Les Tuesdan de Sévignac

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En deux mots:
Premier tome d’une formidable saga bretonne, riche en rebondissements, qui nous permet d’apprendre beaucoup de manière fort distrayante. Derrière les secrets de la famille Tuesdan de Sévignac, près de deux siècles vont défiler.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La saga de la Côte d’Émeraude

Les Tuesdan de Sévignac ont de nombreux secrets de famille. Une enquête, menée par un antiquaire passionné, va nous les révéler. Un vrai bonheur de lecture.

Ceux qui suivent régulièrement mes chroniques savent que j’aime tout à la fois découvrir de nouvelles plumes – d’où mon soutien aux «68 premières fois» – et mon plonger dans les romans dits de terroir. Car si ces derniers ne bénéficient trop souvent que d’une couverture médiatique locale, leur intérêt dépasse largement le cadre de la région où ils sont ancrés. Jean-Yves Lesné en apporte à nouveau une preuve éclatante avec Les Tuesdan de Sévignac. Une famille qui n’a rien à envier aux Thibault, aux Boussardel, aux Jalna, aux Gens de Mogador ou même aux Rougon-Maquart.
C’est à la faveur d’une expertise demandée par Bérangère, la maîtresse de maison, à un antiquaire de Dol-de-Bretagne que nous pénétrons une première fois dans la vaste demeure des Tuesdan de Sévignac et que, au fil des pages, allons découvrir Les secrets de la Malouinière. Loïc Kermeur ne peut qu’être impressionné par le mobilier et la décoration, mais s’il ressent aussi un malaise diffus. Qui ne va pas tarder se confirmer. Bertrand, le fils, fait claquer les portes. Si son attitude met en émoi Yolande, la cuisinière, cet épisode laisse son père Léo et sa sœur Anne-Marie indifférents. Marcel, le mari de Yolande, l’homme à tout faire de la Malouinière tente de minimiser l’incident, rejoignant ainsi le jugement d’un autre invité, le psychiatre Yves Toscani qui a fort à faire avec tous les névrosés qui prolongent une lignée déjà bien chargée en secrets de famille.
Un secrétaire en bois laqué donné en dédommagement de l’expertise effectuée et d’un inventaire encore à faire va nous permettre d’en savoir plus. En attaquant les travaux de rénovation de ce meuble, l’antiquaire va découvrir un compartiment secret renfermant un carnet signé Richard Tuesdan de Sévignac.
À compter de ce moment, le lecteur est convié à suivre d’une part l’enquête de l’antiquaire à la Malouinière, avide d’en savoir plus sur cette noble famille et d’autre part à prendre connaissance du manuscrit. Petit à petit l’arbre généalogique prend forme et va lever le voile sur une descendance bien mystérieuse.
N’en dévoilons pas trop, de peur de gâcher votre plaisir, amis lecteurs, mais sachez qu’un enfant abandonné, des amours ancillaires et des enfants naturels viendront perturber la belle légende et expliquer par la même occasion quelques troubles psychiatriques et les liens particuliers qui unissent les maîtres et le personnel de maison. Même le nom de famille recèle son pesant de mystère…
Rassurons aussi les amateurs de grand large et d’aventure. Des navires négriers aux cap-horniers, on prendra aussi souvent la mer avec les Tuesdan de Sévignac. Ils connaîtront du reste des fortunes diverses. De Terre-Neuve à Valparaiso, d’autres histoires s’écrivent, d’autres destins se lient, d’autres familles viennent s’imbriquer dans cette somptueuse toile tissée d’une plume élégante par Jean-Yves Lesné.
Et comme la première édition de l’ouvrage date de 2013, il nous permet dans plus attendre de découvrir le tome 2, voire 3 de sa saga, réédités sous une nouvelle couverture. Gageons que, comme moi, vous ne résisterez pas à l’appel de L’impossible héritage et de J’ai tellement de choses à te dire.

Les Tuesdan de Sévignac
T. 1 Les secrets de la Malouinière
Jean-Yves Lesné
Éditions Coop Breizh
Roman
374 p., 13,90 €
EAN : 9782843468285
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Bretagne, principalement sur la Côte d’Émeraude, ainsi qu’à Terre-Neuve et au Chili.

Quand?
L’action se situe de 1851 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand l’antiquaire Loïc Kermeur se retrouve pour la première fois à la Malouinière, vaste demeure de caractère sur la Côte d’Émeraude, il est loin d’imaginer que sa vie va s’en trouver bouleversée.
Depuis plusieurs générations, cette Malouinière est le théâtre d’un huis-clos familial qui imprègne aujourd’hui encore la vie de ses occupants : les Tuesdan de Sévignac.
L’antiquaire découvre, dans un vieux meuble, des écrits anciens révélant tout un pan, méconnu ou ignoré, de l’histoire cette famille au passé maritime prestigieux, entre Saint-Malo et Valparaíso.
Saga familiale et faits historiques se croisent, se chevauchent, se bousculent ; d’intrigues en révélations, d’énigmes en rebondissements, du début du XIXe siècle à nos jours, des faits mystérieux jalonnent l’existence de l’illustre lignée. Loïc Kermeur parviendra-t-il à démêler ces secrets pour lesquels il se passionne ? Et si certains demeuraient à jamais enfouis ?

