Le Mars Club

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En deux mots:
Condamnée à perpétuité pour meurtre, Romy, 29 ans, atterrit dans le plus grand centre de détention pour femmes de Californie. Elle va nous raconter son quotidien en réclusion et revenir sur ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, sans oublier son combat pour son fils.

Prix Médicis étranger 2018.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La stripteaseuse, la perpétuité et le petit garçon

Rachel Kushner happe son lecteur avec l’histoire de Romy, stripteaseuse condamnée à perpétuité. Une plongée saisissante dans l’univers carcéral et une féroce réflexion sur l’Amérique d’aujourd’hui.

Elle s’appelle Romy parce que sa mère rêvait pour elle d’un destin semblable à cette belle princesse qu’elle avait vu au cinéma. Mais les chances de rencontrer un beau prince charmant au Mars Club sont proches du zéro. Dans ce club de striptease où travaille Romy, ce sont davantage les paumés, les petits délinquants et les junkies qui se retrouvent. Ceux dont les moyens se limitent à quelques dollars pour s’offrir «une part de rêve» dans une boîte à striptease. Il y a par conséquent davantage de chances d’y croiser un homme peu recommandable qu’un bon samaritain.
Cet homme, c’est Kurt Kennedy. Romy va le tuer pour se protéger et protéger son fils. C’est le début d’un engrenage que Rachel Kushner dépeint d’autant mieux qu’elle travaille depuis des années comme bénévole dans le plus grand pénitencier pour femmes de Californie. Elle a compris que le système judiciaire américain est fait pour protéger les nantis et écraser les plus faibles. Qu’il y a d’une part ceux qui peuvent se payer les meilleurs avocats et ceux qui, comme elle, se voient attribuer un avocat commis d’office. Il n’y souvent ni le temps, ni les compétences pour défendre vraiment son client. Voilà donc la version du Procureur tout puissant servi aux jurés: « Les douze personnes présentes savaient donc simplement qu’une jeune femme à la moralité douteuse une strip-teaseuse avait tué un citoyen honorable, un ancien combattant de la guerre du Vietnam, souffrant d’une invalidité permanente à la suite d’un accident du travail. Et comme, en plus, un gamin était présent lors des faits, on avait ajouté l’accusation de mise en danger de mineur. »
Et voilà comment on se retrouve condamnée à deux peines de perpétuité, plus six ans.
L’avenir s’incarne dès lors entre les murs d’un pénitencier de plusieurs milliers de femmes avec tous les problèmes que l’on peut imaginer. Violence, promiscuité, dépression et introspection…
« Le problème, c’est qu’on continue d’exister, qu’on en ait l’intention ou pas, jusqu’à ce qu’on cesse d’exister, et alors, les projets ne riment plus à rien.
Mais ne pas avoir de projets ne signifie pas que je n’ai pas de regrets.
Si seulement je n’avais pas travaillé au Mars Club.
Si seulement je n’avais pas rencontré Kennedy le Pervers.
Si seulement Kennedy le Pervers n’avait pas décidé de me traquer.
Mais il a décidé de le faire et il s’y est appliqué, implacablement. Si rien de tout cela n’était arrivé, je ne serais pas dans ce bus, en route vers une vie dans un trou en béton. »
Rachel Kushner parvient parfaitement à transmettre l’ambiance lourde, la cape de plomb qui s’abat sur les épaules de Romy. Le jour où on lui apprend qua mère est morte dans un accident de voiture et que Jackson, son fils de sept ans, se retrouve seul, la tension croît encore. De quoi devenir folle. De quoi finir en cellule d’isolement.
Restent alors les souvenirs, les relations avec les autres détenues, notamment Conan et Sammy, mais aussi les livres et les petits travaux autorisés. Sans oublier cette idée folle: l’évasion.
Ce qui rend le livre fascinant, c’est à la fois cette implacable machine à broyer les humains et ce coin de ciel bleu qui résiste. Le réquisitoire est sans appel, même si l’espoir fait vivre.

