Les idéaux

FILIPPETTI_Les_ideaux

En deux mots:
Aurélie Filippetti a choisi d’oublier la politique et raconter dans un roman au goût amer combien la confrontation des idéaux à la réalité est usante. Un adieu aux armes sur fond d’amours clandestines entre un homme de droite et une femme de gauche.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Adieu la politique

Aurélie Filippetti revient au roman pour raconter une histoire d’amour entre un homme de droite et une femme de gauche. Entre convictions, combats et désillusions.

Avant d’être ministre de la Culture, Aurélie Filippetti était romancière. Les derniers jours de la classe ouvrière et Un homme dans la poche ont prouvé son talent en la matière. Aussi l’annonce de la parution de son nouveau roman a attisé ma curiosité. Une fois oublié l’aspect secondaire du petit jeu des personnages réels cachés derrière les protagonistes – Frédéric Dupuis affirme dans l’Express avoir identifié Frédéric de Saint-Sernin, ancien secrétaire d’Etat de Jean-Pierre Raffarin comme l’amoureux de la ministre et Marc Ladreit de Lacharrière, le patron de Fimalac derrière «le portrait féroce d’un autre homme, un financier matois et flagorneur, jouant les mécènes culturels pour mieux infiltrer les hautes sphères du pouvoir.» – il faut d’abord lire cet épais roman comme un témoignage, un compte-rendu détaillé et vécu des rouages du pouvoir, car on ne peut dissocier la ministre de la culture de la romancière.
Il y a d’abord ce constat douloureux que derrière l’image – la volonté affichée de la parité – se cachent des années de pratique machiste du pouvoir et cette méfiance des femmes : « on ne les laissait exister qu’ainsi, au service de… de l‘homme, du chef, du leader, de l’enfant, de la société. Elle avait été obligée d’insister et de faire plusieurs fois remarquer que la commission qui traitait des finances, du budget, qui répartissait les subventions, qui enquêtait sur l’exécution des comptes, ne comprenait que 3 femmes sur 70 membres, pour obtenir l’autorisation d’y siéger, à titre exceptionnel pour une nouvelle arrivante. Il était frappant de constater que même dans les plus hautes sphères du pouvoir les femmes étaient ainsi infantilisées, subordonnées, si rarement écoutées avec sérieux. Condamnées à un prétendu altruisme qui les enfermait. Obligées de s’enraciner dans ce que d’autres voulaient bien reconnaître en elles pour s’émanciper. Chaque parole féminine qui disait le plaisir, la gaieté égoïste, l’hédonisme ou la lutte, l’exigence, le courage, la volonté était retournée contre elles. » La scène qui raconte l’arrivée de la toute fraîche nommée ministre de la culture au Festival de Cannes est à ce propos aussi éclairante que consternante.
Il a y ensuite cette histoire d’amour aussi improbable que vraie. L’homme de droite et la militante de gauche se sont reconnus dans leur histoire familiale semblable, leur volonté de rendre à l’école de la République ce qu’elle leur a donné, ce besoin quasi viscéral de s’engager pour relayer la voix des habitants de leur circonscription respective. Ils ont construit leur amour en sachant que leur relation était impossible.
« Ils se l’étaient répété, ou plutôt était-ce elle qui le lui avait signifié, lors du deuxième rendez-vous.
En tirer les conséquences, ne pas parler, ne pas s’appeler, ne pas souffrir.
La clandestinité était forcée, leurs rencontres tapies dans l’obscurité d’après-midi clos. Il arrivait chez elle avec une ponctualité ondoyante. Elle l’attendait avec une impatience inconstante. Entre-temps, il n’y avait rien.
Rien que des rêves ensommeillés et une profusion d’activités en tous sens. Leur vraie vie, à ces deux-là, était ailleurs. » Mais c’est sans doute aussi ce qui entretient leur relation et l’enrichit, l’urgence d’une part et la liberté de leurs échanges d’autre part. On serait même tenté de dire enfin un moment où la confrontation des idées peut avoir lieu tant les blocages, les compromis – pour ne pas dire les compromissions – sont légion. Pourtant la ministre et ses amis proches avaient promis de ne pas abandonner les leurs, compagnons de lutte en Lorraine durement frappés par l’abandon du charbon et de l’acier, sachant pertinemment que «s’ils perdaient de vue cette exigence, ils se perdraient eux-mêmes.» Ce qui a fini par arriver… Même si, avant de rendre les armes, la ministre a voulu trouver dans sa circonscription de quoi se ressourcer et rebondir. Mais au temps des campagnes médiatiques et des réseaux sociaux, on a tôt fait de juger sans même l’esquisse d’un procès à armes égales.
Il faut lire ces pages qui racontent le quotidien, la confrontation avec les fonctionnaires des cabinets ministériels puis celle avec les ouvriers que l’on avait assuré de leur soutien pour comprendre ce qu’est l’usure du pouvoir. Et trouver entre les lignes quelles souffrances peuvent endurer celles et ceux qui entendent ne pas renier leurs idéaux, fut-ce au prix d’une demi-victoire.
En saluant la romancière, on ne peut toutefois s’empêcher de lire entre les lignes le constat d’un grand gâchis. Quand tout le système, les énarques, le Premier ministre et le Président choisissent de renoncer aux promesses – y compris après les attentats – pour un «pragmatisme» qui n’a plus rien à voir avec Les idéaux.

Les idéaux
Aurélie Filippetti
Éditions Fayard
Roman
448 p., 21,50 €
EAN : 9782213709444
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, mais aussi en province et notamment en Lorraine. On y évoque aussi une escapade amoureuse en Italie, à sienne, Arezzo, Sansepolcro et des promenades au bord de la Dronne dans le Sud-Ouest de la France.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rapidement ils ont décidé que l’amour n’était pas fait pour eux.
Se plaire, se désirer, se retrouver en secret, oui. Mais s’aimer ?
Son père à elle est tombé d’un échafaudage ; son père à lui est tombé au champ d’honneur. Elle est hantée par les voix de tous ceux qu’on n’entend jamais, ceux qui peinent, qui travaillent, mais que le dévoiement des mots « mérite » et « réussite » réduira bientôt à « ceux qui ne sont rien ». Lui est habité par l’amour de sa province comme par la certitude de sa légitimité à parler en son nom, à veiller sur elle comme dans les légendes les chevaliers veillaient sur les faibles.
Ils se sont connus à l’Assemblée nationale. Députés tous les deux. Et – forcément – de deux camps opposés. Mais ils n’ont pas pu résister à l’attrait qu’ils avaient l’un pour l’autre.
Ici ce sont moins leurs familles, fussent-elles seulement politiques, Capulet et Montaigu sur les bancs du Palais Bourbon, qui entravent leur relation, que leurs propres convictions. Combien de temps dure l’attirance des corps quand les esprits s’entrechoquent ?
Traversant les affres inévitables liées à leur fonction, ils tirent pourtant de leur liaison clandestine une étrange force, un devoir de tolérance qui les rend plus libres.
Leur rencontre serait-elle le dernier lieu de la politique? D’une confrontation qui ne dégénérerait pas inévitablement en affrontement? Ne partagent-ils pas, au fond, une même conception démodée, en voie de disparition, du service de l’État ? Ou l’amour qu’ils croyaient interdit, sans qu’ils s’en aperçoivent, s’en est-il quand même mêlé?
Dans ce roman d’amour pas comme les autres, captant les regards, les frôlements de corps, les doutes, elle rend à l’exercice de la politique une dimension sensible et humaine, que menacent la froideur des calculs tactiques, du carriérisme et de l’individualisme érigé en vertu.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Actualitté (Nicolas Gary)
BibliObs (Didier Jacob)
Libération (Portrait – Luc Le Vaillant)

