Sale bourge

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En deux mots:
Pierre est condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violences conjugales. Il va nous raconter comment il en est arrivé là, remontant le fil de son existence depuis son enfance au sein d’une famille nombreuse et bourgeoise jusqu’à ses 33 ans.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Maud, maux, maudit

Dans un premier roman choc Nicolas Rodier raconte la spirale infernale qui l’a conduit à être condamné pour violences conjugales. Aussi glaçant qu’éclairant, ce récit est aussi une plongée dans les névroses d’une famille bourgeoise.

Avouons-le, les raisons sont nombreuses pour passer à côté d’un roman formidable. Une couverture et un titre qui n’accrochent pas, une pile d’autres livres qui semblent à priori plus intéressants, un thème qui risque d’inviter à la déprime. Il suffit pourtant de lire les premières pages de Sale bourge pour se laisser prendre par ce premier roman et ne plus le lâcher: «À la sortie du tribunal, les gestes d’amants et de réconfort ont disparu. Je suis condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violence conjugale, assortis d’une mise à l’épreuve de dix-huit mois et d’une injonction de soins. J’ai trente-trois ans.»
Le ton, le rythme et la construction du livre, associés à une écriture simple et sans fioritures, des mots justes et des chapitres courts – qui se limitent souvent à une anecdote marquante, à un souvenir fort – nous permettent de découvrir cet enfant
d’une famille de la grande bourgeoisie et de comprendre très vite combien le fait d’être bien-né ne va en rien lui offrir une vie de rêve. Car chez les Desmercier chacun se bat avec ses névroses, sans vraiment parvenir à les maîtriser.
Si bien que la violence, verbale mais aussi physique, va très vite accompagner le quotidien de Pierre, l’aîné des six enfants. Un peu comme dans un film de Chabrol, qui a si bien su explorer les failles de la bourgeoisie, on voit la caméra s’arrêter dans un décor superbe, nous sommes sur la Côte d’Émeraude durant les vacances d’été, et se rapprocher d’un petit garçon resté seul à table devant des carottes râpées qu’il ne veut pas manger, trouvant la vinaigrette trop acide. Alors que les cousins et le reste de la famille sont à la plage, il n’aura pas le droit de se lever avant d’avoir fini. Il résistera plusieurs heures avant de renoncer pour ne pas que ses cousins le retrouvent comme ils l’avaient quitté. Il faut savoir se tenir.
Dès lors tout le roman va jouer sur ce contraste saisissant entre les apparences et la violence, entre les tensions qui vont s’exacerber et le parcours si joliment balisé, depuis le lycée privé jusqu’aux grandes écoles, de Versailles à Saint-Cloud, de Ville d’Avray aux meilleurs arrondissements parisiens. Un poids dont il est difficile de s’affranchir. Pierre va essayer de se rebeller, essaiera la drogue et l’alcool, avant de retrouver le droit chemin.
Mais son mal-être persiste. Il cherche sa voie et décide d’arrêter ses études de droit pour s’inscrire en philosophie à la Sorbonne. Une expérience qui là encore fera long feu.
Reste la rencontre avec Maud. C’est avec elle que l’horizon s’élargit et que le roman bascule. L’amour sera-t-il plus fort que l’emprise familiale? En s’engageant dans une nouvelle histoire, peut-on effacer les traces de l’ancienne? Bien sûr, on a envie d’y croire, même si on sait depuis la première page que ce Sale bourge va mal finir.
Nicolas Rodier, retenez bien ce nom. Il pourrait bien refaire parler de lui !

Sale bourge
Nicolas Rodier
Éditions Flammarion
Premier roman
224 p., 17 €
EAN 9782081511514
Paru le 19/08/2020

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris et en région parisienne, à Versailles, Ville-d’Avray, Rueil-Malmaison, Saint-Cloud, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye. On y évoque aussi des vacances et voyages à Saint-Cast-le-Guildo, à Marnay près de Cluny en passant par Serrières et Dompierre-les-Ormes, à Beauchère en Sologne, en Normandie ou encore à Anglet ainsi qu’à Rome.

Quand?
L’action se déroule de 1883 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Pierre passe la journée en garde à vue après que sa toute jeune femme a porté plainte contre lui pour violences conjugales. Pierre a frappé, lui aussi, comme il a été frappé, enfant. Pierre n’a donc pas échappé à sa « bonne éducation » : élevé à Versailles, il est le fils aîné d’une famille nombreuse où la certitude d’être au-dessus des autres et toujours dans son bon droit autorise toutes les violences, physiques comme symboliques. Pierre avait pourtant essayé, lui qu’on jugeait trop sensible, trop velléitaire, si peu « famille », de résister aux mots d’ordre et aux coups.
Comment en est-il arrivé là ? C’est en replongeant dans son enfance et son adolescence qu’il va tenter de comprendre ce qui s’est joué, intimement et socialement, dans cette famille de « privilégiés ».
Dans ce premier roman à vif, Nicolas Rodier met en scène la famille comme un jeu de construction dont il faut détourner les règles pour sortir gagnant.

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Franceinfo Culture (Laurence Houot)
En Attendant Nadeau (Pierre Benetti)
Podcast RFI (Maud Charlet)
Livres Hebdo (Alexiane Guchereau)
20minutes.fr
Blog Le Boudoir de Nath 
Blog Mes p’tits lus 
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Vagabondage autour de soi 
Blog Pamolico 


Nicolas Rodier présente son premier roman, Sale bourge © Production Éditions Flammarion

Les premières pages du livre
« À la sortie du tribunal, les gestes d’amants et de réconfort ont disparu.
Je suis condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violence conjugale, assortis d’une mise à l’épreuve de dix-huit mois et d’une injonction de soins.
J’ai trente-trois ans.