Le mars club
Rachel Kushner
Éditions Stock
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par
480 p., 23 €
EAN: 9782234085015
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis, principalement en Californie, de San Francisco à Los Angeles, en passant par Santa Barbara, Sunland et Stanville, le nom donné à l’endroit où se situe le pénitencier.

Quand?
L’action se situe des années quatre-vingt à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Romy Hall, 29 ans, vient d’être transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie. Cette ancienne stripteaseuse doit y purger deux peines consécutives de réclusion à perpétuité, plus six ans, pour avoir tué l’homme qui la harcelait. Dans son malheur, elle se raccroche à une certitude: son fils de 7 ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère. Jusqu’au jour où l’administration pénitentiaire lui remet un courrier qui fait tout basculer.
Oscillant entre le quotidien de ces détenues, redoutables et attachantes, et la jeunesse de Romy dans le San Francisco de années 1980, Le Mars Club dresse le portrait féroce d’une société en marge de l’Amérique contemporaine.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Nathalie Crom)
Le Temps (Salomé Kiner)
Grazia (Pascaline Potdevin)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog la rousse bouquine 
Blog Tu vas t’abîmer les yeux

Signalons pour les lecteurs anglophones, une série d’articles de Rachel Kushner publiés par la revue New Yorker sur Stanville et le système carcéral pour femmes aux États-Unis. Lien vers les articles

