Ultramarins

NAVARRO_ultramarins  RL-automne-2021

Prix littéraire de L’Association des officiers de réserve de la Marine nationale (ACORAM)

En deux mots
Partie de Saint-Nazaire à destination des Antilles, un cargo va soudain disparaître des écrans. La commandante a autorisé un arrêt pour permettre à l’équipage de prendre un bain. Une récréation qui sera suivie de quelques étranges phénomènes.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Le cargo qui s’émancipe

Mariette Navarro a profité d’une résidence d’écriture à bord d’un cargo pour se mettre dans la peau d’une commandante de navire et s’autoriser quelques libertés avec le code maritime. Entre fantasmes et légendes.

Quand la commandante a appareillé de Saint-Nazaire avec ses vingt membres d’équipage, elle était loin d’imaginer ce qui allait arriver. Digne héritière d’un père capitaine de première classe, elle se fait un point d’honneur à suivre ses pas, à «avancer dans l’eau sans se poser de questions» en direction des Antilles. Son navire, chargé de 150000 tonnes de denrées diverses réparties dans des conteneurs de couleurs, est en bon état. «Les essais réglementaires et des vérifications effectuées avant le départ ayant confirmé le bon fonctionnement des appareils et aides à la navigation, panneaux bien condamnés, portes étanches bien fermées, grues bridées à leur poste de mer».
C’est après quelques jours de mer et une navigation qui se déroule sans problèmes particuliers qu’elle va prendre une décision qui va totalement changer la vie à bord. Elle accorde à l’équipage, «pris d’une envie d’air pur et de vacances» le droit de se baigner. Le navire est arrêté et les hommes s’ébrouent joyeusement dans un océan qui leur semble entièrement réservé. Une récréation suivie d’un étrange phénomène libellé ainsi sur le journal de bord: «constat est fait d’une autonomisation totale du navire, refusant malgré diverses sommations de respecter les indications de vitesse données par le personnel navigant. La faute, considérée comme grave, est inscrite sur le livre de discipline. Le bateau a néanmoins refusé d’apposer sa signature en bas du document.»
À force d’entendre les légendes qui circulent entre les hommes de la mer, d’avoir souligné que la disparition de son père n’avait jamais vraiment été élucidée, que les machines du cargo le secouaient au rythme d’un cœur qui bat, la commandante a décidé de ne plus tenir le journal, de ne pas faire de rapport au port de destination, de s’octroyer elle aussi un moment de liberté. La mise en veille de toute conscience professionnelle lui permet de s’intéresser de plus près à l’équipage, de constater par exemple – et sans explications – qu’il se compose désormais de vingt-et-uns hommes. Un mystère de plus dans une traversée désormais fantastique: «Tranquillement, le bateau continue à fendre les vagues et les bancs de poissons, ronronnant toujours son chant mécanique, pris d’une autonomie, seulement, qui rend les humains vains, et qui le leur fait comprendre.»
C’est en 2012, à l’occasion d’une invitation à participer à une résidence d’écriture organisée par Centre national du théâtre que Mariette Navarro a posé les jalons de ce roman qui dépeint avec beaucoup de justesse cette sensation de perte de repères, d’un temps suspendu que l’on ressent lorsqu’on est en haute mer. Il suffit alors d’un banc de brouillard pour que l’étrange, le fantastique vienne se mêler à cette sensation qui nourrit l’imagination des marins, au moins depuis l’épisode de la Mary Celeste, ce bateau retrouvé en 1872 en état de marche avec toute sa cargaison, mais sans personne à bord. Est-ce pour exorciser leurs angoisses ou à l’inverse pour l’alimenter que les marins partagent ces légendes? Ce qui est sûr en fin de compte, c’est que ces Ultramarins viennent enrichir ce patrimoine avec poésie et émotion.

Ultramarins
Mariette Navarro
Éditions Quidam
Premier Roman
156 p., 15 €
EAN 9782374912158
Paru le 19/08/2021

Où?
Le roman est situé en Haute mer, quelque part entre Saint-Nazaire et les Antilles.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
A bord d’un cargo qui traverse l’Atlantique, l’équipage décide un jour, après l’accord inattendu de la Commandante de bord, de s’offrir une baignade en pleine mer, totalement gratuite et clandestine. De cette baignade, à laquelle seule la Commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine toute la suite du voyage.
D’un côté, il y a le groupe des marins – personnage pluriel aux visages et aux voix multiples – et de l’autre la Commandante, peu sujette aux écarts de parcours. Tous partagent soudain leur difficulté à retrouver leurs repères et à reprendre le voyage tel qu’il était prévu.
Du simple voyage commercial on glisse dans l’aventure. N’y a-t-il pas un marin de plus lorsque tous remontent à bord ? Le bateau n’est-il pas en train de prendre son indépendance?
Mariette Navarro : «L’écriture de ce texte est née d’une résidence en cargo à l’été 2012, mais il ne s’agit pas ici de faire le récit de ce voyage ni de tenir un journal de bord. J’ai plutôt essayé, dans les années qui ont suivi, de refaire ce voyage de façon littéraire et subjective, en cherchant la forme d’écriture propre à cette expérience, au trouble physique qu’on peut ressentir sur la mer. Le roman m’a permis d’aller explorer les profondeurs de cette « désorientation » physique et intime. La Commandante ne plonge pas avec ses marins, pourtant, elle perd pied tout autant qu’eux au cours de la journée qui suit, et découvre des dimensions insoupçonnées au bateau qu’elle croyait commander.»

