Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla

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En deux mots:
Lors d’un voyage en ex-URSS Edgar rencontre Ludmilla. C’est le coup de foudre qui va l’entraîner à un mariage blanc pour sortir la belle du pays. Arrivés en France, il rend sa liberté à son épouse et lui offre un vrai mariage d’opérette. Divorces et mariage vont alors se suivre, nous offrant une splendide traversée du siècle.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le mariage est une vie dans la vie*

En imaginant le couple formé par Edgar et Ludmilla, Jean-Christophe Rufin nous offre d’une traversée des années soixante à nos jours, doublée d’une réflexion sur la vie de couple. Une joyeuse épopée, un opéra tragi-comique, un vrai régal!

Voilà sans doute l’un des meilleurs romans de l’année! S’agissant de l’œuvre du président du jury du Prix Orange du Livre 2019 – dont j’ai la chance de faire partie pour cette édition – je vois déjà les sourires de connivence et les soupçons de favoritisme au coin des lèvres des «incorruptibles». Du coup, je me dois de mettre les choses au point d’emblée. Je n’ai fait la connaissance de Jean-Christophe Rufin que lors de notre rencontre – éphémère – en mars dernier et c’est par curiosité que j’ai lu ce roman, sans pression d’aucune sorte. J’avoue toutefois que j’aurais été peiné qu’il ne me plaise pas, tant l’homme m’a paru sympathique et bien loin des préciosités auxquelles on entend quelquefois résumer les académiciens.
Sympathique, à l’image d’Edgar, sorte de prolongement romanesque de l’auteur qui s’est essayé lui aussi aux remariages avec la même femme. Une expérience qu’il a pu mettre à profit en imaginant cette extravagante traversée du siècle et en y joignant une bonne dose de romanesque.
Je me prends même à l’imaginer suivant les préceptes oulipiens en s’imposant la contrainte des sept mariages, histoire de pimenter une histoire qui ne manque pas de sel. Le défi – parfaitement relevé – consistant alors à trouver une logique à cette succession d’épousailles et de divorces.
Comme le tout s’accompagne d’une bonne dose de dérision, voire d’autodérision, on se régale, et ce dès cet avertissement introductif: «Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l’évocation d’une gloire et d’un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d’abord beaucoup amusés. Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d’abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu’on peut l’être quand on est convaincu que la vie est une tragédie. Et qu’il faut la jouer en riant.»
Après un débat sans fin, l’idée est émise d’aller voir en URSS comment on vit de l’autre côté du rideau de fer. Paul et Nicole, Edgar et Soizic prennent un matin le volant de leur superbe Marly pour une expédition qui leur réservera bien des surprises, à commencer par cette femme nue réfugiée dans un arbre dans un village d’Ukraine et dont Edgar va tomber éperdument amoureux. Le mariage étant la seule solution pour qu’elle puisse l’accompagner en France, une première union est scellée. Mais Edgar se rend vite compte qu’en vendant des livres en porte à porte, il ne peut offrir à son épouse la belle vie dont il rêve et préfère lui rendre sa liberté. Un divorce par amour en quelque sorte.
Et une preuve supplémentaire que les crises peuvent être salutaires parce qu’elles contraignent à agir pour s’en sortir. Edgar se lance dans la vente de livres anciens et s’enrichit en suivant les vente aux enchères pour le compte de bibliophiles, Ludmilla suit des cours de chant.
Il suit sa voie, elle suit sa voix. Ils finissent par se retrouver, par se remarier. Pour de bon, du moins le croient-ils. Mais alors que Ludmilla commence une carrière qui en fera une cantatrice renommée, les ennuis s’accumulent pour Edgar, accusé de malversations et qui ne veut pas entraîner Ludmilla dans sa chute. Un second divorce devrait la préserver…
Rassurez-vous, je m’arrête là pour vous laisser le plaisir de découvrir les épisodes suivants qui vont faire d’Edgar une sorte de Bernard Tapie, qui après avoir monté une chaîne d’hôtels aux activités très rentables s’est lancé dans le BTP, a monté une équipe cycliste avant de se lancer sur le terrain du luxe et des médias et de Ludmilla une diva, notamment après avoir été consacrée à Hollywood. Dans ce tourbillon, ils vont se retrouver comme des aimants, tantôt attirés et tantôt repoussés.
Dans la position du témoin, de l’enquêteur qui entend en savoir davantage sur les raisons qui ont motivé mariages et divorces, le narrateur s’amuse et nous fait partager cette extraordinaire traversée du siècle. Jean-Christophe Rufin est indéniablement au meilleur de sa forme!

*Honoré de Balzac, Physiologie du mariage (1829).

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla
Jean-Christophe Rufin
Éditions Gallimard
Roman
384 p., 22 €
EAN 9782072743139
Paru le 28/03/2019

Où?
Le roman se déroule principalement en France, mais nous emmène tout autour de la planète, d’Ukraine aux États-Unis et d’Italie en Afrique du Sud.

Quand?
L’action se situe de 1958 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d’oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l’éloignement, la séparation, le divorce…
Edgar et Ludmilla… Le mariage sans fin d’un aventurier charmeur, un brin escroc, et d’une exilée un peu « perchée », devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d’opéra du monde. Pour eux, c’était en somme : « ni avec toi, ni sans toi ». À cause de cette impossibilité, ils ont inventé une autre manière de s’aimer.
Pour tenter de percer leur mystère, je les ai suivis partout, de Russie jusqu’en Amérique, du Maroc à l’Afrique du Sud. J’ai consulté les archives et reconstitué les étapes de leur vie pendant un demi-siècle palpitant, de l’après-guerre jusqu’aux années 2000. Surtout, je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux.
Parfois, je me demande même s’ils existeraient sans moi.» Jean-Christophe Rufin.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
La Croix (Stéphanie Janicot)
Libération (Frédérique Roussel)
Var-Matin (Laurence Lucchesi – entretien avec l’auteur)
Le blog de Squirelito 
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Chez Laurette 
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe 
Jean-Christophe Rufin parles des Nouvelles lois de l’amour dans l’émission «Livres & vous» d’Adèle Van Reeth © Production France Culture


Jean-Christophe Rufin présente « Les Sept Mariages d’Edgar et Ludmilla » à La Grande Librairie de François Busnel © Production France Télévisions


Jean-Christophe Rufin invité de l’émission de Stéphane Bern À la bonne heure! sur RTL

