Pays provisoire

TONNELIER_pays_provisoireLogo_premier_roman  Logo_68_premieres_fois_2017

En deux mots:
Une modiste originaire de Savoie installe sa boutique à Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle. Mais en 1917, elle est contrainte de fuir et entreprend un périlleux voyage alors que la guerre fait rage.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:
Le fabuleux destin d’Amélie Servoz

La Révolution russe et la Première Guerre mondiale vues par les yeux d’une jeune modiste installée à Saint-Pétersbourg. Un excellent premier roman.

Une page oubliée de notre histoire, la découverte de quelques archives et l’imagination de la romancière : il n’en fallait pas davantage pour réussir une belle entrée en littérature. Fanny Tonnelier s’est intéressée à la colonie française qui a émigré vers la Russie des tsars au tournant du XXe siècle. Appréciés d’une cour et d’une noblesse qui avait à cœur de s’exprimer dans la langue de Molière, ces francophones (des Suisses romands ont aussi fait le voyage, notamment comme précepteurs) ont fort souvent réussi, comme le rappelle notamment Paul Gerbod dans son Livre D’une révolution, l’autre: les Français en Russie de 1789 à 1917 : «nombreux sont les commerçants et artisans (modistes, pâtissiers, marchands de vins ou d’articles de Paris) ainsi que les industriels, les ingénieurs et les dirigeants d’entreprises ainsi que les hommes engagés dans le développement économique de la Russie et les agents bancaires à réussir leur intégration. Les professeurs de français, par exemple, ont des appointements de 1500 roubles par an (soit environ 4000 francs-or).
Pour Amélie Servoz aussi, les affaires sont florissantes. Originaire de Savoie, la modiste a pu faire ses preuves dans une boutique parisienne avant d’être repérée par la dame qui lui offrira de reprendre sa boutique de Saint-Pétersbourg. Depuis près de sept ans qu’elle es tinstalée en Russie, elle a su conquérir une clientèle aussi riche que fidèle et ses chapeaux font la mode sur les bords de la Néva.
Mais nous sommes en 1917 et la grande Histoire vient rattrapper la modeste modiste. La Révolution bolchévique s’étend et la ville est en proie à des troubles qui vont laisser des traces. Son magasin est saccagé et elle est sommé de prendre fait et cause pour ceux qui prônent l’union des prolétaires de tous les pays.
Elle va bien tenter de continuer son activité en transférant son atelier à son domicile, mais va devoir se rendre compte que c’est peine perdue et que sa vie est en danger.
Il faut fuir un pays en ébullition, mais aussi traverser une Europe en proie à la plus meurtrière des guerres.
Après des démarches administratives délicates, un peu de chance et d’entregent, elle fuit avec son amie Joséphine «un pays devenu inhospitalier, où régnaient la peur, l’angoisse, le stress et la faim.» Je vous laisse découvrir les péripéties d’un voyage mouvementé en y ajoutant simplement que le bien et le mal s’y côtoient, que quelques rencontres vont s’avérer riches d’enseignements et qu’il va dès lors devenir très difficile de ne pas être pris dans ce tourbillon d’émotions.
On sent que Fanny Tonnelier s’est solidement documentée pour nous raconter ce périple et qu’elle a pris du plaisir en écrivant la fabuleux destin d’Amélie. Un plaisir très contagieux tant les descriptions sont réussies, tant le rythme est enlevé. Voilà qui donnerait sans doute un grand film en costumes. Chapeau !

Pays provisoire
Fanny Tonnelier
Alma éditeur
Roman
256 p., 18 €
EAN : 9782362792458
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Saint-Pétersbourg, puis à Paris et en Savoie ainsi qu’en Finlande, Suède, Irlande et Angleterre.

Quand?
L’action se situe en 1917, avec des retours en arrière au tournant du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Amélie Servoz, jeune modiste d’origine savoyarde, n’a pas froid aux yeux. En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, un guide de la Russie chiné en librairie et l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Son retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich…
Fanny Tonnelier campe avec verve et finesse tout un monde de seconds rôles où les nationalités se mêlent; changeant à volonté et avec dextérité la focale, elle raconte aussi bien le détail des gestes et des métiers que l’ample vacarme d’une Révolution naissante. Elle s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu: au début du XXe siècle, de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie.

Les critiques
Babelio 
Livreshebdo (Cécilia Lacour)
Blog T Livres T Arts 
Blog Bricabook 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Le Goût des livres

Les premières pages du livre
« Cette nuit-là, Amélie ne se coucha pas. Elle laissa les épais rideaux ouverts, enñla sa robe de chambre et s’installa dans son fauteuil face àla nuit claire de juillet. Elle était triste, cafardeuse, et n’arrivait pas à dormir.
Elle ne recevait plus de courriers de ses parents depuis six mois et s’inquiétait pour eux. Son père, malgré son âge, avait été rappelé sous les drapeaux pour être ambulancier. Était-il encore en vie? C’était la première fois qu’elle se posait aussi franchement la question. Et puis la ville qu’elle avait découverte sept ans plus tôt n’était plus la même. C’était encore la période des nuits blanches, d’habitude pleines de gaieté et de rires. Mais depuis quelques semaines, les rues étaient désertes, sans le bruit familier des tramways, et les activités s’arrêtaient les unes après les autres. Manifestations, meetings politiques, défilés étaient le lot quotidien des habitants qui se terraient chez eux. Les denrées de base manquaient cruellement et le peuple avait faim. Les journaux ne paraissaient plus et les rumeurs allaient bon train, ampliñant l’inquiétude et la peur. Les nouvelles du front étaient mauvaises, les armées disloquées. Le ressentiment était général pour tout ce qui représentait l’État et l’ordre. Les gens étaient à bout, souhaitant presque qu’il y ait un choc, d’où qu’il vienne. Révolte populaire? Coup d’État? Il y avait matière à devenir pessimiste et Amélie l’était.
Soudain, dans l’après-midi, elle entendit un grondement sourd, comme les prémices d’un orage, et vit au loin une marée d’hommes et de femmes hérissée de fusils, de gourdins, de drapeaux rouges s’approchant menaçante vers la Douma. Bouleversée, Amélie avait l’impression de revivre les journées de février qui lui avaient longtemps donné des cauchemars.
En se penchant par la fenêtre, elle découvrit une foule disparate : des ouvriers, des femmes laborieuses, des étudiants, des soldats : tous avançaient presque mécaniquement, martelant le sol de leurs pieds comme pour se donner le courage d’avancer ; ils avaient l’air épuisé, sûrement affamés, soutenus par la vodka et les slogans répétés des meneurs qui avançaient fièrement devant. Certains brandissaient des armes, d’autres les portaient contre la poitrine; des voitures volées avec des mitrailleuses fixées sur les capots les encadraient. Il y avait même des canons tirés par des volontaires; tout cet armement présageait mal de l’avenir : qu’allaient-ils en faire?
Affolée, Amélie referrna la fenêtre et sursauta quand un coup de feu éclata, suivi d’une fusillade désordonnée qui déclencha la panique. Elle vit alors que des petits groupes s’étaient postés à chaque coin de rue, voulant prendre le dessus sur la police. Les tirs s’arrêtèrent puis reprirent au milieu des gens terrorisés. Des cosaques attendaient les ordres pour intervenir, jaugeant la situation pour éventuellement faire volte-face plutôt que de se faire tuer. »

