Mon père, ma mère et Sheila

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce que le magazine ELLE nous enjoint de le faire: «il faut lire le premier livre d’Eric Romand»

2. Parce que le résumé qu’en fait l’auteur m’a donné envie d’en savoir plus : « L’histoire de ce garçon, je la relate ici à travers une succession de souvenirs. De ces moments gravés qui, sans prévenir, nous reviennent en mémoire, comme s’ils avaient quelque chose à nous dévoiler. Les plus doux, qui réchauffent, les plus absurdes, qui font rire, d’autres que l’on ponctue de “c’est comme ça !”, les inavouables, qu’on transforme, et les plus graves qu’on garde pour soi. »

3. Parce que la nostalgie demeure un excellent moteur. Comme l’écrit Pierre Darracq « Tous ceux qui ont vécu les années 60/70 retrouveront son parfum avec le distributeur de cacahuètes et sa coupelle qui trônaient sur les bars ou sa télévision surmontée d’un napperon en crochet et dans laquelle Guy Lux et Sophie Darel annonçaient extasiés des chanteurs à minet(te)s et que l’on regardait moulés dans des sous-pull en acrylique. »

4. Parce que ce court roman est écrit en courtes séquences, telle que celle-ci : « Sitôt levés, nous étions tous douchés, habillés, les lits étaient faits. Après chaque repas, la table était aussitôt débarrassée, la vaisselle lavée, essuyée, rangée. Le passage d’un torchon sec sur l’évier et les chromes des robinets clôturait le rituel quotidien de ma mère. Elle prouvait ainsi aux visiteurs, même impromptus, que tout allait bien. »

5. Pour l’enthousiasme de Samantha Fleury, libraire, qui a « été emportée par ce roman, lu en un temps record et d’un seul trait. Un roman nostalgique, doux avec de l’humour et beaucoup de tendresse. Chacun retrouvera une partie de sa jeunesse dans ce roman… à lire et à partager. »

Mon père, ma mère et Sheila
Éric Romand
Éditions Stock
Roman
112 p., 14,50 €
EAN : 9782234083578
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’album d’une famille, issue d’un milieu populaire, avec ses codes, ses tabous, ses complexes, son ignorance, ses contentieux, dans les années 70 et 80. Le narrateur y raconte son enfance solitaire au milieu des turbulences. Pour son entourage, il a des goûts bizarres, des attitudes gênantes, des manières qui provoquent la colère de son père et la désolation de sa mère. Il dessine des robes et coiffe les poupées de sa sœur. Il fait son possible pour ne pas ajouter au malaise. Pour s’échapper, il colle son oreille à son mange-disque. Regarde les émissions de variétés scintillantes… Et admire une célèbre chanteuse dont il aime les robes à paillettes, les refrains joyeux. Il voudrait être elle. Il voudrait être ailleurs. Un premier roman tout en sensibilité sur fond de nostalgie douce amère et d’humour salutaire.

Les critiques
Babelio 
Livres Hebdo (Léopoldine Leblanc)
ELLE 

Blog Café Powell (Emily Costecalde)
Blog Lire par Elora
Blog Sans connivence 
Blog Le boudoir de Nath 


Eric Romand présente Mon père, ma mère et Sheila © Production Hachette

Les premières pages du livre
« Londres, 1er janvier 2012. Je suis heureux. J’ai bien l’intention de jouir de ce premier voyage avec toi. De retour à l’hôtel après une longue balade, nous faisons l’amour et nous endormons l’un contre l’autre. Je me réveille en criant. Tu sursautes.
« Ça va ?
– Oui, oui, ça va. »
Tu replonges dans un sommeil paisible que
je t’envie souvent.
Ma mère aime à répéter que j’étais un nourrisson difficile: un gueulard. Le médecin lui conseillait d’agrémenter mes biberons de Gardenal.
Les sièges de la Renault 12 de mes parents étaient en nylon vieil or. Le contact de mes ongles avec le tissu me faisait frissonner. En été, l’arrière transpirant de mes cuisses collait à l’assise. Lors de nos trajets, mes parents se disputaient souvent, à voix basse, jusqu’à ce que mon père appuie sur l’accélérateur et ma mère hausse le ton: « Quand tes gosses seront au cimetière… » Ma sœur et moi nous cramponnions aux accoudoirs des portières. « On est bientôt arrivés « , disait ma mère pour nous rassurer. »

Extrait
« Il arrivait que l’on parle musique dans ma famille.
Mon cousin Jean-Jacques préférait Sylvie Vartan . Sheila parce qu’elle avait un plus
beau cul. Ma mère avait le béguin pour Julio Iglesias et Sacha Distel. En revanche, elle ne supportait pas Mireille Mathieu, maniérée et mal fagotée. Mon père aimait bien Gilbert Bécaud. À chacune de ses apparitions télévisuelles, il répétait : « Il a toujours sa cravate à pois !  » ou alors : « Tiens, c’est rare de le voir sans sa cravate à pois!  »
Ma grand-mère détestait Johnny Hallyday: « Il ne chante pas, il gueule !  » Mon grand-père, lui, ne comprenait pas cette génération de chanteurs « tous infoutus de passer à la télé sans qu’une ribambelle de nègres se dandine autour d’eux « . »

À propos de l’auteur
Eric Romand a fait carrière dans la coiffure, où il travaille au côté de personnalités du monde du théâtre et du cinéma. Le primo-romancier est entré en écriture par le théâtre avec les pièces – toutes deux co-écrites avec Bénédicte Fossey –, Mange ! (Avant que ça ne refroidisse), jouée en 2016, et Comme à la maison, créée en 2017 au Théâtre de Paris (Source : Livres Hebdo)

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Ma reine

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5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que ce premier roman fait déjà beaucoup parler de lui. Outre son bel accueil en librairie, ila déjà été préempté par Folio pour une édition en poche et les droit sont déjà été vendus pour des traductions en Allemagne, Italie, Grèce et Roumanie.

