L’été en poche (10)

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Les ennemis de la vie ordinaire
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En 2 mots
Sept victimes d’addictions diverses se retrouvent en groupe de thérapie. Une union qui permet l’épanouissement de leur mal en un joyeux bordel.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Bénédicte Junger (Entre les lignes)
« J’ai aimé l’absence de parti pris de l’auteur et le côté abbaye de Thélème qui se développe au fil des pages. Un roman audacieux sur les addictions qui réserve bien des surprises! »

Vidéo


Héléna Marienské présente son ouvrage « Les ennemis de la vie ordinaire ». © Production Librairie Mollat

Avant que tout se brise

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En deux mots
Megan n’est encore qu’une enfant lorsque qu’elle décide d’intégrer l’équipe américaine de gymnastique. Entraînant toute sa famille dans son sillage, on va la suivre au fil des années, Avant que tout se brise.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Avant que tout se brise
Megan Abbott
Éditions du Masque
Thriller
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
334 p., 20,90 €
EAN : 9782702446447
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule dans une petite ville des États-Unis.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a les épaules élancées, les hanches étroites et des yeux sombres qui transpirent une détermination presque glaçante. À quinze ans, Devon est le jeune espoir du club de gymnastique Belstars, l’étoile montante sur qui se posent tous les regards, celle qui suscite tour à tour l’admiration et l’envie. Quand on est les parents d’une enfant hors norme, impossible de glisser sur les rails d’une vie ordinaire. C’est du moins ce que pense Katie, la mère de Devon, qui se dévoue corps et âme à la réussite de sa fille, même si cela demande des sacrifices.
Lorsqu’un incident tragique au sein de leur communauté réveille les pires rumeurs et jalousies, Katie flaire le danger s’approcher de sa fille et sort les griffes. Rien ni personne ne doit déconcentrer sa fille ou entraver la route toute tracée pour elle. Mais les rumeurs ne sont pas toujours infondées… et les enfants rarement conscients des montagnes qu’on déplace pour eux. Reste à déterminer quel prix Katie est prête à payer pour voir Devon atteindre le sommet.