Les autres critiques
Babelio 

Les premières pages du livre
« La sonnette retentit. Yolande traversa le vaste hall et ouvrit la lourde porte en chêne massif dont deux épaisses vitres brouillées, dans sa partie supérieure, laissaient filtrer en l’atténuant la lumière du jour. L’homme qui se présentait sur le perron était brocanteur-antiquaire, s’appelait Loïc Kermeur. Il venait pour la première fois en ces lieux.
Yolande, l’employée, le pria de patienter quelques instants. Le visiteur promena son regard le long des murs et jusqu’au plafond qui s’élevait à plus de six mètres. Face à lui un escalier monumental en bois, ce devait être du châtaignier avec une balustrade torsadée, donnait à l’ensemble une impression de démesure. Un lustre massif, impressionnant, composé d’innombrables ampoules aux formes élancées, ressemblant à des flammes, disposées sur trois niveaux, achevait de rendre l’endroit majestueux.
L’attente fut de courte durée. A l’étage, il perçut nettement des éclats de voix suivis d’un claquement de porte, manifestement c’était le signe d’une dispute ou pour le moins d’un désaccord. Loïc Kermeur fit celui qui n’avait rien entendu. Des pas martelaient le plancher juste au-dessus, succédèrent des bruits plus saccadés provenant de l’escalier. Une femme s’avançait vers le visiteur. Son teint cireux, ses joues creusées, ses sourcils finement dessinés, ses cheveux longs, noirs ébène, tirés en arrière formant un chignon savamment posés derrière sa nuque. Elle scruta fixement l’homme qui attendait:
– Bonjour monsieur Kermeur, je suis madame Tuesdan de Sévignac, je vous remercie de vous être déplacé.
– Madame, c’est un plaisir de faire votre connaissance, vous avez une très jolie demeure.
– Voilà, je vous ai demandé de venir car nous possédons des meubles entreposés dans une dépendance tout à côté et j’aimerais que vous y jetiez un œil.
– C’est mon travail d’estimer, d’expertiser le mobilier et tous les objets dont on veut se séparer; dit l’antiquaire.
– Pour l’instant, je ne sais pas encore si nous allons les vendre, je voudrais d’abord en connaître la valeur, répondit son interlocutrice.
Ils se retrouvèrent au milieu de meubles de toutes sortes: commodes, buffets, armoires, chevets, tables, fauteuils, tableaux, guéridons, lits démontés…, le tout recouvert d’une poussière soulignant que des mois, plus sûrement des années s’étaient écoulées depuis le jour où ils avaient été déposés là.
– Ce que vous me demandez va prendre plusieurs jours. Je ne voudrais pas faire ce travail à moitié. C’est impressionnant tout ce que vous possédez dans cette remise. Puis-je vous demander le but précis que vous recherchez, dit l’antiquaire?
– Pour l’instant, en connaître la valeur. Ce sont des biens de famille, de mon côté, entreposés pour les léguer: mais…
Elle s’interrompit net. Monsieur Kermeur supposa que ce silence devait dissimuler une réalité gênante ou douloureuse. »

À propos de l’auteur
Jean-Yves Lesné est breton. Titulaire d’un DEA en Sciences Sociales, il a travaillé plus de trente ans dans le milieu psychiatrique. Il partage aujourd’hui son temps entre sa famille, l’écriture de romans, les voyages aux quatre coins du monde, la musique classique et la marche dans sa campagne bretonne. (Source : Éditions Coop Breizh)

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La Maison des Turner

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que l’on retrouve avec ce roman les belles sagas populaires, avec le portrait d’une famille de treize enfants tout au long du dernier demi-siècle qui vient de s’écouler jusqu’à la dernière grave crise économique de la fin des années 2000.

2. Parce que, comme l’écrit «MadameOurse», « c’est un récit de fratrie, d’amour, d’amitié, de condition sociale, d’héritage. Les relations dans cette grande fratrie sont complètement différentes de ce qui peut exister dans une famille traditionnelle avec moins d’enfants car il y a énormément d’interactions à gérer et c’est ça qui fait la touche spéciale du roman. »

3. Parce que nous sommes loin de l’eau de rose. Tout au contraire l’auteur aborde tous les sujets – difficiles – sans tabou : l’alcoolisme, la drogue, la dépendance au jeu, sans oublier pour une famille afro-américaine les tensions entre la communauté et la police, les problèmes économiques ainsi que le rapport à la religion.

La maison des Turner
Angela Flournoy
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut
352 p., 21,90 €
EAN : 9782365692014
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.
Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison ?

Les critiques
Babelio
20 minutes (2 minutes pour choisir)
Jeune Afrique (Nelly Fualdes)
Blog La rousse bouquine
Blog Café Powell 
Blog Carobookine
Blog A Domi mots 
Blog Totalybrune 
Blog Dans ma liseuse hyperfertile 
Blog Voyages au fil des pages

Les premières pages du livre

Extrait
« La lumière du jour qui inondait le salon l’arrêta sur le palier du rez-de-chaussée. Lelah savait que presque tout le mobilier de la maison avait été partagé, à l’exception du vieux lit et de la commode, dont personne n’avait voulu. Elle n’avait jamais songé que les murs eux aussi seraient dépouillés. Des dizaines de silhouettes marron – ovales et rectangulaires – indiquaient sur le papier peint jaune l’emplacement de photos encadrées. Il n’y avait pas si longtemps, chaque descendant de Francis et de Viola Turner vous souriait depuis les murs du salon. Quatre générations, presque une centaine de visages. Certains coiffés afro, d’autres Jehri curl, quelques chauves, davantage de dégarnis. Toques de fac, blouses d’infirmières, ventres replets et robes de mariée. »