2. Parce que depuis Marcel Pagnol, je sais ce que le monde vu par les yeux d’un enfant peut receler de mystère et de poésie, à l’image de cet extrait: « J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

3. Parce qu’il figure dans la sélection des 68 premières fois toujours très pertinente.

4. Parce que Archibald Ploom ne tarit pas d’éloges sur ce roman sur Culture Chronique: «Jean-Baptiste Andréa réalise une incroyable performance littéraire en nous proposant un premier roman remarquablement abouti qui sonne comme une ode à la liberté et à la fidélité à nos rêves d’enfant. »

5. Parce que l’auteur a su trouver les mots pour donner envie de lire son livre « Nous perdons par habitude, ou par paresse, notre capacité d’enchantement. Je ne dis pas que nous sommes incapables d’émerveillement, au contraire. Un paysage peut nous exalter, quelques notes de musiques, une relation… Tout le monde en fait l’expérience. Mais nous avons du mal à « retenir » ces moments. Ils ne nous rendent pas meilleurs et ne changent pas nos vies. Bien vite, le quotidien reprend ses droits. Je voulais donc raconter l’histoire d’un enfant qui lui, retient tous les bonheurs qu’il rencontre – certains sont pourtant bien minces. J’espère que les lecteurs, une fois le livre refermé, auront un peu de ce héros en eux. Qu’il rajeunira leurs yeux comme il a rajeuni les miens. »

Ma Reine
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’Iconoclaste
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9791095438403
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.
Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

Les critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Culturebox (Laurence Houot)
ActuaLitté (Béatrice Courau)
culture-chronique.com
Blog Books’njoy


Jean-Baptiste Andrea présente «Ma reine» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre :
« Je tombais, je tombais et j’avais oublié pourquoi. C’était comme si j’étais toujours tombé. Des étoiles passaient au-dessus de ma tête, sous mes pieds, autour de moi, je moulinais pour m’y raccrocher mais je n’attrapais que du vide. Je tourbillonnais dans un grand souffle d’air mouillé.
Je brûlais de vitesse, le vent hurlait entre mes doigts, j’ai repensé à l’époque où on courait le cent mètres à l’école, les seules fois où les autres ne se moquaient jamais de moi. Avec mes grandes jambes, je les battais tous. Sauf que là, mes jambes ne servaient à rien. Elles tombaient elles aussi comme des imbéciles.
Quelqu’un a crié, loin. Il fallait que je me rappelle pourquoi j’étais là, c’était forcément important. On ne tombe pas comme ça sans une bonne raison. J’ai regardé derrière moi, mais derrière ça ne voulait plus rien dire. Tout changeait tout le temps, tellement vite que j’avais envie de pleurer.
À coup sûr, j’avais fait une énorme bêtise. J’allais me faire gronder ou pire, même si je ne voyais pas ce qu’il y avait de pire que d’être grondé. Je me suis roulé en boule comme quand Macret me tabassait, c’était un truc connu[…] »

Extraits
« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

« Il ne manquait plus qu’une chose à mon paquetage, la plus importante : une arme. Les parents dormaient – mon père ronflait sur le canapé-lit du salon et ma mère dans leur chambre. Je suis passé devant le canapé pour ouvrir la belle armoire en Formica et prendre le 22 paternel, celui avec lequel il tirait les lapins, et les quelques balles qui restaient dans une boîte. Je les ai mises dans ma poche. Des balles, ils avaient intérêt à m’en donner d’autres à la guerre parce que je ne risquais pas de tuer beaucoup d’ennemis avec celles que j’avais. Ils allaient aussi devoir me montrer comment on se servait du fusil. Ici, j’avais interdiction de le toucher et je savais, en le prenant, que rien ne serait plus jamais comme avant. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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L’été en poche (27)

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N’oublier jamais

En 2 mots
Une jeune fille se jette en haut d’une falaise. Jamal était à quelques mètres : suicide inexpliqué puis meurtres non-élucidés. Une implacable machination.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis paru dans… Le Parisien
« Très complexe, l’intrigue est une équation dont les inconnues s’accumulent au fil des pages. Au point qu’on a parfois l’impression que l’auteur se joue de nous. […] Même ceux qui n’ont pas anticipé l’enquête deviendront accros à cette lecture ultra ludique. »

Vidéo


Michel Bussi parle de «N’oublier jamais» © Production Place des Editeurs

L’été en poche (5)

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D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds

En 2 mots
Un Islandais retourne à Keflavík, où il retrouve ses souvenirs d’enfance et l’histoire familiale. Une évocation violente et pourtant poétique de la rude vie des pêcheurs, puis des mutations de la société islandaise. Quand le climat forge les âmes, les histoires locales touchent à l’universel.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Alexandre Fillon (le JDD)
« Ce livre est un grand roman dont la beauté et la force vous emportent. Jón Kalman Stefánsson s’y livre à une réflexion sur la condition humaine portée par un souffle et une grâce qui impressionnent d’un bout à l’autre. L’Islandais parle de l’amour, cette « étrange lumière », et du cœur, « un muscle fragile ». Du temps qui nous traverse comme une flèche, des assauts répétés du quotidien ou du pouvoir de la musique. L’ensemble frappe par sa puissance et laisse le lecteur ébloui, le cœur battant et la tête pleine de souvenirs. »

Vidéo


Jon Kalman Stefansson vous présente son ouvrage « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, chronique familiale aux éditions Gallimard. © Production Librairie Mollat.

Le vent se lève

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Le vent se lève
Sophie Avon
Éditions du Mercure de France
Roman
176 p., 16,80 €
EAN : 9782715244184
Paru en août 2016

En deux mots
Lili est dans un bateau. Avec son frère Paul, elle va quitter Bordeaux pour le Sénégal puis pour le Brésil. Un périple fait de rencontres et d’introspection, un voyage qui va lui permettre de se découvrir elle-même.

Ma note
etoile etoile etoile (beaucoup aimé)

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, notamment dans le Verdon, puis à La Rochelle et à Bordeaux, avant de prendre le large jusqu’à la Corogne en passant par San Vicente de la Barquera, Las Palmas, Puerto Rico, le Sénégal (Dakar, Saint-Louis, Kayar) d’où on met le cap vers le Brésil : Recife, Salvador de Bahia, Rio, Vitória, Ilha Dos Pacotes. La dernière étape ira vers la Guyane et Cayenne, tandis que la narratrice rejoint la France par avion, via Madrid. Des vacances en Italie, à Florence, Sienne, San Gimignano sont aussi évoquées, ainsi que l’Algérie.

