Le cahier de recettes

DURAND_le_cahier_de_recettes

Logo_second_roman

En deux mots:
Julien vient de perdre son père. L’occasion de réouvrir la boîte à souvenirs et de rendre hommage à cet homme qui a passé sa vie dans la cuisine du restaurant qu’il tenait dans une bourgade de l’est de la France. Un hommage plein de saveurs qui est aussi un roman d’initiation, entre littérature et petits plats.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Dans la cuisine aux souvenirs

Après le remarqué «Marguerite» Jacky Durand nous revient avec un roman aux forts accents autobiographiques qui rend hommage à un père disparu. Un cuisinier qui lui aura laissé «Le cahier de recettes».

Ce joli roman, dans lequel on retrouve l’écriture sensible qui avait déjà fait merveille dans Marguerite, pourrait être sous-titré «ce que je dois à mes parents» ou encore «naissance d’une vocation». Car l’histoire de Julien, un jeune garçon qui rêve de suivre les traces de son père cuisinier et qui décide de suivre des études de lettres pour se rapprocher de sa mère, a tout du récit autobiographique. Rappelons que Jacky Durand est aujourd’hui chroniqueur pour Libération («Tu mitonnes») et France-Culture («Les mitonnages de Jacky»), qu’il marie à merveille son expérience en cuisine, sa connaissance des produits et des petits plats à un style qui met en éveil tous les sens, à commencer par le goût et l’odorat qui ont accompagné son enfance et son adolescence.
Au moment où il fait ses adieux à son père, emporté par une longue maladie, Julien se souvient de ses années durant lesquelles il s’immisçait dans la cuisine du restaurant, observant son père aux fourneaux puis tentant de lui apporter son aide, fasciné par son savoir-faire: «Pour moi, tu es le maître du feu; un magicien quand tu fais gonfler la brioche; un perceur de coffre-fort quand tu ouvres les huîtres; un roi mage quand tu fouettes la crème Chantilly et que tu fais fondre pour moi du chocolat noir. La cuisine embaume la brioche qui dore et l’orange pressée. C’est la saison des sanguines. Tu les pèles à vif et me laisses placer les tranches sur une assiette. Tu ajoutes quelques gouttes d’eau de fleur d’oranger. Tu dis que ça te rappelle l’Algérie.»
L’Algérie, c’est l’autre part – mystérieuse – de cet homme qui se livre peu. On comprend entre les lignes combien cette expérience l’a changé. Il y aura beaucoup appris sur l’âme humaine, y aura découvert des villages «où personne ne savait ni lire ni écrire», mais aussi la fraternité. Lucien, l’ami inséparable, l’accompagnera du reste à son retour et le secondera dans son restaurant du Relais fleuri.
C’est là, du côté du Jura, qu’un jour s’installe Hélène. Elle sera séduite par la cuisine du patron avant de l’être par le chef venu lui expliquer que chez lui «on aime beaucoup ou pas du tout». La prof de français, «l’intello bourgeoise», et l’artisan s’apprivoisent et offrent chacun au petit Julien de partager leur passion. Cuisine et littérature, tendresse et tours de main. On suit Cinq colonnes à la Une ou Les Animaux du monde de Frédéric Rossif à la télé. La vie suit son cours paisible, aux effluves de paupiettes de veau, d’un fromage de tête à nul autre pareil, de vol-au-vent ou encore de cette brioche à la fleur d’oranger. Jusqu’au jour où Julien est envoyé quelques jours à Dijon, chez Gaby et Maria.
À son retour, Hélène a disparu. «Pour étouffer la douleur, je sors ton cahier de recettes. Je l’ai récupéré dans le tiroir de la table de nuit de maman avant que Nicole s’installe dans votre chambre. Je le feuillette souvent sous les draps. Pas tant pour lire les recettes que pour retrouver maman à travers son écriture. Je m’attarde sur chacune des lettres, imaginant le grain de beauté sur son doigt alors qu’elle tient son crayon. Elle a une façon bien à elle de former les « e ». Elle les termine par un trait qui se jette dans le vide au lieu de s’arrondir. « C’est mon côté rebelle », m’avait-elle dit en riant.»
Ce cahier de recettes est en quelque sorte le condensé de toute l’histoire de Julien. Derrière les ingrédients et l’explication de la préparation des plats sont rassemblés la savoir-faire de l’un et l’écriture de l’autre, l’idée de transmission tout autant que celle du changement de statut social et les deux pôles qui vont présider à la vie du jeune homme un fois son bac en poche.
Jacky Durand nous a mitonné un roman émouvant, fleurant la nostalgie. Une déclaration d’amour et quelques recettes… de vie.

Le cahier de recettes
Jacky Durand
Éditions Stock
Roman
240 p., 18 €
EAN 9782234085831
Paru le 03/04/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement du côté du Jura ainsi qu’à Dijon et Besançon.

Quand?
L’action se situe durant la seconde moitié du XXe siècle jusqu’à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Monsieur Henri, le charismatique patron du restaurant le Relais fleuri, s’est toujours opposé sans explication à ce que son fils Julien devienne cuisinier. Quand il sombre dans le coma, Julien n’a plus qu’une obsession: retrouver le cahier où, depuis son enfance, il a vu son père consigner ses recettes et ses tours de main. Il découvre alors d’autres secrets et comprend pourquoi Henri a laissé partir sa femme sans un mot. Avec ce roman, Jacky Durand nous offre le magnifique portrait d’un homme pour qui la cuisine est plus qu’un métier: le plaisir quotidien du partage et l’art de traverser les épreuves. Une tendre déclaration d’amour filial, une histoire de transmission et de secrets, où, à chaque page, l’écriture sensuelle de l’auteur nous met l’eau à la bouche.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le JDD (Bernard Pivot)
Le Journal du Centre (Pascale Fauriaux)
L’Express (Marianne Payot)
Blog The unamed bookshelf 
Blog Liseuse hyperfertile 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Je n’en finis pas de fixer tes mains sur la couverture de l’hôpital. Elles sont diaphanes comme du papier de soie. On dirait des racines échouées dans le lit d’un ruisseau. Moi qui les ai connues si vives et chaleureuses, même esquintées de la paume à la pulpe de l’index. Tu disais en riant que tu étais « le roi des brûlures ». Tu avais beau avoir toujours un torchon coincé dans ton tablier, tu l’oubliais au moment du coup de feu pour empoigner trop vite ces poêles dans lesquelles tu retournais avec les doigts les côtes de veau et les filets de perche. Et tu te brûlais sans rien dire, maintenant quand même tes mains dans l’huile bouillante ou démoulant tes gâteaux au sortir du four.
Tu disais qu’une brûlure chassait l’autre, que tu tenais ça du vieux boulanger qui t’avait appris, gamin, à faire du pain. Et tu riais quand je touchais tes cicatrices calleuses. J’aimais aussi jouer avec la dernière phalange de ton index, noueuse comme un cep de vigne, et je voulais que tu me racontes encore l’histoire de sa difformité. Tu me disais que tu n’étais alors guère plus âgé que moi. Tu étais assis à la table où ta mère venait de poser son hachoir pour préparer une terrine. Il te fascinait, cet engin en fonte dont tu avais le droit de tourner la manivelle tandis que ta mère y introduisait des morceaux de porc. Sauf qu’un jour, alors qu’elle était partie, tu avais mis ton index dans le hachoir. Il avait fallu chercher le docteur à pied sur la grand-route puis revenir avec lui dans sa carriole. Le toubib avait observé ton doigt. C’était encore l’époque où il était inconcevable de poser une question à un médecin. Il avait ordonné à ton père de tailler deux planchettes dans un morceau de peuplier. Tu avais serré les dents quand il les avait plaquées sur ton doigt. Puis il les avait maintenues avec des bandes taillées dans une ceinture en flanelle de ton père. Il avait dit qu’il reviendrait dans un mois.
Quand il avait ôté l’attelle, ton index était tout rose avec la dernière phalange pointant vers la gauche. Le docteur avait dit que ton doigt était sauvé mais que tu serais peut-être recalé au service militaire. Ton père avait froncé les sourcils en déclarant que tu ferais ton armée comme tout le monde. Et toi, tu secouais la tête en me racontant cela et en soupirant : « S’il avait su que je ferais vingt mois d’Algérie. » Tu continuais de gratter le fond des casseroles avec l’ongle de ton doigt difforme, tu disais qu’il était bien pratique pour récurer des endroits difficiles d’accès.
Je me souviens de ton index posé sur le dos d’un couteau, sur une poche de pâtissier. Tu t’appliquais comme si tu étais en train de passer ton CAP. Là, tout de suite, je le soulève, il me semble léger et minuscule comme un os de poulet de batterie. J’ai souvent eu envie de tordre ta phalange pour tenter de la remettre droite. L’idée même de ce geste m’a toujours terrifié. Non, je ne peux pas te faire cela. Et quand bien même tu serais déjà mort, je ne le ferais pas. Parce que je suis toujours hanté par cette histoire qu’on se racontait gosses à l’école primaire. Une histoire de croque-mort. Lors d’une toilette mortuaire, le père d’un copain avait tenté de redresser la jambe d’une défunte atrophiée par un cancer. Le membre avait cassé, le croque-mort avait été viré.
Je frôle encore une fois tes mains. Je voudrais qu’elles bougent, même d’un millimètre. Mais on dirait les spatules que tu suspendais à la hotte après les avoir fait danser tout un service en retournant tes galettes de pommes de terre. Je cherche dans la table de nuit la bouteille de parfum que je t’ai offerte pour Noël. Pour un homme, de Caron. « Vous verrez, c’est bien pour un monsieur de son âge », m’avait dit la vendeuse de la gare de Lyon. Je t’ai rasé le 25 décembre au matin et tu as arrêté ma main :
– C’est quoi ?
– Du sent-bon.
– J’en n’ai jamais mis.
Tu as consenti à ce que je t’applique quelques gouttes dans le cou, en grognant: «Un cuisinier, ça ne se parfume pas. Sinon, il se gâte le nez et les papilles.» Tu as reniflé, l’air circonspect, et lâché : «Ce que tu me fais faire quand même.» Je m’enduis les mains de parfum et je masse doucement tes doigts, tes paumes.
Il y a trois jours, après le service du soir, je n’avais pas sommeil. J’ai décidé d’aller faire le tour de la ville en fourgonnette. J’ai allumé une Camel en écoutant « No Quarter » de Led Zeppelin. Ton bruit, comme tu disais. La nuit était froide, les rues désertes. Un instant, j’ai hésité à aller boire un demi au café de la Paix. Mais j’avais envie de te voir. J’ai poussé jusqu’à l’hôpital, tapé le digicode de la porte du service de soins palliatifs que Florence, l’infirmière de nuit, m’avait donné. Le couloir était dans une pénombre orangée. La porte de ta chambre était entrouverte et, dans la lueur de la veilleuse, j’ai découvert un curieux jeu d’ombres que tu créais avec tes mains, les yeux fermés. Tu frottais tes paumes l’une contre l’autre comme si tu fraisais la pâte sablée de la tarte au citron qui figurait à la carte de tes desserts. Puis tu écartais les doigts en les pinçant vivement. T’efforçais-tu de retirer de petits morceaux de pâte? Je me suis assis sur le bord du lit et je t’ai regardé faire. Je t’ai soufflé: «Papa, tu n’as pas perdu la main.» Je n’attendais pas de réponse. J’espérais juste que tu m’entendais. J’ai senti un pas paisible se rapprocher dans mon dos.
– Qu’est-ce qu’il fait? a demandé doucement Florence.
– Il pétrit. J’ai cru qu’il faisait une pâte brisée, mais c’est du pain. Là, il enlève les bouts de pâte qui collent à ses doigts.
– C’est beau, ses gestes.
– Quand est-ce qu’il va partir?
– C’est lui qui décidera. »

