L’Ami

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L’Ami est finaliste du Grand Prix RTL-LiRE qui sera remis le 15 mars, ainsi que du Prix de la Closerie des Lilas 2021.

En deux mots
Comment réagiriez-vous si une escouade de gendarmes bouclait votre quartier et vous apprenait que votre voisin, que vous aimiez inviter à l’apéro, était un tueur en série ? Qu’avec son épouse il avait violé et assassiné des jeunes filles ? C’est le drame auquel sont confrontés Thierry et Élisabeth.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Mon voisin est un violeur et un assassin

Tiffany Tavernier a imaginé la déflagration au sein d’un couple quand il apprend que son voisin est un tueur en série. De la sidération à la colère, le choc va avoir de lourdes conséquences.

C’est un quartier résidentiel comme tant d’autres, des villas avec jardin dans un coin tranquille. Tellement tranquille qu’on imagine sans peine la stupéfaction de Thierry lorsqu’il voit débarquer une ambulance, une escouade de gendarmes et le GIGN. Les troupes vont encercler la maison de son voisin et le prier de s’allonger chez lui sur le tapis avec Élisabeth, son épouse, «le temps qu’il faudra». Et alors qu’ils se perdent en conjectures sur le péril qui menace Guy et Chantal, ces derniers sont emmenés manu militari. Mais pour l’heure, on ne leur donnera aucune explication, le temps de fouiller le périmètre autour de la maison et le cabanon où Guy entrepose ses outils. Outils qu’il lui arrive de prêter à son voisin et que la police scientifique va étudier.
C’est n’est que le lendemain, avec l’arrivée d’une journaliste, qu’ils vont apprendre la terrible nouvelle. Guy et Chantal Delric sont des criminels, recherchés pour des viols et des assassinats. La télévision va en donner la liste:
REINE, 20 ANS, DISPARUE IL Y A SEPT ANS.
VIRGINIE, 14 ANS, DISPARUE IL Y A SIX ANS.
ZOÉ, 22 ANS, DISPARUE IL Y A QUATRE ANS.
MARGARITA, 19 ANS, DISPARUE IL Y A TROIS ANS.
SELIMA, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX ANS.
MARIE-ANNE, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DIX-NEUF MOIS.
VIOLINE, 15 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX MOIS.
ANNE-CÉCILE, 14 ANS, DISPARUE DEPUIS QUATRE JOURS, SAUVÉE IN EXTREMIS, AUJOURD’HUI DANS LE COMA.
C’est par hasard qu’un couple de randonneurs perdus en pleine forêt est tombé sur Guy au moment où il s’apprêtait à poignarder Anne-Cécile et a pu donner l’alerte. Après identification, la police a pu procéder à son arrestation ainsi qu’à celle de Chantal.
Commence alors pour Thierry et Lisa une terrible épreuve, dont il ne mesurent pas encore les conséquences. Ils étaient les amis de ce couple infernal, partageaient régulièrement avec eux un apéro, s’invitaient pour un barbecue ou un dîner et se prêtaient des outils. Jamais, ils ne se sont doutés de ce qui se déroulait à quelques mètres de là. Ils n’ont rien vu, mais doivent détailler leur emploi pour tenter d’éclairer les enquêteurs. Ils doivent aussi résister à la meute des journalistes qui, faute de collaboration, vont se faire de plus en plus insistants.
Lisa va craquer la première et part chez sa sœur pour prendre du recul.
Thierry s’accroche à son quotidien, même s’il remarque qu’au travail on le regarde différemment. Les séances chez le psy ne vont pas vraiment l’aider, sinon à constater que dorénavant tout le monde le fuit. Il est seul avec sa colère, avec sa peine.
Tiffany Tavernier réussit avec beaucoup de finesse à analyser la psychologie de ces victimes collatérales pour lesquelles plus rien ne sera comme avant. Elle pousse aussi fort habilement le lecteur à se mettre à la place de ce couple sans histoires, à le laisser imaginer comment il aurait réagi, en lui livrant des clés troublantes. Car, on a beau se dire que «cela ne nous regarde pas», les autres vous entraînent dans une spirale infernale qu’il est difficile d’arrêter. Comme le disait Voltaire «Mon Dieu, gardez-moi de mes amis!»

L’Ami
Tiffany Tavernier
Éditions Sabine Wespieser
Roman
264 p., 21 €
EAN 9782848053851
Paru le 7/01/2021

