Nul si découvert

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En deux mots:
Une vie dans un centre commercial, c’est ainsi que pourrait se résumer la longue déambulation du narrateur qui avant de rencontrer l’amour à la piscine, a pris soin de passer de boutique en boutique, de se noyer dans le plaisir consumériste.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Je consomme, donc je suis

Le premier roman de Valérian Guillaume tient en une phrase. Mais son originalité n’est pas seulement stylistique. Il nous entraîne dans un centre commercial où, à côté de tous les produits qui s’offrent à lui, il va tenter de trouver l’amour.

Une longue phrase pour une longue déambulation. Le narrateur de ce roman au ton très original se promène dans les centres commerciaux, tue le temps en passant d’une boutique à l’autre : «Je me laisse voyager de produit en produit de boutique en boutique de vendeur en vendeur je n’achète que très rarement mais le plaisir de la découverte et de la connaissance est unique j’ai envie de tout savoir et pour ne pas manquer les opportunités je tente d’apprivoiser mon environnement un peu comme les chiens quand ils arrivent vers vous pour vous sentir et ça peut paraître idiot mais à chaque fois je sens que ça me fait du bien c’est comme des petits voyages mais faut y aller doucement car c’est bien connu les voyages ça creuse l’appétit». Des pérégrinations qui le mènent au Corner, le café où il croise Martine, la serveuse qu’il apprécie beaucoup et retrouve des connaissances. Reste l’une des attractions phare de ce temple de la consommation, la piscine. Un endroit qui devient en un instant magique, car il fait la connaissance de Leslie, la plus sympathique des caissières puisqu’elle va jusqu’à lui offrir un bonnet de bain afin qu’il puisse se baigner. De quoi tomber immédiatement amoureux!
Encore faut-il trouver un moyen d’engager la conversation, de se signaler. Trop tard, elle a déjà fini son service. Gontrand l’extirpe du coup de son rêve pour le ramener au Corner où s’échangent les potins, où se noient aussi les illusions. Quant aux intrépides et aux optimistes, ils y forgent leurs ambitions.
Oui, c’est décidé, il va prendre son courage à deux mains, offrir à Leslie les DVD de Feedjy school, sa série préférée et lui avouer son amour! Mais avant, il ne manquera pas la semaine mexicaine à Carrefour où il a bourré l’urne de ses bulletins de participation au concours pour tenter de gagner un voyage.
La déception de n’avoir pas remporté l’un des prix de cette belle animation commerciale sera estompée par le sourire de Leslie. Un sourire magique qui l’exalte, l’emporte, le transforme. Pourtant il ne peut rien contre les démons qui l’habitent, qui le font transpirer, qui le font pleurer, qui l’entrainent à se jeter sur la nourriture pour satisfaire leur énorme appétit.
En choisissant d’oublier toute ponctuation, Valérian Guillaume fait de ce premier roman un symbole de la boulimie consumériste, une logorrhée impossible à arrêter et qui va finir par tout engloutir, y compris cet amour pour lequel le narrateur aurait tout donné. On passe alors de la fantaisie au drame, des couleurs au noir. Un premier roman choc et un nouvel auteur à suivre!

Nul si découvert
Valérian Guillaume
Éditions de l’Olivier
Premier roman
128 p., 16 €
EAN 9782823615982
Paru le 8/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, dans une ville qui n’est pas spécifiée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il salive devant les produits alignés sur les rayons du supermarché. Il prie pour être le gagnant d’un jeu-concours organisé par une marque de nourriture mexicaine. Il adore lorsque les vigiles le palpent à l’entrée du magasin. Il se jette sur les distributeurs de friandises, les buffets en libre-service et les stands de dégustation.
Qui est-il, ce garçon qui sue à grosses gouttes et qui rit même quand on se moque cruellement de lui ? Pourquoi cherche-t-il la chaleur humaine dans les allées du centre commercial ?
Depuis qu’il va à la piscine, sa vie a trouvé un sens : Leslie est à l’accueil. C’est un ange, une fée. Elle occupe ses pensées, le rend fou d’amour. Mais pour la conquérir, il lui faudra lutter contre le démon qui s’empare de lui dans les pires moments.
Servi par une écriture singulière et vertigineuse Nul si découvert nous entraîne dans le cerveau d’un personnage habité par une pulsion violente: il doit tout avaler, absorber jusqu’à l’excès, jusqu’au dégoût.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Alexiane Guchereau)
Kroniques.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Avec toutes ces idées qui me brûlaient le cœur je me suis dit qu’il fallait vraiment que je me bouge que je fasse quelque chose alors je suis parti au Corner voir s’il y avait quelque chose à voir et pour un jeudi matin c’est clair il y avait pas grand monde il y avait même carrément personne
J’ai dit bonjour à Martine et au sourd elle m’a demandé si ça allait et elle m’a donné un petit verre à sa façon pour me changer l’esprit
Depuis que Maman est morte c’est vrai j’avoue j’arrive plus trop à parler et puis j’ai tout le temps mal au cœur et puis je sais pas j’ai tendance à me projeter à m’imaginer des choses et j’étais pile en train de divaguer quand est entré le fils Pasquier avec son air du grand monde je me suis dit tiens lui ça fait un bout j’étais surpris de le voir parce que je me demandais où c’est qu’il était parti je savais seulement qu’il s’était retiré parce que monsieur étudiait monsieur fréquentait les hautes sphères de l’intelligence maintenant il revient ici pour aider sa sœur à faire le tri et les choses et finalement après avoir causé un peu il m’a raconté ses déboires avec l’existence humaine il m’a dit que c’était pas simple qu’il y en a une qui s’est barrée avec son gosse qui finalement n’est peut-être même pas le sien comme quoi ça sauve pas tout d’avoir eu le bac avec mention il a pris une goutte de William Peel et il s’est taillé il avait pas l’air super bien mais ça m’a quand même fait plaisir de le voir et puis surtout ça m’a diverti après ça j’ai donné un coup de main à Martine on a rentré les chaises parce qu’il commençait à pleuvoir j’en ai profité et je lui ai raconté un peu mes tristesses elle m’a dit que c’était normal va qu’à mon âge il fallait pas s’inquiéter avec les choses de la vie et que j’avais juste besoin de détente et de souffler puis elle m’a dit d’aller à la piscine parce que ça soulage les nerfs et elle m’en a remis un petit
Martine elle est pas croyable tant elle connaît les gens et les vérités
On a un peu parlé du fils Pasquier évidemment elle se souvenait parfaitement de lui normal car Martine n’est pas de celles qui sont oublieuses elle vous verrait une fois ne serait-ce que vous reviendriez deux heures trois semaines vingt ans plus tard ce serait pareil qu’elle vous remettrait j’ai jamais vu quelqu’un qu’avait autant de mémoire d’ailleurs dès qu’il y a un truc c’est elle que les flics viennent voir pour demander tant elle sait tout sur tout le monde mais elle leur lâchera jamais le morceau c’est un être à qui on peut donner sa confiance aveuglément parce que d’une part elle ira jamais répéter et d’autre part elle viendra jamais juger qui que ce soit c’est pour ça que tout le monde l’adore c’est elle qui nous a vus grandir
On arrivait au bout de l’averse et le sourd s’est mis comme il le fait parfois à sauter en l’air de droite à gauche en faisant ses sons sa musique et rien que ça ben ça a fait rire Martine elle m’a demandé si j’avais pas faim je pouvais rester avec eux si je voulais mais je ne voulais pas gêner alors j’ai dit non merci et elle m’a dit que c’était pas bon de ne pas manger alors je lui ai dit que c’était pas ça mais que j’étais attendu pour le déjeuner alors elle a fait semblant de me croire parce qu’évidemment c’était pas vrai personne ne m’attendait Martine m’a dit qu’il fallait que je voie du monde alors j’ai dit oui et je me suis dépêché j’ai bu puis j’ai donné ce que je devais j’ai dit au revoir puis je suis sorti
Dehors la pluie s’était calmée mais le ciel tirait la gueule entre gris clair et gris foncé on ne savait pas ce qu’il voulait dire je ne savais pas tellement non plus où aller alors pour ne pas attraper froid j’ai suivi mes pas et j’ai fini par arriver sur le parking du Centre et c’est là que j’ai marché doucement vers les distractions et le contact humain
En plus c’est trop bien car en ce moment il y a des vigiles à cause des bavures ils changent régulièrement c’est jamais trop les mêmes mais quelques fois si enfin ça dépend vu que c’est une boîte qui les gère moi j’adore y aller quand c’est Jef et ce jour-là c’était pas lui mais pas grave puisque c’était un grand noir magnifique que je n’avais jamais vu et qui m’a fouillé à la va-vite mais suffisamment pour que je ressente l’émotion que j’aime et que mon chagrin disparaisse un peu c’est incroyable de sentir d’aussi belles mains à la fois protectrices et inquisitrices je reconnais sans problème que l’idée de pouvoir être soupçonné m’excite un maximum et je persiste à penser qu’il devrait y avoir des vigiles partout afin que tout le monde puisse avoir son plaisir car non mais c’est vrai quoi y a pas que chez le médecin qu’on devrait être tripoté ben oui sentir le contact c’est important et puis ça me met dans un tel état que rien n’est grave autour de moi la vie les drames s’absentent se retirent et ça me change alors quand les journées sont grises dans mon cœur je vais me faire fouiller à droite à gauche dans les magasins et c’est toujours très sympathique après je ne pourrais pas cacher qu’il y en a qui fouillent mieux que d’autres c’est une vraie vocation faut avoir le geste et le coup de main et puis surtout faut être alerte et attentif pour moi ceux qui fouillent le mieux je suis désolé pour les vigiles du Centre mais ce sont les gendarmes c’est magnifique il faut voir leur coup de main le doigté surtout c’est impressionnant malheureusement se faire un beau flic c’est pas souvent mais dès que j’ai une occasion je fonce ils palpent tout tout tout alors moi je fais exprès de mettre des pantalons avec plein de poches sur l’un d’entre eux je ne devrais pas le dire mais j’ai même fait rajouter des poches à la machine dont une petite au niveau de l’entrejambe ce qui fait que la dernière fois le flic magnifique avec ses beaux gants blancs m’a tâté les cuisses et son index droit a frôlé mon boubou c’était divin je revois la scène j’étais tout blanc et j’ai bien failli faire un malaise et lui tomber dans les bras c’est un des plus beaux moments de toute ma vie
Pour suivre le chemin du plaisir j’ai été voir les belles choses
D’abord j’ai regardé les téléphones chez SFR puis j’ai été chez Claire’s pour voir les bijoux les barrettes les chouchous les bandeaux et j’ai pas arrêté de caresser les fausses mèches et les rajouts super doux après j’ai été voir les nouvelles perceuses au Roy Merlin puis les crèmes chez Yves Rocher tout le monde a été vraiment hyper gentil et j’ai trouvé les rayons impeccables et si fournis que j’ai presque pas pensé à mes tristesses
Je chéris ces moments où je ne pense à rien où j’oublie le douloureux et les mauvais sentiments
Je me laisse voyager de produit en produit de boutique en boutique de vendeur en vendeur je n’achète que très rarement mais le plaisir de la découverte et de la connaissance est unique j’ai envie de tout savoir et pour ne pas manquer les opportunités je tente d’apprivoiser mon environnement un peu comme les chiens quand ils arrivent vers vous pour vous sentir et ça peut paraître idiot mais à chaque fois je sens que ça me fait du bien c’est comme des petits voyages mais faut y aller doucement car c’est bien connu les voyages ça creuse l’appétit alors vu que c’était juste à côté et vu que j’avais mon démon dans le ventre et puisque c’est vrai il faut tout de même bien manger je me suis décidé comme je le fais de temps en temps à me faire plaisir en m’offrant le Flunch en plus c’est trop pratique puisqu’il est directement à l’intérieur de La Grande Galerie ce qui fait qu’on n’a même pas besoin de sortir du Centre et que l’on peut y manger avant ou après avoir rempli son caddie alors bon pour l’entrée je faisais pleinement confiance à la sélection du moment qui proposait une assiette de deux belles tomates aux crevettes mais dans la queue des plats j’étais complètement stressé parce que j’arrivais pas à choisir entre le Tennessee rösti burger la pièce du boucher et le couscous aux trois viandes certes le couscous c’est chaleureux c’est oriental mais j’ai trouvé que les merguez étaient trop petites et sur le coup je dois bien dire que j’ai eu peur de me faire arnaquer pour le burger je redoutais qu’il n’y ait pas assez de Sauce Spéciale car j’aurais eu peur d’en demander en rab c’est pour ça que j’ai fini par opter pour la pièce du boucher garantie tendre que j’ai demandée bien cuite mais en allant chercher mon Pepsi au distributeur de boissons j’ai glissé sur une frite ce qui fait que je suis tombé sur le carrelage avec mon plateau dieu merci j’ai sauvé l’entrée qui ne s’est pas renversée mais on ne peut pas dire la même chose de mon morceau de viande qui a valdingué sur le carrelage à trois ou quatre mètres de moi je dois dire que j’ai trouvé tout le monde vraiment hyper gentil parce que personne n’a ri et y a même un très jeune monsieur Flunch qui m’a relevé et il m’a dit ça va et j’ai dit ça va il m’a pris par l’épaule jusqu’au buffet et il m’a rempli l’assiette d’un autre morceau encore plus gros puis il a demandé à sa collègue de lui passer les sauces barbecue et samouraï et avec les tubes il a réalisé un très joli cercle de sauce pour faire le pourtour de mon morceau ça faisait décoration d’assiette donc trop sympa déjà et de voir la gentillesse comme ça ben ça m’a ému en plus et pourtant c’est pas mon genre de dire ça comme ça mais j’ai pensé et je le pense encore d’ailleurs mais le garçon je dois bien le dire il était vraiment craquant et attentionné c’est rare aujourd’hui j’ai eu l’impression celle-là qui arrive parfois de reconnaître quelqu’un qu’on a connu dans une autre vie oui j’y crois à la réincarnation tout comme j’y crois pas mais en tout cas pour être un peu honnête dans cette histoire je suis convaincu que chacun a toujours une seconde chance qu’on peut être pourri quelque part et un champion ailleurs je me suis assis à ma table fétiche celle à côté des garnitures là où sur les murs sont figurés des fruits et des légumes dans des coloris marron et beiges en ce qui me concerne je faisais face à un radis géant et pouvais apercevoir sur les murs adjacents quelques bananes fraises et une mégatomate plus loin je dois avouer qu’au niveau des légumes à volonté je me suis donné de tout mon être j’ai pris tout ce que j’ai pu à part les pommes frites toujours trop chaudes car je me suis souvenu de la fois où je m’étais brûlé la langue j’ai mangé avec mon démon petits pois carottes écrasé de pommes de terre haricots frites semoule macaronis tomates et poivrons en flunchant le cœur flanché je me suis éclaté certaines garnitures étaient naturellement un peu froides mais c’est pas grave du tout car des micro-ondes sont disposés dans les quatre coins du restaurant ce qui fait qu’on peut toujours manger à notre température favorite et faut dire que manger froid ne me dérange pas non plus »

Extraits
« Leslie six lettres qui glissent dans ma tête comme le bonheur c’est le plus beau des prénoms et de tous les mots que je puisse connaître c’est somptueux en tout point et si fort en signification entretemps j’ai cherché et j’ai vu que les Leslie sont des êtres ouverts fiables sérieux disponibles courageux et qui détestent les hypocrites Leslie n’hésitera pas à affirmer haut et fort son avis elle ne se laissera jamais marcher sur les pieds créative son imagination la conduira à toujours trouver une solution à ses problèmes de plus le sens des valeurs et du travail sera un atout dans sa vie professionnelle Leslie fidèle en amitié mais la pauvre parfois peu confiante en amour aura toujours le cœur ouvert aux autres et saura tendre la main à celles et ceux qui sont dans le besoin c’est fou comme c’est rien que des vérités tout ça des vérités qui coïncident avec mon rêve et mon idée »

« Sur le chemin la lumière du jour baignait dans ma tête et je sentais mon humeur folle et j’étais fier car jusqu’ici je trouvais que je faisais ma journée dans l’ordre et dans le plaisir sans me tromper avec méthode tout à fait normalement une chose après l’autre je me sentais enfin prêt pour glisser vers l’inconnu et tout en sentant battre mon cœur à l’intérieur de ma peau je ne pouvais pas m’empêcher d’écouter le vent qui au-dessus des parkings remuait le ciel et c’est étonnant et bizarre de dire ça mais émotions-là me faisaient pousser comme une boule dans la gorge et c’était pas très pratique pour avaler la salive qui commençait je l’avoue à déborder partout autour alors là encore petite prière mais ça n’a pas marché tout de suite j’ai attendu trente secondes puis j’ai réessayé et cette fois-ci le miracle ça a fonctionné et très drôlement tout mon souci que je vous parle s’est stoppé et la lumière du ciel a changé c’est drôle c’est bizarre la vie autant quelquefois ça peut rien que d’autres fois si c’est dingue ça me rappelle comme des fois les oiseaux dans le ciel sont obligés de beaucoup remuer les ailes pour aller là où ils veulent et comme d’autres fois ils n’ont qu’à se laisser porter par les courants chauds du sentiment de l’amour qui est le sentiment suprême sur cette comme terre comme dans les cieux. »

À propos de l’auteur
Auteur, acteur et metteur en scène, Valérian Guillaume crée avec la compagnie Désirades des spectacles qui ont pour point commun d’appréhender les phénomènes contemporains comme matière poétique. Lauréat du programme doctoral SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche) proposé par le Conservatoire national supérieur d’art dramatique et Paris Sciences Lettres, il consacrera aussi un temps de résidence à sa thèse de recherche-création dont l’objet consiste à explorer et à analyser les potentialités des graphies en train de se faire sur la scène. Il est actuellement dramaturge à la Comédie-Française sur le spectacle Les Oubliés du Birgit Ensemble. Son premier roman Nul si découvert est paru aux Éditions de L’Olivier à la rentrée littéraire de janvier 2020. (Source: chartreuse.org / Livres Hebdo)

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Les Magnolias

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En deux mots:
Alain aimerait bien être acteur, mais à part quelques minuscules rôles, il ne parvient pas à rester. Seule sa grand-mère, à laquelle il rend régulièrement visite aux «Magnolias» croit encore en lui. Mais peut-on raisonnablement croire une vieille dame atteinte de la maladie d’Alzheimer ?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Les visites à la vieille dame

Dans son nouveau roman Florent Oiseau reste fidèle à sa ligne de conduite, mettre en scène un anti-héros, plutôt enclin à ne rien faire, auxquel on finit pourtant par s’attacher. Pour ne plus le lâcher !

