain est dans tous ses états. C’est Ethan Coetzer, gérant de ce stock estimé à quelques 250 millions de dollars et que les braqueurs menacent de faire exploser. Le message initial envoyé par tweet ne laisse guère de doutes sur leur professionnalisme: «Vous ne pouvez plus enter. Nous avons tout ouvert. Nous avons tout relié. ECWC 21h 18». Il faut désormais tenter de répondre aux trois questions qui? comment? Pourquoi?
Au fil des pages qui suivent, la première va trouver au moins partiellement une réponse: trois femmes occupent le bâtiment : Silly, Bizzie et Jelena. Avec elles, Illiad, un rat dont le rôle est loin d’avoir été anecdotique dans la prise de contrôle du bâtiment et qui répondra en grande partie au comment. À la question du pourquoi, il faudra se rappeler le titre du roman. Les Bacchantes désignant, on le rappellera, les femmes qui rendent un culte à Dionysos (devenu Bacchus dans la mythologie romaine et dieu du vin).
Voici donc un petit bijou passablement subversif – attendez l’épilogue! – et un tantinet alcoolisé pour commencer joyeusement l’année.
Notons enfin, pour ceux qui auront aimé la plume élégante de Céline Minard, la parution simultanée de son précédent roman Le grand Jeu en Rivages/Poche.

Bacchantes
Céline Minard
Éditions Rivages
Roman
112 p., 13,50 €
EAN : 9782743645953
Paru le 2 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule à Hong Kong

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Céline Minard revisite avec brio les codes du film de braquage autour de la thématique du vin pour distiller un cocktail explosif où l’ivresse se mêle à la subversion.
Voilà cinquante-neuf heures que la brigade de Jackie Thran encercle la cave à vin la plus sécurisée de Hong Kong, installée dans d’anciens bunkers de l’armée anglaise. Un groupe de malfaiteurs est parvenu à s’y introduire et garde en otage l’impressionnant stock qui y est entreposé. Soudain, la porte blindée du bunker Alpha s’entrouvre. Une main gantée apparaît, pose une bouteille sur le sol. Un pied chaussé d’un escarpin noir sort de l’entrebâillement et pousse le corps de verre sur la chaussée. L’acier claque à nouveau…