Les premières pages du livre
« Une fois par semaine, le jeudi, c’est la nuit des Chaînes. Une fois par semaine, soixante femmes vivent ce moment décisif. Et certaines parmi ces soixante le revivent encore et encore. Pour elles, ça devient de la routine. Moi, je ne l’ai vécue qu’une fois. On m’a réveillée à 2 heures du matin, menottée, décomptée : Romy Leslie Hall, détenue W314159. Et je me suis mise dans la queue avec les autres pour un trajet d’une nuit dans la vallée.
Dès que le bus banalisé est sorti de l’enceinte de la prison, je me suis collée à la fenêtre grillagée pour tenter d’apercevoir le monde extérieur. Il n’y avait quasiment rien à regarder. Des passages souterrains et des bretelles d’accès, des boulevards déserts plongés dans l’obscurité. Personne dans les rues. On roulait à une heure tellement impossible que les feux ne passaient même plus du vert au rouge, ils clignotaient, bloqués à l’orange. Une voiture a surgi, tous phares éteints. Elle a doublé le bus à vive allure, un bolide noir à l’énergie démoniaque. Une fille du même quartier que moi à la maison d’arrêt du comté avait écopé d’une condamnation à vie simplement parce qu’elle conduisait. Ce n’était pas elle qui avait tiré, certifiait-elle à quiconque lui prêtait l’oreille. Elle n’avait pas tiré, non, elle conduisait. Rien de plus. Ils s’étaient servis du système de reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation. Elle apparaissait sur les images enregistrées par les caméras de vidéosurveillance. On voyait la voiture en pleine nuit, phares allumés puis éteints. Si le conducteur éteint les phares, c’est qu’il y a préméditation. S’il éteint les phares, c’est qu’il y a meurtre.
Ils avaient une bonne raison de nous transférer à cette heure-là, de nombreuses raisons même. S’ils avaient pu nous mettre dans une capsule et nous catapulter dans la prison, ils ne s’en seraient pas privés. N’importe quel moyen pour empêcher les gens normaux d’apercevoir ce groupe de femmes menottées et enchaînées dans un fourgon cellulaire.
Lorsqu’on s’est engagés sur l’autoroute, quelques-unes, parmi les plus jeunes, pleurnichaient et reniflaient. Une fille était enfermée dans une cage, elle semblait enceinte de huit mois, son ventre était tellement gros qu’ils avaient dû rajouter une chaîne pour maintenir ses mains enchaînées sur les côtés. Elle hoquetait et tremblait, le visage ravagé par les larmes. Ils l’avaient mise dans une cage à cause de son jeune âge, pour la protéger de nous. Elle avait quinze ans.
Une femme assise devant s’est tournée vers la fille qui pleurait et elle a sifflé bruyamment, comme si elle pulvérisait de l’insecticide. Ça n’a eu aucun effet, alors elle a hurlé :
« La ferme, bordel !
− Punaise », s’est exclamée la personne en face de moi.
Je viens de San Francisco et un transgenre, ça n’a rien d’extraordinaire pour moi, si ce n’est que cette personne-là avait vraiment l’air d’un homme. Épaules aussi larges que l’allée du bus, barbe au menton. J’ai supposé qu’elle venait d’un quartier de la prison du comté réservé aux gouines. C’était Conan, je ferais sa connaissance plus tard.
« Merde, c’est qu’une gosse. Fiche-lui la paix. »
La femme a dit à Conan de la boucler, ils ont commencé à se chamailler et les flics sont intervenus.
Dans les maisons d’arrêt et les prisons, il y en a certaines qui font la loi, et cette femme qui réclamait le silence était de celles-là. Si on se plie à leurs règles, elles en inventent encore d’autres. Il faut toujours se battre, sinon on se retrouve sans rien.
J’avais déjà appris à ne pas pleurer. Quand j’ai été arrêtée, il y a deux ans, je ne pouvais pas m’en empêcher. Ma vie était fichue, je le savais. La première nuit que j’ai passée en taule, je ne cessais de me dire que tout ça n’était qu’un rêve, que j’allais bientôt me réveiller. Mais chaque fois que j’ouvrais les yeux, je retrouvais le même matelas puant la pisse, j’entendais de nouveau les portes claquer, les cris de démence et les sirènes. La fille qui partageait ma cellule n’avait rien d’une démente, elle. Elle m’avait brutalement secouée pour obtenir mon attention. J’avais levé les yeux. Alors, elle s’était retournée et avait remonté sa chemise de prisonnière pour me montrer le tatouage au creux de ses reins, son label de femme de mauvaise vie :
Ferme ta putain de gueule
Ça avait marché. J’avais retenu mes larmes.
Un instant de douceur avec ma codétenue, à la maison d’arrêt du comté. Elle voulait m’aider. Tout le monde n’est pas capable de la fermer et moi, malgré mes efforts, je n’étais pas ma codétenue, que j’ai fini d’ailleurs par considérer un peu comme une sainte. Pas à cause de son tatouage, mais de sa fidélité au commandement. Il ne s’agissait ni de sacrifice, ni de stoïcisme. Pas plus que de la nécessité de purger sa peine sans gémir ni se plaindre. Il s’agissait de dignité, d’être digne enfermée dans une cage. Même entravée, même sous le coup d’une décharge de Taser. Être quelqu’un à n’importe quel prix.
J’y crois toujours. »

Extraits
« J’ai dit que tout allait bien, mais c’est faux. On me vampirisait. Il ne s’agissait pas d’un problème moral. Cela n’avait aucun rapport avec la moralité. Ces hommes me ternissaient, je n’avais plus d’éclat. À cause d’eux, j’étais insensible au toucher et en colère. J’obtenais quelque chose en échange de ce que je donnais, mais ce n’était jamais assez. Je leur soutirais le plus possible, à ces portefeuilles – des portefeuilles ambulants, c’est ainsi que je voyais ces hommes. Malgré tout, l’échange n’était pas équitable, et le fait de le savoir m’enrobait d’une sorte de pellicule. Quelque chose mijotait en moi. Au fur et à mesure des années passées au Mars Club, à m’asseoir sur des genoux, à supporter ces échanges viciés. Quelque chose mijotait et bouillonnait. Et lorsque je l’ai dirigé sur une cible – ce n’était pas une décision, l’instinct avait pris le dessus –, c’était fini. »

