La certitude des pierres

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  RL2020

En deux mots:
Après un séjour en Afrique, Guillaume retrouve ses parents et son village où il décide de devenir berger. Mais ses moutons gênent les chasseurs qui entendent ne pas céder un pouce de leur terrain de jeu. Le conflit va petit à petit s’envenimer jusqu’à une lutte sans merci.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Les moutons de la discorde

Dans un roman rural construit comme une tragédie grecque, Jérôme Bonnetto nous entraîne dans un conflit entre un berger et des chasseurs. Et à une réflexion sur la place de l’autre au sein d’une communauté repliée sur elle-même.

Comme le fils prodigue, Guillaume Levasseur a choisi de partir pour découvrir le vaste monde, en travaillant notamment pour des ONG en Afrique. Le voici die retour à Ségurian, un petit village de montagne où il retrouve ses parents, Jacques et Catherine. «À aucun moment ils n’eurent l’idée de lui faire le moindre reproche. Guillaume était devenu un homme. Le verbe, surtout, avait changé. Il s’exprimait mieux, ses phrases coulaient dans une syntaxe ample que des mots précis et nuancés irisaient. Il était devenu un homme fin et fort tout à la fois.»
C’est là, dans ce village de 400 âmes qui «n’était pas un pays mais un jardin», qu’il entend s’installer en communion avec la nature et reprendre le métier de berger qui avait disparu au fil des ans.
Une initiative que les autochtones vont d’abord regarder avec indifférence avant de constater que ces moutons gênent leur loisir favori, la chasse. Désormais, ils sont entravés dans leurs battues, gênés par le troupeau. Guillaume sait qu’il a le droit avec lui et refuse de dégager. Mais que peut le droit face aux traditions solidement ancrées et à une histoire qui s’est cristallisée au fil des ans autour de la famille Anfosso? Leur entreprise de construction règne depuis des générations sur le village. Il suffit d’une visite au cimetière pour comprendre la manière dont la communauté fonctionne: «En dehors des Anfosso, on y trouvait quelques noms connus. Pastorelli, Casiraghi, Barral, Leonetti. Des familles bien de chez nous. Deux ou trois d’entre elles avaient fait les grandes guerres. On leur avait donné un emplacement à l’ombre sous des pierres lourdes et admirables. D’autres avaient défendu l’Algérie française. Allée principale, plein soleil. Chacun était à sa place et de la place, il y en avait pour tout le monde. Au fond dormait le caveau de la famille Levasseur. La pierre était lisse et fraîche, elle n’avait pas eu le temps de se polir, de faire des racines. On jurerait qu’elle sonne creux. Seulement une génération sous la terre. Une pièce rapportée, des estrangers, des messieurs de la ville comme on dit.»
Au fil des jours, le conflit s0envenime, les positions se figent. La Saint-Barthélemy, le jour de la fête du village célébrée 24 août, marquant le point d’orgue d’une guerre qui ne va pas restée larvée. Un mouton est retrouvé égorgé et il ne fait guère de doute sur l’origine de l’attaque. Mais Guillaume préfère minimiser l’affaire et se concentrer sur l’accroissement de son troupeau. «On continuait de se regarder de travers, des regards tendus comme une corde de pendu, mais – et c’était bien l’essentiel – on partageait la montagne, même si on le faisait un peu comme on séparerait le bon grain de l’ivraie. La vie poursuivait son cours.»
Construisant son roman comme une tragédie grecque, avec unité de lieu et même un chœur de femmes qui «s’ouvrait sur une étrange mélodie, tremblante, incertaine, comme le vol d’une chauve-souris en plein jour», Jérôme Bonnetto réussit à faire monter la tension page après page jusqu’à cet épilogue que l’on redoute. Ce roman est à la fois un traité de l’intolérance, une leçon sur les racines de la xénophobie et un conte cruel sur l’entêtement qui peut conduire au pire, mais c’est avant tout un bonheur de lecture.

