Gabriële

BEREST_Gabriele

En deux mots:
Gabriële Buffet-Picabia aura sacrifié sa carrière de musicienne pour se mettre au service de son mari et au-delà d’une révolution artistique. De Duchamp à Arp et d’Apollinaire à Beckett, elle accompagnera ce mouvement novateur. Gabriële revit aujourd’hui par la magie de l’écriture de ses deux arrière-petites-filles.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Gabriële
Anne et Claire Berest
Éditions Stock
Roman
450 p., 21,50 €
EAN : 9782234080324
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris ainsi qu’à Étival dans le Jura, à Moret-sur-Loing, à Versailles, à Cassis et Saint-Tropez, mais aussi à New York, Berlin, Lausanne, Bex, Gstaad, Zurich, Barcelone.

Quand?
L’action se situe au début du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Ce que j’en pense
Ce beau roman est d’abord une histoire de famille. D’abord l’histoire de deux sœurs, Anne et Claire Berest, qui jusque-là suivaient des trajectoires individuelles. Après avoir chacune publié des romans, elles se sont retrouvées autour de ce projet. Ensuite l’histoire d’une mère qui ne «parlait jamais de son père, ni de ses grands-parents», laissant la part belle à sa mère qui a échappé aux camps de la mort, contrairement à sa famille. C’est enfin l’histoire d’une arrière-grand-mère morte de vieillesse en 1985, à l’âge de 104 ans.
«Nous ne sommes pas allées à l’enterrement de cette femme, pour la simple et bonne raison que nous ne connaissions pas son existence» expliquent les deux sœurs dans leur avant-propos, avant d’ajouter que de longues années se sont écoulées avant qu’elles ne s’attaquent à ce pan de leur généalogie : « Nous nous sommes alors lancées dans la reconstitution de la vie de Gabriële Buffet, théoricienne de l’art visionnaire, femme de Francis Picabia, maîtresse de Marcel Duchamp, amie intime d’Apollinaire. Nous avons écrit ce livre à quatre mains, en espérant qu’il y aurait du beau dans ce bizarre. Nous avons tenté une expérience d’écriture en tressant nos mots les uns avec les autres, pour qu’il n’existe plus qu’une seule voix entre nous. » Le résultat est plutôt réussi, car les romancières ont pu puiser dans une abondante documentation et confronter leur ressenti à des lettres, témoignages, écrits et œuvres qui sont autant d’indices, autant d’histoires habilement mises en scène, à commencer par la rencontre entre cette jeune femme au caractère bien trempé et cet artiste insouciant, passionné de belles voitures. Autour de la table familiale, elle jouera l’indifférente et niera même l’intérêt qu’elle porte à ce «rastaquouère» invité par son frère, avant de céder à la belle énergie et à l’enthousiasme de Picabia.
Au lieu de retourner à Berlin où l’attend son maître de musique qui a entrevu dans ses premières compositions le potentiel de son élève, elle choisit la vie de bohème, les voyages-surprise et les fêtes de Francis. C’est que, derrière ces enfantillages, elle a repéré le potentiel révolutionnaire de ses œuvres. Un potentiel qu’elle veut faire éclater, qu’elle entend aussi expliquer. Théoricienne de cet avant-garde, elle va endosser sa mission corps et âme. Pourtant « jamais Gabriële ne parlera d’amour. Jamais elle ne dira: je l’aimais et il m’aimait. Ce qui se passe entre eux est un face-à-face d’où jaillissent la pensée et la création, c’est le début d’une infinie conversation, au sens étymologique du terme, aller et venir sur une même rivière, dans un même pays. »
Leur mariage est avant tout une association au service de l’art qu’il vont partager et défendre, lui avec sa folie, elle avec sa raison. Mais l’exclusivité de cet engagement aura son prix. Ainsi, les enfants qui vont naître les uns après les autres sont plutôt considérés comme des obstacles qu’il faut écarter et mettre en pension en Suisse. Si Gabriële ira de temps en temps leur rendre visite, Francis préférera la compagnie de ses amis et maîtresses. Des écarts qu’il avouera à celle qui lui est indispensable et qui donnera lui à quelques scènes d’anthologie comme cette convocation de Germaine Everling afin qu’elle vienne loger chez eux, peut-être aussi pour qu’elle puisse la surveiller ou encore cet autre écart avec Charlotte Gregori dans un grand hôtel qui entraînera une poursuite menée par le mari cocu arme à la main.
À vrai dire, Gabriële n’est pas en reste. Elle entraînera Marcel Duchamp dans leur maison de famille d’Étival dans le Jura, retrouvera Apollinaire au retour de la Guerre et cherchera à mettre tous ces artistes en avant en créant sa propre galerie d’art. Quelquefois les deux romancières viendront interrompre leur narration pour souligner un point litigieux, s’interroger sur la réalité d’un épisode et nous faisant par la même occasion partager leur travail de rédaction.
Seul bémol, ce beau portrait s’achève un peu brutalement, comme si la mort de Picabia en 1953 avait tari l’inspiration des romancières. On aurait pourtant aimé en savoir plus sur ses relations avec Elsa Schiaparelli, Calder, Arp, Brancusi. Sur sa tranche de vie partagée avec Igor Stravinsky, sur son rôle aux côtés de Samuel Beckett durant la résistance.
Autres critiques
Babelio 
Libération (portrait des deux sœurs) Première partie / Seconde partie
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Lire par Elora 
Blog A Domi-Mots


