«Ô temps! suspends ton vol»

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En deux mots:
Benjamin a douze ans quand Summer, sa sœur, disparaît lors d’un pique-nique au bord du Léman. 25 ans après, il cherche toujours à comprendre ce qui s’est passé.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Ô temps! suspends ton vol»

Lors d’un pique-nique au bord du Léman une jeune fille de 19 ans disparaît. Près d’un quart de siècle plus tard son jeune frère se souvient et nous entraîne dans un roman aussi profond que les eaux du lac.

« Où sont les êtres que l’on a perdus? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de notre corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né. »
Tout au long de ce beau et mélancolique roman, Benjamin va soulever une par une ces tuiles, ces couches de son passé et nous livrer sa version du drame qui s’est joué un quart de siècle plus tôt. Il avait alors douze ans et sa sœur Summer dix-neuf ans. Un jour d’été, lors d’un pique-nique au bord du Léman, elle disparaît sans laisser de traces. Un drame absolu, mais si difficile à décrire, à vivre.
Le pré-adolescent se situe dans cette période si particulière de sa vie où il est à la recherche de certitudes, de vérités, de points d’ancrage. Mais le lac, omniprésent dans ce récit, ne lui offre que son insondable profondeur, ses horizons changeants, ses eaux mystérieuses, ses brumes envoûtantes. Une masse liquide qui semble avoir imposé sa force tranquille non seulement au jeune garçon, mais à toute la famille dont la première mission semble devoir être ne pas faire de vagues.
Car la bourgeoisie genevoise doit tenir son rang. Le père est avocat et suit les règles et préceptes de ses pairs. Il est resté fidèle aux principes de Zofingue, une société déjà séculaire d’étudiants aux rituels secrets. Il y a du reste fort à parier que plusieurs générations de Wassner figurent dans les archives ce club aux côtés des autres familles patriciennes du bout du lac. Mais à part les quelques soirées qu’il passe avec les membres de ce cercle, on le voit peu. C’est la discrétion qui prévaut dans la villa où sa mère «plus belle et insaissable que les autres mères» semble passer comme une ombre, femme au foyer garante des apparences.
Avec la disparition de sa sœur, c’est non seulement la vie sociale de la famille qui se réduit comme peau de chagrin, mais aussi les copines de Summer, Jill et Alexia, qui ne viennent plus éveiller la curiosité, voire les fantasmes, du jeune homme.
Comme c’était déjà le cas dans Crans-Montana, Monica Sabolo accumule les indices à partir des ambiances, des odeurs, des impressions. Une petite musique presque imperceptible, mais qui ne va pas tarder à cerner le lecteur jusqu’à le rendre hypersensible. C’est alors qu’un petit rien prend des dimensions impressionnantes. « Ce soir-là quelque chose avait bougé dans l’univers, un déplacement minime, mais qui avait modifié profondément notre essence, on aurait dit que nous n’avions plus aucun contrôle de nous-mêmes, nous étions devenus si spontanés que c’en était terrifiant. » Quand il se retourne sur son passé, Benjamin ne peut expliquer ce qui s’est vraiment passé, mais il sent le dérèglement que les différents psys qu’il rencontre ne parviendront pas davantage à saisir : « Quand j’essaie de me souvenir de 1994, 1995, 1996 et 1997, il n’y a qu’un vent glacé qui parcourt mes jambes, il s’insinue jusque dans mon cœur tandis que le docteur Traub me regarde, par-dessus ses lunettes, comme un professeur patient attendrait la réponse d’un adolescent attardé. »
De l’adolescent tourmenté, on passe au jeune homme déstabilisé qui ne peut construire sa vie face à ce vide béant, qui n’arrive pas non plus à bâtir une relation durable avec les filles qui ne sont pas insensibles à ce charme dû à son spleen, à un romantisme tourmenté comme celui de Lamartine
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Seulement voilà, depuis Raphaëllle Billetdoux, on sait qu’il faut prendre garde à la douceur des choses. Monica Sabolo nous en apporte une nouvelle preuve. À force d’observer les tuiles et les retourner, la vérité va finir par s’imiscer, aussi surprenante que déstabilisante. C’est du grand art !

