La fille qu’on appelle

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Ouvrage retenu dans la première sélection du Prix Goncourt et du Prix Goncourt des Lycéens

En deux mots
Laura revient vivre auprès de son père, dans un port breton. Ce dernier, chauffeur du maire, propose à sa fille de rencontrer l’édile pour qu’il lui donne un coup de main pour trouver un logement. Quentin Le Bars va accepter de l’aider en échange de faveurs sexuelles. Parviendra-t-elle à mettre le prédateur au pas ?

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Le maire, son chauffeur et sa fille

Dans son nouveau roman construit comme une mécanique implacable Tanguy Viel raconte l’histoire d’une jeune fille abusée par un homme de pouvoir. Un drame d’une brûlante actualité.

C’est un roman malheureusement très actuel. C’est un roman sur le pouvoir, la domination, l’emprise, la manipulation. C’est un roman d’hommes forts. À moins que ce ne soit l’inverse, au bout du compte. Car Tanguy Viel a compris que si le cœur des hommes dans ce coin de Bretagne est en granit, alors il peut se fissurer jusqu’à exploser.
Partie à Rennes, Laura revient auprès de son père dans la petite ville côtière où elle a grandi. Maxime Le Corre, dit Max, est une gloire locale, champion de France de boxe, il a eu une carrière exceptionnellement longue, puisqu’à quarante ans, il continue à enfiler les gants. Quentin Le Bars, le maire de la commune en a fait son chauffeur, lui permettant ainsi de s’afficher avec «son» champion.
Le troisième homme de ce roman est Franck Bellec, le gérant du casino. Un endroit que l’on peut considérer comme «une succursale de la mairie, là où se prenaient des décisions plus importantes qu’au conseil municipal, au point que certains avaient surnommé l’endroit le ministère des finances, et Bellec le grand argentier de la ville.»
Mais rembobinons le film. Car le roman commence au commissariat, au moment où la police prend la déposition de Laura. C’est au fil de son interrogatoire que le lecteur va faire la connaissance de ces trois hommes et de la victime dont la beauté n’a cessé d’attirer les convoitises. Repérée a seize ans par un photographe, elle a été engagée comme mannequin pour des campagnes de publicité, mais aussi pour des photos destinées à des revues de charme.
Aux policiers, Laura confie que c’est sur les conseils de son père Max qu’elle est allé voir son patron pour lui demander de lui trouver un logement, que ce dernier lui a promis de faire son possible avant de solliciter Bellec pour qu’il la loge dans son casino et lui trouve un emploi de serveuse.
En fait, le plan du maire est bien rôdé et les rôles parfaitement répartis. Le Bars a ses habitudes ici. Il vient au casino pour abuser de sa nouvelle protégée, pour assouvir ses besoins sexuels. Et accessoirement pour se prouver que son emprise reste puissante. Ne voit-on pas en lui un futur ministre?
La seule qui ne ferme pas les yeux face à ce manège est la compagne de Bellec qui tente d’avertir Max que la personne que son patron vient régulièrement voir n’est autre que sa propre fille. Mais l’engrenage tourne à pleine vitesse et ce n’est pas ce petit grain de sable qui viendra l’enrayer.
Grâce à une construction tout de virtuosité, le lecteur comprend dès les premières pages que Laura a porté plainte, mais le suspense n’en reste pas moins entier quant à l’issue d’une affaire encore trop banale. Jouant sur les codes du polar, sur une atmosphère à la Simenon, Tanguy Viel parvient à donner à ses personnages une très forte densité, si bien que le lecteur comprend parfaitement leur psychologie, leur fonctionnement. Ajoutons que dans ce jeu de pouvoir la dimension politique sourd de toutes les pages. Le pot de terre peut-il avoir sa chance face au pot de fer ? Le combat mené ici n’est-il pas le combat de trop?

La fille qu’on appelle
Tanguy Viel
Éditions de Minuit
Roman
186 p., 16 €
EAN 9782707347329
Paru le 2/09/2021

Où?
Le roman est situé en France, principalement en Bretagne, dans une ville côtière qui n’est pas nommée. On y évoque aussi Rennes et Paris.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Goodbook.fr
Pages des libraires (Entretien mené par Emmanuelle George, Librairie Gwalarn à Lannion)
Diacritik (Johan Faerber)
En Attendant Nadeau (Norbert Czarny)
RTS (entretien mené par Sylvie Tanette)
Bulles de culture
Blog shangols


Entretien avec Tanguy Viel à propos de La fille qu’on appelle © Production Librest