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« PROLOGUE
Ludmilla et Edgar.
Edgar et Ludmilla.
Il m’est impossible d’imaginer ce qu’aurait été leur destin l’un sans l’autre.
J’ai eu le privilège de les connaître tous les deux, ensemble et séparés.
Ce qui a été écrit sur eux, leurs succès, les scandales auxquels ils ont été mêlés, leur réussite éclatante et leurs périodes de crise, voire de déchéance, rien ne peut être compris sans entrer dans le détail du couple qu’ils ont formé.
Cependant, de cela bien peu ont parlé et pour cause. L’essentiel de cette question est resté caché. Ils se sont livrés avec complaisance à la mise en scène de plusieurs de leurs mariages et de quelques-unes de leurs séparations, mais ils n’ont fait connaître au monde – et avec quel éclat – que ce qu’ils voulaient bien montrer. Ces représentations correspondaient à ce que le public attendait d’eux et non aux sentiments, aux émotions, aux joies et aux déchirements qu’ils ressentaient vraiment.
Voilà ce qui, plutôt, m’intéresse et que je compte vous livrer. Je suis un des seuls à les avoir longuement interrogés sur ces questions, à partir du début des années 2000 et jusqu’à leur mort. J’ai ajouté à ces souvenirs une enquête minutieuse qui m’a mené de Russie en Amérique, du Maroc à l’Afrique du Sud. Tous ces lieux ont servi de décor à ces deux personnages, et même à trois, si l’on veut bien considérer que leur vie commune était un être particulier, fait de leurs deux personnalités en fusion.
Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l’évocation d’une gloire et d’un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d’abord beaucoup amusés.
Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d’abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu’on peut l’être quand on est convaincu que la vie est une tragédie.
Et qu’il faut la jouer en riant.

