Les monstres

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots
David a encore quelques heures à passer en ville avant de rejoindre sa femme et ses enfants en vacances. Alice a encore une journée de cours avant de laisser ses élèves. Ils vont se retrouver lors d’un dîner-spectacle, dans une atmosphère très particulière. Et leur vie va Basculer…

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Les monstres sont parmi nous

Charles Roux se lance dans le roman avec un pavé de 600 pages qui, sous couvert d’une rencontre entre un cadre commercial et une prof, va explorer tout ce que notre société compte de monstres.

David s’apprête à rejoindre sa femme et ses enfants partis pour des vacances en bord de mer. Mais avant de prendre la route, il lui faudra passer encore une journée au sein de son entreprise. En attendant, il parcourt la ville qui est au cœur de l’actualité, «excité, amusé par l’odeur du sang dans l’air».
De son côté, Alice a laissé les copies de ses élèves pour l’argile de sa sculpture. Des «humanoïdes argileux» inertes, mais qui enflamment l’imagination.
Dominique s’est habillée et maquillée pour sortir, pour aller dans ce bar où elle ne devrait pas tarder à trouver un homme. En fin de compte, elle rentrera se coucher seule. Alors Dominique se dépouille de ses oripeaux et se roule dans ses draps. Elle est redevenue lui. Au réveil, ses poils ont poussé et ce qu’il incarnait la veille s’est évaporé.
Avant de commencer sa journée, Alice enfile un informe jogging, des baskets usées et part courir. L’occasion aussi de réfléchir à ce monstre invisible qui hante la ville. Lui vient alors à l’esprit l’image du golem, cet homme fait de terre, comme ses sculptures.
Dominique penche plutôt pour une mécanique savamment orchestrée. Comme des automates capables de ne jamais se fatiguer et de répandre la peur sur la ville.
David pencherait plutôt pour les zombies, ces monstres revenus de la mort et qui semblent être totalement décérébrés. Un peu comme tous ces travailleurs prisonniers d’un système auquel ils se soumettent aveuglement.
On l’aura compris, Dominique, Alice et David vont finir par se rencontrer. Cela va se passer «Chez Dominique» où se déroule une soirée très particulière dans un endroit qui ne l’est pas moins.
Charles Roux explore tous les aspects du monstre, de la pulsion individuelle au dessein collectif. Il creuse aussi la perception que chacun peut en avoir, entre fascination et répulsion. Comme ses personnages, le lecteur est appelé à se poser des questions dérangeantes. Jusqu’à quel point ne sommes-nous pas nous-mêmes monstrueux? Lorsque l’on joue avec le genre? Avec la fidélité d’un mariage? Avec la manière dont on traite ses élèves? Des questions que le roman met en scène dans une logique implacable, faisant entrer le surnaturel comme une évidence.
Sous l’œil de Dominique la sorcière, il va happer Alice et David et modifier leurs repères. La tension, introduite dès les premières pages avec ce danger qui plane sur la ville, tient tout au long des 600 pages. Et ce n’est pas la moindre des qualités de ce premier roman audacieux.

Les monstres
Charles Roux
Éditions Rivages
Roman
608 p., 23 €
EAN 9782743651909
Paru le 6/01/2021

Où?
Le roman est situé dans une ville-capitale jamais nommée.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lors d’un dîner-spectacle, dans un restaurant tenu par une sorcière, au cœur d’une ville de béton sur laquelle plane une menace invisible, un homme et une femme se rencontrent.
Dans ce premier roman plein d’audace, conçu comme un cabinet de curiosités littéraires, Charles Roux explore, à travers un jeu subtil de métamorphoses et de travestissements, le fascinant mystère de l’identité.

68 premières fois
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Les autres critiques
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L’Humanité (Alain Nicolas)
ActuSF (entretien avec l’auteur)
Touche de culture (Cécile Reconneille)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)

Les premières pages du livre
« Monstre (français), monstruo (portugais), monstro (espagnol), mostro (italien), du latin monstrare, qui signifie montrer, indiquer.
Le monstre est ce que l’on montre du doigt parce qu’il se distingue du reste. Individu ou créature, il peut prendre des formes diverses. Différent des autres, il attire les regards qui peuvent être pleins d’admiration ou de terreur.

