La sirène d’Isé

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En deux mots
Leeloo met au monde Malgorne, avant de disparaître. L’enfant sourd et muet va grandir dans un asile d’aliénés, aux bons soins de Sigrid, une vieille dame et du Dr Riwald qui règne sur cet endroit bien à l’abri des regards. Jusqu’au jour où l’avancée de la mer, qui ronge la falaise, l’oblige à fermer l’établissement.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

L’enfant sourd entendra-t-il le chant de la sirène?

Dans son nouveau roman, initiatique et envoûtant, Hubert Haddad met en scène un enfant né sourd dans un établissement isolé au fin fond d’une baie. Un conte lumineux.

Cela commence par une naissance quasi miraculeuse dans un sanatorium transformé en «maison de repos» construit face à la mer, au bord d’une falaise, dans la baie d’Umwelt. C’est dans cet endroit reculé, à l’abri des regards – en fait la population ne préfère rien savoir des traitements qu’on y prodigue – que la fragile Leeloo met au monde un fils baptisé Malgorne. Le bébé, né sourd, va devoir se débrouiller dans cet environnement hostile mais aussi protégé de la fureur du monde. Il ne pourra bénéficier de l’aide de sa mère, Leeloo étant portée disparue, emportée par l’océan. Sigrid va alors jouer le rôle de mère de substitution de même que le Dr Riwald, qui règne sur cette institution et à qui la justice a confié l’enfant. Un troisième viendra jouer un grand rôle dans l’initiation de l’enfant, Martellhus, le jardinier. C’est lui qui est en charge de la récréation du labyrinthe, un immense espace boisé devenu «un dispositif privilégié d’analyse comportementale, voire de thérapie» pour les patients. Prenant de l’âge, Martellhus confie son savoir à Malgorne qui, patiemment, va apprendre à apprivoiser cette végétation, faire des arbres des alliés qui vont lui permettre d’avancer.
Pendant ce temps, la mer sape la falaise. Jusqu’à ce jour où un effondrement important provoque la fermeture de l’institution psychiatrique.
«On dissémina les malades dans les institutions asilaires du district; quant aux membres du personnel, ils durent subir divers contrôles et interrogatoires avant d’aller postuler ailleurs selon leurs qualifications. La vieille Sigrid fut transférée dans une maison de retraite. Déserté face à l’immédiate proximité de l’océan, le domaine des Descenderies prit vite un aspect irréel qui raviva d’anciennes rumeurs combinant folie et phtisie, dégénérescence et contagiosité, sur fond d’enquête criminelle».
Martellhus et Malgorne continuent de veiller sur le domaine désormais à la merci des éléments. Seule une jeune fille répondant au doux nom de Peirdre, ose encore s’aventurer à bicyclette sur le chemin côtier pour tromper sa solitude, car son père, au décès de son épouse, a pris le commandement d’un navire. «D’évidence, le veuf avait fui les pluies infinies, battantes comme un cœur au tombeau. Il avait repris du service dans la marine marchande au lendemain des funérailles et n’était plus jamais reparu. La fin d’un amour est une fin du monde. On oublie tout au milieu des mers, la mort et la trahison. On s’oublie soi-même aux cimes de l’océan, seul endroit avec le ciel où l’infini partout s’abîme en lui-même.»
Cette apparition va envoûter Malgorne qui n’aura qu’une envie, la revoir.
Après avoir revisité une page d’histoire avec Un monstre et un chaos qui se déroulait dans la ghetto de Lodz, Hubert Haddad continue à explorer les territoires de l’enfance, les rites initiatiques et le combat contre l’adversité. Toujours aussi prenant, avec des phrases toujours aussi joliment ciselées, ce conte convoque sirène et solitude, grand large et rêves d’enfants, malédiction et soif de liberté. Laissez-vous à votre tour envoûter par la puissance poétique de ce récit.

La sirène d’Isé
Hubert Haddad
Éditions Zulma
Roman
192 p., 17,50 €
EAN 9791038700024
Paru le 14/01/2021

Où?
Le roman est situé principalement à Umwelt, contrée imaginaire dans une baie reculée d’Angleterre. On y évoque aussi Tanger, Göteborg, ou encore Port Harcourt au Niger.