À propos de l’auteur
Fanny Tonnelier, née en 1948, vit à Cunault près d’Angers. Pays provisoire est son premier roman. (Source : Éditions Alma)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#paysprovisoire #fannytonnelier #editions #hcdahlem #68premieresfois #RL2018 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

Publicités

Souvenirs dormants

MODIANO_Souvenirs_dormants

En deux mots:
Quelques noms, quelques lieux, quelques souvenirs jetés sur un bout de papier. Dans les méandres de la mémoire, le romancier cherche les situations, l’ambiance, les bruits, les sons et les odeurs et revisite le Paris de sa jeunesse. Modianesque à souhait.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Rencontre capitale

Dans un court roman, Patrick Modiano part à la rencontre de personnes croisées dans les rues de Paris. Et nous donne par la même occasion une belle leçon de littérature.

Souvenirs dormants aurait aussi pu s’appeler Fugues et Rencontres. Car c’est bien à partir d’escapades et de noms, d’un visage que «notre» Prix Nobel a construit ce roman et, au-delà, une grande partie de son œuvre. Au détour d’un paragraphe apparaît son discours de la méthode : « Je tente de mettre de l’ordre dans mes souvenirs. Chacun d’eux est une pièce de puzzle, mais il en manque beaucoup, de sorte que la plupart restent isolées. Parfois, je parviens à en rassembler trois ou quatre, mais pas plus. Alors, je note des bribes qui me reviennent dans le désordre, listes de noms ou de phrases très brèves. Je souhaite que ces noms comme des aimants en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s’enchaînent. En attendant, je passe mes journées dans l’un de ces grands hangars qui ressemblent aux garages d’autrefois, à la poursuite de personnes et d’objets perdus. »
Nous voici une fois de plus sur le terrain de jeu préféré de l’auteur de Place de l’Étoile, les rues de Paris. Des rues qu’il arpente avec bonheur, mais aussi avec nostalgie, se concentrant sur quelques points forts. À l’image de ces points lumineux qui s’affichaient sur les cartes de métro quand le voyageur appuyait sur le bouton de sa destination, il s’accroche à ces repères pour établir un itinéraire, construire une histoire. Et met en scène le principe découvert en lisant un livre d’ésotérisme, L’Éternel retour du même. « À chaque page, je me disais: si l’on pouvait revivre aux mêmes heures, aux mêmes endroits et dans les mêmes circonstances ce qu’on avait déjà vécu, mais le vivre beaucoup mieux que la première fois, sans les erreurs, les accrocs et les temps morts… ce serait comme de recopier au propre un manuscrit couvert de ratures… » Par la magie de la littérature, la faculté de faire naître de nouvelles images, de nouveaux souvenirs auprès de chacun des lecteurs, même quand ces derniers n’ont pas vécu dans les lieux, ni même l’époque décrite, on déguste cette madeleine (proustienne, cela va de soi) avec gourmandise.
Comme avec son opus précédent, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, ce qui compte, c’est bien la musique qui se dégage de ces pages, symphonie toujours inachevée, mais que l’on conserve longtemps en tête après avoir refermé le livre.

Souvenirs dormants
Patrick Modiano
Éditions Gallimard
Roman
112 p., 14,50 €
EAN : 9782072746314
Paru en octobre 2017

Où?
Le roman se déroule en France, presqu’exclusivement à Paris et en proche banlieue.

Quand?
L’action se situe de nos jours avec des reminiscences aux années de jeunesse de l’auteur, il y a quelques cinquante ans.

Ce qu’en dit l’éditeur
« »Vous en avez de la mémoire… »
Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée.»

Les critiques
Babelio 
Le Journal du dimanche 
Blog Le réseau Modiano 

Les premières pages du livre
« Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.
Je pourrais d’abord évoquer les dimanches soir. Ils me causaient de l’appréhension, comme à tous ceux qui ont connu les retours au pensionnat, l’hiver, en fin d’après-midi, à l’heure où le jour tombe. Ensuite, cela les poursuit dans leurs rêves, parfois pendant toute leur vie. Le dimanche soir, quelques personnes se réunissaient dans l’appartement de Martine Hayward, et moi je me trouvais parmi ces gens-là. J’avais vingt ans et je ne me sentais pas tout à fait à ma place. Un sentiment de culpabilité me reprenait, comme si j’étais encore un collégien : au lieu de rentrer au pensionnat, j’avais fait une fugue.»

Extraits
« Au cours de cette période de ma vie, et depuis l’âge de onze ans, les fugues ont joué un grand rôle. Fugues des pensionnats, fuite de Paris par un train de nuit le jour où je devais me présenter à la caserne de Reuilly pour mon service militaire, rendez-vous auxquels je ne me rendais pas, ou phrases rituelles pour m’esquiver: « Attendez, je vais chercher des cigarettes… », et cette promesse que j’ai dû faire des dizaines et des dizaines de fois, sans jamais la tenir: « Je reviens tout de suite.  » Aujourd’hui, j’en éprouve du remords. Bien que je ne sois pas très doué pour l’introspection, je voudrais comprendre pourquoi la fugue était, en quelque sorte, mon mode de vie. Et cela a duré assez longtemps, je dirais jusqu’à vingt-deux ans. Etait-ce comparable à ces maladies de l’enfance qui ont de drôles de noms: coqueluche, varicelle, scarlatine? All-delà de mon cas personnel, j’ai toujours rêvé d’écrire un traité de la fugue à la manière de ces moralistes et ces mémorialistes français dont j’admire tant le talent. »