Vous passez la soirée seule. Une fois de plus, est-on tenté de dire. Dehors, la noirceur a enveloppé la ville qui résiste du mieux qu’elle peut, flambant d’un murmure lumineux. Dans les appartements, les salons aspergés du halo ronronnant de la télévision consument les lueurs qui montent des phares des voitures. Certains sortent, s’amusent et boivent. Ils discutent ou bien dansent, jusqu’au petit matin pour les plus braves.
Vous êtes plutôt encline à rester calfeutrée dans votre appartement. Derrière ces vitres, auprès du petit écran rassurant, vous vous protégez des ténèbres. Elles n’ont pas été apprivoisées, tout juste mises à distance, et vous êtes incapable de les affronter. La nuit ne vous a jamais appartenu.
Quand l’âge dictait ses folies et que les autres profitaient, vous, Alice, restiez sagement couchée. La porte de votre chambre est restée entrouverte sur ce couloir éternellement allumé, année après année. Les veilleuses en forme d’animaux se sont succédé, et certaines filles commençaient de perdre leur virginité alors que vous, Alice, aviez encore besoin de cette minuscule source d’espoir dans le noir, ce faisceau de lampe qui vous protégeait de l’obscurité venue vous étreindre.
Sur la table basse, planche de verre et armature de métal, se reflètent les murs du salon, se mélangent papiers et objets, sans autre ordonnancement que celui du hasard. Un stylo publicitaire côtoie un dessin d’enfant, un paquet de cigarettes copine avec un livre de poche. Quelques mouchoirs endormis dans leur emballage flirtent avec un bonbon abandonné et une petite cuillère sale. Les clés d’une voiture qu’on devine être une berline confortable, un numéro de téléphone griffonné au dos d’une enveloppe, un paquet de cartes à jouer en fin de vie, une figurine de super-héros et trois télécommandes complètent l’ensemble hétéroclite. Le magazine de décoration intérieure ainsi que le cactus ont été placés ici par choix, de même que deux coquillages élimés, souvenirs de vacances à la plage. Naufrage moderne sur une mer parfaitement plane et transparente.
De cette scène figée transpire la vie d’une famille, la tienne, David. Au-delà de ce qui s’est échoué là au fil des semaines, ce meuble contient une partie de ton histoire. Cette table basse a connu les soirées étudiantes, les moments de déprime et les succès célébrés. Elle t’a connu seul et accompagné, a vu défiler les copines avant de voir naître et grandir tes deux enfants. Elle a résisté aux assauts de ta femme qui voulait la remplacer, à ta marmaille qui l’a malmenée. Sur le panneau en verre, des devoirs ont été révisés et des joints ont été roulés. Des décisions ont été prises et des lignes ont été tracées, des verres renversés, de la nourriture répandue.
Malgré les années, son plateau de verre ne s’est jamais fissuré, à tel point qu’elle t’apparaît aujourd’hui presque incassable. Tu te demandes même si un coup de marteau viendrait à bout de cet épais alliage industriel. La vitre céderait, c’est certain. Le métal finirait par se tordre de douleur, mais il faudrait compter sur une brave résistance. Voilà bientôt vingt années qu’elle tient le coup. C’est une battante, une table basse fière et forte, pas le genre à lâcher facilement. Ces Suédois et leurs foutus meubles ont vraiment réussi leur coup : c’est ce que tu te dis en te marrant.
D’un geste sur l’interrupteur, tu plonges l’appartement dans l’obscurité. N’y subsistent plus que des points lumineux, diodes rouges, vertes et bleues disséminées dans l’atmosphère.
Votre cuisine est équipée d’appareils efficaces et d’une vaisselle sympathique. S’y asseoir pour prendre le petit déjeuner est un plaisir quotidien, peut-être même qu’il est tentant de parler de bonheur, pour autant qu’on puisse y goûter au quatrième étage d’un immeuble engoncé dans la ville. Celui-ci survit avec peine dans cette forêt de briques et d’étages, au milieu d’autres blocs de béton, coincé entre des ensembles disparates aux lignes dures et à la silhouette massive. Votre intérieur vous protège, résiste à l’écrasement des murs, au zébrage de ces rues et de ces croisements, à l’étouffement des milliers d’appartements qui l’encerclent. Il faut bien vivre quelque part : votre chemin vous a conduit là, en plein cœur d’une métropole du monde moderne.
Si tant de touristes veulent venir y passer leurs vacances, c’est que l’endroit vaut le coup, assurément. Devant ces intarissables flots d’êtres humains qui vont et qui viennent, vous trouvez refuge dans ce chez-vous qui a nécessité tant d’heures de décoration, un endroit où vous vous sentez bien. C’est une fable à laquelle vous tenez, et vous entretenez cette belle histoire autant que possible. Puisque à l’extérieur tout est fou et inquiétant, autant rester chez soi et s’y déclarer heureuse, quand bien même ce bien-être factice n’est qu’une vue de l’esprit.
Vous qualifiez les teintes de votre salon de personnelles. Un simple coup d’œil à travers les fenêtres de vos voisins vous ferait comprendre que vos goûts sont avant tout ceux de votre époque, qu’un jour les murs taupe, les accessoires sobres, les fauteuils recouverts de housses interchangeables et lavables en machine, les tableaux abstraits aux tons vifs seront jugés avec la même cruauté que les décors des années passées, ceux qui subsistent çà et là dans les résidences secondaires.
Tiens donc, voilà que vous levez les yeux au ciel. Vraiment ? Vous riez à la vue des carreaux marron et violets, des moquettes trop épaisses, des tonalités d’autrefois et des affiches ringardes ? Vous vous moquez de ces temps où la décoration avait emprunté des chemins excentriques ? Un peu de patience, Alice. Un jour ou l’autre, vous considérerez aussi durement votre époque. Vous trouverez ces appartements défraîchis et ces intérieurs vieillis.
Quant à l’éclairage vous n’avez pas lésiné, accumulant les lampes pour donner à l’ensemble une intimité modulable et tamisée. Il est humain, et on vous le pardonne volontiers, d’assurer que cela tient d’une volonté et non de la nécessité. La vérité est que vous avez peur du noir, et que les temps qui courent ravivent vos terreurs nocturnes.
Ce qui lui plaît dans la nuit tient, entre autres, aux désirs sauvages que chacun peut exprimer. Feutré, son choix s’est porté sur une tenue simple mais séduisante : un ensemble en cuir ajusté et sans motifs, noir évidemment. Le contrepoint du maquillage redonne un peu de fraîcheur à son visage. Les lèvres ont été délicatement soulignées, une ligne de front tracée sur une bataille blanche et poudrée.
Homme ou femme, peu importe : les apparences ne font pas tout dans l’obscurité. Pour s’y fondre, l’attitude est primordiale. Quand viennent les ténèbres, les repères se brouillent et les limites se déplacent, amenant les corps à se mouvoir autrement et les âmes à se révéler. En outre, depuis quelques semaines des événements en apparence isolés se sont constitués en une effroyable réalité : il y a dans la ville quelqu’un ou quelque chose qui sème la terreur.
Cela n’empêche personne de sortir, bien au contraire. Avec cette actualité, beaucoup rentrent dans la nuit avec d’autant plus d’ardeur. On prend des risques, on joue à se faire peur. Ce frisson a d’ailleurs pour corollaire une fierté obscène, comme s’il fallait se réjouir de cette particularité nouvelle qui a gagné l’endroit. La vie urbaine a conservé ses traits bruyants mais la violence latente a gagné en épaisseur. Chaque soir supplémentaire sans résoudre le mystère conforte l’excitation populaire.
Les meilleures heures arrivent, David, et tu sais très bien que tu ne vas rien en faire. C’est un rien presque organisé, un rien connu et répété, une occupation à laquelle tu t’adonnais il y a quelques années, un rituel personnel. Tu veux recommencer, goûter à cette enivrante errance.
Avant de refermer derrière toi la porte de l’appartement, tu jettes un œil sur ton royaume endormi. Dans le salon éclairé par la lumière du palier, les photos retracent le passé heureux de ta petite famille. C’est mignon comme tout, mais tu es incapable d’en profiter sereinement. Sur un coin de la table basse, toujours encombrée de mille et une choses, on peut voir ce que tu viens d’y laisser. Les bières que tu as sifflées, des miettes de tabac et de marijuana. Un résidu de poudre blanche. Par réflexe, tu portes la main à ton nez pour effacer les traces de tes conneries.
Tu humes l’air à la recherche d’une odeur particulière. L’absence de senteur en provenance de la cuisine se conjugue aux effluves rances d’une cigarette fumée à l’intérieur. Ta femme et tes enfants, comme d’habitude, sont partis un jour avant le début des vacances pour éviter les bouchons et arriver à bon port sans pleurs ni agacement. Tu les rejoindras dans quelques jours au bord de la mer. En attendant les retrouvailles, la soirée t’appartient.
Dans l’habitacle confortable tu prends place, savourant par avance les instants à venir. Tu hésites sur le choix de l’ambiance sonore pour accompagner ta dérive nocturne. Les idées de chansons ne manquent pas. Tu penches pour un des premiers albums d’un groupe oublié dont les membres, considérés à tort comme morts et enterrés depuis belle lurette, barbotent sans doute dans une piscine, les cheveux blancs et les instruments au repos. Pour planer, rien de mieux que ces riffs de guitare. Juste avant d’appuyer sur le bouton lecture, tu te ravises. La musique attendra, voilà un moment idéal pour écouter les informations à la radio.
