Dis-moi pourquoi

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Dis-moi pourquoi
Patrick Besson
Éditions Stock
Roman
162 p., 17 €
EAN : 9782234071117
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Campan près de Bagnères-de-Bigorre ainsi qu’à Lourdes. Les origines et les domiciles des protagonistes nous conduisent également à Chambon-sur-Voueize, à Paris, à Montrouge, à Dijon. Un séjour en Angleterre et un projet de voyage au Kenya, à Nairobi sont évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a un problème, Julie : les hommes la quittent mais ne lui disent jamais pourquoi.
Lors d’un séjour chez ses parents dans les Pyrénées, elle rencontre un jeune inspecteur du fisc, qui la quitte le jour de leurs fiançailles. Sans lui dire pourquoi. Mais nous qui avons lu le livre, on sait pourquoi !
Dis-moi pourquoi est aussi la peinture – au pistolet dirait l’auteur – d’une bourgeoisie décomposée, burlesque, égoïste, immorale et, ainsi que le montre la fin du livre, complètement folle.

Ce que j’en pense
***
Un peu comme dans un film de Claude Sautet, le dernier court roman de Patrick Besson nous convie à une réunion de famille autour d’un repas. La scène se déroule au pied du pic du Midi dans la demeure des Cauterets. Les hôtes sont Maryse, sexagénaire gourmande et un peu rondouillette («les mères sont souvent une version détériorée de leur fille») et son ex-mari surnommé Pilou. Ils sont divorcés, mais envisagent de se remarier.
Leur fille Julie, attachée de presse à Paris a fait le voyage après une nouvelle rupture. Mais qui sait, peut-être trouvera-t-elle l‘amour au bord de l’Adour ?
Jean-Jacques, son ami d’enfance est également présent avec son épouse Simone. Le couple d’Antillais est sur le point de voir naître leur premier enfant, heureux événement qui ne sera pas sans conséquences sur l’épilogue de ces retrouvailles champêtres.
Un peu incongrue dans cet aréopage est la présence d’Alain, l’inspecteur des impôts. D’autant que l’on apprendra bien vite qu’un contrôle fiscal a quasiment ruiné la famille et que Pilou se montre volontiers agressif en présence d’agents du fisc. Car il a notamment été contraint de vendre les vignes qui produisaient ce vin de Bigorre qui faisait sa fierté tout en faisant tourner les têtes.
Patrick Besson va ciseler les dialogues qui constituent le cœur de son roman et qui mêlent avec beaucoup d’habileté ironie, humour et affirmations de plus ou moins grande mauvaise foi.
Après Maryse, qui sent que le moment est parfaitement choisi pour réveiller sa libido, c’est un tour de sa fille de prendre le premier rôle de cette comédie grinçante.
Voilà « la femme créée pour la minijupe et les hauts talons. Elle a trente et un ans d’élégance méchante et un peu découragée. Longs cheveux bruns qui caressent son dos souvent nu. » en train de faire son irrésistible numéro de charme auprès de l’inspecteur des impôts qui fond comme neige au soleil, à tel point que l’on en vient déjà à parler de mariage !
Inutile de dire que Pilou – qui déteste qu’on l’affuble de ce surnom – ne voit pas vraiment cette relation d’un bon œil. Mais comme de son côté, il est question de remariage, il va laisser filer…
D’autant que Julie est peu encline à se lancer dicter son attitude par son géniteur: «J’ai passé mon enfance à attendre ses coups et mon adolescence à attendre ses coups de téléphone.»
D’une révélation à l’autre, d’un secret de famille à l’autre (si Simone, l’épouse de Jean-Jacques, est enceinte, c’est par un accident, Jean-Jacques ayant « brûlé un stop») on va se régaler de ces règlements de compte sous couvert de joyeuses retrouvailles.
Maryse s’amuse à dresser la liste des ex de sa fille jusqu’à ce, comme un boomerang, son petit jeu lui revienne en pleine figure. Elle va apprendre que l’un de ses propres amants, Edouard Daumal, a aussi mis sa fille dans son lit.
Quant à son père, il se souviendra des amis musiciens de sa fille, Barry et Jérôme et pourra ériger une règle universelle à partir de cette expérience : « Règle numéro un : ne jamais donner sa fille à un artiste. Premier inconvénient : il vous la rendra. Deuxième inconvénient : il vous la rendra en morceaux. »
Voilà par conséquent l’inspecteur des impôts presque adoubé par son ennemi. Ne reste plus qu’à publier les bancs, acheter une bague et faire confectionner les habits pour sceller leur union.
C’est à ce moment que l’orage va éclater. Soudain, le beau scénario va voler en éclats nous offrant une fin riche en surprises que je vous laisse découvrir. Sachez simplement qu’elle porte au paroxysme cette analyse sans fards de nos petits et grands travers. Dis-moi pourquoi la vie de famille devient si vite un jeu de massacre !

Autres critiques
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Le Point (Julie Malaure)
Blog Les petits carnets d’ABL 
Blog Culture 31 

Extrait
« – Pourquoi l’inspecteur des impôts ? demande Maryse.
– Il m’a paru adroit de l’inviter à déjeuner. J’ai l’impression que nous avons affaire à un gourmet.
– À quoi vois-tu ça ?
– À son tour de taille.
– C’est peut-être un goinfre.
– Alors il se goinfrera.
Maryse, pensive soudain, lève un doigt.
– Il faudra le tenir éloigné de Pilou. Quand mon ex-mari est à proximité d’un inspecteur des impôts, il l’insulte, ou bien le frappe.
– Il a perdu sa fortune dans un contrôle fiscal, rappelle Jean-Jacques.
– Notre fortune. À l’époque, nous étions mariés.
– C’était lui qui l’avait faite.
– Oui, mais c’était moi qui la dépensais.
– Pas élégant de quitter un homme ruiné.
– C’est lui qui a demandé le divorce. J’en ai conclu que, comme la plupart des hommes riches, il m’aimait pour son argent. Quant à moi, l’inspecteur des impôts peut toujours essayer de me ruiner, l’estomac de mes amis s’en est déjà chargé. » (p. 13-14)

À propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

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Je sais pas

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Je sais pas
Barbara Abel
Éditions Belfond
Thriller
304 p., 19,90 €
EAN : 9782714470874
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans une petite ville de province qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme…
Une belle journée de sortie des classes qui vire au cauchemar.
Une enfant de cinq ans a disparu.
Que s’est-il passé dans la forêt ?
À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme.
Pourtant, ne dit-on pas qu’une figure d’ange peut cacher un cœur de démon ?

