Mon mari

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En deux mots
Une semaine de la vie d’un couple, du lundi au dimanche, racontée par une épouse modèle. Mariée depuis quinze ans, deux enfants, la narratrice juge toutefois que son amour n’est pas, ou plus, partagé avec la même intensité par le mari. Du coup elle ne supporte plus son «bonheur conjugal».

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Obsédée par le bonheur conjugal

Dans ce premier roman pétillant, Maud Ventura décrit une femme passionnée jusqu’à l’obsession par une vie de couple réussie. Ce qui la pousse à quelques décisions radicales. Un régal d’humour grinçant !

La narratrice de ce roman, bien moins sage qu’il n’y paraît, est une amoureuse de l’amour. Mais après quinze ans de mariage, deux enfants de 9 et 7 ans, un mari dans la finance et un pavillon bien soigné, elle n’a plus vraiment de quoi assouvir cette passion. Elle soupçonne même son mari de l’aimer moins qu’elle ne l’aime.
Pourtant elle ne manque pas d’atouts. À l’image de Grace Kelly, son modèle en quelque sorte, elle représente la femme parfaite, jusqu’à la caricature. Des cheveux blonds à la couleur traitée mensuellement, une garde-robe soigneusement vérifiée, un maquillage sobre, des chaussures soignées et, après la remarque faite par une amie à son fils, la découverte et l’intégration des règles du savoir-vivre de Nadine de Rothschild
La femme de maison parfaite prend aussi bien soin de ne froisser ni Rosa, sa femme de ménage, ni Zoé, sa baby-sitter, dont elle a besoin pour abréger les dîners qui traînent en longueur. Durant une semaine, du lundi au dimanche, elle va nous faire des confidences, nous expliquer combien son mari est parfait, ses enfants sages et sa double profession très enrichissante. Professeure d’anglais, elle est heureuse de retrouver ses élèves, traductrice de littérature, elle aime se mettre dans la peau des auteurs pour retranscrire au mieux leurs écrits.
Toutefois, dans ce tableau par trop idyllique, des failles finissent par apparaître. Quand arrive le mardi, le jour des conflits, c’est lors du dîner chez leurs amis Louise et Nicolas que l’incident a lieu. Face à ces néo-parents, « mon mari » fait un récit négatif des premiers mois de leur fils, en rajoute en racontant une anecdote lors de sa soirée d’anniversaire sans jamais mentionner son épouse et, pour couronner le tout, lors d’un jeu durant lequel il s’agissait de désigner sa partenaire par un fruit, il n’a rien trouvé de mieux qu’une clémentine, « trahison au gout amer de fruit de supermarché ».
Un tel comportement mérite d’être sanctionné, après avoir été soigneusement répertorié dans le carnet dédié à consigner ce type de déviances. Car, on l’aura compris, la narratrice est organisée, maniaque et sûre d’elle. Elle adore du reste classer les jours et les gens, leur ajouter une couleur ou trois adjectifs. Et ce qui pourrait ressembler à un petit jeu va très vite tourner à la névrose obsessionnelle et avoir des conséquences sur cette vie de couple si délicieusement fabriquée.
Maud Ventura a trouvé un ton nouveau, avec une sorte d’humour froid, pour étudier la vie de couple, sonder les liens familiaux et démontrer combien ils sont fragiles. Ajoutons que tous ceux qui sont mariés n’auront aucun mal à retrouver des situations décrites ici, des habitudes qui agacent l’un des partenaires ou des non-dits qui peuvent provoquer des réactions aussi brutales qu’inattendues.

Références du roman rassemblées par Maud Ventura
Le personnage principal relit L’Amant de Marguerite Duras. Elle cite aussi Les Pensées de Pascal, qu’elle a étudié en terminale, et se prend pour Phèdre, l’héroïne de Racine (on note ici un réel penchant pour la pensée du XVIIe siècle).
Dans sa voiture, elle écoute le dernier album de Ben Mazué, Paradis – chanteur dont elle s’imagine aisément qu’elle aurait pu tomber amoureuse, dans une autre vie. Dans la boîte à gants, l’album de Supertramp de 1982, Famous Last Words, qui contient le titre « Don’t leave me now ». Elle chante à sa fille « Sunny » de Bobby Hebb, et elle écoute en boucle Véronique Sanson depuis des années, en particulier la chanson « Amoureuse ».
Dans le salon, son mari écoute «Loving is easy », de Rex Orange County. Sa chanson préférée est « Day by Day », chantée par Frank Sinatra. Côté musique classique, il ne jure que par Mozart. C’est donc bien la Symphonie n°40 en sol mineur qu’il met sur les enceintes du salon samedi soir.
Le film préféré de la narratrice est Vacances romaines de William Wyler avec Audrey Hepburn. Nicole Kidman et Grace Kelly font également leur apparition dans le livre. Elle s’inspire du philosophe et juriste italien Beccaria et de son ouvrage de 1764 Des délits et des peines — texte fondateur du droit pénal moderne — pour son cahier de punitions. Enfin, on peut imaginer qu’elle est en train de traduire Conversations entre amis pour les Éditions de l’Olivier, le premier roman de l’autrice irlandaise Sally Rooney. (pages 353-354)

Mon mari
Maud Ventura
Éditions de l’Iconoclaste
Premier roman
355 p., 19 €
EAN 9782378802417

Paru le 19/08/2021

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un premier roman drôle et féroce sur le face-à-face conjugal.
C’est une femme toujours amoureuse de son mari après quinze ans de vie commune. Ils forment un parfait couple de quadragénaires: deux enfants, une grande maison, la réussite sociale. Mais sous cet apparent bonheur conjugal, elle nourrit une passion exclusive à son égard. Cette beauté froide est le feu sous la glace. Lui semble se satisfaire d’une relation apaisée : ses baisers sont rapides, et le corps nu de sa femme ne l’émeut plus. Pour se prouver que son mari ne l’aime plus – ou pas assez – cette épouse se met à épier chacun de ses gestes comme autant de signes de désamour. Du lundi au dimanche, elle note méthodiquement ses « fautes », les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre, elle le trompe pour le tester. Face aux autres femmes qui lui semblent toujours plus belles, il lui faut être la plus soignée, la plus parfaite, la plus désirable.
On rit, on s’effraie, on se projette et l’on ne sait sur quoi va déboucher ce face-à-face conjugal tant la tension monte à chaque page. Un premier roman extrêmement original et dérangeant.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
goodbook.fr
ELLE (Clémentine Goldszal)
FranceInfo Culture (Laurence Houot)
L’OBS (Jérôme Garcin)
RTS (Sylvie Lambelet)
Blog La rousse bouquine
Blog Le domaine de Squirelito
Blog Sur la route de Jostein


Maud Ventura présente son premier roman Mon mari. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire : je suis toujours amoureuse de mon mari.
J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais quinze ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache, ni maison ni enfants. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il avait été le premier, comme si j’allais mourir dimanche.
Je vis dans la peur de le perdre. Je crains à chaque instant que les circonstances tournent mal. Je me protège de menaces qui n’existent pas.
Mon amour pour lui n’a pas suivi le cours naturel des choses : la passion des débuts ne s’est jamais transformée en un doux attachement. Je pense à mon mari tout le temps, je voudrais lui envoyer un message à chaque étape de ma journée, je m’imagine lui dire que je l’aime tous les matins, je rêve que nous fassions l’amour tous les soirs. Je me retiens de le faire, puisque je dois aussi être une épouse et une mère. Jouer à l’amoureuse n’est plus de mon âge. La passion est inappropriée avec deux enfants à la maison, hors de propos après tant d’années de vie commune. Je sais que je dois me contrôler pour aimer.

J’envie les amours interdites, les passions transgressives que l’on ne peut pas vivre au grand jour. J’envie encore plus l’amour quand il n’est pas ou plus partagé, quand le cœur bat à sens unique, sans cœur qui bat de l’autre côté. J’envie les veuves, les maîtresses et les femmes abandonnées, car je vis depuis quinze ans dans le malheur permanent et paradoxal d’être aimée en retour, de connaître une passion sans obstacle apparent.
Combien de fois ai-je espéré que mon mari me mente, qu’il me trompe ou qu’il me quitte : le rôle de la divorcée brisée est plus facile à tenir. Il est déjà écrit. Il a déjà été joué.

Des amoureux transis qui chantent la perte ou le rejet, il en existe des millions. Mais je ne connais aucun roman, aucun film, aucun poème qui puisse me servir d’exemple et me montrer comment aimer mieux et moins fort. Je ne connais aucune héroïne d’aucune pièce qui puisse me montrer comment m’y prendre. Je n’ai rien pour documenter ma peine.
Je n’ai rien non plus qui puisse la calmer, car mon mari m’a tout donné. Je sais que nous passerons notre vie ensemble. Je suis la mère de ses deux enfants. Je ne peux rien espérer de plus, je ne peux rien espérer de mieux, et pourtant le manque que je ressens est immense et j’attends de lui qu’il le comble. Mais avec quelle maison, avec quel enfant, avec quel bijou, avec quelle déclaration, avec quel voyage, avec quel geste pourrait-il remplir ce qui est déjà plein ?

Lundi
Chaque lundi, nulle lassitude quand je franchis les portes du lycée. Je suis professeure d’anglais depuis presque quinze ans, mais je n’ai jamais oublié pourquoi j’aime tant donner cours. Pendant une heure, je suis au centre de l’attention. Je maîtrise la durée, ma voix remplit l’espace. Je suis aussi traductrice pour une maison d’édition. C’est peut-être cette double vie qui a maintenu intacte en moi la flamme de l’enseignement.
Sur le parking réservé aux professeurs, je croise le proviseur, on discute quelques instants. Puis arrive le moment que j’attendais : il me demande des nouvelles de mon mari. Je réponds que mon mari va bien. Cette expression me fait toujours le même effet treize ans après notre mariage. Des frissons de fierté quand je glisse que « mon mari travaille dans la finance » à un dîner ; quand je précise à la maîtresse de ma fille devant les grilles de l’école que « c’est mon mari qui viendra chercher les enfants jeudi » ; quand je vais chercher des pâtisseries à la boulangerie et que j’annonce que « mon mari a passé une commande mardi » ; quand je raconte l’air faussement détaché (alors qu’en réalité je trouve cela infiniment romantique) que « j’ai rencontré mon mari par hasard à un concert de rock » lorsqu’on me demande comment nous nous sommes connus. Mon mari n’a plus de prénom, il est mon mari, il m’appartient.

Le lundi a toujours été mon jour préféré. Parfois, il se pare d’un bleu profond et royal – bleu marine, bleu nuit, bleu égyptien ou bleu saphir. Mais plus souvent le lundi prend l’apparence d’un bleu pratique, économique et motivant, adoptant la couleur des stylos Bic, des classeurs de mes élèves et des vêtements simples qui vont avec tout. Le lundi est aussi le jour des étiquettes, des bonnes résolutions et des boîtes de rangement. Le jour des choix judicieux et des décisions raisonnables. On m’a déjà dit qu’aimer le lundi était un truc de première de la classe – que seuls les intellos pouvaient se réjouir que le week-end se termine. C’est peut-être vrai. Mais cela relève surtout de ma passion pour les débuts. Dans un livre, j’ai toujours préféré les premiers chapitres. Dans un film, les quinze premières minutes. Au théâtre, le premier acte. J’aime les situations initiales. Quand chacun est à sa place dans un monde à l’équilibre.

En fin de matinée, je fais lire un texte à mes élèves. Puis je leur donne la parole à tour de rôle. Je note du vocabulaire au tableau, leur communique les mots dont ils ont besoin pour parler (ce sentiment de puissance est grisant). Dans l’extrait que nous étudions aujourd’hui, l’un des personnages porte le même prénom que mon mari. Mon cœur se serre chaque fois que je le vois écrit ou que l’un de mes élèves le prononce. Ensuite nous traduisons et commentons un échange de vœux entre deux époux. Mes élèves sont familiers de cette tradition anglo-saxonne souvent reprise dans des séries américaines (et souvent interrompue par un ancien amant en pleine reconquête). C’est l’occasion d’étudier l’utilisation de l’auxiliaire grâce à la réponse tant de fois espérée du « I do » – « Je le veux ».
Pendant que les derniers élèves quittent la salle, j’ouvre les fenêtres pour faire disparaître l’odeur de fin de cours, un mélange de transpiration et de feutre pour tableau blanc. Le mélange aussi des parfums trop sucrés (des filles) et trop musqués (des garçons). Les hormones adolescentes raffolent de ces effluves super concentrés qu’on trouve en grandes surfaces. C’est peut-être ce genre de parfums que je devrais acheter. Je porte depuis des mois celui d’un petit parfumeur confidentiel que j’espérais torride mais qui se révèle désespérément lisse sur ma peau. Comment savoir quels sont les parfums à la mode quand on a seize ans ? Je pourrais inventer un exercice sur le thème des odeurs et demander à mes élèves de décrire leur parfum – à la fois instructif pour moi (trouver des idées pour un nouveau parfum) et pour eux (enrichir leur vocabulaire olfactif).
Rosa est passée quand j’étais au lycée. Je m’arrange pour ne pas la croiser, car je ne sais jamais quoi lui dire ; je n’ai pas l’aisance des personnes riches depuis suffisamment longtemps pour savoir comment parler à ma femme de ménage – la voir nettoyer ma maison ne m’a jamais semblé être dans l’ordre des choses.
Il flotte une douce odeur de propre, celle des serviettes moelleuses qui sentent fort la lessive dans la salle de bains, et des draps propres en lin adoucis par le temps dans nos lits. Il n’y a plus aucune trace de doigts sur le grand miroir dans l’entrée. Les tomettes rouges de la cuisine sont éclatantes.
Les sculptures sur la cheminée, la couverture en laine sur le canapé, les bougies sur l’étagère, les livres dans la bibliothèque, les magazines d’art empilés sur la table basse, les cadres photos accrochés dans l’escalier : chaque chose est à sa place. Même les fleurs du marché trônent au centre de la table de la salle à manger avec plus d’aplomb. Je suis sûre que Rosa a déplacé certaines tiges et arraché quelques feuilles pour mettre le bouquet davantage en valeur.