Les premières pages du livre
« Partie 1
Dix ans d’attente
Ce qu’ils pouvaient se dire, c’est que c’était une histoire impossible.
Ils se l’étaient répété, ou plutôt était-ce elle qui le lui avait signifié, lors du deuxième rendez-vous.
En tirer les conséquences, ne pas parler, ne pas s’appeler, ne pas souffrir.
La clandestinité était forcée, leurs rencontres tapies dans l’obscurité d’après-midi clos. Il arrivait chez elle avec une ponctualité ondoyante. Elle l’attendait avec une impatience inconstante. Entre-temps, il n’y avait rien.
Rien que des rêves ensommeillés et une profusion d’activités en tous sens. Leur vraie vie, à ces deux-là, était ailleurs.
Il était plus lyrique et elle plus raisonnable. Séparés la plupart du temps par la force des choses, ils se sentaient parfois submergés par la tentation sentimentale. Mais en présence l’un de l’autre, tout s’évanouissait hormis le désir de l’instant.
Il ne présentait aucun des symptômes du cynisme, elle n’avait aucun goût pour la désinvolture. Loin l’un de l’autre, ils voyaient du monde, travaillaient avec acharnement, discutaient sans fin et semblaient se préoccuper du pays. Avec l’âge, ils avaient appris à mieux résister à la courtisanerie. À quarante ans, elle conservait une part de naïveté dont son expérience de dix ans plus longue le prémunissait. Ils pouvaient passer des moments très heureux dans l’oubli total l’un de l’autre, sachant avec certitude que reviendraient le jour et l’heure où ils seraient tous deux seuls l’un contre l’autre.
– J’ai pensé à toi.
Il travaillait avec bonne humeur, entouré de l’affection des siens, dissimulant sous l’autodérision l’arrogance de ceux qui se croient un destin, satisfait d’avoir déjà accompli beaucoup de ce que la vie peut donner. On aurait pu les dire enfants gâtés de la République si une fêlure n’abîmait leur belle assurance. Ils ne s’en parlaient pas, mais le tricolore recouvrait une blessure. Ils savaient s’en montrer reconnaissants, sans se draper dans l’exaltation d’un étendard qui leur tenait simplement chaud, et ça leur suffisait. Elle en éprouvait une gêne légère, presque une pudeur. Ce drapeau n’était pas de naissance pour elle, et elle abhorrait les relents nationalistes auxquels il pouvait donner prétexte, mais, pour les siens, il avait d’abord incarné une conquête, un espoir, et cela forçait le respect. Il représentait le rêve réalisé de la liberté et de l’égalité, et elle avait envie de se battre pour qu’il le reste. Entre le rouge de la lutte et le bleu du droit, elle imaginait les traces de pas, sur la neige immaculée, de ceux qui traversaient les montagnes, à pied, pour parvenir jusqu’ici, les yeux de ceux qui s’entassaient dans des camions sauvages pour affronter la nuit, la peur des embarqués de fortune sur des flottilles de papier. Pour eux, comme pour sa famille, ses parents, ses grands-parents, la page avait d’abord été blanche. Alors il lui serrait le cœur, cet étendard ; elle en connaissait trop le prix, c’était souvent celui du linceul.
Les générations précédentes s’étaient battues pour avoir le privilège de mourir, non pas pour lui, mais pour ce qu’il représentait : l’égalité. Elle continuait de penser que s’il y avait une chose qui définissait son pays, plutôt que ses frontières, c’était une volonté de justice. Elle remerciait ces étrangers dépenaillés et hagards, à bout d’espérances, de continuer à faire vivre par leurs rêves un peu de cet idéal, quand tant d’autres ici même avaient renoncé à lui être fidèles. Si peu d’années séparaient ceux qui étaient dans leurs droits de ceux qui ne l’étaient pas : la raison ne peut se satisfaire d’une telle contingence.
Lui se laissait parfois aller à des épanchements patriotiques : pour lui, la terre, c’était l’origine de tout, le sens de sa présence dans un décorum généalogique que son ironie lui aurait fait trouver ridicule autrement. Il revendiquait la légende des siens, celle de lointains chevaliers chargés de protéger leur peuple, il croyait en la charité et au bien. Il avait la foi. C’était, selon lui, à travers un pays que l’homme se dépassait, transcendait sa condition, rejoignait ses pères et ses frères pour faire résonner le collectif au cœur de l’intime. Les aînés, la lignée étaient là, qui veillaient. Loin des hoquets du moment et des partis pris de circonstance, des soubresauts qui n’inscriraient pas même une éraflure sur le mur de l’histoire, il entendait maintenir un lien avec des valeurs plus hautes, une mystique plus ancienne, un engagement plus profond. Cela justifiait bien des choses, en somme.
C’est qu’elle leur avait beaucoup pris, aussi, la France.
Si l’on cherchait ce qui rendait leur engagement si entier qu’ils ne pouvaient envisager de vivre sans chercher d’une manière ou d’une autre à participer à des combats plus grands qu’eux, il fallait regarder ce qu’ils voulaient dissimuler d’eux-mêmes derrière cette ambition.
Un arrachement originel était leur clef intime. Le sacrifice initial des tombés au champ d’honneur dont ils allaient fleurir les tombes silencieuses. Ils étaient poursuivis par le regret des bonheurs d’enfance décapités.
C’était loin derrière eux, pourtant. Mais alors pourquoi sentaient-ils encore la brûlure de la plaie, et avaient-ils eu besoin de parachever les histoires amputées de ceux qui les avaient précédés, de les poursuivre dans l’illusion que cela leur donnerait accès à une forme de réconciliation avec le monde? »

Extraits

« Elles étaient condamnées à s’engloutir dans les fonctions -affaires sociales, éducatives, santé -qui les ramenaient sans cesse à In relation à l‘autre; on ne les laissait exister qu’ainsi, au service de… de l‘homme, du chef, du leader, de l’enfant, de la société. Elle avait été obligée d’insister et de faire plusieurs fois remarquer que la commission qui traitait des finances, du budget, qui répartissait les subventions, qui enquêtait sur l’exécution des comptes, ne comprenait que 3 femmes sur 70 membres, pour obtenir l’autorisation d’y siéger, à titre exceptionnel pour une nouvelle arrivante. Il était frappant de constater que même dans les plus hautes sphères du pouvoir les femmes étaient ainsi infantilisées, subordonnées, si rarement écoutées avec sérieux. Condamnées à un prétendu altruisme qui les enfermait. Obligées de s’enraciner dans ce que d’autres voulaient bien reconnaître en elles pour s’émanciper. Chaque parole féminine qui disait le plaisir, la gaieté égoïste, l’hédonisme ou la lutte, l’exigence, le courage, la volonté était retournée contre elles. Elles, condamnées à aimer, à donner, à ne pas profiter, à ne jouir que dans le sacrifice et dans l’oubli d’elles-mêmes, ou au contraire dans l’image de leur frivolité sans cesse exhibée. Leurs révoltes finissaient par les étouffer comme un boa. »

« Ce qu’ils pouvaient se dire, c’est que c’était une histoire impossible.
Ils se l’étaient répété, ou plutôt était-ce elle qui le lui avait signifié, lors du deuxième rendez-vous.
En tirer les conséquences, ne pas parler, ne pas s’appeler, ne pas souffrir.
La clandestinité était forcée, leurs rencontres tapies dans l’obscurité d’après-midi clos. Il arrivait chez elle avec une ponctualité ondoyante. Elle l’attendait avec une impatience inconstante. Entre-temps, il n’y avait rien.
Rien que des rêves ensommeillés et une profusion d’activités en tous sens. Leur vraie vie, à ces deux-là, était ailleurs.
Il était plus lyrique et elle plus raisonnable. Séparés la plupart du temps par la force des choses, ils se sentaient parfois submergés par la tentation sentimentale. Mais en présence l’un de l’autre, tout s’évanouissait hormis le désir de l’instant.
Il ne présentait aucun des symptômes du cynisme, elle n’avait aucun goût pour la désinvolture. Loin l’un de l’autre, ils voyaient du monde, travaillaient avec acharnement, discutaient sans fin et semblaient se préoccuper du pays. Avec l’âge, ils avaient appris à mieux résister à la courtisanerie. À quarante ans, elle conservait une part de naïveté dont son expérience de dix ans plus longue le prémunissait. Ils pouvaient passer des moments très heureux dans l’oubli total l’un de l’autre, sachant avec certitude que reviendraient le jour et l’heure où ils seraient tous deux seuls l’un contre l’autre.
Il ne présentait aucun des symptômes du cynisme, elle n’avait aucun goût pour la désinvolture. Loin l’un de l’autre, ils voyaient du monde, travaillaient avec acharnement, discutaient sans fin et semblaient se préoccuper du pays. Avec l’âge, ils avaient appris à mieux résister à la courtisanerie. À quarante ans, elle conservait une part de naïveté dont son expérience de dix ans plus longue le prémunissait. Ils pouvaient passer des moments très heureux dans l’oubli total l’un de l’autre, sachant avec certitude que reviendraient le jour et l’heure où ils seraient tous deux seuls l’un contre l’autre. »

« Ses grands-parents à elle étaient arrivés en France dans les exils de la misère. Paysan, bracciante, journalier, son grand-père avait trimé sur les échafaudages des grands barrages avant que l’un d’entre eux ne s’écroule, entraîné par l’effondrement d’une grue. La nationalité des morts faisant visiblement une différence, il n’y eut pas d’indemnités pour son accident du travail. Son père était mort d’une maladie professionnelle liée à l’incurie des directeurs d’usine quant à l’air qu’ils faisaient respirer à leurs ouvriers. Comme souvent ne restent que les mères, il lui resta la sienne. Elle éleva ses filles pour qu’elles obtiennent ce dont elle avait été privée, un diplôme et l’indépendance. Elle était sans indulgence pour le dilettantisme scolaire, un luxe de gosses de riches, et exigeait de ses enfants un effort de chaque instant. Elle vivait dans la hantise que ses filles se fassent prendre trop vite au piège du mariage, dans la terreur qu’elles lui sacrifient leurs études, leurs carrières possibles. Pour échapper à la fatalité d’un destin écrit d’avance, elle voyait une issue et une seule : la promesse qu’elle pouvait lire au fronton de la façade de l’école, où elle les accompagnait le matin. La devise républicaine les accueillait avec une solennité austère, sans phrase ni verbe, juste trois principes inséparables, d’une dureté révolutionnaire qui ne souffrirait aucune contestation. Ces mots s’adressaient à elle, offraient l’assurance d’une justice, quelque part, ce quelque part étant là, entre les murs de ces salles de classe. Il n’y avait pas à attendre de paradis lointain pour compenser les souffrances endurées ici-bas. Il suffisait de serrer la main des enfants très fort, de les pousser en avant, et de les laisser marcher seuls, hésitants, jusqu’à la porte de l’école. Ensuite, tout irait bien. On travaillerait le soir à la maison, on ne ferait pas de bruit, la table serait débarrassée pour laisser place aux cahiers : elle éteindrait la télé et se mettrait dans un coin pour lire les livres choisis pour elle par l’aînée. »