Où?
Le roman est situé en France, dans un endroit qui n’est pas précisément défini.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un samedi matin comme un autre, Thierry entend des bruits de moteur inhabituels tandis qu’il s’apprête à partir à la rivière. La scène qu’il découvre en sortant de chez lui est proprement impensable : des individus casqués, arme au poing, des voitures de police, une ambulance. Tout va très vite, et c’est en état de choc qu’il apprend l’arrestation de ses voisins, les seuls à la ronde. Quand il saisit la monstruosité des faits qui leur sont reprochés, il réalise, abasourdi, à quel point il s’est trompé sur Guy, dont il avait fini par se sentir si proche.
Entre déni, culpabilité, colère et chagrin, commence alors une effarante plongée dans les ténèbres pour cet être taciturne, dont la vie se déroulait jusqu’ici de sa maison à l’usine. Son environnement brutalement dévasté, il prend la mesure de sa solitude.
C’est le début d’une longue et bouleversante quête, véritable objet de ce roman hypnotique. Au terme de ce parcours quasi initiatique, Thierry sera amené à répondre à la question qui le taraude : comment n’a-t-il pas vu que son unique ami était l’incarnation du mal ?
Avec ce magnifique portrait d’homme, Tiffany Tavernier, subtile interprète des âmes tourmentées, interroge de manière puissante l’infinie faculté de l’être humain à renaître à soi et au monde.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
Benzinemag 
A Voir A Lire (Aline Sirba) 
Radio Classique (Bernard Poirette) 
Blog Mediapart (Frédéric L’Helgoualch) 
Podcast Art District Radio 
Blog l’Apostrophée 
Blog Lili au fil des pages 
Blog Alex mot-à-mots 


