«Les loyautés» – revue de presse


Bel entretien avec Delphine de Vigan à propos des Loyautés «le souffle qu’elle a trouvé pour écrire ce nouveau roman extrêmement nerveux à la construction narrative imparable et son souci d’être toujours dans le vrai, de tendre un miroir à la société.»

 
Voici, pour ceux qui auraient envie d’en savoir davantage sur l’auteur et le roman, une revue de presse qui prouve combien ce roman a réussi, en ce début d’année, à amener la lumière vers lui.
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Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

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Les loyautés

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En deux mots:
Hélène est enseignante. Elle va va remarquer que Théo, l’un de ses élèves de 5e, ne va pas bien et va tenter de l’aider. Ce dernier entraîne son camarade Mathis sur un terrain dangeureux alors que leurs parents respectifs démissionnent. Qui aura le dernier mot?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré))

Ma chronique:
Ivresse et autres bizarreries

Au-delà de l’enfance maltraitée, le nouveau roman de Delphine de Vigan explore un mal du siècle, la difficulté de plus en plus grande de communiquer, de dire les choses.

Alors que l’adaptation cinématographique par Roman Polanski de D’après une histoire vraie est sur les écrans, Delphine de Vigan nous offre un nouveau roman percutant qui explore «les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.»
Donnant, chapitre après chapitre, la parole aux protagonistes, la romancière construit un récit qu’il est difficile de lâcher tant la tension croît au fil du récit. Hélène ouvre le livre. Prof de SVT au collège, elle a l’intuition que Théo, son élève de 5e, cache un secret. Même si aucune trace de coups n’est visible, elle sait par expérience que tous les coups ne laissent pas forcément de marques, du moins physiques. Car Hélène a enduré les jeux pervers de son père, inventeur d’un principe d’éducation particulier, sorte «roue de la fortune»: à chaque mauvaise réponse aux questions diverses et variées qu’il posait, une gifle.
On serait tenté d’écrire que fort heureusement pour elle, un cancer va emporter son bourreau. Elle a alors 17 ans et se promet de devenir enseignante et de de venir au secours des enfants maltraités.
On suit alors le parcours de Théo qui navigue entre sa mère et son père. Des parents qui préfèrent ne pas voir le malaise de leur fils pour se concentrer sur leurs propres déboires engendrés par la faillite du couple et se satisfont de leur stratégie d’évitement que l’enfant a bien intégré : « Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard blasé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse. »
Le goût de la liberté aura pour lui celui de la vodka ou du rhum. Entraînant Mathis, son camarade classe, il va trouver une cachette dans l’établissement scolaire où ils pourront ingurgiter des doses de plus en plus fortes d’alcool.
Cécile, la mère de Mathis, s’alarme à son tour. Mais son fils cache son jeu, balaie ses doutes…
Comme l’écrit fort justement Bernard Pivot dans le JDD, le roman « est une plongée passionnante dans les relations compliquées d’un inévitable trio: parents, adolescents, enseignants. » La démission des uns et la duplicité des autres de même que le pouvoir que peuvent exercer les uns sur les autres font que la peur s’immisce dans les relations et brouille les messages. La déloyauté l’emporte sur la loyauté, même si au bout du compte personne n’est vraiment dupe: « C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsqu’enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »
Comme dans Les heures souterraines les personnes que la vie n’a pas épargnées sont au centre de ce court roman, coupant comme une lame de rasoir et dont je gage que vous serez très impatients de connaître l’issue.

Les Loyautés
Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782709661584
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»
Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ?
Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils.
Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Les critiques
Babelio
ELLE 
Blog Carobookine 
Blog My pretty Books 


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

Les premières pages du livre 
« Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

HÉLÈNE
J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries. »

À propos de l’auteur
Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan se lance à 21 ans dans la vie active, après une formation au Celsa. En 2002, elle est directrice d’études dans un institut de sondage quand elle publie sous pseudonyme (Lou Delvig) son premier livre, Jours sans faim. Des nouvelles et trois romans plus tard – dont No et moi et Les Heures souterraines – l’écrivaine créé l’événement avec Rien ne s’oppose à la nuit, portrait de sa mère bipolaire, suicidée en 2008.
Plus d’un million d’exemplaires vendus. Le succès, fulgurant, fragilise son auteure: qu’écrire après? Comment revenir au roman d’imagination? Ce séisme donnera naissance à D’après une histoire vraie, salué par le prix Renaudot 2015. Les Loyautés confirme que, pour Delphine de Vigan, rien ne s’oppose à la fiction. (Source : Magazine Lire)

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Un funambule sur le sable

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En deux mots:
Né avec un petit violon dans la tête, la vie de Stradi n’a rien d’une sinécure. On va suivre la bande-son de son existence de sa jeunesse à sa postérité. Fantastique !

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

Un funambule sur le sable
Gilles Marchand
Éditions Aux forges de Vulcain
Roman
360 p., 19,50 €
EAN : 9782373050288
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, dans différents endroits qui ne sont pas nommés et le long de la route qui mène aux vacances à la mer et passe par les châteaux de la Loire.

Quand?
L’action se situe à la fin du siècle dernier.

Ce qu’en dit l’éditeur
Stradi naît avec un violon dans le crâne. D’abord condamné à rester à la maison, il peut finalement aller à l’école et découvrir que les plus grandes peines de son handicap sont l’effet de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants. Mais, à ces souffrances, il oppose chaque jour son optimisme invincible, hérité de son père inventeur et de sa mère professeur. Et son violon, peu à peu, va se révéler être un atout qui, s’il l’empêche de se concentrer sur ses devoirs, lui permet toutes sortes d’autres choses : rêver, espérer… voire parler aux oiseaux.
Un jour, il rencontre l’amour en Lélie. Ils vont s’aimer, se quitter, se retrouver, et faire couple. Jusqu’au moment où cette fantaisie permanente de Stradi va se heurter aux nécessités de la vie adulte : avoir un travail, se tenir bien en société, fonder une famille. Comment grandir sans se nier ? Comment s’adapter sans renoncer à soi ?
Dans ce deuxième texte empreint de réalisme magique, Gilles Marchand, après le succès d’Une bouche sans personne, livre un beau et grand roman d’éducation, étonnant manifeste pour la différence, et pour les puissances de l’imagination, qui permettent de vaincre le réel, quand celui-ci nous afflige et nous opprime. Un roman plein de musique, de fantaisie, d’imagination, de lumière et d’optimisme, accompagné par la musique des Beach Boys, et brillant de mille éclats empruntés à Gary, Vian et Perec.

