Je t’ai oubliée en chemin

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En deux mots:
Après sept années de vie commune, Ana rompt avec le narrateur via un texto. Le choc est rude car la surprise est totale. Et comme sa décision semble irrévocable, il choisit de coucher leur histoire sur papier, histoire de la retenir encore un peu.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Retenir encore un peu l’être cher

Encore une histoire d’amour qui finit mal: dans le nouveau roman de Pierre-Louis Basse un texto met fin à sept années de vie commune entre Ana et Pierre. Un choc que le narrateur va essayer de transcender par l’écriture.

Le choc est rude pour Pierre en ce 2 janvier 2018. Un texto de sa compagne Ana l’informe que leur histoire d’amour a pris fin.
« Pierre,
Mon projet à ce jour est de vivre ma vie sans avoir à me justifier. Je n’ai pas changé à ton égard, je suis seulement arrivée au bout de ce que je pouvais supporter. Je ne vivrai plus comme j’ai vécu jusqu’à présent. C’est mon vœu pour 2018. Nous avons tenté avec plus ou moins de conviction, selon les périodes, de construire une vie ensemble; nous avons échoué. À ce jour, je renonce à notre histoire. Je t’aime, te respecte, t’admire, mais je ne suis pas heureuse. Or, si je ne peux pas être heureuse avec celui que j’aime, c’est que cet amour n’est pas supportable. On peut aimer, certes; on peut aussi mal aimer. Je veux être honnête, Pierre: je ne crois plus à notre histoire. Ta vie ne sera jamais la mienne, malgré toute ma bonne volonté, et tu n’as jamais eu envie de faire concrètement partie de la mienne. C’est comme ça. On ne va pas revenir indéfiniment là-dessus. Je suis en train de me reconstruire. Sans toi. C’est vital. Vital que je me retrouve. Vital que je m’occupe de moi. Il y a une seule photo chez moi: celle de mes enfants. Dans d’autres temps, d’autres lieux, avant eux, il n’y en avait pas. Je t’embrasse
Ana »
Sept ans planqués dans un texto, sept ans de passion conclus avec une certaine cruauté, sept ans que l’écrivain-journaliste entend retenir en les couchant sur le papier. Tout avait commencé lors d’une séance de dédicaces. En croisant le regard d’Ana, comédienne et chanteuse, il avait immédiatement été séduit. Mais le vrai coup de foudre arrive deux jours plus tard. Au tribunal de Bobigny, il est victime d’une crise cardiaque qui aurait pu signifier la fin de leur histoire avant même qu’elle ne démarre. Mais c’est le contraire qui va se produire en nourrissant leur amour naissant. C’est cette époque bénie qu’il va revisiter avec Dominique A, Lou Reed, Philippe Léotard en fond sonore et avec la certitude que «les lieux traversés, les villes, les paysages n’en finiront jamais de résister à la disparition de l’être aimé».
Les vacances à l’île aux moines ou à Épidaure, mais aussi leurs escapades à Bernay, en Normandie (sur la ligne de chemin de fer entre Paris et Cherbourg) où ils avaient décidé de s’installer apportent en quelque sorte la confirmation que cet amour était bien réel, et rend par la même occasion cette rupture d’autant plus incompréhensible et douloureuse. Suivra-t-il l’avis de Louis, son ami peintre, quand il lui explique que toute tentative de regagner le cœur d’Ana sera vaine. Il a vécu le même abandon et c’est que c’est perdu d’avance.
Ana s’inscrira alors à la suite de Véronique, à laquelle il doit ses premiers émois amoureux à quinze ans, et de Lucille, qu’il a fortuitement recroisé un jour à Paris.
Sensible et mélancolique, ce roman arrive en librairie en même temps que Rompre de Yann Moix et que Lettres à Joséphine de Nicolas Rey. Après #metoo voilà les hommes fragiles, les hommes meurtris, les hommes en mal d’amour.

Je t’ai oubliée en chemin
Pierre-Louis Basse
Cherche Midi éditeur
Roman
128 p., 17 €
EAN : 9782749161150
Paru le 3 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et à Bernay en Normandie, mais aussi à Paris, Bobigny, à l’île aux moines et à Épidaure en Grèce.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le baiser du Nouvel An était sans amour. Funèbre et froid, comme un hiver normand. Deux jours plus tard, par SMS, la femme pour laquelle il nourrit une passion depuis sept ans apprend à Pierre que tout est fini. Il est tout simplement rayé de la carte, effacé.
« Ce genre d’amour qui meurt fait un bruit d’hôpital. »
Fin de partie ? Effondrement brutal. La mort rôde. Pierre pense mettre fin à ses jours. Il va plutôt venir à bout de ce chagrin, l’épuiser, le rincer – en marchant, en écrivant. Le triomphe de la littérature et du corps qui se révolte dans les ténèbres. La vie, tout au bout du chemin.
Pour que le sentiment, enfin, ne devienne plus que le souvenir de ce sentiment.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
La République des livres (Bernard Morlino)
Ouest-France (Pierre Machado – Entretien avec l’auteur)
Blog Un brin de Syboulette


Dans son émission «Interdit d’interdire», Frédéric Taddeï reçoit Pierre-Louis Basse pour Je t’ai oubliée en chemin © Production RT France

Les premières pages du livre
« Avant-propos
Un soir de brume et de pluie – en Normandie, la pluie est toujours promesse de soleil –, je tombai nez à nez avec mon double : le récit d’une terrible dépression, sorte de plongée dans le trou de sa vie, racontée par un célèbre romancier américain. Ce temps de la jeunesse qui ne revient jamais. Observant la dédicace, je m’aperçus – mi-surpris, mi-effrayé – que ce court roman était offert à une femme dont le prénom était le parfait homonyme de mon amour perdu. J’y voyais un signe : plutôt qu’être vaincu par mes ténèbres, je décidai, la nuit même, de raconter ce qui peut sauver un homme. Le tirer d’une boue sur le point de l’engloutir. Ni plainte, ni ressentiment. Il me fallait simplement trouver la réponse à cette question simple, sans fioritures : écrire au rythme de la nature, du monde, de ceux que nous aimons, peut-il sauver du pire ?
Une passion qui s’effondre a nourri tant de chansons, de livres, de films, de peintures. Je voudrais que ce livre ressemble à une guitare andalouse dans un café de banlieue. Une chanson de Mano Solo. Un poème de René Guy Cadou : le chant est parfois un peu triste, mais la lumière est toujours présente. Elle cogne à la vitre et insiste pour que la partie continue. Ce joli bras de fer entre espoir et désespoir.
Ce livre est l’histoire de ce bras de fer.
Un SMS, puis plus rien.
Ce genre d’amour qui meurt fait un bruit d’hôpital. Une mort privée de cercueil. Dans la déchéance qui vient, on ne parvient que difficilement à cerner la réalité de l’infini. Hier, la solitude avait un sens. Ana m’aimait. Cette passion donnait une épaisseur aux objets les plus simples et familiers de cet amour.
Un texto, puis plus rien.

« Pierre,
Mon projet à ce jour est de vivre ma vie sans avoir à me justifier. Je ne vivrai plus comme j’ai vécu jusqu’à présent. C’est mon vœu pour 2018. À ce jour je renonce à notre histoire. Je ne crois plus à notre histoire. C’est comme ça. On ne va pas revenir indéfiniment là-dessus.
Je suis en train de me reconstruire. Sans toi. C’est vital. Vital que je me retrouve. Vital que je m’occupe de moi.
Je t’embrasse.
Ana »
La disparition a plusieurs visages.
Juste après le texto, j’ai pensé à mon père, mort au mois de juillet 2001. Je m’étais retrouvé devant ses vêtements, rangés dans un placard de notre maison au bord de la mer. Je suis resté longtemps devant tout un tas de survêtements, anoraks, haltères, témoins d’une vie de sportif. Dans l’instant même de son départ, tout ce qui lui avait appartenu ressemblait à un lot d’objets absurdes. Sans queue ni tête. La vie d’un homme ne parvenait plus à circuler jusque dans ces zones habituées au grand calme. Le sentiment que tous ces objets que j’avais connus en sa présence venaient d’être saignés, comme vidés de leur substance. Ils avaient emporté, loin des cintres sur lesquels ils terminaient leur vie, tous les souvenirs, les beaux jours que nous avions partagés en famille.
Chose étrange, et qui alourdissait mon malaise, mes premiers vertiges : la perte de cet amour était plus scandaleuse. La sanction électronique. Elle possédait cette cruauté, ce triste talent – dans mon esprit fragile – de réunir le passé et le futur. Le simple message électronique avait le pouvoir fulgurant de faire exploser tous les temps d’une vie. Toutes ces questions sans réponses. Pour le reste de toute ma vie.
Le présent, avec sa caravane d’humeur, de légèreté ou d’arrogance, avait remporté une victoire à plates coutures. En amour comme avec une retransmission de sport, il suffisait d’un léger clignotement, un clic, court ralenti, pour siffler le hors-jeu. Un message sur l’écran de mon dernier Samsung. Il n’y avait plus à discuter. Se revoir n’avait aucun sens. « C’est comme ça. » On aurait dit que la réalité des hommes avait cessé d’être à la mode.
Un an auparavant, Ana m’avait envoyé dans la nuit d’un long voyage un texto semblable à celui de cette nouvelle année. Quinze jours plus tard, elle me téléphona : elle avait besoin d’entendre ma voix. Une manie contemporaine. Double projection sur le bout de nos doigts : dans le passé, il y avait ce que nous avions vécu de puissant avec l’être aimé – hier encore, il y a quelques mois, quelques jours. Tandis que je suis désormais banni d’un futur qui ne m’appartient plus. Je suis vivant, certes. Mais un vivant effacé. Le SMS avait inventé l’encre sympathique virtuelle et fulgurante. D’une certaine manière, les vivants d’aujourd’hui ont le loisir de l’autodestruction. Comme ces petites cassettes destinées à James Bond et qui explosaient dans les cabines téléphoniques. Il n’y aurait plus jamais de temps mort. Inutile de se revoir, ou d’en passer par le filtre laborieux de la conversation. Se dire au revoir était impossible. Le désir avait rejoint ce monde étrange des images qui luttent entre elles, pour s’imposer aux dépens de ceux qui les regardent. « C’est comme ça. »
Je pouvais bien recevoir sur mon écran, dans la seconde même d’un pouce levé, du sexe, ma consommation de gaz ou l’annonce d’une rupture. Sept ans ou quelques secondes, c’était du pareil au même. Nous vivions le temps de la suspension. Une forme nouvelle de lâcheté.
Plus tard, une lecture de plage assez distrayante, repérée dans les colonnes du Monde, m’en dira davantage : technique subtile du ghosting. Les fantômes prennent la place des adultes. « On part sans le dire, on se contente de disparaître. »
Pourtant, impossible de « disparaître des écrans pour cesser d’exister dans la tête et dans le corps de l’autre. Parce que l’amour laisse en moi les traces du corps aimé, parce qu’il a façonné le mien, il y reste longtemps inscrit ».
Une mort, pleine de vie.
Après la sidération, il y aurait le temps des vertiges, des suffocations. Des angoisses sur le chemin des ténèbres. Le texto disait qu’une vie entière dont j’avais besoin se poursuivrait sans moi. À l’écart de mes désirs. Avec un autre peut-être.
L’effacement. »

Extrait
« Bernay, où je me suis installé, est une petite ville de Normandie, tranquille et douce. Endormeuse. Un écrin du pays d’Ouche.
Les jours de marché, on voudrait saisir à bras-le-corps toutes les saucisses de la Manche, qui vous regardent du coin de l’œil. Je les aperçois qui ruissellent au milieu des frites. Saucisses, andouillettes au foin, terrines de canard font comme une immense guirlande le long des étals. Louis, mon ami, ne peut pas s’empêcher, chaque samedi que Dieu fait, de glisser une jolie saucisse dans un morceau de pain. Comme elle est douce et juteuse à la fois. « C’est tout de même autre chose que leur kebab de merde », nous crie dans l’oreille un boucher de passage, avec son fanion tricolore planté dans l’essuie-glace de sa camionnette. L’hiver surtout, tôt le matin, on dirait que c’est la dernière France du terroir qui nous envoie des signes de détresse. Ce fumet qui s’échappe des jarrets. Les poulets qui tournent. Mon Dieu. Toute cette bonne charcuterie, cela ressemble à un merveilleux adieu de nos provinces. »

À propos de l’auteur
Pierre-Louis Basse est né à Nantes, en 1958. Après trente ans à la radio comme journaliste et grand reporter, il poursuit son métier d’écrivain. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres – reportages, essais, ouvrages sur le sport, biographies et romans – dont Ma Ligne 13, un livre prémonitoire sur le destin des banlieues, et Guy Môquet, une enfance fusillée, porté à l’écran par Volker Schlöndorff. Conseiller du président de la République François Hollande, entre 2014 et 2017, il tire de ces années un roman du pouvoir Le Flâneur de l’Élysée. Il animera, en 2019 sur LCP, «Le temps de le dire». (Source: Cherche Midi éditeur)

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Une jeunesse en fuite

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En deux mots:
Le narrateur passe un été en Bretagne, auprès de ses parents, avec sa fille Louise. Il vient consulter les lettres envoyées par son père, médecin militaire, durant la Guerre du golfe pour un roman. L’occasion de se souvenir de ses années d’adolescent.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

En Bretagne, à la pêche aux souvenirs

Après le remarqué Adieu aux espadrilles, Arnaud Le Guern nous revient avec sa plume acidulée pour explorer ses années d’adolescent, à l’époque où son père partait pour la Guerre du Golfe. Avec humour et une bonne dose de nostalgie. Magique!