Chapitre I
Ils étaient quatre, deux filles et deux garçons, à rouler dans une Marly couleur crème et rouge pour relier Paris à Moscou. Cette voiture était en 1958 l’image même de la modernité. Elle rompait avec le vieux modèle de la « Traction » Citroën et entendait rivaliser avec les américaines. Simca, le constructeur, l’avait offerte pour cette expédition, séduit par l’idée de faire admirer sa production dernier cri aux foules soviétiques.
Je ne sais pas si vous avez déjà vu une Marly? Pour les besoins de ce récit, je suis allé admirer le modèle de la collection Schlumpf, à Mulhouse. C’est une espèce de grosse baignoire de tôle, au ras du bitume, tout en longueur et en chromes, pas le véhicule idéal pour affronter de mauvaises routes. Or, en cette fin du mois d’avril, dans une Europe de l’Est à peine remise de la guerre et occupée par les Russes, les ornières creusées par les camions et les chars étaient profondes. Le gel formait de véritables rails dans la boue et la Marly avait souvent bien du mal à s’en extraire.
Qui parmi les quatre voyageurs avait pris l’initiative de cette expédition ? Paul, vingt-trois ans, le plus âgé du groupe, revendiquait volontiers la paternité du voyage. Mais il y mettait plus ou moins de force en fonction des circonstances. Lorsque tout allait mal, qu’ils étaient obligés de pousser la voiture, de marcher des heures pour trouver le carburant qui les dépannerait ou lorsque les averses détrempaient leur campement et les faisaient patauger dans des flaques glacées dès le réveil, Paul ne semblait plus trop pressé de prendre à son compte un tel calvaire. Mais dès que le soleil revenait, faisait verdir les champs, dès que des portions asphaltées permettaient de rouler à vive allure, les fenêtres ouvertes, en chantant tous les quatre, il recommençait à se vanter d’avoir conçu ce projet fou.
En vérité, c’était plutôt à Nicole, sa compagne, que revenait le mérite – ou l’imprudence – de cette aventure. Fille d’un ouvrier typographe de Rouen, elle avait été élevée dans le culte de l’URSS. Son père parlait avec tendresse de la « Patrie des Travailleurs » et il avait pleuré, cinq ans plus tôt, la mort de Staline. À Paris où elle était venue suivre des études de médecine, Nicole mettait un point d’honneur à défendre les idées de sa famille, malgré les sarcasmes des jeunes bourgeois qu’elle côtoyait. Elle était l’amie de Paul depuis un an. Otage de l’amour, ce fils de notaire parisien, étudiant en droit et destiné à succéder un jour à son père, était tout sauf un révolutionnaire. Il subissait sans protester les plaidoyers communistes de sa compagne. Il avait compris qu’elle vivait un douloureux dilemme : plus elle s’éloignait de son milieu, plus elle avait besoin d’en défendre les valeurs. Parfois cependant, en entendant son amie lui décrire les charmes de la Révolution bolchevique, il ne pouvait s’empêcher d’exprimer des doutes. Nicole protestait. La discussion devenait violente et sans issue car personne ne voulait renoncer à ses certitudes. Un beau jour, Nicole proposa de trancher ce débat: «Et si on allait voir sur place, en URSS, ce qu’il en est?»
Lancée d’abord comme un défi, l’idée d’un voyage en Union soviétique avait occupé toute l’activité de Paul et de Nicole ces derniers mois. Il leur avait fallu avant tout régler l’épineuse question des visas. Le pays était en pleine déstalinisation. Sous la direction de Khrouchtchev, il s’engageait dans une confrontation planétaire avec les États-Unis. Montrer que le socialisme pouvait apporter le bien-être aux masses, ce qui, à l’époque, voulait dire leur fournir une machine à laver, une voiture et un téléviseur, faisait partie de la stratégie de communication du nouveau pouvoir. Des journalistes occidentaux étaient invités à témoigner ; ils étaient strictement encadrés et conduits dans des villes, pour y voir ce qu’on avait décidé de leur présenter. Quel que fût leur talent, ces professionnels restaient suspects aux yeux des opinions occidentales. Faire témoigner des jeunes, leur laisser traverser le pays, pouvait constituer un extraordinaire coup de pub pour le régime communiste. À condition, bien sûr, que les jeunes en question offrent des garanties et viennent dans un esprit « constructif ». Paul et Nicole constituaient, chacun à sa manière, des profils rassurants pour les autorités soviétiques. Le général de Gaulle, en cette année 1958, revenait au pouvoir. Son scepticisme à l’égard de l’Alliance atlantique était apprécié à Moscou. Par un oncle du côté maternel qui était député gaulliste, Paul se fit recommander auprès de l’ambassadeur de l’URSS à Paris. Les références impeccablement communistes de la famille de Nicole lui permirent par ailleurs d’actionner un réseau de camarades à même, sinon de convaincre les autorités soviétiques, du moins de les rassurer. Les visas furent finalement accordés mais les jeunes gens prirent l’engagement de soumettre leurs textes avant toute publication au ministère de l’Information à Moscou. Ils acceptaient aussi d’être accompagnés dans leur parcours en territoire soviétique par un commissaire politique, pudiquement dénommé « guide touristique ». Enfin, ils s’engageaient à obtenir le soutien d’un grand magazine populaire, afin de donner à leur témoignage – contractuellement positif – un large retentissement.
L’autre fille de l’expédition était une certaine Soizic. Elle avait quitté sa Bretagne natale pour suivre à la Chaussée-d’Antin une formation courte de dactylo. C’était une grande rousse plutôt futile qui n’avait jamais beaucoup aimé les études. Passionnée par la mode, le cinéma, les boîtes de nuit, elle avait vu dans cette idée de croisière automobile une occasion de s’amuser. La perspective de se faire prendre en photo à son avantage et de se trouver un jour dans les pages d’un grand magazine – Paris-Match était partenaire de l’aventure – l’excitait beaucoup. Son flirt du moment lui avait proposé ce voyage. Elle le connaissait depuis peu, mais en était tombée très amoureuse. C’était Edgar, le quatrième membre de l’expédition.
Edgar, notre Edgar. Le voici pour la première fois, lui que nous allons suivre tout au long de cette histoire. Je dois m’arrêter un peu pour le présenter.
Lorsque l’on a connu quelqu’un à plus de quatre-vingts ans, il est difficile de reconstituer ce qu’il a pu être à vingt. La tentation est grande d’affecter le jeune homme des mêmes qualités et des mêmes défauts que l’âge et les épreuves ont révélés. Ce n’est pas toujours pertinent. Cependant, d’après les témoins de l’époque, deux traits de personnalité qui caractérisaient le jeune Edgar resteront présents chez le vieil homme que j’ai côtoyé: l’énergie et la séduction.
L’énergie n’était pas chez lui synonyme d’agitation. C’était plutôt une plante à croissance lente qui était loin d’avoir pris sa pleine dimension. Au moment de ce voyage, cette énergie était encore enfermée au-dedans de lui comme une arme serrée dans un coffre. Pourtant, elle transparaissait dans la vivacité de ses gestes, dans sa bonne humeur matinale, dans son optimisme en face des obstacles, et il n’en manquerait pas au cours de ce voyage.
La séduction, il l’exerçait immédiatement sur ceux qui croisaient sa route. Elle est bien difficile à définir. Seule certitude : elle ne venait pas de qualités physiques particulières. Que dire de remarquable sur son apparence? Une petite cicatrice sur sa pommette droite – chute de vélo dans son enfance – déformait un peu son visage et attirait le regard de ses interlocuteurs. Ses mains fines et longues étaient toujours en mouvement. Ses cheveux châtains, en broussaille sur le front, étaient coupés court vers la nuque, comme le voulait la mode. Rien de bien exceptionnel, en somme. Cependant, il se dégageait de lui un charme puissant. À quoi tenait-il ? Sans doute à la manière unique qu’il avait de mettre de l’élégance dans tout. Ce n’était pas une élégance recherchée, coûteuse, plutôt un talent inné grâce auquel il tirait parti des moindres détails de son apparence pour donner une impression d’aisance et de naturel. Par exemple, il était d’une taille moyenne mais, sur les photos, on jurerait qu’il est très grand. Cette illusion était due à sa minceur, à sa silhouette construite autour de lignes verticales mais aussi, et peut-être surtout, à une manière de se tenir droit, de regarder loin, qui suggérait l’idée de hauteur, d’élévation. Son visage était longiligne, étroit et osseux pour un garçon de son âge. Cette sécheresse de traits ne rendait que plus séduisante l’expression juvénile de ses yeux noisette aux paupières grandes ouvertes et de sa bouche encore charnue, avide, mobile, qui mettra longtemps à s’amincir. Quand il m’a été donné de le connaître, Edgar avait perdu sa lippe depuis belle lurette et ses orbites s’étaient creusées sous d’épais sourcils gris. Pourtant, il conservait l’expression qu’on retrouve sur son visage de vingt ans : ironique, pleine de gaieté, espiègle et intelligente.
L’autre garçon de l’expédition, Paul, n’était certainement pas triste et il était mieux charpenté qu’Edgar. On aurait même pu dire qu’il était beau. En réalité, à part ses cheveux noirs bouclés, rien de remarquable ne se dégage de lui sur les photos de l’époque. Quand il est à côté d’Edgar, toute la lumière semble aller vers celui-ci. Je me méfie de ma fascination mais j’ai fait le test auprès de plusieurs personnes, hommes ou femmes, et tous sont saisis par la même impression : dès qu’Edgar figure sur une image, il la dévore.
Cette puissance de séduction était pour lui comme une déesse protectrice. Il était arrivé à Paris sans le sou à dix-huit ans. Il quittait Chaumont où il avait vécu jusque-là avec sa mère qui travaillait dur sur les marchés. Il ne connaissait personne dans la capitale et voyait fondre à toute vitesse son petit pécule…
Or voilà que trois jours seulement après son arrivée, Edgar aperçoit dans la rue un automobiliste dans un élégant costume bleu clair qui regarde sa Mercedes en se grattant la tête : une de ses roues venait de crever. Aussitôt, il se propose pour la changer. L’homme accepte bien volontiers. Il est amusé par ce gamin débrouillard et souriant qui lui évite de salir un complet tout neuf. Plutôt que de lui jeter trois sous, il a l’idée de l’engager comme garçon de courses dans son étude de notaire. Le précédent venait justement de partir au service militaire. »

Extrait
« – Le premier, un mariage blanc. Ou tout comme: l’URSS, pas de visa, pas de papiers…
– Bref, éluda Edgar.
¬– Le deuxième, un mariage d’opérette. La Rolls rose, le frac et, derrière, l’escroquerie et presque la prison.
Elle jeta un petit coup d’œil dans la direction d’Edgar. Leurs yeux riaient mais il baissa le nez.
– Le troisième, un mariage de convenances.
Ingrid avait redressé la tête d’un coup. Mieux valait ne pas en dire plus, sauf à la rendre indirectement responsable de ce troisième mariage, ce qu’elle contestait avec vigueur. Ludmilla glissa sur cet épisode et passa vite au suivant.
– Le quatrième, un mariage pour les médias, Paris-Match, Point de vue, strass et paillettes.
Ingrid se détendit.
– Le cinquième, conclut lugubrement Edgar, un mariage d’exil. »

