Bon genre

BENAROYA_bon_genre

Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
Claude est une femme qui a réussi. Mais après testé son pouvoir de séduction à la terrasse d’un café, elle va se prendre au jeu et s’offrir à des inconnus. De plus en plus souvent. De quoi mettre en péril son couple et son job. À moins que ce ne soit pour écrire une nouvelle page de son histoire.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Piège de Crystal

Inès Benaroya nous propose avec «Bon genre» un roman qui casse les codes en mettant en scène une femme qui se comporte comme un homme. Qui s’offre du sexe sans états d’âme, qui jouit de son pouvoir… À la fois cru et jubilatoire!

C’est l’histoire d’une femme qui a réussi. Un gros salaire dans une grande entreprise, des missions d’importance, une voiture de fonction. Elle est même quelquefois invitée par son patron sur son yacht. Une belle maison, un mari conciliant, une fille bien sage. À moins que leur couple soit déjà usé, maintenant qu’elle atteint la quarantaine.
Et c’est là que le bât blesse. La vie de Claude est trop lisse, trop prévisible, trop minutée. En s’accordant le droit de prendre un verre à la terrasse d’un café, elle se laisse aller à aguicher un homme en écartant les jambes pour lui monter ses sous-vêtements rouges. En se levant, ce dernier lui laisse un court message «J’ai aimé ce que vous m’avez offert. À demain».
Commence alors le début d’une double-vie pour Claude qui va profiter de quasiment tout son temps libre pour s’offrir du sexe. Du sexe sans sentiment, un peu à l’image du projet Prométhée qu’elle est chargée de suivre, fermer une usine centenaire avec deux cent employés, sans oublier les sous-traitants pour la santé financière du groupe. Côté sexe aussi, elle se trouve un nom de code, Crystal, la femme entreprenante qui va à la chasse aux hommes comme le ferait un homme. Un moyen de se sentir forte, libre. Et faire voler en éclats les règles de bienséance qui l’enserraient dans un carcan bien trop serré à son goût. C’est cru – forcément – mais c’est le reflet de cette boulimie qui va entraîner petit à petit Crystal à prendre davantage d’importance que Claude. Au point aussi de creuser le fossé qui la sépare de son mari, de sa fille, de sa mère ou encore de son amie. Mais peut-être est-ce le prix à payer pour gagner son indépendance?
Avec une parfaite maîtrise de la tension dramatique et une bonne dose d’humour, Inès Beneroya nous offre une réflexion acide et survitaminée sur les codes du genre, sur la place de la femme, sur la notion de pouvoir dans un couple. Quand une équipe de journalistes vient faire le portrait de la businesswoman qui a réussi, Claude se prête volontiers au jeu. Mais après avoir répondu aux questions, elle se met à écrire l’interview alternatif, répondant à des questions telles que «Est-il facile de donner son corps à des inconnus?» ou encore «Pouvez-vous nous faire partager votre état d’esprit? Ce qui vous passe par la tête à ces moments-là?»
Les réponses pourront vous surprendre, mais elles sont dans la droite ligne de cette initiative aussi périlleuse qu’exaltante, aussi risquée que salvatrice. Au point d’oublier Crystal pour faire naître la vraie Claude. Qui vous surprendra sans doute encore davantage!

Signalons la playlist du roman proposée par l’éditeur.

Bon genre
Inès Benaroya
Éditions Fayard
Roman
254 p., 18 €
EAN 9782213709826
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si j’étais un homme …, pense-t-elle, comment ferait un homme ?
Si j’étais un homme atteint d’un vague à l’âme inexpliqué, un homme à deux doigts de l’implosion, en butée de sa vie, assiégé par les colites spasmodiques et une terrible envie de baiser malgré son épouse à la maison. À une terrasse de café, une femme me tend un paquet de mouchoirs. Je la rejoins à sa table, je fais mine de m’intéresser alors que je n’ai qu’une seule idée, me pencher sur son visage au sommet de sa jouissance. Si j’étais un homme, je déciderais du tempo. La femme propose, l’homme dispose. La parlotte, ça va cinq minutes. Je suis un prédateur, je n’ai peur de rien, je passe à l’attaque, quand je veux, comme je veux.
Si Claude était un homme, ce livre n’existerait pas.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Quatre sans quatre 
Blog Les mots de la fin
Les chroniques littéraires de Virginie Neufville
Blog Abracadabooks
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Carobookine

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Elle le voit arriver de loin, par hasard son regard s’est détourné vers la droite et il vient de là, ni grand ni petit, ni jeune ni vieux, rien ne le démarque, lui plutôt qu’un autre, en plus elle ne cherche pas, elle est mariée, ni heureuse ni malheureuse, pas plus de raisons de se plaindre que de se réjouir, on a tous nos problèmes. L’homme n’a rien de notable si ce n’est ce détail, ça l’a toujours fascinée, la ville sème ses obstacles, comment font-ils pour ne pas trébucher, faut-il être passionné… La passion qui possède, voilà qui a de quoi l’intriguer. Elle est si cohérente, ses décisions, ses opinions, tout filtre par le tamis de sa raison, pas trop de place pour la passion, ce n’est pas vraiment par conviction. Donc l’homme avance vers le café où par hasard elle s’est installée. Cela ne lui arrive pas souvent, le hasard, incompatible avec son organisation, et pourtant ce jour-là, entre deux rendez-vous, une heure vacante et une place juste devant pour garer sa voiture, elle s’est dit, pourquoi pas, à l’improviste pour une fois. C’est dire comme sa vie est ennuyeuse. Ras le bol des sandwichs et du quinoa dans des bols plastique. Elle s’est arrêtée pour déjeuner.
Il marche en lisant. Voilà le détail. Ces gens-là, on en croise parfois, ils ont cette présence absente à la ville, ils trimballent leur bulle de mots et d’imaginaire et à les voir on se sent tellement arrimé, plombé par la gravité, alors qu’eux semblent voler. À pas lents, les yeux sur le livre, indifférent aux voitures, aux passants, aux oiseaux, aux femmes installées aux terrasses des cafés pour profiter du joli jour de fin d’été, en aveugle au milieu des dangers, il lit. Le secret, c’est la lenteur, dans le lent défilé de la forêt urbaine, muni d’un radar il voit au-delà des ombres, il évite les pièges et c’est comme un sixième sens. Elle ne se gêne pas pour l’observer, d’ailleurs ce n’est pas tant lui que son parcours, c’est risqué, ces gens-là sont cinglés, va-t-il lever le nez pour traverser ? Elle pense qu’il est comme les autres, qu’il ne la voit pas, parce qu’elle non plus n’a rien de remarquable, du moins c’est ce qu’elle croit, rien qu’une femme qui fait de son mieux, maman, épouse, collègue, fille, sœur, copine, cousine, voisine, douce, forte, féminine, masculine, autonome, ni soumise ni casse-couilles, intello mais pas trop, mince mais pas maigre, grande gueule pas énervée, sous contrôle permanent, elle n’en peut plus mais elle ne le sait pas encore.
Arrivé à sa hauteur, voilà qu’il s’assied, dos à la rue, une table de l’autre côté de l’allée où va et vient le serveur. C’est étrange, pense-t-elle, moi je m’installe toujours face à la scène pour ne rien rater du spectacle. I want to be part of the show. Lui veut sans doute ne pas être dérangé, d’ailleurs sans relever la tête il a posé son livre sur la table et il continue à lire, jambes croisées, une main dans la poche qu’il sort pour tourner la page, l’autre posée, l’index et le pouce en équerre sur le livre, une brise légère pourrait soulever le feuillet et lui faire perdre quelques précieuses nanosecondes. Elle continue à le regarder du coin de l’œil, puis son steak-frites arrive. Elle n’a pas fait les choses à moitié. Marre du chou et des cranberries. L’espace d’une heure, elle redevient carnivore pollueuse inconséquente et un Coca rouge pour couronner le tout.
Il n’est pas vraiment spécial, jean normal, chemise banale, pas de veste, mais il fait doux. Elle est encore bronzée, à peine revenue de la maison de location à deux cents mètres de la plage, enfants, amis, cigales, beaucoup de passage et de verres de rosé, pas vraiment reposée. Elle croise et recroise les jambes. L’année qui recommence. Tenir jusqu’aux prochaines vacances. Il ne bouge pas un cil. Elle est pourtant dans son champ. S’il lit en marchant, sa vision périphérique doit fonctionner. Se faire remarquer, être désirée, imprimer sa trace, briser un cœur, femme fatale, la Don Juane des cafés, pathétique sursaut d’existence bon marché et d’absolu au rabais. Il boit sa bière sans cesser de lire, elle attrape son sac en arquant les bras, dégage une épaule, elle a de jolies épaules qu’elle fait rouler si les jambes ne suffisent pas. Pourquoi chercher à plaire, c’est futile, stérile, elle fouille dans son sac sans rien chercher, puis elle le repose parce que ça ne donne rien. Il est peut-être pédé, pense-t-elle en coupant sa viande.
Elle aussi aime lire, mais elle n’a pas trop le temps et jamais de livre dans son sac. Dommage. Avec un livre. Un homme et une femme se croisent à la terrasse d’un café par un joli jour de fin d’été. Tous deux lisent. Il l’aborde, lui demande ce qu’elle lit, par politesse elle lui retourne la question, incroyable, c’est le même ouvrage – disons le même auteur pour faire plus crédible –, ils s’extasient de la coïncidence, ils digressent, les livres à emporter sur une île déserte, ceux qui ont bouleversé le cours de leur existence, elle invente, rien ne l’a jamais bouleversée, c’est un coup de foudre, ils échangent un baiser sans connaître leur prénom.
Oui, un café, non, pas gourmand, faut pas pousser. Un courant mélancolique la traverse. Les rêves sont des baleines. Ils finissent par s’échouer, ventre au ciel. Les femmes se transmettent le virus du rêve, de l’espoir et du grand frisson, ma mère, ma fille, et moi en sandwich, toutes victimes de l’illusion. En partant, elle va bousculer sa table et paf sa bière sur son livre, connard, va.
Elle porte sa jupe rouge, celle qui flotte sur sa peau brunie quand elle revient de vacances, une soie satinée qui capte la lumière. Un vent frais soulève quelques feuilles de marronnier rabougries, un mini-tourbillon d’automne et la vie valse, bientôt son anniversaire en hiver quand il fera froid et triste. Il lit toujours. Les pages tournent comme la roue de l’infortune, une poulie en entraîne une autre, le temps se roule en boule et une autre année sera passée. Elle pose la main sur le tissu. Son verre vide, il va partir. La ville va le happer et elle aussi va se faire dévorer. La soie patine sur sa peau. Elle fait glisser l’étoffe, découvre ses genoux ronds comme des galets, la naissance de ses cuisses profilées. Elle y travaille d’arrache-pied, au profilage, ce n’est pas inné. Elle s’incline, à peine un léger biais, vers l’allée où le serveur ne passe plus, la pause, la fin de son service ? Elle saisit son téléphone, beaucoup de mails arrivés pendant le déjeuner, elle soupire mais n’en fait pas trop, elle n’est pas tapageuse. Pour mieux lui faire face, elle pivote, les jambes de son côté dans l’allée, le buste en torsion, les coudes sur la table et l’air dégagé, elle écarte.
Attention. N’allez pas croire. Ce n’est pas une habitude. Certes comme tout le monde elle a eu vingt ans, elle a profité, pas cul-serré, mais pas marie-couche-toi-là non plus, d’ailleurs elle avait des principes, jamais le premier soir, jamais un inconnu, pas touche aux mecs des copines, et elle s’y tient, à ses principes, à la vie à la mort, la fidélité, l’honnêteté, elle a ses raisons, un paquet de bonnes raisons. Allez comprendre alors. Comment expliquer la chimie de l’instant, l’oblique d’un rayon de soleil sur ses genoux, la lassitude qui couve sous des dehors joviaux, le très léger parfum des feuilles en décomposition, et même le plateau de la table paraît doux sous sa main, toute cette douceur, quand c’est trop, c’est vraiment trop.
Son genou droit s’en va vers la droite et le gauche à l’opposé, en directe ligne des yeux rivés sur le livre. Elle écarte un peu plus, très concentrée sur son téléphone, débordée par ses obligations, tandis que ses jambes, ces follasses, n’en font qu’à leur tête, comme si elles s’étaient disputées, va-t’en toi, plus loin, me faire ça à moi ! L’air frais s’engouffre jusqu’à sa culotte rouge – le rouge, c’est pure logique, une mise en conformité des sous-vêtements avec sa tenue. Faut-il y voir un signe, le jour où elle se décide sur un coup de vent frais de fin d’été à écarter les jambes à la barbe d’un inconnu même pas beau ou jeune, sa culotte est rouge. »