Summer
Monica Sabolo
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782709659826
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule à Bellevue, près de Genève

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Summer
Monica Sabolo
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782709659826
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image: celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.

Les critiques
Babelio 
Télérama (Nathalie Crom)
Grazia (Philippe Azoury)
Glamour (Erick Griesel)
Blog Au Bordel Culturel 
Blog Les livres de Joëlle
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)


Monica Sabolo présente Summer © Production Hachette littérature

Les premières pages du livre
« Dans mes rêves, il y a toujours le lac. L’été où c’est arrivé, cet été dont rien n’a marqué ma mémoire, ou juste quelques images, comme des photographies nettes et brillantes, pendant ce mois de juillet où nos vies ont changé pour toujours, il faisait si chaud que les poissons remontaient des profondeurs du lac Léman. On se mettait sur la rive, et l’on voyait ces masses sombres à la surface, comme des monstres suffocants, et l’on pouvait imaginer l’intérieur de leur bouche, la chair rose, écœurante.
Selon le docteur Traub, que je vois depuis trois mois et deux semaines, au rythme de deux séances hebdomadaires – trois mois que je regarde son front humide, ses cheveux qui démarrent bien trop haut, il sera chauve dans quoi, trois? quatre ans? – ces poissons qui reviennent dans mes rêves sont peut-être une représentation de moi-même. Mes sensations de suffocation. D’étouffement.
Vingt-quatre ans, et treize jours, que c’est arrivé.
Vingt-quatre ans et treize jours que je ne me souviens de rien, juste quelques flashs, une explosion de blanc et de lumière, et puis, plus rien. »

Extrait
« Et tandis que leurs voix aiguës, aux accents de plus en plus désespérés, appelant ma sœur, j’étais resté là, absent à la scène, et à la vie, tandis que montait en moi la certitude que c’était arrivé, ce moment que j’attendais depuis toujours, l’effondrement de cet édifice de papier que constituaient nos existences. »

À propos de l’auteur
Monica Sabolo est romancière. Ses deux derniers romans Tout cela n’a rien à voir avec moi (Prix de Flore, 2013) et Crans-Montana (Grand prix de la SGDL, 2015) ont reçu un très bel accueil. (Source : Éditions JCLattès)

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Jardin d’été

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En deux mots
Vacances d’été familiales en Bourgogne. Trois générations se retrouvent et se découvrent. Après quelques jours, les non-dits et les secrets de famille vont laisser la place au jeu de la vérité.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Jardin d’été
Abigail Seran
Éditions Luce Wilquin
Roman
208 p., 20 €
EAN : 9782882535320
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Bourgogne pour une réunion familiale. Différents épisodes se déroulent également à Londres, Paris, en Grèce, mais également à Deauville, Tübingen ou encore à Lisbonne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Élé et Charles, couple de jeunes retraités, accueillent leurs petits-enfants pour un mois de vacances. Pour la première fois, ils sont tous là, les jumeaux londoniens John et June et Iris, la fille d’Agathe, mère angoissée à l’idée de laisser son enfant chez ses parents.
Une famille, comme un mobile, maintenue en harmonie grâce au rôle et à la position de chacun. Alors, quand au cœur de cet été bourguignon le passé refait surface, le fragile équilibre est mis à mal.
Ce roman polyphonique suit cette tribu un mois de juillet pas comme les autres. Celui où les non-dits se lèvent et où l’histoire personnelle de chacun se révèle, se transforme à la lumière d’une donnée trop longtemps escamotée.