Ce que j’en pense
****
Une famille sans histoires ou presque. Le professeur Patrick Verdier, son épouse Camille et leur fille Emma, cinq ans. Jusqu’ici, elle a suivi « le chemin bucolique d’une vie sans histoires. » Seulement voilà, Camille aimerait ne pas mourir d’ennui. Aussi, pour pimenter ce quotidien trop lisse, cette femme discrète et raisonnable «dont la beauté, plastique comme intérieure, n’a pas encore révélé toute la mesure de sa puissance» va tromper son mari avec Étienne. Employé dans un restaurant, homme de caractère à la beauté virile, ce dernier jouit de davantage de liberté. Il n’a plus de femme et sa fille Mylène a déjà trouvé un débouché professionnel. Elle est institutrice et, comme souvent dans des petites villes, le hasard veut qu’elle s’occupe d’Emma.
Le destin de l’une et de l’autre va basculer lors d’une sortie scolaire. Après une altercation – Emma ne veut pas construire de cabane avec les autres élèves en présence de Mylène – la petite fille disparaît. Au moment de reprendre le bus pour rentrer, c’est le branle-bas de combat. Il faut essayer de retrouver Emma au plus vite, car la nuit va tomber. Les premières recherches restant vaines, il faut prévenir la police et les parents. Ce sera finalement Mylène qui découvrira la petite fille dans un trou, où elle finira par glisser également en voulant porter secours.
Désormais prisonnière dans ce piège, l’institutrice va parvenir à éjecter son élève hors de l’anfractuosité afin qu’elle puisse appeler de l’aide. Quand Emma rejoint ceux qui sont partis à sa recherche, c’est le soulagement général, même si Patrick menace de ne pas en rester là et de porter plainte contre la négligence coupable de l’établissement scolaire. Pour le capitaine Dupuis, l’affaire est classée. Il peut lever le camp avec ses hommes. Personne ne s’est encore rendu compte que Mylène manque à l’appel.
Étienne va s’inquiéter de l’absence inhabituelle de sa fille et demander à Dupuis de l’aide, même s’il ne porte pas vraiment les forces de l’ordre dans son cœur. Comme Emma, qui s’est blessée en tombant dans son trou, porte le foulard de Mylène comme pansement autour de son bras, on la presse de questions. Encore traumatisée, elle répond systématiquement «Je sais pas».
Et même si le policier, Étienne et Camille se doutent que la fille cache quelque chose, personne ne réussira à lui faire dire davantage que ces trois mots qui sonnent comme le coup de grâce pour Mylène. Car l’institutrice est diabétique et doit être secourue rapidement.
Mais le temps passe, les tensions s’exacerbent. Étienne fait désormais pression sur Camille pour que sa fille parle, sur la police qui devant tant de véhémence finit par fouiller dans le passé du cuisinier pour découvrir qu’il a déjà eu affaire à la justice. Le malaise croît de page en page, car Barbara Abel a construit son thriller avec beaucoup de finesse, notamment en donnant à chaque fois au lecteur un coup d’avance.
On suit Mylène dans son trou, essayant de se sortir de son mauvais pas puis, en parallèle, l’enquête de la police, les efforts quasi désespérés d’Étienne pour tenter de retrouver son enfant (« Qu’importe l’âge de nos enfants, le monde s’écroule autour de nous lorsqu’ils sont dans la tourmente.») et ceux de Camille qui craint aussi que cette histoire ne fasse exploser son couple, que sa liaison ne finisse par éclater au grand jour. Dans ce maelstrom de sentiments et d’émotions, on en viendrait presque à oublier l’«innocente» fillette et la lourde chape de mystère qui l’entoure.
Comme on peut s’y attendre de la part d’un auteur aussi talentueux que Barbara Abel, l’épilogue va être riche de rebondissements.
Je sais que cela fait un peu cliché d’écrire qu’il est difficile de ne pas lâcher le livre avant la fin, mais c’est pourtant le cas. Je vous suggère d’essayer à votre tour…

Autres critiques
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Blog Quatre sans quatre
Emotions – blog littéraire et musical
Blog Léa Touch Book
Blog La petite chronique de Lilli
Blog Carnet de lectures
Blog Zonelivre.fr
Blog La rousse bouquine
Blog L’écume des livres
Blog Passion thrillers (Sandra B.)

Les premières pages du livre

Extrait
« Une fois le dernier élève embarqué, la directrice reprend la caisse en carton dans laquelle ne restent que quelques brassards, tandis que Bruno grimpe à son tour, suivi de Sandrine, une des surveillantes de garderie. À l’intérieur du véhicule, Éliane et Mylène, les deux institutrices, aidées de Véronique, la bibliothécaire, achèvent de placer les enfants, gérer les caprices de chacun, veiller à ce que ceux qui ont le mal des transports soient installés à l’avant, consoler l’un ou l’autre petit que toute cette agitation impressionne.
Enfin, le car est prêt à partir. Le nez collé aux vitres, les enfants agitent joyeusement les mains en direction du trottoir opposé, signes d’au revoir auxquels les parents répondent avec chaleur. Le véhicule se met en branle et s’éloigne enfin, au grand soulagement du concierge, qui émet cette fois un grognement de contentement. Si elle éprouve la même satisfaction, Mireille Cerise n’en montre rien et salue courtoisement les parents qui, enfin, se décident à quitter les lieux.
— Ils ont de la chance, avec le temps ! fait remarquer un jeune papa en passant à sa hauteur.
— En effet ! convient-elle en levant les yeux vers le ciel. Ils ont annoncé des orages, mais seulement en début de soirée. C’est une merveilleuse journée qui les attend ! »