Les critiques
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Les premières pages du livre
« Dans le geste connu, le geste de travail, dans le geste refait chaque jour, un espace s’est glissé. Un tout petit espace blanc inexistant jusqu’alors, une seconde suspendue. Et dans la seconde suspendue, la seconde imprécise, toute la suite de la vie s’est engouffrée, a pris ses aises, a déroulé ses conséquences.
Elle en a la conscience nette, parce que c’est dans son corps que le petit écart s’est frayé un chemin, elle n’a pas d’argument médical à avancer, elle ne pourrait même pas dire que c’est grave, regrettable, ennemi, une traversée de soi par un lent courant d’air. Un souffle contre lequel il faut bander les muscles un peu plus fermement.
Elle ne sait pas si la faiblesse a précédé la décision, ou si tout est arrivé d’un coup quand à la fin d’un repas elle a dit: « D’accord. » Elle ne sait pas si c’est à l’intérieur d’elle que se logeait le désir de céder ou si quelqu’un dans l’équipage, d’un mot ou d’un regard, a pénétré sa froideur nécessaire. Elle croit que maintenant l’intérieur de son ventre est plus poreux aux vents marins.
Elle s’entend dire « D’accord » avec une voix qui n’est pas tout à fait la sienne, pas sa voix de travail, sa voix de commandante. C’est un son plus aigu, mal placé, elle qui est très attentive à ça, elle s’aperçoit en les disant que ces deux mots n’ont pas eu le temps de venir du ventre. Ils sont nés directement dans sa gorge et ont éclos publiquement : « D’accord ». Alors, si sa voix a dit, elle n’a plus qu’à suivre, elle n’a pas l’habitude d’être en désaccord avec elle-même. Entre ses pensées et ses paroles jusqu’ici il n’y avait jamais eu de décalage.
Comme elle est calme et sûre d’elle, elle se laisse faire par cette voix de gamine qui déboule au milieu d’un repas, elle se racle la gorge et répète de sa voix de dirigeante, avec son poids d’autorité : « D’accord ».
Il n’y a pas qu’en elle que se promène le souffle. Depuis plusieurs jours elle entend la rumeur, les rires étouffés. Elle s’est laissée surprendre par la bonne humeur expansive d’un équipage qu’elle croyait bien connaître, qu’elle avait recruté pour sa stabilité et le sérieux dont elle a besoin.
Comme à chaque fois, avant l’embarquement, elle a tout fait pour équilibrer les tempéraments des marins qui l’accompagnent. Un dosage d’une rigueur chimique alors que, sa prédisposition, c’est plutôt la mécanique.
À chaque départ, elle sait qu’elle prend le risque du précipité, des sangs qui s’échauffent après plusieurs semaines de cohabitation, des rancœurs ignorées, des alcools tristes, des envies d’en finir, des nuits trop longues, des corps qui s’effondrent sous le poids des solitudes. Mais l’amitié soudaine, la joie d’être complices, elle ne les a pas anticipées. Elle est assez désorientée pour ne pas savoir si elle doit y prendre part. C’est ça, son sourire bizarre, et sa voix augmentée d’une octave.
Elle a fini par accepter qu’on parle plus fort, qu’on rie plus, que les regards se cherchent et que chaque mot de l’un soit approuvé par un autre. Elle s’est assurée, comme elle le fait toujours, que les éclats de rire se partagent de manière équivalente, que personne ne soit oublié dans la distribution de la légèreté, qu’aucun membre de l’équipage ne fasse l’objet involontaire de la jovialité des autres. Elle s’est même laissée aller à frôler une épaule. Pour un peu, au bout de quelques jours, elle aurait serré l’un ou l’autre dans ses bras, sous la lune.
Elle commande depuis plusieurs années, trois ans sur ce navire, avec de nouvelles équipes régulièrement et plusieurs mois à terre entre deux convoyages, cette autre vie qu’elle oublie, à peine montée sur le bateau, à peine son sac posé dans sa cabine. Sur ce trajet la route est facile, surtout en cette saison. L’aventure, c’était pour ses lectures d’étudiante, pour les récits qu’elle invente dans les soirées à terre, quand on réussit à la faire parler d’elle. La plupart des officiers, elle les connaît depuis l’école, ils fonctionnent ensemble sans trop avoir à dire.
Elle est fille de commandant, et jamais il n’a été question d’une vie terrestre, dès le départ elle en a trop appris sur les bateaux pour se détourner de la mer. Elle appartient à l’eau comme d’autres ont la fierté d’origines lointaines. Il n’y a jamais eu lieu de rompre, de rejeter. Elle a fait le choix de la navigation, ce savoir d’êtres humains, le choix des bricolages antiques et des machines modernes, des chiffres et des sensations, des abstractions cosmiques et du soleil au visage. Ce qui lui a donné un âge, une densité.
Elle a observé le travail des autres, des hommes, avant elle, elle a appris tout ce qu’il faut apprendre et fait ses preuves sous les regards exigeants, parfois condescendants, méfiants. Elle n’a brûlé aucune étape, elle est étrangère à l’idée de privilège, à autre chose qu’au lent respect des procédures. Elle a découvert que le travail l’apaise, le temps rassurant du labeur. Avec sérieux, de haute lutte, elle a conquis son autorité.
Pendant sa première traversée, elle n’a presque pas dormi, elle était partout à la fois, voulait tout savoir, pour un peu elle aurait fait à la place de chacun. On souriait quand elle tournait le dos, on ne donnait pas long de sa carrière, de sa santé. On disait que le goût du métier d’homme finirait par lui passer, que quelqu’un saurait la retenir à terre, dans une maison, à commander ce que les femmes commandent, on disait que pour le long cours elle n’avait pas les bras costauds, ni les bonnes hormones. Une seule fois, elle a serré le poing pour se battre. Elle aurait eu le dessus, si la tension n’avait pas été désamorcée tout de suite, si une main ne s’était pas posée sur son épaule. Depuis qu’elle est celle qui donne les ordres et décide de la carrière des autres, on ne dit plus rien, le féminin a fait son chemin dans les esprits, est entré dans les histoires comme le surnom d’autres marins célèbres.
Petit à petit, la météo est devenue pour elle un sens plus aigu que les autres, et la cartographie précise aussi, avec ses petites croix tracées toutes les vingt minutes sur la grande carte du bureau pour marquer la position. À chaque nouvelle traversée, elle se voit sans surprise avancer vers le sud, avancer vers le beau, passer au large des dépressions en les évitant au mieux. Elle a appris le cours des étendues huileuses, le doux enveloppement des écumes vertes.
Elle aime regarder les cartes, les connaît par cœur, les annote, les range. Elle les connaissait toutes avant de voyager. »