Ce que j’en pense
Comme dans un film de Claude Sautet, qui savait comme personne rendre l’atmosphère des repas de famille, Abigail Seran choisit de mettre en scène un mois de vacances dans la campagne bourguignonne. Dans ce roman choral sobrement intitulé «Jardin d’été» trois générations vont se retrouver autour de Charles et Élé, couple de retraités qui ont choisi de tourner le dos à leur vie trépidante et citadine pour trouver refuge dans ce havre de paix.
La grande bâtisse est assez spacieuse pour accueillir leurs enfants et petits-enfants. Au moment où s’ouvre le livre, Agathe, leur fille, vient d’arriver avec Iris. Du haut de ses douze ans, elle est sans doute la plus enthousiaste des convives, à la fois ravie de retrouver ses grands-parents et curieuse de voir ce que sont devenus les « J », comme elle surnomme la famille de son oncle. Julien, le frère d’Agathe, a épousé Juddy. Ce second couple arrive avec leurs enfants John et June.
Avec beaucoup de finesse Abigail Seran dépeint les personnages de la tribu, révélant des aspects biographiques mais avant tout des traits de caractère. « Agathe, timide et tendre, qui avait tant besoin d’un cadre pour s’épanouir. Le contraire de Julien. Lui s’adaptait à tout. Toujours en souplesse. On pouvait modifier les plans douze fois, il était toujours partant, le sourire aux lèvres. Son côté bohème. » Bien vite, on comprend que la cohabitation de tout ce beau monde ne sera pas si simple. Agathe n’a pas vraiment compris comment son frère à pu épouser Juddy «très aristocratique. Un peu froide.» Fort heureusement son mari Florent «avait été le pacificateur, le liant.» Sauf qu’il n’est resté que deux brèves journées avant de repartir. Avec la promesse de revenir…
Pendant ce temps, la tension monte chez les adultes et l’excitation gagne les enfants. Avec leurs amis, ils décident de préparer une pièce de théâtre qui clôturera leur séjour. Outre les répétitions, ils vont s’occuper des décors et des costumes qu’ils pourront tailler dans les habits remisés par leur grand-mère. Dans une robe d’Élé, June découvre une alliance et une photo. Charles comprend alors que le moment est venu de révéler ce secret enfoui depuis des années. Que la femme qui partage sa vie a été mariée à un autre homme, son ami Werner qui décédera tragiquement.
Entre ceux qui condamnent et ceux qui pardonnent, la crise va virer au règlement de compte. Entre ceux qui auraient aimé ne pas savoir et ceux qui prennent un malin plaisir à tout déballer, le fossé se creuse, les inimitiés se ravivent.
Le contraste entre les belles journées d’été qui invitent à la sieste ou à piquer une tête dans la piscine et le drame qui éclate donne au roman une belle intensité. Il offre aux petits-enfants l’un de ces moments-clé de leur apprentissage vers l’âge adulte, aux parents l’occasion d’un premier bilan, entre souvenirs de jeunesse et interrogations sur la vie qu’ils mènent et aux grands-parents de soigner leurs bleus à l’âme, de gagner le droit d’ouvrir une nouvelle étape de leur existence, plus sereine dans ce lieu qui aura gagné le droit d’être enfin un havre de paix.

Autres critiques
Babelio
Blog Bouquiner.ch 
Le Blog de Francis Richard
Blog Fattorius

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«Entre nous soit dit» émission de la Radio Suisse romande – Entretien de l’auteur avec Mélanie Croubalian

Extrait
« On ne savait jamais comment prendre Agathe. A la fois précieuse et distante, écorchée vive qui masquait sa sensibilité par un contrôle rigoureux. Il se souvint de l’enfance d’Agathe. Élé travaillait beaucoup. Voyages d’affaires, déjeuners professionnels, réunions tardives. Etant enseignant, c’est lui qu’Agathe trouvait à la sortie de l’école. Lui qui consolait des genoux écorchés et des chagrins d’amour. Agathe, timide et tendre, qui avait tant besoin d’un cadre pour s’épanouir. Le contraire de Julien. Lui s’adaptait à tout. Toujours en souplesse. On pouvait modifier les plans douze fois, il était toujours partant, le sourire aux lèvres. Son côté bohème. » (p. 54-55)

A propos de l’auteur
Après plus de vingt ans passés à vadrouiller en Suisse Romande et à l’étranger, Abigail Seran, aussi juriste et enseignante, a posé ses valises avec mari et enfant dans son Valais natal. Jardin d’été est son troisième roman après Marine et Lila (2013) et Une maison jaune (2015). Elle est également l’auteur d’un livre de chroniques illustrées (2015) et de textes publiés dans différentes revues. (Source : Éditions Luce Wilquin)

Site internet de l’auteur 
Compte Twitter de l’auteur

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Arrêt non demandé

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En deux mots
Six histoires qui sont autant de tranches de vie savoureuses. De l’enfant qui assiste à une rixe en famille jusqu’au candidat au suicide qui dialogue avec la mort, voilà des embryons de roman furieusement cyniques, joyeusement déjantés et terriblement frustrants pour le lecteur qui en voudrait encore plus !

