Le cœur à l’aiguille

GONDOR_Le_coeur_a_laiguille

En deux mots
Leïla a un jour l’idée de coudre les lettres de son compagnon parti au loin pour en faire une robe. Une activité qui lui fait revivre tous les moments forts de sa vie. Un premier roman délicat, mais un peu court.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Le cœur à l’aiguille
Claire Gondor
Éditions Buchet-Chastel
Roman
96 p., 10 €
EAN : 9782283030547
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en France, en banlieue parisienne. On y évoque L’Afghanistan et Kaboul, Le Soudan et Khartoum ainsi qu’un lieu à la campagne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Alors elle l’a préparée, jour et nuit, sa robe de mariage, avec ses mots à lui, et si elle le pouvait, elle les coudrait à même sa peau, elle se les tatouerait à l’aiguille et au fil, sur les seins et sur les hanches, pour en sentir la morsure, pour ne jamais être distraite de lui. »
Banlieue parisienne, années 2000. Soir après soir, Leïla se penche sur son chef-d’œuvre d’encre et de papier : une robe constituée des cinquante-six lettres que lui a adressées Dan, son promis parti au loin.
Au fil des chapitres se dessine la trame de leur histoire commune : leurs rencontres, leur complicité, leur quotidien, les petits riens qui donnent à tout amour son relief si particulier. Chaque missive fait ressurgir un souvenir, un paysage, une sensation, qui éclairent peu à peu la géographie de leur intimité passée.
Un premier roman délicat où l’on suit l’aiguille qui raccommodera le cœur meurtri d’une jeune fiancée.

Ce que j’en pense
Court roman? Longue nouvelle? Après tout qu’importe, puisque seul compte le plaisir que l’on prend à découvrir cette histoire aussi originale que prenante.
Tout commence par une séance photo dans un bel endroit à la campagne. Si le photographe est satisfait de ses prises de vue, son modèle, une jeune femme en robe de mariée, a le regard un peu perdu.
Mais on n’en saura pas davantage pour le moment, car Claire Gondor revient en arrière et nous entraîne alors dans le quotidien de Leïla. Au fil des pages, on comprend que cette jeune femme vit séparée de son homme. Dan est parti dans un pays chaud, laissant Leïla à une solitude bien difficile à combler. Toutefois, un peu comme au temps des croisades où les épouses comblaient l’attente du retour de leurs preux chevalier en effectuant des travaux d’aiguille, Leïla crée une robe avec son bien le plus précieux: les lettres qu’elles reçoit régulièrement de Dan et qui l’émeuvent tant. Elle ne sait trop comment est né cette idée, mais elle y voit un moyen de conjurer son sort funeste « La vie n’attendait pas que Leïla se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser au fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin. »
Si on ne saura jamais vraiment quelle mission a été confiée à Dan, on va en apprendre un peu plus sur leur relation, leur rencontre, leur amour naissant et leur projet de mariage. On va aussi aussi découvrir que Leïla vient d’Afghanistan. Un pays qu’elle a fui avec sa famille et dont elle conserve la nostalgie. Des souvenirs entretenus par sa tante Fawzia, détentrice des belles histoires, des légendes et des recueils de poésie qui vont nourrir l’imaginaire de sa nièce autant que sa mélancolie.
L’auteur brode son récit jusqu’à la 54e et dernière lettre, posant en quelque sorte la dernière pièce d’un puzzle qui révèle alors l’œuvre dans sa totalité. C’est finement joué, tellement même que l’on aurait aimé suivre cette belle langue encore un peu plus. Après avoir publié des recueils de nouvelles et des poèmes, c’est un peu comme si Claire Gondor n’avait pas osé franchir totalement le pas vers le «vrai» roman. Quoiqu’il en soit, on se réjouit de cette découverte et on attend le prochain roman, plus étoffé, avec impatience !

68 premières fois
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
L’avis de Mireille Le Fustec sur Babelio

Autres critiques
Babelio 
Page des Libraires (Frédérique Franco)
Blog Les fanas de livres

Les premières pages du livre 

Extrait
« Elle n’avait jamais imaginé qu’un parfum pût l’émouvoir à ce point, qu’il pût l’ appeler tout entière, la mettre en mouvement, faire tressaillir son ventre. Son odeur comme un coup de sifflet la convoquant-sur-le-champ. Elle aurait pu passer des heures à le respirer ainsi, muette, le souffle court, les reins noués, jusqu’à sentir en elle quelque chose s’élargir, un instinct prendre forme, une faim brutale, carnassière, sans bride montrer soudain les crocs. Son odeur singulière, sa signature, attisait chez Leïla le sauvage. » (p. 48)

À propos de l’auteur
Claire Gondor est née à Amiens et a grandi à côté de Dijon. Elle est aujourd’hui directrice de médiathèques à Langres. Elle a fondé en 2014 une compagnie de création d’événements littéraires, L’Autre Moitié du Ciel. Elle est par ailleurs engagée dans de multiples associations, à titre personnel ou professionnel : ainsi a-t-elle fait partie de la Commission Communication de l’Association des Bibliothécaires Français, et elle est toujours au bureau de l’ABF Bourgogne. Le Cœur à l’aiguille est son premier roman. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

Page Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=2283030544&asins=2283030544&linkId=c77003de9243f29010d20879ca119a4d&show_border=true&link_opens_in_new_window=false&price_color=333333&title_color=0066c0&bg_color=ffffff

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lecoeuralaiguille #clairegondor #editionsbuchetchastel #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #buchetchastel #unLivreunePage #livre #lecture #books

Rien que la mer

GEILLE_rien_que_la_mer

En deux mots
Le destin d’une femme bascule dans un petit port de Bretagne. Son mari la quitte lâchement. C’est sans doute le même sentiment que son père a dû partager lorsqu’il s’est retrouvé piégé à Mers-el-Kébir quelque soixante années auparavant. Voici la chronique de deux défaites avec la mer pour trait d’union, rien que la mer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Rien que la mer
Annick Geille
Éditions de La Grande Ourse
Roman
240 p., 18 €
EAN : 9791091416481
Paru en octobre 2016
Prix Encre marine 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Bretagne, à Sainte-Anne-la-Palud, à Saint-Malo, Quimper, Douarnenez. On y évoque l’Algérie avec la bataille de Mers-El-Kébir et la pointe Sud du continent américain partant vers l’Antarctique.

Quand?
L’action se situe de nos jours ainsi qu’en 1940.

Ce qu’en dit l’éditeur
3 Juillet 1940, baie d’Oran. Vers 18 heures, un déluge de feu s’abat sur la flotte française confinée dans le port de Mers el-Kébir. Quelques minutes d’un combat intense suffisent à ouvrir les portes de l’enfer. Brûlés, noyés, asphyxiés, 1297 marins trouvent la mort ce jour-là.
Seul le Strasbourg, croiseur de bataille commandé par le capitaine de vaisseau Collinet, réussit par une brillante manœuvre à appareiller sans être touché. A son bord, parmi les rescapés du massacre, Francis, radio de bord, Breton comme la plupart. Miraculé, traumatisé par ce qu’il considère comme un assassinat, il n’oublie rien. Pas à pas il reconstruit sa vie.
Quelque 60 ans plus tard, juillet toujours, tiédeur d’un soir d’été dans un petit coin perdu de Bretagne. Au Petit Hôtel du Grand Port, une femme attend son mari ou plutôt non, elle ne l’attend plus. Il est trop tard, il est parti. Ses pensées se succèdent en vrac. Pour ne pas mourir, elle fait front.
Et puis la Mer, porteuse d’Histoire et de Mémoire. La Mer, symbole de ces deux destins liés à tout jamais.
« Un jour, l’ancien marin s’est laissé couler ; j’en fus si éprouvée que j’ai voulu lui bâtir une sépulture par la littérature » A.G.