Ce que j’en pense
Gilles Marchand sait joliment mêler le vrai et le faux, le drame et la légèreté, la fantaisie et la construction soignée. C’est ce que j’écrivais à propos de son premier, Une bouche sans personne, découvert l’an passé avec les 68 premières fois.
Il confirme son talent avec son second opus. Aux qualités du premier, on ajoutera cette fois une touche de fantastique, du côté de Marcel Aymé ou de Boris Vian.
Dès la naissance du narrateur l’extraordinaire se produit, au grand désarroi du corps médical : il faut bien se rendre à l’évidence, le bébé a un petit violon dans la tête. Quatre cordes qui ne vont pas tarder à jouer dans le cerveau de l’enfant provoquant l’incrédulité, la surprise ou même la gêne de la famille et des proches.
Et alors que l’enfant tente de maîtriser la musique dans sa tête, son père qui entend être un grand inventeur va essayer de comprendre, sans grand succès il faut bien l’avouer.
Pour sa mère, qui l’entoure de tout son amour, il faut qu’il mène une vie des plus normales, qu’il oublie ce handicap. Aussi, quand il commence à parler aux oiseaux, elle ne veut pas le croire, cette activité étant réservée aux «fous». Ses camarades de classe ont tout autant de peine à accepter cette différence, ajoutant un brin de cruauté à leur jugement.
Fort heureusement, il y a Max et Lélie. Le premier est également handicapé à la jambe et devient vite le meilleur ami de celui que l’on surnomme désormais Stradi. Ensembles, ils vont partager jusqu’à leurs rêves. Lélie est la fille dont il tombe amoureux et avec laquelle, après maintes péripéties, il finira par partager sa vie. Car pour l’heure, il faut bien reconnaître que toutes ses tentatives d’intégration se soldent par des échecs. Qu’il souffre physiquement et psychologiquement.
C’est que Gilles Marchand, sous couvert d’une fable poétique, nous offre un formidable plaidoyer pour ce fameux droit à la différence. Lucide, Stradi constate combien il est difficile de vivre quand on sort du moule : « J’y avais bien réfléchi, ce n’était pas le monde qui n’était pas fait pour moi, mais la société, ce qui est totalement différent. Rien ne m’empêchait de vivre, d’être heureux et amoureux. Le système scolaire attendait de moi que je suive le même rythme que mes camarades, les parents de Lélie désiraient un jeune homme comme les autres pour leur fille, les médecins attendaient une tête sans instrument. La société dans son ensemble n’attendait et ne désirait qu’une seule chose de moi : que je sois comme tout le monde. (…) La société a établi tout un tas de règles mais n’avait rien prévu pour les gens qui n’étaient pas capables de les suivre pour des raisons indépendantes de leur volonté. Elle les acceptait mais ne leur donnait pas une réelle chance à part celle de rester bien sagement assis sans trop déranger et surtout, surtout, sans oublier de lui dire merci. »
L’optimisme et l’amour, la tendresse et l’humour seront les antidotes de Stradi et la récompense du lecteur, une fois encore emporté par la plume alerte de l’auteur.

Autres critiques
Babelio
Blog L’Albatros (Nicolas Houguet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle 


À l’occasion du Livre sur la Place à Nancy, Gilles Marchand présente Un funambule sur le sable © Production Librairie Mollat

Extrait
« Au début, je n’avais pas vraiment conscience de ma différence. D’autant que, il faut bien le reconnaître, les personnes extérieures à la famille n’avaient aucun moyen de savoir que j’avais un violon fiché à l’intérieur du crâne. Je n’attirais pas les regards, je ne suscitais pas la curiosité des gens que je croisais lorsque nous nous promenions. Je pouvais passer pour un petit garçon comme les autres. Force est d’ailleurs de constater que mes parents faisaient tout leur possible pour m’offrir une enfance normale. C’est dans le cadre familial que cette différence était omniprésente. J’étais au centre de toutes les attentions, on me surveillait comme l’huile sur le feu, on guettait mes réactions, on me protégeait, on me surprotégeait. Je ne saurais dire comment le vivait mon frère aîné. S’il était aimé autant que moi, il ne bénéficiait pas de ce statut à part que la nature m’avait conféré. Lui était comme les autres : il pouvait courir, sauter, jouer, tomber sans que cela soit la source d’une inquiétude générale. Je le suivais dès que je pouvais, partageant au mieux ses jeux toujours plus audacieux, dès que la vigilance de mes parents déclinait. Car là était le nœud du problème : nul ne pouvait prévoir les réactions du violon ni ce qui se passerait si je me cognais violemment la tête. »

À propos de l’auteur
Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Eric Bonnargent. Une bouche sans personne est son premier roman. (Source: Éditions Aux Forges de Vulcain)

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Ma mère avait raison

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que j’ai découvert Alexandre Jardin avec son premier roman, Bille en tête (ce qui ne nous rajeunit pas, ni lui ni moi) et que, en plus de son œuvre, j’ai une affection particulière pour l’homme et pour ses engagements citoyens.

2. Parce que, après nous avoir proposé différents portraits de personnages de son entourage et notamment celui de son père, voilà le temps d’un hommage à sa mère, sous forme d’une lettre écrite « en larmes, afin qu’elle puisse la lire avant le grand départ, une lettre à son cœur. Toujours dire les choses tant qu’il en est encore temps – le sublime comme l’inaudible. La pudeur est une défaite. Soyons victorieux dans nos relations. »

3. Parce que ce livre lève le voile sur la personnalité, mais surtout l’œuvre de l’auteur du Zèbre. Comme l’explique si bien Catherine Schwaab dans Paris Match « c’est pour sa mère qu’Alexandre a toujours voulu épater la planète. Vivre plus fort, plus grand, plus haut. Loin de la morale et des valeurs bourgeoises, cette grande beauté se voulait entourée de supermans. »

Ma mère avait raison
Alexandre Jardin
Éditions Grasset
Roman
216 p., 18,50 €
EAN : 9782246863786
Paru en octobre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Ce roman vrai est la pierre d’angle de la grande saga des Jardin. Après le portrait du père merveilleux (Le Zubial), du sombre grand-père (Des gens très bien), du clan bizarre et fantasque (Le roman des Jardin), voici l’histoire de la mère d’Alexandre. On y découvre une femme hors norme, qui ose tout, et qui s’impose comme l’antidote absolu de notre siècle timoré.
Elle est dans les yeux de son fils l’héroïne-née, la tisseuse d’aventures, l’inspiratrice des hommes, la source jaillissante de mille questions – elle est le roman-même.
Un roman qui questionne, affole, vivifie et rejoint la joie du fils. Mais la magicienne, hélas, n’est pas éternelle.
Certaines femmes, pourtant, ne devraient jamais mourir.

Les critiques
Babelio
Paris Match (Catherine Schwaab)
20 minutes (2 minutes pour choisir)


Olivia de Lamberterie présente Ma mère avait raison © Production Télé Matin

Les premières pages du livre
« Dans le mouvement de la vie, chacun évite le mur de ses peurs. Toi, tu l’as toujours défoncé avec joie, indiscipline et délicatesse.
Ton goût immodéré de la liberté, ton acharnement à aimer, à ne jamais tricher sur tes désirs, recouvrent une sorte d’austérité morale.
Les arrangements de l’existence, jouir avec parcimonie ou s’attarder dans des liaisons sinistrées, tu ne connais pas. En amour, tu déménages avant que l’usure ait eu sa part. Tu ne sais pas laisser battre ton cœur au ralenti. Avec toi, et dans tous les domaines, l’improbable rafle tout.
Jamais tu ne fus réductible aux usages en vigueur, ni aux idées convenables. Ton tiroir à axiomes est vide, ton armoire à principes brûlée depuis longtemps. À tous les égards, ta manière d’être a quelque chose d’exorbitant et d’effrayant.
Je t’ai toujours vue naviguer dans la grande instabilité, celle qui permet de déroger à la médiocrité, sans craindre les déconvenues, en les recherchant parfois. Ta vie t’associe au mot liberté. On ne savait trop ce que tu pulvérisais le plus vite, les préjugés ânonnés ou les emmerdeurs qui entravaient tes tribulations. Tes victoires, tu les as voulues mirifiques, tes catastrophes aussi complètes qu’il se pût. Ton talent fut d’exister avec une intensité à peine croyable quand tant d’autres s’économisent. Ton génie de la vie m’a ébloui, souvent révolté mais toujours fasciné.
Comment as-tu fait, maman, pour ne pas flamber au milieu de tes incendies du cœur ?
Je sais qu’il n’y a pas d’autre mort que l’absence d’amour. Mais j’ai peur comme jamais de ton grand départ, que tu quittes le flot des choses. L’heure approche, cataclysmique. J’ai une terreur paralysante de ne pas savoir faire face à la disparition de ton audace. Le manque, ça finit quand ?
Je sais que cette douleur sera trompeuse, que la relation réelle n’est jamais absente. Il n’est tout simplement pas possible d’évaporer l’amour fou. Tu es ma mère pour l’éternité. C’est bien l’unique réalité, même si cette vérité stable change de forme. Perdre l’autre et le fil d’un amour n’existe pas.
Mais j’ai affreusement peur de ton absence excessive, du big bang de ton silence.
Que tes avidités ne dérangent plus la vie que tu m’as donnée.
Que tu cesses d’effriter mes certitudes.
Que tes licences si déroutantes arrêtent d’amplifier les miennes. »

