Arrêt non demandé

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En deux mots
Six histoires qui sont autant de tranches de vie savoureuses. De l’enfant qui assiste à une rixe en famille jusqu’au candidat au suicide qui dialogue avec la mort, voilà des embryons de roman furieusement cyniques, joyeusement déjantés et terriblement frustrants pour le lecteur qui en voudrait encore plus !

Arrêt non demandé
Arnaud Modat
Alma éditeur
Nouvelles
160 p., 17 €
EAN : 9782362792113
Paru en janvier 2017

Ma note
etoile etoile etoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Les nouvelles sont situées en France, notamment dans la région de Strasbourg, à Schiltigheim, mais également dans des lieux qui ne sont pas précisés.

Quand?
L’action se situe en 1989 pour la première nouvelle et de nos jours pour les histoires suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans la maison Modat, on rit, on blague, on s’insurge, on affronte. Tout commence par la rédaction d’un enfant de huit ans. « J’aimerais raconter mes vacances si ça dérange personne, où plutôt une chose qui m’est arrivée pendant les vacances et qui a failli gâcher ma belle jeunesse. »
La vie étant ce qu’elle est sur l’échelle du temps, résumons les épisodes : la paternité, la responsabilité, l’art d’exister et de disparaître… Tout cela : grave, et furieusement désopilant.
Roman de l’enfance, Arrêt non demandé raconte comment grandir peut faire mal aux os, aux cheveux ou à l’âme. Une opération qui dure toute la vie…

Ce que j’en pense
Je n’aime pas les recueils de nouvelles, surtout quand ils sont bons. Et celui-ci est très bon. À tel point qu’en le lisant j’ai quelquefois pensé à Annie Saumont – qui vient de nous quitter – et qui était considérée comme la sœur française de Raymond Carver, ainsi qu’à J. D. Salinger, autre nouvelliste hors-pair. J’imagine du reste que dans l’autoportrait qui clôt ce recueil, la citation tirée de L’Attrape-cœurs est un clin d’œil à une source d’inspiration de ce jeune nordiste installé à Strasbourg.
Non, si je n’aime pas les recueils de nouvelles, c’est que ma frustration croît au fur et à mesure que j’entre dans les histoires, que je vis avec les personnages, que je suis leur parcours. Prenez par exemple La Mer dans le ventre qui ouvre ce recueil.
Il vous suffira de quelques lignes pour vous sentir bien, pour vous imaginer aux côtés de ce petit garçon dans cette réunion de famille houleuse. Racontée par l’enfant, ce drame va vite prendre la dimension d’une épopée déjà esquissée lors du voyage effectué au volant d’une Fiat Tipo : « Papa conduit comme si demain n’existait pas et il double dans les ronds-points, pris de colère ancestrale. Il passe les vitesses sans arrêt. Il a des problèmes dans ses rapports. Papa pilote comme un chien enragé parce qu’on doit se pointer sans faute à un apéro. »
On se régale de cette altercation verbale, puis physique qui prend des allures d’opéra et qui culmine sur le grand air de la rupture. Je ne peux m’empêcher d’imaginer le plaisir que nous autres lecteurs aurions eu à suivre cette famille et à voir ce garçon grandir. Laisser ainsi le lecteur en plan est bien cruel. D’autant que je soupçonne la préméditation. Rappelons que ce recueil s’intitule Arrêt non demandé et qu’en effet nous n’avons pas demandé que l’histoire s’arrête au bout de 28 pages !
Plus grave encore : le cas d’Arnaud Modat s’aggrave avec les nouvelles suivantes, tout aussi brillantes. Raoul raconte l’étape cruciale pour de nombreux couples, celui du premier enfant. Pour Aurore et Quentin, cet épisode survient « après trois ans de vie commune, la perte de nos amis respectifs, l’adoption d’un chat de merde, un mariage clef en mains et un crédit immobilier mal négocié ». Au baby-blues viendront s’ajouter tous les tue-l’amour inhérents à la post-grossesse. Quand Raoul aura montré le bout de son nez, il faudra faire preuve d’imagination pour retrouver une vie amoureuse épanouie. Faites confiance à l’auteur et à son double (le narrateur s’essaie au roman) pour trouver le truc. Une seconde fois, cet embryon de roman devient formidablement addictif et nous laisse sur notre faim.
Et que dire de Tapage nocturne et neige précoce ? De J’existe (je ne fais que ça) ?, de La dernière nuit du hibou ? et de La fourchette à poisson ? Que ces quatre autres nouvelles sont de la même veine. Qu’on s’y amuse beaucoup, que l’on a sans doute tous déjà rencontré des voisins bruyants qu’il a fallu calmer, que l’on adore le côté transgressif de cet employé d’agence intérimaire chargé de répondre au courrier adressé au père Noël, que l’on se délecte du dialogue entre le candidat au suicide et la mort (après l’appel quasi surréaliste à SOS amitié) et qu’enfin on «voit» déjà sur grand écran le joli film proposé dans l’ultime nouvelle, avec tous les extraits de films référencés ici.
Non, décidément, je ne pardonnerai ce crime de lèse-lecteur à Arnaud Modat que le jour où paraîtra son premier roman. Le plus vite sera le mieux!

Autres critiques
Babelio
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le Blog de YV

Extrait de la nouvelle 4. J’existe (je ne fais que ça)

À propos de l’auteur
Arnaud Modat a 37 ans. Il est né à Douai (Hauts-de-France) et vit aujourd’hui à Strasbourg. Il a publié deux recueils de nouvelles humoristiques : La fée Amphète, le 1er mai 2012 aux éditions Quadrature, et Comic strip, paru le 19 octobre 2012 chez Intervalles. (Source : Livres Hebdo /Alma éditeur)

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L’échange

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L’échange
Eugenia Almeida
Métailié
Roman
Traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry
256 p., 18 €
EAN : 9791022601412
Paru en août 2016
Prix Transfuge du meilleur roman hispanique – 2016

Où?
Le roman se déroule en Argentine, dans une ville qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe après 1980.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la sortie d’un bar, une jeune femme menace un inconnu puis retourne son revolver contre elle-même et se suicide, ça ne regarde pas la police. “Tout au plus un épisode confus. Sans danger pour les tiers.”
Mais Guyot, le journaliste, s’obstine. Il veut comprendre. Il consulte des archives. Il lit les cahiers de la victime. Il cherche. Il ne voit pas les signaux d’alarme.
Parfois, il vaut mieux laisser tomber. L’importance du passé est surestimée. Si les gens restaient tranquilles, tout irait mieux.
Les voix se multiplient. Beaucoup de coups de fil. Entre les mots, du silence. Des menaces avérées. Des crimes. L’atmosphère est opaque, l’air raréfié.
La mécanique de la violence est encore bien huilée ; les anciens maîtres du pouvoir policier des années 80 ont du mal à prendre leur retraite et veulent aussi parler de leurs sentiments.
Dans une prose concise et d’une densité extraordinaire, l’auteur de L’Autobus écrit un roman politique et métaphysique très noir, et montre les remous des âmes perverses et les alliances troubles des pouvoirs institués. Magnifique et glaçant.