La certitude des pierres
Jérôme Bonnetto
Éditions Inculte
Roman
192 p., 16,90 €
EAN 9782360840274
Paru le 8/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, dans un village de montagne baptisé Ségurian.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ségurian, un village de montagne, quatre cents âmes, des chasseurs, des traditions. Guillaume Levasseur, un jeune homme idéaliste et déterminé, a décidé d’installer une bergerie dans ce coin reculé et paradisiaque. Un lieu où la nature domine et fait la loi. Accueilli comme une bête curieuse par les habitants du village, Guillaume travaille avec acharnement ; sa bergerie prend forme, une vie s’amorce.
Mais son troupeau pâture sur le territoire qui depuis toujours est dévolu à la chasse aux sangliers. Très vite, les désaccords vont devenir des tensions, les tensions des vexations, les vexations vont se transformer en violence.
La certitude des pierres est un texte tendu, minéral, qui sonde les âmes recroquevillées dans l’isolement, la monotonie des jours, l’hostilité de la montagne et de l’existence qu’elle engendre, la mesquinerie ordinaire et la peur de l’inconnu, de l’étranger.
D’une écriture puissante, ample, poétique, Jérôme Bonnetto nous donne à voir l’étroitesse d’esprit des hommes, l’énigme insondable de leurs rêves, et l’immensité de leur folie.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
La Cause littéraire (Cathy Garcia)
L’Espadon
Lireka, le blog
Blog Bonnes feuilles et mauvaise herbe
Blog Blacknovel 1
Blog Lire au lit
Blog sistoeurs.net

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
Le vent de Ségurian remonte le chemin Saint-Bernard et va se perdre tout en haut de la montagne, au-delà des forêts. C’est un vent tiède et amer comme sorti de la bouche d’une vieille, un souffle chargé de poussières de cyprès et d’olives séchées qui emporte avec lui les derniers rêves des habitants et les images interdites – les seins de la voisine guettés dans l’entrebâille -ment d’une porte, les rires des hommes à tête de chien, la dame blanche qui hante les bois. Dans sa course, il écarte ses bras et fait bruisser les feuillages des arbustes, les herbes folles, comme une rumeur. Partout sur les chemins, il efface les traces de pas.
Le village est plongé dans la torpeur, il est un corps suspendu, pour quelques instants encore, le temps de planter le décor.
On dort. Personne ne sait à qui appartient la nuit. Tout est gris-mauve et les chats ont des yeux de loup. La montagne le sait : bientôt, le disque solaire se reflétera dans la mer et la loi des hommes reprendra ses droits. Tout pourra recommencer.
On allume ici une lampe, là une cafetière, on fait glisser une savate, claquer l’élastique d’un slip. On avance à petits pas.
On a transpiré toute la nuit dans la mollesse des matelas, on s’est tourné et retourné en quête d’un peu de frais, pour quelques secondes à peine, puis on a retrouvé la chaleur froissée des draps. On en veut à l’autre d’être gras, de dégager toute cette moiteur, si bien qu’on a fini par le pousser un peu du talon, comme ça, en douce, pour gagner quelques centimètres.
La nuit peut être infernale par ici. On a cru que cette fois, on ne parviendrait pas à s’endormir, mais on a fini par y arriver, on a passé l’heure des braves, comme toujours, en bout de course, plus fatigué encore d’avoir lutté, les reins inondés de sueur tiède et la bouche sèche. Plus tard, on dira qu’il a fait chaud, juste pour lancer la conversation, mais on admet qu’on ne serait pas mieux dans le froid du Nord. On ne serait mieux nulle part ailleurs au fond. Inutile de chercher.
On est une race, un bois. La mesure se prend dans le ventre, on ne trouverait pas vraiment les mots pour bien l’expliquer. Ça se sent, voilà tout. C’est qu’on vient d’un pays à l’intérieur d’un autre pays comme la langue chante son accent local, son vocabulaire, une autre langue au fond de la langue, d’autres hommes parmi les hommes. C’est la terre qui décide ici, c’est elle qui trace les mêmes lignes sur les fronts, les mêmes cors aux pieds, les mêmes gestes. On est un bois, un bloc, une race.
On se comprend. On fait à notre idée. On a nos règles, les seules qui vaillent. Les autres peuvent passer, on les salue, de loin, comme ça. Du plus loin possible.
Les premiers rayons caressent la montagne. Chaque jour serait une naissance s’il n’y avait les hommes. Deux coups de chevrotine déchirent l’aube. Voilà, ça va commencer. Pas besoin de faire un dessin.

