À crier dans les ruines

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Sélectionné pour le prix Stanislas du premier roman
Talents Cultura de la rentrée

En deux mots:
La catastrophe de Tchernobyl pousse Léna à fuir une terre irradiée, laissant derrière elle Ivan, son amoureux, et ses belles promesses. C’est désormais en France qu’elle doit se construire un avenir… qui la conduira vingt ans plus tard à revenir dans la cité martyr de Pripiat.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Retour à Tchernobyl

L’émotion sourd de toutes les pages du premier roman d’Alexandra Koszelyk. «À crier dans les ruines» est un chant d’amour à une terre, à un serment de jeunesse, mais aussi une terrible déchirure.

Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, de ce 26 avril 1986 où un accident nucléaire dans la centrale de Tchernobyl a soudain transformé les belles certitudes sur le progrès et les avancées de la science en un drame mortel qui a secoué le monde. Je vous parle d’un temps où l’Allemagne et la Suisse interdisaient la consommation de légumes de son potager et où le fameux nuage s’étant arrêté à la frontière, la France ne «courait aucun risque». Je vous parle d’un temps où l’information sur la catastrophe, les victimes, le traitement du problème et la zone contaminée était très parcellaire, en grande partie censurée par les autorités russes (et quand on voit le traitement de l’accident nucléaire des derniers jours, on se dit que rien n’avait vraiment changé de ce côté).
Je vous parle d’un temps qui a fait basculer du jour au lendemain la vie de milliers de personnes, notamment celle de Léna, le personnage au centre de ce beau roman.
Les premières pages se déroulent en 2006, vingt ans après la catastrophe, au moment où Léna arrive à Kiev pour s’inscrire à une excursion vers Pripiat avec quelques touristes dont la curiosité est plus forte que le risque encouru. Mais pour elle, on va le comprendre très vite, ce voyage revêt un caractère autrement plus important: elle revient dans la ville où elle a passé son enfance, dans la ville où elle a connu Ivan, auprès de l’arbre sur lequel a été gravé la preuve de leur amour, là où elle a fait un serment qu’elle n’aura pu tenir.
Le brutal arrachement à cette terre frappe aussi ses parents et sa grand-mère Zenka qui laisse derrière elle, dans le train de l’exil, «son chez-soi, sa langue, et des amis déjà enterrés». Dimitri, son père, a pu trouver un emploi à Flamanville, non loin de Cherbourg, où ses connaissances dans le domaine nucléaire sont appréciées.
Suivent alors des pages fortes sur l’exil et sur la façon dont on peut essayer de surmonter ce déchirement. Léna trouve un réconfort dans la lecture : «Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader: ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne.»
La lecture et l’écriture. Car l’adolescente espère toujours que ses lettres trouveront Ivan qui, de son côté lui écrit aussi. Des lettres qu’il n’envoie pas, mais dans lesquelles il dit son espoir puis sa peine. Il raconte la vie à quelques kilomètres de ce maudit réacteur n°4 et le fol espoir né après la chute du mur de Berlin. Il raconte comment la douleur s’est transformée en colère: «J’ai longtemps espéré ton retour. En 1990, j’ai cru chaque jour que tu reviendrais. Tu sais ce que ça fait d’attendre? D’espérer? Quand ça s’arrête, on tombe de haut. Je croyais en toi, en ta force, en notre complicité. Mais ce n’était que du vent. Comme les autres. Tu es comme les autres. Dès que tu as franchi cette putain de frontière à la con, tu m’as oublié. Peu importe ce qu’on avait vécu. Pfft, du vent! Les promesses ne tiennent que le temps d’être dites.»
On aura compris dès les premières pages que Léna n’a rien oublié. Mais peut-on effacer vingt ans de sa vie et retrouver ses racines?
La plume sensible d’Alexandra Koszelyk – qui a eu la bonne idée d’aller, à l’instar de Jean d’Ormesson, chercher son titre dans les poèmes d’Aragon – donne à ce roman une profondeur, une humanité, une force peu communes. Si bien que je n’ai qu’une certitude en refermant ce roman: il ne sera pas inutile de crier dans les ruines, car le message sera entendu!

À crier dans les ruines
Alexandra Koszelyk
Éditions Aux forges de Vulcain
Premier roman
240 p., 19 €
EAN 9782373050660
Paru le 23/08/2019

Où?
Le roman se déroule à Pripiat, commune proche de Tchernobyl, située dans la zone interdite ainsi qu’à Kiev puis en France, principalement à Cherbourg et Flamanville. On y évoque aussi le voyage de l’exil passant par Kiev, Jytomyr, Ternopil, Lviv, Tarnów, Cracovie, Varsovie, Poznań, Francfort et un séjour en Italie, à Sorrente.

