Et soudain, la liberté

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre :
1. Parce qu’il y a il y a le roman et le «roman du roman» dans cette histoire. D’une part nous suivons le parcours d’une femme hors du commun, Evelyne Pisier. D’autre part, on découvre la genèse de ce livre écrit à quatre mains, achevé après le décès brutal d’Evelyne par Caroline, son éditrice.

2. Parce que ce roman nous entraîne à la fois dans une fresque historique et militante, celle du temps des colonies, notamment en Indochine et en Nouvelle-Calédonie, celle de l’utopie cubaine avec l’arrivée de Fidel Castro et la «Révolution» de Mai 68, et les combats pour l’égalité homme-femme, la libéralisation sexuelle, le doit à l’avortement.

3. Parce que ce roman a été sélectionné par le Comité de Lecture Cultura comme l’un des Talents Romans de la Rentrée littéraire 2017 et s’est vu décerner le prix Première plume du Furet du Nord à l’unanimité du jury. « Un roman passionnant, bouleversant, émouvant… juste sublime! », a expliqué la présidente, libraire à Roubaix.

4. Parce que la Blogosphère s’enflamme déjà pour ce roman, les superlatifs venant s’accumuler pour dire le bonheur de la lecture et les émotions qu’il procure. À l’exemple d’Emma qui vous conseille de «ne pas faire l’impasse sur ce magnifique livre solaire sur les femmes, la liberté, la transmission entre femmes et qui est aussi un très beau livre sur l’amour maternel.»

5. Parce qu’il a été sélectionné par les «68 premières fois» avec cet argument-massue: «On pourrait vous recopier des pages de citations tant ce roman sensible et délicat regorge de mots superbes, de phrases tellement belles, déposée au creux de l’oreille par le talent de Caroline Laurent. Coup de cœur des 68 premières fois! »

Et soudain la liberté
Evelyne Pisier – Caroline Laurent
Éditions Les Escales
Roman
448 p., 19,90 €
EAN: 9782365693073
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…
Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

Les critiques
Babelio
Culture Chronique (Apolline Segran)
Publik’Art 
Page des libraires (Lucie Sawina)
Blog Livres à lire 
Blog Lire par Elora 
Blog Un bouquin sinon rien

Les premières pages du livre

Extrait
« Les derniers mots d’Évelyne, qu’Olivier m’avait confiés comme un trésor, brûlaient en moi. « S’il m’arrive quoi que ce soit, promets-moi de terminer le livre avec Caroline. » Elle m’avait tout donné avant Noël : la trame, les informations manquantes, les anecdotes, les épisodes clés. Il ne restait qu’à mettre en forme cette matière. Nous l’aurions fait ensemble. Il y aurait eu des rires, du vin blanc tiédi, des questions à n’en plus finir. Faut-il raconter cette scène ? Ce détail présente-t il le moindre intérêt ? Tu crois que ça va intéresser les gens ? Il y aurait eu des tendresses folles et des folies tendres. On projetait une grande fête pour l’été.
Dans la nuit qui commençait à envelopper Paris, j’ai vu ses yeux bleus, son sourire et sa main se tendre vers moi. « À ton tour » semblait-elle me dire. Je lui ai fait un clin d’oeil. J’étais son éditrice. Son amie de vingt-huit ans. Elle était mon histoire la plus folle. J’ai promis.
Je terminerai le livre. »

À propos de l’auteur
Caroline Laurent est née en 1988. Éditrice et amie d’Evelyne Pisier, elle terminera pour elle son dernier roman. (Source : Éditions Les Escales)

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La fille du van

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En deux mots:
Sonja a vécu l’horreur en Afghanistan et tente de soigner un stress post-traumatique en parcourant les plages du Sud. C’est là qu’elle rencontre Pierre, ancien champion olympique qui essaie de surmonter la dépression post-gloire médiatique. Deux malheurs qui s’unissent peuvent-ils conduire au bonheur?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

La fille du van
Ludovic Ninet
Serge Safran éditeur
Roman
208 p., 17,90 €
EAN : 9791090175716
Paru en août 2017
Sélectionné pour le Prix Hors-concours 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Sud entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sonja, jeune femme à la chevelure rousse, fuit son passé militaire en Afghanistan et lutte contre ses cauchemars. Elle se déplace et dort dans un van. Tout en enchaînant des petits boulots, elle erre dans le sud de la France.
Échouée à Mèze, dans l’Hérault, elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche, homme aux rêves brisés. Puis se lie d’amitié avec Sabine qui la fait embaucher dans un supermarché, et Abbes, fils de harki au casier judiciaire bien rempli.
Entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau, tous les quatre vont tenter, chacun et ensemble, de s’inventer de nouveaux horizons, un nouvel avenir.