LA PREMIÈRE SAINT-BARTHÉLEMY
Il nous faut un homme, inconnu, avec un grand sac, un homme qui arrive par la route : le noir d’un point, d’une silhouette tout d’abord, longue, lointaine, puis un corps déjà, qui soulève un peu de poussière comme un petit nuage bas, puis un être, plus précis dans un savant contre-jour qui dessine le va-et-vient des cheveux au balancier de la marche, enfin un homme.
Il est grand, robuste. Il semble venir de loin. Il avance dans un frottement de jean, de cuir et de coton, arrangement naturel pour la mélodie légère des boucles métalliques du sac sur lesquelles rebondit une sorte de grigri africain. C’est la seule musique audible, juste suffisante pour égayer la marche.
On reste un peu avec lui, comme un ange invisible. On n’est pas si mal sur son épaule. On voit haut et bien. On écoute sa longue respiration que la barbe filtre. On s’en voudrait de fouiller dans ses poches ou d’ouvrir son sac. On saura bien assez tôt ce qu’il trimballe. Pour l’instant, il coupe la lumière prometteuse du matin.
Dans un virage s’esquisse à peine un petit chemin de terre. La pente est un peu plus rude par là, à l’écart de la route, et le soleil plus incisif, mais le chemin plus direct. Il n’est guère emprunté dorénavant et, malgré de longues années d’abandon, il résiste aux hautes herbes, comme si la terre, tellement foulée et refoulée, avait perdu toute vertu de fertilisation.
C’est ce chemin qu’il choisit, sans la moindre hésitation. Le village n’est plus qu’à un petit kilomètre, mais un kilomètre de rude montée en ligne presque droite. On aperçoit un ou deux lacets en contrebas des premières maisons, puis, tout là-haut, le clocher.
Le rythme de sa marche ne faiblit pas malgré la raideur de la pente. Par endroits, il pourrait presque toucher le sol simplement en tendant les bras. Son souffle s’accélère, raisonnablement. On ne perçoit pas de fatigue particulière. Parfois, les pierres roulent derrière lui, en entraînant d’autres au passage. Parfois, il prend appui sur une tige plus haute et plus solide que les autres, la serrant d’une main puissante. Parfois, les racines cèdent, alors il jette la tige dans les broussailles avant de s’agripper à une autre.
Il avance, mais c’est ici que l’on s’arrête. Le village est tout près. De dos, sa progression paraît encore plus rapide. Les herbes et le chemin au premier plan, il s’enfonce dans le cadre. On le devine désormais enroulant le dernier lacet. Puis sa tête disparaît.
C’était un 24 août. Guillaume Levasseur allait entrer dans le village.
C’était jour de fête. Comme tous les 24 août, on fêtait la Saint-Barthélemy et ce n’est pas rien.
Le 14 juillet, on faisait la fine bouche, on buvait un coup, on se couchait un peu plus tard, mais au fond on se préservait. Il y avait bien les enfants pour ouvrir de grands yeux devant le feu d’artifice, mais les anciens savaient que même les plus hautes fusées de la ville ne parviendraient jamais jusqu’au village. La révolution, on n’y était pas, on ne savait plus trop ce que ça signifiait. Il avait fallu trancher des têtes, on avait changé de salauds.
Le 24 août, c’était quand même autre chose. C’était la fête du Saint-Patron. Le reste du monde s’en contrefoutait et on adorait ça. Notre saint à nous. Bénédiction et protection. Ad vitam æternam, pour nous seuls.
Le 24 août, tout le village était sur la place jusqu’au petit jour. C’était chaque année la même musique, on n’aurait raté ça pour rien au monde. On y pensait longtemps à l’avance, dès les premières vapeurs de l’été, on se sentait bien quand la fête approchait, on se lançait des clins d’œil, on rejouait la partition des plus beaux millésimes, on élaborait sa propre mythologie, on fondait une nation.
C’est le 24 août qu’on était devenu homme, frère, amant, et fier surtout.
Même les jeunes de leur plus frêle maturité avaient mis deux trois sous de côté pour l’occasion. On tapait dans le cochon en porcelaine, on faisait les yeux doux à la grand-mère, on grattait ici et là, on prenait sur le permis de conduire s’il le fallait pour être à la hauteur et marquer l’histoire de son empreinte.
Le 24 août s’ouvraient les tiroirs, les penderies, parfois on tombait sur une vieille photo et on perdait un peu de temps dans la contemplation attendrie d’un autre soi déjà défunt. La Saint-Barthélemy était le mètre étalon de nos vies, l’arbre sur lequel on regardait passer les saisons. On oubliait toujours un peu trop combien on avait changé, mais on s’aimait bien au fond pour ce qu’on avait été dans ce qu’on était devenu. Puis on refermait la parenthèse et on finissait par se concentrer sur l’essentiel : trouver sa plus belle chemise, s’assurer qu’on rentrait toujours dans le pantalon. On sortait le sent-bon du fond de l’armoire, celui aux vertus magiques, on inondait le cou et les cheveux, on soulignait la raie sur le côté, on s’ajustait devant le miroir et on était prêt. »

