De la bombe

GOROKHOFF_De_la_bombe

En deux mots
Dans un hôtel de luxe d’Istanbul une jeune Française participe à un attentat puis prend la fuite. On la suit durant une cavale riche de rebondissements. On découvre aussi durant cette fuite la parcours qui l’a menée jusqu’à extrémité.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

De la bombe
Clarisse Gorokhoff
Éditions Gallimard
Roman
272 p., 17 €
EAN : 9782072723858
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en Turquie, principalement à Istanbul et environs. On y évoque aussi la France et le lieu-dit La Furetière au fin fond de la Vendée, lieu de villégiature ainsi que Paris. De Turquie, on ensuite sur les routes en direction de la péninsule de Gallipoli en passant par Kilitbahir, Tarabya et Urla puis, en traversant le détroit des Dardanelles jusqu’à Çanakkale. On y évoque aussi Kemer et Sofia, en Bulgarie.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un luxueux hôtel d’Istanbul, Ophélie a posé une bombe. Une bombe, elle rêve aussi d’en être une aux yeux de Sinan, cet amant qui n’a de cesse de la rabaisser. A-t-elle vraiment appuyé sur le détonateur? En tout cas, le monde a tremblé, et la jeune femme doit désormais se cacher.
Mais que fuit-elle vraiment? Sur les routes brûlantes qui longent la mer Égée, Ophélie se laisse emporter par les caprices d’un hasard burlesque. Confrontée au poids des morts et à la violence des vivants, elle a encore bien des rencontres à faire, des pièges à déjouer, des doutes à éclaircir.

Ce que j’en pense
L’hôtel Four Seasons Bosphorus d’Istanbul est sans doute l’un des établissements les plus luxueux de la capitale turque. C’est là qu’Ophélie, la narratrice de cet étonnant premier roman, passe le temps. « Au bord de cette piscine, j’en ai passé de heures, à regarder des nuages devenir des gueules d’animaux tordues avant de disparaître. »
Une oisiveté due au rôle dévolu à la jeune beauté française, rester au service de Sinan, un amant aussi riche que tyrannique. Les journées se passent entre la piscine et la chambre, entre alcool, drogue et sexe. Jusqu’au jour où Derya entre dans leur suite 432. La superbe servante va subjuguer le couple et se confier à Ophélie. Elle est kurde et marquée par une histoire faite d’errements, d’exils et de combats. Sa nouvelle amie a tôt fait de mettre à jour son projet : « Tu as une bombe en tête. Un détonateur dans le cœur. Tu veux venger tes frères et des sœurs kurdes, pas seulement ton aîné que la police torture et qui est peut-être mort sans que tu le saches. Et tu voudrais que je t’aide, mois que tu ne connais même pas. »
Depuis Horace on sait que «l’oisiveté est une dangereuse sirène qu’il faut éviter». Aussi ce parfum d’aventure et d’interdit autant que l’envie de prouver à Derya qu’elle n’est pas insensible à ses malheurs va lui faire accepter le rôle de poseuse de bombe. Munie de son sac à dos et coiffée d’une perruque blonde, elle pénètre dans l’hôtel. Mais la nervosité la gagne : « Moi qui voulait ressembler à Faye Dunaway en Bonnie, ou a B.B. période Gainsbourg – car après tout, toutes deux étaient des bombes –, j’ai plutôt l’air de Zézette qui aurait englouti trop de psychotropes… »
Si les choses ne se passent pas exactement comme prévu, la bombe explose tout de même, alors qu’Ophélie est en chemin vers l’un des appartements de Sinan. C’est ce dernier qui fera les frais de la tension qui est dans l’air. Ophélie tue son amant et se fait du même coup de nombreux amis, ceux qui ont eu à pâtir de cet impitoyable propriétaire d’un immense parc immobilier et sont reconnaissants de cette main vengeresse.
Commence alors une cavale riche en rebondissements, faite de rencontres incongrues et d’alliés de circonstances, Ozan le nouvel amant, Orta la routarde, le tout avec un cadavre qui pourrit dans le véhicule au fil des jours. Après avoir visité Istanbul mieux qu’avec un guide touristique – notamment le quartier de Tarlabaşi – on prend la route vers les Dardanelles. L’occasion pour Ophélie d’expliquer son enfance difficile, abandonnée une première à l’assistante publique, abandonnée une seconde fois dans les Jardins du Luxembourg… « chaque fois que je veux raconter cette histoire, elle m’épuise avant même que j’en rassemble les divers éléments. D’ailleurs c’est ce qui m’est le plus difficile : réunir les ficelles et les accessoires qui la composent, pour lui restituer sa chronologie ou, à défaut, un semblant de cohérence.»
Clarisse Gorokhoff parvient à nous faire aimer cette enfant perdue, pauvre petite fille riche. Et ce n’est pas là le seul tour de force de ce roman. Dans une France toujours en état d’urgence, on se prend, par exemple, à frissonner lorsque l’on comprend qu’il est somme toute très facile de faire un attentat, que ce quart d’heure de gloire n’a même pas besoin d’une solide motivation. Quand je vous disais que ce premier roman était étonnant !

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio
Page des libraires (Marc Rauscher)
Blog Le littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)

Entretien avec l’auteur (Gallimard)

Les premières pages du livre 

Extrait
« En faisant BOUM, la bombe deviendra mon curseur existentiel. Ici et maintenant, proclamera-t elle, commence le premier jour du reste de ta vie, Ophélie. Et je sentirai alors se propagera en moi le sang frais d’un cœur qui jusque-là palpitait à vide. Tout sera neuf, inédit, sans précédent. Le monde sera une donnée inconnue, un horizon frémissant. »

A propos de l’auteur
Jeune écrivain, Clarisse Gorokhoff a vécu plus de cinq années à Istanbul où elle a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable. Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours. (Source : huffingtonpost.fr/)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=207272385X&asins=207272385X&linkId=9d5d3bad2391ef7a6ae6129246572990&show_border=true&link_opens_in_new_window=false&price_color=333333&title_color=0066c0&bg_color=ffffff

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#delabombe #clarissegorokhoff #editionsgallimard #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #gallimard #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Là où tu iras j’irai

VAREILLE_La_ou_tu_iras_jirai

En deux mots
Quand Isabelle part en Italie pour jouer les baby-sitter dans une riche famille, elle connaît le rôle qu’elle doit jouer : séduire le maître de maison. Mais, à l’image de sa vie, elle devra se rendre compte que si le scénario est écrit, les surprises ne manquent pas. Ou comment, de catastrophe en catastrophe, on en arrive à un roman pétillant d’optimisme.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Là où tu iras j’irai
Marie Vareille
Éditions Mazarine
Roman
378 p., 17,90 €
EAN : 9782863744284
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en Italie, sur les bords du Lac de Côme.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice comparable à celle du Titanic : prometteuse en théorie, catastrophique en pratique.
Le jour où elle refuse la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, sous prétexte qu’elle ne veut pas d’enfant, elle se retrouve à la rue, avec pour toute fortune vingt-quatre euros sur son compte en banque. Elle est alors forcée d’accepter le seul travail qu’on lui propose : utiliser ses talents de comédienne pour séduire Jan Kozlowski, un jeune veuf sur le point de se remarier.
La voilà donc partie en Italie, dans la maison de vacances de la richissime et déjantée famille Kozlowski. Seule ombre aux deux semaines de dolce vita qui se profilent : pour exécuter en toute discrétion sa mission « séduction », Isabelle devra jouer le rôle de l’irréprochable nanny anglaise de Nicolas, 8 ans, qui n’a pas prononcé un seul mot depuis la mort de sa mère cinq ans plus tôt. Isabelle est bien loin d’imaginer à quel point cette rencontre improbable avec ce petit garçon blessé par la vie va bouleverser sa vision du monde.
Une comédie pétillante, pleine d’humour et d’émotions.