Quand?
L’action n’est pas précisément située dans le temps.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la pointe sud de la baie d’Umwelt, loin du monde et hors du temps, le domaine des Descenderies a accueilli des générations de patientes. Né de la fragile Leeloo, Malgorne grandit sous la houlette de Sigrid, entre incompréhension et possession jalouse. Il trouve bientôt refuge dans le dédale de l’extravagant labyrinthe d’ifs, de cyprès, de pins et de mélèzes imaginé par le Dr Riwald. S’il n’entend ni le ressac ni les vagues qui se déchirent sur les brisants, Malgorne se nourrit des vents et scrute sans fin l’horizon.
Depuis l’ancien sémaphore, Peirdre sonde elle aussi chaque soir l’océan, hantée par la voix d’une amie disparue. Son père, capitaine au long cours, fait parfois résonner pour elle les cornes de brume de son cargo de fret.
C’est sur la grève, un matin, devant le corps échoué d’une étonnante créature marine, que Peirdre et Malgorne forgent soudain l’espoir du retour d’autres sirènes. Après Le Peintre d’éventail, Hubert Haddad nous entraîne dans la magie d’un nouveau jardin entre terre et mer. La Sirène d’Isé est un roman magnétique, envoûtant et lumineux.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
La Cause Littéraire (Fawaz Hussain) 
RFI (Vous m’en direz des nouvelles – Jean-François Cadet) 
Blog Levons l’encre 
Blog Baz’Art 
Blog encres vagabondes (Serge Cabrol) 
Le blog de Virginie Neufville 
Blog La Viduité 
Blog Lili au fil des pages 

Les premières pages du livre
« Avertissement
C’est une histoire véridique et pourtant fabuleuse, mais elle ne m’appartient pas, elle n’appartient à personne, pas même aux rares protagonistes encore de ce monde. En second rôle d’aucune étoile, je préfère ne pas dévoiler celui qui me fut assez distraitement imparti. On comprendra à demi-mot quelle exigence m’engage à relater cette histoire invraisemblable si dramatiquement avérée.

Prologue
On naît aveugle au milieu d’une fanfare : voix, cris, bruits d’organes et d’engins, rivières du vent, appels et chants d’oiseaux. Lui ne put rien entendre une fois délogé du ventre de sa mère, pas même un souffle. Sans doute devina-t-il le monde au chaud remuement qui soudain l’entourait, tout de poussées, de glissements et d’entraves, et à cette tiède haleine modulée en ondes légères sur son visage à peine déplissé des ténèbres. Le silence existe-t-il plus qu’un cri muet de sourd ? Ployée, les seins nus, la démente à l’enfant fredonnait à son oreille. Elle psalmodiait sans paroles une complainte du fond des âges. Mais Leeloo n’était pas si folle ; ses mouvements avaient une grâce nécessaire. Dans ses bras, le nouveau-né semblait inspirer ses gestes par secrète influence. Leeloo fredonnait et parfois des mots lui venaient incompréhensiblement :
De l’eau, donnez-moi de l’eau fraîche
La neige tombe seule dans les rues
La neige monte et descend l’escalier
Donnez-moi de l’eau fraîche pour chanter
Au petit matin, la sage-femme qui l’avait assistée dans la nuit revint d’un pas précipité à son chevet comme si elle avait craint le pire. La jeune mère dormait, la tête inclinée vers l’enfant que l’infirmière de service venait de replacer dans un minuscule lit de fer.
— C’est bien de le lui avoir laissé, dit l’accoucheuse en effleurant d’un doigt le montant du berceau. Mais il ne faudrait pas la perdre de vue.
— Il n’y a pas à s’inquiéter, répondit froidement l’infirmière.
Les deux femmes échangèrent un regard vide, bouches closes. L’une et l’autre devaient se demander par quel extraordinaire cette naissance avait pu s’accomplir.