À propos de l’auteur
Romancière (Les derniers jours de la classe ouvrière, Stock, 2003 ; Un homme dans la poche, Stock, 2006), Aurélie Filippetti a été députée et ministre de la Culture. (Source : Éditions Fayard)

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La femme qui ne vieillissait pas

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En deux mots:
Martine a la douleur de perdre sa mère a 13 ans. Elle n’imagine pas alors combien ce drame va la transformer. Elle entend dès lors s’appeler Betty et vivre intensément. Jusqu’au moment où ele se rend compte qu’elle ne vieillit plus, du moins extérieurement.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:
«Me voilà jeune à l’âge où la jeunesse s’en va»

Dans son nouveau roman Grégoire Delacourt se met dans la peau d’une femme qui, à partir de trente ans, ne vieillit plus. Une chance ou un drame?

Grégoire Delacourt continue Danser au bord de l’abîme. On peut en effet reprendre le titre de son précédent roman pour résumer ce nouvel opus, étonnante variation du Portrait de Dorian Gray racontée par une femme née à Cambrai en 1953 et dont la vie est sans histoires jusqu’à l’adolescence. C’est là que tout va basculer. « Puis j’ai eu treize ans. Au début de l’été, maman est allée au Royal avec une amie voir le film d’un jeune cinéaste de vingt-neuf ans. Un homme et une femme. Quand elle est sortie de la salle, elle riait, elle chantait, elle dansait sur la chaussée et une Ford Taunus de couleur ocre l’a emportée. Elle venait d’avoir trente-cinq ans. Je croyais qu’elle était immortelle. À treize ans, j’ai vieilli d’un coup. »
Un choc dont, croit-elle, elle finira par se remettre. Car la vie reprend son cours…
« À seize ans, je continuais de grandir. Je mesurais alors un mètre soixante-cinq, pesais cinquantedeux kilos – les pantalons tombaient sur moi comme sur Twiggy, selon la vendeuse des Nouvelles Galeries –, j’avais changé de coiffure pour une queue de cheval bouffante ; à Paris, les pavés volaient, on y interdisait d’interdire, on y hurlait de faire l’amour pas la guerre et j’étais bien d’accord oh oui – un joli garçon un peu plus âgé que moi me l’avait même proposé, après quelques baisers et une caresse audacieuse, mais je n’avais pas encore osé offrir ce que je n’offrirais qu’une fois. » Après avoir fait quelques expériences, bu ses premiers cocktails, fumé ses premières cigarettes, un peu de marijuana, et croisé quelques hommes, Xavier, Christian et les autres, elle va croiser le regard d’André. L’amour arrive dans sa vie sous les traits de ce fils d’agriculteur aux mains aussi habiles que sensuelles. Entre le menuisier, ou plus exactement le créateur de meubles en bois et l’étudiante en lettres, la relation devient vite fusionnelle. Le bonheur est à portée de main. Elle donne naissance à Sébastien et le regarde grandir, attendrie par les beaux échanges qu’il a avec son grand-père.
Seulement voilà, elle n’a pas fini de danser au bord de l’abîme.
Choisie par un photographe dont la spécialité est de faire des clichés chaque année, à date fixe des mêmes personnes pour fixer sur le temps qui passe sur les visages, elle va encaisser un nouveau choc: « Cinq visages en noir et blanc. Le même. Le mien. Une image par an depuis cinq ans. Le temps qui passe si vite. Sébastien qui grandit. Long John Silver qui perd ses derniers cheveux. C’est extraordinaire, a fini par dire Fabrice, regarde, regarde! et j’ai su ce que je pressentais depuis un certain temps déjà, même si je n’en croyais pas mes yeux. J’ai su le chaos qui s’annonçait. J’ai su la joie et la sidération à venir. J’ai su la chance et la damnation. C’était fascinant et effrayant à la fois.
— Regarde, a répété Fabrice, c’est le même visage.
— Je sais.
— Je veux dire, le même, Betty, exactement le même. »
Faisant baculer le roman avec cette touche de fantastique, Grégoire Delacourt interroge tout autant la dictature du paraître que le soi-disant droit à la différence. Car si Martine a voulu changer de prénom et se faire désormais appeler Betty, elle va désormais vraiment devenir une personne a-normale, suspecte puis peu à peu rejetée. Les amis qui ne supportent pas de voir sa jeunesse insolente, le père qui commence à perdre la boule et croit revoir sa défunte, le mari qui se sent trahi et finira par prendre la fuite et même le fils qui, s’il continue à voir sa mère, est de plus en plus mal à l’aise « l’autre jour, on m’a demandé si tu étais ma grande sœur, bientôt on me demandera si tu es ma meuf, maman, un jour si tu es ma femme. »
À l’heure où la plupart d’entre nous s’évertuent à «rester jeune», à vouloir gommer ici une ride, la petit embonpoint, à dépenser des fortunes en soins esthétiques, voire en chirurgie, l’auteur de La Liste de mes envies démontre combien ce refus de vieillir est une hérésie. Une monstruosité. Parce qu’il n’est pas normal d’avoir trente ans pendant trente ans; parce qu’il faut bien que ce qu’on a aimé un jour s’altère, que l’image qu’on en a eue s’amenuise petit à petit, s’efface, pour nous rappeler son éphémérité et la chance que nous avons eue de l’attraper, comme un papillon au creux de la main. »
Ce psychodrame qui peut aussi se lire – avec beaucoup de plaisir – comme un conte philosophique devrait vous réconcilier avec le temps qui passe.

La femme qui ne vieillissait pas
Grégoire Delacourt
Éditions JC Lattès
Roman
256 p., 18 €
EAN : 9782709661836
Paru le 28 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Nord, à Lille, Valenciennes, Bapaume Le Touquet, Berck, Bray-Dunes, Zuydcoote en passant par Poissy, mais nous offre aussi une escapade vers le Sud, en passant par Lyon, Valence, Montélimar, Avignon, Apt, Jonquettes, L’Isle-sur-la-Sorgue, Cavaillon, Les Vignères, Bonnieux, les Monts de Vaucluse sans oublier Valbonne et Saint-Gaultier.

Quand?
L’action se situe de 1953 jusqu’au début du XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
« À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté; aucun cheveu blanc, aucune cerne; j’avais trente ans, désespérément. »
Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt.
Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes.
Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre.
Et puis, il y a Betty.

Les critiques
Babelio
Culturebox (Odile Morain)
RTL (Laissez-vous tenter – Bernard Lehut)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Les petits livres 