Les premières pages du livre
« Personne ne lui a demandé comment elle était habillée ce matin-là mais elle a tenu à le préciser, qu’elle n’avait pas autre chose à se mettre que des baskets blanches mais savoir quelle robe ou jean siérait à l’occasion, idem du rouge brillant qui couvrirait ses lèvres, elle y pensait depuis l’aube. Elle, assise à la terrasse de l’Univers, sur la grande place piétonne au cœur de la vieille ville, derrière elle on pouvait lire en très grosses lettres sur le haut mur de pierres les mots HÔTEL DE VILLE, plus haut encore le drapeau tricolore comme un garde endormi reposant dans l’air tiède. Bientôt elle franchirait le grand porche et traverserait la cour pavée qui mène au château, anciennement le château donc, puisque depuis longtemps transformé en mairie, et quoique pour elle, dirait-elle, c’était la même chose : qu’elle ait rendez-vous avec le maire de la ville ou le seigneur du village, dans sa tête ça ne faisait pas de différence – même fébrilité, même cœur un peu tendu d’entrer là, dans le grand hall où elle pénétrerait pour la première fois, presque surprise d’en voir s’ouvrir les portes électriques à son approche, comme si elle s’était attendue à voir un pont-levis s’abaisser au-dessus des douves, et qu’à la place d’un vigile en vêtements noirs, elle avait eu affaire à un soldat en cotte de mailles. Dans cette ville, c’est comme ça, on dirait que les siècles d’histoire ont glissé sur les pierres sans jamais les changer, pas même la mer qui deux fois par jour les attaque et puis deux fois par jour aussi renonce et se retire, battue, comme un chien la queue basse.
Elle, assise toujours à la terrasse de l’Univers, bien sûr elle était en avance, le temps d’un café et puis de lire Ouest-France, ou non pas lire vraiment mais parcourir les titres et les photos couleur, et puis quand même s’attarder sur la page des sports, parce que cherchant s’il n’y avait pas un article sur son boxeur de père – lui qui du haut de ses quarante ans venait de remporter son trente-cinquième combat et dont la presse locale ne cessait de célébrer la longévité pour ne pas dire, plus encore, la renaissance – renaissance, oui, c’est le mot qu’ils employaient à loisir depuis que Max Le Corre était revenu en haut de l’affiche, tandis qu’un temps il en avait disparu –, alors elle aura souri sans doute en regardant l’énième photo de lui les bras levés sur un ring, le gros titre au-dessus qui se projetait vers l’avenir, disant « Marchera-t-il encore sur l’eau ? ». Puis, regardant l’heure sur son téléphone, elle a refermé le journal, posé deux euros dans la coupelle devant elle et s’est levée. Dans la grande vitre du café elle s’est estimée une dernière fois, certaine, dira-t-elle plus tard, qu’elle avait fait le bon choix, cette veste en cuir noir qui laissait voir ses hanches, dessous la robe en laine un peu ajustée, le vent à peine qui en effleurait la maille quand elle tirait dessus.
Oui, a-t-elle dit aux policiers, ça peut vous surprendre mais je me suis dit que j’avais fait le bon choix, ça et les baskets blanches qu’on a toutes à vingt ans, de sorte qu’on n’aurait pas pu deviner si j’étais étudiante ou infirmière ou je ne sais pas, la fille qu’on appelle.
La fille qu’on appelle ? a demandé l’un d’eux.
Oui, ce n’est pas comme ça qu’on dit ? Call-girl ? Et elle a ri nerveusement d’avoir dit ça, call-girl, sans que ça fasse sourire ni l’un ni l’autre des deux flics, les bras croisés pour l’un, l’autre plus avancé vers elle, mais l’un comme l’autre à l’affût de chaque mot qu’elle employait et qu’ils semblaient peser comme des fruits exotiques sur une balance alimentaire.
Et puis donc elle a repris son récit, qu’au vigile à l’entrée de la mairie elle avait demandé où se trouvait le cabinet du maire sans savoir que lui, le vigile, en resterait de marbre, indiquant d’un simple mouvement de tête le grand comptoir au fond du hall, laissant traîner presque machinalement ses yeux de haut en bas sur sa silhouette à elle. À cela elle était habituée : que le regard des hommes vînt s’effranger sur elle, elle n’y faisait plus attention depuis longtemps, pour cette bonne raison que par mille occurrences déjà, elle avait fait l’expérience de son attrait, à cause de sa grande taille peut-être ou bien de sa peau métisse, en tout cas depuis longtemps elle le savait, indifférente au charme qu’elle exerçait – ce jour-là ni plus ni moins qu’un autre, sa robe ajustée donc qui ne couvrait pas ses genoux, aux pieds ses baskets blanches qui ne l’étaient plus vraiment, à cause du cuir usé qui en couvrait la surface.
À l’accueil aussi elle a répété qu’elle avait rendez-vous avec le maire, regrettant que personne ne lui demande le motif de sa visite, à quoi elle aurait répondu que c’était personnel – c’est vrai, dit-elle, j’aurais bien aimé qu’on me le demande, juste pour répondre : C’est personnel. Mais pas même en haut du grand escalier de pierre qu’on lui a indiqué, pas même la chétive secrétaire postée à l’entrée du bureau comme un vieux garde-barrière, personne ne lui demanderait la raison de sa visite – accusant quant à elle, la secrétaire, ce qu’il fallait de réprobation ou de jalousie en la dévisageant, si on peut dire ce mot-là, dévisager, quand le regard cette fois tombe comme une guillotine de la tête jusqu’aux pieds.
Elle a soupiré un peu, ladite secrétaire, comme une gouvernante dans une grande maison qui se serait réservé le droit de juger qui ses maîtres recevaient, et puis elle a daigné se lever, a entrouvert la lourde porte de bois dont elle semblait garder l’entrée et, passant la tête dans l’ouverture, elle a dit : Votre rendez-vous est arrivé. Laura aussi l’a entendue, la voix masculine qui répondait : Ah oui merci, en même temps que la vieille secrétaire invitait la jeune fille à se faufiler à son tour dans l’ouverture, c’est-à-dire dans le passage volontairement étroit qu’elle avait laissé entre la porte et le mur, comme si elle, la plus jeune des deux, avait dû forcer le passage pour entrer, en tout cas c’est cette impression qui devait rester gravée en elle pour longtemps, oui, quelque chose comme ça, elle a dit, que c’est moi qui suis entrée et non pas elle qui m’a ouvert. Mais je vous jure que s’il avait fallu la pousser, a-t-elle ajouté, je l’aurais fait.
Et peut-être à cause du regard soudain sourcilleux des policiers qui lui faisaient face, elle a cru bon d’ajouter : Je vous rappelle que j’ai grandi près des rings.
Et sûrement ils eurent le sentiment que dans cette phrase se logeait une partie de son histoire, avec elle toute la rugosité de l’enfance, en même temps qu’elle laissait déjà entendre quel fossé la séparait de l’autre, le type à l’immense bureau, que rien, ni l’accueil froid de la secrétaire ni la taille démesurée de la pièce, ne venait rapprocher de son monde à elle.
Non, rien du tout, a-t-elle dit encore aux policiers, dans un monde normal on n’aurait jamais dû se rencontrer.
Un monde normal… mais qu’est-ce que vous appelez un monde normal ? ils ont demandé.
Je ne sais pas… Un monde où chacun reste à sa place.
Et comme elle essayait de se représenter ce monde-là, normal et fixe, où chacun comme une figurine mécanique aurait eu son aire maximale de mouvement, ses yeux étaient venus se perdre dans le tissu bleu de la veste en face d’elle, et laissant s’échapper par-devers elle cette pensée surgie des profondeurs, elle a dit :
Mon père avait l’air d’y tenir tellement.

