L’abandon des prétentions

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En deux mots
La fille de Jeanine raconte la vie de sa mère, enseignante à la retraite qui a choisi d’aider les réfugiés, les immigrés, les repris de justice. Et transforme la vie d’une héroïne du quotidien en manifeste politique.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

L’Abandon des prétentions
Blandine Rinkel
Éditions Fayard
Roman
248 p., 18 €
EAN : 9782213701905
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Rezé près de Nantes, ainsi qu’à Paris, La Rochelle, Saint-Martin-de-Ré, Notre-Dame-de-Monts, Lanrivoaré. Les pays et lieux d’origine de nombreux migrants et réfugiés y sont mentionnés, tels que Damas

Quand?
L’action se situe de nos jours et trace la vie de Jeanine de 1950 à 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Qu’est-ce qu’une vie réussie ? » Au bic, Jeanine recopie la question sur un post-it, puis, comme chaque jour, part marcher. Croisant, au cours de ses dérives, divers visages : un architecte syrien fuyant son pays, un danseur étoile moscovite, une mythomane espagnole…
Ne sous-estime-t-on pas, d’ordinaire, l’amplitude des voyages intérieurs suscités par ces rencontres fortuites ?
Sans doute fallait-il, pour en prendre la mesure, le regard d’un proche. C’est sa fille qui dresse le portrait de cette femme de soixante-cinq ans, en autant de fragments, composant un kaléidoscope où se confondent le monde et une mère.

Ce que j’en pense
Un portrait de femme, une réflexion sur le rôle de la littérature, un plaidoyer pour davantage de fraternité et d’ouverture vers les autres : les différents niveaux de lecture du premier roman de Blandine Rinkel en font sa force et sa richesse.
Au soir de sa vie, Jeanine n’a rien de l’aventurière, n’est pas victime ou coupable d’un quelconque crime et n’a pas davantage vécu un épisode hors du commun. Une femme ordinaire à la vie banale qui a choisi cette vie rangée, avec «un penchant pour la liberté qu’offre l’abandon des prétentions.»
Un mari dont elle va finir par divorcer, une famille, un poste d’enseignante qui voit défiler des volées d’élèves jusqu’à la retraite, un pavillon à Rezé dans la banlieue de Nantes : fini l’adrénaline de l’ambition ! On pourrait résumer ainsi son existence, en y ajoutant une pratique que la narratrice – sa fille – appelle le «rosissement d’argent» et qui consiste «à faire disparaître ses fonds propres pour financer les causes les plus bizarres». Mais elle ne donne pas seulement son argent, mais aussi son temps et son logement, de préférence à des marginaux de tout poil.
C’est ainsi que sa route va croiser des réfugiés, des repris de justice, des immigrés ou plus simplement des compatriotes qui suscitent son intérêt. Attardons-nous sur deux d’entre eux, à commencer par Moussa qui a quitté la Syrie via la Tunisie pour débarquer en France. Accueilli et aidé par Jeanine, il va brusquement disparaître. Alors qu’il semble évident qu’il s’est radicalisé et a rejoint l’armée islamique, Jeanine pense que «c’est une allégeance dans laquelle il a dû se laisser entraîner» car «c’était un gentil garçon.» Ce que l’on peut appeler de la naïveté est bien davantage une philosophie de vie, une «sorte de pouvoir magique vous permettant, en dépit d’un réel ou d’un virtuel décevant, de régénérer votre innocence à l’infini.»
Toutefois, et sans manichéisme, on va découvrir que cet optimisme n’est qu’ne façade. Les nuits de Jeanine, ponctuées de crises de somnambulisme, révèlent l’empreinte profonde laissée par ces expériences. «C’est comme si toutes les angoisses qui ne la visitaient pas le jour, face aux repris de justice, aux femmes battues et autres soldats de Daech, se déchargeaient en elle pendant la nuit.»
Autre rencontre, autre exemple. Barnabé s’amuse à récolter des photos d’identité déchirées ou encore des lettres ou petits mots tombés des poches. Ce collectionneur, «sorte d’Amélie Poulain viril de la Bretagne», répond à sa manière à la question que pose la romancière sur son rôle et sur celui du roman qu’elle écrit. Elle a la «conviction que chaque vie, même et surtout la plus anodine en apparence, vaut d’être écrite et pensée; chacun de ceux qui ont honnêtement traversé ce monde est digne qu’on lui construise, à tout le moins rétrospectivement, une destinée, et non seulement car celle-ci confère du poids aux gestes, mais aussi parce qu’elle renseigne sur la manière dont chacun, mis en confiance, peut être aimé. Il nous faudrait écrire un livre sur chacun de nos proches, pour apprendre, au gré des pages, combien, comment, nous les aimons. »
Avec beaucoup de délicatesse et au-delà des destins qui un jour croisent la route de Jeanine, ceux de Brenda l’Américaine, de Vincent le Péruvien, de Bernard, d’Adarsh, de Kareski, d’Hortense et de tous les autres, Blandine Rinkel nous montre ce que pourrait – ce que devrait – être une mise en pratique au quotidien de la devise qui figure sur tous les frontons de nos mairies. Voilà comment un portrait de femme ordinaire devient un programme politique. Sans doute aussi déstabilisant que salutaire !