Ce que j’en pense
Si du côté de Jacques Brel la valse à trois temps peut encore «s’offrir des détours
du côté de l’amour», celle que nous propose Annick Geille est à l’opposé. Ici, rien n’est charmant. Le premier temps de cette valse se déroule en Bretagne sur la terrasse d’un hôtel de bord de mer. Une femme y attend son mari en regardant les personnes qui l’entourent, en laissant vagabonder son esprit sur leurs quelque vingt années de vie commune. Le temps passe et Pierre n’arrive toujours pas. Le maître d’hôtel s’approche alors : «– Madame, croyez que je suis désolé. J’ai un message à vous transmettre. Monsieur ne reviendra pas. Il a réglé la note du dîner, la chambre, ainsi que le petit déjeuner. Il m’a prié de vous avertir du fait qu’il ne reviendra jamais. Il vous exprime ses regrets, et vous souhaite bonne chance. Je suis désolé, madame, une chose pareille ne nous est jamais arrivée et si vous… »
À la brutalité de cette annonce les quelques mots qu’elle trouvera dans leur chambre ne pourront mettre du baume sur son cœur meurtri. Elle part à son tour, va retrouver son père malade.
Le second temps de la valse est tout aussi noir. Refaisant le chemin en marche-arrière, elle retrouve l’histoire familiale et l’épisode qui aura permis à son père de rencontrer sa mère. Nous sommes à quelques encablures de Mers el-Kébir en juillet 1940. La flotte anglaise va torpiller les bâtiments de la marine française, faisant quelque 1300 morts. Parmi les rescapés figure l’équipage du Strasbourg commandé par le capitaine de vaisseau Collinet et notamment Francis, ce père qui ne se remettra jamais vraiment de ce traumatisme, de ces camarades morts à quelques mètres de lui.
Pour sa fille, il est désormais urgent de lui dire combien elle l’aime. Un sentiment qu’elle a eu tant de mal à extérioriser, notamment du fait d’une mère possessive, accaparante. Mais elle arrivera trop tard.
Le troisième temps de la valse est celui d’un possible apaisement. À la violence et à la brutalité, au chagrin et au deuil succèdent maintenant une sorte de chemin vers la liberté. Pour cela, il faut offrir la sépulture dont il rêvait à son père, réaliser son rêve d’évasion. La procession vers Sainte-Anne-la-Palud est bouleversante. Elle ouvre d’autres horizons. La fille du marin a compris qu’elle sera sauvée par la mer. Rien que la mer…
Au-delà de l’hommage à ce père disparu, c’est bien le combat d’une femme qu’Annick Geille nous offre de suivre dans ce roman. Une femme qui va relever la tête. Une femme qui sait qu’une valse n’a pas trois temps, mais mille temps.

Autres critiques
Babelio
L’Express (Marianne Payot)
Viabooks (Olivia Phelip – entretien avec l’auteur)
Franceinfo (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Paris Match (Edith Serero)
Blog Muze (Stéphanie Janicot)

Les premières pages du livre

Extrait
« Elle fit le tour du parking, qui était vaste, étudiant chaque véhicule. Rien. Il était vraiment parti. Elle n’en éprouva aucun étonnement, se trouvant juste assez sotte d’avoir pu imaginer qu’il en fût autrement. Le maître d’hôtel devait à présent raconter l’histoire en cuisine. Une séparation dans laquelle il avait joué un rôle. Il avait eu l’air sincèrement désolé. Et même s’il ne l’était pas, même si tous riaient d’elle à présent, car celui qui restait avait toujours l’air idiot, dans le fond, qu’est-ce que cela pouvait bien faire? »

A propos de l’auteur
Annick Geille, écrivain, critique littéraire et journaliste, a été rédactrice en chef de Playboy (la plus jeune rédactrice en chef de France). Elle a écrit de nombreux romans, dont Un amour de Sagan, Pour lui. Elle a obtenu le Prix du Premier Roman pour Portrait d’un amour coupable et le Prix Alfred-Née de l’Académie française pour Une femme amoureuse. Elle siège au Prix Freustié et au Prix du Premier Roman. Rien que la mer est son onzième roman. (Source : Éditions de La Grande Ourse)

Site Wikipédia de l’auteur 
Profil LinkedIn d’Annick Geille

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#annickgeille #rienquelamer #RL2016 #roman #rentreelitteraire

Presque ensemble

philibert_presque_ensemble

Presque ensemble
Marjorie Philibert
Éditions JC Lattès
Roman
376 p., 19 €
EAN : 9782709658584
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et banlieue, mais nous fait également voyager dans les sous-préfectures de l’hexagone avec l’un de sprotagonistes chargé de former des fonctionnaires et dans le monde entier avec l’autre des protagonistes, rédactrice pour un magazine de voyages. À la fin du récit, on retrouve les deux à Bagançay sur l’île de Bohol aux Philippines.

Quand?
L’action se situe de 1998 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tout commence le 12 juillet 1998. En pleine finale France-Brésil, Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar à Paris. Ces deux révoltés placides deviennent inséparables et se lancent dans la vie de couple. Mais loin de la passion rêvée, nos héros se retrouvent embarqués dans une odyssée domestique désespérément tranquille…
L’arrivée de Ptolémée, le chat, leur procure un temps le paradis tant souhaité. Mais rien ne dure !
Drôle et mordant, Presque ensemble explore avec brio le sentiment amoureux à l’épreuve du quotidien, ou simplement peut-être de la vie.

Ce que j’en pense
***
Si vous êtes amateur de belles histoires d’amour romantiques, passez votre chemin. Si vous préférez les sombres histoires de vengeance après une séparation douloureuse, passez également votre chemin : Marjorie Philibert a choisi d’ancrer son roman dans le réel, sans y ajouter d’effets spéciaux ou de spectaculaires retournements de situation. Bref, une histoire ordinaire. Celle d’un couple qui naît et se défait. Une histoire tellement ordinaire qu’il valait vraiment la peine d’aller voir ce qui fait qu’aujourd’hui le sexe remplace l’amour et la liaison éphémère prend la place de l’union durable.
Le couple en question est constitué de deux provinciaux venus à Paris pour leurs études. Nicolas est originaire du pays Nantais et s’intéresse à la sociologie, mais sans grand enthousiasme. Il n’a du reste pas de signe particulier, ni même un physique très avantageux. Il végète. Victoire n’est guère mieux lotie, mais dispose tout de même d’un physique agréable. Après une enfance en Corrèze et une adolescence prendra fin avec des vacances à Belle-Île et une première relation sexuelle très décevante derrière un bar, on la retrouve dans un établissement parisien qui diffuse la finale de la Coupe du monde de football sur grand écran.
Vous l’avez compris, nous sommes en 1998 et ce 12 juillet sera à marquer d’une pierre blanche pour des milliers, voire des millions de personnes.
Victoire, cela ne s’invente pas ( !), tombe dans les bras de Nicolas, emportée par la foule plus que par son désir. Mais qu’importe, le jeune homme pourra être éternellement reconnaissant à l’équipe de France qui a changé le cours de sa vie.
Car les deux jeunes amants peuvent profiter de l’été. Ils n’ont guère de moyens, mais peuvent passer des journées entières au lit, faire l’amour et se promener. Un peu comme ces autres jeunes qu’ils suivent fascinés sur petit écran. Avec Le Loft où ne vivaient que des êtres qui dormaient, mangeaient et baisaient, Nicolas et Victoire découvrent la télé-réalité et s’imaginent qu’un tel mode de vie a de l’avenir. Avant de se rendre compte qu’il faut tout de même songer à gagner un peu d’argent pour survivre dans cette société de consommation.
Après leurs dernières grandes vacances d’étudiants qu’ils passent dans le Lot, près de Cajarc avec leurs amis Stéphane et Claire, ils vont trouver des petits boulots, elle comme rédactrice dans un magazine de voyage, lui comme assistant dans un site consacré à la sociologie et plus exactement à la publication d’études basées sur la corrélation de statistiques.
Presque sans s’en rendre compte, ils poursuivent leur petit bonhomme de chemin ensemble. Le 21 avril 2002, en voyant Jean-Marie Le Pen apparaître sur leur écran en tant que candidat au second tour de la présidentielle, « ils crurent que leur vie prenait un tournant. » Mais il n’en fut rien. Pas plus d’ailleurs que durant l’été de la canicule, où « ils se jurèrent de faire des enfants, pour avoir quelqu’un puisse faire le numéro des pompiers avant qu’il ne soit trop tard. » Projet avorté, si je puis dire.
C’est que chacun semble poursuivre sa propre route : « On s’épuisait à se parler sans s’écouter, à expliquer sans se comprendre, à souffrir comme si on avait tout le temps devant soi pour finir par passer sa vie côte à côte comme deux vaches dans un pré. »
Tandis que Nicolas démontre que les hommes célibataires qui achètent des surgelés sont beaucoup plus susceptibles que les autres d’adopter des comportements violents, Victoire teste le matelas d’un hôtel de luxe à Majorque.
Si leur sexualité s’étiole, la tendresse reste. L’achat d’un chat vient apporter un peu de fantaisie et un peu de douceur dans une vie trop ordinaire.
Pour l’épicer un peu, chacun va s’essayer à la relation extra-conjugale. Nicolas avec Soo-Yun, une étudiante coréenne en sciences de l’information à Séoul, qui a étö engagée comme stagiaire par son patron. « Hélas, son aventure était sporadique et intense, exactement à l’opposé de sa vie de couple : un adultère tout ce qu’il y a de plus classique. Soo-Yun, il le savait, ne pourrait jamais constituer qu’une aimable excursion éphémère. »
Du fait de ses voyages jusqu’au bout du monde, Victoire opte pour des rencontres de passage, avec Simon le Belge très vite oublié, avec Sten, le Suédois d’Uppsala qui aime lui raconter sa vie de famille et son enfance ou encore avec Rodolfo l’Argentin qui va devenir très intrusif et entend tout savoir de ses ébats avec Nicolas et va finir par l’exaspérer.
« À l’automne, leurs amants disparus, ils revinrent l’un vers l’autre, comme d’autres font leur rentrée. Leur couple était là ; il les attendait. »
Marjorie Philibert, après Aurélien Gougaud et son Lithium, brosse le portrait d’une génération qui se cherche sans jamais se trouver, qui s’imagine pouvoir s’inscrire dans un schéma classique sans pour autant disposer des armes qui leur permettrait de résister aux difficultés, aux conflits inhérents à leur manque de moyens ou encore à leur démotivation face à cette crise qui n’en finit pas.
C’est joyeux puis triste, c’est encourageant puis désespéré. L’idéalisme fait soudain place à un réalisme froid. Les quelques notes d’humour qui parsèment le récit ne parvenant pas à nous faire éviter le spleen qui nous gagne au fil des pages.