À propos de l’auteur
Diplômée de Iowa Writers’ Workshop et de l’Université de Californie du Sud, Angela Flournoy a enseigné à l’Université de l’Iowa, à la The New School et à l’Université Columbia. La maison des Turner (The Turner House, 2015), son premier roman, a obtenu le First Novelist Award. (Source : Éditions Les Escales)

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L’été en poche (55)

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Ciel d’acier

En 2 mots
La saga des Mohawks, constructeurs de gratte-ciel, est formidablement mise en scène, du 11 septembre à aujourd’hui. Un roman vertigineux.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Le Parisien magazine
« La réputation des ironworkers (« monteurs d’acier ») vient de là. Ils se risquent sur des poutres suspendues dans le vide pour poser leurs rivets à grands coups de marteau. Leurs aventures sont peuplées de drames sanglants, de bagarres terribles, d’amours impossibles… Michel Moutot nous les restitue avec toute l’authenticité qu’autorise le travail d’un romancier animé par la flamboyance de ces hommes d’exception. On sort de cette lecture pantelant, mais ébloui.»

Vidéo


Michel Moutot présente «Ciel d’acier». © Production Librairie Mollat.

La huitième vie (pour Brilka)

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En deux mots
Sept livres rassemblés en un seul pour raconter à travers la vie d’une famille géorgienne un siècle de bruit et de fureur, de bouleversements et de drames, mais aussi de grandes espérances. Un extraordinaire roman !

etoileetoileetoileetoileetoile Ma note
(coup de cœur, livre indispensable)

La Huitième Vie (pour Brilka)
Nino Haratischwili
Éditions Piranha
Roman
traduit de l’allemand par Barbara Fontaine et Monique Rival
928 p., 26,50 €
EAN : 9782371190542
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Géorgie, à Tbilissi et dans les environs, mais également à Moscou, Prague ou encore Saint-Pétersbourg, puis nous fait voyager à Vienne, Berlin, Londres, Boston, Baltimore, Detroit, Miami, San Francisco, Paris, Lyon, Genève, Turin ou encore Las Vegas.

Quand?
L’action se situe sur plus d’un siècle, de 1900 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Puissante saga familiale qui traverse l’Europe du XXe siècle, La Huitième Vie retrace l’histoire d’une famille géorgienne à travers six générations de femmes. En ce début de XXe siècle, en Géorgie, Stasia rêve d’une carrière de danseuse à Paris lorsqu’elle tombe amoureuse d’un brillant officier qu’elle épouse. Quelques années plus tard, fuyant les tourments de la révolution bolchévique, elle se réfugie avec ses enfants chez sa sœur Christine à Tbilissi. Une belle harmonie semble s’installer jusqu’au jour où la beauté de Christine attire l’œil du sinistre Beria.
En ce début de XXIe siècle, Niza, l’arrière-petite fille de Stasia, s’est installé à Berlin pour fuir le poids d’un passé familial trop douloureux. Quand Brilka, sa jeune nièce, profite d’un voyage à l’Ouest pour fuguer, c’est à elle de la ramener au pays. À la recherche de son identité, elle entreprend d’écrire, pour elle et pour Brilka, l’histoire tragique de la famille Iachi.

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Ce que j’en pense
« Brilka, qui s’est elle-même rebaptisée et a exigé d’être nommée ainsi avec un tel entêtement que les autres ont fini par oublier son nom véritable. Même si je ne te l’ai jamais dit, je voudrais tellement t’aider, Brilka, tellement t’aider à écrire ou réécrire ton histoire autrement. C’est pour ne pas m’en tenir à le dire, mais pour le prouver aussi que j’écris tout ça. Pour cette seule raison. Je dois ces lignes à un siècle qui a trompé et abusé tout le monde, tous ceux qui espéraient. Je dois ces lignes à une impérissable trahison, qui s’est abattue comme une malédiction sur ma famille. Je dois ces lignes à ma sœur, à qui je n’ai jamais pu pardonner de s’être envolée sans ailes cette fameuse nuit, à mon grand-père, à qui ma sœur avait arraché le cœur, à mon arrière-grand-mère, qui, à quatre-vingt-trois ans, dansa avec moi un pas de deux, à ma mère, qui a cherché Dieu… Je dois ces lignes à Miro, qui m’a infusé l’amour comme un poison, je dois ces lignes à mon père, que je n’ai jamais pu connaître vraiment, je dois ces lignes à un fabricant de chocolat… »
Dès les premières pages de ce somptueux roman, le lecteur sait à quoi s’en tenir. En un peu moins de mille pages (pensez à vous réserver quelques longues plages de lecture avant d’attaquer ce pavé), il va avoir droit à une formidable traversée d’un siècle vu à travers le microcosme d’une famille géorgienne, à travers des personnages attachants, répugnants, fantasques, amoureux, idéalistes jusqu’à cette Brilka, née en 1993, et à qui le livre est dédié. Elle sera «la huitième vie» et aura la lourde tâche de réussir là où les autres ont échoué, n’ayant pas réussi à comprendre ce que pouvait vouloir dire le mot liberté. Si l’ordre de mission est clair, il n’en est pas moins très difficile à atteindre : « Passe à travers toutes les guerres. Passe à travers toutes les frontières. Je te dédie tous les dieux et tous les rosaires, toutes les brûlures, tous les espoirs décapités, toutes les histoires. Passe au travers. Tu en as les moyens, Brilka. Pense au huit. Nous serons tous reliés à jamais dans ce chiffre, nous pourrons nous écouter les uns les autres à jamais, par-delà les siècles. Tu en seras capable. Sois tout ce que nous avons été et n’avons pas été. Sois lieutenant, funambule, marin, comédienne, cinéaste, pianiste, amante, mère, infirmière, écrivain, sois rouge, et blanche, et bleue, sois le chaos et sois le ciel, sois eux et sois moi, et ne sois rien de tout cela, danse surtout d’innombrables pas de deux. Passe à travers cette histoire, laisse la derrière toi. »
Le huitième livre est par conséquent celui qui reste à écrire, celui de la dernière descendante de cette lignée que l’on suivra de génération en génération tout au long d’un XXe siècle plein de bruit et de fureur, de déchirements et de grandes espérances.
Ce roman est en fait un concentré de sept livres, chacun portant le prénom d’un membre de la famille: Stasia, Christine, Kostia, Kitty, Elene, Daria et Niza.