A propos de l’auteur
Née en 1969 en Belgique, Barbara Abel est férue de théâtre et de littérature. Après avoir été élève à l’école du Passage à Paris, elle exerce quelque temps le métier de comédienne et joue dans des spectacles de rue. À 23 ans, elle écrit sa première pièce de théâtre L’esquimau qui jardinait. En 2002, son premier roman, L’Instinct maternel, lui vaut de recevoir le Prix Cognac avant d’être sélectionnée par le jury du Prix du Roman d’Aventure pour Un bel âge pour mourir, tout récemment adapté à la télévision avec Emilie Dequenne et Marie-France Pisier dans les rôles principaux. S’ensuivent Duelle en 2005, La Mort en écho en 2006, Illustre Inconnu en 2007, Le Bonheur sur ordonnance en 2009, La Brûlure du chocolat en 2010 et Derrière la haine en 2012. Aujourd’hui, ses romans sont traduits en allemand, en espagnol et en russe. (Source : Fleuve Éditions)

Site Wikipédia de l’auteur

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Le monde entier

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Le monde entier
François Bugeon
Éditions Le Rouergue
Roman
176 p., 17,80 €
ISBN: 9782812610318
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule dans un petit village de France qui n’est jamais nommé, mais proche de « l’étang Marchand ». Le Bénin y est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Chevalier préférait aller à son travail en Mobylette quand il faisait beau, et il portait toujours le même casque, orange, sans visière. Ce jour-là, il avait sur le dos une chemise à manches courtes que le vent de la course faisait flotter autour d’un genre de bermuda. De loin, on voyait d’abord le blanc livide de ses mollets, puis son ventre laiteux que la chemise découvrait par saccades. »
Il n’y a pas de femme dans la vie de Chevalier, pas qu’on sache en tout cas. De même qu’il n’y a pas beaucoup de tendresse entre sa mère et lui. Pourtant, il n’a jamais eu l’envie d’aller s’installer ailleurs que dans ce village où il a grandi, où il aime aller pêcher dans les étangs, avec son vieux copain Ségur. Jusqu’à ce soir d’août où son chemin a croisé une voiture renversée sur le bord de la route…
Dans ce premier roman d’une grande délicatesse, François Bugeon saisit une vie au moment où elle bascule.

Ce que j’en pense
***
Oublions le titre et la couverture du livre pour souligner d’emblée les qualités cinématographiques de ce roman. François Bugeon réussit dès les premières lignes à planter un décor, une atmosphère. Si bien que le lecteur-spectateur ne va plus lâcher les basques de Chevalier, le personnage au cœur de cette histoire, jusqu’au mot fin. Et qu’il aura bien souvent l’impression de voir défiler la filmographie de Jean Becker avec notamment des scènes tout droit sorties des Enfants du marais, de Dialogue avec mon jardinier, de La tête en friche pour finir avec l’intensité de L’été meurtrier.
Tout commence sur une petite route de campagne. À la tombée du jour, Chevalier rentre chez lui. Bien campé sur sa Mobylette, il est dépassé par une limousine circulant vite. Trop vite sans doute, parce qu’il la retrouve sur le toit au prochain virage. Il décide de sauver les occupants, un homme et deux femmes, et parvient non sans mal à les désincarcérer. Quand les secours arrivent, il est lui-même blessé et hospitalisé. C’est à son réveil que les choses se gâtent : « Il sentait que ce qu’on lui racontait depuis son réveil à l’hôpital ne correspondait pas à ses souvenirs. Tout cela le troublait, lui donnait l’impression d’être deux dans la même peau, et introduisait dans son esprit un doute sournois sur la réalité des choses qui l’entouraient. »
Grâce à son copain Ségur une partie du mystère va se lever. Parti à la pêche, il avait retrouvé près de l’étang la mobylette de son ami et, à une centaine de mètres de là, la fille que Chevalier avait sorti de la voiture. « Ségur se demanda s’il fallait amener la fille aux urgences, à la gendarmerie ou bien chez Chevalier. C’est l’heure qui fit la différence, ni les gendarmes ni les médecins ne sont très aimables au petit matin, tandis que chevalier servirait le café et qu’il aurait une raison d’être heureux, puisqu’il aurait récupéré sa veste.»
Les deux amis vont « apprivoiser » cette fille perdue qui va décider de loger quelques temps chez son sauveteur. Meune, son voisin, voudra aussi faire la connaissance de la jeune fille.
Dans un petit village où il ne se passe pas grand-chose, l’accident puis l’arrivée de cette jeune fille vont alimenter les conversations, faire de Chevalier un héros avant de s’interroger sur cette invitée un peu particulière.
Après une nuit de sommeil et un bon repas, Salomé va se livrer. Elle est la fille des pharmaciens de la ville d’à côté. « Le père de Salomé était venu du Bénin pour faire ses études en France, c’est là qu’il avait rencontré sa future femme qui arrivait de Guadeloupe. » Au moment où tout semble s’arranger, la voisine se saoule, Chevalier s’accroche avec Claudie, l’infirmière qui le soigne et dont il est secrètement amoureux, son copain Ségur veut se suicider, un cocufiage devient notoire.
Le tout culminant dans un épilogue aux rebondissements aussi nombreux qu’inattendus.
Voilà comment François Bugeon peut conquérir Le monde entier !

68 premières fois
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)
Blog Les lectures d’Antigone (Antigone Héron)

Autres critiques
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Les 15 premières pages
Extrait
« – Tu parles des gens de la voiture ? Dis-moi comment vont les femmes ? Bien ? Et l’homme ? Son bras ? J’avais fait un garrot. Son bras ? Il avait le bras en bouillie, j’espère qu’on ne le lui a pas coupé, son bras. Il était coincé à l’extérieur, c’est pour ça que j’ai dû la renverser cette putain de bagnole, pour le dégager. Bordel, quand j’y pense… Son bras. Et la voiture qui allait prendre feu. Les pompiers ne seraient jamais arrivés à temps pour éteindre l’incendie, fallait que je les sorte.
– Il n’y a pas eu d’incendie.
– Ah bon ? Merde… Tout ça pour rien.
– Pour quelque chose quand même ! Mine de rien, tu as peut-être sauvé le conducteur parce qu’il n’est pas du tout certain que son cœur aurait tenu le coup. Et c’est grâce à toi qu’il a gardé son bras, il mettra seulement pas mal de temps avant de s’en resservir correctement. Je n’ai pas encore revu la passagère, elle a eu plus de chance, elle a juste été secouée, il lui restera un gros gnon sans plus.
– Il y en avait deux.
– Deux ?
– Deux femmes, il y en avait deux. J’en ai sorti deux. Une jeune et une moins jeune. Je me souviens. »