Il faut certes attendre la page 162 et le rendez-vous du narrateur-écrivain avec son éditeur pour trouver résumé ce livre. Mais cette patience nous apporte une belle récompense puisque Arnaud Le Guern raconte très bien son livre (et m’évite de la faire!): « Le narrateur, de retour en Bretagne avec sa fille, Louise, le temps d’un été près de ses parents, se souvient de la fin de son adolescence. Il a alors quinze, seize ans. Son père, médecin militaire, est parti en Arabie saoudite. L’Irak, dirigé par Saddam Hussein, a envahi le Koweït. La France, à la suite des États-Unis, s’apprête à entrer en guerre. François Mitterrand, président de la République, et Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, sont à la manœuvre. Début janvier 1991, la guerre est déclarée. Opération Tempête du désert. Le narrateur apprend la nouvelle à la radio. Dans son oreille: les voix des reporters et le bruit des missiles qui zèbrent la nuit orientale. Scud irakien contre Patriot américain. L’angoisse ancrée en lui, le narrateur poursuit sa vie de lycéen, rythmée par les lettres d’Arabie que son père envoie, dans une époque où la légèreté, déjà, n’est plus une affaire sérieuse. Il s’agit, des années plus tard, de raconter un père, retenir les derniers souvenirs d’une jeunesse, les confronter au bel aujourd’hui troublé.»
Voilà pour le scénario. Reste l’essentiel, à savoir un style qui emporte le lecteur dans une farandole de souvenirs. Car la nostalgie habite cette villa du Trez-Hir où il retrouve ses parents en compagnie de sa fille Louise et de Matéa, la copine de cette dernière. Et les drames côtoient la légèreté des vacances balnéaires. En tentant de consoler son père qui vient de perdre sa chienne, il combien son chagrin est immense. Tout remonte en fait à l’époque de cette Guerre du golfe qui a cassé. Il avait quelque chose chez ce médecin militaire peu expansif. Il va alors chercher dans les lettres qu’il envoyait d’Irak pour tenter de comprendre ce qu’il avait zappé à l’époque. Il faut dire qu’il avait alors fort à faire avec les copains, les copines qu’il n’osait pas toucher, du moins au début, le film porno de canal+ qu’il regardait en cachette, et l’équipe de basket où il occupait le poste de pivot.
Et puis il y avait les films et les belles actrices qui le faisait fantasmer, les livres, les chansons. La bande-son de ce roman couvre trois générations, de la discographie paternelle aux chansons qu’écoutent les filles. Il y avait aussi Bernard Pivot et son Bouillon de culture.
Aujourd’hui il est avec sa fille et son amie sur la plage, regarde les femmes en maillot tout en pensant à sa femme Mado restée à Paris.
Il lira les lettres plus tard. Il veut d’abord terminer le roman de Cecil Saint-Laurent qu’il a avec lui, un auteur qui figure dans la liste de ces écrivains disparus qu’il aimerait rééditer. Chassé-croisé entre aujourd’hui et cette époque, ce délicieux roman fleure bon la légèreté en n’oubliant jamais les questions essentielles. Si l’auteur cite François Weyergans et Bernard Frank, j’y vois aussi du Jean d’Ormesson qui, notamment dans ses premiers romans, aspirait aussi à ne rien faire. On s’amuse beaucoup, notamment dans la galerie des premiers flirts, de Catherine «Non, pas tout de suite. Sois patient», à Hélène et Céline, jalouses l’une de l’autre, puis de la rencontre avec Kristen un soir de réveillon, sans oublier les sportives, Roxane la basketteuse et Nathalie la gymnaste. Plus tard viendront les brunes Christelle, Sophie, Caroline et Mado qui partage désormais sa vie.
La lecture d’Une jeunesse en fuite est une excellente manière de bien débuter l’année!

Une jeunesse en fuite
Arnaud Le Guern
Éditions du Rocher
Roman
232 p., 17,90 €
EAN : 9782268101293
Paru le 9 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Bretagne, à Plougonvelin et Brest, mais aussi à Paris. Le narrateur y évoque aussi les autres étapes de sa vie, sur les bords du Léman, à Lyon, Joigny dans l’Yonne, Rochefort, Metz ou encore Marrakech.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour en Bretagne avec sa fille, le temps d’un été chez ses parents, l’auteur se souvient du début des années 90. La guerre du Golfe et le départ de son père, médecin militaire, pour l’Arabie saoudite. Une époque qu’il avait balayée de son esprit. Remplacée par les fiancées éphémères, la griserie des nuits, les écrivains fantaisistes. Relisant les lettres que son père envoyait depuis le Moyen-Orient, il retrouve les traces d’une adolescence perdue. Tout lui revient par petites touches : ses camarades de lycée, la moustache de Saddam Hussein, les actrices et mannequins à la mode, la peur que son père ne revienne pas.
Dans Une jeunesse en fuite, Arnaud Le Guern fait résonner sa musique intime, entre quête du père et éducation sentimentale. Une touchante invitation à la flânerie romanesque.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Mon père a perdu sa chienne: Tess. Comme Nastassja Kinski dans le film de Polanski. Un airedale terrier noir et fauve. Elle avait douze ans. Mon père est touché, coulé. Jusqu’à ce week-end de printemps, je ne l’avais jamais entendu pleurer. C’était bizarre. J’ai beau fouiller mes souvenirs : rien. Il m’a fallu attendre quarante ans pour deviner le grondement de ses sanglots, comme un orage qui couve, avant l’explosion à l’autre bout du sans-fil, fin de la terre, la voix noyée.
Mon père est médecin. Anesthésiste-réanimateur. Longtemps au sein du Service de santé des armées, aujourd’hui au CHU de Brest. Toujours en poste, alors qu’il a l’âge de la retraite. La retraite pour un général : pas au programme. Pire qu’une désertion. Il n’arrive pas à décrocher. Il a essayé ; y retourne en bon soldat. Fidèle à son poste vacant. Il n’y a pas assez de praticiens hospitaliers dans sa spécialité ; on lui demande de dépanner. Juste pour quelques mois. Puis encore quelques mois. Mon père ne refuse jamais. Je le soupçonne de proposer ses services. Son excuse : il coûte moins cher que la jeune génération. Ma réplique : « Tu casses les prix du marché. » Mon père fait mine de s’offusquer. Il n’est pas dupe de ses tours de passe-passe.
Avant que mon père ne prénomme sa chienne Tess, je n’imaginais même pas qu’il puisse connaître Nastassja Kinski. Dommage. Nous aurions pu partager nos souvenirs de l’actrice. Savait-il que Nastassja, tout juste quinze ans, et Roman Polanski s’étaient aimés dans les seventies, autour de l’année de ma naissance ? A-t-il vu les photos de Nastassja prises par Roman et publiées dans Vogue ? Celles parues dans Playboy, circa 1983 ? Je dois avoir un exemplaire vieilli du magazine quelque part. Nastassja en couverture, féline comme jamais. Mon père la préférait-il brune ou blonde, chevelure longue ou coupée au carré ? La pureté du visage de Nastassja. Sa langue entre les lèvres tandis qu’elle s’amuse avec une cuillère en argent. Le compas de ses jambes. Ses seins délicats comme de la chantilly. Nastassja m’égare.
C’est ma mère qui m’a prévenu de la mort de Tess. J’appelle ma mère tous les dimanches. On se donne des nouvelles, sans y toucher. La vie de mes parents au Trez-Hir. Ma sœur, qu’elle a souvent au téléphone. Les livres que j’édite, ceux que j’écris. Ma situation financière. Louise, ma fille. Mado, ma fiancée. Nos deux chats, Pablo et Malcolm. La mère de Louise qui ne se remet pas d’un AVC, clouée au lit ou dans un fauteuil, le bras gauche paralysé. Ma mère avait la voix hésitante, faussement enjouée, jusqu’à ce qu’elle m’annonce la nouvelle :
« Tess n’est plus avec nous. Ton père et moi sommes allés il y a deux jours chez le vétérinaire…
— Vous l’avez fait piquer ?
— Ça devenait invivable pour ton père. Il devait se lever toutes les nuits pour la sortir dans le jardin. Elle souffrait beaucoup, ne parvenait presque plus à se déplacer… Et elle ne voyait plus rien.
— Papa tient le coup ?
— Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il va un peu mieux. Mais il ne veut pas en parler. Il reste silencieux, la tête ailleurs. Je crois qu’il est très malheureux… »
La mort de son père avait-elle immunisé le mien, alors âgé de dix-sept ans, à l’expression de la tristesse ? Il en parle rarement. Il était en pension. Parenthèse de vie fragile. Ai-je déjà vu une photo de mon grand-père inconnu ? Ma mémoire n’en a conservé aucune image. Je sais qu’il était malade, s’en est allé après une longue agonie. Longue agonie : foutaise. Cancer de la gorge et de la bouche. Il fumait et buvait, beaucoup. Sa manière de supporter le stalag, où il avait été prisonnier, puis de l’oublier. Sa manière de s’évader, comme il avait deux fois tenté de le faire pendant la guerre. En quelle année était-il décédé ? 1965 ? 1966 ? Je poserai la question lors de mon prochain séjour au Trez-Hir.
Je ne sais plus si j’ai envoyé un mèle ou un SMS à mon père. En fouillant, j’ai retrouvé : un mèle.
Mon cher père,
Maman vient de m’apprendre la triste nouvelle. Je sais ta peine et, de tout cœur, je la partage. Tess était une belle chienne, dans tous les sens du terme. Il n’y a malheureusement guère de mots pour apaiser ce que tu ressens. Juste laisser le temps, lentement, faire son œuvre, et garder en toi les précieux souvenirs et la joie qu’elle t’a donnée pendant tant d’années.
Je t’embrasse.
Sur l’écran de mon vieux Nokia, en début de soirée : « Papa ». J’ai très rarement mon père au téléphone. Ce n’est pas dans nos habitudes. Il lui arrive de répondre à la place de ma mère. Deux ou trois mots rapidement échangés. « Ton travail se passe bien ? » « L’argent rentre ? » « Tu as pensé à appeler ta sœur ? » « Quand viens-tu nous voir ? » Là, il prend son temps. Je peine à reconnaître sa voix. Il y a des blancs et des creux dans ses phrases atones. Merci, ta mère, Tess, vétérinaire, humanité, douleur. Corde très sensible sur laquelle les sanglots tentent de ne pas choir, jusqu’à ce qu’ils sautent comme un bouchon de champagne éventé, obstruent la gorge de mon père. Tess n’avait pris la place de personne, Tess était un lien affectueux qui nous réunissait, petits et grands, Tess comprenait tout, Tess était un symbole de joie familiale, Tess rassurait et apaisait, Tess rendait heureux. Un râle de deuil qui ne passe pas. Je me suis tu, ne voulant pas interrompre le bruit de son chagrin. Puis les pleurs d’un coup se sont apaisés. Mon père a retrouvé ses mots ; son débit s’est accéléré :
« Depuis mon retour de la guerre du Golfe, je me sens déphasé, incompris parfois. Je me sens seul avec ce que je vis, ce que je ressens.
— La guerre du Golfe ?
— À mon retour, plus rien n’a été pareil. J’ai mal vécu le temps que j’ai passé là-bas. Vous ne l’avez pas perçu. Tout ceci, pour vous, était peu de choses. Moi, je n’étais plus le même. Votre vie s’était poursuivie et j’étais mis de côté. Une distance nous séparait. Mon diabète n’a rien arrangé. La guerre et la maladie m’ont isolé. J’ai eu peur dans le Golfe et j’ai eu peur ensuite, avec la maladie. L’arrivée de Tess m’avait permis de me sentir moins seul. Maintenant, elle n’est plus là… »
La guerre du Golfe. Pendant des années, je n’y avais plus pensé. Le départ de mon père, l’angoisse, le théâtre des opérations : aux oubliettes. Cette période était sortie de mon esprit. Remplacée par les filles à effleurer, les premiers verres, les écrivains que je découvrais chez les bouquinistes. Ensuite : Louise, Mado, ma vie de patachon. Puis la guerre du Golfe avait fait sa réapparition, les derniers mois, alors qu’étaient abattus des journalistes satiriques, les spectateurs d’un concert de rock, des passants ou les fêtards de novembre, qui inventaient des étés indiens en trinquant en terrasse. L’État islamique, à la suite d’Al-Qaïda, était né sur les ruines de l’Irak de Saddam Hussein. Il suffisait de tirer le fil de l’histoire pour comprendre. Humiliation orientale, revenue comme un boomerang vengeur. La guerre du Golfe avait allumé la mèche de Daech et des attentats récents. J’en avais le cœur net. La guerre du Golfe : les derniers souvenirs de ma jeunesse, que je tentais de retenir. »

À propos de l’auteur
Éditeur et écrivain, Arnaud Le Guern vit entre Paris, le Finistère et les rives du lac Léman. Il aime ses chats, Paul Gégauff, les filles de la rue du Douanier-Rousseau et Roger Vadim (liste non exhaustive). Son précédent roman, Adieu aux espadrilles, paru en 2015, a été salué par la critique. (Source: Éditions du Rocher)

Compte Twitter de l’auteur 

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Nous aurons été vivants

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En deux mots:
Hannah croit voir sa fille dans la rue. Quel choc émotionnel, car Lorette a disparu depuis sept ans. Un événement qui a déstabilisé la famille et qui la plonge à nouveau dans ses souvenirs et dans sa quête jamais élucidée du pourquoi.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Une immense sensation de vide

À partir d’un choc émotionnel, la vision d’une fille disparue depuis sept ans, Laurence Tardieu nous offre un superbe roman sur la culpabilité, les relations familiales et la résilience.

À l’arrêt de bus, en plein Paris, Hannah croit voir sa fille Lorette qui a disparu depuis sept ans sans explication. On imagine ce que cette vision fugace peut remuer d’émotions, même si la personne en question n’est peut-être qu’une silhouette ressemblant à Lorette. Des souvenirs, des sensations, une sorte d’analyse froide d’une période désormais révolue, lorsqu’ils étaient une famille.
Car visiblement, ce drame a cassé quelque chose dans sa façon de voir le monde, mais aussi dans sa façon d’être avec les autres. Amis ou mari, parents ou relations, personne ne peut comprendre et personne ne peut ressentir ce qu’elle endure. Elle n’a plus envie de faire semblant, d’aller à ce dîner où tout le monde prendra bien soin d’éluder le sujet, mais n’en pensera pas moins. Cette première partie, grave et mélancolique, est en quelque sorte un constat d’échec. D’autant que Paul a retrouvé Marie Minard, une amie d’enfance, qu’il n’avait pas revue depuis 25 ans et avec laquelle il s’imagine pouvoir vivre une autre vie, reconstruire une relation qui laisserait de côté ce passé si pesant, si présent.
Hannah tente alors de s’accrocher aux moments heureux. Dans les images qui reviennent, il y a la rencontre avec Paul, avec Philippe et Lydie, les vacances en famille dans la belle maison près d’Arcachon, les premiers pas de Lorette. Les chapitres s’égrènent alors en quelques dates qui sont autant de marqueurs de cette vie pleine d’espoirs et d’épreuves, mais offrant un avenir. 9 novembre 1989, le jour où ils ont assisté ensemble à la chute du mur de Berlin, où elle s’est demandée ce que cela pouvait faire pour des membres d’une famille séparés depuis si longtemps de pouvoir enfin se retrouver. Puis il y a eu la disparition de Mam, sa mère, la naissance de Lorette, 18 septembre 1990, et le terrible «baby blues» qui a suivi, le 12 juillet 1993 et les vacances à Arcachon, le 31 décembre 1999, un réveillon à oublier, puis le 14 juin 2001, le 13 mars 2004, le 3 novembre 2006, le 17 août 2009, leur dernier été ensemble et ce 7 avril 2017 où Paul décide partir…
Avec Hannah, le lecteur voit le temps finir par tout user, ce temps qu’elle aimerait parfois saisir.
Laurence Tardieu, d’une écriture subtile et sensuelle, rend au plus près la quête éperdue de femme frappée par le malheur, happée par une peine qui l’empêche de communiquer. Elle sait qu’on ne refait pas le chemin à l’envers. Mais on peut toujours avancer. La troisième partie de ce beau roman va nous le prouver et nous offrir de superbes pages qui, j’en prends le pari, vous marqueront durablement.

Nous aurons été vivants
Laurence Tardieu
Éditions Stock
Roman
272 p., 19 €
EAN : 9782234084988
Paru le 2 janvier 2019.

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, mais aussi à Arcachon, Rome, Moscou, Saint-Paul-de-Vence et Lille.

Quand?
L’action se situe des années 1980 à aujourd’hui.