Extraits
« Charles partageait avec Joseph l’entreprise de construction et il se pliait le plus souvent à ses décisions. C’était à son ombre qu’il avait poussé et, à Ségurian, l’ombre était un bien précieux. Parfois, Joseph emmenait son petit Emmanuel. Anfosso III. Mais Emmanuel n’aimait pas trop ça, aller au cimetière. L’idée de finir un jour sous la terre l’angoissait un peu, d’autant plus qu’on ne lui avait rien expliqué, on ne lui avait pas dit comment les choses émergent, passent et disparaissent. Il voyait la mort comme une punition. Et puis ce grand-père, il ne l’avait jamais connu. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire d’avoir les mêmes yeux? Ces yeux en amande, c’était comme une signature, une légende sous une photo. Anfosso. Le cimetière de Ségurian offrait son traité de sociologie à qui savait le lire. En dehors des Anfosso, on y trouvait quelques noms connus. Pastorelli, Casiraghi, Barral, Leonetti. Des familles bien de chez nous. Deux ou trois d’entre elles avaient fait les grandes guerres. On leur avait donné un emplacement à l’ombre sous des pierres lourdes et admirables. D’autres avaient défendu l’Algérie française. Allée principale, plein soleil. Chacun était à sa place et de la place, il y en avait pour tout le monde. »

« Au fond dormait le caveau de la famille Levasseur. La pierre était lisse et fraîche, elle n’avait pas eu le temps de se polir, de faire des racines. On jurerait qu’elle sonne creux. Seulement une génération sous la terre. Une pièce rapportée, des estrangers, des messieurs de la ville comme on dit. Va falloir qu’ils fassent leurs preuves, les Levasseur. Va falloir me remplir ce caveau avant d’élever la voix, avant de faire les fiers, avant de touiller la soupe au pistou. C’est comme ça, c’est l’ordre des choses. Guillaume était arrivé au pays par la voie Levasseur, un chemin un peu biscornu. Après avoir travaillé toute leur vie en ville, Jacques et Catherine Levasseur avaient décidé de partir, de goûter un peu à la tranquillité des villages perchés, loin des fourmilières déshumanisées parce que la vraie vie, finalement, c’était là, dans un espace retiré, en dialogue avec la nature, avec d’authentiques échanges et du temps pour profiter de ces authentiques échanges. De l’humain avant tout. Ils avaient voulu transmettre ça à leur enfant, ce sens-là de l’existence. Il y avait un monde qu’on ne comprenait plus vraiment tout en bas, un monde qui s’atrophiait et qui n’allait pas tarder à se déchirer. Il valait mieux dé poser les armes. On voulait terminer en beauté, dans la quiétude. Ils avaient emménagé dans la maison du grand- oncle Levasseur, un original dont on savait peu de choses. Il avait fait le tour du monde et fini sa course. »

« Les retrouvailles avaient dépassé toutes les espérances de Jacques et Catherine. Ils s’embrassaient, ils riaient, ils se racontaient des histoires. Guillaume avait travaillé en Afrique pour une ONG . Il avait passé des mois à installer des mini stations d’épuration dans de petites villes, dans des villages reculés. Il avait été très occupé. La mission terminée, il s’était permis de voyager quelques semaines à travers le continent, puis il était rentré. On n’en saurait pas beaucoup plus pour l’instant. À aucun moment ils n’eurent l’idée de lui faire le moindre reproche. Guillaume était devenu un homme. Le verbe, surtout, avait changé. Il s’exprimait mieux, ses phrases coulaient dans une syntaxe ample que des mots précis et nuancés irisaient. Il était devenu un homme fin et fort tout à la fois. »

« La troisième Saint-Barthélemy
Des mois étaient passés, on ne savait trop comment. On faisait aller. L’hiver replie les âmes sur elles-mêmes, rétracte les envies comme les coins d’une vieille lettre jetée aux flammes. Le berger avait fini par oublier les chasseurs, petit à petit, il avait cessé d’attendre une explication concernant la mort du mouton. L’assurance avait refusé de rembourser sous prétexte qu’il fallait le collier du chien pour preuve du préjudice. Finalement, Guillaume s’était recentré sur son travail et il avait fait fructifier, c’était le moins que l’on puisse dire. Les premières rentrées d’argent avaient dépassé ses espérances. Son cheptel s’était très vite fait une place sur le marché. C’est qu’il faisait de la qualité, le berger, tout le monde le disait dans le métier. Il commençait déjà à se faire un nom. Il voulait réinvestir sans attendre. Il prospectait déjà en vue d’acquérir de nouvelles bêtes jusqu’à doubler dès l’été son troupeau. Il n’avait aucun besoin : un peu d’essence dans la moto, quelques pochettes de tabac à rouler et, pour la nourriture, il vivait encore, sans se l’être explicitement formulé, dans le giron de Catherine, sa mère, qui n’arrivait jamais les mains vides et laissait chaque jour des plats cuisinés ou abandonnait ici et là des boîtes, des fruits et des sacs gorgés de victuailles. Guillaume faisait semblant de s’en offusquer, il soufflait, refusait, s’énervait même. » p. 77

