Quand Dieu apprenait le dessin

RAMBAUD_quand_dieu_apprenait_le_dessin

En deux mots:
Pour asseoir son autorité le Doge Justinien envoie ses hommes à Alexandrie pour y dérober les reliques de Saint Marc. Ce qui nous offre une expédition mouvementée, un portrait saisissant des mœurs au IXe siècle et nous permet de découvrir les origines de Venise, la Sérénissime.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Naissance de la Sérénissime

La quête des reliques de Saint Marc permet à Patrick Rambaud de nous offrir un grand roman d’aventures et une belle fresque historique.

C’est dans un autre roman qui connaît actuellement un grand succès que j’ai trouvé le résumé de ce nouvel opus de Patrick Rambaud. Jean d’Ormesson dans Et moi, je vis toujours revient sur la genèse de l’une de ses villes préférées : « Née, dans un paysage ingrat au milieu des marais, d’un afflux de réfugiés chassés d’Aquileia, vous le savez déjà, par les Huns d’Attila, Venise est le triomphe du génie des hommes sur l’hostilité de la nature. Non, je ne vous parlerai pas de la basilique Saint-Marc qui doit son existence et son nom aux reliques de saint Marc l’évangéliste ramenées de Palestine, au risque de leur vie, par des marins vénitiens qui les avaient dissimulées sous de la viande de porc. » Or, c’est précisément à ses marins vénitiens que s’intéresse Patrick Rambaud, à leur malice et à leur intrépidité qui leur permirent de mener à bien leur projet un peu fou.
Mais avant d’en venir à cette belle relation d’un voyage à hauts risques, disons quelques mots d’une œuvre classique qui explique le titre du livre, le Décaméron de Boccace. Dans la sixième nouvelle de la sixième journée, on nous explique que « Dieu a créé les Baronci au moment où il faisait son apprentissage de peintre. Les autres hommes, il les a faits quand il savait déjà peindre. » Nous voici par conséquent revenus à cette époque où Dieu apprenait le dessin, où il tâtonnait encore, où il lui fallait encore affiner ses premières esquisses. Nous voici en 828.
Pour asseoir son pouvoir le Doge Justinien a une idée susceptible de calmer les Romains et les autorités religieuses en leur apportant la preuve qu’ils sont au même niveau de dévotion. Il veut offrir à ses fidèles une relique et confie à ses meilleurs hommes le soin d’aller dérober celle de Saint-Marc en terre impie: « Je vous sais rusés, débrouillez-vous mais rapportez ici la relique de l’évangéliste par tous les moyens! Sous la protection de saint Marc nous pourrons traiter à égalité avec Rome. Et nous fondrons une République de mille ans!»
Avec un amuse-bouche intitulé «La peur», l’auteur nous dresse un état des lieux dans les mœurs de l’époque. On peut les résumer abruptement en disant que le plus fort a toujours raison. Sur les pas des Vénitiens s’aventurant vers Mayence, on ne va pas tarder à s’en rendre compte. Ce sera aussi l’occasion pour ce détachement de faire une démonstration de son habileté à ruser. Une qualité qui va devenir indispensable dans la seconde partie, « Le pouvoir ». On y sent l’auteur des chroniques de Nicolas 1er et de François le Petit, désormais habitué à analyser les intrigues de pouvoir, dans son élément. Avec une jubilation non feinte, il nous détaille les moyens – souvent peu recommandables en terme de justice, de loyauté ou d’équité – mis en œuvre pour régner.
Mais c’est avec la trosième partie, « L’aventure » que je me suis le plus régalé. Dans les ruelles d’Alexandrie, sur la piste de ces reliques convoitées par les deux émissaires, Marino Bon et Rustico, on savoure, on tue, on s’amourache, on s’enivre au point d’oublier sa mission première, ou presque. Mais au bout du compte, on mettra bien la main sur ce que l’on pourra présenter comme les reliques authentiques. À moins que le titre du dernier chapitre, « La légende » ne soit aussi ne mise en garde sur la véracité historique de cette expédition. Mais qu’importe, l’essentiel n’est-il pas de «construire le roman national» comme on a pu l’écrire de l’histoire de France. Dans cette mission là, Patrick Rambaud est inégalable!