Extraits
« Un cargo qui était lancé sur le chemin des Açores a brusquement piqué vers le nord, direction Terre-Neuve. Impossible d’établir le contact avec ceux qui étaient à bord pendant une semaine, on ne savait plus s’ils étaient morts ou vivants, s’ils allaient s’arrêter un jour ou s’abimer sur les récifs. On a pensé à un détournement une prise d’otages, mais les jours passaient sans aucune revendication, sans écho d’aucune violence. Je ne sais pas si on a essayé d’envoyer d’autres bateaux à leur rencontre, les polices et les douanes ont bien dû s’activer. Bref, un jour, le bateau s’arrête et l’équipage est retrouvé, et pas un n’est capable d’expliquer comment il a aussi brutalement changé de cap. Quelque chose a dû se passer, qui devait rester secret, qu’il valait mieux ne pas savoir.
— Qu’est-ce que vous dites ici ?
— Rien, c’est encore notre spécialiste des histoires de fantômes.
— Riez, riez, en attendant, est-ce que l’un d’entre vous a trouvé d’où venait la panne?
— Il y avait aussi cette histoire, poursuit un autre plus timide, maintenant qu’est ouverte la porte des grands récits, juste assez embellis pour se créer un lien, le temps d’une énième vérification technique. Cette histoire d’équipage ligué d’un coup contre sa hiérarchie, bien décidé à ne pas atteindre le port prévu, à mettre en scène un faux naufrage pour s’échapper tranquillement sur un autre continent avec une partie de la cargaison.
— Ne comptez pas sur moi pour ce genre d’aventures. Vu ce qu’on transporte.
– Qu’est-ce qu’on transporte, tu le sais, toi? – Ce n’est pas très compliqué à imaginer. Des T-shirt made in China, des meubles en kit et des litres de coca.
– Du blé. Des fruits dans des frigos. Des matières dangereuses, peut-être, de grosses piles radioactives.
– Et personne ne connaît l’histoire du papa de notre commandante? Il était lui aussi dans la compagnie, dans les années quatre-vingt.
Arrête, c’est une rumeur, rien n’a jamais été prouvé.
– C’est une légende, mon cher, et depuis quand, sur les bateaux, on ne pourrait plus se raconter de légendes ?
– Raconte, vas-y, moi je ne la connais pas.
– C’est l’histoire d’un grand commandant qui en avait vu d’autres, qui avait fait le tour du monde et qu’on citait en exemple pour quelques belles façons de traverser les tempêtes. Un jour de temps très calme, il fit route vers l’Amérique du Sud.
– Tu brodes complètement là, mais vas-y, on t’écoute.
Non non je t’assure, c’était l’Argentine. Bon, toujours est-il que le voyage se déroule normalement, l’arrivée du cargo est signalée à La Plata, le pilote est prêt à venir à sa rencontre. Et puis plus rien. Un jour, deux jours, trois jours, plus de nouvelles, plus de contact, et surtout, aucun autre bateau ne le repère dans la zone où il était pourtant arrivé. On commence à être sur le qui-vive, à préparer les plongeurs et Les secours. Et puis, au bout d’une petite semaine, retour du signal, le bateau est bien là où on l’avait laissé, il fait son entrée comme prévu. Avec juste un très léger décalage. Une semaine perdue dans les méandres de l’espace-temps.
— Et les marins, qu’est-ce qu’ils ont dit?
— On raconte qu’ils ne se sont rendu compte de rien d’anormal, et qu’ils ont été très surpris de l’accueil qui leur a été fait. On raconte surtout que le commandant n’a plus ouvert la bouche pendant plusieurs années. On ne sait pas ce qu’il a vu, mais quelque chose en lui avait changé, assez profondément.
— Eh bien ça ne me paraît pas très difficile à vérifier. Il y a quelqu’un à bord qui doit savoir tout ça bien mieux que nous.
— Alors vas-y, demande-lui, toi.
— Laissez-la tranquille.
Nourris d’histoires et de questions, ils sourient et se remettent au travail. Ils sont de ces insectes qui font fonctionner leur monde avec une rigueur imperméable à tout mystère. Ils traquent le boulon manquant, la petite fissure dans une de leurs cuves, ils testent, basculent du mode électronique au mode manuel, ne se fient plus qu’à leurs bras activant les leviers, mettent en marche les pistons dans la chaleur pourtant toujours intense des machines. Ils consultent des modes d’emploi, partent loin dans leur mémoire à la recherche des cas particuliers, des petites failles du système dont on a bien dû un jour leur dire de se méfier. » p. 90-91-92

« Tranquillement, le bateau continue à fendre les vagues et les bancs de poissons, ronronnant toujours son chant mécanique, pris d’une autonomie, seulement, qui rend les humains vains, et qui le leur fait comprendre. » p. 93

« Je soussignée par mon nom propre, commandante de mer, et de père en fille, capitaine de première classe de la navigation maritime, capitaine du navire au cœur qui bat tout seul, ayant pour port d’attache une ville pénible, et appartenant à la compagnie de navigation de ceux qui avancent dans l’eau sans se poser de questions, dont le siège social est situé dans une ville plus grande encore, et qui me fait sentir encore plus indésirable, déclare avoir appareillé de Saint-Nazaire un jour pair du siècle XXI, à destination des Antilles sans savoir quelles étaient mouvantes, munie de mes expéditions, le navire étant en bon état de navigabilité, les essais réglementaires et des vérifications effectuées avant le départ ayant confirmé le bon fonctionnement des appareils et aides à la navigation, panneaux bien condamnés, portes étanches bien fermées, grues bridées à leur poste de mer, équipage au complet composé de 20 hommes et une femme, puis 21 hommes et une femme sans que soit résolue la nature de cette augmentation, la femme en question n’ayant pas enfanté et ne désirant en aucun cas enfanter, chargé de 150000 tonnes de denrées diverses réparties dans des conteneurs de couleurs, mes préférés étant les bleus, je les trouve visuellement plus intéressants au crépuscule en pleine mer, les tirants d’eau étant, au départ, de 18,30 m à l’arrière et de 15,60 m à l’avant.
Quitté le quai à 22h 40 heure locale, aidée d’un pilote et assistée de 4 remorqueurs. La navigation assistée du radar n’a révélé aucun dysfonctionnement de celui-ci. La navigation se déroule sans difficulté par un temps clair et une visibilité de 10 milles, à La vitesse de 12,5 nœuds, jusqu’à ce qu’une idée lumineuse traverse l’équipage, pris d’une envie d’air pur et de vacances. Toutes les dispositions requises pour cette nouvelle situation sont prises à 9h 45 Le lendemain matin: mise en veille de toute conscience professionnelle, vitesse réduite jusqu’à l’arrêt, machines parées pour manœuvrer, mais main d’œuvre humaine absente car tout occupée à la baignade, feux et signaux sonores réglementaires en route, désactivation des radars anticollision.
Depuis cette heure, constat est fait d’une autonomisation totale du navire, refusant malgré diverses sommations de respecter les indications de vitesse données par le personnel navigant. La faute, considérée comme grave, est inscrite sur le livre de discipline. Le bateau a néanmoins refusé d’apposer sa signature en bas du document. Nous réfléchissons aux suites à donner à cette affaire, bien que cette insoumission nous amuse au plus haut point.
À partir de maintenant, décision est prise par moi-même de ne plus tenir ce journal, ayant conscience tout de même des sanctions encourues. De ne pas faire de rapport au port de destination. De ne pas raconter l’envie que j’ai de plonger à mon tour dans le banc de brume qui se profile à et de dormir cent ans. » p. 106-107

À propos de l’auteur

Mariette Navarro (c)Philippe Malone

(sdp)
Mariette Navarro (c)Philippe Malone (sdp)

Mariette Navarro © Photo DR

Mariette Navarro est née en 1980. Elle est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d’art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice avec Emmanuel Echivard de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne, où elle est l’auteure de deux textes de prose poétique, Alors Carcasse (2011, prix Robert Walser 2012) et Les Chemins contraires (2016). Et chez Quartett de 2011 à 2020, des pièces de théâtre, Nous les vagues suivi de Les Célébrations, Prodiges, Les Feux de poitrine, Zone à étendre, Les Hérétiques, Désordres imaginaires. (Source: Quidam Éditeur)

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Plasmas

MINARD_plasmas RL-automne-2021

En deux mots
Une poignée de survivants dans le monde d’après la catastrophe tente de survivre et de comprendre par quel enchainement de circonstances ils en sont arrivés là. Parviendront-ils à se construire un avenir? C’est tout l’enjeu du combat qui s’engage entre des tribus rivales et des projets différents.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Bienvenue dans le monde d’après

Céline Minard poursuit son exploration des différents genres littéraires avec toujours le même bonheur. Après le joyeusement iconoclaste Bacchantes, qui explorait les codes du polar, nous voici dans la science-fiction avec Plasmas.