Comment vivre sereinement quand on ne sait pas de quoi sera fait votre lendemain? Pour Alain, les galères s’accumulent sans qu’il puisse entrapercevoir le bout du tunnel. Après avoir obtenu un tout petit rôle dans une série télévisée, il attend sans vraiment trop y croire un nouveau rôle qui pourrait lui permettre de vraiment entamer sa carrière d’acteur. En attendant, il passe son temps entre le café où il retrouve les habitués et s’amuse à faire des listes, comme celle des prénoms de poneys et «Les Magnolias», la maison de retraite où sa grand-mère vit ses derniers jours. Elle a peur de sombrer dans la maladie d’Alzheimer et demande à son petit-fils de bien vouloir l’aider à partir. Et comme les problèmes ne sont pas encore suffisants, son «agent» où plutôt son ami qui aimerait bien l’aider à décrocher un rôle qui lui permette aussi de toucher une commission, se retrouve à la rue et demande à Alain de bien vouloir l’héberger dans son petit appartement. Bref, un bilan à faire sombrer dans la dépression le plus incurable des optimistes: «Je pensais disposer d’une semaine pour faire le deuil de ma vie en solitaire, mais il n’en était rien. En deux jours, ma grand-mère venait de me demander un coup de main, trois fois rien, juste un peu d’aide pour la refroidir, mon seul espoir professionnel venait de tomber à l’eau sans rien éclabousser. Et mon agent, dont le portrait-robot ornait le mur de bon nombre de commissariats de la région, emménageait à la maison. Mais nouvelle vie commençait dès aujourd’hui, se conjuguait désormais au pluriel et me plongeait dans une réalité faite de miettes sur le sol et d’absence d’intimité pour les choses du quotidien. J’ai ouvert une bouteille de rosé d’Anjou.»
On pourrait dire de Florent Oiseau qu’il est comme Modiano, qu’il écrit toujours le même livre. Je pourrais aussi, sans changer une virgule, réécrire à propos de ce roman la même chose que j’écrivais à propos de Je vais m’y mettre, son premier roman: il nous offre «une réflexion acidulée sur cette génération qui a grandi avec la courbe du chômage. C’est tour à tour drôle et désespéré, joyeux et triste.» Car, comme pour Modiano, la magie opère aussi à chaque fois.
En semant ses petits cailloux, notre petit Poucet de la littérature réussit un parcours sans fautes. Il nous démontre cette fois que les choses essentielles dans la vie ne sont pas la course au succès et à l’argent, mais les visites et l’attention que l’on peut porter à sa grand-mère et aux autres. Une empathie, un amour qui finit toujours par être payé en retour. Quand les fameux atomes crochus se rencontrent et que les yeux se dessillent, quand une toute autre image se dessine. Cette vieille femme «avait été libre tout au long de sa vie» et «aucune forme d’autorité, maritale, sociétale ou religieuse n’avait pu la faire dévier du chemin qu’elle s’était choisi. Je ne savais pas si derrière les apparences se cachait une rebelle, une punk ou une dissidente…» Ce jugement posé, reste à construire un épilogue digne de cette belle âme. Une virée en Renault Fuego dont je ne vous dirais rien mais qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Et s’il paraît que les cervelles d’Oiseau ne sont pas très productives, celle de Florent fonctionne à merveille. Ne cherchez pas plus loin, vous avez trouvé l’Oiseau rare!

Les Magnolias
Florent Oiseau
Allary Éditions
Roman
224 pages, 17,90 €
EAN: 9782370733061
Paru le 02/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, en Dordogne et à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…
Dans la lignée de Je vais m’y mettre et de Paris-Venise, Florent Oiseau brosse un nouveau portrait de loser magnifique – une parenthèse en Renault Fuego où valsent sandwichs aux flageolets, secrets de famille et cuites à la vieille prune, pour l’amour d’une grand-mère.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog MaVoixAuChapitre
Blog Lire & Vous
Blog La Bibliothèque de Juju 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« – Ça va te faire du bien le Sud.
– De quoi ?
– Je disais : ça va te faire du bien ces quelques jours dans le Sud.
– Ah ! Ouais.
– Te faire réveiller par le chant des cigales.
– Hein ?
– Te faire réveiller par le chant des cigales.
– Tu plaisantes ? Je les déteste ! Ils commencent par chanter, c’est vrai, pour t’amadouer. Mais avant même le début du deuxième couplet, ils t’ont déjà barbé les jantes de la bagnole.
Le sèche-cheveux s’est éteint, Rico est sorti de la salle de bains, s’est posté devant moi, une serviette autour de la taille. Il tenait sa tête bien inclinée et s’enfonçait les deux tiers de l’index au fond de l’oreille.
– Les cigales, je te parle des cigales !
– Ah, pardon, j’avais compris « les tziganes ».
Le carrelage était trempé, le tapis de douche, en revanche, intact, sec au possible. Comme s’il l’avait scrupuleusement évité. Mon regard s’est perdu sur la corbeille de fruits posée sur la table de la salle à manger. Je m’en suis approché, à l’intérieur, il y avait une pomme et une douzaine de lettres de relance pour des impayés. J’ai croqué dans la pomme pendant qu’il continuait de se sécher, tout en m’offrant le détail de son anatomie, sans qu’à aucun moment, la pudeur ne vienne l’encombrer d’éventuelles considérations à mon égard. Rico partait dans le Sud pour s’entretenir avec un réalisateur, dans l’optique de me trouver un rôle susceptible de faire décoller ma carrière d’acteur. Je ne lui avais jamais versé un centime, il ne m’avait jamais trouvé le plus petit cachet d’intermittence, mais il aimait se présenter comme mon agent. Je le connaissais depuis le collège, soit plus de vingt-cinq ans. Depuis le jour de notre rencontre, il n’avait cessé d’être mon meilleur ami, malgré les disputes, malgré la vie.
Cette pomme brillait par son acidité, j’en étais ravi. Les choses sucrées avaient tendance à m’ennuyer. Loin de ces considérations fruitières, Rico tirait comme un forcené sur la peau de ses couilles pour bien en sécher le dessous. Il la tendait comme une voile, j’avais l’impression d’assister au décollage d’un deltaplane.
– Je rentre dimanche. Passe dîner à la maison le soir, je te raconterai.
J’ai acquiescé et je suis rentré chez moi, mon trognon à la main. J’ai passé deux jours entiers à ne rien faire, ou si peu. J’attendais le retour de Rico avec impatience. Je fondais beaucoup d’espoirs sur son escapade provençale, à la rencontre de ce réalisateur inconnu qui ne voulait que moi pour son prochain film. Ma vie n’avait pas été aussi près de basculer depuis une éternité. Depuis trop longtemps, elle était aussi triste qu’une rangée de tables dressées dans un restaurant vide. Avec ma chemise blanche et mon torchon sur le bras, j’attendais qu’un événement me surprenne, qu’une personne vienne s’asseoir et me demande le menu.
J’ai regardé par la fenêtre et mangé de la purée avec du jambon. Le dehors n’avait rien à m’apprendre. Plus tard, il m’a semblé essentiel d’établir une liste des noms de poneys que j’imaginais les plus fréquemment donnés. J’ai pris le calepin qui ne me quittait jamais et je me suis lancé dans un recensement que je n’avais pas la prétention de vouloir exhaustif. Je ne savais pas bien expliquer la raison profonde de cette démarche, mais j’y voyais quelque chose relevant de l’essentiel. Le sujet m’intéressait, je voulais dresser cette liste de noms de poneys – que j’imaginais les plus fréquemment donnés – et la présenter à un directeur de centre équestre pour qu’il me réponde : « En effet, vous êtes dans le vrai. C’est troublant, mais vous êtes dans le vrai. Tous ces noms sont des noms qu’on donne aux poneys. » Je me suis creusé la tête un certain moment. Les chiffres rouges de mon réveille-matin se succédaient à une vitesse assez vertigineuse, tandis que j’affrontais les pages de mon calepin et les affres de mon imagination.
– Caramel
– Jumper
– Tonnerre
– Rusty
– Pompon
– Tornado
Une bonne heure s’était écoulée, peut-être deux, et je ne disposais que de six noms. C’était tout ce que j’avais, pas un de plus, la panne sèche. J’ai réfléchi à l’injustice qui sépare les poneys des chevaux de course, au moment de l’attribution du nom. D’un côté, Pégase de Saphir, de l’autre, Pompon. Comme si la nature ne s’était pas montrée assez injuste sur le plan physique, il fallait que l’homme en rajoute une couche. J’ai cherché sur Internet s’il existait un mouvement, un groupuscule de gens actifs, des volontaires déterminés à démocratiser le nom à particule pour chaque poney lésé par l’état civil. Rien trouvé. L’univers semblait s’en moquer.
Désarçonné – si je puis me permettre l’expression –, je suis allé voir Rosie dans sa camionnette, avec les effluves de vie, de passion et de lait pour le corps parfum ibiscus qui embaumaient le lieu. Elle s’était attaché les cheveux, ses collants filés me chuchotaient de petites saloperies licencieuses. Ça m’a coûté vingt euros, mais j’en suis ressorti plus léger. Au moment de se rhabiller, on a discuté de ça, des noms de poneys. Elle avait un avis plus tranché que le mien.
– Ce ne sont que des poneys. »

Extraits
« Ma grand-mère est presque aveugle, elle n’entend plus rien de l’oreille droite, à peine plus avec la gauche. Elle commence à perdre la tête, confond certains mots. Elle passe ses journées dans un endroit qui sent l’hôpital et la crèche en même temps. On la change, on lui apporte une soupe le soir, et, de temps en temps, on la lave. Mais jamais on ne la regarde. Elle ne peut plus coudre, plus lire, plus regarder la télévision, plus participer aux animations. Elle ne comprend rien de ce qui se trame autour d’elle, ne sait jamais qui lui parle, quelle est la main qui lui touche l’épaule ou la silhouette qui rentre dans sa chambre. Mais tous les dimanches, par-dessus ses lunettes, Évelyne me demande comment elle va. Elle s’attend peut-être à ce que je lui dise, enjoué, qu’elle est bientôt prête à intégrer l’équipe canadienne de bobsleigh pour les jeux Olympiques d’hiver à Toronto, mais qu’elle est encore un peu tendre dans son appréhension des trajectoires. Qu’en parallèle, elle se tape un journaliste sportif qui lui fait manger des fruits de mer en Normandie après le sexe. Que ses cours de mandarin l’empêchent d’assurer une présence régulière sur le point de deal duquel elle écoule cent grammes d’amphétamines quotidiennement. Qu’elle ne tolère plus qu’un homme oublie de considérer son clitoris. Qu’elle se sent vivante. »

« – Et ton travail ?
Ma carrière se résume à un rôle dans une série de l’été, il y a dix ans. J’ai joué un cadavre. Pas n’importe lequel, celui qui annonçait la série de meurtres que le commissaire Damien allait devoir endiguer. Le mort le plus important d’une série regardée par six millions de téléspectateurs. Pas les références les plus époustouflantes du milieu, mais pas anecdotique tout de même. En revanche, depuis, rien ou presque. Quelques figurations, un peu d’intérim, beaucoup de mails envoyés, des années d’attente, la culpabilité parfois, l’espoir encore, l’argent : jamais.
– J’ai une piste, ma carrière devrait bientôt décoller.
Mis à part ma grand-mère et Rico, personne ne m’a jamais soutenu dans ma démarche. Je ne viens pas d’une famille d’artistes, chez nous les besogneux sont plus admirés que les créateurs. Personne ne perd son temps à lire un livre, les réflexions profondes sur le sens de la vie sont raillées et presque reliées à une sexualité « non-conforme ». On ne jure que par la restauration et le service. Mes parents ont un restaurant en bordure de départementale, leur vie, c’est de servir des ris de veau et nettoyer des légumes sur une toile cirée. Ils doivent penser qu’il y a trop d’épinards à équeuter pour se poser des questions existentielles sur la raison de notre passage sur terre. Nos rapports se résument aux fêtes de fin d’année. »

« Je pensais disposer d’une semaine pour faire le deuil de ma vie en solitaire, mais il n’en était rien. En deux jours, ma grand-mère venait de me demander un coup de main, trois fois rien, juste un peu d’aide pour la refroidir, mon seul espoir professionnel venait de tomber à l’eau sans rien éclabousser. Et mon agent, dont le portrait-robot ornait le mur de bon nombre de commissariats de la région, emménageait à la maison. Mais nouvelle vie commençait dès aujourd’hui, se conjuguait désormais au pluriel et me plongeait dans une réalité faite de miettes sur le sol et d’absence d’intimité pour les choses du quotidien. J’ai ouvert une bouteille de rosé d’Anjou. »

« En fin de compte, j’ignorais tout d’elle. De toutes les façons, dans mon for le plus intime, je l’avais toujours su. Ses yeux sont comme deux coffres forts et ses mains et ses mains de vieux parchemins impossibles à décrypter. Mais il y a une certitude, une chose que j’ai toujours comprise, c’est qu’elle avait été libre tout au long de sa vie et qu’aucune forme d’autorité, maritale, sociétale ou religieuse n’avait pu la faire dévier du chemin qu’elle s’était choisi. Je ne savais pas si derrière les apparences se cachait une rebelle, une punk ou une dissidente, mais c’était, à n’en pas douter, l’être le plus têtu que cette terre ait pu porter. »

À propos de l’auteur
Florent Oiseau a 29 ans. Il a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, surveillant de lycée et couchettiste sur le Paris-Venise. Son premier roman, Je vais m’y mettre (Allary Éditions, 2016), a été désigné « livre le plus drôle de l’année » et a reçu le Prix Saint-Maur en poche. Son deuxième roman, Paris-Venise (Allary Éditions, 2018), a été finaliste de la 10e édition du Prix Orange du livre. (Source : Éditions Allary)

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Cent millions d’années et un jour

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Le paléontologue Stanislas Armengol, né en 1902 à Tarbes, a quitté sa région natale pour Paris, où il poursuit ses recherches. Avec un groupe d’amis, il organise une expédition dans les Alpes pour tenter de retrouver le squelette d’un dinosaure pris dans les glaces. La quête d’une existence.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le paléontologue, le dinosaure et l’enfant

Après Ma Reine, un premier roman très réussi, Jean-Baptiste Andrea confirme tout son talent en racontant la quête d’un paléontologue parti sur les traces d’un dinosaure. Éblouissant!

