Le cercle des hommes

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  RL2020  coup_de_coeur

 

En deux mots:
Aux commandes de son avion, un chef d’entreprise est victime d’un accident qui le précipite en pleine jungle amazonienne. Choqué et amnésique, il est pris en charge par la tribu des Yacou qui vit en autarcie, loin de toute civilisation. Au fil des semaines, il va devoir s’adapter à cette nouvelle vie.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Un chef d’entreprise dans la jungle

Avec son nouveau roman Pascal Manoukian nous offre bien plus qu’une fable écologiste. En suivant les pas d’un chef d’entreprise dont l’avion s’écrase au cœur de la forêt amazonienne, il touche à l’essentiel, à la raison de notre présence sur cette terre.

Que ce soit au cinéma, à la télévision ou en littérature, la recette a déjà été souvent utilisée avec succès: la rencontre de deux mondes qui à priori n’ont rien de commun. Si la variante que nous propose ici Pascal Manoukian est également très réussie, c’est que derrière le roman d’aventure se cache une profonde réflexion sur l’écologie au sens large, allant puiser jusqu’aux questions fondamentales, sur le sens même de notre vie sur terre.
Dans la forêt amazonienne vivent encore quelques poignées d’êtres humains totalement isolés de la civilisation. Appelons-les les Yacou. Ils sont à la fois extrêmement forts pour avoir survécu à des conditions extrêmes et très fragiles, car leur territoire est à la merci des «exploiteurs» qui rongent jour après jour la forêt amazonienne pour ses ressources naturelles, son bois, son or ou qui défrichent pour implanter des cultures extensives et rentables à court terme, faisant fi de la biodiversité et des équilibres naturels. Tout l’inverse des Yacou qui, au fil des ans, ont appris à composer avec la nature et à la respecter. Le secret de la longévité de la tribu tient du reste dans ce respect de tous les instants pour leur environnement naturel: «ils veillaient perpétuellement sur son inventaire, remettaient chaque feuille déplacée à sa place, dispersaient la cendre des feux et les restes des repas.» Une discrétion aussi rendue possible par les règles de la communauté qui n’autorisent que des groupes de huit personnes au maximum, hommes, femmes et enfants compris. Ils ont eu l’intelligence de s’adapter au milieu plutôt que de vouloir le détruire. S’ils ne se donnent jamais de rendez-vous, ils se retrouvent toujours. Un cri suffit à se signaler. Leur langage est sommaire, mais primordial. Si pour eux l’argent et tout son vocabulaire n’existe pas, ils ont en revanche une quarantaine de mots pour définir la couleur verte, dans toutes ses teintes.
Au-dessus de leurs têtes, Gabriel est aux commandes de son petit avion. À la tête d’une grande entreprise de prospection minière, il vient de célébrer ses fiançailles avec Marie et est en passe de conclure de juteuses affaires. Seulement voilà, un vol d’oiseaux va brusquement le plonger dans le monde des Yacou. Les volatiles se prennent dans les réacteurs, causant la perte de l’appareil. Gabriel échappe à la mort, mais ni aux blessures physiques, ni aux blessures psychiques. Choqué, il ne se souvient de rien lorsqu’il se réveille. Le Yacou qui le découvre est intrigué par cet être qui lui ressemble un peu, mais dont les différences physiques sont telles qu’il se méfie et le jette dans un enclos avec les cochons.
C’est au milieu des animaux qu’il va devoir survivre, se nourrir, guérir. Au bout de quelques jours de souffrance, il va pouvoir se mettre debout indiquant qu’il n’est pas comme les animaux qu’il côtoie et intriguant les Yacou qui décident de lui laisser sa chance. «Il ne faisait plus partie du monde des porcs, mais il ne faisait pas non plus complètement partie de celui des hommes».
Alors que la mémoire et les forces lui reviennent, il lui faut constamment s’adapter et, avec chaque jour qui passe, apprendre et se perfectionner, contraint à franchir les rites de passage mis au point par sa tribu, gardant désormais dans un coin de sa tête l’idée de pouvoir un jour fuir et retrouver les siens.
Pascal Manoukian, le baroudeur, a dû se régaler en imaginant les épreuves auxquelles Gabriel est confronté, en intégrant aussi dans son récit la situation du pays qui a élu Bolsonaro avec ce chiffre terrifiant – qui est malheureusement tout à fait juste – depuis son arrivée au pouvoir, de juillet 2018 à juillet 2019, la déforestation de la forêt amazonienne a atteint 278%! L’occasion aussi d’un clin d’œil à son précédent roman, Le Paradoxe d’Anderson.
Sans dévoiler l’épilogue de ce formidable roman, disons que les Yacou vont aussi se rendre compte du danger qui les menace. En filigrane, le lecteur comprendra qu’en fait, lui aussi fait partie de ces Yacou, de ce cercle des hommes. Un roman vertigineux et salutaire !

Le cercle des hommes
Pascal Manoukian
Éditions du Seuil
Roman
336 p., 19,50 €
EAN 9782021442403
Paru le 2/01/2020

Où?
Le roman se déroule au Brésil, au cœur de la forêt amazonienne

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’Amazonie.
Perdue sous la canopée, une tribu d’Indiens isolés, fragilisés, menacés par les outrages faits à la forêt. Au-dessus de leurs têtes, un homme d’affaires seul et pressé, aux commandes de son avion, survole l’immense cercle formé par la boucle du fleuve délimitant leur territoire.
Une rencontre impossible, entre deux mondes que tout sépare. Et pourtant, le destin va l’organiser.
À la découverte de la « Chose », tombée du ciel, un débat agite la tribu des Yacou: homme ou animal ? C’est en essayant de leur prouver qu’il est humain que l’industriel finira par le devenir.
Le Cercle des Hommes n’est pas seulement un puissant roman d’aventures, d’une richesse foisonnante, c’est aussi un livre grave sur le monde d’aujourd’hui et notre rapport à la nature.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
RTBF (Sous couverture – Thierry Bellefroid)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Mémo Émoi (Geneviève Munier)
Blog Mes échappées livresques 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La forêt s’égouttait encore des larmes de la nuit. Parfois, racontait la légende des Yacou, le Soleil pleurait de se savoir enfermé dans le noir. Peïne ne lui en voulait pas, bientôt il réchaufferait la tribu. L’Indien, au corps sec, strié de centaines de petites cicatrices, droites et régulières, protégea le feu d’une tresse de brindilles et rapprocha les braises. Autour de lui, nus, allongés sur des nattes de feuilles, les corps des siens, serrés les uns contre les autres, pareils aux lames d’un radeau, flottaient encore dans le sommeil. Il les compta. Sept. Son clan entier, sa famille. Leurs poitrines se gonflaient juste assez pour éloigner les charognards. Leurs tignasses sentaient la viande et le manioc sauvage. Il se leva et fit le tour du bivouac, deux abris de palme, sommaires, juste un toit de branches posées sur des bâtons, un feu et au-dessus un petit fumoir. Leurs peaux brûlées de soleil et peintes d’ocre se confondaient avec les racines géantes dressées comme des orgues, les touffes emmêlées de leurs cheveux gris de cendre avec l’épaisse pourriture végétale. Rien ne les trahissait. À côté de leurs couches, les traces d’un gros puma en témoignaient. L’animal s’était reposé à quelques mètres avec son petit, pendant la nuit, sans les voir. Peïne fouilla les déjections : la femelle jeûnait depuis deux jours, sa progéniture boitait et souffrait sans doute de parasites. L’Indien se promit de leur laisser les restes de la pêche avant de lever le camp. Une autre fois peut-être les fauves lui abandonneraient une carcasse pour nourrir les enfants.
Surplombant le campement, des arbres entrelacés de lianes se bousculaient en mikado, prêts à perfuser les premières lueurs du jour. Toujours selon la légende, le sommeil était un filet tendu par les esprits où les Indiens se laissaient attraper pour apaiser leur corps des efforts et des blessures de la journée. Un doux piège, dont il fallait s’arracher avant la fin du noir au risque d’y demeurer prisonnier comme dans une nasse.
À Peïne revenait le devoir de réveiller son clan. Au fond d’un tronc en décomposition il attrapa deux gros vers de palme de la taille d’un pouce, le corps annelé, jaune de gras. Il les excita en les remuant au-dessus des braises, s’agenouilla devant Mue le vieil aveugle et les lui glissa sous les aisselles. Le rire apaisait les tensions chez les Yacou, or la journée promettait d’être lourde. L’aïeul, encore prisonnier du filet, sourit d’abord discrètement du coin des lèvres, puis les vers s’obstinant à creuser sous ses bras pour trouver une sortie il se mit à pouffer, déclenchant une réaction en chaîne, les uns se jetant sur les autres pour leur arracher des gloussements sans fin. Peïne en profita pour se rapprocher de sa femme et lui faire oublier sa mauvaise humeur de la veille. Une bande de singes laineux, réveillés par les cris, imita aussitôt les Indiens, effrayant une nuée d’oiseaux, et bientôt la forêt ne fut plus qu’un immense éclat de rire.
Mue mit fin à la cérémonie des chatouilles et commença la journée. L’aveugle s’éloigna du camp en tâtonnant. Ses yeux ne voyaient plus. Ses doigts si. De longues lianes torturées, des loupes, capables même de distinguer les couleurs. Il lui en manquait trois à la main droite, mais rien n’échappait aux rescapés.
Le vieil Indien saisit une feuille au limbe arrondi et caressa chacune des nervures en suivant leurs hésitations.
Il savait déjà le serpent sur la branche, juste derrière son épaule mais assez loin pour qu’il ne s’en inquiétât pas. Sur le feu humide, les deux vers de palme ne faisaient plus rire personne. Ils grillaient sur le dos, panse tournée vers un gros nuage qu’éventrait déjà un mince éclat de soleil.
Face à l’aveugle, silencieuses, deux femmes nues, les seins griffés par les ronces et les enfants, attendaient son verdict, arc aux pieds, la peau perlée de rosée, le regard souligné du trait rouge et gras de la pulpe d’urucu, une baie sauvage à l’allure de petits oursins dont les Indiens se servaient aussi pour se protéger des insectes et colorer les plats.
Mue mit la feuille dans sa bouche et la mâcha longuement.
Une bande droite et nette rasait sa chevelure grise en son milieu, laissant apparaître une longue cicatrice mal refermée, gonflée d’affreuses boursouflures. À la verticale de son crâne fendu, d’immenses orchidées égrenaient leur pollen dans un rideau de brume, montant de la pourriture du sol pour se déchirer aux premières branches des arbres et disparaître trente mètres plus haut, en fins lambeaux blancs, transperçant la voûte épaisse et échappant par miracle à la forêt, telles des volutes de fumée sans feu.
Depuis qu’on lui avait amputé trois doigts de la main pour le faire parler, le vieil Indien économisait les mots.
– Luisant, se contenta-t-il d’annoncer.
Tout le monde approuva d’un hochement de tête, sauf le Héron, un adolescent aux allures d’échassier, en perpétuel recherche d’équilibre, toujours penché vers l’avant, les deux jambes fendues en un « V » semblable à celui dessiné par la rencontre des eaux caillouteuses de l’Otavella et du Cahuinari, deux rivières entre lesquelles, depuis mille ans, les Yacou cueillaient et chassaient.
L’aveugle régurgita une bouillie verte grumeleuse, s’agenouilla, y mélangea un peu de cendre et, pendant que le Héron expertisait à son tour la feuille arquée d’un palmier-poubelle, enduisit de sa mixture les seins vides d’une jeune mère pour y faire monter le lait. Elle le remercia en prenant sa main entre ses doigts, et le contact devenu trop rare d’une peau douce contre la sienne ravit l’ancien.
Son opinion faite, le grand échalas se redressa sur ses compas.
– Brillant perlé, corrigea-t-il respectueusement.
Peïne, le gardien provisoire de la tribu, coiffé d’un casque de cheveux noirs à l’arrondi parfait cerclant un front curieux, orienta les feuilles d’une fougère géante vers une rafale de lumière qui trouait la tête d’un grand bananier.
Contrairement au vieil aveugle, il pouvait compter des yeux chaque battement d’ailes d’un colibri et le stopper net d’une fléchette en plein cou et en plein vol.
– Moiré, trancha le petit homme trapu, le biceps droit ceint d’une mue de serpent, seul signe distinctif de son rang.
Chez les Yacou, il existait cinquante-sept mots décrivant très précisément chaque nuance de vert, mais aucun pour dire le profit, la science ou le bonheur. Pour une raison simple : le profit n’existait pas, la science tenait déjà tout entière dans la nature et le bonheur, à part une période sombre, dont le vieux Mue gardait, en plus du secret, trois moignons et une méchante cicatrice sur le crâne, se révélait être pour les Indiens et depuis toujours un état permanent, une source intarissable.
Les sept statuèrent finalement sur un vert humide et scintillant, puis firent cercle autour du foyer et régurgitèrent ensemble ce que leurs estomacs n’avaient pas digéré de la veille, grelottant les uns contre les autres, trempés par les gouttes lourdes d’une averse pianotant sans partition précise de feuille en feuille jusqu’au feu toussotant. L’air sentait l’ananas vert et la cendre mouillée. Tout ce que comptait le clan tenait là : Peïne le sage, Mue l’aveugle au crâne fendu, le Héron, fragile et curieux, la Tatouée, la femme de Peïne, au corps entièrement incrusté d’arabesques bleues, le Rebelle, un jeune mâle de vingt ans, le regard noir, toujours sur ses gardes, méfiant comme un jaguar, Solitude, la veuve aux seins vides, Sans Nom, son jeune fils, et Pas d’Âge, le mort, recroquevillé en position fœtale au beau milieu d’une feuille de nénuphar géant, jaune tendre, aux bords parfaitement arrondis, relevés et dentelés comme un moule à tarte.
Les sept devaient choisir maintenant. À l’unanimité ils décidèrent de confier pour un jour encore le destin de la tribu à Peïne et s’entaillèrent symboliquement le bras de la pointe d’un bambou pour marquer d’une cicatrice leur décision commune.
Ainsi commençait chaque jour nouveau entre l’Otavella et le Cahuinari. À peine sortis du filet des esprits, les Yacou rendaient à la terre ce dont ils n’avaient pas besoin, choisissaient le meilleur d’entre eux pour les guider tout au long de la journée et définissaient la couleur du vert afin de décider à quoi ils allaient l’occuper. Peïne regarda le colibri s’envoler et se félicita : humide et scintillant était la couleur idéale pour un enterrement. Ils avaient bien fait de rire avant. »