Hier après-midi, mon mari est allé au marché. L’abondance qui règne dans notre cuisine m’émeut : de la brioche et de la confiture sur le plan de travail, notre corbeille à fruits remplie d’abricots et de pêches. Je sais que c’est idiot, mais plus mon mari fait des courses importantes, plus j’ai l’impression qu’il m’aime. C’est comme s’il investissait dans notre couple. Comme le primeur qui pèse un à un les petits sachets en papier, je peux quantifier son amour chaque dimanche à son retour du marché grâce au montant du ticket de caisse abandonné au fond du cabas. Au frais : des légumes et de la viande, de la tapenade du vendeur d’olives, une salade de pamplemousse au crabe de chez le traiteur, du fromage en grande quantité. Cette cuisine pleine à craquer fait battre mon cœur.

14 h 30. Il est un peu tôt pour relever le courrier, mais je ne risque pas grand-chose à y aller quand même. Je récupère la clef que je cache dans le double fond de ma boîte à bijoux, je parcours l’allée, ouvre la boîte aux lettres la peur au ventre, et découvre avec soulagement trois courriers qui n’ont rien d’inquiétant ou d’inhabituel (aucune lettre manuscrite, aucune enveloppe sans timbre). Quand je lève les yeux, je me rends compte qu’un voisin m’observe quelques mètres plus loin. Paniquée, je le salue avant de me précipiter à l’intérieur.
Il me faut quelques minutes pour retrouver mon calme. Je sais que c’est dans ces moments-là que je suis le plus susceptible de faire une erreur. Alors je me ressaisis. Je remets la clef dans le double fond de ma boîte à bijoux, à côté d’une bague qui brille toujours, bien qu’elle se soit un peu oxydée avec le temps. Elle a presque vingt ans, mais je la garde par nostalgie, malgré les risques que je connais : et si mon mari tombait un jour dessus ? Comment pourrais-je lui expliquer que je possède un solitaire quasiment identique à celui qu’il m’a offert le jour où il m’a demandée en mariage ?
Pourtant, ma vie avant lui ne le regarde pas. Je n’ai pas à tout lui dire : les couples qui durent sont ceux dont le mystère n’a pas été percé. Par exemple, quelques mois après notre rencontre, je l’ai quitté. Deux semaines de battement où je suis retombée dans les bras d’un ancien amoureux, Adrien. On a pris un train et on est allés voir la mer. Puis, un matin, j’ai laissé un mot sur l’oreiller et je suis partie retrouver celui qui allait devenir mon mari. Ce qui s’est passé pendant ces deux semaines d’hésitation, il n’a pas à le savoir.
Comme tous les lundis, mon mari est à la piscine après le travail. Et comme tous les lundis, je cuisine plus nerveusement que les autres soirs. Je suis agitée, je manque de patience avec les enfants, je me coupe en préparant l’entrée, je fais trop cuire la viande.
Quand mon mari est absent, la maison résonne comme un piano dont la sourdine est enclenchée : le son en sort feutré, notre vie de famille perd en variations et en intensité. C’est comme si quelqu’un avait déposé un immense couvercle sur notre toit.
J’allume la lumière du porche, puis celles de la cuisine et du salon. Depuis la rue, notre maison ressemble à une boutique de souvenirs qui brille dans l’obscurité. C’est le spectacle accueillant que mon mari doit découvrir à son retour.
Une fois les enfants couchés, je regarde un moment la télévision, mais je ne vois que des femmes qui attendent comme moi. Elles mangent un yaourt, conduisent une voiture ou se parfument, mais ce qui me saute aux yeux, c’est ce qui se passe hors cadre : ce sont toutes des femmes qui attendent un homme. Elles sont souriantes, elles ont l’air actives et occupées, mais en réalité elles tournent en rond. Je me demande si je suis la seule à percevoir cette salle d’attente universelle.

C’est l’heure. Mon mari ne va plus tarder à rentrer. Je parcours la bibliothèque à la recherche d’un roman pour me donner une contenance. Je ne veux pas qu’il me retrouve en train de l’attendre derrière un écran. Marguerite Duras sera parfaite pour ce soir.
J’ai lu L’Amant pour la première fois quand j’avais quinze ans et demi. Il ne m’en reste que quelques images : l’humidité, la sueur, les fluides, les persiennes, le Mékong, une fille de mon âge à laquelle je ne m’identifiais pas du tout (trop détachée et négative). Et puis, à quinze ans comme à quarante, le sexe sans sentiment ne m’a jamais beaucoup attirée. En revanche, une phrase m’est toujours restée, elle se termine ainsi : « Je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. » J’avais l’impression étrange de l’avoir déjà lue quelque part. Je l’ai d’abord soulignée au crayon à papier (je n’avais jamais écrit sur la page d’un livre, le geste m’a paru très grave). Puis, comme cela me semblait encore insuffisant, je l’ai recopiée dans un carnet. À dix-huit ans, j’ai envisagé de me la faire tatouer sur l’omoplate.
Des années plus tard, j’ai su que cette phrase n’appartenait pas à mon passé mais à mon futur. Elle n’était pas une réminiscence, mais un programme : « Je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. »
Les jambes négligemment repliées sous moi, mon livre ouvert au hasard, incapable de lire une ligne, une tasse de thé brûlant à portée de main, j’attends mon mari. La lumière du salon est trop agressive, j’allume une lampe et deux bougies – et je me remets vite en position. Depuis cette place sur le canapé, la porte se reflète dans le grand miroir de l’entrée. Je guette le moment où la poignée s’inclinera enfin.
On s’habitue à cette vision, un mari qui rentre du travail. On vit tant de fois cette scène qu’on ne la voit même plus. Notre attention se porte sur autre chose : l’heure du retour de plus en plus tardive au fil des promotions, une cuisson qu’on ne veut pas rater, les enfants qu’il faut border. On s’habitue, on regarde ailleurs. Moi, je continue à m’y préparer chaque soir.

21 h 20. Je prends mon pouls au creux de mon poignet. Accélération du rythme cardiaque. Pression artérielle qui grimpe, état d’alerte. Un coup d’œil dans le miroir : mes pupilles sont dilatées. Je sentirais presque l’adrénaline se diffuser dans mon amygdale ; je la sentirais presque battre, cette petite amande dans mon cerveau, battre et diffuser sa chimie du stress. Je prends plusieurs respirations profondes pour ralentir artificiellement les battements de mon cœur.
21 h 30. Mon mari est à l’heure. Les phares de sa voiture qui éclairent par fragments la maison annoncent son arrivée. La portière claque dans la rue (c’est le premier vrai signal du retour). La boîte aux lettres s’ouvre et se referme dans un son métallique (deuxième signal). Enfin, le bruit de sa clef dans la serrure (dernier signal, troisième coup frappé sur le plancher du théâtre avant le lever du rideau). 3, 2, 1. Mes conversations intérieures cessent. Seules restent, incontrôlables, les pulsations de mon cœur. La porte de la maison s’ouvre. La soirée peut commencer.

Mardi
Il y a quinze ans, quand j’ai remarqué que l’homme avec qui je venais de passer la nuit dormait comme moi le poignet replié près de son visage, je me suis demandé comment interpréter cette coïncidence. Était-ce un trait de personnalité que nous avions en commun qui se manifestait ainsi ? Les gens qui dorment le poignet en angle droit se reconnaissent-ils entre eux ? On dit que ceux qui dorment sur le dos sont sociables, que ceux qui se mettent sur le ventre sont frustrés sexuellement, que ceux qui se positionnent sur le côté sont confiants. Mais on ne dit rien de ceux qui dorment le poignet cassé : partagent-ils, eux aussi, une communauté ? Quinze ans après cette première nuit, je continue à m’interroger sur ce point commun que nous partageons avec mon mari lorsque nous sommes endormis.
Il est encore tôt quand un rayon de soleil vient se déposer au commencement de son aisselle. On dirait un tableau aux jeux d’ombres parfaitement maîtrisés. Caravage n’aurait pas trouvé meilleur modèle que mon mari, avec ses longs cils noirs posés tout en haut de sa joue et la moiteur au creux de son cou. Plus que tout le reste, la chaleur de son corps au petit matin m’a toujours bouleversée (à combien peut monter la température ambiante sous une couette en plumes ? Le microclimat de notre lit semble parfois frôler les 50 °C, mais est-ce physiquement possible ?). Et puis il y a son sourire. La nuit, on dirait que mon mari est sur le point d’exploser de rire, qu’on lui raconte une anecdote qu’il trouve très drôle entre deux rêves. Cette caractéristique, je ne crois pas que nous la partagions, mais c’est forcément une bonne nouvelle. Un homme malheureux ne sourit pas lorsqu’il dort.
J’approche ma main, mais suspends mon mouvement avant que mes doigts ne glissent dans ses cheveux. Sur l’oreiller, une fine traînée de pellicules semblable à la chute des premières neiges. Il m’arrive souvent de m’attendrir devant ces flocons retrouvés dans notre lit ou sur le col d’une chemise. Suis-je bizarre d’être aussi touchée par les pellicules de mon mari ? Mais j’imagine que l’amour se nourrit de traces laissées sur un vêtement ou un drap, et que toutes les amoureuses du monde s’en émeuvent.

Mon mari continue à dormir jusqu’à la sonnerie de son réveil, alors même que j’ai ouvert les volets de la chambre depuis un moment. Pourtant cela fait des années qu’il clame haut et fort qu’il ne peut dormir que dans le noir complet. Moi j’ai toujours préféré dormir les volets ouverts. Les heures sombres me désorientent plus qu’elles ne me reposent. Mais ma préférence ne pèse pas lourd face au besoin d’obscurité de mon mari. Alors, quand j’ai commencé à partager son lit, cette concession était toute naturelle. Ce n’est quand même pas grand-chose. Mais ce matin, je suis bien obligée de constater que mon mari me ment : il n’a visiblement aucun problème pour dormir avec de la lumière.

Alors qu’il émerge doucement, mon mari s’approche de moi, mais je me retourne à temps pour échapper à ses bras. C’est la règle, je ne dois pas céder. Hier soir, il s’est endormi sans me souhaiter bonne nuit, il n’y a aucune raison qu’il profite de mes caresses au réveil. Et il n’est pas question que je relâche la garde. Surtout pas un mardi.
Le mardi est un jour belliqueux. Pas besoin de chercher des explications compliquées : sa couleur est le noir et son étymologie latine nous apprend que c’est le jour de Mars, le dieu de la Guerre. La prise de la Bastille a eu lieu un mardi. Le 11 septembre 2001 aussi. Le mardi est toujours un jour dangereux – ce qui m’inquiète d’autant plus que ce soir nous avons un dîner auquel je n’ai déjà aucune envie d’aller, et que tout le monde sait que les soirées mondaines sont rarement des rendez-vous pacifiques.

Ce matin, mon mari est le dernier à avoir utilisé la douche, j’en reconnais immédiatement la tiédeur. J’aime mes douches plus chaudes que lui, mais je prends plaisir à me laver avec cette eau que je n’ai pas choisie, dans un monde de quelques degrés inférieurs au mien.
Au moment où je m’enroule dans ma serviette, un courant d’air me fait frissonner. J’applique de l’huile dans mes cheveux, de la crème sur mes jambes, un peu de parfum au creux de mon cou. Mais au contact de ma peau, les effluves hypnotisants se transforment en une fragrance légère et fleurie. J’ai acheté ce parfum après l’avoir senti sur une autre femme pendant une soirée. Même à travers l’odeur des cigarettes et du vin, il m’a immédiatement évoqué un puissant philtre d’amour – une fragrance envoûtante et extrêmement sensuelle. Je me suis glissée dans la salle de bains de notre hôte pour découvrir le nom de ce dangereux poison, et j’ai pris en photo le flacon facetté que je ne connaissais pas (un petit parfumeur hors de prix). Hélas, dès les premières pulvérisations, la terrible vérité : ce parfum n’a plus rien de sulfureux quand je le porte moi. Je n’ai jamais réussi à me débarrasser de ma rassurante odeur de propre. Mon mari me surnomme depuis des années « ma douce » quand je me rêve en femme fatale.