Ce que j’en pense
Le monde du sport de haut-niveau n’est guère l’objet de romans. Encore moins de polars, si l’on excepte la série de Harlan Coben qui met en scène l’agent sportif Simon Bolivar. Aussi convient-il de saluer Megan Abbott qui semble creuser ce filon avec autant de talent que d’érudition. Après nous avoir fait découvrir les cheerleaders dans Vilaines Filles, les hockeyeuses sur gazon dans La Fin de l’innocence, puis les hockeyeuses sur glace dans Fièvre, nous voici au sein d’une famille américaine qui va tout sacrifier à la réussite de la carrière leur fille Devon, l’une des meilleures gymnastes du club de BelStars.
Pour avoir vécu l’expérience du sport de haut-niveau et découvert l’importance attribuée à la pratique sportive au sein du système scolaire américain, de l’école à l’université, je crois pouvoir affirmer que le parcours décrit ici tient davantage du reportage, de l’expérience vécue, que d’une fiction. Les notations sur le matériel, sur les entraînements ainsi que sur les atteintes physiques : tout sonne vrai.
Devon est victime d’un accident qui la prive d’une partie de ses orteils. Pour sa rééducation, le médecin l’encourage à pratiquer la gymnastique. À cinq ans à peine, elle met le pied – c’est le cas de le dire ici – dans un univers qui va non seulement la transformer, mais aussi bouleverser la vie de toute sa famille. « Et donc la gymnastique devint le centre, la puissante épine dorsale de toute leur vie. Devon eut cinq, six, sept ans : des milliers d’heures de travail entre la maison et le gymnase pour participer aux compétitions, une demi-douzaine de visites aux urgences pour un orteil cassé, une entorse au genou, un coude déboîté, ou sept points de suture quand elle s’était mordu la langue en tombant des barres asymétriques. Et l’argent dépensé. Les inscriptions à la salle de gym, aux compétitions, l’équipement, les voyages, les adhésions au club de supporters. Eric et Katie avaient cessé de compter, s’habituant peu à peu à l’inflation des relevés de carte de crédit. »
Pour son coach, la «superstar des agrès» peut viser la sélection nationale, voire les Jeux Olympiques. Du coup, son père va tout mettre en œuvre pour atteindre ce but, y compris aménager un trampoline chez lui, pousser les dirigeants du club à transformer le gymnase et offrir les meilleures conditions à «l’élastique humain».
C’est lors des travaux d’aménagement d’une nouvelle fosse de réception que le récit de l’ascension de la jeune gymnaste va prendre un tout tragique. Pour pallier à la défaillance d’un ouvrier tombé malade, le coach va le remplacer par son garçon de piscine, Ryan Beck.
Ce dernier va vite devenir l’attraction des gymnastes, mais aussi de leurs parents, venant tous jeter un œil dans la fosse où le jeune homme fait travailler les muscles de ses longs bras bronzés et donne l’impression de couler des tonnes de béton avec une facilité déconcertante. Alors lorsque l’on apprend que le beau jeune est mort, fauché par une voiture, c’est la consternation. D’autant plus que la police enquête afin de retrouver le chauffard et ne tarde pas à s’intéresser aux relations du jeune homme. Très choqué, le coach cesse d’entraîner. Eric ne comprend pas comment, au moment le plus crucial, sa fille ne bénéficie pas d’un soutien total. Katie cherche quant à elle à comprendre le rôle de Devon dans cette sombre affaire.
Très vite l’ambiance devient irrespirable, car cette crise exacerbe les sentiments, pousse les rancœurs, fait grimper le taux d’adrénaline. Entre les ambitions des uns et les jalousies des autres. Sans oublier les mutations liées à l’adolescence. « Ça fait bizarre, n’est-ce pas, le jour où vous découvrez que vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans la tête de votre enfant ? Un matin, vous vous réveillez et il y a un inconnu dans votre maison. Il ressemble à votre enfant, mais ce n’est pas votre enfant. C’est autre chose, que vous ne connaissez pas. Et il continue à changer. Il n’arrête pas de changer devant vous. »
En fine connaisseuse de l’âme humaine, Megan Abbott fait monter la mayonnaise et nous offre un épilogue aussi violent que noir. Les gymnastes diront qu’il convient de terminer un aussi beau programme par une ultime pirouette…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le JDD
Libération (Sabrina Champenois)
Blog Lettres exprès
Blog Un polar-collectif
Tête de lecture – Webzine littéraire
Le blog du polar
Blog Nyctalopes
Blog Les petits livres by Smallthings
Blog Léa Touch Book

Les premières pages du livre

Extrait
« Ce fut d’abord un travail constant, éreintant, plus de séances d’entraînement de cinq heures, plus de déplacements, d’innombrables doigts tordus, des paumes entaillées, et deux vieilles voitures fatiguées, avec des hernies sur les pneus et des portières enfoncées, les relevés de carte bancaire qui s’allongeaient, un abonnement au gymnase qui coûtait presque aussi cher qu’un de leurs deux crédits hypothécaires.
Mais ça arriva. Au printemps, Devon atteignit le Niveau 10. Parmi quatre-vingt-seize autres seulement dans tout l’État.
« Impossible de prédire jusqu’où nous pouvons aller maintenant », dit Coach T. en regardant Devon exécuter sauts et pirouettes.
Quelques mois plus tard, sous le soleil torride d’Orlando, après avoir terminé sixième à la poutre et aux barres lors des championnats nationaux du Niveau 10 Junior, elle fut classée première de tous les Niveau 10 de leur État.
« Le plus beau jour de notre vie », dit Devon, et tout le monde rit de ce « nous », sauf que c’était la vérité, non ?
« Une étoile est née », annonça Coach T. en se balançant sur ses talons, rayonnant et brandissant cette photo éblouissante de Devon parue dans le journal local : stoïque et majestueuse dans son justaucorps blanc comme neige, avec ses yeux sombres, les yeux d’Eric. À côté, il y avait cette super interview de Coach T., et le lendemain BelStars fut envahi de nouvelles recrues, les caisses débordaient. »

A propos de l’auteur
Megan Abbott est l’auteur de huit romans, parmi lesquels Fièvre (2015), Vilaines filles (2013) et La Fin de l’innocence (2012), et elle a obtenu plusieurs récompenses dont le prestigieux prix Edgar Allan Poe. Elle est docteur en littératures anglaise et américaine de l’université de New York et a également écrit pour des nombreuses publications telles que le New York Times, le Wall Street Journal, et le Guardian. Megan Abbott vit à New York. (Source : Éditions du Masque)

