Tes ombres sur les talons

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En deux mots
L’avenir de Melissa semble tout tracé. Après de brillantes études, une carrière toute aussi brillante l’attend. Mais ses débuts professionnels sont décevants et elle se laisse entraîner vers une mauvaise pente. Après un drame, elle décide de fuir la France et cherche une nouvelle voie.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Tous les voyages de Melissa

Dans ce court roman, Carole Zalberg raconte les errances d’une jeune femme d’aujourd’hui, entraînée vers une mauvaise pente avant de fuir. Ses voyages sont aussi et d’abord une quête intérieure.

Melissa est une fille sans histoire, ou presque. Une fille que Simone de Beauvoir appellerait une «fille rangée». Brillante élève ayant grandi dans un milieu modeste, elle suit le parcours conseillé, les classes préparatoires puis les grandes écoles. Même si elle se sent peu à l’aise au sein de «l’élite», elle fera des études plus qu’honorables et, après un job d’été dans un grand magasin se retrouvera au sein d’une rédaction. Si ses propositions sont pertinentes, elle perdra pied lorsqu’on lui demandera une enquête de terrain. Elle rejoindra alors une maison d’édition où, une fois de plus, elle faillira au moment de concrétiser ses idées. Elle est à nouveau remerciée et retourne vivre chez ses parents. Qui lui font comprendre qu’il ne lui ont pas payé de longues études pour qu’elle finisse affalée sur un canapé à regarder des séries en boucle.
Après quelques petits boulots, Melissa se retrouve au sein d’une start-up qui «vend au kilo du like et du commentaire positif». C’est là qu’elle fait la connaissance de Clémence qui va l’entraîner au sein de son groupe secret. Dirigé par Marc et Vadim, il se compose d’une vingtaine de personnes qui réfléchissent sur la marche du monde et échangent des idées qui déplaisent à Melissa, même si n’est pas insensible aux compliments appuyés auxquels elle a droit. Si bien qu’elle va finir pas se laisser séduire. «Toute proposition du maître est une caresse clandestine, ses demandes, un jeu amoureux à l’insu de tous. C’est en tout cas ce que Melissa veut croire et c’est ainsi qu’un soir d’hiver, elle forme avec d’autres un mur de haine où Mehdi et sa mère viendront s’écraser.» C’est avec cet épisode traumatisant, qui ouvre le roman, que Melissa s’envole pour les États-Unis.
Du côté de New York, puis de la Floride, elle peut essayer d’oublier son malaise. Elle a «de brèves poussées de honte en songeant à ses égarements récents et à leurs conséquences, mais entrevoit chez nombre de ceux qui ont pris la route et s’attardent en ce lieu des zones secrètes, de sombres semblables aux siennes, que tacitement, on choisit de ne pas révéler.» Melissa, que l’on appelle désormais Melie ne se transforme pas uniquement psychologiquement, mais aussi physiquement. Elle se fait couper les cheveux, s’adonne à de longues séances de natation.
Et décide de retrouver son autonomie, même si elle passe par des boulots précaires et des hébergements de fortune. C’est en se frottant à la «vraie vie» qu’elle se construit. C’est aussi en prenant la route, même si elle ne sait pas trop où tout cela la mènera. Car elle n’est encore qu’un brouillon d’elle-même.
Les kilomètres avalés, les expériences accumulées et les rencontres qu’elle va faire vont la forger.
Carole Zalberg, avec une économie de mots, dit parfaitement ce cheminement intérieur. S’adressant tour à tour à Melissa à la seconde personne – histoire de la secouer un peu – avant de revenir à une narration plus classique à la troisième personne, elle construit ce roman qui montre plus qu’il ne démontre. Qui interpelle avant d’apaiser. Jusqu’à l’harmonie du paysage intérieur avec celui qui l’accueille dans son nouveau chez soi.


Extrait des Chants de l’Apocalypse – Du sombre au clair, poème figurant dans le roman de Carole Zalberg, musique de Clément Walker-Viry

Tes ombres sur les talons
Carole Zalberg
Éditions Grasset
Roman
144 p., 16 €
EAN 9782246826712
Paru le 10/02/2021

Où?
Le roman est situé en France, à Paris puis aux États-Unis, à New York et en Floride du côté des Keys, avant de partir jusqu’en Alaska, en passant par Pittsburgh, puis à revenir en France et finir en Corse.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Jeune fille au parcours scolaire sans faute, Melissa paraît s’intégrer au mieux dans la vie professionnelle… sans réellement trouver sa place. Fragilisée par un manque d’assurance sociale, elle perd le fil, se lie avec une autre jeune femme, désorientée comme elle, qui l’entraîne à de mystérieuses réunions. Dans ce groupe aux visées douteuses, animé par un gourou manipulateur, Melissa se soumet à un cadre rassurant et s’engage corps et âme dans un mouvement politique qui se révèle brutal et dangereux. Se croyant enfin protégée, enfin utile, enfin aimée, elle ne voit rien, ne veut pas comprendre. Jusqu’au jour où, associée aux funestes projets du groupe, elle se trouve mêlée à la mort d’un enfant. Tout bascule. Au lendemain du drame, Melissa entame une danse avec sa conscience, qui la mènera d’un engagement toujours plus extrême vers un effondrement et une réinvention de soi, de New York à la Corse en passant par Key West et l’Alaska où se nouent des rencontres déterminantes.
À travers la trajectoire individuelle de Melissa, Carole Zalberg aborde de son regard aigu et subtil la question de la radicalisation, des rêves déçus, de ces dons que la société ne sait pas toujours exploiter, décourage souvent et, pire, pervertit.
«Histoire d’une conscience», tel pourrait être le titre de ce roman dérangeant, bouleversant et lumineux.