Quand?
L’action se situe au début des années quatre-vingt.

Ce qu’en dit l’éditeur
Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.
Lili a 20 ans, au début des années quatre-vingt, quand elle embarque avec son frère Paul sur le voilier «Horus». Paul est un marin passionné, mais traverser un océan n’est pas une mince affaire ! De port en port, au gré des escales, dans des conditions parfois rudes, frère et sœur progressent vers les tropiques. Après le golfe de Gascogne, Madère, Les Canaries, le Sénégal, enfin, c’est la traversée de l’Atlantique, puis l’arrivée au Brésil. Là, ils se laissent envahir par un sentiment de plénitude où se mêlent la satisfaction d’être allés au bout d’eux-mêmes et l’excitation de la découverte : Recife, Salvador de Bahia, Rio… Plus au sud, ils jettent l’ancre dans un véritable paradis. Mais le temps est venu pour Lili de rentrer. Elle ignore qu’un autre voyage commence.

Ce que j’en pense
Le proverbe qui nous dit que «les voyages forment la jeunesse» trouve ici une belle illustration. Lili vient d’avoir vingt ans et décide d’accompagner son frère Paul sur son voilier pour une traversée de l’Atlantique. Depuis sa jeunesse, le garçon rêve de ce jour où il pourra concrétiser son rêve. Après avoir dessiné des bateaux et appris à naviguer aux Glénans, il a pu s’acheter un premier voilier, puis un autre, jusqu’au Dufour 34 d’occasion avec lequel il entend rallier l’autre continent.
« C’est un quillard de 1974. Une dizaine de mètres, soixante mètres carrés de voilure, une cabine avant, six couchages, une hauteur sous barrots permettant de se tenir debout et tout ce qui à nos yeux suffit à vivre sous les tropiques.»
Après un faux départ en août et un retour à Bordeaux pour y réparer une avarie, le 5 septembre marque le vrai départ, direction La Corogne, le cap Finisterre puis l’île de Madère.
Pour Lili, ce voyage tient à la fois de la concrétisation d’un grand rêve et d’un déchirement, car elle laisse à terre Vincent: « Il venait d’être nommé professeur dans une grande école et il avait un rendez-vous de première importance concernant sa rentrée. C’est pourquoi il ne faisait pas partie de l’aventure – mais nous étions résolus à nous attendre, lui et moi, nous venions de tomber amoureux. »
La première partie du voyage se fera en compagnie de son amie Faustine, qui choisira de continuer avec un autre équipage au Sénégal. Car, ce sont surtout les rencontres avec les autres navigateurs qui vont rythmer les différentes étapes.
Le couple Lars et Marisa tout d’abord. Alors que le scandinave optimiste est toujours prêt à donner un coup de main, l ne se rend pas compte que le mal de mer de sa compagne risque de l’emporter. Après quelques jours, la panique finit par gagner l’équipage, qui parviendra toutefois à arriver à bon port, non sans avoir testé une recette originale de réhydratation.
«Et puis le Le 27 octobre, à 18 heures, c’est le grand départ.» Benjamin, l’ami de Paul depuis le lycée, a pu négocier cinq semaines de congé pour être de l’aventure.
Le voyage se passe sans encombres, entre la navigation, les repas, la lecture.
« La durée n’est plus la même, elle s’étale de façon inédite. Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.»
Arrivés au Brésil, de Récife à Rio, ce sont de nouvelles rencontres, Christiane et
Gilles puis Pierre, Antoine, Pt’Louis et Katia, qui veulent aller jusqu’au Cap Horn, puis Hector et Geovanna, un couple de Brésiliens qui enseignent le français dans un lycée de Vitória et rêvent d’ailleurs, qui rêvent d’Horus. (Horus est le nom du bateau, «du dieu faucon qui règne sur les airs, dont les yeux sont le soleil et la lune et dont le patronyme signifie  » le Lointain  » ».
Lili croit pour sa part en avoir fini avec l’ailleurs et rentre en France rejoindre Vincent. Même si elle ne sait pas trop dans quel état d’esprit il sera, elle imagine que leur histoire d’amour pourra alors vraiment commencer. Elle retrouve Bordeaux, sa famille, décide de s’installer dans un nouvel appartement avec Vincent, va chercher du travail. Mais un sentiment bizarre, celui de ne pas vraiment être ici à sa place, ne la quitte pas.
Sophie Avon va réussir dans ce court roman, qui se lit facilement, à nous faire ressentir combien ce voyage tient du rite initiatique. À l’image de sa narratrice qui commence plusieurs romans, elle cherche sa voie et finit par la trouver.

Autres critiques
Babelio 
La Croix (Arnaud Schwartz)
Benzinemag.net (Delphine Blanchard)
Sud-Ouest (Olivier Mony)
France 2 (Dans quelle éta-gère)
Blog Booquin 
Blog Les mots de la fin
Blog Un bouquin sinon rien 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Jamais pourtant, je n’ai imaginé de ne pas suivre mon frère. Je songe que si nous nous aimons vraiment, Vincent et moi, aucune distance, pas plus que les mois écoulés, ne viendront à bout de nos sentiments. Au fond, j’envisage notre séparation comme une parenthèse. Je n’ai aucune idée de ce qui se joue ni de la façon dont ce périple éclairera ma vie et mes origines. À cette époque, tout me paraissait léger. » (p. 19)

À propos de l’auteur
Sophie Avon est critique de cinéma au journal Sud-Ouest ainsi qu’à l’émission « Le masque et la plume ». Elle est l’auteur de plusieurs romans, notamment Les Amoureux et Dire adieu. (Source : Éditions du Mercure de France)

Site Wikipédia de l’auteur 
Compte Twitter de l’auteur

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Numéro 11

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Numéro 11
Jonathan Coe
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’anglais par Josée Kamoun
448 p., 28,00 €
EAN : 9782070178391
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Grande-Bretagne, à Londres, Oxford, Cambridge, Leeds, Beverley, Birmingham, Portsmouth et dans des coins plus reculés de la campagne, à Longworth, Didcot, Keisha, Little Calverton, Guildford, Wandsworth ainsi que dans la région de Brisbane en Australie, près du parc Kruger en Afrique du Sud.