Les premières pages du livre:
« À un an, je faisais parfaitement mon âge.
Une charmante brindille de soixante-quatorze centimètres, dotée d’un poids idéal de neuf kilos trois, d’un périmètre crânien de quarante-six centimètres, couvert de boucles blondes et d’un bonnet, quand soufflait le vent.
Après avoir été nourrie au sein, je consommais alors plus d’un demi-litre de lait par jour. Mon alimentation s’était enrichie de quelques légumes, féculents et protéines. Au goûter, une compote maison, avec, de temps en temps, des morceaux qui fondaient sous le palais, comme un sorbet.
À un an, je fis aussi mes premiers pas – une photographie l’atteste ; et, tandis que je gambadais, petite biche pataude, trébuchant quelquefois à cause d’un tapis ou d’une table basse, Colette et Matisse tiraient leur révérence, Simone de Beauvoir remportait le Goncourt et Jane Campion venait au monde sans savoir qu’elle me bouleverserait trente-neuf ans plus tard, en déposant un piano à queue sur une plage de Nouvelle-Zélande.
À deux ans, ma courbe de croissance fit la fierté de mes parents et du pédiatre.
À trois ans, quatre secondes molaires s’ajoutèrent dans ma bouche à ma collection de dents, laquelle comptait déjà huit incisives, quatre premières molaires et quatre canines – mais maman préférait continuer à moudre les noix et les amandes que je lui réclamais, de peur que je m’étouffe.
Je mesurais presque un mètre, quatre-vingt-seize centimètres pour être précise, mon poids était statistiquement remarquable : quatorze kilos répartis tout en finesse ; le tour de mon crâne s’établissait à cinquante-deux centimètres selon mon carnet de santé, et papa était prolongé en Algérie ; il nous envoyait des lettres tristes, des photos de lui au milieu de ses amis – ils fument, parfois ils rient, parfois ils semblent mélancoliques, ils ont vingt-deux, vingt-cinq, vingt-six ans, ils ressemblent à des enfants dans des déguisements de grandes personnes.
On a le sentiment qu’ils ne vieilliront plus.
À cinq ans, j’étais une vraie petite fille de cinq ans. Je courais, je sautais, je pédalais, je grimpais, je dansais, j’étais agile de mes mains, je dessinais bien, j’argumentais, j’étais curieuse de tout, je rabrouais les gros mots, je m’habillais en sept ans et j’en étais fière ; il y eut une insurrection à Alger et papa est rentré.
Il lui manquait une jambe et je ne l’ai pas reconnu.
À six ans et demi, j’ai perdu mes incisives et mon sourire oscillait entre la grimace et l’idiotie. Je passe le goût de fer dans la bouche, la souris, les pièces d’un franc sous l’oreiller.
À huit ans, les documents indiquent que je faisais cent vingt-quatre centimètres de haut et que je pesais vingt kilos. Je portais des chemises en jersey, des jupes Vichy, une robe à modestie et, pour les dimanches chics, une robe en taffetas de soie. Des rubans volaient dans mes cheveux, comme des papillons. Maman aimait à me photographier, elle disait que la beauté ne dure pas, qu’elle s’envole toujours, comme un oiseau d’une cage, qu’il est important de s’en souvenir ; important de la remercier de nous avoir choisies.
Maman était ma princesse.
À huit ans, j’avais conscience de mon identité sexuelle.
Je savais différencier la tristesse et la déception, la joie et la fierté, la colère et la jalousie. Je savais que j’étais malheureuse que papa n’ose toujours pas me prendre sur ses genoux, malgré sa nouvelle prothèse. Je savais la joie, lorsqu’il était de bonne humeur ; il jouait alors à Long John Silver, me racontait les trésors, les mers et les merveilles. Je savais la déception, lorsqu’il souffrait, qu’il était de méchante humeur, lorsqu’il devenait Long John Silver colérique et menaçant.
À neuf ans, j’appris à l’école comment les hommes se déplaçaient et s’éclairaient à la veille de la Révolution, on nous raconta l’échappée de Gambetta en ballon, et au-dessus de nos têtes un Russe tournait dans l’espace – il donna plus tard son nom à un cratère de deux cent soixante-cinq kilomètres de diamètre.
À dix ans, je ressemblais furieusement à une petite fille de dix ans. Je rêvais sur mon front de la frange de Jane Banks dans Mary Poppins, que nous étions allés voir en famille au cinéma Le Royal. Je rêvais d’un frère ou d’une sœur aussi, mais papa ne voulait plus d’enfant dans un monde qui tuait les enfants.
Il ne nous parlait jamais de l’Algérie.
Il avait trouvé un travail de vitrier – funambule sur escabeau, riait-il, c’est pas une jambe de moins qui fera la loi ! Il tombait souvent, pestait contre l’absente, et chaque nouvelle marche gravie était une victoire ; je le fais pour ta mère, qu’elle comprenne que je suis pas un éclopé. Il aimait bien regarder chez les gens. Les observer. Cela le rassurait de voir que la douleur était partout. Que des garçons de son âge étaient rentrés d’Algérie avec des blessures inguérissables, des cœurs arrachés, des bouches cousues pour ne pas raconter, des paupières collées pour ne pas revivre les horreurs.
Il vitrait les silences comme on referme des cicatrices.
Maman était belle.
Elle rentrait parfois les joues rouges. Alors Long John Silver cassait une assiette ou un verre, puis s’excusait de sa maladresse en pleurant, avant de ramasser les éclats de son chagrin.
À dix ans, je mesurais cent trente-huit centimètres virgule trois, je pesais trente-deux kilos et demi, ma surface corporelle avoisinait le mètre carré – un micron, dans l’univers; j’étais gracieuse, je chantais Da Dou Ron Ron et Be Bop A Lula dans la cuisine jaune pour les faire rire et, un soir, papa me fit asseoir sur son unique jambe.
À douze ans, j’ai vu mes aréoles s’élargir, s’assombrir ; j’ai senti deux bourgeons éclore sous ma poitrine.
Maman a commencé à porter des jupes qui découvraient ses genoux, grâce à une certaine Mary Quant, en Angleterre ; puis bientôt elles révélèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes.
Certains soirs, elle ne rentrait pas et papa ne cassa plus d’assiette ni de verre.
Son travail marchait bien. Il ne faisait plus seulement les réparations de châssis, les remplacements de vitres à cause des tempêtes ou des actes de malveillance, mais il posait désormais les fenêtres des pavillons modernes qui poussaient partout autour de la ville, attirant de nouvelles familles, des automobiles, des ronds-points et quelques filous.
Il aurait voulu que nous quittions notre appartement pour nous installer nous aussi dans l’un de ces pavillons neufs. Il y a des jardins et de grandes salles de bains, disait-il, des cuisines tout équipées. Ta mère serait heureuse. C’est tout ce qu’il espérait. En attendant, il avait acheté une Grandin Caprice et nous regardions, fascinés, Le Mot le plus long et Le Palmarès des chansons, sans parler d’elle, sans l’attendre, sans joie.
Puis j’ai eu treize ans.
Au début de l’été, maman est allée au Royal avec une amie voir le film d’un jeune cinéaste de vingt-neuf ans.
Un homme et une femme.
Quand elle est sortie de la salle, elle riait, elle chantait, elle dansait sur la chaussée et une Ford Taunus de couleur ocre l’a emportée.
Elle venait d’avoir trente-cinq ans.
Je croyais qu’elle était immortelle.
À treize ans, j’ai vieilli d’un coup. »

Extraits:
« J’avais onze ans, je n’avais pas compris qu’elle m’expliquait le chagrin des femmes, cette peur atavique du temps qui efface, transforme et dissout, jusqu’à faire disparaître tout ce qui avait été le charme, l’élégance, le désir, la vie même, sans rien laisser d’autre que des cendres, rien d’autre que l’effroi de la solitude à venir. »

« J’allais avoir dix-huit ans, je portais des jupes qui volaient parfois, découvrant mes longues jambes pâles – merci maman –, j’étudiais le théâtre du dix-huitième siècle, Goldoni, Favart, Marivaux, la sémiologie de l’image et le latin. Le soir, nous nous retrouvions à une vingtaine d’étudiants au Pubstore nouvellement ouvert, avec sa drôle de façade en cuivre, percée de hublots ; j’y ai bu mes premiers cocktails, fumé mes premières cigarettes, un peu de marijuana, j’y croisais quelques rêveurs qui redessinaient le monde et les lisières de l’âme des hommes ; deux d’entre eux passèrent dans mes bras, se posèrent contre mon cœur, mais jamais dans mon cœur, et puis il y eut Christian, son charme ahurissant, son regard trop clair, Christian aux yeux duquel, malgré mes tenues choisies pour lui, mes paupières pour lui couvertes de fard violet ou vert ou bleu, comme des nuits, malgré mes lèvres glossy qui appelaient aux baisers, malgré ma peau qui disait oui, Christian aux yeux duquel j’étais invisible – cette terrible blessure de l’indifférence. »
« À trente ans, je suis devenue un modèle du grand projet photographique de Fabrice, à l’intitulé cérémonieux : Du temps. Depuis vingt ans déjà, il photographiait des modèles chaque année, à date fixe; un jour, expliquait-il, je ne sais pas encore quand, j’en ferai une somme sur le temps qui passe sur les visages. C’est fascinant, la jeunesse, c’est un aimant, et si douloureux lorsqu’elle s’enfuit. Le premier avec qui j’ai commencé avait douze ans, il en a trente-deux. Il m’a montré les vingt clichés à la suite. Le temps allait bien à cet homme. Il passait sur lui en douceur, comme une eau. Un autre visage. Une femme. Neuf images. En neuf ans, le temps avait fissuré sa peau, cerné ses lèvres de petits barbelés, creusé ses joues, mais n’était pas venu à bout de l’éclat de son regard. C’était saisissant. »

« Nous n‘avions pas changé le monde, il nous avait changés; nous étions juste devenus ces petits particules de poussières qui volètent dans l’air et que l’on voit parfois dans un rayon de soleil; et lorsque Xavier me lisait certains passages de son livre, des phrases violentes, choquantes, je laissais ses mots, comme ces poussières de nous s‘envoler, je ne les attrapais pas, ils se volatilisaient, et il riait, il riait, et son rire était clair; il disait, c’est beau, hein Betty? c’est beau, t’es sur le cul, je le sais, sur le cul, et je riais également, mais d’un rire de maman qu’il ne pouvait soupçonner, un rire comme des bras qui s’ouvrent et se font le lieu de tous les voyages. Avec lui, j’avais sans cesse l’impression que j’allais être démasquée; je répugnais à ce qu’il me tienne la main dans la rue ou m’y embrasse, j’étais mortifiée à l’idée que quelqu’un voie nos vingt ans d’écart, nous montre du doigt, persifle, elle couche avec un ami de son fils, ou peut-être même son fils, allez savoir… »