Extraits
« J’aime. L’assertion de celui qui revendique et n’a pas froid aux yeux. Un manifeste exprimé à un temps qui le rend éternel. Ce qui est est ce qui sera. Le présent s’étend sur hier et demain, concentre le souvenir du moment, l’intensité du sentiment et la promesse d’un amour intransigeant. J’aime est une parole universelle, urbi et orbi, hic et nunc, un statement sans début ni fin, le vertige infini de la plus belle des philosophies, la solution à tous les problèmes. J’aime, j’aime aimer, j’aime celui qui m’aime, j’ai aimé, vous aimez, on s’aimera, il suffira d’y ajouter quelques lettres et ce sera l’apogée du je t’aime.
Ce que vous m’avez offert. Oh. Il a tout vu, tout compris, intelligence, clairvoyance, le cœur et l’esprit, le miracle de l’homme complet, lucide, et reconnaissant par-dessus le marché, le cercle vertueux de la générosité, corne d’abondance de la gratitude, le don d’une femme à un homme qui sait recevoir et donner, les deux moitiés d’une orange de nouveau fusionnées.
À demain. Inutile de préciser l’heure, l’endroit, la configuration, tous les détails vont de soi, complices, partners in crime, à demain l’amoureux du café acheminé par le plus prodigue des trottoirs, lecteur fou, mon fou d’amour, nous allons renverser les montagnes, siphonner les rivières, graver nos initiales dans la mythologie des couples passés à la postérité dont on ne peut évoquer l’un sans invoquer l’autre. »

« La vie reprend ses droits. Elle mâchouille des graines germées tout en survolant des newsletters électroniques, sur le qui-vive de l’information décisive qui lui donnera un coup d’avance, annote des to-do listes dont elle ne vient jamais à bout, améliore sa productivité comme s’il n’y avait pas de limite, gémit quand elle prend un kilo et le reperd aussitôt – la cellulite, si on la laisse s’installer, c’est foutu –, remporte tout un tas de victoires dans une guerre sans ennemi et s’endort pour quelques heures sur le torse ami de son mari – réveillée au cœur de la nuit, l’insomnie la tiendra exténuée jusqu’à l’alarme de son téléphone. »

« Tout le monde s’intéresse aux femmes, répond Ricky, c’est ainsi, de tout temps. Les hommes comme les femmes. Les hommes regardent leurs seins, leurs fesses, voudraient toutes les posséder – celles qu’ils trouvent belles, et les autres aussi –, ils voudraient les faire jouir ou pleurer, parce qu’ils en ont besoin pour se sentir puissants. Les femmes aussi regardent les femmes, elles cherchent où se cachent leur beauté, leur jeunesse, comme s’il y avait un secret à dévoiler, comme toi elles les admirent. Faut-il s’en réjouir? Au fond, c’est peut-être une chance d’être du genre qui fascine l’humanité tout entière… Qui voudrait être un homme, à choisir? »

À propos de l’auteur
Mère de trois enfants, Inès Benaroya est chef d’entreprise installée à Paris. Ses deux premiers romans Dans la remise et Quelqu’un en vue parus chez Flammarion ont été reconnus et loués par la presse. (Source : Éditions Fayard)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#bongenre #inesbenaroya #editionsfayard #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentréeLittéraire2019 #LitteratureFrancaise #PrixOrangeduLivre2019

Publicités

Lettres à Joséphine

REY_lettres-a-josephine

En deux mots:
Nicolas ne peut croire que Joséphine le quitte, que leur amour, que leur passion se termine si brutalement. Alors il va prendre la plume pour tenter de convaincre Joséphine qu’elle se fourvoie avec son nouvel amant. Des lettres passionnées, des missives désespérées, des envois magnifiques, des messages crus.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Joséphine, ne me quitte pas

Nicolas Rey nous revient avec un roman épistolaire qui ne va rien nous cacher de son amour pour Joséphine, de son besoin de croire que la rupture n’est pas consommée, de son obsession, de sa dépression.

Depuis Les liaisons dangereuses et Choderlos de Laclos, on sait que le roman épistolaire, surtout quand il parle d’amour, de passion et de trahison peut être une forme littéraire redoutablement efficace. Elle offre en effet au lecteur un large pan de liberté, celui d’imaginer par exemple la réaction du destinataire des courriers.
Il n’en va pas autrement dans ce nouvel opus signé Nicolas Rey.
Même si cette fois, nous n’avons droit qu’aux lettres de l’amoureux transi à celle qui vient de le quitter, la belle Joséphine Joyeaux, le registre n’en est pas moins très riche.
Si comme moi, vous êtes amateur de collections, je vous propose une petite liste non exhaustive de ces missives qui dessinent sur la carte du tendre un itinéraire des fluctuations du sentiment amoureux, qui va de l’incrédulité à la colère, du fol espoir au désespoir le plus sombre.
Commençons la tentative rationnelle de comprendre ce qui arrive à l’amoureux qui se retrouve désormais seul. Pour ne pas sombrer dans la dépression, l va voir un psy qui lui explique qu’il devra passer par cinq étapes, le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Facile à dire, surtout quand on applique la chose à son cas personnel. Le déni passe encore, mais la colère se dirige non pas à l’encontre de l’être aimé, mais vers l’auteur qui «n’a pas fait le maximum» pour garder «sa» Joséphine. Du coup, toutes étapes suivantes sont forcément biaisées. Le marchandage et la dépression feront bien partie du lot au fil du livre, mais l’acceptation…
Quand on «aime jusqu’à l’infini, comment peut-on accepté que cette passion si intense ne soit pas partagée. D’autant qu’avec toute la mauvaise fois dont on peut être capable dans ces moments-là, on va accumuler toutes les preuves que cet amour ne saurait mourir.
Avec l’aide de Françoise Sagan, de Richard Brautigan, de Francis Scott Fitzgerald, de Romain Gary, de Marcel Proust, il va trouver dans les livres les échos de son mal-être et les raisons d’y croire encore. Ou plutôt d’imaginer ce qui aurait pu ou dû – de son point de vue, cela va de soi – se passer pour que cette rupture ne soit pas définitive.
Après Pierre-Louis Basse et Je t’ai oubliée en chemin, voici une nouvelle version, plus obsessionnelle et plus crue de la rupture amoureuse: «Joséphine. Mon amour. Mon délice ultime. Ma cyprine blanche au goût merveilleux qui parfois coulait en fin de journée de ta chatte pour finir entièrement dans ma bouche.»
Une fois de plus, le mâle doit rendre les armes. Mais fort heureusement pour nous, «tout le reste est littérature». Un bel hymne à l’absolu.

Lettres à Joséphine
Nicolas Rey
Éditions Au Diable Vauvert
Roman
192 p., 00,00 €
EAN 9791030702095
Paru le 10/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, mais aussi à Châteauroux, Arles, Avignon où Nîmes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«J’étais devenu un fantôme. Une sorte de mort-vivant. J’ai trouvé un ultime sursaut d’énergie pour avaler une poignée de tranquillisants avec un fond de vodka. Je me suis assis dans mon fauteuil club et j’ai regardé une série sur HBO. Je me suis réveillé en pleine nuit. Non. Le cauchemar était bien réel. Joséphine n’était plus amoureuse de moi.»
Si l’amour est la plus forte, la plus dangereuse et la plus répandue des addictions, voici le roman de l’impossible désintoxication, le roman du chagrin d’amour.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
Blog Baz-Art 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Voix de plumes 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Ma Joséphine. Mon aimée.
Je suis mort de trouille depuis plusieurs jours. En effet, depuis quelque temps, tu restes chez toi, clouée dans ton lit, avec des frissons, une forte fièvre, des douleurs au dos, des nausées et des vomissements. Je t’appelle tous les matins pour prendre de tes nouvelles mais tu refuses que je passe te voir. Un soir, tu me téléphones. Petite voix de ma Joséphine :
« Nicolas, je suis à l’hôpital Saint-Antoine, on m’a détecté une infection rénale. Pour l’instant, ils font des examens. Je t’appelle quand j’en saurai plus, d’accord?
– D’accord ma Joséphine. Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande-moi je t’en prie.
– D’accord. Au revoir mon Nicolas. »
Je ne peux pas m’empêcher de t’appeler le lendemain soir. Tu me dis que tu vas un peu mieux. Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi? Je demande. Oui, tu me réponds. Si tu pouvais me trouver un gant et une serviette de toilette, ce serait formidable. J’arrive tout de suite en moto-taxi avec six gants et huit serviettes de toilette. Ma Joséphine. Même malade, sache que je t’ai trouvée magnifique ! Il y avait dans chacun de tes gestes une lenteur due à la souffrance proche de l’harmonie. Ton infection a été pour moi comme un électrochoc. Je savais que je t’aimerais jusqu’à ma mort. Je savais que tu pouvais compter sur moi comme personne ne peut compter sur moi. Mais je ne connaissais pas l’inquiétude, la peur qu’il arrive quelque
chose à l’autre, une peur qui te déchire le ventre. Joséphine, ne tombe plus jamais malade, c’est un ordre. Je te l’interdis ! Je serais incapable de vivre sans toi. À présent, il faut prendre soin de ta santé, il faut te ménager parce que tu n’es pas une machine à vivre. Tu es vivante, c’est tout. Tu es même la personne la plus vivante que je connaisse alors calme un peu le jeu et contente-toi de vivre, s’il te plaît !
Tu es tellement douée pour ça.
Ton amant pour toujours.
Nicolas. »