« Lorsque Gordon Hauser avait douze ans, des troubles avaient éclaté à l’échelle de la communauté, provoquant une situation de crise, après qu’un détenu nommé Bo Crawford s’était évadé de la vieille prison du comté, située dans le centre-ville de Martinez. La baie de San Pablo s’était retrouvée en état d’occupation. Patrouilles de surveillance, blindés, tireurs d’élite, unités cynophiles, barrages sur les routes, à quoi s’ajoutaient des nouvelles palpitantes selon lesquelles Bo Crawford avait laissé des traces ou été aperçu à Pinole, Benicia, Antioch, Vallejo, Pittsburg. On avait bouclé le comté pendant dix jours, le temps de rattraper le prisonnier évadé qui se terrait dans une bicoque abandonnée au bord du détroit de Carquinez, juste derrière Port Costa. Être en cavale n’était pas de tout repos. »

À propos de l’auteur
Rachel Kushner est l’auteure des Lance-flammes (Stock, 2015), finaliste du National Book Award et du Folio Prize, et l’un des meilleurs livres de 2013 selon le New York Times. Son premier roman Télex de Cuba (Cherche-Midi, 2012) a été également finaliste du National Book Award. Ses livres ont été traduits dans dix-sept langues. Elle vit à Los Angeles. (Source : Éditions Stock)

Page Wikipédia de l’auteur 

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L’été en poche (40)

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Les passants de Lisbonne

En 2 mots
Ce roman raconte la rencontre improbable entre Hélène et Mathieu à Lisbonne est aussi l’histoire de deux séparations, de deux drames. Parviendront-ils à échapper à cette spirale infernale ? C’est tout l’enjeu du livre…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Yves Viollier (La Vie)
« Hélène et Mathieu se disent la souffrance physique à vivre le manque de l’autre, le temps qui passe et ne guérit rien. Ils échangent leurs regards d’abandonnés, de reclus dans la litanie des souvenirs. Et c’est bouleversant. Leur dialogue a la saveur mélancolique de la saudade portugaise. Parlant d’eux, ils parlent de tous les deuils. Et peu à peu, à être ensemble, le feu qu’ils croyaient mort renaît. C’est beau. C’est juste. L’espoir s’est assis entre eux. »

Vidéo


Présentation du livre par l’auteur. © Production Editions Julliard

Les passants de Lisbonne

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Les passants de Lisbonne
Philippe Besson
Julliard
Roman
198 p., 18 €
EAN : 9782260029205
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Lisbonne, avec l’évocation de San Francisco et de Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« On ne renonce jamais vraiment, on a besoin de croire que tout n’est pas perdu, on se rattache à un fil, même le plus ténu, même le plus fragile. On se répète que l’autre va finir par revenir. On l’attend. On se déteste d’attendre mais c’est moins pénible que l’abandon, que la résignation totale. Voilà : on attend quelqu’un qui ne reviendra probablement pas. »
Hélène a vu en direct à la télévision les images d’un tremblement de terre dévastateur dans une ville lointaine ; son mari séjournait là-bas, à ce moment précis.
Mathieu, quant à lui, a trouvé un jour dans un appartement vide une lettre de rupture.
Ces deux-là, qui ne se connaissent pas, vont se rencontrer par hasard à Lisbonne. Et se parler.
Une seule question les taraude : comment affronter la disparition de l’être aimé? Et le manque?
Au fil de leurs déambulations dans cette ville mélancolique, dont la fameuse saudade imprègne chacune des ruelles tortueuses, ne cherchent-ils pas à panser leurs blessures et à s’intéresser, de nouveau, aux vivants ?