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Focus Littérature

Tags :
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La Succession

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La succession
Jean-Paul Dubois
Éditions de l’Olivier
Roman
240 p., 19 €
EAN : 9782823610253
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule d’une part aux Etats-Unis, à Miami et Key West notamment et d’autre part dans le Sud-Ouest de la France, à Toulouse, Bayonne, Bidart, Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Hossegor, Itxassou, Saint-Gaudens, Auch, Manciet, Mont-de-Marsan, Dax, Orthez, Pau, Peyrehorade, Biarotte, Anglet, Bidart, la Bidassoa, Irun, Fontarrabie, Guernica, Saint-Sébastien, Bilbao, Espelette, Pasajes, Hondarribia. Des épisodes de l’histoire familiale se déroulent également à Moscou et Amsterdam.

Quand?
L’action se situe principalement des années 1980 à 2000, mais les épisodes familiaux remontent jusqu’à la seconde partie du XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Il a beau y avoir connu le bonheur, rien n’y fait: il est complètement inadapté au monde. Même le jaï-alaï, cette variante de la pelote basque dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. L’appel du consulat de France lui annonçant la mort de son père le pousse à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.
Car les Katrakilis n’ont rien d’une famille banale: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, était un homme insensible, sans vocation; l’oncle Jules et la mère, Anna, ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. En outre, cette famille semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.
Paul doit maintenant se confronter à l’histoire tragique de son ascendance, se résoudre à vider la demeure. Jusqu’au moment où il tombe sur deux carnets noirs tenus par son père. Ils lui apprendront quel sens donner à son héritage.
Avec La Succession, Jean-Paul Dubois nous livre une histoire bouleversante où l’évocation nostalgique du bonheur se mêle à la tristesse de la perte. On y retrouve intacts son élégance, son goût pour l’absurde et la liste de ses obsessions.

Ce que j’en pense
*****
Ils ne sont finalement pas très nombreux ces romanciers dont on attend avec impatience le nouvel opus, avec la certitude que l’on prendra à chaque fois beaucoup de plaisir à les lire. Jean-Paul Dubois fait partie de cette catégorie et «La succession» ne déroge pas à la règle. Après «Le cas Sneijder», voici donc le cas Katrakilis, qui comme dans presque tous les romans de l’auteur se prénomme Paul.
Depuis plusieurs générations, la famille Katrakilis s’adonne à un passe-temps peu joyeux, le suicide. Quand Paul, le narrateur de ce délicieux roman, reçoit un courrier sibyllin de son père, composé d’une photo de sa voiture américaine et du compteur kilométrique marquant 77777, il ne sait pas encore qu’il est le dernier survivant de la dynastie. Car Paul vit en Floride et n’a quasiment plus aucun contact avec son géniteur.
Après des études – réussies – de médecine, ce Toulousain a en effet choisir de s’exiler aux Etats-Unis pour y pratiquer une variante de la pelote basque au Jaï-alaï de Miami. De 1983 à 1987, il passera les plus belles années de sa vie, sorte de parenthèse enchantée jusqu’à l’annonce du suicide paternel et son retour en France pour s’occuper des obsèques et de la succession.
Un voyage qu’il effectuera en compagnie de Watson, le chien qu’il a sauvé de la noyade entre Miami et Miami Beach, nageant au milieu de nulle part.
À Toulouse, il hérite de la grande maison familiale, dont on ne saura jamais vraiment avec quel argent elle aura été payée par le grand-père Spyridon, fuyant la purge post-stalinienne après avoir été l’un des médecins du leader communiste. Une maison bien trop grande pour un homme seul, d’autant qu’elle est «chargée» de l’histoire familiale et de tant de drames. Après le grand-père, c’est l’oncle qui, au volant d’une moto Ariel 1000 centimètres cubes, choisira de foncer contre un mur le 9 mai 1981, veille de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir. Il avait 50 ans et vivait aux côtés de sa sœur, la mère de Paul, dans la grande demeure. Cette dernière ne supportera pas cette absence et choisira de la rejoindre dans la mort deux mois plus tard.
On comprendra dès lors que Paul n’a qu’une envie, c’est de repartir en Floride pour oublier ce poids du passé, même si le portrait que l’on dresse alors de son père est autrement plus sympathique que l’image qu’il en avait conservé.
Seulement voilà, à Miami, les joueurs de pelote revendiquent de meilleurs salaires, créent un syndicat et se mettent en grève. Paul doit rapidement trouver du travail pour subvenir à ses besoins, fussent-ils modestes.
Engagé au Wolfie’s, il va faire tomber amoureuse de la patronne, une norvégienne de 25 ans son aînée qui répond au doux nom de Ingvild Lunde. Mais leur liaison s’arrêtera presque aussi vite qu’elle a commencé et il se retrouvera alors sans autre alternative que de retourner en France et reprendre le cabinet de son père.
«Il ne faut jamais son tromper de vie. Il n’y a pas de marche arrière.» lui avait enseigné son oncle. Si cette phrase l’a sans doute envoyé à Miami, elle continuera à le hanter. Echappera-t-il à la fatalité ? Réussira-t-il à briser la malédiction des Katrakilis ? A vous de le découvrir…
La Succession est pour moi l’un des plus beaux romans de Jean-Paul Dubois, celui dont la petite musique résonne le plus à mon oreille. Pourquoi ne serait-il pas celui de la consécration pour cette plume aussi attachante qu’érudite, parvenant avec tant de délicatesse à mettre du loufoque dans le tragique et de la mélancolie dans la gaieté.

