L’été en poche (30)

TREVIDIC_Ahlam_P

Ahlam

coup_de_coeur

En 2 mots
Un peintre célèbre s’installe en Tunisie et se lie avec une famille à laquelle il apporte aide et savoir. Mais Ahlam et son frère Issam vont suivre deux voies opposées.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Thierry Clermont (Le Figaro)
« Inséparables, les deux enfants de Farhat prennent des chemins différents. Tandis qu’Ahlam, amoureuse de Paul, de 20 ans son aîné, choisit la voie de l’émancipation, son frère Issam se radicalise au contact des fondamentalistes. Le roman, particulièrement bien documenté, décrit avec précision le phénomène de la fanatisation et le fonctionnement des cellules salafistes. »

Vidéo


Marc Trévidic présente son livre sur le plateau de La Grande Librairie. © Production La Grande Librairie

Publicités

Sans Véronique

dreyfus_sans_veronique

En deux mots
Véronique, l’épouse de Bernard, est l’une des victimes de l’attentat terroriste de Sousse. Après la sidération, le mari veut comprendre et qui sait, se venger.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Sans Véronique
Arthur Dreyfus
Éditions Gallimard
Roman
256 p., 19,50 €
EAN : 9782072688874
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, puis en Tunisie et Lybie et enfin en Turquie et Irak. En France, on passe par Paris, Thomery, Chailly-en-Bière, Perthes, Tremblay-en-France, Roissy, Villepinte, Villeparisis, Courty, Vaujours et Sevran.
En Tunisie, les villes de Tunis, Kairouan, Gaâfour, Port El-Kantaoui et Sousse sont mentionnées. En Lybie, la ville côtière de Sabratha abrite un camp d’entrainement. Après un atterrissage à Istanbul, la route conduira en Irak jusqu’à Alep et aux alentours.

Quand?
L’action se situe autour de la date du 26 juin 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Plusieurs secondes ont passé, durant lesquelles Bernard s’est efforcé d’ordonner les mots qu’il venait d’entendre, et qui s’enchevêtraient dans son esprit : Sousse, la Tunisie, un attentat, ce matin, Véronique – tout cela n’avait aucun sens, Monsieur, vous m’entendez? a articulé la voix, tandis que, de l’autre côté, Bernard se mettait à trembler, écrasant sa main gauche sur la tablette du téléphone, ici les chiens, qui avaient perçu son état, se sont approchés, avant qu’une phrase enfin s’échappe de sa bouche : Qu’est-ce qui est arrivé à ma femme?»