Les critiques
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Rencontre avec Carole Zalberg animée par Pierre Mazet © Production Escales du livre – Bordeaux

Les premières pages du livre
« J’avais longtemps eu une foi aveugle en mon avenir. C’était même au-delà de la foi. J’avais grandi dans une application telle que la question du but à atteindre ne se posait pas. Concentrée depuis toujours sur la route, je ne pouvais, je m’en rends compte, qu’avoir la conviction pour ainsi dire organique, en parfait petit cheval de course, qu’une récompense m’attendait à l’arrivée. Et jusqu’à l’obtention du diplôme censé m’assurer une place de choix dans le grand ordonnancement du monde, tout avait contribué à me donner raison.
Je n’étais pourtant pas née dans l’opulence, ni au sein d’une de ces familles qui font du moindre repas, de la sortie la plus banale des moments de foisonnement, l’occasion d’un apprentissage gourmand et ludique. Chez les Carpentier, on ne prenait les repas ensemble que le dimanche, lors d’un déjeuner au menu saisonnier : rosbif-purée d’octobre à mai, quiche-salade de juin à septembre.
Ma mère, cantinière, racontait alors les frasques des petits affamés, s’inquiétait de la bonne cuisson de la viande, prise chez le boucher aussi longtemps qu’il y en avait eu un dans le quartier. Un comme on n’en faisait plus, se plaignait-elle inexorablement, qui connaissait chaque client par son nom et devançait la plupart du temps leur commande. L’être humain est fait d’habitudes et ceux qui l’ont compris savent en tirer parti. Quoi de plus agréable, en effet, que de pénétrer dans une boutique en sachant qu’on y sera reconnu et servi sans même avoir à formuler la moindre demande ? À la fermeture de « sa » boucherie, ma mère avait dû se résoudre à acheter le rôti dominical au supermarché. Chaque dimanche, elle regrettait à voix haute la saveur de celui que lui préparait « son » cher petit commerçant si serviable et accueillant.
Mon père suivait sa propre partition. Chauffeur de bus, il se désolait de l’incivilité croissante des passagers, avait été effaré, je m’en souviens, par l’invasion des portables presque du jour au lendemain, et souffrait de ce nouveau type de pollution sonore : un seul pan de conversations intimes mais s’entremêlant sans pudeur dans un espace brinquebalant, souvent surchauffé, où chacun transportait son histoire. Ce déballage plus ou moins volontaire ajouté aux pensées, aux contrariétés, aux drames et aux joies produisait une cacophonie usant doucement les nerfs de mon père prématurément vieilli. À cinquante ans, il en paraîtrait vingt de plus.
Les discussions, dimanche après dimanche, dans la salle à manger exiguë et fanée (comme le sont les êtres sur qui les regards ne se posent plus assez souvent), n’en étaient pas mais des monologues inachevés, qui se croisaient sans se répondre, proférés pour soi et contre le silence embarrassant tant il révélait l’ennui ou plus exactement la fadeur régnant entre nous. Au moins, on n’allumait pas la télé avant le café.
Toute mon enfance et au-delà, jusqu’à mon départ pour la capitale où j’avais été précipitée dans une autre réalité, je n’avais rien trouvé à redire à ces rapports sans enthousiasme mais somme toute assez doux, non dépourvus d’une forme mineure, modeste et convenue, d’amour. Une sorte de minimum qui avait suffi à m’accompagner ces années-là et que je n’avais aucune raison de remettre en cause. Cela donnait une forme mineure, elle aussi, de bonheur.
Je cueillais la joie partout où je le pouvais : quand mon père m’autorisait à laver la voiture avec lui, quitte à finir trempée jusqu’aux os. Dis rien, Mounette, ça a jamais tué personne, un peu d’eau, lançait-il en rentrant ensuite dans la maison. Ma mère, attendrie par mon petit visage hilare et dégoulinant, ravalait ses reproches, nous intimait tout de même, voyous que nous étions, d’au moins ne pas salir les tapis. Elle forçait le ronchonnement et tout était pardonné. Le scénario se répétait quand, bandits récidivistes, nous revenions, couverts de boue mais des champignons plein notre sac, d’une balade en forêt.
Ou encore de la pêche aux couteaux, à marée basse. Il s’agissait alors, si l’on voulait éviter les foudres de Mounette, de ne pas mettre du sable plein le camping-car. Le simple fait de sortir même aussi timidement des rails et de prendre ainsi le risque pourtant peu inquiétant d’être « enguirlandé » ensemble me donnait le sentiment d’une complicité délicieuse. D’autant plus délicieuse que ce risque était aussi une occasion, rare, de susciter, chez ma mère, une manifestation bourrue, récalcitrante, de tendresse. Mounette avait l’affection taiseuse, aurait eu l’impression, si elle avait mis des mots sur l’attachement profond, presque animal, je le mesure aujourd’hui, qu’elle éprouvait pour moi, de se déshabiller devant des inconnus. Restaient les recommandations à la prudence, les consignes face au froid (tu vas attraper la mort Melissa, si tu sors comme ça), à la pluie (K-Way ceignant souvent ma taille, même quand aucun nuage n’était visible), à la nuit (ne va pas traînailler en rentrant, y a de la saloperie qui rôde), et bien sûr les engueulades, ces déclarations qu’à l’époque, je ne voyais évidemment pas ainsi. Sans me l’être jamais formulé, j’avais toutefois toujours considéré les réprimandes de ma mère comme une marque suffisante d’affection ou disons d’intérêt. Dans les films que nous regardions ensemble le samedi soir – je ne découvrirais, et avec quelle passion, le cinéma, le plaisir de partager les émotions avec des inconnus face au grand écran, qu’en venant m’installer à Paris –, dans les livres que je dévorais au point d’agacer et mon père (tu ne vas pas réussir à te lever demain) et ma mère (tu vas t’abîmer les yeux), je voyais bien que certains parents pouvaient être plus expansifs que les miens. Mais j’avais mis cela sur le compte de la nécessaire emphase de la fiction jusqu’à ce que je sois invitée chez eux, bien plus tard, par des amis étudiants. La première fois que j’avais vu une mère serrer dans ses bras son fils de vingt ans en lui disant qu’il était formidable, j’avais trouvé la scène quasi pornographique. Par la suite, je m’étais habituée à ces démonstrations, mais je continuais d’en éprouver un léger malaise et n’en déduisais pas, après coup, qu’on ne m’avait pas assez ou mal aimée. Mon enfance était un bloc posé au coin de ma mémoire, un terreau rude, minéral qui ne se questionnait pas, qui avait tenu son rôle puisque j’avais poussé droit.