« Les chasseurs, eux, étaient restés sur leur coup d’éclat. Ils menaient un mouton à zéro, ce n’était déjà pas si mal. Parfois, au café, une allusion échappait, des oreilles se tendaient, Charles et Lucien souriaient, Joseph faisait les gros yeux, et puis on passait à autre chose. Il y avait du boulot au chantier. On continuait de se regarder de travers, des regards tendus comme une corde de pendu, mais – et c’était bien l’essentiel – on partageait la montagne, même si on le faisait un peu comme on séparerait le bon grain de l’ivraie. La vie poursuivait son cours. » P. 78

« Au village, Jeanne avait très vite senti qu’on lui réservait un traitement spécial. Elle faisait la queue comme tout le monde à l’épicerie ou à la poste et elle notait à chaque fois comme un voile, un masque qui tombait sur le visage des employés quand venait son tour. Le geste amical laissait place à un ton poli, presque à l’excès parfois, toujours gêné. Jeanne sentait bien ces choses-là, elle avait développé dans son métier un instinct particulier, une perspicacité, elle savait lire les disputes des parents dans les yeux des enfants. » P. 88

« Le chœur des femmes se répandait discrètement dans l’air comme on souffle sur la fleur de pissenlit des dictionnaires Larousse. Rome s’est faite avec le chœur des femmes et le corps des hommes. On a détruit Babylone par corps d’hommes soumis au chœur des femmes. C’était il y a longtemps et tout cela finirait bien par changer. Mais pas à Ségurian. Le berger, ses moutons et ses problèmes. Le chœur des femmes s’ouvrait sur une étrange mélodie, tremblante, in certaine, comme le vol d’une chauve-souris en plein jour. Puis le chant fuguait un peu plus bas. Pianissimo . On hésitait un peu, même les femmes de chasseurs va cillaient, surtout celles qui avaient une tendresse pour la tranquillité et les bêtes blessées, mais il faudrait bien s’accorder. Il y en avait une ou deux qui parlaient plus fort que les autres au bout de la rue, les solistes entraînaient le chœur. » P. 102

« Quand l’épaule de Joseph se déroba sous la rondelle de bois, saint Barthélemy bascula en avant et se brisa aux pieds du chasseur. La tête se sépara du corps et roula sur deux mètres en accrochant la poussière. Après l’éblouissement, Joseph se releva et la ramassa. Il crut voir alors se dessiner sur le saint plâtre un petit sourire en coin, un sourire de berger. » P. 117

À propos de l’auteur
Jérôme Bonnetto est né à Nice en 1977 il vit désormais à Prague où il enseigne le français. La certitude des pierres est son troisième roman. (Source : Éditions Inculte)

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L’été circulaire

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En deux mots:
À 16 ans, Céline annonce à ses parents qu’elle est enceinte mais refuse de dire qui est le père de l’enfant. Une situation que son père n’accepte pas. Il entend faire payer le «coupable». La tension monte comme la température durant cet été dans le Vaucluse.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Un été presque ordinaire

« Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’ont jamais gagné aucune partie. »