Autres critiques
Babelio
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Les petits livres 

Le début du roman 

Extrait
« Certains jours, il se sentait tellement seul qu’il avait envie de serrer n’importe qui contre lui. Il se disait que d’autres en avaient sûrement envie aussi, mais que tout le monde s’interdisait de craquer. Ou alors, il faudrait payer. Il regardait souvent les prostituées qu’il croisait sur les grands boulevards ; mais probablement, elles ne voudraient pas. Ça ne se faisait tout simplement pas.
Au stade, c’était tout le contraire. On n’était jamais seul, parce qu’on était dans un camp. Si la France marquait, on avait le droit de se jeter dans les bras du voisin, comme on ne pouvait plus le faire avec sa famille depuis bien longtemps ; ou on pouvait serrer fort des mains inconnues, parce qu’on avait le ventre noué pendant les prolongations. Tout était permis : le monde extérieur était aboli. »

À propos de l’auteur
Marjorie Philibert est née en 1981 et est journaliste à Paris. Presque ensemble est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Portrait de Marjorie par Philippe Besson (Le Point)

Compte Twitter de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Danser au bord de l’abîme

delacourt_danser_au_bord_de_labime

Danser au bord de l’abîme
Grégoire Delacourt
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19,00 €
EAN : 9782709659567
Paru en janvier 2017

Où?
Les deux premières parties du roman se déroulent dans le Nord de la France, à Lille, Valenciennes, Le Touquet, Cucq, Bondues, Deauville, Rang-du-Fliers-Verton, Étaples, Berru, Wimereux, Boulogne, Fécamp. Des vacances et voyages vers La Baule, Anvers, Paris, Madrid et Londres y sont aussi évoqués.
La troisième partie retrace une escapade dans le Sud de la France, notamment le long de la route du Dracenois, entre Draguignan, les Arcs-sur-Argent et le Cannet-des-Maures, mais aussi à Cavalaire, Lorgues, Salernes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie.
Aussitôt, elle sait.
Après On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt explore dans ce roman virtuose la puissance du désir et la fragilité de nos existences.

Ce que j’en pense
****
L’auteur de La Liste de mes envies et des Quatre Saisons de l’été nous revient avec un roman qui devrait élargir encore davantage le cercle de ses lecteurs, car si sa plume est toujours aussi élégante, elle va cette fois chercher plus profondément les tourments de l’âme. À l’anecdote vient désormais s’ajouter la gravité, aux bonheurs de l’amour viennent désormais se mêler la douleur de l’absence et du deuil.
La première – bonne – surprise est d’avoir choisi le point de vue d’une femme comme narratrice. Une femme dont la confession est sans concessions : « Je transcris ici l’enchaînement des faits tel qu’il s’est déroulé. Je ne commenterai pas l’irrépressibilité de mon désir – elle est sans doute à chercher du côté du sacré.
Je veux juste essayer de démonter la mécanique du désastre. De comprendre pourquoi, plus tard, j’ai incisé à jamais le cœur de ceux que j’aimais. »
Emmanuelle et Olivier ont plutôt bien réussi. Le couple a trois enfants, le mari une bonne situation, Emma arrondit ses fins de mois dans un magasin de vêtements. Un petit bonheur tranquille qui cache toutefois une frustration, une usure, un mal-être : « Je me vidais de moi-même. Je m’essoufflais à ne pas m’envoler. Je pâlissais, et Olivier parfois s’inquiétait – il parlait alors de quelques jours ailleurs, l’Espagne, l’Italie, les lacs, comme si leur profondeur allait engloutir ma mélancolie. Mais nous ne partions pas, parce qu’il y avait les enfants, parce qu’il y avait la concession, et parce que j’avais fini par mettre toutes mes frustrations dans ma poche, un mouchoir par-dessus, comme me l’avait enseigné ma mère. »
Une mère qui prenait aussi la peine de lui lire une histoire chaque soir et qui lui a ainsi donné le goût des histoires et des héroïnes. En suivant les aventures de La chèvre de monsieur Seguin – qui servira de fil rouge tout au long du livre – de Claudine mise en scène par Colette, de la Lily Bart d’Edith Wharton ou des personnages imaginés par Louise de Vilmorin, elle va se construire un imaginaire propice à accepter le regard que lui jette un jour un homme dans la brasserie André.
Sans échanger un mot, elle va tomber amoureuse, fondre de désir. Simplement parce qu’«Il y a des hommes qui vous trouvent jolie et d’autres qui vous rendent jolie». Peu importe le séisme que cette rencontre peut provoquer, peu importe les conséquences du dialogue qui finit par s’installer :
«– Je m’appelle Alexandre et je pense à vous depuis trois semaines.
– Je tiens une boutique de vêtements pour enfants. Mais plus pour très longtemps.
– Je suis journaliste à La Voix du Nord. Les pages «culture».
Sauf que le beau scénario d’Emma et d’Alexandre va s’effondrer avant même d’avoir pu se concrétiser. Pas par peur, pas à cause de la pression – très forte – des enfants pour empêcher la rupture, pas à cause des conjoints respectifs. À cause d’un fait divers banal.
« Une jeune fille est installée à deux tables de la mienne. Soudain, une autre arrive. Pâle. C’est son amie. Elle s’excuse d’être en retard. Ils ont bloqué la Grand-Place, dit-elle. Un type. En V’Lille. Qui s’est fait renverser par un bus. Je crois qu’il est mort. »
Le roman va alors basculer. De la tentative d’évasion à la réclusion. Emma n’a pas le courage de rentrer chez elle et d’oublier ce drame. Elle erre quelques temps avant de finir dans un mobile home du camping Pomme de pin à Cucq.
« Je sais maintenant que le deuil est un amour qui n’a plus d’endroit où se loger. » dira-t-elle pour résumer cette période sombre que de nouvelles connaissances vont tenter d’adoucir. Mais Emma reste lucide : « J’avais abandonné mon mari, mes trois enfants, pour les lèvres d’un homme et pour mille espérances. J’avais erré de longs mois dans ma tentation, j’avais surnagé dans son absence. Et je m’étais perdue dans ce vide. »
L’apaisement viendra avec la troisième partie. Aussi paradoxalement que cela peut sembler, l’apaisement viendra avec une nouvelle épreuve, le cancer dont est victime Olivier. « Viennent alors les tests, les IRM, les PET scan, les décisions, les antalgiques puissants, le dextropropoxyphène, l’oxycodone, les indécisions, l’hydropmorphone. Vient cette période cotonneuse d’avant les séismes, ce temps suspendu où plus rien n’a de valeur (…) Vient enfin le séisme. L’instant où tout bascule. Où plus rien n’a d’importance. » On peut alors tout se dire, laisser tomber les masques. Cette danse au bord de l’abîme est bouleversante. Elle vous fera comprendre que «la vie est la courte distance entre deux vides» et que chacun doit être libre de choisir comment parcourir cette courte distance.