Ce que j’en pense

Coup d’essai, coup de maître. Pour son premier roman Ludovic Ninet aura réussi à aller au plus profond de l’intime, à fouiller ces zones de la conscience qui construisent – ou détruisent – une personne sans pour autant donner avoir recours à un quelconque jargon, sans jamais s’ériger en donneur de leçons. Au cœur de ce roman, on retrouve deux personnes cabossées par la vie. La fille du van d’abord. Au volant de son van, Sonja tente d’oublier les images qui la hantent, celles de cette embuscade en Afghanistan qui a coûté la vie à ses collègues. De retour en France, elle n’a pas pu retrouver une vie «normale» auprès de son mari et de son enfant et a préféré fuir pour les préserver de ses accès de violence, des syndromes d’angoisse, de sa dépression. Ce stress post-traumatique, que Karine Tuil avait également exploré dans son roman L’insouciance, fait aujourd’hui des ravages dans le monde entier. En exagérant à peine, on pourrait même dire que plus la guerre est sophistiquée, plus les armes sont bourrées d’électronique et plus les dégâts psychiques sont importants. Pour Sonja les médicaments et l’alcool apportent pendant quelques temps un soulagement. « Elle ouvre la deuxième canette, la vide et puis s’endort, abrutie. Une fusillade la réveille. Elle sursaute, ça tire, ça canarde, elle cille pour émerger et déjà sa bouche colle, c’est la nuit, Sonja, comme toujours les insurgés attaquent la nuit. Elle cherche les balles traçantes mais n’en voit aucune, craint les impacts de roquettes, retient son souffle, d’où tirent-ils, les ordures? Nouvelle rafale. Elle plaque les mains sur ses oreilles, va pour s’allonger sur la banquette ou, mieux, se blottir contre les pédales. Mais elle entend des rires. Pas des cris, des rires, des rires d’enfant. Elle se redresse, risque un regard circulaire. Jamais les enfants ne riaient pendant que ça tirait. Il ne pleut plus. Elle reconnaît l’étang de Thau. Elle aperçoit, au bord de l’eau, un groupe de jeunes adolescents qui font exploser des pétards. On est samedi soir.
Quelle conne. »
Le traumatisme est toujours là. La cavale est partie pour durer, mais son pécule diminue à vue d’œil. Il va lui falloir trouver un emploi, ne serait-ce que pour pouvoir acheter un poulet grillé. Car pour l’heure, il ne lui reste que quelques pièces.
Sauf que Pierre, le vendeur ambulant des poulets, a déjà repéré Sonja. Ce mélange de beauté sauvage et de détresse ne le laisse pas indifférent.
Quand vient son tour et qu’elle demande ce qu’elle peu avoir avec son pécule, Pierre lui répond qu’elle peut prendre ce qu’elle veut.
« Elle a l’air de le prendre pour un fou.
– Ce que vous voulez, répète Pierre. Je vous assure.
Derrière lui, les poulets rôtissent en tournoyant. Les voitures, coffre rempli, vont, viennent sur le parking dans le bruit humide des pneus dans les flaques, les clients semblent subjugués par les volailles ruisselantes. Pierre sourit pour marquer sa bienveillance. Mais la honte a envahi le beau visage. La fille se planque derrière ses longs cheveux, renifle, regarde par terre, puis les autres clients, gênée, revient à Pierre.
– Vous inquiétez pas, insiste-t-il.
Et il lui tend un poulet entier, dans son sac en papier. Elle l’accepte. Un sourire qui ne dure pas la transforme, elle murmure un merci appuyé. La poupée de porcelaine est maquillée de taches de rousseur et n’a pas l’accent du coin.
Elle s’éloigne.
Pierre la suivrait bien. Mais il y a les clients, et la raison. La recette à assurer, le stock, la marge, tu ferais mieux de lui courir après, Pierre, alors cours, qu’attends-tu, cours.
Il ne court pas. » Parce qu’il pense qu’elle est trop jeune pour lui, trop bien pour lui. Parce ce que lui aussi a un passé qui l’encombre, même s’il est glorieux. Il a été champion olympique de saut à la perche et se retrouve désormais à tenter de joindre les deux bouts en vendant des poulets grillés.
Les amateurs d’athlétisme savent que les champions olympiques ne sont pas légion et que le premier à être monté sur la plus haute marche du podium dans cette discipline a été Pierre Quinon en 1984 à Los Angeles. Ludovic Ninet a été sensible à son histoire et lui rend en quelque sorte hommage en s’inspirant de son destin tragique. Car sans vouloir dévoiler la fin du roman, on comprend que des blessures et un manque de performances ont peu à peu éloigné Pierre des pistes jusqu’à retomber dans l’anonymat et dans la dépression.
À ce stade de ma critique, il me faut avouer que j’ai connu Pierre Quinon, que je l’ai croisé à plusieurs reprises. Quand ma carrière d’athlète de haut-niveau s’est achevée, la sienne démarrait. J’imagine qu’aujourd’hui les choses ont changé, mais à l’époque les athlètes étaient vraiment amateurs et devaient faire de nombreux sacrifices pour progresser. Un exemple pour replacer les choses dans leur contexte. Les structures sport-études que nous avons fréquenté tous deux permettaient de bénéficier d’horaires aménagés et de bonnes conditions d’entrainement. Mais après le bac, rien n’était prévu. Il fallait alors une sacrée force de caractère pour continuer, pour réussir. Et le jour où les performances ne sont plus là, la Fédération vous oublie.
Mais peut-être que la rencontre de deux malheurs peut faire un bonheur. Au milieux des tourments Pierre et Sonja sont des bouées de sauvetage l’un pour l’autre. Quand ils finissent par se retrouver, ils sortent la tête de l’eau. Avec son ami Abbes, un fils de Harki qui a également beaucoup souffert de cette destinée familiale, il vont trouver un travail à Sonja, tenter de se remettre sur de bons rails. Ils vont même jusqu’à échafauder des plans d’avenir. Rêvent de ce jour où le van cédera la place à un voilier pour partir au large, à l’aventure.
« — Un jour, finit-il par répondre, Abbes m’a dit, tu sais, Pierre, j’ai fait beaucoup de conneries et j’ai payé ma dette. Mais le meilleur m’attend. C’est ce que j’aime chez lui. Il croit au futur.
— Et vous, Pierre, vous y croyez ?
— Au futur? Avant, peut-être, oui. Maintenant…
Il pourrait dire à nouveau, si, depuis que tu es là, mais il craint de la faire fuir, et cette soudaine dépendance à elle dont il devient esclave un peu plus chaque jour, merde, Pierre, tu es ravagé, il suffit qu’elle disparaisse et… Alors il s’abstient – l’optimisme est une sale maladie… »
Ludovic Ninet: un nom à retenir et à mettre à la suite des découvertes de Serge Safran qui a un don incontestable à dénicher les nouveaux talents.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Pauline Leduc)
20 Minutes 
Tafmag (Romane Ricard)
lecteurs.com (Amélie Bigot)
Vaux livres (Max Buvry)
Ecribouille.net 
Blog Lectures féériques 

Les premières pages du livre

Extrait
« Cette cavale a commencé un jour. Le pécule a fondu.
Elle ne sait plus pourquoi elle tient. Mais elle tient.
Elle croyait s’éloigner de son passé, ses pas l’ont ramenée sur les berges de son enfance.
Ici, aujourd’hui, un type au regard pur l’a nourrie. Elle revoit ce sourire timide, les joues roses. Ses yeux. Deux billes bleues. »

À propos de l’auteur
Ludovic Ninet est né à Paris en 1976. Il a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans, notamment dans la presse sportive, il devient ensuite formateur au CFPJ ou à l’ESJ-Pro. Il vit aujourd’hui en Vendée. La Fille du van est son premier roman. (Source : livreshebdo.fr / Serge Safran éditeur)
Compte Twitter de l’auteur
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  RLN2017

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L’été en poche (33)

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Entre mes mains le bonheur se faufile

En 2 mots
Iris s’ennuie dans sa province et cherche à s’émanciper de sa routine habituelle. Sans avertir personne, elle part pour Paris vivre une vie passionnante. Si vous vous demandez quoi lire cet été, ne cherchez plus!

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Valérie Trierweiler (Paris-Match)
« Comme chacun d’entre nous peut, un jour, remettre en cause son destin ou ses propres choix, Iris démontre qu’il y a toujours la possibilité d’un ailleurs. L’héroïne fait surtout preuve d’une belle force de caractère. »

Vidéo


Agnès Martin-Lugand présente «Entre mes mains le bonheur se faufile». © Production Michel Lafon

Le Club des vieux garçons

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En deux mots
Dernier représentant d’une lignée d’aristocrates, François de Rupignac entend donner un sens à sa vie en créant le Club des vieux garçons. Une tentative de redonner un peu de lustre à un monde décadent, aussi joyeuse que désespérée.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Le Club des vieux garçons
Louis-Henri de La Rochefoucauld
Éditions Stock
Roman
250 p., 20 €
EAN : 9782234081932
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris ainsi qu’en province, à Lusigny, Juilly, Deauville, Saint-Jean-de-Luz, Ornans, Salins-les-Bains, Arc-et-Senans et nous fait également voyager en Europe, à Genève, Anvers, Gand, Bruges, Knokke-le-Zoute, Taormina, Venise ou encore Lisbonne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Les vieux garçons ont mauvaise presse. Ils sont vus comme des bons à rien, des vieilles pantoufles bonnes pour la poubelle. Quel fâcheux contresens. Par leur décalage, leurs marottes, leur refus du couple et souvent du travail, ne seraient-ils pas plutôt d’authentiques insoumis ? Les derniers vrais punks ?
François de Rupignac est du bois dont on fait les célibataires endurcis. Étudiant, il lance le Club des vieux garçons, société secrète à l’humour british dont les membres deviennent peu à peu des activistes bizutant banquiers gloutons, artistes prétentieux et autres coquins du monde moderne. Le roman raconte les coups fourrés de ces frondeurs nonchalants.
Jusqu’à ce que leur désinvolture cède le pas à une certaine inquiétude. Car le vieux garçon peut-il vraiment être l’avenir de l’homme ?