Peut-être il aurait fallu commencer par lui, le boxeur, quand je ne saurais pas dire lequel des deux, de Max ou de Laura, justifie plus que l’autre ce récit, mais je sais que sans lui, c’est sûr, elle n’aurait jamais franchi le seuil de l’hôtel de ville, encore moins serait entrée comme une fleur à peine ouverte dans le bureau du maire, pour la bonne raison que c’est lui, son père, qui avait sollicité ce rendez-vous, insisté d’abord auprès d’elle, insisté ensuite auprès du maire lui-même, puisqu’il en était le chauffeur. Depuis trois ans maintenant qu’il le conduisait à travers la ville, ils commençaient à se connaître – lui, le maire, de dix ans peut-être l’aîné de son chauffeur, celui-là dont le sourire quotidien lui parvenait à travers le rétroviseur, ou pas vraiment le sourire mais le plissement toujours inquiet de ses yeux qui cherchaient son attention à lui, l’homme à l’arrière toujours, qui si souvent n’y prêtait pas attention, regardant seulement dehors le lent défilement des façades ou bien des vitrines lumineuses, comme si parce qu’il était maire de la ville, il se devait d’effleurer du regard tous les immeubles, toutes les silhouettes sur les trottoirs, comme si elles lui appartenaient. Et d’avoir été réélu quelques mois plus tôt, d’avoir pour ainsi dire écrasé ses adversaires à l’entame de son second mandat, sûrement ça n’avait pas contribué au développement d’une humilité qu’il n’avait jamais eue à l’excès – à tout le moins n’en avait jamais fait une valeur cardinale, plus propre à voir dans sa réussite l’incarnation même de sa ténacité, celle-là sous laquelle sourdaient des mots comme « courage » ou « mérite » ou « travail » qu’il introduisait à l’envi dans mille discours prononcés partout ces six dernières années, sur les chantiers inaugurés ou les plateaux de télévision, sans qu’on puisse mesurer ce qui dedans relevait de la foi militante ou bien de l’autoportrait, mais à travers lesquels, en revanche, on le sentait lorgner depuis longtemps bien plus loin que ses seuls auditeurs, espérant que l’écho s’en fasse entendre jusqu’à Paris, où déjà les rumeurs bruissaient qu’il pourrait être ministre. Et pour qui en avait le visage chaque jour dans son rétroviseur, il n’était pas besoin d’un traité de physiognomonie pour que cette même ardeur ou détermination apparaisse là, sous les sourcils noirs, épais et pourtant presque doux, contrastant plus encore alors avec ce regard froid et ferme de tous les gens de pouvoir. En trois ans Max avait appris à en traquer les nuances et les failles, ou plutôt non, pas les failles, mais les ouvertures sciemment laissées, s’il est vrai que le pouvoir, ce n’est pas dans la raideur qu’il se fonde, mais à l’endroit calculé de ses inflexions, comme un syndrome de Stockholm appliqué heure par heure, quand chaque entorse faite à l’austérité fait naître dans l’œil soumis de l’interlocuteur la brèche de fausse tendresse où s’engouffrer. Et de ce que je crois savoir, Maxime Le Corre à cette aune était un bon client, du genre de cheval reconnaissant dès qu’on relâche le mors, à quoi s’ajoutait la dette qu’il se sentait avoir, puisque c’était lui, le même maire, qui l’avait recruté, en ce temps où Max était, comme on dit, dans le creux de la vague. Puisque donc il y eut cela dans la vie de Max : une vague d’abord qui l’avait porté sur sa crête comme un surfeur gracieux avant de l’en faire redescendre dans l’ombre cylindrique et de plus en plus noire, de sorte que des années plus tard remontaient encore à la surface de sa mémoire, comme en ombres chinoises sur le pare-brise taché d’embruns, aussi bien les lumineuses années où il avait vécu de ses talents de boxeur que celles plus sombres qui étaient venues comme un ciel d’orage les recouvrir. Et sur elles, les sombres années, il espérait avoir posé pour longtemps un drap de laine épaisse qu’il éviterait de soulever, à cause de toute cette nuit sans boxe qu’il avait traversée, de quand la lumière des rings s’était éteinte, intermittente comme elle sait être, pire qu’un phare sur une côte. Cela, tous les boxeurs le savent, que le ring fait comme un phare dont sur le pont du bateau on compte les éclats pour estimer le danger, 18et qu’alors il arriva qu’il ne le vît pas, le danger, et se laissât drosser sur les rochers, ainsi qu’il advient en boxe plus qu’en tout autre sport : que les clairs- obscurs d’une carrière y sont plus saisissants qu’une peinture du Caravage. Alors qu’il soit seulement remonté sur un ring et qu’il y boxe à nouveau comme à ses plus beaux jours, il n’en revenait encore pas quand il croisait sa propre silhouette sur les panneaux de la ville, grandes affiches qui poussaient comme des arbres le long des quatre-voies et annonçaient le gala du 5 avril prochain, où sur fond de lumières étoilées se détachaient les corps photographiés des deux boxeurs, les poings dressés à hauteur du visage et tous muscles bandés – lui, le crâne rasé et les sourcils tendus déjà vers la victoire, semblant défier la ville entière de sa colère ou de sa force contenue, écrit dessous en lettres de feu « Le Corre vs Costa : le grand défi ». Et qui aurait regardé alternativement l’affiche puis cet homme au volant de la berline municipale se serait dit que oui, c’était bien lui, Max Le Corre, le même nez dévié, les mêmes paupières écrasées par les coups, la même peau luisante sur le crâne, le même qui d’ici quelques semaines s’en irait défier l’autre figure locale qui lui avait depuis longtemps volé la vedette. Ça se rapproche, a dit le maire. Dans deux mois à cette heure-ci, a dit Max, je serai sur la balance. Ce n’est pas le moment de prendre du poids, a fait remarquer le maire. »

