La cache

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La cache
Christophe Boltanski
Stock
Roman
Prix Fémina 2015
344 p., 20 €
ISBN: 9782234076372
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris rue de Grenelle, où se situe la cache. Toutefois de nombreux autres lieux sont évoqués au cours du roman : Odessa d’où la famille a émigré ainsi que Balta, Kiev, Minsk, Rostov-sur-le-Don, Moscou, Leningrad, Irkoutsk et Vladivostok ; une autre partie évoque les champs de bataille de la Grande Guerre et les camps de la Seconde Guerre : Bois l’Abbé, Malassise, Bouchavesnes, Riez, Fargny, Le chemin des Dames, Moussy, Braisne, Hauzy, Saint-Mard, Ostel, Château Ruiné, Chevregny, Coblentz, Auschwitz-Birkenau, Buchenwald ; les lieux de villégiature sont tout aussi nombreux : Iran, cercle polaire, Etats-Unis, Australie, Polynésie, Frise néerlandaise ; Egypte, Grande-Bretagne, Italie; sans oublier les destinations françaises : Marseille, Désertines, Vichy, Saint-Denis, Fougères, Ecouis, Saint-Mandé, Saint-Nazaire, Bourbon-Lancy, Ronce-les-Bains, Nantes, La Baule

Quand?
L’action se situe de 1895, date de l’émigration des ancêtres du narrateur, à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »
Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entre-deux », comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre
qui aurait pu tout engloutir ?
La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite « Rue-de-Grenelle », de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur.

Ce que j’en pense
****
«En près d’un siècle, ce récit a dû être raconté quelques dizaines de fois, par un nombre limité de personnes, cinq ou six, au maximum. Avec le temps, il a acquis la force d’une légende, d’une fable débarrassée de ses défauts, lissée par des années de manipulation. Il s’est durci, comme de la pâte à modeler. Il a fini par se dessécher puis devenir friable. Je me dépêche de le transposer sur le papier avant qu’il ne s’émiette et ne disparaisse à jamais. Il renferme évidemment une part de vérité. »
Quand Christophe Boltanski entreprend de raconter l’histoire de sa famille, de remonter dans son arbre généalogique, il sait combien l’entreprise est aléatoire. Mais le romancier dispose d’un atout de taille : il peut construire un scénario qui lui permettra d’occulter certains trous de mémoire, voire de sélectionner les anecdotes les plus marquantes pour nous proposer l’un des premiers romans les plus réussis de la rentrée 2015.
Chapitre après chapitre, on ajoute une pièce à l’appartement Rue-de-Grenelle où se situe la cache qui donne son titre au livre, un peu comme dans La vie mode d’emploi de Georges Perec. Toutefois, avant d’entrer dans la maison, on commence par la fiat 500 garée devant l’entrée. Cette petite voiture dans laquelle s’entassent les membres de la famille livre d’emblée la caractéristique principale des Boltanski : ils sont soudés les uns aux autres, ne formant quasiment qu’un seul corps aux multiples tentacules. Et tant pis s’il est un peu difficile de respirer, car cela permet de conjurer la peur. Celle qui peut accompagner des personnes qui ont un jour quitté Odessa pour venir s’installer en France et qui doivent constamment lutter contre la mélancolie liée à l’exil et multiplier les efforts pour s’intégrer. Et ce depuis les grands-parents, Marie-Élise, rebaptisée Myriam et son mari Etienne, jusqu’à leurs trois fils et leur fille, dont l’artiste Christian et Luc, le père de Christophe. Etienne est fier d’être russe, mais pressent que s’il veut se fondre dans la foule, il lui faudra raboter quelques aspects de sa personnalité. Juif, il se convertit au catholicisme, mais n’hésitera pas à se cacher durant l’Occupation dans un réduit, de crainte d’être raflé.
Tour à tour truculente, drôle, grave et formidablement attachante, la galerie de personnages nous permet de traverser le siècle tout en suivant les aventures quelquefois très rocambolesques, mais ô combien romanesques, qui nous sont ici proposées. Et si le drame est constamment sous-jacent, c’est d’abord la belle volonté et la formidable énergie qui dominent le récit : « Je n’ai jamais été aussi libre et heureux que dans cette maison. J’aimerais pouvoir la décrire avec la précision d’un entomologiste détaillant la vie d’une fourmilière, galerie après galerie, ce faisant, je passerais à côté de tout ce qui ne se voit pas à la loupe : l’incroyable appétit de vivre, les moments d’ivresse, d’euphorie même. »
Il n’y a pas mieux pour conjurer les mauvais jours !