Extraits
« Pour moi, tu es le maître du feu; un magicien quand tu fais gonfler la brioche; un perceur de coffre-fort quand tu ouvres les huîtres; un roi mage quand tu fouettes la crème Chantilly et que tu fais fondre pour moi du chocolat noir. La cuisine embaume la brioche qui dore et l’orange pressée. C’est la saison des sanguines. Tu les pèles à vif et me laisses placer les tranches sur une assiette. Tu ajoutes quelques gouttes d’eau de fleur d’oranger. Tu dis que ça te rappelle l’Algérie. »

« Pour étouffer la douleur, je sors ton cahier de recettes. Je l’ai récupéré dans le tiroir de la table de nuit de maman avant que Nicole s’installe dans votre chambre. Je le feuillette souvent sous les draps. Pas tant pour lire les recettes que pour retrouver maman à travers son écriture. Je m’attarde sur chacune des lettres, imaginant le grain de beauté sur son doigt alors qu’elle tient son crayon. Elle a une façon bien à elle de former les « e ». Elle les termine par un trait qui se jette dans le vide au lieu de s’arrondir. « C’est mon côté rebelle », m’avait-elle dit en riant. »

À propos de l’auteur
Jacky Durand est journaliste. Depuis des années il sillonne la France des terroirs pour ses savoureuses chroniques culinaires dans Libération («Tu mitonnes») et tous les samedi matin sur France Culture («Les mitonnages de Jacky»). (Source: Éditions Stock)

Compte Twitter de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

100 chroniques de livre

Challenge NetGalley France 2018

Badge Critiques à la Une

NetGalley Challenge 2016

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#lecahierderecettes #jackydurand #editionsstock #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentreeLitteraire2019 #LitteratureFrancaise #secondroman
#NetGalleyFrance #VendrediLecture

Publicités

Les Mains de Louis Braille

JOUSSE_les_mains_de_louis_braille

logo_premieres_fois_2019  Logo_premier_roman

En deux mots:
La vie de Louis Braille passionne la narratrice qui décide d’en faire un film. On la suit tout au long de l’écriture du scénario et de ses découvertes avec, en parallèle, le récit de la vie de l’inventeur de l’écriture pour aveugles.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La scénariste emportée par son sujet

Hélène Jousse résume parfaitement son premier roman en disant qu’il s’agit de l’histoire «d’une scénariste qui se met à l’écriture d’un film sur Braille et qui, en découvrant la vie de cet enfant, va voir sa propre vie transformée.»

Ce qui est formidable avec le premier roman d’Hélène Jousse, c’est qu’il nous offre plusieurs portes d’entrée, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Il y a d’abord celle qui nous fait découvrir Constance, la narratrice. La vie ne l’a pas épargnée puisqu’elle se retrouve désormais seule après le décès de son mari et va tenter d’apaiser sa douleur dans le travail. Une situation particulière qui va lui permettre, presque inconsciemment, de développer une sensibilité très particulière pour le sujet du film qu’elle prépare, un biopic consacré à Louis Braille, l’inventeur du système d’écriture pour aveugles qui porte aujourd’hui son nom. Et dont Thomas, le réalisateur, va profiter.
Car Constance est scénariste. En la suivant, on va pouvoir découvrir comment se construit un film, comment un scénario s’étoffe, quel travail de repérage est nécessaire et comment on tente de remplir les lacunes d’une biographie. Aurélien, jeune recherchiste, va ici s’avérer d’un précieux secours. C’est notamment lui qui va apprendre à Constance le curieux marché passé entre l’État et la commune natale de Louis Braille: son corps est au Panthéon, ses mains sont à Coupvray.
Hélène Jousse a eu la bonne idée de nous offrir un roman dans le roman. Il nous ramène au tout début du XIXe siècle, à ce jour funeste où le petit Louis s’amuse dans l’atelier de bourrelier de son père et se crève un œil avec un poinçon. Une blessure si vive qu’elle va entraîner la perte de son œil et, quelques jours plus tard, la perte de sa vue. Mais Louis est un garçon curieux, avide de savoir et à six ans, au fond de la classe, son instituteur ébahi découvre qu’il a enregistré les fondamentaux de l’arithmétique, de la grammaire, de l’histoire et de la géographie. Avec l’aide du curé, puis d’un nobliau de province, il est accepté à Paris, dans le seul établissement accueillant les jeunes aveugles. En fait, il s’agit d’un endroit insalubre où les élèves tombent comme des mouches. Mais là encore, Louis résiste aux difficiles conditions de vie et à la cruauté de l’équipe dirigeante.
Il trouve d’une part du soutien auprès de Gabriel, un collègue avec lequel il s’entend à merveille – «Les deux forment un tandem incroyablement performant. Ils se sont trouvés.» – et d’autre part auprès du concierge qui brave le règlement et sa hiérarchie pour venir en aide aux pensionnaires. Il s’arrange par exemple pour donner de l’argile à Louis lorsqu’il est mis au cachot pour qu’il puisse passer le temps en façonnant la Terre (quand on sait qu’Hélène Jousse est aussi sculptrice, on imagine le plaisir qu’elle a dû éprouver en imaginant cette scène). Mais ces petites lueurs d’espoir ne peuvent enrayer l’inexorable déclin d’une institution si mal gérée. Le miracle va se produire en 1821, avec l’arrivée d’un nouveau directeur.
Ce dernier va transformer le système éducatif en place et notamment proposer à Charles Barbier de La Serre de faire un exposé sur son système de codage par points mis au point pour l’armée.
Gabriel et Louis s’enthousiasment, mais doivent bien vite se rendre à l’évidence: «celui qui voit ne peut avoir la moindre idée de l’île noire dans laquelle ils vivent, ni des passerelles nécessaires pour rejoindre le continent des voyants.» Quelques mois plus tard le «procédé pour écrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points, à l’usage des aveugles et disposés pour eux» est créé.
Constance parviendra-t-elle à vendre son histoire? Le film Les Mains de Louis Braille verra-t-il le jour? Je vous laisse le découvrir, tout comme le destin réservé à Louis Braille à la suite de son invention. Attendez-vous à quelques surprises!

Les mains de Louis Braille
Hélène Jousse
Éditions JC Lattès
Roman
350 p., 19 €
EAN 9782709661560
Paru le 06/02/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, Mais aussieht à Coupvray.

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi le döbut de XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.
Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. Et pour cause: il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, a même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.
Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres?

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle 

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Branchés culture
Blog Blondes and littéraires
Blog Célittérature 
Blog Missbook
Luchon Mag (entretien avec Hélène Jousse)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Scénario scène 1. Trois ans. Coupvray.
C’est un jour de juillet pluvieux. Un matin de l’été 1812. Depuis l’aube, les averses ont succédé aux éclaircies. Louis aime la pluie parce qu’elle réunit sa famille. Quand il pleut, sa mère renonce à aller au champ et reste à l’abri avec lui et sa sœur aînée. Parfois, son père aussi cède à l’attrait de cette intimité tendre et chaude, au cœur de sa maison. Il abandonne son atelier et les rejoint autour de la cheminée, tel l’avare s’assurant que son trésor n’a pas disparu.
Depuis le jour où sa mère, impérieuse et joueuse, a fait arrêter la diligence de Meaux en pleine campagne pour qu’il puisse écouter les gouttes d’eau s’écraser sur le plafond entoilé de la calèche, Louis raffole du bruit de la pluie. Toute sa vie, il continuera à l’aimer. Sa bonne nature ne connaît pas la rancune.
Mais aujourd’hui, malgré l’orage, sa mère n’est pas là, contrairement à son habitude. Obligée d’aller vendre ses légumes au marché, elle n’a pas voulu qu’il l’accompagne, de peur qu’il ne prenne froid. Elle l’a laissé sous la surveillance de son mari, dans l’atelier où l’enfant adore fureter.
Louis aime se lever très tôt et prendre une longueur d’avance sur le jour naissant, sur ses parents et sa sœur qui sommeillent encore. Il fouine. Les objets et leur mystérieux ballet l’intriguent. Les choses lui en apprennent beaucoup sur les gens. Tout semble lui dire quelque chose. Alors, dans son petit monde de tout petit enfant, il ne néglige rien, et tout devient grand.