Extraits
« Au milieu d’un capharnaüm de cartes aériennes, de cigarettes et de dossiers trônait un petit cylindre en titane brossé, rouge mat, une enceinte d’à peine cinq centimètres de hauteur, un cadeau de Marie pour ses cinquante ans, un concentré de technologie, indestructible, étanche, avec un son de chaîne hi-fi, une batterie infatigable, et tout Mozart à l’intérieur.
Il se souvenait du dîner de la veille, du clair-obscur de la suite du Copacabana Palace à la façade en pierre blanche tombant sur la plage comme une falaise de craie, des baisers au goût de caviar, de la fine dentelle des bulles de champagne, de cet incroyable chef japonais venu spécialement de São Paulo leur servir son bœuf wagyu surmonté d’un médaillon de foie gras et parsemé de lamelles de truffe blanche, du meringué de bananes ondulant de cinquante bougies soufflées à la fraîcheur d’une petite brise à l’abri des flamboyants de la terrasse. Elle devait l’attendre, maintenant.
Il sourit en pensant à sa promesse de revenir trois jours plus tard lui faire un enfant. Il ne s’y était tenu avec aucune autre, préférant chaque fois ses affaires à ses histoires d’amour. Une femme par étape de sa carrière, toutes indispensables mais chacune sacrifiée, comme les étages d’une fusée, pour monter toujours plus haut. »

« Quatre générations plus tard, Diego, l’un des arrière-arrière-petits-fils du drapier de Séville, embarquait pour les Amériques, avec cinq cents volontaires, dans l’espoir de venger son ancêtre et d’aller au nom de la France piétiner les plates-bandes espagnoles. Malheureusement, la troupe débarqua au nord du Brésil, côté portugais. Après deux ans à défricher la côte, Diego déserta et s’enfonça dans la forêt avec une bande d’aventuriers venus de São Paolo. La légende dit qu’ils arrivèrent sur les rives d’un lac, quelque part entre le Brésil et la Guyane, dans lequel chaque année un roi indien se baignait nu et ressortait le corps couvert d’or. Nombreux furent ceux qui cherchèrent l’endroit sans jamais le trouver, mais dans le jardin de sa petite échoppe bordelaise, étudiant, bien avant de connaître Marie, il aimait à imaginer son ancêtre remontant les fleuves et les rivières, inventoriant des plantes inconnues aux parfums mille fois plus délicats que les épices de la Judería, racines contre les fièvres hémorragiques, teintures ocre et bleues, gomme pleurant des arbres, toujours accueilli et fêté par des peuples sans nom, heureux d’échanger leurs trésors contre les siens. »

« La veille, le Brésil avait fait un immense bond en arrière en s’offrant un président nostalgique de l’ordre et de la dictature militaire. L’Amazonie et toute l’industrie du pays étaient à vendre. Premiers arrivés, premiers servis, « les meilleures affaires se font à l’ouverture », disait son père, tant pis pour les travailleurs sans terre, l’écosystème, les espèces menacées et les Indiens. Les conquistadors étaient de retour. »

À propos de l’auteur
Photographe, journaliste, réalisateur, Pascal Manoukian a couvert un grand nombre de conflits. Ancien directeur de l’agence CAPA, il se consacre désormais à l’écriture. Il a publié notamment  Le Diable au creux de la main (2013), Les Échoués (2015) et Ce que tient ta main droite t’appartient (2017) et Le Paradoxe d’Anderson. (Source: Éditions du Seuil)

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De pierre et d’os

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Lauréate du Prix du roman Fnac 2019.

En deux mots:
Quand le bloc de glace se brise, Uqsuralik se retrouve seule, séparée de ses parents. Elle doit alors apprendre à survivre en compagnie de quelques chiens. Elle va nous raconter son odyssée sur la banquise, dans le froid et la faim et sa quête, accompagnée des esprits du grand Nord.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le testament d’Uqsuralik

Fascinée par les autres civilisations, Bérengère Cournut passe des Hopis aux Inuits. Avec «De pierre et d’os», elle nous raconte l’odyssée d’Uqsuralik, seule sur la banquise, et nous permet de découvrir ce monde aujourd’hui disparu.

