Dénouement

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Avec David les choses ne vont plus. Dolorès décide de mettre un terme à leur union et se retrouve seule, son mari s’étant vu confier la garde de leur fils. Entre ses quatre murs mansardés, l’enseignante essaie de s’imaginer un avenir.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Chronique de la vie post-divorce

Après avoir voulu se construire une famille, Dolorès se retrouve seule, débarrassée d’un mari volage, mais aussi de son fils. Pour son premier roman Aurélie Foglia raconte cette période difficile où la dépression vous gagne.

Une histoire somme toute banale, mais de celles qui vous marquent pourtant à tout jamais. Dolorès a eu envie d’y croire, à cette vie de famille heureuse auprès d’un mari attentionné qui l’aide à éduquer leur enfant. Mais bien vite le rêve prend une tournure plus difficile, les premiers accrocs viennent s’ajouter à une gestion difficile d’un emploi du temps saturé. L’usure pointe, la crainte de la chute s’installe et avec elle ce sentiment d’avoir failli. Aussi, c’est honteuse que Dolorès se sépare de Christophe, même si les torts sont bien plus du côté du pervers narcissique, volage et déstabilisant. Comme elle l’avoue à sa mère, elle n’en peut tout simplement plus : «Un couple d’accord c’est fragile, d’accord on peut réparer, sauf que parfois c’est cassé. Et quand c’est cassé c’est cassé.»
Un sentiment d’autant plus fort qu’elle n’a pu obtenir la garde de leur fils David. Le manipulateur a gagné sur tous les registres. Son dossier est en béton armé: «Sa façon de contester dans son tête-à-tête avec le juge ce qui avait été convenu entre eux et leurs avocats, de se poser en victime pour faire modifier le texte en sa faveur. Il n’a pas hésité à la faire passer pour la mère qui a abandonné le foyer conjugal, au bilan une pauvre fille pas très responsable ni très équilibrée qui cherche en prime à lui soutirer son argent. Et lui le pauvre, devant faire face avec un enfant en bas âge. Plus une grosse maison sur les bras, toutes les charges, les frais qui pleuvent. N’hésitant pas à pleurer misère malgré son salaire de cadre. Et cette femme qui fait n’importe quoi. Le juge dans sa poche.»
La voilà qui se retrouve anéantie. Pourtant, elle n’est pas au bout de ses peines. David va lui faire payer très cher sa déchéance. Avec son salaire de prof de math, elle ne peut lui offrir qu’un logement sommaire, loin de l’univers auquel il était habitué. Du coup, il se rebelle, lui fait sentir sa déchéance, allant même jusqu’à cette cruelle sentence : «Je ne t’aime pas». À quoi peut-elle alors se raccrocher? L’alcool? Les antidépresseurs? Les réseaux sociaux? Les ami(e)s? Les objets familiers qui l’entourent? Autant de pis-allers qui sont autant de pièges. Même Jean, découvert via un site de rencontre, et avec lequel elle va entamer une nouvelle relation, ne pourra enrayer cette spirale dépressive.
Aurélie Foglia réussit fort bien à décrire les affres de l’abandon, des difficultés qui s’enchainent et qui rendent de plus en plus difficile la reconstruction. Ce roman de l’effondrement, vous l’aurez compris, est un récit dur, impitoyable. Un roman à la Soulages, avec des nuances de noir.

Dénouement
Aurélie Foglia
Éditions Corti
Roman
240 p., 18 €
EAN 9782714312235
Paru le 21/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, sans que les lieux ne soient précisés.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La femme, la mère, la fille, Dolorès: même personnage qui se sépare, se débat, va de l’avant. Naître et mourir, elle n’arrête pas. On la rencontre, on la reconnaît. Elle n’a pas de masque, elle commence à prendre un visage. Alors même qu’elle s’efface. On ne peut pas s’empêcher de la suivre.
Ceci n’est pas ma vie. C’est donc la vôtre. Je veux dire cette vie une et nue, ou plutôt ce moment obscur qu’est le dénouement d’une histoire, de toute histoire. Une autre commence, une histoire d’amour, qu’est-ce qui peut davantage rappeler à la vie?