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
Télérama (Nathalie Crom)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Personne ne bouge devant le bunker alpha.
La brume matinale se dissipe lentement, elle monte et s’accroche aux frondaisons avant de s’évanouir. Il est un peu moins de six heures du matin, le vent d’est fait bruire la végétation basse.
Il n’y a plus un seul uniforme dans le paysage.
Les hommes armés se sont regroupés dans l’ancienne maison du gardien qui leur sert de QG depuis cinquante-neuf heures. Ils ont les yeux rivés sur la porte d’acier qui devrait s’ouvrir dans quelques minutes pour la troisième fois consécutive depuis le début des opérations. Ils ne tenteront pas ce matin un nouvel assaut. Ils attendent les ordres. Le négociateur est arrivé au milieu de la nuit, il a besoin d’un contact direct avant de décider d’une méthode d’action. Il a lu et mémorisé les rapports des deux derniers jours, il est concentré sur les sons. Des perches Mini Boompole ont été installées durant la nuit au-dessus de la porte alpha dans l’angle mort de la caméra de surveillance extérieure. Ses oreilles sont prises dans les coussinets enveloppants d’un casque à réduction de bruit, il est coupé de son environnement sonore immédiat, il regarde monter la vapeur qui s’échappe de son mug de thé noir. Vingt secondes avant que la porte ne s’ouvre, il sursaute.
Il analyse le bruit de chacun des pas déroulés sans précipitation sur les neuf mètres du corridor souterrain, baisse le volume d’un coup quand l’acier blindé lui vrille les tympans en cognant contre les murs de l’entrée du bunker. La porte est ouverte.
Une main gantée apparaît, pose une bouteille au sol, la couche. Tandis que la main prend appui sur le vantail, un pied chaussé d’un escarpin noir sort de l’entrebâillement, se glisse sous le corps de verre et lui impulse un vif mouvement rotatif.
Avant que la bouteille ne se stabilise au milieu de la chaussée qui longe le bunker, l’acier claque à nouveau. Un rayon de soleil traverse le reste de brume, inonde l’asphalte et le liquide doré qui clapote comme un lac contre la paroi du verre.
Le négociateur écoute encore une minute et enlève son casque.
– C’est une femme.
– Ou un type qui porte des escarpins.
La brigade d’intervention sort en silence. Les hommes suivent scrupuleusement le protocole. Trente-cinq minutes passent avant qu’ils ne reviennent au QG avec l’objet sécurisé.
– Un romanée-conti de 1969.
– Ou une bouteille d’urine matinale, question de point de vue.
Jackie Thran, la cheffe de brigade, n’est pas femme à se fier aux étiquettes.
– Voyez vous-même. Elle tend la bouteille ouverte à Ethan Coetzer qui secoue la tête avec une moue de dégoût.
– Un peu chargée, peut-être, mais je ne suis pas médecin.
ECWC est la cave de garde la plus sécurisée de Hong Kong. Installée dans les anciens bunkers de l’armée anglaise, elle attire les collectionneurs depuis des années. Des Chinois, des Européens et des Américains avertis ont confié leurs vins aux bons soins de M. Coetzer, ancien ambassadeur sud-africain reconverti dans la gestion de la vitiviniculture. Ses talents de diplomate sont venus à bout de leurs dernières réticences, essentiellement liées au climat de la baie. Le système de climatisation multizone dont il a équipé les douze bunkers de son entreprise, à hauteur de trente millions de dollars, assure une température constante de 13 à 13,5 degrés Celsius et un taux d’humidité compris entre 65 et 75 %. Un éclairage ponctuel par lampes à sodium basse pression et un système de sécurité dérivé du secteur bancaire ont convaincu les connaisseurs les plus sourcilleux. Des bunkers enterrés à plus de vingt mètres de profondeur ne laissent passer ni vibrations ni lumière naturelle. Les bouteilles vieillissent mieux dans un environnement physique optimal. Physique et fiscal.
Grâce aux mouvements de stock rapides et discrets, au club privé et aux soirées à thème réservées aux membres Gold et Platinium, la clientèle d’Ethan Coetzer a très vite dépassé la sphère de ses contacts personnels.
En dix ans, il a fait de si belles et fructueuses rencontres que la valeur de son stock est estimée à trois cent cinquante millions de dollars et, jusque-là, il s’en est félicité.
Ce sentiment l’a quitté depuis soixante et une heures et a laissé un grand vide dans son esprit. »

Extrait
« À partir de ce moment et jusqu’à la fin de la carafe, Coetzer se suspend. Il se contente de goûter le vin. À l’aveugle, mais plongé dans ses sensations, sans essayer d’en appeler à ses connaissances, ses souvenirs, ses réflexes, uniquement mais absolument attentif à ce qui s’annonce, passe, et prend corps dans son corps. Il part. Il descend sur des terres humides et fraîches, sur l’épiderme d’un monde organique travaillé par les météores et les vents, arrosé de soleil, givré, bourgeonnant, craqué, il glisse parmi les feuilles, se coule dans les rus, tombe comme une pluie, monte dans la sève, gonfle de concert avec les milliers de fruits ronds, pleins, pruinés, les grappes entières accrochées sans effort au bois plongeant au travers des herbes entre les vies d’insectes innombrables. Branché sur toutes les variations, il sent la forme des nuages, le cri des bêtes et les plumes, le départ d’un lièvre, la nuit comme une vasque, sans dessus ni dessous, aussi vaste en lui qu’un état de l’âme et du cœur. Il plane. Il absorbe autant qu’il est absorbé. » p. 90-91