À peine éveillée, Leeloo, le front moite, s’était écriée : « Du lait, donnez-moi du lait froid ! », comme si sa vie en dépendait. Bulles remontées d’abysses dans l’écume de l’aube, les images d’un rêve lui revinrent. Elle courait, les bras serrés contre sa gorge. Une lumière poussiéreuse filtrait d’un dédale de couloirs obscurs. Chaque porte s’écartait sur une silhouette menaçante qui n’était autre que la porte suivante. Il n’y a pas d’issue, toutes les portes franchies se referment derrière elle.
Après un coup d’œil sur la fenêtre et les deux personnes en blouse dressées au pied de son lit, Leeloo s’est tournée vers l’enfant dans un sursaut d’effroi. Le berceau de fer lui paraissait si éloigné, comme un esquif à la dérive. La jeune femme concentra toute son attention sur cette créature inconnue d’elle et de l’univers quelques heures plus tôt. D’où sortait cette petite chose d’une prodigieuse fragilité ? Existait-elle pour de vrai ? Un subterfuge lui parut soudain flagrant : on avait profité de son sommeil pour intervertir les poupées ; celle du rêve, bien à elle, à cette autre un peu rouge et fripée. Dans ce cas, comment échapperait-elle à son cauchemar ?
Mais le bébé bâilla et s’étira mollement dans ses langes. Leeloo crut deviner un sourire de porcelaine sous le bouton rose du nez. Subitement, il se mit à happer l’air et à grimacer. La sage-femme s’empressa.
— On dirait qu’il a faim, dit-elle.
Leeloo reçut le nourrisson avec une expression terrifiée. Elle ressentit une brûlure à la pointe du sein, comme si sa propre chair aspirait son sang. Ses larmes apitoyèrent les soignantes qui ne saisirent rien de sa douleur.
— Il ne faut pas s’affoler, dit l’une.
— Tout ira bien, dit l’autre.