Ce que j’en pense
Méfiez-vous des écrivains. Ils peuvent faire leur miel d’une situation banale et, sans le savoir, vous vous retrouvez au cœur d’un roman passionnant. À entendre Arthur Dreyfus, venu présenter son nouveau livre la semaine passée à Mulhouse, la scène d’ouverture de Sans Véronique s’est déroulée exactement telle que décrite : assis dans le métro, il croise le regard d’un couple au moment où le mari et la femme se quittent. Ils sont à l’âge de la retraite, mais leur amour ne semble pas usé. Dans leurs gestes, dans leur attitude, on sent l’affection qu’ils se portent.
Ils s’appellent Véronique et Bernard. Elle est caissière à Intermarché, il est plombier. Sils se retrouvent sur la ligne 11, c’est parce que Véronique part pour la Tunisie. Ses patrons lui ont offert une semaine en Tunisie, «ça ne valait sans doute pas une fortune à l’échelle d’Intermarché, mais ils l’avaient fait, c’était important de retenir la gentillesse, avait souligné Véronique, parce que c’est pas tous les jours.»
Huit jours, cela passe vite. Mais en rentrant chez lui, Bernard a immédiatement senti le vide, cherché à le compenser en «s’occupant». Pas avec sa maquette de train miniature, mais en allant se promener du côté des prostituées. À son retour, il constate que son épouse et sa fille Alexia ont cherché à le joindre et que ses deux heures d’absence ont déjà semé un vent de panique, sa fille s’apprêtant même à signaler sa disparition à la police.
Le temps de rassurer tout le monde, il se seul chez lui, entouré de ses chiens. Il fait le constat amer que la voix, la présence de Véronique lui manque. Aussi est-il déjà psychologiquement fragilisé quand le Ministère des Affaires étrangères l’appelle pour lui apprendre dans ce jargon diplomatique que sa femme figure parmi les victimes de l’attentat qui vient d’être perpétré en Tunisie.
Tout s’effondre. Après l’incrédulité, il faut bien se rendre à l’évidence, suivre le policier venu l’escorter jusqu’à la cellule de crise du quai d’Orsay. Se retrouver avec les autres familles, avec Alexia, avec cette douleur d’autant plus incompréhensible qu’elle frappe la plus innocente des victimes.
Arthur Dreyfus divise alors son roman en deux, nous offrant de suivre ces deux trajectoires qui n’auraient jamais dû se rencontrer, celle de Véronique et celle de Seifeddine. Le jeune tunisien qui rêvait d’un avenir meilleur et qui, comme son frère, travaille bien à l’école, rêve de liberté, d’un «océan de désirs». Ses professeurs le voient déjà ingénieur, il fait la connaissance de Sophie, une étudiante Belge spécialiste du pilotage des réseaux industriels avec laquelle il goûte à l’amour et échafaude des rêves d’avenir.
Mais alors comment va-t-il basculer dans le terrorisme ? À cette question cruciale, on serait tenté de répondre Inch’Allah, tant les circonstances qui font basculer un jeune vers le terrorisme tiennent – dans ce cas-ci – du destin et de circonstances fortuites. Le frère de Seifeddine est foudroyé lors d’un orage, ce qui entraîne un fort traumatisme et une remise en cause de sa manière de vivre. Ajoutons un refus de visa pour la Belgique et on y trouvera le ferment d’une révolte attisée d’une part par un sentiment de trahison, car Sophie ne lui répond plus, et d’autre part par les «amis» de la mosquée qui sentent le jeune homme prêt à devenir le prochain martyr de leur cause. Son professeur de mathématiques et son père vont bien essayer de le raisonner, mais déjà Seifeddine est «hors de portée», prêt à « frapper l’Occident dans son cœur, là où on insultait le plus effrontément la culture musulmane, dans un hôtel pour Blancs, une station balnéaire où les femmes se dénudaient, où les Tunisiens étaient réduits en esclavage, témoins forcés d’actes de mécréance ».
La grande force du roman tient dans le parallèle fait par l’auteur entre cette dérive et celle de Bernard, lui aussi est bientôt «hors de portée». Après la prostration, l’hébétude, vient cette envie d’agir qu’il va assouvir en prenant un billet pour la Turquie et de là partir se venger en Syrie.
Bien loin de toute propagande ou d’une démonstration manichéenne, Arthur Dreyfus met le doigt sur le point le plus sensible… et ne nous laisse guère d’illusions sur l’évolution du conflit. La violence va continuer d’entraîner la violence. Le terrorisme va perdurer. Cette tragédie contemporaine est éclairante.

Autres critiques
Babelio 
Arte (Lionel Jullien)

Les premières pages du livre 

Extrait
« La dernière fois qu’il l’a vue vivante, c’était dans le métro parisien, quelques secondes après la fermeture des portes à l’arrêt République ; un garçon de vingt ans assis face à eux les a observés se dire au revoir, il a été touché par leur affection imperceptible et, bien qu’il fût monté à la station précédente, il avait compris avant le moindre échange de paroles, de regards, que ces deux-là formaient un couple – son intuition était due, estimait-il, à leur apparence : on s’approchait de Beaubourg, de l’Hôtel de Ville, après les arrêts Jourdain, Goncourt, et Belleville; la plupart des voyageurs connaissaient la mode, une jeune femme à la frange parfaite et chatoyante avait inscrit sur son sac en toile my chanel is at home, il y avait aussi un garçon africain aux cheveux rasés d’une façon très stylisée, dont la chemise était boutonnée jusqu’au col, qui écoutait une musique au tempo lent, il y avait deux adolescentes vêtues de leggings roses et parées »

A propos de l’auteur
Arthur Dreyfus est scénariste et réalisateur. Il est le fils de l’écrivain Isabelle Kauffmann. Il a obtenu le Prix du jeune écrivain 2009 pour sa nouvelle « Il déserte » (Buchet-Chastel). La Synthèse du Camphre, son premier roman, est édité chez Gallimard.
En 2012, est sorti son deuxième roman, toujours chez Gallimard, Belle-famille, roman inspiré par l’affaire de la disparition de Madeleine McCann. Le livre reçoit le Prix Orange du livre 2012. Pendant quelques mois à partir de janvier 2012, Arthur Dreyfus présente une chronique hebdomadaire décalée dans l’émission culturelle de France 2, « Avant-premières ».
L’auteur est l’un des parrains de l’association Bibliothèques sans frontières.
Il vit et travaille à Paris. (source: Babelio)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Ahlam