Quand?
L’action se situe des années 90 au début du XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rachel et son amie Alison, dix ans, sont très intriguées par la maison du 11, Needless Alley, et par sa propriétaire qu’elles surnomment la Folle à l’Oiseau. D’autant plus lorsqu’elles aperçoivent une étrange silhouette à travers la fenêtre de la cave.
Val Doubleday, la mère d’Alison, s’obstine quant à elle à vouloir percer dans la chanson, après un unique succès oublié de tous. En attendant, elle travaille – de moins en moins, restrictions budgétaires obligent – dans une bibliothèque et trouve refuge dans le bus numéro 11, pour profiter de son chauffage et de sa chaleur humaine. Jusqu’à ce qu’un appel inespéré lui propose de participer à une émission de téléréalité.
Quelques années plus tard, dans un quartier huppé de Londres, Rachel travaille pour la richissime famille Gunn, qui fait bâtir onze étages supplémentaires… souterrains. Piscine avec plongeoir et palmiers, salle de jeux, cinéma, rien ne manquera à l’immense demeure. Mais plus les ouvriers s’approchent des profondeurs du niveau –11, plus des phénomènes bizarres se produisent. Si bien que Rachel croit devenir folle.
À travers ce roman construit autour du chiffre 11, Jonathan Coe tisse une satire sociale et politique aussi acerbe que drôle sur la folie de notre temps. Il croque ses contemporains britanniques, gouvernés par une poignée de Winshaw – descendants des héros malveillants de Testament à l’anglaise –, capture dans sa toile les très riches et leurs serviteurs, leurs frustrations, leurs aspirations et leur démesure, avec une virtuosité toujours aussi diabolique.

Ce que j’en pense
****
Trois scènes fortes, parmi d’autres, permettent de d’emblée de donner le ton du nouveau roman de Jonathan Coe. À six ans, Rachel accompagne son frère Nicholas dans la campagne anglaise et se retrouve soudainement face à deux personnages étranges accompagnés d’un étrange animal. « À cet instant, Rachel crut voir une bête hybride tout droit sortie de la mythologie plutôt qu’un oiseau connu d’elle. »
La petite fille prend peur.
Ensuite, durant une émission de téléréalité tournée en Australie (du genre de «La ferme-célébrité») et au cours de laquelle il s’agit plutôt d’humilier les candidats, en particulier ceux considérés de seconde zone, on oblige une chanteuse quasi oubliée à ingurgiter des insectes dont elle a horreur. Il y a enfin ce chantier dans un quartier chic de Londres. On y agrandit une luxueuse villa en creusant quelque onze étages dans le sol, soit une cinquantaine de mètres de profondeur. Une excavation qui, elle aussi, fait peur…
Entre la première et la dernière scène, une quinzaine d’années vont s’écouler. L’occasion de suivre le parcours de Rachel et celui de son amie Alison, mais surtout l’évolution de la société britannique, le thème au cœur de toute l’œuvre de l’auteur de Testament à l’Anglaise. Si la satire y est toujours aussi présente – on retrouve du reste la famille Winshaw dans ce nouvel opus – on serait tenté de dire qu’elle est encore plus grinçante ici. Plus dramatique aussi. Car il semble bien que le fossé entre les riches, voire les super-riches, et le peuple ne cesse de grandir. Il y a d’un côté les fonctionnaires qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts comme d’une part Val, la mère d’Alison, qui voit son emploi de bibliothécaire se réduire comme peau de chagrin et prend le bus n°11 pour se réchauffer et d’autre part des familles comme le Gunn qui n’hésitent pas à faire venir une préceptrice en Afrique du Sud pour quelques heures.
Ajoutons-y un fil rouge particulièrement bien trouvé, le numéro onze du titre, et l’on aura une belle idée de ce roman qui s’inscrit dans une tradition très britannique, de Mary Shelley à Sir Arthur Conan Doyle et de Jérôme K. Jérôme à Edgar Allan Poe. L’humour et le fantastique – prenez garde à vous si vous souffrez d’arachnophobie – viennent en effet rendre le mystère sur la disparition brutale de six personnes (toutes invitées à une réception au 11 Downing Street) dans le quartier chic de Chelsea encore plus insondable. Même le «superflic» chargé de l’enquête se perd en conjectures…
Dans un entretien réalisé à l’occasion de la sortie du livre, Jonathan Coe explique qu’il est tout de même confiant dans l’avenir : « Il y a de l’optimisme dans mon roman, mais on le trouve davantage dans les relations humaines que dans les analyses politiques. » Si l’amitié entre Rachel et Alison perdure effectivement et peut laisser penser que la solidarité et l’entraide restent bien ancrées dans la société, on pourra aussi retenir d’abord le portrait au vitriol d’un monde de plus en plus inégalitaire. Un monde qui peut pousser les gens sinon à la folie, du moins à des actes extrêmes. Le n°11 est un sacré numéro !

Autres critiques
Babelio 
L’Express (Marianne Payot)
Télérama (Nathalie Crom)
La Croix (Emmanuelle Giuliani)
Les Echos (Philippe Chevilley)
Le Temps (André Clavel)
24 Heures (Suisse – Cécile Lecoultre)

Les premières pages 

Extrait
« Nicholas s’affala sur le banc. Rachel, qui n’avait que six ans, soit huit de moins que lui, ne le rejoignit pas ; elle avait hâte de courir vers la tour noire, de la voir de plus près. Pendant que son frère récupérait, elle partit comme une flèche et, une fois franchi le bourbier laissé par le passage des vaches, elle parvint tout contre l’édifice, paumes sur la brique noire brillante. Là, elle leva les yeux sans pouvoir appréhender la dimension ni l’échelle de la tour, arc-boutée dans sa perfection lumineuse contre un ciel menaçant que deux corneilles au cri rauque égratignaient en décrivant des cercles, indéfiniment. » (p. 15-16)

A propos de l’auteur
Jonathan Coe est né en 1961 à Birmingham. Après des études à Trinity College (Cambridge) et un doctorat à l’université de Warwick, il devient professeur de littérature. Son roman, Testament à l’anglaise, le propulse sur la scène internationale. En 1998, il reçoit le prix Médicis étranger pour La Maison du sommeil. Le miroir brisé est son premier ouvrage pour la jeunesse. C’est, confesse-t-il, «l’un de mes livres les plus politiques même si je lui ai donné la forme d’un conte de fées». (Source : Éditions Gallimard)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Anguille sous roche