A propos de l’auteur
Né en 1960 dans une famille de paysans et de maçons, François Bugeon a grandi à Preuilly sur les rives du Cher près de Vierzon. Tout d’abord céramiste, puis ingénieur pour la physique fondamentale et l’astrophysique, il est aujourd’hui chargé de communication dans un grand centre de recherche scientifique. Le Monde entier est son premier roman publié. (Source : Éditions Le Rouergue)

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Pour la peau

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Pour la peau
Emmanuelle Richard
Editions de l’Olivier
Roman
224 p., 18 €
ISBN: 9782823607949
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule en France, au Havre la narratrice a passé quelques années, dans une ville de province qui n’est pas nommée ainsi qu’à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La première fois que je vois E. je le trouve quelconque sinon laid. Il a le teint gris et il fume, ce sont les seules choses que je remarque. »
E. est adossé à la porte verte de son agence lorsqu’Emma l’aperçoit.
Il doit lui faire visiter un studio.
Cette scène, Emma ne cesse d’y revenir. Emportés par un amour auquel ils ne s’attendaient pas, ils se sont aimés, puis séparés.
Pour la peau raconte l’histoire de cette passion : violente, totale, obsédante.

Ce que j’en pense
***
C’est à la manière d’une entomologiste qu’Emmanuelle Richard choisit de nous raconter la passion amoureuse. Dans son nouveau roman, elle cherche, détaille, creuse, dissèque la relation qu’elle a entretenue avec E. Ce faisant, elle essaie de comprendre le mystère qui entoure la naissance d’un amour, ce qui le fait tenir et ce qui le fragilise jusqu’à ce moment où il s’éteint, où il n’est plus tenable, plus vivable.
L’entreprise tient à la fois du besoin et de la thérapie, surtout pour Emma, la narratrice qui est écrivain et s’apprête à sortir un nouveau livre. Besoin de savoir quels sont les éléments factuels qui conduisent à accepter un nouvel homme dans sa vie, envie de guérir de ce nouvel abandon. Car, si l’on oublie les premières expériences durant sa jeunesse au Havre, elle sort d’une précédente histoire avec S. et entend cette fois se préserver d’un nouvel échec.
Elle a par conséquent raison de dire que cette nouvelle histoire ne commence pas avec la rencontre de E., mais « par la redécouverte de la solitude et de la liberté, ça commence par une entreprise de ma part, une inscription sur les sites de rencontres en ligne (…) par la conviction que je veux redécouvrir mon corps et mon désir oubliés depuis trop longtemps et par la certitude que je vais convoquer ce dernier homme comme il me plaira aux heures qui me conviendront».
L’histoire ne commence du reste pas non plus avec leur première rencontre. E. est alors dans son rôle d’agent immobilier et Emma dans celui de la personne qui visite un studio. Elle pourrait commencer avec leur premier rendez-vous dans son bureau. Seulement Emma se perd en route et constate qu’il y a deux rues Lefranc dans cette ville et que son GPS la conduit dans la rue homonyme. Comment tomber amoureuse d’un homme agacé à la voix sèche ? La réponse viendra quelques jours plus tard, insatisfaisante. Parce qu’«on ne sait jamais pourquoi on aime ni vraiment ce qu’on aime quand on aime, d’ailleurs je ne l’ai pas compris tout de suite ce que ça voulait dire les croûtes et le visage détruit et la voix qui partait en vrille et le reste mais j’imagine que c’est ce qui m’a plu, et aussi cette manière qu’il avait de se tenir debout au milieu du désastre, droit et fier malgré tout, cette façon de porter haut ce visage en lambeaux, les grands plis amers qui encadraient sa bouche.»
Faisons ici une parenthèse pour parler du style, de la musique de ce roman qui fait fort souvent fi de la ponctuation, sans doute pour marquer le caractère spontané, l’urgence qu’il a y à dire les choses de manière brute, sans filtre. Sans doute aussi pour retrouver l’authenticité des impressions et des sensations alors que l’histoire est désormais finie. Emma dira «j’ai besoin d’écrire cela, comme si j’étais en deuil. Pourquoi cette nécessité de dire, de peindre, de retrouver ? De sauver.» Et peu plus loin, à la manière d’un haiku : «Terminer ce livre. Finir de déposer pour oublier.»
Voici donc le mode d’emploi. Pour «déposer», Emma tente de recréer l’ambiance, le décor, les vêtements qu’ils portaient, les bruits et des musiques qui ont accompagné la fusion de leurs corps, les odeurs et les parfums qui se sont mélangés. Mais cette profusion de détails ne suffit pas à faire une démonstration : « Je ne comprenais pas cette tendresse, cette douceur entre nous. Je ne comprenais pas cette intimité évidente, cette sensation de familiarité qui penchait vers le double en même temps que cette impression d’une étrangeté et d’une altérité radicales et nouvelles qui me faisaient perdre tous mes repères. Je comprenais encore moins cette confiance réciproque immédiate.»
Deux corps s’appellent et s’apprivoisent pourtant. Le besoin d’être ensemble devient évident, les plans d’avenir s’échafaudent. Le premier différend est vite surmonté. On imagine les journées, soirées, nuits en commun. Mais déjà quelques oiseaux de mauvais augure font entendre leur voix…
S’il faut lire Emmanuelle Richard, ce n’est pas pour y chercher des recettes pour faire durer une histoire d’amour ou encore pour tenter de comprendre ce qu’il faut faire pour éviter l’échec, mais bien plutôt pour partager les moments de grâce, pour la peau qui est frémissante et bien vivante.