L’actualité brûlante dicte le programme. Tu te réjouis d’avance de ce qui va être exposé et contredit, crié et répété, affirmé et questionné. La ville tremble, parcourue de peur et d’inquiétude. La situation ne t’effraie pas outre mesure, pas plus que la solitude du soir ne t’attriste. À l’abri derrière les vitres de la voiture, probablement aussi solides sinon plus que le verre de ta table basse, tu t’élances sur l’asphalte encore chaud. Ta main gauche tient le volant, la droite s’affaire à chercher la bonne fréquence et à régler le volume. Tu souris, excité par ta soirée.
Les phares des voitures zèbrent l’obscurité. Vous observez la ville depuis la fenêtre de votre salon, plissant les yeux pour distinguer l’horizon au-delà des papillons de nuit qui dansent devant les carreaux. Quelques rues, une place, un square recèlent ce mystère dont tous parlent avec autant d’inquiétude que d’excitation. Dans cette vaste urbanité se cache une nouvelle menace qui pointe quand la nuit tombe. Comme si vos propres craintes ne suffisaient pas.
Ne faites pas semblant d’ignorer, ne minorez pas. Vous avez peur du noir, c’est un fait. Vous n’avez pas su vous débarrasser de cette crainte et vous en éprouvez même une légère honte.
Dissimulée derrière cette fenêtre, il vous semble que rien ne pourra vous arriver. Il s’agit peut-être d’un espoir vain mais il faut bien vous y accrocher. Derrière vous, les meubles tremblent. Le tapis jauni scintille d’angoisse et la table frémit. Elle en sait plus que vous, Alice, car vous regardez dehors alors que c’est dedans qu’il faudrait chercher.
Vivre la nuit tient à un savant équilibre. Se faire trop remarquer apporte une pression supplémentaire, car pour exister il faut alors se montrer à la hauteur de ce qu’on a exposé. À l’inverse, se fondre dans la foule réduit l’individu, mangé par le nombre de ses semblables. Cela est aussi vrai le jour, mais quand le soleil disparaît les conséquences sont plus importantes. Les corps qui brillent attirent la lumière. Ceux qui n’ont pas su ou pas osé se distinguer deviendront d’innocentes mais réelles victimes. Multiples sont les façons de se faire piétiner, de l’indifférence à l’agression physique.
Avant de sortir, ses vêtements ont donc été soigneusement choisis et le maquillage appliqué avec d’autant plus d’attention. Le calme tranquille des intérieurs où l’on se prépare est maintenant derrière elle. La silhouette longiligne s’est faufilée dans la torpeur de la nuit.
Se frotter aux autres, voilà l’enjeu de sa soirée. Ses bottines effleurent le macadam, pour un peu ce squelette s’élèverait dans les airs. Port de tête altier mais regard sombre, démarche silencieuse. À un moment il faut bien se rendre à l’évidence : le chemin n’a pas pu être parcouru en vain. Se résoudre à rentrer dans la nuit, pour de bon.
Au détour d’une rue interminable qui semble appartenir à un décor, la silhouette de cuir s’arrête, inspire longuement avant d’affronter l’intérieur. Les ailes repliées, un demi-sourire aux lèvres, ce corps vêtu de noir s’engouffre dans un établissement plein de chaleur et de lumière, ampoule géante chauffée à blanc.
Vous observez les insectes virevoltant près de la fenêtre. Pourquoi donc sortent-ils la nuit s’ils sont attirés par la lumière ? La bêtise n’est que de la paresse, vous pourriez trouver la réponse à cette question. Vous le savez bien, puisque vous êtes professeur, Alice, et que vous répétez à longueur de journée à vos élèves que le savoir est à portée de main, pour celui ou celle qui veut bien s’en donner la peine. Vous dites mais vous ne faites pas. Qu’importe, cette interrogation restera un mystère de l’existence.
Vous les regardez s’agiter et vous vous demandez s’ils communiquent entre eux, et comment. Peut-être qu’ils chantent et qu’ils dansent. Qu’ils s’appellent et se supplient, se tournent autour et se séduisent. Toutes ces choses qu’accomplissent les gens de votre espèce, surtout le soir. Des comportements ordinaires pour vos semblables, mais vous n’êtes pas comme eux. Vous n’avez jamais été un papillon de nuit.
Les soirées ne vous amusent pas, pas plus aujourd’hui qu’avant, y compris à cet âge où, coincé entre deux mondes, on recherche les lumières sombres de la fête, les contours flous et les consommations artificielles. Vous avez été une jeune adulte réservée après avoir incarné une adolescente solitaire. Vous tenant à l’écart des excès, évitant les crises et les révoltes, vous êtes toujours restée bien sagement au milieu du chemin, sans jamais trop vous approcher des bords.
Ce n’est pas un manque de curiosité, dites-vous, c’est ainsi que vous êtes. Une fille calme. Vous auriez voulu devenir une autre mais vous n’avez pas su vous plonger dans ces rituels qui ont tant passionné vos camarades. Pour vous, le soir on reste chez soi, devant la télévision ou bien un livre à la main, des heures qu’il faut mettre à profit pour étudier. Vous regardez la nuit qui tombe avec effroi, alors vous cherchez des excuses. Les mécanismes de contrôle de la peur sont d’une sophistication étonnante, chez vous comme chez les autres. Vous faites tout votre possible pour éloigner ces vieilles craintes tenaces.
Lorsque vous étiez enfant, votre mère fermait les volets, qu’elle recouvrait ensuite d’une bonne épaisseur de tissu. Vous n’habitiez pas dans ces maisons aux fenêtres presque nues et baignées de la clarté lunaire, à peine pourvues d’un voilage transparent. Vous étouffiez quand les ouvertures de votre chambre se réduisaient ainsi. L’espace qu’on vous avait alloué devenait presque hermétique. Prise entre la peur du noir et l’inquiétude de l’enfermement, votre cœur s’emballait. Alors vous insistiez pour qu’on ne ferme pas la porte et qu’on laisse la veilleuse allumée.
Les lourds panneaux de bois ont été remplacés par des stores métalliques automatisés. Les rideaux ont quant à eux perduré, comme la lampe de chevet et la porte entrebâillée, héritages de ces années où vous préfériez ce stratagème à la construction d’une véritable intimité. Ces angoisses vous ont suivie et vous accompagnent encore, même à l’hôtel ou bien chez les autres.
Mettre la nuit à distance mais garder un chemin pour s’échapper. Ne pas laisser l’obscurité gagner. Ne pas être enfermée, se ménager une issue de secours.
Depuis l’entrée, la silhouette de cuir s’est faufilée jusqu’au comptoir, espérant y trouver ce qu’elle est venue chercher : de la drague directe et facile, de l’allumage nocturne, des blagues qui fusent et des reparties bien choisies. Ce soir, si la conversation s’engage, elle risque de tourner autour de ce qui fait l’actualité. Parce que ces nouvelles écrasent tout le reste et s’imposent.
Dans ce bar, les anonymes urbains ne font plus qu’un. Au lieu de profiter de la musique, ils partagent un unique sujet de discussion. On apostrophe son voisin, on intervient pour mettre son grain de sel, on confirme les propos de l’un ou bien on contredit un autre.
Pour bien faire et entretenir cette atmosphère étrange, le patron a branché les télévisions, d’ordinaire réservées aux retransmissions des matchs de football ou aux débats des élections.
Les écrans ressassent les informations multiples et contraires sur ce qui secoue la ville, faisant presque oublier le reste. L’économie n’est pas à l’arrêt mais passée au second plan. L’inflation peut attendre, les licenciements aussi. Un conflit armé ou un attentat terroriste n’auraient pas droit à plus d’égards. Tout le monde veut couvrir les événements mais comment anticiper l’évolution de la situation ? Comment filmer une guerre dont on ne sait où vont se dérouler les prochains combats ?
Loin d’être désemparés, les journalistes sillonnent la ville à l’affût de nouveaux indices, d’éléments oubliés. On questionne la police, on gratte pour savoir ce que signifient vraiment les dernières déclarations des autorités. Sommes-nous tout à fait certains qu’on ne nous cache rien ? Nous a-t-on tout révélé ?
On a dit ce qu’on savait, c’est-à-dire pas grand-chose. C’est encore le meilleur moyen de faire grandir la terreur.
Vous êtes devenue une femme et vos peurs ridicules n’ont pas disparu. Néanmoins, elles ont rapetissé et vous arrivez même à en rire. Vous vous moquez de vous-même et de vos habitudes. Vous contemplez encore la ville, vous sondez cet extérieur qui ne vous a jamais accueillie. Dans un instant, il sera l’heure d’en finir avec la nuit, d’appuyer sur le bouton magique. Les lamelles des volets descendront et se compresseront jusqu’à ce que les jointures soient parfaitement étanches, que rien ne puisse se faufiler entre elles. Il n’y aura alors pas la place pour le moindre rai de lumière, encore moins pour les yeux avides d’un cambrioleur. Prisonniers entre vitre et store, les insectes devront tenter de survivre et attendre le lendemain matin pour s’échapper.