ENFANCE (1983-1994)
Je suis assis dehors, dans le jardin, devant mon assiette. Ma mère est à côté de moi, bronzée, en maillot de bain. Nous sommes en vacances à Saint-Cast-le-Guildo, j’ai sept ans, nous avons quitté Versailles il y a quinze jours, il fait très chaud – des guêpes rôdent autour de nous.
Je ne veux pas manger mes carottes râpées – la vinaigrette est trop acide pour moi.
Les autres – mes cousins, les enfants de Françoise, la grande sœur de ma mère – sont déjà partis à la plage pour se baigner, faire du bateau, je reste là. Je dois terminer mon assiette mais je n’y parviens pas. Chaque fois que j’approche la fourchette de ma bouche, je sens un regard, une pression, et j’ai envie de tout recracher, de vomir. J’ai les larmes aux yeux mais ma mère ne veut pas céder. Chaque fois que je refuse d’avaler une bouchée ou que je recrache mes carottes râpées, elle me gifle. Une fois sur deux, elle me hurle dessus. Une gifle avec les cris, une gifle sans les cris. Au bout d’une demi-heure, elle me tire par les cheveux et m’écrase la tête dans mon assiette – j’ai déjà vu mon oncle faire ça avec l’un de mes cousins ; lorsque Geoffroy s’était relevé, il avait du sang sur le front, le coup avait brisé l’assiette.
Je sens la vinaigrette et les carottes râpées dans mes cheveux, sur mes paupières. J’ai envie de pleurer mais je me retiens. C’est la même chose que la semaine dernière lorsqu’elle m’a forcé à prendre mon comprimé de Clamoxyl avec quelques gorgées d’eau seulement. Je ne suis pas arrivé à le mettre dans ma bouche, comme un grand, je n’ai pas réussi à l’avaler, il est resté plusieurs fois coincé dans ma gorge et j’ai eu peur de mourir étranglé alors que ma mère me criait : « Tu vas l’avaler ! »
Mais ce jour-là, à Saint-Cast, je décide de résister. Je ne céderai pas. Et je tiens. Je résiste. Elle a beau me gifler, je serre les poings. Une heure passe, deux heures, trois heures, quatre heures. Je vais gagner. Mais vers dix-huit heures, en entendant les premières voitures revenir de la plage, je craque: l’idée que les autres puissent me voir encore à table m’est insoutenable. Je me soumets. Je finis mon assiette. Je mange mes carottes râpées et même si mon dégoût est immense, je ressens un soulagement car les autres ne verront pas la méchanceté ni la folie de ma mère.
Juste à côté de moi, je l’entends dire : « Eh bien, tu vois, quand tu veux. »
Quelques secondes après, elle ajoute : « Ça ne servait à rien de faire autant d’histoires. Il y a d’autres moyens d’attirer l’attention sur toi, tu sais, Pierre. »
Le soir, elle vient me dire bonsoir dans mon lit. Elle me prend contre elle et me dit qu’elle m’aime. Je l’écoute, je la serre dans mes bras et lui réponds: «Moi aussi, je t’aime, maman.»
À Saint-Cast, toutes les familles ont une Peugeot 505 sept places. La même que celle des « Arabes » que nous croisons sur les aires d’autoroute. L’été, il y a autant d’enfants dans leurs voitures que dans les nôtres. Nous sommes des familles nombreuses.
À la plage de Pen Guen, les gens parlent de bateaux, de rugby, de propriétés, de messes et de camps scouts. Toute la journée, tout le temps. Personne ne parle de jeux vidéo ni de dessins animés. Tous les hommes portent un maillot de bain bleu foncé ou rouge. La plupart des femmes, un maillot de bain une pièce. Beaucoup d’entre elles ont des veines étranges sur les jambes ; ma sœur dit que ce sont des varices. Ma mère, elle, a les jambes fines et porte un maillot deux pièces. Elle a les cheveux courts et bouclés ; ils deviennent presque blonds pendant l’été.
L’après-midi, le soleil tape. Nous allons pêcher des crabes avec des épuisettes dans les rochers. Nous devons faire attention aux vipères. Le fils d’une amie d’enfance de Françoise est mort l’été dernier, mordu par une vipère dans les rochers près de Saint-Malo. Il avait neuf ans. Nous avons du mal à croire à cette histoire. Nous rêvons tous d’avoir des sandales en plastique qui vont dans l’eau pour aller dans les rochers, mais c’est interdit, ce n’est pas distingué.
Je soulève une pierre, les crevettes fusent. Les algues me dégoûtent. Mon cousin les prend à pleines mains et me les envoie dans le dos. Une bagarre commence. Je ne sais pas me battre. Puis Bénédicte, ma sœur cadette, vient nous chercher avec la fille aînée de Françoise ; ce sont toujours les filles qui nous disent l’heure à laquelle nous devons rentrer.
À la maison, nous mettons nos crabes dans la bassine bleue, celle qui sert à rincer nos maillots.
Mais Françoise arrive et nous ordonne de jeter tout ça à la poubelle. Ce n’est pas l’heure de jouer de toute façon – nous devons mettre le couvert. « Dépêchez-vous ! » crie-t-elle.
Le dernier soir des vacances, nous allons acheter des glaces. Ma tante refuse que nous prenions un parfum qu’elle n’aime pas ou qu’elle juge trop plouc. Je trouve ça injuste. Elle me regarde droit dans les yeux : « Tu préfères peut-être passer tes vacances au centre aéré avec les Noirs et les Arabes de la cité Périchaux ? »
Ma mère m’attrape la main, elle me tire par le bras – elle me fait presque mal.
« Tu veux quel parfum ? »
Je ne sais pas si c’est un piège. Elle est très énervée. « Tu peux prendre ce que tu veux. » J’hésite entre Malabar et Schtroumpf. Je prends les deux et demande un cornet maison. Ma mère accepte. Lorsque je me tourne vers mes cousins, ma tante est furieuse ; elle remet son serre-tête.
Une heure plus tard, nous retrouvons des amis de ma tante et de mon oncle dans une autre maison. Une dizaine de personnes sont dans le jardin, assises autour de la table. Paul-François, debout, fait un sketch de Michel Leeb. « Dis donc, dis donc, ce ne sont pas mes luu-nettes, ce sont mes naaa-riiines ! » Il fait des grands gestes et mime le singe. Tout le monde éclate de rire et s’enthousiasme : Paul-François imite très bien l’accent noir.
Paul-Étienne, le fils de Paul-François (son grand-père s’appelle Paul-André – c’est ainsi, de génération en génération), qui a deux ans de plus que moi, raconte lui aussi beaucoup de blagues. « Quelle est la deuxième langue parlée à Marseille ? » Nous hésitons : « L’arabe ? » « Non ! s’écrie-t-il. Le français ! » Et il continue : « Un Américain, un Arabe et un Français sont dans un avion… Au milieu du vol, il y a une explosion. L’un des réacteurs ne fonctionne plus. Le pilote dit aux passagers de réduire le poids au maximum. L’Américain, aussitôt, jette des dollars et dit: « J’en ai plein dans mon pays. » L’Arabe jette des barils de pétrole; il en a plein dans son pays. Le Français, lui, tout d’un coup, jette l’Arabe par-dessus bord. L’Américain le regarde, très étonné. “Bah quoi, j’en ai plein dans mon pays !” lui répond le Français. » Paul-Étienne ne tient plus en place. Son visage rougit. Je l’observe. Il transpire tellement il rit.
Nous passons la fin de nos vacances en Bourgogne à Marnay, près de Cluny, dans la propriété appartenant à la famille de ma mère. Nous sommes invités à passer un après-midi dans le château des Saint-Antoine, à Dompierre-les-Ormes.