Une odeur de café et de chocolat chaud monte du rez-de-chaussée. Dans la cuisine, mon mari se presse une orange. À la radio, on entend les chroniqueurs défiler dans le studio. Je bois mon premier café pendant la revue de presse : je suis à l’heure.
Les enfants nous rejoignent à la table du petit déjeuner. Mon fils et ma fille font toujours leur apparition en même temps. Est-ce qu’ils se concertent avant de descendre ? Systématiquement, c’est aussi par deux que je les vois disparaître après les repas pour aller faire leurs devoirs ou jouer. Ils ont deux ans d’écart – sept et neuf ans –, mais on dirait des jumeaux : ils font tout ensemble. Nos amis et nos proches nous envient : « Vous en avez de la chance que vos enfants s’entendent si bien, les miens se parlent à peine. » En réalité, nos enfants font plus que bien s’entendre, ces deux-là sont fusionnels (est-ce un trait de caractère que je leur ai transmis sans le vouloir ?).
Comme chaque matin, mon mari se fait griller deux morceaux de pain qu’il recouvre de confiture de fraises. Il ne mange que ça. Il boude les confitures de figues, de mûres et de cerises – même un mélange de fruits rouges ne trouve pas grâce à ses yeux. Ce monothéisme m’a toujours étonnée, car mon mari n’aime pas les fraises, il trouve ça trop acide. Ce petit fruit coloré et juteux, il ne sait l’apprécier que broyé, réduit en bouillie, et avec une tonne de sucre.
Chacun ses obsessions. Moi, c’est mon téléphone portable dont je n’arrive pas à me séparer. Je me suis promis cent fois d’arrêter, de ne plus le poser sur la table au moment des repas, je sais que ce n’est pas sain, mais je ne peux pas m’en empêcher. Heureusement que, pour le moment, mon mari ne s’en est jamais rendu compte.
Il me souhaite une bonne journée et m’embrasse du bout des lèvres avant de partir. Mais dans le monde qui est le mien, c’est à peine un baiser.
Depuis mon bureau, j’observe les allées et venues. Dans notre banlieue résidentielle, les voitures partent et reviennent avec la régularité des marées : une vague de départs à 8 heures, une vague inverse à 20 h 30 (comme en bord de mer, il faut compter 12 heures et 25 minutes pour un cycle complet). Je suis l’une des seules à contretemps avec mon mi-temps au lycée et mes traductions qui me font travailler chez moi.
Nous habitons à une demi-heure du centre-ville : des maisons années 1930, des jardins bien entretenus à l’abri des regards, des arbres fruitiers et des balançoires qu’on imagine derrière les immenses portails. Pendant mon enfance, ce fut aussi un rêve inaccessible que je touchais du doigt les mercredis où je quittais ma barre d’immeubles pour aller jouer chez mes copines pavillonnaires.
Aujourd’hui, je vis dans la plus belle maison du quartier. En toute objectivité, c’est celle dont la façade a le plus de charme et dont les arbres donnent le plus de fruits (j’ai lu dans un magazine de décoration que ce sont les arbres qui donnent à un lieu son caractère). J’aime ses pierres meulières, ses volets verts porte-bonheur, sa boîte aux lettres, son allée fleurie, le rosier grimpant qui encadre le seuil (j’ai lu dans ce même magazine que ses fleurs blanches suffisent à elles seules à embaumer tout un jardin).
À l’intérieur, j’aime le parquet qui craque, l’escalier qui grince, le premier étage avec notre chambre et la salle de bains, puis le second, avec les chambres des enfants et mon bureau : la disposition idéale.
Mais sans conteste, ma pièce préférée est l’entrée. Chaque soir s’y joue la grande cérémonie du retour du travail : mon mari ouvre la porte, dépose ses clefs et le courrier (il insiste toujours pour s’en occuper), me tend la baguette de pain, m’embrasse sur le front ou la joue (rarement sur la bouche). Nous avions besoin pour cette scène importante d’un très joli décor. C’est la raison pour laquelle j’ai conçu cet espace avec soin : un miroir sculpté acheté une fortune, une belle céramique pour nos clefs, nos photos de famille encadrées les unes au-dessus des autres. C’est la première pièce que mon mari découvre en arrivant, il est normal d’y apporter une attention particulière. Autrement, je ne pourrai m’en prendre qu’à moi-même si mon mari cesse un jour de vouloir rentrer chez nous.
L’entrée dessert les autres pièces du rez-de-chaussée : un salon étroit, une cuisine minuscule mais qui donne sur le jardin. Je ne suis pas adepte des volumes trop ouverts qui m’oppressent, je suis plus à l’aise dans ces espaces biscornus pour lesquels j’ai fait réaliser des meubles sur mesure. J’ai gardé intactes la cheminée en marbre Art déco et les moulures au plafond aux guirlandes compliquées. Je les regarde souvent quand je suis allongée sur mon canapé en me disant que c’est peut-être une personne de ma famille qui les a faites ; mon arrière-grand-père et mon grand-père étaient artisans peintres, et j’ai appris il y a quelques années qu’ils s’étaient spécialisés dans la réalisation de moulures en plâtre.

Nous avons emménagé dans cette maison quelques mois avant que je commence à travailler comme traductrice. Un collègue du lycée m’avait proposé d’assurer à sa place la traduction d’un texte qu’il ne pourrait pas terminer à temps – un livre de vulgarisation sur la révolution copernicienne. Ce n’était pas mon domaine d’expertise, je connaissais assez peu la période historique, mais j’ai accepté. Depuis, cet éditeur me confie souvent des traductions : des nouvelles, un recueil de poèmes, un polar qui a connu un certain retentissement, des livres sur l’histoire des sciences.
En ce moment, je m’attaque au premier roman d’une jeune autrice irlandaise à succès. Il n’est pas particulièrement difficile à traduire, mais je dois avouer que son titre m’échappe encore : Waiting for the day to come… « En attendant que le jour arrive » ? « Dans l’attente du jour à venir » ? Ce titre me résiste. Je n’arrive pas à en restituer la poésie ni à en retranscrire le sens concret. L’héroïne n’attend pas seulement la venue d’une époque nouvelle, d’un changement des mentalités. En réalité, elle attend aussi que le jour se lève. Il lui faut traverser la nuit et tenir jusqu’à l’aube. Seuls les premiers rayons du soleil lui assureront le salut. En plus, il y a une impatience que je n’arrive pas à rendre – une imminence, même. À la lecture, il est évident que le jour est sur le point de se lever. Waiting for the day to come… Et puis, que faire de ces points de suspension ?
Le reste du roman ne présente pas de difficultés majeures. J’ai procédé comme d’habitude. J’ai commencé par me familiariser avec la structure de la pensée de l’autrice. J’ai découvert ses expressions préférées, la manière dont elle aime commencer ses phrases, les répétitions qu’elle n’arrive pas à réprimer, les tournures qu’elle affectionne. Je suis entrée dans sa tête, je me suis approprié ses raisonnements jusqu’à en révéler la mécanique d’ensemble. Après plusieurs mois de travail, je peux enfin dire que j’ai adopté ses mimiques et sa voix.
C’est à cette étape que je peux savourer toutes les subtilités de cette langue peu technique, mais très émotive. L’anglais est simpliste : pas de déclinaisons à mémoriser, pas d’adjectifs à accorder. Pourtant, c’est une langue à reliefs, irrégulière et changeante : une grammaire rudimentaire, mais des expressions qui sonnent à l’oreille et un accent impossible à imiter. Vous pouvez éliminer les fautes de syntaxe, étoffer votre vocabulaire, adopter les tics de langage, l’anglais aura systématiquement une longueur d’avance sur vous. Parfois je me demande pourquoi je n’ai pas choisi une langue logique et prévisible comme l’allemand – avec l’anglais je dois renoncer à tout contrôler, ce qui m’agace parfois, me frustre aussi, souvent ; mais c’est ce qui explique peut-être pourquoi je ne me suis jamais lassée.
On m’a déjà demandé si mon travail en tant que traductrice m’avait donné envie d’écrire à mon tour. La réponse a toujours été la même : je ne me sens pas autrice. Quand je traduis, je ne suis qu’une interprète, et cet état de fait me convient parfaitement. Je n’ai rien à inventer, et cela tombe bien parce que je n’ai pas beaucoup d’imagination. Je préfère observer, analyser, déduire ; décortiquer un texte, en dévoiler les sous-entendus, en découvrir le ton implicite – être aux aguets, telle une enquêtrice à la recherche d’indices cachés. En plus, je repense souvent à Marguerite Duras : « Je n’ai jamais écrit, croyant le faire. » La suite de ma citation préférée contenait depuis toujours cet avertissement : attention, ne pense pas que tu écris, tu traduis.

L’odeur de la pelouse trempée par l’averse monte jusqu’à mes fenêtres. Je voudrais qu’il ne cesse jamais de pleuvoir. Mon mari est au bureau, les enfants à l’école, je peux continuer à travailler sans être dérangée. Quand mon mari est à la maison, je perds toute capacité de concentration. Je sursaute au moindre bruit dans l’escalier. Dès que je l’entends s’approcher, j’enlève mes lunettes et éteins mon ordinateur. Je préférerais toujours qu’il me découvre plongée dans un épais manuel de linguistique ou absorbée par la traduction d’un obscur poème de Byron plutôt qu’en train de remplir les bulletins de notes de mes élèves sur le logiciel du lycée. Par précaution, j’ai également toujours un stylo plume à côté de moi au cas où mon mari entrerait dans la pièce où je travaille : il adore me voir écrire à la main.
Mon mari a toujours admiré la rigueur avec laquelle je note les mots dont j’ai besoin pour mes traductions dans des petits carnets thématiques. J’en possède une dizaine. Le carnet rouge pour les termes liés à la politique et aux débats de société, ou le bleu pour la nature (c’est le plus fourni, il contient notamment les noms des plantes grimpantes des jardins anglais et les différentes espèces de chênes). Ils sont tous glissés les uns à côté des autres sur l’étagère au-dessus de mon bureau, mais aujourd’hui je remarque que l’un d’eux a disparu. Je cherche partout mon carnet jaune contenant mon vocabulaire relatif à la médecine et à l’histoire des sciences, en vain.
Pour mes traductions, je m’aide aussi d’un carnet consacré au vocabulaire amoureux avec les mots qui disent la rencontre, le couple, la séparation, et toutes les variations du sentiment. Certaines expressions récurrentes dessinent l’imaginaire amoureux de la langue anglaise – et celui, en creux, de cette romancière irlandaise (difficile à vérifier, mais je l’imagine dévastée d’avoir perdu son premier amour par négligence, erreur dont elle pense devoir expier les conséquences toute sa vie). Par exemple, le let you go est omniprésent dans son livre. Du let you go dans la bouche de tous les personnages et décliné à toutes les situations : I shouldn’t have let you go, I will never let you go, don’t let me go, etc. L’expression s’utilise souvent sur le mode du regret : je m’en veux de t’avoir laissé partir, j’aurais dû te retenir. On pense que c’est notre faute si l’autre nous a quitté, qu’on aurait pu empêcher la rupture. Le let you go est plaisant, il a quelque chose de rassurant même. C’est une fiction à laquelle j’aimerais croire moi aussi. Plongée dans ma traduction, je me demande si cette expression difficile à traduire en français témoigne du fait que les anglophones aiment différemment de nous. »

Extrait
« Louise se montre fantasque, bruyante et franche; pendant que Nicolas reste élégant, contenu et prévenant (ce soir, ils sont tous les deux très exactement eux-mêmes). Nicolas est de ces personnes qui font l’effort de faire un pas dans votre univers. Toutes ses questions montrent qu’il s’intéresse, et qu’il pense parfois à moi, en mon absence. Il me demande où en est mon travail avec mon éditeur, comment se passent mes cours, si j’ai lu la saga de ce romancier new-yorkais qu’il vient de découvrir et si je trouve que la traduction en est bonne.
Nicolas est aussi réservé que Louise est sociable. Louise est aussi indélicate et brusque que Nicolas est attentionné et attentif. Elle est solaire. Il la tempère. Ensemble, ils se complètent comme deux pièces de mécanique qui s’emboîtent tout à fait, un engrenage parfaitement huilé où les différences sont autant de complémentarités qui rendent le mouvement possible. Je crois que c’est aussi ce qu’on nomme parfois alchimie ». p. 72

À propos de l’auteur
VENTURA_Maud_©Cecile_NieszawerMaud Ventura © Photo Cécile Nieszawer

Maud Ventura a vingt-huit ans et vit à Paris. Normalienne et diplômée d’HEC, elle rejoint France Inter juste après ses études. Elle est aujourd’hui rédactrice en chef des podcasts dans un grand groupe de radios, NRJ. Elle ne cesse d’explorer la complexité du sentiment amoureux dans son podcast «Lalala» et dans son premier roman Mon mari. (Source: Éditions de l’Iconoclaste)

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Alias

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En deux mots
Alias est un enfant battu par sa mère, comme va le découvrir sa voisine après la séparation de ses parents, lorsqu’elle à la garde de l’enfant. Les services de la protection de l’enfance, chargés de trouver une solution, ne vont qu’aggraver le problème.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Quand l’intérêt de l’enfant doit primer

Dans un court et percutant roman Claire Gallois part en guerre contre les services de la Protection de l’enfance en retraçant le parcours édifiant d’«Alias», enfant battu et confié… à son bourreau!

Un peu comme dans L’Ami de Tiffany Tavernier, la narratrice va nous parler de ses voisins. Un couple apparemment sans histoires. Maxime est courtier en assurances, son épouse Noëlle – qui préfère qu’on l’appelle Chouchou – est mannequin, travaillant notamment pour les catalogues de vente par correspondance et les soutiens-gorge perfect silhouette. On appellera leur fils Alias, pour ne pas lui faire du tort. Un fils que la narratrice gardait quelque fois chez elle, y compris après le divorce relativement rapide du couple. Car les absences trop longues et répétées de son épouse ne convenaient plus à son mari.
C’est en donnant un coup de main à Chouchou qu’elle s’est rendue compte de son absence d’instinct maternel. Et si, la cinquantaine passée, elle prend la plume pour nous raconter ce qu’il est advenu de ce fils considéré comme un obstacle, c’est qu’elle sait ce qu’il a enduré, d’abord psychologiquement puisqu’il a rapidement compris qu’il ne serait pas entouré d’amour. Et puis physiquement: «Ma mère m’a toujours dit après m’avoir donné des coups que si j’en parlais à papa, elle irait en prison et moi en foyer le temps que le juge statue. Au moment de prendre mon bain, elle me fait déshabiller en me tapant avec un bâton de chaise qu’elle a cassée en me cognant. Elle m’a déjà griffé en arrachant mes vêtements. Elle me secoue pour que je pleure, mais je ne pleure pas.»
Une spirale infernale va alors entraîner le garçon vers le fond. Car si la justice et la Protection sociale de l’enfance décident d’éloigner le fils de sa mère, le poids des procédures et l’absence de discernement – l’administration en vient à soupçonner le père et même l’enfant lui-même de dissimuler la vérité – perturbent au plus haut point un psychisme déjà mis à rude épreuve. Au point qu’il ne voit qu’une issue, sauter par la fenêtre. S’il est arrêté avant de commettre l’irréparable, il va toutefois se retrouver en asile psychiatrique. Une étape de plus d’un chemin de croix qui n’avait pourtant rien d’inéluctable.
Dans ce réquisitoire parfaitement documenté, Claire Gallois part en guerre contre les services de la protection de l’enfance. «Combien de jours, de semaines, de mois à tournicoter dans l’absurde monotonie d’une procédure dite judiciaire? La mère qui harcèle, le père qui encaisse, l’enfant qui trinque.»
En imaginant combien Alias compte de frères et de sœurs pris en charge pas ces services de la protection de l’enfance, si mal nommés, on en frémit d’horreur.
Avec son sens aigu de la formule, la romancière nous fait découvrir ce «petit salon de la philosophie du malheur». Ajoutons qu’en refermant le livre, on forme des vœux pour que les politiques s’emparent rapidement de ce sujet, ô combien sensible, ô combien tragique.