Ce que j’en pense
Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, j’ai lu du Chick-lit sans le savoir. Pour ceux qui comme moi n’ont pas encore les codes de ce genre, Marie Vareille a choisi d’expliquer ce genre littéraire sur le blog créé pour la circonstance. Le chick-lit est donc «un sous-genre de la comédie romantique. Littéralement « écriture de poulette » en anglais, elle désigne un courant littéraire visant un public féminin. L’expression apparaît dans les années 1990, on la définit alors comme « fiction post-féministe », « féminisme nouvelle vague ». Les romans chick-lit mettent en scène des héroïnes de tous les jours, souvent âgées plus ou moins d’une trentaine d’années, des filles comme vous et moi qui se débattent désespérément dans un quotidien cruel semé d’embûches pour trouver leur vraie vocation et le Prince Charmant, généralement en buvant des Mojitos avec leurs copines et en courant de catastrophe amoureuse en cataclysme professionnel. »
Voici donc une pétillante illustration de ce concept, dans la lignée de glorieux précurseurs, tels que Le Journal de Bridget Jones.
Le roman s’ouvre sur une scène de rupture originale, puisqu’elle va être provoquée par trop d’amour. Quentin veut épouser Isabelle et fonder une famille, mais Isabelle a trop peur de s’engager et préfère fuir, même s’il ne lui reste que quelques euros, sa carrière – prometteuse – d’actrice n’ayant jamais vraiment décollé.
Aussi n’a-t-elle guère le choix quand on lui propose de prouver son talent en endossant le rôle d’une baby-sitter chargé de séduire Jan Kozlowski, le célèbre réalisateur qui, après des essais prometteurs, lui a refusé un rôle dans l’un de ses films. La vengeance étant un plat qui se mange froid, elle part pour les bords du Lac de Côme dans une splendide villa. Le cadre idyllique ne va cependant pas lui assurer un séjour de tout repos, car Adriana, Zoé et Nicolas entendent bien pourrir la vie de leur nouvelle gardienne. Et dans cette famille pas vraiment unie, ce n’est pas Valentina, grand-mère et sorte de gouvernante en chef, qui va lui faciliter la tâche. Il est vrai qu’elle a des raisons de se méfier de cette soi-disant diplômée de la meilleure école de nannys anglaise.
Marie Vareille se régale – et nous régale – en imaginant la succession des épisodes de ce séjour où chacun des acteurs va tenter de jouer sa partition, provoquant une joyeuse cacophonie. C’est drôle et riche de rebondissements, quitte à laisser la crédibilité de l’ensemble un peu de côté. Mais on pardonne volontiers ce petit défaut à l’auteur qui compense les invraisemblances par une belle énergie qui nous emporte vers une fin que l’on sait heureuse et que l’on finit par espérer tant on s’est attaché aux personnages qui, au fil des pages, ont pris de la densité et sont devenus des compagnons de plus en plus attachants.
Un roman gai, qui n’a sans doute pas d’autre prétention que de vous faire passer un bon moment, de vous divertir et de vous redonner le moral. Mission parfaitement accomplie!

Autres critiques
Babelio
ELLE
Le blog d’eirenamg
Blog Mille et une frasques
Blog Chez Clarabel

Les premières pages du livre


Bande-Annonce du roman feel-good « Là où tu iras, j’irai » de Marie Vareille.

Extrait
« Quentin ? Des enfants ? Il avait évoqué le sujet à quelques reprises, mais jamais Isabelle n’avait pensé qu’il était sérieux. Mal à l’aise, elle tira de nouveau sur le joint.
– On n’en est pas là de toute façon.
– Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Cinq ans ?
– Mais non… Ça fait… (Isabelle calcula sur ses doigts.) Ah oui, cinq ans, réalisa-t-elle, surprise.
– Crois-moi, c’est le genre de conversation qu’il vaut mieux avoir maintenant que dans trois ans.
– Mais tu crois vraiment qu’il en veut ? On vient d’acheter un chien…
Alexandre ouvrit un Twix et ne put s’empêcher de rire en voyant la tête ébahie de son amie.
– Mais enfin, Isabelle, tout le monde veut des enfants.
Par la fenêtre, Isabelle observa longuement Quentin et, sans prévenir, comme un rhume au mois d’août, la culpabilité la prit à la gorge.
– Non, pas moi, murmura-t-elle. »

A propos de l’auteur
Âgée de 31 ans, Marie Vareille a eu son premier coup de foudre à six ans et demi, le jour où elle a lu un roman pour la première fois. Diplômée en management de l’ESCP-Europe et de l’université de Cornell aux Etats-Unis, elle n’a pas pour autant oublié son amour des histoires et travaille quotidiennement à accomplir sa vraie vocation : rêveuse professionnelle. Écrivain un brin geek et accro à son smartphone, elle fait aussi de la communication sur le web.
Elle est l’auteur de deux comédies romantiques, Ma vie, mon ex et autres calamités (City Editions, 2014) et Je peux très bien me passer de toi (Charleston, 2015) qui a obtenu le prix Confidentielles et d’un roman jeunesse, Elia, la passeuse d’âmes (Pocket Jeunesse, 2016), couronné par le Prix du meilleur roman jeunesse du Parisien. Là où tu iras j’irai est son quatrième roman. (Source : Éditions Mazarine/ Amazon)

Site internet de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=2863744283&asins=2863744283&linkId=a2734899b68f2a0238431b7b89070b80&show_border=true&link_opens_in_new_window=false&price_color=333333&title_color=0066c0&bg_color=ffffff

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#laoutuirasjirai #marievareille #editionsmazarine #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Ressentiments distingués

CARLIER_Ressentiments_distingues

En deux mots
Un corbeau jette son dévolu sur les habitants d’une petite île. Une lettre anonyme après l’autre sème l’émoi dans la population et entraîne une enquête mêlée de suspicion généralisée et de révélations gênantes. Fini la quiétude, bonjour l’angoisse!

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ressentiments distingués
Christophe Carlier
Éditions Phébus
Roman
176 p., 16 €
EAN : 9782752910837
Paru en janvier 2017
Sélectionné pour le Prix Charles Exbrayat 2017 et pour le Prix Orange du livre 2017

Où?
Le roman se déroule sur une île qui n’est pas précisément située.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur l’île, le facteur ne distribue plus de lettres d’amour. Mais des missives anonymes et malveillantes qui salissent les boîtes aux lettres.
Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? Irène, la solitaire ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Émilie, Marie-Lucie ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Et l’inquiétude s’accroît. Jusqu’où ira cet oiseau maléfique ?
Avec L’assassin à la pomme verte, Christophe Carlier avait séduit les amateurs de polars sophistiqués. Il nous offre ici une réjouissante histoire de rancœurs, pleine de sel et vent.

Ce que j’en pense
Après L’assassin à la pomme verte, revoici Christophe Carlier dans lancé dans une nouvelle intrigue qui met cette fois aux prises les habitants d’une petite île et un corbeau qui a décidé de troubler leur quotidien à coup de lettres anonymes. Si la première missive choque, elle est pourtant prise pour une mauvaise plaisanterie.
Mais au fil des jours et avec l’arrivée d’autres courriers énigmatiques, c’est tout le microcosme qui s’excite. Au bar de La Marine, on laisse tomber les avis de tempête et les niveaux de marée pour cette affaire autrement plus sérieuse : « L’existence d’un corbeau était un fruit autrement plus savoureux. On mordit dedans avec appétit. »
Gabriel, Valérie, René et les autres vont très vite devenir des obsédés du scénario noir, des hypothèses de plus en plus tordues, de conjectures dans lesquelles ils vont se perdre. Car si sur le continent, à force d’avancer, on aboutit parfois, sur une île on ne peut guère que tourner en rond : « On s’envoie des cartes par désœuvrement, par lassitude, pour débusquer l’inavouable. Chacun songe aux secrets de familles, aux liaisons douces et maudites, aux penchants inavoués, que le temps finit parfois par mettre au jour. »
L’auteur sait, chapitre après chapitre, comment faire monter la tension, emmener le lecteur sur des chemins de traverse et distiller de petits indices. Il a aussi l’art d’accommoder son scénario de quelques trouvailles assez savoureuses, à l’image de cette initiative d’Émilie qui choisit la technique du contre-feu. Face au vilain corbeau, elle décide «de devenir la bonne corneille. Vous verrez que dans quelques temps, on parlera beaucoup plus de moi que de lui.» Ou encore cette lettre de vœux somme toute banale, mais qui sème toutefois la peur, car elle est signée: «Il s’agissait de Carole, une jeune femme qui était née sur l’île, qui y avait grandi et qui s’était noyée deux ans plus tôt. »
Le ton devient du coup plus dramatique. Un enquêteur est dépêché sur place pour faire la lumière sur cette sombre histoire. À La Marine, les visages s’allongent, les mines se crispent. « Depuis que la première carte a été envoyée, l’île a changé. Les falaises se sont acérées, les flots sont plus violents, le vent se plaint, la nuit, avec des sanglots humains. »
Jusqu’au dénouement, on suivra cette métamorphose avec attention. Si les amateurs d’enquête policière et d’énigmes savamment construites resteront sur leur faim, il en ira bien différemment de ceux qui aiment sonder la psychologie des personnages. La semeuse de scrupules, la tourmenteuse de consciences, la moraliste perverse enveloppe toute l’île… « Son manteau s’étend d’une falaise à l’autre, fluide, cape d’encre aux noirs replis. »
Une belle réussite !