Autres critiques
Babelio
Le Parisien
RTL (Laissez-vous tenter – avec interview de l’auteur)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le blog d’eirenamg 
Blog Bric A Book 
Blog Les Jardins d’Hélène 
Blog Pretty Books 

Les vingt premières pages 

Extrait
« Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée.
C’est l’apparition fortuite, parfois charmante, parfois brutale, d’une promesse de satiété qui réveille la béance, qui éclaire nos manques et remet en cause les choses considérées comme acquises et immuables – mariage, fidélité, maternités –, cette apparition inattendue, presque mystique, qui nous révèle aussitôt à nous-mêmes, nous effraie tout autant, nous fait pousser les ailes pour le vide, qui attise notre appétit, notre urgence à vivre, parce que si nous supposions que rien ne dure jamais, nous en avons alors soudain la certitude, tout comme celle qu’il n’est aucun souvenir que nous emporterons, aucune caresse, aucun goût de peau, aucune saveur de sang, aucun sourire, aucun mot cru, aucune indécence, aucun avilissement: nous découvrons brusquement que le présent est la seule éternité possible. »

A propos de l’auteur
Grégoire Delacourt est l’auteur de six romans, tous publiés chez JC Lattès. En 2011, il publie son premier roman avec L’Écrivain de la famille puis, en 2012, son premier bestseller avec La Liste de mes envies traduit dans 35 pays. Suivent ensuite La Première chose qu’on regarde en 2013, puis On ne voyait que le bonheur en 2014 et Les Quatre saisons de l’été en 2015. (Source : Éditions JC Lattès)

Site internet de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#gregoiredelacourt #RL2017 #roman #rentreelitteraire #danserauborddelabime #jclattes

Une comédie des erreurs

zink_une_comedie_des_erreurs

Une comédie des erreurs
Nell Zink
Éditions du Seuil
Roman
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé
300 p., 20,50 €
EAN : 9782021220438
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Virginie, dans le Sud profond des Etats-Unis, à Port Royal, Stillwater, Fredericksburg, Woolworth, Fairfax, Manassas, Reston, Falls Crurch, Richmond, et s’étend jusqu’à Bristol dans le Tennessee, bifurque à Little Washington puis Woodberry, en passant par Norfolk et New York. On y évoque aussi Centerville, Yorktown, Poquoson et Georgetown.

Quand?
L’action se situe dans les années soixante et la décennie suivante.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une petite université de la Virginie, une jeune lesbienne idéaliste tombe amoureuse de son professeur de poésie, réputé pour ses frasques homosexuelles. Improbable mais pas impossible ? nous sommes au milieu des années 1960. S’ensuivent quelques nuits d’amour torrides, une grossesse inattendue, un mariage à la va-vite, un deuxième enfant, et un ressentiment qui tourne à la haine mutuelle.
Alors Peggy plaque mari et fils pour disparaître avec sa fille de trois ans dans une cambrousse du sud des États-Unis. Elles squattent une bicoque délabrée et vivotent sous les identités usurpées d’une femme noire et de sa fille. La petite Karen est pâle et blonde, et alors ? À cette époque-là et dans ces régions-là, une goutte de sang noir dans un arbre généalogique suffit à justifier d’une appartenance à la race considérée jusque peu comme inférieure. Ce qui arrange Peggy, car c’est la planque idéale.
Mais échappe-t-on jamais à ses origines? Les hasards du destin rapprocheront les membres de cette famille ô combien dysfonctionnelle, pour le meilleur et pour le pire.

« Nell Zink est un écrivain aux talents et aux capacités extraordinaires. Son œuvre soulève sans cesse la possibilité d’un monde plus vaste et plus étrange qu’on ne le pense. Vous n’êtes peut-être pas prêts à le croire, mais son style et ses histoires sont d’une force telle que vous n’aurez pas le choix.» Jonathan Franzen

Ce que j’en pense
****
Parmi les découvertes de la rentrée 2016, le premier roman traduit en français de Nell Zink occupe une place à part. Une comédie des erreurs (titre original : Mislaid) est le second roman de cette femme qui a grandi en Virginie (elle y situe l’action du roman au milieu des années soixante) avant de se lancer dans la musique et l’écriture en publiant «Animal Review». Ce fanzine tomba entre les mains d’un musicologue israélien qu’elle épousera et accompagnera à Tel Aviv où elle continuera à écrire ses petites histoires. Activité qu’elle poursuivra en Allemagne où elle vit aujourd’hui. Encouragée par Jonathan Franzen, avec lequel a entretient une correspondance régulière, elle publiera un premier roman, The Wallcreeper, qui se déroule dans la mouvance écologiste allemande et qui sera salué par la critique, la plaçant d’emblée au rang d’un John Irving.
Si ces compliments méritent encore confirmation, il est vrai que l’on retrouve dans Une comédie des erreurs des situations et une manière très imagée de retracer les événements qui nous rapproche du monde selon Garp et plus encore de L’œuvre de Dieu, la part du diable.
Peggy Vaillaincourt est le personnage principal de cette histoire qui nous replonge dans l’Amérique profonde. Après une enfance et une adolescence peu propice aux excentricités – son père est prêtre épiscopalien et aumônier dans un pensionnat de jeunes filles, sa mère fait office de psychologue pour les brebis égarées – elle choisit de poursuivre des études à l’université de Stillwater. Dans ce «repaire de lesbiennes», elle va parfaire sa formation auprès de Lee Fleming, un professeur de poésie homosexuel.
Cette liaison improbable ne va pas tarder à porter ses fruits : « C’était la première fois que Peggy voyait un gynéco et cela ne lui plut pas. Il était censé lui poser un diaphragme. Au lieu de ça il jeta un coup d’œil à son col de l’utérus et dit : « Mademoiselle Vaillaincourt, vous êtes enceinte et je dirais que vous en êtes à un stade où vous devriez saisir la première occasion pour vous marier. » Elle dit qu’elle ne voulait pas d’un bébé, et il répéta sa sentence mot pour mot sur un ton parfaitement identique, telle une machine. »
S’il répond à un souci de respectabilité, surtout à cette époque, le mariage ne résout pas les problèmes. Et si un second enfant naîtra après leur union, la conception qu’ils ont de leurs rôles respectifs va faire voler en éclat le couple. Peggy n‘entend pas jouer les mères au foyer et entend s’engager dans une carrière littéraire, Lee veut conserver sa liberté, quitte à faire interner son épouse récalcitrante et par trop fantasque.
C’est le moment que choisit Peggy pour prendre la poudre d’escampette et se réfugier avec sa fille Mireille dans une bâtisse laissée à l’abandon dans une zone de marécages. Afin d’effacer toute trace de son identité, elle prennent le nom d’une famille noire: Meg et Karen Brown. Ce subterfuge va parfaitement fonctionner, ne suscitant guère d’interrogations parmi le voisinage. Mieux même, il crédibilise les conditions de vie précaires imposées par cette fuite. Dans cette Amérique qui se bat pour les droits civiques, il est normal que les noirs soient pauvres.
Du roman de formation, on passe insensiblement à une étude sur les droits des femmes, puis à une réflexion sur le racisme et les droits civiques pour finir sur une réflexion désenchantée sur les principes d’éducation et le rôle de la famille.
Lee va effet essayer de retrouver sa femme pendant bien des années avec son fils à ses côtés. Peggy va elle tenter de s’extirper des marais qui l’entourent avec, cette fois sa fille à ses côtés. Nell Zink se place en narratrice omnisciente qui observe cette mêlée et sonde les contradictions et l’égocentrisme des uns et les autres. Avec beaucoup de subtilité, elle nous livres– quelquefois sur la même page – les arguments des uns et des autres. C’est ce que donne aussi au récit tout son sel. La comédie prend des accents joyeux et les erreurs se révèlent quelquefois des choix très lucides. Auteur à suivre !