Extrait
« Ma Joséphine. Mon petit ventre tendre, moelleux et ravissant.
Nous y sommes. Après cinq ans d’amour, tu viens de me quitter. Je te connais. Je sais que tu me quittes définitivement. Tu étais partie en convalescence une semaine chez tes parents à Châteauroux après ton infection rénale. Je t’appelais tous les soirs pour prendre de tes nouvelles. Et puis un dimanche, le couperet m’est tombé dessus:
«Bonsoir mon amour.
– Bonsoir mon Nicolas.
– Comment tu te sens aujourd’hui ?
– De mieux en mieux.
– Génial !
– Nicolas ?
– Oui.
– Il faut que je te parle de quelque chose.
– Je t’écoute.
– C’est quelque chose de très délicat.
– Vas-y ma Joséphine.
– Est-ce que tu m’aimerais toujours si j’avais quelqu’un d’autre dans ma vie ?
– C’est le cas ?
– Oui.
– Alors dans ce cas Joséphine, oui, je t’aimerai toujours.
– Est-ce que je pourrai toujours avoir confiance en toi ?
– Oui.
– Est-ce qu’on pourra conserver notre complicité même si l’on ne fait plus l’amour ensemble ?
– Évidemment Joséphine.
– Merci Nicolas.
– Il faut que je te laisse Joséphine. Je t’appelle demain. D’accord?
– D’accord. À demain mon Nicolas. »
Je suis resté debout devant ma fenêtre pendant plus d’une heure sans bouger d’un millimètre. »

À propos de l’auteur
Nicolas Rey est lauréat du Prix de Flore. Il a publié six romans au Diable vauvert : Treize minutes, Mémoire courte, Prix de Flore 2000, Un début prometteur, Courir à trente ans, Un léger passage à vide, L’amour est déclaré, Les enfants qui mentent n’iront pas au paradis, un recueil de chroniques, La Beauté du geste, ainsi que le scénario La Femme de Rio, César du court-métrage 2015. Longtemps chroniqueur sur France Inter dans l’émission de Pascale Clark, il a créé avec Mathieu Saïkaly le duo les Garçons Manqués qui se produit depuis 2015 à la Maison de la Poésie à Paris et dans toute la France en 2018 pour un nouveau spectacle. Après son roman Dos au mur paraît Lettres à Joséphine au Diable vauvert. (Source: Éditions Au Diable Vauvert)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#nicolasrey #lettresajosephine #editionsaudiablevauvert #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentreeLitteraire2019 #LitteratureFrancaise #prixorangedulivre
#lundiLecture

Ça raconte Sarah

DELABROY-ALLARD_ca -raconrte_sarah

En deux mots:
Sarah croise le regard de la narratrice un soir de réveillon. Elle est immédiatement séduite par cette violoniste qui va devenir l’amour de sa vie. Une relation passionnelle, fusionnelle, unique jusqu’à… la rupture. Commence alors un long et douloureux chemin vers une autre vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Fragments d’un discours amoureux

Le premier roman de Pauline Delabroy-Allard un goût d’absolu. Couronné par le Prix du style 2018, il retrace l’histoire d’un amour passionnel entre deux femmes. Une histoire d’amour dont on sait qu’elle termine mal, en général.

Pauline Delabroy-Allard nous offre une sorte de bréviaire de la passion. Son roman serait déjà formidable s’il se limitait à nous raconter une histoire d’amour-passion entre la narratrice et Sarah. Mais la seconde partie du roman nous offre d’explorer le revers de la médaille et les émotions qui vont étreindre ce couple après leur séparation, jouant par la même occasion sur tout le clavier des sentiments. Des sentiments forts, très forts, transcrits avec une plume «habitée».
La chose commence de façon banale, lors d’une soirée de réveillon à laquelle la narratrice est invitée. Elle a la trentaine, a mis fin à sa relation avec un homme et vit désormais seule avec sa fille. On imagine qu’elle n’a guère envie de trouver un nouveau partenaire. Mais elle va tomber sous le charme d’une femme fantasque qu’elle nous décrit ainsi: «Elle est violoniste. Elle fume des cigarettes. Elle est trop maquillée, c’est encore pire quand on la regarde de près. Elle parle fort, rit beaucoup, est drôle à sa façon. Elle emploie des mots que je ne connais pas. Elle a un argot personnel. Elle s’amuse avec la langue, elle invente des expressions, elle fait des rimes pour le plaisir. Elle raconte des choses amusantes, des histoires pleines de rebondissements. Elle se plie de bonne grâce à mes demandes de précisions. Elle est vivante.»
Les deux femmes décident de se revoir et très vite l’amitié cède la place à l’amour. Une histoire d’amour qui va vitre prendre toute la place dans la vie de la narratrice. Jusqu’à l’obsession. Jusqu’à ces moments où on ressent un immense vide quand l’aimée n’est pas là. Jusqu’à ce qu’aucune seconde de son emploi du temps ne doive être consacrée qu’à autre chose qu’à cette femme merveilleuse. Sarah, tout Sarah, rien que Sarah. Tout au long du roman, comme une antienne, résonne alors ces fragments du discours amoureux: «Ça raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse. »
Les pages emplies de passion, de fièvre, d’absolu sont magnifiques. Elles rendent bien compte de la folie, de l’exacerbation qui brûle le corps et le cœur. Jusqu’à l’explosion. Car Sarah est comme le soufre, «de symbole S».
Viennent alors de pages tout aussi belles sur le manque, la douleur, le vide. Pour prendre ses distances avec Sarah, la narratrice fuit. Elle va s’installer à Trieste pour essayer de panser ses plaies, pour tenter de comprendre comment elle peut apprécier le doux soleil de l’Italie alors qu’elle est anéantie. Il y a du Duras et du Barthes dans ce roman qui marque au fer rouge

Ça raconte Sarah
Pauline Delabroy-Allard
Éditions de Minuit
Roman
192 p., 15 €
EAN: 9782707344755
Paru le 22 août 2018

Où?
La première partie du roman se déroule en France, principalement à Paris, la seconde principalement en Italie, à Trieste.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole: S. »

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
En attendant Nadeau (Robert Czarny)
Culturebox (Laurence Houot)
Télérama (Marine Landrot)
Libération (Frédérique Roussel)
Le Temps (Julien Burri)
Blog T Livres T Arts 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Loupbouquin
Blog Le domaine de Squirelito


Pauline Delabroy-Allard raconte son premier roman, Ça raconte Sarah © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Dans la pénombre de trois heures du matin, j’ouvre les yeux. Je meurs de chaud, mais je n’ose pas me lever pour ouvrir la fenêtre un peu plus grand. Je suis couchée dans son lit, dans cette chambre que je connais si bien, près de son corps enfin endormi après une longue lutte contre les angoisses qui mangent tout, la tête, le ventre, le cœur. Nous avions beaucoup parlé, pour les éloigner, les repousser aux frontières de la nuit, nous avions fait l’amour, j’avais caressé son corps pour l’apaiser.
J’avais laissé glisser ma main le long de ses épaules, puis le long de ses bras, je m’étais pelotonnée contre son dos et j’avais longuement pétri la chair tendre de ses fesses. J’avais guetté sa respiration, en attendant que le souffle court devienne léger, que les hoquets de larmes s’espacent, que la paix trouve enfin le chemin.
Il fait si chaud, dans cette pièce. Je voudrais bouger, un peu, sentir l’air sur mon visage. Mais son corps touche le mien, sa main est posée sur mon bras, et bouger risquerait de faire vaciller l’édifice que j’ai mis tant de temps à construire. Son sommeil est comme un château de sable. Un mouvement et ça se casse la gueule. Un mouvement et ses yeux s’ouvrent grand. Un mouvement et il faut tout recommencer. J’écoute le ronronnement de son souffle plein de sommeil, il me donne envie de rire de plaisir, d’une gaieté enfin retrouvée pour un instant.
Je voudrais suspendre la nuit et écouter ce bourdonnement pendant des heures et des heures, des jours et des jours, puisqu’un bourdonnement ça veut dire je vis, ça veut dire j’existe, ça veut dire je suis là. Et moi je suis là aussi, à côté.
Mon corps brûlant reste parfaitement immobile.
Si ne pas renverser le château de sable de son sommeil signifie mourir de chaud alors je veux bien mourir de chaud. Dehors, dans cette nuit grisâtre que je perçois par la fenêtre, les oiseaux chantent.
On dirait qu’ils sont mille, gazouillant à qui mieux mieux, fendant l’air dans tous les sens, comme les plus habiles des pilotes. Cette nuit de chaleur écrasante, c’est leur 14 Juillet à eux, ils font de la voltige aérienne et ils s’en donnent à cœur joie, inventant des figures toujours plus périlleuses. Dans les arbres lointains, des tourterelles banlieusardes saluent de leurs trilles stridents le tout petit matin qui pointe.
Je regarde leurs ombres filer contre le ciel sale. Je crève de chaud. J’attends.
Je tourne mon visage vers son corps figé, étendu sur le dos, parfaitement nu. Je détaille la finesse de ses chevilles, les os saillants de ses hanches, son ventre souple et le délié de ses bras, le rebondi de ses lèvres qui portent un sourire très léger. J’observe les meurtrissures de la maladie sur ce corps que j’aime tant, les petits points noirs du ventre piqué et piqué encore, la cicatrice près de l’aisselle, le trou sous la clavicule. Je regarde son visage tranquille, parfaitement tranquille, son menton fier, même dans le sommeil, ses joues veloutées, la ligne brusque et surprenante que forme son nez, ses paupières mauves enfin closes. Je regarde son crâne entièrement chauve. Dans la pénombre de trois heures du matin, je la regarde dormir.
Je ne parviens pas, dans cette nuit moite, à détacher mes yeux de son corps nu et de son crâne cireux. De son profil de morte. »

Extrait
« Elle est violoniste. Elle fume des cigarettes. Elle est trop maquillée, c’est encore pire quand on la regarde de près. Elle parle fort, rit beaucoup, est drôle à sa façon. Elle emploie des mots que je ne connais pas. Elle a un argot personnel. Elle s’amuse avec la langue, elle invente des expressions, elle fait des rimes pour le plaisir. Elle raconte des choses amusantes, des histoires pleines de rebondissements. Elle se plie de bonne grâce à mes demandes de précisions. Elle est vivante. Au cours de la conversation j’apprends qu’elle aime beaucoup jouer à des jeux de société, faire de la marche en montagne, chanter avec les gens qu’elle aime. Elle suit une psychanalyse depuis quelques années déjà. Elle se couche sur le divan. Elle trouve ça bizarre, de parler de soi dans un silence glaçant. Mais elle y retourne tout de même, elle pense que c’est important. Deux fois par semaine. Parfois trois. »

À propos de l’auteur
Pauline Delabroy-Allard est née en 1988. Fille de l’universitaire vernien et écrivain Jean Delabroy, elle a suivi des études de lettres classiques avant de devenir libraire, ouvreuse dans un cinéma puis documentaliste à 23 ans dans un lycée. En 2013, elle co-écrit un premier livre avec Kim Hullot-Guiot, La littérature expliquée aux matheux. Elle participe également à la revue en ligne En attendant Nadeau. Ça raconte Sarah est son premier roman. (Source : Éditions de Minuit / Prix du style 2018)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#caracontesarah #paulinedelabroyallard #editionsdeminuit #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #lundiLecture #MardiConseil #VendrediLecture

Le Nord du monde

Untitled-2
Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Pour fuir l’homme chien qui la poursuit, la narratrice décide de prendre la route du Nord. On va la suivre jusqu’en Norvège, essayant d’oublier son traumatisme, faisant des rencontres improbables, volant un enfant et cherchant l’apaisement au bout de sa quête.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le Nord est un point cardinal

Nathalie Yot nous offre une quête étonnante pour ses débuts de romancière. Sa narratrice décide fuir l’homme qui la harcèle, sûre de trouver la paix en marchant vers le Nord. Une quête qui la conduira en Norvège et au bout d’elle-même.