Ce que j’en pense
****
Roman d’une rencontre improbable, le nouvel opus de Philippe Besson est d’abord l’histoire de deux séparations, l’une due à la mort de l’être aimé, l’autre à une rupture amoureuse. Le troisième personnage de ce roman intimiste étant la ville de Lisbonne, celle du Fado et celle de Pessoa.
Dans le hall de son hôtel, Mathieu est intrigué par cette femme qui semble passer des heures assise là, sans autre occupation que de vouloir tuer le temps. Ce qui la pousse vers elle n’est pas sa beauté, mais bien plutôt «sa pâleur de cadavre, les cernes autour des yeux, et cette langueur dans tout son être».
Peut-être qu’un jour la science mettra un nom sur ce phénomène étrange qui met en présence deux personnes à l’état d’esprit semblable, sur cette chimie qui attire l’un vers l’autre alors qu’ils ne se connaissent pas, que leurs univers sont à l’opposé l’un de l’autre. Quelques paroles sont échangées. Deux drames sont énoncés.
Hélène ne se remet pas de la perte brutale de son mari Vincent, disparu quelques semaines auparavant, victime d’un tremblement de terre à San Francisco. Mathieu revient dans la ville de son ami Diego Oliveira, qui l’a quitté en lui laissant une simple lettre d’adieu.
Très vite, une sorte de complicité s’installe entre eux, marquée par le besoin de dire sa souffrance : « Non, au contraire, je suis prête à parler de ça avec vous. Je veux dire : avec un parfait étranger, ce sera différent. Il me semble pour la première fois que je pourrai tout dire. Voilà : tout dire. Et faire que les mots soient justes.»
Au cours de leurs rencontres successives, on en apprend davantage sur leurs vies brisées, sur leur passé heureux, sur leur histoire personnelle.
Philippe Besson reste dans la retenue, l’ellipse et l’économie de moyens, mais il trouve le ton juste et l’anecdote éclairante, comme cette phrase, la dernière que le mari a prononcée en sortant d’une réunion avec des clients pour téléphoner à son épouse, en ajoutant « après, il sera trop tard». Hélène racontera la chose à Vincent : «Je me suis souvenue que les derniers mots de mon mari avaient été : après, il sera trop tard.
Ce dernier, en apprenant que Vincent était architecte, et qu’il a construit des immeubles à San Francisco ne pourra s’empêcher «de penser à l’ironie de la situation: être bâtisseur et finir enseveli sous les décombres.»
En cheminant dans les rues de la capitale portugaise, en dînant au restaurant, au bord du Tage et dans les rues tortueuses empruntées par le tramway, on comprend qu’ils ne sont pas là pour faire du tourisme, mais pour essayer d’oublier, d’évacuer leur histoire. Aussi bien pour elle que pour lui.
« Elle sait cette affliction et ce désenchantement des hommes quand ils ont été quittés. Elle a toujours attiré les êtres blessés, a appris à repérer leur vague à l’âme. Cela lui fera du bien d’entendre une histoire d’amour, même si elle est terminée.
« Il n’a que cette solidarité misérable à lui offrir, décontenancé par la somme des coups du sort qu’elle a reçus. »
En orfèvre, l’auteur taille son diamant noir, en dévoile tour à tout toutes les facettes :
« Comment on arrive à ne plus penser, chaque jour, chaque heure, à celui qui n’est plus là ? Comment on résiste à ces détails insignifiants, une musique, un endroit, un parfum, un geste, qui renvoient instantanément à celui qui n’est plus là ? Comment on se débrouille, avec le ventre qui se tord, le sommeil qui se dérobe ? On a beau s’occuper l’esprit, se lancer dans des aventures neuves, ou même se concentrer sur des occupations ordinaires, toujours ça revient, comme un rhumatisme, une maladie de vieillard. […] Et, de toute façon, dans la solitude, dans la pénombre, ça attaque de nouveau, ça reprend son lent travail de corrosion. »
Hélène et Mathieu parviendront-ils à échapper à cette spirale infernale ? C’est tout l’enjeu du livre. C’est aussi ce que je vous laisse découvrir…

Autres critiques
Babelio
La Vie (Yves Viollier)
Marie France (Sylvie Metzelard)
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Bricabook
Blog La XXVème heure
Blog Parfums de livres

