Bonneville

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Bonneville
Laurent Saulnier
Le Dilettante
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782842638610
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, dans une localité de campagne qui n’est pas nommée, à côté de la ville imaginaire de Crésilly-sur-Pêtre.

Quand?
Le narrateur retrace sa vie en 2014 et revient sur sa jeunesse.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’un mec dans une auto avec des idées noires et un fort pétage de fusibles. Pourtant, au départ, rien que du paisible : une maman poule plutôt revêche qui pèse son poids d’amour étouffant sur ses deux poussins qu’elle gave de poulet, un père bientôt décédé, tout en rêve et qui se lance dans la grande aventure : acheter sans rien dire à personne une belle américaine, une vraie, une grande, une Pontiac Bonneville, trois cents chevaux et huit cylindres en V majuscule qui devient l’icône, le totem et l’emblème de la famille. Une danseuse tout en acier fin et pur nickel qu’il faut néanmoins gaver de pétrole « autant qu’un char Sherman » et bichonner à mort. Trop belle pour nous ! Si belle qu’on finit par l’admirer plus que la piloter, cette maîtresse coûteuse et défaillante. Mais peu à peu, depuis la pompe où il gagne petit, le fils de la maison, un drôle à problèmes, long comme un devis de chauffagiste, se sent pousser des ailes de chrome : à nous deux la route et la vie inimitable. Pourquoi pas moi. Et voilà notre héros lancé on the road, se rêvant le Clyde de cette Bonnie sur coussin d’air. L’aventure, hélas, va donner dans le saumâtre. Pour son premier roman, Laurent Saulnier a verrouillé les portières et bloqué les freins, on respire à peine et le mur se rapproche, ce qui ne l’empêche pas de siffloter sur le fil d’un rasoir romanesque tranchant et fatal. Vous êtes prévenus !

Ce que j’en pense
***
« Bonneville a fêté ses quarante cinq ans cette année. Modèle quatre portes sorti des chaînes en 1969, huit cylindres en V et plus de trois cent chevaux sous son long capot crème jadis aussi brillant qu’un miroir impeccablement astiqué, au moins les jours de soleil. » Si cette voiture, totalement incongrue dans cette campagne française, joue un si grand rôle dans la vie du narrateur, c’est qu’il n’a quasiment plus qu’elle pour s’imaginer un avenir radieux. Son père, qui a fait la folie d’acheter ce véhicule consommant un maximum et qui n’a jamais vraiment fonctionné, est décédé. Sa mère n’a d’intérêt que pour ses poules et sa sœur s’active à changer d’amant presque comme de chemise.
Après une scolarité difficile, passée par un lycée technique où seul l’ami Albéric, qui s’amusait à trancher la tête des animaux qui croisaient sa route, le distrayait un peu, il a fini par trouver un emploi à la station-service de l’autoroute. Là il imagine la destination des clients qu’il croise et rêve de les rejoindre au volant de sa belle américaine. Mais pour cela, il faudrait réparer Bonneville et avoir davantage d’argent.
C’est à partir de ce constat que les choses vont commencer à se gâcher. Il pense avoir trouvé la solution en crochetant des voitures en stationnement et en dérobant leur contenu. Facile à dire, moins facile à faire. Le premier larcin est un… petit cercueil accompagné d’une menace de mort. Par un jeu de circonstances aussi cocasses que dramatiques, ce vol va l’entraîner à commettre un meurtre, puis un autre… Un engrenage dont il ne va pas pouvoir se sortir.
Laurent Saulnier réussit à nous faire aimer ce jeune homme à tel point qu’on lui pardonnerait même ses méfaits. Plus comédie dramatique déjantée que chronique de la misère sociale, son roman est une sorte de road-movie à la française. Sauf que la voiture ne fait que sortir du garage, que la grande évasion se limite à une virée chez le boucher de la ville voisine et que le grand amour n’est qu’un fantasme, une charmante jeune fille à la poitrine généreuse qui poserait ses pieds nus sur le tableau de bord et qui s’appellerait Julia.
Au fil des pages, on se dit que le pire est de plus en plus sûr. Ce qui ne nous empêche nullement de nous régaler à suivre les pérégrinations de cet assassin malgré lui. Un petit bijou loin du politiquement correct. Un vrai régal !