Autres critiques
Babelio 
Libération (Simon Blin)
Blog Les carnets du Dr. Platypus
Blog Journal d’une lectrice 
Blog Léa Touch Book 
Les vingt-cinq premières pages 

Extrait
« Peggy Vaillaincourt, née en 1948 à Port Royal, au nord de Richmond, était fille unique. Ses parents avaient des moyens mais menaient une vie modeste et dévouée à leur paroisse. Son père était prêtre épiscopalien et aumônier dans un pensionnat de jeunes filles. Sa mère était la femme de son père – un sacerdoce à plein temps. L’ère des psychologues et des thérapeutes n’était pas encore advenue, ainsi lorsqu’une fille perdait l’appétit ou qu’une femme se sentait coupable après un curetage, elle allait voir Mme Vaillaincourt, ce qui donnait à celle- ci un sentiment d’importance. Le révérend Vaillaincourt, lui, se sentait important tout le temps, car il descendait d’une famille qui avait caché John Wilkes Booth, l’assassin de Lincoln.. » (p. 13)

À propos de l’auteur
Née en Californie en 1964, Nell Zink a grandi en Virginie et vit aujourd’hui près de Berlin. Elle a travaillé, entre autres, dans la construction (ouvrier maçon), dans les produits de beauté (secrétaire chez Colgate-Palmolive), dans la musique (rédactrice en chef d’un fanzine post-punk animalier), dans le milieu académique (doctorante à l’université de Tübingen), avant de se tourner vers l’écriture. Une comédie des erreurs est son premier roman à paraître en France. (Source : Éditions du Seuil)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#nellzink #RL2016 #roman #rentreelitteraire #unecomediedeserreurs #editionsduseuil

La correction

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

La Correction
Élodie Llorca
Rivages
Roman
192 p., 18 €
EAN : 9782743633387
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, dans un endroit qui n’est pas nommé.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une seule lettre change et tout est déréglé. Le narrateur va l’apprendre à ses dépens lorsqu’après avoir travaillé quelque temps dans une papeterie, il décide de devenir correcteur professionnel. Il y est d’autant plus résolu que sa mère a toujours cru qu’il était prédestiné à ce métier. Il est embauché à ce poste dans la Revue du Tellière, dirigée par Reine, une femme autoritaire et dominatrice qui va bientôt exercer sur lui son emprise. Reine le fascine autant qu’elle l’intimide. L’aventure se complique lorsqu’il constate que des coquilles sont systématiquement ajoutées après coup sur son jeu de copies. Il soupçonne bientôt Reine de les glisser là délibérément afin de le prendre en faute. Mais bientôt des coquilles d’une toute autre nature vont faire leur apparition…
Dans ce premier roman au style incisif, Elodie Llorca nous livre une fable savoureuse sur les pièges de l’inconscient et les sortilèges du langage.

Ce que j’en pense
***
« Depuis quelque temps, je soupçonnais ma patronne de volontairement introduire quelques coquilles dans la copie afin de pouvoir me prendre en faute. » S’il semble attesté que le mot «coquille» est apparu dans l’univers de l’imprimerie pour désigner les caractères de plomb qui n’étaient pas placés dans leur bon cassetin, parce qu’alors l’expression «vendre ses coquilles» revenait à tromper son monde, il faudra rendre grâce à Élodie Llorca d’avoir su rapprocher dans ce délicieux roman le correcteur et l’oiseau, tous deux sortis de leur «coquille».
Or donc, François est depuis quelques années chargé de dénicher les coquilles, barbarismes, pléonasmes et autres fautes de style dans La Revue du Tellière, un périodique dont on ne saura pas grand-chose, sinon qu’il est dirigé par Reine, une belle rousse, et dont l’équipe est complétée par un rédacteur qui partage son bureau avec le correcteur qu’il va surnommer le recteur.
Autant il est fasciné par sa rédactrice en chef, autant il déteste son collègue. Même s’il soupçonne d’abord cette maîtresse-femme de le mettre à l’épreuve en insérant des coquilles dans des manuscrits qu’il avait déjà corrigés.
Alors même qu’il pensait être installé dans sa vie, que son métier le satisfait bien davantage que son premier emploi dans une papeterie,qu’il pourrait passer de douces soirées avec son épouse, tout va se détraquer. Très vite, la paranoïa s’installe.
Sa femme ne lui parle plus que par post-it interposé, sur lequel il est justement écrit : «Il faut qu’on parle», Reine lui donne du dédaigneux «mon petit François», son collègue le bat froid. Même le petit oiseau qu’il a recueilli et qu’il transporte dans la poche de sa veste va lui prouver que son bec est acéré. Du coup, on verse dans le thriller psychologique. L’enquête pour découvrir l’origine de ces coquilles va pousser François à sortir de sa coquille.
Je vous laisse le soin de découvrir combien cette dernière expression prend ici tout son sens…
La dramaturge Élodie Llorca a le sens du coup de théâtre, mais dans ce premier roman, elle montre aussi quel a le sens de l’intrigue, comme si elle invitait Jorge Luis Borges chez Georges Simenon.

Autres critiques
Babelio
Libération (Virginie Bloch-Lainé)
L’Express (Baptiste Liger, à propos du Prix Stanislas 2016)
La Croix (Coline Vasquez)
La Montagne (Blandine Hutin-Mercier)
MicMag.net (Marie Torres)
Blog Addict culture
Blog Appuyez sur la touche « lecture » 
Blog Du calme Lucette

Extrait
« J’ouvris le tiroir de mon bureau et en sortis un petit calepin noir que j’avais acheté dans le but d’y consigner mes remarques. Je tenais en réalité une sorte d’agenda des coquilles. Cette petite manie m’avait pris sept mois auparavant. J’écrivis : « Aujourd’hui, 24 septembre : roulure / coulure. »
Sous mon message du jour figurait une kyrielle de coquilles : « poire / foire », « coupe / coule », « carcan / cancan », « catin / satin ».
Je tournai rapidement les pages. La première coquille relevée datait du 28 février. J’y avais inscrit les mots « enfoncé / offensé ». Quatre bévues pour un seul mot, c’était beaucoup. L’incongruité de l’erreur m’avait donné alors l’envie de tenir ce journal de bord. »

À propos de l’auteur
Comédienne et dramaturge, Elodie Llorca a écrit plusieurs pièces de théâtre dans lesquelles elle a joué. Elle est aujourdhui scénariste. (Source : Livres Hebdo)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Vivre près des tilleuls

ajar_vivre_pres_des_tilleuls68_premieres_fois_Logo

Vivre près des tilleuls
L’AJAR
Éditions Flammarion
Roman
128 p., 13 €
EAN : 9782081389199
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Suisse, sur les bords du Léman, à Yens, Morges, Genève, Aubonne, Yvoire, Lausanne ainsi que dans le canton de Neuchâtel, à La Chaux-de-Fonds, La Chaux d’Abel et le Creux du Van. Le Rwanda avec Kibuye et le lac Kivu y sont évoqués, ainsi que des voyages à Venise, Trieste, Vienne, Paris, Munich, Berlin ou Bruxelles.

Quand?
L’action se situe de 1956 à 1960, mais l’histoire antérieure et l’histoire postérieure à cette période-charnière font également partie, en filigrane, de ce récit.

Ce qu’en dit l’éditeur
Vincent König est le dépositaire des archives de l’écrivaine suisse Esther Montandon. En ouvrant par hasard une chemise classée « factures », il découvre des dizaines de pages noircies, qui composent un récit intime. Esther a donc tenu un « journal de deuil », dans lequel elle a pour la première fois évoqué la mort de sa fille Louise et l’aberrante « vie d’après ». Les souvenirs comme les différents visages de la douleur s’y trouvent déclinés avec une incroyable justesse. Ces carnets seront publiés sous le titre Vivre près des tilleuls.
Roman sur l’impossible deuil d’une mère, porté par une écriture d’une rare sensibilité, Vivre près des tilleuls est aussi une déclaration d’amour à la littérature : ce récit d’Esther Montandon est en réalité l’œuvre d’un collectif littéraire suisse, l’AJAR. Ces dix-huit jeunes auteur-e-s savent que la fiction n’est pas le contraire du réel et que si « je est un autre », « je » peut aussi bien être quinze, seize, dix-huit personnes.