TREVIDIC_Ahlam68_premieres_fois_Logo

Ahlam
Marc Trévidic
JC Lattès
Roman
324 p., 19 €
ISBN: 9782709650489
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Tunisie, à Melitta, Remla, Kerkennah,
l’île de Gharbi, de Chergui, à El Kraten, Ouled Kacem, Sidi Tebeni, Er Roumadia, El Attaya, El Abassia, Ouled Bou Ali, Ouled Yaneg, Ouled Ezzedine, Sfax et Tunis. Les villes de New York, Boston, San Francisco et Tokyo ainsi que Saint-Paul-de-Vence sont évoquées, Enfin, un épisode dramatique se déroule à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours, sur un laps de temps d’une vingtaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lorsqu’en 2000 Paul, célèbre peintre français, débarque aux Kerkennah en Tunisie, l’archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté. L’artiste s’installe dans « la maison de la mer », noue une forte amitié avec la famille de Farhat le pêcheur, et particulièrement avec Issam et Ahlam, ses enfants incroyablement doués pour la musique et la peinture. Peut-être pourront-ils, à eux trois, réaliser le rêve de Paul : une œuvre unique et totale où s’enlaceraient tous les arts.
Mais dix ans passent et le tumulte du monde arrive jusqu’à l’île. Ben Ali est chassé. L’islamisme gagne du terrain. L’affrontement entre la beauté de l’art et le fanatisme religieux peut commencer.