Extrait
« Alors je t’écris cette lettre d’amour en larmes que tu pourras lire avant le grand départ, cette lettre à ton cœur. Je t’écris ces pages violentes avec toute ma douceur et ma tristesse légère, des lignes tendres qui contien nent ma plus belle sauvagerie. Tu m’as fait ainsi: altruiste et guerrier, gentil et radical, incapable de mener une vie minuscule. Je n’ai, moi non plus, aucune dilection pour la frustration. Alors je vais tout te dire, parce que ce tout-là es t magnifique, ce tout hors des jugements imbéciles, éloigné des brocards classiques. Par toi, et par le père ensorcelé de culot que tu m’as choisi, j’ai appris que vivre c’est s’exposer, ne plus être taché de peur, et qu’il n’est pas d’autre solution que d’êtr e suprêmement vrai. Fût-ce en dépensant la plus incroyable violence.
Oh, que tu me manques déjà. Je ne veux pas me reposer de toi. Que j’aime l’inconfort extrême – ce moyen de transp ort efficace vers le bonheur – que tu m’as fait connaître. »

À propos de l’auteur
Alexandre Jardin est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont Le Zèbre, L’île des Gauchers, Fanfan. Avec ce nouveau roman, il retrouve sa « veine familiale » ( Le roman des Jardin, Des gens très bien, Le Zubial), et signale sa filiation avec Sacha Guitry (auteur d’un inoubliable Mon père avait raison). (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur

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La zone des murmures

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En deux mots:
Deux collègues de travail décident de quitter leur agence Web pour un week-end dans le Sud de la France. Là-bas, il seront confrontés à une contrée hostile et à leurs traumatismes familiaux. À moins que leur imagination ne leur joue des tours…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

La zone des murmures
Nathacha Nisic
Éditions TohuBohu
Roman
296 p., 20 €
EAN : 9782376220220
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris ainsi que dans le Sud de la France, notamment dans le hameau du Poil, après un voyage passant par Aix-en-Provence.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Signalement : Femme de type européen, âgée de 42 ans au moment de sa disparition, 1,69 m, 53 kg, corpulence fine, yeux gris-verts, cheveux bruns et longs.
Dans La zone des murmures, roman labyrinthe, une femme disparaît en haute montagne.
Le temps d’un week-end, Lise et Frankie, s’aventurent dans une zone escarpée, sans réseau ni hôtel de charme, afin de faire le point, par la même occasion affronter leurs démons. Avec cette question éternelle: qu’est-ce qui est réel ?
« On aura beau fabriquer des drones silencieux capables d’imiter le vol de la chouette et de se déplacer dans le noir entre les branches, il reste difficile de trouver une fin dans la nuit. Même si c’est dans le noir que j’entends le mieux ta voix, que tes mots s’éclaircissent et qu’il me semble enfin te comprendre. Je rêve encore de paysages vallonnés, de cimes, d’appels d’air, de ciel sans fin à bord d’un ULM… Je rêve de dragons volants et d’oiseaux aux grandes ailes plates qui me transporteraient jusqu’à toi. Je rêve d’arcs-en-ciel dessinés à la craie, d’orages noirs et de déserts de pierre… d’un piano muet et de vampires rassasiés sous la pluie… de ta mort sous forme de légende. Le jour revient, et le doute avec. »

Ce que j’en pense
Natacha Nisic nous propose un étonnant voyage dans La zone des murmures. Le genre d’épopée riche en surprises et qui, vers la fin du livre, risque de vous étonner bien au-delà des péripéties que vous avez déjà partagé avec Frankie et Lise. Vous voilà par conséquent condamnés à ne pas lâcher le livre jusqu’à cet épilogue pour en goûter tout le sel. À moins que vous ne soyez un lecture très attentif, soucieux de compter les petits cailloux qui sèment la route et forment autant d’indices.
Et comme je suis bon joueur, je vous indique que le premier de ces indices arrive avant même que les deux collègues ne décident de passer un weekend dans le Sud de la France, histoire de se changer les idées. Car leur quotidien se passe dans des bureaux, figés derrière l’écran de leur ordinateur. Leur mission est de développer un logiciel qui rassemblera un maximum de données sur les internautes afin de leur proposer de continuer à vivre virtuellement après leur mort.
« – Nous partons du présent pour aller le plus loin possible dans le passé. Et pas l’inverse. Nous fouillons la mémoire des gens et nous la stockons jusque dans leur tombe… Je cherche à recruter quelqu’un dans ce sens: préparer l’avenir. Qu’en pensez-vous ?
– Les gens sont prêts à tout pour ne pas oublier.
Cette phrase, je l’avais préparée; j’en étais même un peu fier. Mais le boss m’a repris, revêche.
– L’essentiel, c’est qu’ils soient prêts à payer. Raquer pour leurs souvenirs en prévision d’obsèques multimédias, vous comprenez?
– Oui.
– Bon, ça c’est facile… Mais le top, oui, vous m’entendez bien, ne croyez pas que je cherche à vous la faire à l’envers, oui le top c’est que les morts continuent à vivre et qu’on puisse les voir vieillir encore et encore; c’est pourquoi ces données sont précieuses et c’est grâce à cet historique que nous allons créer ensemble la mémoire du futur. En inversant le passé…
Animer les visages, les vieillir éventuellement, tout comme les corps, à l’aide d’un logiciel révolutionnaire et d’outils perfectionnés incluant la voix de synthèse. Arrêtez-moi si ce n’est pas clair… »
On comprend dès lors le besoin que l’on peut ressentir de s’aérer la tête. Et même si Lise n’est pas la petite amie de Frankie, elle accepte de l’accompagner dans son expédition. Mais au lieu du farniente qu’elle avait imaginé, c’est à une vraie épreuve qu’elle va se trouver confrontée. Leur voiture de location disparaît, le hameau qu’ils essaient d’atteindre n’est plus qu’une ruine, sans habitants – ou presque – sans électricité, sans moyens de communication. Une zone blanche.
Une situation de crise, on le sait, est propice à révéler les personnalités, à exacerber les sentiments ou encore à pousser à davantage de confidences et, dans le meilleur des cas, à plus de solidarité. Frankie va ainsi révéler qu’il a mis ses talents d’informaticien au service d’un programme permettant de reconstituer une voix, histoire de retrouver le message de sa mère, disparue après une course en montagne. Le choix du hameau de Poil n’est pas non plus fortuit.
Au fur et à mesure que se déroule l’écheveau, le lecteur va en apprendre davantage. L’expérience de survie en milieu hostile cristallisant les espoirs et les peurs.
Avec un joli sens de la construction, Natacha Nisic confronte l’angoisse des deux randonneurs à celle que l’on peut éprouver face aux dérives de la technologie :
« à l’ère de l’enquête en ligne, des serial hackers et d’avatars criminels aux profils multiples, de la traque numérique via la géolocalisation, le digital et les réseaux sociaux. Les cookies ne se mangent plus; ils nous surveillent. »
Virtuel, réel : difficile de dire qui aura le dernier mot. Et c’est tant mieux pour le lecteur!