Autres critiques
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France 2 (Dans quelle éta-gère)
Culturebox
Libération (Elisabeth Franck-dumas)
Blog Clara et les mots
Diacritik
Toute la culture
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)

Extrait
« Ecrivant ceci, je me pose cette question : comment passe-t-on de l’indifférence au mépris à la curiosité, puis au désir, et enfin au sentiment amoureux ? À quel moment ai-je commencé à regarder E. ? À quel moment E. a-t-il commencé à me plaire ? À quel moment ai-je eu l’impression foudroyante de le « voir » en entier, et d’en être bouleversée ? À quel moment… » (p. 16)

A propos de l’auteur
Emmanuelle Richard est née en 1985 en banlieue parisienne. Son premier roman sur l’adolescence, La Légèreté, paru aux éditions de l’Olivier en 2014, a été très remarqué par la critique. Pour la peau est son deuxième roman qui a été couronné du Prix Anaïs Nin 2016. (Source : Editions de L’Olivier)

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Focus Littérature

Charles Draper

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Charles Draper
Xavier de Moulins
Jean-Claude Lattès
Roman
230 p., 18 €
ISBN: 9782709648530
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans une ville de province qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe en 2015, avec des réminiscences aux années écoulées, de la rencontre de Charles et Mathilde en 2004 à quelques souvenirs de l’enfance et de l’adolescence du personnage principal.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la demande de Mathilde, Charles a quitté Paris et son appartement de la rue de Vaugirard pour s’installer à la campagne avec leurs deux filles, le rêve d’une vie. Une vie au vert, rythmée par ses allers-retours vers la capitale pour s’occuper de sa société. Le bonheur de Mathilde n’a pas de prix, tout le monde le sait, Charles ferait tout pour sa famille.
Alors pourquoi Mathilde est-elle de plus en plus distante ?
Est-ce le regret de Paris, de sa vie d’avant ? Le voisin, Clément, qui lui a montré la voie d’un ailleurs possible ? Ou bien ce reflet dans le miroir, ces quelques kilos en trop qui ont surgi sur la balance, ce profil d’homme mûr, moins ferme que dans leur jeunesse ?
Il y a forcément quelque chose. Si seulement Charles pouvait comprendre…
Apparence, apparences, mensonges et faux-semblants : chez Xavier de Moulins, les héros ont tous cette beauté éclatante, solaire, qui cache les plus noirs secrets.

Ce que j’en pense
****
Charles rencontre Mathilde en 2004, au rayon télé d’un magasin Darty le jour où se déchaîne le violent tsunami au large de Sumatra. «Trois semaines plus tard, loin des hurlements de la nature déchaînée, la paille d’un mojito coincée entre les dents, Charles et Mathilde se jurèrent de ne plus jamais se séparer, de commencer, enfin, la suite de leur histoire. Alors, ils se mirent à courir.»
La suite aurait pu être la chronique d’un couple modèle, d’une famille sans soucis, d’une ascension sociale gratifiante. Cela devient un thriller psychologique glaçant. Une mécanique d’une précision implacable.
À la tête de la société de déménagement «CD Mouve», Charles voit son entreprise se développer, sa famille s’agrandir, son épouse se plaire dans son rôle de mère au point d’envisager de quitter Paris pour s’installer en province. Bref, tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais, à l’image du sang que sa fille voit derrière son oreille, les petits détails vont gripper la belle machine. Le soupçon s’installe au fur et à mesure. Que se passe-t-il quand il n’est pas là ? Charles retrouve ses interrogations, ses doutes d’adolescent, quand « les filles de son âge ricanent sur son passage, elles moquent sa maigreur de squelette, sa transparence aussi. Il a le béguin pour Alice, Laure, Juliette et Aurore. C’est un garçon paranoïaque, une matière inflammable.»
Clément, le fleuriste, n’est-il pas trop proche de Mathilde ? Et lui, ne s’est-il pas laisser aller ? A-t-il changé au point de ne plus intéresser sa femme ?
«Ventripotent, il estime qu’il ressemble à du mou, du gras mou non identifié, à de la chair blanche avariée, un mauvais cadavre dont même un charognard ne voudrait pas. L’ampleur du constat le rend triste et pâle.»
Il va alors chercher dans un club de sport le moyen de regagner l’estime d’une épouse qu’il trouve par trop distante. Mais soulever de la fonte quelques fois par semaine ne lui suffit pas. Il va donner un coup de main à ses ouvriers et aider aux déménagements, avant de céder à son fournisseur de médicaments et de pilules magiques pour retrouver plus vite encore un corps de rêve.
Tentative aussi pitoyable que dangereuse qui va encore creuse le fossé entre lui et Mathilde qui n’en peut plus. Elle qui «simule sa vie, sans trop de blanc» qui arrive jusque là « à combler la faille», mais s’interroge : «pour combien de temps ?» En attendant que Charles s’assagisse, elle va s’occuper, retrouver une vie sociale mise jusque là entre parenthèses.
Loin des yeux, loin du cœur, Charles va de plus en plus mal. Construit petit à petit le drame qui couve. À ses yeux, «le fleuriste à les mains pleines de Mathilde». Même les conseils de sa sœur Charlotte ne le font pas dévier de ses – fausses – certitudes. Car désormais, à l’image de téléphone portable qui le nargue, tout le renforce dans son idée fixe : « Le téléphone est l’intranquillité de ceux qui attendent tout de rien, le territoire de tous les possibles, un terrain miné propice à tous les scénarios, jusqu’au cancer des propositions les plus noires (…) Nos téléphones sont les couteaux suisses de la trahison, des accélérateurs de paranoïa. Dans leur batterie se niche un nouveau virus, pour lequel on ne connaît aucun médicament ni vaccin, le poison du doute. »
Habilement construit et très juste dans l’analyse psychologique, l’épilogue de ce roman a toutes les chances de vous surprendre. C’est pourquoi nous n’en dirons pas davantage.

Autres critiques
Babelio
Blog Au bordel culturel
Blog Meely lit
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog A bride abattue
Blog Appuyez sur la touche « lecture »

Extrait
« Passé un certain âge, on ne rencontre plus vraiment, on croise. À quarante-cinq ans, on est vite un chien. Les clubs de sport ont cet avantage, offrir aux Charles Draper du monde entier de se lier encore un peu. À raison de trois séances d’une heure par semaine, dans un an, Charles aura passé six jours avec sa nouvelle bande. Six jours en un an, ce n’est pas rien. »

A propos de l’auteur
Xavier de Moulins est journaliste, présentateur du 19h45 sur M6 et de l’émission 66 Minutes. Depuis Que ton règne vienne, paru en 2014 aux Editions J.-C. Lattès, il explore les ressorts et les mécanismes du couple et de la famille dans ce qu’ils ont de plus moderne. (Source : Editions JC Lattès)

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Un printemps 76

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Un printemps 76
Vincent Duluc
Stock
Roman
216 p., 18 €
ISBN: 9782234079687
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Saint-Etienne, mais également à Bourg-en-Bresse d’où est originaire le narrateur, à Mézériat, à Autun, ou encore le temps d’une escapade à Etaules en Charente-Maritime. Lyon, l’éternelle rivale de Saint-Etienne, ne pouvait manquer à cette histoire, pas plus que les villes européennes où l’équipe de foot à joué comme Split en Croatie, Kiev en Ukraine, Eindhoven aux Pays-Bas et Glasgow en Écosse, sans oublier les destinations plus exotiques telles que Lahti en Finlande, Pitesti en Roumanie, Stömsgodset en Norvége et Zabrze en Pologne.