«Un irrépressible besoin d’exploration romanesque», voilà comment Bérengère Cournut explique la naissance de ce roman aussi profond que poétique qu’elle porte en elle depuis 2011 et la découverte dans un livre d’art de «minuscules sculptures inuit en os, en ivoire, en pierre tendre, en bois de caribou… Je me demandais quel peuple pouvait produire des œuvres à la fois si simples et si puissantes.»
Pour mener à bien son projet, on soulignera qu’elle n’a pas lésiné sur la tâche, allant jusqu’à effectuer en 2017-2018 une résidence de dix mois au sein des bibliothèques du Muséum national d’Histoire naturelle où elle a notamment exploré les fonds polaire Jean Malaurie et Paul-Émile Victor, creusant les traditions du Groenland oriental et de l’Arctique canadien. J’ajouterais que son vœu d’offrir «une porte d’entrée vers l’univers foisonnant du peuple inuit» est plus qu’exaucé.
Le roman s’ouvre sur un épisode dramatique. La banquise se fracture alors qu’Uqsuralik, une jeune fille, se trouve à quelques mètres de l’igloo qui abrite les siens. Son père a juste le temps de lui lancer une peau d’ours, sa dent d’ours accrochée à un lacet. Outre le manche d’un harpon, il n’y rien sur son bout de glace, sinon des chiens et ce qu’elle porte sur elle.
Dans la nuit polaire, elle s’éloigne des siens, rongée par le froid, la faim et la solitude. Roman de formation, on va dès lors suivre Uqsuralik face à une nature hostile, essayant de survivre par la chasse et la pêche. Mais aussi par son esprit et c’est sans doute l’un des points forts du livre qui fait la part belle à cette part indissociable de la culture inuit, le chamanisme et les récits véhiculés par la culture orale. Le récit est entrecoupé de nombre de ces «chants», légendes ou prédictions, relation de faits divers ou modes d’emploi poétiques. C’est l’une de ces «visites» qui va sauver Uqsuralik au moment où elle décide de renoncer à lutter et se dit que la mort devrait maintenant venir la prendre. Mais son heure n’est pas encore venue.
Elle résiste et se bat jusqu’à ce que sa route finisse par croiser celle d’un groupe de chasseurs. Une rencontre qui va lui permettre de construire une nouvelle famille, de se trouver un mari, du moins le pense-t-elle. Il lui faudra toutefois pourtant déchanter. Un matin, à son réveil, elle constate qu’elle a été abandonnée. Seule Ikasuk, sa chienne, lui est restée fidèle.
Commence alors une nouvelle odyssée, rendue plus aléatoire encore lorsqu’elle se rend compte qu’elle est enceinte. L’épisode de la naissance de sa fille Hila est un autre épisode marquant de cette odyssée qui va suivre Uqsuralik jusqu’à sa mort et qui va progressivement nous dévoiler l’histoire, l’art et la manière de vivre d’un peuple qui est aujourd’hui frappé au cœur par le réchauffement climatique.
Avec ce roman lumineux Bérengère Cournut nous laisse aussi, en quelque sorte, un testament. Car contrairement à elle, j’ai eu la chance il y a quelques années de me rendre au Groenland et de constater que son récit est malheureusement un hommage à un peuple qui s’est tourné vers le «progrès». La banquise disparaît peu à peu, les Inuits se sédentarisent et doivent lutter contre le désœuvrement, l’alcool et la drogue. La chasse et la pêche font davantage partie du folklore que d’un besoin vital et les motoneiges ont largement remplacé les traineaux, au grand dam des chiens qui souffrent eux aussi d’étés de plus en plus chauds. Il est du reste symptomatique que le cahier de de photos qui accompagne l’ouvrage, avec notamment ce superbe portrait de Magito, jeune Inuit de Netsilik, dans le Nunavut (Canada) date du début de ce siècle.

COURNUT_Magito_portrait© Photo anonyme, 1903-1905 Bibliothèque nationale de Norvège

Mais cela n’en rend que plus précieux ce superbe récit, que le dessinateur Deligne dans le quotidien La Croix illustre de manière saisissante.

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De pierre et d’os
Bérengère Cournut
Éditions Le Tripode
Roman
219 p., 19 €
EAN 9782370552129
Paru le 29/08/2019

Où?
Le roman se déroule sur la banquise, entre Groenland et Canada.

Quand?
L’action se situe à l’époque contemporaine, il y a quelques années

Ce qu’en dit l’éditeur
Les Inuits sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l’Arctique depuis un millier d’années. Jusqu’à très récemment, ils n’avaient d’autres ressources à leur survie que les animaux qu’ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d’animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L’eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu’accompagne parfois le battement des tambours chamaniques. » (note liminaire du roman)
Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuite de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.
Deux ans après son roman Née contente à Oraibi, qui nous faisait découvrir la culture des indiens hopis, Bérengère Cournut poursuit sa recherche d’une vision alternative du monde avec un roman qui nous amène cette fois-ci dans le monde inuit. Empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, De pierre et d’os nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo.
Édition augmentée d’un cahier de photographies.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
Libération (Frédérique Roussel)
Les Échos (Alexandre Fillon)
Toute la culture (Marine Stisi)
Blog Le coin lecture de Nath 
Blog La soupe de l’espace 
Blog Girl kissed by fire 
Le blog de Argali 
Blog Lecturissime 

Le 19 janvier dernier, à l’occasion de la Nuit de la lecture, Bérengère Cournut a présenté son roman inuit De pierre et d’os à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle. Elle était accompagnée de l’anthropologue Joëlle Robert-Lamblin, spécialiste de l’Arctique. La rencontre était introduite par Gildas Illien, directeur des bibliothèques et de la documentation. © Production remue.net

INCIPIT (Les premières pages du livre)
NOTE LIMINAIRE
Les Inuits sont les descendants d’un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l’Arctique depuis un millier d’années. Jusqu’à très récemment, ils n’avaient d’autres ressources à leur survie que les animaux qu’ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d’animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L’eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu’accompagne parfois le battement des tambours chamaniques.

PREMIÈRE PARTIE  UQSURALIK
C’est la troisième lune depuis que le soleil a disparu derrière la ligne d’horizon – et la première fois de ma vie que j’ai si mal au ventre. Me décoller du corps chaud de ma sœur et de mon frère, me dégager des peaux qui nous recouvrent, descendre de la plate-forme de glace.
Sous son dôme, ma famille ressemble à une grosse bête roulée sur elle-même. D’ordinaire, je respire comme tous du même grognement de mon père, mais cette nuit une douleur me déchire et m’extraie. Enfiler un pantalon, des bottes, une veste – me glisser hors de la maison de neige.
L’air glacé entre dans mes poumons, descend le long de ma colonne vertébrale, vient apaiser la brûlure de mes entrailles. Au-dessus de moi, la nuit est claire comme une aurore. La lune brille comme deux couteaux de femme assemblés, tranchants sur les bords. Tout autour court un vaste troupeau d’étoiles.
La lumière faible et bleutée qui tombe du ciel révèle sous moi un liquide sombre et visqueux. J’approche mon nez de la neige : on dirait que mon ventre délivre du sang et des foies d’oiseaux. Qu’est-ce encore que cela ?
Penchée sur la flaque, je n’ai pas entendu le grondement au loin. Lorsque je sens la vibration dans mes jambes, il est trop tard : la banquise est en train de se fendre à quelques pas de moi. L’igloo est de l’autre côté de la faille, ainsi que le traîneau et les chiens. Je pourrais crier, mais cela ne servirait à rien.
L’énorme craquement a réveillé mon père, il se tient torse nu devant l’entrée de notre abri. Portant la main à sa poitrine, il me lance sa dent d’ours accrochée à un lacet. Il me jette également un lourd paquet, au bruit mat. C’est une peau roulée serrée. Le harpon qui l’accompagnait s’est brisé sous son poids. J’en récupère le manche, tandis que l’autre partie s’enfonce dans la soupe de glace. Disparaissant lentement, la flèche fait un bruit étrange de poisson qui tète la surface.
La silhouette de ma mère se dresse maintenant au côté de mon père. Ma sœur et mon frère sortent l’un après l’autre du tunnel de l’igloo. Nous ne disons rien. Bientôt, la faille se transforme en chenal, un brouillard s’élève de l’eau sombre. Petit à petit, ma famille disparaît dans la brume. Le cri de mon père imitant l’ours me parvient, de plus en plus lointain – jusqu’à s’éteindre tout à fait. Un silence lugubre envahit mes oreilles et me raidit la nuque.
Avant que le brouillard n’engloutisse tout, je ramasse l’amulette et la passe autour de mon cou. À quelques pas de là gît la peau roulée – c’est celle d’un ours. Par chance, mon couteau en demi-lune est resté dans la poche de ma parka. J’utilise son manche en ivoire pour dénouer les liens. Le harpon va me manquer cruellement. Mon père devait être ému pour rater un tel lancer.
Le brouillard qui sort de la faille s’épaissit à présent. La lumière de la lune n’est plus qu’un halo diffus. Je dois me diriger à l’oreille, en me fiant au bruit de l’eau et des glaçons. Le manche du harpon me sert à sonder la glace devant moi, et ne pas passer au travers.
Soudain, un crissement attire mon attention. Craignant un nouvel effondrement, je m’allonge et j’attends. Si une crevasse se forme sous moi, elle ne fera pas tout de suite la taille de mes membres écartés. Bizarrement, le bruit se prolonge, mais ne se déplace pas. On dirait que quelque chose remue quelque part. Ça grogne, ça souffle, ça fouit. Mon cœur se serre : et s’il s’agissait d’un esprit lancé à ma poursuite ? Et si la faille était l’œuvre de Torngarsuk ? Et si cet être maléfique abattait sur moi son énorme bras pour m’écraser comme un moustique ? Tout en sachant que c’est dérisoire, je rabats la peau d’ours sur ma tête. Et continue de guetter par en dessous ce qui se passe.
À quelques pas, la neige se soulève comme une vague. Un frisson d’épouvante me parcourt l’échine… pour finir en sursaut de joie : c’est Ikasuk qui se dresse devant moi ! La meilleure chienne de mon père. Elle et quatre jeunes chiens devaient être enfouis là, sous un monticule de neige, lorsque la banquise s’est fendue. Ils aboient. Le reste de la meute répond au loin, mais le vent couvre bientôt ces voix fantomatiques. Je suis seule – avec cinq chiens fraîchement sortis du néant.
Me relevant, j’observe les jeunes mâles. Ils ont une envie furieuse de sauter à l’eau. Je m’approche d’eux, je ne bouge pas, je ne dis rien. Ils me regardent d’un air sournois. Ils ont l’air de penser que j’y suis pour quelque chose, que cette situation est ma faute. Je m’avance pour leur faire face.
Soudain, l’un d’eux bondit vers moi. Je me jette sur un tas de neige pour lui échapper. Les autres grognent, les babines retroussées. Passé par-dessus ma tête, le chien a atteint l’endroit où je me tenais lorsque la banquise s’est fendue. Il est comme fou. Il grogne, il gratte, se déchire la gueule sur la glace. Il est en train de dévorer le sang coagulé qui s’est échappé de mon ventre.
Les trois autres mâles me scrutent désormais comme une proie. Je me lève brusquement et crie le nom d’Ikasuk. D’un bond, la chienne se place entre eux et moi. Le premier mâle, qui est de l’autre côté, me saute sur le dos. Ikasuk fait volte-face. Il y a des jappements, des grognements, des coups de dents. Enfin, un hurlement strident : la chienne a saisi la gorge de son adversaire entre ses mâchoires, du sang frais coule sur la neige. Sans relâcher son étreinte, elle fixe les trois autres d’un œil vif. C’est elle qui domine, prête à me défendre. Les jeunes mâles se rendent sans insister. Ils la regardent maintenant comme s’ils venaient simplement de jouer avec elle une bonne partie autour d’un os.

