Vivre près des tilleuls

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Vivre près des tilleuls
L’AJAR
Éditions Flammarion
Roman
128 p., 13 €
EAN : 9782081389199
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Suisse, sur les bords du Léman, à Yens, Morges, Genève, Aubonne, Yvoire, Lausanne ainsi que dans le canton de Neuchâtel, à La Chaux-de-Fonds, La Chaux d’Abel et le Creux du Van. Le Rwanda avec Kibuye et le lac Kivu y sont évoqués, ainsi que des voyages à Venise, Trieste, Vienne, Paris, Munich, Berlin ou Bruxelles.

Quand?
L’action se situe de 1956 à 1960, mais l’histoire antérieure et l’histoire postérieure à cette période-charnière font également partie, en filigrane, de ce récit.

Ce qu’en dit l’éditeur
Vincent König est le dépositaire des archives de l’écrivaine suisse Esther Montandon. En ouvrant par hasard une chemise classée « factures », il découvre des dizaines de pages noircies, qui composent un récit intime. Esther a donc tenu un « journal de deuil », dans lequel elle a pour la première fois évoqué la mort de sa fille Louise et l’aberrante « vie d’après ». Les souvenirs comme les différents visages de la douleur s’y trouvent déclinés avec une incroyable justesse. Ces carnets seront publiés sous le titre Vivre près des tilleuls.
Roman sur l’impossible deuil d’une mère, porté par une écriture d’une rare sensibilité, Vivre près des tilleuls est aussi une déclaration d’amour à la littérature : ce récit d’Esther Montandon est en réalité l’œuvre d’un collectif littéraire suisse, l’AJAR. Ces dix-huit jeunes auteur-e-s savent que la fiction n’est pas le contraire du réel et que si « je est un autre », « je » peut aussi bien être quinze, seize, dix-huit personnes.

Ce que j’en pense
****
On retiendra tout d’abord la genèse de ce roman né à l’initiative du groupe de jeunes Suisses associés sous L’AJAR – Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands. Depuis 2012 ses membres «partagent un même désir : celui d’explorer les potentialités de la création littéraire en groupe. Les activités de l’AJAR se situent sur la scène, le papier ou l’écran. Vivre près des tilleuls est son premier roman.
En préface ainsi qu’en postface, on nous explique comment l’idée a germé d’écrire un roman en une belle nuit d’été. Le chois d’une histoire, d’un personnage, d’un prénom…
« Nous avons d’abord dessiné la vie d’Esther Montandon. Une vie qui commence le 8 mai 1923, à La Chaux-de-Fonds et qui va conduire cette femme à embrasser une carrière d’écrivain. Mais, à quarante ans, devenue mère, Esther Montandon a la douleur de perdre sa fille. « Ce deuil était, pour nous, l’un des seuls événements capables de briser son parcours d’écrivaine – et de ménager, ainsi, une place pour ces fragments. »
Un scénario très habile qui donne à chacun des auteurs un cadre assez précis pour pouvoir participer à cette belle aventure, d’autant que le personnage de Vincent König permet de structurer le tout. C’est à lui que l’on confie le soin de gérer le fonds
Esther-Montandon, c’est-à-dire ce qui reste de « l’autodafé qu’elle a commis à la suite de la mort accidentelle de sa fille Louise, le 3 avril 1960. De cette tragédie, inaugurant dix ans de silence éditorial dans la vie de l’auteure, on ne trouve trace ni dans Trois grands singes ni dans Les Imperdables. Jamais Esther Montandon n’a écrit sur la perte de sa fille. C’est du moins ce que l’on a longtemps cru. »
Or voici qu’en mettant de l’ordre dans les cartons, on découvre des fragments de journal intime qui s’échelonnent de 1956, année de naissance de sa fille Louise aux deux ans qui suivent son décès, le 3 avril 1960.
Quelques pages magnifiques sur ce drame absolu que représente la perte d’un enfant vont suivre, comme nous le confirme Vincent König : « Rien n’a été épargné à l’auteure. Il ne faudrait pas pour autant en conclure que la joie est absente de ces pages. Fidèle à elle-même et malgré la blessure, Esther Montandon module patiemment, et avec obstination, une douleur qui n’appartient qu’à elle. Définitivement tragique et éternellement heureux, transfiguré par l’écriture, le souvenir de Louise s’inscrit désormais pleinement dans la littérature. »
La force de la littérature explose tout ai long de ces pages. L’imagination vient suppléer le vécu, la compassion nous faire partager la douloureuse épreuve que traverse Esther, racontant les jours heureux avec Louise, « Le corps d’une fillette, c’est ce que j’ai pu voir de plus beau. Et de plus intolérable. Ses boucles châtaigne, où j’aimais passer la main. Son nez minuscule, qu’elle avait en commun avec tous les enfants de son âge. Sa tête indolente, qu’elle balançait, légèrement penchée vers l’avant, pour dire non. Un non devant lequel on ne pouvait que céder. Ses bras dodus, ses jambes boudinées qui pendaient du haut tabouret. » puis les jours, les semaines, les mois qui suivent la mort de cet enfant.
«Le téléphone sur les genoux, je prépare mon texte. Maman, Louise a eu un accident cet après-midi. Elle est morte. Maman, j’ai une terrible nouvelle. C’est Louise, elle a eu un accident. Maman, Louise est tombée. On n’a rien pu faire. Écoute maman, ta petite-fille a fait une grave chute. Elle est morte. Louise est morte. Morte. Morte. Je répète le mot vingt fois dans ma tête. Je veux lui faire perdre son sens, le réduire à une syllabe creuse. Morte. Louise est morte. Je prends le combiné. Je compose le numéro. Je tombe sur mon père et réalise qu’il y a longtemps qu’on a incinéré maman.»
Puis, plus loin… « Ce soir, Louise dort en terre. Ce sera le cas pour tous les soirs à venir. Toutes les nuits du monde. (…) Ici repose Louise Montandon (1956-1960), notre fille bien-aimée. Jamais ma vue n’a porté si loin. À travers les allées, à travers les branches des tilleuls.
« Le chagrin est moins un état qu’une action. Les heures d’insomnie, puis le sommeil en plomb fondu sur les paupières, la prostration dans le noir, la faim qui distrait la douleur, les larmes qu’on ne sent plus couler : le chagrin est un engagement de tout l’être, et je m’y suis jetée. On me dit de me reprendre, de faire des choses pour me changer les idées. Personne ne comprend que j’agis déjà, tout le temps. Le chagrin est tout ce que je suis capable de faire. »
On pourrait dès lors recopier toutes les pages de ce trop court roman qui, comme l’écrivent ses auteurs multiples est aussi une puissante déclaration d’amour à la littérature : « Oui, nous avons mené cette aventure avec sérieux, travaillant avec acharnement à la justesse du texte, l’asséchant sans relâche, traquant toute complaisance. Au début, tout le monde y allait de son commentaire sur la mort, tout le monde prouvait le caractère définitif de son sentiment. C’était répétitif et lourd. Nous avions huilé ce qui devait être sec, poli ce qui devait être tranchant. »
On attend avec impatience la nouvelle production de L’AJAR !