« j’avais sans cesse l’impression que j’allais être démasquée; je répugnais à ce qu’il me tienne la main dans la rue ou m’y embrasse, j’étais mortifiée à l’idée que quelqu’un voie nos vingt ans d’écart, nous montre du doigt, persifle, elle couche avec un ami de son fils, ou peut-être même son fils, allez savoir… »

« Dans les yeux de Long John Silver, j’étais elle, j’étais le serpent et la tentation, j’étais ce qui le consumait. Sébastien a décidé de vivre avec son père. Les mêmes arguments affligeants – l’autre jour, on m’a demandé si tu étais ma grande sœur, bientôt on me demandera si tu es ma meuf, maman, un jour si tu es ma femme. Je ne l’en ai pas empêché. Mais je t’aime toujours, maman. Je sais. Grandir est violent, je te l’ai déjà dit, on doit faire un deuil difficile. Celui du plus faible. »

« Les deux hommes de ma vie m’ont quittée parce que mon inaltérable jeunesse était une monstruosité ; parce qu’il n’est pas normal d’avoir trente ans pendant trente ans ; parce qu’il faut bien que ce qu’on a aimé un jour s’altère, que l’image qu’on en a eue s’amenuise petit à petit, s’efface, pour nous rappeler son éphémérité et la chance que nous avons eue de l’attraper, comme un papillon au creux de la main: il faut que les choses meurent pour que nous ayons la certitude de les avoir un jour possédées. »


Olivia de Lamberterie présente La Femme qui le vieillissait pas de Grégoire Delacourt © Production Télé Matin, France Télévisions.

À propos de l’auteur
Grégoire Delacourt a publié, toujours aux éditions JC Lattès, L’Écrivain de la famille (20111), La Liste de mes envies (2012), best-seller traduit dans 35 pays, La Première chose qu’on regarde (2013), On ne voyait que le bonheur (2014), Les Quatre saisons de l’été (2015), Danser au bord de l’abîme (2017) et La femme qui ne vieillissait pas (2018). (Source: Éditions JC Lattès)

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N’oublie rien en chemin

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En deux mots:
Rivka vient de décéder, laissant à sa petite-fille une lettre et ses carnets de moleskine. À leur lecture, Sandra va éclairer les zones obscures de l’histoire familiale et découvrir qu’il n’y a pas de hasard.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

N’oublie rien en chemin
Anne-Sophie Moszkowicz
Éditions Les Escales
Roman
176 p., 16,90 €
EAN: 9782365692687
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lyon et à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi 1997 ainsi que la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la mort de sa grand-mère qu’elle adorait, Sandra, quarante ans, se voit remettre des lettres et des carnets de son aïeule. Rivka y livre un témoignage poignant sur sa jeunesse dans le Paris de l’Occupation, les rafles, la terreur, le chaos. Mais il y a plus. Par-delà la mort, la vieille femme demande à sa petite-fille d’accomplir une mission.
Une mission qui obligera Sandra à retourner à Paris, ville maudite, sur les traces de son amour de jeunesse, Alexandre. Un homme étrange, hypnotique et manipulateur dont Sandra ne pensait plus jamais croiser la route… Pour elle, l’heure est venue d’affronter ses démons.
Avec délicatesse, Anne-Sophie Moszkowicz brosse le portrait d’une famille prise dans les tourments de l’Histoire et nous entraîne dans les dédales de la mémoire.

Ce que j’en pense
Sandra, la narratrice de ce roman, va soudain se voir confrontée à son passé ainsi qu’à celui de sa famille. À quarante ans, mariée, mère de trois filles et menant une vie sans histoires dans un bel appartement de Lyon elle est destinataire d’un courrier posthume de sa grand-mère adorée. Une lettre qui résume le propos du livre et en explique le titre: « Je n’ai jamais voulu m’épancher en grands discours, mais, vois-tu, je ne peux me résoudre à ce que tout disparaisse avec moi. Tu trouveras dans cette enveloppe le récit chronologique des événements qui ont constitué ma longue vie. Tu y liras les étapes de ce destin aux sinuosités incroyables qui aura été le mien. De la bête traquée que j’étais à mes vingt ans à la grand-mère respectée, il y aura eu un sacré chemin parcouru, j’en ai bien conscience, malgré l’amertume qui n’a jamais pu me quitter. Bien sûr, tu ne mémoriseras pas tout et beaucoup de choses ne seront d’ailleurs pas dignes d’intérêt. Pardonne-moi d’avance. Mais plus que transmettre, il sagit pour moi de consigner. Consigner les choses. Consigner les choses, les faits, les noms des rues et des gens qui ont compté au cours de mon existence. Un peu comme toi et tes petits Moleskine… J’ai toujours eu la même manie que toi, tu le sais, et le jour est venu de te donner les miens, écrits tout au long de ma vie. Ils ont été mes confidents, quand parler m’était impossible. Tu en trouveras aussi trois neufs pour toi. Vois-tu, j’ai besoin de savoir que la vie continuera après et que l’on ne cessera de remplir des Moleskine. Tu les rempliras plus vite que tu ne le penses.
Voilà ma chérie, je te quitte sur ces mots. Sache que je suis très fière de toi, très heureuse d’avoir connu tes merveilleux enfants. Continue sur cette voie car je ne doute pas qu’elle soit la bonne et n’oublie rien en chemin, ni remords ni regrets. J’espère que ces carnets que je te laisse te permettront d’apprendre sur toi aussi, et sur la vie en général. »
En refermant cette lettre bouleversante, nous voici conviés à remonter le temps, à suivre le parcours de Rivka et son combat contre les forces obscures, mais aussi celui de cette relation privilégiée avec sa petite-fille quand «ne comptaient que les heures passées à discuter, dormir, visionner des films, écouter le silence du vide».
Car Sandra rêve, s’imagine un destin et se voit héroïne d’une histoire exaltante. Elle quitte Lyon et son ami Paul, sage, attentionné et raisonnable, pour Paris où l’attend Alexandre, fougeux, imprévisible et torturé et se voit bien continuer ce parcours entre deux pôles qui ont chacun leurs attraits: «tous deux me satisfaisaient, l’un pour son immédiateté, l’autre pour sa solidité. L’éphémère, le durable». Seulement voilà, il arrive toujour sun moment où la dure réalité, le poids du réel vient se heurter aux constructions illusoires. Où il faut faire un choix.
Un lourd secret va ici faire voler en éclats cette double vie et relier ene fois encore la grand-mère à la petite-fille.
Anne-Sophie Moszkowicz a choisi pour son entrée en littérature de retracer un épisode douloureux de la Seconde Guerre mondiale. À l’instar de plusieurs autres auteurs de sa génération, elle a ressenti la nécessité impérieuse en cette période troublée, de ne rien oublier en chemin. Un roman très émouvant construit de main de maître. Bref, une jolie réussite!

68 premières fois
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)

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Anne-Sophie Moszkowicz lit un extrait de son premier roman N’oublie rien en chemin © Production Les Escales

Les premières pages du livre
« Je n’étais pas retournée à Paris depuis l’automne 1997. La dernière fois, je n’avais pas vingt ans et je commençais des études de droit que je ne finirais jamais.
Octobre, novembre, décembre. Trois mois en tout et pour tout, passés là-bas. Cela pouvait sembler court. C’était juste assez pour disparaître. Le temps d’une rencontre, d’un étourdissement et d’une subite envie de tout envoyer en l’air.
Si on s‘y prend bien, on peut faire beaucoup de dégâts en trois mois. Il suffit de croiser un autre chemin et de se demander à quoi ressemblerait sa vie si on bifurquait. Un dernier caprice. On a vingt ans et voilà qu’un regard fasciné vous attrape dans ses filets. Dans le fond, la tentation est toujours trop grande. Si personne ne vous retient, la vie bascule sans que vous puissiez faire marche arrière. J’avais eu cette chance.
Vingt ans après, je débarrasse la table du dîner dans notre appartement lyonnais. Vingt ans après, il y a nos trois filles endormies, et nos oreilles résonnent encore des rires et des pleurs et des jouets qui tombent. Nous nous racontons nos journées à voix basse pour ne pas les réveiller. Paul passe l’éponge sur la table de la salle à manger et je goûte ces dernières minutes paisibles, ce bonheur insouciant, le calme des maisons où les enfants dorment enfin, le frottement régulier d’une éponge sur la toile cirée et la douceur du regard bienveillant d’un mari.
Les jours avaient coulé naturellement pendant vingt ans. Je n’y pensais plus. Ou très peu. Parfois, des souvenirs me revenaient par fragments, mais très vite, le présent se chargeait de les diluer. Avec sa cadence effrénée, le quotidien balayait tout. Il y avait toujours un goûter à préparer, les prochaines vacances à organiser, des plans à terminer pour la maison d’un client. Le passé n’était plus rien devant la fluidité du présent qui m’entraînait sans cesse vers l‘instant d’après. Ces trois mois à Paris semblaient de plus en plus loin, de plus en plus flous… Jusqu’à la lettre de Rivka.
Il avait suffi d’un instant pour que ces souvenirs enfouis refassent surface, plus réels que jamais. »