Autres critiques
Babelio 
Traversées (Nadine Doyen)
Page des libraires (Charlyne Drouhard)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire 
Blog Encres Vagabondes (Brigitte Aubonnet)
Blog Lire au lit
Blog Bob Polar express 
Blog Booquin 


Présentation du livre par l’auteur – Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre

Extrait
« La première enveloppe arriva le 13 octobre, qui ne tombait pas un vendredi. Elle ne constitua un événement que pour Théodore, qui vivait seul et ne recevait jamais de courrier. Imaginant qu’elle contenait une bonne nouvelle, il l’ouvrit avec curiosité et en tira une carte postale au dos de laquelle figuraient deux phrases.
Les ayant parcourues, il déchira ce courrier malencontreux, de sorte qu’aucun de ses proches n’en soupçonna l’existence. On ne parle pas de ce genre d’envoi. Interrogé, Théodore aurait nié l’avoir reçu, mais il passa des heures à se demander qui en était l’auteur. »

A propos de l’auteur
Christophe Carlier a reçu, entre autres, pour L’Assassin à la pomme verte le prix du premier roman 2012. Il a publié en 2013 un livre sur les dessins de Sempé, en forme d’hommage (Happé par Sempé, Serge Safran éditeur). Son second roman, L’Euphorie des places de marché (Serge Safran éditeur), est paru en 2014. Après avoir travaillé dix ans à l’Académie française, il a consacré un livre aux lettres que les candidats ont adressées à l’institution pendant plus de quatre siècles (Lettres à l’Académie française, Les Arènes, 2010). (Source : Éditions Phébus)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=2752910835&asins=2752910835&linkId=link_id&show_border=showServedBorder&link_opens_in_new_window=openInNewWindow&price_color=servedPriceColor&title_color=servedTitleColor&bg_color=servedBGColor

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#christophecarlier #ressentimentsdistingues #editionsphebus #phebus #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Tant que dure ta colère

LARSSON_Tant_que_dure_ta_colere

En deux mots
Enquêtant sur la disparition de deux plongeurs au nord de la Suède, la procureure Rebecka Martinssson va mettre la main sur les assassins et ce faisant, découvrir un épisode resté enfoui de la Seconde guerre mondiale.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Tant que dure ta colère
Ǻsa Larsson
Albin Michel
Thriller
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
336 p., 20 €
ISBN: 9782226323996
Paru en septembre 2016

Où?
L’action se déroule au Nord de la Suède, dans la région de Kiruna, à Pirttilahti,Tervaskoski, Piilijärvi, Vittangi, Saarisuanto, Kurravaara, Fjällnäs, Puoltsa, Luleå ou Kilpisjärvivägen, Boden, Torneträsk, Sävast. Stockholm et Narvik sont également mentionnés.

Quand?
Ce roman se déroule de nos jours, mais revient sur des épisodes qui se sont déroulés durant la Seconde guerre mondiale et les années qui ont suivi, notamment en août 1943 et le 17 juin 1956.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le corps d’une femme repêché dans une rivière à la fonte des neiges au nord de la Suède. Une procureure au sommeil hanté par la vision d’une silhouette accusatrice.
Des rumeurs concernant la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand au-dessus de la région de Kiruna. Une population locale qui préfère ne pas se souvenir de sa collaboration avec les Nazis durant la guerre. Sur les rives battues par le vent d’un lac gelé rode un tueur prêt à tout pour que le passé reste enterré sous un demi-siècle de neige et de glace…
Un thriller psychologique complexe et plein de rebondissements. La nouvelle enquête de Rebecka Martinsson.

Ce que j’en pense
« Je me souviens comment nous sommes morts. Je me souviens et je sais. C’est ainsi désormais : je sais certaines choses même si je n’y étais pas. Mais je ne sais pas tout, loin de là. Il n’y a pas de règles. Les gens, par exemple : parfois ce sont des pièces ouvertes où je peux entrer. Parfois ils sont fermés. Le temps n’existe pas. Il est comme balayé. L’hiver est arrivé sans neige. Il a gelé dès septembre, mais la neige a tardé. C’était le 9 octobre. L’air était froid, le ciel très bleu. Un de ces jours qu’on aimerait verser dans un verre et boire. J’avais dix-sept ans. Si j’étais encore en vie, j’en aurais dix-huit aujourd’hui. Simon en avait presque dix-neuf. »
On l’aura compris. La première originalité de ce thriller est de confier la narration à l’une des victimes, Wilma Persson, partie plonger avec son ami Simon Kyrö au lac Vittangijärvi. Sportifs aguerris, ils ne craignent pas la couche de glace et creusent un trou pour partir à la recherche d’une épave: « Là-dessous, il y avait un avion. Et nous étions les seuls à la savoir. Du moins, c’est ce que nous pensions. »
À l’aide d’une porte, leur assassin va les empêcher de remonter et leur offrir une fin particulièrement atroce.
Plusieurs mois après le meurtre, l’esprit de Wilma «voit» les gens s’agiter : « Je regarde l’homme qui me trouve. Il vomit dans la neige fraîche. Il compose le 112 et se dit que jamais plus il ne boira l’eau de la rivière. »
L’enquête est confiée à la procureure Rebecka Martinssson et à l’inspecteur Anna-Maria Mella. L’appel à témoins n’ayant pas eu le résultat escompté, elles décident de se rendre sur les lieux, d’interroger tous les voisins – peu nombreux – ainsi que les membres de la famille et ne tardent pas à soupçonner les frères Krekula, dont la réputation va bien au-delà du cercle de la commune. Car Tore et Hjalmar sont les fils d’Isak, devenu subitement riche pendant la Seconde guerre mondiale avec son entreprise de transports. Et n’ont aucune envie que la police ne vienne mettre le nez dans leurs affaires. Mais leurs menaces auront l’effet contraire à celui escompté: « ils ont cherché à m’intimider parce qu’ils savent quelque chose ou sont mêlés à cette affaire »
S’ils sont peu nombreux, les témoignages vont petit à petit livrer des bribes d’histoires. Les deux plongeurs ne seraient-ils pas morts à cause de la cargaison que transportait cet avion ? Le couple de retraités sauvagement assassiné par des soi-disant rôdeurs a-t-il un lien avec les frères Krekula ? Entre trahison et collaboration, n’y a-t-il pas un règlement de comptes entre les mouvements de résistance et les soutiens au régime nazi ?
En creusant la personnalité de Hjalmar et Tore, en découvrant cet épisode de juin 1956 qui les a à jamais marqués, Rebecka va faire un grand pas vers la résolution de l’énigme, cachée derrière deux versets du livre de Job: « Oh ! si tu m’abritais dans le séjour des morts, si tu m’y cachais, tant que dure ta colère… »
Après Stieg Larsson et Lars Kepler, je vous propose de découvrir avec Ǻsa Larsson
une autre représentante, diablement efficace, du thriller scandinave.