M. Braille termine de coudre un harnais pour le notaire, qui ne va pas tarder à lui amener son cheval. On le dit consciencieux et habile, et les gens viennent de loin pour le faire travailler, lui, et pas un autre. Louis le voit. Il en est fier. Le bourrelier aime son métier qui mobilise ses mains mais aussi, dans la conscience que nécessite chaque geste, le meilleur de son esprit.
Le petit garçon reste là, à regarder son père au travail. Ce ne sont pas les gestes d’un artisan adroit qu’il voit mais une danse toujours nouvelle et chaque fois aussi distrayante. Le visage à hauteur d’établi, Louis observe les mains de son père s’envoler, se refermer sur un outil, puis se reposer sur le cuir tendre. Ses deux bras merveilleusement articulés se plient et se déplient en rythme pour affûter, couper, piquer, tordre, étirer, lustrer. Le buste, léger et vif, s’ajuste avec souplesse, accompagnant chaque geste. Louis contemple ce beau géant en branle au-dessus de lui.
L’enfant regarde fasciné le corps solide de son père, comme un monde en soi. Il y voit une splendide mécanique capable de reconstruire, s’il le fallait, la grande mécanique qui l’entoure. Louis, âgé de trois ans – trois ans et demi, précise-t-il –, a le regard dilaté par l’admiration qu’il ressent pour ce puissant humain qui, non seulement existe, mais par bonheur l’aime, lui, si petit. Alors, il se dit que ça n’est pas rien ce qu’il est, puisque le colosse se penche si bas et si souvent vers lui. Et cela le rend heureux, simplement et profondément heureux d’avoir le droit d’être là.
Ils ont passé la matinée ensemble dans l’atelier, – un de ces moments de l’enfance où le temps semble s’étirer, où la félicité de l’instant contamine l’instant d’après, où le bonheur nous laisse croire qu’il ne se sauvera jamais.
M. Braille quitte un instant son établi pour fixer le harnais à l’encolure du cheval de son client qui l’attend dehors, déjà trempé. Louis se retrouve seul. Seul au monde dans le monde de son père qu’il croit être déjà le sien. Après avoir longuement promené son regard autour de lui, il commence à toucher les objets de cuir fabriqués par son père. Puis les objets qui fabriquent les objets, ses précieux outils, prolongements de la main paternelle. Et puis, il se prend pour son père… Comment faire autrement ?
Debout, hissé sur le tabouret tournant, il saisit d’une main un morceau de cuir, et de l’autre le poinçon de métal que maniait l’artisan. Il va aider son papa, continuer son travail. Et il sera fier de lui. Louis entend sa voix grave dans la cour. Rassuré, il décide d’imiter le mouvement qu’il a vu faire tant de fois. Miracle, l’outil lui obéit. Il s’aperçoit qu’il reproduit sans mal le geste du bourrelier. Alors il recommence. Il en est stupéfait. Comme si sa main savait déjà. Il regarde le morceau de cuir poinçonné. Il pousse un soupir de satisfaction, se relâche, et, à cette seconde précise, le tabouret vrille et emporte son corps. Dans sa chute, la pointe qu’il serre encore dans sa main se plante dans son œil. Un hurlement déchire l’espace qui le sépare de son père. La minute suivante, Simon est là, tenant dans ses bras un petit garçon inanimé, le visage en sang. Cet enfant est le sien. Cette minute de trop, Simon ne se la pardonnera jamais. Elle va pourtant faire de la vie de son fils un destin. Qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres? »

Extraits
« Carnet rouge de Constance
Thomas, c’est lui qui a tout déclenché. Il a toujours taillé dans le réel comme on taille dans un bloc de marbre. Jamais un coup de ciseau hésitant.
J’avais rendez-vous avec lui le lendemain de ma visite au Panthéon pour discuter de l’achat des droits de ma dernière pièce, qu’il voulait adapter au cinéma. Et là, sans doute pour parler d’autre chose que de boulot, je lui ai raconté Louis Braille, l’accident, l’infection, l’enfant inventeur, la tombe gravée en braille, la vieille dame et sa main tendre sur mon épaule, et tout ce que je sais et aime déjà de Louis. J’en avais les larmes aux yeux. Cet enfant génial me touche davantage que je ne l’aurais cru. Thomas m’a écoutée sans un mot, bouche bée, puis m’a posé quelques questions précises et inattendues, comme il en a le don.
Après notre déjeuner, Thomas m’a invitée à le suivre dans son bureau. Il est soudain devenu grave et m’a parlé comme si je n’avais pas le choix. Ne pas décider convenait tout à fait à ce moment vertigineux de ma vie. Ne rien vouloir. Que l’on veuille pour moi. J’étais prête à accepter n’importe quelle proposition décente qui me maintienne dans le courant de la vie. Par chance, ç’a été celle-ci. « Constance, faites-moi un scénario de la vie de Braille », m’a-t-il demandé comme s’il m’avait dit « Faites-moi un enfant ». Il a continué, pragmatique : « J’aurai des financements si le film est prêt pour le festival de Cannes. Il va falloir faire vite. Vous avez deux mois, Constance. C’est une vraie course contre la montre. C’est vous et personne d’autre que je veux. »

« Je ne parviens plus à écrire. Cela m’est déjà arrivé, mais cela ne m’inquiète pas toujours autant. J’y suis depuis un mois. Je suis partie bille en tête. J’ai d’abord lu tout ce que je pouvais, pas grand-chose finalement, car peu de gens se sont penchés sur son destin. Je ne me l’explique pas. Quelques-uns de ses contemporains ont parlé de Louis dans des notes biographiques: Pignier, Coltat, Roblin sont de ceux-là. Gabriel, son fidèle ami, n’en a pas eu le temps car il a suivi Louis dans la mort et pour la même raison. Ces récits nourrissent le précieux ouvrage de Pierre Henri écrit dans les années 1950 avec un soin méticuleux et un respect scrupuleux de la vérité. Depuis, un Américain C. Michael Mellor a rassemblé lettres et documents pour retracer, au plus juste, la vie de Louis. J’ai pris des notes sur les notes, j’ai gribouillé des carnets, j’ai tracé des croquis, l’ai dessiné le plan de l’Institut, j’ai résumé, j’ai extrapolé, j’ai composé des scènes, j’ai écrit un synopsis pour les mettre dans l’ordre. Puis cet ordre m’a déplu. Je l’ai reconstruit autrement et encore autrement. »

« Les Mains de Louis Braille, voilà Aurélien le titre du film, et la pierre d’angle de notre récit! Tout repose sur les mains de Louis, ce sont des mains qui voient, ce furent les premières mains à lire, c’est un morceau de corps glorieux qu’on s’arrache, c’est la nuit qu’on traverse. Elles ne lui appartiennent plus dès lors qu’elles deviennent un symbole.» Je ne m’arrêtais plus. J’étais enflammée. «Les mains de Louis Braille ne sont pas des mains, elles sont la prunelle des yeux du monde aveugle!» J’exultais. Moi aussi je me les appropriais, d’emblée, d’instinct. »

« Je venais de plonger dans un autre monde, de comprendre ce qui depuis deux ans me faisait défaut: je n‘étais pas aveugle. Pour avoir accès au braille, il faut ne pas voir. Voir empêche de lire du bout des doigts. Le code inventé par Louis est génial car il fait de la pulpe du doigt une tête de lecture. D’abord lente, elle gagne en vitesse après des mois d’apprentissage pour finir par avoir la vitesse d‘un œil qui parcourt une ligne. Le professeur aveugle m’avait ouvert les yeux sur cette évidence. C’est en me les fermant qu’il y était parvenu. »

À propos de l’auteur
Hélène Jousse est sculptrice. Elle enseigne son art aux autres, et en particulier aux enfants. Il y a trois ans, un jeune homme aveugle depuis quelques mois est venu lui demander de l’aider à sculpter. Pour elle, un monde s’est ouvert. Les Mains de Louis Braille est son premier roman. Elle vit à Paris (6e). (Source : Éditions JC Lattès)

Site Internet de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

100 chroniques de livre

Badge Critiques à la Une

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#lesmainsdelouisbraille #helenejousse #editionsjclattes #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentréeLittéraire2019 #LitteratureFrancaise #68premieresfois #primoroman #premierroman #NetGalleyFrance #MardiConseil

Quand Dieu boxait en amateur

BOLEY_quand_dieu_boxait_en_amateur
Logo_second_roman  Logo_68_premieres_fois_2017  coup_de_coeur

En deux mots:
Un père forgeron, champion de France de boxe et interprète de la passion du Christ. Face à cet homme aux talents multiples, son fils est émerveillé. Jusqu’au jour où l’âge et la maladie viennent mettre à bas cette statue qu’il croyait indéboulonnable. L’incompréhension et la douleur viennent alors se mêler à l’admiration.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Mon père, ce héros

Après Fils du feu, un premier roman choc, Guy Boley rend hommage à son père à travers les épisodes marquants de sa vie. L’occasion aussi de prendre congé d’un monde ouvrier et d’une époque englouties par le «progrès».

