Le cœur du Pélican

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Le cœur du pélican
Cécile Coulon
Viviane Hamy
Roman
240 p., 18 €
ISBN: 9782878586015
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe en France, principalement dans un village de deux mille cinq cent âmes dans le nord-est qui n’est pas nommé, « un village aux contours agricoles dévorés par les nouvelles habitations, des maisons modernes, aux murs blancs, à la pelouse verte, aux enfants sages. »
Dans la seconde partie, le lecteur accompagnera le personnage principal sur les routes du pays jusqu’au centre-est, vers l’ouest et en descendant vers le sud. .

Quand?
Le roman est situé de nos jours, sur une période de quelque vingt années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend.
Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme… La veille d’une course déterminante, ils échangent un baiser qui scellera leur relation devenue désormais impossible à cause de la chute d’Anthime, qui s’effondre aux portes de la gloire…
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout abandonné, désormais bedonnant, et qu’il vit un amour médiocre avec Joanna, Anthime reçoit un électrochoc. Il sort de sa torpeur lorsque ses anciens camarades de classe lui lancent le défi de traverser le pays en courant.
Le Pélican retrouvera-t-il en lui la force de redevenir un champion et combler, par la même occasion, son orgueil ?
Porté par une extrême émotion, Le Cœur du Pélican nous parle de la gloire et de sa fragilité, du sport et de sa souffrance. Il raconte le courage et la destinée à la fois banale et extraordinaire d’un homme qui réussit, connaît le succès, tombe et se relève. Cécile Coulon parvient formidablement à incarner ses personnages aux prises avec leurs désirs et aveuglés par les non-dits.

Ce que j’en pense
***

Avec ce roman, Cécile Coulon vient prendre la foulée de quelques rares auteurs à s’être aventurés dans le monde du sport et plus particulièrement de la course à pied. Après La solitude du coureur de fond d’Alan Sillitoe, longue nouvelle devenue un classique de la littérature britannique, La ligne droite d’Yves Gibeau et plus récemment La ligne bleue de Daniel de Roulet – trois œuvres à (re)découvrir – voici donc le Pélican. Il s’agit du surnom d’un jeune espoir du demi-fond, dont le maillot est orné de cet animal pourtant peu connu pour ses prouesses à la course. Anthime va attirer l’attention de Brice qui va devenir son entraîneur. Il réussit de belles performances lors du cross du collège puis lors de compétitions départementales et régionales, avant de viser plus haut. Très vite, il acquiert une certaine notoriété. Trois jeunes filles gravitent autour de la graine de champion : sa sœur Helena qui va se mettre à son service, sa voisine Joanna qui « de la fenêtre de sa timidité assiste aux progrès fulgurants d’Anthime » et la belle Béatrice, sa camarade de classe qui le fait fantasmer.
Un entraînement de plus en plus intensif, une hygiène de vie rigoureuse et des loisirs qu’il faut sacrifier vont le mener en haut de l’affiche, au départ du 800m qui couronnera sa jeune carrière et le propulsera définitivement au rang de champion. Seulement voilà, une blessure met un terme à ce beau rêve. Commence alors une longue descente aux enfers, « Vingt ans d’incompréhension, vingt ans de chagrin, vingt ans de silence. »
« Béatrice s’envola pour un pays lointain plein de cocotiers, d’îles inhabitées et de forêts sauvages » et plus tard pour une île près des côtes australiennes, laissant le terrain libre à Joanna, sorte de femme par défaut. « Joanna a vécu plus de vingt ans à ses côtés. Sa voisine, son amie, sa maîtresse, sa femme, la mère de ses enfants. Mais elle ne le connaissait pas. Anthime était un étranger. »
Car Anthime reste habité par son échec. Anthime sent que « personne ne peut sauver personne, les gens doivent s’extirper d’eux-mêmes, sans attendre qu’une main vienne fouiller en eux pour en sortir le meilleur. »
Après vingt ans de ruminations, il choisit un nouveau défi. Il sera le premier coureur à traverser la France du nord au sud. Sa sœur s’associe à ce projet, car « Helena avait toujours été le genre de femme capable de prendre les commandes d’une machine qu’elle n’avait jamais pilotée. »
On laisse le lecteur découvrir ce qu’il adviendra de cette nouvelle ambition, découvrir le «pays, à la manière d’un homme qui déshabille une femme pour la première fois. »
et l’on saluera le sens de la formule de Cécile Coulon qui confirme ici sa place parmi la nouvelle génération des écrivains français.