Autres critiques
Babelio
BibliObs (Grégoire Leménager)
Télérama (Nathalie Crom)
La Presse (Marielle Bedek)
Libération (Philippe Lançon)
Le Point (Christophe Ono-Dit-Biot)
L’Express (Blog 8 plumes Marie-Florence Gaultier)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Clara et les mots

Extrait
« Objet mythique des films italiens des années cinquante, la Fiat de deuxième génération, dite Nuova 500, faisait penser à un bocal pour poissons rouges, à un sous-marin de poche, à un ovni, et moi, son passager, à un Martien projeté sur une planète inconnue. Dans son pays d’origine, on l’appelait la « bambina ». Moins flatteurs, les Français l’avaient surnommée le « pot de yaourt ». Son plancher rasait le sol. Sa tôle avait la finesse d’une feuille de papier. L’absence de portes et plus encore de fenêtres ouvrantes à l’arrière renforçait la sensation d’enfermement. Je pouvais passer des heures, adossé au moteur dont je sentais chaque pulsation, bringuebalé dans tous les sens, le corps en chien de fusil, les genoux coincés contre le siège avant, le visage collé au hublot, à regarder défiler, en contre-plongée, un Paris à l’époque presque uniformément noir, un paysage monotone flouté par la buée. Assourdi par les grondements discontinus de la machinerie, je remontais de grandes artères couvertes de suie, la rue Bonaparte, le boulevard Morland, l’avenue de Ségur, la rue de Sèvres, la rue Vaneau, l’avenue du Maine, dans un état d’apesanteur, comme si j’évoluais dans un monde sombre et aqueux (ne dit-on pas d’une circulation qu’elle est fluide ?), dans des fonds d’encre, des fosses abyssales peuplées de poissons diaphanes. J’étais blotti en position fœtale, à l’intérieur de ce caisson de forme ovoïde, exposé aux regards des autres et curieusement invisible, dans cet utérus sur roues piloté par ma grand-mère, au milieu de l’agitation de la ville. »

A propos de l’auteur
Christophe Boltanski est né en 1962. Entré en 1989 au journal Libération, il fut correspondant pendant presque dix ans pour le journal – d’abord à Jérusalem (1995-2000) puis à Londres (2000- 2004). Il co-dirigea ensuite le service étranger du journal jusqu’en 2007, avant de rejoindre Le Nouvel Observateur. Il est également actionnaire du site Internet d’information Rue 89, fondé par d’anciens journalistes de Libération. Il gagne en 2010 le prestigieux Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre pour un reportage sur une mine au Congo, dans la région du Nord-Kivu : Les mineurs de l’enfer.
Il est également l’auteur avec Jihan el-Tahri de Les Sept vies de Yasser Arafat (Grasset, 1997), avec Farah Mebarki, de Bethléem, 2000 ans de passion (Tallandier, 2000) et, avec Eric Aeschimann, de Chirac d’Arabie (Grasset, 2006). La cache est son premier roman. (Source : France Inter)

Site Wikipédia de l’auteur

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L’Enquête russe [Les enquêtes de Nicolas Le Floch t. 10]

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Les enquêtes de Nicolas Le Floch
L’Enquête russe

Jean-François Parot
Jean-Claude Lattès
Thriller historique
500 p. 18,5 €
ISBN: 2709636940
Paru en janvier 2012

Où?
L’action se déroule en France, principalement à Paris et à Beauvais, Versailles et en Russie, à Tsarskoïe Selo.

Quand?
Nicolas Le Floch enquête en 1782

Ce qu’en dit l’éditeur

1782. La France et les Insurgents américains sont en passe de l’emporter sur l’Angleterre. Le tsarévitch Paul, sous le nom de comte du Nord, séjourne incognito à Paris, étape de son tour d’Europe. Versailles entend se concilier les faveurs de l’héritier de l’empire russe. Nicolas Le Floch reçoit mission de Sartine et de Vergennes de monter un subterfuge lui permettant de gagner la confiance du fils de Catherine II. Qui assassine au même moment le comte de Rovski, ancien favori de la tsarine, exilé à Paris ?
Au cours d’une enquête minutieuse, et tout en participant aux divers événements de la visite princière, Nicolas Le Floch et l’inspecteur Bourdeau vont avancer pas à pas, de surprise en surprise, dans les milieux parisiens du jeu, de la galanterie, du négoce et de l’espionnage. Y a-t-il un lien entre ce crime et des meurtres à l’ambassade russe ? Qui massacre des filles galantes des boulevards ? Quel jeu pratiquent les entours du prince ? Qui est la mystérieuse princesse de Kesseoren, escroc de haut vol ? Que vient faire dans cet imbroglio un agent du Congrès américain protégé par Benjamin Franklin ?
Nicolas parviendra-t-il à dénouer les écheveaux mêlés de ces intrigues ? Quelle découverte lui réserve une quête qui mettra une nouvelle fois en cause ses fidélités ? Entouré des siens sous la houlette incertaine d’un Sartine tortueux, le commissaire des Lumières affrontera périls et trahisons…