Toutes ces précautions sont bien inutiles. Les éventuels rayons de lune ne vous empêcheraient pas de dormir, surtout quand l’ampoule située près de la tête de lit se consume toute la nuit. Quant aux voleurs, il leur faudrait bien du courage pour escalader les quatre étages par les balcons, d’autant plus qu’il n’y a rien à dérober chez vous, rien en tout cas qui vaille la peine de prendre un risque. Vos objets à la valeur marchande élevée se comptent sur les doigts d’une main mutilée. Bijoux fantaisie, télévision moyenne gamme, livres d’occasion, vêtements ordinaires : voilà à quoi se résument vos possessions.
Avant de vous barricader, vous vous laissez aller à un dernier instant de rêverie face à cette ville plongée dans la nuit. De ces bâtiments qui s’étalent, on devine les formes bétonnées qui crapahutent irrégulièrement à l’horizon. En bas, dans la rue, le flot de voitures s’est tari. Il reste un livreur ici, un couple là, des jeunes alcoolisés et une famille tassée dans un camion de déménagement. Des travailleurs acharnés qui n’ont pas tout à fait fini leur journée, des âmes solitaires qui n’ont pas peur d’affronter le noir. Vous vous demandez quelles sont ces vies qui zigzaguent entre feux et carrefours, qui se déplacent dans le dédale sans fin des couloirs de goudron, dans leurs habitacles modernes et renforcés. Les lumières blanches et rouges ressemblent à des lucioles agitées, qui freinent et qui accélèrent, qui roulent et qui s’arrêtent, qui s’échappent au loin après être venues sous votre fenêtre pour vous narguer. Ces gens-là vivent, pas vous.
D’habitude, vous vous perdez dans ce paysage urbain. Ce soir, le fil de votre errance mentale se révèle moins tranquille. Le vagabondage de votre esprit est perturbé par un élément nouveau, une coquetterie morbide dont s’est parée la ville. Elle s’est habillée avec naturel de la terreur de tous. Il vous semble que vos peurs usuelles sont magnifiées par cette crainte qui croît dans chaque foyer.
Vous laissez le store implacable s’abattre et remplir son rôle protecteur. Vous tirez le rideau. Vous vous retournez, et là, au milieu de votre salon, rien n’est plus inquiétant que ce qui vous contemple. Vous êtes immédiatement envahie par l’espoir stupide que cela se trouve bien dehors, au loin, en train de détruire ou de dévorer, n’importe quoi ou n’importe qui, n’importe où mais pas à l’intérieur de votre appartement.
Dans votre salon, Alice, vous voilà terrorisée par la forme humaine qui vous scrute avec obstination.
Entêtés, sûrs et certains du choix de leur destination, les touristes débarquent ici par poignées de mille, attirés par la réputation de cette capitale qui ne meurt jamais. Ils suivent un itinéraire recommandé qui les mène d’une église à un monument, d’un bâtiment à un autre, enchaînant points de vue et cartes postales, mitraillant des endroits déjà photographiés sous toutes les coutures.
Loin d’être éteints, les charmes de cette ville agissent toujours. Pourtant, perceptible et inexorable, le déclin la transforme lentement en métropole infréquentable. Pour l’instant, la fabuleuse cité d’autrefois peut encore se nourrir de son glorieux passé, resplendir aux yeux de ces étrangers qui la désirent sans se douter qu’ils seront déçus, forcément. Toi qui habites ici, David, tu sais que l’essentiel ne se trouve pas là, dans ces parcours fléchés sur des plans colorés. Ni dans une prouesse architecturale, ni dans le témoignage d’une époque dorée. Il n’y a rien à apprécier dans cette collection de quais, de ponts et de places. Rien et tout, car ce ne sont pas les détails qu’il faut approcher, mais l’ensemble qu’il faut embrasser.
Fuir les files d’attente, s’éloigner des foules, échapper au soleil de plomb qui attire les masses, refuser ces musées imposés par les guides comme des évidences. Ne pas s’épuiser à arpenter les trottoirs, ne pas chercher à cocher les attractions sur une liste. Ils disent qu’il faut voir ceci et puis cela, qu’il faut aller ici et ensuite là, qu’il faut faire comme ci et enfin comme ça. Ils passent à côté du véritable ensorcellement de cette ville, qui ne se laisse vraiment découvrir que de nuit.
Tu dis que cette métropole gagne à être parcourue quand les voitures sont garées et les embouteillages dispersés. Cette cité impose la magnificence de ses ténèbres à ceux qui veulent bien la transpercer de part en part, volant en main et étoiles imprimées sur la rétine. Si tu devais faire visiter cette ville, ta ville, David, tu baladerais le touriste en pleine nuit. Gloire aux chauffeurs de taxi qui profitent chaque soir des parfums sombres de l’urbanité, et qui connaissent la capitale ainsi : heureuse, noire et scintillante.
Tu es lancé dans une balade sans autre but que celui de t’imprégner de cette atmosphère. C’est en tout cas ce que tu te racontes. Tu aimes les histoires, et comme d’habitude tu es à la fois conteur et spectateur. Tu ralentis bien avant les feux rouges pour qu’ils repassent au vert avant d’avoir eu le temps d’arrêter ton véhicule, afin que la magie du mouvement opère, que le moteur murmure sans gronder, que les pneus frissonnent sans crisser. Tu admires les bâtiments, épies les gens et scrutes les appartements, surtout ceux où on s’agite encore. Tes yeux picorent ces fourmis lumineuses. Tu imagines des vies, tu leur devines des problèmes, tu leur inventes des échappatoires. Les couples s’embrassent, les intérieurs s’animent, les magasins crépitent. Autour de toi les monuments apparaissent et les scènes disparaissent : de nouvelles existences que ton imagination démultiplie.
La radio sert de bande-son à la nuit, la rendant plus inquiétante encore. En direct depuis l’endroit où a eu lieu le dernier événement, une journaliste dépêchée dans l’instant commente.
Elle dit choc et quartier habituellement calme. Elle continue, tension lourde et climat pesant. Elle conclut témoignages contradictoires et forces de l’ordre.
À ces mots, la régie relance. Parler de la police est toujours bon pour l’audience, c’est un terme magique qui fait tendre l’oreille. La jeune femme peut reprendre son souffle, relire ses fiches et répondre à la question de l’animateur.
Les enquêteurs, les indices, les mêmes blessures, le couple ensanglanté, et la sentence il est déjà trop tard.
Dans les profondeurs nocturnes, les ondes en ébullition ravivent les angoisses.
Plus fort que la radio, le cirque télévisuel a pris ses quartiers, au chaud et en studio. Il faut occuper le temps d’antenne et l’attention des cerveaux. Puisqu’on ne sait rien, on va faire en sorte qu’il y ait tout de même quelque chose à raconter. On pérore, on spécule. On filme les agissements passés, on interroge encore et encore les victimes, on tend le micro aux voisins qui ont tout entendu, même ceux qui dormaient sur leurs deux oreilles.
Lorsque la télévision est privée de direct, elle comble le vide en sollicitant n’importe qui sur n’importe quoi. On réunit un sociologue et un urgentiste, un représentant des forces de l’ordre et un élu local. Ceux-ci sont des semi-célébrités, ceux-là des semi-anonymes, ce qui revient au même. À cette bande hétéroclite, on ajoute une actrice de cinéma, pour la touche artistique et féminine, qui ne peut être assurée par la présentatrice. Cette dernière est trop occupée à jouer son rôle, une bassine d’huile à la main, prête à raviver le feu des débats.
L’audience se nourrit des désaccords : plus ça tranche, plus ça clashe, mieux c’est − pour tout le monde d’ailleurs. Pour le téléspectateur qui sort de son assoupissement, pour les publicités vantant les rasoirs dernier cri, les soupes maison comme autrefois ou les nouvelles voitures intelligentes, pour les starlettes ravies de ce passage dans la lumière.
Semant un peu plus la confusion dans les esprits, des informations écrites constellent l’écran. Des bandeaux déroulants clignotent. Les questions défilent et les rappels s’incrustent. On ne sait plus où donner de la tête mais le message est clair : alerte, urgence, important, attention, événement.
Au milieu du brouhaha du bar, inutile de chercher à comprendre ce qui se dit dans le poste : l’écran et ses zébrures textuelles suffisent. Conscient de la force de l’image, le patron a coupé le son de l’émission, préférant charger l’atmosphère des musiques habituelles de l’établissement, des titres coulants et pleins de la tension nocturne qui secoue la ville.
La silhouette de cuir ne tremble pas, elle porte même beaucoup d’intérêt à l’agitation du moment. Autorisation fugace d’un sourire amusé sur la situation. L’instant d’après, il lui faut reprendre contenance. Regard perdu, traits détendus. La nuit dans un bar, la solitude ne dure pas. Tôt ou tard, une proie va montrer le bout de son nez. Si le jeu sera facile, si la conversation va rester légère, si le moment aura un peu de valeur ? Il suffit de patienter.
Le bain de la terreur, voilà dans quoi ta ville est plongée, David. Tu devrais avoir peur pour ta femme et tes enfants. Mais ils sont loin d’ici, près d’un bord de mer bourgeois où ils ne risquent rien. Tu es un peu anxieux, à peine, juste en surface, là où les poils se dressent sur la peau. Et malgré toi tu es excité, amusé par l’odeur du sang dans l’air. Tu te réjouis que la vie reprenne tout son sens.
Tu rôdes d’un quartier à un autre, la radio en sourdine pour alimenter de messages subliminaux ton cortex en pleine activité. Tu parcours les rues dans lesquelles tu as traîné autrefois, pour un client ou une copine. Certaines avenues ne te disent rien, d’autres t’interpellent. Dans cette ville, David, tu es chez toi partout et nulle part. Tu as travaillé ici mais tu n’es jamais passé par là. Tu as habité à deux pas mais tu ne connais pas ce nouveau café. Tu as fréquenté ce bar mais tu as évité ce restaurant. Tu revois les visages de ces époques, tes rêves et tes espérances d’alors.