Quand?
L’action se situe de 1986 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’odyssée d’une jeune femme, déterminée à retrouver son pays et son amour, tous deux détruits par Tchernobyl. Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans l’usine de leur ville, bouleverse leurs vies. L’usine en question, c’est la centrale de Tchernobyl. Et nous sommes en 1986. Les deux amoureux sont séparés. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena, quant à elle, grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Mais, un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver le pays qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Nicolas Turcev)
Blog Just a word (Nicolas Winter)
L’Albatros, le blog de Nicolas Houguet
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Agathe the Book
Blog Sur la route de Jostein
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Daily Mars
Culturez-vous (entretien avec l’auteur)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Quand Léna arrive à Kiev, elle ne s’attend à rien ou plutôt à tout. Des odeurs de son enfance, la musique de sa langue natale, les dernières images avant son exil. Mais de fines particules assombrissent les lumières de la ville, la grisaille embrume ses souvenirs. Des silhouettes la frôlent et semblent appartenir à un autre temps. Quand elle remonte le col de sa veste, un homme lui fait signe de l’autre côté de la rue puis s’approche. À quelques mètres d’elle, il découvre son erreur: il l’a prise pour une autre. Elle comprend à peine ses excuses en russe. Léna regarde la silhouette, celle-ci n’est déjà plus qu’un point à l’horizon.
«À la prochaine à droite, vous serez arrivé à votre destination.»
La voix métallique du GPS la sort de sa rêverie. Au bout de l’allée clignotent les néons de l’agence de voyages. Elle pousse la porte, de l’air chaud enveloppe ses mollets. Derrière le comptoir se tient une femme qui lui tend un dépliant. Ici, une seule destination est proposée.
«Pour vous rendre dans la ville fantôme Pripiat, vous prendrez notre bus. Il y a un seul aller-retour par jour. Quand vous serez dans la zone contaminée, vous ne resterez jamais seule. Vous suivrez la guide et resterez avec votre groupe. Deux conditions à remplir pour y accéder: vous devez me certifier que vous avez plus de dix-huit ans et que vous n’êtes pas enceinte. Vous signerez ce papier en deux exemplaires. Un pour vous, un pour moi.»
Le prix annoncé est élevé, mais Léna ne tergiverse pas quand elle dépose cinq cents dollars sur le comptoir. La femme au tailleur vert compte un à un les vingt-cinq billets de vingt dollars. Elle mouille son doigt puis l’applique sur le coin du billet. Une petite trace se forme avant de s’évanouir. L’hôtesse en fait un tas ordonné puis les range dans une boite rouillée. Lorsqu’elle la referme, le grincement remplit la pièce vide. D’un tiroir, elle sort un registre d’inscription. De la poussière tournoie quand elle le dépose sur son bureau.
«Il me reste une place pour demain. Mais peut-être est-ce trop tôt?»
Léna n’ose y croire, elle fixe la femme quelques secondes, puis sourit en signe d’acquiescement. Quand elle repasse le seuil de l’agence, le ciel lui semble moins gris.
La nuit, le sommeil peine à venir: la lumière de la diode du téléviseur l’empêche de s’endormir. Léna se retourne, s’enroule dans le drap, sans jamais trouver le sommeil. À trois heures du matin, elle s’avoue vaincue. Elle tâtonne et appuie sur l’interrupteur de la lampe. Une lumière jaune envahit la pièce. Elle plisse les yeux puis sort un roman de sa valise, une araignée en surgit. Léna sursaute puis regarde ce corps velu, il sera son compagnon de nuit. Les pages tournent, les heures défilent, Léna découvre le destin d’une femme brisée par l’Histoire. Le personnage s’appelle Lara : le prénom commence et finit comma le sien. Léna se rendort sur cette pensée quand let premières lueurs du jour arrivent.
« Ma charmante, mon inoubliable! Tant que le creux de mes bras se souviendra de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi.»
Le livre tombe sans bruit, les lettres du titre Le Docteur Jivago paraissent plus noires sur le carmin de la moquette. Dans un coin, l’arachnide tisse sa toile sans se préoccuper du temps.
Trois heures plus tard, Léna est en avance. Elle a trouvé refuge dans un café, tout près du lieu de rendez-vous. Derrière la vitre, le monument de la place Maïdan impose sa verticalité. Quelques instants, le regard de Léna se perd sur la statue qui surplombe la colonne: érigée en 2001 pour commémorer les dix ans de l’indépendance, Berehynia, la déesse mère de la Nature et protectrice de l’Arbre de Vie, domine la ville. Les bras levés, elle s’ouvre au monde et porte un rameau d’or. Léna repense à sa grand-mère. La voix des souvenirs se superpose à la musique criarde du café. Pendant quelques secondes, elle est dans le parc de Pripiat, avec Zenka, quand elle lui racontait ce mythe. »