Présentant Fils du feu, le premier roman de Guy Boley, j’écrivais: «un livre forgé avec puissance et élégance, avec rage et exaltation. C’est l’enfer la tête dans les étoiles.» Quand Dieu boxait en amateur est dans la droite ligne de cette découverte initiale et nous offre le portrait de René Boley, né le 3 mai 1926 à Besançon à l’hôpital du quartier, «entre les rails et les wagons, les tenders et les tampons, dans les panaches bleutés de leurs lourdes bouzines aux déchirants sifflets», décédé le 8 octobre 1999, «dans ce lieu ferroviaire où le destin la lui avait offerte. (…) Distance entre le lieu de sa naissance et celui de sa mort: trois étages.»
Entre son décès et sa mort, il y a aussi le vibrant hommage d’un fils qui a partagé sa vie de chanteur, d’acrobate et acteur, de forgeron et de boxeur. Et de chercheur de mots. Car le dictionnaire ne l’a jamais quitté: «C‘est son problème, les mots, à cause du père inconnu qui s’est fait écraser paf-entre-deux-wagons-comme-une-crêpe-le-pauvre, la mère contrainte d’aller faire des ménages chez les riches (bourgeois du centre-ville) et lui l’école au rabais, puis l’apprentissage chez le premier patron qu’on a trouvé forgeron-serrurier, on aurait pu tomber sur pire pour, hop, entrer dans la vie active à tout juste quatorze ans, l’âge légal, parce que ça fait un salaire de plus à la maison.» Le travail est dur, pénible, mais il n’est pas pour autant sujet à déprime. Au contraire, on essaie d’avancer, de progresser, de construire. «On ne choisit pas son enfance, on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main» Ainsi, avec sa belle voix pousse René à distraire ses amis les cheminots, à leur offrir des morceaux d’opérette. Mais il n’entend pas s’arrêter là: «La gloire l’attirait comme l’aimant la limaille».
Sa mère et son grand ami Pierre vont lui en donner l’opportunité. La première l’inscrit à la boxe pour l’aguerrir. Le 28 décembre 1952, il sera couronné champion de France et donnera naissance trois jours plus tard à son narrateur de fils. Le second, devenu curé, lui offre de un rôle d’apprenti comédien, «catégorie théâtre d’eau bénite» dans la représentation de la passion du Christ. On imagine bien ce que le garçon de trois ans peut ressentir en voyant son paternel en Jésus-Christ.
Mais cette route vers la gloire va soudain se briser. Car si les difficultés du quartier, l’arrivée des locomotives électriques et la mutation industrielle commencent à faire des dégâts, ce monde qui change n’est rien face à la douleur de perdre un enfant.
Le chagrin, l’incompréhension, la colère sourde s’exprimer alors avec violence.
Le roman a soudain basculé. Le fils découvre un autre père…
Guy Boley a le sens de la formule qui fait mouche. Son style, à nul autre pareil, nous offre un roman superbe, entre épopée et tragédie. Où l’humain à toute sa place, à savoir la première!
« Quand un monde s’écroule, tous ceux qui vivent dedans, au loin ou à côté, s’en retrouvent affectés. Et, s’ils n’en meurent pas, toujours ils perdent pied Vésuve ou Pompéi, chagrins d’amour ou deuils intempestifs, c’est du pareil au même, il ne reste que cendres, vapeur d’eau ou buée, tempêtes de cris et océans de larmes. Des vies en suspens, comme des draps humides qui ne sécheront jamais plus. Aussi ai-je fui au plus vite ce pays endeuillé, et quitté ce cocon qui n’en était plus un. »

Quand Dieu boxait en amateur
Guy Boley
Éditions Grasset
Roman
180 p., 17 €
EAN : 9782246818168
Paru le 29 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Besançon

Quand?
L’action se situe de 1926 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une France rurale aujourd’hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l’abbé propose à son ami d’enfance d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité.
Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite. Un uppercut littéraire.

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Blog T Livres ? T Arts ?
Blog Bricabook
Blog Les lectures de Sophie
Blog Domi C lire
Le blog Passion de lecteur 

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Culturebox (Laurence Houot)
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
Toutelaculture.com (Julien Coquet)
Culture-Tops (Paul (Beuzebosc)
Blog Lily lit 


Guy Boley présente Quand dieu boxait en amateur © Production Hachette France

Les premières pages du livre
Besançon est une petite ville de l’est de la France qui, sous ses airs de ne pas y toucher, n’en est pas moins capitale de la Franche-Comté et de l’horlogerie, préfecture du Doubs, chef-lieu d’un arrondissement composé de treize cantons et de trois cent onze communes, ville natale de Victor Hugo et des frères Lumière mais aussi, excusez du peu, capitale de l’ancienne Séquanie, connue alors sous le nom latin de Vesontio, cité qui fut, en cette époque barbare, une ville pilote d’envergure puisqu’elle possédait déjà, bien avant l’invention du tourisme, un sens inné de l’hospitalité. Des hordes d’envahisseurs portant la hache, la masse d’arme ou l’espingole en guise de caméscope la visitaient régulièrement et laissaient, dans le gris-bleu de ses pierres, stigmatisés, gravés, burinés ou ciselés, quelques indices de leurs passages qui constituent ce que l’on nomme en une formule quelque peu pompeuse: la longue et douloureuse histoire de la cité.
Plaquée au creux d’une cuvette naturelle comme l’est une pâte feuilletée dans le fond d’un moule à tarte, la ville est close par un couvercle caparaçonné de toits ocre, aux tuiles serrées et aux cheminées hautes que maintiennent et soutiennent des maisons relativement basses habitées par d’honnêtes commerçants, des pharmaciens aisés plus ou moins bovarystes, de respectables docteurs et d’éminents notaires, sans omettre, bien sûr, militaires et curés qui occupaient jadis casernes et églises, leurs bâtisses imposantes obstruant encore, à ce jour, la partie la plus antique et dénommée romaine de la susdite cuvette.
Un fleuve en forme de lyre, le Doubs, sertit comme un bijou ce bouclier de toitures et d’âmes subséquemment nommé centre-ville, où grouillent, jours fériés et chômés, des badauds dont l’activité maîtresse consiste à arpenter les deux ou trois rues commerçantes et à s’extasier devant leurs luxuriantes vitrines, aquariums du désir frustré où des chaussures neuves, poissons de cuir inertes sur fond de velours rouge, se contemplent par paires dans le blanc des œillets.
Quelques ponts, dont les ingénieurs respectant le cahier des charges ont privilégié la robustesse au détriment de l’esthétique, permettent de traverser le fleuve et d’accéder aux quartiers périphériques qui, s’éloignant progressivement de l’épicentre, vont du plus huppé au plus populaire.
C’est précisément dans l’un de ces quartiers d’ultime catégorie que nous nous trouvons actuellement, un peu plus haut que la gare Viotte, entre la cité des Orchamps et la cité des Parcs, à la frontière du quartier des Chaprais et du dépôt, loin des vitrines et des godasses, loin des rupins et des bourgeois, des militaires et des vicaires, en bordure d’une espèce de no man’s land formé par un amas de traverses, de hangars et de rotondes où sont entreposées les locomotives qui ne roulent pas et celles qui ne roulent plus.
Au pied de ces ferrailles aux ronces entrelacées, s’élève un bâtiment trapu et court sur pattes qui fut jadis coquet et que tous appelaient: l’hôpital du quartier. On y faisait de tout, deuil et maternité. C’est là qu’il vit le jour, René Boley, mon père, le 3 mai 1926, entre les rails et les wagons, les tenders et les tampons, dans les panaches bleutés de leurs lourdes bouzines aux déchirants sifflets.
Ce quartier fut toute sa vie, sa seule mappemonde, sa scène de théâtre, son unique opéra. Il y grandit, s’y maria, procréa. Ne l’aurait pas quitté pour toutes les mers du globe et leurs îles enchantées.
Il y passa sa vie, sa vie de forgeron, y aima l’enclume, la boxe et l’opérette. Et le théâtre, par-dessus tout.

Fidèle à ses amours, attaché à sa terre, aux pierres et aux amis, aux fumées qui mouraient et aux rails qui rouillaient, il rendit l’âme, le 8 octobre 1999, dans ce lieu ferroviaire où le destin la lui avait offerte: l’hôpital du quartier. Ce dernier avait beaucoup vieilli ; mon père aussi ; ils étaient quittes.
Toujours est-il, pierres ou chair délabrées, qu’il mourut dans le même bâtiment que celui qui l’avait enfanté et, si l’on en croit les indications inscrites dans le livret d’état civil : presque à la même heure.
Distance entre le lieu de sa naissance et celui de sa mort: trois étages.

Extraits
« C‘est son problème, les mots, à cause du père inconnu qui s’est fait écraser paf-entre-deux-wagons-comme-une-crêpe-le-pauvre, la mère contrainte d’aller faire des ménages chez les riches (bourgeois du centre-ville) et lui l’école au rabais, puis l’apprentissage chez le premier patron qu’on a trouvé forgeron-serrurier, on aurait pu tomber sur pire pour, hop, entrer dans la vie active à tout juste quatorze ans, l’âge légal, parce que ça fait un salaire de plus à la maison. »

« Il y a donc la boxe et le linge qui sèche. Les escaliers cités, le cornet à pistons, le père en uniforme prisonnier dans son cadre. Le dictionnaire, bien sûr, ses mots échevelés dont nul ne sait user. Il y a aussi la forge, ses masses et son enclume, puis les rails du dépôt. Tableaux de son enfance qui serait triste et vide s’il n’existait l’humain pour lui donner une âme.
Et l’humain, pour René, se condense en un seul: Pierrot, l’ami des origines, le copain de toujours. Le frère incontournable. Ils sont tous deux semblables à Oreste et Pylade. Ou Castor et Pollux. Unis du berceau au tombeau. »

« Ils ont remarqué, ça derniers mois, que les locomotives à vapeur n’arrivaient plus ici comme des malades à rétablir mais comme des condamnées, à la queue leu leu, la chaine autour du cou, sans espoir de retour. Le dépôt, jadis brave dame compatissante, ne fait plus fonction d’hôpital, de centre de soins ou maison de repos: c’est devenu un lieu d’équarrissage où la ferraille hurle sous la morsure du chalumeau. C’en sera bientôt fini de ces bouzines asthmatiques, de ces masses de fonte affectueuses, bonnes grosses mères fessues à qui des pelletées de charbon mettaient le feu au cul. La fée électricité promène désormais ses volts au cœur des caténaires, le charbon ne brûle plus, les fumées disparaissent, le ciel est bien trop bleu. »

À propos de l’auteur
Guy Boley est né en 1952. Après avoir fait mille métiers (ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule, chauffeur de bus, dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre) il a publié un premier roman, Fils du feu (Grasset, 2016) lauréat de sept prix littéraires (grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan, prix (du métro) Goncourt, prix Québec-France Marie-Claire Blais). (Source : Éditions Grasset)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

50 chroniques de livre

Badge Critiques à la Une

Challenge NetGalley France 2018

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#quanddieuboxaitenamateur #guyboley #editionsgrasset #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #explolecteur #rentreelitteraire #rentree2018 #RL2018 #68premieresfois #secondroman
#NetGalleyFrance #lundiLecture

Sergent papa

CITTI_Sergent_papa

Logo_premier_roman

En deux mots:
Mathieu va fêter ses cinquante ans alors que sa carrière de comédien bat de l’aile et que son cœur flanche. À l’inverse son fils Antoine est le nouveau prodige de la scène rock. Deux trajectoires opposées mais une admiration réciproque qui n’a jamais été exprimée. Est-il trop tard pour essayer?