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Anguille sous roche
Ali Zamir
Éditions Le Tripode
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782370550941
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule dans l’Océan indien, d’abord aux Comores – plus précisément sur l’île d’Anjouan – dans des lieux tels que Mutsamudu, Mirontsi, Domoni puis à Mayotte.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quelque part dans l’océan Indien, une jeune femme se noie. Ses forces l’abandonnent mais sa pensée, tel un animal sur le point de mourir, se cambre : dans un ultime sursaut de vie et de révolte, la naufragée nous entraîne dans le récit de sa vie…
Roman aussi étourdissant qu’envoûtant, qui n’est pas sans rappeler L’Art de la joie de Goliarda Sapienza par la beauté de son héroïne et la force de sa langue, Anguille sous roche est un miracle littéraire :
« On entre dans Anguille sous roche comme en eaux troubles. Je l’ai lu debout, gîtant comme un mât dans la houle, ballotté par le flux verbal de la mélopée obsédante et hypnotique d’Anguille, l’héroïne narratrice. Je me suis laissé emporter dans les flots de sa prose organique et vivante, une seule longue phrase rythmée par la nécessité et l’urgence, proche de la tradition orale. Et j’ai glissé sur les lames de sa pensée, avec ses errements, ses certitudes et ses cris de colère. […] Dans cette histoire de jeune fille pas sage, de passage, de traversée et de passeur, la voix ultramarine d’Anguille sous roche ouvre un sillon qui n’est pas près de se refermer. » (Laurent Boscq)
Anguille sous roche se trouve en bonne compagnie dans la première sélection pour le Prix du Roman Fnac 2016, du Livre sur la place (Nancy), Hors Concours 2016 et le Prix de Littérature Francophone Senghor 2016.

Ce que j’en pense
***
La meilleure image qui me vienne à l’esprit pour résumer ce roman qui est composé d’une seule phrase de plus de 300 pages est celui du filet de pêche. Sauf que celui-ci est tissé d’une manière bien particulière. Les mailles y sont quelquefois très serrées afin de pouvoir attraper le plus petit des poissons – des souvenirs très précis – et quelquefois elles sont très lâches, laissant passer de gros poissons – des épisodes dont il vaut mieux ne pas s’encombrer. Dans ce filet, on va trouver tous les personnages du roman, puisqu’ils ont tous leur équivalent dans la mer « un cachalot comme Vorace, une daurade comme cette garce qui était dans sa chambre, un thon comme Connaît-Tout, un dauphin comme Tranquille et son mari, un cœlacanthe comme Crotale, un requin comme Cobra ». Et s’il y a aussi des langoustes, des crevettes, des tortues, des crabes. Il ne manque que la mère de la narratrice, décédée au moment de mettre au monde des jumelles, l’anguille du titre et sa sœur Crotale.
Si Ali Zamir a jeté son filet dans la mer, c’est qu’il y a urgence. Anguille lance sa longue phrase parce qu’elle est en train de sombrer. C’est pour elle une nécessité de témoigner, de laisser une trace, comme un dernier souffle. « Quand on perd son antre on perd aussi son silence, donc sa vraie vie, avec tous ses secrets, cela est une évidence criante, je n’ai pas à vous faire une leçon de morale là-dessus, me voici devenue une minable apatride pour avoir été un sordide foutriquet, laisse-moi donc me déboutonner jusqu’au vertige du sommeil éternel ».
Voici, après le drame originel, l’histoire de sa famille. Autour de Connaît-Tout, le père, on va voir s’agiter les souvenirs scolaires, les différences se creuser avec Crotale, une sœur plutôt dissipée. Mais les premiers émois amoureux et l’arrivée de Vorace, le beau pêcheur, vont changer la donne. Anguille entend vivre pleinement sa passion, quitte à sacrifier son avenir.
Là voilà fuyant vers Mayotte, ballottée entre colère et espoir. Plus que l’exercice de style et cette longue phrase ponctuée de virgules et de points-virgules, c’est la langue qui vous emporte.

68 premières fois
Blog Entre les lignes (Benedicte Junger)
Blog Les carnets d’Eimelle
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio
Libération (Virginie Bloch-Lainé)
Télérama (Marine Landrot)
Le Point Afrique (Valérie Marin La Meslée)
Africultures.com (Laurent Boscq)
Blog Les carnets du Pr. Platypus
Blog L’or des livres

Les premières pages du livre

Extrait
« moi qui pensais que j’étais la plus maligne de ces créatures qui portent des masques pour mener avec aise leur vraie vie, il y avait, il y a et il y aura toujours des masques qui traîneront partout dans ce monde tant qu’il y aura, pour nous tous, des endroits secrets, silencieux, intimes et semblables aux entrailles de la mer, qui sait ce qui se passe même dans son ventre tous les jours déjà, personne, il faut chercher d’abord une armada d’appareils pour tenter de le savoir alors que le ventre nous appartient et qu’il est limité, pensez-vous alors connaître la mer, cette immensité, j’avais donc oublié que j’étais dans la mer, »

A propos de l’auteur
Ali Zamir est né en 1987 à Mutsamudu (Comores). Grâce à l’obtention d’une bourse, il a étudié les lettres modernes à l’Université du Caire (Egypte), où il obtient un master en 2010. C’est en exil dans cette ville qu’il conçoit, entre 2009 et 2010, la première version du roman Anguille sous roche. Il est retourné vivre à Mutsamudu en 2001 et occupe depuis 2014 la fonction de directeur de la Culture et des Affaires associatives de l’île autonome d’Anjouan. (Source : Livres Hebdo)

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Un enfant plein d’angoisse et très sage

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Un enfant plein d’angoisse et très sage
Stéphane Hoffmann
Éditions Albin Michel
Roman
272 p., 18,50 €
EAN : 9782226325808
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Chamonix et à Champittet, en passant par Lausanne et Genève. On séjourne également à New-York, Londres, Paris, Stresa et Pallanza et Monaco. Des cartes postales sont adressées depuis La Baule, Capri, Aspen, Saint-tropez, Palm Beach, Hanoi, Moscou, la Patagonie, Bamako, Houston, Linz. Enfin, on y évoque Perth, Saint-Nazaire et Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwyll au Pays de Galles.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans ce portrait d’une famille où la tendresse passe mal, on croise une chanteuse qui ne veut plus chanter, un Anglais qui n’aime que les chaussettes et la reine, un petit chien bien imprudent et une égoïste qui veut être ministre. On fait des virées à Londres et Monaco et une traversée du lac Majeur. Il y a encore des blessures d’amour mal guéries et, bousculant tout ce monde, un enfant qui cherche la liberté.
Stéphane Hoffmann retrouve ici le ton des Autos tamponneuses, des Filles qui dansent et de Château Bougon. Il aime rire des choses graves et nous émouvoir du spectacle souvent pitoyable des grandes personnes.