Voilà un formidable roman construit comme une tragédie grecque, à la fois formidable analyse de l’âme humaine et thriller implacable. Marian Brunet réussit dès les premières pages, avec une scène-choc, à ferrer son lecteur. Dès lors, il ne lâchera plus cette histoire. Nous sommes près de Cavaillon dans un modeste pavillon où vivent Johanna, dite Jo (15 ans) et sa sœur Céline (16 ans) avec un père maçon et une mère au foyer. Quand Céline annonce qu’elle est enceinte, son père la gifle violemment. D’emblée on comprend que la violence est ici comme une seconde nature, que le bon a choisi de céder la place à la brute et au truand. « Chez eux, se souvient Johanna, une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’apprécier la chose, de dire « t’as de l’avenir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. »
Ici on tente de suivre des études tout en se disant qu’elles sont faites pour les autres, on attend les estivants pour partager avec eux les vacances faute de pouvoir rêver d’autres horizons. Le passe-temps favori, outre boire et fumer, ce sont les bals qui animent les soirées estivales. On y retrouve les voisins, les collègues et on y fait quelquefois des rencontres. « Céline a toujours aimé ça, reine de la fête, adulée des garçons – toutes bandes confondues. Même quand elle était plus jeune, il y avait des coins d’ombre où se laisser glisser contre le corps d’un petit ami, jouer à ne pas aller plus loin mais s’arrêter tout au bord. Eux rêvaient de ses doigts aux ongles roses sur leur petit pénis dressé; elle serrait amoureusement de grosses peluches gagnées à la carabine en espérant des mots d’amour. Et s’il fallait se laisser tâter maladroitement les seins pour obtenir de pauvres Je t’aime balbutiants et autres dérivés sans imagination, elle était prête. » Et voilà comment la jeune fille s’est retrouvée enceinte. Et voilà pourquoi son père n’envisage qu’une solution : qu’elle dise qui est le père et qu’elle l’épouse. Sauf que Céline ne veut rien dire, faisant ainsi monter la tension et laisser fleurir les hypothèses.
Car il faut laver l’affront, trouver le responsable, le faire avouer. Toutes les fréquentations de Céline sont passées au crible. Jo est questionnée et voudrait bien pouvoir aider son père, mais « la vérité, c’est qu’elle n’en sait vraiment rien, de qui a mis sa sœur enceinte. En faisant le compte à rebours, trois mois en arrière, elle voit pas. Difficile de savoir, avec sa sœur. Du temps a passé, depuis les tripotages derrière les autos-tamponneuses. Elle est belle, Céline, mais faut pas croire que pour certains, elle est autre chose qu’une pute. »
La colère du père ne va cesser de grandir et, se mêlant d’effluves racistes, va se diriger contre un jeune d’origine maghrébine, cible idéale pour asseoir son besoin de vengeance. Il y a du Dupont-Lajoie dans cet homme-là.
Et à mesure que l’été avance, que la chaleur écrase le Lubéron, que l’on s’amuse en allant plonger dans les piscines des maisons encore inoccupées où en s’incrustant dans les fêtes des nantis, le drame va se nouer.
La chronique sociale se transforme alors brutalement en une tragédie aux rebondissements multiples que Marion Brunet orchestre avec maestria. Voilà sans aucun doute l’un des livres à emporter avec vous pour les vacances!

L’été circulaire
Marion Brunet
Éditions Albin Michel
Thriller
000 p., 18 €
EAN : 9782226398918
Paru le 1er février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Vaucluse, à l’Isle-sur-la-Sorgue, à Avignon avant de prendre la route vers Marseille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Fuir leur petite ville du Midi, ses lotissements, son quotidien morne: Jo et Céline, deux sœurs de quinze et seize ans, errent entre fêtes foraines, centres commerciaux et descentes nocturnes dans les piscines des villas cossues de la région. Trop jeunes pour renoncer à leurs rêves et suivre le chemin des parents qui triment pour payer les traites de leur pavillon.
Mais, le temps d’un été, Céline se retrouve au cœur d’un drame qui fait voler en éclats la famille et libère la rage sourde d’un père impatient d’en découdre avec le premier venu, surtout s’il n’est pas «comme eux».
L’été circulaire est un roman âpre et sombre, portrait implacable des «petits Blancs», ces communautés périurbaines renfermées sur elles-mêmes et apeurées. L’écriture acérée, la narration tendue imposent d’emblée le talent de Marion Brunet.

Les critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le Temps (Jean-Bernard Vuillème)
Blog Encore du noir
Publik’ArtPublik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Ecri’turbulente


Marion Brunet présente L’été circulaire dans La Grande Librairie. © Production France Télévisions