Le docteur Riwald était puissant. Personne d’autre que lui ne voulait prendre soin de Leeloo. Pas même l’ombre sans nom qui l’eût plutôt maudite. On la ramènerait donc à l’institution des Descenderies. Le docteur avait tout arrangé. On ne lui retirerait pas l’enfant, il vivrait à l’abri avec elle, côté jardins, face à la mer, dans une annexe privée de l’immense édifice. Leeloo ne comprenait rien à son sort. Après la mort du père et de la mère coup sur coup, d’un excès d’amour ou de découragement, il y avait de cela un gouffre d’années, l’ombre sans nom et deux gendarmes l’avaient conduite un jour au bout des landes, à la pointe sud de la baie d’Umwelt, dans ce drôle de château face au vide.
Il y a maintes espèces d’établissements publics ou privés en charge des corps souffrants et des âmes affolées, éperdues, expirantes d’avoir tant espéré, mais la plupart de ces lieux de relégation, soumis aux pesanteurs administratives, n’assurent que l’ordinaire de leur fonction et cèdent à l’extraordinaire au gré des circonstances.
Édifié à la fin du XIXe siècle sur l’une des plus hautes falaises de la côte, en respect de la bande littorale inconstructible d’une centaine de mètres, le vaste complexe des Descenderies fut l’un des premiers hôpitaux maritimes destinés aux poitrinaires. La peste blanche frappait en priorité les plus démunis, les ouvriers et leurs enfants, mais aussi les plus exposés à la solitude morale et à la déréliction. On l’appelait atrocement « le mal des petites bonnes », mal qui n’épargnait guère les demoiselles bien nées confiées aux pensionnats et aux instituts religieux où la dureté de la règle entretenait les foyers d’infection. À l’origine dévolue aux jeunes filles phtisiques, la fondation des Descenderies perdit sa vocation première à la suite de la découverte de la pénicilline en 1928 et plus spécialement de la streptomycine peu avant le second conflit mondial. Dans l’après-guerre, à l’heure où l’on fermait les uns après les autres ce type d’établissements devenus inutiles, en bord de mer comme en montagne, un autre motif hâta la désaffectation du sanatorium des abords d’Umwelt : les vagues de suicides de résidentes transies de solitude, comme appelées par l’immédiate délivrance, à moins de cent mètres, entre abîme et lointain. Malgré les grilles en façade surélevées de pointes de lance, les jeunes pulmoniques parvenaient à contourner les obstacles dans l’exaltation de la fièvre. Cet usage du néant frappa durablement les imaginations et se perpétua en contes et en ragots longtemps après la fermeture de l’établissement. Recyclé deux décennies plus tard en «maison de repos», litote convenue pour rasséréner le voisinage, le domaine des Descenderies accueillit jusqu’à ces dernières années petites et grandes douleurs dans l’accointance des familles en quête de tranquillité. Certains lieux marqués par l’étrangeté du sort semblent lestés de fatalité et, d’un siècle à l’autre, comme pour y souscrire, connaissent d’analogues tragédies. À l’époque pas si éloignée où l’on enfermait bien davantage pour troubles mentaux que pour actes délictueux, le docteur Riwald eut à répondre de maltraitances méthodiques envers les patients sous sa tutelle. Médecin chef et directeur en poste, il prônait en effet une méthode de soins paradoxale alors en vogue, consistant à provoquer un traumatisme
prétendument libératoire qui, dans certaines circonstances, pouvait aboutir à un homicide caractérisé, quoique dans son principe involontaire. Faire frôler la mort à des malades souffrant d’asthénies, de phobies ou de délires en tous genres était censé occasionner un état de choc salutaire, une sorte de catharsis opératoire. Mais au troisième décès lié à ces traitements, les dénonciations anonymes s’accumulant, une enquête finit par être lancée et bien nonchalamment instruite. Prononcée l’année de la grande comète, la fermeture administrative de l’établissement pour infraction grave au code de la santé publique ne fut accompagnée d’aucune mesure confiscatoire. Les patients du docteur Riwald se virent dispersés dans les asiles des environs avec l’accord des familles, tandis que les membres du personnel exempts de poursuites allèrent trouver de l’embauche ailleurs.
Le processus d’érosion de la falaise, tributaire de la nature variable des tufs géologiques, s’étant considérablement accéléré, la société gérante dut en revanche assumer la maintenance du domaine désormais incessible pour cause de risque majeur.
Modèle inaugural, l’architecture héliotropique du bâtiment aux vastes espaces intérieurs, aux fenêtres panoramiques, en ferait un site classé malgré l’avis d’expropriation lancé par le district communal. Ces décrets antinomiques résultant du conflit des compétences eurent pour résultat de bloquer avant longtemps toute ingérence publique ou privée.
Ainsi donc, hormis l’entretien et le gardiennage imputables aux parties contractuelles, rien n’affecta plus le domaine des Descenderies comme en suspens d’avenir. On changeait à l’occasion un carreau de fenêtre ou quelque faîtière brisée par les intempéries.
Recruté aux premiers jours de la mise en service de la clinique psychiatrique un quart de siècle plus tôt, le gardien du domaine resté à demeure après sa clôture accomplissait en automate ses rondes de factionnaire dans la vaste cour d’accès disposée en jardins à la française, entre le portail monumental à vantaux ajourés flanqué de portes piétonnes et la façade de briques blanches de l’immeuble, toute nervurée d’arabesques en stuc et rehaussée de mosaïques, avec ses cinq niveaux d’immenses baies donnant sur la mer. Lui-même logeait au rez-de-chaussée du pavillon de garde à l’angle des hautes grilles, au milieu d’une collection de poupées de mode articulées en faïence peinte héritée d’une sœur défunte.
Côté lande, à l’arrière du bâtiment, le parc enclos d’un muret de pierres sèches à sa création et plus tard surélevé d’une belle hauteur de briques avait été planté de résineux: ifs, pins à l’encens, cyprès, mélèzes, essences jadis censées traiter efficacement la phtisie en appoint à la cure d’air marin et de lumière.
Du haut de l’escalier y menant, on eût dit un îlot forestier aux allures de bois sacré, assez vaste et conçu pour s’y perdre, avec, visible en son centre, un dôme biscornu de gloriette qui étincelait au soleil pardessus l’épaisse canopée d’égale voussure, faîtages entrelacés et taillés en terrasse afin d’inhiber la poussée vers la lumière des arbres les plus vigoureux. Un mur d’enceinte bornait l’étendue boisée à quelques
mètres d’écart, laissant ainsi courir une large allée de terre battue où quelques statues en buste engainées sur piédestal alternaient avec d’étroits bancs de fonte à usage purement ornemental.
Le docteur Riwald, clinicien avéré de la culture de l’hystérie, par ailleurs organiste liturgique bénévole à la paroisse Saint-Jude d’Umwelt et grand amateur de jardins dédaliques, s’était décidé à tirer parti de cette insolite plantation hygiénique qui, au fil des années, avait eu la patiente agilité de se ramifier et de s’épaissir au point d’en devenir impénétrable. Il y avait dans cette forteresse arbustive un défi d’espèce sauvage.
L’idée de le relever ne lui vint pas d’emblée; il s’était souvenu de sa passion des jardins secrets, enfant, quand seul le plaisir de s’égarer motivait ses fugues. Puis il avait longuement réfléchi au possible usage clinique de cette façon de cloître d’ombres ou de mangrove polaire, une fois agencé selon ses vœux. Il s’agissait en priorité de dompter cette jungle avec le concours d’ouvriers sylvicoles, ou plutôt d’en ordonner le secret, de concevoir un parc aux cent allées courbes, rectilignes et sinueuses là où régnait une sorte de chaos directionnel. Maître Willumsen, un arboriste forestier de l’arrière-pays, vieil homme passionné d’astronomie, fut engagé sur la foi du pasteur de Saint-Jude qui le disait capable de créer une cathédrale végétale à partir d’un bois maudit.
C’est ainsi que le docteur Riwald fit élaguer, essoucher, aligner, transplanter des années durant le peuplement anarchique du parc jusqu’à atteindre la forme la plus approchante de son utopie paysagère.
L’œuvre accomplie, il lui vint à l’esprit de déplacer et de restaurer en son point nodal l’armature et les verrières d’un édicule à fonction de serre, structure baroque en forme de kiosque inspirée des radiolaires dessinés par Ernst Haeckel et jusque-là oubliée sous un manteau de lierre poussiéreux, dans un dégagement des jardins de façade. Fort d’un certain pragmatisme conjectural particulier à sa profession, l’aliéniste s’était convaincu d’ouvrir à certaines heures l’accès au parc muré à l’arrière de l’ancien sanatorium. Les quelques pensionnaires sélectionnés eurent ainsi tout loisir d’interroger leur propre égarement au gré du réseau de voies entrelacées. Au fil des années, le docteur Riwald perfectionna et mit plus largement en pratique sa méthode de traitement fondé sur l’état de choc psychologique ou «collapsus émotionnel». La récréation du labyrinthe devint même un dispositif privilégié d’analyse comportementale, voire de thérapie. »