« Un roman qui surprend par son intensité et la perfection de sa composition. Ce qui se raconte est aussi brutal, complexe et incommensurable que la vie. » Betina Gonzalez, Clarín
« Vertige narratif admirable et poésie à hautes doses. » Hernán Carbonel, Revista Acción

Ce que j’en pense
***
« Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. C’est triste. Plus triste que la pluie. Tu as eu la malchance de la voir. C’est tout. » La version officielle d’un fait divers que l’on situera dans une ville argentine ne laisse guère planer le doute sur cette mort devant témoins. Après avoir parlé avec un homme, puis l’avoir mis en joue, une jeune femme a subitement retourné l’arme contre elle.
Appelé sur les lieux, le journaliste Guyot va toutefois trouver cette affaire un peu bizarre, notamment parce que les autorités ainsi que son rédacteur en chef décident très vite qu’il ne s’est rien passé. La consigne est claire : « Ne fais pas de vagues, Guyot. Su tu deviens gênant et qu’on te chope en train de poser des questions, ça va mal tourner pour toi. »
Il n’en fallait bien entendu pas davantage pour exciter la curiosité de notre homme. Au début de son enquête, il ne cherche qu’à comprendre l’enchaînement des faits. Qui était cette Julia Montenegro ? Pourquoi n’a-t-elle pas tué l’homme qu’elle avait au bout de la gâchette ? Quelle raison supérieure a conduit les autorités à étouffer l’affaire ? Au fil des chapitres, on va voir le puzzle se mettre en place. Témoignages, bribes d’informations, coupures de presse, visite au domicile de la défunte vont permettre à Guyot de retracer la vie de Julia. Dans sa quête, il va être secondé par Vera, une psychanalyste à la retraire. Ensemble, ils vont dresser le profil d’un personnage peu recommandable qui voudrait retrouver sa virginité en confiant sa biographie à la jeune femme. Sauf que cette dernière n’entend pas non plus servir de porte-plume sans essayer de creuser un peu dans la vie de son commanditaire, « ajouter des détails à se rappeler, des idées à explorer.»
Erreur funeste ! Alors qu’« il serait très simple de résoudre le problème en pensant que Julia n’était qu’une femme chargée d’écrire des autobiographies» le journaliste s’entête et provoque de nouveaux drames. Après un chien, ce sont des interlocuteurs de Guyot qui sont retrouvés morts. C’est alors que la peur s’installe. C’est alors que l’on comprend que la dictature a laissé derrière elle quelques habitudes nauséabondes, que le «système» fonctionne toujours et que certaines vérités ne sont pas bonnes à dire, quand bien même elles émanent des bourreaux eux-mêmes.
Au fil des chapitres qui se succèdent avec leur lot de révélations, le dossier devient de plus en plus lourd, l’image de plus en plus nette et le combat de plus en plus inégal. De la police à la justice, la corruption continue à gangréner le pays et à étouffer ceux qui voudraient y mettre un terme.
Bien plus qu’un récit historique ou un essai politique, c’est une entreprise de salubrité publique racontée comme un polar que nous livre Eugenia Almeida. Pour que les loups ne finissent pas par envahir le pays, pour que les personnes de bonne volonté puissent échapper à la peste qui n’a pas été éradiquée.

Autres critiques
Babelio 
La Croix (Laurence Péan)
En attendant Nadeau (Albert Bensoussan)
Psychologies (Christilla Pellé-Douël )
La Cause littéraire (Claire Mazaleyrat)
Blog Collibris (Emilie Bonnet – avec interview de l’auteur)
Blog Charybde 27 
Blog Voyage au fil des pages
Blog Léa touch Book 
Blog Le coin de la Limule 

Extrait
« – Tu écris un seul mot là-dessus et une heure après tu es mort, pigé ?
Guyot a entendu ce genre d’avertissement des milliers de fois. Il a toujours pensé que, dans la bouche de Jury, ils ne signifiaient pas la même chose. Mais il y a un doute, une petite marge d’ombre qui lui fait penser que oui, bien sûr que oui, Jury veut dire exactement ce qu’il dit.
– Tu t’imagines que j’ai envie d’écrire un papier là-dessus?
– Je sais pas. Tu fais un boulot de merde.
– Peut-être, mais meilleur que le tien.
Ils se regardent. Leurs yeux se fuient. Quelque chose les a distraits. Quelqu’un est en train de pleurer. » (p. 25)

A propos de l’auteur
Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et publie des textes dans de nombreuses revues. L’Autobus, son premier roman, a reçu le prix Dos Orillas de Gijón, La Pièce du fond était finaliste du prix Rómulo Gallegos. Elle écrit également de la poésie. (Source : Éditions Métailié)

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La Jeune Épouse

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La Jeune Épouse
Alessandro Baricco
Gallimard – Du monde entier
Roman
traduit de l’italien par Vincent Raynaud
224 p., 19,50 €
ISBN: 9782070178919
Paru en avril 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Italie, dans une ville qui n’est pas nommée. On y évoque toutefois la plage de Marina di Massa, l’Argentine, l’Angleterre, un voyage en France, à Paris, ainsi qu’un couvent des environs de Bâle.

Quand?
L’action se situe au début du siècle passé.

Ce qu’en dit l’éditeur
Italie, début du XXe siècle. Un beau jour, la Jeune Épouse fait son apparition devant la Famille. Elle a dix-huit ans et débarque d’Argentine car elle doit épouser le Fils. En attendant qu’il rentre d’Angleterre, elle est accueillie par la Famille. La Jeune Épouse vit alors une authentique initiation sexuelle : la Fille la séduit et fait son éducation, dûment complétée par la Mère, et le Père la conduit dans un bordel de luxe où elle écoutera un récit édifiant, qui lui dévoilera les mystères de cette famille aux rituels aussi sophistiqués qu’incompréhensibles. Mais le Fils ne revient toujours pas, il se contente d’expédier toutes sortes d’objets étranges, qui semblent d’abord annoncer son retour puis signifient au contraire sa disparition. Quand la Famille part en villégiature d’été, la Jeune Épouse décide de l’attendre seule, une attente qui sera pleine de surprises.
Avec délicatesse et virtuosité, l’auteur de Soie et de Novecento pianiste ne se contente pas de recréer un monde envoûtant, au bord de la chute, qui n’est pas sans rappeler celui que Tomasi di Lampedusa dépeint dans Le guépard. Il nous livre aussi, l’air de rien, une formidable réflexion sur le métier d’écrire.