Ce que j’en pense
Bon sang ne saurait mentir. Et sans vouloir remonter l’arbre généalogique jusqu’aux premiers de Rupignac qui s’installent au XVIIe siècle dans le paysage aristocratique, on ‘s’arrêtera quelques instants sur les grands-parents du narrateur ainsi qu’à son oncle Albert pour souligner combien ces trois personnes ont marqué le narrateur.
Derniers représentants d’une dynastie dont on sent bien qu’elle est plus proche de la fin que de sa gloire d’antan, ils vont tenter de transmettre leurs valeurs à ce rejeton, lui donner les codes lui permettant de perpétuer un monde totalement désuet.
C’est ce qui nous le rend du coup sympathique. Car on comprend très vite que ce combat est voué à l’échec, que le jeune François n’a ni les moyens, ni l’envergure pour mener à bien cette bataille rétrograde. Aussi lorsqu’il décide de créer le Club des Vieux garçons, sorte de cercle rassemblant les célibataires endurcis, ce n’est pas vraiment à l’élite fortunée qu’il va s’adresser, mais à une joyeuse cohorte de têtes brûlées, tout aussi perdues que lui dans ce monde où tout part à vau-l’eau. D’ailleurs le règlement établi pour l’occasion décrète qu’il faut avoir une bonne descente mais pas de métier sérieux, être baptisé et ne pas hésiter à user de son sens de l’humour lors des discussions homériques qui réunissent les membres au prestigieux Jockey Club. Il faut bien préserver les apparences.
La figure emblématique de cet aréopage est Pierre, l’ami de beuverie de François, qui finira par trouver son salut dans les ordres. Un moyen comme un autre d’échapper à la médiocrité ambiante…
Car, on l’aura compris, il ne suffit pas de vouloir refaire le monde pour que ce dernier se plie aux volontés du groupe. D’autant que les « attentats » fomentés par la bande sont bien dérisoires, si loin de la Fronde avec la Grand-Condé qui avait fait les heures de gloire de la famille. On s’attaque à l’art contemporain, à quelques écrivains trop révolutionnaires, à une république trop laxiste pour être honnête.
Combat vain, suranné et folklorique, à l’image du journal fondé par nos deux membres fondateurs, mais qui, pour peu qu’on le prenne au second degré, devient un manifeste certes désabusé, mais assez grinçant. De quoi redonner un peu d’excentricité dans un monde où les râleurs et les pessimistes semblent devoir régner sans partage.
Si Louis-Henri de La Rochefoucauld sait que la partie est perdue d’avance, cela ne l’empêche pas de la jouer. Les uns ne manqueront pas de trouver tout cela bien dérisoire, les autres – dont je suis – salueront l’audace et le panache et goûteront au style d’un classicisme de bon aloi.

Autres critiques
Babelio
RFI (Jean-François Cadet)
Technikart (Baptiste Liger)
L’Opinion (Bernard Quiriny)
Le blog d’eirenamg
Blog Ma bibliothèque idéale 
Blog Encres vagabondes


Présentation du livre par Marie Joseph Biziou de la Librairie La Procure

Les premières pages du livre

Extrait
« Je ne vois pas comment pourrait durer une entourloupe pareille, mon petit François. Nous ne sommes pas tous sous hypnose. Il y aura bien un jour quelqu’un pour libérer notre France libre, celle du panache, de cette vilaine partie de poker menteur. Quelqu’un qui les prendra poliment par le colback, les moules à gaufres – et ramènera à la porte du saloon tous ces bluffeurs à têtes molles. Qui sifflera la fin de cette tyrannie de niquedouilles ? Je l’ignore, mais il aura tout mon soutien. Qui sait si ce ne sera pas un type de ta génération ? Toi ? N’oublie jamais, François, que nous étions là avant tout le monde, que nous avions une brillante situation dès l’an mil, que nous avons participé aux croisades, que nous ne sommes pas tombés de cheval à Azincourt… Personne, ici, ne doit nous intimider. »

A propos de l’auteur
Chroniqueur littéraire et musical pour différents magazines tels que Technikart, GQ et Schnock, Louis-Henri de la Rochefoucauld est l’auteur de six romans dont Les vies Lewis (Léo Scheer), La révolution française (Gallimard) et Le club des vieux garçons, son premier livre aux éditions Stock. (Source : Éditions Stock)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Aimer et prendre l’air

SIMON_aimer-et-prendre-lairEn deux mots
Deux couples en crise se retrouvent le temps des vacances. Au lieu du repos escompté, c’est l’heure du jeu de la vérité et des règlements de compte. Que faire de l’amour quand il s’enfuit ? Le nouveau roman de Sophie Simon est tragiquement lucide.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Aimer et prendre l’air
Sophie Simon
Éditions JC Lattès
Roman
200 p., 18,50 €
EAN : 9782709658591
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement aux États-Unis, tout d’abord dans le Connecticut, au bord de la plage de Silver Sands près de Milford, puis à New York. Les villes de Seattle et San Francisco sont également mentionnées. Enfin, de nombreux voyages sont évoqués, qui vont de Naples à Prague, de Saint-Pétersbourg à Paris. Dans la seconde partie du roman, les camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie, au Liban, en Thaïlande, au Kenya et dans le nord de la France constituent de nouvelles destinations.

Quand?
L’action se situe de la fin des années 1990 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce matin-là, je me suis juré de ne plus jamais l’appeler. Il fallait juste que je l’appelle pour le lui dire. »
Alors qu’elle vient de s’installer dans le Connecticut pour les vacances, Amy, actrice new-yorkaise au faîte de sa gloire, s’interroge: le moment n’est-il pas venu de quitter Jack, son vieil époux atrabilaire? Comment y parvenir, alors qu’elle a déjà tant de fois échoué? Et surtout, qu’en pense son psychanalyste?
Lorsqu’un couple d’amis débarque, au bord de la rupture, la confusion atteint son comble…
Après American clichés et Gary tout seul, Sophie Simon met en scène, dans ce drame joyeux et burlesque que ne désavouerait pas Woody Allen, la fin de l’amour et des idéaux, et l’éternelle renaissance du désir.

Ce que j’en pense
Il faut de méfier des vacances. Si on éprouve le besoin de se détendre et de changer d’air, cela peut aussi cacher un mal-être bien plus profond que de faire une pause pour recharger les batteries. De plus, le climat estival et l’absence de repères traditionnels peuvent conduire à des comportements inattendus. Amy et Jack ainsi que leurs amis de longue date Kathleen et Larry ne vont pas tarder à en faire l’expérience. Même s’il n’y a pas à vraiment parler d’élément déclencheur, Amy entend rompre avec Jack. Elle a du reste déjà effectué plusieurs tentatives, mais sans oser vraiment aller au bout de son intention. « Elle voyait là un homme, son mari, avec lequel depuis vingt ans elle entretenait un lien que l’un et l’autre étaient en train de lâcher. Un homme qui, malgré son âge, ce physique indolent, ce caractère bilieux, était son seul et unique mari sur terre. » Il semble bien que cette fois, sa décision soit prise. Elle n’imagine pas pouvoir continuer sa morne existence. Et puis sa carrière de comédienne pourrait prendre un nouveau départ, car elle vient tout juste de se voir décerner un Tony Award.
Jack sent bien que l’humeur changeante de son épouse, qui passe de manifestations de joie à la mélancolie, cache quelque chose. Mais il a jusqu’à présent réussi à éteindre tous les incendies, un peu à l’image des scénarios qu’il propose et qui lui offrent une réussite modeste, mais suffisante. Il compte aussi sur la présence de leurs amis pour éviter une guerre ouverte.
Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’en 1998, à l’époque où il a annoncé son mariage à ses amis, Larry était amoureux d’Amy. Si bien qu’il n’hésite pas à confier ses sentiments et à rajouter de l’huile sur le feu: « Il est temps que tu acceptes de voir que ton couple est mort et que Jack a déjà une petite idée de qui prendra ta suite. »
C’est alors que la tragi-comédie se déploie, nous offrant quelques réflexions pessimistes sur la vie de couple : « Le mariage est une hypocrisie institutionnalisée et ça fait partie du jeu. Les gens ont besoin de se laisser duper, et par la suite chacun espère secrètement remporter le match. »
Sophie Simon, en jouant avec les souvenirs et le parcours personnel des protagonistes, réussit un roman d’un pessimisme lucide. À l’image des 17 années de séances de psychanalyse auxquelles Amy s’est soumise depuis la mort de ses parents et qui ne lui ont pas vraiment permis de dégager un nouvel horizon, c’est une lassitude bien pratique qui semble l’emporter. Larry joue la désinvolture: « Je me suis toujours cru dans un Luna Park. Je n’ai jamais voulu voir la vie autrement que comme un grand divertissement ». Kathleen semble ne rien comprendre aux motivations des uns et des autres. Jack croit que tout finit toujours par s’arranger. Mais le fin mot reviendra à Amy pour un final aussi surprenant que riche. Comme le souligne le titre, après avoir aimé, il faut prendre l’air !