Extraits
« Le pouvoir des notables étant ce qu’il est, l’arrestation et la mise en garde à vue du docteur Riwald ne furent pas pour rien dans la subite diligence de l’administration territoriale; un mandataire de justice hâta le démantèlement de la structure hospitalière. On dissémina les malades dans les institutions asilaires du district ; quant aux membres du personnel, ils durent subir divers contrôles et interrogatoires avant d’aller postuler ailleurs selon leurs qualifications. La vieille Sigrid fut transférée dans une maison de retraite. Déserté face à l’immédiate proximité de l’océan, le domaine des Descenderies prit vite un aspect irréel qui raviva d’anciennes rumeurs combinant folie et phtisie, dégénérescence et contagiosité, sur fond d’enquête criminelle. » p. 90

« Le commandant Owen était sans pardon, mais il chérissait Peirdre à sa façon, aussi l’avait-il diligemment instruite, servante inapte et scrupuleuse, à l’intendance de la maison grâce à une dotation gérée par un notaire. D’évidence, le veuf avait fui les pluies infinies, battantes comme un cœur au tombeau. Il avait repris du service dans la marine marchande au lendemain des funérailles et n’était plus jamais reparu. La fin d’un amour est une fin du monde. On oublie tout au milieu des mers, la mort et la trahison. On s’oublie soi-même aux cimes de l’océan, seul endroit avec le ciel où l’infini partout s’abîme en lui-même. » p. 126

À propos de l’auteur
HADDAD_hubert_©nemoperierstefanovitchHubert Haddad © Photo Nemo Perier-Stefanovitch

Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture, ou le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre). (Source: Éditions Zulma)

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Anne-Sarah K.

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
C’est sur les bancs du collège que le narrateur rencontre Anne-Sarah et que sa beauté et sa personnalité le subjuguent. Commence alors une très longue amitié. Il lui avoue son homosexualité, elle lui avoue son handicap: elle devient sourde. Et les choses ne vont pas s’arranger…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

« Faire de nos hontes des forces»

Après avoir réalisé un documentaire consacré à Anne-Sarah Kertudo, Mathieu Simonet a choisi le roman pour coucher leur histoire sur le papier. Le récit de leur rencontre et de leur amitié devient celui de leurs combats et de leurs engagements.