Extraits
« Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader: ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne. »

« J’ai longtemps espéré ton retour. En 1990, j’ai cru chaque jour que tu reviendrais. Tu sais ce que ça fait d’attendre? D’espérer? Quand ça s’arrête, on tombe de haut. Je croyais en toi, en ta force, en notre complicité. Mais ce n’était que du vent.
Comme les autres. Tu es comme les autres. Dès que tu as franchi cette putain de frontière à la con, tu m’as oublié. Peu importe ce qu’on avait vécu. Pfft, du vent! Les promesses ne tiennent que le temps d’être dites. Après, on trouve toujours des choses pour s’en détourner. Se divertir. Qu’as-tu trouvé là-bas pour y rester? Je ne te suffisais pas? L’homme est pourri jusqu’à la moelle. Les dirigeants ont détruit ma vie, la région, ce pays. Tu sais ce que ça fait de voir la mort en face? De voir les gens tomber malades? »

À propos de l’auteur
Alexandra Koszelyk est née en 1976. Elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien. Diplômée à l’Université de Caen Normandie (1995-2001), elle travaille à Saint-Germain-en-Laye depuis 2001. En parallèle, elle est formatrice pour l’association Paysage et patrimoine sans frontières, un prestataire de formation au paysage, au jardin et à l’histoire des arts. Elle écrit également sur son blog personnel consacré à la littérature Bric à Book. À crier dans les ruines est son premier roman. (Source : Livres Hebdo / Twitter)

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Le rituel des dunes

LeVieuxJardinAW+

En deux mots:
Quand Roetgen débarque à Tientsin, cet expatrié venu du Brésil, a tout pour déprimer. Mais le nord de la Chine lui réserve quelques surprises, à commencer par l’excentrique Beverly. Leur liaison va provoquer quelques remous au sein de la communauté, allant même jusqu’à déstabiliser le régime. On se régale!

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le clan des expats

Roetgen, Beverly, Warren et les autres… Les expatriés de Tientsin vont nous entraîner dans une aventure échevelée, servie par la plume truculente de Jean-Marie Blas de Roblès, au meilleur de sa forme.

L’absorption d’une bonne dose de whisky permet des conversations plus libres, détachées des convenances et permet d’oublier un peu le spleen des expatriés, surtout à Tienstsin, au nord de la Chine. Roetgen et Beverly vont en apporter une nouvelle preuve. Lui arrive du Brésil, elle est déjà un pilier de la communauté des expatriés. Et si la belle américaine est plus âgée, elle est aussi plus excentrique: «Chez moi, tout est plus facile. Chez moi, c’est Key West, et pas ailleurs. Et, à Key West, quand deux personnes se rencontrent et réalisent que faire l’amour leur procurerait du plaisir, eh bien ils baisent ensemble. Boire, danser, le soleil, faire l’amour… Ça, c’est Key West! Cela me surprend toujours, dans le monde (c’est-à-dire hors de Key West), comment les gens compliquent les choses à loisir.»
Roetgen oublie ses principes et se laisse séduire.
«Vers deux heures du matin, alors qu’ils gisaient sur le lit, trop épuisés pour dormir, Beverly avait insisté pour qu’il lui raconte une histoire. Elle savait qu’il écrivait, un de ses «informateurs» à l’Institut où il enseignait lui avait même appris qu’une de ses nouvelles venait de paraître en traduction dans une revue de Shanghai.
Roetgen s’était plié à l’exercice: content d’évaluer son texte à haute voix, il lui avait lu le début de Section découpage des porcs, un polar qu’il s’amusait à écrire par correspondance avec Hermelin, son ami de Pékin, chacun inventant la suite de l’intrigue à partir des pages qu’il recevait.» L’imagination fertile de Roetgen va alors nous entraîner dans les méandres d’un pays traversé de mystères, de légendes bien vivaces et de sociétés bien secrètes, le tout agrementé d’espionnage et d’une surveillance étroite.
Jean-Marie Blas de Roblès n’a pas son pareil pour nous entraîner dans ce type d’univers. Un peu comme dans L’Île du Point Némo, il mêle à son contexte historique et ragots, littérature et vieilles croyances.
Au sein de ce microcosme constitué par la colonie des expatriés et des Universitaires, la chose est aisée, tant les individus sont névrosés: «À l’instar de toutes les communautés étrangères résidant en Chine, la proportion de déséquilibrés, d’ivrognes et de malades mentaux y dépassait très largement le taux admis par les statistiques, et chaque semestre avait régulièrement son lot de suicides ou de rapatriés sanitaires.»
On se régale à suivre ce «con de Lafitte», un Québécois pur sirop d’érable, chargé de «polir les dépêches destinées à la France et aux pays francophones», Warren pour lequel la station balnéaire de Beidaihe est l’endroit idéal pour oublier tous ses soucis, Marylou l’Américaine qui va finir dans le coma, Hugo l’Allemand qui «commence à débloquer» lorsqu’il retrouve des traces de son père Albrecht, en poste de 1930 à 1950. On croisera aussi une Danoise avec de fausses dents, une Japonaise douée avec sa langue, des Japonais et, bien entendu, quelques Chinois qui viendront pimenter ce récit jusqu’à l’épilogue, lorsque la malédiction du Four Roses va à nouveau frapper.
Laissez-vous emporter dans ce labyrinthe à la prose hypnotique où se mêle les histoires et les époques, les rêves et les (dés)illusions.