Autres critiques
Babelio
Wukali.com (Émile Cougut)
Benzine Mag. (Denis Billamboz)
Blog Mes impressions de lecture

Extrait
« C’est alors que tout a basculé. Je n’ai rien vu venir, juste ce type entre deux âges qui se promenait là, je n’aurais jamais pu me douter du danger qu’il représentait pour Bonneville et moi, pour ma vie tout court. Un malheureux concours de circonstances, au fond, mais j’étais sur le point de commettre un meurtre. »

A propos de l’auteur
Né à Cherbourg, Laurent Saulnier n’a qu’un seul point commun avec Clint Eastwood: il vit le jour un 31 mai. Bonneville est son premier roman. (Source : Éditions Le Dilettante)

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Focus Littérature

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La mésange et l’ogresse

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La mésange et l’ogresse
Harold Cobert
Plon
Roman
425 p., 20 €
EAN: 9782259230421
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en Belgique, à Charleroi, Dinant, Ciney, Sart-Custinne, Han-sur-Lesse, Beauraing, Neufchâteau, Saint-Hubert, Gedinne, Bruxelles ainsi que dans les Ardennes françaises à Givet, Charleville-Mézières, Sedan, Floing, Ville-sur-Lumes, Verdun, Bar-le-Duc, Fleury-Mérogis.

Quand?
L’action se situe des années 1980 au début des années 2000.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au cœur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Ce que j’en pense
****
Sous le titre «roman du réel», Harold Cobert explique en avant-propos, comment il a imaginé son nouveau roman : « Si ce livre est basé sur « l’affaire Fourniret », s’il suit au plus près les faits tels qu’ils ont été révélés lors du procès, cet ouvrage est avant tout une œuvre de fiction. […] Hormis certaines phrases, les pensées et les propos prêtés à Monique Olivier et à Michel Fourniret ainsi qu’aux différents personnages de cette histoire relèvent de la pure invention et de la seule création littéraire. À part ceux de Monique Olivier et Michel Fourniret, tous les noms des protagonistes ont été changés, et en premier lieu ceux des victimes. »
En se replongeant dans cette célèbre affaire, on se rend très vite compte du matériau mis ici à disposition du romancier, car tout est ici extraordinaire au sens premier du terme. Comme beaucoup de ses contemporains, Harold Cobert s’appuie sur le faits divers pour nous délivrer un suspense étonnant. Car même si l’on connaît l’épilogue de l’histoire, on ne se rend pas compte de la partie d’échecs qui s’est jouée là, de la stratégie mise en place par les enquêteurs et par les coupables.
L’auteur
Le roman s’ouvre à Ciney, en Belgique le 26 juin 2003. On y voit Louise Lemaire être abordée par un homme en camionnette blanche demander à l’écolière si elle peut l’aider à retrouver sa route vers le Mont de la Salle et finira par la convaincre de monter dans le véhicule. Mais cette fois les choses ne se passent pas comme prévu, la fille réussit à s’enfuir et à prévenir la police. Un échec qui va entraîner l’arrestation de ce dangereux récidiviste, condamné à sept ans de prison en France pour treize enlèvements de jeunes filles dont il a tenté d’abuser, suivi d’une autre peine de six mois pour avoir agressé des automobilistes dans la région de Verdun.
Commence alors une enquête très difficile, en Belgique et en France, car il apparaît très vite qu’il va falloir ouvrir tous les dossiers similaires de disparitions de jeunes filles.
Grâce à la construction du roman, on ne s’ennuie jamais tout au long de la lecture. Si Michel Fourniret en est le sujet central, Harold Cobert a choisi de ne pas lui donner la parole. Il se place d’une part du côté factuel en retraçant dans de courts chapitres les circonstances qui ont fait tomber Elodie Defaux, Lian Shiro, Caroline Moens et toutes les autres dans le piège tendu par l’homme aux lunettes cerclées. En second lieu, ce sont les enquêteurs de la police belge qui prennent la parole. On les voit tâtonner, puis avancer doucement, élaborer des scénarios susceptibles de prouver leurs hypothèses, mais aussi tenter de convaincre leur hiérarchie – le budget nécessaire à des tests ADN finira-t-il par être débloqué ? – ou collaborer du bout des doigts avec les collègues français. Sans oublier leurs états d’âme, leurs problèmes familiaux ou de santé, qui viennent interférer et replacer ce drame hors du commun dans le quotidien le plus banal. Enfin et surtout, comme le proclame le bandeau en couverture du livre, la parole est aussi donnée à la compagne du tueur, dont l’attitude étonne: «Elle n’a montré aucune émotion quand je lui ai appris l’arrestation de son mari ni lorsque je l’ai informée des faits qui lui sont reprochés. Quelque chose cloche dans cette affaire, à commencer par elle.»
Monique Olivier, devenue Madame Fourniret, va passer – au fil de dizaines d’heures d’interrogatoire – du rang de témoin, à celui de complice, voire d’instigatrice. L’inimaginable devient petit à petit imaginable et les frontières de l’horreur sont à chaque fois repoussées un peu plus loin.
Un roman aussi glaçant que passionnant.