Alias
Claire Gallois
Éditions Flammarion
Roman
128 p., 16 €
EAN 9782080235282
Paru le 5/05/2021

Ce qu’en dit l’éditeur
«Les enfants ne savent pas se venger de l’injure que le monde leur fait.»
Est-ce en racontant leur histoire que la narratrice de ce livre saura leur faire justice? Cette femme de cinquante ans s’est occupée d’Alias, le fils de ses voisins et amis, depuis toujours. Le couple s’est rapidement séparé et, quand l’enfant a eu dix ans, il a révélé les sévices physiques et psychologiques que sa mère lui faisait subir. S’ensuivent des plaintes, une enquête et un dossier qui atterrit à la Protection de l’enfance, une institution qui va, au mépris de ce que l’enfant a enduré, rendre sa vie plus cauchemardesque encore.
Alias est le récit de cette témoin d’un naufrage, qui croise les expériences d’autres parents et enfants meurtris à jamais. Un livre puissant qui nous montre que «l’amour, comme les nuages, peut prendre des formes inimaginables».

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
Les Notes 

Les premières pages du livre
« La mort m’a plus d’une fois sauvé la vie. Depuis l’enfance, elle m’est apparue comme un instrument de liberté. Et la fonction de la liberté est d’échapper à l’oppression du pouvoir exercé par certains êtres, certains événements sur vos décisions personnelles. Parfois, il semblerait qu’il vaudrait mieux disparaître pour contenter tout le monde. J’ai compris la leçon très tôt. Quand je me trouvais dans une situation qui dépassait le seuil tolérable de la douleur, je l’affrontais sans faiblir, je me disais : « M’en fiche, je m’évaderai quand je veux, c’est moi qui choisirai mon heure. Ceux-là ne m’auront pas vivante. » Pour moi, c’était un privilège que les grands n’avaient pas.
J’ai vécu jusqu’à l’adolescence en toute sérénité. Je n’avais qu’un seul but : grandir. Grandir pour partir. Mon seul tourment était l’impatience. Je prenais trop souvent la mesure de ma croissance avec un centimètre et un crayon tenu sur la tête pour laisser une marque au dos d’une porte de placard. Parfois, j’étais découragée : quand est-ce que je serais grande ?
C’est arrivé d’un seul coup. Avec l’accident fatal qui a fauché l’aînée de cette famille. Sur la route, les gendarmes avaient tracé à la craie le contour de son corps et ma mère, totalement asservie à la douleur, m’a craché au visage : « Pourquoi n’es-tu pas morte à la place de ta sœur ? »
Un vent venu de nulle part m’a figée en statue. Oui, j’ai voulu mourir sur le coup. Et puis je me suis posé la question idiote que se pose un enfant : « Mais comment on fait ? »

Si j’en parle aujourd’hui, c’est à cause d’Alias. On l’avait enfermé dans une vision de son quotidien, et même de son avenir, en circuit fermé. Des parasites salariés d’une institution judiciaire lui collaient aux trousses. Voulaient lui imposer leur théorème des bons sentiments, au mépris de ce qu’il avait enduré, de son désespoir.
Il a été plus fliqué qu’un voleur. Après l’intervention pleine de douceur et de compassion de la brigade des mineurs, il a passé une nuit entière à plat ventre à marteler, poings fermés sur son matelas, à hoqueter sans une larme et tout bas : « J’en veux pas de cette petite vie de merde. »

Quarante ans nous séparaient mais il m’a donné le sentiment d’une transmission des blessures, comme si elles se reliaient en secret à seule fin de se reproduire. Comme si le passé et le présent se rejoignaient dans l’intime. Comme si même des années mornes ou brillantes de bonheurs divers se fondaient, elles aussi, dans toutes les souffrances d’une terre morte.

Alias est un prénom mystérieux. La plupart du temps, on est bien incapable de deviner lequel est la vraie personne. Cela peut être aussi un nom de guerre. Ou encore, un nom de domaine, une façon de dire « autrement ». Alias ne pouvait pas m’appartenir. On ne possède pas un enfant comme un capital. C’est pourquoi je l’ai baptisé ainsi. Alias n’est pas le nom sur le livret de famille du petit garçon que j’ai rencontré et aimé. Il existe un risque incontournable au fait d’aimer : le fait d’être incompris, le fait d’échouer. Nous avons connu les deux. Nous ne nous oublierons jamais. Nos souvenirs seront sans doute différents, certaines vérités de chacun gardent leur mystère, quel que soit le partage.
Maintenant, Alias est grand. Le fait de l’appeler ainsi me rend libre. L’écriture est la seule discipline où les critiques ne peuvent s’exercer que sur la forme d’un récit, il ne peut être pénalisé par d’éventuelles controverses sur la vraisemblance des faits. Moi qui n’ai jamais fait que lire les autres, aujourd’hui, pour la première fois, j’ai besoin d’écrire cette histoire, notre histoire.
L’idée m’en a surprise, comme un coup à l’estomac, à l’énoncé d’un extrait de procès-verbal dressé par la police du commissariat de quartier : « Violence suivie d’incapacité n’excédant pas 8 jours sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime. Victime blessée à mains nues sans mobile apparent. » C’est son père qui m’a tendu ce bout de papier, en se retournant devant sa porte cochère, un simple hasard de circonstance, impossible à prévoir, je ne sors jamais très tôt le matin. Il a semblé comme happé au passage par ma présence – ce qui ne s’était jamais produit. À le voir ainsi figé, presque méconnaissable, il m’a fait rejoindre aussitôt la peur intérieure qui se lisait sur son visage. Un genre d’absence au passé, balayé par une menace dont on pressent le danger sans pouvoir encore en mesurer l’importance. Nous sommes restés un moment, immobiles sans un mot, face à face sur le trottoir, dans la sidération partagée de l’impensable. Mon bref coup d’œil sur le procès-verbal m’avait rendue muette à mon tour.

Le père et la mère d’Alias étaient des gens au sourire immédiat quand nous nous croisions. Nous habitions la même rue. Nous nous rendions toujours service. Son papa, Maxime, dépannait mon chauffe-eau ou empoignait au passage mon panier de courses trop lourd. Bébé, j’ai gardé assez souvent Alias pour tirer d’embarras sa maman quand ses rendez-vous tombaient à l’improviste. Elle était inscrite dans une agence de mannequins, Dream City, et elle figurait chaque saison dans le catalogue de La Redoute, collections Robes à fleurs ou ceintures Sportfy. Elle posait aussi pour les soutiens-gorge destinés aux poitrines généreuses «Perfect silhouette». C’était donc une très belle fille, port de tête d’altesse, sourire à faire pâlir un dentiste. Elle l’affichait, sans trace de restriction, ce sourire trop beau, enthousiaste quand elle soulevait à bout de bras son bébé dès qu’il y avait deux ou trois personnes en vue. Elle le tenait très haut, comme elle aurait pavoisé avec un drapeau (elle l’habillait chez « Idéal Baby »), et riait encore plus fort à la cantonade avant de proclamer : « C’est mon fils, mon amour », avec de gros baisers sur le petit crâne adouci d’un duvet blond de poussin, tant qu’elle pouvait recueillir des mines attendries ou joyeuses. Moi je l’admirais parce que, depuis l’âge de six ou huit mois, dès qu’Alias m’apercevait, il entamait une vive bascule de tout son petit corps vers moi et elle n’était pas jalouse. Elle riait encore en me le flanquant dans les bras. Personne n’aurait imaginé qu’elle riait un peu trop pour être franche.

Tout le monde avait été pris de court, à la mairie, le jour de la cérémonie. À la lecture de l’état civil des conjoints, l’assistance avait découvert qu’elle avait déjà été mariée. Deux fois. Cette surprenante récidive, chez une si jeune femme, fit naître dans l’assemblée ultrachic un discret murmure. Si encore elle avait été veuve, les invités auraient pu se réjouir de voir en cette nouvelle union le choix d’une âme miraculeusement sensible. Mais quand les réjouissances sont de mise officielle, le cœur et la raison se disputent une issue : opprobre ou compassion ? Ricanements ou bravos ? Une coalition de crédules égayés l’emporta et certains applaudirent. Futée comme elle était, l’obstinée du mariage tenait son sauvetage : des larmes, des sanglots, des « pardons » étouffés, et elle s’était jetée au cou de son nouveau mari qui l’avait serrée dans ses bras pour la réconforter : « Mais on s’en fiche, nous, Chouchou, calme-toi, on est heureux ! »
Maxime est courtier en assurances, il sait très bien que chaque risque a son prix. Il avait raison, oublier deux maris précédents, cela peut arriver à tout le monde, bien sûr. Se faire appeler Chouchou aussi. Elle n’aimait pas son vrai prénom, Noëlle, assez convenu, certes, mais il y a pire. Chouchou par exemple. Pour elle, ça voulait dire aussi « chérie, favorite », elle le revendiquait.

Telle que je l’ai connue, Chouchou se maintenait, même au quotidien, dans la représentation. Celle-ci est par définition égoïste, amorale, mais le plus souvent on ne peut pas y résister, seulement s’y soumettre. Elle s’exerçait à ne pas déchoir du premier rôle. Quand elle a cessé de paraître toute-puissante, elle a endossé celui de victime. Et avec quel succès ! Mais cela est pour plus tard.
Pendant deux ou trois ans après leur divorce – survenu quelques mois après le mariage pour cause d’incompatibilité entre le quotidien conjugal et les absences de plus en plus fréquentes de Madame qui volait jusqu’à Singapour pour poser entre les pousse-pousse et étoffer le catalogue de La Redoute –, j’ai continué à voir Alias. Quand son père, qui occupait toujours le même appartement, était en manque de nounou, j’allais le chercher à la crèche, à la maternelle, puis au CP, j’ai même dû faire le CE1.
On s’amusait bien. Si le ciel était beau, on faisait un tour au manège magique où un lama, une vache, une poule et même un dinosaure valsaient à la queue leu leu sous l’égide d’un lutin en habit rouge qui tournoyait en douceur pour frôler le front des petits ; ils tendaient en vain leurs deux bras pour l’attraper. Je ne suis pas une fan avérée des bébés. Quand j’ai vu Alias pour la première fois, il avait quelques jours. Je ne sais pas ce qui s’est passé. L’amour a tellement de visages. Il a pris aussitôt celui d’Alias. Comment ? Pourquoi ? La réponse m’importe peu. Encore qu’elle m’effleure souvent : où que tu sois, Alias, et même si tu préfères (peut-être) ne plus me revoir, grâce à toi, je ne serai plus jamais seule au monde.

En garde alternée, Chouchou a continué à tenir le rôle de la maman attentive, aimante. Pour moi, un danger ne se résume pas à partir d’un « avant » et d’un « après ». Je sais maintenant qu’il se fabrique avec plein de petits riens, et même avec ce qui est dit sans y penser (comme on continue de voir des amis de loin en loin, parce qu’on y reconnaît un détail qui fait écho à notre propre vie).
C’est seulement avec le recul que me reviennent certains épisodes auxquels je n’avais pas accordé une attention soutenue. Après la naissance d’Alias, Chouchou avait vite repris son travail, « Ça l’épuisait de parler bébé ». Pas moi. Je venais donc m’occuper de lui, captivée sans fin par sa découverte du monde. Le tout petit doigt qui s’élevait pour la première fois et le regard du nouveau-né qui n’en croyait pas ses yeux. La marionnette dansante qu’il voulait toucher… sans succès et qui éveillait ses premiers sourires. Sa menotte qui tentait toujours de me tirer les cheveux et les baisers partout, même sur son nombril quand je le changeais et qui se transformaient en vrais rires sonnants et trébuchants.
J’attendais que sa mère rentre pour partir mais il lui fallait se démaquiller, téléphoner surtout et tout le temps, et elle me demanda un jour en chuchotant, faute de pouvoir interrompre son bavardage passionnant, de donner au bébé le biberon qu’elle venait de préparer. »

Extraits
« Je suis au bout de la situation, je ne sais plus qui je suis et j’ai peur de ma mère, je suis prêt à partir. Mes parents sont séparés. Elle m’a régulièrement giflé et frappé depuis. Ma mère m’a toujours dit après m’avoir donné des coups que si j’en parlais à papa, elle irait en prison et moi en foyer le temps que le juge statue. Au moment de prendre mon bain, elle me fait déshabiller en me tapant avec un bâton de chaise qu’elle a cassée en me cognant. Elle m’a déjà griffé en arrachant mes vêtements. Elle me secoue pour que je pleure mais je ne pleure pas, et elle: “Le silence des poltrons, tu connais? Ma mère m’interdit de parler des coups que je reçois, elle me dit: « sinon ce sera pire ». » p. 22

« Combien de jours, de semaines, de mois à tournicoter dans l’absurde monotonie d’une procédure dite judiciaire? La mère qui harcèle, le père qui encaisse, l’enfant qui trinque. Même Clémentine se décourageait. Elle présumait que Chouchou continuerait ses poursuites mensongères jusqu’à la majorité d’Alias. De temps à autre, elle se prétendait à l’étranger, vrai ou faux, on s’en moquait, c’était un soulagement pour Alias, délivré des visites médiatisées. J’ai fait exprès de laisser passer le temps sans compter. La routine implacable des Schmolles avait rendu Alias mutique. » p. 67

À propos de l’auteur
GALLOIS_Claire_©Claire_DelfinoClaire Gallois © Photo DR

Claire Gallois est romancière, essayiste et critique littéraire. Elle a publié une dizaine de romans et des récits, dont Une fille cousue de fil blanc, L’Homme de peine, Les Heures dangereuses, L’Empreinte des choses cassées et, en 2017, Et si tu n’existais pas, aux Éditions Stock. (Source: Éditions Flammarion)

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L’Ami

TAVERNIER_lami

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L’Ami est finaliste du Grand Prix RTL-LiRE qui sera remis le 15 mars, ainsi que du Prix de la Closerie des Lilas 2021.