Extrait
« Beaucoup croient que le pire a eu lieu pendant la guerre. C’est sans doute vrai. Mais l’enfer se poursuivait souvent bien après la fin de la traque. Il fallait rentrer. Où? Retrouver sa famille. Quelle famille? Reconstruire une vie. Que signifiait ce mot? Il fallait tout réapprendre, tout reprendre à zéro, les poches vides, les familles décimées et le cœur en morceaux. Le retour offrait bien des mauvaises surprises, et même si les ressources étaient depuis longtemps épuisées, on n’avait jamais fini d’être un survivant. Plus encore, il fallait revenir parmi eux, eux les traîtres, les indifférents, les complices, ceux qui avaient simplement eu peur, ceux qui avaient fermé les yeux et serré les dents. Pouvait-on les blâmer pour ça? Il est des moments de l’Histoire où tout mériterait de disparaître sous terre. »

À propos de l’auteur
Née à Nice en 1984, Anne-Sophie Moszkowicz vit aujourd’hui à Paris, où elle travaille dans l’édition. Sa famille lui a transmis deux choses: l’importance de la mémoire et la passion des mots. A l’heure de fonder sa propre famille, ses racines la rattrapent. L’écriture s’impose alors à elle. N’oublie rien en chemin est son premier roman. (Source: Éditions Les Escales)

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L’été en poche (22)

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Autour du soleil

En 2 mots
L’histoire d’une mère qui s’enfuit au Vietnam, laissant mari et enfant, pour vivre une passion qui lui était jusque là refusée. Une fille qui prend le choc de ce secret de famille en plein cœur et doit essayer de composer avec. Une femme qui ne se résigne pas à rentrer dans le rang et entend laisser vivre ses sentiments et donne rune chance à ses rêves. Aussi beau que dramatique, aussi sombre que lumineux, aussi élégant que dérangeant!

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Fabienne Pascaud (Télérama)
« Autour du soleil reste plein de grâce. Car d’âme en âme, de détresse en victoire intimes, on y goûte le poids et les vertus du silence. De la réconciliation par le silence »

Vidéo


Karine Silla présente son roman «Autour du soleil» © Production librairie Mollat

Principe de suspension

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En deux mots
Victime d’un accident respiratoire, un patron de PME se retrouve dans le coma au moment où son entreprise et son couple sont soumis à de fortes turbulences. Réussira-t-il à s’en sortir?

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai vraiment beaucoup aimé)

Principe de suspension
Vanessa Bamberger
Éditions Liana Lévi
Roman
208 p., 17,50 €
EAN : 9782867468759
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’une part en bord de mer, dans des lieux qui ont pour nom Cambregy, le Hayeux, la plage d’Argeval, Tourville et d’autre part dans le Jura, au hameau tout aussi fictif de Boisvillard, pas loin de Bertanges. Un court voyage à Paris y est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

Ce que j’en pense
Au moment où s’ouvre ce premier roman d’une actualité brûlante en cette année électorale, Olivia est dans la chambre d’un service de réanimation, au chevet de son mari. « Thomas est tombé dans le coma à la suite d’une détresse respiratoire, elle-même provoquée par une crise d’asthme non traitée, récapitule-t-elle pour la centième fois. Elle ne comprend pas ce qui s’est passé. Thomas toussait, d’accord. Mais il n’a jamais eu d’asthme de sa vie. Elle le saurait. » Ce drame répond à un première définition de ce principe de suspension qui accompagnera le lecteur tout au long du livre. Le temps semble en effet suspendu… L’occasion de revenir quelques jours en arrière, de faire à nouveau défiler les jours. De retrouver ce chef d’entreprise de quarante ans, sa femme et ses deux enfants quinze jours plus tôt, au moment où il s’apprête à prendre quelques jours de vacances. « Elle avait fini par le convaincre de l’accompagner quelques jours dans les montagnes jurassiennes de son enfance, au hameau de Boisvillard. Elle avait usé d’une profusion d’arguments. Pourquoi ne pas profiter des vacances des garçons, c’était justement leur anniversaire de mariage, quinze ans, cela faisait si longtemps qu’ils n’étaient pas partis tous les quatre, les enfants avaient besoin de voir leur père, le chalet était en ordre, tout était prêt, il avait neigé, il fallait que Thomas se repose, il était si nerveux, si agité… »
Un stress bien compréhensible, car l’entreprise qu’il a fondée et qui fabrique – ironie de l’histoire – des pièces pour inhalateurs destinés aux asthmatiques est en danger. Après des débuts prometteurs et un contrat auprès d’un grand laboratoire, Thomas sent bien que la dépendance à un unique client est une épée de Damoclès sur sa tête et celle de ses 37 employés. Et de fait, le message d’Alain Hervouet, le président à vie du laboratoire HFL, ne lui laisse guère d’espoir. Ce que Viviane Forrester a appelé il y a quelques années L’Horreur économique va le frapper violemment : « Nous devons oublier un temps les asthmatiques pour nous concentrer sur les cancéreux, c’est inévitable, le générique nous bouffe, sans parler du coût du travail, l’inhalateur à chambre des Brésiliens marche très fort et nous ne savons pas faire les systèmes d’inhalation de poudre sèche des Allemands. Bref, il laissait un an à Packinter. Vous allez devoir baisser vos prix, moi je dois réduire mon carnet de commandes. »
Seulement Thomas est un battant doublé d’un patron proche de ses employés. S’il n’a pas anticipé la chute de sa production face à la concurrence étrangère aux coûts de production beaucoup plus bas, il peut compter sur Loïc Rodier, son directeur Recherche & Développement. Ce dernier a déposé un nouveau brevet. « Ce serait un inhalateur révolutionnaire, ils seraient les seuls à la fabriquer, son usine ne dépendrait plus du laboratoire, de cette ordure d’Alain Hervouet. » Mais quand il prend la route du Jura, rien n’est encore réglé. Ni à l’usine, ni au sein de son couple. Car il a l’impression de porter sa famille à bout de bras, en veut à son épouse artiste-peintre de ne pas travailler davantage, de ne pas chercher de galerie susceptible d’exposer ses œuvres, de traîner au lit. Leur entente s’est dégradée au fil du temps, proche d’un point de non-retour. Mais s’en rend-t-il vraiment compte ? Ne calque-t-il pas ses règles d’entrepreneur sur sa vie familiale quand il affirme que dans la vie, il fallait avancer «pas regarder en arrière et encore moins se regarder soi-même.»
Vanessa Bamberger réussit, par touches subtiles, à imbriquer les deux histoires.
En mêlant le récit de l’évolution du coma de Thomas et l’attente angoissée d’un réveil qui n’arrive pas à celui de cette bataille pour sauver son usine, elle ferre son lecteur, lui aussi suspendu aux épisodes successifs qui font tour à tour souffler le chaud et le froid, l’espoir d’une sortie de crise face à la peur d’une fin programmée.
Face aux coups du destin, on aimerait voir Thomas triompher, lui qui ne peut « se résoudre à la fragilisation de la filière, au délitement du Hayeux, au déclin de l’Ouest. » Après Brillante de Stéphanie Dupays qui dépeignait l’univers impitoyable des multinationales, voici à nouveau l’économie au cœur d’un roman tout aussi impitoyable. Une lecture que l’on conseillera à tous les candidats aux législatives qui arrivent. Ils pourront ainsi toucher du doigt la réalité économique de leur circonscription. Une lecture que l’on conseillera aussi aux électeurs, car il éclairera aussi leur choix.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire (Dominique Sudre)
Blog Passion de lecteur (Olivier Bihl)
Blog La Bibliothèque de Delphine-Olympe (Delphine Depras)
Blog A l’ombre du noyer (Benoît Lacoste)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)
Blog Des livres tous azimuts (Célina Weifert)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Livres de Malice (Alice Théaudière)
Blog T Livres T Arts 

Autres critiques
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Elle (Olivia de Lamberterie)
Toute la culture (Yaël Hirsch)
Blog Quatre sans quatre
L’Usine nouvelle (Christophe Bys)
Page des libraires (Stanislas Rigot)

Présentation de son livre par l’auteur à la librairie Mollat

Les premières pages du livre

Extrait
« À l’instar du pays tout entier, la région du Hayeux souffrait. Sur des centaines d’hectares à la ronde, les usines désaffectées pourrissaient lentement, tanguant dans le vide, baignant dans le silence d’une campagne fantôme. La zone tout entière ployait sous la pauvreté. Du poing, Thomas donna un coup sec sur le tableau de bord. Il ne pouvait se résoudre à la fragilisation de la filière, au délitement du Hayeux, au déclin de l’Ouest. Il fallait relancer les machines. » (p. 22)

A propos de l’auteur
Vanessa Bamberger est née en 1972. Journaliste, elle vit à Paris. Principe de suspension est son premier roman. Il témoigne de son admiration pour tous les acteurs de l’industrie française à qui l’époque n’épargne rien. (Source : Éditions Liana Lévi)