68 premières fois
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe 

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Les escaliers sonnent sous ses talons, l’entrée sent les fleurs qui cuvent, le couloir est de marbre, elle court, prise de culpabilité. Les meubles sont là mais les autres ? La voix de David lui parvient à travers les portes fermées. Elle se rassure, reprend un peu son calme, souffle avant de se manifester.
Autant commencer par se laver les mains. Changer ses chaussures pour des chaussons. Elle les cherche, il les lui faut.
Elle ne fera rien sans eux. Mais rien, personne, le manque terrible dans lequel elle se tient, piétine, et ce carrelage sans pitié qui lui glace lentement les pieds à travers ses bas. Il, David, ne sait pas jouer sans hurler, il ne fait rien de façon mesurée. La nounou sort de la chambre en s’appuyant sur la poignée de l’autre côté de la porte, passe une main sur sa figure comme si elle essuyait la fatigue accumulée. Elle a
l’air d’avoir traversé une épreuve éreintante mais formatrice dont il fallait absolument que quelqu’un vienne la relever au plus vite.
Je vous laisse. Il a goûté. La maîtresse a mis un mot dans le cahier de correspondance.
Désolée, le RER. Un suicide.
Il y en a beaucoup en ce moment.
À mardi prochain. Je vous paierai l’heure commencée.
Pour la nounou c’est un travail. C’est pourquoi elle étale une couche de maquillage si épaisse sur sa bouche, ses joues et ses paupières, porte des talons si hauts et un parfum si puissant. Elle va rentrer chez elle, dîner, regarder un film d’amour. Le film finira mal, mais rien ne l’empêchera d’avoir des rêves.
Pour la mère qui rentre, pas question de se laisser vivre.
Huit bras lui poussent. Le soir signifie : heure de la crise, des colères de David. Et le repas qui n’est pas prêt. Le bain. Laver le petit corps glissant comme un poisson, qui tout d’abord, c’est rituel, ne voudra pas entrer dans l’eau, puis refusera
d’en sortir.
Elle aurait besoin d’une douche, longuement. Se laver de cette journée. Elle aspire un instant à cette pluie sur sa peau, comme quelqu’un qui meurt de soif elle en a le mirage. Son estomac se crispe. Il va falloir tenir. Elle entend claquer le portail sur la nounou. Plus aucune aide ne viendra de l’extérieur, son mari inutile d’en attendre quoi que ce soit, il rentre à des heures indues, quand tout est fini, qu’il n’y a plus rien
à faire qu’à se glisser dans la nuit.
Enchaîner les actions qu’on attend d’elle. Son corps est rôdé, il sait ce qu’il fait. S’orienter dans le couloir à l’odeur obscure. Résister à l’appel tout bas de la salle de bains. Pousser la porte de la chambre d’enfant pour découvrir son trésor au milieu des rails d’un circuit empilés comme un jeu de mikado, mélangés à des lego et des plumes. On dirait un jeune chat qui a mangé un oiseau.
Il va falloir ranger. Il est tard. Tu t’es bien amusé mon cœur?
David fronce le front. Voilà ce qu’il n’aime pas, la voix de l’autorité, celle qui dissipe d’un coup le bon vertige de l’invention et le chaos qu’il entraîne. Quand sa mère a cette voix et casse sa magie, il la déteste.
Elle assume patiemment le rôle de l’ennemie. Agenouillée sur le tapis, jette les wagons dans le panier d’osier où ils se télescopent, aimantés. Rouge vif jaunes bleues vertes, composer à la va-vite un bouquet de plumes qui ne se trouvent sous aucun climat. Assis sur ses talons, les mains contenant ses genoux, le petit suit chacun de ses gestes d’un regard de rage, tant l’injustice qu’il subit lui semble irréparable. Ou chez un perroquet. Dit ara. Tu ne m’aides pas mon amour?
Elle s’aperçoit qu’elle a gardé son manteau. »

Extrait
« Un couple d’accord c’est fragile, d’accord on peut réparer, sauf que parfois c’est cassé. Et quand c’est cassé c’est cassé. » p. 53

À propos de l’auteur
Aurélie Foglia est maître de conférences à l’Université Paris 3-Sorbonne. Sous le nom d’Aurélie Loiseleur, elle a consacré ses premiers travaux de recherche au romantisme. Sa thèse a donné lieu à un livre, L’Harmonie selon Lamartine, utopie d’un lieu commun (Champion, 2005), et elle a consacré de nombreux articles à Hugo, Vigny, Baudelaire, Flaubert, Rimbaud ou Verlaine, entre autres. Elle est l’auteure d’une Histoire de la littérature du XIXème siècle dans la collection 128 (Armand Colin, 2014). (Source: Éditions Corti)

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Focus Littérature

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À la ligne

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En deux mots:
N’ayant pas trouvé de travail dans son domaine, un jeune homme accepte des contrats d’intérimaire dans une usine de transformation des fruits de mer puis dans un abattoir. Un choc physique et mental qu’il parvient à retranscrire dans une longue phrase qui suit le rythme infernal qui lui est infligé.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Les temps modernes

Joseph Ponthus est l’une des vraies surprises de cette rentrée. Sa description du monde de l’usine en une longue phrase, sorte de poème scandé sur quelques 272 pages, va vous prendre aux tripes.