Cela commence comme un roman d’amour, une quête initiatique. Quand le narrateur, encore collégien, rencontre Anne, il est immédiatement sous le charme. « Je me souviens du choc que j’ai ressenti. Anne était incroyablement belle. Elle avait une classe, avec ses bras, ses jambes, ses mains, qui me sidérait. Même ses yeux, ses grands papillons noirs, la rendaient belle. Tout son visage était classique (nez droit, belle bouche, cheveux bouclés, mâchoire féminine et affirmée), seuls ses yeux étaient atypiques, et c’était cette fausse note, ce truc en plus, ce truc bizarre, qui la rendait incroyablement lumineuse. » Ce verre pris ensemble va transformer sa vie. Ce qu’il va appeler «un vrai coup de foudre amical» marque le début d’une relation, d’une intimité, d’un échange qui va durer toute la vie.
Très vite, ils partagent tout, à commencer par leurs «secrets», son homosexualité et son handicap. Anne, qui a décidé de se faire appeler Anne-Sarah, perd progressivement l’ouïe jusqu’à devenir sourde. Mais elle refuse d’être stigmatisée, de parler de handicap. Comme nous sommes aussi durant les années où le virus du sida se propage, on comprend très vite que ce sont leurs hontes qui les rapprochent, qu’ils vont en faire des forces. Mieux, le combat d’une vie auxquelles leurs relations respectives vont devoir s’adapter. C’est l’époque du militantisme, c’est aussi celle où tous deux choisissent d’embrasser une carrière juridique. Avec bien des obstacles pour Anne-Sarah. Ensemble, ils vont lutter, intenter un procès pour qu’Anne-Sarah soit autorisée à devenir avocate, créer la première permanence en langue des signes, refuser le handicap, à la fois comme mot et comme objet de discrimination.
Bien qu’intéressante sur le plan politique et social, cette partie du récit tient davantage de l’essai que du roman. Je préfère les parties plus intimes. Quand par exemple, Anne-Sarah perd la vue. «Anne-Sarah et moi dormions dans la même chambre, dans le même lit. On aimait bien se toucher pendant qu’on se parlait. Raconter des horreurs sur les gens qu’on aimait. Hurler de rire. Notre humour me semblait universel, ouvert sur les autres. Il ne l’était pas. On se repliait dans notre tanière. Là où personne ne pouvait nous atteindre.»
C’est dans ces lignes que Mathieu Simonet retrouve sa plume de romancier et réussit à faire partager ses émotions.

Anne-Sarah K.
Mathieu Simonet
Éditions du Seuil
Roman
185 p., 17 €
EAN 9782021402568
Paru le 03/02/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris. Mais on y évoque aussi une escapade à Prague, une autre dans le Lot, près de Gourdon, une troisième à Barcelone et une quatrième à Sarajevo ainsi qu’un séjour à Londres.

Quand?
L’action se situe de 1983 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nous avons fait notre coming out ensemble.
Au collège, quand nous nous sommes rencontrés, Anne-Sarah n’osait pas porter d’appareils auditifs ; moi, je n’osais pas avouer que j’aimais les garçons. À vingt ans, nous nous sommes affichés. Nous avons appris à faire de nos hontes des forces intimes et politiques. Ensemble, nous sommes devenus juristes. Anne-Sarah a créé la première permanence juridique en langue des signes. Ensemble, nous sommes devenus écrivains. Un soir, pendant l’apéritif, Anne-Sarah m’a appris qu’elle allait perdre la vue. Je ne l’ai pas crue.
«Je me souviens qu’on hurlait de rire quand elle me racontait ces histoires. Hurler de rire était la seule preuve tangible que le handicap ne nous touchait pas, resterait un accessoire, un gadget dans notre amitié.
On n’utilisait jamais ce mot “handicap »; il était tabou.»

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
En attendant Nadeau (Marie Etienne)
France bleu (Le livre du jour)
Blog Les livres de Joëlle
Blog Le carnet de Myriam Thibault