À propos de l’auteur
Céline Minard est l’auteur de nombreuses fictions, dont Faillir être flingué (prix du Livre Inter 2014) et Le Grand Jeu (2016). (Source : Éditions Rivages)

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Bière qui coule n’amasse pas mousse

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Bière qui coule n’amasse pas mousse
Enfin la vérité (ou presque) sur quelques expressions françaises
Charlotte Dekoker
Digobar Éditions
110 p., 12 €
EAN : 9791096139002
Paru en octobre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Une vraie fausse enquête érudite et complètement déjantée. Charlotte Dekoker nous invite à détricoter les expressions avec une imagination débridée et une mauvaise foi absolue. Un cocktail détonnant d’humour à partager sans modération !
Il aura fallu qu’une mi-Belge/mi-Ch’ti s’y attèle pour que l’on découvre enfin les origines loufoques et surréalistes d’une dizaine d’expressions françaises.
Nous nous demandons ainsi pourquoi il faut se tenir à carreau plutôt qu’à pique ou à trèfle, et quel est le programme de la politique de l’autruche. Nous découvrons que le fameux Pierre qui roule n’amasse pas mousse est une pure invention du lobby viticole destinée à piquer des parts de marchés aux vendeurs de cervoise.
La narratrice nous entraîne dans ses élucubrations et nous livre au passage quelques anecdotes croustillantes sur la vie privée de Gutenberg ou de Jésus Christ, voire, sur ses pratiques en matière de port de culotte.

Ce que j’en pense
*****
« Ce serait beaucoup plus simple si je pouvais vous donner un nom. Vous comprendriez tout de suite. A peine auriez-vous lu le prénom que, déjà, vous auriez deviné le reste. Déclic immédiat assuré. Satisfait ou remboursé. » Vous n’aurez pas à attendre la page 55 de ce délicieux opuscule pour en trouver le mode d’emploi, car je viens de vous le livrer en patûre. Rassurez-vous cette expression n’est pas à prendre dans l’acception de Simone de Beauvoir qui écrivait dans Les Mandarins que « Quand on livre un roman en pâture aux critiques, ils mordent l’un après l’autre » mais bien davantage comme un cadeau fait pour vous simplifier les choses, en quelque sorte l’exception qui confirme la règle.
Mais foin de digressions, commençons donc par le nom. Dekoker. Vous comprenez immédiatement qu’avec ce patronyme l’auteur est quelqu’un qui a du chien. Certes Dekoker n’est peut-être pas aussi viril que Dedoberman ou Depitbull, mais c’est un compagnon de jeu fidèle. En flairant cette piste, je suis tombé sur cette définition proposée par les spécialistes canins : «heureux de vivre, il sème la joie autour de lui. Sensible à nos humeurs, il sait que l’histoire d’Amour qu’il partage avec nous, c’est pour le meilleur et pour le pire. Si votre journée a été maussade, il viendra vous remonter le moral.» Pour résumer, on dira que Dekoker fait du bien à ceux qui font un bout de route avec lui. À condition de lui lâcher la bride sur le cou.
Car c’est avec une joyeuse liberté que les expressions françaises sont ici passées à la moulinette. Mais, comme diraient conjointement Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, avant d’en venir au sujet, une autre digression s’impose : Le Prénom.
Charlotte aura bien essayé de nous donner le change en allant sur le site internet du magazine ELLE pour essayer de se définir, mais nous ne sommes pas dupes et encore moins prêts à avaler toutes les couleuvres qui passent. En parlant de Charlotte, je ne pense pas à cet horrible couvre-chef que l’on vous oblige à porter dès que les consignes d’hygiène deviennent par trop rigoureuses, mais bien plutôt de ce délicieux dessert : «Qu’elle soit aux fruits, au chocolat ou encore au fromage blanc, la charlotte est un dessert plein de fraîcheur, toujours apprécié en fin de repas. Elle se décline en de nombreuses recettes faciles et fruitées.» Si jusqu’à aujourd’hui la plus célèbre d’entre elles est sans doute la charlotte à la fraise, je vous garantis que la variante Charlotte Dekoker gagne à être connue, tant elle est pétillante et surprenante. Vous allez vous régaler, c’est promis !
Je sens bien, amis lecteurs, que vous aimeriez en savoir davantage sur le contenu du livre. Vous vous dites peut-être que je vous mène en bateau. Que nenni !
Sans vous dévoiler comment pierre qui roule n’amasse pas mousse, par déviation sémantique, a donné le titre à cet essai (formidablement transformé, comme on dit aux bord des terrains de rugby), je vous mettrai sans doute l’eau à la bouche en faisant la liste des sept expressions que décortique la belle Charlotte, en les accompagnant d’un petit qualificatif de mon cru : Se tenir à carreau (à lire en axyant toutes les cartes en main), Pierre qui roule… (vous connaissez maintenant la suite, mais découvrirez la mise en bière d’une expression), Avoir les dents qui rayent le parquet (en oubliant de rouler un patin), Être dur de la feuille (tout en étant critique du système éditorial), la Politique de l’autruche (un exercice de devinette dans les arcanes du pouvoir), Mettre les points sur les i (et se mettre les typographes à dos), Se dorer la pilule (tout en passant des vacances aux frais de la princesse).
Par les temps qui courent, voilà un remède idéal à la morosité ambiante. Précipitez-vous chez votre libraire!

Autres critiques
Babelio
Le Figaro (Alice Develey – avec interview de l’auteur)

A propos de l’auteur
Si Desproges et Rabelais s’étaient rencontrés dans une taverne à Ostende, et que de leurs amours avait pu naître une fille… Ce serait elle. Elevée entre le Nord de la France et la Belgique, Charlotte Dekoker en a gardé l’humour et la générosité. A trente ans, elle vit aujourd’hui à Paris où elle occupe des fonctions de direction dans le secteur du mécénat. (Source : Digobar Éditions)

Page Facebook de l’auteur 

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Le retour de Bouvard & Pécuchet

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Le Retour de Bouvard & Pécuchet
Frédéric Berthet
Belfond – coll. Remake
Roman
192 p. 17 €
ISBN: 9782714458735
Paru le 18 septembre 2014

Où?
L’action se déroule en Normandie et à Paris.

Quand?
Ce polar est situé dans les années 80.

Ce qu’en dit l’éditeur
« À sa mort, en 1880, Gustave Flaubert laissait inachevés Bouvard & Pécuchet. On a donc imaginé qu’une centaine d’années plus tard, ceux-ci étaient, un instant, de retour. »
Ainsi Frédéric Berthet présentait-il en 1996 Le Retour de Bouvard & Pécuchet, cinquième et dernier de ses livres publiés en l’espace de dix ans. Cette réédition accompagnée des notes de l’auteur, inédites à ce jour, se propose d’ouvrir une nouvelle perspective. Et, dans ce cas précis, quel meilleur révélateur d’expérience que le, va-et-vient de l’écriture, d’une oeuvre à l’autre ? Bouvard et Pécuchet furent les acteurs d’une farce encyclopédique sans limites. En habits de circonstance, ils traversent ici et sans ambages la scène des années 1980. Un hommage au style de Flaubert comme à l’actualité de son œuvre, sur le mode des contes drolatiques d’autrefois, candides et enfantins.