Les critiques
Babelio
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Natacha Nisic présente La zone des murmures © Editions TohuBohu

Les premières pages du livre
« Nous sommes partis, cheveux au vent et la fleur au fusil, laissant derrière nous, à Paris, tous nos objets connectés. J’ai juste emporté un appareil photo numérique, qui ne sert qu’à prendre des photos et à rien d’autre, et qui se recharge avec une batterie, à l’électricité ; je l’ai trouvé chez Frankie.
Dépourvue de tout autre appareil électronique et en particulier de téléphone, je me sentais bizarrement vulnérable. Davantage concentrée sur ce que je faisais, attentive à chacune de mes actions ainsi qu’aux directions à prendre, je répétais chaque geste, regardais autour de moi comme si j’étais sous surveillance. N’ayant plus droit à l’erreur ni à la distraction, je reprenais en quelque sorte possession de mon corps devenu par les circonstances autonome. Retrouver Frankie à la gare m’a rassurée. Je pouvais enfin me laisser aller, déployer mes pensées… Je lui ai renvoyé son sourire avec joie.
On a pris le train lent jusqu’à Aix-en-Provence, loué une voiture basique, la moins chère ; un modèle économique à essence, peinture blanche, qui nous attendait à l’emplacement G21250. Nous avons dû marcher dans un parking ouvert, au soleil.
– Le seul problème, a dit Frankie en fixant l’horizon où se découpaient les montagnes, ce sera de trouver une station pour faire le plein. »

Extrait
« Une voix s’éleva dans la pièce, couvrant les murs fissurés d’une tendre mélancolie: « Bonjour mon chéri, c’est maman. J’espère que tu vas bien… Bon, juste pour te dire que je suis partie quelques jours en haute montagne. J’adore cet endroit, c’est magique… Le ciel est très pur ici. Je t’embrasse fort. »
Lise me regardait sans comprendre. je me lançai dans une explication en douceur:
– C’est le dernier message que j’ai eu de ma mère. Elle était institutrice lorsqu’on habitait au Poil. Elle a disparu du jour au lendemain sans plus jamais donner de nouvelles. J’avais effacé son message de mon téléphone mais, avec le temps, je m’en suis souvenu, mot pour mot. Grâce aux logiciels de l’agence, j’ai réussi à reproduire sa voix et à reconstituer son message.
J’insistai sur le mot pour mot. Inquiète, Lise se mit à frissonner. Je poursuivis en contemplant ses ongles peints en jaune:
– Excuse-moi, ce n’est pas le bon moment pour te raconter tout ça, mais tu me demandais ce que je faisais dans cette boîte…
Lise ne réagit pas; elle devait être encore sous le choc de la tempête qui avait éclaté au bureau en fin d’après-midi. »

À propos de l’auteur
Natacha Nisic vit à Paris. Lors de ses études de Littérature Générale et Comparée, elle rédige un mémoire de maîtrise sur le thème du surhomme (chez Nietzsche, Fante et Dali). Elle traduit le roman d’un auteur serbe, Rastko Petrovic, pour les éditions L’Âge d’Homme. Le premier roman de Natacha Nisic, intitulé La tentation de Lazar, mettant en scène un anti-héros, paraît chez le même éditeur en 1998.
Suivront Le tatouage d’Eléonore, un texte plus onirique au Castor Astral ; Incendie et Une vague odeur de tabac froid chez Calmann-Lévy. Elle quitte la toile pour retourner au papier avec La zone des murmures, son cinquième roman publié aux éditions TohuBohu. (Source : http://www.natachanisic.com/)

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À la mesure de l’univers

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En deux mots
Ce roman atteint à l’universel en retraçant plus d’un demi-siècle de l’histoire islandaise à travers le portrait d’un homme de retour au pays après un exil au Danemark, de sa famille et de ses amis. Porté par une écriture poétique, il nous livre quelques magnifiques leçons de vie.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

À la mesure de l’univers
Jón Kalman Stefánsson
Éditions Gallimard
Roman
Traduit de l’islandais par Éric Boury
448 p., 22,50 €
ISBN: 9782070179312
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Islande, principalement à Keflavík, mais également à Reykjavik et tout au long de villages aux noms imprononçables. Un séjour à Copenhague est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe d’une part de nos jours avec des retours en arrière dans les années quatre-vingt et dans les années soixante avec l’évocation d’épisodes précédents, notamment durant la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Et maintenant, il est trop tard, répond Ari, pétri de remords. Anna esquisse un sourire, elle lui caresse à nouveau la main et lui dit, quelle sottise, il n’est jamais trop tard tant qu’on est en vie. Aussi longtemps que quelqu’un est vivant.»
À la mesure de l’univers est la suite du roman D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Ari rentre en Islande après avoir reçu une lettre de son père lui annonçant son décès imminent. Le jour se lève sur Keflavík, l’endroit le plus noir de l’île, à l’extrémité d’une lande à la végétation éparse et battue par les vents. Ici, la neige recouvre tout mais, partout, les souvenirs affleurent. Ari retrouve des connaissances qu’il n’a pas vues depuis des années. Ses conversations et ses rencontres le conduisent à s’interroger et finalement à accepter son passé : les deuils, les lâchetés, les trahisons, afin de retrouver celui qu’il était, et qui s’était perdu «au milieu du chemin de la vie».
Comme dans la première partie de son diptyque, Jón Kalman Stefánsson entremêle les époques, les histoires individuelles et les lieux : le Norðfjörður, dans les fjords de l’Est, où évoluent Margrét et Oddur, les amants magnifiques, et Keflavík, ce village de pêcheurs interdits d’océan, très marqué par la présence de la base militaire américaine. Dans une langue à la fois simple et lyrique, nourrie de poésie et de chansons de variétés, agissant comme autant de madeleines de Proust, l’auteur nous parle de mort, d’amour, de lâcheté et de courage. Mais ce récit délivre aussi un message d’espoir : même si le temps affadit les plus beaux moments, ces derniers restent vivants au cœur de l’homme, car le langage a le pouvoir de les rendre éternels. L’amour est le ciment et la douleur du monde.