Sur le trajet se trouve Serrières, un village que ma mère déteste. Petite, elle y a vécu chez Georges, son oncle, les pires Noëls de sa vie. Elle nous parle de Claude, son cousin, le fils de Georges, qui s’est suicidé à dix-huit ans avec un fusil de chasse alors qu’il était en première année de médecine. Elle était très attachée à lui. Elle évoque ensuite son père, la seule figure gentille de son enfance. Il s’est marié avec bonne-maman, notre grand-mère, en mai 1939, quelques mois avant la guerre. Elle nous parle de la captivité de bon-papa, de l’attente de bonne-maman à Fontainebleau pendant près de cinq ans, puis de leur vie, à Lyon, rue Vauban. Elle se remémore son enfance, la couleur des murs, des tapis, ses premières années d’école à Sainte-Marie. Puis, soudain, elle parle de sa naissance. Elle n’aurait jamais dû survivre, nous explique-t-elle. Il n’y a qu’une infirmière qui a cru en elle, Annie, et qui l’a soignée pendant six mois à l’hôpital. Les médecins ont dit à notre grand-mère de ne pas venir trop souvent pour ne pas trop s’attacher. Notre grand-père était alors au Maroc pour un projet de chantier – il travaillait dans une entreprise de matériaux de construction, chez Lafarge. C’était quelqu’un d’extraordinaire, insiste-t-elle, il a toujours été de son côté, il lui manque beaucoup. Ils ont déménagé à Paris lorsqu’elle avait dix ans. Bonne-maman a écrasé bon-papa toute sa vie – elle a même refusé qu’il fasse de la photo pendant son temps libre, elle lui a interdit d’aménager une chambre noire dans le cagibi de l’appartement de la rue de Passy.
Elle avait quinze ans quand bon-papa est mort, nous rappelle-t-elle, comme chaque fois qu’elle nous parle de lui. Il avait quarante-sept ans. Une crise cardiaque. Je songe à la photo de lui tenant ma mère enfant sur ses genoux, posée sur la commode du salon dans notre appartement à Versailles. Ma mère a les larmes aux yeux. Je me dis que notre grand-père aurait pu nous protéger. J’ai de la peine pour elle. Nous arrivons au château des Saint-Antoine, à Dompierre-les-Ormes.
Lorsque nous passons la grille, elle pleure.
Au retour, dans la voiture, elle nous dit que plus tard, même si elle adore cette maison, c’est Françoise qui reprendra Marnay, que c’est comme ça.
À Marnay, lorsque mes cousins se disputent ou désobéissent, ma tante les frappe avec une cravache de dressage – elle fait entre un mètre vingt et un mètre cinquante. Ma mère, elle, pour nous frapper, utilise une cravache normale, une de celles que nous prenons lorsque nous montons à cheval au club hippique de La Chaume.
Tous les étés, à Marnay, nous invitons au moins trois fois le prêtre de la paroisse à déjeuner. C’est un privilège, peu de familles ont cette chance.
Dans le parc, mes cousins adorent faire des cabanes et des constructions. Ils ont en permanence un Opinel dans leur poche. Ils reviennent chaque fois les cheveux sales et les mains pleines de terre.
En moyenne, nous prenons un bain par semaine à Marnay. Nous avons les ongles noirs.
En comptant tous les enfants, et les amis de mon oncle et ma tante, nous sommes toujours entre vingt et vingt-cinq personnes dans la maison. Des activités mondaines sont organisées – tout le monde adore ça : tournois de tennis, soirées à l’Union de Bourgogne, randonnées, chasses au trésor, rallyes automobile à thème, etc.
Nous sommes tellement nombreux qu’il y a rarement assez de pain pour tout le monde au petit déjeuner. Tout ce qui est bon, cher ou en quantité limitée est réservé exclusivement aux adultes.
Mon père, lui, vient rarement à Marnay. Il préfère prendre ses jours de congé lorsque nous sommes à Beauchère, en Sologne, dans la propriété appartenant à la famille de sa mère. D’après lui, pour ma tante Françoise, Marnay est une obsession. Pour moi, tout est triste et ancien dans cette maison. Je n’aime pas les vacances dans ce lieu.
Le dimanche, à Versailles, après la messe, ma grand-mère maternelle, bonne-maman, vient déjeuner chez nous. Mon père l’attend sur le seuil et l’accueille toujours avec la même blague : « Bonjour, ma mère, vous me reconnaissez ? Hubert Desmercier, capitaine des sapeurs-pompiers de Versailles. »
Ma grand-mère rit. Mon père fait une courbette et lui baise la main. Elle retire son manteau.
Ma grand-mère est fière d’avoir autant de petits-enfants – dix –, avec seulement deux filles.
Quand elle entre dans le salon, elle fait souvent la même réflexion : « Franchement, votre parquet, je ne m’y fais pas. On a beau dire, le moderne, ça n’a pas le même cachet que l’ancien. Quand vous comparez avec celui de mon appartement, rue de Passy… »
Ma grand-mère porte toujours des chaussures à talons, des vêtements élégants et des boucles d’oreilles.
Après le repas, elle regarde mon père s’endormir sur le canapé. Elle l’admire. « Il travaille beaucoup votre père, vous savez, beaucoup », nous dit-elle. Puis elle nous répète inlassablement, comme tous les dimanches : « Les polytechniciens embauchent des polytechniciens ; les centraliens, des centraliens. Demandez à votre père (mais il dort, bonne-maman, il dort…), pour les écoles de commerce, c’est pareil: les HEC embauchent des HEC, et les ESSEC, des ESSEC. Que voulez-vous? Alors oui, pendant deux ans, la prépa, c’est dur, mais après, on est tranquille toute sa vie! »
Bonne-maman n’est jamais allée à l’école. Sa sœur aînée est morte de la tuberculose à deux ans. « À cause de ça, nous explique-t-elle, je n’ai jamais eu le droit d’aller à l’école ni de m’amuser, je n’ai jamais eu le droit de faire quoi que ce soit. Pas de patin à glace en hiver! Pas de baignade en été! Je n’avais le droit qu’à une seule chose: faire du piano! Mon père ne disait rien. La seule fois où j’ai eu le malheur de jouer à tape-tape la balle, dans le dos de maman, la balle a glissé sur sa chaussure et je me suis reçu une de ces paires de claques ! La balle a effleuré sa chaussure, et vlan ! Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu la joue rouge pendant tout l’après-midi. Maman était furieuse. »
Elle remet ensuite ses boucles d’oreilles et se lève. Mon père l’attend dans l’entrée, les cheveux ébouriffés – il vient de finir sa sieste, il bâille, ses lunettes sont de travers.
Ma grand-mère continue – elle parle maintenant de bon-papa, notre grand-père : « Henri aurait dû faire une troisième année. S’il l’avait faite, il aurait eu Polytechnique. Ne pas avoir fait une troisième année, c’est l’erreur de sa vie, l’erreur de sa vie. Son frère, Georges, disait la même chose. Tout le monde disait la même chose. Il aurait dû faire une troisième année, Hubert. Il était fait pour Polytechnique. »
Mon père acquiesce. Ma mère s’agace: «Combien de fois, maman, je vous ai dit que je ne voulais plus vous entendre parler de Georges ! Vous ne pouvez pas vous en empêcher?»
Ma grand-mère répond, cinglante: «Je crois qu’à mon âge, je n’ai plus d’ordre à recevoir.»
Quelques minutes après qu’elle est partie, mon père reproche à ma mère d’être excessive. Ma mère l’invective aussitôt, avec virulence : « Tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi ! » Mon père lève les yeux au ciel. Elle le foudroie du regard. Mon père fulmine, il serre les dents. Elle prend son manteau et claque la porte de l’appartement.
Bénédicte, ma sœur cadette, qui a essayé de retenir ma mère, s’énerve contre mon père. « On ne doit pas parler de Georges devant maman ! Elle l’a déjà dit plein de fois ! » Mon père se met à tourner en rond, il respire bruyamment, son visage se contracte, il a des tics nerveux, ferme ses poings, puis, d’un coup, retenant son souffle, se rue vers le placard au fond du couloir où il range ses chaussures et commence à les trier frénétiquement. « Mais pourquoi j’ai épousé cette connasse… Elle est incapable de se contrôler ! » Il la traite ensuite de dégénérée et d’hystérique.
Bénédicte attrape Augustin, notre petit frère âgé de trois ans, et l’emmène dans sa chambre. Élise, qui vient de naître, dort dans son berceau. Olivier, mon frère cadet, s’assoit dans le couloir et se met à pleurer. Mon père ne le voit pas. Je vais le consoler.