Un rythme, une urgence, un besoin : dès les premières lignes de son court premier roman Nathalie Yot parvient à capter l’attention du lecteur. Avec des phrases courtes comme un halètement, on sent la narratrice cherchant à fuir cet «homme chien» qui la harcèle. Comme une sorte de besoin vital. Sans trop en savoir sur les véritables raisons qui la pousse à prendre la route, on va la suivre sur la route. Et dans sa conviction que la sécurité, la nouvelle vie est au Nord.
Commence alors une étrange quête parsemée de rencontres qui sont autant de points de repère dans l’initiation de cette femme. Monsieur Pierre lui fera faire un bout de chemin jusqu’à Lille et partagera quelques temps sa couche. Mais elle sent bien qu’elle n’est pas au bout du chemin. Laissant un petit mot d’adieu, elle poursuit vers la Belgique et les Pays-Bas.
Aux abords de Meerle, il lui faudra toutefois s’arrêter car l’état de ses pieds est inquiétant. Madame Flaisch viendra à son secours, l’hébergera dans sa ferme et la soignera. Elle va alors pouvoir reprendre son Odyssée, car elle entend «simplement s’installer dans la fuite». Elle arrive à Amsterdam où sa route va croiser celle de trois Polonais, Elan, Vince et Piotr avec lesquels elle se sent bien. Les semaines passent et le traumatisme s’éloigne grâce à ces trois partenaires: « Juste le sexe. La simplicité de la mécanique. Quand l’acte est terminé, on fait ralentir le cœur. On respire les effluves. On scrute notre peau, l’œil collé à l’épiderme, comme avec la Flaisch endormie. On écoute le plaisir qui se dissipe doucement, au rythme de l’avachissement. L’accalmie nous berce. On pourrait découper les secondes, on les sentirait quand même passer. Tous les jours, les mains. Tous les jours, les rires. On ne peut plus s’en passer. J’ai sauvage maintenant. J’ai sauvage. Dans cet échange sans promesse et sans certitude, la peur se retire dans mes flancs. Tout disparait dans le fatras charnel. » Tout irait pour le mieux si un enfant ne venait pas croiser sa route. Elle écrit alors très sobrement: «le 6 juin 1999 je vole un enfant». Désormais, c’est à d’eux qu’ils poursuivent leur rêve et partent en direction de la Norvège.
«Isaac connait ma détermination. Il dit que je cherche un secret. Tant que je n’aurai pas touché le mur du fond du Nord du monde, nous ne serons pas tranquilles.»
Je n’en dirai pas plus, ni sur les étapes qui suivent, ni sur leurs rencontres, ni surtout sur l’épilogue, car il faut bien ménager le suspense. Sachez toutefois que Nathalie Yot, artiste pluridisciplinaire, aime jouer avec les mots, avec les phrases et que la musicalité de son texte vous apparaîtra si vous prenez le temps de lire quelques pages à haute voix. Une musique envoûtante.

Le Nord du monde
Nathalie Yot
Éditions La contre allée
Roman
152 p., 16 €
EAN: 9782376650010
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis vers Lille avant de franchir la frontière vers le Nord, passant par Bruxelles, Anvers, Meerle, Amsterdam, Heerenween, Groningue. Passant par l’Allemagne, la route va ensuite au Danemark (Copenhague) en Suède (Göteborg) et en Norvège (Bergen, Trondheim). Le Nord du monde est situé entre Storslett et Straumfjord, du côté d’Elvenland. On y évoque aussi Nîmes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piotr, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. »

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Le Blog du petit carré jaune
Blog Lire et vous (Audrey Thion)
Blog L’Apostrophée (Julie Vasa)
Blog Delphine Books and more
Blog Les Jardins d’Hélène 
Le Blog de Mimi Pinson 
Blog Un brin de Syboulette 
Blog The Unamed Bookshelf 
Blog L’ivresse littéraire

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Le Monde (Le feuilleton de Claro)
France Bleu Aquitaine (Jean Paul Brussac, Librairie Olympic à Bordeaux)
Livres Hebdo (Maïa Courtois)

Les premières pages du livre
« C’est courir qu’il faudrait. Avancer vite. Même si c’est vers le Nord. Même s’il fait froid pour tout dans le corps. Le Nord ira bien. Ira mieux. C’est plus sûr d’aller vers le Nord. Il ne pensera pas m’y chercher. Il sait que je n’irais jamais vers le Nord. Je n’ai ni les habits ni l’attirance. Il faut s’habiller pour le froid et être attirée par le Nord pour y aller. L’attirance ça peut venir. Mais je n’irais jamais vers le Nord sans les habits. L’homme le croira parce qu’il ne m’a jamais offert d’habits chauds. Comme un manteau. Il ne m’offrait que des chocolats. Dans le Nord il ne me retrouvera pas. Je vais courir. C’est mieux. Je sais que l’homme est derrière. Pas très loin. Il veut me parler et m’offrir quelque chose pour en finir.
Un cadeau de finissage. Peut-être un manteau. Je cours et l’eau coule de mes yeux. Pour lui. Pour l’homme. Je suis effrayée.
Je cours à mon allure qui est celle d’ un poulain trotteur. Il faut que je tienne longtemps. Je n’ai jamais couru comme ça, de manière aussi élastique. Si j’en avais le temps, je me filmerais, mais ce n’est pas le moment, pas l’endroit, on reporte. Mes chaussures ne sont pas des sabots. Ce ne sont pas non plus des chaussures pour le Nord, mais elles trottent. Elles m’emmènent dans des quartiers que je ne connais pas, déjà sur le périphérique et plus loin encore, après la ville, après les lumières. On dirait la campagne mais ce n’est pas elle. Sur le bas-côté, du gravier, parfois des arbres, des grues haut dans le ciel. Je comprends que ce sont des chantiers. La ville qui s’étire, s’étale, se déverse, vomit peu à peu sur les champs. Elle gagne du terrain, la ville. Autour de moi, ce soir, c’est évident. Elle s’élance. Je n’aurais pas cru ça d’elle.
Au bout de quelques heures, j’arrête le trot, je vais au pas, petits pas, puis c’est l’arrêt complet. Je ne peux plus avancer. Je crache. À chaque inspiration, j’ai l’impression que tout va s’arracher à l’intérieur. Je regarde derrière moi pour la première fois. L’homme n’est pas là. Il a pris du retard, cherche dans la mauvaise direction. L’homme, c’est un chien, pas un poulain. Un homme chien. Il me renifle, m’a toujours reniflée. Mon fumet, il le connait. Je sais qu’il peut me retrouver à l’odeur de mes chairs. L’aigre de ma peau. C’est un chien endurant, un chien qui ne lâche pas. Il avait ça, l’acharnement. Je n’en veux plus maintenant. Mauvais chien, sale bête.
L’homme chien va mettre du temps pour me rejoindre. Je me demande si je dois l’attendre. J’ai cette hésitation. Une hésitation qui fait des tours de manège. En finir ou courir encore. C’est dur les deux. Pour l’homme chien, ce ne doit pas être facile non plus. Il a terminé de m’aimer et veut une fin à sa manière, une fin qui dit qu’il ne m’aime plus mais que je ne dois pas partir dans le Nord. Il croit qu’on ne s’en va pas comme ça, en trottant. Il croit que je ne peux pas être sans lui. Mais il ne sait pas que j’invente. Il est à mes trousses et pense qu’il a raison de vouloir une fin gluante, alors que moi, je préfère aller vers le Nord, en trottant, sans les habits.
L’amour se coupe à la machette, d’un coup sec, alors les bords sont lisses. On dit faire les choses proprement, comme pour un meurtre. Propre, c’est toujours mieux. Faut réfléchir avant et pas regretter après. Quand c’est fait, c’est fait. Même si c’est dommage. Avec l’homme chien, on avait décidé que jamais la machette ne nous tomberait dessus. C’était se croire plus forts.
La nuit tombe sans m’attendre. Je suis avertie de la fin de la journée par le noir immense. Je n’ai plus qu’à l’admettre. Si le ciel ne s’était pas éteint, j’aurais couru encore. Fuir est un bon passe-temps. Le meilleur dans mon cas. J’aperçois quelques maisons éparpillées, qu’on dirait jetées au hasard sur la terre, de grosses lucioles au milieu de terrains vides. Il n’y a rien d’autre. Je cherche désespérément un arbre sous lequel je pourrais dormir, prendre du repos, me figurer un toit et recouvrer des forces pour la suite. Je trouve l’arbre. Je m’allonge. Je suis au sol. C’est presque bien. Le jour, on ne peut pas dormir à vue. On ne peut pas l’envisager. Alors que la nuit, on disparaot, on s’efface. Les yeux se ferment seuls.
Par contre, je pourrais plus facilement me faire agresser, tabasser, violer, couper en morceaux et jeter dans un fossé. Je fais semblant de ne pas y penser. Je vois les fenêtres allumées des maisons avoisinantes, il y en a trois, c’est rassurant. Trois carrés lumineux, cela suffit pour que la trouille se dissipe. »

Extrait
« Parfois, on se tait. Juste le sexe. La simplicité de la mécanique. Quand l’acte est terminé, on fait ralentir le cœur. On respire les effluves. On scrute notre peau, l’œil collé à l’épiderme, comme avec la Flaisch endormie. On écoute le plaisir qui se dissipe doucement, au rythme de l’avachissement. L’accalmie nous berce. On pourrait découper les secondes, on les sentirait quand même passer.
Tous les jours, les mains. Tous les jours, les rires. On ne peut plus s’en passer. J’ai sauvage maintenant. J’ai sauvage. Dans cet échange sans promesse et sans certitude, la peur se retire dans mes flancs. Tout disparait dans le fatras charnel. Je bloque le souvenir de l’exclusivité jusque dans l’irritation de mon col. »

À propos de l’auteur
Nathalie Yot est née à Strasbourg et vit à Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hétéroclite. Elle est diplômée de l’école d’architecture mais préfère se consacrer à la musique puis à l’écriture poétique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont légion. D’abord elle publie deux nouvelles érotiques Au Diable Vauvert (Prix Hémingway 2009 et 2010) sous le pseudonyme de NATYOT. Puis, avec la parution de D.I.R.E (Gros Textes, mai 2011), elle est invitée sur de multiples scènes en France comme à l’étranger pour lire ses textes. Plusieurs textes suivront, toujours chez Gros textes mais aussi chez Maelström pour une collaboration avec Charles Pennequin, ou encore aux éditions du Pédalo Ivre avec HotDog. (Source : Éditions La contre allée)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lenorddumonde #nathalieyot #editionslacontreallee #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #rentreelitteraire #rentree2018 #RL2018 #68premieresfois #primoroman #premierroman #MardiConseil

Einstein le sexe et moi

LIRON_Einstein_le_sexe_et_moiLogo_68_premieres_fois_2017  Logo_second_roman

En deux mots:
Olivier a participé à la finale de Questions pour un super-champion en 2012. Il nous raconte le jeu télévisé dans le détail avec ses coulisses et son suspense, mais nous offre surtout des digressions sur son parcours, son érudition, ses amours. Drôle, enlevé, précieux.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le super-champion se pose des questions

Pour son second roman Olivier Liron revient sur un événement fort de sa vie, sa participation à la finale de Questions pour un super-champion en 2012. Bien plus que le récit d’un jeu télévisé, c’est une leçon de vie.