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Stasia Iachi, né en 1900, est la mémoire de la famille, celui qui accompagne les nouvelles générations, celui qui détient les secrets, celui dont personne ne saurait remettre en cause le statut d’autorité morale.
Christine, sa demi-sœur née en 1907, femme superbe, mais dont la beauté causera aussi son malheur, est l’autre éminence grise qui traversera le siècle. Kostia (1921) et Kitty (1924) sont les deux enfants de Stasia, aussi différents dans leur caractère que dans leur destin. Ils se retrouveront en première ligne durant la Seconde guerre mondiale. Tandis que Kostia s’engage très tôt pour le nouveau pouvoir et l’avenir radieux promis par les dirigeants soviétiques. Un engagement qu’il ne reniera jamais, préférant la compromission et la trahison pour bénéficier de quelques privilèges. Sa sœur Kitty sera la rebelle de la famille – l’un de mes personnages préférés – qui sera contrainte à l’exil et découvrira loin de sa famille, à Vienne puis Londres, le destin des exilés. En revanche, elle partagera la solidarité des bannis, entamera une carrière de chanteuse, trouvera l’amour et aura l’occasion de retourner de l’autre côté du rideau de fer pour un concert à Prague en… 1968 ! Elene, la fille de Kostia née en 1953, aura beaucoup de mal à trouver sa voie, déchirée entre la voie choisie par sa tante et l’héritage familial incarné par son père. Une indécision qui se reflètera aussi dans sa vie sentimentale. À 17 ans elle mettra au monde Daria, fruit de sa brève liaison avec Vassili et qui choisira la carrière cinématographique. Trois ans plus tard, en 1973, naîtra Niza qui elle choisira la littérature. C’est du reste la narratrice compulsive de cette épopée : « C’est peut-être ce jour-là précisément que j’ai compris aussi que dans la courte et banale histoire de ma vie étaient déjà inscrites beaucoup d’autres vies qui côtoyaient mes pensées et mes souvenirs, que je collectionnais et qui me faisaient grandir. Et que les histoires que j’aimais tant soutirer à Stasia n’étaient pas des contes qui me transportaient dans un autre temps, elles constituaient la terre ferme sur laquelle je vivais. Accroupie devant la porte du bureau de Kostia, retenant mon souffle, les poings serrés par la concentration, je compris que je voulais, plus que tout, faire dans la vie ce que venait de faire cette femme aveugle et néanmoins si clairvoyante : réunir ce qui s’était dispersé. Rassembler les souvenirs épars qui ne font sens que lorsque tous les éléments forment un tout. Et nous tous, sciemment ou inconsciemment, nous dansons, suivant une mystérieuse chorégraphie, à l’intérieur de ce puzzle reconstitué. »
Il y aurait encore tant à dire sur cette famille et sur ce roman qui nous permet de découvrir la Géorgie, ses légendes et son destin. « Le pays dont la langue ne connaît pas de genre (ce qui ne revient en aucun cas à l’égalité entre les sexes). Un pays qui, le siècle dernier, après cent trente-cinq ans de tutelle tsariste et russe, réussit à instaurer la démocratie, démocratie qui tint quatre ans avant d’être renversée par les bolcheviks, Russes pour la plupart, mais Géorgiens aussi, qui proclamèrent la République socialiste de Géorgie et, du même coup, une des (quinze) républiques de l’Union soviétique. Le pays est resté un membre de cette Union pendant soixante-dix ans. Ont suivi de nombreux bouleversements, des manifestations réprimées dans le sang, de nombreuses guerres civiles, et enfin la démocratie si ardemment désirée – bien que cette appellation reste une question de perspective et d’interprétation. Je trouve que notre pays peut être tout à fait drôle (je veux dire : pas seulement tragique). Que dans notre pays, il est aussi tout à fait possible d’oublier, comme il est possible de refouler. Refouler ses propres blessures, ses propres fautes, mais aussi la douleur injustement infligée »
Mais je préfère vous laisser le plaisir de découvrir par vous-même comment un fils de chocolatier réussit à assurer le destin de sa famille au fil des générations grâce à une boisson magique, transmise sous le sceau du secret le plus absolu. « Son arôme à lui seul était si intense et envoûtant qu’on ne pouvait s’empêcher de se précipiter dans la direction d’où il émanait. Ce chocolat, épais et consistant, noir comme la nuit avant un violent orage, était consommé en quantité réduite, chaud, mais pas brûlant, dans des tasses de petite dimension et – autant que possible – avec des cuillers d’argent. Son goût était incomparable, sa dégustation tenait d’une expérience supraterrestre, de l’extase spirituelle. » Je vous promets la même expérience à la lecture de ce roman extraordinaire !