Autres critiques
Babelio 
L’Express (Sandra Benedetti)
Blog À propos de livres 

Les premières pages

À propos de l’auteur
Ǻsa Larsson a grandi à Kiruna, 145 km au-dessus du cercle polaire Arctique, où se déroulent ses romans. Avocate comme son héroïne, elle se consacre désormais à l’écriture. Les cinq tomes de la série autour de Rebecka Martinsson sont en cours de traduction dans 30 pays. (Source : Editions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur https://fr.wikipedia.org/wiki/Åsa_Larsson

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#tantqueduretacolere #asalarsson #editionsalbinmichel #albinmichel #RL2016 #thriller #rentreelitteraire #roman

Sans Véronique

dreyfus_sans_veronique

En deux mots
Véronique, l’épouse de Bernard, est l’une des victimes de l’attentat terroriste de Sousse. Après la sidération, le mari veut comprendre et qui sait, se venger.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Sans Véronique
Arthur Dreyfus
Éditions Gallimard
Roman
256 p., 19,50 €
EAN : 9782072688874
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, puis en Tunisie et Lybie et enfin en Turquie et Irak. En France, on passe par Paris, Thomery, Chailly-en-Bière, Perthes, Tremblay-en-France, Roissy, Villepinte, Villeparisis, Courty, Vaujours et Sevran.
En Tunisie, les villes de Tunis, Kairouan, Gaâfour, Port El-Kantaoui et Sousse sont mentionnées. En Lybie, la ville côtière de Sabratha abrite un camp d’entrainement. Après un atterrissage à Istanbul, la route conduira en Irak jusqu’à Alep et aux alentours.

Quand?
L’action se situe autour de la date du 26 juin 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Plusieurs secondes ont passé, durant lesquelles Bernard s’est efforcé d’ordonner les mots qu’il venait d’entendre, et qui s’enchevêtraient dans son esprit : Sousse, la Tunisie, un attentat, ce matin, Véronique – tout cela n’avait aucun sens, Monsieur, vous m’entendez? a articulé la voix, tandis que, de l’autre côté, Bernard se mettait à trembler, écrasant sa main gauche sur la tablette du téléphone, ici les chiens, qui avaient perçu son état, se sont approchés, avant qu’une phrase enfin s’échappe de sa bouche : Qu’est-ce qui est arrivé à ma femme?»

Ce que j’en pense
Méfiez-vous des écrivains. Ils peuvent faire leur miel d’une situation banale et, sans le savoir, vous vous retrouvez au cœur d’un roman passionnant. À entendre Arthur Dreyfus, venu présenter son nouveau livre la semaine passée à Mulhouse, la scène d’ouverture de Sans Véronique s’est déroulée exactement telle que décrite : assis dans le métro, il croise le regard d’un couple au moment où le mari et la femme se quittent. Ils sont à l’âge de la retraite, mais leur amour ne semble pas usé. Dans leurs gestes, dans leur attitude, on sent l’affection qu’ils se portent.
Ils s’appellent Véronique et Bernard. Elle est caissière à Intermarché, il est plombier. Sils se retrouvent sur la ligne 11, c’est parce que Véronique part pour la Tunisie. Ses patrons lui ont offert une semaine en Tunisie, «ça ne valait sans doute pas une fortune à l’échelle d’Intermarché, mais ils l’avaient fait, c’était important de retenir la gentillesse, avait souligné Véronique, parce que c’est pas tous les jours.»
Huit jours, cela passe vite. Mais en rentrant chez lui, Bernard a immédiatement senti le vide, cherché à le compenser en «s’occupant». Pas avec sa maquette de train miniature, mais en allant se promener du côté des prostituées. À son retour, il constate que son épouse et sa fille Alexia ont cherché à le joindre et que ses deux heures d’absence ont déjà semé un vent de panique, sa fille s’apprêtant même à signaler sa disparition à la police.
Le temps de rassurer tout le monde, il se seul chez lui, entouré de ses chiens. Il fait le constat amer que la voix, la présence de Véronique lui manque. Aussi est-il déjà psychologiquement fragilisé quand le Ministère des Affaires étrangères l’appelle pour lui apprendre dans ce jargon diplomatique que sa femme figure parmi les victimes de l’attentat qui vient d’être perpétré en Tunisie.
Tout s’effondre. Après l’incrédulité, il faut bien se rendre à l’évidence, suivre le policier venu l’escorter jusqu’à la cellule de crise du quai d’Orsay. Se retrouver avec les autres familles, avec Alexia, avec cette douleur d’autant plus incompréhensible qu’elle frappe la plus innocente des victimes.
Arthur Dreyfus divise alors son roman en deux, nous offrant de suivre ces deux trajectoires qui n’auraient jamais dû se rencontrer, celle de Véronique et celle de Seifeddine. Le jeune tunisien qui rêvait d’un avenir meilleur et qui, comme son frère, travaille bien à l’école, rêve de liberté, d’un «océan de désirs». Ses professeurs le voient déjà ingénieur, il fait la connaissance de Sophie, une étudiante Belge spécialiste du pilotage des réseaux industriels avec laquelle il goûte à l’amour et échafaude des rêves d’avenir.
Mais alors comment va-t-il basculer dans le terrorisme ? À cette question cruciale, on serait tenté de répondre Inch’Allah, tant les circonstances qui font basculer un jeune vers le terrorisme tiennent – dans ce cas-ci – du destin et de circonstances fortuites. Le frère de Seifeddine est foudroyé lors d’un orage, ce qui entraîne un fort traumatisme et une remise en cause de sa manière de vivre. Ajoutons un refus de visa pour la Belgique et on y trouvera le ferment d’une révolte attisée d’une part par un sentiment de trahison, car Sophie ne lui répond plus, et d’autre part par les «amis» de la mosquée qui sentent le jeune homme prêt à devenir le prochain martyr de leur cause. Son professeur de mathématiques et son père vont bien essayer de le raisonner, mais déjà Seifeddine est «hors de portée», prêt à « frapper l’Occident dans son cœur, là où on insultait le plus effrontément la culture musulmane, dans un hôtel pour Blancs, une station balnéaire où les femmes se dénudaient, où les Tunisiens étaient réduits en esclavage, témoins forcés d’actes de mécréance ».
La grande force du roman tient dans le parallèle fait par l’auteur entre cette dérive et celle de Bernard, lui aussi est bientôt «hors de portée». Après la prostration, l’hébétude, vient cette envie d’agir qu’il va assouvir en prenant un billet pour la Turquie et de là partir se venger en Syrie.
Bien loin de toute propagande ou d’une démonstration manichéenne, Arthur Dreyfus met le doigt sur le point le plus sensible… et ne nous laisse guère d’illusions sur l’évolution du conflit. La violence va continuer d’entraîner la violence. Le terrorisme va perdurer. Cette tragédie contemporaine est éclairante.