Lorsque ma mère revient, avec les yeux rouges et des gâteaux achetés à la boulangerie Durand – la seule ouverte le dimanche –, Bénédicte, Olivier et Augustin lui sautent au cou. Je reste dans ma chambre.
Le matin, la plupart du temps, c’est notre père qui nous emmène à l’école. Il salue toujours les mêmes personnes, habillées et coiffées comme lui, en costume-cravate. Il porte souvent un imperméable beige et des mocassins en cuir. »

Extrait
« Elle continue à me regarder droit dans les yeux et entame la liste de toutes les choses qu’elle regrette d’avoir faites et me demande pardon pour les coups, les claques, la violence chronique, l’instabilité émotionnelle, l’insécurité, le poids qu’elle a fait peser sur moi, sur nous, le regret infini qu’elle a de ne pas avoir pris les choses en main plus tôt, et la souffrance que c’est encore, pour elle, tous les jours, d’avoir été la mère qu’elle a été.
Je ressens une émotion impossible à accueillir. J’ai envie de lui dire que ce n’est pas de sa faute, que ce n’est pas grave, mais en même temps ma vie est tellement douloureuse parfois.
«Tu sais, j’ai accumulé beaucoup d’’injustices en moi, poursuit-elle. Beaucoup de colère. Et je n’avais pas assez de repères. Avec bonne-maman, Georges, le suicide de Claude. La mort de papa. On ne pouvait pas parler de ces choses-là à l’époque, il n’y avait pas vraiment d’aide. »
Je suis dans un état de confusion totale.
«Alors, quand on souffre, soit on est dans le rejet, soit on s’attache à ce qui nous est le plus accessible, à ce qu’on nous a inculqué. Et parfois, on reste entre les deux.»
Je me sens entièrement démuni. Ma mère, dans un instinct de protection peut-être, cherche à prendre ma main.
J’ai les larmes aux yeux. Je la repousse. C’est trop difficile pour moi.
«Pierre…»
Elle se rapproche de moi, pose sa main sur la mienne. » p. 203-204

À propos de l’auteur
Nicolas RodierNicolas Rodier © Astrid di Crollalanza

Nicolas Rodier est né en 1982 à Paris où il vit. Sale bourge est son premier roman. (Source: Éditions Flammarion)

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Se le dire enfin

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En deux mots:
Édouard laisse sa femme en plan en gare de Rennes pour suivre une romancière britannique. Il ne sait pas encore que cette escapade va le conduire à faire la connaissance d’un groupe de «cabossés de la vie» qui, comme lui, cherchent à se reconstruire. La forêt de Brocéliande et ses mystères va servir de cadre à leur quête.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts!»

Le septième roman d’Agnès Ledig est une quête de vérité, de ce réel que l’on cache trop longtemps et qui a besoin d’un concours de circonstances exceptionnel pour qu’on ose se le dire enfin.

Dès les premières pages vous êtes pris par l’intrigue. Il faut dire qu’il y a de quoi. Imaginez un couple rentrant de vacances en Bretagne. Devant la gare de Vannes, ils prennent le temps de prendre un dernier verre lorsque Édouard, le mari, décide de venir en aide à une vieille dame lourdement chargée. Quelques minutes plus tard, Armelle, son épouse voit le car pour Rennes passer devant elle. «Un indéfinissable mélange de colère et de panique s’empara d’elle quand elle aperçut son mari assis sur un siège à côté de la vieille dame au chapeau.» On va découvrir par la suite que ce coup de tête était un mouvement salutaire, le déclencheur d’une remise en cause d’une vie qui ne lui convenait plus, entre routine, désamour et démotivation.
Mais n’anticipons pas. Aux côtés d’Édouard, une romancière britannique part retrouver la maison d’hôtes où tous les ans elle vient chercher calme et inspiration. C’est là, à l’orée de la forêt de Brocéliande qu’elle lui propose de séjourner. En fait, elle a une idée derrière la tête. Car Édouard pourrait bien être le personnage de son prochain livre. Car cet invité inattendu, elle le pressent, cache quelques secrets.