Situé dans un lointain futur, le roman nous entraine dans un univers qui a déjà connu bien des bouleversements. En consultant les archives, on peut par exemple retrouver les tentatives de colonisation menées sur la lune ou sur mars et qui se sont toutes soldées par des échecs. Et sur terre la situation est tout sauf florissante. «Tout était gris, noir, couvert d’une couche de poudre épaisse, un tapis de fractales irrégulières, mêlé de brun, strié de blanc. Les vents balayaient et recomposaient les sols. Les marées brassaient la roche et la cendre avec le sable. Les braises s’étouffaient dans la zone de nuit jusqu’à l’extinction complète. Les nuages perdaient de la masse et se reformaient, plus clairs, lessivant les terres depuis les sommets. Des montagnes glissaient, les grands fleuves remuaient, prenaient du volume, poussaient les alluvions et forçaient les barrages pour rejoindre les mers. Les coulées sales s’éclaircissaient. Et le vert apparaissait. En points, puis en taches de plus en plus larges sur l’ensemble des terres émergées. Il occupait la côte est de l’Amérique du Nord suivant l’ancien maillage du réseau lumineux jusqu’au centre du continent, par capillarité, il soutenait les fleuves dans leur course, courait sur les plateaux, sautait sur les versants. L’Eurasie se couvrait d’un manteau clair ininterrompu dans sa partie nord, l’Australie se bordait, l’Afrique retrouvait un cœur, l’Amérique du Sud une coiffe, une robe, une parure. Et les cyclones continuaient de brasser, les océans d’éclaircir et d’engloutir les îles et les bordures.»
La poignée de survivants a compris que cette terre n’aura d’avenir que dans la préservation de tous les êtres vivants, végétaux et animaux. Que la recherche devait être axée sur les moyens de la développer. C’est par exemple l’exploit réalisé par Aliona Ilinitchna Belova, qui «avait mis au point, seule, dans son laboratoire pouilleux de Bratsk, la technique de clonage la plus économique du monde» et avait réussi à développer une nouvelle race de petits chevaux que le monde entier s’arrachait.
Le projet littéraire de Céline Minard est ici en parfaite phase avec l’histoire proposée. Entre poésie et nécessité, elle a élaboré de nouveaux mots pour décrire une réalité située dans le futur où l’univers est bien différent d’aujourd’hui, où de nouveaux êtres apparaissent, de nouveaux objets, de nouvelles fonctionnalités. J’imagine que cette écriture pourra dérouter le lecteur, mais j’ai pris pour ma part beaucoup de plaisir en compagnie des Bjorgs, des Arrecifs ou encore de Rhif et de la Küin, sans oublier tous les héros Marvel et les icônes des jeux vidéo convoqués pour un final en apothéose.
Oubliant le récit linéaire, la romancière a choisi un assemblage de récits qui dressent une sorte de panorama de ce «monde d’après». On passe ainsi des acrobates dont les prouesses servent à enrichir la connaissance scientifique à une exploration de la faune et de la flore qui, pour survivre, a subi bien des mutations. Mutations auxquelles les humains n’ont pas pu résister non plus. Au fil des chapitres, on constatera par exemple combien leur cinq sens ont évolué, jusqu’à bouleverser la hiérarchie actuelle. Et combien la cohabitation avec la nature a pris une autre dimension.
En fait, derrière la fantaisie et l’imagination débridée se cache une profonde réflexion sur l’écologie, sur la place de l’homme au côté des autres espèces (et non au-dessus) et sur les enjeux technologiques de notre futur. Jamais peut-être les mots science et fiction n’auront été mieux accolés.

Plasmas
Céline Minard
Éditions Rivages
Roman
160 p., 18,00€
EAN 9782743653675
Paru le 18/08/2021

Où?
Le roman est situé en principalement sur notre planète, mais on y évoque aussi la lune et mars.

Quand?
L’action se déroule dans un futur lointain.

Ce qu’en dit l’éditeur
Céline Minard nous plonge dans un univers renversant, où les espèces et les genres s’enchevêtrent, le réel et le virtuel communiquent par des fils ténus et invisibles. Qu’elle décrive les mesures sensorielles effectuées sur des acrobates dans un monde post-humain, la conservation de la mémoire de la Terre après son extinction, la chute d’un parallélépipède d’aluminium tombé des étoiles et du futur à travers un couloir du temps, ou bien encore la création accidentelle d’un monstre génétique dans une écurie de chevaux sibérienne, l’auteure dessine le tableau d’une fascinante cosmo-vision, dont les recombinaisons infinies forment un jeu permanent de métamorphoses. Fidèle à sa poétique des frontières, elle invente, ce faisant, un genre littéraire, forme éclatée et renouvelée du livre-monde.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Goodbook.fr
Page des Libraires (Anne Canoville Librairie du Tramway, Lyon)
France Inter (Un monde nouveau)
Kube.com
Blog Sur la route de Jostein


Céline Minard s’entretient avec Madeleine Rigopoulos à propos de Plasmas © Production Éditions Rivages