Autres critiques
Babelio
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Tête de Lecture 
Blog Du calme Lucette 
Blog Sans connivence 

Les 40 premières pages

Extrait
«Ce que je ne comprends pas, c’est où il a bien pu rater son coup parce que, une fois qu’elles sont montées, il va au bout, généralement, et même s’il n’arrive pas à avoir ce qu’il veut, elles ne peuvent pas s’en tirer, celles qui sont montées, aucune n’est rentrée chez elle, en tout cas pas depuis qu’il est avec moi, c’est ça que je n’arrive pas à comprendre, vraiment pas. À moins que ça ait dégénéré. sur le trottoir, qu’il soit descendu pour la faire monter de force, qu’elle ait crié, qu’elle se soit débattue, qu’il ait pris peur d’être repéré, que quelqu’un soit venu à la rescousse de la petite, qu’il se soit enfui et qu’on ait relevé sa plaque, une plainte chez les flics et les voilà qui l’embarquent, un truc comme ça, oui, c’est un truc comme ça qui a dû se passer, tout ça parce que je n’étais pas là, parce que sans moi il n’y arrive pas, ou pas bien, pas complètement,
à part deux trois fois ces derniers temps où il a réussi seul et ça lui a fait croire qu’il pouvait se passer de moi, mais il ne peut pas en réalité, non, il ne peut pas. Ils ne peuvent rien trouver, les bleus, ça non, en tout cas je ne pense pas, ou si peu qu’il fera un peu de prison, un peu, oui, peut-être, quelques mois, trois fois rien, ça ne le tuera pas, ça lui rappellera des souvenirs, il a déjà fait pire. Si je l’ouvrais, moi, ce serait différent, très différent, et encore, il est tellement habile, c’est un malin, mon fauve, oui, il sait parler, lui, il peut embrouiller n’importe qui, c’est son truc, les mots, il a de la culture, il a beaucoup lu, pas comme moi, je suis une idiote et une dinde, il me le répête, même si je balançais, il réussirait à noyer le poisson, il la jouerait anguille, et moi je passerais pour une menteuse, oui, une menteuse et une folle. Et puis, de toute façon, personne ne me croirait, on ne peut pas croire ces choses-là, on ne peut pas les croire parce que, justement,
ça ne s’invente pas. » (p. 22-23)

A propos de l’auteur
Harold Cobert est l’auteur de plusieurs romans, dont Un hiver avec Baudelaire, L’Entrevue de Saint-Cloud et, en 2014, Jim paru chez Plon. (Source : Éditions Plon)

Site Wikipédia de l’auteur 
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Je me souviens

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Je me souviens
Martin Michaud
Kennes Editions
Thriller
640 p., 23,49 €
ISBN: 9782875801678
Paru en octobre 2015

Où?
Le roman se déroule au Canada, principalement à Montréal et dans les environs ainsi qu’aux Etats-Unis, notamment à Dallas.