Tiffany Tavernier présente son roman L’ami © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« C’EST UN SAMEDI COMME TOUS LES AUTRES. Je m’habille dans la pénombre, en faisant attention de ne pas réveiller Élisabeth. En bas de l’escalier, pas de Jules. D’habitude, elle m’accueillait avec des glapissements joyeux. Dans la cuisine, j’allume la cafetière électrique, je sors une tasse du placard. À travers la fenêtre, l’aube point, les feuilles des chênes frémissent. En face, personne n’est levé. Le silence emplit tout. Quand Jules est morte, c’est Élisabeth qui a voulu qu’on l’enterre dans un cimetière pour chiens, elle encore pour le choix de la tombe. Blanche. La cérémonie était belle. Même ses sœurs sont venues. Ce soir-là, on a tellement bu que tout le monde est resté dormir à la maison, sauf Guy et Chantal, bien sûr. Cela m’a fait quelque chose qu’ils viennent. Surtout Guy. Avec la dépression de Chantal, il en chie. Chie, oui, c’est le mot. On les entend parfois s’engueuler jusque tard, puis rien, ça passe. Nelly, leur chienne, c’était il y a un an. Un vrai coup de malchance, il y a si peu d’allées et venues par ici. L’enfoiré qui l’a percutée s’est bien gardé de laisser son nom, on ne l’a jamais retrouvé. Leur chienne, si. Du moins, ce qu’il en restait : un tas de chairs sanguinolentes qu’on a enterré le soir même avec Guy. À la pelle, dans son jardin. Une sale nuit comme on n’aime pas en vivre. Guy pleurait en silence, je creusais. C’est peut-être la raison pour laquelle Élisabeth a eu besoin de faire les choses en grand pour Jules. Pour rattraper ce malheur.
Sur la table, une Musca domestica se frotte les pattes, facile à reconnaître avec ses deux gros yeux rouges et son thorax gris. Je me demande si elles existent au Vietnam. La prochaine fois que Marc nous fera signe, je le lui demanderai. Il a l’air de trouver la vie formidable là-bas. Sur les photos de son compte Instagram, il n’arrête pas de sourire, ce qui rassure Élisabeth. Moi, pas. Qu’a-t-il eu besoin de choisir ce pays ? À coup sûr, mon père n’aurait pas apprécié. Ce boulot, en plus, dans ce grand hôtel. Est-ce qu’on le traite bien au moins ?
Dehors, le ciel vire au rose pâle. Je ne suis jamais allé bien loin, moi. Une fois, à vingt-deux ans, quelques jours en Espagne, une autre fois en Suède avec Élisabeth. Puis Marc est né. Partir ne nous disait plus rien ou alors à la mer, en été, avec le petit. Parfois, cela me fait tout drôle de le savoir si loin. Le manque remonte, brutal. Et puis ça passe, comme les disputes entre Guy et Chantal. Cela fait des années pourtant qu’il n’habite plus chez nous, mais bon, sa fac, un coup de voiture et j’y étais. Entre nous, désormais, même l’heure est différente et on a beau communiquer par Skype, plus le temps passe, moins on a de choses à se raconter.
Sur la table, la mouche s’envole et vient se poser sur la vitre. Plus que tout, j’aime ces heures où rien encore ne s’agite. Aucun bruit de voiture, aucune sonnerie de téléphone. Seule la lente poussée du jour, le craquement des branches dans le vent. J’avale d’un trait mon café. Après, j’irai faire mon tour le long de l’Aune. À cette heure, je n’y ai jamais rencontré personne à l’exception de Chantal, une fois. Le soleil venait de se lever. Je suis tombé sur elle, assise au bord de l’eau, les yeux dans le vague. La frousse qu’elle a eue en me voyant. Elle n’avait pas dormi de la nuit et s’était dit qu’un peu d’air frais lui ferait du bien. Je lui ai proposé de venir boire un café. Elle m’a fixé d’un air étrange, puis, subitement, elle s’est levée et elle est partie. Élisabeth dit que c’est à cause de ses médicaments. Des trucs tellement forts qu’il faut parfois des mois avant de trouver le bon dosage.
Les premiers rayons du soleil illuminent la cuisine. Bientôt, on pourra prendre le petit déjeuner sur la nouvelle terrasse. Le boulot que cela m’a coûté de déblayer le terrain. Mais ça y est, les piliers sont en place, il ne me reste plus qu’à poser les planches. On pourra y installer une balancelle comme dans les films américains. Dessous, je ferai une réserve à bois et, en cas de pluie, j’ai même prévu de construire un auvent. La vue est tellement belle d’ici. Des arbres, rien que des arbres. C’est ce qui m’a le plus emballé quand nous sommes tombés sur cette maison. Ce côté sauvage partout alentour. Élisabeth, non. L’idée de vivre dans un endroit aussi isolé lui faisait peur. L’affaire était si bonne, je l’ai suppliée de réfléchir. En plus d’être vendue pour une bouchée de pain et de laisser entrevoir toutes sortes d’aménagements possibles, cette maison était située à seulement dix kilomètres de l’usine où je travaille et à moins de huit kilomètres de P., le bourg où, en tant qu’infirmière, Élisabeth était attendue à bras ouverts. Si on optait pour un appartement en ville, c’étaient des dizaines de kilomètres en plus par jour et un espace beaucoup plus réduit. Malgré tout, Élisabeth hésitait et je m’apprêtais à renoncer quand sa mère évoqua l’idée d’acheter un chien. Là, ce fut magique. Avec un chien – mais un vrai chien de garde, hein ? –, alors oui, Élisabeth pouvait s’imaginer vivre là-bas.
Les jours suivant l’emménagement, j’étais tellement excité que je me suis lancé dans les travaux de notre chambre, de celle du petit, de la salle de douche, puis du salon en bas, de la cuisine et du garage.
Aujourd’hui, on a tout ça et même une troisième chambre qu’Élisabeth, faute d’enfants, a décidé de reconvertir en atelier il y a deux ans. Elle y passe de plus en plus de temps pour peindre ses « révélations » : amas de formes et de couleurs qui ne me parlent guère. Mais bon, cela lui fait du bien et vu ce qu’elle endure au boulot… Dans un coin, elle a gardé le lit ; une de ses sœurs y dort parfois. Mon frère, lui, jamais. Mais lui, c’est une autre histoire.
Je jette un œil à la deuxième horloge. À Hanoï, il est près de midi, les rues regorgent de monde. Ici, l’herbe est encore mouillée et les libellules dorment. Dans la lumière naissante du jour, tout scintille jusqu’aux roches. Avec un peu de chance, j’attraperai quelques écrevisses et, si l’eau n’est pas trop froide, je me baignerai là où, sous la voûte des arbres, l’Aune est un peu plus profonde. Il va faire beau aujourd’hui. Le ciel est dégagé. Cet après-midi, je sortirais bien la grande échelle pour aller regarder sur le toit d’où vient cette fuite. Guy acceptera-t-il seulement de m’aider à la porter ? Cette nuit, je l’ai entendu rentrer très tard avec sa fourgonnette. Quand cela chauffe trop avec Chantal, il part rouler des heures pour se calmer. Les lendemains sont difficiles. Pour une fois que je ne suis pas d’astreinte. J’irai tout de même tenter ma chance, mais pas avant midi. Guy est d’une humeur de chien le matin. Depuis tout ce temps, j’ai appris à le connaître.
J’enfile mes bottes en me promettant, à mon retour, d’apporter à Lisa son petit déjeuner au lit. J’en profiterai pour me glisser à côté d’elle. Elle râlera parce que je puerai la vase, puis me pardonnera parce que je n’ai pas oublié la confiture. Après toutes ces années, je me dis qu’on a de la chance de s’aimer encore si fort. D’avoir cette vie tranquille aussi, même si, chaque soir, elle arrive de plus en plus crevée à cause de la surcharge de boulot et que, de mon côté, je trouve de plus en plus difficile de me lever en pleine nuit pour réparer en urgence une machine tombée en panne à l’usine. Il n’empêche, rien à voir avec la vie de combat de mon frère, celle, du moins, que je lui ai toujours imaginée dans ces pays lointains. Les rares fois où on se parle, je n’ose jamais le questionner et, de lui-même, il ne m’en parle pas. Même pas une femme ou un gosse avec ça.
J’attrape ma veste, m’apprête à ouvrir la porte. Tiens, un bruit de moteur et pas qu’une seule voiture. Il n’y a pourtant que nos deux maisons ici. Qu’est-ce que cela peut bien être ? J’ouvre la porte, découvre, abasourdi, une, deux, trois, quatre, cinq, six voitures de flics suivies d’une ambulance, qui déboulent en trombe. Au même moment, je vois surgir de la forêt une vingtaine d’hommes casqués, type GIGN, visières baissées, gilets pare-balles, armes au poing. La scène est tellement irréelle que je me demande si je ne suis pas en proie à une hallucination. Dans un nuage de poussière, les voitures viennent se garer devant la maison de Guy et de Chantal.
« Monsieur, vous ne pouvez pas rester ici. »
Je fais un bond en arrière, fixe l’homme planté devant moi.
« Capitaine Bretan, gendarmerie nationale. »
Derrière son dos, des GIGN s’agenouillent en position de tir autour de la maison de Guy et de Chantal. Qu’est-ce que…
« Monsieur ? »
Dans ma tête, c’est un remous indescriptible. Son front si dégagé, si net.
« Combien de personnes sont en ce moment chez vous ? »
Je le considère, ahuri.
« Monsieur, s’il vous plaît. »
Retrouver les mots. L’espace des mots. Leur déroulé logique.
« Je… juste moi et ma femme à l’étage, mais enfin… qu’est-ce qui se passe ? »
Il jette un œil à la fenêtre du premier, jauge, en une fraction de seconde, la distance entre nos deux maisons.
« Ne vous inquiétez pas, nous avons juste besoin d’être sûrs qu’il ne vous arrive rien le temps de notre intervention.
– Quelle intervention ? C’est quoi ce…
– Monsieur, nous n’avons pas de temps. »
Derrière son dos, quatre GIGN armés se rapprochent en courant de la maison de Guy et de Chantal…
« C’est nos voisins ? Parce que c’est nos amis, on se connaît depuis un bout de temps… »
J’ai presque envie de rajouter l’histoire de la fuite sur le toit, la grande échelle que je ne peux pas porter seul. Sa stupeur m’arrête net.
« Vos amis ? »
Ben oui, nos amis, tondeuse, parties de cartes, parasol, barbecue, quoi de plus normal, aucune autre baraque à des kilomètres, alors pourquoi cet air interloqué, je voudrais le secouer tout à coup, qu’est-ce qui leur est arrivé ? Seulement, les mots ne sortent pas. Et maintenant, cette façon qu’il a de me fixer. Comme s’il m’en voulait… Comme si c’était trop tard…
« Ben oui, Guy et Chantal, quoi. »
Sa voix se radoucit.
« Écoutez, faites descendre votre femme et, jusqu’à nouvel ordre, ne sortez pas de chez vous et ne vous approchez d’aucune fenêtre, compris ? »
ÉLISABETH ME REGARDE SANS COMPRENDRE. Je lui murmure qu’il y a des flics, partout des flics, que cela a l’air grave, très grave même, qu’il faut qu’elle sorte du lit, fissa. Elle se lève d’un bond, passe sa robe de chambre, me suit, les cheveux ébouriffés. En haut de l’escalier, elle se raidit en découvrant le type du GIGN. Le même effroi m’a saisi tout à l’heure. Nos deux maisons dans ce coin si tranquille… Il fallait vraiment qu’un truc de dingue soit arrivé à Guy et Chantal pour rameuter une telle armée. J’ai eu envie de fuir. Au lieu de cela, je suis resté comme pétrifié sur le seuil en essayant du mieux que je pouvais de me calmer. Mon cœur surtout. Les battements de mon cœur. Une véritable explosion. Comme s’il savait déjà la nature de ce qui s’était produit. Quelque chose de terrible que je ne pouvais pas, que je ne voulais pas imaginer.
Et maintenant Élisabeth, dégringolant les marches à mes côtés. Elle, d’habitude si gaie. Tant d’hommes pour une petite maison. Quelqu’un les aurait-il tués ? En bas, le GIGN, gilet pare-balles, visière ouverte, désigne du doigt le salon.
« Allongez-vous sur le tapis. »
Seulement, Élisabeth vient à peine de se réveiller. L’information va trop vite.
« Sur le tapis, mais pourquoi ?
– Ne vous inquiétez pas, madame, c’est par simple mesure de sécurité, au cas où ça chaufferait en face.
– Comment ça, en face ? »
Elle a presque crié. Il lui répond qu’il ne peut pas lui en dire plus. Elle se tourne vers moi.
« C’est chez Guy et Chantal ? »
Je lui fais signe que oui et je vois ses deux pupilles s’agrandir. Le GIGN reçoit un ordre dans son casque.
« Allongez-vous maintenant. »
J’aimerais lui demander si c’est à cause des balles qu’il s’apprête à tirer ou à cause de celles, perdues, susceptibles de venir d’en face, s’il a déjà connu des situations semblables, s’il sait si Guy et Chantal sont encore vivants, si… »