En deux mots
Comment réagiriez-vous si une escouade de gendarmes bouclait votre quartier et vous apprenait que votre voisin, que vous aimiez inviter à l’apéro, était un tueur en série ? Qu’avec son épouse il avait violé et assassiné des jeunes filles ? C’est le drame auquel sont confrontés Thierry et Élisabeth.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Mon voisin est un violeur et un assassin

Tiffany Tavernier a imaginé la déflagration au sein d’un couple quand il apprend que son voisin est un tueur en série. De la sidération à la colère, le choc va avoir de lourdes conséquences.

C’est un quartier résidentiel comme tant d’autres, des villas avec jardin dans un coin tranquille. Tellement tranquille qu’on imagine sans peine la stupéfaction de Thierry lorsqu’il voit débarquer une ambulance, une escouade de gendarmes et le GIGN. Les troupes vont encercler la maison de son voisin et le prier de s’allonger chez lui sur le tapis avec Élisabeth, son épouse, «le temps qu’il faudra». Et alors qu’ils se perdent en conjectures sur le péril qui menace Guy et Chantal, ces derniers sont emmenés manu militari. Mais pour l’heure, on ne leur donnera aucune explication, le temps de fouiller le périmètre autour de la maison et le cabanon où Guy entrepose ses outils. Outils qu’il lui arrive de prêter à son voisin et que la police scientifique va étudier.
C’est n’est que le lendemain, avec l’arrivée d’une journaliste, qu’ils vont apprendre la terrible nouvelle. Guy et Chantal Delric sont des criminels, recherchés pour des viols et des assassinats. La télévision va en donner la liste:
REINE, 20 ANS, DISPARUE IL Y A SEPT ANS.
VIRGINIE, 14 ANS, DISPARUE IL Y A SIX ANS.
ZOÉ, 22 ANS, DISPARUE IL Y A QUATRE ANS.
MARGARITA, 19 ANS, DISPARUE IL Y A TROIS ANS.
SELIMA, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX ANS.
MARIE-ANNE, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DIX-NEUF MOIS.
VIOLINE, 15 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX MOIS.
ANNE-CÉCILE, 14 ANS, DISPARUE DEPUIS QUATRE JOURS, SAUVÉE IN EXTREMIS, AUJOURD’HUI DANS LE COMA.
C’est par hasard qu’un couple de randonneurs perdus en pleine forêt est tombé sur Guy au moment où il s’apprêtait à poignarder Anne-Cécile et a pu donner l’alerte. Après identification, la police a pu procéder à son arrestation ainsi qu’à celle de Chantal.
Commence alors pour Thierry et Lisa une terrible épreuve, dont il ne mesurent pas encore les conséquences. Ils étaient les amis de ce couple infernal, partageaient régulièrement avec eux un apéro, s’invitaient pour un barbecue ou un dîner et se prêtaient des outils. Jamais, ils ne se sont doutés de ce qui se déroulait à quelques mètres de là. Ils n’ont rien vu, mais doivent détailler leur emploi pour tenter d’éclairer les enquêteurs. Ils doivent aussi résister à la meute des journalistes qui, faute de collaboration, vont se faire de plus en plus insistants.
Lisa va craquer la première et part chez sa sœur pour prendre du recul.
Thierry s’accroche à son quotidien, même s’il remarque qu’au travail on le regarde différemment. Les séances chez le psy ne vont pas vraiment l’aider, sinon à constater que dorénavant tout le monde le fuit. Il est seul avec sa colère, avec sa peine.
Tiffany Tavernier réussit avec beaucoup de finesse à analyser la psychologie de ces victimes collatérales pour lesquelles plus rien ne sera comme avant. Elle pousse aussi fort habilement le lecteur à se mettre à la place de ce couple sans histoires, à le laisser imaginer comment il aurait réagi, en lui livrant des clés troublantes. Car, on a beau se dire que «cela ne nous regarde pas», les autres vous entraînent dans une spirale infernale qu’il est difficile d’arrêter. Comme le disait Voltaire «Mon Dieu, gardez-moi de mes amis!»

L’Ami
Tiffany Tavernier
Éditions Sabine Wespieser
Roman
264 p., 21 €
EAN 9782848053851
Paru le 7/01/2021

Où?
Le roman est situé en France, dans un endroit qui n’est pas précisément défini.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un samedi matin comme un autre, Thierry entend des bruits de moteur inhabituels tandis qu’il s’apprête à partir à la rivière. La scène qu’il découvre en sortant de chez lui est proprement impensable : des individus casqués, arme au poing, des voitures de police, une ambulance. Tout va très vite, et c’est en état de choc qu’il apprend l’arrestation de ses voisins, les seuls à la ronde. Quand il saisit la monstruosité des faits qui leur sont reprochés, il réalise, abasourdi, à quel point il s’est trompé sur Guy, dont il avait fini par se sentir si proche.
Entre déni, culpabilité, colère et chagrin, commence alors une effarante plongée dans les ténèbres pour cet être taciturne, dont la vie se déroulait jusqu’ici de sa maison à l’usine. Son environnement brutalement dévasté, il prend la mesure de sa solitude.
C’est le début d’une longue et bouleversante quête, véritable objet de ce roman hypnotique. Au terme de ce parcours quasi initiatique, Thierry sera amené à répondre à la question qui le taraude : comment n’a-t-il pas vu que son unique ami était l’incarnation du mal ?
Avec ce magnifique portrait d’homme, Tiffany Tavernier, subtile interprète des âmes tourmentées, interroge de manière puissante l’infinie faculté de l’être humain à renaître à soi et au monde.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
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A Voir A Lire (Aline Sirba) 
Radio Classique (Bernard Poirette) 
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Blog l’Apostrophée 
Blog Lili au fil des pages 
Blog Alex mot-à-mots 


Tiffany Tavernier présente son roman L’ami © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« C’EST UN SAMEDI COMME TOUS LES AUTRES. Je m’habille dans la pénombre, en faisant attention de ne pas réveiller Élisabeth. En bas de l’escalier, pas de Jules. D’habitude, elle m’accueillait avec des glapissements joyeux. Dans la cuisine, j’allume la cafetière électrique, je sors une tasse du placard. À travers la fenêtre, l’aube point, les feuilles des chênes frémissent. En face, personne n’est levé. Le silence emplit tout. Quand Jules est morte, c’est Élisabeth qui a voulu qu’on l’enterre dans un cimetière pour chiens, elle encore pour le choix de la tombe. Blanche. La cérémonie était belle. Même ses sœurs sont venues. Ce soir-là, on a tellement bu que tout le monde est resté dormir à la maison, sauf Guy et Chantal, bien sûr. Cela m’a fait quelque chose qu’ils viennent. Surtout Guy. Avec la dépression de Chantal, il en chie. Chie, oui, c’est le mot. On les entend parfois s’engueuler jusque tard, puis rien, ça passe. Nelly, leur chienne, c’était il y a un an. Un vrai coup de malchance, il y a si peu d’allées et venues par ici. L’enfoiré qui l’a percutée s’est bien gardé de laisser son nom, on ne l’a jamais retrouvé. Leur chienne, si. Du moins, ce qu’il en restait : un tas de chairs sanguinolentes qu’on a enterré le soir même avec Guy. À la pelle, dans son jardin. Une sale nuit comme on n’aime pas en vivre. Guy pleurait en silence, je creusais. C’est peut-être la raison pour laquelle Élisabeth a eu besoin de faire les choses en grand pour Jules. Pour rattraper ce malheur.
Sur la table, une Musca domestica se frotte les pattes, facile à reconnaître avec ses deux gros yeux rouges et son thorax gris. Je me demande si elles existent au Vietnam. La prochaine fois que Marc nous fera signe, je le lui demanderai. Il a l’air de trouver la vie formidable là-bas. Sur les photos de son compte Instagram, il n’arrête pas de sourire, ce qui rassure Élisabeth. Moi, pas. Qu’a-t-il eu besoin de choisir ce pays ? À coup sûr, mon père n’aurait pas apprécié. Ce boulot, en plus, dans ce grand hôtel. Est-ce qu’on le traite bien au moins ?
Dehors, le ciel vire au rose pâle. Je ne suis jamais allé bien loin, moi. Une fois, à vingt-deux ans, quelques jours en Espagne, une autre fois en Suède avec Élisabeth. Puis Marc est né. Partir ne nous disait plus rien ou alors à la mer, en été, avec le petit. Parfois, cela me fait tout drôle de le savoir si loin. Le manque remonte, brutal. Et puis ça passe, comme les disputes entre Guy et Chantal. Cela fait des années pourtant qu’il n’habite plus chez nous, mais bon, sa fac, un coup de voiture et j’y étais. Entre nous, désormais, même l’heure est différente et on a beau communiquer par Skype, plus le temps passe, moins on a de choses à se raconter.
Sur la table, la mouche s’envole et vient se poser sur la vitre. Plus que tout, j’aime ces heures où rien encore ne s’agite. Aucun bruit de voiture, aucune sonnerie de téléphone. Seule la lente poussée du jour, le craquement des branches dans le vent. J’avale d’un trait mon café. Après, j’irai faire mon tour le long de l’Aune. À cette heure, je n’y ai jamais rencontré personne à l’exception de Chantal, une fois. Le soleil venait de se lever. Je suis tombé sur elle, assise au bord de l’eau, les yeux dans le vague. La frousse qu’elle a eue en me voyant. Elle n’avait pas dormi de la nuit et s’était dit qu’un peu d’air frais lui ferait du bien. Je lui ai proposé de venir boire un café. Elle m’a fixé d’un air étrange, puis, subitement, elle s’est levée et elle est partie. Élisabeth dit que c’est à cause de ses médicaments. Des trucs tellement forts qu’il faut parfois des mois avant de trouver le bon dosage.
Les premiers rayons du soleil illuminent la cuisine. Bientôt, on pourra prendre le petit déjeuner sur la nouvelle terrasse. Le boulot que cela m’a coûté de déblayer le terrain. Mais ça y est, les piliers sont en place, il ne me reste plus qu’à poser les planches. On pourra y installer une balancelle comme dans les films américains. Dessous, je ferai une réserve à bois et, en cas de pluie, j’ai même prévu de construire un auvent. La vue est tellement belle d’ici. Des arbres, rien que des arbres. C’est ce qui m’a le plus emballé quand nous sommes tombés sur cette maison. Ce côté sauvage partout alentour. Élisabeth, non. L’idée de vivre dans un endroit aussi isolé lui faisait peur. L’affaire était si bonne, je l’ai suppliée de réfléchir. En plus d’être vendue pour une bouchée de pain et de laisser entrevoir toutes sortes d’aménagements possibles, cette maison était située à seulement dix kilomètres de l’usine où je travaille et à moins de huit kilomètres de P., le bourg où, en tant qu’infirmière, Élisabeth était attendue à bras ouverts. Si on optait pour un appartement en ville, c’étaient des dizaines de kilomètres en plus par jour et un espace beaucoup plus réduit. Malgré tout, Élisabeth hésitait et je m’apprêtais à renoncer quand sa mère évoqua l’idée d’acheter un chien. Là, ce fut magique. Avec un chien – mais un vrai chien de garde, hein ? –, alors oui, Élisabeth pouvait s’imaginer vivre là-bas.
Les jours suivant l’emménagement, j’étais tellement excité que je me suis lancé dans les travaux de notre chambre, de celle du petit, de la salle de douche, puis du salon en bas, de la cuisine et du garage.
Aujourd’hui, on a tout ça et même une troisième chambre qu’Élisabeth, faute d’enfants, a décidé de reconvertir en atelier il y a deux ans. Elle y passe de plus en plus de temps pour peindre ses « révélations » : amas de formes et de couleurs qui ne me parlent guère. Mais bon, cela lui fait du bien et vu ce qu’elle endure au boulot… Dans un coin, elle a gardé le lit ; une de ses sœurs y dort parfois. Mon frère, lui, jamais. Mais lui, c’est une autre histoire.
Je jette un œil à la deuxième horloge. À Hanoï, il est près de midi, les rues regorgent de monde. Ici, l’herbe est encore mouillée et les libellules dorment. Dans la lumière naissante du jour, tout scintille jusqu’aux roches. Avec un peu de chance, j’attraperai quelques écrevisses et, si l’eau n’est pas trop froide, je me baignerai là où, sous la voûte des arbres, l’Aune est un peu plus profonde. Il va faire beau aujourd’hui. Le ciel est dégagé. Cet après-midi, je sortirais bien la grande échelle pour aller regarder sur le toit d’où vient cette fuite. Guy acceptera-t-il seulement de m’aider à la porter ? Cette nuit, je l’ai entendu rentrer très tard avec sa fourgonnette. Quand cela chauffe trop avec Chantal, il part rouler des heures pour se calmer. Les lendemains sont difficiles. Pour une fois que je ne suis pas d’astreinte. J’irai tout de même tenter ma chance, mais pas avant midi. Guy est d’une humeur de chien le matin. Depuis tout ce temps, j’ai appris à le connaître.
J’enfile mes bottes en me promettant, à mon retour, d’apporter à Lisa son petit déjeuner au lit. J’en profiterai pour me glisser à côté d’elle. Elle râlera parce que je puerai la vase, puis me pardonnera parce que je n’ai pas oublié la confiture. Après toutes ces années, je me dis qu’on a de la chance de s’aimer encore si fort. D’avoir cette vie tranquille aussi, même si, chaque soir, elle arrive de plus en plus crevée à cause de la surcharge de boulot et que, de mon côté, je trouve de plus en plus difficile de me lever en pleine nuit pour réparer en urgence une machine tombée en panne à l’usine. Il n’empêche, rien à voir avec la vie de combat de mon frère, celle, du moins, que je lui ai toujours imaginée dans ces pays lointains. Les rares fois où on se parle, je n’ose jamais le questionner et, de lui-même, il ne m’en parle pas. Même pas une femme ou un gosse avec ça.
J’attrape ma veste, m’apprête à ouvrir la porte. Tiens, un bruit de moteur et pas qu’une seule voiture. Il n’y a pourtant que nos deux maisons ici. Qu’est-ce que cela peut bien être ? J’ouvre la porte, découvre, abasourdi, une, deux, trois, quatre, cinq, six voitures de flics suivies d’une ambulance, qui déboulent en trombe. Au même moment, je vois surgir de la forêt une vingtaine d’hommes casqués, type GIGN, visières baissées, gilets pare-balles, armes au poing. La scène est tellement irréelle que je me demande si je ne suis pas en proie à une hallucination. Dans un nuage de poussière, les voitures viennent se garer devant la maison de Guy et de Chantal.
« Monsieur, vous ne pouvez pas rester ici. »
Je fais un bond en arrière, fixe l’homme planté devant moi.
« Capitaine Bretan, gendarmerie nationale. »
Derrière son dos, des GIGN s’agenouillent en position de tir autour de la maison de Guy et de Chantal. Qu’est-ce que…
« Monsieur ? »
Dans ma tête, c’est un remous indescriptible. Son front si dégagé, si net.
« Combien de personnes sont en ce moment chez vous ? »
Je le considère, ahuri.
« Monsieur, s’il vous plaît. »
Retrouver les mots. L’espace des mots. Leur déroulé logique.
« Je… juste moi et ma femme à l’étage, mais enfin… qu’est-ce qui se passe ? »
Il jette un œil à la fenêtre du premier, jauge, en une fraction de seconde, la distance entre nos deux maisons.
« Ne vous inquiétez pas, nous avons juste besoin d’être sûrs qu’il ne vous arrive rien le temps de notre intervention.
– Quelle intervention ? C’est quoi ce…
– Monsieur, nous n’avons pas de temps. »
Derrière son dos, quatre GIGN armés se rapprochent en courant de la maison de Guy et de Chantal…
« C’est nos voisins ? Parce que c’est nos amis, on se connaît depuis un bout de temps… »
J’ai presque envie de rajouter l’histoire de la fuite sur le toit, la grande échelle que je ne peux pas porter seul. Sa stupeur m’arrête net.
« Vos amis ? »
Ben oui, nos amis, tondeuse, parties de cartes, parasol, barbecue, quoi de plus normal, aucune autre baraque à des kilomètres, alors pourquoi cet air interloqué, je voudrais le secouer tout à coup, qu’est-ce qui leur est arrivé ? Seulement, les mots ne sortent pas. Et maintenant, cette façon qu’il a de me fixer. Comme s’il m’en voulait… Comme si c’était trop tard…
« Ben oui, Guy et Chantal, quoi. »
Sa voix se radoucit.
« Écoutez, faites descendre votre femme et, jusqu’à nouvel ordre, ne sortez pas de chez vous et ne vous approchez d’aucune fenêtre, compris ? »
ÉLISABETH ME REGARDE SANS COMPRENDRE. Je lui murmure qu’il y a des flics, partout des flics, que cela a l’air grave, très grave même, qu’il faut qu’elle sorte du lit, fissa. Elle se lève d’un bond, passe sa robe de chambre, me suit, les cheveux ébouriffés. En haut de l’escalier, elle se raidit en découvrant le type du GIGN. Le même effroi m’a saisi tout à l’heure. Nos deux maisons dans ce coin si tranquille… Il fallait vraiment qu’un truc de dingue soit arrivé à Guy et Chantal pour rameuter une telle armée. J’ai eu envie de fuir. Au lieu de cela, je suis resté comme pétrifié sur le seuil en essayant du mieux que je pouvais de me calmer. Mon cœur surtout. Les battements de mon cœur. Une véritable explosion. Comme s’il savait déjà la nature de ce qui s’était produit. Quelque chose de terrible que je ne pouvais pas, que je ne voulais pas imaginer.
Et maintenant Élisabeth, dégringolant les marches à mes côtés. Elle, d’habitude si gaie. Tant d’hommes pour une petite maison. Quelqu’un les aurait-il tués ? En bas, le GIGN, gilet pare-balles, visière ouverte, désigne du doigt le salon.
« Allongez-vous sur le tapis. »
Seulement, Élisabeth vient à peine de se réveiller. L’information va trop vite.
« Sur le tapis, mais pourquoi ?
– Ne vous inquiétez pas, madame, c’est par simple mesure de sécurité, au cas où ça chaufferait en face.
– Comment ça, en face ? »
Elle a presque crié. Il lui répond qu’il ne peut pas lui en dire plus. Elle se tourne vers moi.
« C’est chez Guy et Chantal ? »
Je lui fais signe que oui et je vois ses deux pupilles s’agrandir. Le GIGN reçoit un ordre dans son casque.
« Allongez-vous maintenant. »
J’aimerais lui demander si c’est à cause des balles qu’il s’apprête à tirer ou à cause de celles, perdues, susceptibles de venir d’en face, s’il a déjà connu des situations semblables, s’il sait si Guy et Chantal sont encore vivants, si… »