Les premières pages du livre
« En l’air
La salle bourdonne d’électricité. Ils sont tous là, ils attendent dans le noir, caméras en veille, capteurs éteints, à l’arrêt depuis qu’ils ont pris place un à un dans l’ordre, en silence, immobiles.
Galván est debout sur la plateforme de départ, chaud, étiré, frémissant, il attend le faisceau de lumière qui le lancera dans l’action. Il sait comment passer les vingt secondes entre le coup de projecteur et l’envol. Les yeux fermés, concentré sur la disparition progressive du phosphène provoqué par la poursuite qui le reprendra et ne le lâchera plus durant les trente-cinq minutes à venir. Si tout va bien.
Rodric est en train de grimper en contrebas face à lui, il l’entend. Léna le rejoindra dans quelques secondes en pleine lumière. Elle s’appuiera sur son épaule pour saisir la barre. Ils percevront alors tous les trois le déclic unique de trois mille capteurs réactivés.
Galván respire avec application, il compte. Sa transpiration commence à imbiber son intégrale sous les aisselles, au creux des genoux et des reins. Le tissu gonfle imperceptiblement, la ventilation s’amorce. Il regrette son antique léotard en graphène qui puait bien avant la fin de l’échauffement. Mais plus aucun humain n’est autorisé à circuler sans sa gaine électro-organique connectée. Ils traitent toutes les données, tout le temps. Et ce n’est pas maintenant, pas ce soir, qu’il va y échapper.
Les trois mille Bjorgs qui occupent le parterre sont venus pour ça, recueillir, analyser et transformer les informations. En temps immédiat et en conditions réelles reconstituées.
Les agrès sont d’époque, le filet se déploie douze mètres sous les plateformes, quatre au-dessus de la sciure et du sable qui jonchent la piste, on s’y croirait. Les gradins ont été adaptés. Aucun siège, mais une rampe de résine souple spiralée en pente douce autour du cercle central, sur laquelle ils ont roulé pour monter jusqu’à leurs points d’arrêt respectifs. Les différences de captation seront négligeables.
L’observation mécanique n’est plus l’enjeu. Galván connaît la longue histoire des Bjorgs vers la fluidité du mouvement. L’acharnement des hommes puis des modulaires pour égaler l’agilité des organismes. Il y a longtemps que les records humains ont été pulvérisés. En toute discipline. Ils sautent, ils nagent, ils volent, ils lancent plus haut, plus loin, plus profond, ils frappent plus fort, ils courent plus vite. Sur des lames d’acier tendre, les Bjorgs équipés au minimum servent de leurre lors des courses de lévriers. Avec les préréglages requis pour garder les chiens en haleine et les emmener plus vite, toujours plus vite vers leur fin. Ils en ont épuisé des milliers avant de réduire la zone de seuil critique à un point. Précis, indépassable. L’analyse des Bjorgs est efficace.
L’échelle de corde oscille contre le métal du portique. Léna monte sans peser, elle coule son ascension à l’intérieur de la tresse de chanvre qui la supporte, elle passe d’un degré à l’autre sans en marquer aucun, dépasse la plateforme et s’y pose. Elle touche Galván à l’épaule, le projecteur les inonde. Elle attrape la barre, la garde dans sa main, la réchauffe. Galván a les yeux clos. Rodric est sur le trapèze en face d’eux, assis, en mouvement. Ses avant-bras sont blancs, poudrés jusqu’aux coudes. Ses maniques brillent d’un éclat mat. Il se balance, en équilibre sur une fesse et un bout de cuisse, les jambes pendantes. Le fantôme lumineux s’est estompé sous les paupières de Galván, Rodric est accroché par les jarrets, épaules et tête relâchées, il prend de la vitesse à chaque aller, chaque retour. C’est un moment qu’il aime. La progressive inversion de l’orientation de son corps. Cette minute d’installation, de retrouvailles avec la posture, l’ancrage dans ses cuisses, la présence de son crâne, les fourmis dans ses doigts. Il en profite, il est chez lui, solide, un porteur.
Et Galván tout à coup tient la barre des deux mains. Produit son petit saut de départ, jambes tendues, pointes, et part. Sans tambour ni trompette, les seuls sons seront ceux des agrès, des corps, des souffles, des chocs et du vent. Il siffle à ses oreilles dès le premier ballant. Bras tendus, gainé, jambes à l’équerre au retour, il monte en force, s’allège, s’alourdit d’autant, encaisse la pression, la convoque, la révoque et passe sa figure. Un double saut périlleux au bout duquel Rodric lui dit « Donne ! », et il donne, ses mains, sa vie, son cœur dans le même geste. Un seul coup d’œil entre eux et Galván exécute son retour en pirouette et demie. Ample, lente, une promenade fulgurante. Dix secondes de vie en tout et pour tout. La plateforme vibre sous l’autorité de son poids retrouvé. Il y est, il est dans son élément, en pleine possession de ses moyens, lucide, affûté, il ne pense qu’à la quitter de nouveau. Mais Léna s’est enfuie avec le trapèze, il faudra l’attendre. Elle remonte le deuxième ballant, entame sa descente, la pointe de chaque pied à chaque extrémité de la barre, elle atteint l’apogée, lâche, plonge, verticale, jambes refermées, bras tendus, paumes jointes, et propose ses chevilles à Rodric qui les prend.
Il la tient, tête en bas, pleine d’eau, pleine de sang, il sent sa résistance descendre dans les jambes de Léna qui frôle l’air de ses doigts et semble le dessiner, le déchirer, il la tient pour la relancer, lui transmettre en élan ce qu’elle lui a fourni en impact qui les a entraînés tous les deux vers l’arrière, vers l’avant, il la lance, la barre lui cisaille les tibias, Galván a renvoyé le bâton, Léna le surmonte, pirouette et saisit le retour comme il passe. Ses mains sont immenses. Toutes veines apparentes. Elle ne sourit pas en rejoignant la plateforme. Elle n’a jamais eu à le faire. Ce n’est pas un spectacle. Ce n’est pas une espèce qui en regarde une autre – et repart, sauvage. Il n’y a que ces trois-là, ce soir, pour savoir ce qu’ils font.
Le trapèze fait six mouvements à vide pendant que Rodric ouvre le sac de magnésie accroché à sa ceinture, y enfonce la main droite, le referme, et laisse un sillage de poudre se former sur l’étendue de la courbe qu’il traverse, son ambitus, son territoire.
Les Bjorgs sont étanches, insensibles aux particules fines.
Galván est là pour tourner le triple comme il se tourne depuis des siècles, à l’antique. Sa technique est irréprochable, elle est rodée. Les Bjorgs qui maîtrisent la quinte et le sixte n’en ont pourtant pas fini avec lui, avec son art, avec sa peur peut-être. Les variations de son taux d’adrénaline qui grimpe en flèche au tout début du départ, descend pendant le ballant, s’installe dans la figure, plus stable qu’un centre de gravité pendant qu’il tourne sur lui-même comme autour d’un axe inamovible, et remonte au moment de la rencontre, juste avant d’entendre le porteur, de le sentir, de le voir enfin, ses yeux comme deux lacs inversés, gorgés de vie, de larmes retenues.
Ils n’en ont pas fini avec Rodric non plus. Avec ce qui les lie au travers du vide, qui échappe à leurs mesures. Au calcul des forces, à la mécanique des fluides, à la chimie.
Il le tourne et revient. Rodric tape dans ses mains. Léna repart.
Elle se lance de la plateforme d’un saut sec, très réduit, le seul effort qu’elle semble fournir d’elle-même, tirer de son corps, de sa force personnelle, le seul acte où sa volonté se manifeste, décisive et ramassée comme une balle. Le geste après quoi tout est dit alors que rien encore n’est joué, n’a eu lieu, ni pris forme sinon dans sa chair et déjà dans l’air qui la porte. Elle est au-delà de la figure qu’elle va accomplir. Occupée seulement de sa suspension, paumes fermées sur la barre, immobile dans le mouvement de l’agrès, dans la masse du gaz qui l’entoure. Ce n’est pas elle qui bouge mais les éléments autour d’elle. La barre, le porteur, le filet, le portique. Elle les lâche dans les quatre directions, elle les fait tourner, les reprend pendant qu’ils tombent, les replace, les renvoie, les affole, et revient la barre dans ses mains, la plateforme sous ses pieds, la barre sans ses mains, la gravité dans la terre, l’air dans sa bouche.
Léna n’est pas une voltigeuse, elle n’a que faire de la chute.
Les Bjorgs ne parviennent pas à quantifier son degré d’absence.
Galván est en place pour le quad. Il inspire et souffle en sautant. Toujours le même, une corde, un assemblage de bâtons et d’élastiques, un mental trempé comme l’acier, une flèche dure qui va devenir toupie et s’envoyer dans le volume, hors de prise, de toute atteinte, intraitable. C’est ce moment qui le fait voler. La seconde, le dixième de seconde où le mouvement se déclenche et l’envahit, l’embarque, le prend comme s’il était lui la vague dans l’océan, la force élémentaire, le contact. Bien moins qu’une durée, une éternité. Après quoi, les bras de Rodric lui rendent son corps, les yeux de Rodric attestent son vol, et la barre son poids.
Les Bjorgs refont sans cesse le calcul de sa densité. »