Le Rituel des dunes
Jean-Marie Blas de Roblès
Éditions Zulma
Roman
276 p., 20 €
EAN : 9782843048432
Paru en janvier 2019

Où?
L’action se situe en Chine du Nord, à Tientsin, à Pékin, à Beidaihe, Macao. On y évoque aussi les États-Unis avec Key West, New York, ou encore Détroit, l’Afrique avec Mombasa et le Brésil avec Fortaleza.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un petit milieu d’expatriés, joyeusement délétère et décalé, Beverly, l’Américaine, fait figure de brillante excentrique. Elle n’a aucune limite, mène sa vie comme au casino, et ne vit que par passion. Elle est exubérante, impulsive : irrésistible.
Quand Roetgen débarque sans transition du Brésil à Tientsin, mégapole glaciale du nord de la Chine, il est séduit par cette femme inouïe, de vingt ans son aînée. Comme une Shéhérazade en ombre chinoise, Beverly, qui a vécu (ou fantasmé) mille vies rocambolesques, des plus sordides aux plus éclatantes, réclame à son jeune amant des histoires à la hauteur de sa propre biographie: les affres d’un empereur chinois au double visage, une nuit hallucinée au cœur de la Cité interdite, un vrai faux polar mâtiné de sexe et de mafia chinoise. Mais entre fiction et réalité, la mécanique s’enraye, Beverly s’enflamme, dévoilant sa face obscure…
Le Rituel des dunes est un roman extraordinairement brillant, réjouissant et profond – et qui porte haut les grands bonheurs du romanesque.

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Actualité (Maxim Simonienko)
Blog Sur la route de Jostein
Blog T Livres T arts
Blog Lyvres
Blog La soupe de l’espace 


Jean Marie Blas de Roblès présente Le rituel des dunes © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Macao, et c’est presque le soir sur la terrasse du Boa Vista. Roetgen est assis derrière les balustres rongés par les embruns, entre deux des colonnes – vert amande et blanc alternés – qui rythment la façade victorienne de l’hôtel. Sur la Baía da Praia Grande, la mer, jaune sale et affligée de maladives taches roses, se confond maintenant avec le ciel. L’air, pourtant immobile, apporte par instants de vagues odeurs de seiche et de poulpes salés. Collée au mur, une tarente, si rapide à gober d’invisibles insectes, paraît concentrer au nœud de sa transparence les molécules même de l’attente.
Un cyclone passe au loin, dans la mer de Chine. Il ne fera, dit-on, qu’effleurer la ville ; assez néanmoins pour imprégner déjà toute chose de sa menace et faire naître, comme de l’étrange phosphorescence de la lumière, une sourde irritation de l’être.
Il a suffi d’un geste de Roetgen pour que le vieux serveur chinois, voyant sa bouteille vide, se hâte sans dire un mot d’en apporter une autre. Du vinho verde, un peu pétillant. Celui dont l’étiquette figure un crustacé indéfinissable, et qu’il buvait au Brésil, avec Andreas, dans ces mêmes flacons à panse plate.
De retour, Lao Tia, qui se pique de savoir les usages, verse un doigt de vin dans le verre et, main gauche derrière le dos, attend son approbation. Le breuvage n’en vaut pas la peine, mais Roetgen se plie quand même au glouglou chichiteux de la première gorgée. Ils sont tacitement copains, le serveur et lui, depuis que le vieil homme s’est aperçu que Roetgen baragouinait sans trop d’erreurs le mandarin. Lao Tia a appris son métier au café Kiessling de Tientsin, avant l’avènement du régime communiste ; ces derniers jours, il a eu avec son client de longues conversations nostalgiques sur la Chine à la grande époque des concessions étrangères. »