Arrêt non demandé
Arnaud Modat
Alma éditeur
Nouvelles
160 p., 17 €
EAN : 9782362792113
Paru en janvier 2017

Ma note
etoile etoile etoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Les nouvelles sont situées en France, notamment dans la région de Strasbourg, à Schiltigheim, mais également dans des lieux qui ne sont pas précisés.

Quand?
L’action se situe en 1989 pour la première nouvelle et de nos jours pour les histoires suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans la maison Modat, on rit, on blague, on s’insurge, on affronte. Tout commence par la rédaction d’un enfant de huit ans. « J’aimerais raconter mes vacances si ça dérange personne, où plutôt une chose qui m’est arrivée pendant les vacances et qui a failli gâcher ma belle jeunesse. »
La vie étant ce qu’elle est sur l’échelle du temps, résumons les épisodes : la paternité, la responsabilité, l’art d’exister et de disparaître… Tout cela : grave, et furieusement désopilant.
Roman de l’enfance, Arrêt non demandé raconte comment grandir peut faire mal aux os, aux cheveux ou à l’âme. Une opération qui dure toute la vie…

Ce que j’en pense
Je n’aime pas les recueils de nouvelles, surtout quand ils sont bons. Et celui-ci est très bon. À tel point qu’en le lisant j’ai quelquefois pensé à Annie Saumont – qui vient de nous quitter – et qui était considérée comme la sœur française de Raymond Carver, ainsi qu’à J. D. Salinger, autre nouvelliste hors-pair. J’imagine du reste que dans l’autoportrait qui clôt ce recueil, la citation tirée de L’Attrape-cœurs est un clin d’œil à une source d’inspiration de ce jeune nordiste installé à Strasbourg.
Non, si je n’aime pas les recueils de nouvelles, c’est que ma frustration croît au fur et à mesure que j’entre dans les histoires, que je vis avec les personnages, que je suis leur parcours. Prenez par exemple La Mer dans le ventre qui ouvre ce recueil.
Il vous suffira de quelques lignes pour vous sentir bien, pour vous imaginer aux côtés de ce petit garçon dans cette réunion de famille houleuse. Racontée par l’enfant, ce drame va vite prendre la dimension d’une épopée déjà esquissée lors du voyage effectué au volant d’une Fiat Tipo : « Papa conduit comme si demain n’existait pas et il double dans les ronds-points, pris de colère ancestrale. Il passe les vitesses sans arrêt. Il a des problèmes dans ses rapports. Papa pilote comme un chien enragé parce qu’on doit se pointer sans faute à un apéro. »
On se régale de cette altercation verbale, puis physique qui prend des allures d’opéra et qui culmine sur le grand air de la rupture. Je ne peux m’empêcher d’imaginer le plaisir que nous autres lecteurs aurions eu à suivre cette famille et à voir ce garçon grandir. Laisser ainsi le lecteur en plan est bien cruel. D’autant que je soupçonne la préméditation. Rappelons que ce recueil s’intitule Arrêt non demandé et qu’en effet nous n’avons pas demandé que l’histoire s’arrête au bout de 28 pages !
Plus grave encore : le cas d’Arnaud Modat s’aggrave avec les nouvelles suivantes, tout aussi brillantes. Raoul raconte l’étape cruciale pour de nombreux couples, celui du premier enfant. Pour Aurore et Quentin, cet épisode survient « après trois ans de vie commune, la perte de nos amis respectifs, l’adoption d’un chat de merde, un mariage clef en mains et un crédit immobilier mal négocié ». Au baby-blues viendront s’ajouter tous les tue-l’amour inhérents à la post-grossesse. Quand Raoul aura montré le bout de son nez, il faudra faire preuve d’imagination pour retrouver une vie amoureuse épanouie. Faites confiance à l’auteur et à son double (le narrateur s’essaie au roman) pour trouver le truc. Une seconde fois, cet embryon de roman devient formidablement addictif et nous laisse sur notre faim.
Et que dire de Tapage nocturne et neige précoce ? De J’existe (je ne fais que ça) ?, de La dernière nuit du hibou ? et de La fourchette à poisson ? Que ces quatre autres nouvelles sont de la même veine. Qu’on s’y amuse beaucoup, que l’on a sans doute tous déjà rencontré des voisins bruyants qu’il a fallu calmer, que l’on adore le côté transgressif de cet employé d’agence intérimaire chargé de répondre au courrier adressé au père Noël, que l’on se délecte du dialogue entre le candidat au suicide et la mort (après l’appel quasi surréaliste à SOS amitié) et qu’enfin on «voit» déjà sur grand écran le joli film proposé dans l’ultime nouvelle, avec tous les extraits de films référencés ici.
Non, décidément, je ne pardonnerai ce crime de lèse-lecteur à Arnaud Modat que le jour où paraîtra son premier roman. Le plus vite sera le mieux!