Les 24 premières pages

Extrait
« Elle a toujours aimé les ports, elle en ignore la raison, ça ne vient même pas de son enfance, elle est née à Paris, a grandi loin de la mer. Mais voilà, les bateaux qui s’en vont, ceux qui reviennent, les sirènes des ferries, le glissement des voiliers, la majesté des paquebots, même les chalutiers qui vomissent leur marchandise, toute cette agitation lui plaît. Lui, il comprend ce goût, il le partage. Il a toujours cherché à savoir où partaient les cargos, vers quels continents. Il a rêvé d’Afrique, de Brésil. Il s’intéresse aussi aux marins, aux hommes dans l’effort, à leur rudesse, troublé par ce qu’ils dégagent. Et plus que tout, il est fasciné de constater à quel point, ici en particulier, le sel corrode tout, s’attaque à la pierre.
« Il faut dire que c’est toujours extraordinaire, une ville posée au bord de l’océan… Vous ne trouvez pas ? — Si. Sauf qu’elle n’est pas à l’abri des cataclysmes. »
Avec cette phrase, elle éloigne, comme d’un revers de main, les images douces et rassurantes des bords de mer, des langues de sable, des mouettes immobilisées dans le ciel par le vent. Elle convoque celles des catastrophes, des vagues en furie, de la mer assassine qui emporte tout sur son passage. Elle dit les morts par milliers, sur des côtes paisibles quelques instants auparavant et soudain submergées par la furie des eaux. Elle dit les dégâts causés par le déchaînement des éléments et cela jette un froid dans leur conversation. Il se croit tenu de ponctuer sa remarque.
« Je vois à quoi vous faites allusion. C’est terrible, bien sûr, ce qui s’est passé à San Francisco, il y a quelques mois, le tremblement de terre, le raz de marée.
— Terrible, oui. Mon mari est mort là-bas.. » » (p. 23-24)

A propos de l’auteur
Depuis Son frère, paru en 2001 et adapté par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson a publié, entre autres, En l’absence des hommes, L’Arrière-saison, Une bonne raison de se tuer, La Maison atlantique et Vivre vite, et est devenu un des auteurs incontournables de sa génération. S’affirmant aussi comme un scénariste original et très personnel, il a signé le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise Rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling. Un homme accidentel sera prochainement adapté au cinéma. Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard puis reprise à l’automne 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse. (Source : Éditions Julliard)

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Le jour où j’ai appris à vivre

GOUNELLE_Le_jour_ou_j’ai_appris

Le jour où j’ai appris à vivre
Laurent Gounelle
Kero
Roman
288 p., 19,90 €
ISBN: 9782366580983
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule aux Etats-Unis, principalement à San Francisco, mais également en Californie, comme à Big Sur.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Et si tout commençait aujourd’hui ?
Imaginez : vous vous baladez sur les quais de San Francisco un dimanche, quand soudain une bohémienne vous saisit la main pour y lire votre avenir. Amusé, vous vous laissez faire, mais dans l’instant son regard se fige, elle devient livide. Ce qu’elle va finalement vous dire… vous auriez préféré ne pas l’entendre. À partir de là, rien ne sera plus comme avant, et il vous sera impossible de rester sur les rails de la routine habituelle.
C’est ce qui va arriver à Jonathan dans ce nouveau roman de Laurent Gounelle. À la suite de cette rencontre troublante, il va se retrouver embarqué dans une aventure de découverte de soi ponctuée d’expériences qui vont changer radicalement sa vision de sa vie, de la vie. Ce roman, dont l’intrigue est basée sur des expériences scientifiques réelles, éclaire d’une lumière nouvelle notre existence et nos relations aux autres, et apporte un souffle d’air pur dans notre vie.
Un nouveau roman lumineux et positif de Laurent Gounelle par l’auteur de L’homme qui voulait être heureux, Les dieux voyagent toujours incognito et Le philosophe qui n’était pas sage.
Les romans de Laurent Gounelle sont tous des best-sellers, traduits dans le monde entier.