Ce qu’en dit l’éditeur
Est-ce Lorette, partie il y a sept ans sans laisser la moindre trace ni mot d’explication, qui se tient, en ce matin d’avril 2017, de l’autre côté du boulevard ? Hannah, sa mère, croit un instant l’apercevoir. Peut-être a-t-elle rêvé. Mais, dès
lors, plus rien ne peut se passer comme avant: violent séisme intérieur, la vision a fait rejaillir tout ce qu’elle avait tenté d’oublier. Ce même jour, plusieurs destins, chacun lié à Hannah, voient leur existence basculer.
Une journée particulière, donc, mais aussi trente ans de la vie intime d’Hannah Bauer, femme, artiste, mère, prise dans les soubresauts de son histoire familiale et de celle de l’Europe, Nous aurons été vivants est un hymne à la vie.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Christine Ferniot)
Blog Les lectures d’Antigone
RFI (Littérature sans frontière – Catherine Fruchon-Toussaint)
Blog Cutur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Clara et les mots
Blog Les carnets d’Eimelle

INCIPIT (Les premières pages du livre)
Prologue
De l’autre côté du boulevard, sur le trottoir, à moins d’une vingtaine de mètres d’Hannah, elle se tient là, imperméable beige, sac vert en bandoulière, bottes noires. Elle se tient là, aux côtés d’autres passants, attendant que le feu passe au rouge. Elle se tient là, nonchalante, comme s’il n’y avait rien de plus normal que se tenir là, un matin d’avril, sur ce trottoir parisien, oui comme si chaque matin depuis plus de sept ans elle avait continué à arpenter les rues de Paris et traverser des boulevards et attendre que des feux passent au rouge, elle se tient là, image tant de fois rêvée, fantasmée, soudain irrecevable, et la déflagration avec une extrême lenteur atteint Hannah, plonge sous la peau, traverse la chair, perforant le présent pour atteindre le cœur, lieu immémorial de la douleur, depuis des années muré, interdit d’accès, autour d’Hannah le monde s’est figé, les couleurs ont disparu, les formes vivantes ont disparu, le ciel a disparu, l’air même a disparu, ne reste plus qu’un élément, un unique élément, un CORPS, Hannah regarde et regarde et regarde encore la silhouette, là-bas, de l’autre côté du trottoir, il faudrait l’apostropher mais aucun son ne sort de sa bouche, il faudrait courir mais aucun signal ne parvient à ses jambes, et elle reste là, sans bouger, comme dans ces rêves où l’on ne peut plus courir. C’est à ce moment qu’elle voit les deux bus arriver, l’un derrière l’autre comme deux lourdes bêtes de somme, le premier ralentir, puis s’arrêter, le second s’arrêter à son tour, Hannah a perdu toute faculté de penser mais une voix à l’intérieur lui hurle qu’il faudrait y aller, faire un effort surhumain, être plus forte que sa peur, être plus forte que sa joie, s’élancer à travers le boulevard, s’élancer à travers les voitures, s’élancer à travers les klaxons, mais elle ne peut pas, elle ne peut rien, elle reste immobile, elle entend la voix à l’intérieur de son corps, à l’intérieur de sa tête, à l’intérieur de ses mains, et elle laisse faire, combien de temps cela dure-t-il, la sueur lui trempe le dos, elle demeure les yeux fixés sur les parois du premier bus, yeux débiles qui ne peuvent aller au-delà, qui s’écrasent contre les parois du bus comme elle-même a le sentiment de s’écraser de tout son long, compressée contre ces fichues parois, compressée à son tour comme une bête, et lorsque enfin, après une éternité, le premier bus lentement s’ébroue, suivi du second, tous deux semblables à deux énormes carcasses malhabiles, et que les yeux d’Hannah peuvent voir au-delà, de la silhouette au manteau beige, du sac vert en bandoulière, des bottes noires en léger déséquilibre, il ne reste rien.
Avait-ce eu lieu? Avait-ce réellement eu lieu? Avait-elle rêvé? Son cerveau avait-il disjoncté, inventant ce qui n’existait pas? Comment le savoir ? Comment en avoir la preuve. Il n’y avait pas de preuves, il n’y en aurait jamais, elle le savait déjà, et, à cette pensée, quelque chose en elle s’effondrait. Elle continuait pourtant à avancer, comme une idiote, sur le trottoir, que faire d’autre qu’avancer, il lui semblait que son corps s’était désarticulé, chaque membre se déployant selon une logique qui lui était propre mais son corps à elle, son corps en entier, elle ne le ressentait plus, elle en était coupée. Une poupée mécanique qui progressait, mètre après mètre.
Elle avançait et c’était comme si, à chaque pas, elle tombait.

Elle retrouve une sensation familière de son enfance. Ce n’est pas le noir, c’est autre chose encore, un brouillard épais, absolu, qu’on ne peut traverser, ni du regard ni de la pensée. Elle aimerait se rappeler ces prières qu’elle se récitait, jeune fille, et qui la sauveraient de tout pensait-elle alors, la déportant ailleurs, là où nulle peur ne pourrait plus l’atteindre. Mais, depuis, toute une vie a passé. Les prières sont devenues des paroles étrangères.
L’image la traverse en rafales. Elle a beau avoir déjà parcouru au moins cent mètres, l’image la pourchasse, l’image la talonne. Combien de temps cela a-t-il duré ? Sept, huit secondes ? Sept, huit secondes où elles ont été de nouveau comme réunies. Leurs deux corps dans le même espace, à quelques mètres l’un de l’autre. Sept, huit secondes où cela a de nouveau existé, où le monde est redevenu comme avant. Lorette, debout, nonchalante, dans la rue.
Plus précisément : sept, huit secondes où elle a cru que le monde était redevenu comme avant.
On croit apprendre et on n’apprend rien. Quelques fractions de seconde et on se retrouve là, à avancer comme un fantôme, parmi ces gens dont la présence vous est devenue insupportable. Hannah aimerait être seule au monde, qu’il n’y ait plus aucun bruit, aucun mouvement, nulle trace du dehors, comme dans ces paysages de neige qui paraissent avoir effacé la vie. Elle aimerait le silence le plus profond pour revoir la silhouette, la faire surgir de nouveau, s’y vautrer, s’y absorber comme si elle constituait, à elle seule, l’univers entier.
Une image lui vient: elle à vélo, toute jeune fille, onze, douze ans peut-être, roulant derrière un ami de son père sur les routes anglaises, ce dernier se mettant soudain à accélérer alors elle accélérant à son tour, tentant de ne pas le perdre de vue, s’essoufflant peu à peu, percevant son souffle de plus en plus rauque dans sa poitrine, s’obstinant pourtant, effrayée de voir la silhouette s’éloigner alors qu’elle se trouve seule sur une route inconnue, à la tombée de la nuit, dans un pays dont elle ne parle pas la langue, jusqu’à ce que l’air lui manque au point de tomber à terre. Pourquoi repense-t-elle maintenant à cet épisode?
Leurs deux corps dans le même espace, à quelques mètres l’un de l’autre. Quelle part ces sept ou huit secondes représentent-elles dans son existence depuis le 4 janvier 2010? Elle délire. Elle délire elle le sait. Mais comment faire autrement? Faudra-t-il rester arrimée à cette vision, se la repasser en boucle, le jour, la nuit, pour ne rien en oublier, aucun détail, ou au contraire s’en délivrer au plus vite, la jeter hors d’elle, hors de sa mémoire, comme si tout ceci ne s’était jamais produit, afin de ne pas finir tout à fait folle ? Elle ne sait pas, elle croit savoir et, la seconde d’après, sur ce trottoir sur lequel quelques gouttes commencent à tomber, elle ne sait plus. Comment peut-on, alors que la vie a déjà tant passé et qu’on pense avoir fait le tour, depuis sept ans, de toute la violence qu’elle est capable de déployer, se retrouver défaite en quelques secondes? On n’a rien appris, rien. Tout recommence toujours comme au tout début. Le même brouillard. De ce qu’elle en avait perçu son corps était resté le même, et son visage, et sa manière de se tenir debout, légèrement désaxée. Et elle portait un sac vert pomme en bandoulière, et un imperméable beige, et des bottes noires. Comment était-elle habillée au matin du 4 janvier 2010? La question avait obsédé Hannah durant des mois. Elle avait dû emporter une petite valise de vêtements, il manquait quelques affaires dans l’armoire, pas grand-chose, combien de fois Hannah avait-elle ouvert l’armoire, tenté de reconstituer ce qui avait disparu, comme si la clef du mystère du départ de Lorette résidait dans le choix de vêtements qu’elle s’était décidée à emporter… Elle savait bien que ça n’avait aucun sens mais cette reconstitution lui avait permis, les premières semaines, d’avoir l’illusion de faire quelque chose – ne pas abdiquer. Jusqu’au jour où elle n’avait plus ouvert l’armoire. Lydie était venue la vider un matin, elle l’avait laissée faire, elle se souvenait de ces heures suffocantes, irréelles. Les gouttes se font plus épaisses à présent, Hannah les sent couler sur son visage. Elles lui semblent douces. Oh le visage de Lorette… Se souvenir… S’autoriser enfin à se souvenir… Plonger dans ce temps clos de toute part, refermé sur lui-même… Depuis combien de temps ne s’est-elle plus accordé ce droit… Heureux sur le moment mais si douloureux ensuite, une plongée voluptueuse pour aussitôt se reprendre le réel en pleine gueule : l’impensable, l’absence – ce qui avait été n’existait plus, ce qui avait été ne serait plus. C’était trop douloureux, Hannah n’y arrivait plus, la dernière fois elle avait cru qu’elle ne s’en remettrait pas, elle avait pensé qu’elle resterait là vissée sur son fauteuil et qu’elle ne se relèverait pas, alors elle s’était juré de ne plus le faire, elle préférait renoncer à tous ces souvenirs, s’en interdire l’accès, tout ça resterait cadenassé au fond d’elle. Et ce matin… Ce matin il y avait eu une trouée dans le temps… Passé et présent s’étaient rejoints… L’unité s’était reformée… Lorette s’était tenue debout sur le trottoir d’en face.

Extrait
« Tout s’était délité sans qu’il s’en aperçoive. Il se rappelait pourtant avoir été très amoureux lorsqu’il l’avait rencontrée, à trente ans. Elle, sociologue, jeune femme rousse à la peau pâle, au rire presque silencieux, au regard obsédant (enchantement dont il avait fini, après plusieurs mois, par identifier l’origine : un très léger strabisme, dont on pouvait difficilement se rendre compte à moins de fixer longtemps les deux yeux, et à l’instant même où il avait compris ce qui depuis des mois le rendait fou, le regard gris-vert avait perdu de sa magie) et que tous ses copains lui enviaient. Lui, jeune cancérologue passionné par son métier, promis à un brillant avenir. Oui, la vie avait été belle, et joyeuse, et sexuelle, avec Claire. Que s’était-il passé pour qu’aujourd’hui les rares paroles qu’ils échangent concernent des pots de yaourt, le chauffagiste à faire venir, la litière du chat ? Que s’était-il passé, d’atrocement banal, qu’il n’avait pas vu se former, et contre quoi aujourd’hui il ne pouvait plus lutter, comme si Claire et lui avaient commencé, il y a bien longtemps, et alors même qu’ils ne le savaient pas encore, à glisser le long d’une pente, et qu’il n’y avait aujourd’hui plus de retour en arrière possible, plus de possibilité de bonheur ? »

À propos de l’auteur
Laurence Tardieu est l’auteur d’une dizaine de livres. Elle a notamment publié Le Jugement de Léa (Arléa, prix du roman des libraires Leclerc 2004) et, chez Stock, Puisque rien ne dure (prix Alain-Fournier), Rêve d’amour, Un temps fou et La Confusion des peines. (Source : Éditions Stock)

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Lynx

GENOUX_Lynx

En deux mots:
Le père de Lynx vient de mourir, écrasé par un tronc d’arbre. Un événement qui déclencher chez le fils une phase d’introspection et de remise en cause. Avec lui, on retourne en enfance avant de le suivre dans sa douloureuse phase de reconstruction.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La maison de l’enfance

Dans son nouveau livre Claire Genoux mêle le végétal et le minéral, l’enfance et la mort, les liens familiaux et l’envie d’ailleurs. Un drame plein de poésie.

Au-delà de l’anecdote, ce qu’il faut d’abord retenir de ce beau roman, c’est l’ambiance dans laquelle il baigne. La grande forêt et ses mystères, la météo caniculaire qui incite à la retenue et limite les déplacements, la maison d’enfance – isolée et remplie de souvenirs douloureux – qui devrait être un refuge, mais rappelle plutôt des heures sombres, qui porte encore les stigmates des malheurs passés. Sans oublier ce silence qui, comme à la manière d’une brume envahissante, semble pousser Lynx à le respecter, à économiser ses mots. La mort de son père, qu’il vient de retrouver écrasé par un arbre n’y changera rien, bien au contraire. L’expérience lui ayant appris que ce silence peut aussi être un allié :
« Parler c’était pas la peine. Dans l’enfance, après le départ de maman, les mots n’ont plus été utilisés. Seuls le silence et les coups ont été gardés comme moyen d’information. Quand Père rentre du bois avec les machines et les haches, les épaules retirées sous le pull, quelque chose monte qui empêche de respirer jusqu’au fond. Le bol de soupe et le pain sont jetés sur la table. Lynx ne lève pas la tête, se protège les yeux. C’est maman à la maison qui parlait, qui écrivait des billets, des listes, disait des histoires et des drôleries. Père n’aimait pas qu’elle s’enferme seule au premier pour faire de l’écriture et des poèmes dans des carnets tout sombres, qu’elle ait comme ça sur elle cette vue, depuis l’intérieur, cet espace pour s’installer. Père, ça le porte à l’agressivité, ça lui donne les nerfs ces moments de pause qu’elle s’accorde, qui sont pris sur le temps du ménage et du maintien de la maison. Il refuse de lire ce qu’elle voudrait lui montrer. Les yeux de Père sont noirs, de la couleur du feu. Sur la maison, sur cette chose-là de leur vie commune, sur ce qui va et qui vient, il ne veut rien savoir. »
Lynx va-t-il pouvoir sortir de ce traumatisme? Trouvera-t-il dans la compagnie de ses proches la force de se construire un avenir? C’est tout l’enjeu des pages qui suivent…
Sauf que Claire Genoux s’amuse à brouiller les pistes, à instiller le soupçon. Pourquoi ce malaise persistant? Lynx aurait-il quelque chose à voir avec la mort de son père? L’été et la saison touristique arrive avec son lot de touristes et de promeneurs qui peuvent se restaurer. Lilia vient lui prêter main-forte. Avec son fils, elle a aussi envie de trouver dans la maison d’enfance un refuge, un endroit pour écrire.
Verba volant, scripta manent
Lynx pressent que si les paroles s’envolent, les écrits restent et que leur force est colossale. « Lynx ne sait pas comment on capte les histoires, comment on s’y prend avec la viande des mots ou comment on coupe à l’intérieur pour faire des poèmes. Comment ça fusionne, comment c’est rassemblé après dans le livre. Mais il peut bien s’imaginer que quelque chose tombe en obscurité comme quand il s’avance dans les branches, quand il se rapproche des bêtes qui soufflent. Il peut se l’imaginer et qu’ensuite quelque chose doit être accompli, qu’il faut frapper aux mots comme lui, Lynx, il frappe aux troncs et qu’il faut venir tout près pour sentir dessous ce qui se passe. Alors seulement on mérite sa place contre la nuit. »
La romancière nous en donne du reste la plus belle des démonstrations. Son écriture est de celle qui envoûtent et qui emportent les lecteurs.