Ce que j’en pense
****
Roman d’initiation, roman historique et roman sur les arcanes de la création littéraire, le nouvel opus signé Alessandro Baricco ne décevra pas ses adeptes, de plus en plus nombreux.
Nous sommes cette fois en Italie au début du siècle passé. Deux familles, l’une de riches propriétaires terriens, l’autre d’industriels décident d’unir leur destinée en mariant leurs enfants. Le fils de l’une épousera la fille de l’autre à ses dix-huit ans. En attendant de sceller cette union, le père de la jeune fille décide d’émigrer en Argentine, tandis que le père du jeune homme décide d’envoyer son fils en Angleterre pour y étudier les secrets de l’industrie textile et rapporter ce qui servirait au mieux la prospérité familiale. «Nul ne s’attendait à ce qu’il revînt au bout de quelques semaines, puis nul ne remarqua qu’au bout de quelques mois il n’était pas encore rentré.»
La Jeune Épouse, débarquée d’Argentine, l’attendra chez ses futurs beaux-parents. « Elle n’aura besoin d’aucune chambre des invités, annonça paisiblement la Fille. Elle dormira avec moi. (…) Elle devint donc un membre de la Maison et, là où elle avait imaginé entrer comme épouse, elle se retrouva sœur, fille, invitée, présence appréciée et objet décoratif. »
Pour combler l’attente, elle découvre cette famille aux mœurs un peu particulières où le serviteur ne parle pas, mais a développé un système de « communication laryngé », où le petit-déjeuner est pris jusqu’à trois heures de l’après-midi, où lorsque l’on part en villégiature dans les montagnes françaises, il faut vider la maison pour la laisser respirer et où on se méfie du sommeil, car il semble que tous les membres de la famille soient morts durant la nuit. La Fille a par exemple une manière particulière d’ « entrer dans la nuit » qu’elle va apprendre à son invitée, intriguée par les gémissements qu’elle entend. « La Jeune Épouse nota qu’en parlant la Fille avait légèrement écarté les jambes, puis qu’elle les avait refermées après avoir glissé une main entre elles. Cette main, elle la conservait à présent entre ses cuisses et le remuait lentement. »
Des colis arrivent régulièrement d’Angleterre, annonçant que le Fils poursuivait son voyage d’étude et l’initiation de sa future femme se poursuit. Après la Fille, au tour de la Mère d’éclairer sa bru sur les mystères de l’existence. Si elle a beau avoir des raisonnements plutôt sibyllins, elle sera très claire dans ses conseils : « prends soin de la femme que tu es dans tes yeux et dans ta bouche. Jette tout, mais conserve les yeux et la bouche : tu en auras besoin un jour. » Une nuit lui suffira aussi pour lui démontrer comment elle devra procéder.
La jeune Épouse doit « à cette femme la certitude que le sexe triste est le seul gâchis qui nous rende pires que nous sommes. » et va pouvoir le vérifier une nouvelle fois en accompagnant le Père dans l’une de ses visites au bordel. Cette nouvelle étape son initiation va également lui permettre d’apprendre de la bouche de son futur beau-père le suicide de son père en Argentine ainsi que les dispositions testamentaires qu’il a prises. Et le futur mari qui n’arrive toujours pas…
Il y a du Désert des Tartares dans ce roman là ! Mais il y a aussi toute la finesse du style de l’auteur, une élégance classique, baroque, qui donne à des faits ordinaires, voire triviaux, une poésie et un raffinement merveilleux. Après Trois fois dès l’aube, l’écrivain nous en apporte ici une nouvelle fois la démonstration. Sans oublier toutefois de jouer avec son lecteur en changeant brusquement de narrateur, faisant ainsi écho à la manière dont il conduit son récit, voire comment l’histoire et les personnages le conduisent lui. Baricco est un virtuose, jusque dans l’introspection narrative.

Autres critiques
Babelio
RTL (Les livres ont la parole – Bernard Lehut)
Elle (Jeanne de Menibus)
Culturebox (Laurence Houot)
La Croix (Francine de Martinoir)
La cause littéraire (Sylvie Ferrando)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Dans la bibliothèque de Noukette

Extrait
« Père annonça de façon solennelle que le mariage entre la richesse agraire et la finance industrielle était, pour les entrepreneurs du Nord, une étape naturelle de leur développement, ouvrant par là même une voie de transformation idéale pour tout le pays. Il en déduisait en outre la nécessité de dépasser des schémas sociaux qui appartenaient désormais à un autre temps. Dans la mesure où il formula la chose en ces termes exacts et assaisonna son propos d’une paire de jurons artistement placés, tous jugèrent satisfaisante son argumentation, qui mêlait une imparable rationalité et un solide instinct. Nous décidâmes seulement d’attendre que la Jeune Épouse fût devenue un peu moins jeune : en eff et, il s’agissait d’éviter de possibles comparaisons entre un mariage si bien pesé et certaines unions paysannes, hâtives et vaguement animales. En plus d’être assurément confortable, cette attente nous parut consacrer une authentique supériorité morale. Oubliant les jurons, le clergé local ne tarda guère à donner sa bénédiction.
Ils se marieraient donc. » (p. 20)

A propos de l’auteur
Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien.
Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s’oriente vers le monde des médias en devenant tout d’abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens.
En 1991, il publie, à 33 ans, son premier roman Châteaux de la colère, pour lequel il obtient, en France, le Prix Médicis étranger en 1995. Il a également écrit un ouvrage sur l’art de la fugue chez Gioacchino Rossini et un essai, L’Âme de Hegel et les Vaches du Wisconsin où il fustige l’anti-modernité de la musique atonale.
En 1993, il obtient le prix Viareggio pour son roman Océan mer. En 1994, avec quelques amis, il fonde et dirige à Turin une école de narration, la Scuola Holden – ainsi nommée en hommage à un personnage de J. D. Salinger – une école sur les techniques de la narration.
Passionné et diplômé en musique, Alessandro Baricco invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition.
Désireux de mêler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu’il les construit dans cet esprit), il demande au groupe musical français Air de composer une musique pour City (2001).
Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (RAI) sur l’art lyrique et la littérature. Il est un des collaborateurs du journal La Repubblica où il a publié en 2006 un feuilleton, intitulé Les Barbares.
En 2008, il écrit et réalise son premier film, Lezione 21. En février 2014, il révèle qu’il aurait décliné une proposition de devenir ministre de la Culture. Alessandro Baricco vit actuellement à Rome avec sa femme et ses deux fils. (Source : Babelio)

Site Wikipédia de l’auteur

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Focus Littérature

Bianca

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Bianca
Loulou Robert
Julliard
Roman
306 p., 19 €
ISBN: 9782260029342
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en hôpital psychiatrique, dans un endroit qui n’est pas nommé. Les dernières pages sont situées à New York.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il n’est pas normal de refuser de vivre quand on a 17 ans.
Parce qu’elle devrait manger davantage et n’aurait pas dû s’ouvrir les veines à un si jeune âge, Bianca est admise dans l’unité psychiatrique pour adolescents de sa ville natale. Bianca ne s’élève pas contre cette décision. Elle ne se révolte pas. Même si elle ne voit pas en quoi le fait d’être enfermée et soumise à de multiples interdits peut atténuer la souffrance qui la détruit, Bianca se tait, obéit et regarde. Elle observe le monde chaotique qui l’entoure. Tous, médecins, soignants, patients et familles ont l’air si fragiles, si démunis… Aucun remède ne semble exister, aucune lumière ne paraît capable d’éclairer ce lieu opaque ou Bianca a le sentiment effrayant de s’être enfermée toute seule.
Et pourtant…
La vie est là. Les sensations, les émotions, les visages, les événements, les affrontements, les pulsions, les sentiments vous cernent et vous travaillent au corps. On peut croire qu’on ne sait plus vivre, on vit tout de même.
Et Bianca observe avec une attention scrupuleuse ce flot de vie inexorable qui, sans qu’elle n’y puisse rien, l’envahit, la ranime et la submerge.
Avec une retenue rare et une lucidité tranquille, Loulou Robert retrace le déroulé de cette traversée singulière.