Ce que j’en pense
*****
Un choc. Mais aussi et surtout un coup de cœur. Marc Trévidic, connu pour avoir été juge d’instruction au pôle antiterroriste du Tribunal de Grande Instance de Paris, a eu raison de choisir la forme du roman pour nous parler d’un sujet qu’il connaît bien. Car ses personnages nous permettent de comprendre de façon quasi épidermique comment on peut basculer vers la radicalisation, quel rôle joue l’islam dans cette évolution, quel attrait peut avoir la Syrie et l’armée islamique pour un jeune homme et comment, presque s’en que ses proches ne s’en rendent compte, on peut devenir un terroriste.
Mais venons-en au roman proprement dit. Il met en scène Paul Arezzo, un artiste peintre devenu riche et célèbre après avoir rencontré un galeriste américain subjugué par la manière dont il parvenait dans ses tableaux « à saisir les changements d’états d’âme dans les variations du regard. » Sans doute pour trouver un nouvel élan et pour se ressourcer, il décide de s’installer en Tunisie, à Kerkennah « bien loin de l’Amérique, dans un hôtel un peu miteux, organisant son espace entre sa chambre à coucher et son atelier de la taille, somme toute, de son premier atelier à Montmartre. Peut-être avait-il recherché, sans le savoir, un espace limité où l’artiste dort et peint, un retour aux sources de la création ? »
C’est là qu’il rencontre Farhat et Nora. Lui est marin pêcheur et va accepter de mener Paul au gré de sa barque dans les ports et criques des alentour. « Farhat avait le petit plus : la bouteille fraîche de rosé à dix mètres de fond, dans un filet de pêche accroché à une bouée. Paul en profita mais pas tout seul. Il avait cru que Farhat, religion oblige, ne buvait pas. Il comprit vite le contraire. Deux camarades sur une felouque et sous un soleil de plomb avaient bien le droit au verre de l’amitié. Allah n’y trouverait rien à redire. Juste une petite réprimande peut-être, sous la forme d’une mauvaise conscience a posteriori. »
Nora, quant à elle, est professeur de français. Le couple a deux enfants, Issam et Ahlam. Très bons élèves en classe et de plus en plus beaux en grandissant, ils ne tardent pas à se lier d’amitié avec Paul. Qui entend développer leurs dons artistiques et au-delà, envisage de mêler peinture et musique dans une sorte de mariage des arts.
Un drame va toutefois venir ternir ce beau projet. Nora est victime d’une grave maladie qui l’affaiblit. Très vite, Paul comprend que la seule issue est de confier Nora aux spécialistes parisiens et va entreprendre toutes les démarches pour tenter de sauver son amie et organiser le transfert, même si cette dernière n’entend pas quitter sa famille.
« Nora se fit une philosophie. Elle se sentait mieux. Ses forces étaient revenues. Elle avait vingt-neuf ans. Elle était jeune. Elle avait de la volonté. Elle voulait guérir et elle guérirait. C’était une chance inespérée d’être admise dans un grand hôpital parisien. On le devait à Paul. Et puis, elle n’était jamais allée à Paris. Elle verrait la tour Eiffel, les Champs-Élysées, Notre-Dame, le Sacré-Cœur. Par son enthousiasme contagieux, elle fit taire les objections de Farhat et les pleurs des enfants. »
Mais même les spécialistes français seront impuissants à sauver la belle tunisienne.
À la mort et à la douleur de la famille, l’actualité internationale va ajouter son lot d’incertitudes et de déstabilisation. La chute des tours jumelles et l’attaque du Pentagone en 2001 sont salués par des salafistes. À Kerkennah, on minimise cette «mise en garde appuyée», même si les signes de radicalisation se multiplient. La fin du régime de Ben Ali va encore accentuer les choses. Car si le printemps arabe est synonyme d’ouverture vers la démocratie, ils ouvre aussi une période d’incertitudes qui voit les mouvements islamistes s’imaginer pouvoir prendre le pouvoir. Et laisser leurs exactions impunies. Issam a aussi trouvé refuge dans la religion, reniant l’amitié de Paul avec sa formation artistique. Auprès de ses amis, il va peu à peu dériver vers l’intégrisme et participer à des actions punitives. Jusqu’au jour où son chemin croise celui de sa sœur. Qui va bien essayer de la raisonner, mais en vain. L’altercation est violente : « — J’ai honte, Ahlam. Tu t’habilles comme une Française. Tu exhibes ton corps sans aucune pudeur. C’est quoi, cette robe ?
— Dégage, connard, t’es pas mon père.
Alors, pour la première fois, les deux doigts de la main se séparèrent. Issam, avec des yeux de fou, se précipita sur sa sœur. Il la jeta au sol. Sur la plage déserte, Issam cherchait quelque chose. Ses yeux roulaient, embrassaient l’espace. Il vit une algue fournie et longue, comme une corde épaisse gorgée d’eau. Il la ramassa. Ahlam était étendue, le ventre sur le sable, pleurant de tout son corps en soubresauts convulsifs. Et Issam commença. Le premier coup ne fut pas violent. Un coup d’essai. L’algue était un bon fouet. Elle avait claqué dans l’air, vibré sur les épaules d’Ahlam en projetant des centaines de gouttelettes qui ressemblaient à des perles de cristal. Issam recommença et ne put s’arrêter. Il fouettait l’ait et il fouettait le dos de sa sœur. Il criait shaytan, shaytan. Chaque coup était une décharge électrique pour la jeune fille. Elle était terrorisée. Une fois, juste une fois, elle tenta de tourner la tête pour comprendre ce qui lui arrivait, mais l’algue lui brûla le visage. Alors elle enfouit sa tête dans le sable. Protéger son visage, protéger son visage ! Que le dos supporte, qu’il soit lacéré, mais pas son visage. De toute façon, elle allait mourir. Au bout de trois minutes, elle en était certaine. Quelque chose avait emporté son frère, était entré dans son corps, avait pris possession de son esprit. Ce ne pouvait être vraiment lui, pas Issam, pas son frère adoré, pas celui qui se blottissait contre elle, la nuit tombée, quand la tempête soufflait. Elle n’avait jamais aimé personne comme lui. Il était son double. Quand elle jouait, il lui jetait un regard tendre et peignait la beauté du monde. Elle regardait sa nuque, son dos, ses bras qui dessinaient l’espace. Issam était son héros… devenu son bourreau. »
Des dizaines d’articles, d’études et de reportages essaient d’expliquer les attentats de Paris, de Bruxelles, de Nice, de Munich, de Tunis et d’ailleurs. Il y est question de cellules terroristes, de logistique, de voyages en Syrie, d’armée islamique… Marc Trévidic nous montre qu’un garçon tout à fait «normal» peut basculer du jour au lendemain, devenir un «moudjahidin courageux». Que ni son père, ni sa sœur ne comprennent vraiment ce qui le motive et combien il est difficile de le ramener à la raison.
Avec habileté, l’auteur mêle l’histoire de la Tunisie de ces dernières années au sort de la famille. En choisissant un artiste comme personnage principal, il peut encore appuyer le trait, démontrer que le combat contre l’obscurantisme est aussi un combat culturel. Qu’il n’est jamais gagné et qu’il réclame une vigilance de tous les instants.
En refermant le livre, j’avais en tête les images de la Promenade des Anglais à Nice un soir de 14 juillet. Je revoyais ces corps, cette violence et cette souffrance. Je me suis alors dit que ce livre devrait être au programme des collèges. Ahlam veut dire les rêves…

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle
Blog Arthémiss
Blog Domi C lire (Dominique Sudre)
Blog Anita & son Bookclub
Blog Les lectures de Lailai
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)
Blog Entre les lignes (Benedicte Junger)
Blog Les lectures d’Antigone (Antigone Héron)
Blog Laurie lit
Blog Les battements de mon cœur (Albertine Proust)
Blog Nos expériences autour des livres