À chaque rentrée littéraire, on croise quelques OVNIS, objets au verbe nouveau inimitables. En septembre, K.O. de Hector Mathis avait ainsi émergé. Pour la rentrée de janvier, c’est À la ligne qui rafle la mise. Oubliez la ponctuation et laisser vous emporter par ce long poème en prose, par le rythme imposé par ces lignes. Essayez la scansion et vous constaterez dès les premières lignes combien vous êtes plongé dans un monde qui ne vous laisse quasiment pas respirer, un monde qui cogne, qui tape, qui aliène
« En entrant à l’usine
Bien sûr j’imaginais
L’odeur
Le froid
Le transport de charges lourdes
La pénibilité
Les conditions de travail
La chaîne
L’esclavage moderne »
C’est ce quotidien que doit endurer le jeune homme qui arrive en Bretagne, ne trouve pas d’emploi dans son domaine et se retrouve contraint à accepter des contrats d’intérimaire dans des usines de transformation du poisson et fruits de mer puis dans un abattoir. Le choc est rude pour lui qui est plutôt intellectuel. Le rythme, le bruit, l’odeur sont autant d’agressions physiques mais aussi morales. Aux caisses de crevettes qu’il faut laver, trier, empaqueter va bientôt succéder le nettoyage des abattoirs, du sang des animaux découpés à la chaîne dans des cadences qui ne permettent pas d’éviter quelques dérapages avec l’éthique. Ni le pouvoir des petits chefs mis eux-mêmes sous pression par une hiérarchie avide de gain.
« Le capitalisme triomphant a bien compris que pour exploiter au mieux l’ouvrier
Il faut l’accommoder
Juste un peu
À la guerre comme à la guerre
Repose-toi trente minutes
Petit citron
Tu as encore quelque jus que je vais pressurer »
Pour résister, il y d’abord cette solidarité entre exploités qui n’est pas un vain mot. L’imagination, les petits mots d’encouragement, les tactiques pour gagner un peu de temps, un peu d’air, un peu de liberté sont autant de soupapes qui aident à tenir.
Puis viennent les stratégies individuelles, les moyens développés par chacun pour s’échapper en pensée. Pour le narrateur, ce sont les poèmes et les chansons. Apollinaire, Aragon, Céline ou Cendrars vont l’accompagner tout autant que Trenet, Souchon, Goldmann, Barbara ou «ce bon vieux Pierrot Perret». Des chansons que l’on fredonne et qui sont le vrai baromètre de l’ambiance.
« L’autre jour à la pause j’entends une ouvrière dire à un de ses collègues
« Tu te rends compte aujourd’hui c’est tellement speed que j’ai même pas le temps de chanter »
Je crois que c’est une des phrases les plus belles les plus vraies et les plus dures qui aient jamais été dites sur la condition ouvrière
Ces moments où c’est tellement indicible que l’on n’a même pas le temps de chanter
Juste voir la chaîne qui avance sans fin l’angoisse qui monte l’inéluctable de la machine et devoir continuer coûte que coûte la production alors que
Même pas le temps de chanter
Et diable qu’il y a de jours sans »
Après avoir cuit des bulots et déplacé des carcasses viendra finalement le jour de la délivrance. Mais de cette expérience il nous restera cet OVNI, comme une pierre précieuse qui, à force d’être polie et repolie étincelle de mille feux.

À la ligne
Joseph Ponthus
Éditions de La Table Ronde
Roman
272 p., 18 €
EAN 9782710389668
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Bretagne dans la région de Lorient. On y évoque aussi des voyages vers la Normandie, Le Mont-Saint-Michel en passant par Villedieu-les-Poêles et vers la Lorraine du côté de Nancy.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Nicolas Turcev)
Sitaudis.fr (Christophe Stolowicki)
La Croix (Antoine Perraud)
Blog Les livres de Joëlle
Blog Lettres d’Irlande et d’ailleurs 
Le Blog du petit carré jaune
Blog Mes p’tis lus 


Joseph Ponthus présente son ouvrage À la ligne: feuillets d’usine © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« En entrant à l’usine
Bien sûr j’imaginais
L’odeur
Le froid
Le transport de charges lourdes
La pénibilité
Les conditions de travail
La chaîne
L’esclavage moderne