Ce que j’en pense
***
Dès les premières lignes de ce délicieux roman, le ton est donné : « Le jour où maman est partie, on me prévient que j’irai passer quelques jours chez ma grand-mère.
– Tu seras mieux là-bas, me dit le directeur.
– Mieux ? Je ne suis bien nulle part, pourquoi m’envoie-t-on encore chez cette folle ?
– Ce sont les vacances, Antoine. Tu ne peux pas rester ici. Tu as besoin de sortir, de t’aérer. Nous aviserons ensuite. Et puis, nous n’avons pas le choix : le tribunal en a décidé ainsi.
Merde !
Je n’aime pas ma grand-mère parce que je n’aime personne. Je suis un sauvage, on me le dit tout le temps. Un ours. Un asocial. Un solitaire. Un cas. C’est pour ça qu’on m’apprécie, paraît-il. Mais je ne veux pas qu’on m’apprécie. Je veux qu’on me foute la paix. » Celui qui parle est Antoine, un garçon de treize ans, ballotté entre un père, Rudyard Griggs, issu de la bonne société britannique (« Treize ans ! Comment peut-on avoir treize ans ? C’est un âge ridicule. Bon. Je ne veux surtout pas le voir : que pourrais-je bien lui dire ? Mais faites en sorte qu’il ait vent de moi de temps en temps. ») et une mère, Baladine, qui séjourne «chez les timbrés» après une dépression sévère. Elle avait pourtant derrière elle une brillante carrière qui, après les grandes écoles, l’avait menée dans les cabinets ministériels, puis jusqu’à Londres où elle venait négocier un projet pour un «éphémère ministre centriste». C’est pour échapper à l’ennui qu’elle accepte la proposition d’un participant à cette réunion de s’éclipser pour se promener dans Londres. Une escapade qui s’achèvera à leur grande surprise dans le lit du jeune homme. La suite sera tout aussi étonnante : « Baladine épouse Rudyard sans rien dire à personne. D’abord enchantée de décorer leur appartement et de séduire les amis de son mari, elle s’ennuie vite. Rudyard n’aime que le plaisir, auquel il consacre toutes ses forces qui, signalons-le au passage, sont grandes, variées et renouvelées. Baladine en fait partie, bien sûr, mais pas plus que le tailleur, le barman, le parfumeur, le fleuriste, le garagiste, l’armurier ou le bottier de Monsieur. »
Mais avant l’inéluctable séparation Antoine aura eu le temps de naître, puis de disparaître dans une école privée en Suisse. On le retrouve donc à l’heure des vacances qu’il passe régulièrement chez sa grand-mère, dont le franc-parler et l’excentricité lui plaisent beaucoup. « C’est une artiste, malheureux ! Elle s’appelle Maggie Charles. Une sorte de musicienne, chanteuse, danseuse. Beaucoup de succès. Très vulgaire. Tout ce qu’il y a de plus français. Une horreur. J’en frissonne. »
Ce chalet de montagne est un bel observatoire pour l’enfant plein d’angoisse et très sage. Tous ceux qui séjournent là sont en effet des névrosés à plus ou moins forte dose. Alphonse, le nouveau mari de sa grand-mère, l’oncle Emmanuel et le personnel, Germain et sa femme Aline qui officie en cuisine. Sans oublier ses parents qui vont finir par se retrouver au pied du Mont-Blanc. Mais n’en disons pas davantage.
Au classique roman de formation Stéphane Hoffmann ajoute une analyse des mœurs de l’époque, avec l’humour pince sans rire d’un W.-C. Fields dont la clairvoyance pourrait être en exergue de ce livre : « A l’origine Adam et Eve étaient aussi heureux qu’il est possible de l’être quand on n’a ni travail à faire, ni impôt sur le revenu, ni avocat, ni médecin, ni enfant, ni chien. »
C’est cocasse et grave, mené avec l’énergie d’un désespoir que l’on sent poindre, mais qui nous est épargné derrière un burlesque qui entraîne Antoine et avec lui, le lecteur qui partagerait volontiers une place en Silver Shadow V8 sur la route de Stresa à Monaco.

Autres critiques
Babelio 
Blog de Gilles Pudlowski 
Blog La XXVe heure
Blog les carnets secrets du petit panda 
Blog La grande parade (Catherine Verne)
Blog Culture 31 (Christian Authier)

Les vingt premières pages

Extrait
« Grand-mère finit de me lire la lettre du tribunal. C’est toujours la même chose. Pour toutes les vacances, depuis au moins deux ans. Lorsqu’elle en est empêchée, ma mère ne peut pas me prendre en charge hors de la pension. Et comme mon père est depuis ma naissance aux abonnés absents, je dois aller chez ma grand-mère. Qui repose la lettre et soupire :
– Voilà, Antoine, tu sais tout. C’est pour ça que tu es ici, mon pauvre petit.
– Oui, en attendant.
– En attendant quoi ?
– Un jour, tu sais, j’irai en Angleterre. Chez papa. Chez daddy. Il m’a envoyé une carte postale. Il est à Hong Kong. Regarde la signature : Rudyard Griggs. »

A propos de l’auteur
Journaliste, Stéphane Hoffmann publie Le Gouverneur distrait en 1989 et obtient le Prix Roger Nimier pour Château Bougon en 1991. Des filles qui dansent (2007) et Des garçons qui tremblent (2008) le consacrent comme un de nos plus brillants romanciers. Les autos tamponneuses, en 2011, confirment son succès. (Source : Éditions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