Extrait
« Alors Franck silencieux avait déjà compris, déjà interprété le «par ailleurs», non comme une carte maîtresse que l’autre s’apprêtait à abattre sur la table, mais le simple rappel que leurs deux destins étaient assez liés pour qu’il ne puisse se désolidariser comme ça, à savoir: ce que tout le monde savait, que le bureau de Bellec n’était rien d’autre qu’une succursale de la mairie, là où se prenaient des décisions plus importantes qu’au conseil municipal, au point que certains avaient surnommé l’endroit le «ministère des finances», et Bellec le grand argentier de la ville. En un sens, il était cela, Franck Bellec, un trésorier de premier ordre, au point que pas un maire ni un banquier ni je ne sais quelle huile locale n’aurait fait l’économie de ses visites au prince – quelquefois, oui, on l’appelait le prince, et c’était une affaire entendue par tous que le pouvoir dans cette ville avait deux lieux et deux visages, celui du maire et celui de Bellec et qu’alors dans ce « par ailleurs » qui résonnait encore aux oreilles de Franck, Le Bars n’avait fait que rappeler ce qu’ils étaient l’un pour l’autre: deux araignées dont les toiles se seraient emmêlées il y a si longtemps qu’elles ne pouvaient plus distinguer de quelle glande salivaire était tissé le fil qui les tenait ensemble, étant les obligés l’un de l’autre, comme s’ils s’étaient adoubés mutuellement, dans cette sorte de vassalité tordue et pour ainsi dire bijective que seuls les gens de pouvoir savent entretenir des vies entières, capables en souriant de qualifier cela du beau nom d’amitié. » p. 49-50