L’avantage du blogueur qui participe à l’aventure des «68 premières fois», c’est qu’il découvre un auteur avant de pouvoir le suivre au fil d’une œuvre qui se construit livre après livre. Jean-Baptiste Andrea nous a offert avec Ma Reine (disponible en poche chez Folio) un premier roman délicat et tendre qui explorait le monde avec les yeux d’un petit garçon. Le voici de retour avec un second roman tout aussi réussi qui, comme le précédent, vous happera dès les premières pages.
Il met en scène Stan, un garçon qui se passionne pour les fossiles et dont on va suivre le parcours depuis les Hautes-Pyrénées jusqu’aux Alpes de Haute-Provence, en passant par Paris.
C’est sans doute lorsqu’il découvre son premier trilobite que naît sa vocation. Dans cette pierre vieille de trois cent millions d’années, il va surtout trouver un moyen d’oublier la violence qui règne au sein de sa famille. Son père, que tout le monde appelle Le Commandant, est un despote dont sa mère autant que lui-même subissent les humeurs. Sa vocation sera sa porte de sortie. Déjà il rêve d’emmener sa mère à Paris et de lui offrir un palais digne de sa beauté, avec de belles moulures.
Un rêve qu’il sera proche d’exaucer lorsqu’il deviendra professeur d’université et paléontologue réputé. Mais une santé fragile l’emportera trop vite.
Il se consacre alors à ses recherches et veut croire à la légende colportée d’un monstre pris dans les glaces. Avec ses amis scientifiques, il monte une expédition vers l’un des glaciers alpins proches de l’Italie et rêve de mettre la main sur un squelette de dinosaure. Un défi de taille, mais qui pourrait couronner sa carrière d’une gloire tardive. Mais les difficultés s’enchainent alors que l’été finit. Il va bientôt falloir lever le camp. À moins que, grâce à une nouvelle technique, en enflammant de l’huile, on puisse progresser plus vite à travers le glacier jusqu’à la grotte…
Il serait dommage d’aller plus avant dans le récit et de détruire tout suspense.
Mais il serait tout aussi dommage de ne pas dire combien cette quête est admirablement bien construite, découpée en quatre parties comme les quatre saisons, qui nus valent de parcourir tous les âges de la vie, de l’espoir à l’introspection, du chemin parcouru à celui qui reste à faire. Avec cette image d’un père dont il voulait s’émanciper et qui finalement ne se révélera pas si différent que cela de son fils. À 53 ans, Stanislas, «né en 1902 à Tarbes d’Henri Manuel Armengol, dit Le Commandant, et de Maria Dolorès Jimenez, dite maman» le comprendra, nous laissant quelques pages éblouissantes sur la filiation et les leçons d’une vie.

Cent millions d’années et un jour
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’iconoclaste
Roman
310 p., 18 €
EAN 9782378800765
Paru le 21/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, d’abord dans les Hautes-Pyrénées, puis à Paris et enfin dans les Alpes, à la frontière avec l’Italie.

Quand?
L’action se situe tout au long du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une expédition paléontologique en pleine montagne où chaque pas nous rapproche du rêve et de la folie. Après le succès de « Ma reine », un deuxième roman à couper le souffle.
1954. C’est dans un village perdu entre la France et l’Italie que Stan, paléontologue en fin de carrière, convoque Umberto et Peter, deux autres scientifiques. Car Stan a un projet. Ou plutôt un rêve. De ceux, obsédants, qu’on ne peut ignorer. Il prend la forme, improbable, d’un squelette. Apatosaure ? Brontosaure ? Il ne sait pas vraiment. Mais le monstre dort forcément quelque part là-haut, dans la glace. S’il le découvre, ce sera enfin la gloire, il en est convaincu. Alors l’ascension commence. Mais le froid, l’altitude, la solitude, se resserrent comme un étau. Et entraînent l’équipée là où nul n’aurait pensé aller.
De sa plume cinématographique et poétique, Jean-Baptiste Andrea signe un roman à couper le souffle, porté par ces folies qui nous hantent.

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Interview de Jean-Baptiste Andrea pour Cent millions d’années et un jour
© Production Babelio

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« J’oublierai bien des choses, c’est inévitable, jusqu’à mon propre nom peut-être. Mais je n’oublierai pas mon premier fossile. C’était un trilobite, un petit arthropode marin qui n’avait rien demandé à personne quand mon existence percuta la sienne un jour de printemps. Une seconde plus tard, nous étions amis pour la vie.
Ses compagnons et lui, il me le raconta quand je fus en âge de le comprendre, avaient survécu à plusieurs extinctions de masse. À la lave et à l’acide, au manque d’oxygène, au ciel qui penchait. Et puis un jour ils avaient dû baisser les armes, reconnaître qu’ils avaient fait leur temps et se rouler en boule, bien au chaud au fond d’un caillou. Il fallait accepter la défaite, laisser la place aux autres.
L’autre c’était moi, Homo sapiens en pantalon trop grand, debout dans les hautes herbes d’un siècle encore jeune. J’avais été renvoyé de l’école communale, ce matin de 1908, pour avoir corrigé la maîtresse. Pépin n’était pas le nom d’un roi de France, comme elle le prétendait. C’était celui d’un chien, mon chien, un berger bleu que nous avions trouvé dans la grange. Il nous protégeait des esprits maléfiques et des chats errants – souvent les mêmes, tout le monde savait ça.
Mlle Thiers m’avait montré une illustration d’un petit barbu couronné, sous les lettres P-É-P-I-N dont il m’avait semblé, même si j’apprenais à peine à lire, qu’elles épelaient une preuve crédible de mon erreur. Lorsqu’elle avait demandé «Tu as interrompu la classe, tu as quelque chose à dire?», j’avais répondu «La prochaine fois, j’aurai raison». Elle avait écrit insolent à la plume sur mon carnet, souligné deux fois, et tu me feras signer ça à tes parents s’il te plaît.
Je rentrai directement par le chemin des Brousses avec mon insolence à deux traits et ma tête de victime. De tous les gars du coin, j’étais le seul qui aimait l’école, et j’étais le meilleur. Qu’est-ce que j’y pouvais, moi, si ce roi avait un nom de chien ?
Aux volets tirés de la chambre, je compris que je ne devais pas déranger ma mère. Dans ces moments, il lui fallait du noir et du noir seulement. Le Commandant n’était pas à sa place sur l’horizon, là où nos champs basculaient vers le village. Il n’y avait que Pépin, justement, sa jeunesse vigilante blottie dans le vent au sommet d’une butte. Il redressa sa bonne oreille et me toisa un instant, un peu roi c’est vrai, avant de se rendormir.
Je m’emparai d’un marteau, remède souverain à bien des problèmes. Il valait mieux s’en servir loin de la maison et je traversai un maquis de salades, tout droit, jusqu’au moment où une grosse pierre m’arrêta dans le champ du voisin. J’y superposai le visage de Mlle Thiers, un, deux, trois, et lui assenai un coup vengeur. La pierre s’ouvrit aussitôt, comme si elle avait fait semblant d’être entière. Et mon trilobite me regarda droit dans les yeux, aussi surpris que moi, depuis ses profondeurs.
Il avait trois cents millions d’années, et moi six ans. »

Extraits
« C’est un pays où les querelles durent mille ans. La vallée s’y enfonce, s’égare comme un sourire de vieillard. Tout au fond, pas loin de l’Italie, un cyprès immense cloue le hameau à la montagne. Les maisons font cercle, se bousculent et tendent leurs tuiles brûlantes pour le toucher. Les ruelles sont si étroites qu’on s’écorche les épaules à les parcourir. Ici, la place est rare et la pierre la convoite. À l’homme, elle ne laisse que des miettes. » p. 17

« Sous ma fenêtre, un chiot patauge dans l’ombre du mur, tourbillonnant après sa queue. Il ignore encore qu’il ne la rattrapera pas, que d’autres ont essayé avant lui et qu’ils ont renoncé. Je connais ce chiot, mes lèvres s’arrondissent pour l’appeler, mais non, bien sûr, nous sommes le 16 juillet 1954 et Pépin est mort depuis quarante ans. » p. 19

« Val d’Enfer, Corne du Bouc, cette région résonne de la présence du diable, et je commence à comprendre pourquoi. À chaque pas, à chaque barreau que je monte dans un souffle de rouille, le poids de mon corps double. La peur me ferraille le cou et les épaules. Un arrachement interminable à la pesanteur. Cette ascension n’est pas si différente de mon enfance, au fond. Quand j’annonçai à mes parents que je voulais devenir paléontologue, le Commandant me balança une gifle qui me fit sonner les oreilles jusqu’au soir et me dit d’arrêter de me donner des airs. » p. 82

«Le glacier est à une heure de marche. Si notre dragon voulait jouer à cache-cache avec nous, pour la forme, je ne lui en voudrais pas. Je n’ai pas compté pendant si longtemps, un bras sur les yeux, pour le découvrir tout de suite, la queue dépassant d’un placard. » p. 90

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Scénariste et réalisateur, il s’est révélé en tant qu’écrivain avec Ma reine (paru en 2017), qui a obtenu douze prix littéraires, dont le prix Femina des lycéens et le prix du Premier Roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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Les amers remarquables

GRANGE_amers-remarquables
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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Gabrielle est une mère fantasque qui n’hésite pas à disparaître, laissant son mari et ses enfants gérer le quotidien. De Berlin à Arcachon, sa fille raconte ses fugues et l’angoisse de ne pas la voir revenir, avant qu’avec l’âge, elle ne devienne sa «fuyarde chérie».

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le roman de Gabrielle

Emmanuelle Grangé nous revient avec un roman sensible, portrait d’une mère fantasque qui prend l’habitude de fuir sa famille avant de finalement retrouver le domicile conjugal. De la révolte à l’amour.

Dans son premier roman, Son absence, Emmanuelle Grangé confrontait une famille à la disparition de l’un de ses membres qui n’avait plus donné trace de vie depuis vingt ans. Il est aussi beaucoup question d’’absences dans ce second opus, même si elles sont plus épisodiques. Nous sommes à Berlin dans les années 1960, alors que la narratrice n’est encore qu’une petite fille. Gabrielle a suivi son mari diplomate dans la capitale allemande où elle passe son temps dans les mondanités. Quand elle n’est pas confiée à la fille au pair, la narratrice est envoyée chez les grands-parents à Malakoff. Quant à Pierre, son mari, il aurait pu, au hasard des réceptions où son épouse est chargée de tenir son rang, apprendre ce proverbe allemand qui dit que «l’oisiveté dévore le corps comme la rouille dévore le fer» et comprendre combien sa femme éprouvait le besoin de changer d’air, d’espace, de liberté, de bords de mer.
Cela lui aurait sans doute aussi évité le désarroi de ne plus la trouver au domicile conjugal et de devoir la supplier de revenir vers lui et sa famille.
Même la naissance d’un petit frère ne viendra pas contrecarrer ce qui va bientôt devenir une habitude. Après les brouilles conjugales, Gabrielle prend la fuite jusqu’à ce jour où il n’est plus possible de la joindre. «Nous sommes restés ballots, passifs, impuissants. Nous avons attendu le pire, l’annonce de l’hospitalisation, voire la mort de Gabrielle. Nous nous sommes habitués à vivre dans l’angoisse, puis dans la résignation. Gabrielle nous avait quittés pour de bon, je lui en ai voulu un peu, beaucoup… »
En déroulant l’histoire de cette famille, Emmanuelle Grangé se rend compte combien ces drames à répétition ont aussi un caractère formateur pour la jeune fille et la femme qu’elle devient et finalement, combien elle doit son caractère et sa liberté à ces épreuves. Bouclant la boucle quand elle devient une mère pour sa mère lorsque la vieillesse et la maladie vont avoir raison de ses escapades, elle rend un magnifique hommage à celle qui lui en a tant fait voir!
Car, au fil des chapitres – qui commencent tous par un extrait de Jane Eyre, le roman de Charlotte Brontë qui les rassemble aussi – le style gagne lui aussi en intensité et en gravité, suivant en quelque sorte la courbe de la vie de Gabrielle. Tout en pudeur et en retenue, mais de plus en plus proche de l’essentiel. C’est beau, fort, prenant.

Les amers remarquables
Emmanuelle Grangé
Éditions Arléa
Roman
176 p., 17 €
EAN 9782363081919
Paru en mai 2019

Où?
Le roman se déroule en Allemagne, à Berlin, Büsum, Helmstedt-Marienborn, Tübingen avant de parcourir la France, de Paris et sa banlieue, Malakoff, Vanves et Meudon, en Bretagne, à Châteauneuf-du-Faou, puis en Loire-Atlantique et en Alsace, à Strasbourg, dans la Sud, à Avignon, à Nice, Èze, Vallauris et Biot et enfin dans le Sud-Ouest, au bassin d’Arcachon, au Cap Ferret et à Saint-Palais. On y évoque aussi Ouistreham et Genève.

Quand?
L’action se situe des années soixante à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De son enfance, l’auteur garde le souvenir d’un grand appartement à Berlin, où son père est fonctionnaire international, la naissance d’un frère qui va bouleverser son quotidien de petite fille, des séjours en France pendant les vacances chez des grands-parents aimants, l’accent germanique des nurses qui se succèdent. Pourtant, dans toute cette banalité quelque chose détonne. La mère, fantasque, magnifique, amoureuse des rivages qui lui manquent tant, trop à l’étroit dans son rôle d’épouse de diplomate, ne peut s’empêcher de fuguer. Elle part, fuit l’appartement familial, laissant ses enfants et son mari. Elle revient cependant, jusqu’au jour où…
Comment se construire, grandir, trouver des repères lorsque rien n’est jamais sûr, quand la peur de l’abandon plane sur l’impression de sécurité et de normalité.
C’est ce portrait d’une mère à part qu’Emmanuelle Grangé esquisse aujourd’hui dans ce deuxième livre. On y retrouve ses thèmes de prédilection, la famille, le secret, la force silencieuse des non-dits. Mais aussi le travail du temps qui passe, qui vous entraîne dans sa course, faisant un jour de vous, le parent de ses parents. Aucun jugement, aucune rancœur, dans ce texte plein d’amour et de lucidité. Simplement le roman d’une famille, la sienne.

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Les autres critiques
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Extraits
« Mon père trouve sa femme remarquable, si belle, unique dans ses vieux escarpins comme neufs car rehaussés de cabochons, il apprécie sa cuisine inventive. Il n’a pas pu venir le jour où elle lui annonce dans une lettre qu’elle ne rentre pas à la maison. »

« Nous sommes restés ballots, passifs, impuissants. Nous avons attendu le pire, l’annonce de l’hospitalisation, voire la mort de Gabrielle. Nous nous sommes habitués à vivre dans l’angoisse, puis dans la résignation. Gabrielle nous avait quittés pour de bon, je lui en ai voulu un peu, beaucoup… J’entendais ses injonctions: Ne dépends dans ta vie que de toi-même; quand un homme t’invite au restaurant, au cinéma, paye ton écot! Je lui en ai moins voulu. J’ai fini par l’imaginer travailleuse, gagnant son pain, son gîte, peut-être relectrice dans une maison d’édition, n’ayant rien d’autre à prouver que sa capacité d’être une femme libre. Elle vivait. Je le savais. » p. 65

À propos de l’auteur
Emmanuelle Grangé est comédienne. Elle vit à Paris. Elle a publié chez Arléa, Son absence, son premier roman, en 2017. (Source : Éditions Arléa)

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Un cheval dans la tête

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  RL_automne-2019  Logo_premier_roman

 

Sélectionné pour le «Prix du Premier roman 2019»

En deux mots:
Jack aimerait faire de sa passion pour le cheval un métier à plein temps. Mais les difficultés sont nombreuses. Quand un industriel veut s’associer avec lui et l’accompagne à Séville pour acheter un étalon, il entrevoit la fin de ses soucis. Il part plein d’espoir…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La chevauchée de la dernière chance

Le Sud, le ranch, les chevaux… Pour son premier roman Sylvie Krier a rassemblé tous les éléments d’un western à la française. Mais gagner la liberté de vivre de sa passion n’est pas chose aisée.

Les éthologues vous diront la part d’instinct et d’apprentissage dans le comportement du cheval dans sa relation avec l’humain. En revanche, ils ne diront sans doute rien de l’attitude des humains qui les côtoient jour après jour et des modifications que cette proximité entraîne sur leur caractère. Pour cela il faudra le talent d’une romancière comme Sylvie Krier. En racontant le parcours de Jack, de son ami Chayton, de sa compagne Célie et de sa fille Louise, elle va nous montrer combien, consciemment ou non, ils vont adopter bien des traits de caractère de ces purs-sangs. À commencer par une soif de liberté inextinguible.
Jack, le narrateur de ce roman, a fait un choix radical en décidant de consacrer sa vie aux chevaux. Après avoir été cascadeur pour le cinéma et victime d’un accident qui a failli lui coûter cher, il choisit de rentrer dans le rang. Désormais, il va se concentrer à l’élevage et devoir s’éloigner de Snip, la photographe de plateau, avec laquelle il a eu une liaison. Dans le Sud, il va trouver un ranch et quelques chevaux, il va aussi trouver en Chayton un homme qui partage son rêve et n’hésite pas à démissionner de son boulot pour «mener enfin une vie en accord avec lui-même». Une vie rude et des journées de travail chargées, mais une vie qui offre aussi de se retrouver à la tombée de la nuit autour d’un feu de camp avec des amis. On refait le monde, on oublie les factures, les huissiers, les soucis, avec l’aide de l’alcool et des femmes.
Jack a une liaison avec Célie, mais elle n’entend pas pour autant se mettre en couple avec lui: «Nous avions décidé d’être libres, après une période de cohabitation qui s’était soldée par un échec. Célie attendait que je change. Je ne savais pas comment m’y prendre, alors j’attendais moi aussi.»
C’est à ce moment que Louise arrive du haut de ses quatorze ans. Sa mère a décidé qu’il serait juste que son père son occupe dorénavant. Encore un problème de plus à gérer, sous le regard Mickey qui vient régulièrement constater le désordre dans la maison et dans la vie de son frère.
«Plus de fuel. Plus de nourriture pour nous. Guère plus pour les chevaux. Plus de grain. J’ai tué mes dernières juments de réforme. L’abattoir me paiera peut-être quelques arriérés. À condition que la viande ne soit pas saisie. La semaine dernière, j’ai volé, avec l’aide de Chayton, des sacs d’orge dans une coopérative agricole.»
L’homme qui débarque alors avec sa fiancée est qui entend s’associer avec Jack le sortira-t-il de la mouise? Les perspectives apparaissent réjouissantes. Il propose d’aller à Séville chercher un étalon pour développer le cheptel.
Sylvie Krier a trouvé le ton pour raconter cette odyssée qui, au moins géographiquement suit son propre parcours, du Loiret au Sud de la France. On y sent la peur et la poussière, l’envie et l’espoir, mais aussi toutes les contradictions d’une odyssée incertaine: la force et la fragilité, l’espoir et le désespoir, le combat et le renoncement.