Lynx
Claire Genoux
Éditions José Corti
Roman
206 p., 167 €
EAN : 9782714312111
Paru le 30 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas cité, proche d’une grande ville, en bordure d’un lac et d’une grande forêt. On y évoque aussi le Canada et le Vietnam, les îles du Pacifique Sud et les montagnes de l’Atlas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une forêt, un fleuve, une maison d’enfance: c’est le monde de Lynx, dont le père vient brutalement de mourir, écrasé par un tronc. Destin, accident, suicide? Quitter la buvette où il travaille, fuir à moto vers les terres amples et dures du Maroc serait une solution pour éviter de se confronter au drame, au souvenir d’une enfance faite de confusion et de solitudes.
Quelque chose pourtant retient Lynx. Est-ce l’arrivée de Lilia et de son petit qui viennent aider pour la saison?
Au cours de cet été sec et enflammé, le plus chaud du siècle dira-t-on, une menace pèse, inexplicable.
La forêt est un lieu puissant de rencontres et de cris sourds. Elle se fait, dans ce beau roman, l’expression d’une quête qui ne cherche pas à aboutir, mais questionne sans cesse le rapport à l’autre dans une écriture qui va au plus profond des êtres et des choses, à la fois âpre et d’une grande sensualité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Courrier de Genève (Anne Pitteloud)
Le blog de Francis Richard

Les premières pages du livre
« Le corps de Père avait disparu tout entier dans des trous de vieilles ronces, seul le visage éclairait. Le terrain n’est plat que par endroits et difficile d’accès dans cette partie de la forêt qui surplombe le fleuve. Il était parti avec la tronçonneuse. On ne l’a retrouvé que tard dans l’après-midi après des heures de recherche et déjà la lumière avait baissé. C’est Lynx qui a donné l’alerte. Il a entendu l’arbre tomber, ensuite plus aucun bruit. Il a été chercher les pompiers et ils ont mal retrouvé l’endroit à cause du brouillard qui s’était épaissi. Le visage était comme détaché du corps, la bouche donnait des mots dans le désordre. Ils ont conclu à l’accident. Dans un premier temps ils ont laissé Lynx tranquille. Père était malade et les gens de la ville savent qu’il ne faut pas toucher aux forêts, aux fleuves et aux lacs d’ici : des morts étranges s’y produisent, des noyades qui ne s’expliquent pas. Les bêtes se traînent, pourrissent dans des trous. Personne n’a dans l’idée de vouloir expliquer ça, de comment la terre et l’eau se nourrissent.
À l’hôpital le corps de Père flotte sous le drap. Les médecins disent qu’il ne souffre pas, même s’il est secoué de convulsions et que ses lèvres semblent chercher l’air. Trop de vaisseaux et d’artères ont sauté pendant l’amputation, trop de tissus dénoués, le sang s’est répandu jusqu’au haut de l’abdomen. Il fait si doux que Lynx entrouvre la fenêtre, offre son visage à la forêt qui est à peine visible derrière les immeubles de la ville. Il respire le parfum des tulipes plantées dans les jardinières sur le rebord de la fenêtre. Il a besoin de ça, d’air frais et de silence. Les fleurs sont interdites à l’intérieur des chambres.
Là-bas dans la grange, la moto de Lynx est prête, il n’y a qu’à tourner la clé et démarrer, suivre le ruban vert et brun de la route où le soleil brille tout blanc.
Et oublier l’enfance, ce bloc de solitude.
Lynx ne viendra qu’une fois visiter Père à l’hôpital. Il a d’autres choses à s’occuper dans la forêt avec les bêtes. De quoi auraient-ils parlé de toute façon, Père et lui. Père n’a jamais réchauffé le corps pendant l’enfance. Sur la table il posait la masse des nourritures froides et se taisait, laissait les lits sentir, les armoires se remplir de mites. Il disparaissait dans la forêt avec ses tronçonneuses et ses haches, tournait le dos quand Lynx à la cuisine crayonnait des devoirs.
L’enfance a été faite avec Père seulement, avec les longues heures d’attente dans la forêt et la lumière jaune des arbres. Avec le fleuve, avec l’étang qui était beaucoup plus marécageux qu’aujourd’hui, et ça ne pourra pas être transformé. Lynx s’en ira, il oubliera tout de la maison d’enfance, s’arrachera aux hivers. Il vivra et durera loin d’ici. Une autre vie viendra avec le voyage à moto, la tête sera débarrassée et toujours il conservera une bonne place dans sa bouche pour la cigarette, qui sent la terre et enivre jusqu’au poumon.
De la forêt, des bruits de la nuit et des bêtes, il ne s’occupera plus, il fumera lentement les yeux fermés sans penser à rien. »

Extraits

« Sans les voyages il ne tiendrait pas ici entre la forêt et le fleuve. Père le savait qui aurait voulu garder Lynx au plus près de la maison d’enfance, l’attacher à l’herbe froide des hivers.»

« Il ne peut rester dans la forêt avec ce tas de cicatrices cousues et les restes d’une enfance trop lourde à manœuvrer. Et il y a tant d’éléments qui lui sont impossibles à nommer, il ne saurait pas par où commencer.
Il a besoin de vent haut, de marées régulières, surtout il doit apprendre à vivre.»

« Les arbres forment un auvent au-dessus de la clairière, les flammes claquent, le vent dépose sa dent dure sur la tête des vivants. La forêt est pleine, elle renferme des colères mal éteintes. Ce serait de cet inachèvement que l’histoire tirerait sa force. Aucun autre événement ne se produirait dans le livre que la solitude de Lynx. Aucune autre musique que celle du feu. L’écriture seule resterait, une écriture basse, des phrases incomplètes. Elle s’installerait dans l’intimité des pages et plus rien des arbres ni du fleuve ne serait perçu. Le travail serait d’aller à cet extrême du silence donné par le feu, celui qui a détruit l’enfance, celui qui a condamné au secret. » p. 50

« On rend visite une fois par semaine, puis les visites s’espacent. Lily-Anne reste assise sur le banc devant l’entrée de l’hospice, récite des noms de fleurs. On a parlé du monde rude de la forêt, de l’isolement, des odeurs boueuses du fleuve, mais on n’a pas inspecté dans les coutures de la terre, on n’est pas allé regarder dans la doublure des choses. Comment Père traitait, comment il partait aux outils sous le ciel vide. On ne quitterait pas ce monde. On tiendrait sans parler. Le soleil du matin sèche la table devant le cerisier, on ne peut pas poser de mots sur ce qui est au dedans. Lilia oui elle essaie, il lui pousse une langue au bout du stylo-plume. Elle retrouve ce qu’il faut dans le fond des armoires et sous les lits, le porte au jour avec un talent sûr. » p. 189

À propos de l’auteur
Claire Genoux vit à Lausanne en Suisse où elle est née en 1971. Elle obtient une licence ès Lettres en 1997, l’année où paraît son premier recueil de poèmes “Soleil ovale” aux Editions Empreintes. En 1999, “Saisons du corps” est couronné par le Prix Ramuz de poésie. En 2000 paraissent les nouvelles “Poitrine d’écorce” (Bernard Campiche) et elle reçoit une bourse à l’écriture de la Fondation Leenaards. Suivent des poèmes et des nouvelles. En 2014 Claire Genoux publie un premier roman “La Barrière des peaux” (Bernard Campiche) qui est suivi en 2016 par les poèmes d’Orpheline qui reçoivent une bourse de Pro Helvetia, fondation suisse pour la culture, ainsi que le prix Alpes-Jura.
Parallèlement à ses activités d’écrivain, Claire Genoux enseigne à l’Institut littéraire suisse à Bienne. (Source : Éditions José Corti)

Page Wikipédia de l’auteur

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Simple

ESTEVE_simple

Logo_second_roman

En deux mots:
Antoine Orsini découvre dans le maquis le cadavre d’une jeune fille assassinée. Comme il est le baoul, l’idiot du village, il attire d’emblée les soupçons et se voit condamner. Près de trente ans plus tard, il raconte ce qui s’est vraiment passé.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’idiot du village

Julie Estève est de retour avec un roman formidablement cruel et un suspense admirablement construit, le tout servi par une langue d’une inventivité rare, celle du baoul, le narrateur considéré par tous comme l’idiot du village.

À propos de Moro-Sphinx, son premier roman, je disais que Julie Estève « fait montre d’un beau savoir-écrire et parvient à ménager le suspense, à nous livrer chapitre après chapitre les bribes d’une vie qui se dissout dans une sorte d’ordinaire peu ordinaire. » Un jugement que je peux réitérer avec ce second roman, même s’il est situé à mille lieues du premier.
La jeune femme à la sexualité débridée a laissé la place à un homme qui vit dans un petit village en Corse sur les hauteurs d’Ajaccio. Nous allons le suivre à plusieurs époques de son existence, chroniqueur des faits divers – et des bribes de sa vie – qui vont secouer cette communauté.
Disons d’emblée combien ce personnage est bien campé et combien Julie Estève a réussi le pari de créer une langue propre au baoul qui donne à ce second roman un parfum très original. Le baoul, c’est le nom que l’on donne en Corse au simplet, à l’idiot du village. Antoine est donc un être à part, mais contrairement à ceux que croit la majorité des habitants, son dérangement n’affecte nullement sa mémoire.
Quand l’histoire commence, il vient de dénicher une chaise en plastique qui va devenir sa confidente. Tout au long du roman, il va s’adresser à elle pour lui raconter ses souvenirs ou pour préciser un point.
Il se souvient de sa scolarité, de la cruauté dont il a été victime, mais aussi de la gentillesse de sa maîtresse, Madame Madeleine, qui repose aujourd’hui au cimetière et à laquelle il rend régulièrement visite: «Je la couvre d’immortelles parce qu’elle mérite un champ de fleurs au-dessus d’elle. Même si ça sert à rien vu qu’elle est morte, c’est bien mieux avec, que rien.»
Mais un autre corps en décomposition va faire grimper l’intensité dramatique et le suspense, celui de Florence Biancarelli, retrouvée morte à seize ans en 1987. «Florence, elle ressemblait au soleil au zénith. La regarder, ça faisait suinter les yeux. Quand je l’ai trouvée dans la forêt de pins, elle était plus une star pour un sou! Magic, il était planté par terre à côté, on sait pas ce qu’elle a pu lui raconter, il a pas dit un mot ! En tout cas, la petite, moi j’ai failli pas la reconnaître, comme de la cire elle était sa peau. Avec les globes enfoncés! j’dis à ma chaise. C’est en 1987 que j’l’ai découverte! Un jeudi. Ça fait vingt-neuf ans, ça fait du chemin. Florence, c’est la pire chose qui me soit arrivée dans la vie. Les autres y disent que c’est ma faute si elle est morte, y disent que j’suis une saloperie et qu’y faudrait m’arracher les couilles! » Avec la chaise en plastique du bar, le lecteur va petit à petit découvrir la vérité, entendre parler d’autres morts et découvrir les secrets que le village préfèrerait voir rester enfouis. Après tout, c’est si facile de condamner le baoul. Si même si la police le voit comme un coupable idéal, il n’a pourtant pas tué Florence. Bien au contraire, il était chargé de la surveiller pour le compte de son ami Yvan, l’employé de la poste, qui rêvait de l’épouser et pouvait disposait en échange de la cabine téléphonique à partir de laquelle il pouvait appeler le monde entier.
Aujourd’hui, après avoir purgé une longue peine de prison, il est de retour mais il est seul. Il n’y a guère que son ami Magic pour l’accompagner.
Julie Estève réussit tout à la fois une chronique sociale, une ode à la différence et un manuel sur la cruauté. Et nous voilà à nouveau du côté de Moro-Sphinx !

Simple
Julie Estève
Stock
Roman
208 p., 17,50 €
ISBN: 9782234083240
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en Corse, dans un village dans le maquis, du côté d’Ajaccio.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au cœur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable?
On plonge à pic dans la poésie, le monde et la langue singulière d’un homme simple, jusqu’à la cruelle vérité.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle
Blog L’insatiable (Charlotte Milandri)
Blog Bricabook
Blog Moka – Au milieu des livres