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Nathalie Crom)
L’Express (Baptiste Liger)
Libération (Luc Le Vaillant)
Blog T Livres? T Arts?
Blog Sans connivence 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Elle se souvient des explications de l’homme, quelques mois plus tôt, qui lui disait avoir quitté la Tunisie pour la France afin de réussir sa vie et n’avait depuis navigué que de dépit en dépit, l’humiliation qu’il endurait à Emmaüs à cause de son physique et de son français lacunaire, en raison de sa religion aussi, à laquelle on ne s’intéressait que dans d’alarmants médias, cet avilissement, donc, atteignait les cimes de sa déception et lui donnait envie, à l’époque déjà, de repartir auprès des siens. Il souhaitait, disait-il, retrouver son Orient et sa dignité. L’enrôlement dans le camp des donneurs de mort fut-il un moyen de recouvrer un peu de cet honneur perdu ? »

A propos de l’auteur
Née en 1991, Blandine Rinkel écrit pour divers médias (Le matricule des anges, France Inter, Citizen K, Gonzai…) et collabore au mouvement Catastrophe. L’abandon des prétentions est son premier roman. (Source : Éditions Fayard)

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Les séances

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En deux mots
Eva la photographe prend la route pour rejoindre sa sœur Liv. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les épisodes marquants de leur vie, de leurs parcours respectifs. Un roman sensible et poétique qui explore l’essentiel.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les séances
Fabienne Jacob
Éditions Gallimard
Roman
142 p., 15 €
EAN : 9782070196692
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans l’Est de la France, notamment le long de l’autoroute Metz-Luxembourg ainsi qu’en Moselle, notamment à Sarreguemines-Frauenberg.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Eva est photographe de mode pour enfants. Un appel pressant de sa sœur Liv l’oblige à revenir séance tenante dans son village natal de la frontière franco-allemande. Sur l’autoroute, souvenirs et pensées affluent et se bousculent à bord de la voiture de location : son rapport, parfois cynique, aux enfants qu’elle prend en photo, son enfance avec Liv, qui soigne aujourd’hui les gens à coups de petites phrases énigmatiques, et aussi les visites rendues à Irène, leur mère, perdue dans les méandres de sa mémoire défaillante. Au terme de ce long voyage sur l’autoroute rectiligne, Eva n’est plus la même.
Ce roman est celui d’une modification intérieure. Mêlant les temps et les portraits de trois femmes aux prises avec leur époque, il sonde en profondeur les rouages d’une société fondée sur le profit, le court terme, et remet en question la place de l’enfant et celle de la femme. Sa construction non linéaire est rythmée par des séances qui s’entrechoquent et s’éclairent les unes les autres. D’une écriture limpide, ce livre est une ode à la possibilité, loin des itinéraires tout tracés, de bifurquer. D’échapper.