68 premières fois
Blog Les Jardins d’Hélène 
Blog Domi C lire 
Le Blog de passion de lecteur (Olivier Bihl)
Blog Les lectures de Martine 
Blog Les battements de mon cœur 
Blog T Livres T Arts 
Blog Les carnets d’Eimelle 
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog A l’ombre du noyer (Benoît Lacoste)
Blog Libfly (Catherine Airaud)

Autres critiques
Babelio 
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff)
L’Hebdo (Isabelle Falconnier)
Le Courrier (Thierry Raboud)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)

Extrait (Avant-propos)
« Lorsque Esther Montandon m’a laissé la responsabilité de ses archives, en 1997, je me suis trouvé face à une masse de documents divers : cartes postales, pièces administratives, courriers, coupures de journaux… À quoi s’ajoutait le lot commun de tous les écrivains dont la recherche fait son miel : brouillons griffonnés épars, pages dactylographiées avec ou sans annotations autographes, et trois carnets de notes.
Reconnaissant de cette marque de confiance, je me suis attelé à la tâche avec un enthousiasme qui n’a cessé de décroître devant l’ampleur du travail. Même si la mort de l’auteure, l’année suivante, a ravivé un temps l’intérêt du public pour ses écrits, l’œuvre est peu à peu tombée dans l’oubli.
Cette production exigeante a parfois été jugée trop mince – Esther Montandon n’a publié que quatre livres de son vivant. On la réduit par ailleurs souvent au seul Piano dans le noir (1953), le premier et le plus connu de ses textes. C’est sous-estimer les richesses que recèlent ses trois autres ouvrages. Il n’y a qu’à relire Bras de fer (1959), portrait acide et jubilatoire d’une Suisse hésitant entre tradition et modernité, ou Trois grands singes (1970), nouvelles dans lesquelles l’auteure revendique son engagement féministe en dépeignant sans concessions une société patriarcale. Enfin, la gerbe de ses souvenirs d’enfance, magnifiquement nouée dans les fragments des Imperdables (1980), offre dans un style épuré un aperçu poétique et documentaire du Rwanda et de la Suisse des années 1930. En dehors de cela, il n’y a rien.
L’ensemble du fonds Esther-Montandon ne contient que la matière relative à son activité depuis le début des années 1960. Tout ce qui précède – cahiers, brouillons, manuscrits, projets en cours, dont atteste sa correspondance – a disparu dans l’autodafé qu’elle a commis à la suite de la mort accidentelle de sa fille Louise, le 3 avril 1960. De cette tragédie, inaugurant dix ans de silence éditorial dans la vie de l’auteure, on ne trouve trace ni dans Trois grands singes ni dans Les Imperdables. Jamais Esther Montandon n’a écrit sur la perte de sa fille. C’est du moins ce que l’on a longtemps cru.
Comment donc décrire mon émotion lorsqu’un matin d’hiver 2013, en mettant de l’ordre dans les cartons qu’elle m’avait confiés, je découvre une pochette étiquetée « factures », pochette que j’ai dû manipuler vingt fois sans jamais l’ouvrir – renfermant une petite liasse manuscrite.
Et tout est là, miraculeusement préservé. »