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Avec leur cœur de rockeur

Pour ses débuts dans le roman Marc Citti confronte un père et son fils unis par la musique, mais désunis par la vie. Vont-ils réussir à se rapprocher alors que leurs parcours personnels prennent des routes opposées ?

Si ce premier roman est centré sur les rapports père-fils, il est aussi un hommage au rock et à la musique qui, au-delà de toutes les vicissitudes aura rassemblé Mathieu et Antoine Scarifi. Les courts chapitres de Sergent papa ont pour titre celui de chansons des Beatles, de Joe Cocker ou encore de David Bowie. S’ils ont imprégné la mémoire du fils, c’est parce que le père, à chaque fois qu’il s’en allait, laisser trainer les vinyles qui ont fait l’éducation musicale de son rejeton et constitué la base de sa carrière de rockeur. Et puis, même si leurs relations se sont beaucoup espacées, ils se livraient à un petit jeu, s’exprimant par SMS en utilisant les titres des morceaux de leurs idoles communes. « Cela pouvait donner par exemple ceci, lorsqu’Antoine se trouvait à un endroit où il s’ennuyait ferme :
Antoine : Help ! Should I stay or should I go ?
Papa : Hell ain’t a bad place to be…
Antoine : Wish you were here….
Papa : I’ll be back!
Antoine : Time waits for no one… »
Et comme le temps n’attend personne, le roman s’ouvre alors qu’Antoine est sur scène avec son groupe «Les Extradés». Il fait la fierté de son père, admiratif de celui que les médias décrivent comme le «nouveau prodige de la scène rock indé, fascinant par son projet musical postmodeme et ambitieux.» Un père qui aimerait bien renouer des liens distendus au fil du temps et qui culpabilise de n’avoir pas été davantage présent, lui qui «avait quitté la maison lorsqu’il était encore enfant, mettant un terme à la brève passion qui l’avait fait épouser Florence quelques années plus tôt.»
Voilà Antoine est en pleine ascencion et Mathieu en plein doute. Il n’est plus vraiment un comédien demandé et adulé et ne doit qu’à ses relations, à la belle Marie Bellecour qui ne l’a pas oublié, de pouvoir remonter sur les planches. Un projet contrarié par une attaque cardiaque qui aurait pu l’emporter si Irina, sa femme de ménage, n’avait eu un réflexe salvateur. « Vous êtes passé à ça, monsieur Scarifi, lui avait déclaré le professeur, il va falloir changer votre manière de vivre. Ce qui fut fait: Mathieu s’efforça de se conformer aux injonctions des médecins et, dès sa sortie de l’hôpital tenta d’adopter une existence monacale. Le plus douloureux, on s’en doute, fut de se priver de son paquet de Camel journalier. »
Du coup, c’est une sorte d’urgence qui pousse le père vers le fils, mais aussi à l’inverse le fils vers le père. Une invitation à une série de concerts à Casablanca servira de catalyseur pour l’un comme pour l’autre.
Avec beaucoup de finesse, Marc Citti va suivre le cheminement de l’un et de l’autre, leurs relations réciproques et leurs désirs, mais aussi leurs addictions. La drogue et l’homosexualité, l’alcool et l’impuissance pour l’autre. Au fil des pages, on va voir la distance entre les deux hommes s’atténuer jusqu’à cette magnifique lettre. Mais n’en disons pas davantage, sinon que l’expérience de l’auteur et notamment son travail aux côtés de Patrice Chéreau vient ici fort à propos donner de l’épaisseur et de la crédibilité aux protagonistes. Et comme j’ai commencé avec la musique, je terminerais sur le même registre en imaginant Antoine changer le mot maman par papa en interprétant cette chanson de Julien Clerc
Avec mon cœur de rockeur
J’ai jamais su dire je t’aime
Oui mais maman (papa) j’ t’aimais quand même
Comme personne ne t’as jamais aimé

Sergent papa
Marc Citti
Éditions Calmann-Lévy
Roman
160 p., 16 €
EAN : 9782702163597
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris. On y évoque aussi des tournées en province, notamment à Tourcoing et Brest ainsi que le Maroc, à Casablanca, Tanger et les montagnes du Rif et Londres.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si encore je t’avais abandonné pour parcourir le monde ou pour plonger dans l’ivresse d’une trépidante vie d’artiste, peut-être aurais-tu pu me fantasmer en père aventurier absorbé par des voyages extraordinaires, mais non, j’ai toujours été là, à quelques encablures de ta chambre d’enfant, et pourtant si éloigné.
Comédien à la carrière essoufflée, Mathieu tente de renouer avec son fils Antoine, musicien prodigieux. Au rythme des tâtonnements de ce père absent se découvrent la tendresse prudente et la violence sourde des sentiments.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Toute la culture (Marine Stisi)
Livres Hebdo (Léopoldine Leblanc)
Page des libraires (Béatrice Putégnat, Librairie Les Cyclades, Saint-Cloud)
Blog froggy’s delight (Jean-Louis Zuccolini)

Les premières pages du livre
« A DAY IN THE LIFE
C’est l’instant qu’Antoine préfère, lorsque la sueur commence à perler sur ses tempes et que la chaleur colonise tout son corps, jusqu’au bout des doigts de sa main gauche qui travaillent le manche de la White Falcon. Au moment de plaquer le premier accord, il s’est permis une furtive suspension, le temps d’embrasser d’un coup d’œil panoramique la pénombre de la salle bondée du Casino de Paris. Il sait que le public est là pour Alabama Shakes, mais aussi qu’il y a peu de risques pour que son groupe se fasse jeter comme la semaine dernière, quand ils ont assuré la première partie de Razorchild au Zénith de Reims, dans un énorme malentendu que seul le rock’n’roll peut provoquer. L’assistance est composée de quadragénaires curieux de découvrir les nouvelles pépites débusquées par l’équipe du festival des Inrockuptibles. Il n’est pas exclu que certains d’entre eux soient snobs et poseurs, mais le risque de débordements n’est pas à craindre. Le groupe qui a joué avant eux, un trio de punkettes new-yorkaises composé de deux ukulélés électrifiés et d’une DJ, a reçu un accueil favorable et Antoine ne voit pas pourquoi il n’en serait pas de même pour eux. Au pire l’auditoire leur opposera-t-il indifférence polie ou départ discret vers la buvette, avait-il songé pour dissiper son trac en attendant de monter sur scène.
Ethan attaque l’intro de batterie de Lexington Boogie en moulinant souplement sur ses toms, bientôt rejoint par la basse hypnotique de Kamel. La salle chaloupe comme un gigantesque banc de poissons nocturnes. Lorsque la ligne rythmique de ses partenaires aura suffisamment pénétré la moelle épinière de la foule, Antoine créera la surprise en y adjoignant un riff rageur et atypique sur lequel il posera sa voix si particulière, toute en glissandos périlleux et en inflexions narquoises, qui avait fait écrire au type des Inrocks, quelques semaines plus tôt : « Cet énergumène est le rejeton naturel de Little Richard et de Catherine Ringer autant que le cousin hexagonal de Jack White » (s’ensuivait toute une série de considérations convoquant les nœuds borroméens lacaniens et la grammaire saussurienne dont il ressortait, sauf erreur, que Les Extradés distillaient un putain de groove).
Alors qu’il est agenouillé pour régler son pédalier, l’œil d’Antoine est attiré vers la coulisse. Brittany Howard, l’imposante chanteuse d’Alabama Shakes, l’observe en souriant. Au moment où leurs regards se croisent, elle lève le pouce et lui décoche un clin d’œil enthousiaste. Cette marque de complicité, émanant de la plus fantastique voix soul du moment, le comble plus que ne le feraient toutes les ovations du monde.
À la fin de Lexington Boogie, leur set, d’une durée non négociable de quarante minutes, s’achèvera. Il n’y aura pas de rappel, les règles draconiennes édictées par les organisateurs ne le permettent pas. Kamel, Ethan et Antoine lèveront alors le poing vers le ciel et emprunteront le couloir des loges. Ils se reposeront quelques instants, se congratuleront peut-être, puis on cognera à la porte.
Kamel, une serviette autour du cou, torse nu, ira ouvrir, découvrant une vingtaine de personnes turbulentes qui feront résonner la pièce d’exclamations chaleureuses. Ethan, comme à son habitude, se montrera ironique et classieux, et Antoine, par la porte restée entrebâillée, apercevra la silhouette de son père sanglée dans un manteau autrefois élégant.
Mathieu se grattera alors la nuque, dansera d’un pied sur l’autre en lui souriant pauvrement. Antoine lui fera signe d’entrer. »

Extraits
« Tout en souriant aux plaisanteries qu’Ethan distille à l’assemblée hilare, Antoine se déhanche sur sa chaise pour tenter d’apercevoir Mathieu. Depuis combien de temps n’a-t-il pas parlé avec son père ? Il a toujours entretenu des rapports complexes avec lui. Mathieu avait quitté la maison lorsqu’il était encore enfant, mettant un terme à la brève passion qui l’avait fait épouser Florence quelques années plus tôt. Antoine, fruit de ce péché de jeunesse, ne lui était redevable que d’une chose, mais elle se posait là : lorsque son père était parti, il avait laissé une platine disque, une guitare acoustique Gibson de série et sa collection de vinyles forte de plus de mille exemplaires, en insistant pour que le tout soit installé dans la chambre du petit. »