Ce que j’en pense
***
Laissons de côté la presse People qui a choisi les belles photos du mannequin pour annoncer la sortie de ce premier roman ainsi que l’aspect « fille de», sinon pour souligner que le journaliste Denis Robert peut être fier de sa fille. Si les podiums et le réseau médiatique ont pu servir à propulser ce roman sur levant de la scène, c’est une bonne chose. Car ce récit mérite vraiment le détour.
Après Branques, le hasard aura voulu qu’à nouveau un séjour en hôpital psychiatrique soit à nouveau le sujet principal du livre. Cette fois, la narratrice a 17 ans et se retrouve, sur recommandation de ses parents, dans une unité de soins qui va tenter de soigner un profond traumatisme qui a notamment conduit à une anorexie sévère. À ses côtés, deux autres jeunes filles, Clara qui brûle sa vie dans les paradis artificiels et Juliette, une enfant consumée par l’inceste. Parmi les autres pensionnaires, il y a aussi deux garçons, Simon puis Raphaël et un homme âgé, Jeff. Ce dernier explique : «Quand ma fille est partie, ma femme et ma raison m’ont quitté». On ne pourra qu’admirer sa lucidité et son courage quand on saura qu’un cancer est en train de la ronger.
Après le choc des premiers jours, l’observation détaillée d’un personnel soignant fort souvent atteint de névroses diverses et la visite de ses parents dont on dira simplement qu’ils ne sont pas pour rien dans l’état de leur fille, Bianca va nous offrir elle-même le meilleur des résumés: « Alors voilà. C’est l’histoire d’une jeune de dix-sept ans qui à force d’éponger des merdes se retrouve en hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un garçon, il devient son meilleur ami puis, sans qu’elle s’en rende compte, elle tombe profondément amoureuse de lui. Il devient le seul. Elle a besoin de lui pour vivre, respirer, mais un jour, il part. Elle n’a plus d’air et ne veut plus continuer. Puis un nouveau garçon entre en scène, il lui fait reprendre goût à la vie, elle décide de ranger l’ancien dans un coin. Et vit sa relation avec le nouveau. Elle finit par tomber amoureuse. Et alors là, coup de tonnerre. L’ancien revient et elle se retrouve dans une pièce au milieu des deux. »
Eponger des merdes, comme elle dit, c’est entre autres voir ses parents se déchirer, sa mère mélanger alcool et antidépresseurs, son petit frère Lenny être ballotté dans une histoire familiale qu’il ne comprend plus, assister au suicide de son prof de sport, retrouvé pendu au bout d’une corde puis une fille de douze ans, qui flottait sans vie dans la piscine.
Avec Simon, puis avec Raphaël, elle va réussir à se construire, aidée également par Jeff et ses encouragements précieux: «il faut vivre fillette. A fond. Ne te gâche pas la vie avec ces conneries de dépression et d’hôpital. (…) Moi je te conseille de tout essayer, de tout aimer et d’être aimée. Trouve ce que tu aimes faire. Et fais-le, fillette ! Sans jamais regarder derrière.»
Si le personnel hospitalier n’apparaît qu’en filigrane, c’est que son rôle n’est guère reluisant. En proie à ses propres problèmes et pulsions, il est davantage là pour surveiller et punir, comme aurait dit Michel Foucault que pour soigner et guérir. Un aspect dérangeant, qui n’a guère été relevé, mais qui n’empêchera pas Bianca de s’en sortir… en nous proposant de réfléchir à la société dans laquelle baignent les adolescents d’aujourd’hui et sur le manière dont ils peuvent se construire.
« En entendant le mot « psychiatrie », j’ai pensé qu’ils m’envoyaient chez les fous. Aujourd’hui je me rends compte que ce n’est pas nous qui sommes fous, c’est le monde qui est fou. Et si on est abîmés c’est parce qu’on s’en est aperçus.
Personne n’est normal, la normalité, ça n’existe pas. C’est juste un mensonge de plus. »

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les jardins d’Hélène (Laure Alberge)
Blog Nos expériences autour des livres
Blog Arthémiss (Céline Huet)
Le blog-note de Lyvann Vaté (Lyvann Vaté)
Blog Emilia & Jean (Ludivine Casilli-Désaphi)
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)

Autres critiques
Babelio
Elle (Caroline Six)
Libération (Nathalie Rouiller)
L’Est républicain (entretien de Pierre Roeder avec l’auteur)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Sur la route de Jostein

Les premières pages du livre
« Je m’appelle Bianca. C’est ma mère qui a choisi ce prénom. C’est son côté « Américaine » même si l’Amérique, elle connaît pas. Il y a un mois jour pour jour, assise dans mon salon en compagnie de Teddy, le chat de la maison, je regardais la télévision. Teddy dormait, les lignes de ses lèvres supérieure et inférieure me souriaient. Il avait l’air bien. Je me suis dit que si je fermais les yeux et laissais tout aller, je sourirais peut-être comme lui. Les lignes bleues qui sillonnent mes poignets ont été inondées de rouge, du rouge sur le sol, sur mes vêtements. Au moins, ce n’était plus tout noir. Au moins il y avait de la couleur.
Aux Primevères, l’unité psychiatrique pour adolescents de l’hôpital de ma ville, ils pensent que ce n’est pas normal de vouloir mourir à seize ans. Alors ils nous font faire de l’équitation, de la pâtisserie, du théâtre. Comme si monter sur un poney pouvait résoudre quoi que ce soit.
Le premier jour est le pire, parce qu’on se rend compte que rien ne va plus, parce qu’on a peur, parce qu’on ne sait plus, parce qu’on est seul. Les infirmiers posent toutes sortes de questions : « À quel lycée tu vas ? « , « Qu’est-ce que tu aimes faire de tes journées ? « , « Comment tu te sens ? « . Des questions à la con auxquelles on ne peut pas répondre.
On peut mentir en souriant ou oser dire la vérité. Dire que rien ne va, que le lycée on le hait et qu’à force d’aller mal on a oublié ce que l’on aimait faire. Rares sont ceux qui osent dire la vérité.
Simon, lui, a osé. Simon, lui, il ose tout.
Simon voulait dormir. Lexomil, Stilnox, Anafranil, Laroxyl, Atarax, LSD, Doliprane, Moclamine. Il a pris toutes sortes de comprimés. Blancs, ronds, carrés, ovales, poussières. Une gorgée de Coca, une de whisky et il se fait couler un bain. Il fume, le bain est prêt, il s’y allonge et commence à planer. L’eau lui caresse les narines. Elle détend ses muscles, les cachets se chargent du reste. Il ferme les yeux, son dos glisse. L’eau continue de couler. La fumée se glisse sous la porte. Sa mère l’a trouvé et deux jours plus tard il est arrivé aux Primevères. Il ne parle pas beaucoup. Moi non plus. Le silence rapproche quand on le comprend.
Simon a les cheveux bruns, une cicatrice sur la joue et voue un culte au ketchup. Tartine de ketchup, pâtes au ketchup, brocoli au ketchup. Ça doit venir de son enfance. Peut-être qu’il a vu sa mère faire l’amour avec son demi-frère dans la cuisine et que sur la table il y avait du ketchup ? Peut-être que c’est sa couleur, celle du sang, de la colère, du rouge à lèvres. Le rouge. À vrai dire, je n’en sais rien. L’autre jour, il m’a raconté que sa mère était une pute, qu’il préférerait crever plutôt que de devoir la revoir un jour. Il avait une trace de ketchup au coin de la bouche. Ça confirmait ce que je pense : les mères, ça fait chier. Et puis il m’a demandé si on pouvait baiser. Je trouvais ça un peu glauque mais après tout pourquoi pas. On l’a fait dans la salle de bains. C’était pas terrible et depuis j’ai un bleu au-dessus des fesses à cause du robinet. Maintenant on ne baise plus, on parle. J’aime beaucoup. Simon me fait rire. Et c’est rare de rire ici. Sauf quand on voit arriver Édith le matin.
Édith est une infirmière. La gentille. Elle porte toujours de drôles de choses, tee-shirt Minnie, mascara mauve et chaussures de montagne. La regarder, c’est comme faire un tour à Disneyland. Ça fait voyager, ça fait oublier. Ses trois enfants sont passés une fois avec leur papa lui dire bonjour. Édith a râlé, elle ne voulait pas qu’ils viennent ici. Je crois qu’elle ne voulait pas qu’ils nous voient. On fait peur. Le plus jeune a demandé pourquoi j’étais comme ça, pourquoi je ne mangeais pas. Il doit avoir l’âge de mon petit frère, Lenny, cinq ans. À cet âge-là, on ne comprend pas toujours. On voit, on sent, on enregistre et un jour tout revient. Il me fixait. C’est vrai que je fais le poids d’une gamine de dix ans. Je lui ai souri et sa mère est venue le chercher. Elle était gênée, moi aussi. Les larmes montaient, je suis allée m’enfermer dans ma chambre.
Murs jaunes et sol en lino, ma chambre sent l’hôpital. L’odeur s’infiltre par les pores de ma peau. Je pue. J’ai envie de sauter par la fenêtre, mais je ne peux pas puisque aux fenêtres il y a des barreaux. Ils disent que c’est par précaution. Moi je ne dis rien, si ce n’est que ce n’est pas normal qu’il fasse quarante degrés dans ma chambre et que l’on ne puisse même pas ouvrir les fenêtres. Je la partage avec deux autres filles.
Clara est arrivée le même jour que moi et je n’ai toujours pas entendu le son de sa voix. Je crois qu’on a le même âge, elle est un peu plus petite que moi, blonde avec deux grands yeux bleus. L’autre nuit, je m’apprêtais à rejoindre Simon dans le couloir. On aime bien observer l’infirmier de nuit qui se branle en regardant des films pornos dans le bureau. Moi je trouve ça dégueu mais plutôt marrant, par contre Simon, je crois qu’il aime vraiment ça. Peut-être que ça l’excite, je préfère ne pas y penser. Je me suis approchée du lit de Clara, elle gémissait dans son sommeil. Sa main sur sa culotte. J’ai lu l’effroi sur son visage. Je suis retournée dans mon lit, je n’avais plus envie de rire.
L’autre fille de ma chambre s’appelle Juliette, très jeune, elle ne parle pas non plus. Une enfant consumée. Elle lève la tête. Je me vois dans ses yeux, traversée.
Elle est arrivée hier. Welcome to paradise, Juliette. »