Extrait
« REINE, 20 ANS, DISPARUE IL Y A SEPT ANS.
VIRGINIE, 14 ANS, DISPARUE IL Y A SIX ANS.
ZOÉ, 22 ANS, DISPARUE IL Y A QUATRE ANS.
MARGARITA, 19 ANS, DISPARUE IL Y A TROIS ANS.
SELIMA, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX ANS.
MARIE-ANNE, 13 ANS, DISPARUE IL Y A DIX-NEUF MOIS.
VIOLINE, 15 ANS, DISPARUE IL Y A DEUX MOIS.
ANNE-CÉCILE, 14 ANS, DISPARUE DEPUIS QUATRE JOURS, SAUVÉE IN EXTREMIS, AUJOURD’HUI DANS LE COMA.
Dans la maison, pas le moindre objet n’a bougé. La vague a déferlé pourtant. Rasant, laminant tout. Je cherche des yeux Élisabeth, qui fixe le poste, aussi hébétée que moi. À l’écran, ils répètent en boucle le prénom des petites victimes, soulignant, presque avec jubilation «qu’il pourrait y en avoir d’autres, beaucoup d’autre même ». Puis ils en viennent à cette histoire incroyable — un vrai miracle, scandent-ils —, ce couple de randonneurs perdus en pleine forêt qui, totalement par hasard, dans la nuit de vendredi à samedi, sont tombés sur le « monstre » sur le point d’achever la petite Anne-Cécile à coups de couteau. C’est grâce à leur témoignage et aux empreintes laissées par Guy Delric que la police a pu enfin identifier le tueur, l’arrêter aux aurores dès le lendemain, avec sa femme. » p. 52-53