Quand Dieu apprenait le dessin
Patrick Rambaud
Éditions Grasset
Roman
288 p., 19 €
EAN: 9782246814863
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Italie, à Venise et dans les environs, à Torcello, Mamoniga, Scorpetho, Pavie mais aussi à Constantinople, Alexandrie ainsi que dans les Vosges, en route vers Mayence.

Quand?
L’action se situe au IXe Siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au début du IXe siècle, « nous étions à l’âge des ténèbres. Le palais des doges n’avait pas encore remplacé la lourde forteresse où s’enfermaient les ducs. Les Vénitiens étaient ce peuple de marchands réfugiés dans les lagunes, pour se protéger des barbares. Ils ne voulaient pas affronter des ennemis mais cherchaient des clients: aux uns, ils vendaient des esclaves, aux autres du poivre ou de la soie. Leur force, c’étaient les bateaux – dans une Europe encore aux mains des évêques et des Papes. »
Venise la récalcitrante excite les convoitises et s’exaspère du pouvoir de Rome. Le 31 janvier 828, le doge de Rialto envoie deux tribuns en mission à Alexandrie pour ramener par tous les moyens la dépouille momifiée de saint Marc… Sous la protection d’un évangéliste de cette renommée, Venise pourra traiter d’égale à égale avec Rome et fonder ainsi une république de mille ans… Le roman d’une époque méconnue, racontée avec brio et ironie par Patrick Rambaud.

Les critiques
Babelio 
Paris-Match (Gilles Martin-Chauffier)
La Revue l’Éléphant (Lola Jordan)
Dans quelle éta-gère (monique Atlan)
Le littéraire.com (Serge Perraud)
Les Échos (Thierry Gandillot)
Blog DOMI C LIRE
Blog The unamed bookshelf 

Patrick Rambaud présente son roman Quand Dieu apprenait le dessin. © Production People Network

Les premières pages du livre 
« Pour Tieu Hong bien sûr,
Pour Henri de Régnier,
Pour mes amis de Venise, pour la petite dame du Rialto qui vend au printemps des artichauts minuscules, pour le fabricant de bottes de San Stefano, pour la patronne de La Rivetta qui m’a dépanné un dimanche soir avec une bouteille de Soave, pour les patrons d’Alla Frasca, près de la maison du Titien, qui réussissent une brandade de morue sans pareille, pour le facteur Cheval de Burano qui a un autographe de Gina Lollobrigida, pour le train qui arrive au matin à Santa Lucia, pour ce vieux monsieur impeccable dans son loden vert qui vient s’asseoir chaque jour à la même heure sur un banc des Zattere et ne regarde nulle part.