Extrait
« REINE, 20 ANS, DISPARUE IL Y A SEPT ANS.
VIRGINIE, 14 ANS, DISPARUE IL Y A SIX ANS.
ZOÉ, 22 ANS, DISPARUE IL Y A QUATRE ANS.
MARGARITA, 19 ANS, DISPARUE IL Y A TROIS ANS.
SELIMA, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX ANS.
MARIE-ANNE, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DIX-NEUF MOIS.
VIOLINE, 15 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX MOIS.
ANNE-CÉCILE, 14 ANS, DISPARUE DEPUIS QUATRE JOURS, SAUVÉE IN EXTREMIS, AUJOURD’HUI DANS LE COMA.
Dans la maison, pas le moindre objet n’a bougé. La vague a déferlé pourtant. Rasant, laminant tout. Je cherche des yeux Élisabeth, qui fixe le poste, aussi hébétée que moi. À l’écran, ils répètent en boucle le prénom des petites victimes, soulignant, presque avec jubilation «qu’il pourrait y en avoir d’autres, beaucoup d’autre même ». Puis ils en viennent à cette histoire incroyable — un vrai miracle, scandent-ils —, ce couple de randonneurs perdus en pleine forêt qui, totalement par hasard, dans la nuit de vendredi à samedi, sont tombés sur le « monstre » sur le point d’achever la petite Anne-Cécile à coups de couteau. C’est grâce à leur témoignage et aux empreintes laissées par Guy Delric que la police a pu enfin identifier le tueur, l’arrêter aux aurores dès le lendemain, avec sa femme. » p. 52-53

À propos de l’auteur
TAVERNIER_Tiffany_©bulle_batallaTiffany Tavernier © Photo Bulle Batalla

Tiffany Tavernier est romancière et scénariste. Elle a rejoint en 2018 le catalogue de Sabine Wespieser éditeur avec Roissy, portrait d’une «indécelable», une femme sans mémoire réfugiée dans l’aéroport. En 2021, elle publie L’Ami. (Source: Éditions Sabine Wespieser)

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La maison de Bretagne

SIZUN_la_maison_de_bretagne  RL_2021

En deux mots:
Claire part en Bretagne pour finaliser la vente de la maison de famille. En arrivant, une surprise de taille l’attend: un cadavre! Pour les besoins de l’enquête, elle prolonge son séjour et va aller de découverte en découverte. De quoi bouleverser ses plans.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

«C’était juste une triste et belle histoire»

Dans La maison de Bretagne où elle revient, Claire va être confrontée à un mort et à ses souvenirs. Dans son nouveau roman, Marie Sizun découvre une douloureuse histoire familiale.

Il aura suffi d’un coup de fil de l’agence immobilière rappelant qu’il faudrait faire des travaux dans la maison qu’elle loue aux vacanciers pour décider Claire, la narratrice à la mettre en vente. Et la voilà partie en direction de la Bretagne, sur cette route des vacances et des jolis souvenirs. Quand son père était au volant. Ce père artiste-peintre parti en 1980 en Argentine et qui n’en est jamais revenu, mort accidentellement sur une route perdue à quelque 35 ans, six ans après son départ. Ce père qui lui manque tant qu’elle l’imagine quelquefois présent. Comme lorsqu’elle pénètre dans le manoir et qu’elle voit une silhouette sur le lit. Mais le moment de stupéfaction passé, elle doit se rendre à l’évidence. C’est un cadavre qui gît là!
À l’arrivée de la police, elle comprend que son séjour va se prolonger. Pas parce qu’elle doit rester à la disposition des enquêteurs, mais parce que les scellés sur la porte du mort et plus encore, le reportage dans Le Télégramme ne sont pas de nature à favoriser une vente. Et puis, il y a ce choc émotionnel, cet « ébranlement nerveux » qui a ravivé sa mémoire: «Il avait suffi que je revienne dans cette maison, et, surtout, qu’il y ait eu le choc dont parlait le jeune journaliste pour que la machine à souvenirs se remette en marche. Non, je n’avais jamais vraiment oublié. C’était là, en moi, profondément ancré.»
Reviennent alors les images des grands parents qui ont acheté la maison et dont le souvenir reste très vivace, notamment de Berthe qui avait choisi de s’installer là et posé les jalons de la «maison des veuves», comme les habitants de l’île ont appelé la maison. Car Albert et Anne-Marie, les parents, ont certes passé de nombreuses années de vacances ici, mais depuis ce jour d’août où Albert est parti avec prendre le bus puis le train jusqu’à Paris, Anne-Marie s’est retrouvée seule avec ses filles Armelle et Claire, si différentes l’une de l’autre. «Armelle, petite sauvage qui ne ressemblais, sombre de cheveux et de teint et d’âme, ni à ton père, si blond, si léger, ni à ta mère, cette rousse à la peau blanche, au verbe et à l’esprit froids. Armelle dont on pouvait se demander d’où elle venait…» et qui, outre l’indifférence de son père avant son départ deviendra la souffre-douleur de sa sœur. Comment s’étonner alors du délitement progressif de la famille.
Marie Sizun dit avec une écriture simple et limpide les tourments qui hantent Claire, déroule avec les souvenirs de ces étés boulevard de l’Océan les secrets de famille. Et s’interroge durant cette semaine en Bretagne sur la force des sentiments, la permanence des rancœurs, la possible rédemption. C’est le cœur «atténué, adouci, relativisé» qu’elle reprendra la route.
«C’était juste une triste et belle histoire. C’était la nôtre.»

La maison de Bretagne
Marie Sizun
Éditions Arléa
Roman
264 p., 20 €
EAN 9782363082428
Paru le 7/01/2021

Où?
Le roman est situé en France, à Paris mais principalement sur l’île-Tudy, près de Pont-l’Abbé, en face de Loctudy et Bénodet. On y évoque aussi la route vers la Bretagne qui passe par Le Mans, Laval et Quimper.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Décidée à vendre la maison du Finistère, où depuis l’enfance, elle passait ses vacances en famille, parce que restée seule, elle n’en a plus l’usage, et surtout parce que les souvenirs qu’elle garde de ce temps sont loin d’être heureux, Claire prend un congé d’une semaine de son bureau parisien pour régler l’affaire. Elle se rend sur place en voiture un dimanche d’octobre. Arrivée chez elle, une bien mauvaise surprise l’attend. Son projet va en être bouleversé. Cela pourrait être le début d’un roman policier. Il n’en est rien ou presque. L’enquête à laquelle la narratrice se voit soumise n’est que prétexte à une remontée des souvenirs attachés à cette maison autrement dramatique pour elle.
Et si, à près de cinquante ans, elle faisait enfin le point sur elle-même et les siens ?
Dans La Maison de Bretagne, Marie Sizun reprend le fil de sa trajectoire littéraire et retrouve le thème dans lequel elle excelle : les histoires de famille. Il suffit d’une maison, lieu de souvenirs s’il en est, pour que le passé non réglé refasse surface. L’énigme d’une mère, l’absence d’un père, les rapports houleux avec une sœur, voici la manière vivante de ce livre. Mais comme son titre l’indique, c’est aussi une déclaration d’amour à la Bretagne, à ses ciels chahutés et sa lumière grandiose, à l’ambiance hors du temps de ce village du bout des terres, face à l’Océan, où le sentiment de familiarité se mêle à l’étrangeté due à une longue absence.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
Le Télégramme (Jean Bothorel) 
Le Blog de Pierre Ahnne 
Bretagne Actuelle (Pierre Tanguy) 
Fréquence protestante (Points de suspension – Terray-Latour) 