Extraits
« CHANT DU PÈRE
Aya aya !
La nuit est tombée
Nous avons marché
La banquise s’est brisée

Aya aya !
J’avais une fille
L’eau a ouvert sa bouche
Pour me l’enlever

Elle est seule
Avec une dent d’ours
Et quelques chiens
Je n’entends plus ses pas
Je ne vois pas son chemin

Ce matin, la banquise m’a parlé
Bientôt, bientôt le jour va se lever
Et dans une poche de nuit
Elle va trouver quelqu’un à qui parler
Et tout oublier

En attendant, nous sommes toujours son père
Nous sommes toujours sa mère
Nous sommes toujours sa sœur et son frère
Aya, aya !

On se retrouvera plus tard
Un jour, au fond de l’eau
Au royaume de Sedna
Aya, aya »

« Sur le bloc de glace, un ours était en train de chasser. Il avait probablement vu mon père, mais ne s’en souciait guère, étant donné qu’il était seul et sans chien. Le vent venait du large, et peut-être qu’il ne m’a pas sentie. En tout cas, désormais, nous étions deux près de lui.
Quand je suis arrivée à sa hauteur, mon père avait l’œil qui brillait. “Tu as vu cet ours la première, n’est-ce pas? Il est donc pour toi.” Me tendant son fusil d’une main, de l’autre, il a saisi la lance que j’avais ramenée. Son harpon sur le dos, il a sauté d’un bloc de glace à l’autre – jusqu’à atteindre la zone où se tenait l’ours. Dérangé, l’animal a plongé dans l’eau, mais sans renoncer à sa partie de chasse: il est remonté sur la glace quelques mètres plus loin. Mon père a alors armé son harpon et tiré dans sa direction, … »

« Jusqu’ici, j’avais toujours évité de penser à la façon dont ma famille avait pu survivre ou non à la fracture de la banquise.
Maintenant, je suis tourmentée. Ont-ils été engloutis vivants par les glaces? Ont-ils d’abord eu faim sur une plaque à la dérive? L’un d’eux a-t-il été broyé par la débâcle? Ou ont-ils eu la chance de disparaître tous ensemble dans une crevasse?
Les jours qui suivent, je ne demande plus rien. Mais chaque fois que je dois allaiter Hila en silence, des images me hantent. Sauniq cajole ma fille aussi souvent que c’est nécessaire pour elle et pour moi. Sa présence apaise les cris de cette enfant qui vient de naître et qui n’est jamais rassasiée, ni de lait ni de chaleur – allez savoir pourquoi. » p. 91

« En tirant ses cheveux
Ma petite mère Hila
A précipité la mort du Vieux
Et vengé son père
En t’associant de ton côté
À l’ étranger nommé Naja
Tu t’apprêtes à voyager au-delà
Des mondes perçus par la plupart d’entre nous
Uqsuralik, ma dernière-née
Ne dis à personne que ton initiation a commencé
Ou bien tes visions seront brouillées, emprisonnées
Uqsuralik, ma dernière-née
Ne dis à personne que les esprits t’ont visitée
Ou bien tes pouvoirs seront brimés, entravés
Les femmes puissantes
Encourent d’abord
Tous les dangers

Je dis merci à l’étranger
Qui a surgi un jour
Pour soigner Hila
Je dis merci
À mon gentil mari
Je dis merci à Naja »

« Dans la grande maison, la nouvelle de ma grossesse a égayé le cœur de la nuit. L’ivresse polaire était déjà palpable avant, mais mon chant a libéré une joie plus grande encore – et un besoin d’union des corps. Sans que le meneur des jeux ait besoin de formuler quoi que ce soit, les lampes sont éteintes, des silhouettes commencent à s’étreindre. Lors de ces nuits-là, maris et femmes sont échangés de bonne grâce. On tâte de nouvelles peaux, on goûte d’autres chairs, on hume des plis et des creux inconnus.
Les gorges roulent, les fesses glissent, les seins sautillent dans les paumes, les mains claquent dans les dos et sur les cuisses. C’est un moment où le groupe vit intensément et, parfois, des enfants longtemps attendus naissent de ces nuits-là. »

« J’ai sans cesse envie de rire et, lorsque je m’approche du rivage, j’entends les palourdes qui claquent sous la glace. Si j’avance seule sur la banquise, je perçois la mer qui bouge en dessous, je sais qu’elle rit avec moi. Cette
fois, j’en suis certaine: un enfant est là.
Au-dehors, je ne laisse rien paraître. Je n’ai rien dit à Naja, tant je redoute que le fœtus ne se soit pas fait en moi un habitat durable. »

À propos de l’auteur
Bérengère Cournut est née en 1979. Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, où l’eau se mêle à la terre (L’Écorcobaliseur, Attila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushkaïa, L’Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L’Oie de Cravan, 2013). En 2017, elle a publié Née contente à Oraibi (Le Tripode), roman d’immersion sur les plateaux arides d’Arizona, au sein du peuple hopi. Dans la même veine est paru en août 2019 De pierre et d’os, un roman sur le peuple inuit, pour lequel elle a bénéficié d’une résidence d’écriture de dix mois au sein des bibliothèques du Muséum national d’histoire naturelle, financée par la région Île-de-France. Entretemps, un court roman épistolaire lui est venu, Par-delà nos corps, paru en février 2019. (Source: Éditions Le Tripode)

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Une immense sensation de calme

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En deux mots:
La narratrice de ce roman aussi rude que poétique, va tenter de survivre dans une nature hostile. En suivant Igor, elle va tenter de conjurer la guerre, la maladie et la noirceur des âmes.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Le jeu des feuilles a traversé l’oubli»

Dans un premier roman qui sonde les âmes dans une nature hostile, Laurine Roux nous livre un superbe conte où la brutalité et l’instinct de survie se mêlent à la poésie et aux légendes.

Pour cette chronique, je souhaite commencer par rendre hommage à un auteur que je n’ai pas lu, mais qui est à l’origine d’une très belle initiative, le blog intitulé Le Off des auteurs et qui s’attache à demander aux auteurs en tous genres de raconter la genèse de leur livre. Cédric Porte a ainsi demandé à Laurine Roux de se prêter à l’exercice. Elle nous apprend ainsi que des amis de Sofia l’ont entraînée dans une équipée vers la Mer Noire, plus précisément à Irakli Beach. « On dort dans les bois, passe la journée sur la plage. Le temps ralentit, à l’image des pas dans le sable. Petit à petit, un état d’abandon me gagne. Une perméabilité aux éléments, jusqu’à ce bain de minuit au milieu du plancton luminescent. Le ciel se confond à la mer, le pelagos aux étoiles, et la nudité du corps dans cette immensité brute, magique et primordiale fait de ce moment une épiphanie. Le lendemain, l’instant continue d’irradier. Kyro, l’un des amis, reste longtemps face à la mer. Ses cheveux forment des figures géométriques variables avec le vent. Il semble s’effacer. Rentrée en France, cette image ne me quitte pas. Elle contient une puissance et un hors-champ dont je ne sais que faire. Je perçois qu’il est question de porosité entre la vie et la mort, l’homme et la nature, mais surtout que cette silhouette augure la possibilité d’une disparition sereine. J’écris une trentaine de pages, uniquement descriptives. Petit à petit, les contours de Kyro s’estompent. Un personnage prend chair, un espace s’ouvre. Igor et la taïga. »
Et effectivement ce qui frappe d’abord en lisant ce livre, c’est que la nature y joue les premiers rôles, personnage à part entière comme dans les livres de nature writing, comme disent les américains. Ici la nature est rude, le climat difficile, les éléments hostiles. Mais en même temps, c’est cette même nature qui livre les clés pour survivre et qui sert de grand ordonnateur. C’est ainsi qu’à la sortie de la saison froide la chasse et la pêche reprennent leurs droits. Quand la narratrice – dont on ne saura pas le nom – va relever ses nasses, elle croise un Igor. « Il répond à des instincts. De même qu’on ne demande pas à un renard pourquoi il creuse un terrier, on ne peut exiger d’Igor qu’il explique pourquoi courir dans cette direction plutôt qu’une autre. Il en est incapable. C’est un animal. J’aurais pu le deviner dès ce premier jour. » Presque sans échanger un mot, elle va le suivre comme une évidence. Jusqu’à l’Invisible, jusqu’à l’hiver. Jusqu’à cette nuit où il part dans l’obscurité avec son ami Tochko. « Lors de cette nuit, je découvre l’importance du renoncement. Je comprends qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications. Les minutes qui passeront seront mes compagnes. Les heures et les jours, des frères d’attente. Je les remplirai de jeux en attendant son retour. Car à chaque fois il reviendra. À cela non plus il n’y aura pas d’explication. Alors je me rendors dans la vapeur d’os et de viande. »
Alors que le froid commence à percer les vêtements, on va découvrir petit à petit le passé de ce petit groupe de personnes, comprendre qu’une guerre a laissé des traces indélébiles depuis un demi-siècle, que ceux qui vivent là sont des survivants qui ne peuvent que se rattacher à la nature et aux légendes. Ces histoires qui parsèment le récit et lui confère une dimension aussi poétique que mystique : « Chaque deuxième lune de l’automne, au moment où les arbres décharnés tapissaient le sol de feuilles orange et rouges, elle allumait un feu dans la cheminée, posait le pot de sel à ses pieds et se mettait à chanter. Elle s’adressait aux esprits du Grand-Sommeil et leur demandait de venir écouter ce qu’elle avait à leur dire. Elle chantait jusqu’à ce qu’ils arrivent. Alors elle s’arrêtait et fermait ses paupières, sa voix devenait profonde et basse. Elle leur demandait de prendre soin d’Ama qui avait disparu trop tôt; de lui apporter un peu de joie car elle n’en avait pas suffisamment eu; ensuite, elle chargeait les esprits de lui transmettre de nos nouvelles. Quand elle était sûre qu’ils écoutaient, elle racontait l’année qui venait de s’écouler. Le travail de la terre, les récoltes, les maladies. Puis elle rassurait Ama à mon sujet, se réjouissait que je devienne une robuste et honnête jeune fille. Elle n’oubliait jamais de rapporter les naissances, les morts et les mariages. Cela durait jusque tard dans la nuit. Baba ne voulait omettre aucun détail. Enfin, quand elle estimait que c’était assez, elle prenait une poignée de sel et la jetait dans le feu. Si les grains devenaient étincelles, les esprits acceptaient de transmettre le message. Elle en jetait encore une. Chaque grain contenait l’un des mots qu’elle avait prononcés. Ainsi, les messagers pouvaient les faire passer dans le monde du Grand-Sommeil. De minuscules langues de lumière crépitaient dans la nuit avant de se volatiliser dans l’au-delà. Lorsqu’elle avait fini, elle me faisait venir à côté d’elle et me caressait la tête. Il me semblait que sa paume, constellée de résidus de sel, contenait toute la voûte céleste. J’étais dedans et dehors à la fois. »
Avec une plume ciselée dans le bois et le sang, dans la neige et la cendre, Laurine Roux va nous offrir le passé des personnages nés dans un monde cruel, celui d’Igor mais aussi celui de la narratrice et de ses parents. Et comme tout ce beau roman est construit sur les contradictions, les antagonismes, on ne sera pas étonné de voir la nature qui ne pardonne rien offrir de quoi guérir les maux. Ni de constater que dans un univers aussi oppressant des valeurs telles que la transmission et la solidarité vont aussi trouver leur place. Parce que le désespoir n’est jamais sûr…