Anne et Claire Berest présentent «Gabriële» © Production Hachette Littérature

Les premières pages du livre

Extrait
« Le peintre au visage rastaquouère s’excuse de leur avoir volé leur cher Jean. Il en profite pour capter le regard de la demoiselle de la maison. C’est pour elle que Francis Picabia est venu à Versailles. Depuis que Jean lui a parlé de sa sœur, il est obsédé à l’idée de la rencontrer. Cette fille compositrice, qui vit seule à Berlin, l’inspire tout particulièrement. Pour s’en approcher, il est prêt à forcer l’amitié de Jean, prêt à le raccompagner chez lui en voiture, tout cela dans l’unique but d’être invité à partager le déjeuner familial. Enfin en sa présence, il cherche une connivence, une entente secrète, il veut savoir ce qu’elle a dans le ventre, cette fille libre, mais Gabriële évite, elle ne veut pas entrer dans le jeu, elle ne veut pas être sympathique, elle donne des réponses évasives… »

À propos de l’auteur
Claire Berest publie son premier roman, Mikado, à 27 ans. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La Lutte des classes, pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale, et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs, sorti en poche en 2015.
Avant de devenir écrivain, Anne Berest a dirigé la revue du Théâtre du Rond-Point. Elle publie son premier roman en 2010, La Fille de son père. Suivent Les Patriarches (Grasset, 2012), Sagan 1954 (Stock, 2014) et Recherche femme parfaite (Grasset, 2015). Elle est aussi le co-auteur du best-seller How to be Parisian wherever you are, traduit dans plus de trente-cinq langues. (Source : Éditions Stock)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

    RLN2017

Tags:
#gabriele #anneberest #claireberest #netgalley #RL2017 #roman #rentreelitteraire # rentreelitteraire2017 #unLivreunePage. #livre #lecture #francispicabia #RLN2017

Publicités

À nous

À nous

En deux mots
Après la mort d’un célèbre chef cuisinier, ses veuves se retrouvent dans sa villa de Nantucket pour lui faire ses adieux. Laurel, Belinda et Scarlett sont ses trois épouses successives qui vont séjourner quelques jours avec les enfants du défunt et son meilleur ami. Un cocktail explosif qui ne va pas tarder à faire des dégâts!

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

À nous
Elin Hilderbrand
Éditions JC Lattès
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Perrine Chambon
450 p., 22 €
EAN : 9782709659475
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement à Nantucket. On y évoque également Los Angeles, New York, New Canaan, Stuyvesant Town, Iowa City, Savannah, Atlanta ainsi que Perth en Australie et les Caraïbes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois rivales.
Une même maison.
La porte ouverte à toutes les jalousies…
Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver n’ont que deux choses en commun : l’amour pour un homme qu’elles ont toutes les trois épousé, Deacon Thorpe (un chef célèbre doté d’un appétit insatiable pour la vie) et la profonde antipathie qu’elles se témoignent mutuellement. Trois femmes uniques et indépendantes, mais radicalement différentes. Laurel : la première petite amie de Deacon, rencontrée au lycée, une assistante sociale à la beauté naturelle. Belinda : une actrice hollywoodienne capricieuse et difficile à vivre. Scarlett : une beauté du sud vivant des rentes de sa famille et de son sex appeal. Au fil des années, elles ont adopté la meilleure stratégie qui soit : s’éviter à tout prix.
Mais cet équilibre fragile menace de s’effondrer quand Deacon trouve la mort dans son endroit préféré au monde : une vétuste villa de vacances de Nantucket. Le dernier souhait de Deacon est que sa famille recomposée se réunisse sur son île adorée pour lui faire ses adieux. À contrecœur, Laurel, Belinda et Scarlett acceptent. Et les voilà contraintes de partager le même toit avec les enfants de Deacon et son meilleur ami, dans cette villa où chacune a ses
Avant la fin du weekend, il y aura suffisamment d’accusations, de mensonges, de larmes et de drames pour transformer ces trois femmes qui ont épousé le même homme en ennemies jurées. Alors que les membres de cette famille improbable font leurs adieux à l’homme qui les a réunis – pour le meilleur et pour le pire – seront-ils capables d’oublier leurs différences le temps d’un toast en l’honneur de Deacon ?