« Antoine Scarifi, guitariste et chanteur du groupe Les Extradés, ce fils d’un acteur à la carrière discrète et d’une psychomotricienne, À vrai dire, même si nos camarades des pages Culture nous avaient prévenus avec gourmandise que nous nous apprêtions à rencontrer celui qui, à vingt-trois ans, incarne l’espoir de renouveau du rock hexagonal, on ne savait pas trop à quoi s’attendre lorsque rendez-vous avait été pris dans l’arrière-salle de ce salon de thé de la rue Quincampoix. D’emblée, le ton est donné: l’interview se déroulera dans une absolue courtoisie et une disponibilité de tous les instants. Antoine Scarifi arbore une tenue élégante et curieusement anachronique pour un garçon de sa génération: veste de velours chocolat, col roulé… »

« Voici donc Marie Bellecour rendue aux affaires de l’amour, convoquée à nouveau par le charme ambigu du désordre des sentiments, redoublé en l’espèce par le fait qu’il s’incarne à travers les traits d’un invétéré Casanova de vingt-deux ans son cadet. Elle plie ses affaires de sport, les range dans son sac, sort du vestiaire et se dirige vers la sortie en réempruntant le chemin de la salle de musculation. Le gros type s’accorde une pause en la regardant s’éloigner. Dehors, le carillon de l’église Saint-Eustache sonne 18 heures. Ethan sera chez elle à 20 h 30. Elle n’en peut déjà plus de l’attendre. »

À propos de l’auteur
Né en 1966, Marc Citti est acteur, dramaturge, auteur, compositeur et interprète. Il a notamment travaillé sous la direction de Patrice Chéreau et Jacques Audiard. Il est l’auteur de Les Enfants de Chéreau (Actes Sud, 2015).
Sergent Papa est son premier roman. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

Page Wikipédia de l’auteur
Compte Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

50 chroniques de livre

Badge Critiques à la Une

Challenge NetGalley France 2018

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#sergentpapa #marccitti #editionscalmannlevy #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurscom #bouquiner #livresque
#rentreelitteraire #rentree2018 #RL2018 #primoroman #premierroman #NetGalleyFrance

Apprendre à Lire

MINISTRU_Apprendre_a_lireLogo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Antoine prend soin de son père vieillissant et bougon. Quand ce dernier lui demande de l’aider à apprendre à lire, il ne sait pas que toute sa vie va prendre un nouveau virage et transformer leur relation.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Il n’y a pas d’âge pour apprendre

Un beau roman d’initiation entre un père âgé et illettré et son fils, cadre d’entreprise. Un roman pudique et touchant pour les débuts en littérature de Sébastien Ministru.

Décidément la Belgique est à l’honneur en ce début d’année. Après Les Déraisons d’Odile d’Oultremont et Le champ de bataille de Jérôme Colin voici un troisième premier roman venu d’Outre-Quiévrain, également signé d’un chroniqueur à la RTBF, par ailleurs auteur dramatique.
Pour son premier roman, Sébastien Ministru nous propose une variation sur un grand classique du roman, la relation père-fils. Mais cette fois le fils est proche de la retraite et le père a dépassé les quatre-vingt ans. Antoine est directeur de presse, chargé de mener à bien une fusion-acquisition et vit dans la hantise que son père, qui vit seul, oublie de fermer le robinet du gaz. S’il se charge de l’intendance et vient régulièrement lui rendre visite, il n’a en général droit qu’à des remontrances et critiques sur cette société étrange qu’il analyse notamment via le petit écran. « Pour lui, les journalistes sont tous des hypocrites qui ne pensent pas ce qu’ils disent. Je lui ai un jour expliqué que c’était le rôle du présentateur du journal de ne pas penser ce qu’il disait, ce à quoi il m’a répondu qu’il fallait vraiment n’avoir aucune estime de soi pour faire du mensonge son métier. »
Ces contingences domestiques vont prendre un tour plus particulier le jour où il doit faire face à une demande particulière: son père veut apprendre à lire. Une demande qui l’oblige à creuser la biographie familiale, car il n’avait jamais pensé qu’il faisait partie de cette frange illettrée de la population. Et surtout ce que cette situation pouvait avoir de déstabilisant pour lui. « Mon père ne savait ni lire ni écrire parce qu’il avait dû obéir aux ordres de sa famille qui lui avait refusé le droit de fréquenter l’école et confisqué à jamais le droit de s’affranchir. Je voulais bien le croire mais il n’avait pas dû être le seul dans ce temps-là. Ce que j’avais oublié de prendre en considération c’était la souffrance qu’il avait dû endurer en silence et qui avait sans doute, fait de lui cet homme rude et difficile. »
D’abord réticent, il finit par accepter mais se rend très vite compte qu’il n’a pas la pédagogie nécessaire, à moins que ce ne soit la peur de se faire constamment rabrouer par ce berger d’origine sarde, émigré devenu veuf trop tôt et qui a trouvé un peu de réconfort dans la fréquentation de prostituées. Ou parce qu’il pressent que cet apprentissage le déstabiliser, lui qui avait réussi jusque là à bien cloisonner son existence, à vivre une relation apaisée avec Alex, l’artiste-peintre qui partage sa vie  » je l’ai vu, il m’a vu, on s’est plu. Ce qui nous a permis, ce soir-là, de nous rapprocher et de ne plus jamais se quitter. C’est exactement ainsi que Ia scène s’est déroulée, avec une facilité inouïe à nous indiquer la voie du bonheur. Le contraire de la passion ».
Aussi, pour se divertir, il a lui aussi recours aux services tarifés de jeunes hommes. C’est lors de l’un de ses rendez-vous clandestins qu’il va avoir l’idée, en découvrant que son amant entend se consacrer à l’enseignement, de l’engager non plus pour le sexe mais pour qu’il apprenne à son père à lire et écrire.
En inventant ainsi un nouveau trio, Sébastien Ministru va réussir, après quelques péripéties que je vous liasse découvrir à retisser des liens, à réapprivoiser l’histoire familiale et même à remettre en question sa propre existence. On imagine alors que la réflexion paternelle, quand il veut savoir pourquoi cette soudaine lubie et qu’il lui dit
« Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite. » prendre tout son sens. « La forme des signes qu’il traçait avec cette volonté de prendre beaucoup d’espace révélait une autre part de lui, longtemps enfouie et qui, c’était vraiment ça le miracle, lui rendait le sourire qu’enfant on lui avait confisqué. » Avec pudeur et beaucoup de sensibilité..

Apprendre à lire
Sébastien Ministru
Éditions Grasset
Roman
160 p., 17 €
EAN : 9782246813996
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule dans une ville qui n’est pas nommée, peut-être en Belgique, avec l’évocation de la Sardaigne, d’Olbia et de voyages à Moscou et Londres.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition: qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires: un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.

68 premières fois
Blog Loupbouquin 
Blog Un brin de Syboulette 
Blog fflo La Dilettante 
Blog À l’ombre du noyer
Blog Les lectures de Claudia 

Les autres critiques
Babelio 
TV5 Monde (le monde en français)
ELLE Belgique (Elisabeth Clauss)
Paris-Match (Emmanuelle Jowa)

Blog C’était pour lire 
Blog Au fil des livres 

Les premières pages du livre:
Je ne suis pas beau mais je ne suis pas laid. La seule fois où je me suis vraiment effrayé en me regardant dans le miroir c’est le jour où, jouant avec ma main pour cacher ma bouche, et fixant mon regard, j’ai cru apercevoir mon père. Je devais avoir dix-huit ou dix-neuf ans. Depuis, j’ai appris à vivre avec cette tête, celle de mon père, lui aussi ni beau ni laid mais atteint d’un charme dont je suis démuni. Il m’a bien fallu accepter de vivre avec cette ressemblance qui, quoi que je fasse, relève de la traque pure et simple. J’ai aussi appris à ne pas trop sourire afin de ne pas dévoiler une denture très imparfaite qui trahit mes origines sociales modestes. Pour de multiples raisons, j’ai tout fait pour me détourner de mon père, mais à soixante ans, j’en suis encore à me dire que je ne peux pas échapper à sa surveillance puisqu’il est arrimé à mon corps. Je ne peux pas lui échapper, et les fréquentes visites que je lui rends, dès que mon travail m’en laisse le temps, témoignent d’un rapprochement qu’il faut bien appeler des retrouvailles. Dès que je peux, je passe chez lui pour vérifier s’il ne manque de rien, et s’il obéit à ma demande de ne plus toucher à la gazinière qu’il a récemment laissé allumée sous une casserole de lait partie en fumée avant de s’endormir devant la télé. À quatre-vingt-trois ans, mon père a encore tout son cerveau mais l’âge aidant, il s’endort facilement. Après cet incident, je lui ai fait la morale sur les dangers du gaz et des flammes laissées sans surveillance, remontrances qu’il a balayées d’un revers de main en m’affirmant qu’il sait très bien ce qu’il fait et que, s’il s’est endormi, ce n’est pas de sa faute mais celle de ce journaliste qui présente les informations comme on dit la messe des morts. Malgré les années durant lesquelles il s’est à peine intéressé à ce que je faisais de mes journées, mon père est passionné par les nouvelles du monde et retire un immense plaisir à critiquer la manière dont la télévision les met en scène. Personne dans la profession, et certainement pas moi, ne trouve grâce à ses yeux. Pour lui, les journalistes sont tous des hypocrites qui ne pensent pas ce qu’ils disent. Je lui ai un jour expliqué que c’était le rôle du présentateur du journal de ne pas penser ce qu’il disait, ce à quoi il m’a répondu qu’il fallait vraiment n’avoir aucune estime de soi pour faire du mensonge son métier. Il a bien évidemment continué à utiliser la gazinière sans m’en demander l’autorisation, poursuivant les dégâts que des années de cuisson sans aucun système d’aération ont causés à cette minuscule cuisine dont tout le mobilier et chaque ustensile sont recouverts d’une fine couche de gras. Comme un voile qui s’est jeté sur notre histoire dès la mort de ma mère qui, du jour au lendemain, a succombé à une maladie du cœur qu’elle traînait depuis son enfance. Le dysfonctionnement de la valve aortique – trop étroite en son ouverture – avait nécessité deux interventions avec ouverture de la cage thoracique – ce qui avait laissé ma mère couverte de deux longues cicatrices roses qui suivaient, pour l’une la ligne du sternum, pour l’autre le pourtour du sein gauche. À l’époque, la chirurgie cardiaque n’était pas encore aussi développée qu’aujourd’hui, mais la deuxième opération avait tout de même consisté à placer dans le cœur de ma mère une prothèse mécanique capable de faire le travail de la valve déficiente.