Ce que j’en pense
Un beau et court roman qui le temps d’un voyage vers la frontière entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg, va donner à Eva l’occasion de faire le point sur sa vie, sur ses relations avec sa sœur Liv et sa mère Irène. Un temps qui offre aussi, avec mélancolie et poésie, l’occasion de s’interroger sur les choses graves. Sur la vie et la mort, sur la famille, la naissance, sur la sensualité et le désir, sur le Corps – pour reprendre le titre d’un précédent roman de Fabienne Jacob.
Si Eva a pris la route, c’est qu’elle répond à l’appel de sa demi-sœur Liv. Leurs différents parcours se rejoignent autour du titre du roman : toutes deux pratiquent des séances.
Eva est une photographe reconnue, directrice d’un magazine dont elle a eu l’idée et dont elle est aussi la principale photographe. Ses séances tournent beaucoup autour des portraits, notamment d’enfants, dont elle sait comme personne sonder les mystères : « En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’expression. »
Liv est pour sa part l’héritière « du don de sa mère Irène et de sa grand-mère Biwi, elle poursuivait leurs pratiques. Les mains de trop femmes soulageaient lumbagos, migraines, sciatiques, mais aussi chagrins et mélancolies. »
C’est ainsi que sa pratique a évolué vers la psychothérapie, mais de manière assez étonnante. Après avoir écouté ses patientes (elle ne reçoit quasiment jamais d’hommes dans son cabinet), qui mettent leur ventre au centre de tout, « certaines s’estimant trop visitées, d’autres pas assez, d’autres jamais, la plupart, mal. Presque toutes se disent insatisfaites à cet endroit de leur corps. » Liv prononce une seule phrase. Ainsi à cette femme venue se plaindre de ne pas avoir d’enfant, dont le «désir est un chemin de croix», elle dira «Rentre chez toi, ouvre grand ta fenêtre et jettes-y ton thermomètre.» Quelques mois après, elle tombera enceinte.
Au fil des kilomètres qui passent, des paysages qui défilent, on accompagne l’histoire d’Eva et de Liv, mais aussi celle de cette région.
De cette promenade dans le vieux cimetière juif de Frauenberg qui est situé sur la frontière entre le France et l’Allemagne (et où j’ai aussi traîné mes pas étant enfant) jusqu’à cette Lorraine du charbon et de l’acier qui n’a plus charbon ni acier, ou si peu. « Personne n’y a jamais cru mais un jour la bête est devenue peau de chagrin, le festin avait eu une fin, il y a eu à nouveau un jour et une nuit, le ciel est devenu comme partout ailleurs, bleu le jour noir la nuit, les hauts-fourneaux n’ont plus craché, les villes se sont tues, les villes sont devenues propres et silencieuses, tout a fermé.
Une évolution qui vient étrangement en résonnance avec le destin d’Irène, mère biologique de l’une et adoptive de l’autre, qui décline jour après jour dans une maison de retraite, fort peu justement baptisée Sérénité.
Elle retrouvera bientôt les anges, comme les suffixes de ces villes traversées, Florange, Hayange, Hagondange… Des suffixes qui «faisaient toujours la roue, la parade de paon se fout des mutations économiques.»

Autres critiques
Babelio
La Croix (Patrick Kéchichian)
Le littéraire.com (Jean-Paul Gavard-Perret)
La semaine.fr (Anne de Rancourt)
Blog Cathulu
Blog Le tourneur de pages

Les premières pages du livre 

Extrait
« En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’Expression. Quelque chose qui nous appartient en propre, une combinaison unique de mille traits qui nous différencient du voisin, mais quand cette chose éclate sur la page du magazine Lamb, les autres, ceux qui la regardent, se l’approprient et la reconnaissent aussitôt comme leur. De singulière, l’expression devient universelle. Cette chose possède aussi un autre pouvoir, celui de faire affluer à la seconde chez celui qui regarde la photo des désirs, des souvenirs et des sensations par centaines »

A propos de l’auteur
Fabienne Jacob a grandi à Guessling-Hémering en Lorraine, où elle a vécu jusqu’à ses 17 ans. Elle n’eut pas le français comme langue maternelle mais le patois lorrain qu’elle à longtemps pratiqué. En 2014, elle en fait la description suivante : « Ma langue maternelle, le platt, a été ensevelie sous plusieurs sédiments de français. Honte et transhumance sociale obligent. Mais au fond de moi, elle a toujours continué d’irradier comme un diamant noir. Je la soupçonne même d’être à l’origine de mon écriture. La matrice. »
Elle a enseigné à Mayotte avant de rejoindre Paris où elle a exercé diverses professions avant de se consacrer à l’écriture. Romancière, elle est l’auteure d’une œuvre romanesque qui explore le corps, la sensation et l’origine et a été nommée à deux reprises au prix Femina. Son roman Corps a été très remarqué par la critique. Le plus beau compliment, dit-elle, qu’on lui ait fait est celui que lui a fait une lectrice : «Fabienne Jacob écrit toujours le même livre, mais je lirai encore le prochain…». (Source : Wikipédia)

Site Wikipédia de l’auteur 

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La clef sous la porte

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La clef sous la porte
Pascale Gautier
Editions Joëlle Losfeld
Roman
192 p., 16,50 €
ISBN: 9782072624827
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule en France, à Cogolin et Laragne ainsi qu’à Bouffémont « dans la bienheureuse banlieue » et à Montfavet où « le ragot est la spécialité locale », vers Le Trou, vers Gleize comme vers Lagarde ou La Brèche. Un faits divers à Avignon est également mentionné.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
José, retraité solitaire et endurci, vit devant la télé. Ferdinand, dont la vie sonne aussi mal au bureau que dans son univers familial, subit une femme volage et une fille ado, véritable tête à claques qui le déteste. Auguste, la cinquantaine, est pris en tenaille entre une mère tyrannique et un père plutôt faible. Et Agnès, la quarantaine, toujours amoureuse d’hommes mariés, doit se rendre au chevet de sa mère qui agonise. Ses trois frères, des fardeaux qu’elle redoute, la supplient de venir à l’hôpital…
Pascal Gautier exploite l’un de ses thèmes de prédilection, ancien comme l’histoire de l’humanité : la relation parents / enfants, souvent ingérable, mais qui fournit à l’écrivain une source d’inspiration inaltérable, caustique et tendre. Après l’immense succès du roman Les vieilles, La clef sous la porte est, au vu du titre, une suite logique ou plutôt une sorte de retour sur le passé. Les personnages, doués d’une certaine espérance, se débattent afin de ne pas perdre pied. Aussi arriveront-ils, chacun à sa façon, à mettre la clef sous la porte et à choisir la liberté.