Ce que j’en pense
Avant d’en venir ä l’histoire proprement dite, saluons la construction de ce roman. Découpé en trois parties, une journée parfaite en guise de prologue suivi d’une autre journée parfaite en guise de conclusion, il se concentre sur quatre jours qui vont rassembler les protagonistes comme dans les meilleures tragédies classiques : unité de temps, unité de lieu et unité d’action. Une «mise en scène» parfaite pour donner toute l’intensité dramatique au récit.
Elin Hilderbrand choisit de nous inviter pour un court séjour, du 17 au 21 juin, dans une villa de Nantucket. C’est là que vont se retrouver tous les acteurs de ce psychodrame pour rendre hommage à Deacon Thorpe. Ce grand cuisinier laisser derrière lui ses trois femmes successives Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver ainsi que trois enfants, Hayes (34 ans), Angie (26 ans) et Ellery (9 ans). On y ajoutera les conjoints ainsi que le meilleur ami et le tableau des retrouvailles sera complet.
Mais avant le déclenchement, on va suivre la dernière escapade de Deacon avec son fils, cette «journée parfaite» qui sonne comme une bulle de bonheur avant que les nuages noirs ne viennent s’amonceler. Un épisode qui ne permettra aussi de mieux découvrir la personnalité de ce cuisinier qui a su bâtir un empire à partir de rien, qui n’a pas hésiter à partir pour Hollywood quitte à laisser derrière lui sa première femme et qui a su gagner la sympathie de millions de personnes en animant une émission de télé culinaire très suivie. Durant ce voyage, il aura en outre l’occasion de se remémorer quelques souvenirs familiaux, quelques étapes marquantes de sa vie.
À la nouvelle de son décès d’une crise cardiaque, Buck son meilleur ami et exécuteur testamentaire découvre ses dernières volontés : « Il avait légué son restaurant à sa fille Angie, ce qui paraissait logique, même si Hayes continuerait de le gérer dans un premier temps; Il avait laissé son autre bien le plus important la maison de Nantucket aux trois femmes qu’il avait épousées, Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver, à partager entre elles trois. » Si elles avaient jusque-là pris soin de ne pas se croiser, les trois veuves vont goûter à cet ultime cadeau – empoisonné – d’un homme dont chacune ne connaît qu’une facette.
Les rivalités et les jalousies ne vont pas tarder à prendre le pas sur l’hommage au défunt. C’est peu de dire que l’on se délecte de cette cohabitation explosive. On se régale de cette guerre de plus en plus ouverte, attisée par les conjoints et les enfants. Au fur et à mesure des arrivées, la tension ne cesser de croître : « Elle était arrivée, la femme qui lui avait volé son mari, cette maison, ses étés et son bonheur. Laurel avait passé des années à la détester jusqu’à ce que la haine se change en mépris, puis en aversion et enfin en indifférence. »
D’autant que la success story de Deacon va elle aussi se fissurer. Les affaires ne sont pas aussi florissantes qu’on aurait pu l’imaginer et la villa de Nantucket pourrait bien finir par être vendue pour éponger les dettes.
Mais, on l’a dit, ce joli roman, rond comme un œuf, va se refermer sur une autre «journée parfaite». Je vous laisse découvrir comment la tragédie ou plus exactement la tragi-comédie va déboucher sur cet épisode surprenant. À nous est à vous !

Autres critiques
Babelio
Le Journal de Québec (Marie-France Bornais)
Blog Les mille et une pages de LM
Blog L’échappatoire

Les premières pages du livre

Extrait
« Il s’endormit sur le canapé poussiéreux mais confortable à la structure de bambou et rêva qu’il embrassait Laurel. Il avait failli le faire sur la terrasse. Il avait été à deux doigts.
Mais Belinda était arrivée et avait tout gâché. Buck se demandait comment créer de nouveau les conditions propices pour embrasser Laurel. Il avait été marié deux fois, mais certains jours il avait l’impression de n’avoir absolument aucune expérience avec les femmes.
Qu’est-ce que Deacon aurait pensé s’il embrassait Laurel ? Il aurait dit “Bravo, mon pote !” ou se serait mis dans une colère noire. »

À propos de l’auteur
Elin Hilderbrand a découvert la magie de Nantucket en juillet 1993. Pour elle, les ingrédients d’une vie heureuse sur l’île sont la course à pied, l’écriture à la plage, les pique-niques avec ses trois enfants. À nous est son dix-septième roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#anous #elinhilderbrand #editionsjclattes #jclattes #RL2017 #roman #rentreelitteraire #nantucket #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Les sœurs Ferrandon

GLATT_Les_soeurs_Ferrandon

En deux mots
De retour à Belle étoile, Gérard Glatt déroule les années cinquante et soixante marquées par la rivalité des deux sœurs Ferrandon, la Guerre d’Algérie et ses suites ainsi que les transformations qu’entrainent les Trente Glorieuses. Ce roman touche au corps et au cœur.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les Sœurs Ferrandon
Gérard Glatt
Presses de la Cité, coll. Terres de France
Roman
496 p., 21 €
EAN : 9782258143395
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Auvergne, près des monts du Forez, à Valliergue. Sont également évoquées les localités de Martres-de-Veyre, Saint-Pierre-la-Bourlhonne, Ambert, Thiers, Clermont-Ferrand. Le second point d’ancrage se situe en Algérie, après un Séjour à Cran-Gevrier, Annecy et une traversée Marseille-Alger, notamment en Kabylie, à Tabarourt, Bouzeguène, à Bab Orb, Bad Sulza, Tizi Ouzou. Enfin, une partie des protagonistes se retrouve à Paris.

Quand?
L’action se situe durant la décennie allant de 1955 à 1965.

Ce qu’en dit l’éditeur
Près de vingt ans de la vie de Marguerite et Renée Ferrandon. Le souvenir de la tragédie familiale a lié à jamais, dans le silence, la douleur et l’incompréhension, les deux sœurs que pourtant tout oppose. Une suite indépendante de Retour à Belle Etoile.
Elles ont grandi dans la beauté sereine du domaine Ferrandon, entre landes et prairies, non loin des monts du Forez. A dix ans déjà, Marguerite assurait les tâches ingrates de la ferme familiale quand Renée préférait rester dans le giron de sa grand-mère. Avec sa nature autoritaire, l’aînée reprend, de droit, l’exploitation du domaine ; la cadette suivra son mari et mènera une toute autre vie à Paris.
Elles n’ont rien en commun, les sœurs Ferrandon, si ce n’est le souvenir, depuis ce jour de 1953, du petit frère Paulin sur les berges de la Dore. Une cruelle absence. Un trop lourd secret?
Un secret gardé par Jean Chassaigne, l’homme qui vit dans le cœur des deux sœurs…