Autres critiques
Babelio 
Arte (Lionel Jullien)

Les premières pages du livre 

Extrait
« La dernière fois qu’il l’a vue vivante, c’était dans le métro parisien, quelques secondes après la fermeture des portes à l’arrêt République ; un garçon de vingt ans assis face à eux les a observés se dire au revoir, il a été touché par leur affection imperceptible et, bien qu’il fût monté à la station précédente, il avait compris avant le moindre échange de paroles, de regards, que ces deux-là formaient un couple – son intuition était due, estimait-il, à leur apparence : on s’approchait de Beaubourg, de l’Hôtel de Ville, après les arrêts Jourdain, Goncourt, et Belleville; la plupart des voyageurs connaissaient la mode, une jeune femme à la frange parfaite et chatoyante avait inscrit sur son sac en toile my chanel is at home, il y avait aussi un garçon africain aux cheveux rasés d’une façon très stylisée, dont la chemise était boutonnée jusqu’au col, qui écoutait une musique au tempo lent, il y avait deux adolescentes vêtues de leggings roses et parées »

A propos de l’auteur
Arthur Dreyfus est scénariste et réalisateur. Il est le fils de l’écrivain Isabelle Kauffmann. Il a obtenu le Prix du jeune écrivain 2009 pour sa nouvelle « Il déserte » (Buchet-Chastel). La Synthèse du Camphre, son premier roman, est édité chez Gallimard.
En 2012, est sorti son deuxième roman, toujours chez Gallimard, Belle-famille, roman inspiré par l’affaire de la disparition de Madeleine McCann. Le livre reçoit le Prix Orange du livre 2012. Pendant quelques mois à partir de janvier 2012, Arthur Dreyfus présente une chronique hebdomadaire décalée dans l’émission culturelle de France 2, « Avant-premières ».
L’auteur est l’un des parrains de l’association Bibliothèques sans frontières.
Il vit et travaille à Paris. (source: Babelio)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Cannibales

jauffret_cannibales

Cannibales
Régis Jauffret
Éditions du Seuil
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782021309959
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, entre Paris Cabourg et Le Havre, avec des détours par Menton et Nantes. Les villes de San Francisco et Ocean Beach y sont également évoquées.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey.
Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a donné à son fils le prénom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, mort accidentellement avant son mariage. Noémie est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal tandis que Geoffrey s’efforce sans succès d’oublier cette amante qu’il a adorée.
Un sauvage roman d’amour.

Ce que j’en pense
****
Depuis Les liaisons dangereuses, et bien plus modestement depuis Liaisons, qui entendait rendre hommage à son merveilleux précurseur, le roman épistolaire a été très négligé. Je trouve cela fort dommage car ce genre offre à l’auteur un mode de narration qui permet de dévoiler au fur et à mesure le caractère des personnages et les détails de l’intrigue, tout en étant contraint de laisser dans l’ombre bien des pièces de son puzzle et d’entretenir ainsi le mystère. Rendons par conséquent grâce à Régis Jauffret pour avoir brillamment écrit toutes ces lettres.
Ajoutons que pour tous ceux qui trouveront le procédé quelque peu désuet, il s’agit ici de déjouer les risques de piraterie informatique dont Noémie, l’une des principales protagonistes à été victime, et sans doute aussi de jouer avec le temps nécessaire à l’envoi desdites missives.
Noémie prend donc la plume pour s’adresser à sa belle-mère, car elle entend s’expliquer sur sa séparation avec Geoffrey, le fils de cette dernière. La réponse est cinglante et aurait pu conduire à l’interruption de cette correspondance : « Gardez donc votre famille. À petites gorgées, buvez jusqu’à la lie la honte d’en être et d’avoir gâché la chance que vous aviez de faire partie de la nôtre, si Geoffrey était un jour assez sot pour vous offrir le mariage. »
Mais Noémie et Jeanne, les deux correspondantes, ont un caractère bien trempé et n’entendent pas en rester là. Elles vont continuer à s’expliquer, vont se rencontrer et si bien aplanir leurs différends qu’elles vont s’allier et ourdir un plan diabolique qui consiste à se débarrasser de cet importun, qui « éprouve un profond dégoût » pour les femmes, en le… mangeant.
Toutefois, à peine élaboré, ce plan se heurte à la susceptibilité de Jeanne, qui ne supporte pas de voir Noémie mettre son amie d’enfance, Marie-Bérangère d’Aubane, dans la confidence. Mais le désir de vengeance des femmes bafouées reprendra vite le dessus. Les détails de l’assassinat sont élaborés : « Nous louerons une maison de campagne pour l’apprêter. Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l’aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d’un feu de sarments de vigne et de bois d’olivier. Nous pilerons ses os dans un mortier afin de pouvoir nous repaître de sa moelle montée en mousseline avec un kilo de bon beurre. »
L’exaltation joyeuse, le joli scénario et «le fantasme enfoui de beaucoup de mères. Ingurgiter ce que nous avons un jour expulsé, rendre à la nature le fruit de nos entrailles. » va toutefois devoir se confronter à la réalité du terrain. Je ne dirai pas ici jusqu’où cette quête quasi mythique va nous conduire, mais je ne peux m’empêcher de vous révéler que, contrairement aux apparences, Cannibales est une très joli roman d’amour, dont j’emprunte à Jérôme Garcin la formule qui le résume le mieux: «Savoureux de férocité, onctueux de préciosité et délicieux d’absurdité.»

Autres critiques
Babelio 
Le Temps (Eléonore Sulser)
BibliObs (Jérôme Garcin)
La règle du jeu (Christine Bini)
20 minutes (Laurent Bainier)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Causeur.fr (Marie Céhère)
Benzine mag (Delphine Blanchard)
Blog Sur la route de Jostein

Le premier chapitre du livre 

Extrait
« Un dernier mot, aimez. L’amour est une picoterie, une démangeaison dont on ne saura jamais si le plaisir du soulagement que nous procure la caresse de l’amant vaut les désagréments de son incessant prurit. Mais faute de contracter ce mal, on ne connaît jamais le plaisir indicible de voir ses symptômes devenus sous les baisers, les profonds regards, dans l’étreinte, la cause originelle du paroxysme
du bonheur dont le paradis est une contrefaçon.
Je vous souhaite la rédemption et le meilleur de la vie. » (p. 20)

A propos de l’auteur
Régis Jauffret est l’auteur de nombreux romans, parmi lesquels Microfictions, Sévère, Claustria, La Ballade de Rikers Island et Bravo. (Source : Éditions du Seuil)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#RL2016 #regisjauffret #cannibales #editionsduseuil #rentreelitteraire #roman

Garde-corps

martin_garde_corps68_premieres_fois_Logo

Garde-corps
Virginie Martin
Lemieux éditeur
Roman
176 p., 15 €
EAN : 9782373440737
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec des épisodes situés dans le Vaucluse, à Carnavat ainsi qu’en montagne, à Villons-sur-Alpes et sur la Côte d’azur, à Cannes et Saint-Tropez, sans oublier le Nord, à Beaume-lès-Douai. On croisera aussi des connaissances à San Francisco, Venice Beach, Los Angeles, New York, Genève, Oxford.

Quand?
L’action se situe de 1976 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Carnavet, début des années 1980.
Gabrielle Clair, à peine entrée dans l’adolescence, est violée par un élève de son collège. Dès lors, elle se forge un masque de fer pour transcender ce drame, et se jure de quitter cette province devenue trop étouffante.
Paris, fin des années 2000.
Gabrielle Clair, ministre, mène sa carrière avec talent. Brillante, elle passe sous les fourches caudines du pouvoir, affrontant la ¬condescendance et le machisme ordinaire. Jusqu’au jour où son chemin recroise celui de son violeur…
Des pierres sèches du Vaucluse aux ors des palais de la République, on suit le parcours de ce personnage ambigu, dans un récit mêlant sexisme et politique. Qui domine ? Qui est dominé ? Tout ¬n’est que rapport de force, et la morale n’est pas toujours au rendez-vous.