Les premières pages du livre
« Ce qui m’a décidée, finalement, c’est le message de l’agent immobilier qui depuis la mort de maman, il y a six ans, s’occupe pour moi de louer la maison de Bretagne à des vacanciers. Il m’informait que des locataires s’étaient encore plaints de l’inconfort, qu’il y avait des réparations urgentes à faire, sinon des travaux de plus grande envergure, que ça ne pouvait plus attendre, même en baissant le loyer. «Vous comprenez, madame Werner, les gens qui viennent sur l’Île en vacances, vu la nouvelle cote de l’endroit, ils sont plus exigeants!» Je comprenais. Je savais. J’étais bien consciente du problème. Mais tout ça m’ennuie. Il est hors de question pour moi de me mettre à rénover cette maison. Pour toutes les raisons, matérielles, mais aussi affectives. Surtout affectives. Oui, on peut employer ce terme, je crois. Il faut la vendre, cette baraque! Elle en a trop vu. Sans plus attendre. Je l’ai dit à cet homme et lui ai annoncé que j’arrivais. Que je serais là le dimanche 5 octobre. Que je le verrais le 6. Et J’ai pris un rendez-vous chez le notaire pour le 7.
Qu’est-ce qui m’a soudain pris de vouloir en finir avec cette histoire, quelle brusque rage? La colère plus que la tristesse accumulée depuis des années. Avec la tristesse, on sursoit ; avec la colère non. Moi qui avais si longtemps attendu, par négligence, par lâcheté, cette fois, tout à coup, il fallait que ce soit fait.
J’ai pris huit jours au bureau. Dans un premier temps ça suffirait. Je partirais dimanche. Et je serais de retour le dimanche suivant. «Tu n’auras pas beau temps, m’ont dit, le sourire en coin, mes collègues d’AXA assurances, la météo annonce qu’il pleut en Bretagne!» Comme si j’allais faire du tourisme!
Tout de même, ça m’a fait drôle, ce dimanche après-midi, de reprendre l’autoroute à la porte d’Italie. Comme avant. À chaque début des vacances d’autrefois. De retrouver ce paysage de banlieue, les panneaux indicateurs, le moment où il ne faut pas se tromper de voie, la droite pour Chartres, la gauche pour le Mans. J’ai souri au rappel de mes errances coutumières. Ma maudite étourderie, Acte manqué, sans doute. Mais aujourd’hui j’étais de bonne humeur en mettant dans le coffre ma petite valise. Après tout je me souviens de certains départs presque heureux.
Il y avait longtemps que je n’avais pas pris la route. Quand il me faut aller loin, je préfère le train. La voiture, c’est pour Paris, en certaines circonstances — rares, je sors si peu! —, et pour la banlieue quand le bureau m’y envoie. Mais, cette fois, avec tous les petits trajets à prévoir entre l’Île, Quimper et Pont-L’Abbé, pour rencontrer notaires et agents immobiliers, il me fallait ma voiture. Avec elle je me sentirais moins seule, moins nue. Pourtant, retourner là-bas, quelle perspective!
De toute façon, me disais-je, tout en conduisant à ma manière précautionneuse — ma mère se moquait assez de ma lenteur au volant —, je ne verrai personne. Et personne ne me verra : quel inconnu s’intéresserait à cette blonde fanée, d’un âge incertain? Quarante ans? Quarante-cinq? Cinquante? Célibataire endurcie? Vieille fille? Et qui, parmi les familiers, me reconnaitrait, se rappellerait la jeune femme effacée qui venait pourtant sur l’Île été après été depuis si longtemps et qu’on avait connue enfant? « Mais si, la fille de la maison des veuves! Les veuves ?
Tu sais bien, les femmes de la petite maison du boulevard de l’Océan! Cette drôle de maison avant d’arriver à la Pointe?» Oui, c’est peut-être cela qu’ils diraient, ceux de l’Île. Cette maison bizarre, pas comme les autres. Pas soignée, Pas belle. Différente des villas voisines. S’ils l’appelaient la maison des veuves, c’était sans méchanceté. Ça voulait seulement dire que, dans cette maison-là, il n’y avait pas d’homme. Ou plutôt qu’il n’y en avait plus. La seule veuve véritable, en fait, c’était ma grand-mère.
Boulevard de l’Océan! Curieuse, cette dénomination de boulevard sur une si petite île, fût-ce une presqu’île! La municipalité en est tellement fière, de cette belle rue qui longe la mer, dominant la plage dont elle est séparée par un muret, coupé de quatre petits escaliers pour descendre sur le sable. C’est la promenade locale : le dimanche, les habitants y déambulent, et, tout l’été, les touristes. Courte – à peine deux cents mètres -, mais assez large pour que les voitures s’y garent en épi, côté océan. De l’autre se dressent, serrées les unes contre les autres, les habitations : des villas pour la plupart, des maisons bourgeoises, et tout au bout, avant la Pointe, de plus modestes demeures, placées un peu en retrait, comme des dents irrégulières. La nôtre en fait partie.
Sur la route, ce dimanche d’octobre, il n’y avait personne. J’arriverais en fin d’après-midi. J’avais bien fait de partir tôt.
Il s’est mis à pleuvoir et je ne pouvais m’empêcher d’évoquer des voyages plus gais, sous le soleil de juillet, avec maman et ma sœur. On était toujours heureuses de partir, même si arrivées là-bas, à la maison, au bout d’un jour ou deux, l’euphorie décroissait, les rancœurs renaissaient. La mélancolie, la tristesse reprenaient leurs droits.
Oui, je me souvenais de ces départs en vacances d’autrefois, avec ma mère et Armelle; et bien plus lointainement, quand mon père était encore là, de voyages à quatre, lui, ma mère, les deux filles. J’étais alors une enfant. Mais comme je me les rappelle, ces voyages-là. Ce bonheur-là. Celui d’être la préférée. La reine en somme. Avec moi, mon père se montrait toujours très gai, alors qu’il ignorait sa femme, qui, le visage tourné vers la vitre, semblait ne pas s’en apercevoir. J’étais assise derrière, juste dans le dos de mon père, souvent un bras passé autour de son cou. J’aimais lui parler à l’oreille, jouer avec ses courts cheveux blonds toujours en désordre.
Nous rions ensemble, lui et moi, sans nous soucier des autres. J’étais trop jeune pour sentir l’étrangeté de la situation. Quand il est parti, j’avais dix ans. Ma petite sœur, elle, n’en avait que cinq. Un bébé, en somme; pour lui une quantité négligeable. Il avait, je crois, quand elle est née, à peine remarqué son existence.
Ce qu’il était drôle, mon père! Sur la route des vacances, mais aussi à la maison, rue Lecourbe quand il venait faire un saut à l’appartement depuis l’atelier de la rue de Vaugirard. On ne savait jamais à quelle heure il serait là, interrompant la toile en cours pour venir attraper un déjeuner ou un dîner avec ou sans nous. J’espérais toujours le trouver en rentrant de l’école. Quand ça arrivait — mais c’était rare —, quel bonheur! Je repérais tout de suite son sac dans l’entrée: «Ah Papa! Où tu es?, je criais à l’aveugle avant même de l’avoir vu, tu restes, au moins?» Cette angoisse, toujours, qu’il s’en aille. Il accourait, me prenait dans ses bras, parlant de tout, de rien, de gens qu’il avait rencontrés, d’artistes dont l’atelier était voisin du sien, et il les imitait, mimant leur attitude, reproduisant leur langage. Je riais. Et comme il riait avec moi! Mais, de son travail, il ne disait rien. Avec les petits enfants, on ne parle pas de ces choses. Je savais juste qu’il était peintre. Que c’était un artiste. Le soir il rentrait tard ; quelquefois pas du tout. Pourtant, quand il était là, il n’oubliait jamais de venir m’embrasser, même si je dormais. Je pouvais avoir sept ans la première fois qu’il m’a emmené à son atelier. Il m’a montré ses tableaux, J’ai trouvé ça tellement beau que, dans l’enthousiasme, je lui ai déclaré que, moi aussi, plus tard, je ferais de la peinture! « Vraiment ?», a-t-il fait en riant, Mais pour mol c’était sérieux, Moment de rêve. Inoubliable.
Trois ans plus tard, il partait. Une exposition à Buenos Aires, une proposition inespérée, disait-il. Il devait rester là-bas une année. On ne l’a jamais revu. Jamais eu de nouvelles. Si, une fois, au début : il a envoyé de l’argent. Sans un mot pour accompagner le mandat. Puis rien pendant presque six ans, jusqu’à l’annonce officielle de sa mort accidentelle, sur une route perdue, là-bas, en Argentine. Il n’avait pas trente-cinq ans.
L’atelier de la rue de Vaugirard a été liquidé. À la maison, dès le départ de son mari, maman avait fait disparaître tout ce qu’il pouvait rester du souvenir de l’homme et du peintre. Mais, moi, je ne l’oubliais pas. Impossible de l’oublier. Bien plus tard, quand il s’est agi pour moi de faire des études, j’ai parlé de peinture. Ma mère, éludant, m’a conseillé le droit. « Pour que tu saches te défendre, disait-elle. Et puis ça te donnera un métier. Un vrai.» Tout maman, ces mots-là. »

Extraits
« Pourquoi est-ce que je me suis mise à évoquer ces moments-là, si douloureux? Comme si l’ébranlement nerveux de la veille avait mis en marche une mémoire que le temps avait essayé d’endormir. Il avait suffi que je revienne dans cette maison, et, surtout, qu’il y ait eu le choc dont parlait le jeune journaliste pour que la machine à souvenirs se remette en marche. Non, je n’avais jamais vraiment oublié. C’était là, en moi, profondément ancré. » p. 72

« Armelle, ma sœur, mon enfant terrible, ma victime, mon bourreau! I fallait donc venir ici pour remuer le vieux chagrin! Et que ce soit par l’entremise de cet homme si étranger à ce que nous sommes, à ce que nous avons vécu!
Armelle, petite sœur si étrangère à la famille où tu étais arrivée de si surprenante façon! Armelle si différente de moi, de nous; Armelle, petite sauvage qui ne ressemblais, sombre de cheveux et de teint et d’âme, ni à ton père, si blond, si léger, ni à ta mère, cette rousse à la peau blanche, au verbe et à l’esprit froids. Armelle dont on pouvait se demander d’où elle venait…
Armelle, détruite, perdue, et maintenant si curieusement réapparue! » p. 114

À propos de l’auteur
SIZUN_Marie_©DRMarie Sizun © Photo DR

Marie Sizun est née en 1940. Elle a été professeur de lettres en France puis en Allemagne et en Belgique. Elle vit à Paris depuis 2001 mais revient régulièrement en Bretagne où elle aime écrire. En 2008 elle a reçu le grand Prix littéraire des Lectrices de ELLE, et celui du Télégramme, pour La Femme de l’Allemand ; en 2013 le Prix des Bibliothèques pour Tous ainsi que le Prix Exbrayat, pour Un léger déplacement ; en 2017 le Prix Bretagne pour La Gouvernante suédoise. Après Vous n’avez pas vu Violette? elle publie La Maison de Bretagne (2021). (Source: Éditions Arléa)

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Aveu de faiblesses

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En deux mots
Un petit garçon est assassiné dans une petite ville du nord de la France. Yvan, 16 ans est soupçonné du meurtre puis pris dans une spirale infernale que le contraint à avouer ce crime. Un roman dont l’épilogue ne vous laissera pas indemne !

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Aveu de faiblesses
Frédéric Viguier
Éditions Albin Michel
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782226328793
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans le Nord de la France, principalement dans la ville imaginaire de Montespieux-sur-la-Dourde et à Lille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle. »
Ressources inhumaines, critique implacable de notre société, a imposé le ton froid et cruel de Frédéric Viguier dont le premier roman se faisait l’écho d’une « humanité déshumanisée ». On retrouve son univers glaçant et sombre, qui emprunte tout à la fois au cinéma radical de Bruno Dumont et au roman social. Mais au drame d’un bourg désindustrialisé du nord de la France, Frédéric Viguier ajoute le suspense d’un roman noir. Dès lors, l’histoire d’Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, accusé du meurtre de son petit voisin, prend une tournure inattendue.

Ce que j’en pense
Outre l’épilogue de ce roman dont je vous promets qu’il vous est aussi terrifiant que surprenant, le nouveau roman de Frédéric Viguier poursuit dans la veine implacable de son premier opus, Ressources inhumaines.
Nous partageons cette fois le quotidien des Gourlet, une famille française ordinaire. Le père est ouvrier dans l’une des trois dernières usines à pouvoir offrir encore du travail à la population locale, la mère est fonctionnaire à la caisse-maladie, leur aîné, Ludovic, a quitté le domicile familial pour un studio à Lille où le chômage semble devoir l’attendre. Reste Yvan, le plus jeune des enfants, né en juin 1984, qui est élève dans un lycée professionnel et envisage de devenir menuisier. C’est lui qui prend la parole pour nous offrir une tranche de cette réalité sociale qu’il est difficile d’affronter aujourd’hui, tant elle fait peur. À Montespieux-sur-la-Dourde, cette nouvelle lutte des classes prend la forme d’un lotissement récemment construit où vivent «ceux qui ont réussi» et s’isolent du reste de la population par un grillage et une société de surveillance.
Face au désœuvrement, chacun essaie de trouver la parade. Pour le père, c’est le bistrot, pour la mère c’est une collection de boîtes de fromage et de la sculpture sur beurre (qui la pousse également à offrir des menus riche en graisse à la famille) et pour Yvan, ce sont des escapades du côté de l’usine. Dans cette zone polluée, il peut notamment trouver dans les poubelles de quoi compléter la collection de sa mère. Car le jeune homme n’est guère aimé, se trouve moche et s’isole de ses collègues de classe.
De retour de l’une de ses expéditions, il voit débarquer des policiers, chargés d’une enquête de voisinage après la découverte du corps sans vie du petit Romain Barral. Sa mère ne voulant avouer qu’il fouillait les poubelles pour y dénicher des boîtes de fromage indique aux enquêteurs qu’il était allé acheter une boîte de camembert au supermarché. Un mensonge qui va pousser les enquêteurs à s’intéresser davantage à lui jusqu’à en faire un suspect. « On est partis tous les trois dans une vraie voiture de police bleue avec marqué « Police » sur les portières et le capot. (…) J’ai pensé à ma mère qui allait s’inquiéter. J’ai eu envie de pleurer en pensant à la tristesse qu’elle allait éprouver pour son fils. »
De fil en aiguille, l’implacable machine policière puis judiciaire va réussir à broyer Yvan, à l’entraîner dans une spirale infernale dont il ne pourra s’extraire. Sous la pression de l’inspecteur Grochard, Yvan fera même des aveux.
Tout l’art de Frédéric Viguier réside dans la manière très subtile qu’il a de nous livrer alors les différentes versions, de suivre la psychologie des parents, celle des différentes parties au procès et, bien entendu, l’état d’esprit du narrateur. « Un jour, j’ai pris conscience que les années avaient passé, sans que l’on me prévienne, et que le souvenir de mes espoirs de rédemption s’était estompé, au même rythme que la transformation de mon visage. »
Une construction aussi étincelante que diabolique dont j’ai déjà dit qu’elle conduira à une fin époustouflante. C’est Machiavel chez les ploucs, c’est Simenon adapté par Ken Loach, c’est à cocher dans la liste de vos prochaines lectures !