Autres critiques
Babelio
Télérama (Juliette Bénabent)

Extrait
« Quand Ahlam essaya une dernière fois de raisonner son frère, quelque chose se brisa pour de bon. Elle n’aurait pas dû essayer. Elle serait restée sur un vague espoir. Elle n’aurait pas entendu les paroles ni subi les gestes de trop.
— J’ai honte, Ahlam. Tu t’habilles comme une Française. Tu exhibes ton corps sans aucune pudeur. C’est quoi, cette robe ?
— Dégage, connard, t’es pas mon père.
Alors, pour la première fois, les deux doigts de la main se séparèrent. Issam, avec des yeux de fou, se précipita sur sa sœur. Il la jeta au sol. Sur la plage déserte, Issam cherchait quelque chose. Ses yeux roulaient, embrassaient l’espace. Il vit une algue fournie et longue, comme une corde épaisse gorgée d’eau. Il la ramassa. Ahlam était étendue, le ventre sur le sable, pleurant de tout son corps en soubresauts convulsifs. Et Issam commença. Le premier coup ne fut pas violent. Un coup d’essai. L’algue était un bon fouet. Elle avait claqué dans l’air, vibré sur les épaules d’Ahlam en projetant des centaines de gouttelettes qui ressemblaient à des perles de cristal. Issam recommença et ne put s’arrêter. Il fouettait l’ait et il fouettait le dos de sa sœur. Il criait shaytan, shaytan. Chaque coup était une décharge électrique pour la jeune fille. Elle était terrorisée. Une fois, juste une fois, elle tenta de tourner la tête pour comprendre ce qui lui arrivait, mais l’algue lui brûla le visage. Alors elle enfouit sa tête dans le sable. Protéger son visage, protéger son visage ! Que le dos supporte, qu’il soit lacéré, mais pas son visage. De toute façon, elle allait mourir. Au bout de trois minutes, elle en était certaine. Quelque chose avait emporté son frère, était entré dans son corps, avait pris possession de son esprit. Ce ne pouvait être vraiment lui, pas Issam, pas son frère adoré, pas celui qui se blottissait contre elle, la nuit tombée, quand la tempête soufflait. Elle n’avait jamais aimé personne comme lui. Il était son double. Quand elle jouait, il lui jetait un regard tendre et peignait la beauté du monde. Elle regardait sa nuque, son dos, ses bras qui dessinaient l’espace. Issam était son héros… devenu son bourreau. Maintenant Ahlam ne sentait plus rien. Sans doute Issam frappait-il encore. Pas sûr. Ahlam eut un sursaut. D’où lui venait-il ? Du visage tendre de sa mère, des histoires qu’elle leur racontait, Issam à droite dans le lit, elle à gauche, Nora au centre. Au temps du bonheur. Et maintenant ?
— Issam, c’est la robe de maman !
Elle avait hurlé. Elle avait craché tout l’air de ses poumons en dégageant sa tête du sable. Elle hurla encore plus fort :
— Issam, c’est la robe de maman que je porte, celle à fleurs !
Celle à fleurs ? Celle à fleurs ! Issam se souvenait. Qu’elle était belle, maman, avec cette robe à fleurs qui accrochait le soleil ! Tout le monde la regardait. Il n’y avait rien de mal dans le regard des gens, seulement de l’admiration et de la tendresse, le plaisir de voir la beauté qui effleure le sol.
Issam avait laissé tomber son fouet d’algues à ses pieds. Il était taché de sang. Que faisait-il au juste ? Et après, ce serait quoi ?
Ahlam resta longtemps sur la plage, inerte. Elle n’avait pas perdu connaissance mais ne savait pas comment le monde allait tourner désormais. La nuit tomberait-elle ? Le jour viendrait-il ? Était-il possible que le monde existe après ça ? Puis, lentement, elle se redressa. Assise sur le sable, elle laissa le vent du large la recoiffer. Elle avait besoin de revivre. Elle se sentait morte. La nuit tombait doucement. Bientôt, si elle ne faisait rien, son père ou Fatima la chercherait et la trouverait. Il faudrait qu’elle explique. À cette pensée, la honte et la peur l’envahirent. C’était un curieux mélange de sentiments. Pourquoi avait-elle peur ? Pourquoi avait-elle honte ? Il lui semblait que, si elle racontait ce qui s’était passé, il n’y aurait plus jamais de retour en arrière. Son enfance serait effacée, Nora serait morte pour de bon et la famille serait pulvérisée. Elle comprit ce qu’elle devait faire. Elle hocha la tête de bas en haut avec résolution. Elle ne dirait rien. Elle serait forte. Elle laisserait du temps au temps et Issam à ses démons. » (p. 135-136-137-138)