Ce que j’en pense
***

Il y a du Guillaume Musso dans ce nouvel opus de Laurent Gounelle. On pourrait même dire que, comme le ferait un grand chef sûr de sa technique, il suffit d’utiliser les bons ingrédients pour réussir le plat. A commencer par situer l’action aux Etats-Unis, peut être parce que l’on imagine que là bas tout est possible. A moins que, au pays du New Age, les personnages ne soient plus réceptifs aux prédictions.
Ensuite, il convient de mettre en scène un personnage relativement banal mais qui a déjà un certain vécu. Ici, il s’agit de Jonathan, un agent d’assurances, qui a fondé sa société avec un ami et son ex-épouse. Si tous trois ont connu des hauts et des bas, l’affaire a continué à prospérer. Bref tout va bien jusqu’au moment où arrive l’épisode qui va remettre en cause le train-train quotidien.
Chez Laurent Gounelle, il s’agit de la rencontre avec une diseuse de bonne aventure. Cette dernière va tout simplement lui annoncer sa mort prochaine.
Même si vous êtes persuadé qu’une telle déclaration n’a aucune valeur scientifique, elle vous ébranlera sans doute un peu.
L’agent manquant d’assurance, il va décider de quitter ce métier de rapace pour chercher un nouveau sens à cette existence désormais limitée.
Pour faire monter la mayonnaise, il manque toutefois encore un ingrédient, celui qui fera le liant. Il prend cette fois la forme d’une tante philosophe qui semble avoir trouvé la sérénité et va le guider sur ce nouveau parcours.
Vient enfin, pour le lecteur peu prompt à avaler les gros caillloux semés tout au long de cette quête un argument de poids : « l’intrigue est basée sur des expériences scientifiques réelles ! »
Disons le tout net : même avec les grosses ficelles, on se laisse prendre au jeu pour peu que l’on soit un optimiste invétéré et que l’on aime cette idée de la rédemption vers laquelle on suit Jonathan. Il faut aussi aimer les quelques vérités toujours bonnes à dire (voir citations ci-dessous) et les feel-good stories.

Autres critiques

Babelio
Metronews
RTS (Radio La Première, podcast audio)
Blog Les lectures de Lily

Citations
« Si chacun de nous était conscient de l’immense valeur qui est la sienne, c’est toute la face du monde qui serait changée. Mais on vit dans une société où l’on dit rarement aux gens le bien que l’on pense d’eux. On a beaucoup de pudeur à l’exprimer et, finalement, beaucoup de retenue : chacun garde secrètement en soi ses opinions positives comme des graines qu’on laisserait se dessécher au fond de sa poche au lieu de les semer ou de les confier au souffle du vent, à la terre et à la pluie. »

« Nous sommes des êtres complets et la nature nous amène à le ressentir profondément, alors que la société crée en nous le manque. Elle sait nous faire croire et nous faire ressentir qu’il nous manque quelque chose pour être heureux. Elle nous interdit d’être satisfaits de ce que nous avons, de ce que nous sommes. Elle ne cesse de nous faire croire que nous sommes incomplets. »

« Notre voie apparait à nous quand s’évanouissent nos illusions, qui nous trompent sur notre direction, et que notre conscience s’éveille. Et tu sais, ce qui est troublant dans la vie, c’est que tout ce qui nous arrive, en positif comme en négatif, en joies comme en drames, sert secrètement un seul but: éveiller notre conscience, car c’est seulement là que nous devenons pleinement nous-mêmes. »

« Pour bien vivre sa vie, reprit Margie, il est nécessaire d’être à l’écoute de ce qui vient du plus profond de nous-même. Entendre les messages chuchotés par notre âme. Mais notre âme est comme un ange qui murmure d’une voix si douce, si faible, qu’il faut tendre l’oreille. Comment veux-tu la percevoir dans le brouhaha incessant ? Comment veux-tu y prêter attention quand ton esprit est accaparé par des milliers de choses en dehors de toi-même ? » (page 79)