Une immense sensation de calme
Laurine Roux
Éditions du sonneur
Roman
128 p., 15 €
EAN : 9782373850765
Paru en janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les «Invisibles», parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les autres critiques
Babelio 
Remue.net (Jacques Josse)
Causeur.fr (Jérôme Leroy)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog de Marc Villemain (éditeur de Laurine Roux)

Les premières pages du livre:
À présent il faut que je raconte comment Igor est entré dans ma vie. C’était la fin de la saison froide, j’avais passé l’hiver dans la maison des frères Illiakov.
Un matin, un homme arrive près du lac où je ramasse les nasses. C’est lui. À une centaine de pas de moi, il s’immobilise. Un oiseau aux ailes larges traverse le ciel, Igor sourit. Mille ans de solitude et de détermination frémissent à ses lèvres. Il se tient au bas de la falaise et regarde là où les hommes ne peuvent aller. Je le vois se plaquer à la paroi. Sa main est grise comme le caillou, son esprit dur comme le calcaire. J’ai l’impression qu’il va être avalé par la montagne, appelé par ses rondeurs de femme. Lui la comprend avec ses doigts. Bientôt ils évoluent ensemble, amants sauvages que la nature réunit clandestinement.
Igor n’est pas un homme. Il répond à des instincts. De même qu’on ne demande pas à un renard pourquoi il creuse un terrier, on ne peut exiger d’Igor qu’il explique pourquoi courir dans cette direction plutôt qu’une autre. Il en est incapable. C’est un animal. J’aurais pu le deviner dès ce premier jour. Tout était déjà inscrit dans ce corps-à-corps avec la roche. J’aurais également pu me douter que beaucoup de mes questions resteraient sans réponse.
Il grimpe le long de la falaise. Ne regarde pas en bas. Son esprit se disperse dans chacune de ses cellules, condensé dans l’effort, sans aucun autre but que celui de former le geste pur. Bientôt mon corps est secoué, aspiré vers le sien. Mais Igor continue à monter sans se préoccuper de moi. Alors je sais. Il faudra attendre. Je ne serai pas seule. Il y aura les algues et le vent. Les cristaux, la glace et le sang. La terre est sa couche, la pierre sa maîtresse. À l’image des animaux qui n’ont pas de partenaire d’élection, Igor fait feu de tout bois. Pour lui, l’amour est partout. Quand il passe une journée à couper des bûches, son corps entier tend vers la matière. On peut parler d’amour. Mais je crois, après tant d’années, que le mot n’est pas complètement juste. Dans son cas, le désir provoque des arrêts et des observations. Il examine, explore. Son amour est pareil à la glace qui brûle à force de froid. »

Extraits
« C’est à peu près à cette époque que je suis allée habiter chez Baba. Apa ne pouvait plus s’occuper de moi. Depuis que nous n’allions plus à l’hôpital, il avait les yeux de plus en plus rouges et mouillés. Petit à petit il s’était transformé en tas de feuilles mortes. Jusqu’à être complètement mort.
Cela fait longtemps que je n’ai pas pensé à Ama et Apa. Ils sont rangés dans ma tête comme de vieux habits d’un autre temps qu’on a fini par délaisser. Et un jour, sans trop savoir pourquoi, on les retrouve au fond de l’armoire. Le temps les a abîmés. Ils sentent le renfermé. Mais quelque chose reste intact à travers les ans. Le jeu des feuilles a traversé l’oubli. Si j’arrive à marcher uniquement sur les brunes, peut-être qu’Igor reviendra ? Mais je ne suis plus une petite fille. Il faut être raisonnable. Ama n’a pas guéri. Alors j’arrête de jouer. »

« Les deux femmes se jaugèrent. Puis Kolia déposa les fruits dans sa robe et, quand elle eut fini, attrapa une pomme. Lorsqu’elle mordit dedans, le jus coula le long de son menton, dégoulina dans son cou, sur son ventre et son sexe pour finir dans l’eau, traçant un chemin de désir qui disparut dans le courant. L’insolente beauté provoquait la vieillesse. Grisha continua à la dévisager avec froideur. Au début du troisième mois, l’aïeule attendit, à découvert devant le mélèze. Kolia remontait le cours de l’eau et s’arrêta au niveau du panier. Elle observa un moment la vieille qui n’était pas à sa place habituelle puis, après quelques secondes, prit les fruits et s’en alla. Cela dura trente jours. Le quatrième mois, la vieille Grisha resta à mi-chemin. Le cinquième, à quelques pas. Chaque mois elle se rapprochait, jusqu’au neuvième où elle se posta à côté du panier. Kolia finit par arriver, son ventre distendu par la grossesse aussi ferme que la peau des fruits.
Les deux femmes se trouvaient si proches qu’elles auraient pu se toucher. Mais ni l’une ni l’autre ne s’y risquèrent. Et chaque jour de ce dernier mois elles se contentèrent de rester l’une et l’autre à portée de main, s’examinant avec défiance. Kolia glougloutait en avalant les pommes et Grisha, dont le corps était devenu sec, contemplait sa voracité. Qui les eût aperçues de loin eût pu croire à une mère venant nourrir sa fille. Car au terme de ces neuf mois, on pouvait dire que les deux femmes s’étaient inextricablement liées, chacune ayant fini par apprivoiser l’autre. »

À propos de l’auteur
Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes. (Source : Éditions du Sonneur)

Page Facebook de l’auteur 
Blog de l’auteur (pattes de mouche et autres saletés)

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À la mesure de l’univers

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En deux mots
Ce roman atteint à l’universel en retraçant plus d’un demi-siècle de l’histoire islandaise à travers le portrait d’un homme de retour au pays après un exil au Danemark, de sa famille et de ses amis. Porté par une écriture poétique, il nous livre quelques magnifiques leçons de vie.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

À la mesure de l’univers
Jón Kalman Stefánsson
Éditions Gallimard
Roman
Traduit de l’islandais par Éric Boury
448 p., 22,50 €
ISBN: 9782070179312
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Islande, principalement à Keflavík, mais également à Reykjavik et tout au long de villages aux noms imprononçables. Un séjour à Copenhague est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe d’une part de nos jours avec des retours en arrière dans les années quatre-vingt et dans les années soixante avec l’évocation d’épisodes précédents, notamment durant la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Et maintenant, il est trop tard, répond Ari, pétri de remords. Anna esquisse un sourire, elle lui caresse à nouveau la main et lui dit, quelle sottise, il n’est jamais trop tard tant qu’on est en vie. Aussi longtemps que quelqu’un est vivant.»
À la mesure de l’univers est la suite du roman D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Ari rentre en Islande après avoir reçu une lettre de son père lui annonçant son décès imminent. Le jour se lève sur Keflavík, l’endroit le plus noir de l’île, à l’extrémité d’une lande à la végétation éparse et battue par les vents. Ici, la neige recouvre tout mais, partout, les souvenirs affleurent. Ari retrouve des connaissances qu’il n’a pas vues depuis des années. Ses conversations et ses rencontres le conduisent à s’interroger et finalement à accepter son passé : les deuils, les lâchetés, les trahisons, afin de retrouver celui qu’il était, et qui s’était perdu «au milieu du chemin de la vie».
Comme dans la première partie de son diptyque, Jón Kalman Stefánsson entremêle les époques, les histoires individuelles et les lieux : le Norðfjörður, dans les fjords de l’Est, où évoluent Margrét et Oddur, les amants magnifiques, et Keflavík, ce village de pêcheurs interdits d’océan, très marqué par la présence de la base militaire américaine. Dans une langue à la fois simple et lyrique, nourrie de poésie et de chansons de variétés, agissant comme autant de madeleines de Proust, l’auteur nous parle de mort, d’amour, de lâcheté et de courage. Mais ce récit délivre aussi un message d’espoir : même si le temps affadit les plus beaux moments, ces derniers restent vivants au cœur de l’homme, car le langage a le pouvoir de les rendre éternels. L’amour est le ciment et la douleur du monde.