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Culturebox (Laurence Houot)
Les Echos (Thierry Gandillot)
L’Express (Delphine Peras)
Tribune de Genève (Pascale Frey)

A propos de l’auteur
Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse. Il a publié de nombreux romans, dont
Une vie française (l’Olivier, 2004, prix Femina et prix du roman Fnac) et Le Cas Sneijder (l’Olivier, 2012, prix Alexandre Vialatte). Il a aussi obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996). (Source : Éditions de l’Olivier)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Focus Littérature

Les ennemis de la vie ordinaire

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Les ennemis de la vie ordinaire
Héléna Marienské
Flammarion
Roman
320 p., 19 €
ISBN: 9782081366596
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et dans la banlieue, à Saint-Ouen, Montreuil, Saint-Denis, Stains, Bondy, Noisy-le-Sec, Mantes-la-Jolie, Émerainville, ainsi qu’à Enghien, en Auvergne dans les localités d’Escolges, Clémensat, Saint-Hilaire, Courtilles, Chamalière-la-rouge, Vaureilles, Brioude, en Languedoc à Montagnac, en passant par Montluçon, le tout se terminant en apothéose à Las Vegas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sept personnages souffrant d’addictions – alcoolisme, sport, jeux d’argent, cocaïne, shopping, sexe – se trouvent réunis par la psy qui les suit, Clarisse, pour des séances de thérapie de groupe. Clarisse espère que le « décloisonnement » peut les aider à guérir. Mais en ont-ils vraiment envie, eux ? Pas sûr… Ces « ennemis de la vie ordinaire » vont, peu à peu, se lier d’amitié au point de déteindre les uns sur les autres.
Comédie hilarante, portée par une écriture brillante et rythmée d’Héléna Marienské, ce roman s’empare d’un sujet de société contemporain, l’addiction, pour mieux le détourner : un conte moderne aussi réjouissant qu’immoral.
Abstinents s’abstenir.