Autres critiques
Babelio 
Culturebox (Laurence Houot)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
L’Opinion (Bernard Quiriny)
La Provence (Jean-Rémi Barland)
RFI (Jean-François Cadet)
Blog Les petits livres by smallthings
Blog Encore du noir 
Le Blog de Gilles Pudlowski 
Blog Booquin 


Présentation du livre par l’auteur – Production Lecthot

Les premières pages du livre 

Extrait
« J’ai dit aux deux policiers de me suivre sans penser que c’était pour moi qu’ils venaient. J’aurais peut-être dû m’enfuir, mais est-ce que cela les aurait empêchés de me suivre ? Je me pose rarement cette question, aujourd’hui, puisque je me connais mieux, et que je sais que jamais je n’aurais eu ce courage. Même si on m’avait donné le choix, si on m’avait dit : « Voilà, ces deux policiers ne viennent pas t’interroger personnellement, mais à cause de ce que tu es, à cause de ta personnalité, ils vont s’intéresser à toi et tu ne le supporteras pas. Alors on te donne le choix, tu peux rester là ou bien t’enfuir… », je ne serais jamais parti. D’abord parce que voler des boîtes de camembert ne constituait pas un délit, puisque ma mère ne m’aurait jamais laissé faire quelque chose qui aurait eu des chances de m’envoyer en prison, et qu’ensuite je n’aurais pas eu ce genre de courage, celui de m’enfuir pour protéger ma tranquillité. »

A propos de l’auteur
Frédéric Viguier est né en 1968 à Nîmes. Il a débuté sa vie active dans une grande surface puis comme cadre dans des magasins de sports. Il monte à 35 ans sa première société, puis Univers Caves. Désormais il se consacre entièrement à l’écriture. Il est l’auteur de Ressources inhumaines qui a été sélectionné pour le prix Jean-Carrière, le prix du roman Version Femina et le Prix des lycéens.
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Ressentiments distingués

CARLIER_Ressentiments_distingues

En deux mots
Un corbeau jette son dévolu sur les habitants d’une petite île. Une lettre anonyme après l’autre sème l’émoi dans la population et entraîne une enquête mêlée de suspicion généralisée et de révélations gênantes. Fini la quiétude, bonjour l’angoisse!

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ressentiments distingués
Christophe Carlier
Éditions Phébus
Roman
176 p., 16 €
EAN : 9782752910837
Paru en janvier 2017
Sélectionné pour le Prix Charles Exbrayat 2017 et pour le Prix Orange du livre 2017

Où?
Le roman se déroule sur une île qui n’est pas précisément située.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur l’île, le facteur ne distribue plus de lettres d’amour. Mais des missives anonymes et malveillantes qui salissent les boîtes aux lettres.
Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? Irène, la solitaire ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Émilie, Marie-Lucie ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Et l’inquiétude s’accroît. Jusqu’où ira cet oiseau maléfique ?
Avec L’assassin à la pomme verte, Christophe Carlier avait séduit les amateurs de polars sophistiqués. Il nous offre ici une réjouissante histoire de rancœurs, pleine de sel et vent.

Ce que j’en pense
Après L’assassin à la pomme verte, revoici Christophe Carlier dans lancé dans une nouvelle intrigue qui met cette fois aux prises les habitants d’une petite île et un corbeau qui a décidé de troubler leur quotidien à coup de lettres anonymes. Si la première missive choque, elle est pourtant prise pour une mauvaise plaisanterie.
Mais au fil des jours et avec l’arrivée d’autres courriers énigmatiques, c’est tout le microcosme qui s’excite. Au bar de La Marine, on laisse tomber les avis de tempête et les niveaux de marée pour cette affaire autrement plus sérieuse : « L’existence d’un corbeau était un fruit autrement plus savoureux. On mordit dedans avec appétit. »
Gabriel, Valérie, René et les autres vont très vite devenir des obsédés du scénario noir, des hypothèses de plus en plus tordues, de conjectures dans lesquelles ils vont se perdre. Car si sur le continent, à force d’avancer, on aboutit parfois, sur une île on ne peut guère que tourner en rond : « On s’envoie des cartes par désœuvrement, par lassitude, pour débusquer l’inavouable. Chacun songe aux secrets de familles, aux liaisons douces et maudites, aux penchants inavoués, que le temps finit parfois par mettre au jour. »
L’auteur sait, chapitre après chapitre, comment faire monter la tension, emmener le lecteur sur des chemins de traverse et distiller de petits indices. Il a aussi l’art d’accommoder son scénario de quelques trouvailles assez savoureuses, à l’image de cette initiative d’Émilie qui choisit la technique du contre-feu. Face au vilain corbeau, elle décide «de devenir la bonne corneille. Vous verrez que dans quelques temps, on parlera beaucoup plus de moi que de lui.» Ou encore cette lettre de vœux somme toute banale, mais qui sème toutefois la peur, car elle est signée: «Il s’agissait de Carole, une jeune femme qui était née sur l’île, qui y avait grandi et qui s’était noyée deux ans plus tôt. »
Le ton devient du coup plus dramatique. Un enquêteur est dépêché sur place pour faire la lumière sur cette sombre histoire. À La Marine, les visages s’allongent, les mines se crispent. « Depuis que la première carte a été envoyée, l’île a changé. Les falaises se sont acérées, les flots sont plus violents, le vent se plaint, la nuit, avec des sanglots humains. »
Jusqu’au dénouement, on suivra cette métamorphose avec attention. Si les amateurs d’enquête policière et d’énigmes savamment construites resteront sur leur faim, il en ira bien différemment de ceux qui aiment sonder la psychologie des personnages. La semeuse de scrupules, la tourmenteuse de consciences, la moraliste perverse enveloppe toute l’île… « Son manteau s’étend d’une falaise à l’autre, fluide, cape d’encre aux noirs replis. »
Une belle réussite !

Autres critiques
Babelio 
Traversées (Nadine Doyen)
Page des libraires (Charlyne Drouhard)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire 
Blog Encres Vagabondes (Brigitte Aubonnet)
Blog Lire au lit
Blog Bob Polar express 
Blog Booquin 


Présentation du livre par l’auteur – Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre

Extrait
« La première enveloppe arriva le 13 octobre, qui ne tombait pas un vendredi. Elle ne constitua un événement que pour Théodore, qui vivait seul et ne recevait jamais de courrier. Imaginant qu’elle contenait une bonne nouvelle, il l’ouvrit avec curiosité et en tira une carte postale au dos de laquelle figuraient deux phrases.
Les ayant parcourues, il déchira ce courrier malencontreux, de sorte qu’aucun de ses proches n’en soupçonna l’existence. On ne parle pas de ce genre d’envoi. Interrogé, Théodore aurait nié l’avoir reçu, mais il passa des heures à se demander qui en était l’auteur. »

A propos de l’auteur
Christophe Carlier a reçu, entre autres, pour L’Assassin à la pomme verte le prix du premier roman 2012. Il a publié en 2013 un livre sur les dessins de Sempé, en forme d’hommage (Happé par Sempé, Serge Safran éditeur). Son second roman, L’Euphorie des places de marché (Serge Safran éditeur), est paru en 2014. Après avoir travaillé dix ans à l’Académie française, il a consacré un livre aux lettres que les candidats ont adressées à l’institution pendant plus de quatre siècles (Lettres à l’Académie française, Les Arènes, 2010). (Source : Éditions Phébus)

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Sous le compost

MALESKI_Sous_le_compost

En deux mots
Une lettre anonyme prévient Franck que sa femme le trompe. Avec flegme, il va choisir de ne rien dire et de la tromper à son tour et plutôt deux fois qu’une. Mais ce petit jeu, dans une petite ville de montagne, n’est pas sans risques…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Sous le compost
Nicolas Maleski
Fleuve éditions
Roman
288 p., 18,90 €
EAN : 9782265116573
Paru en janvier 2017
Finaliste du Grand Prix RTL-Lire 2017.

Où?
Le roman se déroule en France, dans une région de montagne qui n’est pas précisée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Si ma femme n’avait pas commencé à me tromper, je n’aurais probablement jamais versé dans l’extra-conjugalité. »
Gisèle est vétérinaire de campagne, Franck s’est voulu écrivain. Il est désormais père au foyer. Pas de méprise, ce statut est une source intarissable de joie. Car en plus de lui assurer un temps précieux auprès de ses filles, il le dispense de côtoyer ses semblables.
Hormis la fréquentation de quelques soiffards, cyclistes tout-terrain ou misanthropes à mi-temps comme lui, Franck Van Penitas peut se targuer de mener une existence conforme à son tempérament : ritualisée et quasi solitaire. Son potager en est la preuve, où aucun nuisible susceptible d’entraver ce rêve d’autarcie ne survit bien longtemps. Franck traque la météo et transperce à coups de bêche les bestioles aventureuses.
Jusqu’à ce jour où une lettre anonyme lui parvient, révélant l’infidélité de sa femme.
Face à un événement aussi cataclysmique que banal, n’est pas Van Penitas qui veut. Accablement ? Coup de sang ? Répartition des blâmes ? Très peu pour lui. Franck a beau être un garçon régulier, il n’en est pas moins tout à fait surprenant et modifier son bel équilibre n’entre guère dans ses vues. Son immersion en territoire adultérin, le temps d’un été, prendra l’allure d’un étrange et drolatique roman noir conjugal.

Ce que j’en pense
Je ne sais pas s’il faut d’abord féliciter l’auteur pour le côté écolo-responsable de son narrateur, pour l’étude de mœurs joliment cynique ou pour le polar rural qu’il concocte pour le feu d’artifice final. À vrai dire, j’imagine que la sauce prend en raison de tous ces ingrédients savamment préparés. Mais reprenons depuis le début.
Nous sommes dans une petite ville de France dans une région de montagne. Franck Van Penitas y a suivi sa femme Gisèle qui y exerce le noble et éreintant métier de vétérinaire. Tandis que son épouse parcourt la campagne, Franck s’occupe du foyer et de leurs trois filles Valouise, Julie et Andrea. Comme le conseille Voltaire, il n’oublie pas de cultiver son jardin. Ce qu’il appelle «une micro-agriculture-vivrière-intensive» est l’objet de toute son attention. Non sans fierté, il peut expliquer à leurs amis Carlos et Valérie que son potager lui offre un bon rendement : « ce n’était pas bien sorcier, il fallait respecter quelques règles élémentaires et pour le reste il y avait une bonne dose de savoir empirique. »
Cette vie paisible et bien réglée va brusquement être remise en question. Une lettre anonyme laisse entendre que Gisèle a une liaison avec Carlos. Passé le choc de cette révélation, Franck va choisir de gérer la situation avec flegme: « Je ne lui avais rien dit de la lettre. J’avais peur qu’elle mente. Ou bien j’avais peur de la vérité. Je ne voulais pas non plus qu’elle sache que j’avais douté d’elle. Il fallait d’abord que j’aie une explication avec l’auteur anonyme. »
Avec les piliers de bar et copains cyclistes Bruno et Denis, il va tenter de trouver l’auteur de la lettre assassine, mais sans grand succès. En revanche, l’idée de se venger va bien vite prendre corps. Si Carlos couche avec son épouse, pourquoi ne coucherait-il pas avec l’épouse de son ami ? La belle et oisive Valérie Ricard-Schmitt va finir par accepter ce marché.
« – C’est la première fois que je couche avec un autre homme. Il n’y avait que Carlos pour moi. Je n’en reviens pas de l’avoir fait…
– Je n’avais jamais trompé Gisèle non plus. Et tu vois, je n’en ressens aucun remords.»
Mieux même, Franck et surtout Valérie vont prendre goût à la chose, se laisser aller «à un peu de naturalisme grossier» du genre cru et poétique: « À un moment, j’ai cru que ta petite nectarine était une fleur carnivore, avec des muscles violents et des mâchoires tapissées de ventouses gluantes. » Est-ce un effet non prévu de ces parties de jambes-en-l’air à répétition ou un sentiment de culpabilité ? Toujours est-il que Gisèle rallume la flamme qui semblait éteinte : « J’en concluais que rien n’était vraiment prévisible ni irrémédiable, le vent tournait, il n’y avait décidément pas de motif solide pour désespérer. »
Avec un brin de cynisme et une touche d’humour Franck se sent comme un coq en pâte. « Je poursuivais une liaison clandestine sur un mode dégradé, dont je sentais la rupture approcher tel un grondement pas si lointain. Et comme si ce n’était pas suffisant, j’avais une femme de plus dans mon viseur, stimulé par la promesse d’une aventure oxygénante et l’excitation d’un nouveau projet. »
Il jette son dévolu sur sa dentiste, la peu farouche Nadjesda.
«Je mentais comme on met un pied devant l’autre ; comme un chien aboie, sans que ça soit toujours nécessaire et avec autant de naturel.»
En redoutant que ces instants de félicité ne prennent fin soit par une bévue si vite arrivée dans un petit village, soit par l’appétit trop vorace de Valérie, il ne progresse guère dans son enquête pour découvrir le corbeau. Il va même jusqu’à établir une stratégie de défense basée sur le fameux «ce n’est pas moi qui a commencé» lorsque qu’un ami d’enfance devenu écrivain et son amie s’invitent au sein de la famille Van Penitas. Marc Barony est un écrivain reconnu et aimerait bien profiter du talent d’écriture qu’il a décelé chez Franck en lui confiant un travail. Mais cette activité ne passe pas vraiment dans l’emploi du temps de notre Don Juan.
C’est à ce moment que Nicolas Maleski décide de basculer dans le polar. L’amie de Marc disparaît, faisant ressurgir un fait divers plus ancien, la disparition d’une autre jeune fille attaquée, violée, étranglée et retrouvée… sous le compost.
Il serait cruel de dévoiler ici l’épilogue de ce roman où le démon de midi s’invite dans la petite maison de la prairie et où le lecteur découvre qu’au jeu de la vérité, on ne gagne pas à tous les coups !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Lou-Eve Popper)
L’Indépendant (Michel Litout)
Page des libraires (Béatrice Putégnat)
Sens critique (Cédric Moreau)
Le blog de Guy 
Blog Culturelux.lu 

Les vingt premières pages 

Extrait
« J’étais soucieux, il y avait un malaise, je ne pouvais pas me le cacher. Au-delà de la lettre anonyme, il y avait des signes pas très encourageants ; notre couple ne présentait pas toutes les garanties de la félicité ; quelque chose semblait avoir changé, avoir dévié imperceptiblement. Entre nous ce n’était plus la même complicité naturelle, je n’avais pas besoin d’un courrier pour m’en rendre compte. J’étais pourtant resté quelqu’un d’assez marrant, pas toujours très causant, mais marrant quand même ; et d’humeur égale, plutôt ombrageuse d’accord, mais égale. »

A propos de l’auteur
Sous le compost est le premier roman de Nicolas Maleski, né en 1978. (Source : Fleuve éditions)

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