La peur
Dans l’île de Torcello, en 827, le tribun s’appelle Rustico. Son nom le résume: c’est une âme rude; il sait que la terre est plate et que la nef reconstruite de Santa Maria Asunta doit en marquer le centre. Rustico vit dans la certitude. Quand il regarde un arbre il a un œil de charpentier. Quand il regarde un poisson il a faim. Quand il regarde l’Adriatique il mesure la hauteur des vagues et la force du vent. Quand il voyage il cherche à ne pas se faire tuer. Quand il croise un inconnu il se demande d’où peut venir l’attaque. Au physique il a un nez trop long, des moustaches en crocs, des mains assez larges pour manier une hache, tirer un cordage ou emmaller des pièces d’or. Il sourit peu à cause de ses dents poussées de traviole, parce qu’il a acquis le sens des jolies choses à Constantinople en y étudiant les icônes, la grammaire et la prosodie. Il en a aussi ramené sa femme Kassia, fille de Phocas, un Byzantin riche qui fabrique des fours à pain. Lui-même a hérité de maisons, de cours et de jardins à Torcello. Il possède des forêts en terre ferme, des pâturages près de Mamoniga, quelques vignes à Scorpetho et deux bateaux de commerce ventrus capables de franchir la Méditerranée. Quelquefois il doit quitter son île pour une expédition commerciale.
Aujourd’hui il traverse les Vosges avec une caravane de marchandises précieuses. Dans les taillis, la capuche sur le front et l’œil à demi clos, avec son gilet de fourrure poils en dedans, il ne bronche pas. Il écoute de tout son corps. Sans nerfs. Il serre son javelot. La forêt est épaisse, le vent n’y pénètre pas et les sons s’y étouffent. Même la source qui glisse entre les pierres plates, on ne l’entend pas chanter. Soudain, vers l’ouest, Rustico perçoit un léger piétinement que la mousse engourdit, puis des craquements de brindilles. Les chèvres sauvages ont soif même si elles ont peur, en voici une, deux, plusieurs, inquiètes. La première renifle mais les chasseurs qui guettent ont une odeur rassurante: ils sentent le bouc. Une autre chèvre arrache les feuilles d’un arbuste, alors Rustico lance brutalement son javelot en poussant un cri. La bête se raidit et tombe, le ventre percé, et le sang gicle dans le ruisseau, une pluie de javelots s’abat sur les chèvres sauvages, cloue celle-ci contre un chêne, en fait déraper une autre sur les rochers humides. Les hommes sortent des broussailles et achèvent leur travail au couteau. En égorgeant sa chèvre, qu’il maintient d’une main par les cornes, Rustico reçoit sur le bras un jet de sang chaud. Il plonge maintenant son poignard de chasse dans la panse agitée de spasmes, on entend craquer les côtes sous la lame de fer. Les boyaux sortent. Chacun lave son javelot à même la source et vide les carcasses pour qu’elles soient moins lourdes à emporter jusqu’au camp provisoire. Puis ils s’en vont en tirant leurs chèvres par les pattes, laissant après eux une traînée rouge sur la mousse et les feuilles basses. Déjà les corbeaux se chamaillent en jacassant autour des intestins.
Ces hommes appartiennent tous au duché de Venise et voyagent ainsi depuis trois semaines dans les forêts, les tourbières dangereuses, la pierraille et les taillis serrés qu’ils ouvrent parfois à l’épée. Ils en ont assez de ces montagnes froides. « C’est encore loin, Mayence? » Le guide indigène, qui n’a pas de nez, bredouille en latin approximatif qu’après le monastère de Saint-Gandulf on y arrivera en une semaine si le Rhin est à nouveau navigable. Il n’est pas fiable, ce montagnard. On ne lui a pas coupé le nez pour rien. La nuit dernière on l’a surpris assis sur une peau de brebis fraîchement dépecée, le côté sanglant sous les fesses. Il a dû s’expliquer: le moyen, a-t-il dit, est infaillible pour que les démons sortent de terre. À Mayence, si on y arrive, on va se débarrasser du bonhomme. Pourquoi voulait-il que les démons sortent de terre? Comme s’il n’y en avait pas assez dans ces maudites forêts.
C’est la première fois que des marchands vénitiens s’aventurent si loin vers le nord. Jusqu’à présent ils se contentaient de livrer leur sel et les soieries orientales à Pavie, en remontant le Pô sur leurs barges. Déjà les Syriens et les Grecs n’avaient plus le monopole des épices d’Alexandrie, et les marins de Rustico avaient ramené d’Égypte du poivre, de l’encens, des teintures, des tissus brodés d’or qu’ils espèrent vendre cher aux barbares de Germanie. Ces produits si rares, peu encombrants, on pouvait en bourrer les navires et en tirer des fortunes. »

ExtraitS:
« Les croyances, toutes les espèces de croyances génèrent le désordre. Si tu crois, tu veux persuader ceux qui ne croient pas aux même choses que toi, tu t’imposes, tu légifères, tu ordonnes. Tous nos malheurs viennent de ces conflits lamentables et diaboliques. Ouvre les yeux, regarde autour, souviens-toi de ton périple vers Mayence, souviens-toi de Théodore, des amusements de Soulaymâne que seule retient sa sagesse mais jusqu’à quand? Les religions sont les manufactures où se fabriquent des monstres. Elles provoquent acharnement, délation, haine, meurtre, mépris, interdictions, rigidité, extermination, hécatombes, perversité, illusion, enfantillages…Quelle confusion !
– Arrête de parler, Marino, tu te fatigues en vain. »