Ce que j’en pense
« Nous sommes à Keflavík. Cette ville excentrée et surprenante, ses quelques milliers d’habitants, son port vide, son chômage, ses concessionnaires automobiles, ses camionnettes à hamburgers, et cette terre si plate que, depuis le ciel, on dirait une mer étoilée. Par les matins calmes, le soleil nous offre son éruption muette. Le feu naît, loin derrière les montagnes, il est cette force grandiose surgie de l’abîme, capable de soulever le ciel, de tout transformer, et de faire reculer le noir de la nuit. Puis l’astre du jour se lève. C’est d’abord cet embrasement qui efface les étoiles bienveillantes, il surgit et s’élève, majestueux, au-dessus de la péninsule de Reykjanesskagi. Lentement, il se lève, et nous sommes vivants. » Dès le prologue, le lecteur est pris par la langue de Jón Kalman Stefánsson tout comme par la nécessité vitale exprimée par l’auteur de situer géographiquement son œuvre. Car, comme c’était le cas pour D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, dont ce roman est en quelque sorte la suite, le personnage principal du livre est cette terre d’Islande, son histoire, sa géographie et ses légendes.
Nous avons rendez-vous dans le vieux quartier de Keflavík où habite Jakob, un pêcheur qui vit ses derniers instants. C’est son fils Ari qui va dérouler l’histoire familiale. Une histoire à la hauteur de la géographie, rude, passionnée, entière. Une histoire qui commence par un amour aussi fort que violent. Quand Jakob rencontre sa future épouse, il l’aime « si ardemment que c’était parfois une douleur, il avait eu avec elle trois enfants, un triple avenir, un triple bonheur.»
Réciproquement, sa mère « est tellement fougueuse qu’elle a mordu Jakob à l’épaule de retour de campagne de pêche au hareng ». Car l’île vivait alors sa grande mutation, celle qui bouscule une économie principalement basée sur la pêche vers ce qu’il est convenu d’appeler la modernité. De l’après-guerre, on passe aux années soixante: « Presley est en train de devenir plus grand que lui-même, les Soviétiques lancent des satellites les uns après les autres, ils les envoient renifler l’atmosphère. Laïka, une chienne errante âgée de trois ans, est à bord d’une des fusées. Elle grogne et aboie, effrayée par les étoiles, puis meurt, solitaire, si loin de la vie, au service de la science. » Les étudiants cherchent une nouvelle voie, déchirés entre l’appel de la mer et l’envie de s’ouvrir à des nouveaux horizons. Les histoires d’amour naissent, les couples se font puis se défont. Même si elles passent quelquefois comme une étoile filante, les femmes jouent un rôle essentiel, contrairement à ce que l’on peut penser des «virils» islandais. La vie suit son cours entre bonheurs et malheurs, car « la vie n’a sans doute pas de bonheur en quantité suffisante pour tout le monde », entre drames et aspirations à une meilleure situation.
« Et c’est ainsi, ainsi que va la vie, ainsi que vont les systèmes solaires au-dessus de l’Islande en ces années 1981 et 1982. Le monde avance avec son cortège d’événements, deux cents personnes, hommes, femmes et enfants, égorgés de nuit au Guatemala, l’armée polonaise continue de s’inquiéter, M. Brejnev, l’homme le plus puissant d’Union soviétique, commence à se fâcher, et Ronald Reagan, le président des États-Unis, a le quotient intellectuel d’un toutou et les capacités émotionnelles d’un revolver. »
Jón Kalman Stefánsson sait mieux que personne mettre en musique la chronique des jours qui passent. En détaillant le futile, en s’attardant à une chanson, à une actualité, à un fait divers. Ce faisant, il nous révèle son secret tout en nous livrant une philosophie de vie qui vaut autant pour les nations que pour les individus : « celui qui ne connaît pas passé, ou qui refuse de l’assumer, se perd immanquablement dans le futur. Celui qui veut avancer doit parfois d’abord consentir à retourner en arrière. »
À se plonger par exemple dans les vieilles légendes et dans les recueils de poésie, extraordinaires compagnons de route. Les magnifiques lignes qui suivent devraient suffire à vous persuader de découvrir cette superbe ballade islandaise… « Les poèmes sont bien utiles, ils peuvent vous servir de couverture quand le froid enserre le monde, ils peuvent être des grottes à l’écart du temps, des grottes dont les parois sont ornées d’étranges symboles, mais ils sont une piètre consolation quand vos os sont éreintés, quand la vie vous a éconduit ou quand, le soir, votre tasse de café est la seule chose qui vous réchauffe les mains. »

Autres critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Maurice Mourier)
Blog La lectrice (Cécile Pellerin)
Le Temps (Mireille Descombes)
Blog D’une berge à l’autre 
Blog Estampilles 
https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=6ef229a2-2869-4d50-9932-1c687e4cf626
France culture, émission « La grande table » par Olivia Gesbert – Lettres d’Islande.

Les premières pages du livre

Extrait
« Mais le ciel d’hiver au-dessus du village est parfois d’une grande beauté, tout parsemé d’étoiles et d‘aurores boréales, et les matins de printemps sont parfois si paisibles qu‘on entend les poissons ouvrir et fermer la bouche au fond de l‘océan qui s’étend à perte de vue… L‘herbe de Sandgerdi est parfois comparée à des couteaux émeraude sortis du sable noir, elle croît un peu partout, égayant le paysage. Certains habitants du village possèdent quelques moutons qu‘ils gardent comme un souvenir de la campagne dont ils sont originaires, et quand les animaux paissent tranquillement à l‘extérieur, les belles journées d’été, on tend vers une sorte d’harmonie. Il souffle pourtant souvent de grosses tempêtes, le village est ouvert à tous les vents, et rien ne les arrête. Les bourrasques forcissent, les maisons vibrent, le ciel tremble, les bateaux se cognent à la jetée, un chat est emporté vers la mer ou bien vers la lande en fonction de la direction du vent qui arrache l‘herbe et l‘emporte avec lui. Quand la tempête retombe, l’herbe a disparu, tout est noir autour de Sandgerdi et la lumière du jour si pâle qu‘on dirait que la nuit jamais ne prendra fin. » (p. 78)

À propos de l’auteur
Après ses études au collège, qu’il termine en 1982, Jón Kalman Stefánsson travaille dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie. De 1986 jusqu’en 1991, ils suit des études de littérature à l’université sans les terminer. Il donne ensuite des cours dans différentes écoles et rédige des articles pour un journal, à Copenhague. Il rentre en Islande et, jusqu’en 2000, s’occupe de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbaer. Depuis, il se consacre à l’écriture de contes et de romans. (Source : Babelio.com)

Site Wikipédia de l’auteur 

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L’été en poche (7)

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Le grand marin

En 2 mots
Lili décide quitter la Provence pour pêcher en Alaska. A bord du Rebel, elle va découvrir des conditions de travail dantesques, un peu d’amour et le goût de l’absolu. Au-delà du récit d’aventure, cette quête ultime est tout simplement un grand roman.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Jérôme Garcin (BibliObs)
« Cette héritière sauvage de Conrad et Melville, qui écrit «J’aurais voulu être un bateau que l’on rend à la mer», a composé, sous sa yourte provençale, un étourdissant et rugissant premier livre dont la prose évoque l’inquiétant mugissement d’une corne de brume. »

Vidéo


Catherine Poulain présente son ouvrage «Le grand marin» © Production librairie Mollat.

L’été en poche (5)

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D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds

En 2 mots
Un Islandais retourne à Keflavík, où il retrouve ses souvenirs d’enfance et l’histoire familiale. Une évocation violente et pourtant poétique de la rude vie des pêcheurs, puis des mutations de la société islandaise. Quand le climat forge les âmes, les histoires locales touchent à l’universel.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Alexandre Fillon (le JDD)
« Ce livre est un grand roman dont la beauté et la force vous emportent. Jón Kalman Stefánsson s’y livre à une réflexion sur la condition humaine portée par un souffle et une grâce qui impressionnent d’un bout à l’autre. L’Islandais parle de l’amour, cette « étrange lumière », et du cœur, « un muscle fragile ». Du temps qui nous traverse comme une flèche, des assauts répétés du quotidien ou du pouvoir de la musique. L’ensemble frappe par sa puissance et laisse le lecteur ébloui, le cœur battant et la tête pleine de souvenirs. »

Vidéo


Jon Kalman Stefansson vous présente son ouvrage « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, chronique familiale aux éditions Gallimard. © Production Librairie Mollat.

Briser la glace

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Briser la glace
Julien Blanc-Gras
Éditions Paulsen
Récit de voyage
184 p., 19,50 €
EAN : 9782352211730
Paru en septembre 2016

En deux mots
« Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Un portrait tragicomique du Groenland. » C’est ainsi que Julien Blanc-Gras résume, avec beaucoup d’à-propos, ce joli récit de voyage.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Le roman se déroule au Groenland, allant de Kangerlussuaq à Nuuk, puis à Ilulissat et dans la baie de Disko, à Rodebay, Qeqertaq, Aasiaat et Kitsissarsuit.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. » Le ton est donné.
Une immersion polaire tout en finesse par un écrivain-voyageur au ton unique.
Ni aventurier, ni ethnologue, ni sportif, ce «Touriste» faussement candide relate un périple au Groenland où l’on croise des chasseurs de baleine et des aurores boréales, des pêcheurs énervés et des dealers fanfarons, des doux rêveurs et surtout des icebergs. Beaucoup d’icebergs.
En ville, devant les glaciers ou sur les flots, les rencontres incongrues et les panoramas grandioses invitent à la réflexion. Le Groenland est une des destinations les plus prisées des français, et en même temps une des plus mystérieuses. Julien Blanc-Gras est sans conteste un guide remarquable: il nous livre ici une vision de ce pays à la fois pleine d’humour, de sensibilité, et de connaissance.