« J’écrivais dans la marge d’un des journaux les noms de ces gens dont je me souvenais pour avoir assisté à leurs « soirées » du dimanche soir, là où je l’avais rencontrée, elle. Et aujourd’hui, cinquante ans après, je ne peux m’empêcher, de nouveau, d’écrire sur cette feuille blanche quelques-uns de ces noms. Martine et Philippe Hayward, Jean Tenail, Andrée Kanté, Guy Lavigne, Roger Favart et sa femme aux taches de rousseur et aux yeux gris… d’autres…
Aucun d’eux ne m’a donné de ses nouvelles, ces cinquante dernières années. Je devais être invisible pour eux, à cette époque. Ou bien, tout simplement. vivons-nous à la merci de certains silences. »

« À la même époque, derrière la porte entrouverte de son bureau, mon père parlait au téléphone. Quelques mots de lui m’avaient intrigué : « la bande des Russes du marché noir ». Près de quarante ans plus tard, je suis tombé sur une liste de noms russes, ceux de gros trafiquants de marché noir à Paris pendant l’occupation allemande. Schaposchnikoff, Kourilo, Stamoglou, baron Wolf, Metchersky, Djaparidzé… Stioppa se trouvait-il parmi eux ? Et mon père, sous une fausse identité russe ? Je me suis posé une dernière fois ces questions avant qu’elles ne se perdent sans réponses dans la nuit des temps. »

À propos de l’auteur
Patrick Modiano, né en 1945, est l’un des plus talentueux écrivains de sa génération. Explorateur du passé, il sait ressusciter avec une précision extrême l’atmosphère et les détails de lieux et d’époques révolues, comme le Paris de l’occupation, dans son premier roman, «La Place de l’étoile», paru en 1968. Avec «Catherine Certitude», il nous fait pénétrer dans l’univers tendre d’une petite fille au nom étrange, dont l’enfance se déroule dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, au cours des années 1960.
Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le Prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014. Il s’est en outre vu décerner, entre autres distinctions, le Grand prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1984), le Grand prix de Littérature Paul-Morand de l’Académie française (2000) et le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca (2010). (Source : Éditions Gallimard)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#souvenirsdormants #patrickmodiano #editionsgallimard #prixnobeldelitterature #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #VendrediLecture

Tout le pouvoir aux soviets

BESSON_tout_le_pouvoir_aux_soviets

En deux mots:
Un jeune banquier en voyage d’affaires à Moscou va tomber amoureux, reproduisant ainsi à quarante ans d’intervalle l’histoire de son père communiste. Mais «sa» Tania est bien différente de sa mère. Les temps ont bien changé.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’Amour est un fleuve russe

À quarante ans de distance, le fils d’un communiste français revient à Moscou et tombe lui aussi amoureux d’une Tania. Historique, ironique, cocasse.

S’il n’y a pas de crime, il y a beaucoup de châtiments dans le nouvel opus de Patrick Besson. On y parle de guerre et paix, pas seulement d’un idiot, mais de nombreux communistes à visage humain, ceux qui ont un nez, ceux qui cachent des choses sous le manteau. Sans oublier le capital qui y joue un rôle non négligeable. Pas celui dont rêvait Karl Marx, mais celui qui permet au banquier Marc Martouret de se pavaner à Moscou.
Il faut dire que la capitale russe a bien changé depuis le premier voyage de son père en 1967. Le communisme s’est sans doute dissout dans la vodka, laissant au capitalisme le plus sauvage le soin de poursuivre le travail commencé par Lénine, c’est-à-dire l’égalité du peuple… dans la misère.
Mais autant son père René voulait y croire, autant son fils ne se fait plus d’illusions sur les lendemains qui chantent. Il a pour cela non seulement le recul historique – l’occasion est belle pour faire quelques digressions sur l’utopie communiste et pour survoler un siècle assez fou de 1917 à 2017 – mais aussi une mère qui a fui l’URSS en connaissance de cause. Outre sa connaissance de la langue de Voltaire, cette belle traductrice a très vite compris que le plus beau rêve que pourrait lui offrir le système soviétique serait de le fuir. René et Tania rejoignent la France avec leurs illusions respectives que la naissance du petit Marc ne va pas faire s’évaporer. Et alors que près d’un quart des électeurs français suit la ligne du PCF, entend faire vaincre le prolétariat et entonne à plein poumons l’Internationale, la nomenklatura soviétique entend verrouiller son pouvoir par des purges, l’exil au goulag et des services de renseignements paranoïques. Il faudra du temps pour que les fidèles du marteau et de la faucille ouvrent les yeux… De même, il faudra des années pour que l’histoire secrète de la rencontre de ses parents ne soit dévoilée.
Reste l’âme russe, les fameux yeux noirs, les yeux passionés, les yeux ardents et magnifiques qui font fondre même un banquier désabusé. D’une Tania à l’autre, c’est une histoire mouvementée de la Russie qui défile, à l’image de ces matriochkas s’emboîtant les unes dans les autres, mais aussi cette permanence de l’âme russe qu’il nous est donné à comprendre.
Bien entendu, c’est avec une plume particulièrement acérée et le sens de la formule qu’on lui connaît – Ne mets pas de glace sur un cœur vide – que Patrick besson construit son roman. On se régale de ces petits détails qui «font vrai», de ces notations assassines, des formules qui rendent sa plume inimitable.

Tout le pouvoir aux soviets
Patrick Besson
Éditions Stock
Roman
256 p., 19 €
EAN : 9782234084308
Paru le 17 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Moscou et dans les environs, notamment à Peredelkino ainsi qu’en France, principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec des retours en arrière en 1967 et plus largement sur tout le XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Marc Martouret, jeune banquier né d’une mère russe antisoviétique et d’un père communiste français, porte en lui ces deux personnes énigmatiques dont on découvrira les secrets tout au long du roman qui nous emmène du Paris de Lénine en 1908 au Moscou de Poutine en 2015, ainsi que dans l’URSS de Brejnev pour le cinquantième anniversaire d’octobre 17. L’épopée révolutionnaire, ses héros et ses martyrs, ses exploits et ses crimes, ses nombreuses ambiguïtés, sont ressuscités au fil des pages. Trois histoires d’amour se croiseront et seule la plus improbable d’entre elles réussira. Tout le pouvoir aux soviets est aussi une réflexion, chère à l’auteur, sur les rapports entre le pouvoir politique quel qu’il soit et la littérature. Le titre est de Lénine et on doit la construction aux célèbres poupées russes.