Ainsi, mes bons résultats scolaires n’étaient ni fêtés ni source apparente de fierté. On considérait comme une chance que je ne sois pas obligée de quitter l’école pour gagner ma vie, contrairement à mes parents. Eux avaient dû travailler très jeunes, mon père parce que mon grand-père, mineur, n’avait plus jamais été embauché où que ce soit après la fermeture de la mine au fond de laquelle il était descendu jour après jour depuis l’adolescence. Ma mère parce qu’elle était l’aînée de six enfants et que sa contribution, aussitôt qu’elle avait été « en âge », aux maigres revenus du foyer allait de soi. Continuer l’école était un privilège. Point. Pas question d’avoir des difficultés ou de se plaindre. Là encore, j’avais tellement intégré cet état de fait que rien en moi ne regimbait. Je n’étais pas brillante, je ne crois pas. Juste assez appliquée pour réussir même dans les matières qu’à priori je n’aimais pas ou ne maîtrisais pas d’emblée, comme la chimie, qui m’impressionnait, ou les langues, pour lesquelles je n’avais pas d’oreille (sans doute par manque d’occasions d’en entendre et plus encore d’en pratiquer).
Sans le vouloir, sans y avoir mis une volonté de fer, j’avais eu une scolarité exemplaire et ce fut tout naturellement qu’au moment de décider d’une orientation, on m’avait conseillé de viser les grandes écoles et donc de tenter les concours. Conseil que j’avais suivi non par conviction d’être meilleure que d’autres mais parce que je n’avais alors ni rêves secrets ni projets ambitieux. Je me revois, petite âme embarquée sans remous, comblée tant qu’elle file et reste à flot. De fil en aiguille, ou plutôt de fleuves du tout-venant en ruisseau pour moi exotique, déconcertant et magnifique, j’avais intégré, après l’incontournable prépa, l’un de ces hauts lieux où incubent les futures élites.
Le premier jour, j’avais été envahie, presque plus encore physiquement que moralement, par un sentiment d’imposture qui m’était jusqu’alors inconnu. J’apprendrais plus tard que nous étions nombreux à l’éprouver en arrivant entre ces murs prestigieux, où l’intelligence s’affichait partout, vous agrippait au détour d’un couloir et d’une bribe de conversation saisie, irradiait des noms dont les salles étaient baptisées.
En plus de me sentir brusquement limitée, pas assez ou « mal » cultivée (je m’imaginais que contrairement à moi, tous les étudiants étaient « tombés dedans » dès l’enfance et il faut dire que tous s’évertuaient à faire croire à une érudition entretenue dès le berceau), je me trouvais d’apparence pataude, épaisse et musclée par les trajets à vélo alors que je me serais damnée pour l’évanescence. Pas plus qu’au sujet de mon avenir ou de l’amour de mes parents, je ne m’étais interrogée sur mon allure avant mon déplacement hors du cadre familier. Je ne me regardais que pour me vérifier : mes cheveux lisses pris d’un geste, ancien, dans l’élastique porté bas sur la nuque, peau et dents propres, stick à lèvres purement utilitaire, appliqué loin du miroir. Chemise blanche et jean noir hiver comme été, depuis qu’à l’adolescence j’étais passée de la maigreur à une densité de sportive. Je m’étais étoffée, disait-on autour de moi. Il avait fallu que je me retrouve entourée de silhouettes longilignes ou petites mais si menues qu’on aurait pu, qu’on désirait les soulever en enserrant leur taille, il avait fallu que je sois jetée dans ce bain-là, de sirènes, de petits poissons vifs et brillants, pour que je perçoive mes propres contours plus grossiers. On aurait pu penser que j’en aurais pris conscience après avoir volontairement perdu ma virginité – le soir de mes seize ans, en même temps que deux autres amies qui, comme moi, considéraient qu’on en avait assez parlé et souhaitaient savoir une bonne fois pour toutes ce que ça faisait. Nous avions vu, avec de gentils garçons dûment protégés, dans la cave aménagée du pavillon de mes parents, où j’étais libre de faire tout le bruit que je voulais sans les déranger. Pas de quoi fouetter un chat. Affaire classée sans euphorie ni drame. Mais c’était seulement maintenant que mon corps, allié de toujours, fiable et résistant sans être source de réels plaisirs (la cave n’avait pas été une réussite, de ce point de vue) autres que sportifs ou solitaires, devenait soudain mon traître. Dans les couloirs de l’école renommée, dans les rues et même dans le métro, que je prenais avec réticence les jours de neige ou de trop grosse pluie, je me vivais désormais fille-sandwich, mon physique si peu délié plus bavard que des panneaux annonçant que je n’étais pas de ce lieu, de cette classe, de ce milieu où l’on avait le pas léger et dansant, où l’on savait se parer sans parader – moi, en robe ou sur des talons, je me sentais déguisée, faisais déguisée, du coup, c’est certain –, où on avait l’art de se farder sans que cela se devine ou alors volontairement, par jeu.
J’avais lu les livres et engrangé tout le savoir nécessaire à mon intégration sans me douter que ce serait par le corps qu’au début en tout cas, je me noierais. Même au pays des intellectuels, on est regardé avant d’être écouté.
Face à mon ordinateur, je reprenais brièvement confiance, battais le rappel de mes connaissances et de mon infaillible volonté avant de replonger, souffle court et cœur à vif, dans des eaux que je finirais malgré tout par dompter. D’instinct, j’avais peu à peu trouvé la solution: je me dématérialisais. J’écrivais, filmais, dessinais, enregistrais ma vie transplantée, me déchargeais du poids des jours dans un blog bientôt très fréquenté, et me réinventais dans la foulée. Il y avait de la fermeté et de l’insolence dans mon trait. Je rattrapais, derrière mon écran, vingt ans de docilité et me révélais plus flamboyante que je ne l’avais jamais été. À la fin de ma première année, j’avais entraîné dans mon sillage une petite cour émoustillée par ma relative audace. Un assemblage hétéroclite de gentils faiblards se rebellant, certes modérément, par procuration. Dans le miroir déformant de leurs regards serviles et flatteurs, de leur flagornerie sur les réseaux, je me pris à rêver qu’il y avait pour moi aussi, finalement, dans cet avenir que je n’avais jusqu’alors pas pris la peine d’imaginer, un destin d’envergure. »