Quand?
L’action se situe dans les années 70, avec en point d’orgue la finale de la coupe d’Europe perdue en mai 1976.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Grandir dans ma province avec Saint-Étienne juste à côté, en 1976, c’était habiter Naples au pied du Vésuve, c’était savoir que le cœur de l’univers avait soudain été déplacé, qu’il se rapprochait de nous mais sans nous inclure, et c’est pour cela que l’on se levait, pour voyager, franchir la frontière et ressentir l’appartenance au monde.
Là-bas, juste à côté, Saint-Étienne avait les Verts, la ville avait cette fièvre, un pays venu prendre son pouls, et sous ses yeux la classe ouvrière mourait en chantant “Qui c’est les plus forts ?”».

Ce que j’en pense
***
Il y a des livres que vous rêvez de lire et que vous appréhendez d’ouvrir le jour où ils paraissent. Pour tous ceux qui, comme l’auteur, on vibré durant leur jeunesse aux exploits de l’équipe de foot de Saint-Etienne, il semblait évident que l’épopée des verts méritait d’être contée. Mais l’entreprise est périlleuse, car chacun des acteurs – et surtout des spectateurs – construit son propre mythe, sa propre histoire et entend ne pas être trahi.
Vincent Duluc a su fort adroitement éviter cet écueil en nous offrant le témoignage d’un jeune garçon de Bourg-en-Bresse dont la vie a sans doute basculé un jour à cause ou plutôt grâce à onze garçons à peine plus vieux que lui qui lui ont prouvé que le rêve était à portée de main. « Sans cette grande affaire, sans ce feuilleton haletant aux épisodes espacés qui apprenaient le désir par la rareté et la frustration, la thématique d’une éducation judéo-chrétienne dans les années 70, il ne serait resté que l’envie de passer à la suite le plus vite possible, de tenir dans l’heure les promesses de plus tard, de vérifier chaque matin devant la glace que l’on était en train de grandir er que l’évasion serait pour bientôt.»
La première vertu de ce court roman qui se lit très agréablement, est d’avoir fort bien su restituer le football de cette époque. On est alors bien loin de la manière actuelle de pratiquer la discipline, mais aussi bien loin des énormes enjeux qui entourent la discipline sportive la plus populaire du monde. Dans les années 70, un monde sans portable et sans internet, la vie en province se résumait pour beaucoup à quelques sorties, histoire de varier le plaisir qu’on pouvait alors avoir devant Champs Elysées, quand Michel Drucker accueillait Michèle Torr, Julien Clerc ou encore Nicoletta.
Pour les Français moyens, « la vie réelle avait besoin d’une allégorie qui donne un sens à leurs douleurs, et c’est ainsi qu’ils scrutaient les Verts, quêtant le labeur, suspectant une indolence. Les joueurs aux pieds carrés et aux maillots trop propres, la foule les envoyait à la mine. » À l’époque, le football était surtout l’affaires des «populaires», comme on appelait alors la grande tribune du stade.
Ou encore plus précisément pour les ouvriers Stéphanois qui descendaient à la mine ou travaillaient pour Manufrance, il fallait «passer le dimache après-midi au stade pour oublier que l’on est exploité et que l’on mourra fatigué.»
Ceux qui s’attandent à trouver un résumé circonstancié des grandes joutes sportives en seront pour leur frais. Le récit se fait ici à hauteur d’hommes. Plutôt que la grande équipe, ce sont les destins individuels qui se rassemblent ici pour former une aventure humaine hors du commun. Les petits secrets des Janvion , Piazza, Revelli, Santini, Bathenay, Curkovic, Larqué sont révélés, sans oublier ceux du très discret « Cht’i » Christian Synaeghel – que beaucoup ont sans doute oublié – ni du très médiatique ange vert Dominique Rocheteau qui doit sans doute à sa confiance aveugle en son kiné et ami Gérard Florissier d’avoir pu être sur la pelouse de Glasgow le 12 mai 1976.
Dans cette galerie de portraits, on n’oubliera ni l’entraineur Robert Herbin, ni le président Roger Rocher qui sont, chacun à leur place, deux autres incarnations de l’ascenseur social.
Enfin, et pour boucler la boucle, on retrouve les médias. À une époque où les journalistes sportifs passaient vraiment leur vie «aux côtés de ceux qui vivent leurs plus beaux jours (…) et s’ils ne s’en doutent pas il ne faut rien leur dire, l’ignorance leur est une nécessaire innocence.»
Si on peut être un peu nostalgique de cette époque, c’est sans doute d’abord pour cela : la fin de l’innocence. Oui, l’été 76 est bien loin. Trop loin !

Autres critiques
Babelio
Libération (Christophe Alix)
Télérama (Laurent Rigoulet)
Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Blog A l’ombre du noyer
Blog Miscellanées balades littéraires

Extrait
Les premières pages du livre

A propos de l’auteur
Vincent Duluc est l’auteur, chez Stock, d’un premier roman très remarqué et salué par la presse : George Best, le cinquième Beatles. Il est le leader de la rubrique football de L’Équipe et intervient régulièrement en tant que consultant sur L’Équipe 21, RTL et i-Télé. (Source : Editions Stock)

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Quarante roses

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Quarante roses
Thomas Hürlimann
Verdier
Roman
traduit de l’allemand (Suisse) par Fedora Wesseler
320 p., 18 €
ISBN: 9782864328513
Paru en janvier 2016

Où?
L’action se déroule principalement en Suisse, entre Zoug qui n’est pas nommée, mais dont la topographie, la bord du lac et l’église Saint-Oswald donnent des indices éclairants, ainsi qu’à Berne, nommée la capitale dans le récit.
Gènes, Marseille et l’Afrique sont également des destinations évoquées, tout comme l’isthme de Courlande, Ostende, Biarritz ou encore Bornéo. Durant la Grande Guerre, l’auteur relate des événements survenus à Odessa et en Galicie, «sur la voie entre Przemysl et Tarnow».