Olivier Liron met les choses au point dès l’incipit de cet étonnant roman: « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. (…) Je me souviens des dates de naissance des gens. J’ai publié un premier roman chez Alma éditeur en 2016. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai participé au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. J’ai passé plusieurs journées avec Julien Lepers. Pour m’endormir, je fais parfois le produit de 247856 fois 91.»
En 200 pages, il va nous conter cet événement qui l’a fortement marqué, la finale 2012 de Questions pour un super-champion, l’émission qui met aux prises les vainqueurs du jeu télévisé et à laquelle il a failli être éliminé avant même qu’elle ne commence pour une panne de réveil. Arrivé avec une demi-heure de retard sur l’horaire, il sera d’autant plus vite repêché que la production a décalé les enregistrements en fin d’après-midi.
Pour ceux qui suivent le jeu, la trame du roman ne réservera pas de grandes surprises, Olivier Liron ayant découpé son récit en quatre parties, elles qui structurent le jeu: le Neuf points gagnants, le Quatre à la suite, le Face-à-face puis le Super-champion. L’intérêt de cette construction est triple. Tout d’abord, il nous permet de jouer et de tester notre érudition en suivant le défilé des questions, ensuite il nous plonge dans la psychologie des candidats – et notamment celle d’Olivier – qui s’est préparé comme un athlète de haut-niveau à cette confrontation. Enfin, et c’est sans doute le plus passionnant, l’auteur nous offre des digressions sur son parcours, ses pensées, sa vie affective. On passe ainsi de Diên Biên Phu aux mésanges, d’un atlante à Caroline, des souvenirs de vacances aux Pensées de Pascal ou encore de la Place de l’opéra à Canet-en-Roussillon, d’Einstein au sexe.
On passe de l’histoire familiale aux grandes étapes de sa vie: « Ma mère vient d’une famille d’ouvriers, il fallait absolument être bon à l’école, et elle m’a transmis ça. C’était le seul moyen de s’en sortir. Je suis fier de ça, de cet héritage qu’elle m’a légué, et même si l’école n’est plus tout à fait l’ascenseur social qu’elle était pour ma mère, j’ai tout fait pour suivre les études les plus longues possibles. J’ai eu un parcours d’élève modèle. Baccalauréat à 17 ans, classe préparatoire littéraire à 18 ans, entrée à l’École normale supérieure à 20 ans. Agrégé à 23 ans. Enseignant à la Sorbonne à 24 ans. Julien Lepers à 25 ans. Dépucelage à 26 ans. Dépression à 27 ans. Mais c’est une autre histoire. »
On passe de la confiance au doute, de l’émoi amoureux à la difficulté de communiquer – qui n’est en l’occurrence pas seulement l’apanage des Asperger: «J’aurais voulu lui dire qu’avec elle tout changeait. J’aurais voulu lui dire qu’avec elle le désir m’avait emporté comme la marée haute. Qu’un autre monde s’ouvrait à moi et que je m’imaginais dans ses bras. Je suis avec toi, Barbara. (…) Sauf que voilà. Je me suis tu. Et maintenant je devais répondre à une question de Julien Lepers sur un roman de Dostoïevski. »
Et à propos de Dostoïevski, je ne peux résister à citer encore ce passage qui fait l’éloge de la littérature et qui mériterait de figurer au fronton des lycées et des bibliothèques ou qui devrait, encore plus prosaïquement, vous précipiter chez votre libraire: « À l’adolescence, après le baccalauréat surtout, il y a eu la poésie et la découverte de la poésie. J’ai découvert Victor Hugo et Walt Whitman. Emily Dickinson et Sylvia Plath. Je crois vraiment que sans la poésie je serais mort. J’avais des fantasmes secrets pour l’extase de la chair, et il y avait la poésie pour la masturbation de l’âme. Je crois vraiment que s’il n’y avait pas eu ça je me serais foutu en l’air. »

Einstein, le sexe et moi
Olivier Liron
Alma éditeur
Roman
200 p., 18 €
EAN: 9782362792878
Paru le 6 septembre 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et à la Plaine Saint-Denis.

Quand?
L’action se situe en 2012 et les années qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »
Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Bricabook

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Blog Mes échappées livresques
Blog The unamed bookshelf 
Untitled Magazine 


Olivia de Lamberterie présente Einstein le sexe et moi sur Télématin © Production France Télévisions

Les premières pages du livre
« 1. Bienvenue dans mon monde
Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours les croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis fréquemment si absorbé par une chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d’immatriculation ou à tous types d’informations de ce genre. On m’a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c’était poli. Quand je lis une histoire, j’ai du mal à imaginer à quoi les personnages pourraient ressembler. Je suis fasciné par les dates.
Au sein d’un groupe, il m’est difficile de suivre les conversations de plusieurs personnes à la fois. Quand je parle, il n’est pas toujours facile de placer un mot. Je n’aime pas particulièrement lire des romans. Je trouve qu’il est compliqué de se faire de nouveaux amis. Je repère sans cesse les mêmes schémas dans les choses qui m’entourent. Je préfère aller au musée qu’au théâtre. Cela me dérange quand mes habitudes quotidiennes sont perturbées. J’aime beaucoup les calembours comme «J’ai mal occu, j’ai mal occu, j’ai mal occupé ma jeunesse.» Parfois je ne sais pas comment entretenir une conversation. Je trouve qu’il est difficile de lire entre les lignes lorsque quelqu’un me parle. Je note les petits changements dans l’apparence de quelqu’un. Je ne me rends pas toujours compte que mon interlocuteur s’ennuie. Il m’est extrêmement difficile de faire plus d’une chose à la fois.
Parfois, au téléphone, je ne sais pas quand c’est mon tour de parler. J’ai du mal à comprendre le sarcasme ou l’ironie. Je trouve qu’il est compliqué de décoder ce que les autres ressentent en regardant leur visage. Le contact physique avec un autre être humain peut me remplir d’un profond dégoût, même s’il s’agit d’une personne que je désire. Si je suis interrompu, j’ai du mal à revenir à ce que j’étais en train de faire.
Dans une situation de stress avec un interlocuteur, j’essaie de le regarder dans les yeux. On me dit que je répète les mêmes choses. Quand j’étais enfant, je n’aimais pas jouer à des jeux de rôle. Je trouve qu’il est difficile de s’imaginer dans la peau d’un autre. Les nouvelles situations et surtout les lieux que je ne connais pas me rendent anxieux. J’ai le même âge que Novak Djokovic et un an de moins que Rafael Nadal. Quand je regarde un film où un personnage fait des cupcakes, je passe tout le reste du film à me demander combien de cupcakes ont été cuisinés exactement. Je ne supporte pas de porter des jeans trop serrés. Une exposition à une source de lumière trop vive me plonge dans un état de panique. Toutes mes émotions sont extraordinairement fortes et on m’a souvent dit que la façon dont je réagissais était exagérée.
Je me souviens des dates de naissance des gens. J’ai publié un premier roman chez Alma éditeur en 2016. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai participé au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. J’ai passé plusieurs journées avec Julien Lepers. Pour m’endormir, je fais parfois le produit de 247856 fois 91. Il suffit qu’une femme ou qu’un homme me prenne dans ses bras pour que je frissonne violemment et que je songe sérieusement à l’épouser. Je n’ai jamais su faire de la corde à sauter. Le résultat du produit de 247856 fois 91 est 22554896. Il suffit de faire 247856 fois 9. Je commence par les gros chiffres. 1800000. 2160000. 2223000. 2230200. 2230704. Puis de multiplier par 10: 22307040. Et d’ajouter 247856: 22554896. J’aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l’orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen. Bienvenue dans mon monde. »

Extraits
« Le jour où j’ai joué à Questions pour un super champion, je ne me suis pas réveillé. C’est Paul de Senancour qui m’a réveillé. Paul de Senancour venait de perdre sa grand-mère. Il est sorti boire des coups pour noyer sa tristesse. Je lui ai laissé un double des clés. Quand il est rentré ivre à trois heures du matin, il a tout tenté pour faire le moins de bruit possible. Paul a le cœur sur la main. Il veut qu’on l’appelle Paul, mais en réalité son prénom c’est Paul-Étienne. Il marchait lentement sur le parquet qui craquait horriblement. Dans mon lit en mezzanine, je n’arrivais pas à m’endormir. Mon cœur battait à tout rompre. Le lendemain, je serais avec Julien Lepers. J’allais enregistrer les émissions de Questions pour un super champion, celles du dimanche où s’affrontent les vainqueurs de l’émission quotidienne. J’ai gagné trois fois la quotidienne au printemps ; j’ai perdu à la quatrième, heureusement, on m’a appelé pour participer aux prestigieuses Questions pour un super champion. On était le 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge.» p. 17

« Thor, Erik, Bengt, Knut, Torstein et Herman sont arrivés un peu plus de cent jours plus tard sur un atoll des Tuamotu, en Polynésie française. Leur hypothèse du peuplement de la Polynésie par des gens venant d’Amérique du Sud est validée. Huit mille kilomètres sur un radeau confectionné avec du bois pourri et des lianes. Ils ont survécu en jouant de la guitare et en bouffant des poissons volants. Thor Heyerdahl a même filmé la traversée, et il a réalisé un documentaire qui nous permet de savoir tout ça.
J’aime bien l’histoire de Thor Heyerdahl parce qu’on pourrait croire que c’est un film hollywoodien ; mais non, c’est une histoire qui s’est passée dans la vraie vie, et la vraie vie est toujours plus romanesque que les films. Et puis c’est une aventure qui nous dit qu’il faut toujours croire en ses rêves, même quand on a Julien Lepers en face de soi et qu’il s’agit de détrôner Michel à Questions pour un super champion.
En tout cas ça m’a solidement installé dans le match. S’il n’y avait que des questions sur des scientifiques fous comme Thor Heyerdahl, il ne pouvait rien m’arriver.
Après le Kon-Tiki, la mer était tranquille. J’étais confortablement installé à l’avant de la première manche. Je contrôlais le navire. Cap sur la seconde manche. » p. 53-54

« J’aurais voulu lui dire à quel point notre rencontre avait été si importante, inouïe pour moi. J’aurais voulu lui dire que jusqu’à ce que je la rencontre, je m’étais résigné en toute sérénité à mourir puceau, sans amour, sans chaleur, rien d’autre que la verticalité solitaire de la présence sacrée des choses.
J’aurais voulu lui dire qu’avec elle tout changeait. J’aurais voulu lui dire qu’avec elle le désir m’avait emporté comme la marée haute. Qu’un autre monde s’ouvrait à moi et que je m’imaginais dans ses bras. Je suis avec toi, Barbara. (…) Sauf que voilà. Je me suis tu.
Et maintenant je devais répondre à une question de Julien Lepers sur un roman de Dostoïevski. » p. 110