Autres critiques
Babelio
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog La ville en rose

Les premières pages du livre

Extrait
« Je veux monter ce que certains ne veulent pas voir. J’aimerais qu’ils en fassent des cauchemars et n’aient plus d’autre choix que d’agir. Je veux changer le monde, et je ne sais pas combien de temps ça peut prendre. »

A propos de l’auteur
Sophie Simon vit à Paris. Elle a déjà publié un roman et un recueil de nouvelles aux éditions Lattès. (Source : Éditions JC Lattès)

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Ronce-Rose

CHEVILLARD_Ronce-Rose

En deux mots
Le monde vu par Ronce-Rose ne manque pas d’originalité. La petite fille est pourtant entourée de truands, d’une sorcière et du d’un unijambiste. Mais par naïveté ou par espièglerie, elle va choisir d’affronter les problèmes avec optimisme. Joyeux, inventif, irrésistible !

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ronce-Rose
Éric Chevillard
Éditions de Minuit
Roman
144 p., 13,80 €
EAN : 9782707343161
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule en france, dans un endroit qui n’est pas cité.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si Ronce-Rose prend soin de cadenasser son carnet secret, ce n’est évidemment pas pour étaler au dos tout ce qu’il contient. D’après ce que nous croyons savoir, elle y raconte sa vie heureuse avec Mâchefer jusqu’au jour où, suite à des circonstances impliquant un voisin unijambiste, une sorcière, quatre mésanges et un poisson d’or, ce récit devient le journal d’une quête éperdue.

Ce que j’en pense
Le 39e livre d’Éric Chevillard est dans les librairies et nous offre à nouveau de plonger dans cette littérature du rien qui est aussi celle du tout, celle où le langage prévaut sur l’histoire, celle où la recherche du mot juste peut dynamiter le récit.
Après les les réflexions post-mortem d’Albert Moindre, spécialiste des ponts transbordeurs dans Juste Ciel, voici celles d’une petite fille baptisée Ronce-Rose. Si l’auteur n’a pas dû aller chercher très loin l’inspiration pour son héroïne, étant lui-même père de deux filles de six et huit ans, il a en revanche construit un scénario entre le roman d’initiation, le polar et le conte philosophique. Belle gageure relevée haut la main, notamment par le choix de laisser la parole à Ronce-Rose et à son journal intime. Car ainsi les trouvailles littéraires, la vision naïve – ou poétique – des choses peuvent éclore en toute liberté. C’est ce qu’il a expliqué à François Caviglioli dans l’Obs, dévoilant par la même occasion son projet: « Beaucoup de gens ne disent rien d’intéressant après huit ans, dit Chevillard. Ils ont eu ce génie, ces trouvailles un peu maladroites, mais l’ont oublié avec la maîtrise. L’écrivain est celui qui ne s’arrête pas à la panoplie des mots suffisants pour traverser la vie tranquillement. Il amène une contre-proposition. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire un livre pour répéter ce que tout le monde dit déjà. »
Voici donc ce monde de Ronce-Rose – piquant comme la ronce, beau comme la rose – qui est à la fois le nôtre et, à travers le regard de la petite fille, une sorte de royaume de tous les possibles. À l’exemple de la profession de Mâchefer et de son ami Bruce, qu’elle détaille ainsi : « Quand Bruce vient dîner, ensuite habituellement ils partent sur un coup avec Mâchefer, c’est leur métier. Ils travaillent avec les banques, les bijouteries, les stations-service. Ne me demandez pas exactement ce qu’ils font, mais ils sont responsables d’un large secteur et ils couvrent une large zone géographique, si bien qu’ils restent parfois absents deux ou trois jours. Ils partent avec leur voiture de fonction qui change tout le temps et je ferme à clé derrière eux. Je ne dois ouvrir à personne. Le monde est plein de brutes, dit Bruce. J’ai des provisions. De quoi tenir une semaine, mais il ne leur est jamais arrivé de partir si longtemps et il reste toujours plein de charcuterie quand ils rentrent. Tout est bon dans le cochon, c’est la seule parole d’évangile que j’aie jamais entendue sortir de la bouche de Bruce et elle y entre plus volontiers mais au moins il vit en accord avec sa foi. Il le dévore entier et il ne laisse pas d’orphelins. »
Très libre et beaucoup plus fûtée qu’on peut le croire de prime abord, Ronce-Rose est une autodidacte curieuse qui se destine à une prefession qu’elle a elle-même inventée: Ornithologue étymologiste.
C’est qu’elle aime beaucoup les expressions et les mésanges: « Toutes les expressions que je connais, c’est Mâchefer qui me les a apprises. Les autres choses aussi, parce que nous avons jugé préférable que je n’aille pas à l’école, voyez-vous. Mâchefer trouve que ce n’est pas un endroit pour les enfants. »
Avec une telle éducation, le lecteurs va se retrouver confronté à quelques mystères qui ne vont toutefois pas l’empêcher de comprendre qu’une sortie nocturne a mal tourné. Ronce-Rose découvre dans la vitrine d’un vendeur d’électro-ménager un sosie de Mâchefer sur tous les écrans de télévision avec ce titre «fin de cavale sanglante».
Dès lors quel sort est réservé à la petite fille ? Sa voisine, Scorbella la sorcière, va bien tenter de se transformer en bonne fée, mais cela ne suffira pas à ramener Mâchefer. Voilà donc notre héroïne partant à la recherche de l’homme de sa vie et de ces réponses si difficiles à trouver.
« Les questions les plus intéressantes, on n’a pas le droit de les poser. Mâchefer dit que les réponses me blesseraient, que ‘en serais meurtrie comme une pêche dans un panier de coings et qu’il vaut mieux quelquefois ne rien savoir. Mais quand je tâte mon front, c’est dur, plus un coing qu’une pêche, mon pouce ne s’enfonce pas. Je l’ai dit à Mâchefer, que je préférais quand même connaître les réponses. Il m’a expliqué qu’il ne les avait pas toutes, que beaucoup de choses restaient mystérieuses. »
Lire Chevillard est à chaque fois s’offrir une belle récréation. Évadez-vous !

Autres critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Maurice Mourier)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Causeur.fr (Marie Céhère)
BibliObs (David Caviglioli)
Le Magazine littéraire (Pierre-Édouard Peillon)
Philosophie Magazine (Philippe Garnier)
La Vie (Anne Berthod)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)
Le Temps (Isabelle Rüf)
Le Populaire du Centre (Muriel Mingau)
Page des libraires (Hugo Latreille)

Les premières pages du livre (.pdf)

Extrait
« Et donc, je vais raconter un peu comment ça se passe. D’abord, je me réveille. Avant, bien sûr, je m’étais couchée mais je préfère raconter ça à la fin, sinon à force de remonter en arrière dans le temps je tomberai en pleine paléontologie. On les rencontre parfois, ces hommes préhistoriques, ils sont accroupis entre des ficelles tendues, ils creusent dans la boue. Nos mœurs ont bien changé. Je me réveille et Mâchefer me demande de quoi j’ai rêvé. Il veut savoir si j’ai rêvé de lui, en fait, mais comme je ne m’en souviens jamais j’invente. Les rêves aussi sont inventés, alors ça paraît vrai. J’aime bien mettre un crocodile pour que ça paraisse même terriblement
vrai et ça fait plaisir à Mâchefer parce qu’il me sauve la vie à chaque fois. Je le roule dans la farine du moulin à paroles. En fait, j’en donne quand même un peu. »

A propos de l’auteur
Éric Chevillard est né à la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1964. Il est l’auteur de plus de vingt romans. (Source : Editions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur 
eric-chevillard.net (Site réalisé par Even Doulain consacré à l’œuvre d’Éric Chevillard)
Blog d’Éric Chevillard (L’autofictif)
Page Facebook administrée par deux lecteurs assidus d’Éric Chevillard, Dimitry et Clément (L’auteur n’y est pas affilié)

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Sous le compost

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En deux mots
Une lettre anonyme prévient Franck que sa femme le trompe. Avec flegme, il va choisir de ne rien dire et de la tromper à son tour et plutôt deux fois qu’une. Mais ce petit jeu, dans une petite ville de montagne, n’est pas sans risques…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Sous le compost
Nicolas Maleski
Fleuve éditions
Roman
288 p., 18,90 €
EAN : 9782265116573
Paru en janvier 2017
Finaliste du Grand Prix RTL-Lire 2017.