La nostalgie t’envahit, par bouffées ton passé rejaillit. Tu tentes de rattraper les possibilités échues, comme si la vie pouvait te proposer des secondes chances, des reset et des retours en arrière. Tu t’imagines partout où tu aurais pu être, avec qui et pour faire quoi. Tu aurais eu un autre travail et une autre vie, un autre appartement et une autre femme. Tu as fait des choix que tu ne regrettes pas mais tu aimerais avoir de nouveau le droit de lancer les dés, de prendre un autre chemin, de tenter une nouvelle aventure. Tu n’es plus toi-même, tu es tous ces toi qui n’ont jamais éclos, qui s’offraient à toi et que tu as refusés pour incarner celui que tu es devenu. Tu as abattu tant de cartes, pensant avec naïveté que tes décisions étaient rationnelles, mesurées, motivées, tes bifurcations professionnelles et personnelles maîtrisées. Leur seule logique était celle du hasard, l’obéissance à des impératifs physiologiques.
Les rues dans lesquelles tu engages ta berline activent ton système limbique. Tu croises des regards féminins qui t’invitent à descendre de voiture. Elles sont dehors et tu es dedans, et bien sûr se réveillent en toi l’instinct masculin et la folie sexuelle du gène reproducteur. Tu t’avises de ce changement, tu sais à la fois ce qu’il signifie et comment y remédier. Il te faut aller jouer un peu, pour de faux, sans pousser les choses jusqu’au bout. Il suffirait d’une proie, une seule, inoffensive, qui se laisserait draguer dans l’heure et que tu abandonnerais avant même qu’il se passe quelque chose.
Tu fais semblant de découvrir cette envie qui monte, alors que tu savais très bien ce qui arriverait en sortant seul dans la nuit, rempli de drogue et d’alcool. Tu veux te prouver que tu es encore en vie, que tes choix ne t’ont pas emmené dans un cul-de-sac, que des options sont encore ouvertes. Tu veux montrer au David qui est à l’intérieur que tu es encore beau et puissant, que tu peux séduire et convaincre.
Tu erres et tu te projettes dans ces hypothétiques trajectoires, et pourtant dans le même temps tu tentes de te convaincre que c’est idiot, que tu serais mieux chez toi, que tu as assez tourné, que c’est l’heure de rentrer. Tu paries la minute suivante sur le prochain visage de femme que tu croiseras. Si elle respire la possibilité d’une promesse, l’espoir d’une nuit volée à ton quotidien, l’image d’une discussion alcoolisée, inutile mais agréable, alors tu te gareras et tu iras à la rencontre de cette maîtresse en puissance.
Tu espères qu’elle sera belle et attirante et évidemment tu pries pour qu’elle soit vieille et laide. Tu voudrais tromper et rester fidèle. Tu es perdu, gagné par tes démons intérieurs.
− Elle prend quelque chose, la demoiselle ?
Le dernier mot est de trop mais c’est difficile d’en tenir rigueur au barman. Il faut le comprendre, il joue son rôle. Entre servir et séduire, la limite est si mince. Bien sûr qu’elle prend quelque chose ! Elle n’est pas venue jusqu’ici simplement pour goûter l’ambiance. Elle veut draguer et elle est ravie de constater que ses atours fonctionnent à merveille. La noirceur du cuir et la pâleur du fond de teint l’ont transformée en cygne noir.
Elle se laisse tenter par un de ces cocktails maison qui valent sans doute plus par leur nom que par leur contenu. Peu importe, car dans ces moments le verre n’est qu’un accessoire, un prolongement naturel du corps. La coupe est tenue du bout des doigts comme une manière de se raccrocher au décor, de montrer qu’on a sa place ici, qu’une rencontre est possible.
Il n’y a plus qu’à attendre désormais, que son verre soit servi et surtout qu’un homme approche. Cela ne devrait pas trop tarder. Dans un bar à moitié vide, dans une ville où il ne se passe jamais rien, un sacré morceau de patience serait requis. Ici, elle pourrait presque parier sur le temps qui va s’écouler avant qu’un soupirant frappe à la porte de son espace intime : cela va vite arriver. Les esprits sont échauffés par l’affluence, excités par l’alcool, encouragés par l’actualité. Sans être une de ces incontestables beautés qui reçoivent un assaut de propositions en quelques secondes, elle connaît la force de ses atouts. Impossible qu’elle reste seule très longtemps.
Contre la pesanteur de la solitude, l’écran remplit toujours sa fonction. Vous nourrissez l’idée d’en apprendre plus sur ce qui se trame en ce moment, c’est pourquoi le choix d’une chaîne d’info en continu vous a semblé évident. Vous êtes comme tous les autres, vous voulez savoir. La télévision est votre temple, et une nouvelle fois vous y pénétrez d’une simple pression sur la télécommande.
L’église, la vraie, vous n’y avez jamais mis les pieds, sauf bien sûr pour visiter les vieilles cathédrales, mais aucunement pour assister à quelque office que ce soit. Votre famille n’était pas pratiquante, et quand bien même elle l’aurait été, c’est à la synagogue que vous vous seriez rendue. Vous portez un regard dur sur ces croyances millénaires : vous enseignez l’histoire et connaissez les ravages que ces créations humaines ont engendrés. Néanmoins, tapi à l’intérieur de votre être, il reste un vieux fond rance de légendes tenaces, un folklore que vous n’avez jamais réussi à totalement évacuer.
Vous refusez de croire, pourtant une partie de vous doute encore. C’est mieux ainsi : c’est ce que vous vous dites pour vous convaincre de votre rationalité sérieuse mais pas obstinée. Vous vous pensez – à juste titre sans doute – différente des masses manipulées. Il ne vous viendrait jamais à l’idée d’écouter les conseils d’un rabbin, et le shabbat est à vos yeux un concept obsolète. Vous ne vous y êtes jamais astreinte et vous en êtes ravie. Vous comprenez bien l’idée de cette parenthèse offerte pour se ressourcer une fois par semaine, mais elle vous paraît tout de même bien obscure et en complet décalage avec votre époque. Vous ne vivez tout de même pas au fond du désert avec une caravane de chameaux à vos côtés !
Vous habitez la ville, c’est vendredi soir, et puisque vous ne sortez pas, il vous faut bien rester connectée au monde qui est le vôtre en regardant la télévision. Oui, convainquez-vous que vous êtes une femme douée de raison, un individu qui fait ses propres choix sans se référer à un ordre surnaturel et imaginaire. Pourtant vous suivez la foule moderne et faites grimper l’audience de l’émission qui aura ce soir un seul et unique sujet de discussion.
Penchée sur votre table de travail, vous avez mis de côté les copies des élèves et vos mains se concentrent sur ce qu’elles ont à faire. Depuis plusieurs semaines, vous vous adonnez distraitement à une activité artistique qui était enfouie dans les profondeurs de votre jeunesse. C’est une pratique ancestrale qui a certes perdu de sa superbe mais qui à vos yeux a conservé ses charmes. Vous ne nourrissez aucune autre ambition que celle de vous évader, à moins que ne subsiste dans votre inconscient le mythe tenace de la réalisation personnelle. Vous verrez bien, Alice.
Les invités du soir ont monté le ton, l’émission commence à prendre. On n’y a encore rien appris qu’on ne savait déjà, mais certaines répliques n’ont pas manqué de piquant, et quelques réactions indignées vous ont même arraché un éclat de rire. Quel beau spectacle que celui d’hommes et de femmes à la recherche d’un peu de lumière ! Prêts à vendre leur dignité en braillant plus fort que le voisin pour exister dans ce monde, ils mettent le paquet pour arriver à leurs fins. Ce qui se passe dans la capitale les inquiète autant qu’il les sert. Mystérieuse menace et promotion idéale. Tout le monde a un avis mais ces gens du petit écran se figurent que leur opinion a plus de poids, du fait de la résonance du studio auquel on leur a donné accès.
Vous ne voyez pas ces pantins s’agiter. Vous les écoutez, c’est bien suffisant. L’oreille tendue, vous ne perdez pas une miette des débats. Un élu, un syndicaliste ou une de ces figures qui se sentent obligées de parler pour les autres, envisage les récents événements comme un défi lancé à la société, l’occasion de se rassembler pour combattre le mal. On sent que l’imprécation religieuse n’est pas loin. Vous souriez et derrière vos fossettes se cache le pressentiment que tout cela risquerait de déraper, qu’avec ce prétexte-là on pourrait se laisser aller à des législations extrêmes. La terreur est mauvaise conseillère. Vous vous rassurez, on n’en arrivera pas là.
D’un pas léger, vous vous rendez à la cuisine. Du fait de la surface réduite de votre appartement, nul besoin de monter le volume à outrance. Vous pouvez continuer de suivre le programme alors que vous avez quitté la pièce.
Vous buvez. Encore et encore. Un grand verre d’eau fraîche. Un deuxième. La lourdeur du climat vous épuise. Point de chaleur mais une atmosphère écrasante. L’air colle à la peau. Pour bien faire il faudrait laisser les fenêtres ouvertes, mais c’est une option évidemment impensable.
Soudain, l’émission se tait, vous plongeant dans un silence inattendu. La télévision s’est éteinte. »