Extraits
«Chez moi, tout est plus facile. Chez moi, c’est Key West, et pas ailleurs. Et, à Key West, quand deux personnes se rencontrent et réalisent que faire l’amour leur procurerait du plaisir, eh bien ils baisent ensemble. Boire, danser, le soleil, faire l’amour… Ça, c’est Key West! Cela me surprend toujours, dans le monde (c’est-à-dire hors de Key West), comment les gens compliquent les choses à loisir. J’expérimente tous les jours à quel point j’ignore les bonnes manières en usage a l’extérieur de ma ville. Alors j’essaie de garder un profil bas, et c’est assez difficile dans la mesure où, malgré moi, j’obéis à d’autres règles. » p. 40

« Vers deux heures du matin, alors qu’ils gisaient sur le lit, trop épuisés pour dormir, Beverly avait insisté pour qu’il lui raconte une histoire. Elle savait qu’il écrivait, un de ses « informateurs » à l’Institut où il enseignait lui avait même appris qu’une de ses nouvelles venait de paraître en traduction dans une revue de Shanghai.
Roetgen s’était plié à l’exercice: content d’évaluer son texte à haute voix, il lui avait lu le début de Section découpage des porcs, un polar qu’il s’amusait à écrire par correspondance avec Hermelin, son ami de Pékin, chacun inventant la suite de l’intrigue à partir des pages qu’il recevait. » p. 41

« À l’instar de toutes les communautés étrangères résidant en Chine, la proportion de déséquilibrés, d’ivrognes et de malades mentaux y dépassait très largement le taux admis par les statistiques, et chaque semestre avait régulièrement son lot de suicides ou de rapatriés sanitaires. Américains et Japonais se signalant à cet égard par leur commune fragilité. La proverbiale patience des Asiatiques trouvait ici matière à se manifester, et c’est avec un flegme souverain qu’ils raccompagnaient quotidiennement dans une brouette à charbon tel éthylique séduit par le prix dérisoire de  (p. 89-90)

« Comment as-tu fait? dit Beverly sans le regarder. Pour deviner que j’avais deux visages?
Puis, quelques secondes plus tard, comme en réponse é une muette interrogation:
– L’un, c’est celui que tu vois, l’autre, le vrai, est a l’intérieur. Il est constitué par toutes les bétes qui grouillent sous ma peau et lui donnent sa forme visible. Je suis l’empereur Tsang, sa femme é deux tétes et le palais aux monstres tout £1 la fois. C’est pour ga qu’on m’enferme dc temps en temps :21 l’Ocean Drive… Tu me prends pour une folle, n’est-ce pas? Qui sait, tu as sans doute raison, mais après ce que j’ai vécu, c’est d’être saine d’esprit qui tiendrait du prodige.

Et comme Roetgen se taisait:
– A quoi penses-tu?
Il répondit qu’il réfléchissait 51 cc qu’elle venait dc dire, au grouillement des bêtes sous sa peau. Un
– Qui a tué ton F113, Hanbao, et ea inconnu dans la maison dc mes parents. Et pourquoi Marylou? Cette histoire de société secrète, la Sécurité publique qui me surveille, tout ce qui m’arrive ces derniers temps ct que je ne comprends pas…
– Hanbao, c’est la Société de l’Observance, j’ai reconnu leur façon de procéder. L’autre homme était l’un de ces brigands, sans doute un règlement de compte. Quant é Marylou, je n’ai pas de réponse. Pour t’empêcher d’arriver jusqu’é moi? Je n’y crois pas, ils ne risqueraient pas si gros pour cette seule raison…
– Et la Sécurité publique? ..
– N’oublie pas que tu es en Chine. Il est normal qu’ils te surveillent, comme nous tous ct comme tous les autres étrangers. C’est leur façon de te laisser les coudées franches qui est surprenante: ils cherchent

À propos de l’auteur
Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, Jean-Marie Blas de Roblès est notamment l’auteur de Là où les tigres sont chez eux (Prix Médicis 2008) et du très remarqué L’Île du Point Némo. Après Dans l’épaisseur de la chair, le magnifique hommage d’un fils à son père, il nous revient avec ce Rituel des dunes, un roman labyrinthique, extraordinairement brillant, réjouissant et profond – et qui porte haut les grands bonheurs du romanesque. (Source: Éditions Zulma)

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Grace l’intrépide

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En deux mots:
Grace est l’une des prostituées du Bois de Vincennes. Au fil de ce premier roman-enquête, le lecteur va découvrir son parcours depuis son Nigéria natal jusqu’au «Dark road» parisien. Une confession choc, un témoignage éclairant.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Du Nigéria au Bois de Vincennes

En imaginant le témoignage de Grace Amarachi Uzoma, prostituée nigériane, Karine Miermont nous livre le résultat de trois années d’enquête. Une confession-choc, un livre bouleversant.