A propos de l’auteur
Marc Trévidic a été juge d’instruction au pôle antiterroriste du Tribunal de Grande Instance de Paris, est l’un des meilleurs spécialistes des filières islamistes. Il est aujourd’hui vice-président au tribunal de grande instance de Lille où il est en charge de la coordination du pôle pénal.
Il est l’auteur de deux ouvrages très remarqués, Au cœur de l’antiterrorisme et Terroristes, tous deux publiés chez Lattès en 2010 et 2013, Marc Trévidic est également président de l’AFMI, Association Française des Magistrats Instructeurs. Ahlam est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Les Prépondérants

KADDOUR_les_preponderants

Les Prépondérants
Hédi Kaddour
Gallimard
Roman
464 p., 21 €
ISBN: 9782070149919
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Nahbès, ville imaginaire du Maghreb, vraisemblablement en Tunisie. L’équipe de tournage venue de Hollywood retrace des épisodes de Californie, New York, Los Angeles, San Francisco, Atlanta, Boston. Le grand voyage mènera l’équipe en France et en Allemagne avec des étapes à Marseille, Paris, Strasbourg, Cernay et le Vieil-Armand, Ribeauvillé, Mayenburg, Duisbourg, Dortmund, Berlin. Enfin une seconde équipe américaine arrivera via Southampton, Le Havre et Paris

Quand?
L’action se situe au début des années 1920.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.
Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.
De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins.

Ce que j’en pense
***
La lecture des Prépondérants m’a beaucoup fait penser aux pâtisseries orientales qu’un ami tunisien nous offrait régulièrement. Parfumées, sucrées et si bonnes que nous en mangions jusqu’à l’indigestion. Le roman est de cette veine, à la fois très riche et très addictif, à condition de ne pas avoir peur de l’indigestion. Car le récit fourmille d’histoires centrées sur une tranche bien particulière de l’histoire. Nous sommes au sortir de la Grande Guerre, au moment où se redessine la carte du monde et où s’annoncent d’une part les mouvements de libération et d’autre part les nouveaux cataclysmes.
Ce roman-monde, comme le définit l’auteur, est découpé en trois parties. La première, intitulée «Le choc», est située au début des années 1920. Puis vient «Le grand voyage», qui se déroule de l’hiver 1922 au printemps 1923, et la troisième, titrée «Un an après», nous conduit en juin 1924.
Le choc dont il est question au début du livre, c’est celui que provoque l’arrivée d’une équipe de tournage américaine à Nahbès, cette ville imaginaire d’Afrique du Nord. Jusque là les rôles semblaient bien définis entre les «gentils colonisateurs» venus apporter prospérité et développement, civilisation et sécurité et les «gentils autochtones» prêts à accepter l’aide de ces blancs et à travailler pour eux, voire avec eux. C’est du moins l’opinion dominante au club des «Prépondérants», qui rassemble les plus aisés des colons et les autochtones. Seulement voilà, Hollywood-sur-Nahbès, c’est un peu le chien fou dans le jeu de quilles. Les belles règles établies jusque là vont voler en éclats. Les dollars et les «les rires et les cris trop libres de ces femmes d’outre-Atlantique» vont déstabiliser les Français avant de contaminer les Nord-Africains.
Les grands thèmes que sont le colonialisme et le droit à l’autodétermination, la place de la femme dans la société et notamment dans la société arabe, la montée des périls et la notion de progrès, y compris sur le plan politique son tici incarnés par une galerie de personnages particulièrement bien campés.
La première à entrer en scène est Rania, fille de Si Mabrouk, un grand bourgeois de la capitale. Cultivée, grande lectrice et curieuse de tout, elle entend s’émanciper des traditions séculaires. « Rania s’intéressait beaucoup à ce que faisait Kathryn, elle demandait à Gabrielle s’il était vrai que les Américaines avaient autant d’amants que leurs maris avaient de maîtresses. »
Face à elle, il y a Raouf, également fils de notable, qui va se chercher un avenir dans un nationalisme qui donnerait sa chance à tous. Même si cet engagement est avant tout rhétorique, car il lui faut d’abord conquérir le cœur de la belle actrice Kathryn Bishop. Du côté des progressistes on ajoutera Ganthier, un ancien officier, qui imagine un empire colonial de cent millions d’habitants, mais où chacun aurait les mêmes droits.
Une position qui hérisse la majorité des Prépondérants qui voient d’un très mauvais œil ce souffle de liberté, attachés qu’ils sont au respect des traditions et des valeurs : « Pagnon, Doly, Laganier, une demi-douzaine d’officiers, autant de fonctionnaires, beaucoup de colons, ainsi que des commerçants et artisans. »
La belle idée de l’auteur est de confronter à l’occasion d’un grand voyage – la seconde partie de l’ouvrage – quelques idées développées à Nahbès avec la réalité du terrain. Quand, par exemple, le groupe se rend en Allemagne en passant par l’Alsace et découvre à quoi peut ressembler un territoire dont l’occupant s’est retiré. Mais aussi combien le sentiment de revanche peut se développer auprès d’un peuple qui vit dans la misère et doit s’acquitter de réparations exorbitantes. Une époque charnière qui va annoncer les grands bouleversements à venir.
Rendons enfin à Hédi Kaddour une autre grande qualité, celle d’enrober ses pâtisseries d’un sucre fin, d’observations et d’anecdotes qui viennent enrichir la récit. L’histoire du stock d’huile ou de la chamelle en chaleur ou encore l’anecdote de la machine à écrire sans accents récupérée par l’administration française pour n’en citer que quelques vous amuseront autant que la description des tournages. Un régal !