Ce que j’en pense
****
On retiendra tout d’abord la genèse de ce roman né à l’initiative du groupe de jeunes Suisses associés sous L’AJAR – Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands. Depuis 2012 ses membres «partagent un même désir : celui d’explorer les potentialités de la création littéraire en groupe. Les activités de l’AJAR se situent sur la scène, le papier ou l’écran. Vivre près des tilleuls est son premier roman.
En préface ainsi qu’en postface, on nous explique comment l’idée a germé d’écrire un roman en une belle nuit d’été. Le chois d’une histoire, d’un personnage, d’un prénom…
« Nous avons d’abord dessiné la vie d’Esther Montandon. Une vie qui commence le 8 mai 1923, à La Chaux-de-Fonds et qui va conduire cette femme à embrasser une carrière d’écrivain. Mais, à quarante ans, devenue mère, Esther Montandon a la douleur de perdre sa fille. « Ce deuil était, pour nous, l’un des seuls événements capables de briser son parcours d’écrivaine – et de ménager, ainsi, une place pour ces fragments. »
Un scénario très habile qui donne à chacun des auteurs un cadre assez précis pour pouvoir participer à cette belle aventure, d’autant que le personnage de Vincent König permet de structurer le tout. C’est à lui que l’on confie le soin de gérer le fonds
Esther-Montandon, c’est-à-dire ce qui reste de « l’autodafé qu’elle a commis à la suite de la mort accidentelle de sa fille Louise, le 3 avril 1960. De cette tragédie, inaugurant dix ans de silence éditorial dans la vie de l’auteure, on ne trouve trace ni dans Trois grands singes ni dans Les Imperdables. Jamais Esther Montandon n’a écrit sur la perte de sa fille. C’est du moins ce que l’on a longtemps cru. »
Or voici qu’en mettant de l’ordre dans les cartons, on découvre des fragments de journal intime qui s’échelonnent de 1956, année de naissance de sa fille Louise aux deux ans qui suivent son décès, le 3 avril 1960.
Quelques pages magnifiques sur ce drame absolu que représente la perte d’un enfant vont suivre, comme nous le confirme Vincent König : « Rien n’a été épargné à l’auteure. Il ne faudrait pas pour autant en conclure que la joie est absente de ces pages. Fidèle à elle-même et malgré la blessure, Esther Montandon module patiemment, et avec obstination, une douleur qui n’appartient qu’à elle. Définitivement tragique et éternellement heureux, transfiguré par l’écriture, le souvenir de Louise s’inscrit désormais pleinement dans la littérature. »
La force de la littérature explose tout ai long de ces pages. L’imagination vient suppléer le vécu, la compassion nous faire partager la douloureuse épreuve que traverse Esther, racontant les jours heureux avec Louise, « Le corps d’une fillette, c’est ce que j’ai pu voir de plus beau. Et de plus intolérable. Ses boucles châtaigne, où j’aimais passer la main. Son nez minuscule, qu’elle avait en commun avec tous les enfants de son âge. Sa tête indolente, qu’elle balançait, légèrement penchée vers l’avant, pour dire non. Un non devant lequel on ne pouvait que céder. Ses bras dodus, ses jambes boudinées qui pendaient du haut tabouret. » puis les jours, les semaines, les mois qui suivent la mort de cet enfant.
«Le téléphone sur les genoux, je prépare mon texte. Maman, Louise a eu un accident cet après-midi. Elle est morte. Maman, j’ai une terrible nouvelle. C’est Louise, elle a eu un accident. Maman, Louise est tombée. On n’a rien pu faire. Écoute maman, ta petite-fille a fait une grave chute. Elle est morte. Louise est morte. Morte. Morte. Je répète le mot vingt fois dans ma tête. Je veux lui faire perdre son sens, le réduire à une syllabe creuse. Morte. Louise est morte. Je prends le combiné. Je compose le numéro. Je tombe sur mon père et réalise qu’il y a longtemps qu’on a incinéré maman.»
Puis, plus loin… « Ce soir, Louise dort en terre. Ce sera le cas pour tous les soirs à venir. Toutes les nuits du monde. (…) Ici repose Louise Montandon (1956-1960), notre fille bien-aimée. Jamais ma vue n’a porté si loin. À travers les allées, à travers les branches des tilleuls.
« Le chagrin est moins un état qu’une action. Les heures d’insomnie, puis le sommeil en plomb fondu sur les paupières, la prostration dans le noir, la faim qui distrait la douleur, les larmes qu’on ne sent plus couler : le chagrin est un engagement de tout l’être, et je m’y suis jetée. On me dit de me reprendre, de faire des choses pour me changer les idées. Personne ne comprend que j’agis déjà, tout le temps. Le chagrin est tout ce que je suis capable de faire. »
On pourrait dès lors recopier toutes les pages de ce trop court roman qui, comme l’écrivent ses auteurs multiples est aussi une puissante déclaration d’amour à la littérature : « Oui, nous avons mené cette aventure avec sérieux, travaillant avec acharnement à la justesse du texte, l’asséchant sans relâche, traquant toute complaisance. Au début, tout le monde y allait de son commentaire sur la mort, tout le monde prouvait le caractère définitif de son sentiment. C’était répétitif et lourd. Nous avions huilé ce qui devait être sec, poli ce qui devait être tranchant. »
On attend avec impatience la nouvelle production de L’AJAR !

68 premières fois
Blog Les Jardins d’Hélène 
Blog Domi C lire 
Le Blog de passion de lecteur (Olivier Bihl)
Blog Les lectures de Martine 
Blog Les battements de mon cœur 
Blog T Livres T Arts 
Blog Les carnets d’Eimelle 
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog A l’ombre du noyer (Benoît Lacoste)
Blog Libfly (Catherine Airaud)

Autres critiques
Babelio 
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff)
L’Hebdo (Isabelle Falconnier)
Le Courrier (Thierry Raboud)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)

Extrait (Avant-propos)
« Lorsque Esther Montandon m’a laissé la responsabilité de ses archives, en 1997, je me suis trouvé face à une masse de documents divers : cartes postales, pièces administratives, courriers, coupures de journaux… À quoi s’ajoutait le lot commun de tous les écrivains dont la recherche fait son miel : brouillons griffonnés épars, pages dactylographiées avec ou sans annotations autographes, et trois carnets de notes.
Reconnaissant de cette marque de confiance, je me suis attelé à la tâche avec un enthousiasme qui n’a cessé de décroître devant l’ampleur du travail. Même si la mort de l’auteure, l’année suivante, a ravivé un temps l’intérêt du public pour ses écrits, l’œuvre est peu à peu tombée dans l’oubli.
Cette production exigeante a parfois été jugée trop mince – Esther Montandon n’a publié que quatre livres de son vivant. On la réduit par ailleurs souvent au seul Piano dans le noir (1953), le premier et le plus connu de ses textes. C’est sous-estimer les richesses que recèlent ses trois autres ouvrages. Il n’y a qu’à relire Bras de fer (1959), portrait acide et jubilatoire d’une Suisse hésitant entre tradition et modernité, ou Trois grands singes (1970), nouvelles dans lesquelles l’auteure revendique son engagement féministe en dépeignant sans concessions une société patriarcale. Enfin, la gerbe de ses souvenirs d’enfance, magnifiquement nouée dans les fragments des Imperdables (1980), offre dans un style épuré un aperçu poétique et documentaire du Rwanda et de la Suisse des années 1930. En dehors de cela, il n’y a rien.
L’ensemble du fonds Esther-Montandon ne contient que la matière relative à son activité depuis le début des années 1960. Tout ce qui précède – cahiers, brouillons, manuscrits, projets en cours, dont atteste sa correspondance – a disparu dans l’autodafé qu’elle a commis à la suite de la mort accidentelle de sa fille Louise, le 3 avril 1960. De cette tragédie, inaugurant dix ans de silence éditorial dans la vie de l’auteure, on ne trouve trace ni dans Trois grands singes ni dans Les Imperdables. Jamais Esther Montandon n’a écrit sur la perte de sa fille. C’est du moins ce que l’on a longtemps cru.
Comment donc décrire mon émotion lorsqu’un matin d’hiver 2013, en mettant de l’ordre dans les cartons qu’elle m’avait confiés, je découvre une pochette étiquetée « factures », pochette que j’ai dû manipuler vingt fois sans jamais l’ouvrir – renfermant une petite liasse manuscrite.
Et tout est là, miraculeusement préservé. »

A propos de l’auteur
L’AJAR – L’Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands s’est constituée le 28 janvier 2012 à Genève. Ses membres partagent un même désir : celui d’encourager et d’offrir une visibilité à la création littéraire par le biais de projets collectifs (lectures, rencontres et publications sur la scène, le papier ou l’écran). Ils sont 18 à avoir contribué à l’écriture de Vivre près des tilleuls. (Source : Éditions Flammarion / Livres Hebdo)

Site internet de l’association
Compte Facebook de l’AJAR 
Page Wikipédia de l’AJAR

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#RL2016 #AJAR #vivrepresdestilleuls #flammarion #editionsflammarion #roman #premierroman #68premieresfois #rentreelitteraire

Cannibales

jauffret_cannibales

Cannibales
Régis Jauffret
Éditions du Seuil
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782021309959
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, entre Paris Cabourg et Le Havre, avec des détours par Menton et Nantes. Les villes de San Francisco et Ocean Beach y sont également évoquées.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey.
Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a donné à son fils le prénom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, mort accidentellement avant son mariage. Noémie est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal tandis que Geoffrey s’efforce sans succès d’oublier cette amante qu’il a adorée.
Un sauvage roman d’amour.