Où?
Le roman se déroule en France, dans une région de montagne qui n’est pas précisée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Si ma femme n’avait pas commencé à me tromper, je n’aurais probablement jamais versé dans l’extra-conjugalité. »
Gisèle est vétérinaire de campagne, Franck s’est voulu écrivain. Il est désormais père au foyer. Pas de méprise, ce statut est une source intarissable de joie. Car en plus de lui assurer un temps précieux auprès de ses filles, il le dispense de côtoyer ses semblables.
Hormis la fréquentation de quelques soiffards, cyclistes tout-terrain ou misanthropes à mi-temps comme lui, Franck Van Penitas peut se targuer de mener une existence conforme à son tempérament : ritualisée et quasi solitaire. Son potager en est la preuve, où aucun nuisible susceptible d’entraver ce rêve d’autarcie ne survit bien longtemps. Franck traque la météo et transperce à coups de bêche les bestioles aventureuses.
Jusqu’à ce jour où une lettre anonyme lui parvient, révélant l’infidélité de sa femme.
Face à un événement aussi cataclysmique que banal, n’est pas Van Penitas qui veut. Accablement ? Coup de sang ? Répartition des blâmes ? Très peu pour lui. Franck a beau être un garçon régulier, il n’en est pas moins tout à fait surprenant et modifier son bel équilibre n’entre guère dans ses vues. Son immersion en territoire adultérin, le temps d’un été, prendra l’allure d’un étrange et drolatique roman noir conjugal.

Ce que j’en pense
Je ne sais pas s’il faut d’abord féliciter l’auteur pour le côté écolo-responsable de son narrateur, pour l’étude de mœurs joliment cynique ou pour le polar rural qu’il concocte pour le feu d’artifice final. À vrai dire, j’imagine que la sauce prend en raison de tous ces ingrédients savamment préparés. Mais reprenons depuis le début.
Nous sommes dans une petite ville de France dans une région de montagne. Franck Van Penitas y a suivi sa femme Gisèle qui y exerce le noble et éreintant métier de vétérinaire. Tandis que son épouse parcourt la campagne, Franck s’occupe du foyer et de leurs trois filles Valouise, Julie et Andrea. Comme le conseille Voltaire, il n’oublie pas de cultiver son jardin. Ce qu’il appelle «une micro-agriculture-vivrière-intensive» est l’objet de toute son attention. Non sans fierté, il peut expliquer à leurs amis Carlos et Valérie que son potager lui offre un bon rendement : « ce n’était pas bien sorcier, il fallait respecter quelques règles élémentaires et pour le reste il y avait une bonne dose de savoir empirique. »
Cette vie paisible et bien réglée va brusquement être remise en question. Une lettre anonyme laisse entendre que Gisèle a une liaison avec Carlos. Passé le choc de cette révélation, Franck va choisir de gérer la situation avec flegme: « Je ne lui avais rien dit de la lettre. J’avais peur qu’elle mente. Ou bien j’avais peur de la vérité. Je ne voulais pas non plus qu’elle sache que j’avais douté d’elle. Il fallait d’abord que j’aie une explication avec l’auteur anonyme. »
Avec les piliers de bar et copains cyclistes Bruno et Denis, il va tenter de trouver l’auteur de la lettre assassine, mais sans grand succès. En revanche, l’idée de se venger va bien vite prendre corps. Si Carlos couche avec son épouse, pourquoi ne coucherait-il pas avec l’épouse de son ami ? La belle et oisive Valérie Ricard-Schmitt va finir par accepter ce marché.
« – C’est la première fois que je couche avec un autre homme. Il n’y avait que Carlos pour moi. Je n’en reviens pas de l’avoir fait…
– Je n’avais jamais trompé Gisèle non plus. Et tu vois, je n’en ressens aucun remords.»
Mieux même, Franck et surtout Valérie vont prendre goût à la chose, se laisser aller «à un peu de naturalisme grossier» du genre cru et poétique: « À un moment, j’ai cru que ta petite nectarine était une fleur carnivore, avec des muscles violents et des mâchoires tapissées de ventouses gluantes. » Est-ce un effet non prévu de ces parties de jambes-en-l’air à répétition ou un sentiment de culpabilité ? Toujours est-il que Gisèle rallume la flamme qui semblait éteinte : « J’en concluais que rien n’était vraiment prévisible ni irrémédiable, le vent tournait, il n’y avait décidément pas de motif solide pour désespérer. »
Avec un brin de cynisme et une touche d’humour Franck se sent comme un coq en pâte. « Je poursuivais une liaison clandestine sur un mode dégradé, dont je sentais la rupture approcher tel un grondement pas si lointain. Et comme si ce n’était pas suffisant, j’avais une femme de plus dans mon viseur, stimulé par la promesse d’une aventure oxygénante et l’excitation d’un nouveau projet. »
Il jette son dévolu sur sa dentiste, la peu farouche Nadjesda.
«Je mentais comme on met un pied devant l’autre ; comme un chien aboie, sans que ça soit toujours nécessaire et avec autant de naturel.»
En redoutant que ces instants de félicité ne prennent fin soit par une bévue si vite arrivée dans un petit village, soit par l’appétit trop vorace de Valérie, il ne progresse guère dans son enquête pour découvrir le corbeau. Il va même jusqu’à établir une stratégie de défense basée sur le fameux «ce n’est pas moi qui a commencé» lorsque qu’un ami d’enfance devenu écrivain et son amie s’invitent au sein de la famille Van Penitas. Marc Barony est un écrivain reconnu et aimerait bien profiter du talent d’écriture qu’il a décelé chez Franck en lui confiant un travail. Mais cette activité ne passe pas vraiment dans l’emploi du temps de notre Don Juan.
C’est à ce moment que Nicolas Maleski décide de basculer dans le polar. L’amie de Marc disparaît, faisant ressurgir un fait divers plus ancien, la disparition d’une autre jeune fille attaquée, violée, étranglée et retrouvée… sous le compost.
Il serait cruel de dévoiler ici l’épilogue de ce roman où le démon de midi s’invite dans la petite maison de la prairie et où le lecteur découvre qu’au jeu de la vérité, on ne gagne pas à tous les coups !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Lou-Eve Popper)
L’Indépendant (Michel Litout)
Page des libraires (Béatrice Putégnat)
Sens critique (Cédric Moreau)
Le blog de Guy 
Blog Culturelux.lu 

Les vingt premières pages 

Extrait
« J’étais soucieux, il y avait un malaise, je ne pouvais pas me le cacher. Au-delà de la lettre anonyme, il y avait des signes pas très encourageants ; notre couple ne présentait pas toutes les garanties de la félicité ; quelque chose semblait avoir changé, avoir dévié imperceptiblement. Entre nous ce n’était plus la même complicité naturelle, je n’avais pas besoin d’un courrier pour m’en rendre compte. J’étais pourtant resté quelqu’un d’assez marrant, pas toujours très causant, mais marrant quand même ; et d’humeur égale, plutôt ombrageuse d’accord, mais égale. »

A propos de l’auteur
Sous le compost est le premier roman de Nicolas Maleski, né en 1978. (Source : Fleuve éditions)

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Lucie ou la vocation

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Lucie ou la vocation
Maëlle Guillaud
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782350873749
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule à Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lucie est amoureuse. Éperdument. Mais pour imposer celui qu’elle a choisi, elle va devoir se battre. Ne pas céder face à l’incompréhension et à la colère des siens. Malgré les humiliations quotidiennes, les renoncements et l’ascèse, elle résiste et rêve d’absolu. Un jour, pourtant, le sacrifice qu’elle a durement payé est ébranlé par la découverte d’un secret. Le doute s’immisce. S’est-elle fourvoyée ou est-elle victime d’une manipulation ?
Avec une sensibilité et une justesse infinies, Maëlle Guillaud nous entraîne dans un monde aux règles impénétrables. En posant la question de la foi et en révélant sa puissance à tout exiger, Lucie ou la vocation entre en résonance avec l’actualité.