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
L’Albatros (Le blog de Nicolas Houguet)
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Julie Estève présente Simple © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Les autres, ils verraient rien qu’un déchet! Ils ont pas l’imagination nécessaire mais moi, la chaise en plastique du bar, fêlée au milieu, paumée dehors à côté des poubelles, si je regarde bien la fissure au centre, c’est la faille de San Andreas que je vois ! Je trouve qu’elle ressemble à l’idée que je m’en fais. Les autres, ça leur viendrait pas à l’esprit que la faille peut s’ouvrir et le monde s’écrouler comme un château de cartes, pulvérisés les immeubles, engloutis les routes, les ponts, les gens, dans un trou géant, et ça tremblerait de partout, et c’en serait fini de la Californie et de Google, peut-être aussi de l’humanité va savoir, tous crevés, tous brûlés, aspirés, broyés, et la mer, la mer se déchaînerait et fabriquerait une vague plus grande que les gratte-ciel, et toutes les vitres des gratte-ciel exploseraient dans une pluie de verre : y aurait un boucan ! alors un type costaud, avec des biceps comme des cuisses, voudrait sauver sa femme et puis sa gosse grâce à son courage et à ses muscles, ce type, c’est Dwayne Johnson, il a pas l’air subtil, il a une tête carrée on dirait un cube et son corps un mur en briques, ce type, Dwayne Johnson, il pilote des hélicoptères, des avions, des bateaux, des poids lourds, il sait tout faire comme qui rigole et moi j’l’ai vu la semaine dernière à Ajaccio, sur l’écran large de l’Ellipse, j’avais pas l’argent pour le cinéma mais j’ai fait mon numéro à la guichetière et elle m’a laissé entrer ! faudrait que je lui offre un p’tit quelque chose pour remercier, des fleurs qui poussent dans le maquis, y a qu’à se baisser, un gros bouquet, à coup sûr ça lui ferait plaisir, les filles ça aime les fleurs et je serais gentleman ! en plus, elle est jolie avec ses yeux noirs et ses grands seins. Quand j’y repense, c’était du beau spectacle le film San Andreas, le tremblement de terre, les seins de la guichetière, y a pas à dire, les Américains ils savent inventer les catastrophes naturelles avec les effets spéciaux.
La chaise, elle est perdue comme moi au soleil, et le soleil craque sur ma tête mais je m’en cogne d’être rouge, d’être fou de chaleur, j’en profite parce qu’il chasse les autres dans les lits et les fauteuils à bascule, ils dorment dans leur coin et moi j’ai la paix ! Là, on entend rien que les mouches et les frelons qui passent et qui dérangent le silence, on leur dit rien à eux, ils sont peinards les insectes.
Me suis foutu sur la chaise et j’ai le cul coincé dans le trou comme un con, y a mon short qui dépasse, ça me pince la peau des fesses, j’arrive pas à m’en sortir et à m’arrêter de rire, ça me fait des hoquets et des larmes au bout des yeux, chut, chut, je mets le doigt sur ma bouche pour contrôler mais ça marche pas c’est pire, chut, je dois pas foutre le bordel avec ma rigolade, ça va les réveiller les autres, et alors ils vont gueuler ferme-la le mongol ! voilà ce qu’ils vont dire à coup sûr, oh! je sais bien comment ils m’appellent, y a tellement de mots sales dans la langue en français pour causer de moi! Un jour, j’ai dressé une liste dans mon cahier et j’en suis pas revenu de tous les mots possibles, je les ai criés comme un taré, les uns après les autres, et les mots y z’étaient devenus les balles d’un fusil, ça m’a brûlé la peau, j’ai gardé ma liste!
J’installe ma chaise devant l’école en face qu’est fermée depuis un bail, y a plus de cris dans la cour. L’école, c’est madame Madeleine. Quand je pense à elle j’ai froid. J’essaye de pas trop me souvenir mais j’ai une mémoire pas normale et je me rappelle tout ici. J’ai treize ans et des poux dans la tête. Je me gratte en permanence, et les démangeaisons ça crée des croûtes en plus des bêtes qui ont choisi mes cheveux comme maison. Personne veut se mettre à côté dans la classe, suis assis au fond avec Philips mon plus grand copain que j’appelle Magic. J’lui ai trouvé son vrai nom dès que je l’ai rencontré! Il est petit et il a des boutons. Ma place, c’est près de la fenêtre, je vois les arbres à l’extérieur et le vent.
Les autres y se pincent le nez et y disent que je pue, y disent que je suis le pouilleux et que je serai clochard plus tard à cause de l’odeur, et de la crasse sur mes pieds, et sur mes mains, et sous mes ongles. J’leur réponds qu’ils seront morts un jour et qu’ils schlingueront à perpétuité au cimetière pas loin, alors ils chialent parce qu’ils ont peur de sous la terre, des asticots, des vers. Y me poussent.
– T’es un putois ! ils crient.
Un putois, j’trouve que c’est joli. Avec Magic aussi on cherche des animaux à distribuer, et Noëlle, elle a des taches de rousseur plein la gueule pis les yeux bas: c’est la murène Noëlle!
– Noëlle la murène, Noëlle la murène! je braille.
Tout le monde rit sauf elle parce qu’elle aime pas les poissons. Le lendemain, Noëlle, elle vide la bouteille de parfum à sa mère sur ma tête, je sens la fille la vache ! Elle colle des chewing-gums dans mes tifs j’arrive pas à les retirer, ça fait des fils blancs comme une toile d’araignée. Je vois ma tête aux toilettes, j’peux pas me dominer tellement je me bidonne, et les autres aussi y se bidonnent, à se plier.
Un jour j’ai becqueté des mouches elles étaient crevées. Les copains, ils les avaient planquées dans un fiadone, elles ressemblaient à du chocolat moi j’ai pas fait la différence. Sous le pin à la récréation, je renifle la résine qui sort du tronc pour respirer pareil que les arbres. Je casse les pommes avec un caillou et je mange les pignons cachés dedans. C’est mon plat préféré les pignons mais sur les mains à la fin c’est du goudron. Ça met longtemps à s’en aller ça, et les copains y jouent à chat, et d’un coup ils courent vers l’arbre!
– Tous sur le putois! elle hurle Noëlle.
J’suis pas préparé à la bagarre et me souviens que des petites semelles qui dansent au-dessus, et des crachats, et puis la cloche elle sonne. Y a un âne qui passe au ralenti, il a une tête à faire pleurer. Les ânes, ils ont toujours une tête à s’attendrir. Y me regarde. J’veux lui donner une caresse mais j’ai perdu ma force pour m’lever. J’ai envie de pisser alors je pisse où je suis dans mon pantalon. J’m’endors en boule sur le gravier en moins de rien. J’suis par terre à roupiller, et madame Madeleine, elle m’réveille avec ses mains douces comme les galets de la rivière. Elle a les yeux pleins de flotte en m’voyant mais elle me fait des sourires. Elle m’apporte dans sa maison qui est rangée. Rangée et sans poussière. Elle m’déshabille en entier, oh j’ai la pine à poil! Elle me fiche dans la baignoire et me nettoie avec une éponge et du savon à la lavande. Elle inspecte mes jambes, mes bras, mon dos, mon ventre, et toutes les taches bleues et jaunes et marron que j’ai. Elle attrape une serviette avec des bouclettes molles et elle me frictionne pour que je sois au sec. L’eau du bain, ça fait du blanc dans l’air qui efface le miroir et je dessine dans la buée un arbre. En dessous, avec mon doigt, j’écris Madlène. Elle pose un bisou sur mon front et elle me peigne avec sa brosse, et comme les chewing-gums y partent toujours pas, elle coupe aux ciseaux des touffes énormes! Y en a partout par terre d’mes cheveux, on croirait la nepita dans les rochers des montagnes.
– Voilà mon garçon, tu es propre comme un sou neuf! elle dit.
Elle me dit mon garçon, madame Madeleine. Et elle part, et elle revient avec un vieux pantalon qui est à son vieux fils. Elle me le fait enfiler et j’peux garder le fute en cadeau! Après ça à l’école, les copains, tous y m’appellent Antoine. Fini le putois, fini le pouilleux, fini le bouffeur de mouches. Au goûter, madame Madeleine, elle me raconte des histoires de dieux et de déesses en Grèce, elle m’apprend à bien compter, et à bien lire dans mon dictionnaire, et qu’il faut être bon en soin, mais j’y arrive pas toujours à être appliqué dans mes cahiers. Elle m’dit des choses que les autres y connaissent pas. Un jour dans son lit, d’un coup sec son cœur il lâche, et je sais plus avec qui lire et être bien coiffé. Alors je chiale. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’chiale partout. Dans le maquis sur la route de Nocerella dans l’épicerie de la mère Biancarelli au lac devant la mairie dans la cour de récré à la chapelle au rond-point du Finosello sur le sable dans les toilettes dans les arbres, et j’en oublie sûrement des endroits où j’ai chialé!
Madame Madeleine, je la visite au cimetière dès que je peux, et je la couvre d’immortelles parce qu’elle mérite un champ de fleurs au-dessus d’elle. Même si ça sert à rien vu qu’elle est morte, c’est bien mieux avec, que rien. »

Extraits
« Florence, elle ressemblait au soleil au zénith. La regarder, ça faisait suinter les yeux.
Quand je l’ai trouvée dans la forêt de pins, elle était plus une star pour un sou! Magic, il était planté par terre à côté, on sait pas ce qu’elle a pu lui raconter, il a pas dit un mot ! En tout cas, la petite, moi j’ai failli pas la reconnaître, comme de la cire elle était sa peau.
Avec les globes enfoncés! j’dis à ma chaise.
C’est en 1987 que j’l’ai découverte! Un jeudi. Ça fait vingt-neuf ans, ça fait du chemin. Florence, c’est la pire chose qui me soit arrivée dans la vie. Les autres y disent que c’est ma faute si elle est morte, y disent que j’suis une saloperie et qu’y faudrait m’arracher les couilles! »

« Quand je l’ai dénichée Florence, elle était allongée au milieu des pins, Magic à ses pieds il était tout crotté! La gamine, elle avait les yeux ouverts sur rien. Elle ne bougeait plus un orteil. J’avais beau l’appeler, elle ne répondait pas. Je l’ai chatouillée sous les pieds, rien, elle rigolait pas du tout! Du coup, je l’ai secouée. Elle était molle et y avait du sang en quantité! Me suis approchée de sa bouche, lui ai enfoncé à l’intérieur un doigt voir si elle mordait, non, elle mordait pas ! J’ai gueulé à deux pas de ses oreilles et ça l’a pas dérangée. Puis me suis foutu à transpirer pareil que la mer, salé. Florence, elle sentait les abattoirs alors qu’avant, son parfum il était à la lavande, j’aimais bien la renifler. Après je me souviens plus, suis tombé à la renverse. Quand j’ai revu le monde, j’avais chié dans mon pantalon, y en avait partout de la merde! » (p. 23 et 24)

« Me suis foutu à trembler pareil qu’un vieux moteur. C’était la première fois qu’on me condamnait à mort ! J’avais pas envie de crever déjà et me retrouver dans le trou au cimetière avec ma mère ! À l’heure qu’il est, elle doit être toute pourrie bouffée par les vers. Elle doit être verte maman, ou marron, ou bleue. Peut-être elle a même plus de peau sur ses os et c’est qu’un squelette ! J’ai pas fait exprès de la tuer maman, c’était improvisé! Quand je pense à elle, j’ai du vomi qui me monte d’en bas. »

« Et papa est mort un dimanche y a dix ans. Son foie il était imbibé de vin pareil que l’eau dans l‘éponge. C’était la cirrhose! II avait plus besoin de manger et il dormait souvent. Sur son corps, partout y avait des bleus alors que personne le tabassait, lui. Il dégueulait dans les toilettes, puis après il faisait ça dans le seau près du lit. Il avait plus sa force à Ia fin, même pour les insultes. Et une nuit, voilà, il a crevé, c’est grâce à la fièvre. Il est mort au même endroit que maman dans les draps, une place qui est confortable. Maintenant. ils sont réunis au cimetière debout dans un trou.
La mort c’est un trou! On tombe dedans mais ça dure combien de temps la chute, et au bout du trou y a quoi… »

À propos de l’auteur
Julie Estève est née en 1979 à Paris. Après Moro-sphinx, son premier roman (2016) très remarqué par la presse, elle signe son second roman Simple. (Source : Editions Stock)

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Ce que l’homme a cru voir

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En deux mots:
Simon Reijik revient dans son village natal près de Toulouse pour retrouver un vieil ami malade. Entre souvenirs et retrouvailles, son passé va lui revenir en pleine figure, faisant voler en éclats la vie qu’il s’était soigneusement construite loin de l’épisode traumatisant de son enfance.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Rattrapé par son passé

Gautier Battistella confirme son talent en racontant le retour en Haute-Garonne d’un jeune homme qui va vite se rendre compte qu’on ne se débarrasse pas si facilement de son passé.

« Je sais ce qu’ils pensent de moi, les autres. On ne peut empêcher personne. Je croyais qu’un jour, je ne les entendrais plus. Je me suis trompé. Ils hurlent à voix basse. On me regarde par-derrière. On chuchote « pauvre garçon », ce n’est pas de moi qu’ils parlent. Ils racontent des tas de mensonges. J’ai peur de finir par les croire. Je me regarde dans le miroir, j’ai changé. Le matin, j’ai la bouche pâteuse, mauvaise haleine. Je commence à perdre mes cheveux. Je ne dors plus. Je n’en peux plus de grelotter sous le soleil. La fièvre, en été. Tu les entends, aussi ? Ces voix, le jour et la nuit. Dis-moi que je ne suis pas le seul à devenir fou… Le matin va se lever. Mon sac est prêt. Je n’ai pas peur, aucun regret. Puisqu’ici, on refuse d’oublier, j’irai là où on ne me connaît pas. Ne me cherche pas. Nous ne nous reverrons plus. Bonne chance, Toni.
Simon. »
Le second roman de Gautier Battistella s’ouvre sur ce courrier énigmatique adressé par Simon à Toni. Et s’il conservera son mystère une grande partie du livre, il livre aussi quelques indices que l’auteur nous dévoilera au fur et à mesure du déroulement de l’histoire familiale de Simon, de ses parents et grands-parents.
Gregor Reijik, le grand-père, est chronologiquement, le premier à entrer en scène. Né en 1921 en Pologne, il survivra au carnage de la seconde Guerre mondiale, aux exactions des troupes allemandes et parviendra à prendra le chemin de l’exil. Traversant toute l’Europe, il finira par arriver en France, à Carmaux, puis à Verfeil. C’est dans cette localité de Haute-Garonne que la famille va prendre racine. C’est aussi là que se trouvent les réponses aux questions qui vont se poser durant toute la première partie du roman. C’est là aussi que Simon va revenir après l’annonce de la grave maladie de Toni. Il tentera de revoir son ami avant sa mort ; on comprend vite tout ce que ce séjour remue de souvenirs et d’émotions.
Derrière l’image du jeune homme prometteur, pour reprendre le titre du premier roman de Gautier Battistella, se cache une profonde faille. Si Simon a choisi de partir pour Paris, c’est aussi pour s’inventer une nouvelle vie.
Sa profession, effacer les traces numériques gênantes de ses clients, n’a du reste rien à voir avec le hasard. Simon « offrait des zones d’ombre aux victimes et, si besoin, leur inventait un passé de rechange. Une autre vie possible. Il maquillait leur fuite. La vérité n’est souvent qu’une question d’éclairage. »
Et suivant l’éclairage, on pouvait trouver sa vie plutôt réussie. Une profession gratifiante et bien rémunérée, une épouse professeur de lettres de 35 ans, un appartement de cent vingt mètres carrés sur deux étages, avenue Ledru-Rollin et deux chats, Clyde et Bonnie 2. Lui qui était « entré en couple par hasard » chérissait le « juste équilibre de dissimulations et d’attentions » qui les liait. Jusqu’à ce brusque départ vers Verfeuil.
Avec un sens de la construction diaboliquement addictif, l’auteur nous fait découvrir cette faille qui, au fil de la seconde partie, va tout faire voler en éclats. Et nous prouve une fois encore que les secrets de famille ne devraient pas rester enfouis. Car plus on les cache et plus violente est la déflagration lorsqu’ils ressurgissent.

Ce que l’homme a cru voir
Gautier Battistella
Éditions Grasset
Roman
234 p., 19 €
EAN : 9782246859734
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Verfeil en Haute-Garonne, mais aussi à Paris et en Normandie ainsi qu’au fil les étapes de l’émigration familiale dans les montagnes de la petite Pologne, un village à trente kilomètres de Zakopane puis la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, l’Italie et la France depuis Nice et Carmaux.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec un retour dans l’histoire familiale jusqu’en 1921.

Ce qu’en dit l’éditeur
Simon Reijik a refait sa vie. Son métier: effacer les réputations numériques, libérer les hommes de leur passé. Lui-même croyait s’être affranchi de son histoire, jusqu’au coup de téléphone d’une inconnue. Simon abandonne sans explication sa femme Laura, et retourne sur les lieux où il a grandi.
Il retrouve près de Toulouse cette terre gasconne, si attachante qu’on la dit amoureuse. Il l’avait fuie, elle ne l’a jamais quitté. Les acteurs de son enfance, vivants et morts, se rappellent à lui.  C’est l’heure des comptes. Le voici contraint d’accomplir le chemin qu’il a refusé de suivre vingt ans auparavant. Simon a cru voir, il s’est trompé. On ne sait jamais ce que le passé nous réserve.
Un parcours initiatique d’une grande puissance, porté par une écriture charnelle, sensible, intense.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com


Gautier Battistella présente Ce que l’homme a cru voir © Production Hachette France

Les premières pages du livre
« Je sais ce qu’ils pensent de moi, les autres. On ne peut empêcher personne. Je croyais qu’un jour, je ne les entendrais plus. Je me suis trompé. Ils hurlent à voix basse. On me regarde par-derrière. On chuchote «pauvre garçon», ce n’est pas de moi qu’ils parlent. Ils racontent des tas de mensonges. J’ai peur de finir par les croire. Je me regarde dans le miroir, j’ai changé. Le matin, j’ai la bouche pâteuse, mauvaise haleine. Je commence à perdre mes cheveux. Je ne dors plus. Je n’en peux plus de grelotter sous le soleil. La fièvre, en été. Tu les entends, aussi? Ces voix, le jour et la nuit. Dis-moi que je ne suis pas le seul à devenir fou… Le matin va se lever. Mon sac est prêt. Je n’ai pas peur, aucun regret. Puisqu’ici, on refuse d’oublier, j’irai là où on ne me connaît pas. Ne me cherche pas. Nous ne nous reverrons plus. Bonne chance, Toni. Simon.

