Tout le pouvoir aux soviets

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En deux mots:
Un jeune banquier en voyage d’affaires à Moscou va tomber amoureux, reproduisant ainsi à quarante ans d’intervalle l’histoire de son père communiste. Mais «sa» Tania est bien différente de sa mère. Les temps ont bien changé.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’Amour est un fleuve russe

À quarante ans de distance, le fils d’un communiste français revient à Moscou et tombe lui aussi amoureux d’une Tania. Historique, ironique, cocasse.

S’il n’y a pas de crime, il y a beaucoup de châtiments dans le nouvel opus de Patrick Besson. On y parle de guerre et paix, pas seulement d’un idiot, mais de nombreux communistes à visage humain, ceux qui ont un nez, ceux qui cachent des choses sous le manteau. Sans oublier le capital qui y joue un rôle non négligeable. Pas celui dont rêvait Karl Marx, mais celui qui permet au banquier Marc Martouret de se pavaner à Moscou.
Il faut dire que la capitale russe a bien changé depuis le premier voyage de son père en 1967. Le communisme s’est sans doute dissout dans la vodka, laissant au capitalisme le plus sauvage le soin de poursuivre le travail commencé par Lénine, c’est-à-dire l’égalité du peuple… dans la misère.
Mais autant son père René voulait y croire, autant son fils ne se fait plus d’illusions sur les lendemains qui chantent. Il a pour cela non seulement le recul historique – l’occasion est belle pour faire quelques digressions sur l’utopie communiste et pour survoler un siècle assez fou de 1917 à 2017 – mais aussi une mère qui a fui l’URSS en connaissance de cause. Outre sa connaissance de la langue de Voltaire, cette belle traductrice a très vite compris que le plus beau rêve que pourrait lui offrir le système soviétique serait de le fuir. René et Tania rejoignent la France avec leurs illusions respectives que la naissance du petit Marc ne va pas faire s’évaporer. Et alors que près d’un quart des électeurs français suit la ligne du PCF, entend faire vaincre le prolétariat et entonne à plein poumons l’Internationale, la nomenklatura soviétique entend verrouiller son pouvoir par des purges, l’exil au goulag et des services de renseignements paranoïques. Il faudra du temps pour que les fidèles du marteau et de la faucille ouvrent les yeux… De même, il faudra des années pour que l’histoire secrète de la rencontre de ses parents ne soit dévoilée.
Reste l’âme russe, les fameux yeux noirs, les yeux passionés, les yeux ardents et magnifiques qui font fondre même un banquier désabusé. D’une Tania à l’autre, c’est une histoire mouvementée de la Russie qui défile, à l’image de ces matriochkas s’emboîtant les unes dans les autres, mais aussi cette permanence de l’âme russe qu’il nous est donné à comprendre.
Bien entendu, c’est avec une plume particulièrement acérée et le sens de la formule qu’on lui connaît – Ne mets pas de glace sur un cœur vide – que Patrick besson construit son roman. On se régale de ces petits détails qui «font vrai», de ces notations assassines, des formules qui rendent sa plume inimitable.

Tout le pouvoir aux soviets
Patrick Besson
Éditions Stock
Roman
256 p., 19 €
EAN : 9782234084308
Paru le 17 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Moscou et dans les environs, notamment à Peredelkino ainsi qu’en France, principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec des retours en arrière en 1967 et plus largement sur tout le XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Marc Martouret, jeune banquier né d’une mère russe antisoviétique et d’un père communiste français, porte en lui ces deux personnes énigmatiques dont on découvrira les secrets tout au long du roman qui nous emmène du Paris de Lénine en 1908 au Moscou de Poutine en 2015, ainsi que dans l’URSS de Brejnev pour le cinquantième anniversaire d’octobre 17. L’épopée révolutionnaire, ses héros et ses martyrs, ses exploits et ses crimes, ses nombreuses ambiguïtés, sont ressuscités au fil des pages. Trois histoires d’amour se croiseront et seule la plus improbable d’entre elles réussira. Tout le pouvoir aux soviets est aussi une réflexion, chère à l’auteur, sur les rapports entre le pouvoir politique quel qu’il soit et la littérature. Le titre est de Lénine et on doit la construction aux célèbres poupées russes.

Les critiques
Babelio
Paris-Match (Gilles-Martin Chauffier)


Tout le pouvoir aux soviets de Patrick Besson, extraits lus par Grégory Protche

Les premières pages du livre 
« Ma dernière nuit à Moscou, capitale de la Russie lubrique et poétique. La ville où les piétons sont dans les escaliers des passages souterrains et les automobilistes au-dessus d’eux dans les embouteillages. Avenues larges et longues comme des pistes d’atterrissage. Retrouver la chambre 5515 du Métropole ou aller boire un verre ailleurs? J’aime sortir, mais aussi rentrer. Il y a ce club libertin sur Tverskaïa, où mes clients étaient sans moi hier soir, après la signature de notre contrat. Jamais dans un club libertin avec des clients, même après la signature d’un contrat : photos, puis photos sur les réseaux sociaux. Je travaille dans l’argent, et l’argent, c’est la prudence.
Va pour le club. Dans le goulet d’étranglement de l’entrée, un distributeur de billets qui annonce la couleur : celle de l’argent. L’air mélancolique des deux gros videurs. À droite le bar, à gauche des seins. Il y a aussi des seins au bar. Je compte – c’est mon métier – quatorze filles nues ou en sous-vêtements pornographiques. Peaux d’enfant, visages d’anges. Elles me dansent dessus à tour de rôle. Obligé d’en choisir une pour échapper aux autres. Je prends la plus habillée, ça doit être la moins timide. Et j’aurai une occupation : la déshabiller. C’est une Kazakh ne parlant ni anglais ni français, dans une courte robe qui, dans la pénombre, semble bleue. On discute du prix à l’aide de nos doigts. Je l’emmène dans une chambre aux murs noirs et sans fenêtres qui se loue à la demi-heure. Le cachot du plaisir. Le point faible de la prostitution moderne : l’immobilier. Les bordels de nos grands-pères avaient des fenêtres. Et parfois des balcons.
Au cours des trente minutes suivantes, m’amuserai à soulever puis à rabaisser la robe de la Kazakh sur ses fesses rondes et fraîches. Je veux bien payer une femme à condition de ne pas coucher avec elle. La fille m’interroge, par petits gestes inquiets, sur ce que je veux. Étonnée d’échapper à l’habituel viol. Je ne lui ai pas dit que je parle russe. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un papa communiste. S’il s’était douté que la langue de Lénine me servirait autant dans la finance, mon père m’aurait obligé à en apprendre une autre. C’était juste après la mort de maman qui m’a toujours parlé français par haine de sa terre natale soviétique.
Sonnerie. Ce n’est pas un réveil, mais une minuterie. Les trente minutes de la location de la chambre et de la prostituée sont écoulées. La Kazakh me demande, toujours par gestes, si je veux la prendre une demi-heure de plus, puisque je ne l’ai pas prise. Je réponds en russe: niet. Dehors, je me dirige vers la place des Théâtres qui fut le théâtre de la version moscovite d’octobre 17. J’entre dans un long restaurant bicolore – chaises blanches, tables noires – presque vide. L’effet des sanctions économiques de l’UE et des USA contre le botoxé Poutine, idole des expatriés français en Russie? Ou d’une mauvaise cuisine? Le maître d’hôtel est assorti au restaurant: son corps bien proportionné est moulé dans une robe blanche à pois noirs. C’est une grande brune de type asiatique, sans doute une Sibérienne. Les Sibériennes sont des Thaïs qui n’ont pas besoin de danser sur les tables, ayant des jambes. Avec elle, je ne me contenterai pas de parler mon russe littéraire: le déploierai comme un drapeau sexuel. Qu’y a-t-il de plus rapide qu’un financier ? Peut-être un footballeur. Une négociation est un soufflé au fromage: ne doit pas retomber. Je fais ma première offre à la Sibérienne: un verre après son service. Tania – les femmes russes n’ont, depuis des siècles, qu’une dizaine de prénoms à leur disposition, c’est pourquoi Tania s’appelle comme ma défunte mère – ne sourit pas. Elle me regarde avec une insistance étonnée. Elle dit qu’elle n’a pas soif. A-t-elle sommeil? Si oui, je l’emmène à mon hôtel. Il faut d’abord, me dit-elle, qu’elle appelle son mari pour obtenir son accord. Je lui dis que je peux l’appeler moi-même. Entre hommes cultivés, nous finirons par trouver un arrangement. Qu’est-ce qui me fait croire que son mari est cultivé ? demande-t-elle. Elle entre dans mon jeu, c’est bien: on progresse vers le lit. Je ne réponds pas car ce n’est pas une question, juste un revers lifté. Elle dit que, bien sûr, elle n’est pas mariée, sinon j’aurais déjà reçu une claque, bientôt suivie d’une balle dans la tête administrée par ledit époux. Je propose que nous allions nous promener autour de l’étang du Patriarche. Elle me demande si je suis romantique. Non: boulgakovien. Le numéro deux dans le cœur sec de maman, après Pouchkine. »

À propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

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L’été en poche (23)

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L’emprise

En 2 mots
L’Emprise, qui retrace le combat politique en France au moment de l’élection présidentielle, est le premier volume d’une trilogie. On y suit Philippe Launay dans son combat pour décrocher la fonction suprême. Très vite, Marc Dugain, fait tomber les illusions de ceux qui s’imagineraient encore que seul compte l’intérêt général, que le candidat va s’engager pour son pays…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Bernard Pivot (Le JDD)
« Le vrai plaisir du livre est dans les portraits des personnages, la description de leurs comportements, de leurs manies, la plongée dans leur psychologie, la restitution de leurs conversations professionnelles et intimes. C’est tenu, rapide, féroce. Même les petits rôles ont de la présence »

Vidéo


Présentation de «L’emprise», roman de Marc Dugain. © Production Gallimard

Envoyée spéciale

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Envoyée spéciale
Jean Echenoz
Editions de Minuit
Roman
320 p., 18,50 €
ISBN: 9782707329226
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Villeneuve-Saint-Georges, Limoges, mais aussi dans des endroits beaucoup plus reculés tels que Châtelus-le-Marcheix ou Bénévent-l’Abbaye ainsi qu’en Corée du Nord.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.

Ce que j’en pense
****
Quel plaisir de retrouver Jean Echenoz au meilleur de sa forme ! Il s’empare cette fois des codes du roman d’espionnage pour en faire une épopée loufoque. On se retrouve ici plus proche des pieds nickelés en vadrouille que d’une mission à la James Bond. Pour traiter le délicat dossier qui vient d’atterrir sur son bureau, le responsable du renseignement n’a, par exemple, d’autre alternative que de recruter et former un agent capable de déjouer la remarquable organisation mise sur pieds par la Corée du Nord.
Mais n’allons pas trop vite en besogne. Voici notre héroïne qui, comme dans les Trois Mousquetaires, répond au doux prénom de Constance. Après une éphémère carrière de chanteuse, elle se retrouve au sommet… d’une éolienne au centre de la France. C’est dans la nacelle de cette source d’énergie renouvelable qu’elle va renouveler les méthodes de formation en spécialiste du renseignement, secondée par Christian et Jean-Pierre. Des geôliers qui vont, au fil des jours, oublier leurs consignes de prudence pour accorder de plus en plus de liberté et d’initiative à leur prisonnière aux jolis yeux. « Elle avait l’air tonique et déterminée, semblant soudain prendre les choses en main sur un ton de monitrice, de cheftaine, d’animatrice de jeu télévisé mal accordé à son état de captive : Qu’est ce qu’on pourrait faire à manger ce soir, qu’est ce qui vous plairait pour dîner ? »
Dans cette ambiance certes confinée, l’ambiance est vite joyeuse. On mange, on boit – beaucoup – et on se raconte des tas d’histoires jusqu’au jour où l’oiseau décide de quitter son nid pourtant devenu bien douillet.
Mais pour l’intérêt du récit, et parce que Constance trouve la chose plutôt amusante, il n’est pas bien difficile de la localiser et d’enclencher la deuxième phase du programme que le général en charge du dossier ne va pas tarder à lui révéler : «Vous allez déstabiliser la Corée du Nord.»
Nous voici donc partis pour ce pays ô combien hermétique, mais qui ne peut toutefois s’affranchir de quelques règles universelles comme cette fameuse loi de l’attraction des corps dont notre Mata Hari nationale sait faire bon usage avec un haut dignitaire répondant au doux nom de So Thalasso.
Loin de pouvoir disposer de moyens électroniques sophistiqués pour suivre les progrès de cette mission, c’est par le biais d’une coopération intensive avec les autres services secrets que l’on s’informe : «les Américains surveillent tout ce qu’ils veulent dans le coin. Je m’entends bien avec eux, on s’échange des tuyaux, ça se passe beaucoup mieux qu’avec les Chinois, par exemple. Il y a aussi le MI6 qui fait marcher là-bas une toute petite antenne, mais les Anglais ne trouvent jamais grand chose, les Américains sont mieux.»
Toutefois, alors que l’on touche au bout, un grain de sable va venir enrayer la machine… et nous offrir un épilogue à la hauteur de ce roman aussi parodique que distrayant.
Régalez-vous !

Autres critiques
Babelio
L’Express
Télérama (Nathalie Crom)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Libération (Philippe Lançon)
Culturebox
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)

Extrait
« C’est à hauteur de ce véhicule que l’homme en bleu de travail s’est arrêté en disant: Attendez un instant, je voudrais vous montrer quelque chose qui pourrait vous intéresser, et Constance a paru tout à fait prête à s’intéresser. Il a fait glisser de son épaule la courroie de sa boîte à outils qu’il a ouverte et dont il a extrait, toujours souriant, une perceuse. Regardez-moi ça, lui a-t-il dit, si ce n’est pas beau. Elle est insensée, cette perceuse, c’est ce qu’on fait de mieux. Compacte, légère, efficace, parfaitement silencieuse. Pas mal, non ? Comme Constance hochait poliment, elle s’est sentie happée par un coude : elle s’est tournée, c’était un type qui venait de sortir de la fourgonnette, côté passager, et qui tenait à présent gentiment son bras, tout aussi souriant mais beaucoup moins beau : grand, osseux, cou décharné, regard d’autruche. Vous voyez, a poursuivi l’homme en bleu, elle est idéalement adaptée aux travaux de précision, délicats et répétitifs. Elle fait visseuse, aussi, notez. Regardez, je vais la faire fonctionner. Et Constance a perçu alors qu’un troisième type, sans doute le chauffeur de l’utilitaire, la prenait par son autre bras non sans un sourire tout aussi affable, et celui-ci non plus n’était pas terrible : râblé, courtaud, rougeaud, museau de lamantin. Semblable mise en place n’a rien qui puisse d’emblée vous rassurer, certes, mais ces trois hommes affichaient une expression aimable, prévenante, attentionnée : par effet de mimétisme niais, Constance s’est mise à sourire à son tour. Donc, a dit l’homme en bleu, je la mets en marche, voyez-vous, et Constance a en effet vu, dans le plus grand silence, le foret de la perceuse se mettre à tourner rapidement sur lui-même cependant qu’un des types, sans lâcher le bras de Constance, levait de l’autre main le hayon de la fourgonnette. Puis, lorsque l’homme en bleu a dirigé la mèche de la perceuse vers la mâchoire inférieure de la jeune femme, comme procèderait un dentiste sans vous prier d’ouvrir auparavant la bouche, elle a cessé de sourire. Autruche et Lamantin la maintenaient à présent par les deux bras, fermement. Tout cela se déroulait sans témoins car, tout en étant proche des grands axes, ce qui permet un repli facile, l’angle des rues Pétrarque et du Commandant-Schloesing est donc un coin sans trop de passage, idéal pour régler discrètement une affaire. Constance a vite battu quatre fois des paupières. Mais je ne vais évidemment pas faire une chose pareille, l’a rassurée l’homme en bleu, c’était juste pour vous faire voir. D’ailleurs je m’en vais vous laisser tranquille, a-t-il annoncé en désignant le hayon ouvert de l’utilitaire, si vous voulez bien vous donner la peine. Et comme Constance se tournait vers le véhicule, il lui est apparu que son espace arrière, séparé de l’avant par une paroi métallique, était occupé par un fauteuil d’allure confortable mais dont les pieds, les accotoirs étaient équipés de sangles en polypropylène à boucles de serrage plastique. Sur le dossier du siège, un élégant capuchon noir se trouvait négligemment plié. Constance a hésité comme nous hésiterions tous mais, observant que la mèche de la perceuse était toujours en rotation, elle a préféré monter dans la fourgonnette qu’envisager de subir, sans anesthésie, d’aléatoires travaux stomatologiques. »

A propos de l’auteur
Jean Echenoz est né à Orange (Vaucluse) en 1947. Prix Médicis 1983 pour Cherokee. Prix Goncourt 1999 pour Je m’en vais. (Source : Editions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur

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Les Amazoniques

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Les Amazoniques
Boris Dokmak
Ring
Thriller
430 p., 19,95 €
ISBN: 9791091447294
Paru le 2 avril 2015

Où?
Le roman est situé principalement dans la forêt amazonienne, dans la région du Bulchara, au sud-ouest de la Guyane française, ainsi qu’à Kourou et à Paris.

Quand?

L’action se situe de nos jours, avec des retours en arrière en 1955 et les années suivantes, ainsi qu’un épisode parisien en 1967.

Ce qu’en dit l’éditeur
Été 1967. Un ethnologue est accusé de meurtre. Il vit retiré au fin fond de la Guyane, dans une zone non cartographiée, territoire inconnu des perdidos dégénérés retournés à la vie sauvage et d’Indiens cannibales. Pour le lieutenant Saint-Mars, qui sillonne la jungle infernale à sa recherche, le crime cache des motivations qui vont bien au-delà de l’étude d’un nouveau peuple.
En mars 2014, un Indien agonisant, rongé par un mal étrange, surgit de la forêt guyanaise. Il était le dernier représentant de sa tribu, éteinte depuis cinquante ans. Sa découverte révèle l’existence du monstrueux projet Sunshine, plus grand scandale sanitaire et humain ignoré du XXe siècle, nom de code d’une expérience scientifique authentique jusqu’alors restée secrète et toujours réfutée par le gouvernement américain.
Magnétique et bestial, Les Amazoniques confirme l’entrée tonitruante de Boris Dokmak dans le cercle fermé des géants du polar.

Ce que j’en pense
****

Si le nouveau Thriller de l’auteur de La Femme qui valait trois milliards n’était qu’un bon suspense, il vaudrait sans doute déjà le détour. Mais il est bien plus que cela. A la manière d’un mille-feuilles, il se double d’un grand roman d’aventure qui nous fait découvrir un pan de la grande forêt amazonienne, se triple d’un récit d’espionnage où les services secrets américains mènent des expériences aussi secrètes que dangereuses, se quadruple d’une réflexion sur la pureté des peuples et sur leur droit de vivre selon leur culture et se quintuple par un reportage, puisque le faits divers retracé ici est inspiré d’une histoire vraie. Autrement dit, un sacré bon livre !
L’histoire commence au Centre Spatial Guyanais, lorsqu’un Indien surgit subitement devant une femme qui faisait son jogging et meurt à ses pieds. Dans ses mains, un immense couteau et un carnet noir bien mystérieux. Très vite les autorités locales vont se perdre en conjectures quant à la signification de ce carnet, mais aussi quant à l’identité de la victime. L’Indien semble en effet devoir appartenir à une tribu, les Arumgaranis, qui semblait avoir disparu. Pour essayer de démêler cet imbroglio, un baroudeur venu de métropole débarque. Il s’agit de Saint-Mars « type nimbé d’une sorte de mystère à la mords-moi-le-nœud, genre barbouzard béni et protégé – on parlait de clandestinité, d’OAS, des mains sales de la République ».
Seulement voilà, les règles de la jungle amazonienne peuvent dérouter le plus aguerri des officiers. D’autant que Saint-Maris, ou S.M., ne sait pas vraiment par quel bout prendre son enquête. « On lui avait seulement communiqué un dossier d’une page et demi sur lequel apparaissait un extrait de P.V. mentionnant un certain Matéo qui avait témoigné du meurtre de McHenry, citoyen américain, par Georges Loiseau, à l’arme blanche au beau milieu de la forêt sauvage. »
En essayant de monter une expédition pour retrouver la trace de ce crime sans témoin, sans corps, sans arme, sans preuve et sans coupable, il va comprendre qu’il n’est pas vraiment le bienvenu et qu’une expédition parallèle menée par des Américains se prépare.
A l’image de cette forêt dans laquelle il va s’enfoncer, le mystère ne va cesser de s’épaissir et les pièges de se dresser, de plus en plus menaçants. Entre les moustiques et tous les autres insectes et animaux avides de chair fraîche, il va très vite se sentir épié de toutes parts. Les Indiens n’entendent pas laisser impunément violer leur territoire, les Américains ne souhaitent pas que l’on découvre le projet qu’ils ont mené au cœur de la forêt. S.M. manque à plusieurs reprises d’y laisser sa peau, y compris lorsqu’il découvre un produit radioactif dans une bâtisse délaissée.
Boris Dokmak parvient avec maestria à décrire cette ambiance particulière, cet enfer vert régi par ses propres règles. Que viennent faire des notions telles que le droit ou la morale sous de tels cieux ? Si S.M. parviendra à s’extirper de la jungle et le lecteur à découvrir la clé de ce mystère, ni l’un ni l’autre ne seront vraiment intacts au bout de cette route. Mais c’est une raison supplémentaire pour découvrir Les Amazoniques.
(Je tiens à remercier ici Laura Magné qui m’a fait découvrir ce livre).

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Saint-Mars, le bec dans le sable, parce qu’il n’est pas le dernier des crétins, retient trois informations et développe autant de questionnements : primo, il faut faire gaffe en choisissant son campement et éviter les fourmilières et autre tanière de bestioles rampantes. Interrogation : Y a-t-il un endroit dans cette fichue forêt qui échappe aux insectes les plus sordides ? Deuxio, les Indiens et Loiseau sont visiblement comme cul et chemise ; mieux, les sauvages lui mangent dans la main. Qulle influence réelle a-t-il sur eux ? Tertio, Loiseau sait désormais qu’il n’a pas les intentions les plus aimables à son encontre. Quelle va être son opposition ? Car c’est une chose de venir mettre les menottes aux poignets de Loiseau, pour peu qu’il soit réellement coupable, c’en est une autre de l’exfiltrer d’une forêt où des Indiens féroces et sanguinaires lui sont dévoués et soumis. » (p. 311)

A propos de l’auteur
Né en 1967 à Kiev, Boris Dokmak est agrégé de philosophie. Acclamé dès son premier roman La Femme qui valait trois milliards (Ring 2013), il est considéré comme un des prodiges du thriller français. (Source : Editions Ring)

Page Facebook de l’auteur

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L’Emprise

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L’Emprise
Marc Dugain
Gallimard
Roman
320 p., 19,50 €
ISBN: 9782070141906
Paru en avril 2014

Où?
L’action se passe en France, principalement à Paris dans les sphères du pouvoir et du côté de la place Saint-Sulpice, de la rue Chaptal avec quelques escapades en Corse, en Bretagne, du côté de Dinard, la plage de Saint-Enogat, de la Normandie – la circonscription électorale du candidat – ainsi qu’en Irlande.

Quand?
Le récit est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un favori à l’élection présidentielle, le président d’un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue… Qu’est-ce qui peut les relier?
Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l’Irlande, pourra-t-elle y parvenir? Rien n’est moins certain.
Neuf ans après La malédiction d’Edgar, Marc Dugain nous offre une plongée romanesque sans concession au cœur du système français où se mêlent politiques, industriels et espions.

Ce que j’en pense
****

L’Emprise, qui retrace le combat politique en France au moment de l’élection présidentielle, est le premier volume d’une trilogie. Le second tome – Le quinquennat – paraît en mars 2015. On y suit Philippe Launay dans son combat pour décrocher la fonction suprême. Très vite, Marc Dugain, fait tomber les illusions de ceux qui s’imagineraient encore que seul compte l’intérêt général, que le candidat va s’engager pour son pays : « La politique aujourd’hui, dans les démocraties somnolentes comme la nôtre, est essentiellement faite d’hommes et de femmes qui ne pensent qu’à conquérir le pouvoir dans le seul but de le conserver, avec peu de considération pour l’usage qu’ils en font, qui est de répondre à voix basse et sans courage à des questions qu’on leur hurle aux oreilles. »
Sur les pas de Launay, on comprend du reste très vite que tous les coups sont permis. Et que les adversaires sont d’abord à chercher dans son propre camp. Lubiak, un autre leader de son parti, n’entend pas lui laisser la voie libre sans contrepartie. Son réseau dispose du reste de quelques arguments susceptibles de nuire à la marche en avant promise par les sondages. D’une part, il va falloir tenter de comprendre comment est financée cette campagne, entre rétro-commissions et soutien de pays étrangers, sociétés-écran et marchés truqués. Un monde où la corruption règne : « Afin de financer des campagnes électorales avec des sommes prélevées sur des travaux d’adduction d’eau, d’assainissement, de chauffage collectif, de traitement des ordures ménagères, de transports scolaires et urbains, ils avaient corrompu un bon nombre d’élus locaux de tout bord et à tous les étages de la représentation territoriale, ce qui leur valait d’être craints sous couvert de respect et d’estime. »
Entre cynisme et basses manœuvres, le lecteur va être entraîné dans les arcanes du pouvoir, dans la stratégie des entreprises avides de marchés publics ainsi que dans le jeu trouble des services secrets pour lesquels la raison d’Etat justifie a peu près tous les coups.
Marc Dugain ne laisse guère d’espoir à ceux qui attendent un chevalier blanc, capable de faire le ménage. Le futur président « était conscient qu’une fois au sommet de l’Etat il ne pourrait rien changer en profondeur. Le pouvoir était désormais ailleurs, partiellement insaisissable, et le reprendre exigeait des sacrifices qu’on ne pouvait demander à personne dans le pays. » On attend la suite du jeu de massacre avec impatience.

Résonances
Marc Dugain se documente beaucoup, suit l’actualité et «fabrique» quelques uns de ses personnages à partir de personnalités existantes pour s’en affranchir ensuite en en faisant des archétypes. On imagine bien, par exemple, Anne Lauvergeon, l’ancienne Présidente d’Areva, comme modèle de la patronne d’Arlena.
C’est de façon similaire que j’ai construit mon roman Liaisons. J’ai cherché parmi les vedettes de la télévision et de la politique, celles qui conviendraient le mieux à mon propos. Un ministre qui épouse une présentatrice, un producteur-présentateur aux dents longues et au profil de séducteur… Quand j’ai commencé mon histoire, j’avais les portraits de tous ces personnages, ainsi que des éléments biographiques qui me permettaient d’ajouter de la crédibilité au propos. J’imagine que vous n’aurez aucune peine à retrouver mes «modèles», même si encore une fois, il ne s’agit pas – dans les deux cas – d’un roman à clef, mais plutôt de «balises» permettant d’ancrer le récit dans une réalité qui, fort souvent dépasse la fiction.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Télérama
Le JDD (Bernard Pivot)

Citations
« Launay remonta dans sa voiture alors que l’après-midi était déjà bien entamé. Au moment où il aurait dû penser bataille, il sentit monter en lui une grande lassitude. Et en arrière-plan, un sentiment d’humiliation. Tandis que défilaient les immeubles du boulevard Haussmann dont il comprit pour la première fois ce qu’ils avaient pu avoir d’affligeant pour les contemporains de leur construction, il s’autorisa à penser qu’il allait arrêter, laisser tomber cette mascarade. De l’avoir envisagé le soulagea. Il pensa à la mort, ce cadeau qui vient avec la naissance. Il pensa que l’essence du mensonge, « la seule grande histoire d’amour de l’être humain », venait de là, de cette nécessité de se mentir à soi-même sur le sens et la fin, pour rendre le reste supportable. » (p. 231)

A propos de l’auteur
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Opération Sweet Tooth

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Opération Sweet Tooth
Ian McEwan
Gallimard
Roman
440 p.
ISBN: 2070140725
Paru le 9 janvier 2014

Où?
L’action se déroule en Grande-Bretagne, principalement à Londres, Camden et à Bristol.

Quand?
Ce roman est situé en 1973.

Ce qu’en dit l’éditeur
En Grande-Bretagne, au début des années 1970, la guerre froide est loin d’être finie. Diplômée de Cambridge, belle et intelligente, Serena Frome est la recrue idéale pour le M15. La légendaire agence de renseignements anglaise est en effet bien décidée à régner sur les esprits en subvenant aux besoins d’écrivains dont l’idéologie s’accorde avec celle du gouvernement. L’opération en question s’intitule Sweet Tooth et Serena, lectrice compulsive, semble être la candidate tout indiquée pour infiltrer l’univers de Tom Haley, un jeune auteur prometteur. Tout d’abord, elle tombe amoureuse de ses nouvelles. Puis c’est de l’homme qu’elle s’éprend, faisant de lui l’autre personnage central de cette histoire.
Mêlant finement réalité et fiction, le romancier souligne l’influence de la littérature sur nos existences, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui finira par comprendre que toute cette histoire était avant tout… un grand roman d’amour.

Ce que j’en pense
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Qui manipule qui? Cette question résume à la fois l’intrigue, car depuis Solaire, on sait que tous les romans de Ian McEwan se construisent sur une base de roman policier, et l’idée maîtresse de cette «opération dent douce».
La première réponse semble évidente puisque Serena devient agent des services secrets, en grande raison parce qu’elle aime bien lire. Car il s’agit de financer des écrivains prometteurs qui raconteront comme il fait bon vivre de ce côté-ci du rideau de fer. Cette guerre psychologique menée sur un fond historique bien réel: on y voit notamment défiler les premiers ministres conservateur puis travailliste, on y découvre un Londres bien plus sale et morne qu’aujourd’hui et enfin, on redécouvre cette sorte de phobie anticommuniste qui occupait alors le MI5.
Après avoir découvert les nouvelles du jeune Tom Haley, Serena décide de rencontrer cet écrivain et de le recruter. Mais de l’amour de l’écriture à l’amour de l’écrivain, il n’y a qu’un pas que la jeune Anglaise franchit allègrement.
Très vite, il s’avère que son choix a été excellent, mais plus le succès se dessine et plus le cas de conscience devient difficile à Gérer pour Serena, d’autant que sa hiérarchie n’apprécie guère l’idylle entre son agent et sa «victime».
Avouons que le début du roman tire un peu en longueur et qu’il faut savoir mériter le plaisir d’un dénouement formidablement bien construit. Vous vous rappelerez alors la question posée au début de cette chronique.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Libération
BibliObs
Télérama
ELLE

Citations
« En allant au travail, je méditais sur l’abîme entre la description de mon poste et la réalité. Je pouvais toujours me dire à moi-même – faute de pouvoir le révéler à quiconque que j’appartenais au MI5. Ca sonnait bien. Aujourd’hui encore, je m’émeus à la pensée de cette pâle petite jeune femme qui voulait se dévouer pour son pays. Je n’étais toutefois qu’une secrétaire en minijupe parmi tant d’autres ces milliers d’entre nous qui se déversaient dans les couloirs crasseux de la station de métro de Green Park, où les détritus la poussière et les courants d’air pestilentiels que nous acceptions comme notre lot quotidien nous giflaient le visage nous décoiffaient. (Londres est tellement plus propre, désormais.) Et lorsque j’arrivais au bureau, je restais une secrétaire qui tapait, le dos bien droit, sur une Remington gigantesque dans une salle enfumée, pareille à des centaines de milliers d’autres dans toute la capitale, qui allait chercher des dossiers déchiffrant des écritures masculines, revenait en courant de la pause déjeuner.
J’étais moins bien payée que la plupart d’entre elles.
Et, à l’image de cette jeune ouvrière dans un poème de Betjeman que Tom m’avait lu un jour, je lavais moi aussi mes dessous dans le lavabo de ma chambre. »

A propos de l’auteur
Né en 1948, Ian McEwan a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord (en Libye), et en Allemagne, où son père, officier dans l’armée britannique, était envoyé. Il a fait ses études à l’université du Sussex et l’université d’East Anglia, où il a été le premier diplômé du cours d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury. Insolite et insolente, provocatrice, hautement originale, l’œuvre de Ian McEwan surprend par ses tours de force de concision et d’humour. L’auteur joue avec les énigmes qui sont l’essence de la narration. Tous ses romans affichent une parenté lointaine, sous forme de simulacre, avec l’énigme policière. Il a publié plusieurs nouvelles et romans pour adultes et, en 1994, «Le Rêveur», un recueil de nouvelles pour la jeunesse. (Source: Gallimard)

Fiche Wikipédia

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