Extrait
« Elle met cependant des mois avant d’accepter d’agir en intervenant sur les réseaux ou en prenant part à des manifestations. Ainsi, se ment-elle, son intégrité est sauve. Dans le même temps, Marc poursuit sa conquête. La première fois qu’il la touche — un simple effleurement — après avoir tant parlé de la toucher et comment, entretenant entre eux une tension toxique et délicieuse, Melissa est littéralement foudroyée. Son corps, se dit-elle, n’était pas un corps avant cette invention. Cette masse dense et résistante qui jusqu’alors l’embarrassait est un gisement providentiel. La promesse savamment repoussée d’étreintes formidables. L’obsession se diffuse, endort la pensée, fait office d’univers. Toute proposition du maître est une caresse clandestine, ses demandes, un jeu amoureux à l’insu de tous. C’est en tout cas ce que Melissa veut croire et c’est ainsi qu’un soir d’hiver, elle forme avec d’autres un mur de haine où Mehdi et sa mère viendront s’écraser. » p. 44-45

Carole Zalberg est l’auteur de neuf romans dont Feu pour feu (Actes Sud, 2014), Prix Littérature-Monde ; Je dansais (Grasset, 2017), prix Simenon ; et Où vivre (Grasset, 2018). (Source: Éditions Grasset)

À propos de l’auteur
Carole Zalberg © Photo DR – Librairie Mollat

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La mer en face

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En deux mots:
Philippe a du plus en plus de mal à supporter son épouse et les «amis» de cette dernière. Aussi décide de partir en Allemagne sur les traces de son oncle au passé trouble. Mais il devra interrompre son voyage pour aller retrouver son fils au Canada, hockeyeur professionnel impliqué dans une affaire de dopage.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le scénariste surpris par le scénario

Vladimir de Gmeline entraîne le lecteur en Allemagne sur les pas d’un nazi avant de faire brusquement demi-tour et nous plonger dans un thriller sur fond de dopage du côté de Montréal. Surprenant, mais malin.

Si de nombreux écrivains ont déjà utilisé la technique du «roman dans le roman» pour pimenter leur histoire, il faut bien avouer que la variante imaginée par Vladimir de Gmeline est aussi audacieuse que déroutante, du moins au premier abord. Car une lecture attentive – voire une relecture – nous prouvera que tous les indices ont bien été placés au fil du récit pour nous permettre de passer allègrement du récit historique au thriller sur fond de chantage et de mafia.
Il faut par exemple comprendre les raisons qui vont pousser Philippe à entreprendre son voyage dans l’Allemagne de son enfance. Si les relations avec son épouse ne sont plus au beau fixe depuis bien longtemps, les visiteurs qu’elle reçoit à la maison irritent au plus haut point son mari. À cinquante ans, ce sénariste en panne d’inspiration ne supporte plus leur arrogance. Il en profite pour prendre la fuite et entreprendre ce voyage qu’il a déjà plusieurs fois repoussé à Detmold, dans le Nord de l’Allemagne. C’est là qu’il a passé une période de sa jeunesse, auprès d’un oncle qui a été membre des Waffen SS. Outre le fait de revoir les lieux, il aimerait en savoir davantage sur le rôle effectivement joué par son parent.
Guillaume décide de l’accompagner, davantage pour resserrer les liens qui l’unissent à son ami que par envie de se plonger dans les pages sombres de l’histoire.
Les deux hommes laissent leurs familles respectives pour enquêter. Si au début ils se heurtent à un mur de silence, ils vont finir par apprendre, bribe par bribe, quelques détails sur les exactions commises. Mais un coup de téléphone de sa fille va l’alerter sur l’état de santé de son fils Ivan qui poursuit une brillante carrière de hockeyeur professionnel au Canada. Les retransmissions de ses matches et les photos transmises vont le pousser à prendre l’avion pour Montréal. Malgré les dénégations d’Ivan, il ne va pas tarder à se rendre compte que l’augmentation subite de sa masse musculaire n’est pas due aux seules séances de musculation.
Petit à petit la douloureuse vérité se fait jour, non seulement Ivan se dope, mais il sert de tête de pont à un vaste trafic.
Pour Philippe, c’est le même sentiment de culpabilité que celui ressenti en Allemagne, même s’il n’a pas commis lui-même d’actes répréhensibles. La famille, son rôle de père, la façon dont il a mené sa vie jusqu’à présent, le rôle joué par sa femme dans cette sombre histoire: autant de thèmes abordés en filigrane pour boucler la boucle.
Sauf que Vladimir de Gmeline – on l’aura compris – a plus d’une corde à son arc. Voici donc le père et le fils aux prises avec une bande d’escrocs redoutables dont les menaces se font de plus en plus précises.
Il serait dommage de révéler ici les épisodes suivants, aussi haletants que dans un bon thriller. Disons simplement que jusqu’à l’épilogue on va se régaler, car les faits s’emballent sur un rythme d’enfer.

La mer en face
Vladimir de Gmeline
Éditions du Rocher
Roman
424 p., 19,90 €
EAN : 9782268096506
Paru le 5 septembre 2018

Où?
Le roman se déroule principalement en France (du Vercors à la Bretagne, en passant par Briançon), en Allemagne (à Detmold et du côté de la mer Baltique) et au Canada (à Montréal et environs). On y évoque aussi des voyages au Brésil et en Autriche.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Philippe – scénariste de cinquante ans, dont le couple bat de l’aile – s’apprête à retourner en Allemagne. Adolescent, il a séjourné deux étés chez son oncle, ancien Waffen SS. Ce voyage, maintes fois différé, tient autant du pèlerinage que de l’enquête familiale. Philippe est hanté par la «Shoah par balles », l’extermination des Juifs d’Europe de l’Est. Une image en particulier l’obsède: un groupe de femmes et d’enfants attendant d’être fusillés dans le dos, face à la mer Baltique.
Philippe doit-il se confronter aux fautes qu’il n’a pas commises, ou rester prisonnier de ses questionnements? Des coups de téléphone alarmants l’obligent à interrompre cette quête des origines pour rejoindre son fils Ivan, hockeyeur professionnel au Canada, qui semble en danger.
Philippe parviendra-t-il à le protéger et ainsi se libérer des errements familiaux du passé?