Ce que j’en pense
***
Il en va de certains romans comme pour certaines spécialités culinaires : on n’est pas trop sûr de vouloir essayer tout en se disant que l’on passe peut-être à côté de quelque chose de délicieux. Je dois à la sélection proposée par les «68 premières fois» la découverte ce premier roman étonnant à bien des égards et qu’il ne me serait jamais venu à l’idée d’acheter. L’histoire d’une jeune fille qui choisit de consacrer sa vie à Dieu en entrant dans les ordres n’est à priori pas fait pour m‘enthousiasmer outre-mesure.
Mais si le premier roman de Maëlle Guillaud mérite le détour, c’est qu’il est bien plus que cela. Au fil des pages la quête spirituelle va se transformer en enquête, l’amour de Dieu en une réflexion sur la «vraie» vie de cette communauté. Disons-le tout net, le livre est de plus en plus passionnant au fil des pages.
Quand Lucie décide d’abandonner ses études supérieures pour «se marier avec Dieu», c’est l’incompréhension qui domine. L’incompréhension de sa famille, sa mère qui imaginait un tout autre avenir pour sa fille, sa grand-mère qui va la perdre à tout jamais, l’incompréhension pour son amie Juliette, qui va tenter à plusieurs reprises de lui faire changer d’avis : « Je dois la convaincre que la vraie vie est ailleurs. Dans les baisers, l’amour, la maternité, tous ces instants qui embellissent nos nuits et nous portent vers autre chose qu’une cellule austère et un époux qu’elle ne pourra jamais toucher. » L’incompréhension du lecteur aussi qui partage les interrogations de ses proches. Comment peut-on s’orienter vers un tel choix sans éprouver le moindre doute ? N’y-a-t-il pas quelque chose de l’ordre de l’emprise sectaire dans l’attitude des religieuses et du père Simon, un jésuite qui lui explique combien son engagement est merveilleux, qui explique à Julie que «le monde qui s’ouvre à toi est d’une beauté dont tu n’as pas idée», qui la pousse à tous les sacrifices.
La jeune fille ne fera pas marche arrière : « Je me souviens, maman. Je t’ai vue tellement souffrir. Je refuse de commettre la même erreur. J’ai choisi la solitude. Je refuse de dépendre de quelqu’un. De me perdre dans le désir, dans tout ce qu’il a d’imprévisible, de sauvage. »
Les premières semaines, les premiers mois de celle qui deviendra Sœur Marie-Lucie vont bien se passer. Elle s’engage totalement dans cette nouvelle vie, n’a de cesse d’apprendre, de tout partager pour l’amour de Dieu. Elle va jusqu’à trouver Juliette puérile dans son combat pour la faire changer d’avis. Les années passent et petit à petit un malaise s’installe. Car plus on s’élève dans la hiérarchie, plus on en apprend sur les principes de gestion d’une telle communauté, sur le caractère des mères supérieures et sur les petits secrets des unes et des autres. Et il y a là bien de quoi ébranler les certitudes. Comment posséder quelque chose quand on a fait vœu de pauvreté ? Pourquoi faut-il tout noter, quelles remarques peuvent faire des religieuses qui sont censées ne pas parler ? Quelle confiance accorder à une personne qui vous ment ostensiblement ?
Vient alors pour Sœur Marie-Lucie l’heure de la remise en cause et pour nous, pauvres lecteurs, le basculement du roman d’une vocation vers un thriller au suspense haletant.
Laissons le voile du mystère se lever et saluons la jolie performance de Maëlle Guillaud !

68 premières fois
Blog Domi C lire 
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Dans la bibliothèque de Noukette
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle 
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio 
Toute la culture
La cause littéraire (Thomas Besch-Kramer)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)

Extrait
« – Comme un ami parle à un ami, j’ai confié à Dieu mes doutes et j’ai compris que tant qu’on n’a pas pris conscience de l’amour qu’Il nous porte, le Lui rendre semble impossible. Pourtant, il faut chaque jour essayer. Vivre cet amour, c’est s’abandonner comme un enfant dans les bras de son père. C’est accepter d’être tout petit en Sa présence.
Lucie acquiesce. Elle ne s’est jamais sentie aussi démunie, aussi fragile.
– Accepte la démaîtrise.
Elle fronce les sourcils.
– Tu dois lâcher prise, oser adopter une attitude déroutante dans notre société où tout est planifié. Probité et vertu sont les maîtres mots. Le zèle sincère d’une âme qui se cherche… Cela requiert un grand courage, et un esprit libre. »

A propos de l’auteur
Née en 1974, Maëlle Guillaud est éditrice. Lucie ou la vocation est son premier roman. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

Page Facebook de l’auteur 

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Les larmes noires sur la terre

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Les larmes noires sur la terre
Sandrine Collette
Éditions Denoël, coll. Sueurs froides
Roman
336 p., 19,90 €
EAN : 9782207135570
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en France, dans une ville qui n’est pas nommée, mais qui est proche de Clermont-Ferrand. Les histoires et récits des protagonistes relatent des séjours dans une île du Pacifique, en Afghanistan, à Moscou, au Kazakhstan, en Biélorussie, Pologne, Allemagne, puis à Paris ainsi qu’à Bangkok et Ayutthaya en Thaïlande.

Quand?
L’action se situe au XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?
Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.

Ce que j’en pense
****
Quel choc! L’expression souvent à tort et à travers prend ici tout son sens. Voilà en effet un roman dont on ne sort pas indemne. La noirceur, le désespoir et l’enchaînement des drames qui collent aux basques des femmes que l’on va suivre durant près d’une dizaine d’années ne pourra vous laisser de marbre. Sur son île, Moe croise Rodolphe. L’homme, qui a deux fois son âge, va lui faire miroiter les charmes de la métropole. Que n’a-t-elle pas écouté sa grand-mère qui lui disait de toujours réfléchir avant d’agir? « elle n’a pas réfléchi. Ou alors un peu, mais pas trop, pas si bête, elle savait bien que ça ne serait pas rose tous les jours. N’avait pas envie de se l’avouer avant même que l’histoire se noue, malgré le pincement au fond du ventre qui venait la titiller le soir, après, quand Rodolphe dormait et qu’elle le regardait, ses quarante ans, les rides au coin des yeux et les veinules parce qu’il buvait trop. » Loin des lumières de la Tour Eiffel, elle va découvrir un village où elle est tout sauf bienvenue. Méprisée, insultée, maltraitée, la «colorée» devient la «taipouet», objet des moqueries de Rodolphe et de ses amis de comptoir.
Six ans plus tard, sa joie de vivre a disparu. Elle est battue, vixtime de coups de plus en plus violents. Et songe à fuir cet enfer, surtout pour protéger Côme, ce fils qui vient de naître. Réjane, la fille d’une de ses vieilles clientes, va l’accueillir chez elle le temps de se retourner. Mais comment trouver un emploi avec un nouveau-né dans les bras? De petits boulots en expédients, elle va se retrouver dans la rue, essayer de trouver refuge aux aurgences de l’hôpital, avant de finir dans une sorte de camp où sont regroupés tous les sans-abri, rebuts de la société, délinquants ou filles perdues. Des milliers de personnes qui n’ont pour seul abri, les véhicules destinés à la casse. D’où le nom de cette prison aux règles aussi strictes qu’inhumaines.
Moe et Côme doivent se contenter d’une vieille épave, mais fort heureusement, ses cinq voisines viennent l’aider: Marie-Thé, Nini, Jaja, Poule et Ada.
Construit en trois parties, le roman va désormais nous raconter comment survivre dans ce milieu hostile, comment ne pas se tuer à la tâche, comment ne pas mourir de désespoir en constatant la quasi impossibilité de quitter ce camp de concentration d’âmes perdues. Et, au fil des chapitres, revenir sur l’histoire des femmes qui côtoient Moe, condamnée « à ruminer sur ce qui l’a amenée ici, et les erreurs, et les folies, et les directions manquées».
Poule avait fini par installer sa roulotte dans le camp, après avoir parcouru des milliers de kilomètres avec son cheval et ses poules et avoir usé son corps jusqu’à ce qu’il cède. Doit-elle pour autant se résigner? Gagner l’argent demandé par les gardiens pour sortir du camp, 15000 euros, tient de la mission impossible. Mais Moe veut encore y croire et n’hésite pas à donner son corps pour gagner quelques billets de plus, puis de jouer la mule auprès des trafiquants de drogue. Ce faisant, elle ne se rend pas compte qu’elle s’enfonce dans une terrible spirale, «descendant jusqu’au tréfonds de la terre, dévastée et saccagée»
Ada l’afghane, qui a surmonté l’invasion soviétique et fuira le régime taliban, n’aura guère plus de chance que ses compagnes d’infortune. Après un long calvaire vers l’exil, elle se retrouvera également prise au piège de La Casse. «Son existence entière s’est découpée en longues tranches, vingt ans en Afghanistan, dix ans à Clermont-Ferrand, cinq ans en prison, vingt-cinq ans dans la ville-Casse qu’elle connaît par cœur». Mais ses dons de guérisseuse lui donnent une sorte de statut particulier, d’immunité et une volonté de fer: « Mon histoire n’est pas terminée : un jour je quitterai cet endroit et j’irai vivre libre, au milieu des arbres, pour me consoler de toutes ces années de gris et d’enfermement.»
Marie-Thé, avec son passé d’esclave domestique, et Jaja qui a connu l’univers carcéral thaïlandais veulent aussi y croire. Même si leur espoir tient davantage du vœu pieux que d’un plan bien orchestré. Dès lors, l’issue fatale est davantage prévisible.
C’est dans une encre très noire que Sandrine Collette trempe sa plume. Du coup le lecteur doit, comme les femmes dont on suit l’histoire, avoir le cœur solidement accroché et qui sait, être un peu inconscient, pour imaginer une fin heureuse à ce roman. Il paraît que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…