C’est du reste aussi le cas de la petite communauté qui vit là, à commencer par Gaëlle, la propriétaire des lieux qui tente de cicatriser ses blessures en offrant à ses hôtes toute son attention et sa bienveillance. Comme son fils Gauvain et comme la belle et rebelle Adèle qu’elle héberge aussi, elle trouve dans la forêt de Brocéliande de quoi se ressourcer, de quoi puiser une énergie nouvelle.
A cette photo de groupe, il ne faut pas oublier d’ajouter Raymond, le vieux sage qui a aussi traversé bien des épreuves et dont la philosophie de vie est source d’encouragement pour tous ces cabossés de la vie qu’observe Platon. Le chat ne perd rien des allées et venues de chacun, intrigué et quelquefois amusé par les atermoiements des uns, les lubies des autres.
D’abord centré sur ses problèmes, «pris au piège d’un fonctionnement tacite accepté il y a bien longtemps», Édouard va peu à peu s’ouvrir aux autres, découvrir qu’il peut aussi aider ces personnes qu’il côtoie et dont les traumatismes ne sont pas moindres que les siens. La confiance s’installe et chacun accepte de partager ses secrets. La fuite face à un père violent pour Adèle, l’hypersensibilité pour Gauvain, la douloureuse solitude pour Gaëlle qui le pousse à lui faire cet aveu. Il a retrouvé la trace d’Élise, son amour de jeunesse: «Nous nous sommes quittés à dix-sept ans, nous en avons cinquante, l’histoire est incroyable.»
Agnès Ledig a cette faculté, roman après roman, de donner au fil des pages davantage d’épaisseur à ses personnages. Quand on imagine les avoir enfin cernés, on se rend compte d’une nouvelle faille ou au contraire d’une force jusque-là insoupçonnée. Comme le ferait un tailleur de diamant, elle briller les facettes les unes après les autres pour livrer un bijou aussi complexe que beau. Mais cette fois, elle y rajoute un ingrédient, la magie du lieu.
Brocéliande, cette forêt qu’elle a longuement étudiée avant de l’arpenter longuement avec l’aide d’un guide, tient en effet un rôle central dans cette thérapie de groupe. C’est du reste à Val-André que la romancière a écrit son roman, au plus près de cette forêt. Et quand la géographie se met au service de l’introspection, on en viendrait presque à ressentir les vibrations de ce territoire. Comme l’a si bien dit Chateaubriand, chez qui m’a offert le titre de cette chronique :
« Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts!
A quel amant jamais serez-vous aussi chères?
D’autres vous rediront des amours étrangères;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts. »

Se le dire enfin
Agnès Ledig
Éditions Flammarion
Roman
432 p., 21,90 €
EAN 9782081457966
Paru le 26/02/2020

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Bretagne, entre Vannes, Rennes, Val-André et les sentiers de la forêt de Brocéliande, mais aussi à Paris et dans le Jura.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour de vacances, sur le parvis d’une gare, Édouard laisse derrière lui sa femme et sa valise. Un départ sans préméditation. Une vieille romancière anglaise en est le déclic, la forêt de Brocéliande le refuge. Là, dans une chambre d’hôtes environnée d’arbres centenaires, encore hagard de son geste insensé, il va rencontrer Gaëlle la douce, son fils Gauvain, enfermé dans le silence d’un terrible secret, Raymond et ses mots anciens, Adèle, jeune femme aussi mystérieuse qu’une légende. Et Platon, un chat philosophe. Qui sont ces êtres curieux et attachants ? Et lui, qui est-il vraiment ? S’il cherche dans cette nature puissante les raisons de son départ, il va surtout y retrouver sa raison d’être.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Parisien (Sandrine Bajos)
Mariefrance
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
Platon s’approcha de l’arbre à pas de loup, grimpa le long du tronc couvert d’une mousse épaisse, ses griffes largement déployées pour atteindre l’écorce et s’y agripper. Deux énormes branches jumelles – qui, à deux mètres du sol, partaient à l’opposé l’une de l’autre – offraient à son corps gracile une zone plane et confortable. Il s’allongea et ferma les yeux. Le chat pouvait rester ainsi des heures sans bouger. À l’affût du moindre bruit, en sécurité, perché là-haut au bord d’une clairière calme.
Le temps s’écoulait, rythmé par l’agitation alentour et les nombreux chants d’oiseaux.
Le bruissement des feuilles répondait au murmure imperceptible des graminées qui dansaient dans le vent.
L’animal, enveloppé de verdure, se laissait bercer par le concert que la nature lui jouait, riche de milliers de solistes.
Platon ne céderait jamais sa place car il sentait qu’elle était sienne. Rien ne pouvait s’opposer à cette douce vérité.
Après sa sieste, il pandicula avec soin puis s’éloigna comme il était venu, vers sa maison de Doux Chemin, intrigué par cette sensation éprouvée durant son sommeil. Il se retourna juste avant de bifurquer vers le sentier qui menait au hameau, pour regarder le tilleul une dernière fois.
Rien ne serait plus comme avant.