A propos de l’auteur
L’AJAR – L’Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands s’est constituée le 28 janvier 2012 à Genève. Ses membres partagent un même désir : celui d’encourager et d’offrir une visibilité à la création littéraire par le biais de projets collectifs (lectures, rencontres et publications sur la scène, le papier ou l’écran). Ils sont 18 à avoir contribué à l’écriture de Vivre près des tilleuls. (Source : Éditions Flammarion / Livres Hebdo)

Site internet de l’association
Compte Facebook de l’AJAR 
Page Wikipédia de l’AJAR

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Focus Littérature

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Un homme dangereux

FRECHE_Un_homme_dangereux

Un homme dangereux
Émilie Frèche
Stock
Roman
288 p., 19,50 €
ISBN: 9782234079854
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris. Alger, Tanger et Essaouira sont les étapes de tournage d’un film. Des voyages à Nice, au Mexique, à Belgrade sont également évoqués dans le roman ainsi que le Grand-Bornand, Venise, Marrakech ainsi que Ramatuelle et Bénerville.

Quand?
L’action se situe de nos jours, dans une période que l’on peut situer de 2013 à 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
« – Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. Je veux que tu deviennes ma femme. Je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu laisses tes enfants.
– Pardon ?
– Je suis sérieux. Il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Elles seront très heureuses avec lui ; ils partiront vivre en Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pour les vacances.
– T’es complètement malade.
– Tu sais bien que non, puisque c’est comme ça que ça va se terminer pour les juifs de France. Sept mille juifs sont partis rien que cette année, c’est moi qui l’invente ? Bientôt, il n’y aura plus de juifs en France. Plus un seul juif. Tu te rends compte, un peu ? Le grand rêve de Vichy réalisé par des Merah, des Nemmouche, des Kouachi. Que des petits-enfants de bicots qu’on a fait venir du bled pour assembler des boulons, et qui feront mieux que les idéologues du Troisième Reich, sans même avoir besoin de vous mettre dans des trains. Tout ça simplement en jouant avec votre peur. Quelle intelligence ! Quelle économie, surtout. La France nettoyée pour pas un rond.»
« Pourquoi est-on toujours attiré par les histoires qui ne sont pas faites pour nous ? »

Ce que j’en pense
***
En juin 2013 Émilie Frèche se rend au Lutetia pour la remise du Prix Orange (pour son roman Deux étrangers). Parmi les auteurs présents, le chroniqueur du Point Patrick Besson. C’est sans doute lui l’homme dangereux décrit dans ce nouveau livre écrit en deux ans. Les indices sont en effet légion et le petit milieu de l’édition et des médias parisiens pourront en faire leurs choux gras. Certains ne s’en sont du reste pas privés.
Concentrons-nous pour l’heure sur ce qui fait le vrai sel de cette histoire, à savoir l’imbrication de la vie dans la littérature et vice-versa : «– C’est fini entre nous, Adam. Je te quitte. » Cette phrase prononcée page 257, l’auteur l’aura imaginée tant de fois, essayé de savoir comment cette rupture pourrait se dérouler, comment son mari et sa fille réagiraient, quelles pourraient être les conséquences. Car elle en était sûre, il ne pouvait en être autrement. Les circonstances, l’emprise que Benoît Parent exerce sur elle et l’usure de sa vie de couple devaient forcément mener à cette extrémité. «J’ai compris alors, en prononçant cette phrase, que je n’étais plus dans la réalité mais dans le roman que je n’avais pu achever en raison de mon accident à l’épaule, et j’ai eu la sensation horrible d’être passée du côté de la folie, car cela signifiait que je n’écrivais plus ma vie – ce qui était déjà en soi une maladie – mais que j’inventais des choses pour pouvoir les vivre, comme si mon existence ne suffisait plus, comme si à force de m’en être servie, je l’avais épuisée. »
De ce seul point de vue, le roman a déjà quelque chose de fascinant. Mais l’onde de choc qu’il provoque se démultiplie par la relation amour-haine entretenue au fil des pages.
Le hors d’œuvre nous est en quelque sorte livré par une rencontre opportune un soir de salon du livre déprimant et la relation qui s’ébauche avec un ancien copain, l’amant gentil.
Mais après la routine de la vie de couple vient la routine de la liaison extra-conjugale. Pour un faire un bon roman, il faut davantage de sel à l’histoire. C’est là qu’intervient un écrivain plus âgé, un chroniqueur impertinent doublé de relents antisémites. Autrement dit tout ce qu’une romancière, réalisatrice et essayiste, essayant d’analyser pourquoi les juifs continuent d’être persécutés, doit à priori rejeter.
Mais avant de condamner, ne faut-il pas essayer ? Si tout son entourage la met en garde, cette relation n’en devient-elle pas plus excitante ?
Jusqu’à cette scène de la chambre d’hôtel ou l’entraîne Benoît et où elle l’attend nue sous les draps, on va partager son attente, sa frustration, sa colère et son désir.
Après l’humiliation qu’elle va subir, on se dit que cette fois elle a compris. Qu’elle n’ira pas plus loin.
Sauf qu’il faut alimenter le livre qu’elle a entrepris d’écrire et il lui manque des éléments. Ne faut-il pas les vivre ? Et qui du roman ou de la vie aura le dernier mot…
Je vous laisse le découvrir, non sans souligner le côté prémonitoire de ces lignes écrites en août dernier avec le sentiment qu’un monde était définitivement mort : « Le nombre de chômeurs avait encore augmenté, d’autres affaires de corruption avaient éclaté, l’extrême droite était devenu le premier parti de France, l’âge moyen des candidats au Djihad était passé à quinze ans, de plus en plus de filles de convertis se disaient prêts à mourir pour la « cause » tandis qu’un peu partout en France, des mosquées étaient vandalisées et des imams insultés, quant aux juifs, il continuaient à se faire tirer dessus parce que juifs mais ils étaient moins nombreux car beaucoup avaient quitté les pays ».