Les critiques
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Vladimir de Gmeline présente son roman La mer en Face © Production Éditions du Rocher

Les premières pages du livre
« Chouettes étoiles. Hier, au même endroit et à la même heure, on ne voyait rien. Pas de lune, pas de vent, pas de bruit. Un vrai cimetière, mais je connais le chemin par cœur. Je viens me planter au croisement, ou je longe le bois, sur le sentier qui borde le grand pré. D’ici, j’ai une belle vue sur la maison. Je la voulais, elle la voulait, on est contents. Le toit de chaume et les colombages, le confort à l’intérieur, les lumières du salon, et ces gars que je ne connaissais pas qui viennent pour la deuxième fois en une semaine. Ils disent qu’ils sont des amis de son père.
Avant, je clopais. J’ai arrêté. J’aimais cette solitude, le soir, la fumée qui n’avait jamais vraiment la même odeur. L’été, j’aimais son parfum d’Amérique, de grillons et de murmures amoureux. L’automne, j’entendais des chiens et des collégiens rebelles, des fêtes étranges. Le froid me faisait penser à des plateaux silencieux, des pierres figées. La pluie, la pluie, on a tout dit sur la pluie, et moi j’en dirais trop alors je m’arrête tout de suite.
Il paraît que je dis toujours la même chose. C’est peut-être vrai. C’est une passion. J’aime encore cette solitude, mais je n’ai plus besoin de fumer. Je me suis lassé. Les sensations s’estompaient, je les retrouve. Ils ont garé leurs voitures derrière, des grosses bagnoles que je ne sens pas. Je fais le mec sympa qui ne comprend rien et ne se pose pas de questions, mais je ne les sens pas. Tout à l’heure, ce gars épais au crâne rasé, avec son pull blanc, a bien vu que je le regardais de travers quand il est allé se servir dans le réfrigérateur sans rien demander.
Il m’a lancé un sourire narquois. Léa m’a toujours fait le coup de l’élégance, mais il y a des choses auxquelles on ne peut pas échapper. Elle ne le cherche pas vraiment d’ailleurs. Elle a même l’air plutôt à l’aise. En réalité, c’est moi qui la gêne. Elle m’a fait son petit sourire numéro trois quand je suis rentré dans le salon. Prends-moi
pour un con. Je la connais par cœur. Je fais quelques pas, les mains dans les poches. J’aurais peut-être dû me douter que tout cela finirait par arriver.
Être plus méfiant. Et puis je n’y croyais pas trop. Méfie-toi, tu travailles trop du ciboulot et à force tu vas passer à côté.
Tu te fais des films. Mon instinct, ma raison, il y avait une bagarre entre les deux. Je mets un coup de pied dans un caillou. Je vois bien à travers les sous-bois, je reconnais les bruits, mes sens sont à l’affût. J’ai écouté ce que je pensais être ma raison, ou ce que je voulais penser. Bref, je me suis menti, parce que j’adorais sa chatte. Bingo, mon grand.
Voilà la facture.
Après notre première séparation, j’avais arrêté le journalisme. Une des meilleures décisions de ma vie. J’étais parti assez loin, je bossais à droite à gauche, je plongeais, je traficotais. Je gagnais de l’argent, et je m’éclatais. Je repassais en France régulièrement, je distribuais, j’avais la conscience claire et le sentiment d’être passé à côté de la catastrophe. Un jour, cette image complètement incongrue m’était venue à l’esprit, alors que je roulais à vélo, devant l’esplanade des Invalides. J’étais à peine en train de remonter la pente à cette époque. Je m’étais vu dans une grange, et une grosse voiture, ou un camion, ou une météorite, atterrissait sur le toit, il y avait une explosion et tout partait en fumée. Et moi je m’étais éjecté de la grange à la dernière minute. C’était exactement ça. Sauvé par le gong. J’avais mis un peu de temps à redevenir moi-même, à ne plus être la chiffe molle bêlante qui cherchait à la reconquérir. Ce gars-là me piquait un peu les yeux.
Belle leçon de vie. J’ai refait de la viande, j’ai récupéré mon cerveau, je baisais, je lisais, je me regonflais comme un bonhomme Michelin qui avait été piqué par une toute petite aiguille. Il fallait avancer, et ça me plaisait bien. »

Extrait
« Je me souviens que j’ai été odieux avec ma femme. Prétentieux et hautain. Aux moments où j’étais le plus paumé, je pensais m’en sortir comme ça. Je me débattais avec mes contradictions, ce que je croyais être mes échecs, alors que j’avais juste du mal à avancer. Je ne sais pas comment elle a fait pour tenir toutes ces années. Je suis devenu normal trop tard, et je m’en veux. C’est un sentiment qui vient souvent me visiter.. » p. 38

À propos de l’auteur
Vladimir de Gmeline est grand reporter à l’hebdomadaire Marianne. Il a publié deux récits, Les 33 Sakuddeï et Les Mystères de la Sungaï Baï, et un premier roman, en 2016, aux éditions du Rocher, La Concordance des temps. (Source : Éditions du Rocher)

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Notre vie antérieure

En 2 mots
Nous sommes au début des années 90, au moment où Laure, la narratrice, rencontre Aurélien et Bertier, venus étudier comme elle à Paris. C’est une période à la fois insouciante et studieuse, légère et grave. L’avenir est devant eux…

Ma note
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Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Olivier Jarrige (Le Républicain Lorrain)
« À 65 ans, Laure a dix-sept romans derrière elle. Elle entame au début de Notre vie antérieure son dix-huitième et dernier récit. Un pan d’autobiographie où justement, elle s’interroge sur ce qu’elle a écrit, ou plutôt sur ce qu’a été sa vie dans l’écriture. Au ton sobre, au phrasé juste, c’est la plus touchante partie de Notre vie antérieure, celle qui laisse l’empreinte la plus profonde. »

Rien que la mer

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En deux mots
Le destin d’une femme bascule dans un petit port de Bretagne. Son mari la quitte lâchement. C’est sans doute le même sentiment que son père a dû partager lorsqu’il s’est retrouvé piégé à Mers-el-Kébir quelque soixante années auparavant. Voici la chronique de deux défaites avec la mer pour trait d’union, rien que la mer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Rien que la mer
Annick Geille
Éditions de La Grande Ourse
Roman
240 p., 18 €
EAN : 9791091416481
Paru en octobre 2016
Prix Encre marine 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Bretagne, à Sainte-Anne-la-Palud, à Saint-Malo, Quimper, Douarnenez. On y évoque l’Algérie avec la bataille de Mers-El-Kébir et la pointe Sud du continent américain partant vers l’Antarctique.

Quand?
L’action se situe de nos jours ainsi qu’en 1940.