À propos de l’auteur
VIEL_Tanguy_©Nadine_MichauTanguy Viel © Photo Nadine Michau

Tanguy Viel est né en 1973 à Brest. Il publie son premier roman Le Black Note en 1998 aux Éditions de Minuit qui feront paraître Cinéma (1999), L’Absolue perfection du crime (2001), Insoupçonnable (2006), Paris-Brest (2009), La Disparition de Jim Sullivan (2013) et en janvier 2017 Article 353 du code pénal, Grand prix RTL Lire. (Source: Éditions de Minuit)

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Pour lui

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En deux mots:
Peggy, mère divorcée, élève ses deux enfants. Une tâche de plus en plus difficile, car son fils Evan a décidé de ne plus travailler, se drogue et devient violent. Voici le récit glaçant d’une descente aux enfers.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Mon fils bien aimé, ce monstre

Peggy Silberling aurait sans doute préféré ne jamais publier ce livre. Mais son témoignage, écrit avec le soutien d’Harold Cobert, servira à tous les parents confrontés à des adolescents difficiles.

C’est par un acte inconcevable que s’ouvre ce témoignage glaçant: Peggy se retrouve au commissariat pour porter plainte contre son fils Evan, dix-sept ans. Inconcevable pour une mère qui aime ses enfants, inconcevable parce que totalement étranger à l’«ordre des choses».
En nous offrant le récit du drame qu’elle a vécu au plus intime d’elle-même, Peggy Silberling nous permet d’approcher au plus près cette dérive, cette souffrance qui touche de nombreuses familles lorsque l’adolescent «fait sa crise». Bien entendu, toute histoire est particulière et chaque cas ne peut se comparer avec un autre. Mais ce qui frappe ici, c’est qu’objectivement ce dérapage n’a pas de raison d’être.
Peggy offre à ses enfants, Mélodie et Evan, une vie très agréable. L’arrangement avec leur père n’a pas fait de vagues, ils peuvent suivre des études dans une bonne école, disposent le temps et l’argent pour leurs loisirs, peuvent voyager. Sans oublier les perspectives professionnelles de Peggy qui pourrait les conduire tous à New York.
Difficile de dire quand le grain de sable a enrayé la machine. Est-ce le passé de Peggy qui a dû subir un père violent, un oncle violeur, une mère qui n’a rien voulu voir? Des prémices qui ont certes poussé Peggy à surprotéger ses enfants, mais peut-on donner trop d’amour? Le parcours sans fautes de Mélodie et celui chaotique d’Evan prouvent que les mêmes conditions peuvent conduire à des comportements totalement opposés.
Mélodie réussit très bien en classe, se passionne pour le théâtre tandis qu’Evan n’a aucune envie de suivre en cours. Après les premiers accrocs, Peggy décide de l’inscrire dans un pensionnat où il bénéficiera d’une structure plus encadrée, d’une attention renforcée. Mais Evan prend la clé des champs, revient à Paris et se réfugie dans les bras de Laetitia qui exerce sur lui un chantage affectif des plus toxiques.
C’est du reste à cause d’elle qu’Evan se montre verbalement agressif envers sa mère puis refusera toute thérapie.
«Je me sens dépassée. Je ne sais plus comment aborder mon propre fils. Je ne sais plus comment imposer mon autorité à un ado qui fait deux têtes de plus que moi et dont la force physique dépasse désormais la mienne. Je ne sais plus comment lui faire entendre raison ni comment le persuader qu’il doit rectifier le tir, pour son avenir, pour lui.»
Peggy ne sait pas encore que ce n’est que le début d’une spirale infernale qui la conduira jusqu’à ce dépôt de plainte. Entre temps, elle aura eu affaire au CPOA (Centre Psychiatrique d’Orientation & d’Accueil), un service d’urgence psychiatrique, au CIAPA (Centre interhospitalier d’accueil permanent pour adolescents), à la police, aux pompiers, au juge pour enfants et constatera combien le système est absurde dans ses règlements contradictoires et dans son absence de gestion globale.
Pendant ce temps la dégringolade continue. Après les problèmes de drogue, les fugues, les vols dans son portefeuille viennent le chantage au suicide, les insultes puis les coups.
Le hasard d’une rencontre dans une librairie va être sa bouée de secours. Harold Cobert croise le regard de Peggy: «Nos yeux séducteurs échangent les mêmes paroles.» Un peu de baume sur des cœurs cabossés et une aide précieuse pour Peggy, y compris dans la rédaction de ce livre que l’on referme avec le sentiment d’un immense gâchis mais aussi la forte envie que cette prise de conscience souhaitée se concrétise. Pour Evan et pour les pouvoirs publics.