Extrait
« Vous regardez ces humanoïdes argileux et vous êtes parcourue d’une folle tension nerveuse. Sont-ils en terre et inertes ou bien faits de chair et de vie? Vous les touchez pour en avoir le cœur net. Le contact froid et cuireux ne laisse pas de doute. Dans ces statuettes immobiles, aucun battement, aucune vie. » p. 66

À propos de l’auteur
Après avoir rédigé des articles pour des magazines online, Charles Roux a écrit des nouvelles. Les monstres (2021) est son premier roman publié. (Source: Babelio)

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Une femme de rêve

SYLVAIN_une-femme_de_reve

  RL2020

Prix Claude Chabrol 2020 (roman noir adaptable au cinéma)

En deux mots:
Après une évasion spectaculaire, un dangereux criminel entame une virée sanglante en compagnie de sa fille et d’une femme prise en otage. Traqué par celui qui l’avait mis en prison, et qui reprend du service, il entend régler ses affaires avant de fuir au Brésil.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Cavale sanglante

Dominique Sylvain a imaginé un meurtrier froid et déterminé qui, après avoir réussi une évasion spectaculaire, décide de régler ses comptes. Mais le polar classique va alors voler en éclats.

La scène est glaçante et donne d’emblée le ton. Ici, pas de sentiment, pas de fioritures. Le meurtre est une question de technique, prémédité consciencieusement: «Le projectile 9 mm traverse la boîte crânienne d’une femme et va se ficher dans une carrosserie de voiture. La victime a quarante-deux ans, elle est commandant de police. Son gilet pare-balles ne lui a servi à rien.» Malgré l’arrestation de Karmia, le meurtrier, Schrödinger reste profondément marqué par la vision de sa coéquipière s’effondrant «payant pour tous les autres», pour reprendre les paroles de Karmia, son assassin qui ronge son frein en prison. Et qui va réussir une spectaculaire évasion commanditée par sa fille Nico. Cette dernière va réussir à faire atterrir un hélicoptère au sein de l’établissement pénitentiaire où son père l’attend en compagnie d’Adèle qu’il a pris en otage. Le trio va réussir à déjouer les mailles du filet mis en place pour le retrouver. Il y a pourtant urgence, à en juger par la carrière de ce criminel: «Le gars avait commencé sa carrière dans le style gentleman braqueur; au fil des années, l’ambiance s’était gâtée. Fric, fiesta, défonce, alcool, un mélange létal sur le terreau d’une enfance catastrophique. Le type avait définitivement implosé au milieu des années 2000. Le jour où il avait reçu une balle en pleine poire lors d’une fusillade avec la police. Le début d’une lente descente aux Enfers. Qui s’était soldée par un dernier braquo cataclysmique. Une boucherie.»
Si Nico ne comprend pas trop pourquoi il faut s’encombrer d’un otage, elle a appris à obéir sans discuter. Y compris quand son père décide d’une étape supplémentaire avant de rejoindre Marseille où un bateau les attend pour gagner le Brésil où s’est installée sa mère.
Karmia prend la direction de la Lorraine, car il veut revoir une dernière fois Laurence avec qui il a eu une brève mais intense liaison. Cette dernière vit dans une forêt isolée pour y exister son métier. «Elle était devenue audio-naturaliste. Un mot compliqué pour dire qu’elle enregistrait les sons de la nature.» Des sons qu’elle vendait notamment au cinéma. Elle avait aussi collaboré à plusieurs ouvrages avec le photographe animalier Yannick Schneider avec lequel elle partageait désormais sa vie. Autant dire que l’arrivée de Karmia n’est pas vraiment de nature à la réjouir.
Et alors que l’enquête progresse doucement – Schrödinger ayant repris du service – et que les mailles du filet se resserrent, Adèle essaie de se rapprocher de Nico. Car après l’avoir crue «aussi dérangée que son père», elle s’est rendue compte que «c’était surtout une gamine meurtrie et déboussolée» et qu’elle pourrait peut-être s’en faire une alliée. C’est alors que les événements vont s’emballer. Quand la police arrive sur place, elle découvre un corps dans un champ, une ferme en flammes et des protagonistes qui se sont évaporés. Et ce n’est pas le SDF «au regard ravagé» qui erre par-là qui pourra leur être d’un grand secours.
Dominique Sylvain, qui a plus d’un tour dans son sac, va alors faire exploser le roman noir pour nous entraîner dans une nouvelle dimension, celle de ces liens invisibles qui se tissent entre les esprits, celle de ces expériences qui vont au-delà de l’entendement et qui fascinent autant qu’elles interrogent. Et c’est ce qui donne à ce roman à nul autre pareil cette dose de mystère qui font les grandes œuvres!