Quand?
Le roman traverse le XXe siècle jusqu’à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Nous avons commis une faute, une faute grave, la plus grave : nous avons défié le Temps. Nous avons essayé de retenir son cours. Et à présent, Max, à présent, il nous montre son pouvoir ! »
Ainsi s’adresse, en son for intérieur, Marie Minet à son mari, Max Meier, un politicien suisse en vue dont la carrière a absorbé toute son énergie, la conduisant à renoncer à sa vocation de pianiste pour jouer le rôle de first lady idéale. Chaque année, au cours d’une fête dans un grand hôtel, Max contraint Marie à accepter pour son anniversaire un bouquet de quarante roses, comme si elle avait toujours quarante ans : aussi la comédie devient-elle chaque année un peu plus dérisoire et un peu plus cruelle. À la fin de ce roman, elle atteindra à l’intolérable.
Au cours de cette soirée, c’est toute la vie de Marie qui défile dans sa mémoire, mêlée à la légende de sa famille, une dynastie de grands couturiers juifs originaires d’Europe centrale. Mais laquelle des deux Marie est la vraie ? Celle du miroir, Marie Meier, toujours en représentation, ou la « Marie-Étoile », Marie Minet, qui conserve comme un trésor le souvenir des histoires du passé ?
L’auteur, en grand romancier, laisse chaque lecteur libre de juger.

Ce que j’en pense
****
Quand Marie se réveille, le 29 août, elle peut admirer le paysage qui s’offre sous ses yeux, le lac et les montagnes que la brume estompe encore. Elle peut se réjouir par anticipation, car elle sait qu’en ce jour son mari lui fera livrer quarante roses pour son anniversaire. Un rituel qui s’est installé entre les époux, à la fois pour sceller leur amour et pour flatter Marie, qui aura toujours quarante ans.
Cependant, ces quarante roses sont aussi le symbole du mensonge, de ce besoin de travestir la réalité pour l’adapter à son désir, à son dessein. C’est même devenu une seconde nature pour Max Meier. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, que la neutralité suisse lui aura permis de passer sans encombres, il rêve de mener sa carrière politique jusqu’aux plus hautes fonctions.
Quitte à oublier en route quelques éléments de sa biographie, quitte à construire de toutes pièces une famille modèle.
Thomas Hürlimann aime utiliser des éléments de la biographie familiale dans ses romans. Il n’en va pas autrement ici, où il convoque quelques uns de ses ancêtres. Ce qui lui permet de gratter le vernis tout juste sec d’un tableau par trop idyllique. Pour ce faire, il va se servir de Marie, de sa lassitude à passer ses journées dans un double mensonge de plus en plus pesant.
Elle est l’arrière petite-fille d’un tailleur juif venu de Galicie, région aujourd’hui coincée entre la Pologne et l’Ukraine et qui a longtemps un carrefour de cultures et de religions. Une dynastie familiale qu’elle a gommé d’un coup d’eau bénite, en étant baptisée afin de s’intégrer dans la province catholique. Dans le monde des affaires et de la politique se joue le même petit jeu. L’esprit d’entreprise se doit, surtout dans un microcosme comme celui de la province suisse allemande, de faire des compromis, voire des compromissions pour pouvoir s’épanouir. Quand une carrière politique ne peut se construire sans souci du paraître, de la respectabilité bourgeoise, du souci des alliances et de la bienséance. Quitte à flirter quelquefois avec des idées nauséabondes, telles le fascisme italien dont les échos parviennent jusqu’en Suisse.
Si l’anniversaire de Marie est l’une des scènes marquantes de ce livre, la veillée de Noël est sans aucun doute l’autre grand moment, quand Marie affirme qu’elle croit en Dieu et affiche aux yeux de son frère, prêtre et de son mari député du parti chrétien conservateur et fait de ce moment de paix un moment de guerre ouverte : «Je crois en Dieu. Il me fait même un peu pitié. Aux enfants innocents, il refuse la résurrection [son frère lui a affirmé que les jumeaux qu’elle a perdu à la naissance n’iraient pas au paradis, car non baptisés ], et qu’est ce qu’il en retirera ? Au jugement dernier, les lampes en peau humaine retrouvées à Auschwitz siffleront autour de sa tête.»
Avec autant de poésie que d’ironie, avec autant de belle écriture classique que de mordant, Thomas Hürlimann prouve ici qu’il est l’un des prosateurs de langue allemande les plus doués de sa génération.

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Marie était une dame qui avait du style. Jamais elle ne quittait l’étage supérieur sans être légèrement maquillée : elle courut à la salle de bains, tamponna ses joues de rouge, mit un peu de salive dans le mascara et se peignit soigneusement les cils. Dans le miroir, elle aperçut son regard panoramique qui, sortant de son for intérieur, lui donnait une aura mystérieuse. C’était le 29 août, son anniversaire. Marie savait ce qui l’attendait. Quand on sonnerait, elle courrait à la porte, accueillerait le coursier qui apporterait les fleurs et battrait des mains de joie.
À chaque anniversaire, Max lui faisait envoyer quarante roses. » (p. 9)

A propos de l’auteur
Thomas Hürlimann, né en 1950 à Zoug, est l’un des principaux écrivains suisses contemporains. Son œuvre est traduite en vingt et une langues. Quarante roses, paru en 2006, s’inspire de sa propre histoire familiale. (Source : Editions Verdier)

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Amours

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Amours
Léonor De Récondo
Sabine Wespieser
Roman
280 p. 21 €
ISBN: 2848051736
Paru en janvier 2015

Version poche parue en mai 2016.

Où?
Le roman est situé en France, dans le Cher et plus précisément dans un bourg baptisé Saint-Ferreux-sur-Cher.