Extrait
« Avec Alex, c’est encore plus juste. Alex et moi formons ce genre de couple idéal, rare et fusionnel heureux héros d’un coup de foudre que même les pires romans de gare n’osent pas imaginer: je l’ai vu, il m’a vu, on s’est plu. Ce qui nous a permis, ce soir-là, de nous rapprocher et de ne plus jamais se quitter. C’est exactement ainsi que Ia scène s’est déroulée, avec une facilité inouïe & nous indiquer la voie du bonheur. Le contraire de la passion. »

À propos de l’auteur
Journaliste, chroniqueur vedette à la radio belge, auteur de pièces de théâtre à succès (Cendrillon, ce macho s’est jouée pendant huit ans), Sébastien Ministru vit à Bruxelles. Apprendre à lire est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)
Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Bookwitty

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#apprendrealire #sebastienministru #editionsgrasset #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #VendrediLecture #NetGalleyFrance

Les séances

jacob_les_seances

En deux mots
Eva la photographe prend la route pour rejoindre sa sœur Liv. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les épisodes marquants de leur vie, de leurs parcours respectifs. Un roman sensible et poétique qui explore l’essentiel.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les séances
Fabienne Jacob
Éditions Gallimard
Roman
142 p., 15 €
EAN : 9782070196692
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans l’Est de la France, notamment le long de l’autoroute Metz-Luxembourg ainsi qu’en Moselle, notamment à Sarreguemines-Frauenberg.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Eva est photographe de mode pour enfants. Un appel pressant de sa sœur Liv l’oblige à revenir séance tenante dans son village natal de la frontière franco-allemande. Sur l’autoroute, souvenirs et pensées affluent et se bousculent à bord de la voiture de location : son rapport, parfois cynique, aux enfants qu’elle prend en photo, son enfance avec Liv, qui soigne aujourd’hui les gens à coups de petites phrases énigmatiques, et aussi les visites rendues à Irène, leur mère, perdue dans les méandres de sa mémoire défaillante. Au terme de ce long voyage sur l’autoroute rectiligne, Eva n’est plus la même.
Ce roman est celui d’une modification intérieure. Mêlant les temps et les portraits de trois femmes aux prises avec leur époque, il sonde en profondeur les rouages d’une société fondée sur le profit, le court terme, et remet en question la place de l’enfant et celle de la femme. Sa construction non linéaire est rythmée par des séances qui s’entrechoquent et s’éclairent les unes les autres. D’une écriture limpide, ce livre est une ode à la possibilité, loin des itinéraires tout tracés, de bifurquer. D’échapper.

Ce que j’en pense
Un beau et court roman qui le temps d’un voyage vers la frontière entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg, va donner à Eva l’occasion de faire le point sur sa vie, sur ses relations avec sa sœur Liv et sa mère Irène. Un temps qui offre aussi, avec mélancolie et poésie, l’occasion de s’interroger sur les choses graves. Sur la vie et la mort, sur la famille, la naissance, sur la sensualité et le désir, sur le Corps – pour reprendre le titre d’un précédent roman de Fabienne Jacob.
Si Eva a pris la route, c’est qu’elle répond à l’appel de sa demi-sœur Liv. Leurs différents parcours se rejoignent autour du titre du roman : toutes deux pratiquent des séances.
Eva est une photographe reconnue, directrice d’un magazine dont elle a eu l’idée et dont elle est aussi la principale photographe. Ses séances tournent beaucoup autour des portraits, notamment d’enfants, dont elle sait comme personne sonder les mystères : « En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’expression. »
Liv est pour sa part l’héritière « du don de sa mère Irène et de sa grand-mère Biwi, elle poursuivait leurs pratiques. Les mains de trop femmes soulageaient lumbagos, migraines, sciatiques, mais aussi chagrins et mélancolies. »
C’est ainsi que sa pratique a évolué vers la psychothérapie, mais de manière assez étonnante. Après avoir écouté ses patientes (elle ne reçoit quasiment jamais d’hommes dans son cabinet), qui mettent leur ventre au centre de tout, « certaines s’estimant trop visitées, d’autres pas assez, d’autres jamais, la plupart, mal. Presque toutes se disent insatisfaites à cet endroit de leur corps. » Liv prononce une seule phrase. Ainsi à cette femme venue se plaindre de ne pas avoir d’enfant, dont le «désir est un chemin de croix», elle dira «Rentre chez toi, ouvre grand ta fenêtre et jettes-y ton thermomètre.» Quelques mois après, elle tombera enceinte.
Au fil des kilomètres qui passent, des paysages qui défilent, on accompagne l’histoire d’Eva et de Liv, mais aussi celle de cette région.
De cette promenade dans le vieux cimetière juif de Frauenberg qui est situé sur la frontière entre le France et l’Allemagne (et où j’ai aussi traîné mes pas étant enfant) jusqu’à cette Lorraine du charbon et de l’acier qui n’a plus charbon ni acier, ou si peu. « Personne n’y a jamais cru mais un jour la bête est devenue peau de chagrin, le festin avait eu une fin, il y a eu à nouveau un jour et une nuit, le ciel est devenu comme partout ailleurs, bleu le jour noir la nuit, les hauts-fourneaux n’ont plus craché, les villes se sont tues, les villes sont devenues propres et silencieuses, tout a fermé.
Une évolution qui vient étrangement en résonnance avec le destin d’Irène, mère biologique de l’une et adoptive de l’autre, qui décline jour après jour dans une maison de retraite, fort peu justement baptisée Sérénité.
Elle retrouvera bientôt les anges, comme les suffixes de ces villes traversées, Florange, Hayange, Hagondange… Des suffixes qui «faisaient toujours la roue, la parade de paon se fout des mutations économiques.»

Autres critiques
Babelio
La Croix (Patrick Kéchichian)
Le littéraire.com (Jean-Paul Gavard-Perret)
La semaine.fr (Anne de Rancourt)
Blog Cathulu
Blog Le tourneur de pages

Les premières pages du livre 

Extrait
« En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’Expression. Quelque chose qui nous appartient en propre, une combinaison unique de mille traits qui nous différencient du voisin, mais quand cette chose éclate sur la page du magazine Lamb, les autres, ceux qui la regardent, se l’approprient et la reconnaissent aussitôt comme leur. De singulière, l’expression devient universelle. Cette chose possède aussi un autre pouvoir, celui de faire affluer à la seconde chez celui qui regarde la photo des désirs, des souvenirs et des sensations par centaines »

A propos de l’auteur
Fabienne Jacob a grandi à Guessling-Hémering en Lorraine, où elle a vécu jusqu’à ses 17 ans. Elle n’eut pas le français comme langue maternelle mais le patois lorrain qu’elle à longtemps pratiqué. En 2014, elle en fait la description suivante : « Ma langue maternelle, le platt, a été ensevelie sous plusieurs sédiments de français. Honte et transhumance sociale obligent. Mais au fond de moi, elle a toujours continué d’irradier comme un diamant noir. Je la soupçonne même d’être à l’origine de mon écriture. La matrice. »
Elle a enseigné à Mayotte avant de rejoindre Paris où elle a exercé diverses professions avant de se consacrer à l’écriture. Romancière, elle est l’auteure d’une œuvre romanesque qui explore le corps, la sensation et l’origine et a été nommée à deux reprises au prix Femina. Son roman Corps a été très remarqué par la critique. Le plus beau compliment, dit-elle, qu’on lui ait fait est celui que lui a fait une lectrice : «Fabienne Jacob écrit toujours le même livre, mais je lirai encore le prochain…». (Source : Wikipédia)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon
Les séances

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#fabiennejacob #RL2016 #roman #rentreelitteraire #lesseances #gallimard #editionsgallimard

Une famille normale

MEILLON_Une_famille_normale

Une famille normale
Garance Meillon
Fayard
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782213687469
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec l’évocation de voyages en Provence, sur l’île d’Oléron et d’une escapade à Bombay, en Inde.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cassiopée et Damien ne font l’amour que le mardi, quand les enfants ont leurs activités parascolaires. Lucie aussi fait l’amour le mardi, pendant que ses parents la croient à son cours de danse. Et Benjamin dessine le système solaire sur les murs de sa chambre.
Mais pourquoi Cassiopée se montre-t-elle irrémédiablement incapable de pleurer, même à la mort de sa propre mère ? Et quelle lubie prend soudain Damien de vider l’appartement de la moitié de ses meubles ?
On se parle peu, et sans doute se comprend-on encore moins. Mais on donne le change. Jusqu’à quand ?