Autres critiques
Babelio
Le Point
Le Magazine littéraire
Chronicart
Culturebox
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
A bride abattue
Blog Micmélo littéraire
Blog Tu vas t’abîmer les yeux

Extrait
« Le Lutetia ? Le Bel Ami ? Le Montalembert ? Le Montalembert, je connais bien la directrice, on aura une belle chambre, a-t-il dit, mais allez savoir pourquoi, il s’est arrêté dans la rue Stanislas devant un petit hôtel du même nom, deux étoiles, dont la porte vitrée n’était pas plus large que celle d’un cabinet de toilette et il m’a dit entre. La chambre standard était à quatre-vingt-cinq euros pour deux personnes, petit-déjeuner inclus. Il m’a demandé ma carte de crédit. Sur le coup, j’étais tellement troublée que je n’ai pas bien compris pourquoi, mais j’ai obéi tout de même, sorti mon portefeuille et réalisé que ma Visa avait expiré – qu’allait-il bien pouvoir penser de moi ? Je lui ai donné celle d’Adam, c’était la seule qui fonctionnait. Sans la regarder, Benoît l’a tendue au réceptionniste en précisant que nous resterions pour le week-end. J’ai compris à ce moment-là seulement que c’était cet hôtel. Cet hôtel-là, pourri, qu’il avait choisi, et qu’il faisait payer à mon mari. Mais je n’ai pas protesté. J’étais trop médusée, complètement sidérée par le fait d’avoir osé donner sa carte et d’être maintenant incapable de la récupérer. Le petit homme au pull en laine, derrière son comptoir, a pris une empreinte au sabot, à l’ancienne, et je ne l’en ai pas empêché. Je crois que j’avais le cœur qui battait trop fort. Il nous a demandé ensuite nos passeports et si nous avions des bagages, des questions, une connaissance approximative du quartier, je me suis dit alors que ça ne s’arrêterait jamais, que non, jamais il ne nous laisserait monter, mais au bout d’un moment, je me suis tout de même retrouvée dans cet escalier minuscule, devançant Benoît qui, avec sa tête, s’amusait à me toucher les fesses, et malgré mon absence totale de désir j’ai pensé c’est bien, c’est très bien, c’est parfait, il faut y aller maintenant, il faut le faire, une fois que ce sera fait, ce sera terminé. La chambre se trouvait au troisième étage, sur un palier à peine plus grand qu’une cabine d’ascenseur. Benoît m’a demandé de m’écarter, ce que j’ai fait comme j’ai pu, en me positionnant dans la partie de l’escalier qui montait au quatrième, et il a glissé la clef dans la serrure. La porte s’est ouverte lentement. Depuis ma place, j’ai pu tout de suite avoir une vue d’ensemble, en plongée, de la chambre – ses dimensions, ses couleurs ternes, ses meubles rustiques, et même au-delà, un aperçu de la façade lézardée de la cour aveugle sur laquelle nous donnions ; je ne crois pas qu’on pouvait faire plus sordide.
– Merde, a juré Benoît, j’ai oublié mes médicaments. Il y a une pharmacie juste en bas, tu ne voudrais pas aller me les chercher ?
– Oui, si tu veux. Il m’a regardée un instant, puis il s’est corrigé :
– Non, en fait, je préfère y aller moi. Je n’ai pas d’ordonnance, il faut que je leur explique. Je reviens tout de suite, d’accord ? Tout de suite, tout de suite ! Déshabille-toi, mets-toi nue sous les draps et attends-moi.
J’ai acquiescé d’un signe de tête. Il avait déjà disparu. »

A propos de l’auteur
Émilie Frèche est romancière. Elle est l’auteur, entre autres, de Deux étrangers (prix Orange 2013 et prix des lycéens d’Île-de-France 2013). (Source : Editions Stock)

Site Wikipédia de l’auteur

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La Fractale des Raviolis

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La Fractale des Raviolis
Pierre Raufast
Alma
Roman
268 p., 18 €
ISBN: 2362791215
Paru le 21 août 2014

Où?
De Maubeuge à Marseille, en passant par Martigues et de nombreux autres lieux

Quand?