« Comme c’est vilain, dit Thodoald.
– Silence ! commande Rustico. Un peu de respect pour le coude de sainte Werentrude que les parents de cette enfant ont mise à la broche !
– Elle n’avait qu’à se convertir à l’islam, dit Thodoald. Elle serait morte de vieillesse.
– Sûrement, mais elle ne serait pas sainte.
– Je sais : il faut choisir… »

À propos de l’auteur
Né à Paris en 1946, Patrick Rambaud est écrivain. On lui doit entre autres, chez Grasset, La Bataille (Grand prix du roman de l’Académie française et prix Goncourt), et une suite de célèbres chroniques sur la présidence de Nicolas 1er et de François le Petit. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#quanddieuapprenaitledessin #patrickrambaud #editionsgrasset #hcdahlem #RL2018 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #NetGalleyFrance #lire #lectrices #lecteurs

Publicités

Dans le désert

BLANC-GRAS_Dans_le_desert

logo_avant_critique

Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce j’aime beaucoup la manière dont Julien Blanc-Gras raconte ses voyages. J’ai notamment beaucoup aimé Briser la glace, un voyage au Groenland résumé ainsi par l’auteur: «Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Un portrait tragicomique du Groenland.»

2. Parce que, comme l’explique «Anne & Arnaud», il est cette fois question d’un périple «dans le Nouvel Orient, entre Qatar, Dubaï et Oman (…) brûlant et plein de surprises».

3. Pour cette citation extraite du livre (p. 53) : « Je crois qu’il ne faut céder ni à l’intimidation, ni à la mauvaise foi. Au fil de mes livres, je me suis permis des vannes sur des chrétiens, des juifs, des mormons, des hindous, et surtout sur moi-même. Je me permettrai donc aussi l’humour avec des musulmans, pour ne pas les discriminer. »

Dans le désert
Julien Blanc-Gras
Éditions Au Diable Vauvert
Récit de voyage
180 p., 15 €
EAN : 9791030700336
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Du Qatar à Oman, en passant par Dubaï et le Bahreïn, Julien Blanc-Gras nous guide à travers un nouveau monde où tout peut arriver, pour le meilleur ou pour le pire. Parviendra-t-il à réconcilier l’Orient et l’Occident en soulevant le voile des apparences ? Réussira-t-il à se faire des amis dans le désert ? Un périple brûlant, servi par la bienveillante ironie de l’auteur de Touriste.

Où?
BLANC-GRAS_Dans_le_desert

Les critiques
Babelio
Blog Mes échappées livresques
Blog Brèves littéraires
Blog Second flore 

Les premières pages du livre
« Je voue une confiance mesurée à l’être humain. Ce niveau de confiance, fluctuant, tend à diminuer quand je me contente de rester chez moi en consommant de l’information. Dès que je pose le pied sur un autre continent, une bouffée d’optimisme me transporte. Vue de près, l’humanité n’est pas aussi laide qu’elle en a l’air. Je voyage avec un entêtement méthodique sur cette planète qui, pour minuscule qu’elle soit dans le cosmos, présente l’avantage d’être inépuisable à hauteur d’homme. Les hasards de l’existence et mon goût de l’ailleurs m’ont conduit dans les métropoles globales et les villages oubliés, dans la chaleur tropicale et le froid polaire, dans des régions troublées et des enclaves pacifiques. J’ai fréquenté des palaces et des bidonvilles, descendu des fleuves très sacrés et gravi des montagnes que l’honnêteté me contraint à décrire comme pas trop hautes. Surtout, j’ai partagé des bouts de vécu avec un échantillon assez représentatif de notre espèce. »