Ce que j’en pense
« Nous sommes à Keflavík. Cette ville excentrée et surprenante, ses quelques milliers d’habitants, son port vide, son chômage, ses concessionnaires automobiles, ses camionnettes à hamburgers, et cette terre si plate que, depuis le ciel, on dirait une mer étoilée. Par les matins calmes, le soleil nous offre son éruption muette. Le feu naît, loin derrière les montagnes, il est cette force grandiose surgie de l’abîme, capable de soulever le ciel, de tout transformer, et de faire reculer le noir de la nuit. Puis l’astre du jour se lève. C’est d’abord cet embrasement qui efface les étoiles bienveillantes, il surgit et s’élève, majestueux, au-dessus de la péninsule de Reykjanesskagi. Lentement, il se lève, et nous sommes vivants. » Dès le prologue, le lecteur est pris par la langue de Jón Kalman Stefánsson tout comme par la nécessité vitale exprimée par l’auteur de situer géographiquement son œuvre. Car, comme c’était le cas pour D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, dont ce roman est en quelque sorte la suite, le personnage principal du livre est cette terre d’Islande, son histoire, sa géographie et ses légendes.
Nous avons rendez-vous dans le vieux quartier de Keflavík où habite Jakob, un pêcheur qui vit ses derniers instants. C’est son fils Ari qui va dérouler l’histoire familiale. Une histoire à la hauteur de la géographie, rude, passionnée, entière. Une histoire qui commence par un amour aussi fort que violent. Quand Jakob rencontre sa future épouse, il l’aime « si ardemment que c’était parfois une douleur, il avait eu avec elle trois enfants, un triple avenir, un triple bonheur.»
Réciproquement, sa mère « est tellement fougueuse qu’elle a mordu Jakob à l’épaule de retour de campagne de pêche au hareng ». Car l’île vivait alors sa grande mutation, celle qui bouscule une économie principalement basée sur la pêche vers ce qu’il est convenu d’appeler la modernité. De l’après-guerre, on passe aux années soixante: « Presley est en train de devenir plus grand que lui-même, les Soviétiques lancent des satellites les uns après les autres, ils les envoient renifler l’atmosphère. Laïka, une chienne errante âgée de trois ans, est à bord d’une des fusées. Elle grogne et aboie, effrayée par les étoiles, puis meurt, solitaire, si loin de la vie, au service de la science. » Les étudiants cherchent une nouvelle voie, déchirés entre l’appel de la mer et l’envie de s’ouvrir à des nouveaux horizons. Les histoires d’amour naissent, les couples se font puis se défont. Même si elles passent quelquefois comme une étoile filante, les femmes jouent un rôle essentiel, contrairement à ce que l’on peut penser des «virils» islandais. La vie suit son cours entre bonheurs et malheurs, car « la vie n’a sans doute pas de bonheur en quantité suffisante pour tout le monde », entre drames et aspirations à une meilleure situation.
« Et c’est ainsi, ainsi que va la vie, ainsi que vont les systèmes solaires au-dessus de l’Islande en ces années 1981 et 1982. Le monde avance avec son cortège d’événements, deux cents personnes, hommes, femmes et enfants, égorgés de nuit au Guatemala, l’armée polonaise continue de s’inquiéter, M. Brejnev, l’homme le plus puissant d’Union soviétique, commence à se fâcher, et Ronald Reagan, le président des États-Unis, a le quotient intellectuel d’un toutou et les capacités émotionnelles d’un revolver. »
Jón Kalman Stefánsson sait mieux que personne mettre en musique la chronique des jours qui passent. En détaillant le futile, en s’attardant à une chanson, à une actualité, à un fait divers. Ce faisant, il nous révèle son secret tout en nous livrant une philosophie de vie qui vaut autant pour les nations que pour les individus : « celui qui ne connaît pas passé, ou qui refuse de l’assumer, se perd immanquablement dans le futur. Celui qui veut avancer doit parfois d’abord consentir à retourner en arrière. »
À se plonger par exemple dans les vieilles légendes et dans les recueils de poésie, extraordinaires compagnons de route. Les magnifiques lignes qui suivent devraient suffire à vous persuader de découvrir cette superbe ballade islandaise… « Les poèmes sont bien utiles, ils peuvent vous servir de couverture quand le froid enserre le monde, ils peuvent être des grottes à l’écart du temps, des grottes dont les parois sont ornées d’étranges symboles, mais ils sont une piètre consolation quand vos os sont éreintés, quand la vie vous a éconduit ou quand, le soir, votre tasse de café est la seule chose qui vous réchauffe les mains. »

Autres critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Maurice Mourier)
Blog La lectrice (Cécile Pellerin)
Le Temps (Mireille Descombes)
Blog D’une berge à l’autre 
Blog Estampilles 
https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=6ef229a2-2869-4d50-9932-1c687e4cf626
France culture, émission « La grande table » par Olivia Gesbert – Lettres d’Islande.

Les premières pages du livre

Extrait
« Mais le ciel d’hiver au-dessus du village est parfois d’une grande beauté, tout parsemé d’étoiles et d‘aurores boréales, et les matins de printemps sont parfois si paisibles qu‘on entend les poissons ouvrir et fermer la bouche au fond de l‘océan qui s’étend à perte de vue… L‘herbe de Sandgerdi est parfois comparée à des couteaux émeraude sortis du sable noir, elle croît un peu partout, égayant le paysage. Certains habitants du village possèdent quelques moutons qu‘ils gardent comme un souvenir de la campagne dont ils sont originaires, et quand les animaux paissent tranquillement à l‘extérieur, les belles journées d’été, on tend vers une sorte d’harmonie. Il souffle pourtant souvent de grosses tempêtes, le village est ouvert à tous les vents, et rien ne les arrête. Les bourrasques forcissent, les maisons vibrent, le ciel tremble, les bateaux se cognent à la jetée, un chat est emporté vers la mer ou bien vers la lande en fonction de la direction du vent qui arrache l‘herbe et l‘emporte avec lui. Quand la tempête retombe, l’herbe a disparu, tout est noir autour de Sandgerdi et la lumière du jour si pâle qu‘on dirait que la nuit jamais ne prendra fin. » (p. 78)

À propos de l’auteur
Après ses études au collège, qu’il termine en 1982, Jón Kalman Stefánsson travaille dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie. De 1986 jusqu’en 1991, ils suit des études de littérature à l’université sans les terminer. Il donne ensuite des cours dans différentes écoles et rédige des articles pour un journal, à Copenhague. Il rentre en Islande et, jusqu’en 2000, s’occupe de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbaer. Depuis, il se consacre à l’écriture de contes et de romans. (Source : Babelio.com)

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Maman est en haut

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En deux mots:
Cerise est à la croisée des chemins. Séparée de son mari, elle tente de mener à bien l’éducation de ses deux enfants, gérer une mère fantasque et envisager une nouvelle orientation professionnelle.