Résonances
Si ce roman m’a touché, c’est aussi parce qu’il me rappelle beaucoup mon propre parcours. A 15 ans, j’ai remporté le cross de l’école, puis j’ai été repéré par un entraineur qui m’a convaincu de m’astreindre à un entrainement intensif. A 17 ans j’ai rejoint la section sport-études athlétisme du lycée de Bar-le-Duc et ai commencé à collectionner les titres de champion de France en demi-fond et cross-country. C’est alors que j’ai voulu faire de ma vie une course vers la gloire. Mais je me suis retrouvé à suivre des études universitaires sans l’infrastructure de la section sport-études, sans entraîneur et, au fil des mois, sans vraie perspective. Deux ans plus tard, je pratiquai toujours l’athlétisme, mais sans que les résultats ne soient au rendez-vous. Si bien que j’ai décidé de me consacrer à mon école de journalisme et à raccrocher les pointes. Comme Anthime, j’ai ensuite participé à quelques courses sur route avant d’arrêter toute compétition et courir encore, de temps à autre, pour le plaisir. Quelques pages du livre de Cécile Coulon, y compris celles qui retracent l’aura du champion auprès des camarades de classe, me sont plus que familières.

Autres critiques

Babelio
Télérama
L’Express
RTL (Les livres ont la parole, Bernard Lehut)
Blog Garoupe
Blog Clara et les mots

Extrait
« Pendant que les autres fument leurs cigarettes derrière les containers, toi tu cours. Pendant que les autres embrassent des filles pleines d’acné, toi tu cours. Tu n’as pas le droit de fumer, pas le droit de boire ta première bière, pas le droit de te coucher tard, tu n’as pas le droit de regarder un film porno chez ton pote parce que tu dois te lever le lendemain. Pendant que les autres mangent des sandwiches à la mayonnaise en reluquant des gonzesses qui sortent du gymnase, le short collé à leurs cuisses, tu fais des pompes, des séries d’abdominaux, tu cours autour d’une piste qui te donne la gerbe à force de tourner, tourner, tu ressembles à un bousier poussant une chiure de chaton. Pendant que les autres regardent des séries américaines, visitent des zoos, des usines désaffectées, jouent aux cartes, au bowling, tu comptes les dixièmes de seconde sur le chronomètre géant, tu dors à côté de ton coach qui ronfle comme un tracteur. Pendant que les autres vivent, tu survis, pour être le champion, pour voir ton visage sur grand écran, au-dessus d’une table de restaurant où tous ces autres se marrent à te regarder suer tes protéines sur une piste. » (p. 65)

A propos de l’auteur
Cécile est Coulon est née en 1990. Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit des études de Lettres Modernes. Elle consacre actuellement une thèse au « Sport et Littérature ».
Son premier roman Le voleur de vie et son recueil de nouvelles Sauvages ont paru aux Éditions Revoir.
Outre son goût prononcé pour la littérature, de Steinbeck à Luc Dietrich, Nathalie Sarraute ou Marie-Hélène Lafon en passant par Tennessee Williams, Stephen King ou Prévert, elle est aussi passionnée de cinéma (Pasolini, La nuit du chasseur, The Big Lebowski, L’année dernière à Marienbad, Bruno Dumont, Duncan Tucker, Larry Clark, John Waters) et de musique (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Ramones, Lesley Gore, Otis Redding, John Legend).
Quatre de ses romans ont paru aux Éditions Viviane Hamy : Méfiez-vous des enfants sages (2010), Le Roi n’a pas sommeil (2012, couronné Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur la même année), Le Rire du grand blessé (2013) et Le Cœur du Pélican (2015). (Source : Editions Viviane Hamy)

Site Wikipédia de l’auteur

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