Ce que j’en pense
***

Voilà déjà douze volumes des enquêtes de Nicolas Le Floch parus et, bien que figurant depuis de longs mois sur ma liste, je n’avais pas encore eu l’occasion découvrir cette série. Voilà qui est chose faite avec ce volume dont je peux tout d’abord confirmer qu’il peut se lire indépendamment des précédents. On se met d’emblée dans les pas de Nicolas Le Floch dans le Paris de 1782. Le Comte de Rovski y est assassiné au moment où le royaume de France cherche à s’attirer les bonnes grâces de la Russie. Du coup l’enquêteur doit faire preuve de tact et agir avec célérité, car les choses risquent de s’envenimer si on ne découvre pas très vite le fauteur de troubles.
Malheureusement, les choses se compliquent encore davantage avec une série de meurtres successifs. Il est plus aisé de dire des choses nouvelles que de concilier parfaitement et de réunir sous un seul point de vue toutes celles qui ont été dites, dira Nicolas, exposant par la même occasion sa méthode. Elle va faire merveille. Grâce aux indices dont il dispose et aux renseignements transmis par ses informateurs, il va dénouer l’affaire.
Ce thriller au temps de Louis XVI, on l’aura compris, n’a rien à envier aux bonnes histoires à suspense contemporaines. Ici, en revanche, le polar côtoie l’Histoire et nous permet d’une part de comprendre comment l’on vivait à l’époque, mais nous fait aussi découvrir les intenses tractations diplomatiques et le monde du renseignement à cette époque. On y découvre, par exemple, que le réseau français du renseignement tissait sa toile jusqu’à Saint-Pétersbourg. Les informations transmises de Russie seront du reste très utiles pour mettre la main sur un assassin de jeunes femmes à Paris. Même si quelquefois le récit tire un peu en longueur tant les détails foisonnent, gage au reste d’une excellente documentation, on ne peut en tenir rigueur à Jean-François Parot.
On trouve notamment, à côté de quelques recettes de cuisine de l’époque, la chronique des arts et lettres et notamment une critique très pertinentes des Liaisons dangereuses qui venaient de paraître : « Un livre qui a le mérite fort rare dans ce roman par lettres de conserver à chacun de ses protagonistes, en dépit de la multiplicité de leurs origines, son style particulier et son ton distinct. Mais ces menées perverses, cette immoralité dont je n’ignore pas qu’elle est commune aujourd’hui chez ceux qui devraient tenir à honneur de donner l’exemple de leurs mœurs me sidèrent par leur perversité ! » Une remarque qui s’appliquerait fort bien à mon premier roman qui est, rappelons-le, une adaptation moderne de ce roman épistolaire et que je vous invite aussi à découvrir…

Autres critiques
Babelio
L’Express
Le Figaro
Les Echos

Citations
« Après avoir remercié et salué Sanson, ils rejoignirent le bureau de permanence. Nicolas s’attela à la table pour écrire les messages que devait porter Bourdeau à Versailles.
Que dire à Aimée qu’elle ne sût déjà? Que sa charge une nouvelle fois l’empêchait de courir la rejoindre? Que le parfum du jasmin dans l’ombre de son cou le rendait fou? Qu’il l’aimait avec une sorte de désespoir? Il écrivit au fil de la plume avec fièvre. Dans ce désordre, espérait-il, elle saurait déchiffrer l’ardeur soutenue de la passion. Und oute cependant l’effleura alors ques a plume noircissait le papier. Ne jouait-il pas un jeu insincère? Sa charnelle attirance, que rien n’était venu diminuer, n’emportait-elle pas avec elle la passion amoureuse qui avait présidé naguère à leur liaison? Il chassa ses pensées importunes. Il devait pour l’heure ne réfléchir qu’à l’enquête et au cours délicat qu’elle allait désormais prendre. Il serait plus que malaisé de trouver un coupable au sein d’une ambassade étrangère, sous le double contrôle de ses chefs mais encore d’un prince étranger. Un srcupule ressurgit dans son cœur d’honnête homme. D’une certaine manière, hélas, il se savait immanquablement conduit à tromper l’héritier d’un empire qui lui avait sans précaution ouvert ses sentiments les plus secrets. Comment lui, Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil, homme d’honneur, était-il sur le point de se livrer à ce qu’il fallait bien nommer par son nom, un double jeu, une forfaiture ? Que cela se fît au service du roi ne changeait rien à la chose. » (p. 254-255)

Site internet de la série
nicolaslefloch.fr

A propos de l’auteur
Ancien diplomate, spécialiste d’Histoire, Jean-François Parot développe une œuvre qui s’appuie sur la vie et les mœurs du XVIIIe siècle. (Source: Jean-Claude Lattès)
Fiche Wikipédia

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