À propos de l’auteur
Olivier Liron est né en 1987. Normalien, il étudie la littérature et l’histoire de l’art à Madrid et à Paris avant de se consacrer à la scène et à l’écriture. Il se forme en parallèle comme comédien à l’Ecole du Jeu, au cours Cochet et lors de nombreux workshops. Il a également une formation de pianiste en conservatoire.
Au théâtre il écrit quatre pièces courtes qui s’accompagnent de performances, Ice Tea (2008), Entrepôt de confections (2010), Douze douleurs douces (2012), Paysage avec koalas (2013). Il réalise aussi de nombreuses lectures (Cendrars, Pessoa, Michaux, Boris Vian, textes des indiens d’Amérique du Nord). En 2015, il crée la performance Banana spleen à l’École Suisse Internationale. En 2016, il fonde le collectif Animal Miroir actuellement en résidence au Théâtre de Vanves.
En tant que scénariste pour le cinéma, il a reçu l’aide à la réécriture du CNC pour le long métrage de fiction Nora avec Alissa Wenz et l’aide à l’écriture de la région Île-de-France pour le développement du long métrage Un cœur en banlieue.
Il publie des nouvelles dans les revues Décapage et Créatures. Son premier roman Danse d’atomes d’or est publié chez Alma Éditeur. (Source : Alma éditeur)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#einsteinlesexeetmoi #olivierliron #almaediteur #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2018 #RL2018 #68premieresfois #secondroman #MardiConseil

Chanson de la ville silencieuse

ADAM_Chanson_de_la_ville_silencieuse

En deux mots:
Une fille part à la recherche de son père, ancienne vedette de la chanson disparu mystérieusement et que des amis ont peut être croisé à Lisbonne. Une quête mélancolique, un cri du cœur.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

À la recherche du père perdu

Olivier Adam nous offre sans doute l’un de ses plus beaux romans en se mettant dans la peau d’une jeune femme partant à la recherche d’un fantôme : son père.

« Je suis la fille dont la disparition mystérieuse du père fait la une des journaux. Celle dont la mort du père attend d’être prononcée. Celle dont la mort du père sera actée par un jugement. Celle dont le corps du père demeure introuvable. Je suis la fille d’un père sans sépulture, sans cendres à disperser. Celle qui croit voir un fantôme sur une photo floue. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un chanteur errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. Sa maison, son compte en banque, ses amis, sa fille. Sa vie elle-même. Qui se serait défait d’une peau ancienne, réincarné en mendiant, en musicien vagabond. Un homme qui aurait choisi la dernière adresse de son grand amour. Pour lui chanter à elle, partout éparpillés dans l’air, les chansons qu’il lui dédie. Les offrir à quelques uns, au hasard. Des mots comme glissés à l’oreille. Gratuits. Je suis la fille du Bairro Alto. De la Praça das Flores. Celle qui se confie à son pire ennemi. Qui se hâte vers la gare. La fille dans le train pour les bords de mer. »
Cette fille qui erre dans Lisbonne, la narratrice de ce nouveau petit bijou signé Olivier Adam, veut croire que son père n’est pas mort comme la presse et les autorités judiciaires semblent le croire. Elle préfère imaginer que cette photo floue est bien celle d’Antoine Schaeffer l’ancienne vedette de la chanson qui, après une brillante carrière, additionnée de tous les excès qui le sont inhérents, a choisi une autre vie. Après tout, n’avait-il pas lui-même « qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. » Il ne voulait pas être de ceux qui continuent, même s’ils n’ont plus le feu sacré, qui « composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. »
Après avoir vécu une enfance très particulière et n’avoir pas vraiment connu ce dernier, elle aimerait simplement le connaître.
En déroulant sa biographie, on se rend compte qu’elle n’a pas vraiment souffert de cette «drôle de vie», comme le chantait Véronique Sanson. « C’était juste ma vie. Et j’ignorais qu’il y en avait d’autres. » Entre les tournée de concerts, les périodes de composition et les fêtes avec la troupe, il y a bien eu quelques promenades dans Paris, quelques virées à la mer et puis l’achat de cette grande maison près d’Aubenas confiée à Paul et Irène, le couple de gardiens qui va, au fil des ans, faire partie de la famille.
L’alcool, la drogue et le sexe, les afters qui n’en finissent plus intriguent et excitent peut-être sa copine Clara, mais elle aspire au contraire à la vie rangée de son amie, à des parents classiques. Sa mère qui « ne se levait plus que pour s’allonger dans son bain, une cigarette aux lèvres, un verre posé sur le rebord de la baignoire. » a depuis longtemps coupé les ponts, pris la fuite en Californie où elle essaie de se faire oublier. Reste donc ce père qui aura joué son rôle le jour où il a choisi de l’inscrire à l’université, de l’installer dans un appartement sur la butte Montmartre, de lui ouvrir les portes d’une petite maison d’édition. Mais qui pour le reste est une énigme, un objet de quête : « Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »
Les rues de Lisbonne lui permettront-elles au moins de rassembler quelques pièces ? Guillaume, qu’elle croise avec son appareil photo pourra-t-il l’aider ?
Olivier Adam, qui excelle dans ce registre doux amer nous offre une intrigue habilement tricotée, un suspense qui vous tiendra en haleine jusqu’aux dernières pages, et – sans doute par un heureux hasard – à nous livrer une réflexion d’une actualité brûlante sur l’héritage, sur la transmission. Beau, grave, émouvant.

Chanson de la ville silencieuse
Olivier Adam
Éditions Flammarion
Roman
224 p., 19 €
EAN : 9782081422032
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule principalement au Portugal, à Lisbonne et Cascais, mais aussi en France, à Paris, Lyon et dans le Sud, à Aix-en-Provence, Valence et Aubenas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Je suis la fille du chanteur. La fille seule au fond des cafés, qui noircit des carnets, note ce qu’elle ressent pour savoir qu’elle ressent. La fille qui se perd dans les rues de Paris au petit matin. La fille qui baisse les yeux. Je suis la fille dont le père est parti dans la nuit. La fille dont le père a garé sa voiture le long du fleuve. La fille dont le père a été déclaré mort. Celle qui prend un avion sur la foi d’un cliché flou. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un musicien errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. La fille qui traverse les jardins, que les vivants bouleversent, que les mots des autres comblent, la fille qui ne veut pas disparaître. Qui peu à peu se délivre.

Les critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Radio Télé Suisse Culture (Jean-Marie Félix)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Dealer de lignes 
Blog Bibliza
Blog Les lectures d’Antigone


Olivier Adam est l’invité de Vincent Roux dans l’émission À l’affiche © Production France 24

Les premières pages du livre:
« Tout ici succombe à l’inclinaison. Les tuiles orange coulent en cascades, ruissellent des ruelles, se suspendent aux abords des belvédères, puis replongent vers le fleuve. La ville entière semble s’y glisser peu à peu, se couler dans ses eaux bleu nuit, y sombrer sans fin. Sous la surface opaque, j’imagine des quartiers anciens. Des palais délabrés engloutis par les flots. Enlisés dans les sables.
Je claque la porte de la chambre un peu triste, descends trois étages de bois sombre, murs recouverts de papier peint gondolé, se décollant par endroits, percés d’appliques grésillantes. Derrière le comptoir de la réception, une femme vêtue de noir me sourit. Veille sur sa constellation de clés. Je quitte l’hôtel et débouche dans la lumière acide du printemps. Les escaliers s’effondrent en douceur. Je les dévale sans hâte, les yeux brûlés, aspirée par l’océan lointain, à peine entravée par les allées courbes, enserrées par les façades décrépies où s’effrite un nuancier fané d’azulejos.
Un promontoire me retient. De l’asphalte surgissent des arbres mauves, dévorés de ciel. L’estuaire se déploie en contrebas, lacéré de rubans turquoise, virant au gris aluminium à la faveur d’un nuage. Puis de nouveau la ville s’abandonne.
Plus rien ne s’oppose.
Tout consent à la noyade.
Au hasard d’un lacet, une place en triangle. Ici aussi tout décline. Les pavés irréguliers tentent d’épouser la pente. D’arbres en lampadaires courent des guirlandes de fanions, d’ampoules multicolores. Quelques tables branlantes, cernées de chaises instables, sont jetées là comme au hasard. Une devanture écaillée, surmontée d’un bandeau de bois lézardé signale un café. De la salle sombre, étagères chargées de trophées sportifs astiqués du jour, murs constellés de photographies signées, Cristiano Ronaldo cheveux huilés par le gel, s’échappe une chanson languide. À l’ombre des arbres, des types en sandales, bermudas et tee-shirts, cheveux en pagaille et barbe de six jours, sirotent des rhums arrangés en attendant la fin du monde, sans inquiétude apparente. Je prends place et les imite, me laisse bercer par l’alcool. Les lèvres couvertes de sucre et de vanille, me noie dans la douceur de leur langue, dont je ne saisis rien, pas le moindre mot. Je regarde l’heure. Comme hier la nuit sera longue à venir. Rien ne la presse. Aucun agenda, aucune occupation. »

Extraits:
« Cela fait trois jours que je sillonne ainsi la ville, trois jours que je dérive au hasard en attendant qu’à la brune les restaurants se remplissent. Alors j’arpente les rues confites dans la lumière dorée, le trouble orangé des réverbères, me cogne au flot des touristes, des passants éméchés, seulement guidée par des lambeaux de musique dont je cherche la source, traquant leur origine jusqu’à la prochaine terrasse où s’attablent les dîneurs, le bourdon des conversations ne laissant qu’un mince filet de son au musicien qui joue pour eux, enchaîne deux ou trois morceaux avant de tendre sa casquette pour y cueillir quelques pièces, puis disparaît dans les ruelles, sa guitare à la main, en quête d’une autre place, d’un autre bar. Aux serveurs, aux patrons, aux clients, je montre les photos. La plupart haussent les épaules. De temps en temps un type acquiesce, oui, il l’a déjà vu mais pas ce soir, ni ces derniers jours. Personne n’en sait beaucoup plus. Il arrive de nulle part, armé de son instrument et d’une chaise pliante, s’installe et commence à chanter, les yeux fermés. Des vieilleries en anglais. Parfois en italien ou en portugais. Des chansons en français, aussi. Quand il a fini, il adresse un petit signe au patron, aux gens attablés, sourit doucement aux applaudissements et repart sans un mot. Sans même demander d’argent. »

« J’ai soudain l’impression d’entendre mon père. Que nos voix se confondent. Où vont les chansons qu’il compose depuis quinze ans. Que personne n’écoute. À part lui. La dernière fois qu’il s’est exprimé dans la presse, quelques mois après la sortie de son ultime album, , ce fut pour annoncer qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. Quand un journaliste l’a interrogé sur les raisons qui motivaient cette décision il a esquivé. Je n’y arrive plus voilà tout. C’est derrière moi. Ça s’est égaré quelque part. Ça m’a quitté. Certains continuent. Savent qu’ils ont perdu le fil, l’intensité, la nécessité, l’inspiration ou appelez ça comme vous voudrez. Mais continuent.
Ils composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. Je ne veux pas être de ceux-là. »