Ma note
etoileetoileetoile (bien aimé)

Maman est en haut
Caroline Sers
Éditions Buchet-Chastel
Roman
252 p., 15 €
EAN : 9782283030042
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris ainsi qu’en province, à Garges-lès-Souilly. Des week-ends dans une maison du Limousin y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cerise, la quarantaine bien entamée, vit seule avec ses deux enfants, supporte sa mère, a des élans hypocondriaques, se demande si elle ne devrait pas changer de boulot et, dans les moments extrêmes, ouvre une bouteille de blanc pour réfléchir.
Un matin, lors du traditionnel appel téléphonique agressif de sa mère, elle perd le fil de la conversation et n’écoute plus. Pourtant quand Marie lui assène « J’ai eu raison, n’est-ce pas ? », prise de court, elle acquiesce. Le soir même, c’est la gendarmerie qui la contacte : sa mère est en garde-à-vue, mais ils refusent d’en dire plus. Qu’a-t-elle bien pu faire, encore ?
Pendant les quelques semaines qu’il lui faudra pour comprendre, Cerise traverse d’autres turbulences : retour de son ex-mari avec une bien curieuse proposition, changement de direction et débarquement de « jeunes » dans l’entreprise où elle travaille.
Maman est en haut : dans le nord ; perchée depuis des années ; en haut de l’arbre généalogique. Une position idéale pour lâcher quelques bombes… Question : « Où est-on mieux qu’au sein de sa famille ? » Réponse : « Partout ailleurs ! »

Ce que j’en pense
Il paraît qu’être une femme libérée, c’est pas si facile. Ce court et délicieux roman en apporte une fois de plus la preuve. Cerise a franchi le cap de la quarantaine et se retrouve à devoir gérer ses deux adolescents, Rose et Vladimir. Même si Gilles, le père des enfants, assume tant bien que mal sa part de la garde, le quotidien a tout d’un parcours du combattant, notamment depuis que Vladimir a décrété qu’il serait mieux dans son lit qu’à l’école. Si toutes les mères de famille sont confrontées à ce genre de situation, elles ne le accumulent pas comme le fait Cerise. À la rébellion du fils vient s’ajouter celle de sa mère Marie qui se retrouve en garde à vue sans que l’on veuille lui expliquer précisément pourquoi.
Reste son travail au sein de l’agence «Fun and Funer». Depuis près de quatre ans, elle eu le temps d’y faire son nid et de s’installer. Seulement voilà, son ami Jérôme qui dirige l’agence, a décidé de vendre. Une nouvelle période d’incertitude s’ouvre, même si cette session peut aussi signifier pour elle une promotion.
Et dans ce grand chambardement, voilà que son ex-mari Gilles l’invite pour une scène de réconciliation assortie d’une proposition assez originale : partager un appartement tout en restant séparés, histoire de voir si les choses ne peuvent pas s’arranger. En fait, il se retrouve dans une situation délicate et plutôt que d’être à la rue… « Les années que j’ai passées avec toi, quand j’y pense, c’est là que j’ai fait les meilleures choses. Nos enfants, notamment. J’ai cru que je devais avancer, à un moment. J’au cru qu’en changeant de vie j’allais découvrir de nouveaux horizons. Msis je me suis trompé, tu vois… J’ai envie de partager ton regard sur le monde. J’ai envie qu’on reprenne nos discussions. Comme avant. Et puis concrètement, si on s’allie, on aura des conditions de vie bien plus agréables. Tout le monde y gagnerait… »
Cerise se laissera-t-elle aller à la nostalgie ? Tombera-t-elle dans le piège ? Bien sûr que non! Car «aujourd’hui elle savait exactement ce qui lui pesait. Nul besoin de soupeser, d’examiner, de triturer ni de révéler.» Sauf qu’elle ajoute que cette manière de faire est «bien le problème.»
Almodovar aurait appelé cela «Femme au bord de la crise de nerfs». On y ajoutera quelques touches tragi-comiques et un peu de blues avant de vous conseiller ce roman d’une lecture très agréable.

Autres critiques
Babelio
Page des libraires (Sophie Vuillemard)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Encres vagabondes

Les premières pages du livre

Extrait
« – Bonjour, ici la gendarmerie de Garges-lès-Souilly. Mme Jacquemot est dans nos locaux. En garde à vue. Elle nous a demandé de vous prévenir. Inutile de venir, vous ne pourrez pas la voir. Au revoir.
Mais… mais qu’est-ce que… ?
Cerise fut coupée en pleine interrogation par la tonalité « occupé ». « Tut ! Tut ! Tut ! » Elle garda le téléphone collé à l’oreille, comme si son interlocuteur allait reprendre la ligne. La gendarmerie ? La gendarmerie ! Inutile de venir ?
Elle se laissa tomber sur le canapé, bouche bée. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire ? Mais qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire !!
Cerise oscillait entre l’inquiétude et une colère montée des profondeurs. Qu’est-ce que sa mère avait encore trouvé comme « acte militant » à deux francs cinquante pour s’attirer des ennuis ? C’était incroyable, tout de même, cette faculté qu’elle avait de semer le trouble autour d’elle ! »

A propos de l’auteur
Caroline Sers est née le 18 septembre 1969 à Tulle, en Corrèze. Une enfance puis une adolescence parisiennes lui ont donné le goût des villes, mais l’envie de nature la saisit régulièrement, et c’est en Corrèze ou dans le Gers qu’elle l’assouvit.
Les livres ont très tôt représenté un havre de paix : rien ne doit perturber celui qui lit. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

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Playground

KEPLER_Playground

En deux mots
Le cœur de Jasmine cesse de battre quelques secondes, après un affrontement au Kosovo. C’est le début d’une expérience de mort imminente qui va l’entraîner quelques mois plus tard, avec son fils Dante, à «vivre» une existence parallèle très troublante.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Playground
Lars Kepler
Éditions Actes Sud
Roman
traduit traduit du suédois par Lena Grumbach
416 p., 23 €
EAN : 9782330078256
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule au Kosovo puis à Stockholm et dans une ville portuaire qui ressemble à une ville chinoise et que l’on situera dans l’au-delà.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lors d’une mission de l’Otan dans le Nord du Kosovo, le lieutenant Jasmine Pascal-Anderson est grièvement blessée. Son cœur s’arrête pendant près de quarante secondes avant que les médecins ne parviennent à la réanimer. À son réveil, elle est persuadée d’avoir vu l’antichambre de la mort – une étrange ville portuaire évoquant la Chine ancestrale. Un monde sans foi ni loi sur lequel un gang fait régner la terreur pour s’emparer des “visas” des nouveaux arrivants, seuls viatiques permettant d’espérer un retour à la vie.
Des années plus tard, quand son fils de cinq ans doit subir une opération délicate nécessitant un arrêt cardiaque, Jasmine sait que le petit garçon n’en réchappera pas s’il se rend tout seul dans l’au-delà. Une solution radicale s’impose : provoquer chez elle un coma artificiel et l’accompagner de l’autre côté. Mais une fois réunis dans la salle d’attente entre vie et mort, mère et fils vont devoir affronter de terribles mercenaires sur le playground – véritable théâtre des horreurs.
Puisant dans les méandres de la mythologie chinoise, Lars Kepler est de retour avec un thriller surnaturel qui met aux prises l’amour filial avec la perversité humaine. L’homme serait-il fondamentalement voyeur, attiré par le spectacle macabre de la souffrance d’autrui ? Sur le playground en tout cas, les spectateurs assoiffés d’ultraviolence veulent en avoir pour leur argent.