Un cheval dans la tête
Sylvie Krier
Éditions Serge Safran
Premier roman
206 p., 17,90€
EAN 9791097594244
Paru le 11/09/2019

Où?
Le roman se déroule en France, notamment à Dampierre-en-Burly dans le Loiret puis dans la région d’Arles et des Saintes-Maries-de-la-Mer. On y évoque aussi un voyage en Espagne, à Séville.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Jack, marginal épris de liberté, élève des chevaux. Aidé par Chayton, individu troublant, il peine à joindre les deux bouts. Débarque sa fille, une adolescente qu’il connaît à peine tandis qu’à ses côtés Célie, jeune femme énigmatique, se débat dans une histoire familiale qui agonise.
Jack prend alors la route pour essayer de s’en sortir, allant au-devant de drôles d’aventures. Et puis un jour, un industriel lui propose d’acquérir une partie de son cheptel. Et d’aller choisir un étalon à Séville. Cette offre inespérée permettra-t-elle à Jack de reprendre sa vie en main?
Le corps-à-corps entre idéal et réalité, parfois épique, souvent émouvant, imprègne de manière captivante tout l’entourage de Jack et son cheptel aux allures de ranch du Far West.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Alexiane Guchereau)
France Inter (Le cabinet de curiosités – Éric Delvaux)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« JACK
* La neige abolit tout. Une naissance imminente.
Il avait neigé toute la nuit. Je suis sorti réparer la clôture électrique du parc des juments. J’avais repoussé ce travail tant que j’avais pu, mais maintenant, c’était devenu une priorité. Courir après le troupeau un petit matin de printemps, passe encore, mais l’hiver dans le brouillard ou la nuit, non.
Il est tombé au moins vingt centimètres de neige. Elle recouvre le tas de ferrailles rouillées du hangar récupéré il y a des lustres, que je n’ai pas eu le temps de monter, les galets destinés à empierrer le chemin, et même la vieille carcasse de tracteur échouée en contrebas. La neige a gommé les ornières, les traces de véhicules. Autour de ma cabane, il n’y a plus rien. Bizarrement, j’ai l’impression qu’aujourd’hui tout est beaucoup plus simple.
Avec la brouette, quelques outils, un sac de pain, je me dirige vers le pré en coupant par le petit bois. Le parc est devenu une étendue immaculée, bordée d’arbres enneigés, qui restitue la lueur pâle d’un soleil d’hiver. Les traces d’un chevreuil, celles d’un sanglier aussi, à en juger comme le bas-côté a été retourné. Au printemps dernier, la clôture a été arrachée par des chasseurs. J’ai plusieurs fois porté plainte auprès de la compagnie de chasse, sans résultat. Avec la masse, j’essaye d’enfoncer les pieux d’acacia qui rentrent difficilement dans la terre froide. J’attrape un morceau de ruban électrique, je le fixe avec deux attaches, je tends de toutes mes forces. Mon épaule droite m’arrache une grimace.
J’élève des chevaux. Un métier qui suscite de la méfiance, dont personne ne comprend la finalité car il rapporte peu. Je ne possède aucun bien. Hector, mon voisin, résume facilement la situation lorsqu’il a bu, ou que son tracteur tombe en panne (deux cas de figure assez fréquents). Il m’interpelle depuis son champ :
— Tu peux m’dire à quoiqu’ça sert ces bêtes-là ?
Je ne revendique aucun de ces tampons officiels qui attribuent une place précise dans la société et font que l’on est considéré avec respect pour la seule raison que l’on sait précisément à qui on a affaire. Je m’en fous. Mon copain Chayton m’assure que c’est le début de la liberté. Franchement, ça me plaît quand il dit ça. Souvent, je me répète ses paroles, parce que, en général, les événements tendent à prouver que je ne suis pas toujours engagé sur la bonne voie.
Je me suis installé dans cette région il y a vingt ans sans rien y connaître. Mon oncle Joseph, menuisier, m’avait aidé à construire mon logement, une habitation en bois au-dessus d’une petite écurie. Oncle Joseph était à la retraite à l’époque. On avait passé six mois à bâtir le tout. Malgré quelques imperfections évidentes, qu’oncle Joseph niait obstinément, j’étais satisfait. Quand je regarde la charpente, les fenêtres qui ferment encore impeccablement, je pense à lui. Je trouve qu’on avait fait du bon boulot. J’exploite quelques hectares d’une terre pourrie de cailloux. Des tonnes de silex qui remontent comme par magie, et réapparaissent, même lorsqu’on les retire régulièrement.
Parfois j’observe Hector dans son champ, son corps noueux, presque calcifié, ses jambes qui ballottent dans des bottes en caoutchouc comme des tiges déposées dans un vase à ouverture trop grande. Quand je le vois fourrager avec une frénésie d’insecte dans les entrailles de cette terre ingrate, je ressens une fascination étrange, mêlée de répulsion. Cette terre tord les corps à son image. Austère et aride.
L’horizon cotonneux se fond dans la neige. Attiré par le bruit, le troupeau apparaît en haut du pré, les silhouettes se dessinent nettement. Ensemble, les juments s’immobilisent, encolures tendues, oreilles dressées. Leurs naseaux crachent des petits jets de vapeur. Elles descendent tranquillement le vallon dans ma direction, la baie en tête. Puis elles partent au petit trot, enfin au galop. Je reste immobile, à écouter le bruit feutré des sabots sur la neige. Fracas lointain qui gronde en approchant. Je pourrais rester dix ans comme ça, à les regarder galoper, la queue en panache, dans des gerbes de neige. Je me dis que ce simple spectacle suffit à mon bonheur. Elles stoppent à quelques mètres de moi. Je leur jette un peu de pain sec. Je m’approche. Je tâte leur dos pour voir si, à travers le poil d’hiver, elles n’ont pas trop perdu d’état. Malgré la température qui dégringole, elles ont l’air en pleine forme. J’observe les pis. Je passe mes doigts engourdis sur les mamelles. La noire ne va pas tarder à pouliner. Il faudra amener du foin, de la paille avec le pick-up, de l’eau chaude pour dégeler les abreuvoirs. Je traîne encore un peu puis je me décide à rentrer pour me faire un café. Devant l’écurie, mon regard glisse au fond de la vallée. Simplement. Facilement. La neige et rien d’autre. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis un bon moment.
— Tilena va pouliner. Il va falloir la mettre à l’abri.
Chayton descend de la table sur laquelle il dort, saute sur ses pieds.
— Elle a du lait ?
Il est tout excité. Moi aussi, je suis excité. Mes huit juments sont pleines, les naissances vont bientôt débuter pour s’achever au début de l’été.
— Ça commence.
— Alors c’est pour cette nuit !
— C’est possible, oui.
Tilena a déjà fait trois beaux poulains, deux bais et un gris. Cette année, j’ai misé sur la locomotion en choisissant un mâle qui a remporté des prix dans des concours de modèles et allures. Elle peut nous faire une petite merveille. Chayton s’approche de moi. Son émotion est palpable. Sa lèvre inférieure frémit. Peut-être que ses yeux s’embuent un peu. J’attrape son bras, je le serre sans dire un mot. Il part un moment, revient avec la musette dans laquelle il stocke le fruit de ses cueillettes. Il sort un petit fagot. Il va le faire brûler pour que les esprits soient enclins à veiller sur la jument et le poulain à venir. Il souhaite que ce soit un mâle.
Chayton, cette fois, m’adresse un large sourire.
— On va la rentrer cet après-midi. Je dormirai avec elle dans l’écurie ce soir.
Je bois un café brûlant pendant que Chayton se fait des œufs sur le plat et un sandwich au fromage. On se prépare pour aller soigner le reste du cheptel éparpillé dans différents prés aux alentours. Il met sa toque en marmotte, farfouille dans un tiroir.
— Il n’y a plus de bougie ? On pourrait sortir cet après-midi.
Une balade dans la neige. L’idée me tente, j’avoue. La bougie fondue sous les sabots des chevaux les empêche de glisser, sinon la neige forme des amas, qui, transformés en glace, deviennent dangereux.
— On soigne déjà, on verra après.
On charge dans le pick-up des bidons d’eau chaude, du grain, du foin, de la paille, le tout attaché avec une corde. On a l’impression d’être seuls au monde. Chayton rigole comme un cinglé. L’air vif semble avoir décuplé ses forces, il saute partout en braillant.
— Hey ! On se croirait dans le Dakota !
* Contingences matérielles.

Quand j’essaye de démarrer, le pick-up toussote puis cale. La batterie a dû prendre un coup de froid. Je lève le capot, plonge la tête dans le moteur bien que je n’y connaisse pas grand-chose. J’entends un bruit au loin.
— Il y a un gars là-bas, me fait remarquer Chayton.
À cinquante mètres, j’aperçois un type habillé en noir, qui se dandine dans la neige.
— Va chercher le tracteur et les câbles.
Le type progresse lentement, accoutré d’un attirail vestimentaire de citadin. Parvenu à vingt mètres de moi, il agite un papier dans ma direction. La chienne sort de l’écurie, couverte de paille. Elle commence à grogner. Le type s’arrête.
— Monsieur Eltimore ?
Comme je ne réponds pas, il ajoute.
— Cabinet d’huissiers Matt et Komb. J’ai ici une saisie pour la société Herbagrain.
Je lève sur lui un regard mauvais. Il a un petit sursaut. La chienne est venue s’appuyer contre ma jambe. Elle émet un jappement rauque tandis que je la caresse doucement pour la calmer. Je remets le nez dans le moteur. D’un geste nerveux, j’attrape la jauge à huile. Le type sort un stylo de la poche intérieure de son pardessus.
— Vous pouvez me signer ce document s’il vous plaît ?
— Dégagez !
— Pardon ?
— Dégagez ! C’est clair ? Vous ne voyez pas que je travaille ?
Je claque le capot de toutes mes forces et grimpe dans l’habitacle. Le type hésite un instant puis fait demi-tour. Je le regarde s’éloigner en levant les genoux comme un petit soldat. La neige mouillée laisse des grosses traces sombres sur le bas de son pantalon.
* Quotidien d’un jour d’hiver. J’aimerais que Célie soit avec moi. Une âme indienne. Une fille énigmatique. »

Extraits
« J’élève des chevaux. Un métier qui suscite de la méfiance, dont personne ne comprend la finalité car il rapporte peu. Je ne possède aucun bien. Hector, mon voisin, résume facilement la situation lorsqu’il a bu, ou que son tracteur tombe en panne (deux cas de figure assez fréquents). Il m’interpelle depuis son champ :
– Tu peux m’dire à quoiqu’ça sert ces bêtes-là ? »

« Une quinzaine d’années auparavant, lors d’une fête western estivale, dans un bled perdu, j’avais amené deux Appaloosas, des bêtes un peu lourdes, sans grâce, qui avaient sur leur robe des taches semblables à des coups de pinceau, des éclaboussures. À cette époque, on voyait rarement de tels chevaux en France. Chayton exécutait une danse de la pluie devant quelques spectateurs. Il portait une coiffe en véritables plumes d’aigle qui descendait jusqu’à terre. En le regardant, j’avais pensé que ce type-là avait incontestablement quelque chose d’indien en lui.
Il avait pris l’habitude de venir m’aider lorsqu’il était libre. Je lui avais donné un petit mâle Appaloosa, en échange de son travail. Il curait, manipulait les poulains, m’aidait aux vaccinations, aux sevrages, aux débourrages. Pour gagner sa vie, Chayton travaillait en banlieue parisienne dans une société de mécanique de précision dans laquelle il avait été embauché, en raison de sa vue perçante. Il est capable de repérer une buse dans un arbre à trois cents mètres. L’intégration au sein de son univers de travail avait été compliquée, mais maintenant, c’était une chose acquise, d’après lui. Plus personne ne s’étonnait de le voir perché, immobile face au vide, sur la corniche de la tour dans laquelle il travaillait. Il avait fini par arrêter de chasser les animaux domestiques. Il adorait les dépecer. Il refuse obstinément de parler de cette époque. Je ne cherche pas à en savoir plus. Je suis simplement satisfait que la chatte qui rôde dans l’écurie et me débarrasse des rongeurs n’ait plus rien à craindre et que la chienne puisse garder les lieux sereinement. »

« Plus de fuel. Plus de nourriture pour nous. Guère plus pour les chevaux. Plus de grain. J’ai tué mes dernières juments de réforme. L’abattoir me paiera peut-être quelques arriérés. À condition que la viande ne soit pas saisie. La semaine dernière, j’ai volé, avec l’aide de Chayton, des sacs d’orge dans une coopérative agricole. »

À propos de l’auteur
Sylvie Krier est née à Auxerre. Après avoir fait des études de pharmacie à Dijon, elle exerce dans l’Yonne puis dans le Loiret. Elle vit aujourd’hui dans le sud de la France, près d’Avignon. Un cheval dans la tête est son premier roman. (Source : Éditions Serge Safran)

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L’Américaine

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En deux mots:
Ruth quitte la République dominicaine pour New York où elle va se former au journalisme. La jeune fille va se frotter à un Nouveau Monde, faire de nouvelles connaissances et… tomber enceinte. C’est désormais avec un fils qu’elle cherche sa place dans ses années 60 où tout va très vite.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Sur la route… avec Ruth

Après «Les Déracinés», Catherine Bardon nous offre le second tome de sa saga. Dans «L’Américaine» elle explore les années 60 en suivant Ruth, partie à New York pour étudier le journalisme. Passionnant!

Quel plaisir de retrouver les personnages des Déracinés et le plume alerte de Catherine Bardon. Pour ceux qui seraient passés à côté de ce beau roman, signalons qu’il est disponible en poche et retrace la saga d’une famille viennoise à partir des années trente. La belle histoire d’amour entre Wilhelm et Almah va résister à la fureur de la guerre, mais au prix de grands sacrifices et d’un exil en République dominicaine où le couple et leurs enfants vont essayer de se construire une nouvelle vie. Tout l’intérêt du roman, outre ce pan méconnu de l’histoire de la Seconde guerre mondiale, est de mêler intimement la grande Histoire avec les destins des personnages au fil des ans, comme avait si bien pu le faire Régine Deforges avec La bicyclette bleue.
Je souhaite du reste à Catherine Bardon le même succès et j’imagine fort bien les prochains tomes qui nous conduiront jusqu’aux années 2000…
Mais n’anticipons pas et revenons-en à «L’Américaine». Nous sommes en septembre 1961, au moment où Ruth, la fille d’Almah choisit de quitter son île pour rejoindre sa tante, son oncle et son cousin Nathan à Brooklyn. Elle entend mettre ses pas dans ceux de son père disparu et devenir journaliste. Pour cela, elle a étudiera à l’Université de Columbia tout en effectuant un stage au Times.
Sur le paquebot qui va le mener jusqu’à la grande pomme, elle rencontre Arturo, un jeune homme qui rêve d’une carrière de musicien et avec lequel elle va se lier d’amitié.
Si Ruth est accueillie avec grand plaisir à New York, elle ne peut éviter de ressentir le mal du pays. Sa mère et son frère qui font face aux soubresauts politiques dans un état qui essaie de se débarrasser d’une dictature et, après une brève parenthèse de pouvoir plus démocratique, va finir par retrouver ses anciens démons avec l’aide des … États-Unis qui ne vont pas hésiter à intervenir militairement.
Bien décidé à prouver à tous qu’elle a fait le bon choix, Ruth va s’accrocher et avec l’aide d’Arturo, de Debbie, sa copine d’université et l’affection de son cousin Nathan, découvrir un pays qui se transforme lui aussi à grande vitesse. Après l’épisode de la baie des cochons, on voit la Guerre froide prendre un tour plus radical et en parallèle, la contre-culture se développer. On voit la beatlemania et les drogues débarquer. On voit émerger Martin Luther King et John F. Kennedy avant qu’ils ne finissent tous deux abattus. C’est dans ce contexte que Ruth va faire la connaissance de Chris, un beau jeune homme qui rêve de Prix Pulitzer,de se rendre sur les points chauds de la planète pour témoigner de cette histoire en mouvement. Une énergie qui séduit Ruth, même si elle se rend compte qu’elle ne viendra qu’en seconde position dans la liste des passions de celui qui se rêve en nouveau Capa.
Un tragique accident de voiture va mettre une fin abrupte à cet amour, quelques semaines après qu’un médecin ait confirmé à Ruth qu’elle était enceinte.
Un choc terrible qui va pousser la jeune fille à fuir. Car elle reste une déracinée, toujours à la recherche de ses racines. Ne pouvant se résoudre à rentrer en République dominicaine, elle choisit un Kibboutz en Israël.
Y trouvera-t-elle la paix intérieure? Je vous laisse le découvrir tout en soulignant le côté addictif de l’écriture de Catherine Bardon, ce que les américains nomment un page turner et que j’appellerai pour ma part un bonheur de lecture!