À propos de l’auteur
TAVERNIER_Tiffany_©bulle_batallaTiffany Tavernier © Photo Bulle Batalla

Tiffany Tavernier est romancière et scénariste. Elle a rejoint en 2018 le catalogue de Sabine Wespieser éditeur avec Roissy, portrait d’une «indécelable», une femme sans mémoire réfugiée dans l’aéroport. En 2021, elle publie L’Ami. (Source: Éditions Sabine Wespieser)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Bonneville

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Bonneville
Laurent Saulnier
Le Dilettante
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782842638610
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, dans une localité de campagne qui n’est pas nommée, à côté de la ville imaginaire de Crésilly-sur-Pêtre.

Quand?
Le narrateur retrace sa vie en 2014 et revient sur sa jeunesse.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’un mec dans une auto avec des idées noires et un fort pétage de fusibles. Pourtant, au départ, rien que du paisible : une maman poule plutôt revêche qui pèse son poids d’amour étouffant sur ses deux poussins qu’elle gave de poulet, un père bientôt décédé, tout en rêve et qui se lance dans la grande aventure : acheter sans rien dire à personne une belle américaine, une vraie, une grande, une Pontiac Bonneville, trois cents chevaux et huit cylindres en V majuscule qui devient l’icône, le totem et l’emblème de la famille. Une danseuse tout en acier fin et pur nickel qu’il faut néanmoins gaver de pétrole « autant qu’un char Sherman » et bichonner à mort. Trop belle pour nous ! Si belle qu’on finit par l’admirer plus que la piloter, cette maîtresse coûteuse et défaillante. Mais peu à peu, depuis la pompe où il gagne petit, le fils de la maison, un drôle à problèmes, long comme un devis de chauffagiste, se sent pousser des ailes de chrome : à nous deux la route et la vie inimitable. Pourquoi pas moi. Et voilà notre héros lancé on the road, se rêvant le Clyde de cette Bonnie sur coussin d’air. L’aventure, hélas, va donner dans le saumâtre. Pour son premier roman, Laurent Saulnier a verrouillé les portières et bloqué les freins, on respire à peine et le mur se rapproche, ce qui ne l’empêche pas de siffloter sur le fil d’un rasoir romanesque tranchant et fatal. Vous êtes prévenus !

Ce que j’en pense
***
« Bonneville a fêté ses quarante cinq ans cette année. Modèle quatre portes sorti des chaînes en 1969, huit cylindres en V et plus de trois cent chevaux sous son long capot crème jadis aussi brillant qu’un miroir impeccablement astiqué, au moins les jours de soleil. » Si cette voiture, totalement incongrue dans cette campagne française, joue un si grand rôle dans la vie du narrateur, c’est qu’il n’a quasiment plus qu’elle pour s’imaginer un avenir radieux. Son père, qui a fait la folie d’acheter ce véhicule consommant un maximum et qui n’a jamais vraiment fonctionné, est décédé. Sa mère n’a d’intérêt que pour ses poules et sa sœur s’active à changer d’amant presque comme de chemise.
Après une scolarité difficile, passée par un lycée technique où seul l’ami Albéric, qui s’amusait à trancher la tête des animaux qui croisaient sa route, le distrayait un peu, il a fini par trouver un emploi à la station-service de l’autoroute. Là il imagine la destination des clients qu’il croise et rêve de les rejoindre au volant de sa belle américaine. Mais pour cela, il faudrait réparer Bonneville et avoir davantage d’argent.
C’est à partir de ce constat que les choses vont commencer à se gâcher. Il pense avoir trouvé la solution en crochetant des voitures en stationnement et en dérobant leur contenu. Facile à dire, moins facile à faire. Le premier larcin est un… petit cercueil accompagné d’une menace de mort. Par un jeu de circonstances aussi cocasses que dramatiques, ce vol va l’entraîner à commettre un meurtre, puis un autre… Un engrenage dont il ne va pas pouvoir se sortir.
Laurent Saulnier réussit à nous faire aimer ce jeune homme à tel point qu’on lui pardonnerait même ses méfaits. Plus comédie dramatique déjantée que chronique de la misère sociale, son roman est une sorte de road-movie à la française. Sauf que la voiture ne fait que sortir du garage, que la grande évasion se limite à une virée chez le boucher de la ville voisine et que le grand amour n’est qu’un fantasme, une charmante jeune fille à la poitrine généreuse qui poserait ses pieds nus sur le tableau de bord et qui s’appellerait Julia.
Au fil des pages, on se dit que le pire est de plus en plus sûr. Ce qui ne nous empêche nullement de nous régaler à suivre les pérégrinations de cet assassin malgré lui. Un petit bijou loin du politiquement correct. Un vrai régal !