Autres critiques
Babelio
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le Blog de YV

Extrait de la nouvelle 4. J’existe (je ne fais que ça)

À propos de l’auteur
Arnaud Modat a 37 ans. Il est né à Douai (Hauts-de-France) et vit aujourd’hui à Strasbourg. Il a publié deux recueils de nouvelles humoristiques : La fée Amphète, le 1er mai 2012 aux éditions Quadrature, et Comic strip, paru le 19 octobre 2012 chez Intervalles. (Source : Livres Hebdo /Alma éditeur)

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Le vent se lève

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Le vent se lève
Sophie Avon
Éditions du Mercure de France
Roman
176 p., 16,80 €
EAN : 9782715244184
Paru en août 2016

En deux mots
Lili est dans un bateau. Avec son frère Paul, elle va quitter Bordeaux pour le Sénégal puis pour le Brésil. Un périple fait de rencontres et d’introspection, un voyage qui va lui permettre de se découvrir elle-même.

Ma note
etoile etoile etoile (beaucoup aimé)

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, notamment dans le Verdon, puis à La Rochelle et à Bordeaux, avant de prendre le large jusqu’à la Corogne en passant par San Vicente de la Barquera, Las Palmas, Puerto Rico, le Sénégal (Dakar, Saint-Louis, Kayar) d’où on met le cap vers le Brésil : Recife, Salvador de Bahia, Rio, Vitória, Ilha Dos Pacotes. La dernière étape ira vers la Guyane et Cayenne, tandis que la narratrice rejoint la France par avion, via Madrid. Des vacances en Italie, à Florence, Sienne, San Gimignano sont aussi évoquées, ainsi que l’Algérie.

Quand?
L’action se situe au début des années quatre-vingt.

Ce qu’en dit l’éditeur
Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.
Lili a 20 ans, au début des années quatre-vingt, quand elle embarque avec son frère Paul sur le voilier «Horus». Paul est un marin passionné, mais traverser un océan n’est pas une mince affaire ! De port en port, au gré des escales, dans des conditions parfois rudes, frère et sœur progressent vers les tropiques. Après le golfe de Gascogne, Madère, Les Canaries, le Sénégal, enfin, c’est la traversée de l’Atlantique, puis l’arrivée au Brésil. Là, ils se laissent envahir par un sentiment de plénitude où se mêlent la satisfaction d’être allés au bout d’eux-mêmes et l’excitation de la découverte : Recife, Salvador de Bahia, Rio… Plus au sud, ils jettent l’ancre dans un véritable paradis. Mais le temps est venu pour Lili de rentrer. Elle ignore qu’un autre voyage commence.