Autres critiques
Babelio 
Le Monde (Florence Noiville)Psychologies.com (Christine Sallès)
Blog Un dernier livre avant la fin du monde
Blog Cinéphile m’était conté 
Interview de l’auteur proposé par les éditions Piranha

Les cent premières pages du livre (!!)

Extrait
« À l’instant même où Aman Baron, plus communément connu comme « le Baron » ou seulement sous le nom de « Baron », me confia qu’il m’aimait avec une gravité déchirante, une légèreté insupportable, à le crier bruyamment, sans paroles, d’un amour un peu maladif, désillusionné et faussement dur, ma nièce Brilka, âgée de douze ans, quittait son hôtel d’Amsterdam et prenait la direction de la gare. Elle ne portait qu’un petit sac de sport, n’avait pratiquement pas un sou en poche et tenait dans la main un sandwich au thon. Elle voulait se rendre à Vienne et avait acheté un billet week-end à tarif réduit, valable uniquement sur les trains régionaux. »

À propos de l’auteur
Née en 1983 à Tbilissi en Géorgie, Nino Haratischwili s’est installée en Allemagne en 2003 où elle s’est d’abord fait connaître comme auteur dramatique et metteur en scène. Son troisième roman, La Huitième Vie (pour Brilka), pour lequel elle a reçu le prix Anna Seghers et le Literaturpreis des Kulturkreises der deutschen Wirtschaft, a été unanimement salué par la critique. Elle vit actuellement à Hambourg. (Source : Éditions Piranha)

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La Dynastie des Weber

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La Dynastie des Weber
Geneviève Senger
Calmann Lévy
Roman
816 p., 23,90 €
ISBN: 9782702154670
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Alsace et plus particulièrement à Mulhouse, berceau de la dynastie Weber. La vallée du textile avec Thann et Wesserling et de façon plus anecdotique Colmar et Strasbourg sont également mentionnées. Le second pôle est situé aux Etats-Unis avec La Nouvelle-Orléans et l’évocation de New York et Boston. Une autre branche de la dynastie est allemande et s’installe à Berlin. On va aussi prendre les eaux à Baden-Baden ou sur l’île de Rügen. Enfin la Suisse joue un rôle de refuge, de villégiature ou de lieu de cure avec Zurich, Küsnacht et Davos. Enfin des membres de la famille passent par Genève, Londres et Queenstown en Irlande, Dinard, Calais et Paris, ou encore dans un dispensaire en Afrique.

Quand?
L’action se situe de 1870 à 1965, soit sur près d’un siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Juillet 1870 en Alsace. Louise Heim, fille d’un industriel du textile, a épousé Lazare Weber, fils de pasteur et brillant polytechnicien, resté follement épris de sa sœur Lucile qui l’a éconduit pour s’enfuir avec un négociant en coton américain.
Animé par la volonté de surpasser les grandes familles alsaciennes ayant fait fortune dans le fil et le tissage, Lazare fonde une filature moderne. Il fait appel à Arthur Ziegler, un ouvrier catholique étrangement lié à sa famille…
Louise, comprenant qu’elle a été sacrifiée à l’ambition de son père, négligée par son mari, décide de prendre sa revanche. Et arrivent de Louisiane les lettres de Lucile…
Ainsi commence la saga des Weber, vieille famille protestante taraudée par les secrets et les non-dits, emportée dans un tourbillon de rivalités, d’amours contrariées et d’ambitions démesurées. De Mulhouse à Berlin, avec un saut dans cette mystérieuse Louisiane où tant d’Alsaciens ont émigré, voici un siècle de péripéties amoureuses, de conquêtes industrielles et de combats syndicaux, de gloire et de défaites, d’illusions perdues et de rêves réalisés…
Journaliste et écrivain, Geneviève Senger est née à Mulhouse. Elle se lance aujourd’hui dans une saga puissante où souffle le vent de l’histoire.