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La première fois que j’ai vu Anne, c’était dans le métro; je me souviens de ses yeux qui ressemblaient à des papillons. Je l’avais vue à la station Église-d’Auteuil. Je montais les escaliers; elle les descendait. C’était en 1983. Nous étions en sixième. Nous n’étions pas dans la même classe, mais nous avions une amie commune, Perrine, qui nous a présentés. Anne me faisait un peu peur. Elle était plus grande que moi, portait des vêtements colorés, avait un avis sur tout.
Elle était un monstre de certitudes, de convictions, d’engagements; moi je n’étais que doutes, je voulais m’effacer, être ami avec tout le monde (je n’avais aucun ami; plus je voulais partager l’amitié des autres, plus les autres me fuyaient).
J’avais eu honte d’avoir obtenu, à la fin de l’école primaire, le prix de camaraderie; j’y avais vu la confirmation que j’étais un fayot, c’était comme un prix de consolation. Je n’étais ni le plus intelligent de la classe ni le plus beau; j’étais le plus fayot, et on avait fini par le reconnaître.
Je rasais les murs. Certains garçons criaient très fort: «Tiens, c’est Mathieu! Le pédé!» Même des enfants plus jeunes que moi se moquaient: des élèves de sixième quand j’étais en quatrième. J’avais honte. J’aurais aimé être plus fort, plus grand, avoir une voix plus grave, avoir des manières de garçon. J’étais fragile, un peu efféminé, transparent. Je traversais la vie.
Anne était un bloc.
Je la fuyais comme je fuyais toutes les personnes atypiques. On se moquait d’elle aussi, mais elle semblait hermétique à la violence, à la critique. Certains lui disaient qu’elle serait plus tard comme sa mère: «Toi aussi tu auras des enfants handicapés.»
Les rires couraient dans les couloirs.
Il y avait le brouhaha du collège qui me déstabilisait. Je me raccrochais à des détails infimes (comme la marque de mes chaussettes – des Burberry – que je trouvais très chic, qui me laissait penser que je faisais partie de la norme, une certaine norme, celle que je percevais dans ce collège du 16e arrondissement, un établissement public, rue d’Auteuil). Je ne comprenais pas pourquoi certains se moquaient, en prenant un air, des habitants de «Neuilly, Auteuil, Passy».
Mes parents n’avaient pas d’argent. Mon père faisait des séjours à l’hôpital psychiatrique; ma mère buvait. Écrire la profession de mes parents en début d’année scolaire était toujours un moment pénible. Je ne voulais pas que les autres voient ce que je notais: «Professeur d’anglais» pour mon père, «Agent EDF» pour ma mère. Je me souviens d’un prof de français, en sixième ou cinquième, qui nous avait demandé de ne pas faire de «chichis» en remplissant ces fiches: «Ne me refaites pas le coup de l’élève qui avait écrit “Postier” à “Profession du père” alors qu’il était le fils du ministre des PTT!» Tous les enfants avaient ri. Ce jour-là, j’avais précisé sur la fiche bristol que mon père était «Professeur d’anglais au collège et non ministre de l’Éducation».
Les parents d’Anne avaient, eux, je crois de l’argent. En tout cas, ils avaient un immense appartement avec des œuvres d’art. À l’époque, il me semblait que le statut social protégeait de tout. Je rêvais d’avoir des parents normaux, avec de l’argent (car tous les enfants que je croisais dans le 16e arrondissement avaient des parents fortunés). Je n’avais aucune conscience que j’évoluais dans un microcosme, que sur le plan social j’étais finalement le seul à être un «Français moyen», le seul dans la norme. »

Extraits
« Je me souviens du choc que j’ai ressenti. Anne était incroyablement belle. Elle avait une classe, avec ses bras, ses jambes, ses mains, qui me sidérait. Même ses yeux, ses grands papillons noirs, la rendaient belle. Tout son visage était classique (nez droit, belle bouche, cheveux bouclés, mâchoire féminine et affirmée), seuls ses yeux étaient atypiques, et c’était cette fausse note, ce truc en plus, ce truc bizarre, qui la rendait incroyablement lumineuse. »

« Anne-Sarah et moi dormions dans la même chambre, dans le même lit. On aimait bien se toucher pendant qu’on se parlait. Raconter des horreurs sur les gens qu’on aimait. Hurler de rire. Notre humour me semblait universel, ouvert sur les autres. Il ne l’était pas. On se repliait dans notre tanière. Là où personne ne pouvait nous atteindre. On lisait en écoutant de la musique. »

À propos de l’auteur
Mathieu Simonet est avocat. Il a écrit plusieurs romans publiés au Seuil. Ancien artiste associé aux Ateliers Médicis, il a réalisé un documentaire consacré à Anne-Sarah Kertudo. (Source: Éditions du Seuil)

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