Quai numéro 1
Édouard raccrocha, un sourire satisfait sur les lèvres.
Il observait sa femme apporter quelques corrections à son maquillage à l’aide de son miroir de poche. Longs cils, grands yeux noisette, pommettes hautes, lèvres pulpeuses, chevelure soyeuse. Son épouse était une très belle femme. Longtemps il avait ressenti cette fierté de voir les hommes se retourner sur son passage, lorsqu’il l’avait à son bras. Assis en terrasse sur le parvis de la gare de Vannes, ils terminaient leur verre. Leur TGV entrerait bientôt en gare pour les déposer à Paris. Ils reprenaient le travail deux jours plus tard. Armelle était heureuse de rentrer. Ce séjour dans le golfe du Morbihan avait eu beau être charmant, elle n’avait pas pu décrocher de ses mails professionnels dont elle était inondée au quotidien. Une négligence de deux semaines l’aurait condamnée à la noyade dès son retour. De quoi la rendre nerveuse durant toutes les vacances. Et puis, Armelle avait engagé un processus important avant leur départ. Elle était impatiente d’en constater les effets.
— Le notaire, annonça Édouard en rangeant le téléphone dans sa poche. La maison de ma mère est vendue.
— En voilà une bonne nouvelle ! Nous allons enfin pouvoir refaire la cuisine.
— Elle est encore fonctionnelle, non ?
— On voit bien que tu n’y passes pas beaucoup de temps !
Alors qu’il avalait en silence cette dernière remarque, Édouard aperçut une vieille dame, petite et menue, qui sortait de la gare. D’une main, elle tirait avec difficulté une lourde valise sur laquelle était calé un gros vanity-case. De l’autre, elle tenait un sac à main en cuir rouge. La femme portait un élégant chemisier à fleurs sur une jupe plissée, et sa chevelure blanche relevée en un chignon parfait était surmontée d’un chapeau en feutre de couleur crème orné d’une fine dentelle. De minuscules lunettes rondes menaçaient de s’échapper du bout de son nez. Un personnage d’Agatha Christie, se dit Édouard, jusque dans les moindres détails, hormis des baskets aux pieds qui la reliaient à la modernité au même titre qu’un éclairage LED dans une grotte du paléolithique. Elle s’immobilisa, leva la main pour se protéger du soleil et poussa un bruyant soupir en scrutant au loin les autobus en correspondance.
— Vous voulez de l’aide ? proposa Édouard en se levant.
— Well ! Voilà qui est fort aimable, cher monsieur, répondit-elle avec un fort accent anglais. Cette valise doit peser autant livres que moi.
— Fais vite, s’agaça Armelle, le train ne va pas tarder.
— Au pire je te rejoins sur le quai, dit Édouard en enfilant son sac à dos. C’est juste à côté.
— Tu ne veux pas me laisser ton sac ?
Il ne répondit pas.
Armelle les regarda s’éloigner sur le parvis en direction de la gare routière, de l’autre côté de la route. Son mari avait pris un peu d’embonpoint ces dernières années. Il était grand, pour le moment cela se voyait peu. L’âge et l’effet d’un certain relâchement alimentaire œuvraient. Si l’ensemble restait tonique, le ventre commençait à prendre ses aises. Armelle lui faisait régulièrement la remarque, elle qui entretenait son corps à l’équerre comme une haie de thuyas. Il lui renvoyait toujours un « à quoi bon ? » blessant.
Après tout, c’est son problème, pensa-t-elle sans état d’âme.
Édouard portait le gros vanity-case d’une main et tirait la valise dont les roulettes martelaient le pavé tel un roulement de tambour sur le chemin du condamné vers l’échafaud. L’idée lui glaça le sang. Pourquoi cette image alors qu’il n’avait aucune raison de ressentir la situation comme telle? La vieille dame suivait en trottinant derrière lui, sans se laisser distancer. Ils disparurent derrière le premier bus de la rangée.
Armelle ferma son miroir d’un geste lent. Saisir un verre, ouvrir son agenda, écrire un message sur son téléphone, chaque mouvement de ses doigts fins toujours parés d’un vernis rouge était gracieux. Elle rassembla ses affaires, sortit son porte-monnaie pour régler les consommations. Le train serait bientôt en gare et Édouard ne revenait pas. Elle hésitait à l’appeler pour lui préciser l’horaire de départ. Il le connaissait. Elle se fit violence pour ranger son téléphone dans son sac et pesta contre l’irresponsabilité de son mari.
Debout, chargée de bagages, elle vit le troisième bus s’engager sur la route à destination de Rennes et passer à sa hauteur. Son regard s’attarda sur les occupants. Un indéfinissable mélange de colère et de panique s’empara d’elle quand elle aperçut son mari assis sur un siège à côté de la vieille dame au chapeau.
Édouard la regarda à peine avant de tourner la tête. Cette lâcheté légendaire qu’elle lui avait toujours prêtée, sans pour autant l’imaginer capable d’un tel acte.
L’autocar venait de disparaître au bout de la rue quand un haut-parleur annonça l’arrivée imminente du TGV pour Paris.
Quai numéro 1. »

Extraits
« Il était pris au piège d’un fonctionnement tacite accepté il y a bien longtemps. À y réfléchir, dès le début de leur relation. Tout s’était construit sur cette dépendance et si cela l’avait flatté un temps, lui donnant de l‘importance voire un côté indispensable, il comprit alors à quel point il s’y sentait désormais prisonnier. Assis sur un tronc mort, il se noyait dans ses pensées, sombrait, refaisait surface, sombrait à nouveau. Il comprenait, dans un cruel constat, quel élément, de l’air ou de l’eau, constituait sa vie de couple. Il ignorait cependant le temps qu‘il lui faudrait pour trouver une zone où il avait pied. Pour l‘instant, l‘urgence était de trouver l’air. » p. 56

« Élise Lenoir
3, rue des Mouettes
22370 Pléneuf-Val-André

Val-André, le 10 août 2018

Mon cher Édouard,
Je remercie le destin de m’avoir permis de te retrouver juste au moment où j’avais besoin de t’écrire.
Je peux ainsi t’envoyer cette petite lettre, comme nous nous l’étions promis il y a maintenant si longtemps, pour t’annoncer que j’ai enfin réalisé mon rêve d’adolescente.
À cinquante ans, il était temps!
J’ai fait confiance à la vie…
J’espère que tu as réalisé le tien, l’idée était si belle et si importante à tes yeux…
Je pense souvent à toi. je ne t’ai pas oublié.
Je ne t’oublierai jamais. Comment pourrais-je…
Je t’embrasse,
Clic-clac,
Élise » p. 103

« Personne ne pouvait soupçonner la force du lien entre eux. De ces liens étranges qui existent déjà avant que les êtres se connaissent et frappent la rencontre du sceau de l’attachement inné et indéfectible. Cela avait permis à Raymond de comprendre l’enfant malgré le mur de silence et à Gauvain d’abandonner ses tourments à la confiance du vieux. Pas de passé à partager, dont il fallait tenir compte. Juste vivre le quotidien banal mais nourrissant, au propre et au figuré. Ce qu’on ne dévoile à personne, ils se le partageaient. Nul n’allait dans les endroits reclus qu’ils connaissaient, loin des sentiers battus et même des plus sauvages. Si Raymond avait parfois du mal à suivre, quand il était question de cèpes, de pieds-de-mouton et de bolets, il crapahutait comme un gamin à la chasse au trésor. Au diable ses articulations vengeresses. » p. 185

« Lui revint la description que Gaëlle avait fait de son fils, et qui le replongea au creux de sa propre enfance. L’hypersensibilité dont il avait souffert, sur laquelle il n’avait jamais posé de mots. Il avait dû appartenir à cette catégorie d’enfants différents qu‘on appelait aujourd’hui précoces, ou dys-quelque chose. Quarante ans plus tôt, ce genre de dépistage n‘était pas monnaie courante. Le comportement de cet adolescent le renvoyait à sa propre réalité – il en fut consolé. Sa différence, ressentie depuis toujours, ne lui apparaissait plus comme une faiblesse mais comme un fait dont il s’était accommodé. » p. 272

À propos de l’auteur
Agnès Ledig a d’abord exercé le métier de sage-femme, avant de se consacrer à l’écriture. Elle publie Marie d’en haut (Les Nouveaux Auteurs, 2011), Coup de cœur des lectrices Femme actuelle, avant de rejoindre les éditions Albin Michel avec Juste avant le bonheur (2013), qui remporte le prix Maison de la Presse, puis Pars avec lui (2014), On regrettera plus tard (2016), De tes nouvelles (2017) et Dans le murmure des feuilles qui dansent (2018). Son septième roman, Se le dire enfin, est édité chez Flammarion en 2020.
Elle écrit également des albums jeunesse illustrés par Frédéric Pillot. On leur doit Le petit arbre qui voulait devenir un nuage (Albin Michel Jeunesse, 2017) et Le Cimetière des mots doux (Albin Michel Jeunesse, 2019). En 2020, ce duo lance une nouvelle série chez Flammarion Jeunesse, collection «Père Castor», Mazette est très sensible et Mazette aime jouer. Depuis 2018, Agnès est «ambassadonneuse» de l’Établissement français du sang (EFS) afin de promouvoir le don de sang auprès du grand public. (Source: lisez.com)

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La vraie vie

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En deux mots:
La narratrice grandit au sein d’une famille dirigée par un père violent. Avec son petit frère Gilles, ils essaient de l’éviter autant que faire se peut. Mais un accident violent traumatise Gilles et va pousser sa sœur à tenter de trouver une solution pour lui redonner le goût de vivre.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

La nuit du chasseur

Adeline Dieudonné marquera cette rentrée littéraire 2018. Car outre le succès public et les nombreux prix venus couronner La vraie vie, elle prend d’emblée place parmi les plumes qui comptent dans la littérature francophone contemporaine.