L’Américaine
Catherine Bardon
Éditions Les Escales
Roman
465 p., 20,90 €
EAN 9782365694445
Paru le 07/03/2019

Où?
Le roman se déroule en République dominicaine, aux Etats-Unis ainsi qu’au Mexique et en Israël.

Quand?
L’action se situe 1961 à 1966.

Ce qu’en dit l’éditeur
Septembre 1961. Depuis le pont du bateau sur lequel elle a embarqué, Ruth tourne le dos à son île natale, la République dominicaine. En ligne de mire : New York, l’université, un stage au Times. Une nouvelle vie… Elle n’en doute pas, bientôt elle sera journaliste comme l’était son père, Wilhelm.
Ruth devient très vite une véritable New-Yorkaise et vit au rythme du rock, de l’amitié et des amours. Des bouleversements du temps aussi : l’assassinat de Kennedy, la marche pour les droits civiques, les frémissements de la contre culture, l’opposition de la jeunesse à la guerre du Viêt Nam…
Mais Ruth, qui a laissé derrière elle les siens dans un pays gangrené par la dictature où la guerre civile fait rage, s’interroge et se cherche. Qui est- elle vraiment ? Dominicaine, née de parents juifs autrichiens ? Américaine d’adoption ? Où va-t-elle construire sa vie, elle dont les parents ont dû tout fuir et réinventer leur existence ? Trouvera-t-elle la réponse en Israël où vit Svenja, sa marraine ?
Entrelaçant petite et grande histoire, explorant la question de l’exil et de la quête des racines, Catherine Bardon nous livre une radiographie des États-Unis des années 1960, en poursuivant la formidable fresque romanesque inaugurée avec Les Déracinés.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Le Jardin de Natiora
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe
Blog Partagelecture (Lalyre)


Bande-annonce de «L’Américaine» de Catherine Bardon © Production éditions Les Escales

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Vous pleurez, mademoiselle
Septembre 1961
Je partais. C’était ce que je voulais et c’était un déchirement. J’étais là, seule, sur le pont d’un paquebot en partance. Sonnée par la mort idiote de mon père, j’avais pris la décision d’abandonner mes études, de quitter ma famille et de me lancer dans l’inconnu.
La sirène retentit. Deux remorqueurs éloignèrent imperceptiblement le bateau du quai. Nous avancions lentement dans l’embouchure du río Ozama. J’agrippai du regard la silhouette d’Almah, petit point évanescent dans la foule massée sur le môle hérissé de hangars et de grues. Je me rendais compte que je lui en avais voulu d’avoir dû prendre son parti contre mon père au moment de leur séparation. Elle n’était pas loin d’être une mère parfaite, et je lui en voulais pour ça aussi. Une partie de ma révolte venait de là.
Une partie seulement.
La trahison de mon père avait fait voler en éclats ma quiétude et remis en cause mes certitudes.
Je cherchai en vain des mots à mettre sur mes émotions. Ils étaient tous sans nuances et bien loin de pouvoir exprimer ce mélange perturbant d’exaltation et d’arrachement poignant que je ressentais au moment de quitter l’île de mon enfance.
« On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes1. Ça y est, tu prends ton envol, ma chérie. » Les dernières paroles de ma mère résonnaient dans ma tête, tandis qu’appuyée au bastingage, à la poupe du steamer de la Santo Domingo Line, je regardais le rivage de mon pays s’estomper lentement dans le rougeoiement du soleil couchant. Sous les tropiques, le soleil se couche ainsi, dans une débauche de couleurs flamboyantes qui me fascine à chaque fois. Mais ce soir-là, j’avais bien d’autres émotions à digérer. Il s’était passé tant de choses ces derniers mois. Ma vie s’emballait comme un cheval fou que rien ne semblait pouvoir arrêter.
Mon père, mon héros, nous avait abandonnés. Il était mort dans un accident si stupide que c’en était risible. Je me demandais s’il n’y avait pas un dieu quelque part qui se moquait de nous et j’en voulais à la terre entière. La shiv’ah, que j’avais tant redoutée, avait eu cela de salutaire qu’elle avait effacé les fausses notes entre nous. En une semaine de deuil, nous avions fait table rase des désaccords du passé.
J’avais laissé tomber mes études d’infirmière et à vingt et un ans je n’avais aucune certitude quant à mon avenir. Mon frère était tombé amoureux. Il en pinçait sérieusement pour Ana Maria. La preuve, je n’avais eu droit à aucune de ces confidences dont il était coutumier quand il entamait un nouveau flirt. Sa discrétion était alarmante, pire qu’un aveu. C’était évident, il était mordu. Je m’étais préparée au jour où une femme me volerait Frizzie, je m’étais promis de ne pas être jalouse et c’était raté. Quant à ma mère, elle contenait son chagrin et faisait bonne figure. Mais je ne lui donnais pas six mois pour déserter. Ce serait trop dur pour elle de rester à Sosúa où tout lui rappelait mon père. Almah allait repartir en Israël rejoindre Svenja, ma marraine et sa complice de toujours, j’en aurais mis ma main au feu.
Autant dire que mon univers explosait. Mon magnifique équilibre s’écroulait. À cause d’une vache ! Un stupide bovin qui batifolait sur une piste poussiéreuse par une nuit sans lune.
Je regardais disparaître le pays de mon enfance, cette île tropicale où les morsures de l’histoire m’avaient fait naître. Mon pays malade, gangrené, chahuté par les luttes intestines pour la succession du tyran assassiné. La répression avait frappé jusque dans notre Éden bucolique, où nous nous croyions à l’abri des métastases de la dictature. Sosúa avait été bombardée deux ans plus tôt. Et en août dernier, un de nos docteurs et un ingénieur avaient été assassinés par l’arrière-garde de Trujillo dans une rue du Batey. Tirés à bout portant, en plein jour, comme des lapins. Un double règlement de comptes politique qui avait glacé d’horreur toute notre communauté. Nous ignorions qu’ils appartenaient à un réseau de résistance. Une chape de plomb s’était abattue sur le village, un couvre-feu avait été imposé, plus personne n’osait sortir la nuit. Markus prédisait que le pire était à venir et que nous allions devoir affronter des heures bien sombres. Maman avait précipité mon départ. Elle préférait me savoir à l’abri à New York, le temps que les choses se tassent.
La côte dominicaine s’estompait peu à peu dans la nuit tombante. Le sillage d’écume, comme un fil ténu tendu vers la terre, s’évaporait à mesure que nous gagnions la haute mer. Bercée par le lancinant ronronnement des moteurs et les oscillations du navire, je pensais avec angoisse à l’inconnu qui m’attendait. Tout ce qui était moi, tout ce qui m’avait faite s’effaçait, pour laisser la place à une nouvelle vie. Qui restait à inventer.
— Vous pleurez mademoiselle?
Perdue dans mes pensées, je n’avais pas senti que des larmes ruisselaient sur mes joues. Ni que quelqu’un se tenait à mes côtés. J’étais prise en flagrant délit de sensiblerie. Je foudroyai du regard l’importun avant de me raviser. Il avait vingt ans tout au plus, un grand corps dégingandé poussé trop vite. Un air gentil et sincèrement préoccupé se lisait sur son visage poupin encadré de boucles brunes. S’il pensait que son costume et ses grosses lunettes en écaille lui donnaient un air viril et mature, il se trompait. Je pouvais être rassurée sur un point, je n’étais pas la victime d’un coureur de jupons. Ou alors très maladroit et vraiment pas sûr de lui. Je secouai la tête en essuyant mes joues d’un revers de la main et lui lançai un sourire crâne.
— Ce n’est rien! Juste l’émotion du départ!
Il approuva en hochant la tête avec conviction.
— Moi aussi, je suis bouleversé de quitter mon pays. C’est un endroit magnifique, vous savez!
Comme si je ne le savais pas ! Son pays était aussi le mien. Même si je n’avais pas l’air d’être ce que j’étais : une Dominicaine. À cause de mes cheveux blonds et de mes yeux clairs qui trahissaient mes origines européennes. Je décidai de lui clouer le bec et lui lançai avec mon meilleur accent du Cibao, histoire de mettre les choses au point :
— Claro, nuestro país es mágico!
Il répondit, la voix étonnée et l’air désarçonné :
— Vous êtes dominicaine? Ça alors, à vous voir on ne dirait pas!
Je me retins de répliquer vertement qu’il devait apprendre à se défier des apparences et à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer. Je lui répondis par un haussement d’épaules désabusé comme s’il s’agissait d’une évidence, puis je tournai le dos à mon jeune compatriote, pour couper court à toute tentative de conversation.
— Je vous ai dérangée, je suis désolé, veuillez m’excuser, bredouilla-t-il confus.
Au moins, il était bien élevé. « Vous pleurez mademoiselle » m’abandonna à ma mélancolie et partit offrir sa sollicitude à un autre passager. Je me replongeai dans ma rêverie tandis que la nuit enveloppait le paquebot d’une tiède caresse. Le ciel scintillait de milliers de points lumineux. Levant le nez, je cherchai mes amies les étoiles, les trois points brillants de la ceinture d’Orion, l’étoile de Ruthie et les étoiles jumelles de mes parents. »

Extrait
« Avant de partir, j’avais fait un pèlerinage d’adieux aux lieux chéris de mon enfance. Sur la plage, j’avais pataugé jusqu’aux pilotillos et je m’étais hissée sur le haut d’une pile; le menton sur les genoux remontés contre ma poitrine, j’avais contemplé le coucher du soleil, savourant cet éternel spectacle chaque jour renouvelé, en sachant d’avance à quel point cela allait me manquer. Derrière la poste, j’avais tourné autour du grand tamarinier qu’enfants nous escaladions comme des singes. Dans le parc, avec la complicité de la nuit, j’avais caressé le tronc du vieux flamboyant aux fleurs rouges où le cœur avec nos quatre initiales, FLSR, gravé avec la pointe d’un canif, résistait aux assauts des années. Il était grand temps de tourner la page. »

À propos de l’auteur
Catherine Bardon est une amoureuse de la République dominicaine. Elle est l’auteure de guides de voyage et d’un livre de photographies sur ce pays, où elle a passé de nombreuses années. En 2018, elle a signé son premier roman, Les Déracinés, paru aux Escales. (Source : Éditions Les Escales)

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Sur la Route du Danube

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En deux mots:
Une remontée du cours du Danube en 48 jours et à vélo: voilà le programme d’Emmanuel Ruben et de Vlad, son compagnon. Une épopée qui démarre à Odessa puis suit le Danube au plus près. Une traversée de l’Europe, de son histoire, de sa géographie et surtout de ses populations.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Europe, terre d’élection

Emmanuel Ruben a choisi de traverser le continent à vélo d’Odessa à Strasbourg et de suivre le cours du Danube. Son récit de voyage nous fait voir l’Europe de manière aussi originale que contrastée.

Refermant ce récit de voyage, je ne sais trop s’il faut d’abord admirer la performance sportive, ces 4000 km parcourus à la force du mollet le long d’un itinéraire qui réserve bien des chausse-trapes aux cyclistes ou l’érudition d’Emmanuel Ruben, qui semble avoir avalé une bibliothèque entière pour pouvoir nous détailler ainsi les paysages, les monuments, les peuples qu’il croise tout au long de son périple.
Ce dont je suis en revanche persuadé, c’est que la réussite du livre tient à la combinaison des deux.
Le choix du vélo donne un rythme et un point de vue plus propice aux rencontres – et aux surprises – qu’un camping-car ou une voiture et permet, bon gré mal gré, de réclamer plus facilement l’hospitalité quand il pleut à verse ou quand les rayons de la roue lâchent et demandent une réparation d’urgence pour pouvoir continuer sa route. Il permet aussi de «sentir» la géographie, de «vivre» les paysages et quelquefois de remettre en question la version livresque. Ou plus prosaïquement de confirmer l’intérêt stratégique d’implanter ici une colonie ou d’ériger là une forteresse pour repousser les assaillants.
cork boardBien entendu, il ne saurait être ici question de retracer la totalité d’un parcours si riche en anecdotes et en informations – le seul reproche que l’on pourra du reste faire au livre, c’est que sa richesse est telle que l’on ne peut tout digérer en une lecture.
Je préfère vous mettre l’eau à la bouche en piochant ici et là, au fil des épisodes, quelques réflexions, quelques faits qui éclairent la diversité d’un continent à l’histoire plus que mouvementée, à commencer par cette réflexion au début du voyage, en constatant que si le Danube sert de frontière naturelle, il reste indomptable et mouvant, notamment au niveau de son delta, en fonction de caprices saisonniers:
«L’Europe est le plus dense écheveau de frontières de la planète – l’Europe n’est qu’un entrelacs de bordures, et l’Ukraine, qui est par excellence le pays des confins, fait bien partie de l’Europe».
Pour les cyclistes, il en va de même, les routes s’amusant à défier cartes et autre GPS. Et quand le parcours est à peu près sûr, arrivent les fonctionnaires. C’est ainsi, par exemple, que le zèle des douaniers moldaves permettra d’écrire qu’il est «le seul pays qui demande dix fois plus de temps pour l’atteindre et le quitter que pour le traverser». Après avoir atteint la Roumanie et découvert le plus grand mouvement de révolte depuis la chute de Ceausescu, fraternisé avec une population qui partage d’autant plus qu’elle n’a quasiment rien à offrir. Et après avoir fait l’expérience des eaux de vie et autres alcools plus ou moins forts, c’est les «muscles raides, le cuir des fesses irrité et le cerveau encore ravagé par la murge de la veille» qu’il faut prendre la direction de la Bulgarie.
C’est peut-être le moment de dire deux mots sur le compagnon de voyage du narrateur qui «a le corps parcouru de frontières». Né à Kiev, il a grandi à Odessa, Bucarest et Bakou avant de filer vers Paris, Strasbourg puis Novi Sad. Dans ses veines coule du sang serbe, russe, ukrainien, tatar et la liste n’est sans doute pas exhaustive. Bref, l’incarnation de ce continent et le guide parfait pour cette pérégrination. Même s’il lui prend ici et là l’envie de lâcher son ami en cours de route, il sera d’une aide précieuse notamment dans cet ex-Yougoslavie qui est restée «plurielle, multilingue, multiethnique, multiconfessionnelle» et «aux populations inextricablement entrelacées» comme le raconte si bien Milorad Pavic dans Le Dictionnaire khazar, sorte de bréviaire pour Emmanuel Ruben qui, on l’aura compris, aine à s’abreuver des écrits des auteurs des pays traversés.
De Voïvodine, le duo gagne la Hongrie, puis la Slovaquie et, avant d’arriver en Autriche. «Remonter le Danube au pixel près, c’est explorer toutes les époques de la frontière, toutes les formes que l’Empire inventa, depuis les Romains, pour se barricader contre un ennemi réel, imaginaire ou fantasmé. Limes romain, Militärgrenze autrichienne, ligne Arpâda hongroise, Rideau de fer soviétique, murs et barbelés d’hier et d’aujourd’hui.»
En se rapprochant de l’Allemagne et de la fin du voyage, on peut voir comme un dernier symbole le fait que la source du Danube soit elle-même sujet à controverse. Derrière le petit théâtre et le filet d’eau qui s’en échappe, on peut sans doute trouver d’autres sources en amont.
Ode au voyage autant qu’ode à l’Europe, ce livre nous rappelle qu’il est bien temps de s’approprier notre continent.

Sur la route du Danube
Emmanuel Ruben
Éditions Rivages
Roman
256 p., 23 €
EAN 9782743646486
Paru le 03/03/2019

Où?
Le roman se déroule d’Ukraine en France, en passant par tous les pays européens limitrophes du Danube.

Quand?
L’action se situe en 2016.

Ce qu’en dit l’éditeur
À l’été 2016, Emmanuel Ruben entreprend avec un ami une traversée de l’Europe à vélo. En quarante-huit jours, ils remonteront le cours du Danube depuis le delta jusqu’aux sources et parcourront 4 000 km, entre Odessa et Strasbourg. Ce livre-fleuve est né de cette épopée à travers les steppes ukrainiennes, les vestiges de la Roumanie de Ceausescu, les couchers de soleil bulgares, les défilés serbes des Portes de Fer, les frontières hongroises hérissées de barbelés… En choisissant de suivre le fleuve à contre-courant, dans le sens des migrations, c’est l’histoire complexe d’une Europe qui se referme que les deux amis traversent. Mais, dans les entrelacs des civilisations déchues et des peuples des confins, affleurent les portraits poignants des hommes et des femmes croisés en route, le tableau vivant d’une Europe contemporaine.
Dans ce récit d’arpentage, Emmanuel Ruben poursuit sa «suite européenne» initiée avec La Ligne des glaces (Rivages, 2014) et explore la géographie du Vieux Continent pour mieux révéler toutes les fictions qui nous constituent.