Ce que j’en pense
****
Dans son nouveau roman, un pavé de plus de 800 pages, Geneviève Senger a choisi de retracer sur près d’un siècle la vie d’une famille d’industriels du textile en Alsace. Disons d’emblée que c’est une belle réussite et que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre la dynastie Weber sur près d’un siècle dans l’une des régions de France qui aura sans doute connu le plus de bouleversements depuis 1870. C’est du reste à ce moment que commence le récit, à la veille du mariage de Louise Heim avec Lazare Weber. L’union de la fille d’un industriel du textile avec un ambitieux polytechnicien, n’est pas uniquement un mariage d’intérêt mais une sorte de mariage de substitution. Lazare était en effet amoureux de la sœur de Louise, Lucile. Cette dernière a choisi de fuir à la Nouvelle Orléans avec un Américain, négociant en coton, rompant par la même occasion ses fiançailles et ses liens avec sa famille. Pour ne pas perdre la face, les parents respectifs choisissent d’ « offrir » la sœur de Lucile à l’amoureux transi.
À prendre au pied de la lettre la définition du mot dynastie, « suite de personnes célèbres de la même famille exerçant les mêmes activités » on sent dès ce premier accroc à ce qui pourrait être l‘histoire officielle d’une réussite industrielle que les non-dits et les secrets de famille vont donner matière à de nombreux rebondissements et que dans ce récit les femmes vont jouer un rôle au moins aussi important que les capitaines d’industrie. Quand elles ne sont pas le trait d’union entre les deux mondes, à l’image de la quête du fil d’or qui va pousser Lazare à investir et à engager un ingénieur chimiste pour retrouver la chevelure flamboyante de la belle Lucile. Un fil d’or qui va servir en quelque sorte de fil rouge, si je puis dire. Et comme si les ambitions des uns et les amours des autres ne suffisaient pas à nous offrir un riche terreau romanesque, l’Histoire – celle avec un grand H – va s’en mêler.
En 1871 l’Allemagne annexe la région, amputée du Territoire de Belfort. Entre les partisans du nouveau régime et ceux qui entendent reconquérir la « province perdue », on ne va tarder à trouver de nouveaux motifs de conflit. Pour faire fructifier ses affaires sur la Terre de l’Empire allemand (Reichsland), il faut bien trouver une entente avec le régime. Toutefois, la différence entre compromis et compromission n’est pas toujours très évidente. Et que dire des déchirements qui résulteront du déclenchement de la Grande Guerre. Sur les hauteurs du Hartmannswillerkopf – l’une des crêtes ayant donné lieu à de très durs combats, Geneviève Senger imagine une scène extraordinaire, quand deux soldats de la famille se retrouvent nez à nez au sortir d’une tranchée. Jamais l’expression frères ennemis n’aura aussi bien porté son nom.
Quand l’Alsace réintègre la République française en 1919, il faut écrire une nouvelle page et littéralement tout reconstruire. Sans oublier les nouvelles aspirations du monde ouvrier avec lesquelles il va bien falloir se confronter et qui, là encore, opposeront au sein de la famille les tenants du progrès social et ceux qui préfèrent la ligne dure.
Parfaitement documenté, le récit peut là encore s’appuyer sur les mouvements politiques et sociaux qui ont marqué l’Alsace jusqu’à l’annexion par l’Allemagne nazie. Et nous voilà reparti pour une période troublée, durant laquelle il faudra à nouveau choisir son camp. Pour la dynastie Weber, dont les différentes branches familiales sont installées aux Etats-Unis, en Alsace et en Suisse ainsi qu’Allemagne, on imagine les déchirements et les cas de conscience que l’auteur nous fait partager avec beaucoup de finesse. Entre les lignes on comprend aussi comment se forge le caractère des Alsaciens : leur histoire houleuse leur permet aujourd’hui encore de jouir de certains particularismes locaux.
La dernière partie du livre, toujours à l’image de la période décrite, marque un nouvel élan. On va vers les trente glorieuses et vers l’émancipation de la femme…
J’ajouterai un plaisir égoïste à cette lecture. Mon histoire familiale est également partagée entre la France et l’Allemagne et je suis aujourd’hui installée sur cette colline du Rebberg à Mulhouse où l’auteur a imaginé le berceau de sa dynastie. De ma fenêtre quand reviennent les beaux jours, je peux quasiment humer l’odeur des cosmos qui ont donné leur nom à la propriété des Weber. Aussi, je ne saurai que vous inviter à vous promener dans mon quartier !

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Extrait
« Dans le rêve qu’elle venait de faire, Louise ne se mariait pas ; Lucile était revenue et elles s’enfuyaient toutes les deux, main dans la main.
Mais la réalité était tout autre. Aujourd’hui, elle épouserait un homme pour qui elle n’éprouvait aucun sentiment. « C’est la vie, lui avait dit sa mère. Moi aussi je me suis mariée avec celui que mon père avait choisi pour moi. Toutes les jeunes filles passent par là. Quelquefois, elles finissent par aimer leur époux. »
Lucile avait trouvé elle-même l’homme de sa vie. Elle s’était enfuie avec lui, sans demander la permission à personne. Mais Lucile avait toujours été différente. Elle prenait toute la place près de leur père sur le canapé de velours, sans chercher à savoir s’il en restait pour sa sœur qu’elle laissait seule avec la tante Adèle et ses sermons de vieille fille. La belle Lucile que tout le monde admirait… C’était elle qui aurait dû être à sa place. Mais Lucile avait écouté son cœur et avait jeté la honte sur toute la famille. Maintenant c’était à la cadette de réparer sa faute et d’épouser l’homme que leur père, M. Heim, avait choisi. Pour lui, peu importait que ce soit son aînée ou sa cadette qui épouse Lazare Weber pourvu qu’il ait un gendre pour faire prospérer sa chère manufacture. Pour la convaincre, il lui avait promis qu’elle deviendrait une grande dame, riche et respectée de tous. Mais d’amour, il n’avait pas parlé. » (p. 17-18)

A propos de l’auteur
Née à Mulhouse, au cours d’un été brûlant, j’ai découvert à mon entrée à l’école primaire Nessel ( une antique bâtisse aux odeurs de bois et d’encre qui fut démolie quelques années plus tard ) que les mots écrits pouvaient se déchiffrer : l’univers enfin prenait sens. Ce n’était plus un chaos incompréhensible. Quelque part, dans le silence des livres, existaient des éléments capables de l’ordonner. L’enfant que j’étais en fut éblouie. Cet émerveillement est toujours en moi. Je n’ai jamais cessé de lire, de chercher, de comprendre. D’écrire. Des romans. Pour raconter des histoires, simplement. Pour donner à voir, à sentir, à vibrer. Pour consoler, aussi. Pour essayer de comprendre, toujours.
Je vis à Strasbourg, ville d’art et d’histoire, cœur de l’Alsace et aussi cœur de l’Europe. Je travaille également pour un journal local. Mais tout cela n’est qu’apparence : en réalité, j’habite les mots. (Source : Site internet de l’auteur)

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Ciel d’acier

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Ciel d’acier
Michel Moutot
Arléa
Genre
528 p., 22 €
ISBN: 9782363080714
Paru en janvier 2015

Où?