Ce que j’en pense
J’avais placé Retour à Belle étoile sous l’égide de Sénèque, «une des plus belles qualités d’une véritable amitié est de comprendre et d’être compris». Avec ce second volume qui peut à la fois se lire comme une suite, mais aussi indépendamment, c’est dans Sophocle que l’on peut trouver la dimension tragique de ce récit. Dans Philoctète, le dramaturge grec écrit «la guerre ne veut pas d’un vaurien; c’est toujours les braves qu’elle choisit!». Dans Œdipe-Roi, il poursuit «Or il n’est peines plus amères que celles que l’on a voulues.» Enfin dans Electre, il nous livre ce qui pourrait être la conclusion de ce fort volume : «Le temps est le dieu qui aplanit tout.»
Nous revoici donc dans cette région des monts du Forez, au moment où l’on panse encore les plaies de la Seconde Guerre mondiale. Car tous les comptes n’ont pas encore été apurés, tous les secrets et toutes les trahisons n’ont pas été dévoilés. L’inimitié entre Marguerite Ferrandon et son voisin Jean Chassaigne date aussi de cette époque, alors que tous deux étaient à l’école primaire, et reste tenace. Pourtant la jeune fille aurait fait un beau parti.
Du coup, c’est sa sœur Renée qui va se rapprocher de son beau voisin. La promesse d’un beau mariage permettra peut-être d’oublier quelques temps un autre drame resté très vif, celui de la perte de Paulin, le jeune frère de Renée et Marguerite qui s’est noyé à quelques encablures du domaine et dont la perte reste très douloureuse… pour Renée qui adulait son petit frère et pour Marguerite, l’aînée, qui trouvait pourtant que ce petit frère lui volait la vedette, n’hésitant jamais à faire une remarque insidieuse, à le brimer.
C’est dans ce contexte que le service des armées va se rappeler au bon souvenir de la famille Chassaigne. Jean est convoqué pour l’Algérie. Alors qu’à Paris les gouvernements se succèdent les uns aux autres, incapables de régler le problème Jean bénéficie d’une première permission. L’occasion de revoir sa famille et son aimée, avant de repartir au feu. Et tandis que René Coty fait appel à De Gaulle pour s’occuper de la question, la situation devient de plus en plus délicate sur le terrain.
À la veille de se seconde permission, Jean est pris dans une embuscade et va prendre une balle. « Une balle rageuse que Jean n’aurait pas plus mérité de recevoir que n’importe quel autre appelé du 27e BCA. Une balle gratuite, comme toutes les balles, assez précise, destinée à tuer, et il s’effondrerait de tout son long, le visage bientôt en sang, englué dans une boue épaisse. »
Un peu de chance dans son malheur viendra du chirurgien chargé d’opérer le jeune homme, qui voit dans les yeux de la victime le visage de son propre fils décédé et choisit de le prendre sous son aile protectrice.
Si Jean avait jusque là imaginé faire sa vie au Domaine, il lui faut réviser ses plans. Aux côtés de Renée, il part pour Clermont-Ferrand, obtient son bac tandis que sa femme obtient un certificat de licence en lettres modernes.
Gérard Glatt, en retraçant le quotidien des familles Chassaigne et Ferrandon, réussit le joli tout de force de nous faire comprendre quelles sont alors les failles qui secouent le pays. Entre une agriculture en mutation, le respect de valeurs ancestrales, le cercle de famille qui reste le creuset sur laquelle on forge son destin d’une part et l’aspiration à la modernité, une migration vers la ville, voire vers la capitale et l’envie de «faire carrière» d’autre part. Entre les manuels et les intellectuels, entre les campagnes et la ville, le fossé va se creuser. Entre incompréhension et jalousie, entre secrets de famille et volonté d’émancipation.
Les Sœurs Ferrandon avec leurs contradictions et leurs destins contraires sont du reste comme les frères Chassaigne les personnages qui incarnent, dans leur corps autant que dans leur cœur, ces courants contradictoires.
Avec beaucoup de sensibilité et un joli sens du romanesque, l’auteur démontre que nous avons tous quelque chose de Belle étoile en nous. C’est pourquoi ce roman nous touche. C’est pourquoi on imagine déjà une trilogie.

Autres critiques
Babelio
Blog Encres vagabondes (Serge Cabrol)
Blog Les lectures de Martine

Les premières pages du livre

A propos de l’auteur
Gérard Glatt est né en 1944, à Montgeron, quelques semaines avant la Libération.
Pour étrange que ce soit, ses premiers bonheurs, c’est la maladie qui les lui offre, à l’âge de sept ans, quand une mauvaise pleurésie le cloue au lit des mois et des mois. Il découvre la lecture, et cette collection fameuse du Petit Livre d’Or.
Pendant ses études secondaires à Paris, Gérard Glatt a pour professeurs l’écrivain Jean Markale, spécialiste de la littérature celtique, puis René Khawam, orientaliste renommé et traducteur des Mille et Une Nuits. A la même époque, il rencontre Roger Vrigny – l’année où celui-ci reçoit le prix Femina – et Jacques Brenner, alors éditeur chez Julliard. L’un et l’autre, qui connaissent bien « le besoin d’écrire », l’encouragent à poursuivre ses débuts littéraires : il leur a déjà soumis plusieurs textes.
Quelques années plus tard, après de fastidieuses études de droit, il entre dans l’administration des Finances où il fait connaissance de Pierre Silvain, sans doute l’une des plus fines plumes contemporaines. Pierre Silvain le soutient à son tour. En 1977, son premier roman, Holçarté, est publié chez Calmann-Lévy où il retrouve Roger Vrigny, devenu directeur littéraire. En 1981, aux éditions Hachette, sortent les Contes du Pays Basque, puis il collabore à la revue Europe. Il quitte alors l’administration pour prendre la direction d’un cabinet de conseil en commerce extérieur. Aujourd’hui, Gérard Glatt s’est retiré pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il partage son temps entre la région parisienne et la Bretagne. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il publie aux Presses de la Cité Retour à Belle Etoile et Les Sœurs Ferrandon.