Extraits
« Le cœur de la sphère disparaissait un moment sous un aérosol homogène moucheté de paillettes. On tenait alors une boule de fumée aussi fragile qu’une bulle de savon, tout aussi vide.
La poussière de la floraison retombait. Elle décantait, lentement, se posait sur les surfaces immobiles, accentuait les reliefs, tapissait les plaines, marquait les liquides. Tout était gris, noir, couvert d’une couche de poudre épaisse, un tapis de fractales irrégulières, mêlé de brun, strié de blanc. Les vents balayaient et recomposaient les sols. Les marées brassaient la roche et la cendre avec le sable. Les braises s’étouffaient dans la zone de nuit jusqu’à l’extinction complète. Les nuages perdaient de la masse et se reformaient, plus clairs, lessivant les terres depuis les sommets. Des montagnes glissaient, les grands fleuves remuaient, prenaient du volume, poussaient les alluvions et forçaient les barrages pour rejoindre les mers. Les coulées sales s’éclaircissaient. Et le vert apparaissait. En points, puis en taches de plus en plus larges sur l’ensemble des terres émergées. Il occupait la côte est de l’Amérique du Nord suivant l’ancien maillage du réseau lumineux jusqu’au centre du continent, par capillarité, il soutenait les fleuves dans leur course, courait sur les plateaux, sautait sur les versants. L’Eurasie se couvrait d’un manteau clair ininterrompu dans sa partie nord, l’Australie se bordait, l’Afrique retrouvait un cœur, l’Amérique du Sud une coiffe, une robe, une parure.
Et les cyclones continuaient de brasser, les océans d’éclaircir et d’engloutir les îles et les bordures. Quand le sable se distinguait de l’écume sur les littoraux et formait un trait de contour blond, quand les lagunes apparaissaient en mer Caspienne, les mangroves à la pointe de la Somalie, les récifs-barrières en Australie, Helen arrêtait l’animation. Tout le monde connaissait la suite. Son auditoire ne supportait plus la mention de la série d’événements qui avaient eu lieu dans cette tardive Antiquité. La lassitude, plus rarement la colère, le rendait sourd à cette période historique.
Elle reposait la sphère sur l’étagère XVIII de la vitrine et proposait à deux de ses étudiantes, de préférence, de prendre et d’allumer les deux autres manumériques simultanément. La Lune blafarde et Mars la poussiéreuse. Les hypothèses de l’époque.
Ils voyaient alors le satellite et la planète rouge s’animer d’une vie minuscule, circonscrite à quelques cratères. D’abord sur la Lune, avec les structures de vie, de forage et d’assemblage rapide, puis sur Mars, quelques minutes après. Les réacteurs nucléaires, les panneaux solaires, les bulles à eau, à oxygène, les serres, l’entrée des tunnels à vivre, le parc des Rovers et des Voltigers qui couvraient bientôt des centaines d’hectares. Les data de cette période dite d’installation étaient toujours disponibles. Ainsi qu’une petite dizaine de récits d’explorateurs qu’Helen affectionnait pour leur enthousiasme et leur maladresse. » p. 20-21

« Quand ils eurent à leurs pieds, tout net, le parallélépipède parfait, désenfoui de millénaires d’alluvions et d’innombrables brassages souterrains, quand ils l’eurent sous les yeux, nu, aveuglant, excessivement géométrique, ils comprirent qu’ils avaient eu une vie qui ne reviendrait pas.
Les résultats des tests chimiques étaient indubitables. Le bloc était de l’aluminium pur. Un monolithe. Il venait de l’espace. Ce qui n’était pas une grande affaire. Il ne venait pas de notre système solaire, ce qui était déjà plus solide. Et sans doute ne venait-il pas du passé, en quelques milliards d’années qu’on le compte.
Mais il était là, considérable.
C’était un fait. » p. 43

« Le nombre des commandes était monté en flèche après la publication des résultats des tests à l’effort et du tableau complet des rapports puissance-énergie-résistance dans Nature and Adaptation. Aliona Ilinitchna Belova avait dû agrandir son installation, recruter, former et produire à une échelle dont elle n’aurait jamais osé rêver. Les investisseurs se bousculaient à sa porte, les préparateurs se présentaient par centaines, spontanément, les entraîneurs rivalisaient d’adresse, les amants de déclarations. (Les amantes étaient plus discrètes.)
La Sibérie entière en réclamait, l’Australie proposait des avances fabuleuses contre la garantie d’être fournie en priorité. Les ranchers de l’Ouest américain s’étaient arraché les premières cargaisons aux enchères, l’Europe, après un temps de réflexion, s’était lancée dans la course en déléguant de grands dresseurs décidés à prêter main-forte et à définir les meilleures souches. Aliona Ilinitchna n’avait pas besoin de leur expertise. Elle avait mis au point, seule, dans son laboratoire pouilleux de Bratsk, la technique de clonage la plus économique du monde, sans l’aide ni la bénédiction de qui que ce soit, et elle comptait bien garder la main. Elle ne regrettait pas ses choix. En regardant le fenil branlant, la grange borgne et la boue de patate à ses pieds, elle se sentait en accord avec le passé, et elle le resterait tant que ses cinquante coursiers s’ébattraient sous ses yeux dans le pré. » p. 62

À propos de l’auteur
MINARD_Celine_©Elizabeth_Carecchio

Céline Minard © Photo Elizabeth Carecchio

Céline Minard a écrit notamment Le Dernier Monde (2007), Faillir être flingué (prix du Livre Inter 2014), Le Grand Jeu (2016) et Bacchantes (2019). Elle est saluée comme une voix majeure de la littérature française actuelle. (Source: Éditions Rivages)

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Mon temps libre

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En deux mots:
Un jeune homme part à Berlin pour y découvrir la ville et ses habitants, pour donner des cours de français et faire des traductions. Durant son séjour, il va s’intéresser à la manière dont la ville fonctionne, comment les plantes et les animaux s’approprient la ville et aux fantômes de l’Histoire.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Parenthèse berlinoise

Samy Langeraert a vécu quelques temps à Berlin. Mon temps libre raconte son séjour, ses déambulations dans la ville et nous livre, bien mieux qu’un guide touristique, l’âme de cette capitale.