Le roman est situé de nos jours, avec des incursions dans plusieurs périodes historiques, notamment en 1699, quand une épidémie de peste ravage le Sud de la France.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s’approche l’instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l’action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Tout ébaubi de voir tant de pays, on découvre les aventures extraordinaires d’un jeune garçon solitaire qui, parce qu’il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d’un gardien de moutons capable de gagner la guerre d’Irak ; les canailleries d’un détrousseur pendant l’épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.
Véritable pochette surprise, le premier roman de Pierre Raufast ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l’improbable.

Ce que j’en pense
****

Si vous êtes un lecteur-joueur, alors vous allez adorer ce premier roman. Imaginez que l’on vous donne une bonne douzaine d’histoires qui n’ont à priori rien à voir entre elles et, comme pour le spièces d’un puzzle, votre mission sera de les attacher les uns aux autres pour en faire un ensemble cohérent. Sans oublier qu’avec la dernière pièce posée, vous découvrirez la cohérence de l’ensemble.
C’est ce qui vous attend avec « La Fractale des raviolis ». Après avoir découvert son infortune conjugale, une femme – la narratrice – décide de tuer son mari. Mais comme elle n’a pas envie de moisir en prison, elle élabore un scénario aussi efficace que fatal: l’empoisonnement. Tout semble se dérouler on ne peut mieux, le mari étant ravi de pouvoir déguster le plat de raviolis concocté avec soin par son épouse.
C’est alors que le fameux grain de sable vient enrayer la machine: le fils de la voisine s’invite inopinément à l’heure du repas. Le plat de raviolis a déjà pris la direction de la table… Du coup, la question n’est plus de tuer le mari, mais de sauver le jeune innocent. L’innocence, parlons-en justement. Et voilà comment l’auteur passe d’un sujet à l’autre, non pas du « coq-à-l’âne », mais des moutons aux rats-taupes serait-t-on tenté de dire. Car tout un bestiaire va venir égayer le récit, par exemple les sauterelles que l’on prend un malin plaisir à éliminer de quelque 50 manières différentes.
En dire ici plus sur ce récit-gigogne serait dommage, tant on prend de plaisir à passer de chapitre en chapitre dans un autre univers, voire dans une autre époque sans que jamais cela paraisse incongru.
L’auteur est ingénieur et informaticien. On dira qu’il a parfaitement assimilé le principe de l’hyperlien. Vous savez, c’est ce formidable outil qui vous permet sur internet d’en savoir immédiatement plus sur le « sujet dans le sujet » et qui, de clic en clic, vous entraîne de plus en plus loin de l’endroit où vous vouliez initialement aller. Avec Pierre Raufast, cela se passe de la même manière, sauf que vous avez la garantie de retomber sur vos pieds à la fin du livre. Et connaître le dénouement de cette vengeance machiavélique.

Autres critiques
Babelio
L’Humanité
Cultur’elle (Caroline Doudet)
Page des libraires (Jean-François Delapré)

Citations
« J’aurais dû prendre cette décision beaucoup plus tôt.
Mais tuer son premier amour – fût-il le plus abject des êtres – mérite toujours un temps de réflexion, d’acceptation et de préparation. Ne pas le rater. Ne pas être soupçonnée. Ne pas perdre l’assurance-vie. Il me fallut plusieurs mois pour trouver un plan sûr garantissant ses trois points.
Au début, je me suis cassé la tête sur la question du cadavre. Où cacher le corps? Les solutions fournies par les romans policiers me semblaient trop compliquées.» (p. 19-20)

A propos de l’auteur
Né en 1973 à Marseille, Pierre Raufast a grandi à Martigues. Il a suivi une formation d’ingénieur à l’École des Mines de Nancy. Informaticien, il vit et travaille à Clermont-Ferrand. (Source: Alma Editeur)
Blog personnel

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La Chute des Princes

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La Chute des Princes
Robert Goolrick
Anne Carrière
Roman
Littérature étrangère
230 pages, 20 €
ISBN: 2843377374
Paru en août 2014

Version poche parue en janvier 2016
ISBN: 9782264068293

Où?
Aux Etats-Unis, à New-York, avec des escapades dans les Hamptons et à Las Vegas.

Quand?
Le roman est situé dans une période allant des années quatre-vingt au début des années 2000.

Ce qu’en dit l’éditeur
New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.
Et ces princes vont jouer toute la partie: les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite. Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.