Ce que j’en pense
****
Voilà encore une belle découverte! Une famille normale – aussi normale que peut l’être, par exemple, un Président normal – raconte avec beaucoup d’humour, mais aussi d’ironie, le quotidien d’un couple et de ses deux enfants, une fille de seize ans et son frère de treize ans. L’usure du couple et les crises d’adolescents ont certes fait l’objet de nombreux romans, mais la bonne idée de Garance Meillon est de donner la parole aux différents protagonistes, chapitre après chapitre. Cette technique nous permet d’entrer dans la psychologie des quatre acteurs principaux, mais surtout de découvrir les incompréhensions, voire l’appréciation diamétralement opposée de certains faits, suivant que l’on est une mère, un père, un garçon ou une fille.
Le roman s’ouvre au moment où Cassiopée apprend le décès de sa mère et doit lutter avec son histoire familiale : «Ma mère avait amené une espèce de vieux beau en costume à mon mariage. Mon père était mort depuis longtemps, mais intérieurement j’étais tout de même révoltée. C’était comme la négation de toute la vie qu’on avait eue tous les trois. Je n’ai pas de frères et sœurs. Ça a toujours été moi, rien que moi.» Aussi a-t-elle choisi de se détacher de sa génitrice et n’est pas vraiment affectée par sa mort. Organiser les obsèques et ranger les affaires de la défunte s’apparente plus à une corvée pour elle.
Damien, son mari, n’est pas vraiment étonné de sa réaction, lui qui rêve des beaux jours qui ont marqué les premières années de leur mariage et doit désormais se contenter de faire l’amour le mardi soir, quand les enfants ne sont pas là. Une sorte de rituel censé prouver que l’amour est toujours là. Mais personne n’est dupe, pas même les enfants.
D’autant que pour eux aussi, l’amour est au centre des préoccupations. Lucie a déjà des convictions: «En fait je crois que je ne supporte plus ma famille. Certains diront que c’est prévisible à seize ans. Et je répondrai que je les emmerde. […] J’ai toujours été en avance sur tout. Et l’amour, je l’aurai connu avant toutes les filles de ma classe. Je parle du vrai amour.» Mais l’arrogance et les certitudes vont bientôt voler en éclat.
Benjamin est lui aussi mal à l’aise. Sa sœur ne joue plus avec lui et ses parents oublient d’entendre ce qu’il veut leur dire. Il rêve de conquérir l’espace et le cœur de la belle Marianne. Un avenir héroïque qu’il entend concrétiser au plus vite : «J’ai souvent pensé à m’échapper pour quelques jours, à faire une fugue comme le Grand Meaulnes. Mais j’ai trouvé mieux. J’ai un plan.»
Les événements vont alors s’enchaîner jusqu’à une scène d’anthologie où l’on verra chacun des membres découvrir combien ils se sont fourvoyés et combien leur vérité était loin de la vérité. Sans déflorer les péripéties cocasses et les épisodes tragi-comiques, je conclurai cette chronique comme ce roman délicieux, avec ce conseil tiré d’un extrait de lettre que Cassiopée découvre en rangeant l’appartement de sa mère défunte : « Lis ces mots ma fille. Lis-les vraiment. Puis mets-les au fond du tiroir de la table de nuit, parmi les mots croisés que tu fais lorsque tu t’ennuies, ou bien range-les en haut de la grande armoire de la cuisine, avec des modes d’emploi ménagers que tu as l’habitude de classer par ordre alphabétique. Et alors du tu seras libre. »

68 premières fois
Blog T Livres T Arts 
Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Domi C lire
Blog Les livres de Joëlle 
Le blog d’Eirenamg 
Blog Les lectures d’Antigone 
Blog Les jardins d’Hélène 
Blog Anita et son Bookclub 

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Fabienne Pascaud)
L’Express (Delphine Peras)
Elle (Jeanne de Menibus)

Extrait
«C’était un beau mariage. Je me souviens de la robe que maman avait mise ce jour-là. En la voyant arriver ainsi, j’ai eu honte, puis j’ai eu honte d’avoir honte de ma mère. « C’est ethnique, ma chérie », m’avait-elle dit avec un grand sourire. Elle portait avec ça des boucles d’oreilles en bois triangulaires, une catastrophe. Je me rappelle d’ailleurs avoir été furieuse contre elle, qu’elle choisisse de s’habiller comme cela le jour de mon mariage. Alors que je lui avais acheté une robe Hermès absolument somptueuse, qui était tout à fait de son âge… Je me suis dit que rien ne pouvait entraver mon bonheur, ce jour-là, et c’était aussitôt devenu vrai. Lucie était déjà dans mon ventre, Benjamin arriverait trois ans plus tard.
Ma mère avait amené une espèce de vieux beau en costume à mon mariage. Mon père était mort depuis longtemps, mais intérieurement j’étais tout de même révoltée. C’était comme la négation de toute la vie qu’on avait eue tous les trois. Je n’ai pas de frères et sœurs. Ça a toujours été moi, rien que moi. Quand mon père est parti, je me suis retrouvée seule face à elle, ne sachant quoi faire. Je ne voulais pas partager un deuil avec elle. Son regard était difficile à soutenir. Cet air vague qu’elle avait le matin en faisant le café. Je savais qu’elle pensait à lui. Et cette musique qu’elle écoutait toujours trop fort, Bob Dylan, Leonard Cohen, Janis Joplin. Je fais souvent l’expérience de ce type d’agacement bien particulier, celui que l’on ressent pour les gens dont on est proche et que l’on connaît par cœur.
Petite, j’avais honte quand elle venait me chercher à l’école. Toutes les autres mères portaient des colliers, des vestes en tweed, des petits talons. Ma mère arrivait en pantalon à carreaux et perfecto en cuir. Elle ne prêtait jamais attention aux autres mères, ou alors leur adressait un sourire radieux, dans lequel pointait l’insolence, lorsqu’elle croisait leur regard effaré. Elle fumait des joints devant mes copines. Je suis sûre qu’elle s’en est roulé un avant de se mettre au lit, le soir de sa mort. Je peux presque visualiser le mégot écrasé sur sa table de nuit. Plus tard, mes amies m’ont enviée d’avoir une mère aussi « rock’n’roll ». Elles ne pouvaient pas comprendre.
Cela fait des années que je n’ai pas pleuré. » (p. 18-19)

A propos de l’auteur
Garance Meillon est scénariste et réalisatrice. Elle livre ici une plongée sensible, dure et drôle, dans la cellule pathogène qu’est la famille, qui pose avec humour et violence les questions de l’amour, de l’affranchissement et de la transmission.
Une famille normale est son premier roman. (Source : Éditions Fayard)

Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

140 signes :

Un parfum d’herbe coupée

DELESALLE_Un_parfum_dherbe_coupee

 

 

 

 

 

 

Un parfum d’herbe coupée
Nicolas Delesalle
Préludes
Roman 288 p., 13,60 €
ISBN: 9782253191117
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe dans plusieurs lieux en France, notamment Paris, Orléans

Quand?
Le roman retrace l’enfance du narrateur dans les années 70-80 et se poursuit sur 14600 journées, soit une quarantaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la Renault GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit « ouais », j’ai dit « super », la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le Père Noël, Mathilde, la p lus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia revient sur sa jeunesse et ces moments où l’innocence s’envole peu à peu. Il convoque les figures, les mots, le s paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, un berger allemand prénommé Raspoutine… Des petits riens qui seront tout. Un premier roman remarquable, plein d’émotion, d’humour, de poésie, de profondeur, où la petite musique singulière de l’enfance ouvre sur une partition universelle.

Ce que j’en pense
****

Alors que la rentrée littéraire de l’automne occupe le devant de la scène médiatique, revenons vers une pépite de la rentrée de janvier. Il serait en effet cruel de laisser ce joli roman tomber dans l’oubli. Disons d’emblée qu’Un parfum d’herbe coupée fait partie de mes coups de cœur de 2015.
Avec un vrai sens de la formule, Nicolas Delesalle retrace le parcours d’un enfant, puis d’un adolescent dans la France des années 80 et nous prouve une fois encore que la nostalgie à e beaux jours devant elle, surtout quand elle s’accompagne des bruits et des odeurs qui marque une époque. Plonger dans ce livre, c’est comme plonger la main dans une boîte à gâteaux, un paquet de confiseries, «les Car-en-sac et Mintho caramels à un franc et les Mistral gagnants» comme le chantait Renaud ou retrouver dans un grenier une boîte à souvenirs, comme celle du fabuleux destin d’Amélie Poulain, et revivre les épisodes qui ont marqué une vie.
Si « Personne n a jamais réussi a photographier cet instant magique et maudit qui fait d’une jeune fille une femme, d’un jeune homme un homme et d’une enfance, un souvenir », il reste « quelques bribes, des instants cristallisés, des secondes, une petite poignée de sable dans la main. »
A suivre Kolia dans sa découverte du monde, on fait son miel de ses instants cristallisés, sur les personnes qui l’ont marqué, sur les livres qu’il a lus (« Ces livres labourèrent la terre dure de mon esprit vide, mais rien n’était encore semé sur les champs désolés balayés par le souffle de l’aventure », les professeurs qui l’ont accompagné (« on ne rend pas assez hommage à eux qui donnent. Monsieur Gayret, un jour de février, me donna un conseil que je n’allais jamais oublier : « Prenez des notes. Si vous lisez sans prendre de notes, vous ne lisez pas ». »), les événements qui l’ont construit, qui l’ont conduit à embrasser la carrière de journaliste et lui ont permis de faire de nouvelles rencontres tout aussi enrichissantes.
Une vie somme toute banale, mais qui devient sous la plume de Nicolas Delesalle une épopée, une aventure exceptionnelle.
Quant au lecteur, entraîné dans le flot de ses propres souvenirs par la grâce de cette plume alerte, il ne peut que souscrire à l’analyse lucide faite ici : « Les adultes font souvent mine de s’étonner du désespoir baroque des adolescents, mais cet étonnement est un leurre, ils n’y croient pas eux-mêmes ; au fond, ils savent très bien à quel point c’est compliqué de se relever quand on tombe de son enfance. »
c’est compliqué, mais c’est si bon !

Autres critiques
Babelio
GQ Magazine
Blog Blablablamia
Blog Sur la route de Jostein
Blog Cultur’elle (Caroline Doudet)
Blog Meelly lit

Extrait
« Le Politburo acceptait le principe d’un retrait des troupes russes d’Afghanistan. Laurent Ruquier commençait sa carrière sur une radio locale au Havre. Jean-Marie Bigard lançait ses premières saillies dans La Classe sur FR3. David Pujadas entrait au Centre de formation des journalistes. Pierre Desproges n’était pas mort. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Amadeus se composait un succès sur grand écran, Chris Evert-Lloyd et Navratilova se crêpaient le chignon sur le Central de Roland-Garros. Nicolas Sarkozy avait trente et un ans, Chirac une mémoire, Nadine Morano était déléguée des jeunes RPR en Meurthe-et-Moselle. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Les otages enracinaient leur désespoir au Liban. Philippe de Dieuleveult s’était évaporé dans le fleuve Zaïre, le Titanic venait d’être retrouvé 4000 mètres au fond de l’Atlantique Nord, Daniel Balavoine s’était éteint dans les dunes du Sahara, Coluche inventait les Restos du cœur. Et moi, je voulais vraiment devenir astronaute. »

A propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d’herbe coupée est son premier roman. (Source : Editions Préludes)

Compte Facebook de l’auteur

Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com