Ce que j’en pense
Le proverbe qui nous dit que «les voyages forment la jeunesse» trouve ici une belle illustration. Lili vient d’avoir vingt ans et décide d’accompagner son frère Paul sur son voilier pour une traversée de l’Atlantique. Depuis sa jeunesse, le garçon rêve de ce jour où il pourra concrétiser son rêve. Après avoir dessiné des bateaux et appris à naviguer aux Glénans, il a pu s’acheter un premier voilier, puis un autre, jusqu’au Dufour 34 d’occasion avec lequel il entend rallier l’autre continent.
« C’est un quillard de 1974. Une dizaine de mètres, soixante mètres carrés de voilure, une cabine avant, six couchages, une hauteur sous barrots permettant de se tenir debout et tout ce qui à nos yeux suffit à vivre sous les tropiques.»
Après un faux départ en août et un retour à Bordeaux pour y réparer une avarie, le 5 septembre marque le vrai départ, direction La Corogne, le cap Finisterre puis l’île de Madère.
Pour Lili, ce voyage tient à la fois de la concrétisation d’un grand rêve et d’un déchirement, car elle laisse à terre Vincent: « Il venait d’être nommé professeur dans une grande école et il avait un rendez-vous de première importance concernant sa rentrée. C’est pourquoi il ne faisait pas partie de l’aventure – mais nous étions résolus à nous attendre, lui et moi, nous venions de tomber amoureux. »
La première partie du voyage se fera en compagnie de son amie Faustine, qui choisira de continuer avec un autre équipage au Sénégal. Car, ce sont surtout les rencontres avec les autres navigateurs qui vont rythmer les différentes étapes.
Le couple Lars et Marisa tout d’abord. Alors que le scandinave optimiste est toujours prêt à donner un coup de main, l ne se rend pas compte que le mal de mer de sa compagne risque de l’emporter. Après quelques jours, la panique finit par gagner l’équipage, qui parviendra toutefois à arriver à bon port, non sans avoir testé une recette originale de réhydratation.
«Et puis le Le 27 octobre, à 18 heures, c’est le grand départ.» Benjamin, l’ami de Paul depuis le lycée, a pu négocier cinq semaines de congé pour être de l’aventure.
Le voyage se passe sans encombres, entre la navigation, les repas, la lecture.
« La durée n’est plus la même, elle s’étale de façon inédite. Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.»
Arrivés au Brésil, de Récife à Rio, ce sont de nouvelles rencontres, Christiane et
Gilles puis Pierre, Antoine, Pt’Louis et Katia, qui veulent aller jusqu’au Cap Horn, puis Hector et Geovanna, un couple de Brésiliens qui enseignent le français dans un lycée de Vitória et rêvent d’ailleurs, qui rêvent d’Horus. (Horus est le nom du bateau, «du dieu faucon qui règne sur les airs, dont les yeux sont le soleil et la lune et dont le patronyme signifie  » le Lointain  » ».
Lili croit pour sa part en avoir fini avec l’ailleurs et rentre en France rejoindre Vincent. Même si elle ne sait pas trop dans quel état d’esprit il sera, elle imagine que leur histoire d’amour pourra alors vraiment commencer. Elle retrouve Bordeaux, sa famille, décide de s’installer dans un nouvel appartement avec Vincent, va chercher du travail. Mais un sentiment bizarre, celui de ne pas vraiment être ici à sa place, ne la quitte pas.
Sophie Avon va réussir dans ce court roman, qui se lit facilement, à nous faire ressentir combien ce voyage tient du rite initiatique. À l’image de sa narratrice qui commence plusieurs romans, elle cherche sa voie et finit par la trouver.