Les critiques
Babelio
Paris-Match (Gilles-Martin Chauffier)


Tout le pouvoir aux soviets de Patrick Besson, extraits lus par Grégory Protche

Les premières pages du livre 
« Ma dernière nuit à Moscou, capitale de la Russie lubrique et poétique. La ville où les piétons sont dans les escaliers des passages souterrains et les automobilistes au-dessus d’eux dans les embouteillages. Avenues larges et longues comme des pistes d’atterrissage. Retrouver la chambre 5515 du Métropole ou aller boire un verre ailleurs? J’aime sortir, mais aussi rentrer. Il y a ce club libertin sur Tverskaïa, où mes clients étaient sans moi hier soir, après la signature de notre contrat. Jamais dans un club libertin avec des clients, même après la signature d’un contrat : photos, puis photos sur les réseaux sociaux. Je travaille dans l’argent, et l’argent, c’est la prudence.
Va pour le club. Dans le goulet d’étranglement de l’entrée, un distributeur de billets qui annonce la couleur : celle de l’argent. L’air mélancolique des deux gros videurs. À droite le bar, à gauche des seins. Il y a aussi des seins au bar. Je compte – c’est mon métier – quatorze filles nues ou en sous-vêtements pornographiques. Peaux d’enfant, visages d’anges. Elles me dansent dessus à tour de rôle. Obligé d’en choisir une pour échapper aux autres. Je prends la plus habillée, ça doit être la moins timide. Et j’aurai une occupation : la déshabiller. C’est une Kazakh ne parlant ni anglais ni français, dans une courte robe qui, dans la pénombre, semble bleue. On discute du prix à l’aide de nos doigts. Je l’emmène dans une chambre aux murs noirs et sans fenêtres qui se loue à la demi-heure. Le cachot du plaisir. Le point faible de la prostitution moderne : l’immobilier. Les bordels de nos grands-pères avaient des fenêtres. Et parfois des balcons.
Au cours des trente minutes suivantes, m’amuserai à soulever puis à rabaisser la robe de la Kazakh sur ses fesses rondes et fraîches. Je veux bien payer une femme à condition de ne pas coucher avec elle. La fille m’interroge, par petits gestes inquiets, sur ce que je veux. Étonnée d’échapper à l’habituel viol. Je ne lui ai pas dit que je parle russe. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un papa communiste. S’il s’était douté que la langue de Lénine me servirait autant dans la finance, mon père m’aurait obligé à en apprendre une autre. C’était juste après la mort de maman qui m’a toujours parlé français par haine de sa terre natale soviétique.
Sonnerie. Ce n’est pas un réveil, mais une minuterie. Les trente minutes de la location de la chambre et de la prostituée sont écoulées. La Kazakh me demande, toujours par gestes, si je veux la prendre une demi-heure de plus, puisque je ne l’ai pas prise. Je réponds en russe: niet. Dehors, je me dirige vers la place des Théâtres qui fut le théâtre de la version moscovite d’octobre 17. J’entre dans un long restaurant bicolore – chaises blanches, tables noires – presque vide. L’effet des sanctions économiques de l’UE et des USA contre le botoxé Poutine, idole des expatriés français en Russie? Ou d’une mauvaise cuisine? Le maître d’hôtel est assorti au restaurant: son corps bien proportionné est moulé dans une robe blanche à pois noirs. C’est une grande brune de type asiatique, sans doute une Sibérienne. Les Sibériennes sont des Thaïs qui n’ont pas besoin de danser sur les tables, ayant des jambes. Avec elle, je ne me contenterai pas de parler mon russe littéraire: le déploierai comme un drapeau sexuel. Qu’y a-t-il de plus rapide qu’un financier ? Peut-être un footballeur. Une négociation est un soufflé au fromage: ne doit pas retomber. Je fais ma première offre à la Sibérienne: un verre après son service. Tania – les femmes russes n’ont, depuis des siècles, qu’une dizaine de prénoms à leur disposition, c’est pourquoi Tania s’appelle comme ma défunte mère – ne sourit pas. Elle me regarde avec une insistance étonnée. Elle dit qu’elle n’a pas soif. A-t-elle sommeil? Si oui, je l’emmène à mon hôtel. Il faut d’abord, me dit-elle, qu’elle appelle son mari pour obtenir son accord. Je lui dis que je peux l’appeler moi-même. Entre hommes cultivés, nous finirons par trouver un arrangement. Qu’est-ce qui me fait croire que son mari est cultivé ? demande-t-elle. Elle entre dans mon jeu, c’est bien: on progresse vers le lit. Je ne réponds pas car ce n’est pas une question, juste un revers lifté. Elle dit que, bien sûr, elle n’est pas mariée, sinon j’aurais déjà reçu une claque, bientôt suivie d’une balle dans la tête administrée par ledit époux. Je propose que nous allions nous promener autour de l’étang du Patriarche. Elle me demande si je suis romantique. Non: boulgakovien. Le numéro deux dans le cœur sec de maman, après Pouchkine. »

À propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#toutlepouvoirauxsoviets #patrickbesson #editionsstock #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #1917 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #VendrediLecture #NetGalleyFrance

Souvenirs dormants

MODIANO_Souvenirs_dormants

logo_avant_critique

Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que chaque nouvelle parution de notre Prix Nobel de littérature est une fête! Il en a notamment été ainsi avec son précédent opus, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier.

2. Parce que le sujet est on peut plus «modianesque». L’écrivain y explore les soubresauts de sa mémoire qui lui offrent de retrouver des personnes, des lieux, des ambiances, des événements, y compris ceux qu’il a eu envie d’oublier…

3. Parce que ce court roman se lit comme on déguste une madeleine (proustienne, cela va de soi) et qu’il a de ce fait la faculté de faire naître de nouvelles images, de nouveaux souvenirs auprès de chacun des lecteurs, même quand ce dernier n’a pas vécu l’époque décrite. Il aura suffi que ses sens soient mis en éveil.

Souvenirs dormants
Patrick Modiano
Éditions Gallimard
Roman
112 p., 14,50 €
EAN : 9782072746314
Paru en octobre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« »Vous en avez de la mémoire… »
Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée.»