Première partie
Prétendre que le vieux Gregor n’était pas bavard relève de la litote: il ne s’exprimait que contraint par les circonstances. Sa tendance à l’exagération silencieuse s’était accentuée à la mort d’Angelina, la seule femme qu’il ait jamais aimée. Parfois, pourtant, la vieille prune qu’il distillait derrière la chaudière prenait la parole à sa place; certains souvenirs échappaient à leurs bâillons. Peut-être se cachait-il davantage derrière ce qu’il omettait de révéler. Qu’importe. Depuis John Ford, tout le monde sait que quand la légende est plus belle que la réalité, on raconte la légende.
«Je suis né de la mort de ma mère, une nuit de décembre. C’était en 1921, à trente kilomètres de Zakopane, dans les montagnes de la petite Pologne. Gregor y avait passé une enfance rude et solitaire, auprès de son père menuisier. Il l’aidait à l’atelier: de cette période remontait sa fascination pour les outils minutieux, ciseaux, coutant, ou alènes. À dix-sept ans, il avait assisté à l’entrée des troupes allemandes, venues de Slovaquie. Lui ne connaissait que la pierre et l’odeur du feu, le mugissement sourd des châtaigniers, balayés par les vents d’altitude et les tourbillons des ruisseaux dc montagne. Les chars, ces masses compactes de métal et de feu, avançaient lentement, en file indienne et écrasaient les champs, les hommes, les animaux, même les collines. La cavalerie polonaise et les quelques blindés furent pulvérisés par les raids aériens de la Luftwaffe, des villages entiers réduits en cendres. Les corps gisaient au bord des routes, déchiquetés. Les civils soupçonnés de résistance étaient exécutés par balles ou à la grenade. On incendia écoles comme églises. Seuls passaient encore les fantômes de chiens efflanqués, rendus sourds ou estropiés par les bombardements, les yeux hagards, se demandant ce qu’ils foutaient là. La Pologne cessa d’exister. Gregor appelait cela «le début du grand silence».
Nombre de camarades de Gregor acceptèrent de travailler pour l’occupant et rejoignirent le bassin houiller de Silésie ou de la Ruhr allemande. Quand il apprit que
l’URSS venait de pénétrer en Pologne, son père enfouit dans son gros sac en toile une gourde, du pain, du fromage, des fruits secs, et une couverture. Ensuite, il serra son fils dans ses bras et lui offrit un petit couteau en demi-lune, glissé dans une gaine de cuir. Il n’y eut pas de larmes. L’hiver 1940 laisserait dans les mémoires un souvenir de neige, de sang et de nuit. Gregor traversa la Slovaquie, la Hongrie, puis rejoignit la Slovénie. Il couchait là où s’effondrait son corps, sous les voies de chemin de fer, au pied d’une souche, dans une grange à ciel ouvert. Gregor buvait l’eau des mares volait des fruits, et même un jour tua une poule. L’Europe tout entière avait basculé dans la folie. La gens se hâtaient, poursuivis par leurs ombres, on soupçonnait un frère, un ami, un fils. Gregor fut arrêté à la frontière italienne, hirsute, affamé, en haillons. Ses chaussures, qu’il avait pris soin d’entretenir pendant le périple, ressemblaient à deux bouts de cuir fondu. On l’emprisonna dans un ancien monastère – les Italiens ont toujours eu le goût du mélodrame. Des vierges en deuil veillaient sur les âmes égarées; il y avait là des déserteurs allemands, des Français qui s’étaient trompés de sens en traversant les Alpes, des Juifs autrichiens, une poignée de Russes, peut-être communistes – même un Américain, venu visiter Milan. Gregor avala une mauvaise soupe, qu’il vomit, demeura deux jours semi-conscient. Un matin, il trouva sa cellule ouverte et la prison désertée. Dehors, c’était le printemps. Les oiseaux piaillaient. La campagne était belle, inconsciente. Les branches des pommiers ployaient, alourdies de fruits. Gregor attrapa une colique mémorable.
Il parvint à Nice, plus de six mois après avoir quitté ses montagnes. Gregor pleura en embrassant la terre de France, dont il conserverait toute sa vie un flacon. Une famille le trouva recroquevillé dans un fossé, grelottant, à moitié délirant. Il fut soigné, nourri, caché. On lui proposa de rester, le fils de la famille s’était enrôlé dans les troupes mussoliniennes. Il remercia ses bienfaiteurs, mais le lendemain à l’aube, il avait disparu. Le 3 mai 1940, il entrait dans Carmaux. »

Extrait
« Les nouvelles technologies avaient crucifié la vie privée. L’intime agonisait en place publique. Tout était devenu montrable. Tout devait se savoir. Simon se contentait de rétablir un peu d’équité. Ce droit à l’oubli, suggéré par l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Il offrait des zones d’ombre aux victimes et, si besoin, leur inventait un passé de rechange. Une autre vie possible. Il maquillait leur fuite. La vérité n’est souvent qu’une question d’éclairage. Simon ne blâmait personne. Lui n’était ni meilleur, ni pire que ses contemporains: il se contentait de jouer sa partition sur la grande harpe des émotions humaines. Il s’était adapté. Le petit-fils d’immigré polonais était parvenu aux premières loges de l’évolution. Il n’en tirait pas de fierté particulière, il ne laisserait pas son nom dans les manuels d’histoire, mais il participait, à sa façon, à la marche de la civilisation. » p. 28

À propos de l’auteur
Gautier Battistella est né à Toulouse en 1976. Son premier roman, Un jeune homme prometteur (Grasset, 2014) a notamment reçu les prix Québec-France et Jean-Claude Brialy. Ce que l’homme a cru voir est son deuxième roman. (Source : Éditions Grasset)

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Bazaar

CABOCEL_Bazaar

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En deux mots:
Entre Paris, Texas et Bagdad Café, le premier roman de Julien Cabocel nous entraîne dans un coin perdu de Haute-Provence. Entre road-movie et roman initiatique, soyez le bienvenu au Bazaar.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Parenthèse enchantée en Haute-Provence

Parmi les nouvelles voies de cette rentrée, celle de Julien Cabocel résonne par son originalité et sa musicalité. Prenez la route du Sud avec Dominique, de belles rencontres vous attendent.

Cela peut ressembler à un pari fou, un soir de déprime : prendre sa voiture et partir. Laisser tout derrière soi et rouler sans but précis. C’est ce que décide de faire Dominique Chevallier à la sortie d’un spectacle de ballet à l’opéra-Bastille. La grâce et la beauté d’une danseuse lui ont fait comprendre la médiocrité de son existence. Dans son agence de pub, le Parisien vend de l’artificiel et des fausses promesses, à mille lieues des émotions qu’il a ressenties.
Nous voilà entraînés dans un road-movie à la française, direction le sud. Rouler pour se vider la tête, rouler sans savoir où aller, rouler… jusqu’à ce que le réservoir d’essence soit vide.
Quand sa voiture stoppe sur un promontoire au bord d’une rivière, il ne lui reste qu’à attendre le jour pour découvrir un paysage aussi sauvage que magnifique. « Le soleil se levait lentement. Un dégradé halluciné de rose et de mauve se déchirait sur le noir pour se déverser sur mon pare-brise comme un cocktail que la nuit buvait du bout des lèvres. Et c’était beau. C’était même mieux que ça. » Un vieil homme est là, muni d’un appareil photo «qui mange le présent» et disparaît aussitôt.
Mais il n’a pas le temps de se poser trop de questions car son attention est captée par un néon grésillant et quelques lettres qu’il déchiffre derrière une vitre poussiéreuse: BAZAAR.
« Au milieu d’autocollants en lambeaux, j’ai lu un poème improbable Gulf Motor oil Coopérative Butar Bienvenue Gasol France Soir. J’ai poussé la porte de verre mais le battant n’a rien voulu savoir. Derrière la poignée, une barre condamnait la porte depuis l’intérieur. J’ai longé la grande vitre où les lettres rouges chancelaient encore jusqu’à l’angle du bâtiment. »
Le motel que l’on imagine proche du Bagdad Café de Percy Adlon. Sauf qu’ici Brenda est remplacée par la belle et envoûtante Stella : « Certaines femmes sont comme des aimants, on ne peut rien y faire, il faut qu’on les regarde, parce que l’on sent comme intuitivement que si on ne le fait pas, notre vie n’aura pas été tout à fait la même, on aura manqué quelque chose en somme du mystère du monde, on aura insulté Dieu sait qui, quelque divinité peut-être, qui dans des temps reculés, anciens, révolus, avait offert aux hommes la beauté, toute la beauté : les femmes. »
Le jeu de la séduction peut commencer au milieu d’une tribu bigarrée.
Théo qui, outre son mértier de berger, entretient de drôles de machines sur le Causse, Gene qui entend profiter de l’aérodrome abandonné pour s’envoler et réquisitionner Dominique pour conduire le tracteur . Millie la tatoueuse, dont la particularité et d en’être pas tatouée elle-même, sans oublier Barnold, le livreur de panneaux solaires qui va passer quelques jours à installer ces derniers.
Ce petit monde va s’apprivoiser le temps d’une parenthèse enchantée, d’évoquer des souvenirs, de se raconter de blles histoires comme celle d’Ilda et Rilt qui ont inventé l’amour…
Mais les beaux rêves ont tous une fin… que je me garde bien de vous dévoiler ! Je ne peux que vous encourager à prendre la route aux côtés de Julien Cabocel, de sa petite musique douce et quelquefois un peu acidulée. Son court roman sent bon la nostalgie et l’utopie, un peu comme dans le sud de Nino Ferrer
Tant pis pour le Sud
C’était pourtant bien
On aurait pu vivre
Plus d’un million d’années
Et toujours en été.

Bazaar
Julien Cabocel
Éditions L’Iconoclaste
Roman
198 p., 17 €
EAN : 9782378800215
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, partant de Paris vers le sud de la France en passant par Lyon jusqu’en Haute-Provence. On y évoque aussi les trois K (Kaboul, Katmandou, Kuta) et Goa.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Et si, las de votre vie, vous décidiez de prendre votre voiture et de rouler droit devant, jusqu’à vider votre réservoir d’essence… Dans quel Bazaar atterririez-vous?
Dominique Chevallier travaille dans une agence de pub. Un soir, alors qu’il assiste à un ballet, il est bouleversé par la performance d’une danseuse ; sa grâce absolue, la perfection de son geste. Sa vie lui paraît soudain dénuée de sens. Alors, c’est décidé́, il va partir. Partir avec, pour seule règle, celle de rouler droit devant, jusqu’à̀ ce que son réservoir d’essence soit vide. Et peu importe où il atterrira. Il en est sûr, quelque chose l’attend.

BIENVENUE AU BAZAAR
Il prend la route et, au matin, c’est la panne sèche. Un désert brûlant s’étend sous ses yeux. Mais au loin, il aperçoit un grand pilier de béton sur lequel une lueur, un tremblement, quelques lettres, hésitent à̀ s’écrire dans le soir. Un motel est planté là. Son nom? Le Bazaar. C’est là qu’il pose ses valises. Peu à̀ peu, il s’intègre dans le quotidien du lieu et de ses résidents. Il retrouve Stella, son ancienne amante, Théo, un étrange berger, Millie, une tatoueuse détonante… Le Bazaar est une poupée russe dans laquelle s’emboîtent des vies. Et, plus encore, toutes les vies qui auraient pu être la sienne. Dans lesquelles sommeillent les désirs enfouis, les amours perdues, les occasions manquées.

UNE PUISSANCE D’ÉVOCATION
Ses images sont puissantes, hypnotiques. Son écriture, mature et maîtrisée. Dans ce premier roman, Julien Cabocel parvient à̀ disséquer le désir, l’amour ; la vie elle-même. Il érige un monde de papier qui se déploie au fil des pages. Bazaar est un « Bagdad Café́ existentiel », qui n’est pas sans rappeler l’univers d’Arizona Dream d’Emir Kusturica. Et qui révèle les premiers pas d’un auteur prometteur.

Les critiques
Babelio
Livres Hebdo (Maïa Courtois)
Lecteurs.com
Zazy – mon blogue de lecture

Les premières pages du livre
« J’ai assez facilement démonté le GPS – j’ai bazardé le tout, l’écran tactile et les câbles, dans le vide-ordures de l’immeuble. En glissant dans le conduit, ils ont résonné étrangement. J’y ai jeté aussi les vieilles cartes routières rouge et jaune que j’avais retrouvées dans le fond de la boîte à gants. Lorsqu’elles sont tombées à leur tour, l’idée m’est venue qu’un type inventerait un jour des GPS pour se repérer dans la vie. Et il ferait fortune : « Au prochain croisement, ne choisissez pas ce job. Dans six semaines, invitez cette fille à boire un verre, elle partagera votre vie pour mille et une nuits. Ensuite, prenez… » J’avais bien fait de tout balancer. Cette idée me glaçait les os. Même si j’étais bien placé pour savoir qu’on s’engageait parfois sur des voies sans issue.
Combien d’années avais-je passées à l’agence avant de me décider ? Dix ? Quinze ? Je ne sais même plus. J’avais pu en tous les cas suivre en direct la « mutation », comme on avait décidé un beau matin d’appeler le bordel généralisé dans lequel nous avions commencé à nous prendre les pieds. « Mutation ». C’était un tel euphémisme que je me suis demandé un moment si ce n’était pas quelqu’un de l’agence qui avait bossé là-dessus. Dominique Chevalier. C’était du Dominique tout craché. Il faut lui reconnaître un certain talent pour ce genre de trouvailles, pour des images et des mots qui n’auraient jamais dû se croiser. Un certain génie même, on peut le reconnaître. Si vous saviez le nombre de slogans improbables qu’on lui doit, vous en seriez malades. Des exemples ? Honnêtement, je n’en ai pas le courage. Plus l’envie. Si ça vous empêche de dormir, allumez vos téléviseurs, longez les murs de vos villes ou les panneaux publicitaires des zones commerciales de leurs périphéries, vous finirez bien par trouver une idée ou une ligne dont il est l’auteur, si on peut appeler cela comme ça. Je crois que si je n’étais pas parti, si j’avais continué à jouer notre petit jeu quotidien, ç’aurait mal fini. Je ne pouvais plus le voir.
Je vous dois une petite précision : je suis Dominique Chevalier.
En silence, j’ai refermé la porte derrière moi. Le bois de l’escalier a craqué comme une étreinte. J’ai fait tomber le trousseau dans la boîte aux lettres où, sur une petite étiquette blanche, était inscrit mon nom. La voiture était garée en face de l’immeuble, devant le salon de coiffure pakistanais. J’ai allumé la radio mais la réception était mauvaise. Rien ne sortait des enceintes qu’un grésillement d’insectes brûlant leurs ailes sur une ampoule. Le bruit du moteur a fait s’envoler un pigeon. J’ai pris à droite la rue Beaurepaire.
Quand le rideau de l’opéra était tombé sur la scène, l’idée m’était apparue comme une évidence. J’allais rouler jusqu’à ce que le réservoir soit vide. J’allais brûler jusqu’à la dernière goutte, l’ultime petite larme de pétrole, jusqu’au dernier embrasement dans la chambre de combustion. Encore un roulement de tambour quelque part dans les entrailles du moteur et je m’arrêterais. Un genre de burn out, à ma façon. Et à l’endroit précis où il ne serait plus possible d’avancer, une réponse m’attendait.
J’étais bien incapable d’expliquer ce qui m’était arrivé ce soir-là. Cette fille dansait sur la scène. Et je pleurais. C’est tout. Son corps était d’une grâce, d’une fragilité, d’une force qui m’émouvaient au plus haut point, qui me réconciliaient avec l’univers tout entier.
Comme si elle me parlait une langue que je ne connaissais plus, que j’avais oubliée depuis des siècles et que pourtant je comprenais parfaitement. Elle dansait sur la scène de l’opéra Bastille. Et moi, au milieu d’une rangée de fauteuils au velours bleu nuit, je pleurais. Je pleurais infiniment.
Le temps d’un bras qui se déplie avec une grâce absolue, l’instant d’un saut suspendu, mes rêves abandonnés avaient repris forme, pareils à ces villes fabuleuses que le vent dessine avec le sable des tempêtes.
J’avais cherché son nom sur le programme et je l’avais attendue à l’arrière du bâtiment circulaire pour la remercier de ce qu’elle avait accompli. Non pas la danse elle-même mais le sens de la vie, de ma vie, qu’elle avait ravivé. Ce pour quoi je me tenais sur ce morceau de terre, perdu au milieu d’océans de plus en plus rancuniers, sous des cieux de moins en moins cléments.
L’idée était venue de là. »