Ce que j’en pense
****

Sexe, drogue et pas de rock-n-roll. Dans un style sans fioritures, le narrateur nous raconte comment il est devenu trader, subitement très riche et comment il a, tout aussi subitement, tout perdu. Entre «Wall Street» et «Le Bûcher des vanités», Robert Goolrick ajoute sa pierre à l’édification des «gens normaux», de ceux qui ne dépensent pas plusieurs milliers de dollars lors d’un repas avec des amis, qui conçoivent très bien que l’on peut s’amuser sans une ligne de coke et qu’une soiröer peut se terminer agréablement sans avoir recours à l’amour tarifé.
J’imagine ici les cris d’orfraie de ceux qui pensent qu’une accumulation de clichés ne font pas un bon roman. Sauf que la réalité à ici dépassé la fiction et que l’auteur a pris bien soin de raconter l’histoire da manière très factuelle, sans vouloir ni jugement, ni considération morale. C’est ce qui le rend si terrifiant: un peu comme dans une spirale infernale, il n’y a guère moyen d’échapper à cette existence. Le jour où, après une partie de poker avec le patron, on signe son contrat, il faut se plier aux règles non écrites de la corporation: littéralement se tuer au travail pour gagner de plus en plus d’argent et ensuite se tuer dans les compensations pour dépenser de plus en plus d’argent. Le libéralisme dans tous ses excès peut faire rêver…
En refermant ce livre, on se dit qu’il tient avant tout du cauchemar. Un cauchemar aussi inéluctable que la fin promise à ses collègues flambeurs qui ont contracté le Sida. Osons du reste le parallèlle avec la crise financière. On n’ose pas imaginer que devant un tel carnage, le monde va rester les bras ballants. Mais après les belles déclarations d’intention, force est de constater que rien n’a vraiment changé. Un roman salutaire à mettre entre les mains des forcenés du capitalisme.

Autres critiques
Babelio
Le Point
L’Express
Le JDD
ELLE

Citations

« Quand vous craquez une allumette, la première nanoseconde elle s’enflamme avec une puissance qu’elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L’incandescence originelle.
En 1980, j’ai été l’allumette et je me suis embrasé pour n’être plus qu’une flamme aveuglante. Cette année-là, j’étais un missile pointé droit sur vos tripes – dégage de mon chemin ou je t’abats. Je n’en suis pas fier. En fait, j’en rougis de honte rien que d’y penser. Mais c’était comme ça. Aujourd’hui je ne suis plus le même homme, tout est différent. À l’époque j’étais cette pointe de lumière ardente vers laquelle tout et tous convergeaient. On pouvait me voir distinctement depuis l’espace, étincelle blanche et pénétrante, traçant sans pitié ni culpabilité son sillon dans le coeur de la ville la plus chaude et la plus flamboyante du monde. Si vous aviez été de sortie dans le cosmos un de ces soirs-là, vous vous seriez retrouvé aux premières loges de mes outrances publiques et de mes excès privés. Sous la couette à mille dollars, sur le matelas à quinze mille, dans ma douche carrelée de marbre, ou dans la veste sur mesure en cachemire noir qui me tenait chaud les soirées neigeuses d’hiver – dans ma vaste illumination, j’étais incontournable.
Je ne le dis pas avec fierté. Je ne présente pas d’excuses. Je décris des faits irréfutables. J’avais tellement de charme que j’aurais convaincu un poussin d’éclore, ou vendu la clim à un Esquimau mort.
Après des milliers d’heures passées entre les mains des meilleurs entraîneurs dans la salle de sport la plus chère du monde, mon corps avait atteint une telle perfection que les femmes se bousculaient pour entrer dans ma chambre où elles restaient littéralement bouche bée, à remercier la chance qui les avait placées dans ma ligne de mire, qui avait fait d’elles, ne serait-ce qu’une nuit, les plus belles créatures de la terre, avec leurs bras graciles, leur épiderme aussi doux que la peau de chamois, leur odeur – mon Dieu, cette odeur – et leur chevelure dorée cascadant sur leurs épaules pour venir effleurer mon torse. Il suffisait d’un regard pour qu’elles sentent la chaleur et la faim tirailler leur ventre, avant même de connaître mon nom. D’ailleurs, elles s’en moquaient, j’aurais aussi bien pu être tueur en série qu’évêque.
Il fallait me voir, fermement campé dans mes chaussures Lobb directement envoyées de Londres, avec mes jambes puissantes, capables de soulever cent trente kilos de fonte ou de franchir les gratte-ciel d’un bond félin, et tout le reste de mon corps – bassin et hanches souples, ventre aussi dur et plat qu’un lac gelé et pourtant si chaud sous la paume. Peu importait à ces femmes de se faire marquer au fer rouge. Pareilles à ces toxicos incapables de s’arrêter avant la dernière dose, elles savaient bien qu’ensuite il y aurait le supplice du sevrage, et malgré ça n’aspiraient qu’à la jouissance aiguë de la piqûre, qu’à être pénétrées par l’aiguille incandescente – moi.»

A propos de l’auteur
Robert Goolrick vit dans une petite ville Virginie avec ses deux chiens Preacher et Judge. Son roman Une femme simple et honnête, N°1 sur la liste du New York Times, fera prochainement l’objet d’une adaptation cinématographique confiée au réalisateur David Yates. Féroces a reçu en france un accueil prodigieux de la part des critiques, des libraires et des lecteurs.. (Source: Editions Anne Carrière)

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Vieux, râleur et suicidaire – La Vie selon Ove

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Vieux, râleur et suicidaire
La Vie selon Ove

Fredrik Backman
Presses de la Cité
Roman
Littérature étrangère
343 pages, 21,50 €
ISBN: 2258103665
Paru le: 13.03.14