Les critiques
Babelio
Blog Le réseau Modiano 

Les premières pages du livre
« Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.
Je pourrais d’abord évoquer les dimanches soir. Ils me causaient de l’appréhension, comme à tous ceux qui ont connu les retours au pensionnat, l’hiver, en fin d’après-midi, à l’heure où le jour tombe. Ensuite, cela les poursuit dans leurs rêves, parfois pendant toute leur vie. Le dimanche soir, quelques personnes se réunissaient dans l’appartement de Martine Hayward, et moi je me trouvais parmi ces gens-là. J’avais vingt ans et je ne me sentais pas tout à fait à ma place. Un sentiment de culpabilité me reprenait, comme si j’étais encore un collégien : au lieu de rentrer au pensionnat, j’avais fait une fugue. »

Extrait
« À la même époque, derrière la porte entrouverte de son bureau, mon père parlait au téléphone. Quelques mots de lui m’avaient intrigué : « la bande des Russes du marché noir ». Près de quarante ans plus tard, je suis tombé sur une liste de noms russes, ceux de gros trafiquants de marché noir à Paris pendant l’occupation allemande. Schaposchnikoff, Kourilo, Stamoglou, baron Wolf, Metchersky, Djaparidzé… Stioppa se trouvait-il parmi eux ? Et mon père, sous une fausse identité russe ? Je me suis posé une dernière fois ces questions avant qu’elles ne se perdent sans réponses dans la nuit des temps. »

À propos de l’auteur
Patrick Modiano, né en 1945, est l’un des plus talentueux écrivains de sa génération. Explorateur du passé, il sait ressusciter avec une précision extrême l’atmosphère et les détails de lieux et d’époques révolues, comme le Paris de l’occupation, dans son premier roman, La Place de l’étoile, paru en 1968. Avec Catherine Certitude, il nous fait pénétrer dans l’univers tendre d’une petite fille au nom étrange, dont l’enfance se déroule dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, au cours des années 1960.
Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le Prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014. Il s’est en outre vu décerner, entre autres distinctions, le Grand prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1984), le Grand prix de Littérature Paul-Morand de l’Académie française (2000) et le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca (2010). (Source : Éditions Gallimard)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#souvenirsdormants #patrickmodiano #editionsgallimard #prixnobeldelitterature #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil
 

L’été en poche (47)

BOLTANSKI_la-Cache_P

La cache

En 2 mots
Une famille venue de Russie, les Boltanski, va trouver refuge dans une maison rue de Grenelle et en faire leur nid, leur forteresse, leur cache et le point de départ de leurs aventures.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Christophe Ono-dit-Biot (Le Point)
« Christophe Boltanski retrace le parcours d’une famille française riche de tous les paradoxes, aisée et chiche, bourgeoise et bohême, juive et catholique, qui a fini par trouver, dans la création, la seule, et donc la meilleure, façon de sortir de sa cache. Jamais l’expression cellule familiale n’avait si bien porté son nom. Cellule : lieu d’emprisonnement. Et lieu de vie. »

Vidéo


A l’occasion des Correspondances de Manosque 2015, Christophe Boltanski présente son «La cache» © Production librairie Mollat

Les Romanov 1613-1918

montefiore_les_romanov

Les Romanov 1613 – 1918
Simon Sebag Montefiore
Éditions Calmann-Lévy
Récit historique
traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Tilman Chazal, Prune Le Bourdon-Brécourt et Caroline Lee
660 p., 27,90 €
EAN : 9782702157091
Paru en octobre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Voici l’histoire de la dynastie des Romanov, avec ses tsars et tsarines, personnages tonitruants, autocrates-nés touchés par le génie ou la folie.
Cette captivante épopée, foisonnante d’anecdotes, raconte comment les Romanov ont construit leur empire de manière impitoyable, au gré de conspirations, de rivalités familiales et d’extravagances sexuelles. De Pierre le Grand, fêtard despotique, bâtisseur de l’autocratie russe qui exigeait l’ivresse permanente de sa cour, à Nicolas II, dernier empereur de Russie au destin tragique, dépeint comme un tsar réactionnaire et médiocre ayant précipité la chute de l’Empire, en passant par Catherine II, la plus grande des tsarines, qui multiplia les amants, ce livre dévoile leur monde secret et leur destinée hors du commun.
La plume vivante et inimitable de Simon Sebag Montefiore entremêle petite et grande histoire, et nous fait revivre avec une intensité remarquable les grands moments qui ont ponctué la légende des Romanov, pour qui gouverner la Russie fut à la fois une mission sacrée et un cadeau empoisonné.