« Chaque soir, pendant des heures, je marche sur les trottoirs couverts de neige sans prendre de direction précise. Les rues sont à peine éclairées et dans les coins, entre les réverbères ou les néons, l’obscurité se creuse et devient brusquement sensible.» Dès les premières phrases de ce court roman, Samy Langeraert installe l’ambiance qui va accompagner le lecteur tout au long du livre, faite davantage d’ombres que de lumières, de sensations que de faits. Ce faisant, il capte beaucoup mieux le pouls de cette ville que ne le ferait un guide officiel en allant d’un monument à l’autre. Il préfère se pencher sur les plantes aromatiques qui poussent sur la terrasse des appartements que nous parler de la porte de Brandebourg, s’intéresse davantage à la faune qui investit la ville qu’aux Palais que l’on reconstruit à coup de millions. Et davantage aux destins individuels qu’à la mémoire collective.
Au début du livre, il nous parle de Winfried Freudenberg dont il a découvert le nom sur une plaque commémorative. Cet homme est la dernière victime du mur de Berlin, le 7 mars 1989. Avec son épouse, il a construit un ballon mais il est repéré durant les opération de gonflage. «Le couple décide alors que Winfried Freudenberg doit partir seul (la plaque ne précise pas ce qu’il est advenu de sa femme), mais le ballon s’élève beaucoup plus rapidement que prévu et Freudenberg se retrouve bloqué des heures en altitude, « accroupi dans une boîte de 40 centimètres de large et deux centimètres d’épaisseur ». On a retrouvé son corps dans la Limastrasse, dans le sud-ouest de la ville…».
À la fin du livre, il évoque Ida Siekmann, qui serait la première victime. Elle est «morte le 2 août 1961 des suites de ses blessures après avoir sauté par la fenêtre de son appartement de la Bernauer Strasse.» Deux faits divers qui relient plus d’un quart de siècle. Car si le mur a aujourd’hui disparu – à part les quelques mètres érigés pour les touristes – il reste bien présent dans l‘esprit et dans le cœur des berlinois. Et si depuis 1989 la ville a été transformée, elle conserve de son lourd passé de vastes espaces plus ou moins sauvages dont profitent les animaux.
Lors de ses déambulations, le narrateur a ainsi pu croiser plusieurs fois un renard vraisemblablement à la recherche de nourriture.
Les jours passent et, petit à petit notre visiteur s’installe: «L’hiver s’est dissipé, le printemps gonfle, les jours s’étirent, j’examine les bourgeons de toutes mes forces, les mouches encore si peu méfiantes, je crois pouvoir sentir la chaleur du soleil sur mes poignets, mes tempes, mais ça ne va pas plus loin, et puis les phrases et les pensées s’étiolent, le blanc revient toujours, c’est comme si les idées, les fleurs, la terre, les mots s’évaporaient… »
Il donne des leçons de français via Skype à une chercheuse dans un laboratoire qui habite dans la banlieue ouest de Zurich ainsi qu’à un cadre d’une société de conseil installée sur le Kurfürstendamm, effectue quelques traductions, mais préfère de loin la musique de certains mots tels que Gedankensprung ou Schadenfreude. «Parfois, le simple fait de les retrouver sur la page d’un journal me redonne presque la santé» écrit-il.
Il s’installe à la bibliothèque mais regarde plus les autres visiteurs que ses livres, va manger une currywurst, apprécie la tiède soirée au bord d’un lac, apprécie la bière achetée dans un Späti «à l’heure où la journée s’achève et où il est temps d’en faire une sorte de compte rendu mental». Il pourrait alors s’amuser à décortiquer le titre de son premier roman. Il découvrirait alors qu’il ne pouvait en trouver de meilleur, car la notion de temps y est omniprésente et que ce temps à disposition lui a conféré la liberté d’observer et de raconter.

Mon temps libre
Samy Langeraert
Éditions Verdier
Roman
96 p., 12,50 €
EAN 9782378560072
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en Allemagne, principalement à Berlin et dans les environs. On y évoque aussi Paris, Dresde, Heidelberg, Bâle, Strasbourg et Zurich