Site Internet de l’auteur
Compte Twitter de l’auteur
Compte Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lessoeursferrandon #gerardglatt #pressesdelacite #RL2017 #roman #rentreelitteraire

Vie de ma voisine

brisac_vie-de-ma-voisine

Vie de ma voisine
Geneviève Brisac
Éditions Grasset
Roman
180 p., 14,50 €
EAN: 9782246858454
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et en banlieue, à Vincennes, Aubervilliers, Montreuil, Puteaux, Nanterre, Bobigny, Joinville ainsi qu’à Bordeaux, en passant par Berlin, Varsovie et Moscou, et les camps de déportation, de concentration et ceux du goulag : Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Buchenwald, Ravensbrück, Mauthausen, Auschwitz, Leitmeritz, Novaky, Majdanek. Des voyages à la Couarde sur l’île de Ré ainsi qu’en Grèce, Algérie et Italie y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action retrace une période allant de 1918 à 2016.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ça commence comme une nouvelle d’Alice Munro : lors de son déménagement, une romancière est abordée par sa voisine du dessus qui l’a reconnue, et l’invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo.
Ça continue comme un récit d’Isaac Babel. Car les parents de Jenny, la voisine née en 1925, étaient des Juifs polonais membres du Bund, immigrés en France un an avant sa naissance.
Mais c’est un livre de Geneviève Brisac, un « roman vrai » en forme de traversée du siècle : la vie à Paris dans les années 1930, la Révolution trahie à Moscou, l’Occupation – Jenny et son frère livrés à eux-mêmes après la rafle du Vel’ d’Hiv, la déportation des parents, la peur, la faim, les humiliations, et l’histoire d’une merveilleuse amitié. Le roman d’apprentissage d’une jeune institutrice douée d’une indomptable vitalité, que ni les deuils ni les tragédies ne parviendront à affaiblir.
Ça se termine à Moscou en 1992, dans la salle du tribunal où Staline fit condamner à mort les chefs de la révolution d’Octobre, par la rencontre improbable mais réelle entre des « zeks » rescapés du Goulag et une délégation de survivants des camps nazis.
À l’écoute de Jenny, Geneviève Brisac rend justice aux héros de notre temps, à celles et ceux qui, dans l’ombre, ont su garder vivant le goût de la fraternité et de l’utopie.

Ce que j’en pense
***
À l’heure où les témoins directs des atrocités commises par les nazis disparaissent, le nouveau roman de Geneviève Brisac vient nous offrir une nouvelle occasion de rafraîchir ce «devoir de mémoire» que nous devrions tous porter en nous. Car si le pire n’est jamais sûr, les exactions du pseudo État islamique sont là pour nous rappeler que la barbarie est bien loin d’avoir été éradiquée de notre planète.
Ajoutons que sous la plume de Geneviève Brisac ce témoignage est formidablement bien au mise en valeur. Grâce au scénario qu’elle nous propose, on se rend compte à la fois de la force et de l’actualité de ce thème, mais aussi de la fragilité et de l’urgence de retracer ces parcours de vie.
Tout commence lorsqu’elle croise sa nouvelle voisine. Cette dernière a reconnu l’écrivaine et souhaite lui parler de Charlotte Delbo (que Ghislaine Dunant a remis en lumière dans Charlotte Delbo, une vie retrouvée, couronné par le Prix Femina essai).
En grimpant les deux étages qui séparent la narratrice d’Eugénie, dite Jenny, dite Nini, la narratrice va toutefois en apprendre bien plus que quelques souvenirs, quelques échanges avec une rescapée des camps. « Je pense à la lumière et à la fraîcheur qui émane d’elle. » écrira-t-elle après avoir entendu la vieille dame (née en 1925) lui parler de sa vie et de celle de ses parents. Ce sont eux les vrais «héros» de ce court récit.
Rivka Rajsfus a quitté son village de Blendow en Pologne pour aller en Amérique, mais son rêve prendra fin prématurément. Elle aura cependant trouvé l’amour en route, en la personne de Nuchim Plocki. Le couple s’installe en France, veut œuvrer à changer le monde et ne croit pas vraiment à cette menace qui au fil des jours se fait pourtant plus précise. Même occupé, le pays des droits de l’homme doit pouvoir s’appuyer sur des principes, sur les valeurs figurant au fronton des mairies…
Il suffira qu’un policier, qui a vécu quelques temps sur leur palier, les livre à la police pour que tout bascule.
Arrêtée et internée, la famille n’imagine pas son destin. Mais au moment où on propose de libérer les enfants, le pire se précise. Vient alors cette scène aussi dramatique que superbe durant laquelle Rivka Rajsfus apprend à sa fille « en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante.»
Livrés à eux-mêmes les enfants vont réussir à regagner leur domicile et à s’en sortir. Les parents partiront vers Auschwitz. Nuchim Plocki est officiellement mort d’une crise cardiaque trois semaines après son arrivée, vers la fin août. Quant au destin de Rivka, il est incertain : «De ma mère, aucune trace. Rien.»
Même après des recherches auprès des autorités allemandes Jenny n’en saura pas plus. « Mes parents sont morts. Ils sont à mes côtés pour me donner le courage de vivre, c’est grâce à eux que je vis ici, dans cette cour, je peux compter sur eux. »
Un courage que Jenny trouvera d’une part auprès des livres, qui « sont les meilleures armes de la liberté. Et la liberté s’apprend. Dans une classe par exemple. Dans tes classes, dit une élève, on était libres de ne rien faire, et on travaillait comme des fous.»
Et d’autre part auprès des rescapés et de son engagement militant. Outre Charlotte Delbo, elle va aussi nous parler de Jean-René Chauvin et de Rudi Vrba, deux personnalités qui méritent aussi qu’on s’attarde un peu sur leur parcours. À leur côté, elle n’oubliera jamais de « poser les questions qui dérangent. Tout est là. Toujours. C’est l’essence de l’esprit d’enfance.»
C’est aussi la belle leçon de vie que nous offre Geneviève Brisac.