Pour lui
Peggy Silberling
Éditions Stock
Récit
288 p., 19 €
EAN 9782234086159
Paru le 10/04/2019

Ce qu’en dit l’éditeur
« – Madame Silberling?
Une policière balaie la petite salle du regard. Je lui fais signe et la rejoins.
– Suivez-moi, s’il vous plaît.
Elle m’emmène dans une pièce impersonnelle, sans fenêtre, avec une table, deux chaises, un ordinateur.
Je m’assieds en face d’elle. Après les questions d’usage concernant mon état civil, elle entre dans le vif du sujet :
– Contre qui désirez-vous porter plainte?
Je me tais un instant. Combien de fois ai-je dû raconter mon histoire? Une centaine ? Plus ? Et pour quel résultat? Rien. Le vide intersidéral. J’espère aujourd’hui que cela servira à quelque chose.
Je lève les yeux et croise ceux de la policière. Elle m’observe avec l’expression bienveillante de celle qui est rompue à confesser les malheurs quotidiens de l’humanité.
Je me redresse, remets une mèche de cheveux derrière mon oreille, prends une profonde inspiration et, partagée entre la honte et désespoir, prononce ces mots qui m’arrachent les entrailles:
– Contre mon fils.»
Voici le récit poignant d’une mère forcée de porter plainte contre son fils, devenu violent, pour lui sauver la vie. Chronique d’une spirale infernale, entre drames intimes, drogue et solitude, Pour lui s’impose comme une merveilleuse ode à la vie et à l’amour.
Avec la collaboration d’Harold Cobert

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Mémo Émoi 
Le Blog d’Eirenamg
Blog Meely lit
Blog Le boudoir de Nath

Peggy Silberling témoignant lors de l’émission «Les Terriens» de Thierry Ardisson

INCIPIT (Les premières pages du livre)
28 novembre 2015, 15 h 30
Je me retrouve en fuite. Déracinée, arrachée. Encore.
Je regarde cette rue que j’ai empruntée tant de fois avec empressement ou insouciance. Elle descend jusqu’aux Grands Boulevards, où j’ai travaillé pendant onze ans. Descendre, c’est le mot. J’ai eu beau partir me percher au sommet du IXe arrondissement, prendre de la hauteur pour m’élancer vers de nouveaux horizons, ça n’a été que la continuité de la chute. Une chute qui s’achève ici, en ce lundi parisien bêtement gris et froid, devant le commissariat.
J’ai l’air d’une Polonaise en exode avec ma grosse valise zèbre. Fuir son propre appartement, ce n’est pas raisonnable. Rien n’est raisonnable dans toute cette histoire.
Les policiers en faction devant l’entrée me dévisagent d’un œil mauvais avec mon barda à roulettes. À un peu plus de quinze jours des attentats du Bataclan, ce genre d’accessoire a de quoi éveiller la suspicion.
Harold, l’homme qui partage désormais ma vie et mes emmerdes, leur explique la situation. J’ouvre mon bagage sur le trottoir, le referme après inspection et nous entrons.
Il y a du monde. Je fais la queue à l’accueil, murmure du bout des lèvres la raison de ma présence et vais m’asseoir le temps qu’un agent de police judiciaire puisse me recevoir.
Je n’en reviens pas d’être ici. Autour de moi se croise un étrange condensé de l’humanité : ceux qui viennent retrouver un proche, ceux qui se sont fait voler leur voiture ou leur scooter, ceux arrêtés pour état d’ivresse ou parce qu’ils ont mis K.-O. quelqu’un qui les avait insultés, tant d’autres vies heurtées, et ceux qui, comme moi, ne devraient pas être là.
Mon portable sonne. C’est Mélodie, ma fille de onze ans. Elle est sortie plus tôt que prévu du collège, son prof de la dernière heure était absent.
Je raccroche. Je suis sauvée. Je me tourne vers Harold : « Je dois aller la retrouver, tu comprends ? »
Harold comprend surtout que je cherche le moindre prétexte pour me défiler et me débiner.
« Je m’en occupe. »
Il rappelle Mélodie et lui donne rendez-vous à Bastille. Il se lève, m’embrasse : « Je vais l’emmener prendre un goûter dans un café. Préviens-nous quand tu reliras ta déposition.»
Il sort.
Je suis coincée. Aucune échappatoire.
J’attends. C’est long. Je décide que, si je ne suis pas passée dans dix minutes, je pars.
« Madame Silberling ? »
Une policière balaie la petite salle du regard. Je lui fais signe et la rejoins.
« Suivez-moi, s’il vous plaît. »
Elle m’emmène dans une pièce impersonnelle, sans fenêtres, avec une table, deux chaises, un ordinateur.
Je m’assieds en face d’elle. Après les questions d’usage concernant mon état civil, elle entre dans le vif du sujet : « Contre qui désirez-vous porter plainte ? »
Je me tais un instant. Combien de fois ai-je dû raconter mon histoire ? Une centaine ? Plus ? Et pour quel résultat ? Rien. Le vide intersidéral.
Je lève les yeux et croise ceux de la policière. Elle m’observe avec l’expression bienveillante de celle qui est rompue à confesser les malheurs quotidiens de l’humanité.
Je me redresse, remets une mèche de cheveux derrière mon oreille, prends une profonde inspiration et, écartelée entre la honte et le désespoir, prononce ces mots qui m’arrachent les entrailles :
« Contre mon fils. »

Été 2013. Les grandes vacances. Enfin. Deux mois complets à passer avec mon fils de quinze ans, Evan, dont six semaines où Mélodie, sa demi-sœur de huit ans, sera également avec nous. Mes deux nains. Ils sont ma seule famille, mes seules racines. Je vais me ressourcer avec eux, reprendre des forces dans le terreau de mon clan. J’en ai besoin.