Autres critiques
Babelio
Jeune Afrique (Jean-Sébastien Josset)
Libération (Frédérique Roussel)
Télérama (Gilles Heuré)
BibliObs (Grégoire Leménager)
L’Express (Alexandre Fillon)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)
Blog Tant qu’il y aura des livres (Ariane)
Site Wikipédia du roman

Extrait
« L’oncle n’avait pas été dupe, elle connaissait ce qu’elle tenait en main, la Lettre sur l’unicité, de Mohammed ‘Abduh, qui passait pour un athée… Il eut un vertige. Il fi t ouvrir les malles de sa nièce, il y trouva des romans égyptiens parlant de libération de la femme… la collection Hachette des grands écrivains, Rousseau, Hugo… et même un Cours de philosophie positive ! Sa nièce voulait en savoir plus que les hommes, ce n’était bon ni pour elle ni pour la famille. Il osa téléphoner à son frère. « C’est trop tard, lui dit Si Mabrouk, tu veux que je l’empêche de lire ? que je la batte ? que je l’enferme ? J’ai voulu avoir une petite fi lle merveilleuse, elle a grandi… Comment va ta femme ? » La conversation avait été longue, elle s’était conclue dans la froideur. L’oncle avait annoncé à sa femme que Rania faisait ses bagages, elle repartait dans la capitale. La tante n’avait rien dit, une femme ça se soumet. Mais son regard avait suffi à désarçonner son mari : le voile de la mort. On ne peut rien contre ce que la mort fait passer dans les yeux des femmes. On les en a toujours menacées, et depuis elle est là, agitant ses plis derrière le moindre de leurs actes de soumission. » (p. 14)

A propos de l’auteur
Hédi Kaddour est un poète et romancier français né à Tunis en 1945.Il est traducteur de l’anglais, l’allemand et l’arabe. Il a enseigné la littérature française et la dramaturgie à l’École normale supérieure de Lyon et l’écriture journalistique au Centre de formation des journalistes (CFJ) puis au Centre de formation des métiers de la presse (CFD).
En 2005 paraît son gros roman d’aventure, Waltenberg (Gallimard), 720 pages, qui plonge dans l’histoire passionnante des hommes et des lettres du XXe siècle.
Ce livre, qui mêle aventure et espionnage, abrite également une trame sentimentale teintée de mélancolie. Il a reçu le Goncourt du premier roman et a été classé «Meilleur roman français de l’année 2005» par le magazine Lire. (Source : Wikipédia)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Le printemps des barbares

LUSCHER_Le_printemps_des_barbares

Le printemps des barbares
Jonas Lüscher
Autrement
Roman
traduit de l’allemand (Suisse) par Tatjana Marwinski
193 p., 17,50 €
ISBN: 9782746742499
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Tunisie, à Sfax, Tunis puis dans un hôtel de luxe situé dans l’oasis de Tchoub. On y évoque aussi Londres, Liverpool et Guernesey, le Cap Nord, Zuffenhausen dans le sud de l’Allemagne et encore Schwäbisch-Hall, Fukuoka, Rome, Santa Fe, Helsinki, Bayreuth et Lucerne.