Autres critiques
Babelio
France Culture (La grande table entretien d’Olivia Gesbert avec l’auteur)
Blog Sur mes Brizées
Blog Encres vagabondes (Nadine Dutier)
Blog Tu vas t’abîmer les yeux 
Blog La Fée lit 

Les premières pages du livre

Extrait
« Un jour d’hiver, je trouve une enveloppe dans ma boîte aux lettres.
Cela me fait un plaisir immense, je ne reçois plus jamais de lettres. Dans ma boîte, la factrice glisse des injonctions, des factures, des impayés, des imprimés, mais de vraies lettres, jamais plus, et c’est triste.
Un papier quadrillé plié en quatre est glissé à l’intérieur de l’enveloppe : une phrase écrite au crayon, de grandes lettres calligraphiées, comme un message secret. Je vois cela comme l’étape minuscule d’une chasse au trésor dont le but m’est inconnu.
Les mots, mis au bout les uns des autres, disent ceci :
« La mort des nôtres, et nous n’y pouvons rien, nous a nourris, non pas de rancœur, non pas de haine, mais d’une énergie que rien ne pourra briser. » »

A propos de l’auteur
Geneviève Brisac est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Petite, Une année avec mon père et Dans les yeux des autres. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 
Site internet de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags :
#genevievebrisac #RL2017 #roman #rentreelitteraire #viedemavoisine #editionsgrasset #grasset

 

Danser au bord de l’abîme

delacourt_danser_au_bord_de_labime

Danser au bord de l’abîme
Grégoire Delacourt
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19,00 €
EAN : 9782709659567
Paru en janvier 2017

Où?
Les deux premières parties du roman se déroulent dans le Nord de la France, à Lille, Valenciennes, Le Touquet, Cucq, Bondues, Deauville, Rang-du-Fliers-Verton, Étaples, Berru, Wimereux, Boulogne, Fécamp. Des vacances et voyages vers La Baule, Anvers, Paris, Madrid et Londres y sont aussi évoqués.
La troisième partie retrace une escapade dans le Sud de la France, notamment le long de la route du Dracenois, entre Draguignan, les Arcs-sur-Argent et le Cannet-des-Maures, mais aussi à Cavalaire, Lorgues, Salernes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie.
Aussitôt, elle sait.
Après On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt explore dans ce roman virtuose la puissance du désir et la fragilité de nos existences.

Ce que j’en pense
****
L’auteur de La Liste de mes envies et des Quatre Saisons de l’été nous revient avec un roman qui devrait élargir encore davantage le cercle de ses lecteurs, car si sa plume est toujours aussi élégante, elle va cette fois chercher plus profondément les tourments de l’âme. À l’anecdote vient désormais s’ajouter la gravité, aux bonheurs de l’amour viennent désormais se mêler la douleur de l’absence et du deuil.
La première – bonne – surprise est d’avoir choisi le point de vue d’une femme comme narratrice. Une femme dont la confession est sans concessions : « Je transcris ici l’enchaînement des faits tel qu’il s’est déroulé. Je ne commenterai pas l’irrépressibilité de mon désir – elle est sans doute à chercher du côté du sacré.
Je veux juste essayer de démonter la mécanique du désastre. De comprendre pourquoi, plus tard, j’ai incisé à jamais le cœur de ceux que j’aimais. »
Emmanuelle et Olivier ont plutôt bien réussi. Le couple a trois enfants, le mari une bonne situation, Emma arrondit ses fins de mois dans un magasin de vêtements. Un petit bonheur tranquille qui cache toutefois une frustration, une usure, un mal-être : « Je me vidais de moi-même. Je m’essoufflais à ne pas m’envoler. Je pâlissais, et Olivier parfois s’inquiétait – il parlait alors de quelques jours ailleurs, l’Espagne, l’Italie, les lacs, comme si leur profondeur allait engloutir ma mélancolie. Mais nous ne partions pas, parce qu’il y avait les enfants, parce qu’il y avait la concession, et parce que j’avais fini par mettre toutes mes frustrations dans ma poche, un mouchoir par-dessus, comme me l’avait enseigné ma mère. »
Une mère qui prenait aussi la peine de lui lire une histoire chaque soir et qui lui a ainsi donné le goût des histoires et des héroïnes. En suivant les aventures de La chèvre de monsieur Seguin – qui servira de fil rouge tout au long du livre – de Claudine mise en scène par Colette, de la Lily Bart d’Edith Wharton ou des personnages imaginés par Louise de Vilmorin, elle va se construire un imaginaire propice à accepter le regard que lui jette un jour un homme dans la brasserie André.
Sans échanger un mot, elle va tomber amoureuse, fondre de désir. Simplement parce qu’«Il y a des hommes qui vous trouvent jolie et d’autres qui vous rendent jolie». Peu importe le séisme que cette rencontre peut provoquer, peu importe les conséquences du dialogue qui finit par s’installer :
«– Je m’appelle Alexandre et je pense à vous depuis trois semaines.
– Je tiens une boutique de vêtements pour enfants. Mais plus pour très longtemps.
– Je suis journaliste à La Voix du Nord. Les pages «culture».
Sauf que le beau scénario d’Emma et d’Alexandre va s’effondrer avant même d’avoir pu se concrétiser. Pas par peur, pas à cause de la pression – très forte – des enfants pour empêcher la rupture, pas à cause des conjoints respectifs. À cause d’un fait divers banal.
« Une jeune fille est installée à deux tables de la mienne. Soudain, une autre arrive. Pâle. C’est son amie. Elle s’excuse d’être en retard. Ils ont bloqué la Grand-Place, dit-elle. Un type. En V’Lille. Qui s’est fait renverser par un bus. Je crois qu’il est mort. »
Le roman va alors basculer. De la tentative d’évasion à la réclusion. Emma n’a pas le courage de rentrer chez elle et d’oublier ce drame. Elle erre quelques temps avant de finir dans un mobile home du camping Pomme de pin à Cucq.
« Je sais maintenant que le deuil est un amour qui n’a plus d’endroit où se loger. » dira-t-elle pour résumer cette période sombre que de nouvelles connaissances vont tenter d’adoucir. Mais Emma reste lucide : « J’avais abandonné mon mari, mes trois enfants, pour les lèvres d’un homme et pour mille espérances. J’avais erré de longs mois dans ma tentation, j’avais surnagé dans son absence. Et je m’étais perdue dans ce vide. »
L’apaisement viendra avec la troisième partie. Aussi paradoxalement que cela peut sembler, l’apaisement viendra avec une nouvelle épreuve, le cancer dont est victime Olivier. « Viennent alors les tests, les IRM, les PET scan, les décisions, les antalgiques puissants, le dextropropoxyphène, l’oxycodone, les indécisions, l’hydropmorphone. Vient cette période cotonneuse d’avant les séismes, ce temps suspendu où plus rien n’a de valeur (…) Vient enfin le séisme. L’instant où tout bascule. Où plus rien n’a d’importance. » On peut alors tout se dire, laisser tomber les masques. Cette danse au bord de l’abîme est bouleversante. Elle vous fera comprendre que «la vie est la courte distance entre deux vides» et que chacun doit être libre de choisir comment parcourir cette courte distance.