Ce qu’en dit l’éditeur
3 Juillet 1940, baie d’Oran. Vers 18 heures, un déluge de feu s’abat sur la flotte française confinée dans le port de Mers el-Kébir. Quelques minutes d’un combat intense suffisent à ouvrir les portes de l’enfer. Brûlés, noyés, asphyxiés, 1297 marins trouvent la mort ce jour-là.
Seul le Strasbourg, croiseur de bataille commandé par le capitaine de vaisseau Collinet, réussit par une brillante manœuvre à appareiller sans être touché. A son bord, parmi les rescapés du massacre, Francis, radio de bord, Breton comme la plupart. Miraculé, traumatisé par ce qu’il considère comme un assassinat, il n’oublie rien. Pas à pas il reconstruit sa vie.
Quelque 60 ans plus tard, juillet toujours, tiédeur d’un soir d’été dans un petit coin perdu de Bretagne. Au Petit Hôtel du Grand Port, une femme attend son mari ou plutôt non, elle ne l’attend plus. Il est trop tard, il est parti. Ses pensées se succèdent en vrac. Pour ne pas mourir, elle fait front.
Et puis la Mer, porteuse d’Histoire et de Mémoire. La Mer, symbole de ces deux destins liés à tout jamais.
« Un jour, l’ancien marin s’est laissé couler ; j’en fus si éprouvée que j’ai voulu lui bâtir une sépulture par la littérature » A.G.

Ce que j’en pense
Si du côté de Jacques Brel la valse à trois temps peut encore «s’offrir des détours
du côté de l’amour», celle que nous propose Annick Geille est à l’opposé. Ici, rien n’est charmant. Le premier temps de cette valse se déroule en Bretagne sur la terrasse d’un hôtel de bord de mer. Une femme y attend son mari en regardant les personnes qui l’entourent, en laissant vagabonder son esprit sur leurs quelque vingt années de vie commune. Le temps passe et Pierre n’arrive toujours pas. Le maître d’hôtel s’approche alors : «– Madame, croyez que je suis désolé. J’ai un message à vous transmettre. Monsieur ne reviendra pas. Il a réglé la note du dîner, la chambre, ainsi que le petit déjeuner. Il m’a prié de vous avertir du fait qu’il ne reviendra jamais. Il vous exprime ses regrets, et vous souhaite bonne chance. Je suis désolé, madame, une chose pareille ne nous est jamais arrivée et si vous… »
À la brutalité de cette annonce les quelques mots qu’elle trouvera dans leur chambre ne pourront mettre du baume sur son cœur meurtri. Elle part à son tour, va retrouver son père malade.
Le second temps de la valse est tout aussi noir. Refaisant le chemin en marche-arrière, elle retrouve l’histoire familiale et l’épisode qui aura permis à son père de rencontrer sa mère. Nous sommes à quelques encablures de Mers el-Kébir en juillet 1940. La flotte anglaise va torpiller les bâtiments de la marine française, faisant quelque 1300 morts. Parmi les rescapés figure l’équipage du Strasbourg commandé par le capitaine de vaisseau Collinet et notamment Francis, ce père qui ne se remettra jamais vraiment de ce traumatisme, de ces camarades morts à quelques mètres de lui.
Pour sa fille, il est désormais urgent de lui dire combien elle l’aime. Un sentiment qu’elle a eu tant de mal à extérioriser, notamment du fait d’une mère possessive, accaparante. Mais elle arrivera trop tard.
Le troisième temps de la valse est celui d’un possible apaisement. À la violence et à la brutalité, au chagrin et au deuil succèdent maintenant une sorte de chemin vers la liberté. Pour cela, il faut offrir la sépulture dont il rêvait à son père, réaliser son rêve d’évasion. La procession vers Sainte-Anne-la-Palud est bouleversante. Elle ouvre d’autres horizons. La fille du marin a compris qu’elle sera sauvée par la mer. Rien que la mer…
Au-delà de l’hommage à ce père disparu, c’est bien le combat d’une femme qu’Annick Geille nous offre de suivre dans ce roman. Une femme qui va relever la tête. Une femme qui sait qu’une valse n’a pas trois temps, mais mille temps.

Autres critiques
Babelio
L’Express (Marianne Payot)
Viabooks (Olivia Phelip – entretien avec l’auteur)
Franceinfo (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Paris Match (Edith Serero)
Blog Muze (Stéphanie Janicot)

Les premières pages du livre

Extrait
« Elle fit le tour du parking, qui était vaste, étudiant chaque véhicule. Rien. Il était vraiment parti. Elle n’en éprouva aucun étonnement, se trouvant juste assez sotte d’avoir pu imaginer qu’il en fût autrement. Le maître d’hôtel devait à présent raconter l’histoire en cuisine. Une séparation dans laquelle il avait joué un rôle. Il avait eu l’air sincèrement désolé. Et même s’il ne l’était pas, même si tous riaient d’elle à présent, car celui qui restait avait toujours l’air idiot, dans le fond, qu’est-ce que cela pouvait bien faire? »

A propos de l’auteur
Annick Geille, écrivain, critique littéraire et journaliste, a été rédactrice en chef de Playboy (la plus jeune rédactrice en chef de France). Elle a écrit de nombreux romans, dont Un amour de Sagan, Pour lui. Elle a obtenu le Prix du Premier Roman pour Portrait d’un amour coupable et le Prix Alfred-Née de l’Académie française pour Une femme amoureuse. Elle siège au Prix Freustié et au Prix du Premier Roman. Rien que la mer est son onzième roman. (Source : Éditions de La Grande Ourse)

Site Wikipédia de l’auteur 
Profil LinkedIn d’Annick Geille

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Focus Littérature

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#annickgeille #rienquelamer #RL2016 #roman #rentreelitteraire