Ce que j’en pense
****
Héléna Marienské n’a pas son pareil pour humer l’air du temps et la retranscrire en joyeuses comédies, en fantaisie-sarabande. Dans son nouveau roman, qui met en scène sept victimes d’addictions, elle réussit même à imaginer des personnages et des situations qu’un lecteur boulimique aura déjà croisé dans d’autres romans. On retrouve, par exemple, dans le portrait de Pablo, beaucoup du personnage de Cécile Coulon dans Le Cœur du Pélican. Mais plus étonnant encore, le personnage de Jamal imaginé par Michel Bussi dans N’oublier jamais a la même obsession que ce coureur à pied addictif : il «se verrait bien faire le super trail du Mont-Blanc avec une patte en titane.»
Au-delà de la coïncidence, on imagine la manière dont l’auteur se documente pour donner chair aux personnages. On se dit, par exemple, qu’elle a dû s’inscrire à un site de jeux en ligne, faire quelques sorties au casino d’Enghien, suivre quelques compétitions de poker à la télé pour camper le personnage de Gunter, joueur addictif. Car au-delà du jargon utilisé, elle sait parfaitement rendre l’atmosphère du lieu, la tension qui préside au moment ou rien ne va plus.
Mais reprenons. Le roman s’ouvre au moment où Clarisse, thérapeute spécialisée dans le traitement des addictions, vient proposer un nouveau traitement. Elle entend organiser la rencontre de patients victimes de troubles différents : «tous les addicts qui décident de participer à un groupe de parole ont déjà touché le fond et sont prêts pour l’aventure de l’abstinence. Ils ont tous des stratégies. Toutes sont différentes. Leur entraide sera du jamais-vu. Moi, je les mets en synergie. J’attends des résultats époustouflants.»
Aux côtés de Gunter et Pablo, on va retrouver au sein de ce groupe – et par ordre d’apparition – Jean-Charles, sosie du pape François, qui ne dédaigne pas sniffer une ligne de coke en disant la messe, Damien, le professeur d’université qui éprouve un besoin constant de sexe, Mariette, la jeune et jolie junkie, qui n’arrive pas à décrocher, Mylène dont le compte en banque n’a pu résister à ses achats compulsifs et Élisabeth qui tente de noyer la déliquescence de son mariage dans l’alcool. Voici donc les septe plaies d’Egypte réunies autour d’une thérapeute qui ne sait pas trop si elle vient d’inventer un concept génial ou si elle a ouvert la boîte de Pandore.
Car bien vite, on passe du dérapage à un joyeux capharnaüm et à la rechute quasi-simultanée de tous les membres du groupe, avant que la simple addiction ne devienne une addiction multiple.
Clarisse va bien tenter de reprendre la main en affirmant que la rechute fait partie intégrante de son traitement et que cette étape est même nécessaire à une meilleure prise en compte de leur addiction, sorte de tremplin vers la guérison. Mais, s’agissant d’une première expérience de ce type, elle ne peut qu’émettre cette hypothèse. Peut-être pour conjurer le sort.
Il serait dommage de révéler ici comment tout cela va finir. Disons simplement que, comme toujours avec Héléna, les choses ne vont pas tarder à déraper, les situations devenir aussi cocasses qu’incongrues et que le final est comme un grand feu d’artifice qui fera fi des conventions et du politiquement correct. C’est jouissif et cru, immoral en diable et effectivement bien loin de la vie ordinaire. En un mot, c’est addictif !

Autres critiques
Babelio
Blog Cannibales lecteurs
Blog Blablabla Mia
Blog Livr’envie
Blog Ma librairie bien-aimée

Extrait
« Merci, mon cher, très cher Éric. J’ai reçu le mot de Largelier me confirmant que j’aurai la salle de l’annexe deux soirs par semaine. Hourra !
Tu n’imagines pas à quel point ça tombe bien ! Je dois prendre en charge en urgence un patient dont je viens de rencontrer l’épouse très inquiète. C’est un addict au sport, athlète amateur mais de haut niveau, qui se casse en mille morceaux, et reste dans le déni total. C’est vraiment le problème de ce type d’addiction.
Tout le discours ambiant tend à le valoriser. Le sport est connoté positivement par les médias, la publicité, le cinéma, par tout le corps social : le sport est noble ! Sauf que j’ai vu les radios du zozo : ça fait peur. Sa femme ne sait vraiment plus quoi faire, et elle a été ravie d’apprendre qu’il serait suivi en séances particulières et en thérapie de groupe. Espérons qu’il viendra.
En tout cas, voilà une catégorie d’addiction qui va enrichir mon panel. Et ce n’est pas fini ! Des addictions, par les temps qui courent, il s’en crée tous les jours. Dans les mois qui viennent, je pourrai bien en dépister de nouvelles. Que dirais-tu, dans un an, d’un petit article cosigné sur les néo-addictions ? » (p. 28)