« Trois semaines après mon retour à Paris, après ce court séjour auprès d’eux, Paul et Irène m’ont appelée. On avait retrouvé l’Alfa en bordure du Rhône. Dans le coffre, sur la banquette arrière, ses affaires intactes. Vêtements. Livres. Guitare. Papiers d’identité. Carte bancaire. À la place du mort, un cimetière de bouteilles de whisky vidées, de boîtes de médicaments liquidées. Une paire de bottes gisait abandonnée sur la berge. Et dans la boîte à gants, une sorte de poème. Une chanson inachevée. Qui parlait de se laisser emporter par le fleuve. De reposer en son fond. Et de s’y dissoudre lentement. En dépit des recherches qui ont suivi, on a échoué à retrouver son corps. Une enquête a été diligentée. Aucun élément n’est venu contredire la thèse du suicide. Aucun mouvement bancaire. Aucune trace téléphonique. Aucun nom sur aucune liste de passagers. Aucun signalement crédible. Il y a longtemps maintenant que la presse s’est chargée d’entériner son décès. »

« Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »

À propos de l’auteur
Originaire de l’Essonne, Olivier Adam – aujourd’hui âgé de 43 ans – est l’un des écrivains les plus prolifiques et populaires de sa génération. Salué entre autres par la bourse Goncourt de la nouvelle pour le recueil Passer l’hiver, il a signé une quinzaine de livres, et plusieurs d’entre eux ont été adaptés au cinéma – Je vais bien ne t’en fais pas par Philippe Lioret, Des vents contraires par Jalil Lespert… Creusant le sillon d’une littérature à la fois sociale et psychologique, Adam s’interroge dans ses fictions sur les inégalités de classe, la famille, le poids de l’enfance, l’ancrage géographique et la perte de repères. Chanson de la ville silencieuse est son treizième roman. (Source : Éditions Flammarion / magazine Lire)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#chansondelavillesilencieuse #olivieradam #editionsflammarion #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage.
#livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurs #MardiConseil

Le Mal des ardents

ARIBIT_Le_mal_des_ardents

En deux mots:
La rencontre d’un prof de français et d’une violoncelliste va faire des étincelles. Un amour fou, passionné, brûlant. Seulement voilà, ce feu brûle Lou de l’intérieur…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Le mal des ardents
Frédéric Aribit
Éditions Belfond
Roman
240 p., 18 €
EAN : 9782714471130
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Biarritz, Saint-Jean de Luz, Hendaye, Itxassou, Guéthary et les forêts du Morvan, mais on y parle également de voyages à Lisbonne, New York, Rome, Istanbul, Berlin.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Entretenir le feu sacré sous peine d’être enterré vivant.
On ne rencontre pas l’art personnifié tous les jours.
Elle est violoncelliste, elle dessine, elle peint, fait de la photo. Elle s’appelle Lou. Lorsqu’il tombe sur elle, par hasard, à Paris, c’est sa vie entière de prof de lettres désenchanté qui bascule et, subjugué par ses errances, ses fulgurances, il se lance à la poursuite de ce qu’elle incarne, comme une incandescence portée à ses limites.
Mais le merveilleux devient étrange, et l’étrange inquiétant: Lou ne dort plus, se gratte beaucoup, semble en proie à de brusques accès de folie. Un soir, prise de convulsions terribles, elle est conduite à l’hôpital où elle plonge dans un incompréhensible coma. Le diagnostic, sidérant, mène à la boulangerie où elle achète son pain.
Quel est donc ce mystérieux «mal des ardents» qu’on croyait disparu ? Quel est ce «feu sacré» qui consume l’être dans une urgence absolue ?
Il va l’apprendre par contagion. Apprendre enfin, grâce à Lou, ce qu’est cette fièvre qui ne cesse de brûler, et qui s’appelle l’art.

Ce que j’en pense
Un roman d’amour original, traité comme une comédie dramatique sur grand écran, avec quelques vues panoramiques, des plans séquences époustouflants et quelques gros plans pour détailler l’exacerbation des sentiments. Frédéric Aribit a indéniablement une plume «visuelle» qui parvient aisément à entraîner le lecteur dans une ronde folle, ponctuée de rock et de musique classique.
Le narrateur, prof de français dans un collège parisien, a semblé avoir trouvé un équilibre dans sa vie après avoir quitté la mère de sa fille Célia. « Se séparer à Paris avec un salaire de prof relevait de l’exploit quand par-dessus le marché, vous aviez l’audace d’avoir des enfants et la ferme intention de les accueillir, même à temps partagé. Et puis j’avais fini par trouver un logement convenable, et raisonnablement hors de prix, où j’avais installé ma nouvelle solitude. »
Côté cœur les choses s’arrangent aussi. Il a trouvé en Sonia une maîtresse pas compliquée pour un sou, considérant sans doute leur relation avant tout comme une excellente chose pour leur hygiène respective: « Nous avalions quelques verres en partageant une planche mixte charcuterie-fromage, quelques nems ou des acras, puis nous montions chez elle, faisions l’amour et je rentrais ensuite chez moi, aérien, libéré de corps et d’esprit, heureux peut-être, aussi heureux de la soirée qui venait de passer que de la liberté que j’avais de m’en extraire à ma guise, sans aucune tentative de la part de Sonia pour me retenir dans ses draps, sans un mot pour m’arrêter, pas même un geste qui eût entravé mon départ. Je crois qu’elle préférait comme moi se retrouver seule après, dormir seule elle aussi, et nos petites conventions tacites arrangeant tout le monde, je regagnais mon deux pièces en sifflotant, tel l’humaniste des Temps modernes que je me targuais d’être in petto. »
Rien ne laissait prévoir la tempête à venir quand, dans le métro son regard croise celui de Lou, une superbe jeune fille. Parler de coup de foudre en cette situation peu sembler assez convenu. Pourtant, au moment de sortir de la rame la splendide créature vole un baiser au narrateur qui… la perd de vue.
Mais comme le hasard fait bien les choses, en sortant de chez sa maîtresse, il est attiré par un attroupement. Une jeune fille est en train de faire de l’acrobatie sur les piles d’un pont. Vous l’aurez deviné, c’est encore Lou qui fait des siennes.
Les scènes qui vont suivre sont follement extravagantes, délicieusement transgressives. Lou mène le bal et son amant. C’est ainsi qu’elle donne rendez-vous dans un superbe appartement vide donnant sur la tour Eiffel, entièrement nue derrière son violoncelle. Elle a emprunté les clés à son père qui est agent immobilier.
« — Viens vite, déshabille-toi, j’improvise.
Quand je suis entré en elle, je crois qu’elle brûlait. »
La rencontre suivante aura lieu rue Arthur Rimbaud dans un appartement qu’elle aura «emprunté». Et, au fil des jours la fièvre est loin de retomber, rappelant par moment des scènes du Zèbre d’Alexandre Jardin. À tel point que les extravagances de Lou commencent à inquiéter son entourage. Jusqu’à cet appel de l’hôpital et cette explication qui n’en est pas vraiment une : Lou aurait été victime d’une intoxication alimentaire sévère causée par le pain au seigle qu’elle consommait régulièrement. « On l’appelle ergot de seigle mais il peut se développer sur n’importe quelle céréale, sauf le maïs et le sorgho. C’est un champignon extrêmement toxique qui, entre autres symptômes, provoque les hallucinations que vous avez pu constater, de graves troubles psychiques, des insomnies, des démangeaisons qui peuvent aller jusqu’à former des cloques sur la peau et ces crises de convulsions. » Et surtout, on ne sait pas si elle va guérir.
Le roman bascule alors dans une autre fièvre, celle qui pousse ceux qui connaissent une situation comparable à tout entreprendre pour essayer de comprendre. Internet, les livres et même les œuvres d’art vont au secours de cette exploration. Notre prof devient spécialiste de cette maladie, en explore les formes à travers le temps, allant même jusqu’à une étude comparative des représentations de la tentation de Saint-Antoine. Avant de se raccrocher à une demande de Lou, en espérant que s’il accepte, il va hâter la guérison…
« — Cette histoire, j’aimerais que tu l’écrives. Que tu la racontes. Elle est dingue, cette histoire, il faut la raconter. Moi c’est la musique, la photo, le dessin. Les mots, c’est toi. Tu dois la raconter, cette histoire. Tu l’écriras, pour moi, pour tous les mots que tu sauras trouver et que tu feras exister, tous les mots qui nous cherchent depuis des jours, qui tournent déjà autour de nous et qui ne doivent pas rester suspendus et s’évanouir dans les airs, comme quand la musique vibre autour de moi et que j’attrape mon violoncelle. Il faut s’y mettre, c’est tout. Tu feras un livre avec cette histoire, tu écriras mon livre, notre livre, le livre de tous ceux qui ont le feu ! Oui, le plus dur, c’est de s’y mettre. » Et le plus beau, c’est de pouvoir aujourd’hui lire ce livre.

Autres critiques
Babelio 
La cause littéraire (Léon Marc-Lévy)
Page des libraires (Marianne Kmiecik)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe
Blog Les lectures d’Azilis

Les premières pages du livre

Extrait
« Combien d’histoires commencent dans un métro bondé avec une femme que vous ne voyez pas arriver, qui se retrouve soudain à côté de vous, contre vous, à la faveur d’on ne sait quelle bousculade, quelle recomposition hasardeuse de la foule, quelle nouvelle phase de l’immense Tetris social réagençant, arrêt après arrêt, le groupuscule dont vous êtes, combien de ces histoires avec une belle brune habillée tout en noir et portant un grand sac en toile jeté sur son épaule qui vous enlève votre casque des oreilles sans rien dire, le pose sur sa tête, écoute la musique, celle de votre casque à vous sur sa tête à elle , pendant quelques secondes sans vous lâcher des yeux – question dans la question : combien de femmes avec des yeux pareils, un regard pareil, vers 19 h 12 un mardi pluvieux du mois d’avril ? –, puis vous remet le casque en place, vous embrasse aussi sec sur la bouche, oui je dis bien sur la bouche, combien – et combien avec de telles lèvres ? – pour rectifier ensuite une mèche de vos cheveux au-dessus de votre oreille gauche, vous regarder comme on n’ose plus regarder, vous sourire comme on ne sait plus sourire avant de vous laisser coi, interloqué, planté là comme un abruti au milieu des autres voyageurs lorsqu’à République – bon sang, et combien de femmes brunes à République avec des chaussures noires et un sac en toile d’où dépasse une demi-baguette de pain, combien ? – elle descend tout à trac sans que vous ayez eu le temps de réagir ? Est-ce que quelqu’un sait ? »

À propos de l’auteur
Frédéric Aribit est né en 1972 à Bayonne. Après un doctorat de lettres, il publie un premier essai, André Breton, Georges Bataille. Le vif du sujet (L’écarlate, 2012) puis un second, Comprendre Breton (Max Milo, 2015). Après Trois langues dans ma bouche (Belfond, 2015), Le Mal des ardents est son deuxième roman. Il enseigne les lettres à Paris. (Source : Éditions Belfond)

Compte Twitter de l’auteur 

Tags: #fredericaribit #lemaldesardents #editionsbelfond #RLN2017 #RL2017 #roman #rentreelitteraire #rentreelitteraire2017 #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

      RLN2017

La femme nue

STANCANELLI_La_femme_nue

En deux mots:
Une femme trompée va essayer de faire payer son mari et ses maîtresses. Une soif de vengeance qui passe par un harcèlement continuel, y compris sur les réseaux sociaux. Mais est-ce la bonne recette pour se reconstruire ?