À propos de l’auteur
Écrivain, médecin et diplomate, Jean-Christophe Rufin, de l’Académie française. Engagé dans l’humanitaire à Médecins sans frontières, il a mené de nombreuses missions en Afrique, en Amérique Latine, dans les Balkans en Europe, avant de devenir président d’Action contre la faim dont il est resté président l’honneur. Il est notamment l’auteur de Les Causes perdues, prix Interallié 1999, Rouge Brésil, prix Goncourt 2001, Globalia en 2006, Le Collier rouge en 2016. Auteur également de plusieurs essais, il a publié Check-point en 2015. (Source: France Culture)

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L’été en poche (52)

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Une forêt d’arbres creux

En 2 mots
Une famille des déportés arrive à Terezin. Le père, employé au bureau d’architecture va résister par le dessin. La culture comme porte de sortie de ce court roman. Poignant.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes (epub)

L’avis de… Delphine Peras (Lire)
« Antoine Choplin restitue avec une immense sobriété les conditions de vie éprouvantes, la faim, la maladie, la promiscuité, les humiliations. Son talent d’écriture n’est pas en reste pour faire sentir la pointe du crayon gras sur la feuille et l’art comme ultime échappatoire. »

Vidéo
Olivier Barrot présente «Une forêt d’arbres creux» dans son émission Un livre, un jour. » © Production France Télévisions

Nous, les passeurs

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En deux mots
Portrait d’un Juste, médecin interné en camp de concentration, par sa petite-fille qui découvre un pan de l’histoire familiale. Une quête chargée d’émotion, un témoignage bouleversant.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai vraiment beaucoup aimé)

Nous, les passeurs
Marie Barraud
Éditions Robert Laffont
Roman
198 p., 18 €
EAN : 9782221197905
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans la région bordelaise, à Talence, Bordeaux, ainsi qu’à Compiègne, puis en Allemagne, au camp de Neuengamme, à Lübeck et Hambourg.

Quand?
L’action se situe de nos jours, mais la quête de l’auteur remonte jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »
Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l’enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d’un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu’à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l’aviation britannique… Au terme d’un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les noeuds qui entravaient les liens familiaux.

Ce que j’en pense
Le hasard fait quelquefois bien les choses. Après avoir terminé la lecture de Outre-Mère de Dominique Costermans, retraçant la recherche généalogique menée par la petite-fille d’un collaborateur des nazis, j’ai commencé celle de ce récit retraçant un parcours assez semblable. Sauf que cette fois, c’est le portrait d’un Juste, d’un résistant mort après avoir enduré durant des années la vie en camp de concentration que nous livre sa petite-fille. De ce singulier téléscopage, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je relève d’abord des similitudes. Comme cette difficulté à dire les choses. Alors que l’elle aurait pu s’attendre à ce que l’on dresse un piédestal à ce héros, Marie se heurte à un mur de silence. Celui de sa grand-mère qui «jamais ne laissa échapper la douceur d’un seul souvenir», celui de son oncle et surtout celui érigé par son père, pour qui le sujet était tabou : « Parler d’Albert Barraud ou prononcer son nom, c’était accepter de voir le visage de mon père s’assombrir et son regard se noyer dans le vide. »
La seconde similitude tient à la psychogénéalogie. Partir à la recherche de son passé, essayer de cerner la vie de ses ancêtres est une entreprise périlleuse. Une quête qui tient souvent d’un besoin. Celui de comprendre, de se comprendre. Dominique Costermans aurait fort bien pu écrire aussi ces lignes: « Notre vie peut prendre chaque jour la forme de nos folies, mais elle reste, finalement, le prolongement des vies de ceux qui nous ont précédés. Qu’on le veuille ou non, nous venons compléter un cycle. Et je perçois aujourd’hui qu’ignorer ce qui fut avant nous, c’est perdre une partie de ce que nous sommes supposés devenir. Héros ou bourreaux, nos ancêtres nous transmettent bien plus que leur nom. »
Après la mort de sa grand-mère, après avoir arpenté de nombreuses fois la rue qui porte le nom de son grand-père sans connaître la raison de cet honneur, après s’être plusieurs fois heurté au déni paternel, Marie a fini par se voir confier un carton chargé de lettres, de photos. Des souvenirs qui ont attisé sa curiosité jusqu’à ce jour de novembre 2014 où elle décide d’entamer des recherches plus approfondies et parvient très vite à découvrir que son grand-père, médecin à l’hôpital Saint-André de bordeaux était un résistant très actif qui finit par être dénoncé. À la Kommandantur, l’intervention de son père, colonel, servira à lui faire éviter une exécution programmée. Il sera transféré à Compiègne, puis en camp de concentration à Neuengamme. Alors que son épouse et ses enfants espèrent qu’il réussira à tenir le coup et espèrent son retour, son statut de médecin lui permet d’obtenir un statut particulier. Il sera chargé de secourir ses compagnons d’infortune, au premier rangs desquels figure Roger Joly, l’un des rares hommes qui s’en sortira et apportera à Marie un témoignage aussi capital que poignant sur la vie dans le camp, sur la façon dont le médecin essayait de sauver le plus de monde, mais aussi sur les exactions commises par les nazis.
Et quand en avril 1945, les alliés se rapprochent, tous les prisonniers sont contraints de gagner la mer Baltique et d’embarquer par milliers sur des bateaux conçus pour quelques centaines de personnes tout au plus. L’aviation britannique enverra par le fond tous ces navires et provoquera la mort d’Albert Barraud, ajoutant une dimension tragique supplémentaire à son destin.
Mais l’histoire que Marie Barraud découvre et nous raconte avec pudeur et simplicité est aussi celle d’une famille qui a rendez-vous avec la vérité. Une vérité qu’elle ne voulait pas entendre jusque là. Les pages consacrées à son voyage avec son frère autant que la lettre de son père qui referme le livre m’ont ému aux larmes et confirmé combien l’auteur a réussi son entreprise : « J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »

68 premières fois
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures de Martine (Martine Galati)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe (Delphine Depras)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)
Blog Livres de Malice (Alice Théaudière)
Blog T Livres T Arts  (Annie Pineau)
Blog Mon petit chapitre (Anne Dionnet)

Autres critiques
Babelio 
La Vie (Yves Viollier)
Blog Pikobooks 
Blog Mémo Émoi 
Blog Histoire du soir


Présentation du livre par l’auteur (Production Librairie Mollat)

Les premières pages du livre

À propos de l’auteur
Il y a des vocations que les générations d’une même famille se transmettent naturellement. Chez les Barraud c’est la médecine. Une seconde nature. Une raison de vivre. Pour Marie Barraud, il en sera autrement. Son instinct, sa grande sensibilité et son inépuisable détermination, elle va les mettre au service de l’art. Elle sera comédienne. Formée chez Michel Galabru puis Blanche Salant ou elle découvre Strasberg et Stanislavski, elle s’envole enfin pour New York ou elle intègre les cours de John Strasberg, fils du célèbre professeur. Elle grandit sur le terrain entre séries télé, programmes courts et cinéma mais c’est surtout au théâtre que cette amoureuse des mots trouve son épanouissement. Lorsqu’on l’écoute parler de son métier, on découvre que finalement elle aussi guérit, soulage et accompagne l’âme des spectateurs. Marie a donc hérité de cette fibre familiale et la plus grande preuve réside dans ce premier roman. Avec Nous, les passeurs (2017), elle a su apaiser les siens. (Source : Éditions Robert Laffont)

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Vie de ma voisine

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Vie de ma voisine
Geneviève Brisac
Éditions Grasset
Roman
180 p., 14,50 €
EAN: 9782246858454
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et en banlieue, à Vincennes, Aubervilliers, Montreuil, Puteaux, Nanterre, Bobigny, Joinville ainsi qu’à Bordeaux, en passant par Berlin, Varsovie et Moscou, et les camps de déportation, de concentration et ceux du goulag : Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Buchenwald, Ravensbrück, Mauthausen, Auschwitz, Leitmeritz, Novaky, Majdanek. Des voyages à la Couarde sur l’île de Ré ainsi qu’en Grèce, Algérie et Italie y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action retrace une période allant de 1918 à 2016.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ça commence comme une nouvelle d’Alice Munro : lors de son déménagement, une romancière est abordée par sa voisine du dessus qui l’a reconnue, et l’invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo.
Ça continue comme un récit d’Isaac Babel. Car les parents de Jenny, la voisine née en 1925, étaient des Juifs polonais membres du Bund, immigrés en France un an avant sa naissance.
Mais c’est un livre de Geneviève Brisac, un « roman vrai » en forme de traversée du siècle : la vie à Paris dans les années 1930, la Révolution trahie à Moscou, l’Occupation – Jenny et son frère livrés à eux-mêmes après la rafle du Vel’ d’Hiv, la déportation des parents, la peur, la faim, les humiliations, et l’histoire d’une merveilleuse amitié. Le roman d’apprentissage d’une jeune institutrice douée d’une indomptable vitalité, que ni les deuils ni les tragédies ne parviendront à affaiblir.
Ça se termine à Moscou en 1992, dans la salle du tribunal où Staline fit condamner à mort les chefs de la révolution d’Octobre, par la rencontre improbable mais réelle entre des « zeks » rescapés du Goulag et une délégation de survivants des camps nazis.
À l’écoute de Jenny, Geneviève Brisac rend justice aux héros de notre temps, à celles et ceux qui, dans l’ombre, ont su garder vivant le goût de la fraternité et de l’utopie.

Ce que j’en pense
***
À l’heure où les témoins directs des atrocités commises par les nazis disparaissent, le nouveau roman de Geneviève Brisac vient nous offrir une nouvelle occasion de rafraîchir ce «devoir de mémoire» que nous devrions tous porter en nous. Car si le pire n’est jamais sûr, les exactions du pseudo État islamique sont là pour nous rappeler que la barbarie est bien loin d’avoir été éradiquée de notre planète.
Ajoutons que sous la plume de Geneviève Brisac ce témoignage est formidablement bien au mise en valeur. Grâce au scénario qu’elle nous propose, on se rend compte à la fois de la force et de l’actualité de ce thème, mais aussi de la fragilité et de l’urgence de retracer ces parcours de vie.
Tout commence lorsqu’elle croise sa nouvelle voisine. Cette dernière a reconnu l’écrivaine et souhaite lui parler de Charlotte Delbo (que Ghislaine Dunant a remis en lumière dans Charlotte Delbo, une vie retrouvée, couronné par le Prix Femina essai).
En grimpant les deux étages qui séparent la narratrice d’Eugénie, dite Jenny, dite Nini, la narratrice va toutefois en apprendre bien plus que quelques souvenirs, quelques échanges avec une rescapée des camps. « Je pense à la lumière et à la fraîcheur qui émane d’elle. » écrira-t-elle après avoir entendu la vieille dame (née en 1925) lui parler de sa vie et de celle de ses parents. Ce sont eux les vrais «héros» de ce court récit.
Rivka Rajsfus a quitté son village de Blendow en Pologne pour aller en Amérique, mais son rêve prendra fin prématurément. Elle aura cependant trouvé l’amour en route, en la personne de Nuchim Plocki. Le couple s’installe en France, veut œuvrer à changer le monde et ne croit pas vraiment à cette menace qui au fil des jours se fait pourtant plus précise. Même occupé, le pays des droits de l’homme doit pouvoir s’appuyer sur des principes, sur les valeurs figurant au fronton des mairies…
Il suffira qu’un policier, qui a vécu quelques temps sur leur palier, les livre à la police pour que tout bascule.
Arrêtée et internée, la famille n’imagine pas son destin. Mais au moment où on propose de libérer les enfants, le pire se précise. Vient alors cette scène aussi dramatique que superbe durant laquelle Rivka Rajsfus apprend à sa fille « en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante.»
Livrés à eux-mêmes les enfants vont réussir à regagner leur domicile et à s’en sortir. Les parents partiront vers Auschwitz. Nuchim Plocki est officiellement mort d’une crise cardiaque trois semaines après son arrivée, vers la fin août. Quant au destin de Rivka, il est incertain : «De ma mère, aucune trace. Rien.»
Même après des recherches auprès des autorités allemandes Jenny n’en saura pas plus. « Mes parents sont morts. Ils sont à mes côtés pour me donner le courage de vivre, c’est grâce à eux que je vis ici, dans cette cour, je peux compter sur eux. »
Un courage que Jenny trouvera d’une part auprès des livres, qui « sont les meilleures armes de la liberté. Et la liberté s’apprend. Dans une classe par exemple. Dans tes classes, dit une élève, on était libres de ne rien faire, et on travaillait comme des fous.»
Et d’autre part auprès des rescapés et de son engagement militant. Outre Charlotte Delbo, elle va aussi nous parler de Jean-René Chauvin et de Rudi Vrba, deux personnalités qui méritent aussi qu’on s’attarde un peu sur leur parcours. À leur côté, elle n’oubliera jamais de « poser les questions qui dérangent. Tout est là. Toujours. C’est l’essence de l’esprit d’enfance.»
C’est aussi la belle leçon de vie que nous offre Geneviève Brisac.