Le roman est situé au Canada et aux Etats-Unis, notamment à Kahnawake, Québec et Montréal ainsi qu’à Sausalito (CA), Chapell Hill (NC) et principalement à New York.

Quand?
Partant du 11 septembre 2001 l’auteur remonte dans l’histoire des protagonistes sur plus d’un siècle et nous mène jusqu’à l’inauguration de la Liberty Tower fin 2014.

Ce qu’en dit l’éditeur
New-York, 11 septembre 2001, début de matinée. John LaLiberté, dit Cat, indien mohawk et ironworker (monteur d’acier), travaille au sommet d’un nouveau building à Manhattan. Le rugissement d’un Boeing au-dessus de sa tête, l’impact contre la première des tours jumelles, l’effondrement des Twin Towers : il assiste à la pire catastrophe de l’histoire américaine. Il en devient l’un des acteurs : il se précipite, comme des dizaines d’ironworkers, chalumeaux en main, pour participer, aux côtés des sauveteurs, au déblaiement des gravats, à la recherche de survivants, dans l’enfer de Ground Zero.
Les indiens mohawks, canadiens ou américains, vivent dans des réserves près de Montréal ou à la frontière avec les États-Unis. Lors de la construction en 1886 d’un pont sur le Saint-Laurent, ils ont appris et aimé ce métier qui les a conduits sur tous les ponts, les gratte-ciel, les buildings du continent. Depuis six générations, ils construisent l’Amérique. La légende, fausse bien sûr, veut qu’ils ne connaissent pas le vertige. Certains marchent comme des chats sur des poutres de trente centimètres de large à des hauteurs vertigineuses. Ils ont appris de père en fils à apprivoiser la peur, à respecter le danger, à vivre et travailler là où les autres ne peuvent pas s’aventurer.
Tous les Mohawks ont grandi « dans l’ombre des Twin Towers », comme disent les anciens dans la réserve de Kahnawake, près de Montréal. Mais John plus que tout autre : Jack LaLiberté, dit Tool, son père, est mort en les construisant, au printemps 1970, frappé par la foudre, précipité dans l’abîme. Ses amis ont caché au sommet de la tour Nord sa clef à mâchoire, son outil, son tomahawk. Dans l’effroyable magma de métal et de feu, John va partir à sa recherche.
Dès lors, le fil du passé se dévide, nous remontons le temps, pénétrons dans l’histoire des Mohawks, du premier rivet porté au rouge dans un brasero de charbon jusqu’à la construction de la Liberty Tower, qui remplace aujourd’hui le World Trade Center. Embrassant plus d’un siècle, ce roman polyphonique nous présente l’épopée de cette tribu indienne, la seule à avoir gagné, par son travail et son courage, sa place dans le monde des Blancs, sans renier ses croyances et ses traditions. Sur les traces d’une famille d’ironworkers de légende, Michel Moutot, après un extraordinaire travail de documentation, croise les destinées de plusieurs générations d’ironworkers mohawks, bâtisseurs de l’Amérique.

Ce que j’en pense
****

Cette «épopée familiale quasi légendaire se déroulant sur plusieurs générations», pour reprendre la définition du mot saga, est d’abord un formidable roman, avec tous les ingrédients susceptibles de nous envoûter : du sang et des larmes, de l’amour et de la rivalité, de l’injustice et de la rédemption, de l’étrange et du factuel. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître !
Michel Moutot a choisi le 11 septembre 2001 comme point de départ de cette histoire séculaire. Le narrateur, John LaLiberté, est monteur d’acier. Quand il aperçoit ce matin là les avions s’encastrer dans les tours jumelles, il comprend immédiatement ce qu’on attend de lui : «Le World Trade Center, c’était un squelette de milliers de tonnes de métal. Je ne sais pas ce qu’il en reste, mais je sais que, pour avancer dans les décombres à la recherche des survivants, pompiers et secouristes vont avoir besoin de nous. Car, si depuis un siècle nous éditions ponts et gratte-ciel, nous construisons l’Amérique, c’est aussi nous qui les démontons, les découpons. Quand il doivent disparaître pour faire place à autre chose dans une ville et un pays qui se réinventent sans cesse, les règlements prescrivent que c’est à nous, monteurs d’acier, qu’il faut faire appel. »
En expliquant les raisons qui ont conduit la tribu des Mohawk à devenir le peuple des monteurs d’acier, en détaillant le rôle que ces «ironworkers» ont joué dans la construction des infrastructures qui ont permis le développement économique du Canada et des Etats-Unis, en montrant le tribut qu’ils ont dû payer au fil des ans, l’auteur réussit le tour de force de donner de la chair à ces ponts et à ces gratte-ciel.
Avec John LaLiberté et ses compagnons, le lecteur est convié à vivre des épopées et des drames, des combats et des trahisons, des histoires d’amour et de mort. Dès lors, le plaisir de la lecture et de la découverte ne la lâchera plus tout au long des quelque 500 pages du livre.
C’est très solidement documenté, superbement bien écrit – sans pathos et sans fioritures inutiles – et formidablement bien construit. On découvrira par exemple que les sauveteurs n’étaient pas seuls à fouiller les décombres et que la recherche des survivants n’était pas le seul motif pour atteindre au plus vite les étages inférieurs. Ou encore qu’un tel chantier doit aussi apprendre à se structurer et que certaines décisions trop hâtives ont sûrement entrainé la destruction de preuves, voire d’ADN. On saura enfin quels rites et quelles croyances – les Indiens n’ont pas le vertige – ont construit la légende des Mohawks (les plus anciens se rappellerons à ce propos de John l’Enfer de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977). Gageons que vous ne regarderez plus les gratte-ciel de New York de la même manière après avoir refermé ce superbe roman.