Ce que j’en pense
****
« Je suis dans ma berline de ministre… J’adore dire et redire cette phrase… Je suis dans ma berline de ministre et je vais rejoindre le Conseil des ministres. Dorures, ors, fastes, protocole, journalistes, ça monte à la tête même quand on ne le veut pas ; c’est mieux que la cocaïne, mieux que l’ecstasy ; c’est comme réussie à l’ENA tous les jours, ou son bac, ou son permis de conduire. » Quand on suit un peu les joutes politiques, on imagine très bien ce que peut ressentir une personne qui vient d’atteindre ce sommet. L’engagement, les renoncements mais aussi les trahisons, les couleuvres qu’il aura fallu avaler, les compromissions et autres petits arrangements afférents à cette conquête du pouvoir.
Si Gabrielle Clair n’échappe pas à la règle, c’est qu’elle a fait du chemin depuis sa jeunesse dans le Vaucluse. Jeune fille brillante à l’école, sprinteuse qui s’entraîne pour le 4 x 100 mètres, elle va vivre un épisode traumatisant, un viol raconté aussi crûment qu’il s’est déroulé. Un crime qui sera sanctionné d’une double peine pour la victime, puisqu’elle ne peut au yeux de beaucoup de ses camarades d’école, qu’avoir été consentante. C’est du reste inscrit au marqueur noir sur le mur du fond de son collège : «Gabrielle la pute». Quant aux parents, cela fait bien longtemps qu’ils ne se préoccupent plus d’elle. Qu’ils l’ont quasiment reléguée au rang de potiche, préférant se critiquer l’un l’autre. D’un côté le rustre «made in Vaucluse» qui n’a de passion que pour son vin, de l’autre une bourgeoise bohème qui entend jouir en toute liberté. « Je les regarde et je me demande pourquoi je suis arrivée dans leur vie. »
Elle va donc choisir elle même sa voie. Au lycée, elle élaborera un plan «pour se casser de ce bled pourri » non s’être au préalable un peu distraite en choisissant de rendre dingo vingt-quatre beaux gosses, en les séduisant puis en les oubliant tout aussi vite. Avec Purple, une amie bien déjantée, elle va partager l’avancée de son projet. Sans états d’âme et avec une méticulosité d’un cynisme glaçant. Ce faisant, elle se prépare sans doute mieux qu’avec sa formation Sciences Po puis à l’ENA, aux dures lois de la politique. Au sein des Palais de la République, elle ne va pas tarder à comprendre qu’elle est utilisée, que son travail est d’autant plus apprécié qu’il ne vient pas faire de l’ombre aux ambitions de ses supérieurs ou collègues. Et que dans ce panier de crabes, c’est bien à celui qui écartera tous les prétendants de sa route que viendra l’honneur d’accéder aux plus hautes fonctions.
La nouvelle ministre du travail excelle et le sait. C’est tout juste si tique un peu en reconnaissant le chauffeur qui lui a été octroyé, venu du Vaucluse comme elle : Patrick, son agresseur. « Ce chauffeur-violeur-de-petite-fille. Je sais que j’ai réussi mes combats en partie grâce à des monstres comme lui. C’est toute l’ironie de l’histoire. Moi, je suis en train d’y rentrer dans l’Histoire. »
Vous n’aurez sans doute aucune peine à découvrir ce qu’il adviendra de Patrick et comment le roman va basculer dans un sombre polar, car l’envie de suivre la carrière de Gabrielle ne vous quittera pas de sitôt. Ce roman est dur mais aussi parfaitement lucide, à la fois sur la place et le rôle des femmes en politique. Un roman auquel vous penserez forcément en suivant la bataille pour l’élection présidentielle en France. Un roman dont la vertu première est de vous ouvrir les yeux sur un univers vraiment aussi impitoyable qu’on l’imagine, loin des clichés. Et tant pis si les âmes sensibles se sentent mal à l’aise avec cette violence.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog T Livres T Arts 
Blog Les lectures de Martine

Autres critiques
Babelio 
Wukali (Émile Cougut)
Blog Reading love time 

Extrait
« Mon école se fissure de l’intérieur. La traversée de la cour semble durer des heures…disparaître, me cacher, m’envoler, m’éclipser, retrouver mon école et l’odeur des devoirs à la maison, danser sur les lignes des romans que je dévore et rêver à une vie à moi. Les fissures sont insupportables, mon petit univers d’enfant m’échappe, je ne pleure pas, je suis un peu ailleurs.
Seul le bunker version toilettes semble résister. Je me réfugie dans cette pissotière sans âme nichée au fond de la cour : du béton grisâtre, des portes sommaires, des odeurs souvent intenables. Me réfugier dans ces toilettes, là où j’ai tiré une fois sur une cigarette, une menthol qui m’a fait sacrément tousser, là où les grands crament un paquet par jour en essayant de dissiper la fumée.
Il est 7h56 et je rentre enfin dans un endroit sans regard, sans ces yeux sur moi. Il est 7h56 et mon école s’est soudainement résumée à ces chiottes douteuses. Il est 7h56 et sur le mur du fond, inscrit au marqueur noir, je lis: « Gabrielle la pute ». » (p. 10-10)

A propos de l’auteur
Connue pour ses travaux sur le féminisme et ses analyses sur la montée des extrêmes, Virginie Martin est politologue, essayiste et chercheure. Elle est notamment l’auteure de Ce monde gui nous échappe (éditions de FAube, 2015). Elle livre ici son premier roman. (Source : Lemieux éditeur)

Compte Twitter de l’auteur 
Compte Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#RL2016 #virginiemartin #lemieuxediteur #garde-corps #gardecorps #rentreelitteraire #premierroman #68premieresfois

Les nuits de la Saint-Jean

STEN_Les_nuits_de_la_Saint-JeanSTEN_Les_nuits_de_la_Saint-Jean_poche

Les nuits de la Saint-Jean
Viveca Sten
Albin Michel
Thriller
Traduit du suédois par Rémi Casseigne
368 p., 20,90 €
ISBN: 9782226317148
Paru en mai 2015

Version poche parue en mai 2016.

Où?
Le roman se déroule toujours sur une île de l’archipel de Stockholm, Sandhamn, avec ses paisibles villégiatures, sa beauté sauvage, ses voiliers et la plage de Trouville. On y évoque aussi les localités proches, telles que Harö, Korsö, Runmarö, Saltsjöbaden à l’entrée du chenal ou Möja sur une île plus éloignée, ainsi que les routes qui mènent à l’île depuis Bromma, Vasastan, Nacka et Stockholm, en passant par Stavsnäs d’où partent les ferries. Enfin des villes plus lointaines, d’où sont originaires certains protagonistes, sont également mentionnées : Uppsala, Härnösand, Göteborg.

Quand?
L’action se situe de novembre 2006 à mars 2007. Toutefois le récit se double d’une seconde histoire qui débute en 1899 et se poursuivra jusqu’en 1962.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’angoisse monte à Sandhamn : une jeune fille a disparu au cours de la nuit. Sous une pluie battante d’automne, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues ratissent l’île, en vain : Lina Rosén reste introuvable et l’enquête conclut à une noyade accidentelle.
Quelques mois plus tard, Nora Linde décide de prendre quelques jours de vacances au cœur de l’hiver à Sandhamn avec ses deux petits garçons. Son mari la trompe et elle a besoin du calme de l’île pour réfléchir. Mais, en jouant dans la forêt, Adam et Simon font une macabre découverte : des restes humains enfouis dans un sac sous la neige. Est-il possible que ce soit le cadavre de Lina ? Et quelle est cette ombre, tapie dans la nuit, sous les fenêtres des Rosén ? Pourquoi ?
Malgré l’absence de pistes, Thomas et son amie Nora ont un étrange pressentiment : l’assassin de Lina rôde encore et n’en a pas fini avec sa sinistre mission.
C’est avec cette nouvelle enquête de l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde que Viveca Sten s’est imposée comme la Nº1 des ventes en Suède.