Les critiques
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La Marelle (écrivain en résidence)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
Quitter Paris
Le plus dur, c’est de trouver le bon rythme, disait Vlad, si tu ne trouves pas d’emblée ton propre rythme, c’est fichu, tu chopes un point de côté, tu te mets dans le rouge, il faut savoir doser, ne pas se griller d’avance, mouliner sans forcer, en garder sous la pédale comme on dit – j’écris sous sa dictée, j’essaie de retrouver le tempo de son phrasé, le grain de sa voix, le tranchant de son accent, sa façon si particulière de rouler les r, il m’avait dit ça, une nuit, à Paris, alors que nous avions les flics aux trousses, je le revois pédalant à mes côtés, haletant à mes côtés, je revois sa manière unique de tenir son guidon, d’empoigner le taureau par les cornes, mains fermement agrippées aux cocottes de frein, dos cambré, buste jeté en avant, cou rentré dans les épaules, j’aurais pu le reconnaître de loin, il nous arrivait de nous croiser par hasard du temps où il vivait dans un squat à Pantin et moi dans un ancien bordel au métro Danube – un jour, je m’en souviens, c’était en avril, un des premiers soirs qui voient s’égayer la ville, je sors d’un bar un peu éméché, je vais décrocher mon vélo, j’aperçois un type aux cheveux blonds noués en catogan qui dodeline des épaules en grimpant la rue de Ménilmontant, je me dis ça doit être lui, c’est bien son style à lui, j’enfourche ma monture, je me dresse sur mes étriers, j’attaque la pente en danseuse, lui est déjà loin, loin, loin – je le vois filer comme si les feux, les néons, les enseignes, les réverbères, toutes les lumières de la capitale le halaient vers le ciel aimanté ; sous son barda de coursier, sa veste noire flotte dans son dos, et lorsqu’il dévale les rues de Belleville on entend claquer les pans de cuir, flap flap flap, petites ailes de corbeau ivre de traverser la ville ainsi, sur le fil de fer de son seul désir – tout est une question de rythme, disait Vlad, pas seulement de souffle mais de tempo, pas tant de vitesse mais de pulsation, les cuisses et les poumons ne suffisent pas : ce qui compte, c’est le cœur ; les jambes on s’en fout, elles suivront bien, les jambes, et si la cadence va trop vite ou si le développement est trop grand, il y a un dérailleur pour ça, un coup de pouce et tu changes de braquet – en revanche, le cœur, lui, s’il s’emballe, c’est terminé, tu vois rouge, le sang te monte à la gorge, tu as l’impression qu’on t’enfonce une dague en travers de la gueule, tu as ce goût de fer sur la langue et tu peux t’arrêter net, y rester, j’ai vu un type foudroyé comme ça, c’était dans les Vosges, en VTT, il a attaqué un raidard un peu fort, sur la plaque, et il a claqué – quarante ans, trois enfants –, depuis ce jour-là, j’ai raccroché mon VTT, l’effort est trop bref et trop violent ; moi, c’est l’endurance que j’aime, l’endurance et la vitesse dans le soleil et le vent, les longues distances à toute allure le long des fleuves, des rivières et des canaux de France et d’Europe ; un bon vélo comme un bon livre doit servir à retrouver sa respiration, disait Vlad – surtout, tu dois te concentrer dans ta course, apprendre à surveiller ton pouls, écouter les battements de ton cœur, reconnaître les systoles et les diastoles, tu dois savoir quand tu dépasses les bornes, quand tu risques la crampe mais aussi quand tu n’es pas dans le coup, quand tu ne peux rien de bon, quand tu es vidé – enfin, tu dois toujours être sur le qui-vive, attentif au moindre bruit, sans cesse aux aguets, tout ne tient qu’à un fil, le moindre moment d’inattention, le moindre geste de travers et tu es foutu, une bagnole déboule sur la droite, un piéton se jette sous tes roues, le danger te guette à tous les coins de rue, tu dois savoir anticiper, doser les freinages et les à-coups, viser la fluidité ; sur ta selle, tu dois couler de source, ta trajectoire doit être aussi déterminée que le tracé d’un torrent, aussi souple que celui d’une rivière, pas plus que l’eau qui s’écoule dans la plaine, tu ne dois sentir l’effort qui s’imprime dans tes veines, tu dois avoir l’impression de dériver comme dans un rêve – sous la gomme de tes pneus ou de tes boyaux, l’asphalte doit se liquéfier, les pavés doivent te soulever – tant que tu pédales, tu dois te sentir léger comme une plume, au bord de la lévitation, tu dois être toujours prêt à saisir la balle au bond, à relancer la machine, dès que tu te cales un peu trop bien sur ta selle, dès que tu te poses tranquille pépère sur ton derrière, tu prends le risque de te faire choper – si les flics déboulent et te prennent en chasse, ne leur laisse aucun répit, saute de trottoir en trottoir, engouffre-toi dans les ruelles les plus étroites, traverse les passages les plus périlleux, prends les virages à la corde, assure tes dérapages, évite les avenues trop larges, il n’y a jamais de ligne droite à vélo, le cyclisme comme l’écriture n’est qu’une série de méandres, pense à varier les vitesses, improvise ton itinéraire, serpente sur la chaussée – les flics à vélo sont de vieux crocos, si tu te mets à zigzaguer, ils zigzaguent aussi dans ton sillage, pur réflexe de leur part, et n’oublie pas qu’ils ont la trouille au ventre, la trouille de faire une connerie, la trouille de se viander, la trouille des chicanes et des pavés, la trouille d’échouer, de ne pas aller jusqu’au bout de leur mission, de rentrer bredouilles au bercail : la peur, tu ne dois pas la fuir ni la dompter, tu dois l’apprivoiser pas à pas ; l’adrénaline est ta drogue, sans elle tu n’es rien, tu ne vaux rien – si tu trouves le bon rythme, disait Vlad, tu deviens invisible, insaisissable, rien ne peut t’arrêter, une sorte de transe intérieure te gagne, tu peux continuer sur cette lancée des heures et des heures, parcourir des dizaines de bornes sans t’en rendre compte, la route se déroulera d’elle-même sous tes pneus ou tes boyaux, torrent d’images ou film en avance rapide – Paris très vite ne sera plus qu’un lointain souvenir, tu sentiras la ville s’effacer derrière toi – adieu bagnoles, adieu scooters, trottoirs sales, odeur de pisse, platanes lépreux, adieu sirènes des ambulances et des pompiers – si les flics sont à tes trousses, à la vue du périph tu pourras souffler, tu les auras semés, les flics à vélo s’aventurent rarement au-delà du périph – en passant dessous, tu pourras te dire que tu l’as échappé belle, l’Est commencera là-bas, tu seras déjà sur le boulevard de l’Europe, sur la route du Danube, sur la route du vrai Danube, pas la station de métro mais le fleuve… »

Extraits
« 1. Une odyssée qui commence à Odessa
Odessa (Ukraine), 25 juin
À l’aéroport d’Odessa, seul un militaire armé d’une dague et d’un revolver nous rappelle que nous avons atterri dans un pays en guerre. Je le toise de la tête aux pieds. C’est la deuxième fois que je reviens en Ukraine depuis l’Euromaïdan et chaque fois je me demande comment cette armée de soldats mal fagotés, équipés à la va-comme-je-te-pousse, pourra se défendre contre la Russie de Poutine, la troisième puissance militaire du monde. Tous les hommes croisés dans le hall de l’aéroport me demandent si j’ai besoin d’un taxi, alors je désigne la grande boîte en carton que je traîne derrière moi et je dis :
– Velosiped!
– Quoi, un Français venu jusqu’ici avec une bicyclette en pièces détachées?
– Mais pour aller où ? Jusqu’à Vladivostok ou jusqu’à Sakhaline?
– Jusqu’à Strasbourg, messieurs.
– Vous avez à peine foutu les pieds ici que vous rebroussez chemin? Tous ces efforts pour rentrer au bercail?
– Non, tous ces efforts pour remonter le Danube, messieurs.
– Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment toutes ces aventures ont terminé: la bérézina vous pend au nez!
Oui, c’est pour traverser l’Europe à rebrousse-poil que nous avons débarqué dans cet ancien port russe puis soviétique, aux avenues tracées au cordeau par un Français, et qui n’a d’ukrainien que la langue écrite, celle qui se lit partout mais ne s’entend nulle part, tout le monde parlant, bien sûr, le russe. Oui, nous sommes venus remonter les flots danubiens, tels des Argonautes des temps modernes, des bouches de la mer Noire aux sources de la Forêt-Noire. Pour pédaler à contre-courant des vents dominants et de la plupart de nos congénères. Avec pour horizon un rêve d’enfance enfoui parmi les neiges et les sapins du Wurtemberg. Mais pour l’instant : chut ! pas question de dévoiler ce qui nous attire là-bas car dans un récit d’arpentage, où l’on devine déjà le début et la fin de l’histoire, il faut bien ménager un peu de suspens. »

« Remonter le Danube au pixel près, c’est explorer toutes les époques de la frontière, toutes les formes que l’Empire inventa, depuis les Romains, pour se barricader contre un ennemi réel, imaginaire ou fantasmé. Limes romain, Militärgrenze autrichienne, ligne Arpâda hongroise, Rideau de fer soviétique, murs et barbelés d’hier et d’aujourd’hui. Ici, donc, à Devin, où se dressait, de 1945 à 1989, le Rideau de fer, on a construit un monument aux quatre cents victimes de la maladie de la frontière, aux quatre cents personnes tuées pour avoir tenté de franchir le rempart barbelé séparant les deux blocs : c’est un grand portique de béton blanc perforé de coups de burin imitant des impacts de balles. Une plaque commémorative rappelle en quatre langues allemand, anglais, tchèque et slovaque que trente ans seulement nous séparent de cette tragédie: Ici, 400 personnes sacrifièrent leur vie »

À propos de l’auteur
Emmanuel Ruben est l’auteur de plusieurs livres – romans, récits, essais. Il dirige actuellement la Maison Julien-Gracq et vit sur les bords de Loire. (Source : Éditions Rivages)

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Tête de tambour

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En deux mots:
Manuel souffre, coincé entre un père exigeant et une mère qui le couve. Son mal-être est dû à la schizophrène qui le ronge de l’intérieur. On va suivre l’adolescent, puis le jeune homme d’un centre psychiatrique à l’autre, et d’une escapade à l’autre, sans cesse rattrapé par ses démons.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Mister Manuel et Monster Schiz

Avec «Tête de tambour» Sol Elias nous propose un premier roman aussi original que dérangeant, en se mettant dans la peau de Manuel, jeune homme souffrant de schizophrénie.

Au hasard des lectures, il arrive de croiser fortuitement un même thème, alors même que ce dernier n’est que peu traité dans la littérature contemporaine. Après On n’efface pas les souvenirs de Sophie Renouard dans lequel une famille est victime d’une schizophrène, voici une manière bien différente, mais tout aussi intéressante, d’aborder ce grave «trouble dissociatif de l’identité».
Quand s’ouvre ce roman, Manuel est en pleine crise d’adolescence. Il doit affronter son père qui ne comprend pas qu’il passe son temps à ne rien faire, même pas à aider sa mère aux tâches ménagères et qui passe son temps à le houspiller plus ou moins sévèrement, suivant ses humeurs. Mais il affronte aussi sa mère qui a choisi à l’inverse, de couver son petit. Cette Maman, surnommée Bonnie Cyclamen, «parce qu’elle avait le cœur si bon et que ses paupières ressemblaient au cyclamen qu’on avait dans le salon» va tout autant subir les foudres de son fils, bien décidé à leur faire payer le prix pour l’avoir mis au monde: «Je serais la croix à porter sur leurs épaules d’hommes pour toute une vie d’homme. Ils ne m’avaient pas tué quand ils avaient vu mon visage cyanosé de bébé tenu pour mort à la sortie du ventre de la mère, ni petit quand on pensait que j’avais une tumeur au cerveau tant j’avais la tête grosse de migraines, ni adolescent quand j’avais l’impression qu’un autre respirait dans mes hanches, ni plus tard, quand les doctes docteurs avaient décrété en chœur que j’avais « des troubles relevant indubitablement de la psychiatrie ».»
C’est à un long chemin de croix que nous convie Sol Elias. Un parcours d’autant plus impressionnant qu’il nous est raconté par Manuel lui-même, luttant contre ses démons et les laissant l’emporter, se révoltant contre le verdict des médecins – «La schizophrénie vous a coupé en deux, comme la hache du bûcheron le tronc du chêne» – et leur donnant raison lorsqu’il exploite sans vergogne ses parents, leur soutirant leurs économies.
Passant d’un centre psychiatrique à l’autre et d’une sortie à l’autre, de moments d’exaltation vite rattrapés par de nouvelles crises, il va comprendre qu’il ne peut rien contre ce mal qui le ronge: «La schizophrénie avait gagné la partie sur la vie. Elle avait tout raflé: le rêve, la création, l’amour, l’amitié.»
En lieu et place, il aura gagné la violence, la rancœur, la douleur et la souffrance. Entraîné dans cette spirale infernale, le lecteur partage cette impuissance, ce malaise, que ni les virées avec son copain, ni même la rencontre avec Anahé, une mauricienne qui a émigré avec sa mère et son enfant, ne pourront contrecarrer.
Le post-it qu’il colle au-dessus de son bureau: «On se suicide pour échapper à la pression de la vie, pour se soustraire aux exigences minuscules et aux parades familiales de l’existence» montre sa résignation. «Il ne lui reste qu’à devenir encore plus fou qu’il ne l’est déjà, qu’à se mortifier, se scarifier pour dire sa haine de lui-même et à se retourner contre ceux qui l’enchaînent et le regardent impuissants – les médecins, les parents, les autres patients. (…) Alors il devient Monster Schiz. »
Passera-t-il à l’acte, effrayé par celui qu’il est en train de devenir? Je vous laisse le découvrir et réfléchir sur le traitement que l’on réserve à ces malades.

Tête de tambour
Sol Elias
Éditions Rivages
Roman
200 p., 18 €
EAN 9782743646004
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Sud, d’Aix-en-Provence à Marseille, à La Ciotat, à Grasse et Apt, mais aussi à Montpellier et en Suisse, à Genève.

Quand?
L’action se situe de 1976 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«J’avais jeté le charbon ardent de la discorde dans la plaine de leur affliction, la plaine tapissée d’un maquis dru et sec qui prenait feu comme de la paille. Bientôt ce serait le désastre…»
Dans ce récit bouleversant, l’auteur nous plonge dans les affres de la psychose et explore la complexité des relations filiales et le poids de l’hérédité. Un premier roman coup de poing qui s’empare d’un sujet sensible et peu abordé en littérature, la schizophrénie, pour redonner leur humanité à ceux que l’on en prive.