Je n’y allais pas pour faire un reportage
Encore moins préparer la révolution
Non
L’usine c’est pour les sous
Un boulot alimentaire
Comme on dit
Parce que mon épouse en a marre de me voir traîner dans le canapé en attente d’une embauche dans mon secteur
Alors c’est
L’agroalimentaire
L’agro
Comme ils disent
Une usine bretonne de production et de transformation et de cuisson et de tout ça de poissons et de crevettes
Je n’y vais pas pour écrire
Mais pour les sous
À l’agence d’intérim on me demande quand je peux commencer
Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue
« Eh bien demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne »
Pris au mot j’embauche le lendemain à six heures du matin
Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace comme une arête dans la gorge
Non le glauque de l’usine
Mais sa paradoxale beauté
Sur ma ligne de production je pense souvent à une parabole que Claudel je crois a écrite
Sur le chemin de Paris à Chartres un homme fait le pèlerinage et croise un travailleur affairé à casser des pierres
Que faites-vous
Mon boulot
Casser des cailloux
De la merde
J’ai plus de dos
Un truc de chien
Devrait pas être permis
Autant crever
Des kilomètres plus loin un deuxième occupé au même chantier
Même question
Je bosse
J’ai une famille à nourrir
C’est un peu dur
C’est comme ça et c’est déjà bien d’avoir du boulot
C’est le principal
Plus loin
Avant Chartres
Un troisième homme
Visage radieux
Que faites-vous
Je construis une cathédrale
Puissent mes crevettes et mes poissons être mes pierres
Je ne sens plus l’odeur de l’usine qui au départ m’agaçait les narines
Le froid est supportable avec un gros pull-over un sweat-shirt à capuche deux bonnes paires de chaussettes et un collant sous le pantalon
Les charges lourdes me font découvrir des muscles dont j’ignorais l’existence
La servitude est volontaire
Presque heureuse
L’usine m’a eu
Je n’en parle plus qu’en disant
Mon usine
Comme si petit intérimaire que je suis parmi tant d’autres j’avais une quelconque propriété des machines ou de la production de poissons ou de crevettes
Bientôt
Nous produirons aussi les coquillages et crustacés
Crabes homards araignées et langoustes
J’espère voir cette révolution
Gratter des pinces même si je sais par avance que ce ne sera pas possible
Déjà qu’on ne peut pas sortir la moindre crevette
Il faut bien se cacher pour en manger quelques-unes
Pas encore assez discret la vieille collègue Brigitte m’avait dit
« J’ai rien vu mais gaffe aux chefs s’ils t’attrapent »
Depuis je loucedé sous mon tablier avec ma triple paire de gants qui me coupent de l’humidité du froid et de tout le reste pour décortiquer et manger ce que j’estime être à tout le moins une reconnaissance en nature »

Extraits
« Mais là n’est pas l’histoire
Aujourd’hui j’avais une formation dans un bled paumé du Ker Breizh le centre du trou du cul du monde de la Bretagne pour préparer ma cheffitude et rencontrer mes futures équipes de responsables de séjours et d’animateurs
Autant dire que passer du rythme de l’usine à celui des travailleurs sociaux en une nuit
C’est comme passer d’une certaine vision du travail à une autre vision du travail au sens le plus marxiste du terme
Le café la clope une pause le café une clope
«échanger avec les collègues» la clope un café tout ça une pause
Les crevettes les bulots les crevettes les crevettes les cartons les autres cartons encore ces foutues crevettes attendre que le chef te donne ta pause reprendre les crevettes les bulots les crevettes les crevettes
Dans les deux cas la subordination et la vente de ma force de travail
Ma place de semaine d’ouvrier soumis
Ce samedi celle de futur chef induit »

« Le capitalisme triomphant a bien compris que pour exploiter au mieux l’ouvrier
Il faut l’accommoder
Juste un peu
À la guerre comme à la guerre
Repose-toi trente minutes
Petit citron
Tu as encore quelque jus que je vais pressurer

Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel Je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant » 

« L’autre jour à la pause j’entends une ouvrière dire à un de ses collègues
« Tu te rends compte aujourd’hui c’est tellement speed que j’ai même pas le temps de chanter »
Je crois que c’est une des phrases les plus belles les plus vraies et les plus dures qui aient jamais été dites sur la condition ouvrière
Ces moments où c’est tellement indicible que l’on n’a même pas le temps de chanter
Juste voir la chaîne qui avance sans fin l’angoisse qui monte l’inéluctable de la machine et devoir continuer coûte que coûte la production alors que
Même pas le temps de chanter
Et diable qu’il y a de jours sans » 


Elodie, de la Librairie parisienne ICI nous livre ses conseils de lecture. Elle a choisi À la ligne © Production Babelio

À propos de l’auteur
Ancien éducateur spécialisé en banlieue parisienne, Joseph Ponthus a coécrit le livre reportage Nous… la cité (Zones, 2012), où se croisent les témoignages de quatre jeunes d’une vingtaine d’années dont il s’occupait. Il chroniquait également, jusqu’en 2015, le quotidien de sa vie « d’éducateur de rue » dans le journal libertaire Article 11. Il vit désormais en Bretagne. (Source: Livres Hebdo)

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