Ce que j’en pense
****
Depuis Les liaisons dangereuses, et bien plus modestement depuis Liaisons, qui entendait rendre hommage à son merveilleux précurseur, le roman épistolaire a été très négligé. Je trouve cela fort dommage car ce genre offre à l’auteur un mode de narration qui permet de dévoiler au fur et à mesure le caractère des personnages et les détails de l’intrigue, tout en étant contraint de laisser dans l’ombre bien des pièces de son puzzle et d’entretenir ainsi le mystère. Rendons par conséquent grâce à Régis Jauffret pour avoir brillamment écrit toutes ces lettres.
Ajoutons que pour tous ceux qui trouveront le procédé quelque peu désuet, il s’agit ici de déjouer les risques de piraterie informatique dont Noémie, l’une des principales protagonistes à été victime, et sans doute aussi de jouer avec le temps nécessaire à l’envoi desdites missives.
Noémie prend donc la plume pour s’adresser à sa belle-mère, car elle entend s’expliquer sur sa séparation avec Geoffrey, le fils de cette dernière. La réponse est cinglante et aurait pu conduire à l’interruption de cette correspondance : « Gardez donc votre famille. À petites gorgées, buvez jusqu’à la lie la honte d’en être et d’avoir gâché la chance que vous aviez de faire partie de la nôtre, si Geoffrey était un jour assez sot pour vous offrir le mariage. »
Mais Noémie et Jeanne, les deux correspondantes, ont un caractère bien trempé et n’entendent pas en rester là. Elles vont continuer à s’expliquer, vont se rencontrer et si bien aplanir leurs différends qu’elles vont s’allier et ourdir un plan diabolique qui consiste à se débarrasser de cet importun, qui « éprouve un profond dégoût » pour les femmes, en le… mangeant.
Toutefois, à peine élaboré, ce plan se heurte à la susceptibilité de Jeanne, qui ne supporte pas de voir Noémie mettre son amie d’enfance, Marie-Bérangère d’Aubane, dans la confidence. Mais le désir de vengeance des femmes bafouées reprendra vite le dessus. Les détails de l’assassinat sont élaborés : « Nous louerons une maison de campagne pour l’apprêter. Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l’aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d’un feu de sarments de vigne et de bois d’olivier. Nous pilerons ses os dans un mortier afin de pouvoir nous repaître de sa moelle montée en mousseline avec un kilo de bon beurre. »
L’exaltation joyeuse, le joli scénario et «le fantasme enfoui de beaucoup de mères. Ingurgiter ce que nous avons un jour expulsé, rendre à la nature le fruit de nos entrailles. » va toutefois devoir se confronter à la réalité du terrain. Je ne dirai pas ici jusqu’où cette quête quasi mythique va nous conduire, mais je ne peux m’empêcher de vous révéler que, contrairement aux apparences, Cannibales est une très joli roman d’amour, dont j’emprunte à Jérôme Garcin la formule qui le résume le mieux: «Savoureux de férocité, onctueux de préciosité et délicieux d’absurdité.»

Autres critiques
Babelio 
Le Temps (Eléonore Sulser)
BibliObs (Jérôme Garcin)
La règle du jeu (Christine Bini)
20 minutes (Laurent Bainier)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Causeur.fr (Marie Céhère)
Benzine mag (Delphine Blanchard)
Blog Sur la route de Jostein

Le premier chapitre du livre 

Extrait
« Un dernier mot, aimez. L’amour est une picoterie, une démangeaison dont on ne saura jamais si le plaisir du soulagement que nous procure la caresse de l’amant vaut les désagréments de son incessant prurit. Mais faute de contracter ce mal, on ne connaît jamais le plaisir indicible de voir ses symptômes devenus sous les baisers, les profonds regards, dans l’étreinte, la cause originelle du paroxysme
du bonheur dont le paradis est une contrefaçon.
Je vous souhaite la rédemption et le meilleur de la vie. » (p. 20)

A propos de l’auteur
Régis Jauffret est l’auteur de nombreux romans, parmi lesquels Microfictions, Sévère, Claustria, La Ballade de Rikers Island et Bravo. (Source : Éditions du Seuil)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#RL2016 #regisjauffret #cannibales #editionsduseuil #rentreelitteraire #roman

Beaux rivages

BOURAOUI_Beaux_rivages

Beaux rivages
Nina Bouraoui
JC Lattès
Roman
252 p., 19 €
EAN : 9782709650526
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, à Joinville et à Zurich.

Quand?
L’action se situe de nos jours, plus précisément à compter des attentats contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance. N. B.

Ce que j’en pense
Pour cette chronique, j’ai choisi un angle particulier, celui de la bibliothérapie, un concept cher à Régine Detambel qui propose de soigner les maux par la lecture. En lisant Beaux rivages, je me suis en effet d’une part demandé si cela avait fait du bien à Nina Bouraoui d’écrire cette histoire et d’autre part si le roman peut aider le lecteur qui affronte un chagrin d’amour.
En refermant le roman, je crois pouvoir répondre oui à ces deux interrogations, car sans dévoiler l’issue de cette rupture entre A. et Adrian, on comprend l’universalité de ce parcours, les étapes plus ou moins difficiles qu’il faut traverser pour pouvoir s’en sortir. Dans un article, le magazine Psychologies – auquel j’emprunte les intertitres qui suivent – détaille les étapes à traverser. Des étapes qui constituent la trame exacte du roman et qui débute sur le choc d’une annonce forcément brutale. A. vit depuis huit ans une relation forte avec Adrian, un galeriste Suisse. Si leur relation est longtemps restée si intense, c’est sans doute aussi parce qu’entre Zurich et Paris où ils vivent respectivement, ils doivent profiter de chaque minute ensemble. Lors de vacances communes et de déplacements professionnels ou privés chez l’un ou l’autre. Mais le fait de ne pas vraiment vivre ensemble a aussi un inconvénient majeur : malgré les technologies modernes, la séparation fait mal. Adrian en a assez et opte pour une autre relation. Pour A. tout s’effondre.
Un sentiment de vide
«Je ne mangeais plus, ne dormais plus, il me semblait être au centre d’une forêt dévastée, avec aucun arbre pour m’abriter, et il y avait cette femme (je montrai sa photographie) ma rivale, je n’arrivais pas à comprendre, pourquoi elle et pas une autre, et elle tenait ce blog, qui d’une façon était mon dernier lien à Adrian, même si je me trompais, mais j’essayais de savoir où ils en étaient par ce prisme, elle me manipulait, j’étais tombée dans ses filets (…) c’était bon de souffrir, après tout je le méritais peut-être, je me sentais salie, j’avais non seulement perdue confiance en moi, mais en tous les hommes aussi.»
Une angoisse d’abandon
Nina Bouraoui détaille presque chaque minute de cette phase si difficile durant laquelle on ne sait plus vraiment à quoi se raccrocher, où on a l’impression que chaque événement du quotidien est un signe, ou chaque musique entendue – Shy’m, Natasha St-Pier, Pascal Obispo, Emmanuel Moire – résonne trop fort en soi, où même les ami(e)s ne peuvent rien pour vous. «Il me fallait remonter aux sources de l’abandon, non pour trouver un remède, en existait-il vraiment ?, mais un chemin vers la clarté.»
Comprendre les raisons de la rupture
Elle se connecte au «blog de l’autre» pour prendre des nouvelles de son infortune, veut retrouver Adrian pour le reconquérir, puis finit par se rendre compte qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Va chercher le soutien du Docteur Krantz. Si la psy ne peut la guérir, elle peut au moins poser un diagnostic et explique « avoir à soulager ses patients d’un nouveau mal – les réseaux sociaux. Elle manquait d’outils pour nous défendre de ce qui était, selon elle, une invention diabolique mettant à rude épreuve le principe même de liberté ; j’en subissais, telle une souris de laboratoire, l’expérience, elle s’en désolait, ne voyant ä court terme, aucune issue au trouble qui me rongeait. »
Une occasion de se redéfinir
Comprenant alors que ce n’est pas en se complaisant dans sa souffrance qu’elle s’en sortira, A. finit par entrevoir une issue, imagine qu’elle peut repartir. Sauf que, fort de cette douloureuse expérience, elle s’engage sans illusions dans sa nouvelle histoire : «On va dans le mur, mais je ne sais pas à quelle vitesse».
Un beau roman, aussi désespéré qu’une histoire d’amour qui se veut éternelle.