Ce que j’en pense
***
« Certains personnages traversent, par deux, les siècles : ils sont des archétypes, des mythes littéraires, comme Don Quichotte et Sancho Pança, le docteur Jekyll et Mister Hyde, Sherlock Holmes et Watson, Don Juan et Leporello, le capitaine Achab et la baleine blanche… Bouvard et Pécuchet font partie de cette increvable famille.
Gustave Flaubert songeait à eux depuis longtemps. […] Puis ces deux lascars lui sont apparus, en 1872, et il passa les huit dernières années de sa vie à écrire ce livre, qu’il ne put terminer – en toute simplicité. » Dans la riche partie de notes et documents qui clôt cette réédition, Frédéric Berthet explique sa démarche qui est à la fois un hommage au grand maître du style, un pastiche de cette œuvre et une tentative de lui donner une suite contemporaine.
Cet ouvrage, qui lance la collection «Remake» des éditions Belfond, est paru en 1996, quelques années avant la mort de l’auteur. Il raconte comment Bouvard et Pécuchet se réveillent d’un long sommeil et se retrouvent au seuil des années 80, bien décidés à laisser leur trace dans l’Histoire.
Pour ce faire, ils vont tout d’abord essayer de se lancer dans la grande aventure des radios libres afin de pouvoir éclairer le monde de leurs pensées. Mais l’expérience va vite tourner à la catastrophe. Qu’à cela ne tienne, le monde de la finance trouvera dans nos deux acolytes leurs nouveaux héros. Là encore, il ne suffit pas de lire l’interview d’un grand patron dans un journal économique pour pouvoir reproduire son parcours. D’échec en échec, Bouvard et Pécuchet se disent que Paris sera à même de combler leurs rêves de gloire. Mais à l’image de ce court roman, la belle décapotable qui devait les mener vers la gloire arrivera sur une dépanneuse dans la capitale.
Si on s’amuse beaucoup à suivre les pérégrinations de nos deux compères, c’est que l’auteur a parfaitement su s’inscrire dans la trace de Flaubert et donner ses premières lettres de noblesse à cette nouvelle collection qui trouvera sans doute ses détracteurs. Pourtant au cinéma, le « remake » est monnaie courante et a déjà permis la création de quelques belles œuvres.
C’est du reste, à titre personnel, dans cette même lignée que s’inscrt mon premier roman, Liaisons, qui réadapte les Liaisons dangereuses de choderlos de Laclos dans le milieu des médias au début du XXIe siècle.

Autres critiques
Babelio
Télérama
Un livre, un jour
Présentation par Olivier Barrot de l’édition originale du livre paru en 1996
Le nouveau blog de Pierre Ahnne

Citations

« – Ça a tout de même changé, dit Pécuchet.
– Allons, donc, dit Bouvard.
– Mais, on disait que c’était éternel !
– La plus belle ville du monde ne peut donner que ce qu’elle a !
Pécuchet était mal à l’aise, voir tant de monde en si peu de temps lui causait le tournis.
Bouvard voulut l’égayer, le détendre, lui montrer les lieux de sa jeunesse.
– Ah, mon pauvre vieux, la campagne, d’accord, mais sais-tu que c’est ici, dans cet immeuble même, au deuxième étage, que j’ai passé une nuit… Une nuit !
Bouvard envoyait, lyrique, un baiser dans le ciel, déclamait des vers, ne donnait pas de détails.
Cependant il dut accepter le fait que des petites échoppes avaient disparu, des cordonniers, des librairies, des zincs auvergnats qui tous avaient été refaits sur le même modèle, en vague imitation des années 30, peut-être par le même décorateur ?
L’abondance des restaurants, et surtout des magasins de vêtements, les stupéfia. » (p. 91-92)

A propos de l’auteur
Ecrivain à l’œuvre rare mais saluée par de nombreux de ses contemporains, Frédéric Berthet est mort en 2003, à 49 ans. Il laisse cinq romans cultes dont les merveilleux Daimler s’en vaet Felicidad. Ce Retour de Bouvard et Pécuchetest son dernier livre publié. Comme c’était le cas de l’original, resté inachevé à la mort de Flaubert, en 1880.  » L’auteur le plus doué de sa génération « , Philippe Sollers  » Frédéric Berthet ne vivait que pour son absolu de la littérature « , Pierre Assouline. (Source: Belfond)
Fiche Wikipédia

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