Ce que j’en pense
**
Chronique de la vie ordinaire en province, ce roman porte un regard amer sur les vies des petites gens. Loin de grands rêves de gloire, d’ambitions démesurées ou d’un destin fabuleux, le quotidien de José, Ferdinand, Auguste et les autres se limite surtout à se plaindre. Toute la litanie des petits soucis et des grands débats y passe : les impôts, les étrangers, la sécurité, les coût de la vie, la hiérarchie, la vie de couple, l’éducation ou encore la difficulté qu’il y a à communiquer avec les adolescents. Carla, la fille de Ferdinand, en est du reste l’illustration, presque jusqu’à la caricature. Elle est déjà sans illusions et presque sans avenir. C’est du moins l’impression de son géniteur : « C’est toujours facile de critiquer. Il sait qu’elle le prend pour un vieux débris. Depuis des siècles, la majorité des gens râle parce qu’elle n’a pas les mêmes avantages que ceux qu’elle envie. Ce n’est pas par conviction, idéal et tout le bazar. Il n’est quand même pas né de la dernière pluie, Ferdinand ! »
Seulement voilà, il arrive un jour où l’envie de se débarrasser de ses chaînes l’emporte sur la peur de l’avenir. Le jour où on se dit qu’après tout, on n’a plus rien à perdre, que quitte à mourir au moins on aura vécu quelque chose d’intéressant. Faut-il vraiment prendre son ticket dans la salle d’attente ? Faut-il vraiment accourir dès que sa mère annonce qu’elle est à l’article de la mort ? Faut-il continuer à vivre avec une épouse qui vous trompe allègrement ?
En répondant par la négative, l’auteur nous donne à goûter le parfum de l’évasion, (même s’il ne s’agit que d’une escapade au volant d’une camionnette) et nous offre une salutaire bouffée d’air du large. Vivifiant !

Autres critiques
Babelio
La Croix
ELLE
La Vie
Blog Encres vagabondes
Blog Muze
Blog Les petites lectures de Scarlett

Extrait
« Il s’appelle Auguste. Un prénom qui prête à sourire. Pourtant, auguste est celui qui inspire un grand respect, de la vénération, ou qui en est digne. Auguste était le prénom de son grand-père, le père de sa mère. Et le prénom de son arrière-grand-père, le grand-père de sa mère. Et on pouvait remonter comme ça jusqu’au Moyen Âge, une tradition dans la famille. À l’école, qu’est-ce qu’on avait pu se moquer de lui! L’enfance est cruelle. Aujourd’hui, il en sourit. Une de ses collègues s’appelle bien Prune. Il est professeur. Un métier qui a évolué depuis quelques décennies. Il y a du bon, il y a du mauvais. Son grand-père Auguste a fait la guerre, celle de 1914. Il en est sorti vivant et indemne. Un miracle. Un grand-père auguste, qui a ensuite adopté, comme sa propre fille parmi ses propres filles, une enfant juive pendant l’Occupation. Un grand-père juste. Infiniment bon et humain. Dont l’ombre lourde, marmoréenne, pèse. Il n’a rien d’auguste, lui, il le sait bien. Le monde d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Il affectionne ces répliques frappées au coin du bon sens.
Pas de guerre, pas d’Occupation. Le quotidien. Le boulot. Les vacances. Le métro. Le dodo. L’être humain a rétréci. C’est peut-être ça le progrès. Devenir tout petit petit. Sûr, lui, personne ne se souviendra de lui dans cinquante ans. Mais à quoi ça sert de penser à tout ça ? Dans cinquante ans, c’est pas maintenant. Et avant-hier, c’est pas maintenant non plus.. » (p. 10)

A propos de l’auteur
Pascale Gautier, admiratrice de Raymond Queneau et de Thomas Bernhard, sait manier la narration comique avec brio. Derrière l’humour, il y a toujours quelque chose de profond qui a l’apparence de la légèreté. Directrice littéraire aux Éditions Buchet / Chastel, elle est l’auteur aux Éditions Joëlle Losfeld de Trois grains de beauté, qui a reçu le Grand Prix SGDL du roman, Fol accès de gaîté et Les vieilles. (Source : Editions Joëlle Losfeld)

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