Quand?
L’action se situe dans un futur plus ou moins proche, selon que l’on accepte l’idée d’une faillite prochaine du système financier.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Il y avait eu des signes avant-coureurs la veille au soir, des barbares mais durant la nuit la situation s’était encore aggravée. Pendant que Preising dormait, l’Angleterre sombrait. »
Amateur de pantalons en velours et de mocassins rutilants, Preising n’a guère l’âme d’un aventurier. Dans un luxueux club au cœur du désert tunisien, le voici contraint de côtoyer une horde de traders londoniens venus célébrer un mariage dans une débauche d’alcool et d’argent. Au lendemain d’une nuit de fête, la panique se propage à la vitesse de l’éclair : la Grande-Bretagne aurait fait faillite. Soudain ruinés, les golden boys perdent toute retenue. Du maître-nageur aux dromadaires, nul n’échappe à leur folie destructrice.
Conte philosophique, roman de la crise économique, comédie de mœurs, Le Printemps des barbares est avant tout une formidable satire de notre époque.

Ce que j’en pense
***
Cette nouvelle voix de la littérature suisse alémanique est incontestablement à suivre. D’abord parce qu’elle aborde un thème qui n’est guère traité par les romanciers, celui que Viviane Forrester appelait il y a une dizaine d’années L’horreur économique et qui n’a sans doute pas cessé depuis de poursuivre sa course folle, ensuite parce qu’il situe son récit en Tunisie, ce qui lui permet de confronter deux univers, deux façons d’appréhender le monde et enfin parce qu’il nous donne l’occasion de constater que depuis les belles paroles des politiques quasiment rien n’a été fait pour éviter l’explosion d’une nouvelle bulle spéculative.
Nous voilà donc conviés à suivre cette explosion sur les pas d’un industriel suisse fortuné venu à la fois superviser ses investissements et profiter du confort d’un luxueux hôtel.
Quand il arrive sur place, il est quasiment contraint de participer à la grande fête qui se prépare, celle qui scellera l’union de Kelly Ibbotson et Marc Rajani Greyling. Le couple séjourne avec famille et amis et collègues, des Cityboys qui entendent profiter pleinement de l’occasion. Ils ne se doutent pas que pendant leurs excès d’alcool, de bonne chère et de sexe, la Grande-Bretagne se retrouve au bord du gouffre. Suite à la chute de la livre sterling et au défaut de paiement en cascade des banques, le Premier ministre britannique est contraint à annoncer la faillite de l’Etat.
Le télescopage de cette nouvelle avec les lendemains de fête à l’hôtel marque incontestablement le point d’orgue du roman. D’un côté on ramasse les bouteilles et les verres cassés dans les massifs de fleurs, on charge le vomi dans une brouette, on repêche un transat dans la piscine et de l’autre on assiste à des scènes de panique et de chaos. Quand, de part et d’autre on se rend compte qu’on est allé trop loin, on sent aussi qu’il sera impossible de revenir en arrière.
Jonas Lüscher sera pour les uns un oiseau de mauvais augure et pour les autres un Cassandre qui, comme le veut la légende, prédit bien l’avenir mais ne sera pas entendu. A tort ? Il ne faut peut-être pas prendre cette histoire trop à la légère.

Autres critiques
Babelio
Le Temps (Suisse)
Libération
Blog Des livres et de l’art

Extrait
« Prodanovic, bien que responsable de l’internement de Preising, n’était nullement son médecin de famille. Prodanovic était cet employé de Preising, jeune autrefois, toujours aussi brillant aujourd’hui, qui avait inventé le circuit CBC Wolfram, une pièce électronique sans laquelle aucune antenne-relais dans le monde ne pouvait remplir ses fonctions, sauvant ainsi de la faillite imminente la société en commandite, spécialisée dans la réception télévisuelle et les antennes terrestres, dont avait hérité Preising, et la catapultant à la pointe du marché pour circuits CBC.
Le père de Preising, qui avait eu le tact de retarder son décès juste assez pour laisser à son fils le temps de terminer des études de gestion – interrompues parce que Preising leur avait préféré une formation de chant d’un an et demi dans une école privée parisienne –, lui légua une usine d’antennes de télévision, avec trente-cinq employés à une époque où le câble avait déjà fait depuis longtemps son entrée dans les foyers. […] Grâce à Prodanovic, Preising était non seulement devenu un industriel fortuné, mais aussi le PDG d’une société forte de mille cinq cents employés avec des succursales sur cinq continents. » (p. 9-10)

A propos de l’auteur
Jonas Lüscher est né en Suisse en 1976. Diplômé de l’Ecole Supérieure de philosophie de Munich, il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Le Printemps des barbares, son premier roman, a reçu le prix Franz-Hessel en 2014. (Source : Editions Autrement)

Commandez le livre en ligne
Amazon

 

Mes livres sur Babelio.com