Comment une jeune fille de Benin City au Nigéria se retrouve prostituée à des milliers de kilomètres de là, dans une camionnette du Bois de Vincennes? C’est ce parcours, cette histoire qu’a voulu raconter Karine Miermont dans un premier roman-choc qui va nous ouvrir les yeux sur une réalité que nous tous tentons d’occulter.
Ce remarquable travail, fruit de cinq années d’enquête, commence par une rencontre lors d’un salon du livre. Gabrielle croise Karine Miermont. Au fil de la conversation, elle lui raconte ce qu’elle fait, comment et pourquoi elle a choisi d’aider les prostituées. Elle effectue des maraudes dans cette rue que les flics appellent le Dark road, où se concentre une bonne partie de la prostitution parisienne. Elle lui parle de ces femmes exploitées à quelques mètres de chez nous et, elle en est persuadée, dont on pourrait régler le problème avec une ferme volonté politique. Karine veut en savoir davantage et accepte d’accompagner Gabrielle. Au fil des semaines, elle parvient à se faire accepter par quelques filles et à recueillir les confidences de Grace Amarachi Uzoma, l’«héroïne» de ce roman.
Faisant alors alterner le récit et le témoignage, elle va nous dévoiler l’histoire, les réseaux, les trafics à travers le parcours de cette Nigériane.
Dans son pays les familles pauvres ont quasi intégré le fait de vendre un enfant pour pouvoir survivre, mais aussi pour pouvoir vivre plus à l’aise. « Très tôt ton corps ne t’appartient plus. Ta famille et les autres décident pour toi. »
Avec le soutien des églises, qui ont établi tout un rituel – une messe de purification, la scarification à la bouillie noire, et l’instauration d’une règle du silence – et la bienveillance des autorités – qui savent aussi tirer profit de ce trafic – les familles confient leur enfant à des réseaux mafieux très bien organisés.
Si elle échappe à la mort dans son long périple qui va la mener de Benin City à Paris, elle n’échappera ni à la violence, ni à la peur. Via la Lybie, carrefour de ce trafic d’êtres humains où on vend les humains aux enchères, où ils sont traités comme des marchandises et l’Italie, où d’autres passeurs prennent la relève – il faut bien traiter avec les mafias locales – elle arrive à Paris où une Mama est chargée de lui enseigner les rudiments de français, mais surtout de la surveiller et lui rappeler le montant de la dette contractée qu’il lui faudra désormais rembourser, passe après passe.
Pour elle, l’enfer continue. «Tous les jours sont pareils, sept jours sur sept, il n’y a pas d’arrêt pas de vacances pas de pause voulue, il n’y a que des pauses nécessaires: parce qu’on change d’endroit, on n’est plus au Bois, on se retrouve à Barbès, à Château d’Eau, boulevard de Strasbourg; parce qu’on est malade; parce qu’on est enceinte et qu’il faut arrêter la grossesse. Un jour de Grace, de Joy, de Happy. Un jour et une nuit, tous les jours et toutes les nuits. » Grace est concentrée sur l’argent qu’il faut ramener, prend note de cette terrible comptabilité.
La solidarité entre filles est minime. C’est pourquoi Gabrielle joue un rôle essentiel dans l’histoire de Grace. «Gabrielle est devenue une amie, ma seule amie ici, quelqu’un qui t’aide, qui t’écoute, te soutient. Tous ces gens incroyables. les travailleurs sociaux, les bénévoles, les flics, les avocats, toutes les associations, Ies organisations! Vous vous rendez pas compte, les Français! C’est pas dans notre culture de nous occuper autant de la vie de chacun.»
Tout bascule pourtant le jour où Gabrielle est agressée. C’est le tragique déclic pour Grace qui choisit de témoigner, qui entend sortir de cette spirale infernale.
Son dossier est alors confié à une avocate que l’on appellera Agathe. Cette dernière étudie l’histoire de la traite des humains, obtient des informations sur cet esclavagisme organisé cette fois par les africains. Et réussit à remonter les filières. On y voit la loi bafouée sans scrupule, on y voit les familles vendre un enfant pour «mieux» vivre, on y voit Boko Haram participer à ce trafic après s’être servi et contrôler 10% des recettes. On découvre qu’après la drogue et avant les armes, les êtres humains sont la seconde ressource de ces trafiquants.
Karine Miermont, qui porte cette histoire depuis des années, a réussi son pari. En refermant ce livre, notre regard sur la prostitution aura changé. On ne pourra plus affirmer qu’on ne savait pas.