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D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

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D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds
Jón Kalman Stefánsson
Gallimard
Roman
Traduit de l’islandais par Éric Boury
448 p., 22,50 €
ISBN: 9782070145959
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule en Islande, principalement à Keflavík, mais également à Reykjavik et tout au long de villages aux noms imprononçables. Un séjour à Copenhague est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe d’une part de nos jours avec des retours en arrière en 1980 et l’évocation d’épisodes plus anciens.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t’aime.»
Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d’édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

Ce que j’en pense
***
Y a-t-il une manière islandaise de raconter les histoires ? Sans certitude sur ce point, je crois pouvoir affirmer qu’il y a une manière Stefánssonienne. On pourra la résumer à une sorte d’introspection poétique. L’auteur ne se contente pas de raconter, de retracer des faits, mais questionne régulièrement ce qu’il affirme, ajoutant à ses réflexions une note philosophique. Il pourra aussi dérouter le lecteur avec quelques belles évidences, à commencer par le titre de ce beau et rude roman.
Son personnage principal s’appelle Ari. On va le retrouver à plusieurs époques. Au moment où commence le livre, il roule vers Keflavík. Un retour aux sources pour cet homme qui a grandi dans cette ville improbable qu’il a choisi de quitter pour être éditeur au Danemark.
Car la vie dans ce coin hostile d’Islande ne s’est développée qu’à partir de 1898, quand un scientifique a eu l’idée de publier un rapport indiquant que les fjords et la baie étaient propices à la pêche «et par conséquent toute l’histoire d’Ari fait suite à la parution de ces quelques lignes écrites par le naturaliste Bjarni et publiées dans la revue Andvari. La vie naît par les mots et la mort habite le silence. C’est pourquoi il nous faut continuer d’écrire, de conter, de marmonner des vers de poésie et des jurons, ainsi nous maintiendrons la faucheuse à distance, quelques instants.»
Ari va par conséquent s’attacher à cette mission, écrire et conter et transmettre, mais à partir du Danemark où il devient éditeur.
Quand il retrouve son ami, c’est non seulement un rendez-vous avec son enfance et son adolescence, quand il voulait être pêcheur, qui lui revient en mémoire. Toute l’histoire familiale ressurgit. On va le suivre au moment où, adolescent, il choisit d’être pêcheur. Un destin qui semble tout tracé, car le poisson est quasiment la seule activité économique.
Puis, on le retrouve sur les pas de sa famille, depuis le grand-père Oddur qui incarne au mieux la définition de ces conditions de vie dantesques : «Keflavík a trois points cardinaux : le vent, la mer et l’éternité.»
Trois points cardinaux que l’auteur creuse davantage encore avec l’évocation de ses parents et notamment de sa mère décédée. Une mort qui va entraîner les soubresauts de sa propre existence.
Au fil des récits, on est littéralement pris dans cette narration comme dans un filet de pêche. On sent la vie, on envisage même le grand large, mais on finit toujours par rester emprisonné. À l’image de ces sentiments qui n’arrivent pas à être exprimés «Oddur serre les poings, c’est sa manière à lui de déclarer sa flamme, elle le sait, c’est ainsi que se tisse le chant d’amour qu’il lui destine.»
La manière Stefánssonienne de raconter des histoires est aussi là. Dans ce souci de ne jamais oublier la poésie, notamment et surtout face à l’hostilité du climat, à la rudesse des marins-pêcheurs, aux drames qui rongent les existences. C’est violent et c’est beau. C’est islandais et c’est universel.

Autres critiques
Babelio
Le JDD (Alexandre Fillon)
L’Express (Baptiste Liger)
Blog D’une berge à l’autre
Blog Baz’Art
Le blog des livres qui rêvent
Blog Ma tasse de thé

Extrait
« Le vent insistant semblait provenir de deux directions en même temps, les bourrasques salées, chargées de poussière et d’embruns, nous frappaient tour à tour, le ciel était si loin que nos prières ne l’atteignaient jamais et s’arrêtaient à mi-chemin avant de retomber comme des oiseaux défunts ou changées en grêle, et l’eau potable avait un goût de sel, comme si nous buvions la mer. Ce lieu est inhabitable, tout s’y oppose, la raison, le vent et la lave. Pourtant, nous y avons vécu toutes ces années durant, tous ces siècles, aussi entêtés que cette pierre ponce, muets au sein de l’histoire comme la mousse qui la colonise et la réduit en poussière, nous mériterions qu’on nous naturalise, qu’on nous décerne une médaille et qu’on écrive un livre qui parlerait de nous. »

A propos de l’auteur
Né à Reykjavik en 1963, Jón Kalman Stefánsson achève ses études au collège en 1982 puis travaille dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie jusqu’en 1986. Il entame jusqu’en 1991, sans les terminer, des études de littérature à l’université. Il donne des cours dans différentes écoles et rédige des articles pour un journal, à Copenhague. Il rentre en Islande et , jusqu’en 2000, il s’occupe de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbaer. Depuis, il se consacre à l’écriture de contes et de romans. (Source : Babelio)

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Sur une majeure partie de la France

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Sur une majeure partie de la France
Franck Courtès
Jean-Claude Lattès
Roman
270 p., 19,00 €
ISBN: 9782709650588
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Seine et Marne, près de Meaux et Chelles, dans de slieux qui ont pour nom Mortcerf, Gisvres, Tancreux, Évril-en-Multien ou Fuvières. Paris est également évoquée.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec l’évocation de souvenirs de l’enfance du narrateur jusqu’à la période contemporaine, sur à peu près trente années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comment raconter cette impression de dépossession quand je retourne à la campagne ? Une campagne où je n’ai pas grandi mais où j’ai fait grandir en moi, lors des weekends et des vacances, la certitude que la beauté était en péril ?
Inspiré par mes souvenirs, j’ai voulu dérouler les destins parallèles de deux enfants, Quentin et Gary, sur une période de trente années, dans un village situé à moins de 80 kilomètres de Paris, passé du paradis à l’enfer.
Enfant sensible, Quentin aime profondément la nature ; Gary, lui, inquiète déjà par sa sauvagerie et son agressivité. En grandissant, Quentin s’éprend d’une jeune fille nommée Anne ; ils échangent leurs premières étreintes tandis que Gary s’entoure d’un gang, vole, fume et se met à écouler de la drogue fournie par les Marocains de la cité voisine, allant jusqu’à embringuer le jeune frère de Quentin.