Ma note: ★★★ (bien aimé)

La femme nue
Elena Stancanelli
Éditions Stock
Roman
traduit de l’italien par Dominique Vittoz
216 p., 19 €
EAN : 9782234082557
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Rome et en proche banlieue

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La vie d’Anna vole en éclats quand Davide la quitte. Incapable d’accepter la séparation, elle pirate son compte Facebook, suit ses moindres mouvements à l’aide de son portable, et scrute de façon obsessionnelle ses échanges avec sa nouvelle conquête. Très vite, Anna ne dort plus et maigrit de façon alarmante. Prise au piège dans ce vertige virtuel de suppositions et de fantasmes, elle décide d’élaborer un scénario implacable pour humilier sa rivale…
Dans une langue alerte et caustique, la narratrice dévoile ses comportements les moins avouables et célèbre la renaissance du corps.

Ce que j’en pense
Dans La Chair de Rosa Montero une femme qui commence à sentir le poids des ans entend ne pas renoncer à son pouvoir de séduction et veut continuer, coûte que coûte, à faire «fonctionner » son corps. Elena Stancanelli explore ici une variante plus jeune, mais tout autant obsessionnelle.
Les deux romans ont cette autre similitude: ils commencent tous deux par une rupture. Lorsque Davide oublie de raccrocher son téléphone, Anna va brutalement se rendre compte de son infortune. Elle entend en effet celui qui partage sa vie se vanter de son charme, de ses conquêtes et de ses relations sexuelles. Face à un tableau de chasse aussi impressionnant, on comprend la rage d’Anna et son désir de se venger de ses rivales, à commencer par la principale d’entre elles qui sera affublée du surnom «Chien».
Pour oublier son corps «blessé mortifié, violé, utilisé, puni», il lui faut tout décortiquer de la vie de sa rivale, la suivre chez elle, à son travail, sur les réseaux sociaux et lui faire rendre gorge. Mais il lui faut tout autant essayer de masquer sa dépression en ayant recours à tous les expédients: nourriture, pilules, alcool, drogue et sexe. Autant de solutions qui n’en sont pas et qui vont au contraire l’entraîner dans un jeu pervers plutôt que de lui permettre de se reconstruire. La plaie reste béante.
Elena Stancanelli ne cache rien de cette quête douloureuse, de cette brûlure. Son style est à l’image du traumatisme : dur, cru, sec. Avec cette interrogation qui sourd tout au long du livre: existe-t-il une issue à ce genre de drame, surtout lorsqu’il est vécu d’abord comme un échec personnel ? L’espoir peut-il trouver un point d’ancrage dans ce naufrage ? Je vous laisse le découvrir dans cette nouvelle exploration de la nature humaine et de ses tourments.

Autres critiques
Babelio
Blog Chaise longue et bouquins 
Blog Parenthèse de caractère(s)
Blog Les Jardins d’Hélène 

Les premières pages du livre

Extrait
« Je pense qu’il ne se doutait de rien. Avant tout parce que, comme toi, il n’avait pas la moindre idée de ce que je manigançais. Et même quand il découvrait quelque chose, il ne pouvait pas imaginer qu’il ne s’agissait que de la partie émergée d’un iceberg de mesquinerie. Personne ne l’aurait pu, lui moins que quiconque.
Davide ne m’a jamais vraiment comprise, et réciproquement, en vertu de quoi les cinq années de notre histoire ont été certes chaotiques, mais amusantes. Comme je te le disais, nous n’étions pas de ces couples éclairés qui se parlent et trouvent des solutions. Même dans les périodes où ça marchait bien entre nous. Nous ne partagions aucun centre d’intérêt. Si peu de choses nous réunissaient que je ne saurais même pas dire lesquelles. Si nous avions répondu à un questionnaire sur les affinités dans le couple, nous serions arrivés bons derniers.
On vivait une histoire d’amour, point barre, sans grands discours, sans projets. »

À propos de l’auteur
Née à Florence en 1965, Elena Stancanelli a reçu le prix Giuseppe Berto en 1999 pour son premier roman, Benzina (Mille et une nuits, 1998). Auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, elle rédige régulièrement des chroniques pour La Repubblica. La femme nue a été finaliste du prix Strega, du prix Ninfa Galate et du prix Caccuri. (Source: Éditions Stock)
Compte Twitter de l’auteur (en italien)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#lafemmenue #elenastancanelli #editionsstock #italie #RL2017 #roman #rentreelitteraire #jalousie #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Domina

HILTON_Domina

En deux mots:
Après Maestra, voici la suite des aventures de l’intrépide Judith, rebaptisée Elisabeth Teerlinc, galeriste à Venise, pourchassé par une bande de traficants qui entendent retrouver un tableau attribué au caravage. Un thriller agréable à lire, mêlant sexe et aventures, voyage et histoire de l’art.

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

Domina
L. S. Hilton
Robert Laffont, collection La bête noire
Thriller
Traduit par Laure Manceau
384 p., 18,90 €
ISBN: 9782221191188
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule à Venise, Paris, Rome, Londres, Combe Farleigh, Bath, Lille, Belgrade, Saint-Moritz, Pontresina, Munich, Utrecht, Barcelone, Gênes, Ibiza, Milan, Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tout ce que vous croyez savoir sur Maestra… est faux.
Judith Rashleigh mène une vie de luxe à Venise. Jusqu’au jour ou son passé remonte à la surface et menace de tout faire s’écrouler. Quelqu’un connaît ses crimes et tente de la faire chanter. Pour acheter son silence, elle doit retrouver une œuvre d’art mythique. Mais elle n’est pas la seule sur le coup… Cette fois-ci, Judith n’a plus aucun contrôle. Surpassée et manipulée, démunie et vulnérable, elle va devoir affronter le plus redoutable des ennemis. Et si elle ne gagne pas cette bataille, elle n’en sortira pas vivante.
Traduit dans 40 pays et déjà en cours d’adaptation par la productrice de Millénium et la scénariste de La Fille du train, Domina est le deuxième volet d’une trilogie noire et érotique.

Ce que j’en pense
Si l’effet de surprise de Maestra, ce thriller érotique qui avait bénéficié l’an passé d’un lancement mondial avec une belle opération marketing à la clef, n’est plus là et que le scénario de ce second tome est peu ou prou construit sur les mêmes situations que le premier, ce thriller n’est reste pas moins agréable à lire. Les tribulations de la spécialiste des beaux-arts, aussi sexy que dangereuse, vous offrirons quelques moment de détente et une récréation bienvenue, surtout si vous êtes en vacances. Les quelques scènes pimentées qui parsèment le livre devant suffire à ne pas vous endormir au soleil.
Dans Domina, on retrouve la belle et sulfureuse Judith Rashleigh sous sa nouvelle identité, celle d’une galeriste vénitienne nommée Elisabeth Teerlinc. Dans la cité des Doges, elle essaie d’oublier la mort du marchand d’art qui lui avait permis de mettre le pied à l’étrier et avait fini tragiquement dans le Tibre. Mais, bien qu’elle se soit évertuée à effacer toutes les traces de ses forfaits, son passé va finir par la rattraper. Une bande internationale de truands est en effet à ses trousses ou plutôt aux trousses du tableau qu’elle avait subtilisé après avoir commis son forfait. « Si je ne me débrouillais pas pour mettre de l’ordre dans tout ça, je pouvais dire adieu à la belle vie d’Elisabeth Teerlinc. »
Finies les fêtes à Ibiza, le luxe et les excès en tout genre, au moins temporairement. Elisabeth doit se mettre à l’abri, tout en essayant de comprendre qui tire les ficelles.
À la manière d’un James Bond, L.S. Hilton choisit de nous faire voyager dans différents endroits, histoire de nous dépayser. On va donc suivre son héroïne à travers toute l’Europe dans une quête très risquée, puisque quelques cadavres vont semer sa route. Accompagnée par un jeune éphèbe et cette fameuse toile attribuée au Caravage, elle devra faire preuve de sang-froid et de finesse pour s’en sortir. Sans oublier la dose d’intelligence et d’érudition dont on sait qu’elle n’est pas dépourvue.
C’est du reste l’un des aspects intéressants de cette trilogie: cette érudition (rappelons que l’auteur a étudié dans de prestigieuses écoles avant d’être critique d’art) nous permet de découvrir des pans intéressants de l’histoire de l’art. Alors, si ce roman ne va pas révolutionner le genre noir et rose avec ses tueurs et ses scènes de sexe, il n’en est pas pour autant dépourvu d’intérêt. La suite et fin de l’histoire est programmée pour l’année prochaine.

Autres critiques
Babelio
Terrafemina (Anaïs Orieul)

Les premières pages

Extrait
« J’étais riche, j’étais indépendante, j’étais libre, et j’étais ici. De mon plein gré, en tant que professionnelle. N’étais-je pas la preuve vivante que si on croit en soi et qu’on suit son rêve on peut arriver à tout ? Bon, mieux valait ne pas s’attarder sur les preuves qui avaient passé l’arme à gauche. Tout ce qui comptait, c’était le pouvoir de l’instant présent, et le mien. Le passé était inutile, Proust et l’infusion de tilleul de sa tante pouvaient aller se faire foutre. Dans la salle de bains, j’ai fait couler de l’eau froide sur mes poignets, avant de prendre une douche et de changer de vêtements, de nettoyer mon visage et d’attacher mes cheveux en un chignon strict. J’avais déjà parcouru tout ce chemin, et il allait falloir plus que le souvenir d’un parfum pour me déstabiliser. Il était temps de se mettre au travail.»

À propos de l’auteur
L.S. Hilton a grandi en Angleterre et a vécu à Key West, New York, Paris et Milan. Après avoir obtenu son diplôme à Oxford, elle a étudié l’histoire de l’art à Paris et à Florence. Elle a été journaliste, critique d’art et présentatrice avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit actuellement à Londres. (Source : Éditions Robert Laffont)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#maestra #lshilton #labetenoire #robertlaffont #domina #editionsrobertlaffont #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books

L’été en poche (10)

MARIENSKE_les-ennemis-de-la-vie-ordinaire_P

Les ennemis de la vie ordinaire
coup_de_coeur
En 2 mots
Sept victimes d’addictions diverses se retrouvent en groupe de thérapie. Une union qui permet l’épanouissement de leur mal en un joyeux bordel.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Bénédicte Junger (Entre les lignes)
« J’ai aimé l’absence de parti pris de l’auteur et le côté abbaye de Thélème qui se développe au fil des pages. Un roman audacieux sur les addictions qui réserve bien des surprises! »

Vidéo


Héléna Marienské présente son ouvrage « Les ennemis de la vie ordinaire ». © Production Librairie Mollat