J’ai trente-six ans, et j’ai passé l’une des pires années de mon existence.
J’ai perdu mon poste de directrice du Style et de la Création dans le grand magasin où je travaillais boulevard Haussmann ; je l’ai perdu suite à une dénonciation calomnieuse qui a jeté le doute sur mes compétences dans l’esprit de la direction, la lettre d’un corbeau, un acte digne des belles et glorieuses heures de l’histoire de France.
À cela est venue s’ajouter la scolarité catastrophique d’Evan. Au printemps, il était rentré de Saint-Martin-de-France, son internat situé à une heure de Paris, avec un bulletin frôlant l’exclusion. Mon père disait des miens : « Tu as tellement de zéros que ton bulletin remonte seul à la surface. » Evan, lui, stagnait au fond de l’eau. J’ai eu beau résister à son chantage affectif caractérisé, ne pas me laisser attendrir par sa gueule d’ange au regard triste, l’assigner à résidence durant toutes les vacances de Pâques, le sermonner sur les efforts à accomplir pendant seulement huit semaines afin de bien terminer le dernier trimestre et être admis en troisième, il n’a pas dépassé les cinq de moyenne jusqu’à la fin du mois de juin. Le directeur m’avait prévenue que mon fils allait devoir apprendre à gérer ses frustrations, sans quoi sa vie ressemblerait à l’enfer sur terre. Résultat : il est admis en troisième, mais dans un autre établissement. Traduction : on ne veut plus de votre fils, débrouillez-vous. Je suis ravie d’avoir contracté un crédit conséquent pour payer ce pensionnat sérieux à un gamin qui n’en a pas foutu une rame. Si j’apprécie tout particulièrement la décision du conseil de classe, j’adhère au commentaire lapidaire et prophétique du directeur : « Gâchis monumental. »
Je n’ai pas baissé les bras, j’ai trouvé un internat hors contrat acceptant de l’accueillir à la prochaine rentrée et susceptible de le remettre sur les rails : Savio, près de La Rochelle. Tu réussiras ta troisième, mon fils, coûte que coûte. Je ne me suis pas battue comme une enragée pour t’éviter une filière technique et un décrochage du cursus scolaire classique pour que tu échoues au seuil du lycée ; je ne me suis pas endettée pour que tu ailles poursuivre ta scolarité à Saint-Martin-de-France et que certaines portes de ton avenir te soient fermées. Tu en ressortiras plus fort, grandi, et tu choisiras une prépa Beaux-Arts à Paris. Je ne te lâche pas, je ne te lâcherai jamais la main.
À l’inverse de son grand frère, Mélodie est un rayon de soleil dans ce chaos ambiant. Elle s’épanouit à l’école. Elle aime étudier, elle ne veut pas décevoir son instituteur, ses parents ; elle est fière de rentrer avec un bulletin pour lequel tout le monde la félicite. Elle adore peindre, trafiquer un millier de choses avec ses mains. À l’époque, elle apprenait les origamis. Les fins d’après-midi ont toujours été douces à ses côtés.