Ce que j’en pense
****
Sur mon blog, il m’arrive très rarement de parler d’autres livres que des romans. Si je fais aujourd’hui une exception, c’est pour deux – bonnes – raisons. D’une part parce que Les Romanov se lit comme un roman, tant l’histoire mouvementée de cette famille est riche de rebondissements et les personnages hauts-en-couleur et d’autre part parce que ce gros volume servira également de guide pratique à tous ceux qui s’intéressent à la littérature russe. Ajoutons-y le fait que 2017 marquera les 100 ans de la fin des Romanov ou au choix de l’avènement de la Révolution et on aura une raison supplémentaire de se plonger dans ce fort volume.
La dynastie des Romanov prend naissance en 1613 avec Michel I et prend fin en 1762 avec la mort de Elisabeth I la Clémente. Si Simon Sebag Montefiore, comme de nombreux historiens, choisit de poursuivre jusqu’en 1917, c’est parce que la branche de Holstein-Gottorp qui prend la relève de 1762 à 1917 a choisi de perpétuer le nom de Romanov. Une branche qui par parenthèse n’est pas éteinte de nos jours, laissant deux prétendants au trône, Dimitri Romanov et la grande-duchesse Maria de Russie.
Mais revenons à Michel I. Le premier tsar à accéder au trône n’est guère représentatif de la dynastie. Il est plutôt effacé, vit au couvent dans les jupes de sa mère et sait à peine lire et écrire quand on vient le chercher pour le couronner. De fait, il va laisser le pouvoir au conseil qui l’a désigné, puis à son père de retour de captivité en Pologne et s’intéresser davantage à l’horlogerie ou à trouver une épouse qu’à régler des conflits nombreux qui minent le pays, notamment avec la Suède et la Pologne.
Son fils Alexis I, dit Le Paisible, ne fera guère mieux, ajoutant aux conflits internes une révolte intérieure qui faillit lui coûter sa place, les émeutiers étant parvenus à envahir le Kremlin. À sa suite viendront Fédor III puis Ivan V et Pierre Ier qui seront nommés conjointement, avant que le dernier nommé ne dirige seul pour devenir Pierre le Grand.
Voici venu le temps de l’âge d’or. Après l’ascension et avant le déclin, voici l’apogée. Une période qui n’en est pas moins que les autres marquée par des rivalités, du sang, des larmes et les principes autocratiques qui ne seront jamais battus en brèche. Entre le génie des uns et la folie des autres, la limite est ténue. Pierre fera indubitablement partie des génies, lui qui sera un grand bâtisseur, mettra fin à quelques conflits avant d’ouvrir son pays à l’Europe et de «construire» Saint-Pétersbourg. Comme nombre de ses prédécesseurs et successeurs, il n’en conservera pas moins un côté sombre, comme lorsqu’il n’hésite pas à torturer son fils, par exemple. Il faudra toutefois attendre très longtemps avant de retrouver une telle figure de proue avec Catherine II qui arrive en 1762 au pouvoir en renversant son mari. Digne représentante du siècle des Lumières, protectrice des arts et de la culture, elle va aussi défrayer la chronique par son appétit sexuel.
Si l’ouvrage de Simon Sebag Montefiore est aussi vivant, c’est qu’il regorge d’anecdotes et nous prouve une fois de plus que la petite histoire est souvent le moteur de la grande Histoire, que certaines alliances se sont nouées sur l’oreiller, que certaines décisions stratégiques sont plus le résultat de jalousies ou de désir de vengeance envers un cousin plus que de la haute stratégie, quitte à ce que des centaines de soldats soient sacrifiés sur le front de cette politique des émotions.
On en trouvera un bel exemple avec Alexandre II. Si le «Libérateur» a affranchi les serfs, il aura aussi joué un jeu dangereux avec Napoléon III, Bismarck ou Victoria. Après avoir échappé à plusieurs attentats, il finira assassiné, comme du reste la plupart de ses successeurs jusqu’à Nicolas II.
De la romance, on bascule alors dans le drame. Des maîtresses que l’on installe dans les appartements qui jouxtent ceux de son épouse, on en arrive aux conseillers occultes et aux intrigues de Palais, admirablement détaillées par un spécialiste de la Russie. Grâce à ses bonnes relations avec le Prince Charles, l’auteur a notamment eu accès à quelques documents inédits, comme des correspondances qui éclairent avec davantage de netteté, voire de cruauté, quelques (mes)alliances.
C’est passionnant de bout en bout !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Benoît Yvert)
Noblesse & Royautés
Libération (D.K.)

Les premières pages du livre (comprenant l’arbre généalogique)

Extrait
« Les courtisans se déployèrent dans le royaume pour sélectionner des vierges adolescentes, principalement issues de familles de la petite noblesse, qui étaient ensuite envoyées à Moscou pour y vivre avec des membres de leur famille ou dans un manoir aménagé à cet effet. Au terme d’un long processus qui pouvait impliquer jusqu’à cinq cents candidates, six filles pomponnées et apprêtées par leurs familles étaient retenues.
Toutes les concurrentes paraissaient d’abord devant un jury de courtisans et de médecins qui éliminaient les plus faibles. L’on faisait ensuite parvenir au tsar et à ses conseillers des descriptions détaillant la beauté et la santé mais surtout les liens éventuels avec les clans du Kremlin. Pendant qu’elles attendaient nerveusement, leurs arbres généalogiques étaient abondamment épluchés.
Cette ancienne tradition suscitait la fascination des visiteurs étrangers, pour lesquels il s’agissait de la coutume moscovite la plus exotique. Expression d’une majesté mystérieuse, elle était en réalité surtout la réponse pratique à la difficulté que rencontraient les tsars pour attirer des femmes d’autres pays dans leur cour isolée et lointaine. »

A propos de l’auteur
Né en Angleterre en 1965, Simon Sebag Montefiore est diplômé d’histoire de l’université de Cambridge. Spécialiste de l’Histoire de la Russie, romancier et présentateur de télévision, il est membre de la Royal Society of Literature.
Il a reçu le prix Bruno Kreisky du livre politique, le Costa Biography Award et le prix de la Biographie du Los Angeles Times pour Le Jeune Staline (Calmann-Lévy, 2008). Ses ouvrages sont traduits dans plus de quarante langues. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

Site internet de l’auteur (en anglais)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags :
#lesromanov #RL2016 #histoire #rentreelitteraire #simonsebagmontefiore #calmannlevy #russie #romanov

 

La cache

BOLTANSKI_La_cache

La cache
Christophe Boltanski
Stock
Roman
Prix Fémina 2015
344 p., 20 €
ISBN: 9782234076372
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris rue de Grenelle, où se situe la cache. Toutefois de nombreux autres lieux sont évoqués au cours du roman : Odessa d’où la famille a émigré ainsi que Balta, Kiev, Minsk, Rostov-sur-le-Don, Moscou, Leningrad, Irkoutsk et Vladivostok ; une autre partie évoque les champs de bataille de la Grande Guerre et les camps de la Seconde Guerre : Bois l’Abbé, Malassise, Bouchavesnes, Riez, Fargny, Le chemin des Dames, Moussy, Braisne, Hauzy, Saint-Mard, Ostel, Château Ruiné, Chevregny, Coblentz, Auschwitz-Birkenau, Buchenwald ; les lieux de villégiature sont tout aussi nombreux : Iran, cercle polaire, Etats-Unis, Australie, Polynésie, Frise néerlandaise ; Egypte, Grande-Bretagne, Italie; sans oublier les destinations françaises : Marseille, Désertines, Vichy, Saint-Denis, Fougères, Ecouis, Saint-Mandé, Saint-Nazaire, Bourbon-Lancy, Ronce-les-Bains, Nantes, La Baule

Quand?
L’action se situe de 1895, date de l’émigration des ancêtres du narrateur, à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »
Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entre-deux », comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre
qui aurait pu tout engloutir ?
La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite « Rue-de-Grenelle », de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur.