Ce que j’en pense
Ce roman commence par un épisode sanglant qui va d’emblée saisir le lecteur. Jasmin Pascal-Andersson, Lieutenant dans les troupes de l’OTAN engagées au Kosovo, est victime d’une embuscade. Grièvement blessée, son cœur va cesser de battre pendant une quarantaine de secondes. Après réanimation, elle est victime d’hallucinations que les médecins attribuent au stress post-traumatique.
Transférée à Stockholm pour sa convalescence, elle va tenter d’oublier ce traumatisme et tenter de retrouver une vie normale, notamment en oubliant l’engagement sur le terrain. Elle est affectée dans un bureau, met au monde un petit garçon baptisé Dante. Seule ombre au tableau, le père de l’enfant n’est guère présent mais entend toutefois se voir confier la garde de l’enfant sous prétexte que sa mère a fait un séjour en asile psychiatrique.
C’est en se rendant au tribunal pour plaider sa cause que Jasmine est victime d’un terrible un accident de voiture en compagnie de sa mère et de son fils.
Ses hallucinations reprennent, car son cœur cesse à nouveau de battre.
C’est à ce moment que le roman bascule dans une autre dimension. Jasmine vit en effet une expérience mort imminente, c’est-à-dire cet état particulier que l’on appelle quelquefois le couloir de la mort et durant lequel on n’est plus vivant, mais pas encore mort. Pour elle, ce séjour va se situer dans une ville portuaire qu’on dirait chinoise. Elle y fait du reste la connaissance d’un jeune homme qui va l’aider dans son périple. Car il s’agit pour elle d’obtenir un visa, un droit de retour sur terre en quelque sorte.
Aussi quand sur son lit d’hôpital, on lui apprend que son fils est dans le coma, elle comprend qu’il lui faut retourner dans ce monde, si elle veut pouvoir sauver son fils. Sa sœur Diana accepte de lui faire une injection qui bloque son rythme cardiaque pour une minute. Jasmine, et le lecteur avec elle, se retrouve à nouveau dans le port chinois aux côtés de centaines de personnes qui souhaitent un visa, de peur de devoir embarquer sur les bateaux pour leur dernier voyage.
Très vite, la tension grimpe. Jasmine doit combattre la mafia qui a pris le pouvoir et qui gangrène l’administration et la justice. Son combat sera sans merci, car il s’agit bien d’une question de vie ou de mort. Parviendra-t-elle à ses fins? Dante sera-t-il également sauvé? Le suspense croit au fil des pages…
Sans dévoiler ici l’issue de ce thriller que l’on pourrait également classer dans le fantastique ou la SF, disons qu’il captive à la fois par le sujet qu’il traite, cette expérience que des dizaines de personnes affirment avoir vécue, et par son traitement, en courts chapitres très addictifs.
Si Jasmine est au cœur du récit, son fils Dante (un prénom qui n’est pas le fruit du hasard, tant L’Enfer qui nous est proposé ici se rapproche de ce classique) va l’accompagner dans son périple, ainsi que Ting, dont on découvrira qu’il a quitté le monde des vivants en même temps qu’elle.
Ceux qui suivent Lars Kepler savent qu’il s’agit d’un pseudonyme, celui d’un couple d’auteurs suédois, Alexander et Alexandra Ahndoril, qui a bâti sa réputation sur les enquêtes de l’inspecteur Joona Linna, dont on citera notamment Le marchand de sable ou encore Désaxé paru l’an passé. Cette fois, il s’agit d’un one shot, c’est-à-dire un livre hors de cette série, qui n’en est pas moins captivant même s’il ne s’agit pas d’un thriller classique.
Si les amateurs d’ésotérisme et de mystère sont gâtés ici, gageons que ceux qui ne croient pas en cette expérience aux frontières de la mort seront tout autant happés par ce récit poignant.

Autres critiques
Babelio
Blog Un bouquin sinon rien 

Les premières pages du livre

Extrait
« Jasmine Pascal‐Anderson se réveilla à l’hôpital Országos Orvosi à Budapest. Elle devina une silhouette devant la fenêtre, puis reconnut Mark. Il était difficile de le distinguer dans le halo de lumière dentelé devant ses yeux. Elle tenta de parler, mais n’avait pas encore retrouvé sa voix. Il vint s’asseoir sur le bord du lit, et dit quelque chose qu’elle ne parvint pas à saisir. Il avait apporté une de ses boucles d’oreilles. Il lui tapota la joue, et fixa la petite perle au lobe de son oreille gauche. D’une main faible, elle retira le masque à oxygène humide, et se mit à respirer à pleins poumons.
— La mort ne fonctionne pas, réussit-elle à articuler en toussant.
— Jasmine, tu es en vie, tu n’es pas morte, chuchota Mark en s’efforçant de sourire. »

A propos de l’auteur
Lars Kepler est le pseudonyme du couple d’écrivains Alexander et Alexandra Ahndoril. Mariés dans la vie, ils ont écrit plusieurs romans chacun. (Source : Éditions Actes Sud)

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La téméraire

WESTPHAL_La_temeraire

En deux mots
Sali et Bartoloméo vivaient heureux jusqu’au jour où un AVC prive l’épouse de son mari et les deux enfants de leur père. On découvre alors qu’« il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre ».

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La téméraire
Marine Westphal
Éditions Stock
Roman
144 p., 16,50 €
EAN : 9782234081901
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule à Cheval entre l’Espagne et la France, à Bielsa en Catalogne, à Vielle-Aure et Saint-Lary dans les Hautes-Pyrénées ainsi qu’à Toulouse.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »
Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.
La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Ce que j’en pense
Une image, un diagnostic ainsi qu’une question vont sans doute hanter le lecteur au moment de refermer ce livre poignant. Il y a d’abord ce décor, un lit médicalisé installé dans la pièce à vivre – la si mal nommée – d’un petit pavillon. Un homme immobile l’occupe, surveillé par une femme qui n’a plus d’âge.
Le diagnostic est sans appel, il tient en trois lettres : AVC. « Que s’était-il passé ? Une grenade avait pété dans la tête de Lo Meo. À qui la faute, voilà le plus dur. Ils avaient dit qu’à ce stade même une rognure d’ongle aurait suffi, ses vaisseaux étaient devenus si petits, un rien pouvait faire barrage. Faire barrage. Couper la circulation. Route barrée, vies au caniveau. Un accident vasculaire cérébral comme un embouteillage en pleine campagne, l’horizon mangé par le dos rond des bagnoles. »
Pour l’épouse et pour ses enfants commence alors l’une des pires épreuves d’une vie, résumée dans cette phrase cinglante « il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre ».
Avec Sali, qui a choisi de veiller son mari jusqu’à l’épuisement, on se demande alors comment on réagirait dans une telle situation, tout en espérant ne jamais avoir à être confronté à ce drame. « Elle commença à violenter ses méninges à la recherche de son rôle dans l’histoire, la fin de leur histoire ; sa place n’était pas à côté, les bras chancelants et le cerveau pilonné, elle était avec. »
Pour un premier roman, Marine Westphal fait preuve d’une belle maîtrise dans la construction de cette histoire et surtout d’une écriture sèche, sans fioritures, sans pathos. De la sensibilité sans sensiblerie en quelque sorte. Mais un sens de la formule choc, d’où cette incroyable force qui se dégage de ce court roman que l’on prend comme un coup de poing et qui fait mal, nous laisse exsangues.
Mais Sali ne jette pas l’éponge et décide de remonter sur le ring, « car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et ses forces ; ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l’impolitesse du vent et les grands espaces. » Même si elle doit faire fi des conventions, se heurter à ses enfants qui ne comprennent pas cette initiative, « elle avait encore le droit d’essayer de faire ça pour lui : sauver sa mort, puisqu’elle ne pouvait sauver sa vie. »
Après trente-six ans de vie commune et d’un bel amour qui ne peut s’éteindre sans un dernier geste, nous voilà entraînés dans un ultime voyage, une dernière randonnée… inoubliable.