Extraits
« Le soleil se levait lentement. Un dégradé halluciné de rose et de mauve se déchirait sur le noir pour se déverser sur mon pare-brise comme un cocktail que la nuit buvait du bout des lèvres. Et c’était beau. C’était même mieux que ça. Puis peu à peu, la terre est devenue plus claire et les rétroviseurs se sont mis à dessiner d’étranges volutes de poussière, une fumée qui se dissipait lentement dans les couleurs du matin.
Je n’avais pas prévu de m’arrêter mais je n’en étais quand même pas à pisser dans des bouteilles en plastique comme les camionneurs qui balancent ça par la fenêtre – d’une part parce que je n’étais pas vraiment habitué à la chose et que j’avais peur de m’en foutre partout, … »

« Le néon grésillait quelques lettres que je déchiffrai à l’envers sur une grande vitre couverte de poussière : BAZAAR. Au milieu d’autocollants en lambeaux, j’ai lu un poème improbable Gulf Motor oil Coopérative Butar Bienvenue Gasol France Soir. J’ai poussé la porte de verre mais le battant n’a rien voulu savoir. Derrière la poignée, une barre condamnait la porte depuis l’intérieur. J’ai longé la grande vitre où les lettres rouges chancelaient encore jusqu’à l’angle du bâtiment. Je me suis engagé à gauche dans un passage étroit entre deux murs de pierre qui avaient l’air de vouloir se rejoindre dans un éboulement. »

« La nuit se tenait là tout entière. Elle a filé à mon passage et s’est mise à courir sur le causse. »

« Stella était assise dans un canapé de velours déglingué dans un angle du grand espace qui servait de cour intérieure au Bazaar. Elle regardait le ciel étoilé, lovée dans un long gilet marron, trop grand de trois ou quatre tailles, les jambes repliées sous elle, la tête sur un gros coussin de la même couleur ambre que le canapé. Si elle n’a pas semblé faire trop attention à moi, j’ai eu de mon côté le plus grand mal à regarder ailleurs. Certaines femmes sont comme des aimants, on ne peut rien y faire, il faut qu’on les regarde, parce que l’on sent comme intuitivement que si on ne le fait pas, notre vie n’aura pas été tout à fait la même, on aura manqué quelque chose en somme du mystère du monde, on aura insulté Dieu sait qui, quelque divinité peut-être, qui dans des temps reculés, anciens, révolus, avait offert aux hommes la beauté, toute la beauté : les femmes. » p. 45-46

« En me redressant, j’ai jeté un œil vers la chambre de Stella. J’ai fait un pas dans sa direction mais je n’ai pas descendu les lattes de bois de la terrasse. Qu’aurais-je pu ajouter à ce que nos corps s’étaient déjà dit, à cette langue parfaite que nous avions parlée l’autre après-midi et dont les mots nous échappaient dès que nous en saisissions le sens? Que pouvais-je espérer de plus? Sans plus me retourner, j’ai bifurqué en direction du self derrière lequel m’attendait le camion de la Solarem. »

À propos de l’auteur
Julien Cabocel est né en 1970. Après des études de lettres, il se consacre à̀ la chanson en tant qu’auteur, compositeur et interprète. Bazaar est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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Diên Biên Phù

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En deux mots:
À Diên Biên Phù un soldat français va vivre les trois expériences les plus fortes de sa vie. Il est blessé au combat, secouru par un camarade sénégalais et rencontre l’amour de sa vie. Vingt ans après, il veut retrouver Maï Lan et part pour le Vietnam.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Sur la trace d’un amour perdu

Un premier roman qui résonne déjà comme l’œuvre d’une vie. En racontant le retour au Vietnam d’un soldat français vingt ans après Diên Biên Phù, Marc Alexandre Oho Bambe nous offre un roman d’amour absolu.

Quel choc! Voilà sans doute l’un des plus beaux romans qu’il m’a été donné de lire cette année. Marc Alexandre Oho Bambe s’inscrit pour moi dans la lignée de ces auteurs qui portent en eux une histoire forte qu’ils écrivent et réécrivent des dizaine sde fois avant de la poser sur le papier. Une histoire qu’ils veulent parfaite, entière, définitive. Une histoire dont chaque mot est pesé, chaque phrase pensée. Le slameur et poète qui se produit sous le nom de Capitaine Alexandre est désormais aussi un grand écrivain dont il faudra retenir le nom: Marc Alexandre Oho Bambe.
Le livre s’ouvre sur le rappel de cette ultime bataille de ce que l’on appelait alors la Guerre d’Indochine et qui fît plus d’un demi-million de morts :
« Diên Biên Phù,
Joli nom, pour un naufrage.
Diên Biên Phù,
Trois syllabes de sang, un son de claque et de défaite.
Pour nous, les hommes.
Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours et cinquante-sept nuits âpres, nous rendons les armes, vaincus par les troupes viêtminh. »
Les jeunes générations ont peut-être oublié aujourd’hui la déflagration provoquée par cette défaite. Alexandre, le narrateur, marqué non seulement dans sa chair mais aussi dans son cœur nous le rappelle en quelques lignes: « Nous avons perdu la bataille, la guerre et l’honneur. L’honneur de la France coloniale. » Pour les autorités françaises, il faut dès lors essayer de tirer au plus vite un trait sur cette humiliante défaite en rapatriant au plus vite le contingent.
Pour Alexandre, ce rapatriement n’est pas un soulagement, mais un nouveau déchirement. Il laisse derrière lui Alassane Diop, le camarade de régiment sénégalais qui lui a sauvé la vie et avec lequel il a noué une solide amitié et Maï Lan, la femme dont il est passionnément amoureux. Lui qui avait grandi dans l’idée que le combat pour la civilisation était juste avait compris la légitimité des autochtones dans leur aspiration à la liberté. Avec Diop, son «frère d’une autre terre», il avait aussi compris qu’une civilisation sans cœur était moribonde et sans honneur.
Si en 1954, on ne parlait pas encore de syndrome post-traumatique, on comprend fort bien dans quel état psychologique devaient être les soldats qui retrouvaient le sol de France.
Pour Alexandre, les choses vont se faire «sans lui». Il sera plus spectateur qu’acteur de sa vie de famille, épousera Mireille et lui fera des enfants. «Nous devions avoir une belle vie. C’était la promesse du jour. Mais le jour ne tint pas sa promesse. Et la nuit finit par tomber. Sur nous, Mireille et moi, notre mariage arrangé, les hommes en guerre contre eux-mêmes, l’humanité dérangée. Je partis m’abîmer à la violence du monde, me construire et chercher ma place dans les décombres de mon être et le vacarme des bombes.»
Pour survivre, il utilise la recette de son ami Diop, il écrit. «Écrire pour laisser une trace. Ma trace.» Il lui faudra vingt ans pour pouvoir comprendre qu’il vivait une vie de procuration, qu’il n’était qu’une sorte d’ectoplasme. «Je n’ai jamais pu m’habituer à la mort, pas même à la mienne. Je n’ai jamais pu m’habituer à la mort. Et pourtant je suis mort vivant, Depuis vingt ans.»
Il comprend alors que son amour pour Maï Lan est toujours aussi fort, qu’il lui faut retourner à Hanoï, quitte à blesser sa famille. Il part sans se retourner, il part pour ne plus revenir.
Retrouve le Normandie qui «était la base de repos des soldats français. C’est là aussi que me retrouvait Maï. On buvait quelques verres, on dansait, on parlait, on riait fort, on s’aimait, défiant l’absurdité du monde. Et la guerre. Ensuite on s’échappait hôtel de la Paix quelques pas plus loin, pour baiser. Ou faire l’amour. Et oublier. La condition humaine et nos pays, patries ennemies.»
Il brûle d’un fol espoir, celui de retrouver la femme de sa vie. La femme qu’il croise au bar est touchée par son histoire, accepte de l’aider, quand bien même le fil est très ténu.
On rêve avec lui, on espère qu’un amour aussi pur sera récompensé. On craint aussi les ravages du temps, la nouvelle défaite. Disons simplement que la fin de ce roman bouleversant est à la hauteur de la quête. Précipitez-vous sur ce livre magnifique qui, et c’est là mon seul regret, aura échappé à la sagacité du comité de sélection des «68 premières fois». Quoiqu’il en soit, il fait désormais partie de ma bibliothèque idéale!

Diên Biên Phù
Marc Alexandre Oho Bambe
Sabine Wespieser Éditeur
Roman
232 p., 19 €
EAN : 9782848052823
Paru en mars 2018

Où?
Le roman se déroule au Vietnam, à Hanoï, à Diên Biên Phù et à Mu Cang Chai dans la province de Yen Bai, ainsi qu’en France, notamment à Paris.

Quand?
L’action se situe en 1954, puis vingt années plus tard.

Ce qu’en dit l’éditeur
Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelque chose à cette guerre: l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clé de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.
Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la «fille au visage lune» qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir: Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.
Avec ce roman vibrant, intense, rythmé par les poèmes qu’Alexandre a pendant vingt ans écrits à l’absente, Marc Alexandre Oho Bambe nous embarque dans une histoire d’amour et d’amitié éperdus, qui est aussi celle d’une quête de vérité.

Les critiques
Babelio
Africultures (Aminata Aïdara)
RCF (Le livre de la semaine – Yves Viollier)
France Culture (Le réveil culturel – Tewfik Hakem)
Page des libraires (Sarah Gastel – Librairie Terre des livres, Lyon)
La Vie (Yves Viollier)
Blog DOMI C LIRE 
Blog L’ivresse littéraire
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)


Marc Alexandre Oho Bambe à Diên Biên Phù, lieu d’un amour fou © Production France 24, émission «à l’affiche»

Les premières pages du livre
« Diên Biên Phù,
Joli nom, pour un naufrage.
Diên Biên Phù,
Trois syllabes de sang, un son de claque et de défaite.
Pour nous, les hommes.
Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours et cinquante-sept nuits âpres, nous rendons les armes, vaincus par les troupes viêtminh.
Notre camp retranché tombe aux mains des bodoi, le général Giàp a gagné son pari, le combat du tigre et de l’éléphant, annoncé par Hô Chi Minh: « Le tigre tapi dans la jungle harcèlera l’éléphant figé qui, peu à peu, se videra de son sang et mourra d’épuisement. »
Tous les points d’appui fortifiés dans la plaine, destinés à couvrir notre camp, sont tombés.
Il est dix-huit heures. Nous avons perdu la bataille, la guerre et l’honneur.
L’honneur de la France coloniale.
Diên Biên Phù, depuis vingt ans mon esprit erre en ce lieu, qui me hante. J’y reviens enfin, pour retrouver des souvenirs perdus, en exil de moi-même. Je suis de retour ici pour une femme, flamme rencontrée pendant la guerre. Nous nous étions aimés, sans bruit ni fureur, avant de nous séparer, contraints.
Dans la stridence du silence.
J’étais jeune et mal marié, rêveur, avide de voyages et d’aventures, de douces drogues dures et d’écriture. Passions voraces et dévastatrices pour les âmes comme la mienne, en quête d’absolu, inatteignable.
À la recherche de moi-même, j’avais trouvé Maï Lan. Frêle et mystérieuse jeune femme, qui allait s’éprendre d’un soldat en guerre contre son pays.
Et contre lui-même.
Il y a des êtres qu’on rencontre trop tard pour ne pas les aimer.
Maï Lan.
Retour à Diên Biên Phù.
À la recherche d’un amour jeune et vieux, fou.
De vingt ans.
Retour ici, en pèlerinage.
Cette fille est ma faille, mon alcool, ma parabole.
Et son pays, mon gouffre néant: j’y suis mort et m’y suis enterré, avec mes dernières illusions sur l’humanité, sur moi-même et sur ma propre patrie, « terre des
droits de l’homme ». C’est ainsi, ainsi qu’elle aime, qu’elle aime qu’on la nomme.
Je suis mort ici, en Indochine.
Avant de renaître, puis mourir encore.
Dans le regard de Maï.
Il y a vingt ans.
C’était la guerre. »

Extrait
« Retour à Diên Biên Phù.
À la recherche d’un amour jeune et vieux, fou.
Retour ici, avec l’espoir mitraillé de retrouver celle qui m’accoucha.
Retour ici, pour mourir où je suis né, dans un corps-à-corps fiévreux.
Retour ici, après vingt ans d’exil intérieur, l’âme en feu. Je suis revenu ici, où je suis tombé amoureux, pour ne plus jamais me relever. Je suis revenu ici, pour finir mon voyage. Dans une bulle d’opium ou de tendresse.
Je suis revenu ici, pour écrire la dernière page. De mon livre de vie.
Je suis de retour à Diên Biên Phù.
Pour mettre un point final à ma peine ou mourir en paix, dans les bras ou le doux souvenir de mon amour siamois au visage lune, Maï Lan, unique soleil dans la nuit. »

À propos de l’auteur
Marc Alexandre Oho Bambe, alias Capitaine Alexandre, est poète et slameur. Né en 1976 à Douala, au Cameroun, il est bercé par la poésie dès son plus jeune âge, notamment par Aimé Césaire et René Char (à qui il rendra hommage en choisissant son nom de scène). Arrivé en France à dix-sept ans, il étudie à Lille, travaille brièvement dans une agence de communication, avant de se consacrer au journalisme et à l’écriture.
En 2006, il fonde le collectif On A Slamé Sur La Lune, troupe de poètes slameurs, musiciens, metteurs en scène, plasticiens, vidéastes et performeurs, qui en 2010 sort son premier album. Les membres du collectif multiplient les interventions culturelles et les performances scéniques, et affirment leur ambition pédagogique : celle de sensibiliser le public à la poésie, au spectacle vivant et au dialogue des cultures.
À partir de 2009, Marc Alexandre Oho Bambe publie de la poésie, notamment Le Chant des possibles, aux éditions La Cheminante (prix Fetkann ! de poésie, 2014, et prix Paul Verlaine de l’Académie française, 2015), Résidents de la République (La Cheminante, 2016) et De terre, de mer, d’amour et de feu (Mémoire d’encrier, 2017).
Capitaine Alexandre slame ses textes et chante les possibles sur les scènes du monde entier, intervient lors de conférences internationales, et donne de nombreux concerts littéraires en France et à l’étranger. Sa dernière création, De terre, de mer, d’amour et de feu, est un opéra slam baroque, présenté en juin 2017 en avant-première à la Fondation Louis Vuitton dans le cadre de la Carte blanche d’Alain Mabanckou.
Marc Alexandre Oho Bambe enseigne depuis dix ans et transmet à ses élèves et ses étudiants le goût de la littérature et de la poésie. il est également chroniqueur pour Africultures, Médiapart, Wéo et Le Point Afrique. (Source : Sabine Wespieser Éditeur)

Page Wikipédia de l’auteur 
Site internet de l’auteur

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Souvenirs dormants

MODIANO_Souvenirs_dormants

En deux mots:
Quelques noms, quelques lieux, quelques souvenirs jetés sur un bout de papier. Dans les méandres de la mémoire, le romancier cherche les situations, l’ambiance, les bruits, les sons et les odeurs et revisite le Paris de sa jeunesse. Modianesque à souhait.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Rencontre capitale

Dans un court roman, Patrick Modiano part à la rencontre de personnes croisées dans les rues de Paris. Et nous donne par la même occasion une belle leçon de littérature.