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Celle que vous croyez

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Celle que vous croyez
Camille Laurens
Gallimard
Roman
192 p., 17,50 €
ISBN: 9782070143870
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris, Lacanau, Rouen, Rodez, Blois, Sevran. Goa en Inde et le Portugal sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Ce que j’en pense
****
Avec ce nouveau roman, Camille Laurens frappe fort, à la fois par le thème choisi et par la construction. Un extrait de déposition auprès de la gendarmerie, un entretien avec un psychiatre suivi de l’audition de ce dernier par ses confrères, un extrait de roman dans le roman, suivi d’une lettre d’un auteur à son éditeur et enfin une consultation dans le cabinet d’un avocat sont les différentes pièces qui composent Celle que vous croyez. Une façon très habile de modifier les points de vue et de donner une nouvelle direction au récit.
La déposition à la gendarmerie, en guise de prologue, va donner le ton. Celui de la colère et de l’indignation face au sort réservé aux femmes après un certain âge, à l’image de ce terrifiant « marché aux femmes » dont la presse a rendu compte : «Les femmes de plus de 50 ans ne sont pas commercialisées, étant impropres à l’usage que veulent en faire les acheteurs. De plus leur prix ne justifierait pas leur nourriture et le coût du transport pour les acheminer du lieu de capture au marché. Les plus chanceuses se sont converties à l’islam, les autres, la majorité, ont été égorgées.»
Le psychiatre qui reçoit Claire Millecam, 47 ans, Maître de conférences à l’université, va recueillir le douloureux témoignage d’une femme qui ne veut pas vieillir ou de moins qui n’entend pas accepter ce diktat. Si le fait que son mari la délaisse la laisse plutôt indifférente, c’est parce qu’elle peut se consoler dans les bras de Jo, son amant. Mais leurs rencontres épisodiques ne satisfont pas Claire, d’autant qu’elle craint d’être évincée. Aussi a-t-elle l’idée de créer un nouveau compte Facebook, celui de Claire Antunès – parce que c’est un nom étranger et aussi celui d’un grand écrivain portugais. Elle pensait ainsi pouvoir surveiller les incartades de Jo. En fait, elle va converser avec l’un de ses amis : « Ça a donc commencé comme ça, doucement. On s’écrivait des messages tous les deux jours ou trois jours, Chris et moi, on se découvrait. Enfin, moi je le découvrais. Lui découvrait Claire Antunès, une fille de vingt-quatre ans en CDD, assez timide, pratiquant peu Facebook (j’avais une trentaine d’amis seulement), aimant surtout la photographie, la bonne chanson française et les voyages. »
Le petit jeu va bien vite se transformer en une vraie-fausse relation, jusqu’au moment où il devient nécessaire d’avouer sa petite machination… « Je n’ai pas osé la vérité, la catastrophe est venue de là. Au lieu de me moquer de cette injustice, au lieu de la défier, je l’ai intériorisée, je m’y suis soumise plus que n’importe quel homme. C’est trop tard maintenant. »
Car le monde virtuel peut provoquer des drames bien réels. Après avoir décidé de rompre plutôt que de dévoiler le pot aux roses, Claire n’aura plus de nouvelles de Chris. Jusqu’à ce jour où, par hasard, elle retrouve Jo qui lui révèle que Chris s’est suicidé «à cause d’une pétasse qui l’a fait marcher pendant des mois. Marcher, que dis-je ? Courir. Galoper.» Quel traumatisme ! Que Claire entend surmonter en couchant sur le papier une autre version, à l’égide La Rochefoucauld «Dans l’amitié comme dans l’amour, on est souvent plus heureux par les choses qu’on ignore que par celles que l’on sait.»
Camille Laurens parvient à embrouiller le lecteur – qui en redemande – avec la version du psy et celle de Jo. Du coup, il n’est plus question de roman, d’autofiction ou même de réalité, mais de la maestria d’une plume libre, scintillante. Amis lecteurs, réjouissez-vous des surprises qui vous attendent encore et méditez cette belle déclaration : « Nous sommes tous, dans les fictions continues de nos vies, dans nos mensonges, dans nos accommodements avec la réalité, dans notre désir de possession, de domination, de maîtrise de l’autre, nous sommes tous des romanciers en puissance. Nous inventons tous notre vie. La différence, c’est que moi, cette vie que j’invente, je la vis. Et que, comme toute créature, elle échappe à son créateur. »

Autres critiques
Babelio
Télérama (Fabienne Pascaud)
Libération (Claire Devarrieux)
Revue Diacritik
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Sans connivence (Pierre Darracq)

Extrait
« Lors d’une de nos longues ruptures, donc, ne supportant pas de ne plus savoir où était Jo, ce qu’il faisait – car il disparaissait, vraiment il disparaissait –, j’ai créé un faux profil Facebook. Jusque-là, je m’en servais très peu, j’avais une page à mon vrai nom, Claire Millecam, c’était professionnel, j’y échangeais quelques informations avec des collègues étrangers ou d’anciens étudiants, de loin en loin, sans grand intérêt. Puis je suis tombée dans le panneau. Pour les gens comme moi, qui ne tolèrent pas l’absence – c’est ce qui est écrit là, non : intolérance à l’absence ? Un peu comme une allergie alimentaire, en somme : trop d’absence et je fais un œdème de Quincke, j’étouffe, je crève – pour les gens comme moi, Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l’attente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pourtant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s’accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter on se relie. Ne serait-ce que la petite lumière verte qui indique que l’autre est en ligne ! Ah ! La petite lumière verte, quel réconfort, je me souviens ! Même si l’autre vous ignore, vous savez où il est: il est là, sur votre écran, il est en quelque sorte fixé dans l’espace, arrêté dans le temps. Surtout si à côté du petit point vert est écrit Web : vous pouvez alors l’imaginer chez lui, devant son ordinateur, vous avez un repère dans le délire des possibles. Ce qui angoisse davantage, c’est quand la lumière verte indique Mobile. Mobile, vous vous rendez compte ?! Mobile, c’est-à-dire nomade, vagabond, libre ! Par définition, plus difficile à localiser. Il peut être n’importe où avec son téléphone. Malgré tout, vous savez à quoi il est occupé, en tout cas vous en avez la sensation – une sorte de proximité qui vous calme. Vous supposez que si ce qu’il est en train de faire lui plaisait, il ne serait pas connecté toutes les dix minutes. Peut-être qu’il regarde ce que vous faites, lui aussi, caché derrière le mur ? Des enfants qui s’espionnent. Vous écoutez les mêmes chansons que lui, presque en temps réel, vous cohabitez dans la musique, vous dansez même sur l’air qui lui fait battre la mesure. Et quand il n’y est pas, vous le suivez grâce à l’indication horaire de sa dernière connexion. Vous savez à quelle heure il s’est réveillé, par exemple, puisque regarder son mur est de toute évidence son premier geste. À quel moment de la journée ses yeux se sont posés sur telle photo qu’il a commentée. S’il a eu une insomnie au milieu de la nuit. Il n’a même pas besoin de le dire. Enfin, vous êtes un rhapsode : vous brodez du lien sur les trous, vous reprisez. Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la Toile. Tantôt on est l’araignée, tantôt le moucheron. Mais on existe l’un pour l’autre, l’un par l’autre, on est reliés par la religion commune. À défaut de communier, ça communique. » (p. 22-23)

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Autour du Soleil

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Autour du soleil
Karine Silla
Plon
Roman
282 p., 19 €
ISBN: 9782259243520
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et dans le Sud, en villégiature et au Vietnam, notamment à Saigon. Sont également évoqués des endroits qui ont jalonné la vie de quelques protagonistes : les Pouilles, l’Espagne, «au bord de la mer» et le Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Louise quitte tout pour vivre un nouvel amour au Vietnam, en effaçant ceux qu’elle laisse derrière elle. En France, sa fille Marie la croit morte. Karine Silla poursuit son exploration des secrets de famille au prisme de la conciliation, parfois impossible, entre maternité et féminité.
Un jour de pluie, Louise rencontre un homme dans un train. En quelques minutes, la jeune femme décide de quitter sa vie raisonnable pour cet inconnu qui lui parle de son pays, le Vietnam ; son bonheur la contamine et l’emporte. Au milieu des immenses étendues vertes et marécageuses, elle découvre l’amour, la jouissance, la joie, et enfante un fils.
En partant, Louise a laissé derrière elle un mari, épousé parce qu’elle n’a jamais su dire non, et et une fille, Marie, avec qui elle n’a jamais su faire.
Malgré la certitude d’avoir fait le bon choix, le secret de Louise envahit peu à peu sa vie et celle de Marie, qui la croit morte et grandit sur un mensonge.
Jusqu’à ce que tout vole en éclats.
Après son premier roman remarqué, Monsieur est mort, Karine Silla, dramaturge, réalisatrice et scénariste, poursuit son exploration des secrets de famille, de leurs échos et de leurs ricochets.