Une femme de rêve
Dominique Sylvain
Éditions Viviane Hamy, coll. Chemins nocturnes
Thriller
304 p., 19 €
EAN 9791097417512
Paru le 16/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans le Parc naturel régional de Lorraine, du côté d’Erickstroff et Marenberg ainsi qu’au Brésil. On y évoque aussi le Montana.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Pas d’erreur, cette fille était de la race des vaincus. Elle ne tenterait rien. En bonne intello, elle se contenterait d’analyser. Et tu en arriveras à la conclusion que mon père n’a aucune raison de te vouloir du mal. Une déduction erronée. Le souci avec lui, c’est qu’il n’a jamais été maître des émotions étranges qui chevauchent dans les méandres de son esprit. Il est comme un demi-dieu, capable du pire comme du meilleur. Un être absurde et merveilleux, dépourvu d’empathie, sans peur, susceptible de se lancer dans des actions inutiles et sacrément périlleuses pour lui et son entourage.»
Après avoir fréquenté Les Infidèles et fait une escale au Japon avec Kabukicho, Dominique Sylvain nous emporte une fois encore dans son univers dangereusement onirique et sensuel. Nouvelles technologies et bitcoins lui offrent mille et une manières de tordre le cou aux codes du roman policier. Une femme de rêve brouille les pistes: au lieu de traquer le coupable, n’est-il pas plus séduisant de rechercher qui est la victime?
«Quelque part c’est insensé, mais ça me plaît ainsi.» Dominique Sylvain

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
France Inter(Le polar sonne toujours deux fois – Michel Abescat)
Blog Quatre sans Quatre
Blog Baz-Art
Blog Fondu au noir (Caroline de Benedetti)
Le blog d’Eirenamg

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
Vendredi 6 janvier 2017
Le tireur vise sa cible avec son pistolet semi-automatique MAC modèle 1950.
À 14 h 22 mn et 15 s, son doigt appuie sur la détente, et le temps se dilate.
La barrette fait basculer la gâchette qui comprime son ressort. Le chien libé ré pivote vers l’avant, poussé par la bielle sous l’action du ressort de percussion.
Il frappe le talon du percuteur, qui à son tour comprime le ressort, fait saillie dans la cuvette de tir et percute l’amorce. Le bloc culasse abaisse la tête du séparateur qui comprime à son tour le ressort.
Le talon du séparateur touche la barrette qui perd contact avec le talon de la gâchette. L’échappement se produit.
La balle, qui pèse huit grammes, est propulsée vers la cible à une vitesse de trois cent soixante mètres par seconde. L’énergie cinétique déployée à la bouche du canon est de cinq cents joules.
Le projectile 9 mm traverse la boîte crânienne d’une femme et va se ficher dans une carrosserie de voiture. La victime a quarante-deux ans, elle est commandant de police. Son gilet pare-balles ne lui a servi à rien.
L’homme qui a assisté à cette scène ne vit pas dans le même espace-temps que cette balle. Son temps n’est pas amorti. Et son présent prend immédiatement les couleurs d’un cauchemar. Il a vu la femme s’effondrer et le léger nuage rouge jaillir de sa tête.
Il tombe à genoux. Contrairement à sa partenaire, aucune balle n’a traversé son corps. Pourtant, même s’il l’ignore encore, il est blessé . Son cerveau, incapable d’accepter ce qui vient de se produire, est passé en mode protection. Il s’effondre parce que c’est le coût à payer pour sa survie. Comment supporter la réalité lorsqu’elle est devenue inacceptable? En s’écartant d’elle.

L’envol
Jeudi 15 mars 2018
Faire croupir ces hommes à deux pas du Paradis. C’était cela, le projet.
Depuis qu’elle avait débuté ses cours à Mauvoiry, cette évidence frappait pour la première fois Adèle Bouchard. Construire cette prison au-delà d’une avenue bordée de jardins, dans une ancienne abbaye calée entre une collégiale néogothique et un prieuré royal ne pouvait être que l’idée d’un sadique. L’effet é tait renforcé par la précocité du printemps. Le ciel turquoise jouait avec un troupeau de nuages nacré s, la brise chahutait des parfums de fleurs, l’air é tait caressant.
Une beauté inaccessible. Surtout pour ceux qui en avaient pris pour cher.
Elle échangea quelques mots avec les gens de l’accueil, leur abandonna son portable et sa carte d’identité , puis franchit le sas à détecteur de métaux. Chaperonnée par un gardien, elle traversa la cour d’honneur sous les sifflets fusant des cellules.
Les détenus la saluaient à leur manière. Et plus par tradition que par conviction. Pas de propos salaces ou d’insultes, elle faisait ce qu’il fallait pour cela; maquillage et dé colleté bannis, chignon serré , manches longues et baskets noires de rigueur.
Vite, le bâtiment abritant le gymnase et les salles de cours, et après cette première frontière franchir les deux portes aux lourds barreaux. Les verrous grincèrent. Salpêtre, désinfectant, relents de cantine, sueur : la chaleur et le manque d’aération amplifiaient les odeurs. Avec sa peinture écaillée et son éclairage aux néons, le lieu faisait penser à Shutter Island de Scorsese. Un décor entre cauchemar et ré alité, un huis clos aux couleurs de l’Enfer. Comme prévu par le règlement, le gardien lui tendit le talkie-walkie afin de donner l’alerte en cas de besoin. Elle ne s’était jamais sentie menacée. Ou alors par leur enthousiasme. Chaque jeudi matin, il s’agissait de tenir trois heures devant son public le plus exigeant. C’était bien le problème avec ces chers taulards. Ils n’étaient pas dispersés dans un amphi, non, ils lui faisaient face, pinailleurs, curieux comme des mômes pour compenser l’ennui des longues journées, prompts à dé border du sujet quand ils trouvaient l’occasion de parler famille, souvenirs, regrets. Selon l’appellation officielle, ils étaient ses «étudiants empêchés». Malgré ses longs allers-retours en métro et RER, elle ne regrettait rien, fière qu’elle é tait de s’inscrire dans une tradition humaniste, son université proposant depuis longtemps aux prisonniers d’Île-de-France la possibilité de poursuivre des études supérieures. Plus leur peine était lourde, plus ils avaient besoin d’elle. En préparant, en dépit de tout, une licence de lettres modernes, ils luttaient pour demeurer vivants. »

Extraits
« Le gars avait commencé sa carrière dans le style gentleman braqueur; au fil des années, l’ambiance s’était gâtée. Fric, fiesta, défonce, alcool, un mélange létal sur le terreau d’une enfance catastrophique. Le type avait définitivement implosé au milieu des années 2000. Le jour où il avait reçu une balle en pleine poire lors d’une fusillade avec la police. Le début d’une lente descente aux Enfers. Qui s’était soldée par un dernier braquo cataclysmique. Une boucherie. Le sang avait coulé. Celui de Séverine, la coéquipière de Schrödinger et son âme sœur. Karmia détestait les policiers comme on déteste Ebola; on prétendait qu’il avait voulu faire payer Séverine pour tous les autres, et qu’il avait sciemment visé la tête. La balle d’un flic lui avait ravagé le portrait, alors il s’était vengé. Une logique de défoncé. » p. 27

« Il n’avait pas fallu longtemps à Nico pour la retrouver. Comme tous ces gens qui ne se méfiaient pas de l’Internet, l’ancienne «chef op» du son avait laissé des traces. Elle était devenue audio-naturaliste. Un mot compliqué pour dire qu’elle enregistrait les sons de la nature. D’après son site, elle bossait pour les musées, faisait des conférences. Et vendait ces sons au cinéma. » p. 76