A propos de l’auteur
Héléna Marienské est née en 1969, elle est agrégée de lettres. Elle a publié aux éditions P.O.L., Rhésus, en 2006 (prix Lire du meilleur premier roman, prix Madame Figaro/Le Grand Véfour, Mention spéciale du prix Wepler), Le Degré suprême de la tendresse (Héloïse d’Ormesson, 2008, prix Jean-Claude Brialy) et, en 2014, Fantaisie-sarabande, aux éditions Flammarion. (Source : Editions Flammarion)

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Le cœur du Pélican

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Le cœur du pélican
Cécile Coulon
Viviane Hamy
Roman
240 p., 18 €
ISBN: 9782878586015
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe en France, principalement dans un village de deux mille cinq cent âmes dans le nord-est qui n’est pas nommé, « un village aux contours agricoles dévorés par les nouvelles habitations, des maisons modernes, aux murs blancs, à la pelouse verte, aux enfants sages. »
Dans la seconde partie, le lecteur accompagnera le personnage principal sur les routes du pays jusqu’au centre-est, vers l’ouest et en descendant vers le sud. .

Quand?
Le roman est situé de nos jours, sur une période de quelque vingt années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend.
Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme… La veille d’une course déterminante, ils échangent un baiser qui scellera leur relation devenue désormais impossible à cause de la chute d’Anthime, qui s’effondre aux portes de la gloire…
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout abandonné, désormais bedonnant, et qu’il vit un amour médiocre avec Joanna, Anthime reçoit un électrochoc. Il sort de sa torpeur lorsque ses anciens camarades de classe lui lancent le défi de traverser le pays en courant.
Le Pélican retrouvera-t-il en lui la force de redevenir un champion et combler, par la même occasion, son orgueil ?
Porté par une extrême émotion, Le Cœur du Pélican nous parle de la gloire et de sa fragilité, du sport et de sa souffrance. Il raconte le courage et la destinée à la fois banale et extraordinaire d’un homme qui réussit, connaît le succès, tombe et se relève. Cécile Coulon parvient formidablement à incarner ses personnages aux prises avec leurs désirs et aveuglés par les non-dits.

Ce que j’en pense
***

Avec ce roman, Cécile Coulon vient prendre la foulée de quelques rares auteurs à s’être aventurés dans le monde du sport et plus particulièrement de la course à pied. Après La solitude du coureur de fond d’Alan Sillitoe, longue nouvelle devenue un classique de la littérature britannique, La ligne droite d’Yves Gibeau et plus récemment La ligne bleue de Daniel de Roulet – trois œuvres à (re)découvrir – voici donc le Pélican. Il s’agit du surnom d’un jeune espoir du demi-fond, dont le maillot est orné de cet animal pourtant peu connu pour ses prouesses à la course. Anthime va attirer l’attention de Brice qui va devenir son entraîneur. Il réussit de belles performances lors du cross du collège puis lors de compétitions départementales et régionales, avant de viser plus haut. Très vite, il acquiert une certaine notoriété. Trois jeunes filles gravitent autour de la graine de champion : sa sœur Helena qui va se mettre à son service, sa voisine Joanna qui « de la fenêtre de sa timidité assiste aux progrès fulgurants d’Anthime » et la belle Béatrice, sa camarade de classe qui le fait fantasmer.
Un entraînement de plus en plus intensif, une hygiène de vie rigoureuse et des loisirs qu’il faut sacrifier vont le mener en haut de l’affiche, au départ du 800m qui couronnera sa jeune carrière et le propulsera définitivement au rang de champion. Seulement voilà, une blessure met un terme à ce beau rêve. Commence alors une longue descente aux enfers, « Vingt ans d’incompréhension, vingt ans de chagrin, vingt ans de silence. »
« Béatrice s’envola pour un pays lointain plein de cocotiers, d’îles inhabitées et de forêts sauvages » et plus tard pour une île près des côtes australiennes, laissant le terrain libre à Joanna, sorte de femme par défaut. « Joanna a vécu plus de vingt ans à ses côtés. Sa voisine, son amie, sa maîtresse, sa femme, la mère de ses enfants. Mais elle ne le connaissait pas. Anthime était un étranger. »
Car Anthime reste habité par son échec. Anthime sent que « personne ne peut sauver personne, les gens doivent s’extirper d’eux-mêmes, sans attendre qu’une main vienne fouiller en eux pour en sortir le meilleur. »
Après vingt ans de ruminations, il choisit un nouveau défi. Il sera le premier coureur à traverser la France du nord au sud. Sa sœur s’associe à ce projet, car « Helena avait toujours été le genre de femme capable de prendre les commandes d’une machine qu’elle n’avait jamais pilotée. »
On laisse le lecteur découvrir ce qu’il adviendra de cette nouvelle ambition, découvrir le «pays, à la manière d’un homme qui déshabille une femme pour la première fois. »
et l’on saluera le sens de la formule de Cécile Coulon qui confirme ici sa place parmi la nouvelle génération des écrivains français.