Ce que j’en pense
****
Après La Reine de la Baltique (2013) et Du sang sur la Baltique (2014), voici la troisième traduction française des cinq tomes déjà parus mettant en scène met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde. On peut rassurer d’emblée les inconditionnels de Viveca Sten, Les Nuits de la Saint-Jean est aussi bon que les précédents. On peut aussi rassurer tous ceux qui ne sont – pas encore – familiers de l’œuvre de la romancière suédoise : ils peuvent découvrir son univers avec ce roman qui peut se lire indépendamment des autres.
C’est avec l’émission de télévision «Avis de recherche», qui fait appel aux téléspectateurs pour essayer de trouver des indices dans des enquêtes irrésolues, que s’ouvre cet épisode. Le présentateur y explique que « Lina Rosén a disparu par une sombre nuit de tempête sur la petite île de Sandhamn, aux confins de l’archipel, qui abrite à peine cent vingt habitants, mais accueille cent mille visiteurs chaque année.»
Une fois posé le décor, il ajoute «La dernière fois que les parents de Lina ont vu leur fille en vie, c’est le vendredi 3 novembre dernier. Elle se rendait chez une amie au sud-est de l’île. Elle serait repartie à vélo pour rentrer chez elle vers dix heures du soir. Après elle disparaît sans laisser de traces. Malgré les recherches de la police, elle n’a jamais été retrouvée.»
En fait, comme souvent dans ce type d’enquête, il faudra attendre une découverte inopinée pour qu’enfin les choses bougent : des enfants, dont ceux de Nora, mettent au jour un morceau du corps de la fillette lors partie de cache-cache.
L’enquête, qui était en sommeil jusque là, peut reprendre. La police scientifique, le légiste et l’équipe de Thomas Andreasson prennent la direction de l’archipel et interrogent les enfants, les voisins et les membres de la famille. Petit à petit de nouveaux éléments se font jour.
Viveca Sten a toutefois choisi de construire son thriller en deux parties. Parallèlement à cette enquête, elle nous raconte l’histoire d’un enfant martyr, rudoyé par son père et qui a même failli mourir de ses mauvais traitements. Gottwald devra s’enfuir de l’île et abandonner Karolina, la jeune fille aux longues nattes brunes qu’il aime ardemment, pour échapper à la folie de son géniteur.
Bien entendu, le deux récits vont finir par se rejoindre. On découvre alors comment la géographie et le climat agissent sur les habitants, combien le poids de la religion luthérienne peut entraîner de dérives, combien la solitude, surtout lorsqu’elle s’accompagne de conditions de travail très difficiles, peut forger des caractères intransigeants et hostiles.
Une histoire comme il ne peut en arriver que dans ces pays du Nord en quelque sorte. Mais une histoire qui vous fera sans aucun doute frissonner de plaisir lorsque vous la lirez.

Autres critiques
Babelio
Blog Mediapart
Blog Action-Suspense
Blog En terre scandinave (avec interview de l’auteur)

Extrait
« Elle regarda à nouveau sa montre. Huit heures moins trois. Elle n’y tenait plus. Elle composa le numéro.
« Allô ? » Une voix endormie répondit à la troisième sonnerie. C’était Hanna.
Marianne s’en voulut aussitôt. Elle l’avait réveillée inutilement.
« Bonjour, c’est Marianne. Désolée de te déranger. Je voulais juste savoir si Lina était chez vous. Elle n’est pas rentrée hier soir et n’a bien sûr pas appelé. Je sais que c’est ridicule, mais je voulais juste vérifier que tout allait bien. »
Silence au bout du fil.
Juste une seconde, mais une seconde de trop.
À nouveau, elle respirait difficilement.
« Lina ? Elle n’est pas ici. Elle est partie vers dix heures hier soir. Elle n’est pas rentrée ? » La voix de Hanna trahissait son étonnement. « Ne quitte pas, je vais vérifier.
– Oui, chuchota Marianne. S’il te plaît. »
Hanna reposa le téléphone et disparut. Marianne serra le combiné si fort que ses doigts lui faisaient mal.
Puis Hanna revint.
« Désolée, dit-elle. C’est bien ce que je pensais. Elle n’est pas là. Louise dit qu’elle est rentrée à vélo après le film. Tu es sûre qu’elle n’est pas dans son lit ?
„Marianne n’arriva pas à répondre. Elle essayait de former des mots, mais sa langue ne lui obéissait pas. Sa vue se brouilla.
Où était sa fille ? » (p. 11-12)

A propos de l’auteur
Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série, qui met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde sur l’île de Sandhamn, compte déjà 5 tomes. Succès phénoménal en Suède et dans le monde, la série est publiée dans une quinzaine de pays et vient d’être adaptée en série pour la télévision suédoise.
Comme ses héros, l’auteur possède une vieille maison familiale sur l’île de Sandhamn et y a passé tous les étés de sa jeunesse. (Source : Editions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Les nuits de Reyjavik

INDRIDASON_Les nuits_de_ReykjavikINDRIDASON_Les_nuits_de_Reykjavik_poche

Les nuits de Reykjavik
Arnaldur Indridason
Métailié
Thriller
traduit de l’islandais par Eric Boury
262 p., 20 €
ISBN: 9791022601535
Paru en février 2015
La version poche est parue le 6 janvier 2016

Où?
Comme l’indique le titre, le roman se déroule essentiellement à Reykjavik en Islande, avec quelques mentions d’autres villes de l’île : Akureyri, Landsimi, Hafnarjördur, le cap d’Aftanes, Laugarnes, Eskifjördur, Thingvellir, Keflavik.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques… Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes. On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville. On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commissaire Marion Briem. En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie. De roman en roman, il perfectionne son écriture et la profondeur de son approche des hommes. Un livre remarquable.

Ce que j’en pense
****
La première enquête d’Erlendur paraît en traduction française après plusieurs autres ouvrages, mais elle donnera l’occasion à ceux qui n’ont pas encore eu le plaisir de suivre le taciturne islandais, de prendre dans l’ordre ses enquêtes. Jeune policier, il entame sa carrière à Reykjavik avec la patrouille de nuit, obligé de s’adapter à un rythme différent, mais surtout à une ambiance bien plus criminogène. « Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit près nuit, ils sillonnaient la ville à bord d’une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres : ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu’elle blessait et terrifiait. »
Cambriolages, femmes battues, trafic de drogue, tapage nocturne ou encore clochards ivres à emmener en cellule de dégrisement forment son lot quotidien. C’est ainsi qu’il croise un jour la route d’Hannibal, un clochard luttant contre le froid avec des petites bouteilles d’alcool à 70°C. Si leurs premiers échanges sont tout sauf aimables, Erlendur sera très marqué quand on il identifiera le cadavre découvert par des garçons dans un marécage situé sur une ancienne tourbière en banlieue de la capitale. « Pourquoi était-il hanté par ce vagabond qu’il avait en fin de compte rarement croisé ? Était-ce parce qu’il l’avait repêché, et que cette image l’avait si fortement marqué ? Il avait eu un choc en reconnaissant le visage du noyé. Pourtant, il aurait dû s’attendre à le retrouver mort quelque part en ville. »
La forte dose d’alcool et l’absence de marques du lutte font conclure à un suicide. Mais Erlendur ne l’entend pas de cette oreille, il veut essayer sinon d’élucider le mystère, du moins tenter de comprendre comment Hannibal a fini là.
De fil en aiguille, il va rassembler les témoignages des clochards qui lui connaissaient, de ceux qui habitaient à côté de l’endroit où il trouvait refuge. Il parviendra même à retrouver Rebekka, la sœur d’Hannibal. Ce qu’elle lui révélera lui fera comprendre pourquoi il a toujours refusé qu’on l’aide. La voiture qu’il conduisait et qui transportait Rebekka ainsi que sa fiancée Helena a fini dans les eaux du port et, malgré ses efforts, il n’aura pu sauver que sa sœur. Un drame dont Erlendur saisit d’emblée la gravité, car lui aussi a sa part d’ombre. Son frère a disparu alors qu’ils faisaient une randonnée dans les montagnes des fjords de l’Est et qu’une tempête de neige les avait surpris. Les deux frères s’étaient sont perdus et seul Erlendur avait été retrouvé.
C’est sans doute aussi ce qui l’a poussé à quitter son village pour s’installer à Reykjavik et à s’intéresser aux chroniques islandaises évoquant les mystères de la nature et le destin de personnages errants sur l’île ou sur mer. « Il les avait dévorées et s’était ensuite mis à collectionner d’autres textes : naufrages, avalanches ou récits de gens égarés sur les vieux chemins qui sillonnaient l’Islande ( …) Certains disparus n’étaient retrouvés que des mois, des années voire des décennies plus tard, d’autres ne l’étaient jamais. »
Il finira par reconstituer le scénario qui a conduit à la mort du clochard, mais aussi d’une autre disparue. Un premier succès qui le conduira à se spécialiser dans ce type d’enquêtes. Quant à savoir si sa liaison avec Halldora, qui lui annonce qu’elle est enceinte et qu’elle veut emménager chez lui, sera durable, seules les prochaines enquêtes nous l’apprendront. Car Indridason réussira, soyez en sûrs, à vous entrainer dans les pas d’Erlendur.