Les premières pages du livre:
« Chez eux, se souvient Johanna, une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’apprécier la chose, de dire « t’as de l’avenir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’ont jamais gagné aucune partie. C’était mort au départ, atout ou appât, elles pouvaient s’asseoir sur l’idée même du jeu, vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles.
Ce soir, Céline, c’est pas une main au cul qu’elle se prend, c’est une main dans la gueule. Le père, fou de rage, s’en étouffe à moitié. Déjà qu’il n’a pas beaucoup de vocabulaire, là, c’est pire. Il retourne la tête de sa fille de son énorme paluche de maçon; elle s’écroule sur le sol de la cuisine – un tas de tissu mouillé. Ça fait un bruit bizarre, comme si des petits bouts d’elle s’étaient brisés.
– C’est qui?
Céline est bien incapable de répondre, même si elle avait décidé de parler. Elle tente de reprendre sa respiration. Ses cheveux pendent en rideau, on ne voit ni ses yeux ni sa bouche. Jo voudrais bien l’aider mais elle sent ses pieds vissés au sol comme ceux d’un lit de prison.
La cuisine sent le détergent et la lavande, fragrance de pub pour le grand Sud, cigales et compagnie.
– C’est qui l’ordure qui t’a fait ça? C’est qui, le fils de pute sorti du con d’une chienne, qui a osé faire ça?
La mère remplit un verre d’eau. Il lui échappe des mains et roule dans l’évier en inox. Elle chuchote Arrête, mais sans conviction. D’ailleurs, on ne sait même pas à qui elle s’adresse.
– Tu vas répondre, oui?
Et puis le père cesse de crier. Son menton se met à trembler, une menace bien pire – Jo détourne les yeux. La mère s’accroupit, son verre d’eau à la main, et elle relève le visage de Céline sans douceur. Elle l’a jamais eue, faut dire. L’espace d’un petit instant, on pourrait se demander si elle va lui jeter l’eau au visage ou l’aider à boire. Céline pousse le sol d’une main, s’agrippe de l’autre au poignet de sa mère. L’eau déborde, coule sur le genou nu de la mère qui s’en agace. Dans un mouvement de recul, elle pose le verre par terre, se redresse difficilement – une très vieille femme, d’un coup, malgré son air d’avoir toujours trente ans. Céline lâche son poignet, reste prostrée sur un coude. Sa bouche a enflé, son nez semble tordu. Le père n’a jamais frappé aussi fort. Elle saisit le verre pour boire mais l’eau coule à côté, sur son menton et sur son tee-shirt décoré d’une vanité rose avec des paillettes autour, et du sang aussi qui jaillit en bulles de sa narine droite. Des milliers de pointes lui cisaillent le ventre.
Le père a croisé les bras, il a repris des forces jusque dans sa posture, et il défie Céline du regard. Elle a les yeux pleins d’eau, les joues creuses à force de serrer les dents.
– Elle dira rien, siffle la mère. Elle dira rien, cette garce. »

Extraits
« Manuel lève la tête et tend son regard vers les murs. Endetté jusqu’au cou mais propriétaire de sa maison en carton-pâte, de sa maison au crépi rose dans le lotissement social construit par une mairie vaguement socialiste, dans les années 80. Seulement il doit encore tellement de fric à son beau-père que c’est pas vraiment comme si elle était à lui. C’est plutôt comme si elle était à sa femme, la maison. Quand il y pense un peu trop, il a l’impression qu’on lui a coupé les couilles à la faucille. Et maintenant sa fille [enceinte à 16 ans], comme s’il était incapable de la surveiller. Au grand jeu de la vie, lui non plus n’a pas écrit les règles. Le problème, c’est qu’il pensait le contraire. »

« La bizarrerie a ses avantages. À force de faire semblant de ne pas la voir pour éviter son regard, les gens finissent par oublier qu’elle est là. Ça autorise certaines excentricités, et il lui arrive d’en abuser, histoire d’entretenir cette licence de petite folie, cet écran de trouble entre elle et les autres. Là, face au père, elle en a besoin. La vérité, c’est qu’elle n’en sait vraiment rien, de qui a mis sa sœur enceinte. En faisant le compte à rebours, trois mois en arrière, elle voit pas. Difficile de savoir, avec sa sœur. Du temps a passé, depuis les tripotages derrière les autos-tamponneuses. Elle est belle, Céline, mais faut pas croire que pour certains, elle est autre chose qu’une pute. »

« Ici, tout ce qui sort un tant soit peu de l’ordinaire est commenté, décortiqué, devient sujet. Dans le viseur des langues de comptoir, prophétiques et avinées, pas d’expédient sauf l’habitude. Seule l’habitude peut rendre banal ce qui ne l’est pas. »

« Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’ont jamais gagné aucune partie. C’était mort au départ, atout ou appât, elles pouvaient s’asseoir sur l’idée même du jeu, vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles. »

« Il en jouit, de sa solitude supérieure, c’est sa came. Et puis elle est belle cette fille enceinte sortie d’on ne sait où. Pas le genre de la maison, c’est sûr, et ça, ça l’excite drôlement, le fils de bonne famille. Et comme son intelligence lui offre l’élégance d’un cynisme vaguement désespéré, il s’autorise à penser que oui, ce serait amusant de la sauter, avec son gros ventre et sa vulgarité qui affleure sous chaque éclat de rire. Ce serait beau, décadent, nouveau. Il s’ennuie tellement.
– Mais quoi? Pourquoi tu me regardes comme ça?
Céline glousse et entame la troisième bière que lui tend Côme.
Il se sent dégueulasse, et il trouve ça délicieux. »

À propos de l’auteur
Auteure reconnue en jeunesse pour ses romans Young Adult publiés chez Sarbacane et récompensés par plus de 30 prix comme le prix Unicef de littérature jeunesse 2017, Marion Brunet, née en 1976, a travaillé comme éducatrice spécialisée. Elle vit à Marseille où elle est lectrice pour diverses maisons d’édition et anime des rencontres littéraires auprès des scolaires. (Source : Livres Hebdo)

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Les peaux rouges

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que les anti-héros genre «gros dégueulasse» sont plutôt rare dans la littérature française contemporaine. Avec Amédée nous avons affaire ici à un raciste ordinaire qui dit tout haut ce qu’il pense et ne se soucie guère du qu’en dira-t-on et encore moins du politiquement correct.