Autres critiques
Babelio 
ELLE (Olivia de Lamberterie)
L’Express (Alexandre Fillon)
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Livresse des mots
Culturebox (Véronique Dalmaz)
Blog Bookalicious (avec interview de l’auteur)
Myboox (avec interview vidéo de l’auteur)

Les 25 premières pages du livre

À propos de l’auteur
Née en 1967, Nina Bouraoui est romancière. Elle est notamment l’auteur de La Voyeuse interdite (prix du Livre Inter 1991), Garçon manqué, La Vie heureuse, Mes mauvaises pensées (prix Renaudot 2005), Appelez- moi par mon prénom et Standard. Ses livres sont traduits dans le monde entier. (Source : Éditions JC Lattès)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Les passants de Lisbonne

BESSON_les-passants-de-lisbonne

Les passants de Lisbonne
Philippe Besson
Julliard
Roman
198 p., 18 €
EAN : 9782260029205
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Lisbonne, avec l’évocation de San Francisco et de Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« On ne renonce jamais vraiment, on a besoin de croire que tout n’est pas perdu, on se rattache à un fil, même le plus ténu, même le plus fragile. On se répète que l’autre va finir par revenir. On l’attend. On se déteste d’attendre mais c’est moins pénible que l’abandon, que la résignation totale. Voilà : on attend quelqu’un qui ne reviendra probablement pas. »
Hélène a vu en direct à la télévision les images d’un tremblement de terre dévastateur dans une ville lointaine ; son mari séjournait là-bas, à ce moment précis.
Mathieu, quant à lui, a trouvé un jour dans un appartement vide une lettre de rupture.
Ces deux-là, qui ne se connaissent pas, vont se rencontrer par hasard à Lisbonne. Et se parler.
Une seule question les taraude : comment affronter la disparition de l’être aimé? Et le manque?
Au fil de leurs déambulations dans cette ville mélancolique, dont la fameuse saudade imprègne chacune des ruelles tortueuses, ne cherchent-ils pas à panser leurs blessures et à s’intéresser, de nouveau, aux vivants ?

Ce que j’en pense
****
Roman d’une rencontre improbable, le nouvel opus de Philippe Besson est d’abord l’histoire de deux séparations, l’une due à la mort de l’être aimé, l’autre à une rupture amoureuse. Le troisième personnage de ce roman intimiste étant la ville de Lisbonne, celle du Fado et celle de Pessoa.
Dans le hall de son hôtel, Mathieu est intrigué par cette femme qui semble passer des heures assise là, sans autre occupation que de vouloir tuer le temps. Ce qui la pousse vers elle n’est pas sa beauté, mais bien plutôt «sa pâleur de cadavre, les cernes autour des yeux, et cette langueur dans tout son être».
Peut-être qu’un jour la science mettra un nom sur ce phénomène étrange qui met en présence deux personnes à l’état d’esprit semblable, sur cette chimie qui attire l’un vers l’autre alors qu’ils ne se connaissent pas, que leurs univers sont à l’opposé l’un de l’autre. Quelques paroles sont échangées. Deux drames sont énoncés.
Hélène ne se remet pas de la perte brutale de son mari Vincent, disparu quelques semaines auparavant, victime d’un tremblement de terre à San Francisco. Mathieu revient dans la ville de son ami Diego Oliveira, qui l’a quitté en lui laissant une simple lettre d’adieu.
Très vite, une sorte de complicité s’installe entre eux, marquée par le besoin de dire sa souffrance : « Non, au contraire, je suis prête à parler de ça avec vous. Je veux dire : avec un parfait étranger, ce sera différent. Il me semble pour la première fois que je pourrai tout dire. Voilà : tout dire. Et faire que les mots soient justes.»
Au cours de leurs rencontres successives, on en apprend davantage sur leurs vies brisées, sur leur passé heureux, sur leur histoire personnelle.
Philippe Besson reste dans la retenue, l’ellipse et l’économie de moyens, mais il trouve le ton juste et l’anecdote éclairante, comme cette phrase, la dernière que le mari a prononcée en sortant d’une réunion avec des clients pour téléphoner à son épouse, en ajoutant « après, il sera trop tard». Hélène racontera la chose à Vincent : «Je me suis souvenue que les derniers mots de mon mari avaient été : après, il sera trop tard.
Ce dernier, en apprenant que Vincent était architecte, et qu’il a construit des immeubles à San Francisco ne pourra s’empêcher «de penser à l’ironie de la situation: être bâtisseur et finir enseveli sous les décombres.»
En cheminant dans les rues de la capitale portugaise, en dînant au restaurant, au bord du Tage et dans les rues tortueuses empruntées par le tramway, on comprend qu’ils ne sont pas là pour faire du tourisme, mais pour essayer d’oublier, d’évacuer leur histoire. Aussi bien pour elle que pour lui.
« Elle sait cette affliction et ce désenchantement des hommes quand ils ont été quittés. Elle a toujours attiré les êtres blessés, a appris à repérer leur vague à l’âme. Cela lui fera du bien d’entendre une histoire d’amour, même si elle est terminée.
« Il n’a que cette solidarité misérable à lui offrir, décontenancé par la somme des coups du sort qu’elle a reçus. »
En orfèvre, l’auteur taille son diamant noir, en dévoile tour à tout toutes les facettes :
« Comment on arrive à ne plus penser, chaque jour, chaque heure, à celui qui n’est plus là ? Comment on résiste à ces détails insignifiants, une musique, un endroit, un parfum, un geste, qui renvoient instantanément à celui qui n’est plus là ? Comment on se débrouille, avec le ventre qui se tord, le sommeil qui se dérobe ? On a beau s’occuper l’esprit, se lancer dans des aventures neuves, ou même se concentrer sur des occupations ordinaires, toujours ça revient, comme un rhumatisme, une maladie de vieillard. […] Et, de toute façon, dans la solitude, dans la pénombre, ça attaque de nouveau, ça reprend son lent travail de corrosion. »
Hélène et Mathieu parviendront-ils à échapper à cette spirale infernale ? C’est tout l’enjeu du livre. C’est aussi ce que je vous laisse découvrir…

Autres critiques
Babelio
La Vie (Yves Viollier)
Marie France (Sylvie Metzelard)
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Bricabook
Blog La XXVème heure
Blog Parfums de livres

Les 24 premières pages

Extrait
« Elle a toujours aimé les ports, elle en ignore la raison, ça ne vient même pas de son enfance, elle est née à Paris, a grandi loin de la mer. Mais voilà, les bateaux qui s’en vont, ceux qui reviennent, les sirènes des ferries, le glissement des voiliers, la majesté des paquebots, même les chalutiers qui vomissent leur marchandise, toute cette agitation lui plaît. Lui, il comprend ce goût, il le partage. Il a toujours cherché à savoir où partaient les cargos, vers quels continents. Il a rêvé d’Afrique, de Brésil. Il s’intéresse aussi aux marins, aux hommes dans l’effort, à leur rudesse, troublé par ce qu’ils dégagent. Et plus que tout, il est fasciné de constater à quel point, ici en particulier, le sel corrode tout, s’attaque à la pierre.
« Il faut dire que c’est toujours extraordinaire, une ville posée au bord de l’océan… Vous ne trouvez pas ? — Si. Sauf qu’elle n’est pas à l’abri des cataclysmes. »
Avec cette phrase, elle éloigne, comme d’un revers de main, les images douces et rassurantes des bords de mer, des langues de sable, des mouettes immobilisées dans le ciel par le vent. Elle convoque celles des catastrophes, des vagues en furie, de la mer assassine qui emporte tout sur son passage. Elle dit les morts par milliers, sur des côtes paisibles quelques instants auparavant et soudain submergées par la furie des eaux. Elle dit les dégâts causés par le déchaînement des éléments et cela jette un froid dans leur conversation. Il se croit tenu de ponctuer sa remarque.
« Je vois à quoi vous faites allusion. C’est terrible, bien sûr, ce qui s’est passé à San Francisco, il y a quelques mois, le tremblement de terre, le raz de marée.
— Terrible, oui. Mon mari est mort là-bas.. » » (p. 23-24)

A propos de l’auteur
Depuis Son frère, paru en 2001 et adapté par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson a publié, entre autres, En l’absence des hommes, L’Arrière-saison, Une bonne raison de se tuer, La Maison atlantique et Vivre vite, et est devenu un des auteurs incontournables de sa génération. S’affirmant aussi comme un scénariste original et très personnel, il a signé le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise Rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling. Un homme accidentel sera prochainement adapté au cinéma. Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard puis reprise à l’automne 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse. (Source : Éditions Julliard)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature