Le Mal des ardents

ARIBIT_Le_mal_des_ardents

En deux mots:
La rencontre d’un prof de français et d’une violoncelliste va faire des étincelles. Un amour fou, passionné, brûlant. Seulement voilà, ce feu brûle Lou de l’intérieur…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Le mal des ardents
Frédéric Aribit
Éditions Belfond
Roman
240 p., 18 €
EAN : 9782714471130
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Biarritz, Saint-Jean de Luz, Hendaye, Itxassou, Guéthary et les forêts du Morvan, mais on y parle également de voyages à Lisbonne, New York, Rome, Istanbul, Berlin.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Entretenir le feu sacré sous peine d’être enterré vivant.
On ne rencontre pas l’art personnifié tous les jours.
Elle est violoncelliste, elle dessine, elle peint, fait de la photo. Elle s’appelle Lou. Lorsqu’il tombe sur elle, par hasard, à Paris, c’est sa vie entière de prof de lettres désenchanté qui bascule et, subjugué par ses errances, ses fulgurances, il se lance à la poursuite de ce qu’elle incarne, comme une incandescence portée à ses limites.
Mais le merveilleux devient étrange, et l’étrange inquiétant: Lou ne dort plus, se gratte beaucoup, semble en proie à de brusques accès de folie. Un soir, prise de convulsions terribles, elle est conduite à l’hôpital où elle plonge dans un incompréhensible coma. Le diagnostic, sidérant, mène à la boulangerie où elle achète son pain.
Quel est donc ce mystérieux «mal des ardents» qu’on croyait disparu ? Quel est ce «feu sacré» qui consume l’être dans une urgence absolue ?
Il va l’apprendre par contagion. Apprendre enfin, grâce à Lou, ce qu’est cette fièvre qui ne cesse de brûler, et qui s’appelle l’art.

Ce que j’en pense
Un roman d’amour original, traité comme une comédie dramatique sur grand écran, avec quelques vues panoramiques, des plans séquences époustouflants et quelques gros plans pour détailler l’exacerbation des sentiments. Frédéric Aribit a indéniablement une plume «visuelle» qui parvient aisément à entraîner le lecteur dans une ronde folle, ponctuée de rock et de musique classique.
Le narrateur, prof de français dans un collège parisien, a semblé avoir trouvé un équilibre dans sa vie après avoir quitté la mère de sa fille Célia. « Se séparer à Paris avec un salaire de prof relevait de l’exploit quand par-dessus le marché, vous aviez l’audace d’avoir des enfants et la ferme intention de les accueillir, même à temps partagé. Et puis j’avais fini par trouver un logement convenable, et raisonnablement hors de prix, où j’avais installé ma nouvelle solitude. »
Côté cœur les choses s’arrangent aussi. Il a trouvé en Sonia une maîtresse pas compliquée pour un sou, considérant sans doute leur relation avant tout comme une excellente chose pour leur hygiène respective: « Nous avalions quelques verres en partageant une planche mixte charcuterie-fromage, quelques nems ou des acras, puis nous montions chez elle, faisions l’amour et je rentrais ensuite chez moi, aérien, libéré de corps et d’esprit, heureux peut-être, aussi heureux de la soirée qui venait de passer que de la liberté que j’avais de m’en extraire à ma guise, sans aucune tentative de la part de Sonia pour me retenir dans ses draps, sans un mot pour m’arrêter, pas même un geste qui eût entravé mon départ. Je crois qu’elle préférait comme moi se retrouver seule après, dormir seule elle aussi, et nos petites conventions tacites arrangeant tout le monde, je regagnais mon deux pièces en sifflotant, tel l’humaniste des Temps modernes que je me targuais d’être in petto. »
Rien ne laissait prévoir la tempête à venir quand, dans le métro son regard croise celui de Lou, une superbe jeune fille. Parler de coup de foudre en cette situation peu sembler assez convenu. Pourtant, au moment de sortir de la rame la splendide créature vole un baiser au narrateur qui… la perd de vue.
Mais comme le hasard fait bien les choses, en sortant de chez sa maîtresse, il est attiré par un attroupement. Une jeune fille est en train de faire de l’acrobatie sur les piles d’un pont. Vous l’aurez deviné, c’est encore Lou qui fait des siennes.
Les scènes qui vont suivre sont follement extravagantes, délicieusement transgressives. Lou mène le bal et son amant. C’est ainsi qu’elle donne rendez-vous dans un superbe appartement vide donnant sur la tour Eiffel, entièrement nue derrière son violoncelle. Elle a emprunté les clés à son père qui est agent immobilier.
« — Viens vite, déshabille-toi, j’improvise.
Quand je suis entré en elle, je crois qu’elle brûlait. »
La rencontre suivante aura lieu rue Arthur Rimbaud dans un appartement qu’elle aura «emprunté». Et, au fil des jours la fièvre est loin de retomber, rappelant par moment des scènes du Zèbre d’Alexandre Jardin. À tel point que les extravagances de Lou commencent à inquiéter son entourage. Jusqu’à cet appel de l’hôpital et cette explication qui n’en est pas vraiment une : Lou aurait été victime d’une intoxication alimentaire sévère causée par le pain au seigle qu’elle consommait régulièrement. « On l’appelle ergot de seigle mais il peut se développer sur n’importe quelle céréale, sauf le maïs et le sorgho. C’est un champignon extrêmement toxique qui, entre autres symptômes, provoque les hallucinations que vous avez pu constater, de graves troubles psychiques, des insomnies, des démangeaisons qui peuvent aller jusqu’à former des cloques sur la peau et ces crises de convulsions. » Et surtout, on ne sait pas si elle va guérir.
Le roman bascule alors dans une autre fièvre, celle qui pousse ceux qui connaissent une situation comparable à tout entreprendre pour essayer de comprendre. Internet, les livres et même les œuvres d’art vont au secours de cette exploration. Notre prof devient spécialiste de cette maladie, en explore les formes à travers le temps, allant même jusqu’à une étude comparative des représentations de la tentation de Saint-Antoine. Avant de se raccrocher à une demande de Lou, en espérant que s’il accepte, il va hâter la guérison…
« — Cette histoire, j’aimerais que tu l’écrives. Que tu la racontes. Elle est dingue, cette histoire, il faut la raconter. Moi c’est la musique, la photo, le dessin. Les mots, c’est toi. Tu dois la raconter, cette histoire. Tu l’écriras, pour moi, pour tous les mots que tu sauras trouver et que tu feras exister, tous les mots qui nous cherchent depuis des jours, qui tournent déjà autour de nous et qui ne doivent pas rester suspendus et s’évanouir dans les airs, comme quand la musique vibre autour de moi et que j’attrape mon violoncelle. Il faut s’y mettre, c’est tout. Tu feras un livre avec cette histoire, tu écriras mon livre, notre livre, le livre de tous ceux qui ont le feu ! Oui, le plus dur, c’est de s’y mettre. » Et le plus beau, c’est de pouvoir aujourd’hui lire ce livre.

Autres critiques
Babelio 
La cause littéraire (Léon Marc-Lévy)
Page des libraires (Marianne Kmiecik)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe
Blog Les lectures d’Azilis

Les premières pages du livre

Extrait
« Combien d’histoires commencent dans un métro bondé avec une femme que vous ne voyez pas arriver, qui se retrouve soudain à côté de vous, contre vous, à la faveur d’on ne sait quelle bousculade, quelle recomposition hasardeuse de la foule, quelle nouvelle phase de l’immense Tetris social réagençant, arrêt après arrêt, le groupuscule dont vous êtes, combien de ces histoires avec une belle brune habillée tout en noir et portant un grand sac en toile jeté sur son épaule qui vous enlève votre casque des oreilles sans rien dire, le pose sur sa tête, écoute la musique, celle de votre casque à vous sur sa tête à elle , pendant quelques secondes sans vous lâcher des yeux – question dans la question : combien de femmes avec des yeux pareils, un regard pareil, vers 19 h 12 un mardi pluvieux du mois d’avril ? –, puis vous remet le casque en place, vous embrasse aussi sec sur la bouche, oui je dis bien sur la bouche, combien – et combien avec de telles lèvres ? – pour rectifier ensuite une mèche de vos cheveux au-dessus de votre oreille gauche, vous regarder comme on n’ose plus regarder, vous sourire comme on ne sait plus sourire avant de vous laisser coi, interloqué, planté là comme un abruti au milieu des autres voyageurs lorsqu’à République – bon sang, et combien de femmes brunes à République avec des chaussures noires et un sac en toile d’où dépasse une demi-baguette de pain, combien ? – elle descend tout à trac sans que vous ayez eu le temps de réagir ? Est-ce que quelqu’un sait ? »

À propos de l’auteur
Frédéric Aribit est né en 1972 à Bayonne. Après un doctorat de lettres, il publie un premier essai, André Breton, Georges Bataille. Le vif du sujet (L’écarlate, 2012) puis un second, Comprendre Breton (Max Milo, 2015). Après Trois langues dans ma bouche (Belfond, 2015), Le Mal des ardents est son deuxième roman. Il enseigne les lettres à Paris. (Source : Éditions Belfond)

Compte Twitter de l’auteur 

Tags: #fredericaribit #lemaldesardents #editionsbelfond #RLN2017 #RL2017 #roman #rentreelitteraire #rentreelitteraire2017 #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

      RLN2017

Publicités

La femme nue

STANCANELLI_La_femme_nue

En deux mots:
Une femme trompée va essayer de faire payer son mari et ses maîtresses. Une soif de vengeance qui passe par un harcèlement continuel, y compris sur les réseaux sociaux. Mais est-ce la bonne recette pour se reconstruire ?

Ma note: ★★★ (bien aimé)

La femme nue
Elena Stancanelli
Éditions Stock
Roman
traduit de l’italien par Dominique Vittoz
216 p., 19 €
EAN : 9782234082557
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Rome et en proche banlieue

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La vie d’Anna vole en éclats quand Davide la quitte. Incapable d’accepter la séparation, elle pirate son compte Facebook, suit ses moindres mouvements à l’aide de son portable, et scrute de façon obsessionnelle ses échanges avec sa nouvelle conquête. Très vite, Anna ne dort plus et maigrit de façon alarmante. Prise au piège dans ce vertige virtuel de suppositions et de fantasmes, elle décide d’élaborer un scénario implacable pour humilier sa rivale…
Dans une langue alerte et caustique, la narratrice dévoile ses comportements les moins avouables et célèbre la renaissance du corps.

Ce que j’en pense
Dans La Chair de Rosa Montero une femme qui commence à sentir le poids des ans entend ne pas renoncer à son pouvoir de séduction et veut continuer, coûte que coûte, à faire «fonctionner » son corps. Elena Stancanelli explore ici une variante plus jeune, mais tout autant obsessionnelle.
Les deux romans ont cette autre similitude: ils commencent tous deux par une rupture. Lorsque Davide oublie de raccrocher son téléphone, Anna va brutalement se rendre compte de son infortune. Elle entend en effet celui qui partage sa vie se vanter de son charme, de ses conquêtes et de ses relations sexuelles. Face à un tableau de chasse aussi impressionnant, on comprend la rage d’Anna et son désir de se venger de ses rivales, à commencer par la principale d’entre elles qui sera affublée du surnom «Chien».
Pour oublier son corps «blessé mortifié, violé, utilisé, puni», il lui faut tout décortiquer de la vie de sa rivale, la suivre chez elle, à son travail, sur les réseaux sociaux et lui faire rendre gorge. Mais il lui faut tout autant essayer de masquer sa dépression en ayant recours à tous les expédients: nourriture, pilules, alcool, drogue et sexe. Autant de solutions qui n’en sont pas et qui vont au contraire l’entraîner dans un jeu pervers plutôt que de lui permettre de se reconstruire. La plaie reste béante.
Elena Stancanelli ne cache rien de cette quête douloureuse, de cette brûlure. Son style est à l’image du traumatisme : dur, cru, sec. Avec cette interrogation qui sourd tout au long du livre: existe-t-il une issue à ce genre de drame, surtout lorsqu’il est vécu d’abord comme un échec personnel ? L’espoir peut-il trouver un point d’ancrage dans ce naufrage ? Je vous laisse le découvrir dans cette nouvelle exploration de la nature humaine et de ses tourments.

Autres critiques
Babelio
Blog Chaise longue et bouquins 
Blog Parenthèse de caractère(s)
Blog Les Jardins d’Hélène 

Les premières pages du livre

Extrait
« Je pense qu’il ne se doutait de rien. Avant tout parce que, comme toi, il n’avait pas la moindre idée de ce que je manigançais. Et même quand il découvrait quelque chose, il ne pouvait pas imaginer qu’il ne s’agissait que de la partie émergée d’un iceberg de mesquinerie. Personne ne l’aurait pu, lui moins que quiconque.
Davide ne m’a jamais vraiment comprise, et réciproquement, en vertu de quoi les cinq années de notre histoire ont été certes chaotiques, mais amusantes. Comme je te le disais, nous n’étions pas de ces couples éclairés qui se parlent et trouvent des solutions. Même dans les périodes où ça marchait bien entre nous. Nous ne partagions aucun centre d’intérêt. Si peu de choses nous réunissaient que je ne saurais même pas dire lesquelles. Si nous avions répondu à un questionnaire sur les affinités dans le couple, nous serions arrivés bons derniers.
On vivait une histoire d’amour, point barre, sans grands discours, sans projets. »

À propos de l’auteur
Née à Florence en 1965, Elena Stancanelli a reçu le prix Giuseppe Berto en 1999 pour son premier roman, Benzina (Mille et une nuits, 1998). Auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, elle rédige régulièrement des chroniques pour La Repubblica. La femme nue a été finaliste du prix Strega, du prix Ninfa Galate et du prix Caccuri. (Source: Éditions Stock)
Compte Twitter de l’auteur (en italien)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#lafemmenue #elenastancanelli #editionsstock #italie #RL2017 #roman #rentreelitteraire #jalousie #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Domina

HILTON_Domina

En deux mots:
Après Maestra, voici la suite des aventures de l’intrépide Judith, rebaptisée Elisabeth Teerlinc, galeriste à Venise, pourchassé par une bande de traficants qui entendent retrouver un tableau attribué au caravage. Un thriller agréable à lire, mêlant sexe et aventures, voyage et histoire de l’art.

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

Domina
L. S. Hilton
Robert Laffont, collection La bête noire
Thriller
Traduit par Laure Manceau
384 p., 18,90 €
ISBN: 9782221191188
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule à Venise, Paris, Rome, Londres, Combe Farleigh, Bath, Lille, Belgrade, Saint-Moritz, Pontresina, Munich, Utrecht, Barcelone, Gênes, Ibiza, Milan, Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tout ce que vous croyez savoir sur Maestra… est faux.
Judith Rashleigh mène une vie de luxe à Venise. Jusqu’au jour ou son passé remonte à la surface et menace de tout faire s’écrouler. Quelqu’un connaît ses crimes et tente de la faire chanter. Pour acheter son silence, elle doit retrouver une œuvre d’art mythique. Mais elle n’est pas la seule sur le coup… Cette fois-ci, Judith n’a plus aucun contrôle. Surpassée et manipulée, démunie et vulnérable, elle va devoir affronter le plus redoutable des ennemis. Et si elle ne gagne pas cette bataille, elle n’en sortira pas vivante.
Traduit dans 40 pays et déjà en cours d’adaptation par la productrice de Millénium et la scénariste de La Fille du train, Domina est le deuxième volet d’une trilogie noire et érotique.

Ce que j’en pense
Si l’effet de surprise de Maestra, ce thriller érotique qui avait bénéficié l’an passé d’un lancement mondial avec une belle opération marketing à la clef, n’est plus là et que le scénario de ce second tome est peu ou prou construit sur les mêmes situations que le premier, ce thriller n’est reste pas moins agréable à lire. Les tribulations de la spécialiste des beaux-arts, aussi sexy que dangereuse, vous offrirons quelques moment de détente et une récréation bienvenue, surtout si vous êtes en vacances. Les quelques scènes pimentées qui parsèment le livre devant suffire à ne pas vous endormir au soleil.
Dans Domina, on retrouve la belle et sulfureuse Judith Rashleigh sous sa nouvelle identité, celle d’une galeriste vénitienne nommée Elisabeth Teerlinc. Dans la cité des Doges, elle essaie d’oublier la mort du marchand d’art qui lui avait permis de mettre le pied à l’étrier et avait fini tragiquement dans le Tibre. Mais, bien qu’elle se soit évertuée à effacer toutes les traces de ses forfaits, son passé va finir par la rattraper. Une bande internationale de truands est en effet à ses trousses ou plutôt aux trousses du tableau qu’elle avait subtilisé après avoir commis son forfait. « Si je ne me débrouillais pas pour mettre de l’ordre dans tout ça, je pouvais dire adieu à la belle vie d’Elisabeth Teerlinc. »
Finies les fêtes à Ibiza, le luxe et les excès en tout genre, au moins temporairement. Elisabeth doit se mettre à l’abri, tout en essayant de comprendre qui tire les ficelles.
À la manière d’un James Bond, L.S. Hilton choisit de nous faire voyager dans différents endroits, histoire de nous dépayser. On va donc suivre son héroïne à travers toute l’Europe dans une quête très risquée, puisque quelques cadavres vont semer sa route. Accompagnée par un jeune éphèbe et cette fameuse toile attribuée au Caravage, elle devra faire preuve de sang-froid et de finesse pour s’en sortir. Sans oublier la dose d’intelligence et d’érudition dont on sait qu’elle n’est pas dépourvue.
C’est du reste l’un des aspects intéressants de cette trilogie: cette érudition (rappelons que l’auteur a étudié dans de prestigieuses écoles avant d’être critique d’art) nous permet de découvrir des pans intéressants de l’histoire de l’art. Alors, si ce roman ne va pas révolutionner le genre noir et rose avec ses tueurs et ses scènes de sexe, il n’en est pas pour autant dépourvu d’intérêt. La suite et fin de l’histoire est programmée pour l’année prochaine.

Autres critiques
Babelio
Terrafemina (Anaïs Orieul)

Les premières pages

Extrait
« J’étais riche, j’étais indépendante, j’étais libre, et j’étais ici. De mon plein gré, en tant que professionnelle. N’étais-je pas la preuve vivante que si on croit en soi et qu’on suit son rêve on peut arriver à tout ? Bon, mieux valait ne pas s’attarder sur les preuves qui avaient passé l’arme à gauche. Tout ce qui comptait, c’était le pouvoir de l’instant présent, et le mien. Le passé était inutile, Proust et l’infusion de tilleul de sa tante pouvaient aller se faire foutre. Dans la salle de bains, j’ai fait couler de l’eau froide sur mes poignets, avant de prendre une douche et de changer de vêtements, de nettoyer mon visage et d’attacher mes cheveux en un chignon strict. J’avais déjà parcouru tout ce chemin, et il allait falloir plus que le souvenir d’un parfum pour me déstabiliser. Il était temps de se mettre au travail.»

À propos de l’auteur
L.S. Hilton a grandi en Angleterre et a vécu à Key West, New York, Paris et Milan. Après avoir obtenu son diplôme à Oxford, elle a étudié l’histoire de l’art à Paris et à Florence. Elle a été journaliste, critique d’art et présentatrice avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit actuellement à Londres. (Source : Éditions Robert Laffont)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#maestra #lshilton #labetenoire #robertlaffont #domina #editionsrobertlaffont #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books

L’été en poche (10)

MARIENSKE_les-ennemis-de-la-vie-ordinaire_P

Les ennemis de la vie ordinaire
coup_de_coeur
En 2 mots
Sept victimes d’addictions diverses se retrouvent en groupe de thérapie. Une union qui permet l’épanouissement de leur mal en un joyeux bordel.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Bénédicte Junger (Entre les lignes)
« J’ai aimé l’absence de parti pris de l’auteur et le côté abbaye de Thélème qui se développe au fil des pages. Un roman audacieux sur les addictions qui réserve bien des surprises! »

Vidéo


Héléna Marienské présente son ouvrage « Les ennemis de la vie ordinaire ». © Production Librairie Mollat

De la bombe

GOROKHOFF_De_la_bombe

En deux mots
Dans un hôtel de luxe d’Istanbul une jeune Française participe à un attentat puis prend la fuite. On la suit durant une cavale riche de rebondissements. On découvre aussi durant cette fuite la parcours qui l’a menée jusqu’à extrémité.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

De la bombe
Clarisse Gorokhoff
Éditions Gallimard
Roman
272 p., 17 €
EAN : 9782072723858
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en Turquie, principalement à Istanbul et environs. On y évoque aussi la France et le lieu-dit La Furetière au fin fond de la Vendée, lieu de villégiature ainsi que Paris. De Turquie, on ensuite sur les routes en direction de la péninsule de Gallipoli en passant par Kilitbahir, Tarabya et Urla puis, en traversant le détroit des Dardanelles jusqu’à Çanakkale. On y évoque aussi Kemer et Sofia, en Bulgarie.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un luxueux hôtel d’Istanbul, Ophélie a posé une bombe. Une bombe, elle rêve aussi d’en être une aux yeux de Sinan, cet amant qui n’a de cesse de la rabaisser. A-t-elle vraiment appuyé sur le détonateur? En tout cas, le monde a tremblé, et la jeune femme doit désormais se cacher.
Mais que fuit-elle vraiment? Sur les routes brûlantes qui longent la mer Égée, Ophélie se laisse emporter par les caprices d’un hasard burlesque. Confrontée au poids des morts et à la violence des vivants, elle a encore bien des rencontres à faire, des pièges à déjouer, des doutes à éclaircir.

Ce que j’en pense
L’hôtel Four Seasons Bosphorus d’Istanbul est sans doute l’un des établissements les plus luxueux de la capitale turque. C’est là qu’Ophélie, la narratrice de cet étonnant premier roman, passe le temps. « Au bord de cette piscine, j’en ai passé de heures, à regarder des nuages devenir des gueules d’animaux tordues avant de disparaître. »
Une oisiveté due au rôle dévolu à la jeune beauté française, rester au service de Sinan, un amant aussi riche que tyrannique. Les journées se passent entre la piscine et la chambre, entre alcool, drogue et sexe. Jusqu’au jour où Derya entre dans leur suite 432. La superbe servante va subjuguer le couple et se confier à Ophélie. Elle est kurde et marquée par une histoire faite d’errements, d’exils et de combats. Sa nouvelle amie a tôt fait de mettre à jour son projet : « Tu as une bombe en tête. Un détonateur dans le cœur. Tu veux venger tes frères et des sœurs kurdes, pas seulement ton aîné que la police torture et qui est peut-être mort sans que tu le saches. Et tu voudrais que je t’aide, mois que tu ne connais même pas. »
Depuis Horace on sait que «l’oisiveté est une dangereuse sirène qu’il faut éviter». Aussi ce parfum d’aventure et d’interdit autant que l’envie de prouver à Derya qu’elle n’est pas insensible à ses malheurs va lui faire accepter le rôle de poseuse de bombe. Munie de son sac à dos et coiffée d’une perruque blonde, elle pénètre dans l’hôtel. Mais la nervosité la gagne : « Moi qui voulait ressembler à Faye Dunaway en Bonnie, ou a B.B. période Gainsbourg – car après tout, toutes deux étaient des bombes –, j’ai plutôt l’air de Zézette qui aurait englouti trop de psychotropes… »
Si les choses ne se passent pas exactement comme prévu, la bombe explose tout de même, alors qu’Ophélie est en chemin vers l’un des appartements de Sinan. C’est ce dernier qui fera les frais de la tension qui est dans l’air. Ophélie tue son amant et se fait du même coup de nombreux amis, ceux qui ont eu à pâtir de cet impitoyable propriétaire d’un immense parc immobilier et sont reconnaissants de cette main vengeresse.
Commence alors une cavale riche en rebondissements, faite de rencontres incongrues et d’alliés de circonstances, Ozan le nouvel amant, Orta la routarde, le tout avec un cadavre qui pourrit dans le véhicule au fil des jours. Après avoir visité Istanbul mieux qu’avec un guide touristique – notamment le quartier de Tarlabaşi – on prend la route vers les Dardanelles. L’occasion pour Ophélie d’expliquer son enfance difficile, abandonnée une première à l’assistante publique, abandonnée une seconde fois dans les Jardins du Luxembourg… « chaque fois que je veux raconter cette histoire, elle m’épuise avant même que j’en rassemble les divers éléments. D’ailleurs c’est ce qui m’est le plus difficile : réunir les ficelles et les accessoires qui la composent, pour lui restituer sa chronologie ou, à défaut, un semblant de cohérence.»
Clarisse Gorokhoff parvient à nous faire aimer cette enfant perdue, pauvre petite fille riche. Et ce n’est pas là le seul tour de force de ce roman. Dans une France toujours en état d’urgence, on se prend, par exemple, à frissonner lorsque l’on comprend qu’il est somme toute très facile de faire un attentat, que ce quart d’heure de gloire n’a même pas besoin d’une solide motivation. Quand je vous disais que ce premier roman était étonnant !

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio
Page des libraires (Marc Rauscher)
Blog Le littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)

Entretien avec l’auteur (Gallimard)

Les premières pages du livre 

Extrait
« En faisant BOUM, la bombe deviendra mon curseur existentiel. Ici et maintenant, proclamera-t elle, commence le premier jour du reste de ta vie, Ophélie. Et je sentirai alors se propagera en moi le sang frais d’un cœur qui jusque-là palpitait à vide. Tout sera neuf, inédit, sans précédent. Le monde sera une donnée inconnue, un horizon frémissant. »

A propos de l’auteur
Jeune écrivain, Clarisse Gorokhoff a vécu plus de cinq années à Istanbul où elle a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable. Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours. (Source : huffingtonpost.fr/)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=207272385X&asins=207272385X&linkId=9d5d3bad2391ef7a6ae6129246572990&show_border=true&link_opens_in_new_window=false&price_color=333333&title_color=0066c0&bg_color=ffffff

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#delabombe #clarissegorokhoff #editionsgallimard #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #gallimard #unLivreunePage. #livre #lecture #books

The girls

cline_the_girls

The girls
Emma Cline
Éditions de la Table Ronde
Roman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
336 p., 21 €
EAN : 9782710376569
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Californie, entre Los Angeles, Venice Beach, Pacific Heights, Berkeley, Petaluna, Monterey, Palo Alto, Mendocino, Hot Springs Canyon ainsi qu’à Bakersfield et Seattle.

Quand?
L’action se situe d’une part en 1969 et d’autre part quelque trente années plus tard.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.
Dense et rythmé, le premier roman d’Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu’elles deviennent.

Ce que j’en pense
****
Après California Girls de Simon Liberati, l’actualité de cette rentrée littéraire nous permet de découvrir un second roman inspiré de l’un des fait divers les plus spectaculaires de l’histoire américaine. Avec The Girls, l’Américaine Emma Cline – qui avait 25 ans lorsqu’elle a écrit ce premier roman – bénéficie toutefois d’une aura bien différente de celle de l’écrivain français. Les droits internationaux du roman se sont en effet arrachés dans quelque 34 pays et un producteur de cinéma s’est déjà réservé l’adaptation du livre.
En France, ce sont donc les éditions de la Table Ronde qui ont fait le pari de miser sur cette nouvelle étoile montante aujourd’hui installée à New York. L’avenir dira si le jeu en valait la chandelle, mais il faut bien reconnaître que le récit de l’errance d’Evie mérite le détour.
À 14 ans, le personnage principal vit un moment clé de son existence. Celui où son corps change, celui où on commence à s’imaginer un avenir. Mais plus qu’un roman de formation, nous avons droit à une plongée dans cette période historique qui a durablement changé l’Amérique, voire le monde. Avec ce point culminant que constitue le massacre sanglant perpétré par un petit groupe de partisans de Charles Manson – principalement des jeunes filles – et dont sera notamment victime Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte. Mais plutôt que de se livrer à une reconstitution historique des faits, Emma Cline a choisi de nous raconter comment on en est arrivé à cette extrémité.
Mais revenons à Evie. La jeune fille n’a qu’une piètre opinion d’elle-même : « Mes parents, bien qu’absorbés l’un et l’autre par leur monde, se disaient déçus, peinés par mes médiocres résultats. J’étais une fille moyenne, et c’était là leur plus grande déception : il n’y avait aucun éclat de grandeur en moi. Je n’étais pas assez jolie pour justifier de tels résultats, la balance ne penchait pas assez franchement du côté de la beauté ou de l’intelligence. Il m’arrivait d’être remplie de bonnes intentions, de vouloir m’améliorer, de m’appliquer, mais évidemment, rien ne changeait. D’autres forces mystérieuses semblaient s’exercer. »
Le divorce qui suit ne va pas arranger les choses. Du coup, elle passe beaucoup de temps avec sa meilleure amie Connie, s’intéresse aussi un peu au frère de cette dernière et tente, notamment en feuilletant la collection des revues de son père, de faire son éducation sexuelle.
Tout bascule quand Connie décide de prendre ses distances. Comme sa mère ne s’intéresse en premier lieu qu’à sa propre personne, elle cherche refuge auprès d’un groupe constitué autour d’un chanteur charismatique du nom Russell.
Mais davantage que le musicien toujours à la recherche d’une reconnaissance, c’est Suzanne qui attire Evie. La jeune femme de 19 ans l’entraîne vers sa première expérience sexuelle en compagnie du musicien.
Dans le ranch où la communauté séjourne, les journées défilent. Entre les expéditions pour trouver de la nourriture, la consommation de drogue et d’alcool et une oisiveté qui semble être le but suprême, il y a de la place pour quelques leçons dispensées par le «gourou», mais aussi pour fomenter quelques mauvais coups. Après avoir trouvé de l’argent dans la famille, dans celle des copains et visité la maison de voisins, Evie est confiée aux bons soins de son père et de sa belle-mère. Mais, après quelques jours, elle s’enfuit pour retrouver Suzanne.
Lorsqu’elle rejoint le groupe, elle n’imagine pas ce qui se trame. Pas plus qu’elle ne comprendra pourquoi elle n’a pas participé à cette sortie, ni même comment la police a mis tant de temps à découvrir la vérité.
Avec le recul nécessaire pour comprendre le jeu de domination, la dynamique de groupe des Girls et la machinerie infernale qui s’est alors mise en marche, l’auteur prend ses distances avec l’adolescente qu’elle était alors. Une époque qu’elle a traversé sans vraiment comprendre pourquoi et comment, un peu paumée.
Les style rend du reste admirablement ce décalage. Le monde que nous décrit Evie balance entre l’innocence de l’enfance, les aspirations de l’adolescente et la recherche d’un sens à la vie, toujours sur le fil du rasoir.
C’est sans doute cette fragilité qui fait de ce roman une œuvre étincelante et magnétique.

Autres critiques
Babelio 
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
Paris Match (François Lestavel)
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
ELLE (Marguerite Baux)
L’Express (Marianne Payot)
Cheek Magazine (Faustine Kopiejwski – rencontre avec l’auteur)
Onirik.net (Valérie)
Blog Les petits livres
Blog Lily lit 
Blog Plaisirs à cultiver 

Extrait
« Ma mère disait que je ressemblais à ma grand-mère, mais cela me paraissait louche, un mensonge qui prenait ses désirs pour la réalité, destiné à donner un faux espoir. Je connaissais l’histoire de ma grand-mère, je la répétais machinalement comme une prière. Harriet, la fille du cultivateur de dattes, arrachée à l’anonymat confit d’Indio et conduite à Los Angeles. Sa mâchoire fuyante et ses yeux humides. Des petites dents, droites et légèrement pointues, comme un chat étrange et beau. Gâtée par le système des studios, se nourrissant de lait battu avec des œufs, ou de foie grillé et de cinq carottes, repas que j’avais vu ma grand-mère manger chaque soir de mon enfance. La famille terrée dans le vaste ranch de Petaluma après qu’elle avait pris sa retraite, cultivant des roses de concours à partir de boutures Luther Burbank et élevant des chevaux.
À la mort de ma grand-mère, nous étions comme un pays indépendant dans ces collines, vivant de son argent, même si je me rendais en ville à vélo. La distance était surtout psychologique. Adulte, je n’en reviendrais pas de notre isolement. »

A propos de l’auteur
Emma Cline est née en Californie en 1989. Elle est titulaire d’un MFA de l’Université Columbia à New York et vit à Brooklyn. The Girls (2016) est son premier roman. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#RL2016 #thegirls #emmacline #editionsdelatableronde #rentreelitteraire

140 signes :
À 14 ans, Evie s’attache à un groupe de hippies

Lithium

GOUGAUD_Lithium68_premieres_fois_Logo

Lithium
Aurélien Gougaud
Albin Michel
Roman
192 p., 16 €
EAN : 9782226329752
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule à Paris, avec l’évocation d’un départ pour l’Australie.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.
Dans un texte crépusculaire, Aurélien Gougaud entremêle leurs voix, leurs errances, leur soif de vivre, touchant au plus près la vérité d’une génération en quête de repères. Un premier roman d’une surprenante maturité, qui révèle le talent d’un jeune auteur de vingt-cinq ans.
Lithium est en lice pour le Prix de la Vocation, ainsi que pour le Prix Révélations de la Société des Gens de lettres.

Ce que j’en pense
****
Pour son premier roman, Aurélien Gougaud n’est pas aller trop loin pour trouver l’inspiration, puisqu’il nous raconte la vie de parisiens de son âge, c’est-à-dire autour de 25 ans. L’un des personnages travaille également comme lui, au sein d’une chaîne de radio.
Portrait d’une génération, son livre ausculte cette période un peu étrange où l’on commence à gagner sa vie, ou il faudrait se construire un avenir, alors même que l’on doute en permanence de ses choix. Peut-on s’imaginer continuer toute sa vie comme agent commercial dans une entreprise qui n’a pour objectif que de soutirer de l’argent à des personnes un peu fragiles ? Faut-il tous les jours subir les railleries d’un supérieur qui se prend pour une vedette, alors qu’il ne serait rien sans son équipe ? Ou encore cette question cruciale : Ne serait-il pas temps de s’engager dans une relation plus stable que ces coucheries d’un soir ?
Car au traditionnel métro-boulot, il n’y a guère pour l’instant qu’un complément apéro-bistro-disco, notamment en fin de semaine. Il s’agit alors de remplir l’agenda pour ne pas sombrer dans la dépression. Pour Elle comme pour Lui qui nous suivront durant une semaine, un jour et un chapitre pour lui, un jour et un chapitre pour elle. S’ils ont des rêves, ce sont sans doute les dures réalités de leurs vies professionnelles respectives qui les découragent le plus. Les réseaux sociaux ne les distraient plus, l’alcool n’est plus un compagnon de fête, mais plutôt l’étape obligée avant de vomir leur mal-être, la drogue n’est plus un excitant hors-la-loi, mais une sorte de médication pour tenir le coup dans cette misère ambiante.
O rage, o désespoir ! N’y aurait-il pas d’échappatoire possible ?
Après une nouvelle journée d’humiliations, Elle croit avoir trouvé la solution. Plutôt que de subir une nouvelle séance débriefing durant laquelle «les gros salaires profitent de leur statut pour discréditer les autres, tandis que les petits n’aspirent qu’à prendre la place de leurs aînés.» il suffit de démissionner et de partir, de préférence loin. En Australie par exemple.
L’ironie du sort veut que c’est à ce moment que nos deux jeunes désabusés se rencontrent. Qu’elle est prête à changer de vie, qu’il est prêt à réviser sa théorie de l’amour : «Un type a dit qu’aimer, c’est la préférence de l’autre à soi-même. Pour lui, c’est juste la prise de risque à plein temps. L’Amour. Naïveté contraignante à laquelle il ne voit que deux explications plausibles : la solitude et l’ennui. Aimer, c’est pour ceux qui n’ont que ça à faire. C’est la solution le plus populaire pour donner du sens aux vies qui en sont dénuées.»
Je vous laisse découvrir l’épilogue de ce premier roman qui place le cynisme sur un piédestal, pour le plaisir du lecteur. Ce cynisme que mon dictionnaire définit comme un «mépris effronté des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des principes contraires à la morale, à la norme sociale.» Les exemples fourmillent dans le livre. En voici un : «La radio, au fond, c’est un peu comme le communisme : dans l’idée c’est formidable, mais la nature humaine rend l’idéal inapplicable et l’applicable forcément nauséabond.»
Au fait, ayant le dictionnaire à portée de main, j’en ai profité pour consulter la définition du mot lithium (symbole chimique Li). J’y ai appris que ce métal est «le plus léger de l’ensemble des métaux connus sur terre, il est aussi le premier alcalin» et qu’il «est utilisé en psychiatrie pour soigner les psychoses maniaco-dépressives». Voilà qui peut expliquer le titre énigmatique de cette intéressante étude de mœurs !

Autres critiques
Babelio

Les premières pages du livre 

A propos de l’auteur
Aurélien Gougaud, 25 ans, homme de radio, compose de la musique électro. Son père est le conteur et poète Henri Gougaud qui dirige les collections « La Mémoire des sources » et « Contes des sages » aux éditions du Seuil. (Source : Livres Hebdo)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

 

Les bonnes mœurs

GAGET_Les_bonnes_mœurs68_premieres_fois_Logo

Les bonnes mœurs
Timothée Gaget
Intervalles
Roman
400 p., 19,90 €
ISBN: 9782369560340
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule entre Paris, Saint-Germain-en-Laye, la Sologne et plus précisément à Bartenay, Valbrun, Romorantin et Montrieux, à Saint-Briac, Orléans, dans les lieux de villégiature du Sud de la France, le Lubéron, Marseille, Nîmes, Aix-en-Provence, Saint-Raphaël, Saint-Tropez, Port-Grimaud, Cannes, Le Cap-Ferret et Monaco. Courchevel vient compléter la liste.

Quand?
L’action se situe de 2011 à 2012.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tristan est un banquier d’affaires parisien habitué à jongler avec les tableurs Excel et à enchaîner les nuits blanches. Lorsqu’on l’envoie à Romorantin sauver une imprimerie de la faillite, il emménage au château du Valbrun, chez son grand-père avec qui il avait perdu tout contact.
Dans l’isolement solognot, une relation complexe se noue peu à peu entre le vieil aristocrate cyclothymique et le jeune financier désabusé. Mais les élections législatives approchent et un ambitieux conseiller municipal veut faire de la construction d’un collège de réinsertion la clef de voûte de sa campagne. Son préalable, l’expropriation des bois du Valbrun, divise bientôt le petit village du Loir-et-Cher en deux camps.
Tristan, accompagné d’un extravagant voisin anglais, est entraîné malgré lui dans cette guerre de tranchées entre la droite rurale et la gauche technocratique. Car derrière les arguments écologiques et politiques, deux conceptions de l’Homme et de l’animal s’affrontent.
Dans la solitude de la forêt, loin de la vie débridée qu’il mène à Paris, Tristan s’enfonce dans l’univers traditionnel et contemplatif de la chasse, où les préoccupations charnelles ne sont pas les moins pressantes et où une espèce protégée de coléoptère peut mettre à mal les plans les plus infaillibles.
Les Bonnes Mœurs est un roman initiatique, mordant et sensible, au rythme endiablé d’une harde fuyant la meute.
Aussi à l’aise dans la caricature du monde de la finance que dans l’évocation de la chute des derniers hobereaux catholiques, aussi vivant dans la peinture d’une orgie parisienne que dans celle d’une partie de chasse, Timothée Gaget s’amuse à entrechoquer des décors au sein desquels les aventures amoureuses et familiales s’entremêlent aux questions sociétales. Il secoue aussi vertement la vieille dichotomie nature/culture. Dans cet hymne à la forêt, il partage surtout une vision sensible et poétique du monde.

Ce que j’en pense
****
« Comment survivre au XXIe siècle quand on est un jeune banquier d’affaires pété de fric et qu’on a plus de copine, plus de potes et des cernes de raton-laveur ? » Voilà en gros la question existentielle qui taraude Tristan au début de ce roman dense, un peu touffu, mais qui nous offre un portrait saisissant de la génération Y : «Une génération qui s’enorgueillit de sa parfaite maîtrise d’internet, de l’égalité homme-femme, du village-monde, tout en déplorant ses conditions de travail. Personne ne note que ce sont précisément les bienfaits susmentionnés qui sont la cause de la souffrance évoquée.» Notre héros est donc à la recherche de valeurs, d’un sens à une existence jusque-là dirigée par le souci de gagner beaucoup d’argent et de le dépenser presque tout aussi vite dans une vie dissolue.
Car un premier choc a secoué le jeune homme à qui rien ne semblait devoir manquer. Après des études brillantes, il avait vite grimpé les échelons et, malgré des journées de travail sans fin, avait réussi à gagner le cœur de Margaux, fille intelligente et pétillante, jouant du violoncelle avec sensualité, et lisant compulsivement « Elle barbouillait, soulignait, cornait, perdait des milliers de pages, notait et apprenait les phrases qui, plus tard, émailleraient sa conversation. » Ajoutez à cela une sexualité vorace et vous comprendrez aisément le blues de notre narrateur quand elle prend le large.
Il va tenter de noyer son chagrin dans le Lubéron où il passe des vacances en famille. Toutefois, entre les parents, la fratrie et leurs conjoint(e)s, le farniente et une plantureuse suédoise – qu’il va surnommer la Valkyrie – il ne parviendra vraiment à retrouver le moral. Avec l’aide non sollicitée d’un ami, il démissionne et abandonne les horaires de malade pour se reconvertir dans le consulting où les collègues sont tout autant assoiffés de pouvoir, mais la gestion de l’emploi du temps beaucoup plus souple. Après quelques semaines, il se voit confier une mission d’audit à Romorantin au lieu des quelques mois à Prague qui lui avaient été promis. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il s’accommode de cette mission, car il va pouvoir séjourner au Valbrun, la propriété solognote de son grand-père.
Après les «Mœurs contemporaines», le lecteur est invité à découvrir les «Mœurs anciennes» dans la seconde partie du roman. Cette fois, c’est Bon-Papa qui est à la manœuvre. Après une période d’adaptation avec ce vieil ours acariâtre, Tristan va finir par partager son goût pour la chasse et s’allier avec le vieil homme contre un projet de construction d’un centre pour jeunes délinquants sur une partie du domaine.
On passe du Bûcher des vanités à L’Aménagement du territoire, tout en faisant la connaissance de quelques drôles d’oiseaux, comme Evariste. Ami excentrique exilé dans la campagne française pour limiter son pouvoir de nuisances, il va quand même parvenir à provoquer un accident, détruire une piscine ou encore réduire un cyclomoteur en un puzzle de pièces détachées. Mais les études qu’il entend parachever par une thèse portant sur les littératures française et américaine vues «sous l’angle de la bouffe» vont définitivement nous le rendre très sympathique.
On se régale – c’est bien le cas de le dire ici – des conclusions de cette recherche.
On apprendra aussi par le détail l’organisation, les traditions et le calendrier des parties de chasse en Sologne. Les amateurs apprécieront sans doute.
J’ai pour ma part préféré le rapprochement entre Tristan et sa cousine Bathilde et entre Bathilde et Philippa, la sœur d’Evariste. Leur week-end à Paris «pour se changer les idées» leur permettra à tous de découvrir une nouvelle part de leur personnalité et de repartir sur de nouvelles bases.
Nous voilà arrivés aux «Mœurs du fond des bois», la troisième partie du livre. Celle où les grandes décisions doivent être prises. « J’avais pris goût à cette maison trop grande et trop froide, à cet espace distendu, inadapté et anachronique qu’était le Valbrun. J’avais peu à pei appris à aimer ces bois sombres, ces étangs de vie et ces paysages aveugles, à m’accommoder des silences interminables et des monologues enflammés de bon-papa. Le contact des chiens, la contemplation du feu, les canards de passage m’avaient apporté un réconfort plus profond que celui de la plupart des humains. »
Timothée Gaget n’oublie toutefois pas d’ajouter quelques rebondissements à une fin qui serait trop convenue et prouve dès son premier roman une belle maîtrise du récit, nonobstant quelques longueurs. Mais on lui pardonnera volontiers. Mieux, on attend la suite des aventures de Tristan !

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio
Blog Fattorius
Blog Culturevsnews

Extrait
« J’appartiens à la génération Y. Avant nous il y eut des générations guerrières, frivoles, révolutionnaires, romantiques, rêveuses, traumatisées… La nôtre, c’est Y ! Nous ne vivons tellement rien que la seule chose qui puisse singulièrement nous définir est le Y que forment sur notre torse les fils de notre iPhone. Une génération qui s’enorgueillit de sa parfaite maîtrise d’internet, de l’égalité homme-femme, du village-monde, tout en déplorant ses conditions de travail. Personne ne note que ce sont précisément les bienfaits susmentionnés qui sont la cause de la souffrance évoquée. » (p. 33)

A propos de l’auteur
Timothée Gaget est né à Tours en 1985. Après des études de Droit à Paris et aux Pays-Bas, il travaille brièvement en Suède puis devient avocat. Il exerce en droit pénal des affaires avant de quitter le Barreau de Paris en 2014 pour rejoindre une agence de communication, où il se spécialise en gestion de crise et en communication judiciaire. Il est passionné de chasse et de politique. Les Bonnes Mœurs est son premier roman. (Source : Éditions Intervalles)

Page Facebook du roman
Journal de Théophane Dumartray Chroniques alcoolisées, philosophie de comptoir, amours au pourboire, sous-réflexions politiques, considérations littéraires et autres crachats de l’âme.

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Le printemps des barbares

LUSCHER_Le_printemps_des_barbares

Le printemps des barbares
Jonas Lüscher
Autrement
Roman
traduit de l’allemand (Suisse) par Tatjana Marwinski
193 p., 17,50 €
ISBN: 9782746742499
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Tunisie, à Sfax, Tunis puis dans un hôtel de luxe situé dans l’oasis de Tchoub. On y évoque aussi Londres, Liverpool et Guernesey, le Cap Nord, Zuffenhausen dans le sud de l’Allemagne et encore Schwäbisch-Hall, Fukuoka, Rome, Santa Fe, Helsinki, Bayreuth et Lucerne.

Quand?
L’action se situe dans un futur plus ou moins proche, selon que l’on accepte l’idée d’une faillite prochaine du système financier.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Il y avait eu des signes avant-coureurs la veille au soir, des barbares mais durant la nuit la situation s’était encore aggravée. Pendant que Preising dormait, l’Angleterre sombrait. »
Amateur de pantalons en velours et de mocassins rutilants, Preising n’a guère l’âme d’un aventurier. Dans un luxueux club au cœur du désert tunisien, le voici contraint de côtoyer une horde de traders londoniens venus célébrer un mariage dans une débauche d’alcool et d’argent. Au lendemain d’une nuit de fête, la panique se propage à la vitesse de l’éclair : la Grande-Bretagne aurait fait faillite. Soudain ruinés, les golden boys perdent toute retenue. Du maître-nageur aux dromadaires, nul n’échappe à leur folie destructrice.
Conte philosophique, roman de la crise économique, comédie de mœurs, Le Printemps des barbares est avant tout une formidable satire de notre époque.

Ce que j’en pense
***
Cette nouvelle voix de la littérature suisse alémanique est incontestablement à suivre. D’abord parce qu’elle aborde un thème qui n’est guère traité par les romanciers, celui que Viviane Forrester appelait il y a une dizaine d’années L’horreur économique et qui n’a sans doute pas cessé depuis de poursuivre sa course folle, ensuite parce qu’il situe son récit en Tunisie, ce qui lui permet de confronter deux univers, deux façons d’appréhender le monde et enfin parce qu’il nous donne l’occasion de constater que depuis les belles paroles des politiques quasiment rien n’a été fait pour éviter l’explosion d’une nouvelle bulle spéculative.
Nous voilà donc conviés à suivre cette explosion sur les pas d’un industriel suisse fortuné venu à la fois superviser ses investissements et profiter du confort d’un luxueux hôtel.
Quand il arrive sur place, il est quasiment contraint de participer à la grande fête qui se prépare, celle qui scellera l’union de Kelly Ibbotson et Marc Rajani Greyling. Le couple séjourne avec famille et amis et collègues, des Cityboys qui entendent profiter pleinement de l’occasion. Ils ne se doutent pas que pendant leurs excès d’alcool, de bonne chère et de sexe, la Grande-Bretagne se retrouve au bord du gouffre. Suite à la chute de la livre sterling et au défaut de paiement en cascade des banques, le Premier ministre britannique est contraint à annoncer la faillite de l’Etat.
Le télescopage de cette nouvelle avec les lendemains de fête à l’hôtel marque incontestablement le point d’orgue du roman. D’un côté on ramasse les bouteilles et les verres cassés dans les massifs de fleurs, on charge le vomi dans une brouette, on repêche un transat dans la piscine et de l’autre on assiste à des scènes de panique et de chaos. Quand, de part et d’autre on se rend compte qu’on est allé trop loin, on sent aussi qu’il sera impossible de revenir en arrière.
Jonas Lüscher sera pour les uns un oiseau de mauvais augure et pour les autres un Cassandre qui, comme le veut la légende, prédit bien l’avenir mais ne sera pas entendu. A tort ? Il ne faut peut-être pas prendre cette histoire trop à la légère.

Autres critiques
Babelio
Le Temps (Suisse)
Libération
Blog Des livres et de l’art

Extrait
« Prodanovic, bien que responsable de l’internement de Preising, n’était nullement son médecin de famille. Prodanovic était cet employé de Preising, jeune autrefois, toujours aussi brillant aujourd’hui, qui avait inventé le circuit CBC Wolfram, une pièce électronique sans laquelle aucune antenne-relais dans le monde ne pouvait remplir ses fonctions, sauvant ainsi de la faillite imminente la société en commandite, spécialisée dans la réception télévisuelle et les antennes terrestres, dont avait hérité Preising, et la catapultant à la pointe du marché pour circuits CBC.
Le père de Preising, qui avait eu le tact de retarder son décès juste assez pour laisser à son fils le temps de terminer des études de gestion – interrompues parce que Preising leur avait préféré une formation de chant d’un an et demi dans une école privée parisienne –, lui légua une usine d’antennes de télévision, avec trente-cinq employés à une époque où le câble avait déjà fait depuis longtemps son entrée dans les foyers. […] Grâce à Prodanovic, Preising était non seulement devenu un industriel fortuné, mais aussi le PDG d’une société forte de mille cinq cents employés avec des succursales sur cinq continents. » (p. 9-10)

A propos de l’auteur
Jonas Lüscher est né en Suisse en 1976. Diplômé de l’Ecole Supérieure de philosophie de Munich, il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Le Printemps des barbares, son premier roman, a reçu le prix Franz-Hessel en 2014. (Source : Editions Autrement)

Commandez le livre en ligne
Amazon

 

Mes livres sur Babelio.com

Les ennemis de la vie ordinaire

MARIENSKE_Les_ennemis_de_la_vie_ordinaire

 

 

 

 

 

 

 

Les ennemis de la vie ordinaire
Héléna Marienské
Flammarion
Roman
320 p., 19 €
ISBN: 9782081366596
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et dans la banlieue, à Saint-Ouen, Montreuil, Saint-Denis, Stains, Bondy, Noisy-le-Sec, Mantes-la-Jolie, Émerainville, ainsi qu’à Enghien, en Auvergne dans les localités d’Escolges, Clémensat, Saint-Hilaire, Courtilles, Chamalière-la-rouge, Vaureilles, Brioude, en Languedoc à Montagnac, en passant par Montluçon, le tout se terminant en apothéose à Las Vegas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sept personnages souffrant d’addictions – alcoolisme, sport, jeux d’argent, cocaïne, shopping, sexe – se trouvent réunis par la psy qui les suit, Clarisse, pour des séances de thérapie de groupe. Clarisse espère que le « décloisonnement » peut les aider à guérir. Mais en ont-ils vraiment envie, eux ? Pas sûr… Ces « ennemis de la vie ordinaire » vont, peu à peu, se lier d’amitié au point de déteindre les uns sur les autres.
Comédie hilarante, portée par une écriture brillante et rythmée d’Héléna Marienské, ce roman s’empare d’un sujet de société contemporain, l’addiction, pour mieux le détourner : un conte moderne aussi réjouissant qu’immoral.
Abstinents s’abstenir.

Ce que j’en pense
****
Héléna Marienské n’a pas son pareil pour humer l’air du temps et la retranscrire en joyeuses comédies, en fantaisie-sarabande. Dans son nouveau roman, qui met en scène sept victimes d’addictions, elle réussit même à imaginer des personnages et des situations qu’un lecteur boulimique aura déjà croisé dans d’autres romans. On retrouve, par exemple, dans le portrait de Pablo, beaucoup du personnage de Cécile Coulon dans Le Cœur du Pélican. Mais plus étonnant encore, le personnage de Jamal imaginé par Michel Bussi dans N’oublier jamais a la même obsession que ce coureur à pied addictif : il «se verrait bien faire le super trail du Mont-Blanc avec une patte en titane.»
Au-delà de la coïncidence, on imagine la manière dont l’auteur se documente pour donner chair aux personnages. On se dit, par exemple, qu’elle a dû s’inscrire à un site de jeux en ligne, faire quelques sorties au casino d’Enghien, suivre quelques compétitions de poker à la télé pour camper le personnage de Gunter, joueur addictif. Car au-delà du jargon utilisé, elle sait parfaitement rendre l’atmosphère du lieu, la tension qui préside au moment ou rien ne va plus.
Mais reprenons. Le roman s’ouvre au moment où Clarisse, thérapeute spécialisée dans le traitement des addictions, vient proposer un nouveau traitement. Elle entend organiser la rencontre de patients victimes de troubles différents : «tous les addicts qui décident de participer à un groupe de parole ont déjà touché le fond et sont prêts pour l’aventure de l’abstinence. Ils ont tous des stratégies. Toutes sont différentes. Leur entraide sera du jamais-vu. Moi, je les mets en synergie. J’attends des résultats époustouflants.»
Aux côtés de Gunter et Pablo, on va retrouver au sein de ce groupe – et par ordre d’apparition – Jean-Charles, sosie du pape François, qui ne dédaigne pas sniffer une ligne de coke en disant la messe, Damien, le professeur d’université qui éprouve un besoin constant de sexe, Mariette, la jeune et jolie junkie, qui n’arrive pas à décrocher, Mylène dont le compte en banque n’a pu résister à ses achats compulsifs et Élisabeth qui tente de noyer la déliquescence de son mariage dans l’alcool. Voici donc les septe plaies d’Egypte réunies autour d’une thérapeute qui ne sait pas trop si elle vient d’inventer un concept génial ou si elle a ouvert la boîte de Pandore.
Car bien vite, on passe du dérapage à un joyeux capharnaüm et à la rechute quasi-simultanée de tous les membres du groupe, avant que la simple addiction ne devienne une addiction multiple.
Clarisse va bien tenter de reprendre la main en affirmant que la rechute fait partie intégrante de son traitement et que cette étape est même nécessaire à une meilleure prise en compte de leur addiction, sorte de tremplin vers la guérison. Mais, s’agissant d’une première expérience de ce type, elle ne peut qu’émettre cette hypothèse. Peut-être pour conjurer le sort.
Il serait dommage de révéler ici comment tout cela va finir. Disons simplement que, comme toujours avec Héléna, les choses ne vont pas tarder à déraper, les situations devenir aussi cocasses qu’incongrues et que le final est comme un grand feu d’artifice qui fera fi des conventions et du politiquement correct. C’est jouissif et cru, immoral en diable et effectivement bien loin de la vie ordinaire. En un mot, c’est addictif !

Autres critiques
Babelio
Blog Cannibales lecteurs
Blog Blablabla Mia
Blog Livr’envie
Blog Ma librairie bien-aimée

Extrait
« Merci, mon cher, très cher Éric. J’ai reçu le mot de Largelier me confirmant que j’aurai la salle de l’annexe deux soirs par semaine. Hourra !
Tu n’imagines pas à quel point ça tombe bien ! Je dois prendre en charge en urgence un patient dont je viens de rencontrer l’épouse très inquiète. C’est un addict au sport, athlète amateur mais de haut niveau, qui se casse en mille morceaux, et reste dans le déni total. C’est vraiment le problème de ce type d’addiction.
Tout le discours ambiant tend à le valoriser. Le sport est connoté positivement par les médias, la publicité, le cinéma, par tout le corps social : le sport est noble ! Sauf que j’ai vu les radios du zozo : ça fait peur. Sa femme ne sait vraiment plus quoi faire, et elle a été ravie d’apprendre qu’il serait suivi en séances particulières et en thérapie de groupe. Espérons qu’il viendra.
En tout cas, voilà une catégorie d’addiction qui va enrichir mon panel. Et ce n’est pas fini ! Des addictions, par les temps qui courent, il s’en crée tous les jours. Dans les mois qui viennent, je pourrai bien en dépister de nouvelles. Que dirais-tu, dans un an, d’un petit article cosigné sur les néo-addictions ? » (p. 28)

A propos de l’auteur
Héléna Marienské est née en 1969, elle est agrégée de lettres. Elle a publié aux éditions P.O.L., Rhésus, en 2006 (prix Lire du meilleur premier roman, prix Madame Figaro/Le Grand Véfour, Mention spéciale du prix Wepler), Le Degré suprême de la tendresse (Héloïse d’Ormesson, 2008, prix Jean-Claude Brialy) et, en 2014, Fantaisie-sarabande, aux éditions Flammarion. (Source : Editions Flammarion)

Site Wikipédia de l’auteur
Page Facebook de l’auteur
Page Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com

Sexe Course à pied Alcool Drogue Shopping Jeu Poker Casino Paris Las Vegas Enghien