Ce que j’en pense
Je me souviens avoir passé de très belles vacances au Groenland.
Je me souviens que ma première réflexion, après avoir posé le pays à Kangerlussuaq, aura été de traduire le nom du pays en français et compris que ce «pays vert» était en effet très verdoyant.
Je me souviens avoir été frappé par le beauté des paysages, par la majesté des icebergs, par l’hospitalité des habitants.
Je me souviens du choc des cultures entre ce peuple de chasseurs et de pêcheurs et leurs HLM, leurs antennes satellite et leurs gros 4×4.
Je me souviens aussi des baleines, des chiens de traîneau, des bœufs musqués et de l’absence d’ours.
Autant d’images que j’ai retrouvées à la lecture du récit de voyage de Julien Blanc-Gras. Pour une première incursion dans les pays du Nord, sa verve et sa curiosité font merveille. Durant un mois, il aura parcouru le pays de Nuuk, la capitale au petit village de Kitsissarsuit dans la baie de Disko.
Je partage sa fascination pour cette terre « brune, austère, dépourvue d’arbres dignes de ce nom. Simplement des arbustes aplatis par le vent, des buissons, des mousses et des lichens. » et son approche des pays qu’il traverse, mélange de notations prises sur le vif, d’une solide documentation et d’un humour qui entraîne le lecteur à ne plus lâcher ce délicieux guide.
Avec un sens de la formule qui fait mouche, il nous fait comprendre comment ce pays grand comme quatre fois la France, mais peuplé de moins de 60000 habitants, aura plus changé dans les dernières années que durant les siècles précédents : « Prenez un pêcheur dans un village au mode de vie traditionnel. Transplantez-le dans une cage à lapin pour en faire un chômeur urbain pourvu d’une télévision. Multipliez par quelques milliers. Récoltez les conséquences sociales et la réputation dégradée qui va avec. »
J’admire aussi la technique qu’il a élaborée pour mieux découvrir cette « gentille bourgade avec son port, ses artères bien tracées, son unique cinéma, ses fonctionnaires qui sortent du bureau pour faire un tour à la galerie marchande avant de rentrer dans leur maison colorée en saluant leur voisin. » Cette méthode pour apprivoiser l’âme du lieu est simple, même si elle n’a pas sans risque : « Je sors de l’aéroport et je file au bistrot. Je l’ai éprouvée de Bakou à Valparaiso et je n’ai jamais été déçu, il en ressort toujours quelque chose, un premier écrémage des passions locales, une piste à suivre, parfois des amitiés. J’entre dans le premier établissement qui croise ma route et j’en ressors vite car il n’est peuplé que de grands blonds – je n’ai rien contre les grands blonds, mais ce ne sont pas eux que je cherche aujourd’hui. Je traverse la rue et pousse la porte du Max, qui présente l’avantage d’accueillir une clientèle plus typique. C’est un pub. Boiseries, fléchettes et écran géant diffusant un match de handball allemand. Kiel a trois buts de retard à la mi-temps. On se canarde au comptoir avec jovialité et tristesse, comme dans tous les bars du monde où l’on vient chercher un peu de détente en engourdissant son cerveau. Un couple de quinquagénaires attablés s’enlace avec tendresse. Un trio féminin joue à papier-caillou-ciseaux en enquillant les shots sur le comptoir.
Le patron me souhaite la bienvenue, puis un pilier tente d’engager la conversation. Très bien, je suis venu pour ça. Nous n’avons hélas que peu de mots en commun. Le groenlandais, idiome officiel, n’a pas de racine indo-européenne. Comme toutes les langues de la famille eskimo-aléoute, elle est polysynthétique et ergative. Je ne comprenais pas exactement ce que cela voulait dire avant de m’être documenté, et après m’être documenté, je ne comprends toujours pas. »
Maintenant que vous avez compris à la fois la méthode et le style de l’auteur, je gage que vous n’aurez de cesse à la suivre dans ses pérégrinations qui vont vous réserver de belles surprises. Quelques coups de chaleur plus tard – avouez que la chose n’est pas évidente sous ces latitudes – une vraie réflexion in situ sur le réchauffement climatique et l’opportunité qu’il peut représenter ainsi que sur le destin de ces habitants – qui restent pour l’instant sous administration danoise – vous aurez tout à la fois appris des tas de choses aussi utiles que futiles, mais vous aurez surtout passé un bon moment de lecture. Un plaisir qu’il serait dommage de ne pas s’offrir.

Autres critiques
Babelio
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
Paris Match (Philibert Humm)
Le Bien Public (Françoise Monnet)
24 Heures (David Moginier)
Blog Encres & Calames
Café Powell 


Présentation du livre par l’auteur à Chamonix. Production tvmountain.com, octobre 2016.

Extrait

A propos de l’auteur
Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du « Prix du Premier Roman de Chambéry » pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l’adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015). (Source : Éditions Paulsen)

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Le Bureau des Jardins et des Étangs

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En deux mots
Après le décès par noyade de son mari, fournisseur officiel de carpes pour les étangs de l’empereur, sa veuve décide d’honorer une commande et part avec seize carpes. Un beau périple initiatique commence.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Le Bureau des Jardins et des Étangs
Didier Decoin
Éditions Stock
Roman
396 p., 20,50 €
EAN : 9782234074750
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à l’ouest de l’île de Honshu, dans la région de San’in au Japon. De Shimae on va cheminer vers Heankyō, Hongu et Tsugizakura

Quand?
L’action se situe au XIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Empire du Japon, époque Heian, XIIe siècle. Être le meilleur pêcheur de carpes, fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, n’empêche pas Katsuro de se noyer. C’est alors à sa jeune veuve, Miyuki, de le remplacer pour porter jusqu’à la capitale les carpes arrachées aux remous de la rivière Kusagawa.
Chaussée de sandales de paille, courbée sous la palanche à laquelle sont suspendus ses viviers à poissons, riche seulement de quelques poignées de riz, Miyuki entreprend un périple de plusieurs centaines de kilomètres à travers forêts et montagnes, passant de temple en maison de rendez-vous, affrontant les orages et les séismes, les attaques de brigands et les trahisons de ses compagnons de route, la cruauté des maquerelles et la fureur des kappa, monstres aquatiques qui jaillissent de l’eau pour dévorer les entrailles des voyageurs. Mais la mémoire des heures éblouissantes vécues avec l’homme qu’elle a tant aimé, et dont elle est certaine qu’il chemine à ses côtés, donnera à Miyuki le pouvoir de surmonter les tribulations les plus insolites, et de rendre tout son prestige au vieux maître du Bureau des Jardins et des Étangs.

Ce que j’en pense
Après Le Maître, le très taoïste roman de Patrick Rambaud, Monsieur Origami, le très artistique et poétique roman de Jean-Marc Ceci, voici Le Bureau du Jardin et des Étangs, le très romantique et parfumé roman japonais de Didier Decoin. Ce délicieux conte initiatique nous fait cheminer dans le Japon du XIIe siècle, dans le sillage de Miyuki qui vient de perdre son mari. Ce dernier était un pêcheur, chargé de fournir les poissons pour les étangs de la cité impériale. «Katsuro ne posait pas de questions. Il était le meilleur pêcheur de carpes de la Kusagawa».
Pour le village tout entier il est essentiel de continuer les livraisons afin de préserver un statut privilégié et pour Miyuki il est tout aussi important de poursuivre l’œuvre de son mari, même si la route jusqu’à la capitale n’est pas aisée à suivre. D’autant qu’elle devra faire la route chargée d’un lourd fardeau. Huit des plus vigoureuses carpes pêchées par Katsuro sont placées dans chacun des deux récipients qu’elle porte, amarrées à une perche.
Le courage et la détermination de Miyuki nous pourront toutefois éviter la perte de la quasi-totalité du précieux bagage. Ce sont à la fois les difficiles conditions topographiques, climatiques et les rencontres qu’elle va faire qui vont entraîner cette hécatombe. Dès lors, faut-il poursuivre la route ? La réponse viendra d’un sage homme qui croisera sa route, lui apportant par la même occasion la preuve qu’il n’y a pas que des personnages mal intentionnés sur sa route : « Il y a toujours du sens à continuer d’agir comme on doit dit Togawa Shinobu, même si l’on croit que cela ne sert plus à rien. Mon désir est de vous aider à prendre conscience de cette vérité. »
Okono Mitsutada, patron d’une barque de pêche, va lui proposer de la renflouer, moyennant un petit service. Elle s’offrira en tant que Yŭjo à un riche client et sera couverte de cadeaux. Miyuki accepte cette proposition non sans crainte, elle qui n’a jamais connu d’autre homme que son mari («quand il est mort nous étions encore en train de nous étonner l’un l’autre») et avait jusque-là refusé de jouer les «empileuses de riz».
Cette expérience va non seulement la transformer, mais révéler à son client le parfum étrange de sa concubine. C’est cet aspect qui va, au-delà des malheureuses carpes, plaire au directeur du Bureau des Jardins et des Étangs. Car en sa qualité de responsable de l’acclimatation des arbres aromatiques, il est le gardien du livre des mille odeurs et entend bien participer aux côtés de l’empereur au concours de compositeur de parfum. Le thème choisi est cette fois l’image d’une demoiselle des brumes franchissant un pont en dos d’âne.
Laissons au lecteur le soin d’imaginer quel rôle jouera Miyuki durant cette épreuve. Toujours est-il qu’elle pourra reprendre le chemin du retour vers son village – toujours autant parsemé d’embûches – enrichie d’expériences nouvelles. Il paraît que « les dieux avaient créé le néant pour persuader les hommes de le combler». Une jeune femme qui semblait traverser «la vie en sautillant d’une ignorance à l’autre» va nous apporter une preuve étincelante qu’il y a bien des manières de conjurer le sort. Et Didier Decoin va, une nouvelle fois, nous enchanter. En nous entraînant, après La pendue de Londres, sur un terrain aussi inattendu qu’éblouissant.

Autres critiques
Babelio
Télérama (Nathalie Crom)
Europe 1 (Le livre du jour – Nicolas Carreau)
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
RTL (Laissez-vous tenter – Bernard Lehut)
Blog À l’ombre du noyer

Télématin (Olivia de Lamberterie)

Extrait
« Les dieux avaient créé le néant pour persuader les hommes de le combler. Ce n’était pas la présence qui régulait le monde, qui le comblait: c’était le vide, l’absence, le désempli, la disparition. Tout était rien. Le malentendu venait de ce que, depuis le début, on croyait que, vivre, c’était avoir prise sur quelque chose, or il n’en était rien, l’univers était aussi désincarné, subtil et impalpable, que le sillage d’une demoiselle d’entre deux brumes dans le rêve d’un empereur.
Un monde flottant. »

A propos de l’auteur
Né en 1945, Didier Decoin est écrivain et scénariste. Il a vingt ans lorsqu’il publie son premier livre. Celui-ci sera suivi d’une vingtaine de titres, dont Abraham de Brooklyn (prix des Libraires), et John l’Enfer pour lequel, en 1977, il reçoit le prix Goncourt. (Source : Éditions Stock)