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Mon temps n’a rien à voir avec ce temps qui passe à l’extérieur. C’est un temps ralenti, engourdi, un temps un peu malade que j’émiette et qui tombe comme une neige lente, poudreuse.
À l’issue d’une rupture amoureuse, le narrateur de Mon temps libre quitte Paris pour s’installer à Berlin, une ville qu’il connaît déjà pour y avoir passé un hiver fantomatique. Ainsi s’ouvrent les quatre saisons d’une vacance, d’un temps libéré des contraintes mondaines et qui aiguise la perception du monde.
Le jeune homme fait l’expérience d’une étrangeté et d’une solitude radicales, qui est aussi celle d’un entre-deux-langues.
Berlin nous apparaît ainsi sous un jour inédit. Loin des clichés contemporains d’une ville créative et frénétique – qui surgissent parfois en négatif et comme toujours vus à distance –, cette odyssée en mineur nous confronte à sa météorologie, sa flore et sa faune, à ses lieux périphériques, à ses rebuts et ses personnages secondaires.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres hebdo (Jean-Claude Perrier)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
Berlin, premier hiver
Chaque soir, pendant des heures, je marche sur les trottoirs couverts de neige sans prendre de direction précise. Les rues sont à peine éclairées et dans les coins, entre les réverbères ou les néons, l’obscurité se creuse et devient brusquement sensible. J’ai fini par m’apercevoir qu’elle ne recouvrait pas les choses, mais leur donnait plutôt un degré de consistance dont je n’avais jusque-là aucune idée : les grilles, les branches tombées par terre, les angles du caniveau me semblent plus vrais, mieux dessinés qu’ailleurs. Chez moi, le blanc des lampadaires les écrasait tandis qu’ici, le peu de lumière les gonfle et les soulève.
Je marche, la neige collée aux semelles de mes chaussures, mon appareil photo en bandoulière, et je regarde : voilà des mois que je longe les rues la nuit à la recherche d’un signe qui m’aurait échappé depuis mon arrivée. Avec un entêtement stupide, je plisse les yeux devant les arbres au tronc humide et froid, les vitres embuées des camionnettes, les noms listés aux interphones, les grues, les stands de Currywurst ou les traces dans la neige, je les scrute, mais n’y découvre rien, et à défaut de savoir quoi en faire, je les photographie. J’ai l’illusion qu’en les fixant longtemps à travers le viseur, sous plusieurs angles, en me retenant de respirer et en pressant doucement le déclencheur de l’appareil jusqu’à ce que le miroir pivote et claque, je parviendrai à entrevoir cette forme qui se dérobe sans cesse. Après chaque prise de vue, le flash émet un sifflement si faible que je le confonds parfois avec un acouphène.
La neige étouffe mes pas ou manque de me faire glisser selon qu’elle est fraîche ou tassée depuis des jours. Je marche et j’articule dans l’air glacé les mêmes questions stériles, des questions hébétées aux réponses évidentes, mais que je ne peux pas m’empêcher de poser encore et encore à défaut de mettre la main sur le problème qui m’intéresse vraiment. Pourquoi la nuit tombe-t-elle si tôt? Pourquoi la neige ne fond-elle pas? Pourquoi y a-t-il si peu de lumière dans les immeubles, où sont passés leurs habitants? Quand une fenêtre est éclairée, j’imagine par exemple un salon décoré avec soin, plusieurs fauteuils moelleux, des magazines, du courrier sur une table basse, des lattes de pin très larges, et à côté, dans la cuisine, les gestes fatigués d’un homme qui manipule un ouvre-boîte ; ou bien une chambre aux murs couverts d’affiches de blockbusters, un piano électrique sur lequel un garçon répète les mêmes accords dix fois, vingt fois, cent fois avec application ; ou un bureau dans lequel s’entassent toutes sortes de documents : des piles de papiers en désordre et des classeurs, des chemises, des caisses remplies de factures, de contrats, de brochures noyés dans la lueur blafarde d’une ampoule basse consommation.
Dans la journée, ici, il n’y a presque personne à l’extérieur, mais la nuit, même l’idée d’un passant est fragile. À quoi bon éclairer les rues si elles restent désertes? Ces soirs d’hiver, je croise dans un quartier sa petite poignée de fantômes, puis quelques ombres dans le quartier voisin, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la fatigue, l’ennui, l’irritation l’emportent sur la curiosité. Alors je prends le métro pour retourner chez moi et sur les quais, dans les wagons, je peux regarder d’un peu plus près et un peu plus longtemps ces figurines grandeur nature que sont les Berlinois. Pour la plupart, elles se tiennent à l’écart les unes des autres, et même les rares qui sont ensemble conservent entre elles une distance incompréhensible. Partout, il règne un silence mat et comme une version négative d’espace public. Ce qui définit ces lieux, c’est ce qui ne s’y passe pas. Leurs occupants s’accordent sur une seule règle, très simple : aucune interaction n’est justifiée. L’autre est une abstraction qui doit rester intacte, avec laquelle il serait déplacé d’échanger un sourire, un regard, la moindre des politesses.
La langue de ces gens-là, j’ai renoncé à l’écouter attentivement dans l’espoir d’y trouver quelque chose d’autre que des affirmations transmises de façon mécanique. Dans les parcs, dans les bus, à la cantine de l’université, je n’entends pas d’incertitude : c’est comme si la syntaxe avait durci et que cette solidité les fascinait. Même les enfants la craignent. Même dans les salles de cours, où la parole s’étale en long et en large, elle se retranche derrière des expressions toutes faites et des postures dont la répétition m’épuise.
À l’université, de toute manière, je n’y vais plus. Le matin, je reste ici, dans cette grande chambre si blanche et lumineuse que chaque chose que j’y fais prend l’allure d’une expérience de laboratoire. Je n’ai jamais eu autant de fenêtres à ma disposition. Elles tremblent en chœur quand un camion passe dans la rue, et entre leurs deux rangées, je trouve chaque jour de nouvelles coccinelles qui deviennent, une fois mortes, plus légères que des miettes. Je m’assois au bureau et je feuillette mes livres, il m’arrive même de prendre des notes pour le mémoire que j’ai cessé d’écrire, mais mon regard finit toujours par déraper hors de la page et atterrir sur la surface parsemée d’entailles de la grosse table en bois que j’ai achetée aux puces. Je passe d’une fente à l’autre et je consigne pour moi leurs différences ou leurs similitudes, puis j’ouvre le dictionnaire et vérifie le sens d’un mot repéré la veille sur une affiche publicitaire. Dehors, le bus jaune à étage remonte la rue jusqu’à l’arrêt suivant, et derrière lui quelques voitures le suivent en file indienne. Le bus avance au ralenti pour respecter l’horaire prévu, mais les voitures ne le dépassent jamais.

Extraits
« L’un des Spätis que je fréquente le plus se trouve dans la Wrangelstraße, près de Schlesisches Tor. Si je suis dans les parages et qu’il fait bon, je vais y acheter une bière et je m’installe devant, dos aux vitrines, sur l’un des bancs placés de chaque côté de la porte d’entrée. J’évite d’y aller trop tôt ou tard : plutôt à l’heure où la journée s’achève et où il est temps d’en faire une sorte de compte rendu mental, même s’il n’est pratiquement rien arrivé depuis le matin. Je décapsule ma bière et je regarde les gens passer, et les voitures, les arbres, les animaux, les gens dans les immeubles d’en face. Le Späti est tenu par un couple qui semble tout droit sorti d’un livre de Carson McCullers. L’un et l’autre sont obèses, impénétrables, et s’acquittent de leurs tâches sans avoir l’air d’y prêter attention, comme s’ils flottaient dans un monde parallèle – comme si la zone dans laquelle se trouvait leur Späti n’était pas tout à fait terrestre. Ils ont leurs propres chaises pliantes dehors, au milieu du trottoir, et viennent s’y asseoir à tour de rôle, pour ne rien faire, pour regarder, comme moi. On pourrait supposer qu’ils sont anesthésiés, qu’ils ont déjà tout vu, tout entendu, mais à la moindre perturbation, ils tournent la tête et ils observent. Les événements les plus infimes les intéressent : ils veulent savoir qui rit ou crie au coin de la rue, pourquoi telle femme marche en traînant les pieds, où va telle ambulance, si le nuage qui passe annonce la pluie ou s’il s’agit seulement d’un nuage égaré dans le ciel du soir. »

« Mon affection pour certains mots d’ici («Gedankensprung», «Schadenfreude»): parfois, le simple fait de les retrouver sur la page d’un journal me redonne presque la santé. »

« Les bruits d’octobre se sont dissous dans l’air. Tous les jours à onze heures, un petit groupe d’enfants guidé par un adulte se dirige vers le square, chaque jour plus silencieux, plus lent, ses mouvements comprimés peu à peu par le froid. L’après-midi, personne ne vient plus s’asseoir sur les bancs, et les trottoirs des environs restent déserts. Plus d’étourneaux, plus d’hirondelles, et de jour comme de nuit, seulement des bruits nocturnes, des bruits de ville abandonnée, de ville sous cloche de verre. Mais à mesure que les bruits s’affaiblissent à l’extérieur. ceux de l’immeuble se font plus insistants : la télé du voisin, les portes claquées, fermées, poussées, les grincements en tous genres, les clés tournées dans les serrures, les clous plantés ici et là…»

« L’identité de la « première victime du mur » ne fait pas consensus. D’après certains, il s’agit d’une femme de cinquante-huit ans, Ida Siekmann, morte le 2.2 août I961 des suites de ses blessures après avoir sauté par la fenêtre dc son appartement de la Bernauer Strasse. Pour d’autres, c’est un jeune homme de Vingt-quatre ans, Günter Litfin, abattu le 24 août alors qu’ il essayait de rejoindre le secteur, britannique en traversant un canal à la nage. On peut lire sur Wikipédia que « les coups de feu ameutèrent les passants qui assistèrent au repêchage de son cadavre par la police ». Sur un site officiel de l’administration allemande, on apprend que la Stasi lança immédiatement une campagne de diffamation… »

À propos de l’auteur
Samy Langeraert est né en 1985. Il vit à Paris. Mon temps libre est son premier roman. (Source : Éditions Verdier)

Blog de l’auteur (avec extraits de livre)

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