Autres critiques
Babelio
France Culture (La grande table entretien d’Olivia Gesbert avec l’auteur)
Blog Sur mes Brizées
Blog Encres vagabondes (Nadine Dutier)
Blog Tu vas t’abîmer les yeux 
Blog La Fée lit 

Les premières pages du livre

Extrait
« Un jour d’hiver, je trouve une enveloppe dans ma boîte aux lettres.
Cela me fait un plaisir immense, je ne reçois plus jamais de lettres. Dans ma boîte, la factrice glisse des injonctions, des factures, des impayés, des imprimés, mais de vraies lettres, jamais plus, et c’est triste.
Un papier quadrillé plié en quatre est glissé à l’intérieur de l’enveloppe : une phrase écrite au crayon, de grandes lettres calligraphiées, comme un message secret. Je vois cela comme l’étape minuscule d’une chasse au trésor dont le but m’est inconnu.
Les mots, mis au bout les uns des autres, disent ceci :
« La mort des nôtres, et nous n’y pouvons rien, nous a nourris, non pas de rancœur, non pas de haine, mais d’une énergie que rien ne pourra briser. » »

A propos de l’auteur
Geneviève Brisac est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Petite, Une année avec mon père et Dans les yeux des autres. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 
Site internet de l’auteur

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Les mains lâchées

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Les mains lâchées
Anaïs Llobet
Plon
Roman
152 p., 16 €
ISBN: 9782259249683
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement aux Philippines, à Manille et sur l’île de Tacloban.

Quand?
L’action se situe en 2013 et durant les mois qui ont suivi.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une vague monstrueuse, soulevée par un typhon meurtrier, dévaste les Philippines en quelques minutes et ravage sa myriade d’îles.
Sur l’une d’elles, Madel reprend connaissance, seule au milieu du chaos. Jan, l’homme qu’elle aime, a disparu. Et elle a lâché la main de l’enfant qu’il lui avait confié.
Au prix d’une difficile anesthésie des sentiments, la jeune journaliste se plonge dans son travail, en équilibre entre information et voyeurisme, quand tous les médias du monde se tournent vers les Philippines.
Recueillir la parole survivante, nouer des liens avec les rescapés, c’est conjurer la mort. Mais un typhon de cette violence ne laisse jamais en paix ceux qu’il a épargnés.

Ce que j’en pense
***
Certains livres retiennent votre attention tout simplement par le thème qu’ils abordent. C’est le cas de ce premier roman qui raconte le typhon Yolanda qui a frappé les Philippines en 2013 et ses conséquences. S’il m’a autant touché, c’est parce que la fameuse loi journalistique du nombre de morts en fonction de la distance de l’événement n’a pas cours pour moi. En effet, une amie était sur place pour un reportage touristique à ce moment et a partagé l’expérience d’Anaïs Llobet. Tout au long du livre, j’ai retrouvé beaucoup de son témoignage – oui, elle s’en est également sortie – mais surtout cette formidable tension que de tels événements engendrent et combien ils finissent par modifier la perception que l’on pouvait alors avoir de la vie, de la façon dont on gère son quotidien.
Car c’est bien là le vrai sujet de ce livre, au-delà de l’émotion, des images fortes et du bilan très lourd : sept mille personnes tuées, des milliers de blessés, des dizaines de milliers d’habitants ayant tout perdu et un avenir des plus incertains.
Anaïs Llobet a aujourd’hui la distance nécessaire pour éviter les pièges du sensationnalisme ou plus exactement pour nous plonger dans le dilemme de Madel, la journaliste de télévision touchée jusqu’au cœur par ce drame avec, entre autres, la perte de son mari et d’un enfant qu’on lui avait confié, et d’autre part les demandes de sa chaîne de filmer l’horreur, de faire pleurer dans les chaumières.
Car toutes les télévisions n’ont pas cette «chance» d’avoir un reporter d’images sur place et de pouvoir montrer Yolanda, «le typhon le plus puissant ayant jamais touché terre», d’offrir des témoignages de première main, de plonger au cœur du drame. «Pas d’eau, rien à manger, mais du wifi : bienvenue à l’ère moderne des catastrophes.»
À Tacloban, où les vagues successives ont quasiment tout rasé, Madel va se plonger dans le travail comme dans une thérapie. Elle essaie de faire passer sa douleur au second rang, elle tente de partager son malheur avec les autres victimes pour se persuader qu’elle n’est pas la plus malheureuse. Sans oublier l’enquête sur les mesures de prévention, sur la mauvaise évaluation, sur la désorganisation des secours, sur l’administration des morts, sur l’efficacité des secours et le travail de déblaiement et de reconstruction. Sur le temps qui passe et qui est censé refermer les plaies.
Voilà la grande force du roman : il dépasse le cadre du reportage pour décortiquer les états d’âme, pour nous expliquer combien il est difficile de ne pas sombrer dans le voyeurisme et, à l’opposé, combien les fantômes de Tacloban continuent de hanter les nuits de Madel.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog A l’ombre du noyer 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Bricabook

Autres critiques
Babelio 
Blog L’Albatros (Nicolas Houguet)

Extrait
«Yolanda joue avec la maison comme un chat avec une souris et, un instant, je pense que ça y est, nous nous sommes envolés, nous tournons dans l’oeil du typhon. Le toit craque de partout. D’un coup, les vitres explosent, une noix de coco roule au pied du lit. Lally hurle, pousse la tête de Rodjun sous la couette, pour le protéger des éclats de verre qui volent dans la pièce, comme des oiseaux devenus fous. Un bourdonnement inconnu secoue la maison.
— Madel ! L’eau ! hurle Lally en me montrant le sol. Le bourdonnement continue. Puis, comme si un immense géant assenait une claque à la maison, les murs vacillent. Une vague déferle dans la chambre. Le lit est projeté contre le mur, Lally chute, Rodjun attrape ma main, je sombre.. »