L’inventaire est impressionnant. Il n’y a quasiment pas un média – télévision, radio et presse écrite – qui ne se soit penché sur le premier roman d’Adeline Dieudonné pour en souligner les qualités. J’en viens du reste à me demander s’il est bien utile pour le modeste blogueur que je suis de poursuivre la série d’éloges, car j’ai moi aussi succombé aux charmes de «La vraie vie» et à cette histoire digne du Stephen King de «Misery».
Du coup, ma chronique sera un collage qui rendra par la même occasion hommage aux plumes qui ont analysé ce formidable suspense. Comme l’écrit Jérôme Garcin dans L’Obs, le livre s’ouvre «par le spectacle mortifère d’une faune empaillée dont le totem est une défense d’éléphant: félins, cerfs, daguets, sangliers, gnous, oryx, impalas, hyènes, tous tués par le père, un viandard éthylique en tenue militaire, qui les expose comme autant de trophées dans une pièce muséale de son pavillon d’une sinistre banlieue belge.» Un père violent et prédateur, «un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca.»
En face de lui, une ombre comme le dit Laurence Houot sur Culturebox: «Une femme maigre, avec des long cheveux mous (…) La famille redoute ses accès de colère froide, qui finissent toujours par s’abattre sur la mère.»
Reste la narratrice, 11 ans, et son petit frère Gilles. Ils tentent de s’en sortir, se livrant à leurs jeux dans la casse auto, en rendant visite à une voisine conteuse, en attendant le marchand de glace. Jusqu’au jour où ce dernier est victime d’un grave accident, la bombe de crème chantilly lui explosant au visage.
C’est Frédérique Roussel qui nous livre la suite dans Libération: «Des images cauchemardesques ont envahi les jeunes têtes. Le frère de 8 ans a une réaction de repli autistique et se délecte désormais de torture animale. Elle, elle est déterminée à le sauver du monstre qui l’a investi, jusqu’à imaginer construire une machine à voyager dans le temps pour revenir juste avant la scène du glacier.»
La narratrice se souvient de «Retour vers le futur», mais pour reproduire ce bond dans le passé, elle a besoin d’en savoir plus. Les cours du professeur Pavlović vont l’aider à progresser et à devenir une championne de la physique quantique.
Mais Gilles s’est rapproché de son père pendant ce temps, s’est inscrit au club de tir et a pris ses distances avec sa sœur qui, comme sa mère va devenir une proie lors d’une partie de chasse mémorable.
Pascal Blondiau dans «Le carnet et les instants», résume parfaitement combien «cette histoire de révolte, de résilience, de rage à vivre la vraie vie» nous est servie «dans un registre narratif pur, extrêmement visuel et sensible, d’une clarté et d’une efficacité absolue, soutenue par des métaphores cinglantes». Et laissons la conclusion à Alexandre Fillon dans Sud-Ouest Dimanche : Une chose est certaine, Adeline Dieudonné arrive parfaitement à prendre son lecteur en otage et à le surprendre du début à la fin. Il y a quelque chose de Joyce Carol Oates chez elle. L’avenir lui appartient.»

La vraie vie
Adeline Dieudonné
Éditions L’Iconoclaste
Roman
270 p., 17 €
EAN : 9782378800239
Paru le 29 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas précisé.

Quand?
L’action se situe à notre époque.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.
LA POÉTIQUE DU CAUCHEMAR
La Vraie Vie est un roman initiatique détonant où le réel vacille. De la plume drôle, acide et sans concession d’Adeline Dieudonné jaillissent des fulgurances. Elle campe des personnages sauvages, entiers. Un univers à la fois sombre et sensuel dont on ne sort pas indemne.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Libération (Frédérique Roussel)
BibliObs (Jérôme Garcin)
La Croix (Jeanne Ferney)
Télérama (Christiane Ferniot)
Culturebox (Laurence Houot)
Actualitté (Béatrice Courau)
Le carnet et les instants (Pascal Blondiau)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Enfin livre! (Nicole Volle)


Adeline Dieudonné présente La vraie vie à La Grande Librairie © Production France Télévisions

Les premières pages du livre
« À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.
Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus… Quelques zèbres amputés du corps. Sur une estrade, un lion entier, les crocs serrés autour du cou d’une petite gazelle.
Et dans un coin, il y avait la hyène.
Tout empaillée qu’elle était, elle vivait, j’en étais certaine, et elle se délectait de l’effroi qu’elle provoquait dans chaque regard qui rencontrait le sien. Aux murs, dans des cadres, mon père posait, fier, son fusil à la main, sur des animaux morts. Il avait toujours la même pose, un pied sur la bête, un poing sur la hanche et l’autre main qui brandissait l’arme en signe de victoire, ce qui le faisait davantage ressembler à un milicien rebelle shooté à l’adrénaline du génocide qu’à un père de famille.
La pièce maîtresse de sa collection, sa plus grande fierté, c’était une défense d’éléphant. Un soir, je l’avais entendu raconter à ma mère que ce qui avait été le plus difficile, ça n’avait pas été de tuer l’éléphant. Non. Tuer la bête était aussi simple que d’abattre une vache dans un couloir de métro. La vraie difficulté avait consisté à entrer en contact avec les braconniers et à échapper à la surveillance des gardes-chasse. Et puis prélever les défenses sur la carcasse encore chaude. C’était une sacrée boucherie. Tout ça lui avait coûté une petite fortune. Je crois que c’est pour ça qu’il était si fier de son trophée. C’était tellement cher de tuer un éléphant qu’il avait dû partager les frais avec un autre type. Ils étaient repartis chacun avec une défense.
Moi, j’aimais bien caresser l’ivoire. C’était doux et grand. Mais je devais le faire en cachette de mon père. Il nous interdisait d’entrer dans la chambre des cadavres.
C’était un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca. En dehors de la chasse, mon père avait deux passions dans la vie : la télé et le whisky. Et quand il n’était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d’une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n’aurait pas vu la différence.
Ma mère, elle avait peur de mon père.
Et je crois que, si on exclut son obsession pour le jardinage et pour les chèvres miniatures, c’est à peu près tout ce que je peux dire à son sujet. C’était une femme maigre, avec de longs cheveux mous. Je ne sais pas si elle existait avant de le rencontrer. J’imagine que oui. Elle devait ressembler à une forme de vie primitive, unicellulaire, vaguement translucide. Une amibe. Un ectoplasme, un endoplasme, un noyau et une vacuole digestive. Et avec les années au contact de mon père, ce pas-grand-chose s’était peu à peu rempli de crainte. »