« Son regard pétillait d’intelligence, et son vocabulaire était plutôt sophistiqué . Un sacré gâchis. Elle aurait pu faire de brillantes études. Adèle reprenait espoir. C’était comme si un minuscule ballon d’hélium s’était mis à gonfler sans prévenir entre ses poumons. C’était à la fois bon et douloureux. Nico était aussi une victime. Peut-être pouvait-elle s’en faire une alliée? » p. 129

« Le corps d’Adèle Bouchard avait été retrouvé dans un champ. La jeune femme s’était brisé la nuque, probablement en tentant de fuir. Laurence Schneider était introuvable, et son mari, actuellement aux États-Unis, n’avait aucune nouvelle. La ferme des Schneider avait été presque entièrement détruite par les flammes. Un incendie volontaire. On avait trouvé des bidons de diesel à moitié calcinés. Le véhicule de Laurence, un 4×4 rouge qu’elle utilisait quotidiennement, avait disparu. La gendarmerie avait utilisé un hélicoptère pour survoler les bois sans succès. Et personne n’évoquait l’existence de la fille de Karmia. Il alla s’asseoir près de l’église et réfléchit. Lui, il avait une trace de cette fille. Elle dormait dans son portable. Karmia était passé à travers les mailles du filet. Mais tout ça n’expliquait pas ce qu’avait fabriqué sa fille en pleine forêt, fusil en main, en compagnie d’un SDF au regard ravagé. » p. 192

À propos de l’auteur
Dominique Sylvain est née le 30 septembre 1957 à Thionville en Lorraine. Elle travaille pendant une douzaine d’années à Paris, d’abord comme journaliste, puis comme responsable de la communication interne et du mécénat chez Usinor. Pendant treize ans, elle a vécu avec sa famille en Asie. Ainsi, Tokyo, où elle a passé dix ans, lui a inspiré son premier roman Baka! (1995). Sœurs de sang et Travestis – réécrit ensuite sous le titre du Roi lézard -, ont été écrits à Singapour. Elle habite actuellement à Paris mais reste très attachée à l’Asie où elle se rend régulièrement. Fan inconditionnelle de Murakami et lectrice insatiable, elle ne cesse de se réinventer avec une grande créativité.
Lauréat de nombreux prix, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle en 2005 pour Passage du désir, elle se consacre désormais exclusivement à l’écriture. Ses dix-sept romans ont tous été publiés dans la collection Chemins Nocturnes, aux Éditions Viviane Hamy. (Source: Éditions Viviane Hamy)

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La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la Tour Eiffel

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la Tour Eiffel
Romain Puértolas
Le Dilettante
Roman
256 p., 19 €
ISBN: 9782842638122
Paru en octobre 2014
Le livre de poche
ISBN : 9782253098676
Version poche parue en février 2016

Où?
L’action se situe dans la banlieue parisienne, à Orly ainsi qu’au Maroc, notamment à Marrakech.

Quand?
L’action se situe de nos jours, après que Conchita Wurst ait gagné le Grand Prix Eurovision de la chanson.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si tout a commencé, pour Romain Puértolas, par l’ambulation à succès, chahutée et planétaire, d’une armoire bien complète de son Fakir, tout va continuer avec la geste aérienne d’une donzelle hors norme : Providence Dupois, debout dès l’aube, flair de reine, six orteils au pied droit, factrice de profession et mère par instinct. Coincée en aérogare par la nuageuse colère d’un volcan islandais, Providence ne peut aller quérir-guérir au Maroc l’enfant malade qu’elle a adoptée : Zahera, fillette aux poumons embrumés (toujours des nuages) par la mucoviscidose. Elle tempête, trépigne et songe à l’enfant qu’elle a découverte, petite boule de charmants prodiges, lors d’une hospitalisation au Maroc. Quand soudain les dieux suscitent un génie : le maître 90, dit aussi Hué, pour qui vole qui veut, suffit d’ouvrir les bras, l’envol se prend comme un élan : hop ! Et Providence de voler, cap Maroc ! Mais si, en définitive, tout cela n’était que chimère à réacteurs, un conte odoriférant, une rêverie en altitude… Qui sait ? « le monde est un enfant qui veut voler, avant de savoir marcher » nous glisse l’artiste : dont acte, rêvons, volons, rêvons que nous volons. Lisons.

Ce que j’en pense
***
Que tous ceux qui se ont aimé L’extraordinaire aventure du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea se réjouissent. Romain Puértolas n’a pas dérogé à sa manière de raconter des histoires, ni même à celle de leur donner un titre à rallonge. Mais cette fois, le nuage grand comme la Tour Eiffel est la métaphore d’une saloperie de maladie : « Avaler un nuage, c’était Providence qui avait trouvé cette expression pour parler de sa maladie, la mucoviscidose. C’était bien trouvé. Ce que la petite fille ressentait au fond de ses poumons, c’était un peu ça, une douleur vaporeuse et sournoise qui l’étouffait légèrement mais sûrement, comme si elle avait avalé, un jour, par inattention, un gros cumulonimbus et qu’il était resté, depuis, coincé en elle. »
La petite fille s’appelle Zahera. Elle est marocaine et attend sa mère adoptive, Providence Dupois, bien décidée à la guérir. Le problème, c’est qu’aucun avion ne décolle. Un volcan islandais clouant au sol toute l’aviation civile.
Mais Providence n’est pas genre à se laisser abattre. A trente-cinq ans et sept mois, la factrice – qui préfère dire facteur – va trouver le moyen de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée : s’envoler !
Bien entendu, il faut avoir du courage et un peu d’inconscience, voire de crédulité pour croire à la réussite d’un tel projet. Mais les quelques personnes qu’elle va croiser vont la conforter et l’encourager. Sans doute parce qu’elles sont aussi bien frappées. Maître Hué, sorte de Marabout parisien, un groupe de Tibétains installés à Versailles ou encore un aiguilleur du ciel, Léo Machin – dont c’est bien le nom – lui donneront chacun à sa manière la motivation nécessaire à ce périple salvateur.
Gai et joyeusement entraînant, ce conte vous fera tour à tour sourire, parviendra sans doute à vous émouvoir et, pour peu que vous ayez gardé votre âme d’enfant, vous fera passer un excellent moment !

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Extrait
« Parce que la vie, c’était un peu comme la mayonnaise. Faite de choses simples, comme des jaunes d’œuf et de l’huile, et qu’il ne fallait surtout pas brusquer mais qu’un effort régulier transformait en le plus savoureux des mélanges. Cela l’aidait à calmer ses nerfs et cette hâte innée qui la dévorait. Alors oui, Providence était persuadée qu’en améliorant sa recette de la mayonnaise, c’était sa vie qu’elle améliorerait. »

A propos de l’auteur
Romain Puértolas est né le premier jour de l’hiver 1975 à Montpellier. Conscient de la brièveté de la vie, il décide de vivre plusieurs vies en une seule. Tour à tour professeur de langues, traducteur-interprète, compositeur, DJ-turntabliste, nettoyeur de machines à sous, steward dans une dizaine de compagnies aériennes puis lieutenant de police, il déménage 31 fois en 38 ans. L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, son premier roman, revêtu d’une couverture du plus beau jaune citron, a paru en septembre 2013 (après une longue série de manuscrits refusés). Il a été traduit en 35 langues, a remporté le Grand Prix Jules Verne 2014 et le prix Audiolib 2014 pour la version audio lue par Dominique Pinon. L’auteur travaille en ce moment à son adaptation cinématographique. Son deuxième roman, La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, est aux couleurs du ciel quand il est bleu. Détail d’importance, car « Happyculteur », ou heureux chronique par nature, comme il se définit, Romain Puértolas s’est mis en tête de dessiner un magnifique arc-en-ciel sur les étagères de ses lecteurs. (Source : Editions Le Dilettante)

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