Quand?
L’action débute en 1908 et va se dérouler durant les mois et années qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

Ce que j’en pense
****

Le livre s’ouvre sur un premier chapitre très fort. Anselme, le maître de maison y viole Céleste, sa bonne. Quelques pages plus loin, on comprendra que cette scène est celle de la conception d’Adrien, l’enfant qui est bien involontairement le déclencheur de cette histoire.
Nous sommes en 1908, à un moment où les droits des femmes étaient balbutiants, pour ne pas dire inexistants. Le droit de cuissage sur le «petit personnel» faisait partie de ces règles non-écrites, y compris en province. Ce qui pourrait donc être considéré comme un faits divers banal va prendre sous la plume de Léonor de Récondo, une toute autre dimension. Car Victoire, la femme délaissée, va se rapprocher de Céleste. L’une et l’autre vont découvrir que leur corps peut être autre chose qu’un outil de travail, qu’il peut aussi être vecteur d’émotions : « L’amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant leur offre un écrin. »
Pour quelques instants, le désir balaie la morale. Victoire décide d’adopter l’enfant, se remet au piano, part à Paris s’acheter une toilette et se fait accompagner par Céleste.
Mais cette liberté nouvelle est menacée. Le poids des conventions, le regard des autres, l’impossibilité de vraiment s’émanciper vont conduire au drame.
Mais au-delà de ce récit, c’est pour son style qu’il faut se plonger dans ce roman. Léonor de Récondo cisèle ses phrases, les travaille et retravaille jusqu’à ce que sa petite musique soit parfaitement harmonieuse. C’est bien simple, il est très difficile de ne pas quitter le livre jusqu’à la fin. Et il ne s’agit pas ici d’une formule. A l’image de cette clairière vers laquelle Céleste part se réfugier, on trouve dans ces pages une beauté envoûtante.

Le travail de l’écrivain
Ce fut un véritable plaisir de rencontrer l’auteur lors de son passage à Mulhouse. En présentant «Amours», elle a aussi parlé de son travail d’écrivain qui, chez elle, complète sa passion pour la musique (elle est violoniste) : « Je n’écris le livre que lorsqu’il est complet dans ma tête. Mais le travail en amont est très important. Je me documente beaucoup. J’ai lu beaucoup d’ouvrages sur cette période, sur la domesticité ainsi que des recueils de lettres, ce qui me permet de m’imprégner du sujet. Je mets aussi plusieurs mois à incarner mes personnages et, quand la structure est là, j’écris. Je ne rédige qu’un chapitre par jour, e qui explique aussi qu’ils soient relativement courts et qu’ils aient presque tous la même longueur. En revanche, je retravaille beaucoup le texte. Je veux que ma phrase soit fluide, que la lecture soit harmonieuse. »

Extrait
« C’est un feu de joie, ils sont tous excités de voir les flammes s’élever. Même Huguette, qui avait du mal à cacher son désaccord tant cette idée lui paraissait saugrenue, se prend à sourire. C’est la première à applaudir lorsque Victoire, dans un geste énergique, lance un corset dans le feu.
– Ah vraiment, bravo, madame ! Vous faites bien. Vous allez enfin pouvoir respirer !
– Et je vais surtout pouvoir m’habiller toute seule !
Pierre observe Victoire. Il réalise que cette femme si élégante qui, d’une certaine manière régit leurs vies, est à la merci des mains de sa femme. Comme une enfant, chaque matin, elle a besoin d’elle pour se vêtir. Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c’est ce qu’il comprend tandis qu’elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social. »

« Sous les tuiles en ardoise de la maison bourgeoise, quatre personnes sont couchées, seul l’enfant dort. Les autres gardent les yeux grands ouverts. Chacun dans sa pièce, chacun dans sa solitude profonde, hanté par des rêves, des désirs, des espoirs qui ne se rencontrent pas, qui se cognent au murs tapissés, aux taffetas noués d’embrasses – métrages de tissu qui absorbent les soupirs, pour n’en restituer qu’un écho ouaté. » (p. 218)

Autres critiques
Babelio
L’Express (François Busnel)
Télérama
BibliObs
RTL (avec Interview-vidéo de l’auteur)

A propos de l’auteur
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. Elle fonde alors le quatuor à cordes Arezzo et, grâce au soutien de l’association ProQuartet, se perfectionne auprès des plus grands maîtres du genre (Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg). Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Elle étudie pendant trois ans ce nouveau répertoire auprès de Sigiswald Kuijken au Conservatoire de Bruxelles. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques (Les Talens Lyriques, Le Concert d’Astrée, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel). De 2005 à 2009, elle fait partie des musiciens permanents des Folies Françoises, un ensemble avec lequel elle explore, entre autres, le répertoire du quatuor à cordes classique. En février 2009, elle dirige l’opéra de Purcell Didon et Enée mis en scène par Jean-Paul Scarpitta à l’Opéra national de Montpellier. Cette production fait l’objet d’une tournée. En avril 2010, et en collaboration avec la chanteuse Emily Loizeau, elle crée un spectacle mêlant musique baroque et musique actuelle.
Léonor de Récondo a été premier violon sous la direction de Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique), Patrick Cohën-Akenine (Les Folies Françoises), Enrico Gatti, Ryo Terakado, Sigiswald Kuijken. Elle est lauréate du concours international de musique baroque Van Wassenaer (Hollande) en 2004.
Elle fonde en 2005 avec Cyril Auvity (ténor) L’Yriade, un ensemble de musique de chambre baroque qui se spécialise dans le répertoire oublié des cantates. Un premier disque de l’ensemble paraît chez Zig-Zag Territoires autour du mythe d’Orphée (plusieurs fois récompensé par la presse), un deuxième de cantates de Giovanni Bononcini en juillet 2010 chez Ramée.
Léonor de Récondo a enregistré une quinzaine de disques (Deutsche Grammophon, Virgin, K617, Alpha, Zig-Zag Territoires) et a participé à plusieurs DVD (Musica Lucida).
En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. Chez Sabine Wespieser éditeur, elle publie en 2012 Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. Pietra viva (Sabine Wespieser éditeur, 2013), plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale.
Avec Amours, son nouveau roman paru le 8 janvier 2015, Léonor de Récondo, dont on retrouve la phrase juste et précise qui conduit le lecteur au plus près de ses émotions, fait exploser les cadres de la conformité bourgeoise pour toucher à l’éclosion du désir, la prise de conscience de son propre corps, la ferveur et la pureté d’un sentiment qui balayera tout, et impressionne par l’amplitude de ses sources d’inspiration.. (Source : Sabine Wespieser Editeur)

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