Où?
En Suède.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La nouvelle comédie irrésistible venue de Suède !
« Ove et le chat se sont rencontrés un matin à six heures moins cinq. Le chat a détesté Ove sur-le-champ. Le sentiment était plus que réciproque. »
Dans le lotissement où il vit depuis quarante ans, Ove est connu pour être un râleur de la pire espèce. Mais depuis qu’il est sans travail, il se sent seul et inutile. Il erre dans sa maison, fait des rondes de quartier pour relever les infractions des habitants. Jusqu’au jour où, las de cette routine, il décide d’en finir. Corde au cou, debout dans le salon, il est prêt à passer à l’acte…
C’est sans compter l’arrivée de nouveaux voisins et d’un chat abandonné. Interrompant involontairement ses tentatives de suicide, ceux-ci vont peu à peu pousser Ove dans ses derniers retranchements et le ramener à la vie !
Tel un chat de gouttière amoché et craintif, à la fois drôle et touchant, Ove réveille l’instinct protecteur qui sommeille en chacun de nous. Mais attention, il griffe !

Ce que j’en pense
****

J’ai succombé à mon tour au charme de ce roman. Si je suis à priori plutôt hésitant devant les modes qui tendent à nous faire croire que les meileurs auteurs de thrillers glaçants viennent du froid et qu’il existe aussi en Scandinavie une veine d’auteurs de comédies mettant en scène de vieux ronchons aussi excentriques que philosophes.
D’un autre côté, il suffit de prendre la peine de se plonger dans le livre pour se faire une opinion. C’est ce que j’ai donc fini par faire. Force est de constater que l’on s’attache très vite au personnage principal de cette comédie grinçante, car on connaît tous un Ove autour de nous. Suivant notre âge il est comme notre frère, notre oncle, notre père ou notre grand-père.
Un de ces «vieux» qui ne comprennent rien aux technologies numériques et à la génération Y, qui ne jurent que par l’ampoule à filament, le moteur à explosion – surtout celui de la Saab – ou la tondeuse à gazon thermique.
Ove se retrouve donc veuf et incompris, au milieu de voisins qui ont des modes de vie bien différents du sein, sans véritables perspectives sinon de mettre fin à ses jours.
Sauf qu’un suicide n’est pas forcément aisé, surtout dans un monde où on ne peut même plus faire confiance dans la solidité d’une corde, où les voisins ont toujours quelque chose à vous demander et où les voyageurs n’arrivent même plus à attendre patiemment les trains sur les quais de gare.
Bref, s’il vous est déjà arrivé de rouspéter devant un dysfonctionnement quelconque, voire une administration tâtillone, sachez que grâce à Ove vous pourrez savourer l’heure de la vengeance. Avec délectation!

Autres critiques
Babelio
Psychologies
Femina
Elle
France bleu (La grande librairie)

Citations
« La société actuelle ne jure plus que par l’informatique ; on ne peut plus bâtir de maison avant qu’un consultant engoncé dans une chemise trop petite n’ait compris comment allumer un ordinateur portable. Les gens croient-ils que le Colisée et les pyramides de Gizeh ont été construits de cette façon ? Bon Dieu, on avait érigé la tour Eiffel en 1889, mais à présent, personne n’est fichu de tracer le plan d’un simple pavillon de plain-pied sans s’interrompre pour recharger un téléphone ! »

A propos de l’auteur
Né à Stockholm en 1981, Fredrik Backman enchaîne les petits boulots avant de devenir journaliste. En 2012, il publie son premier roman, Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, qui remporte un succès retentissant en Suède, avec plus de 500 000 exemplaires vendus en un an. Actuellement en cours de publication dans une douzaine de pays, cette nouvelle comédie qui vient du froid place d’emblée son auteur parmi les écrivains suédois sur lesquels il faut compter. (Source: Presses de la Cité)

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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
Patrick Modiano
Editions Gallimard
Roman
Littérature française
ISBN Papier: 2070146932

Où?
L’action se déroule comme souvent chez Modiano à Paris.

Quand?
Le roman est situé de nos jours avec quelques retours vers le passé.

Ce qu’en dit l’éditeur
« – Et l’enfant? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant?
– Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…
– Ils l’avaient certainement inscrit à une école…
– Oui. À l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe.
– Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…
– Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez…»