2. Parce que, comme l’écrit si bien Virginie Neufville « Les Peaux Rouges est un premier roman original qui dénonce le racisme en utilisant ses mécanismes. Construit comme une fable, le récit ne prétend pas pourtant à une morale quelconque. Le personnage d’Amédée Gourd est succulent malgré la noirceur de son esprit. Parfois, on se retrouve en absurdie. On sent qu’Emmanuel Brault s’est amusé en le construisant, en le faisant parler et user d’expressions erronées. Si sa haine de l’autre ne l’emportait pas, on en viendrait même à le trouver touchant.

3. Parce que le monde qu’imagine Emmanuel Brault semble à la fois si proche de nous et totalement éloigné d’une conception apaisée de la démocratie. Les «rouges» formant le peuple honni par les désormais célèbres «Français de souche». Du coup, cette anticipation sonne comme une mise en garde aussi ironique que salutaire.

Les peaux rouges
Emmanuel Brault
Éditions Grasset
Roman
198 p., 17,50 €
EAN: 9782246813132
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j’ai pas fait trente mètres, que paf… une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l’ai fait exprès, que c’est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j’aurais fait mon sourire de faux cul et tout serait rentré dans l’ordre. Mais non, je trouve rien de mieux que de lui cracher: “fais pas chier sale rougeaude” et manque de pot, une passante qui arrive derrière moi a tout entendu. C’était puni par la loi du genre super sévère depuis les événements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m’ont facilement retrouvé. Et là mes amis, mes problèmes ont commencé, et des vrais comme on n’en fait plus. »
Amédée Gourd est raciste. Il pense comme il parle. Mal. La société entreprend de le rééduquer. Grinçant par son sujet, ce roman tendre et loufoque met en scène un antihéros comme on en voit si peu dans les livres, et si souvent dans la vie.
Une histoire d’amours ratées mais de haine réussie. Une fable humaine, trop humaine.

Les critiques
Babelio 
Blog Fragments de lecture… (Virginie Neufville)
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Emmanuel Brault vous présente son ouvrage Les peaux rouges. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Les rouges. Tout un poème mais à l’envers. Je peux vous en parler, moi. Vous en faire un roman. Je sais pas d’où ils viennent. Leur dieu s’est tapé un délire en les peignant en rouge un soir de beuverie. Ou c’est leur Ève qui a mal tourné, elle a attrapé un truc louche et shplaf deux jumeaux rouges qu’elle a cachés dans la montagne. Et ils se sont reproduits, treize à la douzaine, vu que les mômes ça leur fait pas peur. Enfin, je sais pas trop, tout ce que je sais, c’est qu’ils sont nombreux dans les rues autour, partout, et qu’ils ont pas fini de nous faire chier. Ils sont éboueurs le matin sur les camions-poubelles, balayeurs derrière les stands les jours de marché, ouvriers à saloper le boulot quand je vais à l’entrepôt, je les aperçois dans les cuisines des restos où je vais jamais, ils mettent trois plombes à rendre la monnaie au supermarché, ils nous font chier en mendiant à chaque coin de rue, leurs mômes craignos passent leur temps à fumer sur les bancs publics, et si y a pas un de ces connards qui m’emmerde le soir à la télévision, je me couche content. »

Extrait
« Non, l’erreur bête, c’est l’insulte. Garder ses mauvais sentiments pour soi. Se taire absolument. Je le savais pourtant. C’était puni par la loi du genre supersévère depuis les événements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m’ont facilement retrouvé à cause de cette cafteuse qui habite l’immeuble à côté. Et là mes amis (ou mes ennemis, vous devez être nombreux à pas m’aimer), mes problèmes ont commencé, mais des vrais comme on en fait plus. Car ce qu’ils n’aiment pas dans cette société, c’est le naturel. Chassez le naturel, il s’enfuit au galop ils disent. Chez moi, il est revenu. J’ai toujours été un faible. »

À propos de l’auteur
Emmanuel Brault est né en 1976. Les Peaux rouges est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

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