Extrait
« Une fois engagés dans le désert, le vrai, ce sont des dizaines, puis des centaines, puis des milliers de 4×4 que nous croisons sur une piste d’un kilomètre de large entrecoupée de hautes dunes. Procession de Toyota, buggies, quads qui s’élancent dans les sables. Impossible de ne pas penser à Mad Max. Il n’y a plus de route, il n’y a donc plus de code de la route. On ne roule ni à droite, ni à gauche, on se faufile entre les autres véhicules et les collisions ne sont pas rares. Des morceaux de phares et pare-choc jonchent le parcours. Des hélicos survolent la parade mécanique, des drones aussi. Le désert est un endroit très fréquenté. »

À propos de l’auteur
Né en 1976 à Gap, Julien Blanc-Gras est journaliste de profession et voyageur par vocation. Il est l’auteur de Gringoland (lauréat du Festival du premier roman de Chambéry 2006), de Comment devenir un dieu vivant, de Touriste (Prix J. Bouquin, Prix de l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon, nommé au Prix de Flore et au Prix des lectrices de Elle. Adaptation en BD chez Delcourt, parution 2015), de Paradis (avant liquidation), succès public et unanimité critique, de Briser la glace et de Dans le désert, son dernier ouvrage. (Source : Éditions Au Diable Vauvert)
Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#dansledesert #julienblancgras #editionsaudiablevauvert #recitdevoyage #RL2017 #roman #rentreelitteraire #emirats #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #littérature #lecture #lire #lectrices #lecteurs #VendrediLecture

Briser la glace

BLANC-GRAS_Briser_la_glace

Briser la glace
Julien Blanc-Gras
Éditions Paulsen
Récit de voyage
184 p., 19,50 €
EAN : 9782352211730
Paru en septembre 2016

En deux mots
« Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Un portrait tragicomique du Groenland. » C’est ainsi que Julien Blanc-Gras résume, avec beaucoup d’à-propos, ce joli récit de voyage.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Le roman se déroule au Groenland, allant de Kangerlussuaq à Nuuk, puis à Ilulissat et dans la baie de Disko, à Rodebay, Qeqertaq, Aasiaat et Kitsissarsuit.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. » Le ton est donné.
Une immersion polaire tout en finesse par un écrivain-voyageur au ton unique.
Ni aventurier, ni ethnologue, ni sportif, ce «Touriste» faussement candide relate un périple au Groenland où l’on croise des chasseurs de baleine et des aurores boréales, des pêcheurs énervés et des dealers fanfarons, des doux rêveurs et surtout des icebergs. Beaucoup d’icebergs.
En ville, devant les glaciers ou sur les flots, les rencontres incongrues et les panoramas grandioses invitent à la réflexion. Le Groenland est une des destinations les plus prisées des français, et en même temps une des plus mystérieuses. Julien Blanc-Gras est sans conteste un guide remarquable: il nous livre ici une vision de ce pays à la fois pleine d’humour, de sensibilité, et de connaissance.