« Le monde est la résultante de nos actes individuels. Se changer soi-même est la seule voie vers un monde meilleur. Un monde meilleur où il fait bon vivre. »

« Mais il le savait : il ne sert a rien de regretter des choix passées. La vie est ainsi,elle est jalonnée d’erreurs,et sans doutes ces erreurs ont-elles leur raison d’être,sans doute nous apportent-elles quelque chose malgré tout .Accepter. La philosophie de Margie finissait par passer.
L’acceptation est un art de vivre. »

A propos de l’auteur
Laurent Gounelle est né le 10 août 1966 de mère catholique et de père protestant. Originaire des Cévennes, de l’Ardèche et de Venise par son père, de l’Aisne, de la Hollande et de la Belgique par sa mère dont la famille a vécu un quart de siècle en Cochinchine. A la maison, l’influence asiatique se ressentait jusque dans les habitudes culinaires… Il reçoit une éducation assez stricte dans une ambiance sérieuse dont il s’évade par la rêverie, la lecture, et l’observation du monde.
A 17 ans, il veut devenir psychiatre, mais en est dissuadé par le médecin de famille — un pessimiste invétéré convaincu que ce métier n’a pas d’avenir. Son père, professeur et chercheur en physiologie, avait quant à lui peu d’estime pour les « sciences molles »…
Poussé par ses parents à faire des « études sérieuses », il entreprend alors un cursus de sciences économiques à Dauphine dont il sort diplômé en 1988, complété par un troisième cycle à la Sorbonne.
Son bac + 5 en poche, il se retrouve à 23 ans propulsé dans le monde de l’entreprise, jeune cadre promis à un avenir sans encombre. Et pourtant, c’est le choc. Il se retrouve confronté à une crise existentielle, son métier n’ayant pas de sens profond à ses yeux. « Ce n’est pas la vie que je voulais », réalise-t-il brutalement. S’en suivent alors quelques années pendant lesquelles il se cherche, un parcours erratique qu’une journaliste de Libération qualifiera plus tard de « trajectoire de poulet fraîchement décapité ».
Mais sa passion très tôt manifestée pour l’être humain ne le lâche pas. Il se jette corps et âme dans les sciences humaines et notamment la psychologie et la philosophie, à travers des lectures puis des formations de plus en plus pointues aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Il fait des voyages initiatiques. Il rencontre des sages.
Désireux de faire de sa passion son métier, il devient consultant en relations humaines, métier qu’il exercera pendant 15 ans. En France puis à l’international, des entreprises lui confient des missions de conseil et de formation qui gravitent autour de l’amélioration des relations entre les gens, l’épanouissement au travail, la recherche de sens.
En 2006, au cours d’une année chargée en émotions (mort de son père quelques mois après son mariage, naissance de son premier enfant, mort de son meilleur ami…), Laurent Gounelle prend la plume pour écrire une histoire qui permettrait de partager des idées qui lui tiennent à cœur sur la vie et la recherche du bonheur. « L’homme qui voulait être heureux » est publié en 2008 et devient un best-seller mondial, traduit en 25 langues, n°1 des ventes en France.
En 2010, Laurent Gounelle publie « Les dieux voyagent toujours incognito » qui prend tout de suite la tête des listes de meilleures ventes et devient également un best-seller en Espagne et dans la plupart des pays d’Amérique du sud. L’adaptation cinématographique de ce roman est actuellement en préparation.
En 2012, Laurent Gounelle publie « Le philosophe qui n’était pas sage » dans une co-édition Plon / Kero, un roman en forme de satire de la société occidentale moderne, qui devient à son tour un best-seller et est en cours de traduction dans de nombreux pays.
En 2014, Laurent Gounelle publie « Le jour où j’ai appris à vivre », un roman sur la découverte de soi et du sens de la vie, qui se placera dès sa sortie dans toutes les listes des best-sellers. Ce roman est en cours de traduction dans de nombreux pays. (Source : Site internet de l’auteur)

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