A propos de l’auteur
Anaïs LLobet, journaliste à l’AFP Moscou, était correspondante pour plusieurs médias aux Philippines lorsque le typhon Haiyan a ravagé le pays. Elle a été lauréate du concours organisé par le Haut-Commissariat aux Nations Unies pour les réfugiés.
Les Mains lâchées est son premier roman. (Source : Éditions Plon / Livres Hebdo)

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La mésange et l’ogresse

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La mésange et l’ogresse
Harold Cobert
Plon
Roman
425 p., 20 €
EAN: 9782259230421
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en Belgique, à Charleroi, Dinant, Ciney, Sart-Custinne, Han-sur-Lesse, Beauraing, Neufchâteau, Saint-Hubert, Gedinne, Bruxelles ainsi que dans les Ardennes françaises à Givet, Charleville-Mézières, Sedan, Floing, Ville-sur-Lumes, Verdun, Bar-le-Duc, Fleury-Mérogis.

Quand?
L’action se situe des années 1980 au début des années 2000.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au cœur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Ce que j’en pense
****
Sous le titre «roman du réel», Harold Cobert explique en avant-propos, comment il a imaginé son nouveau roman : « Si ce livre est basé sur « l’affaire Fourniret », s’il suit au plus près les faits tels qu’ils ont été révélés lors du procès, cet ouvrage est avant tout une œuvre de fiction. […] Hormis certaines phrases, les pensées et les propos prêtés à Monique Olivier et à Michel Fourniret ainsi qu’aux différents personnages de cette histoire relèvent de la pure invention et de la seule création littéraire. À part ceux de Monique Olivier et Michel Fourniret, tous les noms des protagonistes ont été changés, et en premier lieu ceux des victimes. »
En se replongeant dans cette célèbre affaire, on se rend très vite compte du matériau mis ici à disposition du romancier, car tout est ici extraordinaire au sens premier du terme. Comme beaucoup de ses contemporains, Harold Cobert s’appuie sur le faits divers pour nous délivrer un suspense étonnant. Car même si l’on connaît l’épilogue de l’histoire, on ne se rend pas compte de la partie d’échecs qui s’est jouée là, de la stratégie mise en place par les enquêteurs et par les coupables.
L’auteur
Le roman s’ouvre à Ciney, en Belgique le 26 juin 2003. On y voit Louise Lemaire être abordée par un homme en camionnette blanche demander à l’écolière si elle peut l’aider à retrouver sa route vers le Mont de la Salle et finira par la convaincre de monter dans le véhicule. Mais cette fois les choses ne se passent pas comme prévu, la fille réussit à s’enfuir et à prévenir la police. Un échec qui va entraîner l’arrestation de ce dangereux récidiviste, condamné à sept ans de prison en France pour treize enlèvements de jeunes filles dont il a tenté d’abuser, suivi d’une autre peine de six mois pour avoir agressé des automobilistes dans la région de Verdun.
Commence alors une enquête très difficile, en Belgique et en France, car il apparaît très vite qu’il va falloir ouvrir tous les dossiers similaires de disparitions de jeunes filles.
Grâce à la construction du roman, on ne s’ennuie jamais tout au long de la lecture. Si Michel Fourniret en est le sujet central, Harold Cobert a choisi de ne pas lui donner la parole. Il se place d’une part du côté factuel en retraçant dans de courts chapitres les circonstances qui ont fait tomber Elodie Defaux, Lian Shiro, Caroline Moens et toutes les autres dans le piège tendu par l’homme aux lunettes cerclées. En second lieu, ce sont les enquêteurs de la police belge qui prennent la parole. On les voit tâtonner, puis avancer doucement, élaborer des scénarios susceptibles de prouver leurs hypothèses, mais aussi tenter de convaincre leur hiérarchie – le budget nécessaire à des tests ADN finira-t-il par être débloqué ? – ou collaborer du bout des doigts avec les collègues français. Sans oublier leurs états d’âme, leurs problèmes familiaux ou de santé, qui viennent interférer et replacer ce drame hors du commun dans le quotidien le plus banal. Enfin et surtout, comme le proclame le bandeau en couverture du livre, la parole est aussi donnée à la compagne du tueur, dont l’attitude étonne: «Elle n’a montré aucune émotion quand je lui ai appris l’arrestation de son mari ni lorsque je l’ai informée des faits qui lui sont reprochés. Quelque chose cloche dans cette affaire, à commencer par elle.»
Monique Olivier, devenue Madame Fourniret, va passer – au fil de dizaines d’heures d’interrogatoire – du rang de témoin, à celui de complice, voire d’instigatrice. L’inimaginable devient petit à petit imaginable et les frontières de l’horreur sont à chaque fois repoussées un peu plus loin.
Un roman aussi glaçant que passionnant.

Autres critiques
Babelio
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Tête de Lecture 
Blog Du calme Lucette 
Blog Sans connivence 

Les 40 premières pages

Extrait
«Ce que je ne comprends pas, c’est où il a bien pu rater son coup parce que, une fois qu’elles sont montées, il va au bout, généralement, et même s’il n’arrive pas à avoir ce qu’il veut, elles ne peuvent pas s’en tirer, celles qui sont montées, aucune n’est rentrée chez elle, en tout cas pas depuis qu’il est avec moi, c’est ça que je n’arrive pas à comprendre, vraiment pas. À moins que ça ait dégénéré. sur le trottoir, qu’il soit descendu pour la faire monter de force, qu’elle ait crié, qu’elle se soit débattue, qu’il ait pris peur d’être repéré, que quelqu’un soit venu à la rescousse de la petite, qu’il se soit enfui et qu’on ait relevé sa plaque, une plainte chez les flics et les voilà qui l’embarquent, un truc comme ça, oui, c’est un truc comme ça qui a dû se passer, tout ça parce que je n’étais pas là, parce que sans moi il n’y arrive pas, ou pas bien, pas complètement,
à part deux trois fois ces derniers temps où il a réussi seul et ça lui a fait croire qu’il pouvait se passer de moi, mais il ne peut pas en réalité, non, il ne peut pas. Ils ne peuvent rien trouver, les bleus, ça non, en tout cas je ne pense pas, ou si peu qu’il fera un peu de prison, un peu, oui, peut-être, quelques mois, trois fois rien, ça ne le tuera pas, ça lui rappellera des souvenirs, il a déjà fait pire. Si je l’ouvrais, moi, ce serait différent, très différent, et encore, il est tellement habile, c’est un malin, mon fauve, oui, il sait parler, lui, il peut embrouiller n’importe qui, c’est son truc, les mots, il a de la culture, il a beaucoup lu, pas comme moi, je suis une idiote et une dinde, il me le répête, même si je balançais, il réussirait à noyer le poisson, il la jouerait anguille, et moi je passerais pour une menteuse, oui, une menteuse et une folle. Et puis, de toute façon, personne ne me croirait, on ne peut pas croire ces choses-là, on ne peut pas les croire parce que, justement,
ça ne s’invente pas. » (p. 22-23)