Ce que j’en pense
****
«En près d’un siècle, ce récit a dû être raconté quelques dizaines de fois, par un nombre limité de personnes, cinq ou six, au maximum. Avec le temps, il a acquis la force d’une légende, d’une fable débarrassée de ses défauts, lissée par des années de manipulation. Il s’est durci, comme de la pâte à modeler. Il a fini par se dessécher puis devenir friable. Je me dépêche de le transposer sur le papier avant qu’il ne s’émiette et ne disparaisse à jamais. Il renferme évidemment une part de vérité. »
Quand Christophe Boltanski entreprend de raconter l’histoire de sa famille, de remonter dans son arbre généalogique, il sait combien l’entreprise est aléatoire. Mais le romancier dispose d’un atout de taille : il peut construire un scénario qui lui permettra d’occulter certains trous de mémoire, voire de sélectionner les anecdotes les plus marquantes pour nous proposer l’un des premiers romans les plus réussis de la rentrée 2015.
Chapitre après chapitre, on ajoute une pièce à l’appartement Rue-de-Grenelle où se situe la cache qui donne son titre au livre, un peu comme dans La vie mode d’emploi de Georges Perec. Toutefois, avant d’entrer dans la maison, on commence par la fiat 500 garée devant l’entrée. Cette petite voiture dans laquelle s’entassent les membres de la famille livre d’emblée la caractéristique principale des Boltanski : ils sont soudés les uns aux autres, ne formant quasiment qu’un seul corps aux multiples tentacules. Et tant pis s’il est un peu difficile de respirer, car cela permet de conjurer la peur. Celle qui peut accompagner des personnes qui ont un jour quitté Odessa pour venir s’installer en France et qui doivent constamment lutter contre la mélancolie liée à l’exil et multiplier les efforts pour s’intégrer. Et ce depuis les grands-parents, Marie-Élise, rebaptisée Myriam et son mari Etienne, jusqu’à leurs trois fils et leur fille, dont l’artiste Christian et Luc, le père de Christophe. Etienne est fier d’être russe, mais pressent que s’il veut se fondre dans la foule, il lui faudra raboter quelques aspects de sa personnalité. Juif, il se convertit au catholicisme, mais n’hésitera pas à se cacher durant l’Occupation dans un réduit, de crainte d’être raflé.
Tour à tour truculente, drôle, grave et formidablement attachante, la galerie de personnages nous permet de traverser le siècle tout en suivant les aventures quelquefois très rocambolesques, mais ô combien romanesques, qui nous sont ici proposées. Et si le drame est constamment sous-jacent, c’est d’abord la belle volonté et la formidable énergie qui dominent le récit : « Je n’ai jamais été aussi libre et heureux que dans cette maison. J’aimerais pouvoir la décrire avec la précision d’un entomologiste détaillant la vie d’une fourmilière, galerie après galerie, ce faisant, je passerais à côté de tout ce qui ne se voit pas à la loupe : l’incroyable appétit de vivre, les moments d’ivresse, d’euphorie même. »
Il n’y a pas mieux pour conjurer les mauvais jours !

Autres critiques
Babelio
BibliObs (Grégoire Leménager)
Télérama (Nathalie Crom)
La Presse (Marielle Bedek)
Libération (Philippe Lançon)
Le Point (Christophe Ono-Dit-Biot)
L’Express (Blog 8 plumes Marie-Florence Gaultier)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Clara et les mots

Extrait
« Objet mythique des films italiens des années cinquante, la Fiat de deuxième génération, dite Nuova 500, faisait penser à un bocal pour poissons rouges, à un sous-marin de poche, à un ovni, et moi, son passager, à un Martien projeté sur une planète inconnue. Dans son pays d’origine, on l’appelait la « bambina ». Moins flatteurs, les Français l’avaient surnommée le « pot de yaourt ». Son plancher rasait le sol. Sa tôle avait la finesse d’une feuille de papier. L’absence de portes et plus encore de fenêtres ouvrantes à l’arrière renforçait la sensation d’enfermement. Je pouvais passer des heures, adossé au moteur dont je sentais chaque pulsation, bringuebalé dans tous les sens, le corps en chien de fusil, les genoux coincés contre le siège avant, le visage collé au hublot, à regarder défiler, en contre-plongée, un Paris à l’époque presque uniformément noir, un paysage monotone flouté par la buée. Assourdi par les grondements discontinus de la machinerie, je remontais de grandes artères couvertes de suie, la rue Bonaparte, le boulevard Morland, l’avenue de Ségur, la rue de Sèvres, la rue Vaneau, l’avenue du Maine, dans un état d’apesanteur, comme si j’évoluais dans un monde sombre et aqueux (ne dit-on pas d’une circulation qu’elle est fluide ?), dans des fonds d’encre, des fosses abyssales peuplées de poissons diaphanes. J’étais blotti en position fœtale, à l’intérieur de ce caisson de forme ovoïde, exposé aux regards des autres et curieusement invisible, dans cet utérus sur roues piloté par ma grand-mère, au milieu de l’agitation de la ville. »

A propos de l’auteur
Christophe Boltanski est né en 1962. Entré en 1989 au journal Libération, il fut correspondant pendant presque dix ans pour le journal – d’abord à Jérusalem (1995-2000) puis à Londres (2000- 2004). Il co-dirigea ensuite le service étranger du journal jusqu’en 2007, avant de rejoindre Le Nouvel Observateur. Il est également actionnaire du site Internet d’information Rue 89, fondé par d’anciens journalistes de Libération. Il gagne en 2010 le prestigieux Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre pour un reportage sur une mine au Congo, dans la région du Nord-Kivu : Les mineurs de l’enfer.
Il est également l’auteur avec Jihan el-Tahri de Les Sept vies de Yasser Arafat (Grasset, 1997), avec Farah Mebarki, de Bethléem, 2000 ans de passion (Tallandier, 2000) et, avec Eric Aeschimann, de Chirac d’Arabie (Grasset, 2006). La cache est son premier roman. (Source : France Inter)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com

L’Enquête russe [Les enquêtes de Nicolas Le Floch t. 10]

PAROT_lenquete_russe

Les enquêtes de Nicolas Le Floch
L’Enquête russe

Jean-François Parot
Jean-Claude Lattès
Thriller historique
500 p. 18,5 €
ISBN: 2709636940
Paru en janvier 2012

Où?
L’action se déroule en France, principalement à Paris et à Beauvais, Versailles et en Russie, à Tsarskoïe Selo.