Autres critiques
Babelio
Wukali.com (Émile Cougut)
Benzine Mag. (Denis Billamboz)
Blog Mes impressions de lecture

Extrait
« C’est alors que tout a basculé. Je n’ai rien vu venir, juste ce type entre deux âges qui se promenait là, je n’aurais jamais pu me douter du danger qu’il représentait pour Bonneville et moi, pour ma vie tout court. Un malheureux concours de circonstances, au fond, mais j’étais sur le point de commettre un meurtre. »

A propos de l’auteur
Né à Cherbourg, Laurent Saulnier n’a qu’un seul point commun avec Clint Eastwood: il vit le jour un 31 mai. Bonneville est son premier roman. (Source : Éditions Le Dilettante)

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Focus Littérature

La mésange et l’ogresse

COBERT_La_mesange_et_logresse

La mésange et l’ogresse
Harold Cobert
Plon
Roman
425 p., 20 €
EAN: 9782259230421
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en Belgique, à Charleroi, Dinant, Ciney, Sart-Custinne, Han-sur-Lesse, Beauraing, Neufchâteau, Saint-Hubert, Gedinne, Bruxelles ainsi que dans les Ardennes françaises à Givet, Charleville-Mézières, Sedan, Floing, Ville-sur-Lumes, Verdun, Bar-le-Duc, Fleury-Mérogis.

Quand?
L’action se situe des années 1980 au début des années 2000.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au cœur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Ce que j’en pense
****
Sous le titre «roman du réel», Harold Cobert explique en avant-propos, comment il a imaginé son nouveau roman : « Si ce livre est basé sur « l’affaire Fourniret », s’il suit au plus près les faits tels qu’ils ont été révélés lors du procès, cet ouvrage est avant tout une œuvre de fiction. […] Hormis certaines phrases, les pensées et les propos prêtés à Monique Olivier et à Michel Fourniret ainsi qu’aux différents personnages de cette histoire relèvent de la pure invention et de la seule création littéraire. À part ceux de Monique Olivier et Michel Fourniret, tous les noms des protagonistes ont été changés, et en premier lieu ceux des victimes. »
En se replongeant dans cette célèbre affaire, on se rend très vite compte du matériau mis ici à disposition du romancier, car tout est ici extraordinaire au sens premier du terme. Comme beaucoup de ses contemporains, Harold Cobert s’appuie sur le faits divers pour nous délivrer un suspense étonnant. Car même si l’on connaît l’épilogue de l’histoire, on ne se rend pas compte de la partie d’échecs qui s’est jouée là, de la stratégie mise en place par les enquêteurs et par les coupables.
L’auteur
Le roman s’ouvre à Ciney, en Belgique le 26 juin 2003. On y voit Louise Lemaire être abordée par un homme en camionnette blanche demander à l’écolière si elle peut l’aider à retrouver sa route vers le Mont de la Salle et finira par la convaincre de monter dans le véhicule. Mais cette fois les choses ne se passent pas comme prévu, la fille réussit à s’enfuir et à prévenir la police. Un échec qui va entraîner l’arrestation de ce dangereux récidiviste, condamné à sept ans de prison en France pour treize enlèvements de jeunes filles dont il a tenté d’abuser, suivi d’une autre peine de six mois pour avoir agressé des automobilistes dans la région de Verdun.
Commence alors une enquête très difficile, en Belgique et en France, car il apparaît très vite qu’il va falloir ouvrir tous les dossiers similaires de disparitions de jeunes filles.
Grâce à la construction du roman, on ne s’ennuie jamais tout au long de la lecture. Si Michel Fourniret en est le sujet central, Harold Cobert a choisi de ne pas lui donner la parole. Il se place d’une part du côté factuel en retraçant dans de courts chapitres les circonstances qui ont fait tomber Elodie Defaux, Lian Shiro, Caroline Moens et toutes les autres dans le piège tendu par l’homme aux lunettes cerclées. En second lieu, ce sont les enquêteurs de la police belge qui prennent la parole. On les voit tâtonner, puis avancer doucement, élaborer des scénarios susceptibles de prouver leurs hypothèses, mais aussi tenter de convaincre leur hiérarchie – le budget nécessaire à des tests ADN finira-t-il par être débloqué ? – ou collaborer du bout des doigts avec les collègues français. Sans oublier leurs états d’âme, leurs problèmes familiaux ou de santé, qui viennent interférer et replacer ce drame hors du commun dans le quotidien le plus banal. Enfin et surtout, comme le proclame le bandeau en couverture du livre, la parole est aussi donnée à la compagne du tueur, dont l’attitude étonne: «Elle n’a montré aucune émotion quand je lui ai appris l’arrestation de son mari ni lorsque je l’ai informée des faits qui lui sont reprochés. Quelque chose cloche dans cette affaire, à commencer par elle.»
Monique Olivier, devenue Madame Fourniret, va passer – au fil de dizaines d’heures d’interrogatoire – du rang de témoin, à celui de complice, voire d’instigatrice. L’inimaginable devient petit à petit imaginable et les frontières de l’horreur sont à chaque fois repoussées un peu plus loin.
Un roman aussi glaçant que passionnant.