À la place du mort

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À la place du mort
Paul Baldenberger
Équateurs
Roman
220 p., 18 €
EAN : 9782849904480
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et en banlieue, à Issy-les-Moulineaux, Fontainebleau, Brunoy Versailles, Le Vésinet ou Meudon ainsi qu’à Lyon, Marseille, Manosque, au Vieux-Boucau et en Auvergne. Tunis et Oxford ainsi que New York et l’Oregon y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe des années 1940 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le pistolet était placé à côté du frein à main. Quand le conducteur fut assuré que personne ne pouvait voir la scène sur le point de se dérouler, la scène imaginée, fantasmée, celle qui marquerait son entrée hors du champ de la norme, de la loi, de la vie sociale, quand il fut tout à fait sûr que la longue et morne rue longeant le mur d’enceinte du lycée était déserte, il prit l’arme, la pointa sur ma tête, m’ordonna d’ouvrir la portière et de monter à l’avant, à côté de lui, à la place du mort. »
David a douze ans et attend la belle Nina devant l’aumônerie jouxtant le lycée. Elle ne viendra jamais au rendez-vous. À la place, une Peugeot bleue et un homme armé. Il ne relâchera l’enfant que trois heures plus tard.
Trois heures, le temps pour le bourreau de commettre son crime. Trois heures dans la tête de l’enfant qui fera tout pour survivre.
Entremêlés à ces heures obscures, les fragments de sa vie d’adulte et d’une enfance à l’ombre d’un frère absent : une banlieue tranquille au mitan des années 1980, quelques échappées sur la Côte d’Azur, des voyages lointains et des amours lumineuses pour tromper le vertige. Femmes et paysages dessinent une géographie intime secouée de tremblements. Nulle vallée de larmes, juste l’urgence de trouver la liberté, l’amour, la poésie.
L’écriture somptueuse nous plonge au cœur de ce combat pour conjurer la tragédie et rester du côté de ceux qui sont « un peu plus vivants que morts ».
Un premier roman à bout portant.

Ce que j’en pense
***
Delphine Bertholon dans Les Corps inutiles a raconté comment une jeune fille de 15 ans tente de vivre après une agression sexuelle. Paul Baldenberger (dont on apprend qu’il s’agit d’un pseudonyme et que le récit est autobiographique) nous propose une variation sur ce même thème avec une jeune garçon de douze ans dans le rôle de la victime.
David, qui attend la belle Nina de Valmain, la «fille idéale» près de l’aumônerie est contraint de monter dans une Peugeot 505 bleue et de subir les assauts d’un homme : « J’ai regardé devant pour ignorer l’arme endormie entre ses cuisses. »
Le traumatisme est si violent que seul le mutisme peut enfermer ce crime.
« Il me faudra des années pour revenir à ce tremblement premier, celui des roues de la Peugeot rue Louis-Vicat, l’une des dernières rues pavées de ma banlieue. Tout s’éclairera alors et je tisserai un fil supplémentaire entre ces trois heures et le reste de ma vie. »
Au moment de prendre la plume et de raconter cet épisode, on sent que le temps a passé, mais que les plaies restent ouvertes. Qu’à l’heure du bilan, l’auteur éprouve une sorte de nécessité à revenir sur ce drame et sur toutes les blessures familiales, que ‘est pour lui le moyen de les transcender, à commencer par l’exil de sa mère en 1941 à Tunis où elle est contrainte de fuir, laissant ses parents s’engager dans la résistance : « Lorsque je raconte cette histoire vieille de soixante ans à mon amie, ses yeux brillent. Je suis le grand narrateur, l’homme qui a toujours des histoires sur tout, qui tricote des rêves avec ces lambeaux de passé où il semble si à l’aise, si léger, qui font comme des bandelettes dont il se couvre le corps.»
C’est du reste la grande vertu de ce roman, cette belle écriture, fine et précise, qui permet de dire les choses d’une façon terriblement simple. Comment le petit garçon a grandi à l’ombre d’un frère décédé, comment il a vécu ses premiers émois sexuels, avec Christelle a sept ans. Placé derrière elle durant un cours de chant, il «éprouve une irrésistible envie de toucher sa nuque, de l’embrasser, de la mordre.» Avec Nina quelques années plus tard et à qui il n’osera avouer qu’elle est «comme par inadvertance, associée à un événement plus grand qu’elle, qui la dépasse comme il me dépasse et me submerge. »
Comment tout cela s’arrête brutalement, après ce «tremblement au milieu du mouvement et je suis au-delà de ma vie, comme projeté dans un autre monde, découvrant une nouvelle forêt tandis que l’ancienne s’est évanouie. »
Comment la mort envisagée alors trouve dans l’éloignement un pis-aller. Mais avec un ami allemand avec lequel il grimpe en montagne et avec un séjour en Oregon auprès d’une famille américaine, il reprend goût à la vie. Une vie d’où toute vulgarité est bannie, où le beau est un baume délicat, où le luxe est un pansement agréable et où les partenaires sont belles et riches, même si les relations sont éphémères.
Voilà un premier roman réussi parce que l’on sent à chaque ligne sa nécessité et parce que l’on en oublie le sordide pour n’en garder que la transcendance.

Autres critiques
Babelio
France Inter (La prescription littéraire – Patricia Martin)
L’Express (Jérôme Dupuis)
Libération (Claire Devarrieux)
Blog Le nouveau Cénacle 
Blog Tête de lecture
Blog A la recherche du temps présent 

Les premières pages du livre 

À propos de l’auteur
Paul Baldenberger vit et travaille à Paris. (Source : Éditions Équateurs)

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Focus Littérature

Notre vie antérieure

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Notre vie antérieure
Anne-Sophie Brasme
Fayard
Roman
162 p., 15 €
ISBN: 9782213681306
Paru le 15 octobre 2014

Où?
L’action se déroule principalement à Paris, entre rue de Solférino, rue Soufflot et la Bretagne sur l’île d’Oléron ainsi que quelques voyages en Lorraine, du côté de Metz.

Quand?
Le roman est scindé en deux parties, la première située en 1990-1991 et la seconde quarante ans plus tard, du 8 mai au 16 octobre, autant dire vers 2030 ( !).

Ce qu’en dit l’éditeur
Bertier aimait Laure, Laure aimait Aurélien et Aurélien aimait la vie. Ils étaient jeunes et sans doute pouvaient-ils encore espérer qu’avec le temps ce triangle amoureux revisité finisse par trouver son équilibre. Il n’en fut rien.
Devenue écrivain, Laure n’a pourtant jamais évoqué dans son œuvre cette période de sa vie. Dix-sept romans, mais pas une ligne sur les nuits blanches à Saint-Germain-des-Prés, les après-midis studieux à la bibliothèque Sainte-Geneviève, les interminables journées de vacances sur l’île d’Oléron.
Que s’est-il passé qui justifie ce blanc laissé au milieu des centaines de pages qu’elle a noircies depuis ?
A bientôt soixante-cinq ans, Laure Narsan entame ce qui sera sans doute son dernier livre. Et accepte enfin de revenir sur cet événement qu’il lui aura fallu quarante ans et dix-sept succès de librairie pour oser affronter.