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Le grand marin

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Le grand marin
Catherine Poulain
Éditions de L’Olivier
Roman
384 p., 19 €
ISBN: 9782823608632
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Alaska où la narratrice se rend, quittant Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, en passant par New York, le Wyoming, le Nevada, Las Vegas, Seattle avant d’atterrir à Anchorage. Les ports de pêche de Kodiak, Seward et Dutch Harbour sont ses escales suivantes, rêvant d’atteindre Point Barrow.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures…
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de rembarquer.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Ce que j’en pense
****
Déjà couronné par de nombreuses distinctions, Le prix Mac Orlan, le prix Joseph Kessel, le Prix Henri-Queffélec, deux Prix Gens de mer et le Prix Ouest-France Etonnants voyageurs, ce premier roman est étonnant à plus d’un titre.
D’abord parce que Catherine Poulain est sans aucun doute l’un des plus étonnants voyageurs de notre littérature. Sur les raisons qui la poussent à quitter la Provence, elle restera très discrète, comme si un beau jour cela était devenu une évidence de vouloir partir en Alaska, de vouloir atteindre « The Last Frontier »… Elle laisse tout pour se marier avec l’océan. Un avion pour New York, un car Gryhound pour rejoindre d’Est en Ouest Seattle et la voilà à Anchorage.
Ensuite parce que rien ne semble devoir arrêter ce bout de femme. Dans une contrée des plus hostiles, dans un milieu presque uniquement masculin, sur un bateau offrant des conditions de vie plus que rudimentaires et des conditions de travail dantesques, elle va finir par se faire accepter.
Parce qu’elle ne laisse pas la souffrance prendre le dessus, parce qu’elle ne concède pas le moindre terrain à la faim, à la fatigue, au froid. Parce qu’à aucun moment elle ne remet son choix en question.
Mieux même. Quand ses compagnons d’infortune lui racontent leurs misères, les blessures, les naufrages, elle les envie presque. Comme eux, elle veut aller au-delà des limites. Son but – qu’elle n’atteindra pas – serait d’atteindre cette dernière frontière, à Point Barrow, au bout du bout.
En attendant, elle vit sa première expérience à bord : «Nous appâtons, des heures et des heures jusqu’à la nuit très sombre, traçant notre route d’écume, sillage éphémère qui déchire les flots et disparaît presque aussitôt, laissant le grand océan vierge et bleu, puis noir.» Le poisson se fait rare, la tempête menace.
«On tombe sur le banc de morues noires la troisième nuit. La mer ne s’est pas calmée. Simon et moi continuons de perdre l’équilibre, au gros de l’effort, et d’aller nous écraser contre les angles des casiers sous le regard excédé des hommes. On se relève sans un mot, comme pris en faute. Mais ce soir-là on n’en aura pas le temps. La première palangre arrive à bord et c’est une déferlante de poissons qui jaillit à nous en un flot presque ininterrompu. Les hommes hurlent de joie.
Mais Lili ne peut partager cette allégresse. Une vilaine blessure à la main l’oblige à quitter le bateau. Sans vraiment savoir quand elle pourra reprendre la mer, elle cherche à s’occuper, travaille sur le port, repeint les bateaux, répare les outils. L’oisiveté serait la mère des vices, même si elle n’hésite pas à accompagner les marins qui vont peindre la ville en rouge. A-t-on vraiment besoin de lui expliquer que «Ça veut dire aller se cuiter», tant les distractions sont peu nombreuses. La bière et le whisky sont les meilleurs compagnons des marins, quelques uns ont une femme et une maison, d’autres se contentent d’une visite dans un cabaret, voire d’un peu de drogue.
Lili entend rêve de remonter à bord, d’affronter la mer et les flétans. De regarder la mort en face. Malgré les mises en garde. Malgré les témoignages effrayants : «Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi. (…) Je ne sais pas ce qui fait que l’on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »
Avec Joey, Simon, Dave, Jesse, Jude et les autres, elle va se battre de toutes ses forces. «La mer nous malmène. Nos pieds sont gelés. Debout sur le pont arrière, nous travaillons sans un mot, le cou rentré dans les épaules, les bras plaqués contre le corps. Nos gestes sont mécaniques. Les reins vont et viennent au rythme de la gîte. Le son rauque, lent et répété de la vague…»
Quant au fruit de leurs efforts, il sera en partie ruiné par la perte d’une partie du matériel qu’il faudra rembourser à l’armateur et par une amende salée pour n’avoir pas respecté les quotas. Ce n’est pas encore cette fois qu’elle repartira cousue d’or…
La maigre consolation de cette difficile campagne s’appelle Jude. C’est lui «le grand marin» qui donne le titre à ce roman et qui partagera, le temps de brèves étreintes, la couche de Lili. Jude qui va s’en aller pour les mers du Sud, Jude qui va attendre Lili. Mais cette dernière ne lâche pas son idée fixe, pas plus qu’elle ne veut rendre les armes face à l’adversité. Elle a encore des choses à prouver. Elle veut remonter à bord du Rebel pour ne nouvelle campagne de pêche.
Catherine Poulain réussit le tour de force d’entraîner le lecteur dans ce qui peut sembler une folie. Après l’effroi, c’est une sorte de fascination qui le gagne. Une addiction. A tel point que quand le roman se termine, on éprouve une sorte de manque et on attend avec impatience la suite du périple de Lili.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Café Littéraire Gourmand (Nadine Jolu)
Blog Les livres de Joëlle
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio
BibliObs (Jérôme Garcin)
France Inter (L’humeur vagabonde – Kathleen Evin)
Tribune de Genève (Pascale Frey – rencontre avec l’auteur)
20 minutes (Annabelle Laurent)
Magazine NLTO
Blog Sagweste in Librio
Bibliosurf (La revue du web littéraire)

Extrait
« – Mais moi, c’est le Rebel que j’attends. C’est avec ceux qui sont à bord que je veux continuer la pêche.
– La saison finie, ils partiront de toute façon.
– C’est vrai. Alors j’irai à Point Barrow.
– Qu’est-ce tu veux foutre à Point Barrow ?
– C’est le bout. Après y a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie.
– Et après ?
– Après je sauterai. Ou peut-être que je redescendrai pêcher. »

A propos de l’auteur
Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman. (Source: Éditions de L’Olivier)

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D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

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D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds
Jón Kalman Stefánsson
Gallimard
Roman
Traduit de l’islandais par Éric Boury
448 p., 22,50 €
ISBN: 9782070145959
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule en Islande, principalement à Keflavík, mais également à Reykjavik et tout au long de villages aux noms imprononçables. Un séjour à Copenhague est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe d’une part de nos jours avec des retours en arrière en 1980 et l’évocation d’épisodes plus anciens.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t’aime.»
Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d’édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

Ce que j’en pense
***
Y a-t-il une manière islandaise de raconter les histoires ? Sans certitude sur ce point, je crois pouvoir affirmer qu’il y a une manière Stefánssonienne. On pourra la résumer à une sorte d’introspection poétique. L’auteur ne se contente pas de raconter, de retracer des faits, mais questionne régulièrement ce qu’il affirme, ajoutant à ses réflexions une note philosophique. Il pourra aussi dérouter le lecteur avec quelques belles évidences, à commencer par le titre de ce beau et rude roman.
Son personnage principal s’appelle Ari. On va le retrouver à plusieurs époques. Au moment où commence le livre, il roule vers Keflavík. Un retour aux sources pour cet homme qui a grandi dans cette ville improbable qu’il a choisi de quitter pour être éditeur au Danemark.
Car la vie dans ce coin hostile d’Islande ne s’est développée qu’à partir de 1898, quand un scientifique a eu l’idée de publier un rapport indiquant que les fjords et la baie étaient propices à la pêche «et par conséquent toute l’histoire d’Ari fait suite à la parution de ces quelques lignes écrites par le naturaliste Bjarni et publiées dans la revue Andvari. La vie naît par les mots et la mort habite le silence. C’est pourquoi il nous faut continuer d’écrire, de conter, de marmonner des vers de poésie et des jurons, ainsi nous maintiendrons la faucheuse à distance, quelques instants.»
Ari va par conséquent s’attacher à cette mission, écrire et conter et transmettre, mais à partir du Danemark où il devient éditeur.
Quand il retrouve son ami, c’est non seulement un rendez-vous avec son enfance et son adolescence, quand il voulait être pêcheur, qui lui revient en mémoire. Toute l’histoire familiale ressurgit. On va le suivre au moment où, adolescent, il choisit d’être pêcheur. Un destin qui semble tout tracé, car le poisson est quasiment la seule activité économique.
Puis, on le retrouve sur les pas de sa famille, depuis le grand-père Oddur qui incarne au mieux la définition de ces conditions de vie dantesques : «Keflavík a trois points cardinaux : le vent, la mer et l’éternité.»
Trois points cardinaux que l’auteur creuse davantage encore avec l’évocation de ses parents et notamment de sa mère décédée. Une mort qui va entraîner les soubresauts de sa propre existence.
Au fil des récits, on est littéralement pris dans cette narration comme dans un filet de pêche. On sent la vie, on envisage même le grand large, mais on finit toujours par rester emprisonné. À l’image de ces sentiments qui n’arrivent pas à être exprimés «Oddur serre les poings, c’est sa manière à lui de déclarer sa flamme, elle le sait, c’est ainsi que se tisse le chant d’amour qu’il lui destine.»
La manière Stefánssonienne de raconter des histoires est aussi là. Dans ce souci de ne jamais oublier la poésie, notamment et surtout face à l’hostilité du climat, à la rudesse des marins-pêcheurs, aux drames qui rongent les existences. C’est violent et c’est beau. C’est islandais et c’est universel.

Autres critiques
Babelio
Le JDD (Alexandre Fillon)
L’Express (Baptiste Liger)
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Le blog des livres qui rêvent
Blog Ma tasse de thé

Extrait
« Le vent insistant semblait provenir de deux directions en même temps, les bourrasques salées, chargées de poussière et d’embruns, nous frappaient tour à tour, le ciel était si loin que nos prières ne l’atteignaient jamais et s’arrêtaient à mi-chemin avant de retomber comme des oiseaux défunts ou changées en grêle, et l’eau potable avait un goût de sel, comme si nous buvions la mer. Ce lieu est inhabitable, tout s’y oppose, la raison, le vent et la lave. Pourtant, nous y avons vécu toutes ces années durant, tous ces siècles, aussi entêtés que cette pierre ponce, muets au sein de l’histoire comme la mousse qui la colonise et la réduit en poussière, nous mériterions qu’on nous naturalise, qu’on nous décerne une médaille et qu’on écrive un livre qui parlerait de nous. »

A propos de l’auteur
Né à Reykjavik en 1963, Jón Kalman Stefánsson achève ses études au collège en 1982 puis travaille dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie jusqu’en 1986. Il entame jusqu’en 1991, sans les terminer, des études de littérature à l’université. Il donne des cours dans différentes écoles et rédige des articles pour un journal, à Copenhague. Il rentre en Islande et , jusqu’en 2000, il s’occupe de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbaer. Depuis, il se consacre à l’écriture de contes et de romans. (Source : Babelio)

Site Wikipédia de l’auteur

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