Les grandes vacances sont donc enfin là, un peu d’air frais nous fera à tous du bien. Direction les États-Unis, la côte ouest, puis la côte est, New York.
À Los Angeles, les nains s’émerveillent en permanence. Ils sont sans cesse en demande de faire des « trucs » inédits, d’aller au resto pour manger des burgers, boire des jus, faire les cons. On suit les traces de Jim Morrison, mon idole de jeunesse : Château Marmont, Venice Beach, grandes balades à vélo au bord de l’océan, visite des studios hollywoodiens. On rit beaucoup, on rit tout le temps. Jusqu’au jour où.
Jusqu’au jour où, en rentrant à l’hôtel avec Mélodie après une course à Santa Monica, je reconnais un parfum familier, celui de mes conneries d’ado. Elle doit être forte, elle embaume tout le couloir. Plus nous nous approchons de notre suite, plus cette odeur devient prégnante. J’entre et trouve les 1,87 m de mon garçon sur le balcon, un gros pétard aux lèvres. L’espace d’une fraction de seconde, je le revois quand il avait quatre ans, avec ses cheveux bouclés et ses joues potelées ; où est passé ce gamin si pur qui courait en riant après les mouettes sur la plage de Trouville ? Après ce bref instant de stupeur, je lui saute dessus, l’engueule, lui confisque son herbe, sa « weed », sors dans la rue et jette cette saloperie à la poubelle. Je vitupère. Fini la confiance. Fini l’argent de poche. Fini le prétexte d’aller acheter des souvenirs californiens pour Joseph, mon ex-mari et père de Mélodie.
Tout en s’excusant, Evan ose argumenter : « En même temps, c’est toi qui nous emmènes ici. Tu voulais voir où vivait Jim Morrison, lui aussi se droguait et toi tu l’adores. Alors que moi, c’est rien du tout ! Pas besoin d’en faire un plat et de jeter mon matos. »
Je n’en crois pas mes oreilles : s’il fume, c’est ma faute. Avec sa gueule d’ange et son humour ravageur, Evan a toujours eu un don inné pour jouer sur la fibre affective, un instinct très aiguisé pour appuyer exactement sur les faiblesses et la culpabilité de ses interlocuteurs afin de retourner la situation à son avantage. Surtout avec moi. Surtout après ce que nous avons vécu avec son père. Quand il était enfant, avec ses boucles brunes et sa bouille toute ronde, je ne pouvais rien lui refuser. Même lorsque je savais qu’il m’enfumait, je plongeais tête baissée, trop heureuse de voir son visage s’illuminer de son large sourire. Malheureusement pour lui, cette fois, ça ne prend pas : « Tu as quoi dans le crâne ? Tu es mineur, Evan ! »
Il se tait. Moi, je fulmine. Je fulmine d’autant plus que, aux dernières vacances de Pâques, malgré son assignation à résidence suite au bulletin catastrophique qu’il avait rapporté à la maison, il avait fait le mur pour filer en douce à une soirée où tous s’étaient mis la tête à l’envers à grands renforts de shots de vodka, de bangs et autres soufflettes. Des prémices que je n’avais pas jugé inquiétantes, les mettant sur le compte de la fameuse « crise d’ado », même si, comme dans cette chambre à Los Angeles, elles m’avaient fait voir plus rouge que rouge. Ce type de comportement et de consommation est aujourd’hui tellement rentré dans les mœurs, banalisé, toléré avec un haussement d’épaules fataliste ou amusé, qu’on a presque oublié les multiples et réels dangers de ces substances jugées « trop cool » ou « trop fraîches » selon les modes idiomatiques changeantes de l’époque. Cet été-là, j’étais en effet à mille lieues d’imaginer que mon fils était en train de sombrer dans la drogue, que sa consommation devenait déjà de moins en moins festive et de plus en plus réparatrice, apaisante. Addictive. »

Extraits
« Habituellement, ma mère se tait et ne s’interpose jamais lorsque mon père se défoule sur moi. Mais là, pour une raison incompréhensible, elle s’interpose : elle balance au vieux que je n’y suis pour rien et qu’il aurait mieux fait d’aller se coucher pour cuver. À ces mots, mon père devient fou : « C’est à cause de cette petite pute si je bois! C’est à cause d’elle si on s’engueule tout le temps ! Elle traîne avec de la vermine!»
Il se tourne vers moi :
«Cette fois ça suffit, tu dégages!»
Pour la première fois, je lui fais face et refuse d’être insultée. Devant mon aplomb, il me gifle. Je lui réponds en le fixant droit dans les yeux: «Même pas mal, vieil alcoolique.»
Je remonte en courant dans ma chambre et m’y enferme.
Les hurlements retentissent de plus belle dans les escaliers. Ma mère le supplie de ne pas monter tandis qu’il vitupère, me promettant que je vais prendre une raclée mémorable.
Il défonce ma porte, ceinturon à la main, et se jette sur moi. Je suis coincée entre mon lit et le mur. Aucun moyen de lui échapper. Ses coups me font un mal de chien. Je pleure, je l’implore d’arrêter. Mais la machine infernale est lancée, plus rien ne peut l’arrêter. Ma mère tente d’y mettre un terme. Sans succès.
Mon père m’attrape par les cheveux, me fait dévaler les escaliers, me jette dehors, me balance mes chaussures, mon manteau, et me somme de ne plus remettre les pieds chez lui.
Mon corps est engourdi de douleur.
Il fait froid, c’est l’hiver.
Demain, j’ai dix-huit ans. »

« Je me sens dépassée. Je ne sais plus comment aborder mon propre fils. Je ne sais plus comment imposer mon autorité à un ado qui fait deux têtes de plus que moi et dont la force physique dépasse désormais la mienne. Je ne sais plus comment lui faire entendre raison ni comment le persuader qu’il doit rectifier le tir, pour son avenir, pour lui.
J’opte pour la fermeté. J’arrête l’argent de poche, je ne veux plus qu’il s’achète de l’herbe avec ce que je lui donne. Joseph accepte de le prendre une semaine chez lui avec Mélodie pour que je puisse souffler un peu et poursuivre mon projet à New York. »

À propos de l’auteur
Peggy Silberling est directrice artistique et mère de deux enfants. Elle vit à Paris avec son compagnon, l’écrivain et scénariste Harold Cobert, co-auteur de ce livre. Par son témoignage, elle espère contribuer à libérer la parole des parents sur ce sujet ultrasensible et attirer l’attention sur les dysfonctionnements de notre système. (Source: Éditions Stock)

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