Résonances
Ajoutons que si je tiens ce roman en si haute estime, c’est aussi parce qu’il vient conforter mon travail sur le 11 septembre, la documentation que j’ai amassée et les témoignages que j’ai recueillis. Dans mon premier roman, le 11 septembre joue un rôle non négligeable puisqu’il cristallise les ambitions de Fabrice Le Guen, jeune journaliste-animateur qui part à New York pour réaliser plusieurs émissions spéciales commémorant le premier anniversaire des attentats.
Si ce «Valmont» d’aujourd’hui se sert de l’événement pour impressionner, il n’en effectue pas moins des repérages et cherche lui aussi à rendre compte de ce qu’à pu être ce traumatisme pour toute une ville, un pays, voire par toute la planète.
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Les premières pages du livre :

« La sueur me brûle les yeux. Je ne supporte plus ces lunettes de soudeur, ce masque, j’étouffe. Mais si je les enlève Dieu sait ce que je vais avaler. Cette poussière, ces fumées sont toxiques. Elles étaient farcies d’amiante et de saloperies ces tours. Mon oncle disait que les structures d’acier étaient recouvertes de flocage et de peinture au plomb. Il y avait des cabinets de dentistes dans les étages, des stocks de produits chimiques dans les sous-sols du World Trade Center, le gaz fréon des climatiseurs géants, le kérosène des avions. On respire du poison.
Mais s’il y a des survivants dans ce magma, ce mikado d’enfer, c’est le seul moyen de les trouver. Découper l’acier, sectionner les poutres, ouvrir des passages, faire des voies, des tunnels pour avancer, explorer les cavités, peut-être des refuges. Encore cinq minutes. Cinq minutes et J aurai fini de brûler cette section de métal. Je pourrai accrocher le câble et la grue la soulèvera. Attention aux éboulements. Où est le crochet ?
Les fumées s’épaississent, l’odeur est atroce, je vois à peine mes mains. Les rampes d’éclairages lèvent un halo de poussière lumineuse. La poutre sur laquelle je suis en équilibre tremble, elle est chaude, je sens la chaleur à travers mes chaussures, les semelles fondent. Il faut bouger de là. Andy devrait être sur ma droite mais dans ce brouillard je ne le vois plus. Je l’entends. Le souffle du chalumeau, là derrière, les étincelles, ce doit être lui. Merde ! La flamme de ma torche à découper faiblit… Plus d’oxygène !… Bon, j’enlève le masque. Le ciel pâlit sur l’Hudson, c’est bientôt l’aube.
Hier matin, je suis arrivé tôt sur le chantier d’un hôtel à la pointe sud de Manhattan. Pour nous, les ironworkers – les Québécois disent monteurs d’acier -, qui connectons entre elles les structures des gratte-ciel, le travail était presque terminé. Quelques poutres à boulonner et souder, les dernières, tout en haut, et, dans une semaine, ce devait être la cérémonie d’achèvement du squelette de l’immeuble, le topping-out. Un autre gratte-ciel sur la ligne d’horizon à Manhattan.
Et sur celui-ci, comme sur tous les géants de la ville, nous sommes là. Indiens mohawks : Canadiens ou Américains, descendus de nos réserves près de Montréal ou sur la frontière avec les États-Unis. New York est monté à l’assaut du ciel grâce à la sueur et au sang de nos pères. Pas un chantier en hauteur, pas un pont métallique ou un grand building sans que ne résonnent, là-haut, ordres, consignes ou jurons dans notre langue. Pour leur bravoure, leur expérience, leur fiabilité, les charpentiers du fer mohawks sont réputés dans toute l’Amérique du Nord et au-delà.
À quarante-trois ans je suis la sixième génération de monteurs d’acier. Je m’appelle John LaLiberté, dit Cat. Mon vrai nom : O-ron-ia-ke-te, «Il porte le ciel. »

A propos de l’auteur
Michel Moutot, né à Narbonne en 1961, est journaliste à l’Agence France Presse (AFP). Correspondant à New York en 2001, il reçoit le prix Louis Hachette pour sa couverture des attentats du 11 septembre. En 1999 il remporte le prix Albert Londres, le plus prestigieux de la presse française, pour son travail sur la guerre du Kosovo. Correspondant à Lyon, Beyrouth, Nairobi et New York, il a couvert une quinzaine de conflits, dont les guerres du Golfe et d’ex-Yougoslavie. Il est reporter au siège de l’AFP à Paris, spécialiste des questions de terrorisme international, rentre d’Ukraine. (Source : Editions Arléa)

Site Wikipédia de l’auteur

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