Ce que j’en pense
****
Ce roman pourrait être le récit d’un fait divers sordide, l’un de ceux qui font régulièrement la manchette des quotidiens régionaux. Il s’agit en l’occurrence d’un homicide. Emporté par sa soif de violence et de vengeance, un jeune homme tue l’une de ses connaissances, presque un ami.
Mais au-delà de ce règlement de compte, Franck Courtès nous offre une chronique de cette France dite profonde. Une France qui a énormément changé et dont le narrateur, parti vivre à Paris, à la nostalgie.
Au moment où commence le livre, il prend la direction de «sa» campagne avec son épouse et ses enfants. Il a envie de retrouver ce coin de terre où il a passé son enfance et où la nature avait beaucoup à lui offrir : «Ma passion pour cette terre, cette liberté, cette beauté attachait pour toujours mon être au paysage. Car le paysage donne lieu à l’amour.»
Un paysage qui va se modifier à la fois par les bouleversements de l’agriculture et l’usage intensif de pesticides et par la pression démographique qui voit la création de cités à quelques encablures des champs. «Enfant toujours je devinais qu’on voulait en finir avec la campagne. J’en profitais jusqu’à l’épuisement. Chaque action humaine la détruisait un peu plus.»
À ses côtés, il y a Quentin, le fils de Geneviève et Tikiti. Lui aussi aime cette nature, aime faire des découvertes, apprend quasi instinctivement la faune et la flore qui s’y épanouissent.
Une période durant laquelle il partage les jeux avec les enfants du village, mais qui va prendre fin dès que d’autres centres d’intérêt prennent le relais… «À l’adolescence, les bals, les filles et les cafés en ville les attiraient davantage que les chemins ou le marais. J’y ai goûté un peu, aux filles et à l’alcool surtout, avant de me retrancher sur mes terres, c’est-à-dire celle des autres. Les jeunes filles étaient compliquées à aborder pour un garçon immature comme moi. Elles me donnaient l’impression d’avoir une épargne à protéger ; un trésor qu’elles négociaient longuement jusqu’à me rendre malade les fois où j’étais vraiment amoureux.»
Quentin s’amourache d’Anne et finira par la mettre enceinte. Gary, quant à lui, va filer un bien mauvais coton, car «Dans les terres dévitalisées de l’Île-de-France, les graines de violence prenaient bien.»
Après plusieurs renvois de l’école, il avait trouvé comment s’en sortir: «Chaque jour, un garçon d’origine marocaine de la petite cité de Fuvières lui fournissait un haschich bon marché venu du Maroc (…) qui n’en avait presque plus que le nom, tant il était coupé de terre, de henné, de colle, de paraffine, d’acide de batterie, d’huile de moteur, de benzène, de phénols, le tout s’attaquant au foie, aux reins, bouchant les artères, décimant les neurones.» Déjà, on sent le drame sous-jacent. Car si chacun entend faire l’expérience de cette drogue, nombreux sont aussi ceux pour qui l’argent facile est paré de vertus que ne peut avoir la dure vie dans les exploitations agricoles. Par exemple pour Benoît, le jeune frère de Quentin. Aveuglé par des promesses fallacieuses, il va vouloir se lancer dans le trafic et oublier les conseils de son aîné. D’autant que ce dernier est également confronté à un autre problème : son amie Anne est enceinte et entend garder leur enfant.
Avec un vrai sens de la construction, Franck Courtès relève, chapitre après chapitre, l’intensité dramatique. À l’image de ce shit qui circule beaucoup dans la région, histoire de semer l’envie pour récolter le besoin, l’auteur pose un à un les jalons qui vont conduire au drame annoncé.
Un roman dur et âpre, une belle réussite avec une pointe de nostalgie. À moins qu’il ne s’agisse d’une mise en garde contre une société qui perd ses valeurs.

Autres critiques
Babelio
Blog A bride abattue
Blog L’Homme qui lit
Blog de Michel Collart

Extrait
« Autour, à l’horizon, c’était l’agriculture, les champs de blé, de maïs, les prés à vaches noires à motifs blancs. Et puis encore des forêts ; la campagne française.
Une campagne féerique six semaines par an. Une semaine l’hiver, quand le silence faisant ses premiers pas, la neige dessinait en noir et blanc des paysages immaculés, à l’allure médiévale, dans lesquels les chiens en courant traçaient des lignes sombres.
Et environ cinq au début de l’été, quand la terre frémissait, lorsque surgissait des recoins, du fond des jardins, des bords de route, une végétation foisonnante et menaçante, plongeant les chemins dans la pénombre, les bouchant comme un mauvais cholestérol. Car ici, c’était le règne de l’ortie, de la ronce, des mauvaises herbes en tout genre, fraîches comme des salades, en couronnes, en cascades, en explosions. Une sauvagerie verte qui semblait un mystère tant elle renaissait de rien, comme installée en quelques nuits par un jardinier ivre. Les liserons blancs paraient d’une robe princière la plus vulgaire des broussailles. Dans la plaine et dans le vent, derrière la forêt, des blés verts accrochaient le soleil.
Les mois restants, la campagne n’était que brume et boue, des temps de craie, un soleil pâle, roulé dans la farine, une humidité à vous glacer le cou, à vous faire rentrer la tête dans les épaules, les poings dans les poches, les angines à répétition. À l’horizon, les dents des grandes roues de tracteurs mordaient la terre chocolat de l’automne. »

A propos de l’auteur
Franck Courtès fut photographe pendant vingt ans. Vingt années de voyages autour du monde, de rencontres (des Daft Punk à Michel Legrand, de Franck Ribery à Patrick Modiano) dans lesquelles il puise pour raconter. Il est l’auteur d’un recueil de nouvelles très remarqué, Autorisation de pratiquer la course à pied (Prix de la Société des Gens de Lettres 2013), et d’un roman, Toute ressemblance avec le père (2014). (Source : Editions JC Lattès)

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