Résonances
Si ce roman m’a touché, c’est aussi parce qu’il me rappelle beaucoup mon propre parcours. A 15 ans, j’ai remporté le cross de l’école, puis j’ai été repéré par un entraineur qui m’a convaincu de m’astreindre à un entrainement intensif. A 17 ans j’ai rejoint la section sport-études athlétisme du lycée de Bar-le-Duc et ai commencé à collectionner les titres de champion de France en demi-fond et cross-country. C’est alors que j’ai voulu faire de ma vie une course vers la gloire. Mais je me suis retrouvé à suivre des études universitaires sans l’infrastructure de la section sport-études, sans entraîneur et, au fil des mois, sans vraie perspective. Deux ans plus tard, je pratiquai toujours l’athlétisme, mais sans que les résultats ne soient au rendez-vous. Si bien que j’ai décidé de me consacrer à mon école de journalisme et à raccrocher les pointes. Comme Anthime, j’ai ensuite participé à quelques courses sur route avant d’arrêter toute compétition et courir encore, de temps à autre, pour le plaisir. Quelques pages du livre de Cécile Coulon, y compris celles qui retracent l’aura du champion auprès des camarades de classe, me sont plus que familières.

Autres critiques

Babelio
Télérama
L’Express
RTL (Les livres ont la parole, Bernard Lehut)
Blog Garoupe
Blog Clara et les mots

Extrait
« Pendant que les autres fument leurs cigarettes derrière les containers, toi tu cours. Pendant que les autres embrassent des filles pleines d’acné, toi tu cours. Tu n’as pas le droit de fumer, pas le droit de boire ta première bière, pas le droit de te coucher tard, tu n’as pas le droit de regarder un film porno chez ton pote parce que tu dois te lever le lendemain. Pendant que les autres mangent des sandwiches à la mayonnaise en reluquant des gonzesses qui sortent du gymnase, le short collé à leurs cuisses, tu fais des pompes, des séries d’abdominaux, tu cours autour d’une piste qui te donne la gerbe à force de tourner, tourner, tu ressembles à un bousier poussant une chiure de chaton. Pendant que les autres regardent des séries américaines, visitent des zoos, des usines désaffectées, jouent aux cartes, au bowling, tu comptes les dixièmes de seconde sur le chronomètre géant, tu dors à côté de ton coach qui ronfle comme un tracteur. Pendant que les autres vivent, tu survis, pour être le champion, pour voir ton visage sur grand écran, au-dessus d’une table de restaurant où tous ces autres se marrent à te regarder suer tes protéines sur une piste. » (p. 65)

A propos de l’auteur
Cécile est Coulon est née en 1990. Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit des études de Lettres Modernes. Elle consacre actuellement une thèse au « Sport et Littérature ».
Son premier roman Le voleur de vie et son recueil de nouvelles Sauvages ont paru aux Éditions Revoir.
Outre son goût prononcé pour la littérature, de Steinbeck à Luc Dietrich, Nathalie Sarraute ou Marie-Hélène Lafon en passant par Tennessee Williams, Stephen King ou Prévert, elle est aussi passionnée de cinéma (Pasolini, La nuit du chasseur, The Big Lebowski, L’année dernière à Marienbad, Bruno Dumont, Duncan Tucker, Larry Clark, John Waters) et de musique (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Ramones, Lesley Gore, Otis Redding, John Legend).
Quatre de ses romans ont paru aux Éditions Viviane Hamy : Méfiez-vous des enfants sages (2010), Le Roi n’a pas sommeil (2012, couronné Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur la même année), Le Rire du grand blessé (2013) et Le Cœur du Pélican (2015). (Source : Editions Viviane Hamy)

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