Quand?
L’action se situe principalement en décembre 2011, avec des retours en arrière jusqu’en 1964.

Ce qu’en dit l’éditeur
À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy.
Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes.
La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent…
De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire, la colorée Jacinthe Taillon.
Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

Ce que j’en pense
***
Ce thriller est un mille-feuille. Aux trois couches de pâte feuilletée et aux deux couches de crème qui composent cette pièce de pâtisserie, l’auteur a substitué trois enquêtes parallèles et deux époques. Des couches successives qui donnent au lecteur – tout au moins dans un premier temps – bien du fil à retordre afin d’appréhender le tout, sinon justement par une juxtaposition de différents récits. Mais c’est aussi l’intérêt du roman : le lecteur suit Victor Lessard, dont c’est ici la troisième enquête, sans disposer de plus d’éléments que l’enquêteur. Du coup, il doit se poser les mêmes questions, réfléchir aux mêmes moyens, quitte à se fourvoyer.
On commence par une série de cadavres qui n’ont, comme dit, aucun rapport les uns avec les autres tant le mode opératoire et la personnalité des victimes sont différentes. Il y a là un clochard qui est passé par un asile psychiatrique et qui se jette du haut d’un building en laissant à ses pieds deux portefeuilles ; Une femme assassinée de façon barbare, puisqu’on a utilisé une arme de torture pour la faire souffrir. Il s’avèrera plus tard qu’il s’agit d’un procédé de torture utilisé au Moyen-Âge et appelé «la fourche de l’hérétique» ; La troisième victime aura le cou transpercé par une flèche. Des instruments qui continueront à servir encore par la suite. Car Lessard et sa collègue Jacinthe Taillon nagent en plein brouillard. D’autant que les quelques indices recueillis ne font qu’épaissir le mystère. Cette phrase prononcée par Lee Harvey Oswald, l’assassin de John Kennedy « I didn’t shoot anybody, no sir », des références au mouvement de libération du Québec et du programme de lavage de cerveau mis en place par la CIA et intitulé «MK-ULTRA».
Une belle occasion d’appliquer la devise du Québec qui donne son titre au livre : «Je me souviens».
Un élément après l’autre, une histoire soigneusement déroulée – avec tenants et aboutissements – des témoignages qui vont finir par se recouper, un voyage à Dallas et tout devient subitement plus clair.
C’est avec beaucoup de respect que l’on croque ce mille-feuille, pas uniquement par sa taille et son poids respectables, mais c’est aussi avec beaucoup de plaisir.
D’abord par sa langue qu’il est fort agréable de découvrir (la chance de conserver les mots et expressions québécoises donne une vraie saveur exotique à cette pâtisserie), ensuite parce que les personnages sont fort bien campés, avec leurs errances et leurs failles et enfin parce qu’il nous fait découvrir derrière l’intrigue l’histoire et la géographie du Québec et plus particulièrement de la ville de Montréal, parcourue du nord au sud et d’est en ouest.
On ne le conseillera donc pas uniquement au cercle des amateurs de thrillers, mais aussi à tous ceux qui aiment sortir des sentiers battus et ne rechignent pas à s’engager dans les sentiers rafraîchissants des autres littératures francophones.