Autres critiques
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Les 40 premières pages

Extrait
«Ce que je ne comprends pas, c’est où il a bien pu rater son coup parce que, une fois qu’elles sont montées, il va au bout, généralement, et même s’il n’arrive pas à avoir ce qu’il veut, elles ne peuvent pas s’en tirer, celles qui sont montées, aucune n’est rentrée chez elle, en tout cas pas depuis qu’il est avec moi, c’est ça que je n’arrive pas à comprendre, vraiment pas. À moins que ça ait dégénéré. sur le trottoir, qu’il soit descendu pour la faire monter de force, qu’elle ait crié, qu’elle se soit débattue, qu’il ait pris peur d’être repéré, que quelqu’un soit venu à la rescousse de la petite, qu’il se soit enfui et qu’on ait relevé sa plaque, une plainte chez les flics et les voilà qui l’embarquent, un truc comme ça, oui, c’est un truc comme ça qui a dû se passer, tout ça parce que je n’étais pas là, parce que sans moi il n’y arrive pas, ou pas bien, pas complètement,
à part deux trois fois ces derniers temps où il a réussi seul et ça lui a fait croire qu’il pouvait se passer de moi, mais il ne peut pas en réalité, non, il ne peut pas. Ils ne peuvent rien trouver, les bleus, ça non, en tout cas je ne pense pas, ou si peu qu’il fera un peu de prison, un peu, oui, peut-être, quelques mois, trois fois rien, ça ne le tuera pas, ça lui rappellera des souvenirs, il a déjà fait pire. Si je l’ouvrais, moi, ce serait différent, très différent, et encore, il est tellement habile, c’est un malin, mon fauve, oui, il sait parler, lui, il peut embrouiller n’importe qui, c’est son truc, les mots, il a de la culture, il a beaucoup lu, pas comme moi, je suis une idiote et une dinde, il me le répête, même si je balançais, il réussirait à noyer le poisson, il la jouerait anguille, et moi je passerais pour une menteuse, oui, une menteuse et une folle. Et puis, de toute façon, personne ne me croirait, on ne peut pas croire ces choses-là, on ne peut pas les croire parce que, justement,
ça ne s’invente pas. » (p. 22-23)

A propos de l’auteur
Harold Cobert est l’auteur de plusieurs romans, dont Un hiver avec Baudelaire, L’Entrevue de Saint-Cloud et, en 2014, Jim paru chez Plon. (Source : Éditions Plon)

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Je me souviens

MICHAUD_Je-me-souviens

Je me souviens
Martin Michaud
Kennes Editions
Thriller
640 p., 23,49 €
ISBN: 9782875801678
Paru en octobre 2015

Où?
Le roman se déroule au Canada, principalement à Montréal et dans les environs ainsi qu’aux Etats-Unis, notamment à Dallas.

Quand?
L’action se situe principalement en décembre 2011, avec des retours en arrière jusqu’en 1964.

Ce qu’en dit l’éditeur
À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy.
Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes.
La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent…
De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire, la colorée Jacinthe Taillon.
Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

Ce que j’en pense
***
Ce thriller est un mille-feuille. Aux trois couches de pâte feuilletée et aux deux couches de crème qui composent cette pièce de pâtisserie, l’auteur a substitué trois enquêtes parallèles et deux époques. Des couches successives qui donnent au lecteur – tout au moins dans un premier temps – bien du fil à retordre afin d’appréhender le tout, sinon justement par une juxtaposition de différents récits. Mais c’est aussi l’intérêt du roman : le lecteur suit Victor Lessard, dont c’est ici la troisième enquête, sans disposer de plus d’éléments que l’enquêteur. Du coup, il doit se poser les mêmes questions, réfléchir aux mêmes moyens, quitte à se fourvoyer.
On commence par une série de cadavres qui n’ont, comme dit, aucun rapport les uns avec les autres tant le mode opératoire et la personnalité des victimes sont différentes. Il y a là un clochard qui est passé par un asile psychiatrique et qui se jette du haut d’un building en laissant à ses pieds deux portefeuilles ; Une femme assassinée de façon barbare, puisqu’on a utilisé une arme de torture pour la faire souffrir. Il s’avèrera plus tard qu’il s’agit d’un procédé de torture utilisé au Moyen-Âge et appelé «la fourche de l’hérétique» ; La troisième victime aura le cou transpercé par une flèche. Des instruments qui continueront à servir encore par la suite. Car Lessard et sa collègue Jacinthe Taillon nagent en plein brouillard. D’autant que les quelques indices recueillis ne font qu’épaissir le mystère. Cette phrase prononcée par Lee Harvey Oswald, l’assassin de John Kennedy « I didn’t shoot anybody, no sir », des références au mouvement de libération du Québec et du programme de lavage de cerveau mis en place par la CIA et intitulé «MK-ULTRA».
Une belle occasion d’appliquer la devise du Québec qui donne son titre au livre : «Je me souviens».
Un élément après l’autre, une histoire soigneusement déroulée – avec tenants et aboutissements – des témoignages qui vont finir par se recouper, un voyage à Dallas et tout devient subitement plus clair.
C’est avec beaucoup de respect que l’on croque ce mille-feuille, pas uniquement par sa taille et son poids respectables, mais c’est aussi avec beaucoup de plaisir.
D’abord par sa langue qu’il est fort agréable de découvrir (la chance de conserver les mots et expressions québécoises donne une vraie saveur exotique à cette pâtisserie), ensuite parce que les personnages sont fort bien campés, avec leurs errances et leurs failles et enfin parce qu’il nous fait découvrir derrière l’intrigue l’histoire et la géographie du Québec et plus particulièrement de la ville de Montréal, parcourue du nord au sud et d’est en ouest.
On ne le conseillera donc pas uniquement au cercle des amateurs de thrillers, mais aussi à tous ceux qui aiment sortir des sentiers battus et ne rechignent pas à s’engager dans les sentiers rafraîchissants des autres littératures francophones.