A propos de l’auteur
À 22 ans, Loulou Robert a déjà démarré une brillante carrière de mannequin en France et aux États-Unis. Elle a déjà publié une chronique de mode dans Elle. Bianca est son premier roman. (Source : Editions Julliard)

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Focus Littérature

Branques

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Branques
Alexandra Fritz
Grasset
Roman
160 p., 17 €
ISBN: 9782246861652
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en hôpital psychiatrique, dans un lieu qui n’est pas nommé.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Voici la chronique de deux filles et deux garçons internés dans un hôpital psychiatrique. Jeanne, qui y tient son journal, tente de comprendre son basculement dans « l’anormal » et de disséquer à vif les raisons de son amputation de liberté. Rageuse, pugnace, elle a pour compagnons de « branquerie », comme elle dit, Tête d’Ail, Isis et Frisco. L’un obsédé sexuel, l’autre pédante philosophe, tous transpercés par le désir amoureux autant que par la solitude, par des idéaux de justice comme par des pulsions suicidaires. A très exactement parler, ils en bavent. Avalant des gouttes et digérant des cachets, ils refusent d’être assimilés à une faune hallucinée souvent obèse et déprimante, où les médecins ne sont pas les moins dérangés de tous. Comment ne pas crever de tristesse et de rage ? Dans un quotidien absurde, le sarcasme cautérise les plaies. Que va-t-il arriver à ces quatre personnages dérisoires comme l’humain, attachants comme la faute ? Un premier roman pareil à un rire dans la nuit.

Ce que j’en pense
**
Sans l’opération 68 premières fois, j’avoue que je n’aurais pas ouvert ce livre, sans doute un peu effrayé par le sujet, la chronique d’un hôpital psychiatrique vu du côté des internés. Ma dernière « visite» de ce genre d’établissement remonte au best-seller de Ken Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou et à l’essai de Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique. Un auteur qu’Alexandra Fritz a du reste choisi de mettre en exergue de ce premier roman, en une sorte de manifeste qui se propose de nous livrer un texte «à la fois bataille et arme, stratégie et choc, lutte et trophée ou blessure, conjectures et vestiges, rencontre irrégulière et scène répétable.»
Objectif atteint ! Les quatre pensionnaires que l’on suit dans ce roman et qui répondent au doux nom Jeanne, Tête d’ail, So-called Isis (SCI) et Frisco vont nous émouvoir et nous révolter, remettre en cause nos certitudes et nous pousser à la réflexion sur la frontière qui peut être très ténue entre la raison et la folie.
Alexandra Fritz remet très vite les coucous à l’heure, si je puis dire : «Une fois cataloguée dingue de service, je n’ai plus aucune chance de vivre à la même hauteur que les autres, certainement aussi fous ou plus dangereux, mais pas attrapés par les blouses blanches».
Des quatre destins qui nous sont détaillés ici, celui de Jeanne occupe pratiquement la moitié du livre. Dans son journal, le quotidien entre les quatre murs de l’hôpital est décrit avec une précision. À la fois observatrice de cet univers carcéral aliénant et actrice d’un scénario qui a fait de sa vie un drame permanent.
Frisco, Tête d’ail et SCI ne sont pas mieux lotis, apportant «la preuve vivante qu’on peut avoir tout donné, plus rien à espérer et quand même tout à craindre et continuer à se faire chier la vie à parler pendant des heures, à essayer de siffler juste et à boire de l’eau dans un parc à la con qu’on peut arpenter que de là et là et de tant à tant et vous allez vous en sortir, vous n’êtes pas anormale».
Dans une langue syncopée, travaillée pour rendre au mieux ce qui se joue dans les têtes des protagonistes, Alexandra Fritz déroutera sans doute plus d’un lecteur. Il ravira en revanche les amateurs de hard rock et de poésie, quelque part entre Janis Joplin et Arthur Rimbaud, cerveaux illuminés avant de sombrer.
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’Infini terrible effara ton œil bleu !