Autres critiques
Babelio 
Blog «Pages noires» de La Croix (Emmanuel Romer)
Blog Domi C lire 

Extrait
« Elle le sait parce que Rodolphe a commencé à lever la main sur elle, sans doute qu’avec l’enfant il s’y est senti autorisé, et elle Moe n’avait rien à dire, Fallait réfléchir avant, elle le chante presque, certains jours, en passant un doigt hésitant sur sa joue bleuie. Quelques gifles ici et là — pas pire que les insultes au fond, si ça en était resté là. Mais quand le poing se ferme, quand ses yeux à elle ne voient plus clair quelques instants à cause des coups. Quand elle marche courbée le lendemain parce que cela fait encore mal. Quand elle croise le regard de Rodolphe sur le berceau. Il suffira d’un verre de trop, mais elle n’arrive plus à les compter. Juste la certitude que le temps presse. »

A propos de l’auteur
Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage son temps entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Elle est l’auteur de Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière 2013 et best-seller dès sa sortie, de Un vent de cendres, de Six fourmis blanches et de Il reste la poussière, couronné par le prix Landerneau 2016. (Source: éditions Denoël)

Site Wikipédia de l’auteur 
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L’Amie prodigieuse I, II, III

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Celle qui fuit et celle qui reste est une superbe réussite et peut très bien se lire sans avoir mis le nez dans les deux premiers tomes, d’autant que l’auteur nous offre la galerie des personnages dès le début du récit. 

L’Amie prodigieuse
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
400 p., 23,50 €
EAN : 9782070138623
Paru en octobre 2014

Le nouveau nom – L’Amie prodigieuse II
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
560 p., 26,50 €
EAN : 9782070145461
Paru en janvier 2016

Celle qui fuit et celle qui reste – L’Amie prodigieuse III
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
480 p., 23 €
EAN : 9782070145461
Paru en janvier 2017

L’enfant perdue – L’Amie prodigieuse IV
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
à paraître en septembre 2017

Où?
Cette tétralogie se déroule principalement à Naples, mais nous fait aussi voyager à Ischia, à Pise, à Rome, à Florence.

Quand?
L’action se situe dans les années 1950, puis durant les décennies suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Après L’amie prodigieuse et Le nouveau nom, Celle qui fuit et celle qui reste est la suite de la formidable saga dans laquelle Elena Ferrante raconte cinquante ans d’histoire italienne et d’amitié entre ses deux héroïnes, Elena et Lila.
Pour Elena, comme pour l’Italie, une période de grands bouleversements s’ouvre. Nous sommes à la fin des années soixante, les événements de 1968 s’annoncent, les mouvements féministes et protestataires s’organisent, et Elena, diplômée de l’École normale de Pise et entourée d’universitaires, est au premier rang. Même si les choix de Lila sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine, telles deux sœurs qui se ressembleraient trop. Et, une nouvelle fois, les circonstances vont les rapprocher, puis les éloigner, au cours de cette tumultueuse traversée des années soixante-dix.
Celle qui fuit et celle qui reste n’a rien à envier à ses deux prédécesseurs. À la dimension historique et intime s’ajoute même un volet politique, puisque les dix années que couvre le roman sont cruciales pour l’Italie, un pays en transformation, en marche vers la modernité.

Ce que j’en pense
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Je connais un excellent remède contre la déprime hivernale. Il a pour nom L’Amie prodigieuse et vous guérira sans aucun effet secondaire. En revanche, il faudra vous préparer à un marathon de lecture, surtout si vous décidez de commencer la saga par le tome I (Avec la parution du troisième volume, les deux premiers sont désormais disponibles en poche chez Folio).
Rien ne vous empêche toutefois de commencer avec le volume II, voire avec le volume III car Elena Ferrante est comme le bon vin, elle se bonifie au fur à et mesure.
Partant de ce principe, la rédaction du magazine Lire va devoir se préparer à décerner pour la seconde année consécutive son prix du meilleur roman de l’année à l’auteur qui veut rester anonyme puisque Le Nouveau nom a été couronné en 2016 et qu’à mon sens Celle qui fuit et celle qui reste est jusqu’à présent le meilleur des trois… en attendant le quatrième et dernier tome !
Mais commençons par le commencement et L’amie prodigieuse qui nous entraîne dans le Naples des années 50. C’est là que va naître une indéfectible amitié – même si elle va subir de nombreux accrocs – entre Elena Greco, dite Lenù ou Lenuccia, la narratrice, et Rafaella Cerullo, dite Lina ou Lila. Deux gamines qui vivent dans un quartier pauvre de la ville et que nous verrons grandir jusqu’à l’adolescence.
Grâce au choix de deux filles au passé, à la famille et à la psychologie bien différente, le classique roman de formation prend une dimension sociale, voire politique. Lina la petite rebelle aime bien provoquer et prendre des initiatives, mais aussi profiter de son statut d’élève surdouée pour vouloir tout régenter. Lenù la timide semble se complaire dans le rôle de suivante, même si – aiguillonnée par son amie – elle va également réussir sa scolarité. Alors que Lina se transforme en femme fatale et va davantage s’intéresser aux garçons qu’à ses études, Elena tente de cacher ses rondeurs et son acné derrière des lunettes d’intellectuelle.
Voici venu le moment de dire que de nombreux personnages, pas si secondaires que cela puisqu’on va en retrouver beaucoup dans les volumes suivants, viennent enrichir le roman et le rendre quelquefois aussi un peu difficile à suivre.
Choisissons-en quelques-uns dans la famille de Lila pour commencer. La jeune fille rêve de sortir de la misère en imaginant que son père cordonnier pourrait ouvrir une boutique de chaussures de luxe que son frère Rino aurait créées.
Sa mère, dont le rôle le plus joyeux semble être de surveiller sa progéniture avec extrême rigueur. Le père de Lenù est appariteur à la mairie de Naples, sa mère peut être apparentée à une sorcière. Ajoutons-y Don Achille, à qui on confiera le rôle de l’ogre, Mme Oliviero l’institutrice qui sera la bonne fée, Donato Sarratore dont le métier ne cheminot ne va pas enpêcher de taquiner la muse, Pasquale le maçon communiste, Antonio le mécanicien courageux et Stefano le charcutier-épicier qui va jeter son dévolu sur Lina et finir par l’épouser.
La noce qui clôture ce premier tome restera sans doute longtemps dans votre mémoire, notamment en raison de la présence de deux frères qui vont s’inviter à la fête.