Ce que j’en pense
***

Le hasard des lectures m’a fait découvrir ce court roman après «Les rumeurs du Nil», le pavé de Sally Beauman. Mais quelquefois le hasard fait bien les choses, car les deux auteurs s’y prennent de la même manière pour mettre en scène leur récit. Il font alterner d’une part le regard de l’écrivain aujourd’hui sur l’épisode qui a le plus profondément marqué leur vie et la narration de cet épisode lui-même, au moment où les personnages le vivent. Une technique qui permet d’une part de conserver la fraîcheur du récit et ses zones d’ombre et d’autre part d’effectuer une analyse introspective et d’éclairer le chemin parcouru.
Nous sommes au début des années 90, au moment où Laure, la narratrice, rencontre Aurélien et Bertier, venus étudier comme elle à Paris. C’est une période à la fois insouciante et studieuse, légère et grave. L’avenir est devant eux, sans pour autant pouvoir deviner de quoi il sera fait. La liberté a un doux parfum, mais il s’évapore bien vite devant les contingences matérielles. L’amour est encore un jeu, mais il peut très vite tourner au casse-tête. Comme par exemple si le délicat équilibre du trio est rompu. C’est ce qui arrive sur l’île d’Oléron où la famille d’Aurélien possède une maison de vacances. Laure va se jeter dans les bras d’Aurélien alors que Bertier est amoureux d’elle.
Mais comme dans les tragédies grecques, Thanatos va donner rendez-vous à Eros : Aurélien va faire une mauvaise chute sur les rochers au bord de la plage et meurt quelques jours plus tard.
C’est l’écrivain Laure Narsan, près de quarante ans plus tard, qui va nous dire ce qu’il est advenu alors. Il serait bien entendu dommage de déflorer ici la fin du roman. Disons simplement qu’Anne-Sophie Brasme a parfaitement su rembobiner le fil de son histoire. Les tourments de l’âme sont servis par une écriture limpide, ce qui permet au lecteur de ne pas croire le personnage-écrivain quand il affirme que son œuvre est somme toute plutôt banale. L’auteur-écrivain nous prouvant le contraire, page après page.

Autres critiques
Babelio
Le Républicain Lorrain
Cultur’elle
Salon littéraire

Extrait
« Naïvement, je croyais qu’il suffisait de revenir ici pour retrouver Aurélien. Faire cinq cent kilomètres en voiture et me retrouver sur une plage d’Atlantique, pour le ramener à la vie. Cela paraissait si simple. Presque à portée de main. Brusquement, je reçois au visage cette réalité : je ne reviendrai jamais. Tous ces lieux sont restés les mêmes ; mais ce que j’y ai vécu l’été de mes vingt ans, je ne le ressusciterai pas. Le silence de la plage me rappelle qu’Aurélien est mort il y a longtemps et que je suis peut être la seule à me souvenir de lui. »

A propos de l’auteur
Anne-Sophie Brasme est née en 1984. Elle étudie les lettres modernes à la Sorbonne. En 2001, elle publie son premier roman, Respire (Fayard, 2001), qui reçoit le prix du premier roman de l’Université d’Artois. Depuis, elle a publié Le Carnaval des monstres, également chez Fayard, en 2006. (Source : Editions Fayard)
Site Wikipédia de l’auteur

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Crève-l’Amour

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Crève-l’Amour

Asa Lanova
Roman
Edition originale: L’Acropole
Réédité en 2006: Editions CamPoche (Bernard Campiche)
ISBN: 2882411677

Ce qu’en dit l’éditeur

Sorti en 1984, Crève-l’Amour, d’Asa Lanova, ressort en poche chez Campiche. On ne saurait trop vous conseiller de vite (re)découvrir l’itinéraire autobiographique d’Asa Lanova, adolescente et jeune femme suivie de près par la dépression qui décrit l’univers de la danse classique, l’éveil d’une femme, la vie de bohème et les grandes espérances d’une jeune artiste, de merveilles en désarroi. Une vibrante confession.

 Ce que j’en pense

****

Voilà un roman exutoire, un de ceux dont on sent sous la plume la nécessité d’exprimer les choses, de les rejeter même, de peur qu’elles ne vous étouffent. Il n’est plus nécessaire alors de faire la part d’autobiographie tant les lignes jaillissent de la vie et de ses épreuves. Comment raconter une enfance au bord du Léman faite de peines et d’angoisses plus que de bonheurs à la découverte de la vie et de son corps? comment parler de ses débuts de danseuse, de sa carrière et de ses coulisses? Comment dire les errements et les interrogations face à la mort et au rejet, à l’abandon? Comment? Avec une grâce indicible. Dire que l’on ressent le tourment du Crève-l’amour serait bien faible: on le partage. Asa Lanova ne s’est pas contentée de jeter ses souvenirs sur le papier, elle en a fait un exercice sans cesse recommencé. Travaillant sur son manuscrit comme la danseuse de ballet devant sa barre, elle a recommencé le mouvement et cherché l’harmonie, l’osmose entre l’écriture et les sentiments. Ce roman est une victoire sur le mal, l’oubli, la rémission et l’asphyxie.

Autres critiques

Postface à l’édition de poche et critiques

Citations

«Je sais maintenant que la panique qui, parfois, fait glisser le stylo de la main, que les sueurs putrides, la saignée à blanc, ne me lâcheront jamais complètement. Que je continuerais de voguer de rechute en rémission. Mais les mots me tendent leur renaissance, et cette grâce-ci, je ne la laisserai me fuir sous aucun prétexte».

A propos de l’auteur
Née à Lausanne, elle se passionne très jeune pour la danse classique. Elle deviendra rapidementa danseuse-étoile et travaillera à Paris sous la direction des maîtres tels que Préobrajenska, Kniaseff, Golovine et Béjart, dont elle sera la partenaire. Après quelques années de scènes, croyant avoir perdu la Grâce qui faisait d’elle une authentique ballerine, elle décide de mettre brutalement fin à sa carrière pour se retirer à la campagne. Cette retraite l’aménera tout d’abord au tissage haute lisse, puis à l’écriture. Outre un roman autobiographique, qui retrace l’itinéraire d’une danseuse-étoile, et son dur chemin vers l’écriture, son oeuvre dépeint avec sensualité les différents parcours de femmes en quête d’identité et de spiritualité. Les jeux de l’amour et de l’érotisme seront, au fil des livres, les composantes essentielles de ceux-ci. Après avoir passé plusieurs années à Alexandrie, elle vit aujourd’hui dans son pays natal.
Site Wikipédia de l’auteur

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