Autres critiques
Babelio
Le Parisien
RTL (Laissez-vous tenter – avec interview de l’auteur)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le blog d’eirenamg 
Blog Bric A Book 
Blog Les Jardins d’Hélène 
Blog Pretty Books 

Les vingt premières pages 

Extrait
« Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée.
C’est l’apparition fortuite, parfois charmante, parfois brutale, d’une promesse de satiété qui réveille la béance, qui éclaire nos manques et remet en cause les choses considérées comme acquises et immuables – mariage, fidélité, maternités –, cette apparition inattendue, presque mystique, qui nous révèle aussitôt à nous-mêmes, nous effraie tout autant, nous fait pousser les ailes pour le vide, qui attise notre appétit, notre urgence à vivre, parce que si nous supposions que rien ne dure jamais, nous en avons alors soudain la certitude, tout comme celle qu’il n’est aucun souvenir que nous emporterons, aucune caresse, aucun goût de peau, aucune saveur de sang, aucun sourire, aucun mot cru, aucune indécence, aucun avilissement: nous découvrons brusquement que le présent est la seule éternité possible. »

A propos de l’auteur
Grégoire Delacourt est l’auteur de six romans, tous publiés chez JC Lattès. En 2011, il publie son premier roman avec L’Écrivain de la famille puis, en 2012, son premier bestseller avec La Liste de mes envies traduit dans 35 pays. Suivent ensuite La Première chose qu’on regarde en 2013, puis On ne voyait que le bonheur en 2014 et Les Quatre saisons de l’été en 2015. (Source : Éditions JC Lattès)

Site internet de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#gregoiredelacourt #RL2017 #roman #rentreelitteraire #danserauborddelabime #jclattes

Une famille normale

MEILLON_Une_famille_normale

Une famille normale
Garance Meillon
Fayard
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782213687469
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec l’évocation de voyages en Provence, sur l’île d’Oléron et d’une escapade à Bombay, en Inde.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cassiopée et Damien ne font l’amour que le mardi, quand les enfants ont leurs activités parascolaires. Lucie aussi fait l’amour le mardi, pendant que ses parents la croient à son cours de danse. Et Benjamin dessine le système solaire sur les murs de sa chambre.
Mais pourquoi Cassiopée se montre-t-elle irrémédiablement incapable de pleurer, même à la mort de sa propre mère ? Et quelle lubie prend soudain Damien de vider l’appartement de la moitié de ses meubles ?
On se parle peu, et sans doute se comprend-on encore moins. Mais on donne le change. Jusqu’à quand ?