68 premières fois
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Arthémiss (Céline Huet)
Le Blog d’Albertine (Joëlle Leuille)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Mon petit chapitre (Anne Dionnet)
Blog Ecriturefactory.com (Anita Coppet)
Chronique de Catherine Airaud (sur Libfly)
Blog Café littéraire gourmand (Nadine Jolu)
Blog Les livres 2 Claire (Claire Paponneau)

Autres critiques
Babelio
Le Monde (Bertrand Leclair)

Extrait
« Comme tant de rescapés de camps l’ont rapporté, il est indispensable pour survivre à l’enfermement de savoir où l’on en est dans le temps. Un humain livré à lui-même dans l’isolement ou la consignation, dont on a ôté la part de société qu’est la marque officielle du temps illustrera son intelligence dans la création d’un système de repères de fortune, sa survie psychologique en dépend, son humanité tout entière. »

A propos de l’auteur
Alexandra Fritz, 37 ans, est animatrice culturelle et bibliothécaire. (Source : Éditions Grasset)

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Une allure folle

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Une allure folle
Isabelle Spaak
Éditions des Équateurs
Roman
220 p., 17 €
ISBN: 9782849904336
Paru en février 2016

Où?
Si le roman se déroule principalement en Belgique, et plus particulièrement à Bruxelles, deux autres pays y jouent un rôle important l’Italie et la France. Les villes traversées par les personnages au court du récit sont Cannes, Rome, Gênes, Piacenza, Muralto, Venise, Trieste, Fiume (Rijeka), Paris, Nice, Anvers, Knokke-le-Zoute, Rochefort, Ciney, Bourg-Léopold, Hasselt, Bilzen. Londres fait aussi partie des voyages évoqués.

Quand?
L’action se situe du début du vingtième siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme part sur les traces de sa grand-mère, Mathilde, et de sa mère, Annie, deux personnages à l’allure folle et à la joie de vivre épatante, qui furent mises à l’index de la société.
À l’aide de photos et de lettres, la narratrice mène une enquête édifiante. Derrière les mauvaises réputations, les hommes, les fêtes et les scandales, elle découvre de vraies héroïnes. Entre réalité et fiction, faux-semblants, mensonges et vrais sentiments, les retournements de situation se succèdent. Ils nous emportent au galop entre la Belgique, la France et l’Italie.
Une histoire de femmes libres où la comédie tient le bras à la tragédie jusqu’à un point inconcevable.

Ce que j’en pense
***
Comment écrire l’histoire de sa famille ? C’est à cette question qu’Isabelle Spaak tentait de donner une première réponse avec son premier roman, Ça ne se fait pas (2004), dans lequel elle racontait la fin tragique de ses parents en 1981. On retrouve du reste la scène de l’assassinat de son père, le diplomate Fernand Spaak, par sa mère puis de son suicide par électrocution dans ce nouveau livre.
Car la petite-fille du grand Européen Paul-Henri Spaak n’en a pas fini avec sa généalogie. Découvrant papiers, documents, lettres et photographies, elle s’attaque cette fois aux femmes de la famille. À commencer par sa grand-mère Mathilde dont on comprend très vite que le portrait «officiel» ne rend pas compte de toutes les facettes de cette femme étonnante à bien des égards. «Une femme futile, uniquement préoccupée d’elle-même. C’est le portrait de Mathilde vue par maman.» Un portrait que la vieille dame semble prendre un malin plaisir à alimenter en adressant des cartes de vœux depuis la Côte d’Azur où elle semble passer une retraite paisible après une vie pour le moins mouvementée.
Elle a rencontré Armando, un riche Italien, dans les années 20 à Bruxelles. De ce couple illégitime naîtra une fille, Annie – la mère de l’auteur – qui prendra le nom de son père de manière illicite. L’étranger numéro 703152 «a passé sa vie à solliciter des visas d’entrée dans son pays d’adoption, contrée de brumes, de landes, de ports, de forêts giboyeuses. Une terre où il se sent appelé par les souvenirs et le cœur.» Mais sa situation conjugale mêlée au fracas des armes rendront la chose impossible. Il mettra toutefois un point d’honneur à assurer l’indépendance financière de Mathilde et de sa fille et organisera les meilleurs soins à Paris lorsqu’elles seront toutes deux victimes d’un grave accident de voiture.
La Seconde Guerre Mondiale servira aussi de révélateur en ce qui concerne Annie qui a épousé Guillaume et se rêve une vie loin des turpitudes de ses parents. «Maman toujours si droite, si pure, elle qui voulait tellement que sa vie soit parfaite. À la fin de la guerre, quand le contact avait été renoué avec Armando toujours coincé en Italie, Guillaume utilisait le terme de ménage exemplaire pour décrire son bonheur conjugal. Trois bambins adorables, une excellente maman, un home à la campagne. Nous nous suffisons à nous-mêmes, n’est-ce pas la preuve de l’accord parfait ? hasardait Guillaume comme s’il voulait s’en persuader.»
Mais dans la Belgique de l’après-guerre les choses bougent vite. Entre épuration et question royale, entre promotion pour Guillaume le Résistant et troubles politiques, Annie – que l’on découvrira tout autant, sinon encore davantage Résistante – choisit de quitter son foyer, d’épouser son amant et d’assumer le qu’en dira-t-on : «Je ne dis pas que maman a eu raison de quitter Guillaume et leurs trois enfants pour vivre sa passion avec mon père, tout recommencer, donner naissance à trois autres enfants, construire une autre famille, la mienne. Et à nouveau tout ficher par terre. Mais qu’elle aurait été sa vie si elle était restée ?»
Si l’auteur n’en a pas fini avec les questions, elle nous offre une réflexion lucide et passionnée sur les rouages qui construisent et détruisent les couples, sur la façon d’«inventer» les histoires familiales et de les transmettre, sur la manière d’explorer les drames et les secrets et de sans cesse réécrire le roman de sa vie, avec une allure folle !

Autres critiques
Babelio
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Télérama
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
ActuaLitté (Cécile Pellerin)
Le Carnet et les Instants (Laurence Ghigny)
Blog Ma toute petite culture

Extrait
«Mathilde, la moquée, Mathilde, la disputée, Mathilde, la déjantée, Mathilde et ses frasques, ses amants, ses caprices, son inconstance, Mathilde la mise de côté à laquelle maman ne voulait surtout pas rassembler, Mathilde disparaissait et, avec elle, contre toute attente, la colonne vertébrale de ma mère. C’est cela que j’aurais dû comprendre. » (p. 81)

A propos de l’auteur
Isabelle Spaak est journaliste et écrivain. Elle est notamment l’auteur de Ça ne se fait pas (Prix Rossel). (Source : Éditions des Équateurs)

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Focus Littérature

La revanche de Kevin

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La revanche de Kevin
Iegor Gran
P.O.L
Roman
192 p., 15 €
ISBN: 9782818035610
Paru en février 2015

Où?
L’action se déroule principalement à Paris, mais aussi en banlieue, par exemple à Meudon.