Ce que j’en pense
Je me souviens avoir passé de très belles vacances au Groenland.
Je me souviens que ma première réflexion, après avoir posé le pays à Kangerlussuaq, aura été de traduire le nom du pays en français et compris que ce «pays vert» était en effet très verdoyant.
Je me souviens avoir été frappé par le beauté des paysages, par la majesté des icebergs, par l’hospitalité des habitants.
Je me souviens du choc des cultures entre ce peuple de chasseurs et de pêcheurs et leurs HLM, leurs antennes satellite et leurs gros 4×4.
Je me souviens aussi des baleines, des chiens de traîneau, des bœufs musqués et de l’absence d’ours.
Autant d’images que j’ai retrouvées à la lecture du récit de voyage de Julien Blanc-Gras. Pour une première incursion dans les pays du Nord, sa verve et sa curiosité font merveille. Durant un mois, il aura parcouru le pays de Nuuk, la capitale au petit village de Kitsissarsuit dans la baie de Disko.
Je partage sa fascination pour cette terre « brune, austère, dépourvue d’arbres dignes de ce nom. Simplement des arbustes aplatis par le vent, des buissons, des mousses et des lichens. » et son approche des pays qu’il traverse, mélange de notations prises sur le vif, d’une solide documentation et d’un humour qui entraîne le lecteur à ne plus lâcher ce délicieux guide.
Avec un sens de la formule qui fait mouche, il nous fait comprendre comment ce pays grand comme quatre fois la France, mais peuplé de moins de 60000 habitants, aura plus changé dans les dernières années que durant les siècles précédents : « Prenez un pêcheur dans un village au mode de vie traditionnel. Transplantez-le dans une cage à lapin pour en faire un chômeur urbain pourvu d’une télévision. Multipliez par quelques milliers. Récoltez les conséquences sociales et la réputation dégradée qui va avec. »
J’admire aussi la technique qu’il a élaborée pour mieux découvrir cette « gentille bourgade avec son port, ses artères bien tracées, son unique cinéma, ses fonctionnaires qui sortent du bureau pour faire un tour à la galerie marchande avant de rentrer dans leur maison colorée en saluant leur voisin. » Cette méthode pour apprivoiser l’âme du lieu est simple, même si elle n’a pas sans risque : « Je sors de l’aéroport et je file au bistrot. Je l’ai éprouvée de Bakou à Valparaiso et je n’ai jamais été déçu, il en ressort toujours quelque chose, un premier écrémage des passions locales, une piste à suivre, parfois des amitiés. J’entre dans le premier établissement qui croise ma route et j’en ressors vite car il n’est peuplé que de grands blonds – je n’ai rien contre les grands blonds, mais ce ne sont pas eux que je cherche aujourd’hui. Je traverse la rue et pousse la porte du Max, qui présente l’avantage d’accueillir une clientèle plus typique. C’est un pub. Boiseries, fléchettes et écran géant diffusant un match de handball allemand. Kiel a trois buts de retard à la mi-temps. On se canarde au comptoir avec jovialité et tristesse, comme dans tous les bars du monde où l’on vient chercher un peu de détente en engourdissant son cerveau. Un couple de quinquagénaires attablés s’enlace avec tendresse. Un trio féminin joue à papier-caillou-ciseaux en enquillant les shots sur le comptoir.
Le patron me souhaite la bienvenue, puis un pilier tente d’engager la conversation. Très bien, je suis venu pour ça. Nous n’avons hélas que peu de mots en commun. Le groenlandais, idiome officiel, n’a pas de racine indo-européenne. Comme toutes les langues de la famille eskimo-aléoute, elle est polysynthétique et ergative. Je ne comprenais pas exactement ce que cela voulait dire avant de m’être documenté, et après m’être documenté, je ne comprends toujours pas. »
Maintenant que vous avez compris à la fois la méthode et le style de l’auteur, je gage que vous n’aurez de cesse à la suivre dans ses pérégrinations qui vont vous réserver de belles surprises. Quelques coups de chaleur plus tard – avouez que la chose n’est pas évidente sous ces latitudes – une vraie réflexion in situ sur le réchauffement climatique et l’opportunité qu’il peut représenter ainsi que sur le destin de ces habitants – qui restent pour l’instant sous administration danoise – vous aurez tout à la fois appris des tas de choses aussi utiles que futiles, mais vous aurez surtout passé un bon moment de lecture. Un plaisir qu’il serait dommage de ne pas s’offrir.

Autres critiques
Babelio
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
Paris Match (Philibert Humm)
Le Bien Public (Françoise Monnet)
24 Heures (David Moginier)
Blog Encres & Calames
Café Powell 


Présentation du livre par l’auteur à Chamonix. Production tvmountain.com, octobre 2016.

Extrait

A propos de l’auteur
Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du « Prix du Premier Roman de Chambéry » pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l’adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015). (Source : Éditions Paulsen)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur l’image)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#briserlaglace #julienblanc-gras #editionspaulsen #recitdevoyage #RL2017 #roman #rentreelitteraire #groenland