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Les premières pages du livre 

Extrait
« Sali, brisée tel un fétu de paille, face au lit où Lo Meo faisait le mort, tassée le cul glissant, la colonne vrillée, les épaules déboîtées à la recherche d’une position nouvelle pour veiller celui qui la quittait. Ou peut-être l’avait déjà quittée. Elle n’en savait rien et n’en saurait rien, jamais. Après tout, qu’est-ce qui restait, à part ce corps ? Elle guettait un signe, une réponse, quelque chose qui donne raison à son espoir. Elle butait contre ses yeux clos. Sortir se laver les cheveux revenait à jeter à la fosse toutes ces heures bâtardes passées à guetter la paupière qui tressaute, le doigt qui frémit dans sa main à elle, le cil qui s’envole et échoue, minable, sur la pommette ramollie de son mari. »

A propos de l’auteur
Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman. (Source : Éditions Stock)

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Les larmes noires sur la terre

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Les larmes noires sur la terre
Sandrine Collette
Éditions Denoël, coll. Sueurs froides
Roman
336 p., 19,90 €
EAN : 9782207135570
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en France, dans une ville qui n’est pas nommée, mais qui est proche de Clermont-Ferrand. Les histoires et récits des protagonistes relatent des séjours dans une île du Pacifique, en Afghanistan, à Moscou, au Kazakhstan, en Biélorussie, Pologne, Allemagne, puis à Paris ainsi qu’à Bangkok et Ayutthaya en Thaïlande.

Quand?
L’action se situe au XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?
Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.

Ce que j’en pense
****
Quel choc! L’expression souvent à tort et à travers prend ici tout son sens. Voilà en effet un roman dont on ne sort pas indemne. La noirceur, le désespoir et l’enchaînement des drames qui collent aux basques des femmes que l’on va suivre durant près d’une dizaine d’années ne pourra vous laisser de marbre. Sur son île, Moe croise Rodolphe. L’homme, qui a deux fois son âge, va lui faire miroiter les charmes de la métropole. Que n’a-t-elle pas écouté sa grand-mère qui lui disait de toujours réfléchir avant d’agir? « elle n’a pas réfléchi. Ou alors un peu, mais pas trop, pas si bête, elle savait bien que ça ne serait pas rose tous les jours. N’avait pas envie de se l’avouer avant même que l’histoire se noue, malgré le pincement au fond du ventre qui venait la titiller le soir, après, quand Rodolphe dormait et qu’elle le regardait, ses quarante ans, les rides au coin des yeux et les veinules parce qu’il buvait trop. » Loin des lumières de la Tour Eiffel, elle va découvrir un village où elle est tout sauf bienvenue. Méprisée, insultée, maltraitée, la «colorée» devient la «taipouet», objet des moqueries de Rodolphe et de ses amis de comptoir.
Six ans plus tard, sa joie de vivre a disparu. Elle est battue, vixtime de coups de plus en plus violents. Et songe à fuir cet enfer, surtout pour protéger Côme, ce fils qui vient de naître. Réjane, la fille d’une de ses vieilles clientes, va l’accueillir chez elle le temps de se retourner. Mais comment trouver un emploi avec un nouveau-né dans les bras? De petits boulots en expédients, elle va se retrouver dans la rue, essayer de trouver refuge aux aurgences de l’hôpital, avant de finir dans une sorte de camp où sont regroupés tous les sans-abri, rebuts de la société, délinquants ou filles perdues. Des milliers de personnes qui n’ont pour seul abri, les véhicules destinés à la casse. D’où le nom de cette prison aux règles aussi strictes qu’inhumaines.
Moe et Côme doivent se contenter d’une vieille épave, mais fort heureusement, ses cinq voisines viennent l’aider: Marie-Thé, Nini, Jaja, Poule et Ada.
Construit en trois parties, le roman va désormais nous raconter comment survivre dans ce milieu hostile, comment ne pas se tuer à la tâche, comment ne pas mourir de désespoir en constatant la quasi impossibilité de quitter ce camp de concentration d’âmes perdues. Et, au fil des chapitres, revenir sur l’histoire des femmes qui côtoient Moe, condamnée « à ruminer sur ce qui l’a amenée ici, et les erreurs, et les folies, et les directions manquées».
Poule avait fini par installer sa roulotte dans le camp, après avoir parcouru des milliers de kilomètres avec son cheval et ses poules et avoir usé son corps jusqu’à ce qu’il cède. Doit-elle pour autant se résigner? Gagner l’argent demandé par les gardiens pour sortir du camp, 15000 euros, tient de la mission impossible. Mais Moe veut encore y croire et n’hésite pas à donner son corps pour gagner quelques billets de plus, puis de jouer la mule auprès des trafiquants de drogue. Ce faisant, elle ne se rend pas compte qu’elle s’enfonce dans une terrible spirale, «descendant jusqu’au tréfonds de la terre, dévastée et saccagée»
Ada l’afghane, qui a surmonté l’invasion soviétique et fuira le régime taliban, n’aura guère plus de chance que ses compagnes d’infortune. Après un long calvaire vers l’exil, elle se retrouvera également prise au piège de La Casse. «Son existence entière s’est découpée en longues tranches, vingt ans en Afghanistan, dix ans à Clermont-Ferrand, cinq ans en prison, vingt-cinq ans dans la ville-Casse qu’elle connaît par cœur». Mais ses dons de guérisseuse lui donnent une sorte de statut particulier, d’immunité et une volonté de fer: « Mon histoire n’est pas terminée : un jour je quitterai cet endroit et j’irai vivre libre, au milieu des arbres, pour me consoler de toutes ces années de gris et d’enfermement.»
Marie-Thé, avec son passé d’esclave domestique, et Jaja qui a connu l’univers carcéral thaïlandais veulent aussi y croire. Même si leur espoir tient davantage du vœu pieux que d’un plan bien orchestré. Dès lors, l’issue fatale est davantage prévisible.
C’est dans une encre très noire que Sandrine Collette trempe sa plume. Du coup le lecteur doit, comme les femmes dont on suit l’histoire, avoir le cœur solidement accroché et qui sait, être un peu inconscient, pour imaginer une fin heureuse à ce roman. Il paraît que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…

Autres critiques
Babelio 
Blog «Pages noires» de La Croix (Emmanuel Romer)
Blog Domi C lire 

Extrait
« Elle le sait parce que Rodolphe a commencé à lever la main sur elle, sans doute qu’avec l’enfant il s’y est senti autorisé, et elle Moe n’avait rien à dire, Fallait réfléchir avant, elle le chante presque, certains jours, en passant un doigt hésitant sur sa joue bleuie. Quelques gifles ici et là — pas pire que les insultes au fond, si ça en était resté là. Mais quand le poing se ferme, quand ses yeux à elle ne voient plus clair quelques instants à cause des coups. Quand elle marche courbée le lendemain parce que cela fait encore mal. Quand elle croise le regard de Rodolphe sur le berceau. Il suffira d’un verre de trop, mais elle n’arrive plus à les compter. Juste la certitude que le temps presse. »

A propos de l’auteur
Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage son temps entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Elle est l’auteur de Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière 2013 et best-seller dès sa sortie, de Un vent de cendres, de Six fourmis blanches et de Il reste la poussière, couronné par le prix Landerneau 2016. (Source: éditions Denoël)

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