Grace l’intrépide
Karine Miermont
Éditions Gallimard
Roman
160 p., 16 €
EAN : 9782072796487
Paru le 10 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, notamment du côté du Bois de Vincennes et à Asnières, mais on y suit aussi le parcours de Grace depuis le Nigéria, à Benin City, en passant par Sebha, Agadez, Tripoli, Castel Volturno, Padoue.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Mystérieuse cette femme éclairée, cheveux, visage, cou, poitrine habillée d’un haut très décolleté ou seulement d’un soutien-gorge, suspendue dans l’image, légèrement surélevée car posée dans l’espace de l’habitacle de chaque camion. Succession de lucioles sur la Dark Road qu’ils n’ont pas appelée Route Sombre allez savoir pourquoi, et alors qu’elle a un nom officiel cette Route de la Pyramide, succession de bustes de femmes, une Égypte dans le Bois tout près de chez moi, et moi, vous, qui n’en savons rien.»

Ce premier roman, construit autour d’une enquête, est le fruit de cinq années de recherches. C’est le roman de Grace, prostituée nigériane du bois de Vincennes. Sa route d’exil à travers l’Afrique et la Méditerranée, l’enfer de son quotidien, l’organisation du proxénétisme, des filles entre elles, la violence, la peine, et pourtant la joie…
Le parcours et la voix de cette jeune femme lumineuse, si courageuse, sont de ceux qui marquent définitivement nos consciences de citoyens et d’humains.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog de Fabien Ribery

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Une reine.
L’histoire pourrait commencer comme ça.
Cette femme longue, déliée, une liane.
Grace l’intrépide
Chausse ses sandales, marche dans la ville, marche dans le Bois,
Grace, quelques milliers de mètres entre toi et moi,
Porte Dorée le jour, bois de Vincennes la nuit,
Il avait fallu s’approcher d’elle.

Les flics les connaissent, toutes ces filles intrépides comme Grace. Ils connaissent leurs endroits, ils connaissent leurs chemins, leurs horaires. Les hommes les connaissent. Ils savent les lieux les plus tranquilles, là où elles sont nombreuses, abritées dans des camionnettes alignées les unes derrière les autres dans une rue sans éclairage du bois de Vincennes, cette rue que les flics appellent la Dark Road. Chaque jour les filles rejoignent la file des camions régulièrement déplacés pour ne pas être enlevés par la fourrière, régulièrement garés dans la même rue en prenant soin de laisser un espace libre entre chaque véhicule, la place pour une ou deux voitures qui pourront stationner le temps d’une passe ou d’une nuit. L’avant de chaque camionnette est éclairé par une lanterne pour dire il y a quelqu’un, pour dire je travaille ou plutôt nous travaillons car le plus souvent elles sont deux ou trois par camion, une à l’avant dans l’habitacle vitré, une à l’arrière dans la chambre simulée, une dehors et qui marche. L’avant du camion c’est la vitrine, une vitrine lumineuse, un décor de cinéma. La lumière floue diffusée par la lampe-tempête accrochée au rétroviseur crée le mystère et la beauté. Mystérieuse cette femme éclairée par le halo de la combustion de la mèche imprégnée de pétrole, femme aux cheveux sans attaches ou tressés, ondulés ou très lisses, vaporeux ou plaqués, mystérieuse cette femme que l’on devine, que l’on ne voit pas tout à fait tout en ne voyant qu’elle au milieu de l’obscurité. Elle éclairée, cheveux, visage, cou, poitrine couverte d’un haut très décolleté ou seulement d’un soutien-gorge, filles éclairées qui surgissent de la nuit, suspendues dans l’image, légèrement surélevées car posées dans l’espace de l’habitacle de chaque camion, succession de lucioles sur la Dark Road qu’ils n’ont pas appelée Route Sombre allez savoir pourquoi, et alors qu’elle a un nom officiel cette route de la Pyramide, cortège de bustes de femmes, une Égypte dans le Bois tout près de chez moi, et moi, vous, qui n’en savons rien.
Belles, dignes, ces femmes. Triste beauté, redoutable, subie, mais une beauté.
Celles qui marchent, les marcheuses comme les décrivent justement les flics de la Brigade de répression du proxénétisme, ont leurs trajets, le long des véhicules, un peu plus loin vers le carrefour, tout près aussi, juste derrière l’enfilade des camions et des voitures, à la lisière du bois qui devient chambre quand celle du camion est déjà occupée, ou quand la fille n’a pas loué sa place.
Ce n’est pas ce que préfère Grace, marcher là, marcher les jambes nues, les bras nus, presque nue tout entière sauf l’hiver, exposée aux voitures qui vont et viennent, passent, frôlent, s’arrêtent, peau et chair à la merci des carrosseries et des hommes, à la merci d’un timbré qui pourrait déquiller l’une ou l’autre, jouer aux quilles avec les filles puis détaler comme ce dingue il y a trois ans.
Grace n’y pense pas trop, juste l’image lui vient de temps en temps, comme lui reviennent les images de la cérémonie au Nigeria il y a deux ans. Pourtant c’est dans le Bois que Grace se sent le plus en sécurité pour travailler, elle dit : « Moi je veux pas aller chez les gens, je sais pas ce qui peut se passer, Ô ! »
Elle s’appelle Grace, prononcez greïsse. Le Nigeria est une ancienne colonie et l’anglais est devenu la langue officielle, une langue commune pratique permettant à des centaines d’ethnies de se comprendre à peu près, et de former peut-être un seul pays. Au bois de Vincennes elles sont presque toutes nigérianes, et toutes portent un prénom anglais, Tracy, Favor, Peace, Rose, Joy, Beauty, Mercy, Margaret, Gift, Kate, Queen, Happy, Sharon, Destiny, Princess, Grace. »