Autres critiques
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La Presse (Montréal)
Blog les 2 bouquineuses
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Extrait 1
« La femme rentra chez elle à 11 h 22.
À toute vitesse, elle abandonna ses bottes sur le tapis de l’entrée, envoya sa tuque et ses mitaines valser sur le canapé et laissa son manteau choir sur le carrelage de la salle de bains.
Elle se soulagea dans l’obscurité en poussant un long soupir.
Appuyant sur l’interrupteur, elle regarda le reflet de son visage dans le miroir, fendu d’un large sourire, les lèvres bleuies par le froid.
Du centre-ville, elle avait marché jusqu’au mont Royal, où elle avait passé des heures à arpenter les sentiers, à admirer les conifères ployant sous le poids de la neige, à observer, en contrebas, la ville en transparence.
En chantonnant, elle se rendit dans la cuisine pour se préparer un thé.
La bouilloire sifflait lorsqu’elle sentit que quelque chose n’allait pas. Elle avait le sentiment qu’un objet ne se trouvait pas à sa place. Son regard scruta d’abord le comptoir encombré, bascula sur l’évier, puis longea la ligne des armoires.
En voyant la date sur le frigo, elle sursauta.
Quand elle avait sorti le lait, cinq minutes auparavant, les chiffres de plastique multicolores aimantés sur la porte du compartiment congélateur ne s’y trouvaient pas.
Elle n’avait pas repensé à l’incident du matin. Mais, à présent, tout son corps, agité de tremblements, sonnait l’alarme.
Derrière elle, une voix la figea, lui faisant dresser les cheveux sur la tête :
– I didn’t shoot anybody, no sir !
Elle se retourna et poussa un cri strident en découvrant la gueule menaçante d’un pistolet.
Les dards fendirent l’air, pénétrèrent la peau. La décharge du Taser la foudroya.
Alors qu’elle tombait vers le sol et que son corps était secoué de convulsions, elle ne put s’empêcher d’être hantée par cette voix, qu’elle avait reconnue sans difficulté.
La voix délicate de l’assassin du président Kennedy.
Celle de Lee Harvey Oswald. »

Extrait 2
« L’ombre avait tendu un bras, puis replié l’autre lentement, vers l’arrière, avant de le détendre. Le trait fendit l’air, son estomac explosa. Avec horreur, il baissa les yeux. Une flèche le transperçait de part en part.
Rivard échappa le sac, qui roula sur le sol. Puis la douleur arriva, fulgurante. Il essaya de s’enfuir entre les stèles, mais tomba à genoux.
Chaussée de skis, l’ombre dévalait la pente.
Rivard hoqueta, voulut aspirer une goulée d’air, recracha un bouillon de sang.
Derrière lui, un hoodie rabattu sur les yeux, l’ombre s’arrêta, puis retira son capuchon.
Rivard se retourna et écarquilla les yeux : ce visage, il le reconnaissait. L’ombre banda son arc de nouveau. Une deuxième flèche passa près de ses oreilles et se perdit dans la neige; un flux d’images déferla devant ses yeux, puis un autre projectile le frappa au plexus.
Les ténèbres l’envahirent. »

A propos de l’auteur
Martin Michaud est né à Québec, en 1970, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Il est également le fondateur d’un groupe de rock indépendant, dont il est parolier, guitariste et chanteur. Ses romans sont d’ailleurs parsemés de références à des morceaux ou artistes qu’il aime. Outre ses activités de romancier, il travaille à la scénarisation de ses œuvres pour la télévision et le cinéma.
Martin a connu un succès fulgurant au Québec avec ses trois premiers polars Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, La chorale du diable et Je me souviens, qui lui ont valu de nombreux prix littéraires. Au cœur de ceux-ci, on trouve Victor Lessard, enquêteur tourmenté, rebelle, mais hautement moral du service de police de la Ville de Montréal.
Pour Sous la surface, son dernier thriller unanimement salué par la critique et le public, il a remporté, en compétition avec de nombreux romanciers francophones de renom, le Prix Tenebris 2014.
Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il voit son travail comparé à celui des auteurs internationaux Jo Nesbo, Michael Connelly, Fred Vargas, Ian Rankin et Henning Mankell. (Source : Kennes Editions)

Site internet officiel de l’auteur

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