Autres critiques
Babelio
La Presse (Montréal)
Blog les 2 bouquineuses
Blog Sang d’Encre Polars
Blog De Livre en livres

Extrait 1
« La femme rentra chez elle à 11 h 22.
À toute vitesse, elle abandonna ses bottes sur le tapis de l’entrée, envoya sa tuque et ses mitaines valser sur le canapé et laissa son manteau choir sur le carrelage de la salle de bains.
Elle se soulagea dans l’obscurité en poussant un long soupir.
Appuyant sur l’interrupteur, elle regarda le reflet de son visage dans le miroir, fendu d’un large sourire, les lèvres bleuies par le froid.
Du centre-ville, elle avait marché jusqu’au mont Royal, où elle avait passé des heures à arpenter les sentiers, à admirer les conifères ployant sous le poids de la neige, à observer, en contrebas, la ville en transparence.
En chantonnant, elle se rendit dans la cuisine pour se préparer un thé.
La bouilloire sifflait lorsqu’elle sentit que quelque chose n’allait pas. Elle avait le sentiment qu’un objet ne se trouvait pas à sa place. Son regard scruta d’abord le comptoir encombré, bascula sur l’évier, puis longea la ligne des armoires.
En voyant la date sur le frigo, elle sursauta.
Quand elle avait sorti le lait, cinq minutes auparavant, les chiffres de plastique multicolores aimantés sur la porte du compartiment congélateur ne s’y trouvaient pas.
Elle n’avait pas repensé à l’incident du matin. Mais, à présent, tout son corps, agité de tremblements, sonnait l’alarme.
Derrière elle, une voix la figea, lui faisant dresser les cheveux sur la tête :
– I didn’t shoot anybody, no sir !
Elle se retourna et poussa un cri strident en découvrant la gueule menaçante d’un pistolet.
Les dards fendirent l’air, pénétrèrent la peau. La décharge du Taser la foudroya.
Alors qu’elle tombait vers le sol et que son corps était secoué de convulsions, elle ne put s’empêcher d’être hantée par cette voix, qu’elle avait reconnue sans difficulté.
La voix délicate de l’assassin du président Kennedy.
Celle de Lee Harvey Oswald. »

Extrait 2
« L’ombre avait tendu un bras, puis replié l’autre lentement, vers l’arrière, avant de le détendre. Le trait fendit l’air, son estomac explosa. Avec horreur, il baissa les yeux. Une flèche le transperçait de part en part.
Rivard échappa le sac, qui roula sur le sol. Puis la douleur arriva, fulgurante. Il essaya de s’enfuir entre les stèles, mais tomba à genoux.
Chaussée de skis, l’ombre dévalait la pente.
Rivard hoqueta, voulut aspirer une goulée d’air, recracha un bouillon de sang.
Derrière lui, un hoodie rabattu sur les yeux, l’ombre s’arrêta, puis retira son capuchon.
Rivard se retourna et écarquilla les yeux : ce visage, il le reconnaissait. L’ombre banda son arc de nouveau. Une deuxième flèche passa près de ses oreilles et se perdit dans la neige; un flux d’images déferla devant ses yeux, puis un autre projectile le frappa au plexus.
Les ténèbres l’envahirent. »

A propos de l’auteur
Martin Michaud est né à Québec, en 1970, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Il est également le fondateur d’un groupe de rock indépendant, dont il est parolier, guitariste et chanteur. Ses romans sont d’ailleurs parsemés de références à des morceaux ou artistes qu’il aime. Outre ses activités de romancier, il travaille à la scénarisation de ses œuvres pour la télévision et le cinéma.
Martin a connu un succès fulgurant au Québec avec ses trois premiers polars Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, La chorale du diable et Je me souviens, qui lui ont valu de nombreux prix littéraires. Au cœur de ceux-ci, on trouve Victor Lessard, enquêteur tourmenté, rebelle, mais hautement moral du service de police de la Ville de Montréal.
Pour Sous la surface, son dernier thriller unanimement salué par la critique et le public, il a remporté, en compétition avec de nombreux romanciers francophones de renom, le Prix Tenebris 2014.
Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il voit son travail comparé à celui des auteurs internationaux Jo Nesbo, Michael Connelly, Fred Vargas, Ian Rankin et Henning Mankell. (Source : Kennes Editions)

Site internet officiel de l’auteur

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