Ce que j’en pense
****
«Louise n’avait pas de père. Elle avait été élevée par une mère austère qui pensait qu’une seule robe suffisait, peu importe qu’on l’ait choisie ou pas, c’était comme ça. (…) Elle disait aussi que les meilleures nuits étaient celles où l’on oubliait nos rêves. Et que la théorie scientifique de la révolution de la Terre autour du Soleil était impossible : si la Terre avait tourné autour du Soleil, sa chance a elle aurait aussi tourné.» Louise, qui est le personnage principal de la première partie de ce roman, essaie de se libérer de ce lourd carcan familial. Elle croit gagner la liberté en se mariant, cache soigneusement deux avortements avant de mettre au monde une enfant pas vraiment désirée qu’elle prénommera Marie. Quelques années plus tard, elle meurt.
Tel est du moins la version officielle du roman familial. Jusqu’au jour où un homme rencontré dans un train vient livrer à Marie une autre version. Sa mère n’est pas morte, mais s’est enfuie au Vietnam pour vivre enfin. « Elle n’était plus la même femme. C’était une deuxième naissance, plus intense parce qu’elle renaissait cette fois de sa propre volonté.»
Face au choc de cette révélation, Marie reste d’abord incrédule : «On ne défait pas un pull qui nous tient chaud depuis des années parce qu’on a oublié une maille en le tricotant. Je ne laisserai pas cet étranger tirer sur le fil qui dépasse.»
Pourtant, il ca bien falloir attraper ce fil. Se poser des questions qui dérangent. Se demander la raison pour laquelle, on lui avait menti. Essayer de comprendre cette mère qui « avait laissé derrière elle un mari qu’elle avait épousé parce qu’il était gentil, qu’il était le premier à l’avoir demandé en mariage et qu’elle n’avait jamais su dire non, une mère qui marmonnait les yeux dans le vide et une enfant avec qui, depuis le début, elle n’avait su faire.»
Mais aussi une mère qui, après avoir trouvé le bonheur, mis au monde un fils, meurt très jeune d’un cancer. «Ses poumons la punissaient de ne pas avoir assez respiré et d’avoir refoulé tous ses sentiments.»
La seconde partie du livre est consacrée à Marie. À la manière qu’elle a de gérer la révélation de ce secret de famille. À la façon dont elle entend construire sa propre vie. Comment aborder le sujet avec son père parti vivre en Espagne avec Victoria, sa nouvelle compagne et qui est de passage à Paris? Que dire à Samuel, son mari, et à leurs deux filles? Un peu comme ces planètes cachées par d’autres astres plus grands, elle préfèrera les zones d’ombres au soleil.
D’autant que les vacances arrivent et qu’ils sont attendus par un couple d’amis, dans le Sud de la France. Après un nouveau choc, l’accident dont ils sont victimes sur la route, Karine Silla nous propos une sorte de huis-clos final.
Dans la grande villa de Georges et Lucie, la parenthèse estivale nous offre en effet une formidable occasion de sonder les âmes, de détailler les mécaniques qui forment – et déforment – les couples, d’esquisser de nouvelles histoires.
Jean est cœur de cette troisième et ultime partie. Le fils de Georges, invité surprise, va servir de révélateur à cette photo de groupe avec dame. On sait depuis Icare combien les voyages autour du soleil peuvent être risqués. Karine Silla nous en apporte une nouvelle preuve. Avec autant de force que d’élégance.

Autres critiques
Babelio
Blog Psych3deslivres
Blog Des livres et Sharon
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)

Extrait
Les 25 premières pages du livre

A propos de l’auteur
Dramaturge, réalisatrice et scénariste, Karine Silla est l’auteure de Monsieur est mort, premier roman remarqué paru chez Plon en 2014. (Source : Editions Plon)

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Là où s’arrête la terre

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Là où s’arrête la terre
Sylvie Le Bihan
Seuil
Roman
288 p., 18,50 €
ISBN: 9782021236187
Paru en avril 2015

Où?
L’action se déroule tout d’abord à Paris puis en Bretagne, notamment à Belle-Île avec des retours en arrière dix ans plus tôt à Copenhague.

Quand?
Le roman se situe en 2015, avec l’évocation d’épisodes survenus en 2005 et 2008.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le bouchon fit un bruit de détonation et le monde de Marion s’écroula comme si un seul soldat du peloton l’avait exécutée d’une balle en plein cœur avant que le sabre ne s’abaisse. »
Marion, parisienne de 40 ans, prise à son propre jeu entre deux hommes, fuit la réalité et croise un soir d’automne à Paris, Roger qui lui, cherche à tout prix à éviter un choix entre sa vengeance et la résilience. Par défi, il lui propose de l’emmener loin de Paris. Sur un coup de tête, elle le suit. Dans une Bretagne à leur image, à la fois dramatique et mystérieuse, s’ensuit un terrible huis-clos fait d’attirance mêlée de répulsion et de révélations violentes. Un secret se profile, trop lourd pour être dévoilé, jusqu’au drame qui sera peut-être leur unique chance de tout recommencer.
Un roman noir, cruel, ancré dans la société d’aujourd’hui avec ses tabous, son hypocrisie et son égoïsme. L’histoire terrible d’une vengeance par procuration.

Ce que j’en pense
***

Le roman commence au moment où la vie de couple de Marion, 40 ans, bascule. Elle quitte le domicile conjugal pour rejoindre son amant danois dans un hôtel de la Porte Maillot. Mais ce rendez-vous n’avait de sens pour elle que dans la mesure où il n’était qu’épisodique. Or, elle se rend compte que ce type de récréation n’a brutalement plus aucun sens. Car son amant n’entend pas changer son mode de vie qui lui convient parfaitement. Âme en peine, elle trouve refuge au bar de l’hôtel pour prendre un verre et faire le point.
Roger Bradier, l’homme qu’elle croise à ce moment et qui semble tout aussi seul qu’elle, n’est pourtant pas du genre à vouloir recueillir ses confidences. Quand bien même il se rend compte qu’il a affaire à une histoire assez banale, il va décider de faire un bout de route avec elle, en lui expliquant que son scénario « si bien ficelé depuis des années a explosé à la cuisson et au lieu d’être l’héroïne de votre sitcom, vous n’en êtes même pas une victime. »
Ils quittent Paris pour changer d’air. « On ne s’est jamais vraiment écoutés, on avait seulement besoin de respirer chacun de notre côté, c’est tout. »
C’est alors que Marion va petit à petit, pièce par pièce, s’intéresser à l’histoire de Roger. Par un habile renversement des rôles, le lecteur va alors découvrir que c’est lui qui devient le personnage principal et que cette virée en Bretagne n’a rien de fortuit. Que la bourgeoise parisienne et ses problèmes de cœur
est bien loin de faire le poids face aux drames vécus par son compagnon d’infortune, celui qu’elle considère comme un être falot, provincial et paumé.
Face aux vagues, là où précisément la terre s’arrête, elle va découvrir son homosexualité, mais surtout devenir la dépositaire d’un secret de famille autrement plus lourd.
Avant de se lancer dans une vengeance par procuration. Même si ses motivations restent floues, Marion devient alors l’exécutrice d’un épilogue totalement inattendu et qui mérite bien les quelques agacements qui auront pu émailler la lecture jusque là. Car Sylvie le Bihan sait à la perfection distiller l’exaspération comme on ferait monter une mayonnaise, ajouter du vinaigre au récit comme sur un plateau d’huîtres avant de nous surprendre à l’heure du dessert.

Autres critiques
Babelio
Le Point
France Info
Le Blog de Gilles Pudlowski
Entre les lignes, Blog de Bénédicte Junger
Blog Les méconnus

Extrait
« L’écho de leurs vies qui, un instant, se sont croisées.
Prendre son temps pour descendre du taxi, surtout ne rien laisser paraître, le masque glissera tout seul comme un bas de soie retiré sur le skaï d’une banquette arrière.
L’habitude… dernière arme contre la véritable solitude…
Celle de la maîtresse qui sait, à la seconde où la porte de la chambre d’hôtel se referme, que son histoire de cœur n’est qu’une histoire de cul.
L’habitude… Pour affronter le regard de Niels, son amant danois, celui par qui tout est arrivé et qui l’attend au vingt-quatrième étage dans une chambre sans âme. Niels, le deuxième homme devenu soudain banal, sans Paul, qui compte depuis quelques heures seulement et qui, debout derrière la porte de leur appartement, doit penser à l’après…
Cet après que Marion redoute déjà. Boulimie à venir pour effacer le passé et remplir avec Niels toutes ces minutes, ces heures, ces miettes qui restent à vivre sans Paul. »

A propos de l’auteur
Sylvie Le Bihan Gagnaire est directrice de l’international pour les projets des restaurants Pierre Gagnaire. En 2013, elle a publié Petite Bibliothèque du gourmand, aux Éditions Flammarion. Son premier roman, L’Autre, est paru aux Éditions du Seuil en 2014 et a rencontré une jolie presse. (Source : Editions du Seuil)

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A signaler la parution en poche (collection Points) du premier roman de Sylvie Le Bihan L’Autre
Le_BIHAN_Lautre

 

 

 

 

 

 

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