Ce que j’en pense
***

S’agissant de Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature, on serait tenté de dire que chacun de ses livres est abondamment commenté par les critiques et qu’il n’est guère besoin d’en rajouter. Il me semble pourtant que la plupart des articles que j’ai lu sur son dernier roman puisent dans la même encre: ils se contentent souvent de dire que Modiano fait du Modiano, qu’il écrit toujours le même livre? Que «Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier», ressasse jusqu’à la perfection les thèmes et la fameuse musique modianesques. Ce n’est certes pas faux, mais cela occulte d’après moi l’aspect le plus passionant de ce 28e opus, à savoir celui de la technique littéraire.
En lisant ce livre on comprend en effet très bien comment Modiano travaille et pourquoi il lui aurait été très difficile d’écrire un autre livre. Prenons l’argument de départ, la perte de son carnet d’adresses par le narrateur, un romancier ayant une certaine notoriété. Comme il n’a guère l’usage de ce carnet, il est surpris qu’on puisse l’appeler pour lui rendre. L’écrivain a alors deux possibilités. Il peut envisager d’une part que cette personne veuille simplement lui rendre service, mais alors l’histoire s’arrête là. Reste alors la seconde possibilité: que la personne profite de sa découverte pour tenter de s’immiscer dans sa vie. C’est évidemment ce qui arrive. Son interlocuteur devient du coup un importun qui tente de s’inscruster. Il affirme connaître l’une des personnes mentionnées dans le carnet et veut en savoir plus. Il est aussi assez malin pour intégrer sa compagne dans le jeu, histoire de ne pas concentrer sur lui les foudres du romancier.
Voilà du coup l’écrivain pris au piège: il n’a pas d’autre choix que de s’interroger sur ce qu’il sait de cette personne. Pourquoi ce nom figure-t-il dans son carnet? Comment se sont-ils connus? Quelle place occupe encore le personnage dans sa vie? Et voilà l’écheveau des souvenirs qui se déroule…
Les lieux, les personnes, les objets, les odeurs. Et cette bataille entre ce qui a vraiment existé et ce que l’imagine en a fait. Du coup, il est bien secondaire de savoir si ce garage a bien existé à tel endroit où si ce restaurant comporte bien une arrière-salle. Non, ce qui compte, c’est bien la musique qui se dégage de ces pages, symphonie toujours inachevée, mais que l’on conserve longtemps en tête après avoir refermé le livre.

Autres critiques
Babelio
Telerama
Le Figaro
L’Express
Les Inrocks
Libération

Citations
« Cet après-midi de l’année dernière, le 4 décembre 2012 – il avait noté la date sur son carnet – , l’embouteillage se prolongeait et il demanda au chauffeur de taxi de prendre à droite la rue Coustou. Il s’était trompé quand il croyait voir de loin l’enseigne du garage, puisque le garage avait disparu. Et aussi, sur le même trottoir, la devanture de bois noir du Néant. Des deux côtés, les façades des immeubles paraissaient neuves, comme recouvertes d’un enduit ou d’une pellicule de cellophane d’un blanc qui avait effacé les fissures et les taches du passé. Et, derrière, en profondeur, on avait dû se livrer à une taxidermie qui achevait de faire le vide. Rue Puget, un mur blanc remplaçait les boiseries et le vitrail de l’Aero, de ce blanc neutre couleur de l’oubli. Lui aussi, pendant plus de quarante ans, il avait fait un blanc sur la période où il écrivait ce premier livre et sur l’été où il se promenait seul avec dans sa poche la feuille pliée en quatre : POUR QUE TU NE TE PERDES PAS DANS LE QUARTIER. »

A propos de l’auteur
L’académie suédoise a décerné, le 9 octobre 2014, le prix Nobel de littérature à Patrick Modiano « pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation».
Patrick Modiano est né à Boulogne-Billancourt le 30 juillet 1945. Il passe son enfance dans divers pensionnats à Biarritz, Jouy-en-Josas et en Haute-Savoie. Ses parents étant souvent absents, il est très tôt livré à lui-même. Il entretient ainsi des rapports privilégiés avec son jeune frère Rudy, qui disparaît à l’âge de dix ans. Ce drame hantera son œuvre. Il termine ses études à Paris au lycée Henri-IV et passe son baccalauréat. Il ne fait pas d’études universitaires et se consacre directement à l’écriture. Patrick Modiano compte à cette époque, parmi ses proches amis, l’écrivain Raymond Queneau, qui sera témoin à son mariage. Il poursuit une quête d’identité à travers un passé douloureux ou énigmatique dès son premier livre La Place de l’étoile paru en 1968. Il a reçu le prix Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures . Auteur d’une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles chez Gallimard, il a coécrit les scénarios de Lacombe Lucien de Louis Malle et de Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau. Il est également l’auteur de Catherine Certitude , illustré par Sempé et publié en 1988, aux Éditions Gallimard Jeunesse.
Patrick Modiano a reçu le Grand prix national des Lettres (1996), le Grand prix de littérature Paul-Morand (2000) et le Prix mondial Cino Del Duca pour l’ensemble de son œuvre (2010). [Source: Editions Gallimard]

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Liaisons

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Bienvenue sur mon blog littéraire! Mon but est de vous faire découvrir sans exclusive les livres que j’ai aimé. Littérature française et étrangère contemporaine avec des détours par quelques classiques, thrillers et polars, bande dessinée, voire quelques essais trouveront au fil des jours place sur ce site. N’hésitez pas à revenir régulièrement!
La seconde partie de ce site sera consacrée à mon travail d’écrivain. Je vous ferai vivre au jour le jour le processus de création et l’accueil qui sera réservé à mon premier roman né… d’une lecture. En refermant Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, j’ai essayé d’imaginer qui pourraient être aujourd’hui Valmont, la Marquise de Merteuil et tous les autres personnages. Le monde des médias m’a paru particulièrement adapté. Les ambitieux y sont légion et leurs rivalités n’ont rien à envier à celles de leurs glorieux aînés. N’hésitez pas à découvrir les premières pages de ce livre et à me dire ce que vous en pensez.