Quand?
Le roman est situé de nos jours, avec quelques retours en arrière jusqu’en 1979.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand on s’appelle Kevin, un prénom dont on dit qu’il fleure la beaufitude, marqueur social des années boys band, donné à plus de 14 000 bébés nés en France en 1991 puis tombé peu à peu en désuétude sous les commentaires dédaigneux de celles et ceux qui portent des prénoms plus distingués, quand on porte le même prénom que Kevin Costner, élu pire acteur de la décennie aux Razzie Awards, que l’on se moque de vous à l’école et que, plus tard, pour peu que vous travailliez dans un milieu intellectuel, on vous jauge de haut avec un regard entendu, il est possible que l’on se mette à couver un méchant complexe.
Dur dur d’être un Kevin, pourrait-on chanter avec un certain sadisme, tant notre héros a accumulé de petites humiliations. Qu’elles soient souvent imaginaires ne les rend pas moins blessantes – la malédiction de Kevin, comme de tout complexé, est de voir des anguilles sous les roches, obsessionnellement. Précisons qu’il travaille à la radio, où il côtoie de bien médiocres mandarins qui ne font que saler la plaie.
Pour se venger de ces prétentieux et du monde intellectuel en général, Kevin se livre à un petit jeu. Il traîne aux salons littéraires en se faisant passer pour un éditeur. Forcément, des écrivains en manque de débouchés finissent par lui envoyer des textes. Kevin fait semblant d’entrer en pâmoison, promet des merveilles éditoriales, fait mariner le naïf, avant de disparaître, laissant derrière lui un désordre de vanités froissées. C’est potache et cruel, mais ça soulage.
Avec La Revanche de Kevin, Iegor Gran poursuit donc l’exploration, commencée avec L’Ambition, des postures et des impostures propres à notre époque. Roman sur les faux-semblants littéraires, la vacuité du milieu éditorial, le snobisme des temples où l’on s’assied sur l’humain au nom de la culture, La Revanche de Kevin est aussi un périple dans les arcanes de la frustration comprimée. Qui ne s’est jamais retrouvé dans une situation où, par politesse calculée ou par peur de paraître inculte ou ringard, on masque ses opinions et ses goûts ? Comment ne pas sentir alors le Kevin trépigner au fond de soi ? Comment ne pas chercher la revanche ?
Le scalpel de l’écrivain reste l’ironie froide et dévastatrice ; on y ajoute une véritable tension narrative. Car il y a quelque chose d’inquiétant au royaume de Kevin. Tirées d’une enquête de police, quelques notes de bas de page, posées çà et là, font comprendre dès le début qu’il se trame une abomination, sans que l’on puisse définir précisément à quoi tient le malaise. L’angoisse se nourrit de détails d’apparence insignifiante qui révèlent soudain leur vraie nature – l’art de prendre le lecteur à contre-pied se pratique ici avec gourmandise. Pêle-mêle, parmi les éléments de narration qui cachent bien leur jeu, citons une armoire où l’on stocke des fournitures de bureau, un accident de ski, une jolie stagiaire, une belle-maman un peu trop mère-poule, un vieux livre de Junichirô Tanizaki. Pour sûr, la revanche n’est pas celle que l’on croit.

Ce que j’en pense
***

Depuis le Comte de Monte-Cristo, on sait que la vengeance peut être une excellente matière pour un roman. Iegor Gran nous en apporte une nouvelle illustration dans ce roman qui, après le Truoc-nog (entreprise de démolition du Prix Goncourt) revient à l’un de ses sujets de prédilection : le milieu littéraire parisien. Une corporation aux règles bien étranges et qui fabrique à longueur d’année des frustrés : tous ces auteurs dont on ne sélectionne pas le manuscrit, alors même qu’il s’agit de l’œuvre de leur vie, d’un texte qui aurait mérité d’être porté à la connaissance du plus grand nombre.
Kevin, modeste employé d’une station de radio, décide de s’occuper d’eux. Sous le pseudonyme d’Alexandre Janus-Smith – car on se doute bien qu’un Kevin n’a aucune crédibilité – il parcourt les salons du livre et se fait passer pour un agent littéraire. Avec un art consommé de la négociation, avec un bagout stupéfiant, il promet monts et merveilles à ces auteurs à la recherche d’une reconnaissance éclatante. « Qui n’a jamais rêvé d’être représenté par un prestigieux agent littéraire avec d’alléchantes perspectives de publication ? Pour y résister, il faudrait être un misanthrope flegmatique ou un moine. »
Le canular serait amusant s’in n’était pas mortel. Car la farce vire au drame. François-René Pradel n’a pas supporté de se faire rouler dans la farine. Il voulait croire qu’enfin son talent allait être reconnu. Quand il comprend que pendant des mois il a espéré, presque touché son rêve de gloire et que tout cela n’était qu’un leurre, il met fin à ses jours. Un suicide que sa fille était de comprendre en découvrant la correspondance de son père avec le soi-disant agent.
Peu à peu le filet se resserre sur Kevin. Mais nous n’en dirons pas plus afin de ménager le suspense.
Saluons en revanche cette belle leçon à l’usage de tous ceux qui rêvent d’un destin littéraire. Avec la dose de cynisme nécessaire, Iegor Gran les met en garde contre ces mœurs bizarres, ce panier de crabes duquel il est bien difficile d’émerger. Et de sortir indemne : « S’il est vrai que le parcours d’un écrivain aujourd’hui est un tissu de déceptions, la tienne était en tout point la plus urticante, la plus lâche aussi. Un rêve brisé qui laisse de gros morceaux coupants. »

Autres critiques
Babelio
Culture Box
BibliObs
La Croix
Blog Clara et les mots

Extrait
« La France commence à produire des Kevin au début des années 1970, au rythme d’une centaine de naissances par an. (…) Au début de la décennie suivante, on compte déjà 1500 nouveaux spécimens annuels, cette multiplication des Kevin accompagnant la mode soudaine pour tout le fatras néoceltique, où l’on fourre aussi bien la légende arthurienne que les sagas scandinaves, popularisées par les premiers jeux de rôle.
Notre Kevin appartient à cette génération. Conçu à l’arrière d’une Talbot Horizon GLS millésimée 1979, né à Meudon, d’un père technico-commercial chez IBM et d’une mère employée dans une agence de voyages où s’est noué le flirt initial, à la faveur d’un déplacement de papa Kevin à une convention informatique à Houston. Pour le prénom, cherchant une consonance plutôt américaine, ils hésitent entre Ronald, Benjamin, Jimmy. Le patron de la division machines à composer d’IBM, très bel homme et promis à un avenir professionnel radieux, leur suggère Kevin. Pour une fille, ils ont prévu Allison.
À la fin des années 1980, quand notre héros court déguisé en Spiderman dans un jardin à Meudon, l’usine à Kevin s’emballe. » (p. 32-33)

A propos de l’auteur
Naissance à Moscou. A 10 ans, sa famille s’installe en France. Aucune notion de français à l’époque. Problèmes de scolarité.
Par désespoir, fait l’École Centrale. Par goût, fait autre chose. Iegor Gran a déjà publié plus de dix romans. (Source : Editions P.O.L)

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Un hiver à Paris

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Un hiver à Paris

Jean-Philippe Blondel
Buchet-Chastel
Roman
272 p., 15 €
ISBN: 9782283026946
Paru en janvier 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais Aussi à Nanterre, à Blois, à Troyes et dans le Sud-Ouest, plus particulièrement à Facture, Ychoux et Biscarosse-Plage

Quand?
L’action est située de nos jours dans les premières et les dernières pages du roman, avec un retour sur les années d’études universitaires pour le cœur du livre.

Ce qu’en dit l’éditeur
Jeune provincial, le narrateur débarque à la capitale pour faire ses années de classe préparatoire. Il va découvrir une solitude nouvelle et un univers où la compétition est impitoyable. Un jour, un élève moins résistant que lui craque en plein cours, sort en insultant le prof et enjambe la balustrade.
On retrouve dans Un hiver à Paris tout ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe Blondel : la complexité des relations ; un effondrement, suivi d’une remontée mais à quel prix ; l’attirance pour la mort et pour la vie ; la confusion des sentiments ; le succès gagné sur un malentendu ; le plaisir derrière la douleur ; l’amertume derrière la joie.
Sont présents les trois lieux qui guident la vie de l’auteur : Troyes, Paris, les Landes. Dans la lignée de Et rester vivant, il y a chez le personnage-auteur-narrateur la même rage pure, la même sauvagerie – pour rester toujours debout sous des allures presque dilettantes.