Quand?
Nicolas Le Floch enquête en 1782

Ce qu’en dit l’éditeur

1782. La France et les Insurgents américains sont en passe de l’emporter sur l’Angleterre. Le tsarévitch Paul, sous le nom de comte du Nord, séjourne incognito à Paris, étape de son tour d’Europe. Versailles entend se concilier les faveurs de l’héritier de l’empire russe. Nicolas Le Floch reçoit mission de Sartine et de Vergennes de monter un subterfuge lui permettant de gagner la confiance du fils de Catherine II. Qui assassine au même moment le comte de Rovski, ancien favori de la tsarine, exilé à Paris ?
Au cours d’une enquête minutieuse, et tout en participant aux divers événements de la visite princière, Nicolas Le Floch et l’inspecteur Bourdeau vont avancer pas à pas, de surprise en surprise, dans les milieux parisiens du jeu, de la galanterie, du négoce et de l’espionnage. Y a-t-il un lien entre ce crime et des meurtres à l’ambassade russe ? Qui massacre des filles galantes des boulevards ? Quel jeu pratiquent les entours du prince ? Qui est la mystérieuse princesse de Kesseoren, escroc de haut vol ? Que vient faire dans cet imbroglio un agent du Congrès américain protégé par Benjamin Franklin ?
Nicolas parviendra-t-il à dénouer les écheveaux mêlés de ces intrigues ? Quelle découverte lui réserve une quête qui mettra une nouvelle fois en cause ses fidélités ? Entouré des siens sous la houlette incertaine d’un Sartine tortueux, le commissaire des Lumières affrontera périls et trahisons…

Ce que j’en pense
***

Voilà déjà douze volumes des enquêtes de Nicolas Le Floch parus et, bien que figurant depuis de longs mois sur ma liste, je n’avais pas encore eu l’occasion découvrir cette série. Voilà qui est chose faite avec ce volume dont je peux tout d’abord confirmer qu’il peut se lire indépendamment des précédents. On se met d’emblée dans les pas de Nicolas Le Floch dans le Paris de 1782. Le Comte de Rovski y est assassiné au moment où le royaume de France cherche à s’attirer les bonnes grâces de la Russie. Du coup l’enquêteur doit faire preuve de tact et agir avec célérité, car les choses risquent de s’envenimer si on ne découvre pas très vite le fauteur de troubles.
Malheureusement, les choses se compliquent encore davantage avec une série de meurtres successifs. Il est plus aisé de dire des choses nouvelles que de concilier parfaitement et de réunir sous un seul point de vue toutes celles qui ont été dites, dira Nicolas, exposant par la même occasion sa méthode. Elle va faire merveille. Grâce aux indices dont il dispose et aux renseignements transmis par ses informateurs, il va dénouer l’affaire.
Ce thriller au temps de Louis XVI, on l’aura compris, n’a rien à envier aux bonnes histoires à suspense contemporaines. Ici, en revanche, le polar côtoie l’Histoire et nous permet d’une part de comprendre comment l’on vivait à l’époque, mais nous fait aussi découvrir les intenses tractations diplomatiques et le monde du renseignement à cette époque. On y découvre, par exemple, que le réseau français du renseignement tissait sa toile jusqu’à Saint-Pétersbourg. Les informations transmises de Russie seront du reste très utiles pour mettre la main sur un assassin de jeunes femmes à Paris. Même si quelquefois le récit tire un peu en longueur tant les détails foisonnent, gage au reste d’une excellente documentation, on ne peut en tenir rigueur à Jean-François Parot.
On trouve notamment, à côté de quelques recettes de cuisine de l’époque, la chronique des arts et lettres et notamment une critique très pertinentes des Liaisons dangereuses qui venaient de paraître : « Un livre qui a le mérite fort rare dans ce roman par lettres de conserver à chacun de ses protagonistes, en dépit de la multiplicité de leurs origines, son style particulier et son ton distinct. Mais ces menées perverses, cette immoralité dont je n’ignore pas qu’elle est commune aujourd’hui chez ceux qui devraient tenir à honneur de donner l’exemple de leurs mœurs me sidèrent par leur perversité ! » Une remarque qui s’appliquerait fort bien à mon premier roman qui est, rappelons-le, une adaptation moderne de ce roman épistolaire et que je vous invite aussi à découvrir…

Autres critiques
Babelio
L’Express
Le Figaro
Les Echos

Citations
« Après avoir remercié et salué Sanson, ils rejoignirent le bureau de permanence. Nicolas s’attela à la table pour écrire les messages que devait porter Bourdeau à Versailles.
Que dire à Aimée qu’elle ne sût déjà? Que sa charge une nouvelle fois l’empêchait de courir la rejoindre? Que le parfum du jasmin dans l’ombre de son cou le rendait fou? Qu’il l’aimait avec une sorte de désespoir? Il écrivit au fil de la plume avec fièvre. Dans ce désordre, espérait-il, elle saurait déchiffrer l’ardeur soutenue de la passion. Und oute cependant l’effleura alors ques a plume noircissait le papier. Ne jouait-il pas un jeu insincère? Sa charnelle attirance, que rien n’était venu diminuer, n’emportait-elle pas avec elle la passion amoureuse qui avait présidé naguère à leur liaison? Il chassa ses pensées importunes. Il devait pour l’heure ne réfléchir qu’à l’enquête et au cours délicat qu’elle allait désormais prendre. Il serait plus que malaisé de trouver un coupable au sein d’une ambassade étrangère, sous le double contrôle de ses chefs mais encore d’un prince étranger. Un srcupule ressurgit dans son cœur d’honnête homme. D’une certaine manière, hélas, il se savait immanquablement conduit à tromper l’héritier d’un empire qui lui avait sans précaution ouvert ses sentiments les plus secrets. Comment lui, Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil, homme d’honneur, était-il sur le point de se livrer à ce qu’il fallait bien nommer par son nom, un double jeu, une forfaiture ? Que cela se fît au service du roi ne changeait rien à la chose. » (p. 254-255)

Site internet de la série
nicolaslefloch.fr

A propos de l’auteur
Ancien diplomate, spécialiste d’Histoire, Jean-François Parot développe une œuvre qui s’appuie sur la vie et les mœurs du XVIIIe siècle. (Source: Jean-Claude Lattès)
Fiche Wikipédia

Commandez le livre en ligne
Amazon