Autres critiques
Babelio
Libération (Sabrina Champenois)
Télérama (Christine Ferniot)
Blog Addict culture
Blog Dans la bulle de Manou
Blog Black Novel1
Blog MicMélo Littéraire

Extrait
« Il pensa à cette maison du quartier Ouest devant laquelle il lui arrivait de passer quand revenait l’obséder l’histoire de la jeune fille disparue sans laisser de traces alors qu’elle se rendait à l’école ménagère. Il était évident qu’elle s’intéressait aux disparitions. Au phénomène en soi, mais aussi au sort de ceux qui restaient. Il avait conscience que cette obsession plongeait ses racines dans le drame qu’il avait vécu dans sa chair sur les hautes landes des fjords de l’Est et dans ses lectures sur les gens qui se perdaient dans la nature et les épreuves qu’ils enduraient en sillonnant ce pays âpre et impitoyable. »

A propos de l’auteur
Arnaldur Indridason est né à Reykjavík le 28 janvier 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de films pour le Morgunbladid, puis il se consacre à l’écriture. Il vit avec sa femme et ses trois enfants à Reykjavík. Il a publié de nombreux romans à partir de 1997. Il est l’un des écrivains de romans noirs les plus connus en Islande et dans les 37 pays où ses livres sont traduits. Il a reçu le prix Clef de verre du Skandinavia Kriminalselskapet à deux reprises : en 2002, pour La Cité des jarres, et en 2003, pour La Femme en vert, le Prix du Polar Européen Le Point en 2008 pour La Voix, le Prix d’honneur du festival les Boréales en 2011 et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013. Arnaldur Indridason collabore avec The Icelandic Film Fund à l’adaptation cinématographique de ses romans. Le producteur islandais Baltasar Kormákur (101 Reykjavík) a réalisé une adaptation de Mýrin (La Cité des Jarres), Jar City en 2008. (Source : Editions Métailié)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon
Version poche

Mes livres sur Babelio.com

Là où s’arrête la terre

123618 La ou s arrete la terre 9782021236187-crg.indd

 

 

 

 

 

 

Là où s’arrête la terre
Sylvie Le Bihan
Seuil
Roman
288 p., 18,50 €
ISBN: 9782021236187
Paru en avril 2015

Où?
L’action se déroule tout d’abord à Paris puis en Bretagne, notamment à Belle-Île avec des retours en arrière dix ans plus tôt à Copenhague.

Quand?
Le roman se situe en 2015, avec l’évocation d’épisodes survenus en 2005 et 2008.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le bouchon fit un bruit de détonation et le monde de Marion s’écroula comme si un seul soldat du peloton l’avait exécutée d’une balle en plein cœur avant que le sabre ne s’abaisse. »
Marion, parisienne de 40 ans, prise à son propre jeu entre deux hommes, fuit la réalité et croise un soir d’automne à Paris, Roger qui lui, cherche à tout prix à éviter un choix entre sa vengeance et la résilience. Par défi, il lui propose de l’emmener loin de Paris. Sur un coup de tête, elle le suit. Dans une Bretagne à leur image, à la fois dramatique et mystérieuse, s’ensuit un terrible huis-clos fait d’attirance mêlée de répulsion et de révélations violentes. Un secret se profile, trop lourd pour être dévoilé, jusqu’au drame qui sera peut-être leur unique chance de tout recommencer.
Un roman noir, cruel, ancré dans la société d’aujourd’hui avec ses tabous, son hypocrisie et son égoïsme. L’histoire terrible d’une vengeance par procuration.

Ce que j’en pense
***

Le roman commence au moment où la vie de couple de Marion, 40 ans, bascule. Elle quitte le domicile conjugal pour rejoindre son amant danois dans un hôtel de la Porte Maillot. Mais ce rendez-vous n’avait de sens pour elle que dans la mesure où il n’était qu’épisodique. Or, elle se rend compte que ce type de récréation n’a brutalement plus aucun sens. Car son amant n’entend pas changer son mode de vie qui lui convient parfaitement. Âme en peine, elle trouve refuge au bar de l’hôtel pour prendre un verre et faire le point.
Roger Bradier, l’homme qu’elle croise à ce moment et qui semble tout aussi seul qu’elle, n’est pourtant pas du genre à vouloir recueillir ses confidences. Quand bien même il se rend compte qu’il a affaire à une histoire assez banale, il va décider de faire un bout de route avec elle, en lui expliquant que son scénario « si bien ficelé depuis des années a explosé à la cuisson et au lieu d’être l’héroïne de votre sitcom, vous n’en êtes même pas une victime. »
Ils quittent Paris pour changer d’air. « On ne s’est jamais vraiment écoutés, on avait seulement besoin de respirer chacun de notre côté, c’est tout. »
C’est alors que Marion va petit à petit, pièce par pièce, s’intéresser à l’histoire de Roger. Par un habile renversement des rôles, le lecteur va alors découvrir que c’est lui qui devient le personnage principal et que cette virée en Bretagne n’a rien de fortuit. Que la bourgeoise parisienne et ses problèmes de cœur
est bien loin de faire le poids face aux drames vécus par son compagnon d’infortune, celui qu’elle considère comme un être falot, provincial et paumé.
Face aux vagues, là où précisément la terre s’arrête, elle va découvrir son homosexualité, mais surtout devenir la dépositaire d’un secret de famille autrement plus lourd.
Avant de se lancer dans une vengeance par procuration. Même si ses motivations restent floues, Marion devient alors l’exécutrice d’un épilogue totalement inattendu et qui mérite bien les quelques agacements qui auront pu émailler la lecture jusque là. Car Sylvie le Bihan sait à la perfection distiller l’exaspération comme on ferait monter une mayonnaise, ajouter du vinaigre au récit comme sur un plateau d’huîtres avant de nous surprendre à l’heure du dessert.

Autres critiques
Babelio
Le Point
France Info
Le Blog de Gilles Pudlowski
Entre les lignes, Blog de Bénédicte Junger
Blog Les méconnus

Extrait
« L’écho de leurs vies qui, un instant, se sont croisées.
Prendre son temps pour descendre du taxi, surtout ne rien laisser paraître, le masque glissera tout seul comme un bas de soie retiré sur le skaï d’une banquette arrière.
L’habitude… dernière arme contre la véritable solitude…
Celle de la maîtresse qui sait, à la seconde où la porte de la chambre d’hôtel se referme, que son histoire de cœur n’est qu’une histoire de cul.
L’habitude… Pour affronter le regard de Niels, son amant danois, celui par qui tout est arrivé et qui l’attend au vingt-quatrième étage dans une chambre sans âme. Niels, le deuxième homme devenu soudain banal, sans Paul, qui compte depuis quelques heures seulement et qui, debout derrière la porte de leur appartement, doit penser à l’après…
Cet après que Marion redoute déjà. Boulimie à venir pour effacer le passé et remplir avec Niels toutes ces minutes, ces heures, ces miettes qui restent à vivre sans Paul. »

A propos de l’auteur
Sylvie Le Bihan Gagnaire est directrice de l’international pour les projets des restaurants Pierre Gagnaire. En 2013, elle a publié Petite Bibliothèque du gourmand, aux Éditions Flammarion. Son premier roman, L’Autre, est paru aux Éditions du Seuil en 2014 et a rencontré une jolie presse. (Source : Editions du Seuil)

Page Facebook de l’auteur
Compte Twitter de l’auteur
Page Wikipedia de l’auteur

A signaler la parution en poche (collection Points) du premier roman de Sylvie Le Bihan L’Autre
Le_BIHAN_Lautre

 

 

 

 

 

 

Commandez le livre en ligne
Là où s’arrête la terre (Amazon)

L’autre (Amazon)

Mes livres sur Babelio.com