68 premières fois
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

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INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Anaël
Hiver 1972
«Ah! La vida buena! Monsieur veut qu’on lui apporte tout sur un plateau d’argent, il veut continuer à lisser ses moustaches devant la glace pendant que maman fait la popote, lave les belles liquettes et que papa se lève tous les matins, aux aurores, pour faire bouillir la marmite… » Le père, en bras de chemise, éructait en récurant une casserole dans l’évier, le visage rougeaud, pas à cause du petit verre de rosé qu’il avait bu ce midi, comme tous les midis, mais à cause de la colère qui montait. «On en a marre, tu comprends, on en a marre!» Il respirait fort. Le temps était à l’orage, on attendait la détonation.
Je ne répondais pas. J’avais décidé que je ne participerais pas aux divagations paternelles. Je regardais fixement mon assiette encore rouge du fond de ragoût à la tomate qu’avait préparé Bonnie, roulant entre mon pouce et mon index – en guise de contestation – les terminaisons de ma moustache.
Et zi et zi et zi. La paille de fer frottait le fond du fait-tout, le père insistait dans les coins. C’était un maniaque, il voulait que ça soit impeccable, que ça brille. Il repassait plusieurs fois aux mêmes endroits.
Personne ne parlait.
Et zi et zi et zi crissait dans le silence d’après-repas.
On n’entendait plus que ça: le râle du fer sur la fonte et les soupirs du père. Cela faisait déjà dix minutes qu’il avait entrepris de m’«expliquer la vie», et que j’encaissais sans répondre. «Toute façon t’as rien dans le pantalon», cette petite frappe de Djinn, mon soi-disant «pote», devait avoir raison… Bonnie ne disait rien, contenant sous ses ailes de papillon – ses paupières très fines – son énervement. Le crissement du grattoir commençait à me monter à la tête comme un vertige. Je m’étais mis à compter dans ma tête, très vite, de un à trente, à l’endroit et à l’envers, pour conjurer l’angoisse que je sentais venir. Bonnie faisait des allers et retours entre la table et l’évier. Elle avait commencé à débarrasser, posant les assiettes sales sur le plan de travail, à côté du père. Je lui avais fait un geste indiquant que je ne voulais pas qu’elle touche à la mienne, puis j’avais montré la panière du doigt, pour qu’elle me donne un morceau de pain, comme si je m’apprêtais à saucer le fond de ragoût. Elle avait plissé les yeux en me souriant. Une façon d’établir un peu de complicité entre nous au milieu du zi et zi et zi.
«Et voilà, propre comme un sou neuf.» Le père avait posé la casserole sur le rebord de l’égouttoir et la regardait avec fierté. Il reprit aussitôt, de plus belle: «Hein… Monsieur passe ses journées à la maison, enfermé dans sa chambre, à se tourner les pouces ou à se regarder dans la glace. Quand on lui demande d’aider à la vaisselle ou au ménage, il répond que ses mains ne sont pas celles d’un tâcheron! Ah ça, pour avoir de belles mains, tu en as des belles, t’inquiète pas, jusqu’aux ongles, qu’on dirait que tu t’es fait une manucure!» Le père ouvrit le robinet d’un coup sec et se lava les avant-bras. C’est sûr qu’on ne pouvait pas en dire autant des siennes – grosses mains aux doigts courts et larges, calleuses dans les paumes et sur les tranches. Il attrapa le torchon, le passa vigoureusement entre ses phalanges, puis le reposa.
Lentement, il se tourna vers moi: «Eh mon p’tit gars, tu m’écoutes quand je te parle?» Il avait la voix dure. J’en étais à vingt-neuf, vingt-huit, vingt-sept.
J’avais peur d’oublier un chiffre dans la liste. J’avais toujours le regard rivé sur l’assiette, la sauce formait des circonvolutions étranges, j’y voyais comme un visage avec des yeux énormes. Je sentis soudain un souffle sur ma nuque. C’était le père qui se tenait debout derrière moi. Il venait de poser la main sur mon épaule pour me secouer: «Oh? Tu m’écoutes quand je te parle» Pas de réaction. Je continuais à fixer mon plat. Je sentais les larmes se presser au bord de mes cils.
«Écoute, Michel, ça suffit maintenant. Fous-lui la paix!» C’était Bonnie. Maman dite Bonnie, Bonnie Cyclamen, parce qu’elle avait le cœur si bon et que ses paupières ressemblaient au cyclamen qu’on avait dans le salon. Ses yeux avaient la forme de deux pétales et cette même couleur étrange, d’un bleu tirant sur le mauve.
«Il est fatigué, le pauvre. Il a besoin de se reposer, qu’est-ce que ça change si c’est moi ou si c’est lui qui débarrasse la table?
– Ça change qu’avec une attitude de mère poule comme ça, monsieur n’en fout pas une ramée et qu’en plus il se fait servir!
– Pourquoi? Tu crois que tous les autres ils se font pas servir? Et sa sœur, elle se fait pas servir? Pourquoi tu es dur comme la pierre avec lui? Pourquoi tu t’acharnes?»
Le père gonfla ses bajoues et poussa un soupir d’énervement.
«Tu vois, Dolores, je pensais quand on a eu ce fils qu’on en ferait un homme. Plus de vingt ans après, qu’est-ce que je constate? Qu’on en a fait un bon à rien qui se fait entretenir!
– Michel! Tu perds la boule ou quoi? Qu’est-ce que c’est un bon à quelque chose? Hein? Tu peux m’expliquer? Por la sangre de Dios! Chez nous, c’est chez lui. Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse? Qu’on le mette à la porte?
– Que tu arrêtes de le couver comme si c’était encore un gosse!»
Il avait hurlé.
Bonnie servit le café qu’elle venait de préparer, prit une tasse et s’approcha du père. Elle regarda durement sa main posée sur mon épaule et fit un geste de la tête: «Lâche-le.» Le père me tenait fermement l’épaule. Elle répéta: «Lâche-le.» Je continuais à compter, cette fois-ci en sautant les chiffres impairs: douze, quatorze, seize… De plus en plus vite. »

Extraits
« Je leur faisais payer le prix pour m’avoir impunément mis au monde. Je serais la croix à porter sur leurs épaules d’hommes pour toute une vie d’homme. Ils ne m’avaient pas tué quand ils avaient vu mon visage cyanosé de bébé tenu pour mort à la sortie du ventre de la mère, ni petit quand on pensait que j’avais une tumeur au cerveau tant j’avais la tête grosse de migraines, ni adolescent quand j’avais l’impression qu’un autre respirait dans mes hanches, ni plus tard, quand les doctes docteurs avaient décrété en chœur que j’avais «des troubles relevant indubitablement de la psychiatrie»… Ils avaient tout fait, payant les meilleurs médecins, m’achetant les meilleures viandes, pour que je vive cette vie d’âme morte, d’halluciné. Le feu du charbon rougi pouvait bien tout dévorer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien: justice serait rendue. » p. 18

« Le schizophrène n’a pas de projets d’avenir. Il ne peut pas. Pas d’avenir. Il n’a que le présent dégueulasse qui lui colle aux basques, pareil à un coureur qui voudrait faire un cent mètres avec deux boulets au pied – les calmants. Il ne sortira jamais de ses starting-blocks. C’est impossible. Il ne lui reste qu’à devenir encore plus fou qu’il ne l’est déjà, qu’à se mortifier, se scarifier pour dire sa haine de lui-même et à se retourner contre ceux qui l’enchaînent et le regardent impuissants – les médecins, les parents, les autres patients. Alors il devient un oiseau rapace au bec acéré prêt à déchirer toutes les carcasses environnantes, privant de joie et de vie les autres. Alors il devient Monster Schiz. » p. 67

« On se suicide pour échapper à la pression de la vie, pour se soustraire aux exigences minuscules et aux parades familiales de l’existence.
Parce que ça fout sacrément la pression, la vie.
Il avait écrit ça en gros sur un Post-it orange au-dessus du bureau à petits papiers et des packs de soda entassés, collé sur la grande glace dans laquelle il se regardait tous les matins. Il en était à six bouteilles de Coca par jour, quatre paquets de Gauloises, cinq plaques de chocolat… Les années passant, de jeune et fringant, il était devenu ce corps méconnaissable et avachi de quadragénaire grossi par la bouffe anarchique de boulimique schizo addict. Il était devenu un ventre d’obèse surtout. Il se voyait encadré par deux pattes folles et une tête fêlée. Son jogging gris cédait sur les coutures. Il le cachait maintenant avec un peignoir éponge blanc XXL qui avait noirci sur les manches et à certains endroits. Un peignoir de clochard. Il s’appelait à présent dans ses notes Bibendum. » p. 133

À propos de l’auteur
Sol Elias est romancière. Elle a publié son premier roman «Tête de tambour» en 2019. (Source : Éditions Payot et Rivages)

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Amour propre

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019″

En deux mots:
Le temps est venu pour Giulia de cesser de vivre par procuration. Élevée par son père, mariée à la va-vite et devenue mère par tradition, elle éprouve le besoin de respirer. Dans le but d’écrire un livre, elle prend la direction de la villa Malaparte à Capri. Un voyage qui va la transformer.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Giulia a soif de liberté

En imaginant une femme s’installant dans la Villa Malaparte à Capri pour y écrire un livre sur l’auteur de La Peau, Sylvie Le Bihan fait coup double, nous offrant de (re)découvrir une œuvre et une réflexion sur le statut de la femme.

«Naples, Capri, Malaparte, une histoire de famille. Celle d’une gamine élevée par un homme seul à la tristesse calcifiée après le départ de sa femme, ma mère, disparue un matin d’été et dont le fantôme me frôle encore les nuits d’insomnie. Année après année, j’ai écrit ma propre histoire en enfilant maladroitement les quelques phrases qui s’échappaient de la bouche de mon père, un homme trop discret. Des petites perles, secrets volés d’une enfance sans mère dont je n’avais retrouvé que deux photos jaunies, glissées entre les pages du seul livre qu’elle avait laissé derrière elle, La Peau de Curzio Malaparte, un trésor que je chérissais et que je détestais à la fois.» Aujourd’hui Giulia panse ses plaies. Elle peut se retourner sur son enfance et adolescence «construite auprès d’un fantôme», ce père qui ne s’est jamais vraiment remis du départ de son épouse. Elle peut revenir sur son mariage avec l’homme qui aurait dû la convaincre «qu’on pouvait rester», mais qui avait fini par fuir lui aussi. Elle peut comprendre qu’après le divorce, elle a ressenti cette obligation d’assurer un avenir à sa progéniture. Mais maintenant que les enfants sont grands, elle n’aspire qu’à une chose, un peu de liberté.
Aussi, malgré l’avertissement de son père qui estime que Alex, Thomas et Antoine ont encore besoin d’elle, elle part pour Capri où elle a la chance de découvrir un endroit exceptionnel, la Villa Malaparte, l’endroit où a vécu cet écrivain qui l’a accompagné depuis le départ de sa mère et dont elle entend approfondir la vie et l’œuvre.
Si Gianluca et Nina, le couple de gardiens des lieux, lui réservent un accueil plutôt froid – elle dérange leur quiétude – le charme des lieux opère. Mais il lui faut apprendre à apprivoiser ce grand vaisseau pointé vers l’océan: «Depuis mon arrivée sur l’île je n’avais pas écrit une ligne, je me perdais dans un dédale de recherches en découvrant chaque jour un trésor sur les rayonnages de la bibliothèque de la maison. Un nouvel ouvrage, une photo ou une lettre inédite qui me fascinaient au point que les multiples flèches et ratures sur mes notes transformaient le plan de mon livre en une treille couverte de ramifications désordonnées, semblables au parcours de la vigne sur les murs du village.»
Comme souvent, une rencontre va permettre le déclic. Massimo Luglio, qui a organisé son séjour, lui a transmis les coordonnées de Maria, «une femme proche des propriétaires, en charge des écrits non publiés de Malaparte et de la conservation de la maison.» Avec elle, elle va non seulement parler littérature, mais aussi faire le bilan d’une vie, réfléchir à son rôle. Sans fards, sans tabou.
«Il y a dans la vie un temps pour agir, par instinct, par volonté, par hasard ou par devoir, un temps déterminé pour chaque palier, ensuite arrive celui de réfléchir, de revenir sur ce qu’on a fait, d’analyser froidement ce qu’on a réussi ou raté et, si c’était à refaire et malgré l’amour que je porte à mes enfants, je pense honnêtement que je ferais tout différemment, sans eux.»
Sylvie Le Bihan réussit avec beaucoup de finesse à lier les deux quêtes. Quand elle parle de Malaparte, n’est-ce pas aussi de Giulia? Quand, par exemple, elle affirme que c’est «l’insolente sincérité» de l’écrivain qui dérange, ne parle-t-elle pas de cette femme bien décidée à regarder la vérité en face? De même lorsque Maria lui explique qu’il s’efforçait continuellement d’être et non de paraître, on comprend que Giulia aspire aussi à ce droit.
Ce séjour italien, on l’a compris, est bien davantage qu’une parenthèse dans sa vie. Sans en dévoiler l’épilogue, on peut affirmer qu’une femme bien différente repartira de cet endroit qu’elle nous donne envie d’aller découvrir séance tenante.

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Villa Malaparte © bellanapoli.fr

Amour propre
Sylvie Le Bihan
Éditions JC Lattès
Roman
280 p., 18,90 €
EAN 9782709664134
Paru le 06/03/2019

Où?
Le roman se déroule principalement en Italie, à Capri. On y évoque aussi Paris et la Bretagne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Giulia n’a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle, mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant: elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hérité de cette absente, ce qu’elle a légué, elle, mère si présente, à ses enfants.
Elle répond à l’invitation d’un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. L’œuvre du grand écrivain, ce qu’elle lit, découvre de l’auteur dans cette maison mythique, sa solitude, le silence de la maison où sont passés tant d’hommes et de femmes qu’elle admire, tout cela sert sa quête: quelle mère a-t-elle été, quelle éducation a-t-elle reçu et a-t-elle donné? Et une question plus grave et plus essentielle peut-être: a-t-elle aimé ses enfants? Les aiment-elles tout en regrettant la vie qu’elle aurait pu avoir sans eux? Etait-elle faite pour être mère ou est-elle faite comme sa mère pour la liberté, l’absence de responsabilités?

Les critiques
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Sylvie Le Bihan présente son ouvrage «Amour propre» © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« 10 novembre 2017, Capri.
Avant de quitter la maison pour me rendre au village, je fis quelques pas vers Gianluca qui m’observait, immobile, les yeux mi-clos et le dos légèrement appuyé sur le chambranle de la porte d’entrée. Sans un mot, il sortit de sa poche une lanière de cuir torsadé à laquelle étaient accrochées trois clés, le trousseau des invités. Je m’en emparai et fis un signe de la main à Nina afin d’attirer son attention et de lui demander si elle voulait que je rapporte quelque chose pour le dîner. Assise au soleil sur le banc en pierre de la terrasse du rez-de-chaussée, elle fumait une de ses cigarettes jaunes roulées à la main et me fit non de la tête, le regard fixé sur les rochers de Faraglioni. Le chat de la maison s’arrêta devant moi pour me dévisager, puis disparut dans l’ombre des bosquets.
Seuls six jours étaient passés depuis mon arrivée sur l’île et nous nous étions déjà tous habitués au mutisme hostile qui régissait nos rapports.
Après avoir lancé un «au revoir», resté sans réponse, je gravis les marches de brique rouge qui séparent la maison du chemin privé. À peine dépassé le premier portail et comme à chacune de mes sorties, je m’arrêtai devant la tombe de Febo, simple pierre blanche posée sur un rocher et, la tête baissée, je me mis à aboyer tout bas afin que ni Nina ni Gianluca ne m’entende.
Outre mon inimitié pour ce couple employé à l’entretien et à la garde des lieux, j’avais aussi l’intime conviction que ni Nina ni Gianluca ne saisissaient l’importance de leur mission. Ils mettaient de l’ardeur à la tâche, mais la douceur méritée était absente. J’aurais voulu leur raconter l’histoire de cette maison et celle de l’homme qui l’avait imaginée, bâtie et aimée. Sur la terrasse, alors que la fumée de nos cigarettes se mêlait dans la brise d’automne, je tentais vainement d’aborder le sujet, leur indifférence me peinait. Mes deux compagnons me semblaient si loin de mon histoire et de celle de ce lieu unique que je me taisais avant d’écraser mon mégot et de rentrer.
Plus les jours passaient, plus j’étais convaincue qu’il était essentiel d’aimer cette maison d’un amour sincère avant d’en franchir le seuil, qu’il fallait avoir l’âme et le cœur propres pour recevoir ce qu’elle était prête à donner.
En l’absence des propriétaires, Febo et moi étions donc les seuls à même de protéger le souvenir de Curzio, son maître bien-aimé. Aux aguets, posés tels deux Shïsa, ces couples de statuettes, demi-lion, demi-chien, sentinelles des temples d’Okinawa, nous nous tenions, lui la gueule ouverte dans la mort pour chasser les mauvais esprits et moi, vivante, la bouche fermée pour retenir le peu de bonnes âmes qu’il restait.
En ce matin de novembre, je remontai le sentier sinueux en essayant de minimiser l’impact de l’humeur du couple sur le reste de mon séjour. Avant d’arriver au dernier portail de la propriété, je décidai de me concentrer sur le choix du sentier que j’allais emprunter pour rejoindre la piazetta du village.
Depuis mon arrivée sur l’île je n’avais pas écrit une ligne, je me perdais dans un dédale de recherches en découvrant chaque jour un trésor sur les rayonnages de la bibliothèque de la maison. Un nouvel ouvrage, une photo ou une lettre inédite qui me fascinaient au point que les multiples flèches et ratures sur mes notes transformaient le plan de mon livre en une treille couverte de ramifications désordonnées, semblables au parcours de la vigne sur les murs du village.
Les fins d’après-midi, allongée sur les dalles du toit-terrasse de la maison, encore chaudes des derniers rayons du soleil d’automne, je me laissais aller au farniente. Je reportais ainsi, jour après jour, l’écriture de mon livre comme si je redoutais le moment où j’allais poser mes premiers mots sur une feuille blanche.
Vivre au cœur de cette maison, avoir le temps d’écrire, de lire, être enfin libre de mes mouvements, cela avait tout d’un rêve accompli, mais en venant seule ici, dans ce paysage rude et doux, si loin de Paris, j’avais surtout fui le silence qui suit le chaos et qui, longtemps après, résonne encore des cris poussés.
À quarante-six ans, j’avais tout raté.
Alors, depuis mon arrivée à Capri, je marchais chaque jour à en perdre haleine, une cadence que j’imposais à mon corps fatigué, des efforts vains. J’arpentais l’île depuis ces deux chemins et le point culminant de mes journées n’était plus désormais que de faire le seul choix qui me restait: celui de la direction de mes pas.
Face au dernier portail du chemin privé, j’avais presque oublié Nina et Gianluca. Je décidai de rejoindre le village et la piazza Umberto I par le chemin de gauche qui suit les dessins de la côte et ceux des jardins des maisons blanches construites sur les falaises et abritées des regards par une végétation dense et de hauts portails pleins. C’est le chemin le plus long, presque trois kilomètres, et celui où je risquais de croiser le plus de touristes, même si en novembre, ils étaient nettement moins nombreux qu’en été.
Je laissai pour une autre fois mon chemin préféré, celui qui part vers la droite. À certains endroits, il suffit de se pencher au bord de la falaise, pour apercevoir, en contrebas, l’eau turquoise qui se détache en de petits triangles scintillants accrochés aux cimes des arbres. Une promenade qui mène à la grotte di Matromania et où l’écho du clapotis des gouttes d’eau de pluie sur la roche de calcaire accueille la fatigue avant d’attaquer l’ascension d’un escalier à pic qui longe des jardins en espalier. La veille, je m’étais surprise à chantonner, les pas rythmés par la musique d’un transistor allumé sous une tonnelle déserte encore fleurie de clématites, pour arriver, le souffle court, dans une ruelle à l’arrière du village. Il serait temps que j’arrête de fumer.