A propos de l’auteur
Harold Cobert est l’auteur de plusieurs romans, dont Un hiver avec Baudelaire, L’Entrevue de Saint-Cloud et, en 2014, Jim paru chez Plon. (Source : Éditions Plon)

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Une forêt d’arbres creux

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Une forêt d’arbres creux
Antoine Choplin
La fosse aux ours
Roman
116 p., 16,00 €
ISBN: 9782357070653
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule à Terezin, ex Theresinestadt, aujourd’hui en République Tchèque.

Quand?
Le récit commence en décembre 1941 et se poursuit sur les mois suivants.

Ce qu’en dit l’éditeur
TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.
Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.
Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s’échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l’angoisse.
Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments. Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s’agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d’aucune sorte.
Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Ce que j’en pense
****
Les hasards de mes lectures (mais y-a-t-il vraiment un hasard) m’ont fait découvrir Antoine Choplin après avoir terminé La zone d’intérêt de Martin Amis. Les deux livres ont été pour moi un même choc, même s’ils sont stylistiquement parlant à des années-lumière.
Ici, pas de provocation, pas d’ironie. Antoine Choplin choisit une écriture très classique, une phrase poétique pour rendre compte de l’horreur des camps. Ce choix rend du reste encore plus fort le contraste entre la dureté des conditions de vie et l’horreur de ce camp de transit où périrent quelque 33000 personnes et la beauté formelle du récit.
Nous suivons Bedrich, Johanna et Tomi à leur arrivée en décembre 1941. La mère et l’enfant sont placés dans le quartier des femmes, le père dans un braquement insalubre avec ses compagnons d’infortune. Son savoir-faire l’amène à intégrer le bureau des dessinateurs où il est notamment chargé des plans du crématorium. « Bedrich s’emploie à l’harmonie des façades, à l’équilibre visuel de la construction dont la funeste vocation, par de longues intermittences, disparaît de son esprit. »
Assez vite, avec ses collègues, il entend profiter de son statut un peu privilégié et entreprend de résister à sa manière. Sa mission et celle de quelques autres du bureau des dessins, consiste à élaborer pour les visiteurs « un album, florilège brillant, témoin du bien-vivre et des harmonies de Terezin ». On assiste notamment à des travaux surréalistes d’embellissement du camp avant la venue d’une délégation de la Croix-Rouge.
Mais Bedrich veut que le monde sache la vérité « sensible et nue ». Avec ses amis, ils font ce qu’ils savent le mieux faire et dessinent, racontent ce que subissent les déportés et racontent leur quotidien par l’image.
«Il lève les yeux vers Ungar, comprend ce à quoi s’emploie sa main alerte, les files d’attente devant les dépôts de nourriture ; de l’autre côté Bloch en termine avec l’esquisse de plusieurs figures humaines hallucinées, rassemblées en d’étranges postures…» Bien entendu, il leur faut cacher soigneusement leurs œuvres afin d’éviter les représailles, mais surtout pour que leur acte de résistance soit utile. Car très vite on comprend que face à la barbarie, la culture est un vrai rempart. C’est du reste le message qu’il entend transmettre à ses congénères et à son épouse : « Il lui disait combien les livres et les choses du savoir, c’était important. Le calcul, la poésie. Même ici, à Terezin, ça comptait. Surtout ici, il a ajouté, ici et maintenant, à Terezin. »
Un combat poignant, à l’issue incertaine, mais qui offre aussi par sa dimension artistique une porte de sortie : « Enfin, peut-être qu’un surplus de finesse ferait sourdre cette chose minuscule et que trahirait à leurs visages un je-ne-sais-quoi d’étincelant et de dérisoire : un peu d’espoir, voilà, ravivé par les propos d’Ungar mais maintenant endossé par chacun d’eux. Après tout – c’est ce à quoi pense Bedrich -, on pourrait bien finir par échapper aux convois vers l’Est, et il faudrait bien qu’un de ces jours tous ces murs s’effondrent. »
Un court roman qui est aussi un grand livre !

Autres critiques
Babelio
L’Express
Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Blog Le Grenier à livres
Blog Addict Culture
Blog Sur la route de Jostein
Blog D’une berge à l’autre
Blog Les livres de Joëlle
Blog Cannibales lecteurs

Extrait
« Décembre de l’année 1941. Bedrich arrive à Terezin, avec sa femme Johanna et son fils Tomi qui n’a pas encore un an. La musette qu’il s’est pendue autour du cou bat contre le haut de ses cuisses et son poids lui brûle la nuque. Au bout du bras replié jusqu’à l’épaule, il tient un sac de grande taille qui roule d’un flanc à l’autre au rythme de ses pas. De son autre main, il tire un ballot en toile robuste qui traîne au sol. Tomi est dans les bras de sa mère, protégé par une couverture qu’elle maintient rabattue tout autour de lui.
Ils marchent face au vent hivernal. À l’unisson, tous les corps s’inclinent à son encontre, formant un amas gris et homogène, à la flèche univoque et que souligne d’autant le lest des bagages. Quelques arbres isolés, de ceux que l’on peut remarquer tandis que l’on s’approche des remparts et que les bois s’estompent, dessinent des obliques prononcées elles aussi, tendues à la rencontre des hommes. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Antoine Choplin est l’auteur de Radeau, du Héron de Guernica et de La Nuit tombée (prix France Télévisions 2012). (Source : Editions La fosse aux ours)

Site Wikipédia de l’auteur

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