Ce que j’en pense
***

Un seul événement pour un livre, mais de ceux qui marquent à jamais quelqu’un. « Un hiver à Paris » aurait en fait pu s’appeler « Un suicide », car Jean-Philippe Blondel nous raconte certes ses années d’étudiant en classe préparatoire, mais surtout combien le suicide de son camarade de classe l’a marqué au point de changer sa vie.
Jeune provincial lancé dans un milieu estudiantin et parisien dont il ne connaît pas les règles, le narrateur est vite mis sur la touche. Et ce n’est pas le corps enseignant qui va lui tendre la perche, bien au contraire. Indifférent quand il n’est pas méprisant, il va être à l’origine du drame. Mathieu ne supportera pas une remarque outrancière et ira se jeter par la fenêtre pour atterrir aux pieds du narrateur, un filet de sang venant le marquer comme au fer rouge.
Il avait échangé seulement quelques mots avec celui qui gisait à ses pieds, mais le regard des autres avait subitement changé. « D’un seul coup, j’existais à leurs yeux. J’étais «le copain de Mathieu». La victime de la victime. Un beau rôle à tenir. Je n’étais même pas forcé de nier, ni de mentir. Il me suffisait d’omettre et de transformer mes projets d’avenir en existence passée. Oui, nous avions commencé à tisser un lien. Oui, j’étais, à Paris, la personne dont il était le plus proche. »
De manière très subtile, l’auteur déroule alors le fil de cette «seconde vie», celle où presque sans effort, il devient quelqu’un.
Pour le père de la victime, il va passer du rang de témoin privilégié à celui de confident, puis de fils de «remplacement».
Une lettre reçue après un passage à la télévision sera le déclencheur du souvenir. Une construction habile qui permettra de boucler la boucle dans les dernières pages. Et de constater que les personnages qu’il va croiser sont loin d’être aussi manichéens qu’il le supposait étant jeune. Comme cette enseignante, adepte des bonnes formules, qui lui suggérait d’essayer la littérature : «mieux vaut devenir le maître des illusions que le jouet de ceux qui vous entourent.»
Un conseil qu’il a bien fait de suivre.

Autres critiques
Babelio
La Croix
Paroles d’auteurs (Interview)
RTL (émission Les livres ont la parole de Bernard Lehut)

Extrait
« Mon souvenir de Mathieu commençait à s’effacer – graduellement, je le sentais. Cela faisait moins de six mois qu’il avait sauté mais le bouillonnement qu’était devenue mon existence, les jours peuplés comme les nuits, les mots, les phrases, les paragraphes, les lumières, les gestes, les frémissements, les frissons – tout venait le recouvrir. Je me rendais compte à quel point notre relation avait été inexistante. Un leurre. C’était à peine, désormais, si je revoyais ses mains quand il fumait ses JPS noires. Ses yeux, eux, me fuyaient. Ne restaient que le cri et le bruit mat du corps heurtant la pierre. » (p. 211)

A propos de l’auteur
Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003. (Source : Editions Buchet-Chastel)

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Vieux, râleur et suicidaire – La Vie selon Ove

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Vieux, râleur et suicidaire
La Vie selon Ove

Fredrik Backman
Presses de la Cité
Roman
Littérature étrangère
343 pages, 21,50 €
ISBN: 2258103665
Paru le: 13.03.14

Où?
En Suède.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La nouvelle comédie irrésistible venue de Suède !
« Ove et le chat se sont rencontrés un matin à six heures moins cinq. Le chat a détesté Ove sur-le-champ. Le sentiment était plus que réciproque. »
Dans le lotissement où il vit depuis quarante ans, Ove est connu pour être un râleur de la pire espèce. Mais depuis qu’il est sans travail, il se sent seul et inutile. Il erre dans sa maison, fait des rondes de quartier pour relever les infractions des habitants. Jusqu’au jour où, las de cette routine, il décide d’en finir. Corde au cou, debout dans le salon, il est prêt à passer à l’acte…
C’est sans compter l’arrivée de nouveaux voisins et d’un chat abandonné. Interrompant involontairement ses tentatives de suicide, ceux-ci vont peu à peu pousser Ove dans ses derniers retranchements et le ramener à la vie !
Tel un chat de gouttière amoché et craintif, à la fois drôle et touchant, Ove réveille l’instinct protecteur qui sommeille en chacun de nous. Mais attention, il griffe !

Ce que j’en pense
****

J’ai succombé à mon tour au charme de ce roman. Si je suis à priori plutôt hésitant devant les modes qui tendent à nous faire croire que les meileurs auteurs de thrillers glaçants viennent du froid et qu’il existe aussi en Scandinavie une veine d’auteurs de comédies mettant en scène de vieux ronchons aussi excentriques que philosophes.
D’un autre côté, il suffit de prendre la peine de se plonger dans le livre pour se faire une opinion. C’est ce que j’ai donc fini par faire. Force est de constater que l’on s’attache très vite au personnage principal de cette comédie grinçante, car on connaît tous un Ove autour de nous. Suivant notre âge il est comme notre frère, notre oncle, notre père ou notre grand-père.
Un de ces «vieux» qui ne comprennent rien aux technologies numériques et à la génération Y, qui ne jurent que par l’ampoule à filament, le moteur à explosion – surtout celui de la Saab – ou la tondeuse à gazon thermique.
Ove se retrouve donc veuf et incompris, au milieu de voisins qui ont des modes de vie bien différents du sein, sans véritables perspectives sinon de mettre fin à ses jours.
Sauf qu’un suicide n’est pas forcément aisé, surtout dans un monde où on ne peut même plus faire confiance dans la solidité d’une corde, où les voisins ont toujours quelque chose à vous demander et où les voyageurs n’arrivent même plus à attendre patiemment les trains sur les quais de gare.
Bref, s’il vous est déjà arrivé de rouspéter devant un dysfonctionnement quelconque, voire une administration tâtillone, sachez que grâce à Ove vous pourrez savourer l’heure de la vengeance. Avec délectation!

Autres critiques
Babelio
Psychologies
Femina
Elle
France bleu (La grande librairie)

Citations
« La société actuelle ne jure plus que par l’informatique ; on ne peut plus bâtir de maison avant qu’un consultant engoncé dans une chemise trop petite n’ait compris comment allumer un ordinateur portable. Les gens croient-ils que le Colisée et les pyramides de Gizeh ont été construits de cette façon ? Bon Dieu, on avait érigé la tour Eiffel en 1889, mais à présent, personne n’est fichu de tracer le plan d’un simple pavillon de plain-pied sans s’interrompre pour recharger un téléphone ! »

A propos de l’auteur
Né à Stockholm en 1981, Fredrik Backman enchaîne les petits boulots avant de devenir journaliste. En 2012, il publie son premier roman, Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, qui remporte un succès retentissant en Suède, avec plus de 500 000 exemplaires vendus en un an. Actuellement en cours de publication dans une douzaine de pays, cette nouvelle comédie qui vient du froid place d’emblée son auteur parmi les écrivains suédois sur lesquels il faut compter. (Source: Presses de la Cité)

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