Souvenirs dormants aurait aussi pu s’appeler Fugues et Rencontres. Car c’est bien à partir d’escapades et de noms, d’un visage que «notre» Prix Nobel a construit ce roman et, au-delà, une grande partie de son œuvre. Au détour d’un paragraphe apparaît son discours de la méthode : « Je tente de mettre de l’ordre dans mes souvenirs. Chacun d’eux est une pièce de puzzle, mais il en manque beaucoup, de sorte que la plupart restent isolées. Parfois, je parviens à en rassembler trois ou quatre, mais pas plus. Alors, je note des bribes qui me reviennent dans le désordre, listes de noms ou de phrases très brèves. Je souhaite que ces noms comme des aimants en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s’enchaînent. En attendant, je passe mes journées dans l’un de ces grands hangars qui ressemblent aux garages d’autrefois, à la poursuite de personnes et d’objets perdus. »
Nous voici une fois de plus sur le terrain de jeu préféré de l’auteur de Place de l’Étoile, les rues de Paris. Des rues qu’il arpente avec bonheur, mais aussi avec nostalgie, se concentrant sur quelques points forts. À l’image de ces points lumineux qui s’affichaient sur les cartes de métro quand le voyageur appuyait sur le bouton de sa destination, il s’accroche à ces repères pour établir un itinéraire, construire une histoire. Et met en scène le principe découvert en lisant un livre d’ésotérisme, L’Éternel retour du même. « À chaque page, je me disais: si l’on pouvait revivre aux mêmes heures, aux mêmes endroits et dans les mêmes circonstances ce qu’on avait déjà vécu, mais le vivre beaucoup mieux que la première fois, sans les erreurs, les accrocs et les temps morts… ce serait comme de recopier au propre un manuscrit couvert de ratures… » Par la magie de la littérature, la faculté de faire naître de nouvelles images, de nouveaux souvenirs auprès de chacun des lecteurs, même quand ces derniers n’ont pas vécu dans les lieux, ni même l’époque décrite, on déguste cette madeleine (proustienne, cela va de soi) avec gourmandise.
Comme avec son opus précédent, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, ce qui compte, c’est bien la musique qui se dégage de ces pages, symphonie toujours inachevée, mais que l’on conserve longtemps en tête après avoir refermé le livre.

Souvenirs dormants
Patrick Modiano
Éditions Gallimard
Roman
112 p., 14,50 €
EAN : 9782072746314
Paru en octobre 2017

Où?
Le roman se déroule en France, presqu’exclusivement à Paris et en proche banlieue.

Quand?
L’action se situe de nos jours avec des reminiscences aux années de jeunesse de l’auteur, il y a quelques cinquante ans.

Ce qu’en dit l’éditeur
« »Vous en avez de la mémoire… »
Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée.»

Les critiques
Babelio 
Le Journal du dimanche 
Blog Le réseau Modiano 

Les premières pages du livre
« Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.
Je pourrais d’abord évoquer les dimanches soir. Ils me causaient de l’appréhension, comme à tous ceux qui ont connu les retours au pensionnat, l’hiver, en fin d’après-midi, à l’heure où le jour tombe. Ensuite, cela les poursuit dans leurs rêves, parfois pendant toute leur vie. Le dimanche soir, quelques personnes se réunissaient dans l’appartement de Martine Hayward, et moi je me trouvais parmi ces gens-là. J’avais vingt ans et je ne me sentais pas tout à fait à ma place. Un sentiment de culpabilité me reprenait, comme si j’étais encore un collégien : au lieu de rentrer au pensionnat, j’avais fait une fugue.»

Extraits
« Au cours de cette période de ma vie, et depuis l’âge de onze ans, les fugues ont joué un grand rôle. Fugues des pensionnats, fuite de Paris par un train de nuit le jour où je devais me présenter à la caserne de Reuilly pour mon service militaire, rendez-vous auxquels je ne me rendais pas, ou phrases rituelles pour m’esquiver: « Attendez, je vais chercher des cigarettes… », et cette promesse que j’ai dû faire des dizaines et des dizaines de fois, sans jamais la tenir: « Je reviens tout de suite.  » Aujourd’hui, j’en éprouve du remords. Bien que je ne sois pas très doué pour l’introspection, je voudrais comprendre pourquoi la fugue était, en quelque sorte, mon mode de vie. Et cela a duré assez longtemps, je dirais jusqu’à vingt-deux ans. Etait-ce comparable à ces maladies de l’enfance qui ont de drôles de noms: coqueluche, varicelle, scarlatine? All-delà de mon cas personnel, j’ai toujours rêvé d’écrire un traité de la fugue à la manière de ces moralistes et ces mémorialistes français dont j’admire tant le talent. »

« J’écrivais dans la marge d’un des journaux les noms de ces gens dont je me souvenais pour avoir assisté à leurs « soirées » du dimanche soir, là où je l’avais rencontrée, elle. Et aujourd’hui, cinquante ans après, je ne peux m’empêcher, de nouveau, d’écrire sur cette feuille blanche quelques-uns de ces noms. Martine et Philippe Hayward, Jean Tenail, Andrée Kanté, Guy Lavigne, Roger Favart et sa femme aux taches de rousseur et aux yeux gris… d’autres…
Aucun d’eux ne m’a donné de ses nouvelles, ces cinquante dernières années. Je devais être invisible pour eux, à cette époque. Ou bien, tout simplement. vivons-nous à la merci de certains silences. »

« À la même époque, derrière la porte entrouverte de son bureau, mon père parlait au téléphone. Quelques mots de lui m’avaient intrigué : « la bande des Russes du marché noir ». Près de quarante ans plus tard, je suis tombé sur une liste de noms russes, ceux de gros trafiquants de marché noir à Paris pendant l’occupation allemande. Schaposchnikoff, Kourilo, Stamoglou, baron Wolf, Metchersky, Djaparidzé… Stioppa se trouvait-il parmi eux ? Et mon père, sous une fausse identité russe ? Je me suis posé une dernière fois ces questions avant qu’elles ne se perdent sans réponses dans la nuit des temps. »

À propos de l’auteur
Patrick Modiano, né en 1945, est l’un des plus talentueux écrivains de sa génération. Explorateur du passé, il sait ressusciter avec une précision extrême l’atmosphère et les détails de lieux et d’époques révolues, comme le Paris de l’occupation, dans son premier roman, «La Place de l’étoile», paru en 1968. Avec «Catherine Certitude», il nous fait pénétrer dans l’univers tendre d’une petite fille au nom étrange, dont l’enfance se déroule dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, au cours des années 1960.
Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le Prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014. Il s’est en outre vu décerner, entre autres distinctions, le Grand prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1984), le Grand prix de Littérature Paul-Morand de l’Académie française (2000) et le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca (2010). (Source : Éditions Gallimard)

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Une âme d’enfant

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Illustration © http://disneyandmore.blogspot.fr

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En deux mots:
En route vers Neverland, ce monde imaginaire inventé par J.M. Barrie, le créateur de Peter Pan, le narrateur va essayer de retrouver son enfance. Entre souvenirs et sensations, ce roman est d’une rare poésie, un hymne à un âge magique.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Une âme d’enfant

Ce «premier livre pour les adultes», signé Timothée de Fombelle, un auteur jeunesse reconnu, explore ce moment singulier où l’enfance s’en va.

« Aujourd’hui, je suis incapable de dater ce grand passage. Il me semble seulement qu’un matin on se réveille adulte dans le regard des autres. On hésite un instant. On ne se sent ni préparé ni volontaire pour le voyage. Mais il y a ce regard, en face, qui nous considère, et puis cette aspiration lointaine, le vent de la plaine que l’on sent pour la première fois sous sa chemise et un petit tas de noyaux de cerises au fond de nous, qui fait un peu mal.
Ce qui nous attend est déjà là, en pièces détachées. Alors on fait semblant. Cela commence toujours ainsi. On fait semblant d’être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie. » Il est des moments dans une vie où tout bascule, où l’on se rend bien compte que plus rien ne sera comme avant, même si l’envie nous prend de revenir en arrière. Peut-être même de chercher à effacer ce que l’on pressent, à savoir que désormais l’enfance est un domaine qui nous est interdit. Tous les subterfuges semblent alors autorisés pour garder cette âme d’enfant. On se réfugie dans les souvenirs ou on en crée de nouveaux : «L’enfant est une île. Il ne sait ni ne possède rien. Il devine des forces immenses sous les bandelettes qui serrent son corps. Pour lui, le lendemain n’existe pas. Le passé a déjà disparu. L’enfant commence par être cet instant suspendu, désarmé, qui jaillit comme un bouchon au milieu de la mer et regarde autour de lui. Et quand il sera ivre d’avoir senti, quand il aura l’intérieur tapissé de ce qui l’entoure, il se mettra à imaginer. (…) Il inventera. Il complétera de l’intérieur ce qu’il voit dehors. Il finira le monde. Il fera des histoires. » Et si son imagination doit se tarir, il saura où assouvir sa soif. En se réfugiant dans les livres. C’est dans les romans que l’on peut à nouveau naviguer aux côtés du capitaine Crochet, plonger avec le Capitaine Nemo, s’évader avec Monte-Cristo… Même si le merveilleux voyage doit aussi s’arrêter, il est à nul autre semblable : « Il me fallait toujours du temps pour me retrouver. Quand j’avais fini le livre, on m’appelait dehors, je restais étourdi sur le lit. Alors je me levais, un peu à l’étroit dans cette peau et ce monde. Je faisais un pas, je m’étirais. Mon enveloppe se fendillait. Mon équilibre avait changé. En descendant l’escalier, je ne voyais pas qu’avaient poussé deux ailes en papier dans mon dos. »
Timothée de Fombelle réussit le tour de force, dans ce premier roman, de raconter son exploration dans ce monde avec les sensations, la poésie, le lyrisme propre à cette enfance perdue.
Cette époque où «le temps et la nuit sont un trésor qu’on ne compte pas, qu’on ne découpe pas en heures et en minutes», où «l’été durait des vies entières. Une explosion de liberté. Un grand feu dans lequel on jetait les autres saisons pour voir ce qu’il en resterait. Et tout se consumait. »
Il y a presque à chaque page de ces merveilleuses formules que l’on aimerait toutes recopier tant elles disent ce sentiment à la fois terrifiant de la perte et de l’oubli de cet âge insouciant et innocent et exaltant dans l’analyse désormais possible. Oui, c’était bien parce qu’alors tout était possible.
Il y a pour certains le sentiment diffus que désormais ils sont responsables, ils sont adultes. Pour d’autres un événement très fort marque cette rupture. Pour le narrateur de ce court et intense roman, la rupture est sans doute arrivée le jour où son grand-père qui «avait le génie des mots vibrants, était orateur, clown à l’occasion, romantique ou prédicateur selon les jours» lui demande de prendre le relais, lorsqu’il lui confie la rédaction d’une lettre pour coco, son ami d’enfance. Cette simple phrase «Je voudrais, s’il te plaît, que tu écrives pour moi quelques lignes à Coco» résonne comme un joli défi, mais aussi comme la reconnaissance que désormais son petit-fils était passé «de l’autre côté». Que ce soit avec cette mission rend la chose encore plus vive, encore plus inéluctable. Et pourtant…
Pourtant le narrateur ne peut se résoudre à vivre sans cette partie de lui. Il repart en direction de Neverland « Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. » À votre tour de chausser vos bottes de sept lieues et d’aller battre la campagne. Un monde magique vous attend au bout de la route !

Neverland
Timothée de Fombelle
Éditions L’Iconoclaste
Roman
128 p., 15 €
EAN : 9791095438397
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Neverland est l’histoire d’un voyage au pays perdu de l’enfance, celui que nous portons tous en nous. À la fois livre d’aventure et livre-mémoire, il ressuscite nos souvenirs enfouis.
Après son immense succès en littérature jeunesse (Tobie Lolness, Vango, Le livre de Perle), Timothée de Fombelle signe son premier livre pour adultes.
« Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. »

68 premières fois
Blog Livres et vous (Anne-Marie Gabriel)
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog PatiVore
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le Figaro (Françoise Dargent)
Livres hebdo (Léopoldine Leblanc)
Blog Cannibales lecteurs
Libération (Virginie Bloch-Lainé)
Blog La voix du livre 
Blog Bricabook


Timothée de Fombelle présente «Neverland» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte.
Les enfants qui vont près de cette lisière, au milieu des herbes plus hautes que leurs épaules, surprennent parfois en dessous d’eux, dans le fond de la plaine, la mort ou des amoureux, par accident. Ces apparitions ressemblent à des éclats de verre au soleil. Elles éblouissent et disparaissent aussitôt, cachées par des nuages bas.
En retournant vers la forêt profonde avec leurs arcs et leurs flèches, les enfants croient oublier cette vision. Mais elle a semé en eux un noyau de cerise qui grandit déjà à l’intérieur.
J’ai eu ma poignée de noyaux. Je crois même que ce sont eux qui nous font pousser. Et je me souviens, quand on les avalait, les yeux écarquillés, le plaisir dangereux de ces corps étrangers prêts à éclater. On regardait tout autour. Est-ce que quelqu’un nous avait vus ? C’était comme si on avait volé quelque chose. On attendait un peu pour sentir au fond de nous ce qui allait se passer, le voyage du noyau dans un monde invisible. »

À propos de l’auteur
Timothée de Fombelle a 44 ans. Il est dramaturge et l’un des plus importants romanciers contemporains pour la jeunesse. Ses romans Tobie Lolness, Vango et Le Livre de Perle sont tous des best-sellers vendus dans le monde entier. Avec Neverland il réalise son premier pas en littérature adulte. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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