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Avec Le Nouveau nom nous avons basculé dans les années soixante. Lina semble devoir être la reine du quartier, mais on comprend assez vite que sa nouvelle vie de couple n’est pas précisément ce à quoi elle aspirait : «Si rien ne pouvait nous sauver, ni l’argent, ni le corps d’un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement. »
Voilà Lina jalouse de Lenù qui continue à suivre ses études et n’a pourtant pas non plus une vie facile. Si le parcours des deux amies semblent les éloigner l’une de l’autre, elles vont finir par se retrouver pour des vacances communes à Ischia. C’est là, dans un décor idyllique au bord de la mer, qu’Elena Ferrante a choisi de nous offrir l’épisode choc de ce second tome. On y verra la grandeur et surtout la décadence de la belle Lila et la chrysalide Lenù se transformer en papillon et entamer la danse de la séduction, empruntant par la même occasion les habits de la Fée bleue. Cette histoire, imaginée par Lila et saluée par Mme Oliviero, est le symbole de leurs parcours croisés. Lila aurait dû être écrivain, mais c’est Lenù qui endosse le rôle et va chercher à devenir une intellectuelle reconnue, une bourgeoise établie, même si elle promène aussi un sentiment de culpabilité vis à vis de cette amie-ennemie. Car on le sait bien, qui aime bien châtie bien.
Il n’est par conséquent pas étonnant de voir ce second tome se clore sur une double naissance: celui d’un fils pour Lila, celui d’un livre pour Elena.

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Comme je l’ai souligné en introduction de cette chronique qui présente les trois tomes de cette saga, Celle qui fuit et celle qui reste est une superbe réussite et peut très bien se lire sans avoir mis le nez dans les deux premiers tomes, d’autant que l’auteur nous offre un résumé et la galerie des personnages dès le début du récit. Nous sommes désormais au seuil des années 1970, au moment où il semble bien que l’amitié entre Elena et Lila a volé en éclats. Éloignées géographiquement et sentimentalement, les deux femmes ont désormais des trajectoires diamétralement opposées, même si leur aspiration à la liberté reste toujours aussi forte et aussi difficile. Après la parution de son roman, Elena va rejoindre son fiancé Pietro à Florence, tandis que Lila, qui a réussi à se séparer de son mari violent, doit subvenir à ses besoins et à ceux de son fils Gennaro en travaillant dans une usine de charcuterie non loin de chez elle, en banlieue napolitaine. Alors que l’une tente d erefaire sa vie avec Enzo, l’autre essaie d’oublier le beau Nino. Autour d’elles, l’Italie est aussi en train de basculer dans la violence, les révoltes étudiantes et les années de plomb.
La grand talent d’Elena Ferrante – et c’est sans doute ce qui rend son roman aussi addictif – est justement de parvenir à faire de petits détails biographiques un matériel historique qui nous permet de littéralement «vivre» la période traversée. L’influence de la camorra dans les quartiers populaires de Naples, les tensions entre groupuscules fascistes et révolutionnaires d’extrême-gauche sont ici incarnées, tout comme le machisme que l’on dépeint trop souvent comme ordinaire et qui aliène pourtant la presque totalité des femmes, y compris lorsqu’elles ont un statut social plus élevé.
Rendez-vous à la rentrée littéraire de septembre pour découvrir L’Enfant perdue, le dernier volet de cette tétralogie.

Autres critiques
Babelio 
BibliObs (Didier Jacob – avec extraits d’un recueil d’entretiens à paraître en 2018)
Le Figaro (Elena Scappaticci)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Le Temps (Eléonore Sulser)
Télérama (Fabienne Pascaud)

Les premières pages du troisième volume

Extrait
« Bref, année après année, la situation me semblait empirer. Lors de cette période pluvieuse, la ville s’était fissurée et un immeuble entier s’était affaissé sur le côté – comme si quelqu’un s’était appuyé sur le bras vermoulu d’un vieux fauteuil et que ce bras avait cédé. Des morts, des blessés. Et puis des cris, des coups et de petites bombes artisanales. On aurait dit que la ville couvait en son sein une furie qui n’arrivait pas à sortir et qui du coup la rongeait, sauf lorsqu’elle surgissait comme une éruption de pustules gonflées de venin qui s’en prenaient à tout le monde : enfants, adultes, vieillards, gens des autres villes, Américains de l’OTAN, touristes de toutes nationalités et Napolitains eux-mêmes. Comment résister, dans ces lieux de désordre et de danger, dans les périphéries, dans le centre, sur les collines ou au pied du Vésuve ? »

A propos de l’auteur
Probablement née à Naples en 1943, ville présente dans ses romans, Elena Ferrante (un pseudonyme) vivrait selon certains en Grèce. Selon d’autres, elle serait retournée s’installer à Turin.
L’auteur dont quasiment rien n’est connu avec certitude, refuse d’être un personnage public et ne s’est pas présentée à la remise des prix, à savoir le Prix Oplonti et le Prix Procida Elsa Morante, que son premier roman « L’Amour harcelant » (L’amore molesto, 1992) avait obtenu. Elle n’accorde aucune interview, à l’exception de celle parue dans le journal « L’Unitá » en 2002. Son deuxième roman « Les jours de mon abandon » (I giorni dell’ abbandono) est sorti en 2002.
Ferrante a également publié « La Frantumaglia » (2003), un recueil de lettres à son éditeur, de textes et de réponses à ses lecteurs où l’auteure parle d’elle-même, de son travail et de son observation du monde. Elle tente de faire comprendre ses raisons de demeurer dans l’ombre, parle d’un désir d’auto-préservation de sa vie privée, d’un souci quelque peu névrotique d’inaccessibilité, de son souci de maintenir entre elle et son lectorat une certaine distance et de ne pas se prêter aux jeux des apparences où risquent de l’entraîner les contacts avec la presse. Elle est fermement convaincue que ses livres n’ont pas besoin d’une 4ème de couverture reproduisant sa photographie et entend qu’ils soient perçus comme des organismes auto-suffisants auxquels la présence de l’auteure ne pourrait rien ajouter de décisif.
« L’Amore Molesto » a été porté à l’écran en 1995 par Mario Martone, avec Anna Bonaiuto dans le rôle de Delia, la fille. Roberto Faenza a adapté « I Giorni dell’Abbandono » en 2005.
En 2011 a été publié le premier volume du cycle « L’amie prodigieuse » (L’Amica geniale) suivi en 2012 du second volume « Le nouveau nom » (Storia del nove cognome). En 2013 paraît « Storia di chi fugge e di chi resta », suivi en 2014 du quatrième et dernier volume, « Storia della bambina perduta ». La tétralogie a notamment connu un énorme succès au Royaume Uni et aux États-Unis.
En 2015, Roberto Saviano propose la candidature de son roman « L’amica geniale » au prix Strega, ce que l’auteur accepte.
Fin septembre 2016, dans différents médias européens, le journaliste Claudio Gatti évoque le nom d’Anita Raja, éditrice et traductrice de Christa Wolf en particulier, épouse de Domenico Starnone (1943), écrivain et journaliste. Ni Anita Raja, ni les éditions E/O, qui publie Ferrante, n’ont cependant confirmé cette hypothèse. (Sources : Babelio, Evène, Wikipedia)

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