Autres critiques
Babelio 
La Croix (Arnaud Schwartz)
Benzinemag.net (Delphine Blanchard)
Sud-Ouest (Olivier Mony)
France 2 (Dans quelle éta-gère)
Blog Booquin 
Blog Les mots de la fin
Blog Un bouquin sinon rien 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Jamais pourtant, je n’ai imaginé de ne pas suivre mon frère. Je songe que si nous nous aimons vraiment, Vincent et moi, aucune distance, pas plus que les mois écoulés, ne viendront à bout de nos sentiments. Au fond, j’envisage notre séparation comme une parenthèse. Je n’ai aucune idée de ce qui se joue ni de la façon dont ce périple éclairera ma vie et mes origines. À cette époque, tout me paraissait léger. » (p. 19)

À propos de l’auteur
Sophie Avon est critique de cinéma au journal Sud-Ouest ainsi qu’à l’émission « Le masque et la plume ». Elle est l’auteur de plusieurs romans, notamment Les Amoureux et Dire adieu. (Source : Éditions du Mercure de France)

Site Wikipédia de l’auteur 
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Notre château

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Notre Château
Emmanuel Régniez
Le Tripode
Roman
128 p., 15 €
ISBN: 9782370550781
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans le Château situé dans une ville qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.
On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.
« Je soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur.» Emmanuel Régniez.

Ce que j’en pense
***
Pour ses débuts en littérature, Emmanuel Régniez s’est souvenu des contes de son enfance. Quand, entouré de ses parents, il rêvait sa vie plutôt qu’il ne la vivait. Entouré de ses sœurs, il aimait de raconter des histoires, accompagner son père dans des parties de chasse mémorables. « Nous étions si heureux au sein de notre château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline. »
Cependant Octave n’est pas dupe. «En réalité je n’allais pas à la chasse mais j’accompagnais mon père au marché et l’aidais à vider le coffre de la voiture. Ma mère souvent râlait car mon père n’avait pas acheté ce qu’elle voulait.» On ajoutera que le château n’existait pas davantage. Du moins jusqu’au jour où un notaire annonça que la famille héritait d’une grande et belle maison, en ajoutant qu’une clause dudit testament interdisait au père d’y habiter. Cette bizarrerie a-t-elle provoqué l’accident de voiture mortel sur la route du retour ? Personne ne le saura jamais. Toujours est-il que les orphelins purent dès lors prendre possession du château.
Octave, le narrateur, et Véra vont y aménager une grande bibliothèque et y vivre quasiment reclus. « Notre monde est contenu dans Notre Bibliothèque. Notre monde est notre bibliothèque. »
Octave s’autorise une sortie par semaine, à la librairie du centre-ville, afin d’acheter quelques ouvrages supplémentaires. C’est à ce moment, très précisément le jeudi 31 mars à 14h 32, que leur existence si paisiblement réglée, va basculer.
Octave voit Véra, qui ne sort jamais et à fortiori jamais dans un bus, « dans le bus n°39 qui va de la Gare à la Cité des 3 Fontaines, en passant par l’Hôtel de ville. »
Un incident somme toute banal, mais qui mettre à mal toutes les certitudes, entrainer toute une série d’autres phénomènes étranges.
Qui a tort ? Qui a raison ? Où se situe la frontière entre l’étrange, le fortuit et l’irréel ? En choisissant de répéter certaines phrases, comme pour les marteler, l’auteur réussit à installer une atmosphère très prenante, qui nous fait douter de nos certitudes. Véra a-t-elle raison de reprocher son entêtement à Octave ? «Coupable comme tu sais l’être, tu es prêt à inventer n’importe quelle histoire».
Voilà le lecteur pris au piège, incapable de trancher. Ce couple énigmatique dans cette demeure mystérieuse a quelque chose d’hypnotique. À l’image du cahier photo de Thomas Eakins rassemblé en fin de volume. Seul petit bémol, la couverture qui est à mon sens totalement manquée et ne poussera sans doute pas à l’achat spontané en librairie. Du coup, les blogueurs sont là…

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Citation
« Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde. Chaque livre qui entre est un fragment du monde extérieur et, tel un puzzle, quand nous posons ensuite le livre dans les rayons de Notre Bibliothèque, nous recomposons le monde, un monde à notre image, à notre pensée. » (p. 39)

A propos de l’auteur
Emmanuel Régniez est un écrivain de langue française. Notre Château est son premier roman. Il est aussi l’auteur de l’Abc du gothique aux éditions Le Quartanier. (Source : Éditions Le Tripode)

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