Ce que j’en pense
****
Voilà encore une belle découverte! Une famille normale – aussi normale que peut l’être, par exemple, un Président normal – raconte avec beaucoup d’humour, mais aussi d’ironie, le quotidien d’un couple et de ses deux enfants, une fille de seize ans et son frère de treize ans. L’usure du couple et les crises d’adolescents ont certes fait l’objet de nombreux romans, mais la bonne idée de Garance Meillon est de donner la parole aux différents protagonistes, chapitre après chapitre. Cette technique nous permet d’entrer dans la psychologie des quatre acteurs principaux, mais surtout de découvrir les incompréhensions, voire l’appréciation diamétralement opposée de certains faits, suivant que l’on est une mère, un père, un garçon ou une fille.
Le roman s’ouvre au moment où Cassiopée apprend le décès de sa mère et doit lutter avec son histoire familiale : «Ma mère avait amené une espèce de vieux beau en costume à mon mariage. Mon père était mort depuis longtemps, mais intérieurement j’étais tout de même révoltée. C’était comme la négation de toute la vie qu’on avait eue tous les trois. Je n’ai pas de frères et sœurs. Ça a toujours été moi, rien que moi.» Aussi a-t-elle choisi de se détacher de sa génitrice et n’est pas vraiment affectée par sa mort. Organiser les obsèques et ranger les affaires de la défunte s’apparente plus à une corvée pour elle.
Damien, son mari, n’est pas vraiment étonné de sa réaction, lui qui rêve des beaux jours qui ont marqué les premières années de leur mariage et doit désormais se contenter de faire l’amour le mardi soir, quand les enfants ne sont pas là. Une sorte de rituel censé prouver que l’amour est toujours là. Mais personne n’est dupe, pas même les enfants.
D’autant que pour eux aussi, l’amour est au centre des préoccupations. Lucie a déjà des convictions: «En fait je crois que je ne supporte plus ma famille. Certains diront que c’est prévisible à seize ans. Et je répondrai que je les emmerde. […] J’ai toujours été en avance sur tout. Et l’amour, je l’aurai connu avant toutes les filles de ma classe. Je parle du vrai amour.» Mais l’arrogance et les certitudes vont bientôt voler en éclat.
Benjamin est lui aussi mal à l’aise. Sa sœur ne joue plus avec lui et ses parents oublient d’entendre ce qu’il veut leur dire. Il rêve de conquérir l’espace et le cœur de la belle Marianne. Un avenir héroïque qu’il entend concrétiser au plus vite : «J’ai souvent pensé à m’échapper pour quelques jours, à faire une fugue comme le Grand Meaulnes. Mais j’ai trouvé mieux. J’ai un plan.»
Les événements vont alors s’enchaîner jusqu’à une scène d’anthologie où l’on verra chacun des membres découvrir combien ils se sont fourvoyés et combien leur vérité était loin de la vérité. Sans déflorer les péripéties cocasses et les épisodes tragi-comiques, je conclurai cette chronique comme ce roman délicieux, avec ce conseil tiré d’un extrait de lettre que Cassiopée découvre en rangeant l’appartement de sa mère défunte : « Lis ces mots ma fille. Lis-les vraiment. Puis mets-les au fond du tiroir de la table de nuit, parmi les mots croisés que tu fais lorsque tu t’ennuies, ou bien range-les en haut de la grande armoire de la cuisine, avec des modes d’emploi ménagers que tu as l’habitude de classer par ordre alphabétique. Et alors du tu seras libre. »

68 premières fois
Blog T Livres T Arts 
Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Domi C lire
Blog Les livres de Joëlle 
Le blog d’Eirenamg 
Blog Les lectures d’Antigone 
Blog Les jardins d’Hélène 
Blog Anita et son Bookclub 

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Fabienne Pascaud)
L’Express (Delphine Peras)
Elle (Jeanne de Menibus)

Extrait
«C’était un beau mariage. Je me souviens de la robe que maman avait mise ce jour-là. En la voyant arriver ainsi, j’ai eu honte, puis j’ai eu honte d’avoir honte de ma mère. « C’est ethnique, ma chérie », m’avait-elle dit avec un grand sourire. Elle portait avec ça des boucles d’oreilles en bois triangulaires, une catastrophe. Je me rappelle d’ailleurs avoir été furieuse contre elle, qu’elle choisisse de s’habiller comme cela le jour de mon mariage. Alors que je lui avais acheté une robe Hermès absolument somptueuse, qui était tout à fait de son âge… Je me suis dit que rien ne pouvait entraver mon bonheur, ce jour-là, et c’était aussitôt devenu vrai. Lucie était déjà dans mon ventre, Benjamin arriverait trois ans plus tard.
Ma mère avait amené une espèce de vieux beau en costume à mon mariage. Mon père était mort depuis longtemps, mais intérieurement j’étais tout de même révoltée. C’était comme la négation de toute la vie qu’on avait eue tous les trois. Je n’ai pas de frères et sœurs. Ça a toujours été moi, rien que moi. Quand mon père est parti, je me suis retrouvée seule face à elle, ne sachant quoi faire. Je ne voulais pas partager un deuil avec elle. Son regard était difficile à soutenir. Cet air vague qu’elle avait le matin en faisant le café. Je savais qu’elle pensait à lui. Et cette musique qu’elle écoutait toujours trop fort, Bob Dylan, Leonard Cohen, Janis Joplin. Je fais souvent l’expérience de ce type d’agacement bien particulier, celui que l’on ressent pour les gens dont on est proche et que l’on connaît par cœur.
Petite, j’avais honte quand elle venait me chercher à l’école. Toutes les autres mères portaient des colliers, des vestes en tweed, des petits talons. Ma mère arrivait en pantalon à carreaux et perfecto en cuir. Elle ne prêtait jamais attention aux autres mères, ou alors leur adressait un sourire radieux, dans lequel pointait l’insolence, lorsqu’elle croisait leur regard effaré. Elle fumait des joints devant mes copines. Je suis sûre qu’elle s’en est roulé un avant de se mettre au lit, le soir de sa mort. Je peux presque visualiser le mégot écrasé sur sa table de nuit. Plus tard, mes amies m’ont enviée d’avoir une mère aussi « rock’n’roll ». Elles ne pouvaient pas comprendre.
Cela fait des années que je n’ai pas pleuré. » (p. 18-19)

A propos de l’auteur
Garance Meillon est scénariste et réalisatrice. Elle livre ici une plongée sensible, dure et drôle, dans la cellule pathogène qu’est la famille, qui pose avec humour et violence les questions de l’amour, de l’affranchissement et de la transmission.
Une famille normale est son premier roman. (Source : Éditions Fayard)

Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

140 signes :