Extraits
« Il y a vachement, vachement longtemps, pas très loin d’ici, sur une montagne disparue, vivait un couple de dragons gigantesques. Ces deux-là s’aimaient si fort que la nuit ils chantaient des chants étranges et très jolis, comme seuls les dragons peuvent le faire. Mais ça faisait peur aux hommes de la plaine. Et ils n’arrivaient plus à dormir. Une nuit, alors que les deux amoureux s’étaient assoupis, rassasiés de leurs chants, ils étaient venus, ces crétins d’hommes, avec des torches et des fourches, sur la pointe des pieds, et ils avaient tué la femelle. Le mâle, fou de chagrin, avait carbonisé la plaine peuplée d’hommes, de femmes et d’enfants. Tout le monde était mort. Puis, il avait donné de grands coups de griffe dans la terre. Et ça avait creusé des vallées. Depuis, la végétation a repoussé, des hommes sont revenus, mais les traces de griffes sont restées. »
Les bois et les champs alentour étaient parsemés de cicatrices, plus ou moins profondes.
Cette histoire faisait peur à Gilles.
Le soir, il venait parfois se blottir dans mon lit parce qu’il croyait entendre le chant du dragon. Je lui expliquais que c’était juste une histoire, que les dragons n’existaient pas. Que Monica racontait ça parce qu’elle aimait bien les légendes, mais que tout n’était pas vrai. Au fond de moi-même, il y avait quand même un léger doute qui se baladait. Et j’appréhendais toujours de voir mon père rentrer d’une de ses chasses avec un trophée de dragon femelle. Mais, pour rassurer Gilles, je faisais la grande et je chuchotais : « Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie. » p. 16-17

« Le vieux s’est penché pour faire un joli tourbillon de crème sur ma glace. Ses yeux bleus grand ouverts, bien concentrés sur la spirale nuageuse, le siphon contre sa joue, le geste gracieux, précis. Sa main si proche de son visage. Au moment où il est arrivé au sommet de la petite montagne de crème, au moment où le doigt s’apprêtait à relâcher sa pression, au moment où le vieux se préparait à se redresser, le siphon a explosé. Boum.
Je me souviens du bruit. C’est le bruit qui m’a terrifiée en tout premier. Il a percuté chaque mur du Démo. Mon cœur a manqué deux battements. Ça a dû s’entendre jusqu’au fond du bois des Petits Pendus, jusqu’à la maison de Monica.
Puis j’ai vu le visage du vieux monsieur gentil. Le siphon était rentré dedans, comme une voiture dans la façade d’une maison. Il en manquait la moitié. Son crâne chauve est resté intact. Son visage, c’était un mélange de viande et d’os. Avec juste un œil dans son orbite. Je l’ai bien vu. J’ai eu le temps. Il a eu l’air surpris, l’œil. Le vieux est resté debout deux secondes, comme si son corps avait eu besoin de ce temps pour réaliser qu’il était maintenant surmonté d’un visage en viande. Puis il s’est effondré.
Ça ressemblait à une blague. J’ai même pu entendre un rire. Ça n’était pas un rire réel, ça ne venait pas de moi non plus. Je crois que c’était la mort. Ou le destin. Ou quelque chose comme ça, un truc bien plus grand que moi. Une force surnaturelle, qui décide de tout et qui se sentait d’humeur taquine ce jour-là. Elle avait décidé de rire un peu avec le visage du vieux.
Après, je ne me souviens plus très bien. J’ai crié. Des gens sont arrivés. Ils ont crié. Mon père est arrivé. Gilles ne bougeait plus. Ses grands yeux écarquillés, sa petite bouche ouverte, sa main crispée sur son cornet de glace vanille-fraise. Un homme a vomi du melon avec du jambon de Parme. L’ambulance est arrivée, puis le corbillard. » p. 34-35-36

« Je me suis souvenue d’un film que j’avais vu un jour, dans lequel un scientifique un peu fou inventait une machine à remonter le temps. Il utilisait une voiture toute bricolée avec plein de fils partout, il fallait rouler très vite, mais il y parvenait. Alors j’ai décidé que moi aussi j’allais inventer une machine et que je voyagerais dans le temps et que je remettrais de l’ordre dans tout ça.
À partir de ce moment-là, ma vie ne m’est plus apparue que comme une branche ratée de la réalité, un brouillon destiné à être réécrit, et tout m’a semblé plus supportable. » p. 50

« Quand toute sa rage a eu fini de se déverser sur le type, il a regardé son poing plein de sang, l’air perplexe, se demandant si c’était le sien. Le type était incrusté dans son divan, comme un lapin dans l’asphalte d’une route de campagne. Du sang coulait de sa bouche pour aller se mélanger aux autres taches sur son tee-shirt. Dans les yeux de Gilles, j’ai vu la vermine exulter devant ce spectacle. Elle s’est remise à copuler, coloniser, dévaster le peu de terres encore fertiles et vivantes dans la tête de mon petit frère. » p. 84

« Il a dit « bon les enfants vous avez votre matériel? »
On a tous répondu « Oui ! »
« Ce soir, vous allez participer à votre première traque. La traque c’est… »
On aurait dit qu’il évoquait le souvenir d’une histoire d’amour.
C’est le moment où le lien se tisse entre vous et la bête. Un lien unique. Vous verrez que c’est la bête qui décide. À un moment, elle s’offre à vous parce que vous avez été le plus fort. Elle capitule. Et c’est là que vous tirez. Ça demande de la patience. Il faut harceler votre proie jusqu’à ce qu’elle décide qu’elle préfère la mort. Vous allez comprendre que ce qui vous guide vers cotre proie, ce ne sont pas vos yeux ni vos oreilles. C’est votre instinct de chasseur. Votre âme entre en communion avec celle de la bête et vous n’avez plus qu’à laisser vos pas vous mener à elle, calmement, sans vous presser. Si vous êtes de vrais tueurs, ça devrait être facile.
Cette nuit, il n’y aura pas de mise à mort. Juste la traque. Et la proie sera … » p.179

À propos de l’auteur
Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Dramaturge et nouvelliste, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié une nouvelle, Seule dans le noir aux éditions Lamiroy, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie est son premier roman. (Source : Éditions de l’Iconoclaste)

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