Extraits
« Finalement, je renonçai à comprendre l’ensemble de la situation, comme quelqu’un qui tenterait de saisir le tout, la totalité d’un réel cruel, comme quelqu’un qui réfléchirait à des solutions pour éradiquer le problème. Non, c’était trop vaste et les intérêts trop nombreux, la traite de ces femmes nigérianes n’était qu’une facette d’un phénomène encore plus étendu, car dans beaucoup d’endroits les corps les plus vulnérables étaient utilisés comme des produits ou des objets que l’on vend avec le maximum de plus-value, le maximum de marge, corps vendus pour le sexe, pour les organes aussi. Corps vendus comme des machines que l’on fait fonctionner pour travailler, baiser, soigner. L’exploitation des corps semblait en expansion partout ; en 2015 l’Organisation internationale du travail estimait à 21 millions les victimes du travail forcé, dont 5 millions pour la prostitution. »

« Un jour de Grace c’est un jour comme un autre, tous les jours sont pareils, sept jours sur sept, il n’y a pas d’arrêt pas de vacances pas de pause voulue, il n’y a que des pauses nécessaires: parce qu’on change d’endroit, on n’est plus au Bois, on se retrouve à Barbès, à Château d’Eau, boulevard de Strasbourg; parce qu’on est malade; parce qu’on est enceinte et qu’il faut arrêter la grossesse.
Un jour de Grace, de Joy, de Happy. Un jour et une nuit, tous les jours et toutes les nuits. »

« Gabrielle est devenue une amie, ma seule amie ici, quelqu’un qui t’aide, qui t’écoute, te soutient. Tous ces gens incroyables. les travailleurs sociaux, les bénévoles, les flics, les avocats, toutes les associations, Ies organisations! Vous vous rendez pas compte, les Français! C’est pas dans notre culture de nous occuper autant de la vie de chacun. On n’en revient pas, nous, on les prenait un peu pour des fous la police, la justice, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, c’est incroyable tout ça pour nous, KWÂ! Je leur ai dit: ce que vous avez fait, personne ne l’aurait fait pour moi au Nigeria! J’ai mis du temps à comprendre comment ça fonctionnait la France, ô! Maintenant je sais à peu près. J’ai obtenu l’asile, un permis de séjour longue durée. Ce qui me fait rire ici, c’est qu’il y a des gens qui se comportent comme si la France était une dictature, ou un État désordonné et bien pourri comme le Nigéria… »

À propos de l’auteur
Karine Miermont est née à Romans-sur-Isère, le 2 janvier 1965. Elle a grandi près de Perpignan et l’Espagne, puis étudié à Toulouse puis à Paris.
Longtemps productrice pour la télévision au sein de la société Gédéon, elle a travaillé avec des auteurs, des réalisateurs, des graphistes, des musiciens, sur le contenu et la mise en forme de programmes, magazines ou documentaires, et de chaînes de télévision. Elle a ensuite créé sa propre structure de production, View, puis est devenue free-lance pour se consacrer à la direction artistique pour la télévision et l’internet. Elle a notamment orchestré le changement de la Cinquième en France 5. Elle a écrit une série documentaire sur l’approche des arts visuels par les enfants, Allons voir, en a réalisé le premier épisode pour France 5 et le Centre Pompidou. Puis elle a quitté l’audiovisuel pour écrire et s’occuper d’une forêt dans les Vosges.
Elle vit à Paris. Après le récit L’année du chat, Grace l’intrépide est son premier roman. (Source : Éditions du Seuil)

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