Avant d’ouvrir le portail de fer qui résiste fièrement depuis tant d’années à la puissance des vents et de la pluie, je me retournai vers la mer l’esprit un peu plus léger, pour savourer ma chance d’être là et pris une longue inspiration.
Face à moi, la pointe du Capo Massulo sur laquelle la silhouette d’un rectangle rouge orangé se détachait du bleu transparent de la mer Tyrrhénienne. Un vaisseau sans ornement, construit proue au vent, pierre insolente amarrée sur un pic rocheux, et c’est cette demeure minérale, chef-d’œuvre du rationalisme italien, qui symbolisait le mieux mon rêve enfin accompli, car j’étais là pour elle et pour lui.
En fermant les yeux et en tendant l’oreille, je crus entendre, portés par les embruns, les cris d’effroi, suivis de ceux de joie d’un après-midi d’été de 1951, alors que devant ses invités affolés, Curzio faisait des tours de bicyclette sur la terrasse, un toit plat, sans balustrade, qui surplombe la mer. « Nul lieu en Italie n’offre une telle ampleur d’horizon, une telle profondeur de sentiment. C’est un lieu propre seulement aux êtres forts, aux libres esprits », c’est ainsi que Curzio parlait de La casa come me.
J’avais devant moi la vision d’un rêve, l’expression d’une joie exigeante, une floraison spontanée, le point orange d’une figue de barbarie entre les pointes d’un cactus, une maison poussée sur la pierre qui donnait du sens non seulement à ce rocher mais aussi à tout ce qui l’entourait et je me dis que sans cette maison, le paysage aurait forcément été moins beau car on sentait là la force et la pensée, comme la douce violence d’une évidence. Une maison-manifeste allongée sur la mer, un fol autoportrait architectural d’un misanthrope curieux, la mémoire ancrée dans la roche d’un homme obsédé par ce seul projet. Il l’avait laissée en cadeau à ceux qui lui survivraient, comme l’unique témoignage concret de sa sensibilité, une trace qui s’efface en fendant l’horizon, une ligne de petits pointillés, souvenirs fugaces de sa nostalgie, qui brûlent chaque soir au soleil couchant. »

À propos de l’auteur
Sylvie Le Bihan Gagnaire dirige les projets internationaux des restaurants Pierre Gagnaire. Elle a publié aux éditions du Seuil trois romans remarqués: L’Autre (2014) qui a obtenu deux prix du premier roman, Là où s’arrête la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un récit Petite bibliothèque du gourmand (Flammarion, 2013), préfacé par son mari Pierre Gagnaire. (Source: Éditions du Seuil / JC Lattès)

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Les Mains de Louis Braille

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En deux mots:
La vie de Louis Braille passionne la narratrice qui décide d’en faire un film. On la suit tout au long de l’écriture du scénario et de ses découvertes avec, en parallèle, le récit de la vie de l’inventeur de l’écriture pour aveugles.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La scénariste emportée par son sujet

Hélène Jousse résume parfaitement son premier roman en disant qu’il s’agit de l’histoire «d’une scénariste qui se met à l’écriture d’un film sur Braille et qui, en découvrant la vie de cet enfant, va voir sa propre vie transformée.»

Ce qui est formidable avec le premier roman d’Hélène Jousse, c’est qu’il nous offre plusieurs portes d’entrée, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Il y a d’abord celle qui nous fait découvrir Constance, la narratrice. La vie ne l’a pas épargnée puisqu’elle se retrouve désormais seule après le décès de son mari et va tenter d’apaiser sa douleur dans le travail. Une situation particulière qui va lui permettre, presque inconsciemment, de développer une sensibilité très particulière pour le sujet du film qu’elle prépare, un biopic consacré à Louis Braille, l’inventeur du système d’écriture pour aveugles qui porte aujourd’hui son nom. Et dont Thomas, le réalisateur, va profiter.
Car Constance est scénariste. En la suivant, on va pouvoir découvrir comment se construit un film, comment un scénario s’étoffe, quel travail de repérage est nécessaire et comment on tente de remplir les lacunes d’une biographie. Aurélien, jeune recherchiste, va ici s’avérer d’un précieux secours. C’est notamment lui qui va apprendre à Constance le curieux marché passé entre l’État et la commune natale de Louis Braille: son corps est au Panthéon, ses mains sont à Coupvray.
Hélène Jousse a eu la bonne idée de nous offrir un roman dans le roman. Il nous ramène au tout début du XIXe siècle, à ce jour funeste où le petit Louis s’amuse dans l’atelier de bourrelier de son père et se crève un œil avec un poinçon. Une blessure si vive qu’elle va entraîner la perte de son œil et, quelques jours plus tard, la perte de sa vue. Mais Louis est un garçon curieux, avide de savoir et à six ans, au fond de la classe, son instituteur ébahi découvre qu’il a enregistré les fondamentaux de l’arithmétique, de la grammaire, de l’histoire et de la géographie. Avec l’aide du curé, puis d’un nobliau de province, il est accepté à Paris, dans le seul établissement accueillant les jeunes aveugles. En fait, il s’agit d’un endroit insalubre où les élèves tombent comme des mouches. Mais là encore, Louis résiste aux difficiles conditions de vie et à la cruauté de l’équipe dirigeante.
Il trouve d’une part du soutien auprès de Gabriel, un collègue avec lequel il s’entend à merveille – «Les deux forment un tandem incroyablement performant. Ils se sont trouvés.» – et d’autre part auprès du concierge qui brave le règlement et sa hiérarchie pour venir en aide aux pensionnaires. Il s’arrange par exemple pour donner de l’argile à Louis lorsqu’il est mis au cachot pour qu’il puisse passer le temps en façonnant la Terre (quand on sait qu’Hélène Jousse est aussi sculptrice, on imagine le plaisir qu’elle a dû éprouver en imaginant cette scène). Mais ces petites lueurs d’espoir ne peuvent enrayer l’inexorable déclin d’une institution si mal gérée. Le miracle va se produire en 1821, avec l’arrivée d’un nouveau directeur.
Ce dernier va transformer le système éducatif en place et notamment proposer à Charles Barbier de La Serre de faire un exposé sur son système de codage par points mis au point pour l’armée.
Gabriel et Louis s’enthousiasment, mais doivent bien vite se rendre à l’évidence: «celui qui voit ne peut avoir la moindre idée de l’île noire dans laquelle ils vivent, ni des passerelles nécessaires pour rejoindre le continent des voyants.» Quelques mois plus tard le «procédé pour écrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points, à l’usage des aveugles et disposés pour eux» est créé.
Constance parviendra-t-elle à vendre son histoire? Le film Les Mains de Louis Braille verra-t-il le jour? Je vous laisse le découvrir, tout comme le destin réservé à Louis Braille à la suite de son invention. Attendez-vous à quelques surprises!

Les mains de Louis Braille
Hélène Jousse
Éditions JC Lattès
Roman
350 p., 19 €
EAN 9782709661560
Paru le 06/02/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, Mais aussieht à Coupvray.

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi le döbut de XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.
Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. Et pour cause: il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, a même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.
Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres?

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Luchon Mag (entretien avec Hélène Jousse)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Scénario scène 1. Trois ans. Coupvray.
C’est un jour de juillet pluvieux. Un matin de l’été 1812. Depuis l’aube, les averses ont succédé aux éclaircies. Louis aime la pluie parce qu’elle réunit sa famille. Quand il pleut, sa mère renonce à aller au champ et reste à l’abri avec lui et sa sœur aînée. Parfois, son père aussi cède à l’attrait de cette intimité tendre et chaude, au cœur de sa maison. Il abandonne son atelier et les rejoint autour de la cheminée, tel l’avare s’assurant que son trésor n’a pas disparu.
Depuis le jour où sa mère, impérieuse et joueuse, a fait arrêter la diligence de Meaux en pleine campagne pour qu’il puisse écouter les gouttes d’eau s’écraser sur le plafond entoilé de la calèche, Louis raffole du bruit de la pluie. Toute sa vie, il continuera à l’aimer. Sa bonne nature ne connaît pas la rancune.
Mais aujourd’hui, malgré l’orage, sa mère n’est pas là, contrairement à son habitude. Obligée d’aller vendre ses légumes au marché, elle n’a pas voulu qu’il l’accompagne, de peur qu’il ne prenne froid. Elle l’a laissé sous la surveillance de son mari, dans l’atelier où l’enfant adore fureter.
Louis aime se lever très tôt et prendre une longueur d’avance sur le jour naissant, sur ses parents et sa sœur qui sommeillent encore. Il fouine. Les objets et leur mystérieux ballet l’intriguent. Les choses lui en apprennent beaucoup sur les gens. Tout semble lui dire quelque chose. Alors, dans son petit monde de tout petit enfant, il ne néglige rien, et tout devient grand.

M. Braille termine de coudre un harnais pour le notaire, qui ne va pas tarder à lui amener son cheval. On le dit consciencieux et habile, et les gens viennent de loin pour le faire travailler, lui, et pas un autre. Louis le voit. Il en est fier. Le bourrelier aime son métier qui mobilise ses mains mais aussi, dans la conscience que nécessite chaque geste, le meilleur de son esprit.
Le petit garçon reste là, à regarder son père au travail. Ce ne sont pas les gestes d’un artisan adroit qu’il voit mais une danse toujours nouvelle et chaque fois aussi distrayante. Le visage à hauteur d’établi, Louis observe les mains de son père s’envoler, se refermer sur un outil, puis se reposer sur le cuir tendre. Ses deux bras merveilleusement articulés se plient et se déplient en rythme pour affûter, couper, piquer, tordre, étirer, lustrer. Le buste, léger et vif, s’ajuste avec souplesse, accompagnant chaque geste. Louis contemple ce beau géant en branle au-dessus de lui.
L’enfant regarde fasciné le corps solide de son père, comme un monde en soi. Il y voit une splendide mécanique capable de reconstruire, s’il le fallait, la grande mécanique qui l’entoure. Louis, âgé de trois ans – trois ans et demi, précise-t-il –, a le regard dilaté par l’admiration qu’il ressent pour ce puissant humain qui, non seulement existe, mais par bonheur l’aime, lui, si petit. Alors, il se dit que ça n’est pas rien ce qu’il est, puisque le colosse se penche si bas et si souvent vers lui. Et cela le rend heureux, simplement et profondément heureux d’avoir le droit d’être là.
Ils ont passé la matinée ensemble dans l’atelier, – un de ces moments de l’enfance où le temps semble s’étirer, où la félicité de l’instant contamine l’instant d’après, où le bonheur nous laisse croire qu’il ne se sauvera jamais.
M. Braille quitte un instant son établi pour fixer le harnais à l’encolure du cheval de son client qui l’attend dehors, déjà trempé. Louis se retrouve seul. Seul au monde dans le monde de son père qu’il croit être déjà le sien. Après avoir longuement promené son regard autour de lui, il commence à toucher les objets de cuir fabriqués par son père. Puis les objets qui fabriquent les objets, ses précieux outils, prolongements de la main paternelle. Et puis, il se prend pour son père… Comment faire autrement ?
Debout, hissé sur le tabouret tournant, il saisit d’une main un morceau de cuir, et de l’autre le poinçon de métal que maniait l’artisan. Il va aider son papa, continuer son travail. Et il sera fier de lui. Louis entend sa voix grave dans la cour. Rassuré, il décide d’imiter le mouvement qu’il a vu faire tant de fois. Miracle, l’outil lui obéit. Il s’aperçoit qu’il reproduit sans mal le geste du bourrelier. Alors il recommence. Il en est stupéfait. Comme si sa main savait déjà. Il regarde le morceau de cuir poinçonné. Il pousse un soupir de satisfaction, se relâche, et, à cette seconde précise, le tabouret vrille et emporte son corps. Dans sa chute, la pointe qu’il serre encore dans sa main se plante dans son œil. Un hurlement déchire l’espace qui le sépare de son père. La minute suivante, Simon est là, tenant dans ses bras un petit garçon inanimé, le visage en sang. Cet enfant est le sien. Cette minute de trop, Simon ne se la pardonnera jamais. Elle va pourtant faire de la vie de son fils un destin. Qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres? »

Extraits
« Carnet rouge de Constance
Thomas, c’est lui qui a tout déclenché. Il a toujours taillé dans le réel comme on taille dans un bloc de marbre. Jamais un coup de ciseau hésitant.
J’avais rendez-vous avec lui le lendemain de ma visite au Panthéon pour discuter de l’achat des droits de ma dernière pièce, qu’il voulait adapter au cinéma. Et là, sans doute pour parler d’autre chose que de boulot, je lui ai raconté Louis Braille, l’accident, l’infection, l’enfant inventeur, la tombe gravée en braille, la vieille dame et sa main tendre sur mon épaule, et tout ce que je sais et aime déjà de Louis. J’en avais les larmes aux yeux. Cet enfant génial me touche davantage que je ne l’aurais cru. Thomas m’a écoutée sans un mot, bouche bée, puis m’a posé quelques questions précises et inattendues, comme il en a le don.
Après notre déjeuner, Thomas m’a invitée à le suivre dans son bureau. Il est soudain devenu grave et m’a parlé comme si je n’avais pas le choix. Ne pas décider convenait tout à fait à ce moment vertigineux de ma vie. Ne rien vouloir. Que l’on veuille pour moi. J’étais prête à accepter n’importe quelle proposition décente qui me maintienne dans le courant de la vie. Par chance, ç’a été celle-ci. « Constance, faites-moi un scénario de la vie de Braille », m’a-t-il demandé comme s’il m’avait dit « Faites-moi un enfant ». Il a continué, pragmatique : « J’aurai des financements si le film est prêt pour le festival de Cannes. Il va falloir faire vite. Vous avez deux mois, Constance. C’est une vraie course contre la montre. C’est vous et personne d’autre que je veux. »

« Je ne parviens plus à écrire. Cela m’est déjà arrivé, mais cela ne m’inquiète pas toujours autant. J’y suis depuis un mois. Je suis partie bille en tête. J’ai d’abord lu tout ce que je pouvais, pas grand-chose finalement, car peu de gens se sont penchés sur son destin. Je ne me l’explique pas. Quelques-uns de ses contemporains ont parlé de Louis dans des notes biographiques: Pignier, Coltat, Roblin sont de ceux-là. Gabriel, son fidèle ami, n’en a pas eu le temps car il a suivi Louis dans la mort et pour la même raison. Ces récits nourrissent le précieux ouvrage de Pierre Henri écrit dans les années 1950 avec un soin méticuleux et un respect scrupuleux de la vérité. Depuis, un Américain C. Michael Mellor a rassemblé lettres et documents pour retracer, au plus juste, la vie de Louis. J’ai pris des notes sur les notes, j’ai gribouillé des carnets, j’ai tracé des croquis, l’ai dessiné le plan de l’Institut, j’ai résumé, j’ai extrapolé, j’ai composé des scènes, j’ai écrit un synopsis pour les mettre dans l’ordre. Puis cet ordre m’a déplu. Je l’ai reconstruit autrement et encore autrement. »

« Les Mains de Louis Braille, voilà Aurélien le titre du film, et la pierre d’angle de notre récit! Tout repose sur les mains de Louis, ce sont des mains qui voient, ce furent les premières mains à lire, c’est un morceau de corps glorieux qu’on s’arrache, c’est la nuit qu’on traverse. Elles ne lui appartiennent plus dès lors qu’elles deviennent un symbole.» Je ne m’arrêtais plus. J’étais enflammée. «Les mains de Louis Braille ne sont pas des mains, elles sont la prunelle des yeux du monde aveugle!» J’exultais. Moi aussi je me les appropriais, d’emblée, d’instinct. »

« Je venais de plonger dans un autre monde, de comprendre ce qui depuis deux ans me faisait défaut: je n‘étais pas aveugle. Pour avoir accès au braille, il faut ne pas voir. Voir empêche de lire du bout des doigts. Le code inventé par Louis est génial car il fait de la pulpe du doigt une tête de lecture. D’abord lente, elle gagne en vitesse après des mois d’apprentissage pour finir par avoir la vitesse d‘un œil qui parcourt une ligne. Le professeur aveugle m’avait ouvert les yeux sur cette évidence. C’est en me les fermant qu’il y était parvenu. »

À propos de l’auteur
Hélène Jousse est sculptrice. Elle enseigne son art aux autres, et en particulier aux enfants. Il y a trois ans, un jeune homme aveugle depuis quelques mois est venu lui demander de l’aider à sculpter. Pour elle, un monde s’est ouvert. Les Mains de Louis Braille est son premier roman. Elle vit à Paris (6e). (Source : Éditions JC Lattès)

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