La Maison des Turner

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que l’on retrouve avec ce roman les belles sagas populaires, avec le portrait d’une famille de treize enfants tout au long du dernier demi-siècle qui vient de s’écouler jusqu’à la dernière grave crise économique de la fin des années 2000.

2. Parce que, comme l’écrit «MadameOurse», « c’est un récit de fratrie, d’amour, d’amitié, de condition sociale, d’héritage. Les relations dans cette grande fratrie sont complètement différentes de ce qui peut exister dans une famille traditionnelle avec moins d’enfants car il y a énormément d’interactions à gérer et c’est ça qui fait la touche spéciale du roman. »

3. Parce que nous sommes loin de l’eau de rose. Tout au contraire l’auteur aborde tous les sujets – difficiles – sans tabou : l’alcoolisme, la drogue, la dépendance au jeu, sans oublier pour une famille afro-américaine les tensions entre la communauté et la police, les problèmes économiques ainsi que le rapport à la religion.

La maison des Turner
Angela Flournoy
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut
352 p., 21,90 €
EAN : 9782365692014
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.
Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison ?

Les critiques
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Les premières pages du livre

Extrait
« La lumière du jour qui inondait le salon l’arrêta sur le palier du rez-de-chaussée. Lelah savait que presque tout le mobilier de la maison avait été partagé, à l’exception du vieux lit et de la commode, dont personne n’avait voulu. Elle n’avait jamais songé que les murs eux aussi seraient dépouillés. Des dizaines de silhouettes marron – ovales et rectangulaires – indiquaient sur le papier peint jaune l’emplacement de photos encadrées. Il n’y avait pas si longtemps, chaque descendant de Francis et de Viola Turner vous souriait depuis les murs du salon. Quatre générations, presque une centaine de visages. Certains coiffés afro, d’autres Jehri curl, quelques chauves, davantage de dégarnis. Toques de fac, blouses d’infirmières, ventres replets et robes de mariée. »

À propos de l’auteur
Diplômée de Iowa Writers’ Workshop et de l’Université de Californie du Sud, Angela Flournoy a enseigné à l’Université de l’Iowa, à la The New School et à l’Université Columbia. La maison des Turner (The Turner House, 2015), son premier roman, a obtenu le First Novelist Award. (Source : Éditions Les Escales)

Site internet de l’auteur (en anglais)
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La romancière, l’éditrice et le lecteur

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En deux mots:
Evelyne Pisier meurt en février 2017, après avoir commencé à travailler sur le manuscrit remis à son éditrice. Cette dernière tiendra sa promesse et «terminera son livre». À la biographie de deux femmes en voie d’émancipation viendra s’ajouter le roman du roman. Étincelant, émouvant, époustouflant!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La romancière, l’éditrice et le lecteur

Si Tania de Montaigne a bien raison de dire que «lire un bon livre, c’est faire une rencontre», l’émouvant roman à quatre mains d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent vient nous rappeler que la première rencontre est celle de l’auteur et de son éditeur. Une rencontre qui nous vaut un petit miracle.

Et soudain, la liberté n’est pas un livre comme les autres. Il est né de la promesse faite par Caroline Laurent, l’éditrice, à Evelyne Pisier, la romancière, de terminer son livre. Car cette dernière est condamnée et ne verra pas son œuvre paraître. Elle est décédée le 9 février 2017.
Mais faisons tout d’abord un retour en arrière jusqu’à cette journée du 16 septembre 2016, au moment où les deux femmes se rencontrent. Entre la vieille dame et l’éditrice qui pourrait être sa fille, le courant passe immédiatement. Caroline a senti le potentiel du manuscrit d’Evelyne. Mais elle entend le remanier, car elle fait partie des « éditeurs garagistes, heureux de plonger leurs mains dans le ventre des moteurs, de les sortir tachées d’huile et de cambouis, d’y retourner voir avec la caisse à outils. » Evelyne lui accorde d’emblée sa confiance et le duo s’attaque à cette riche biographie, en décidant d’en faire un roman, forme littéraire la plus à même de rendre compte des péripéties et du parcours exceptionnel mis sur le papier.
Le lecteur est dès lors convié à suivre en parallèle une fresque historique et militante et le travail de l’éditrice sur le manuscrit, retraçant pas à pas la gestation du livre.
Un choix audacieux, mais très réussi. Car le «roman du roman» est tout aussi passionnant que l’hommage qu’entend rendre Evelyne à sa mère en racontant sa marche vers l’émancipation.
Nous voici revenus au temps des colonies, au sein de la famille d’un haut-fonctionnaire pétainiste et maurrassien, qui tentera jusqu’au bout de croire à la suprématie des colonisateurs sur les indigènes. Un entêtement qui vaudra à son épouse et à sa fille, Mona et Claire dans le roman, d’être internées après l’invasion japonaise. Outre les privations et les exactions, elles doivent endurer l’absence d’informations. Fort heureusement, elles retrouveront la liberté, leur père et mari, et pourront quitter un pays à feu et à sang qui ne tardera pas à gagner son indépendance.
Si « l’arrivée en France plongea la famille dans un confort irréel, après des mois de privation », il ne sera que de courte durée. Au lieu du poste en Afrique qu’il convoitait, André est nommé en Nouvelle-Calédonie. C’est donc au bord du Pacifique sud que la petite fille et sa mère vont franchir une étape décisive. Lucie entend échapper à la mainmise des religieuses auxquelles elle est confiée, Mona veut son indépendance vis à vis d’un mari tyrannique. Deux rencontres vont alors être décisives. Pour Claire, ce sera Rosalie, la nounou qui succède à Tibaï l’indochinoise, et va «éduquer» la fillette. Pour Mona, ce sera Marthe, une bibliothécaire qui va faire découvrir Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Au fil des pages la quête de liberté se fait plus concrète. Aux escapades vont se succéder des rendez-vous secrets. Du club d’équitation on passe à l’auto-école afin de poursuivre disposer d’une voiture. Et si André s’oppose à ce projet, il ne fait qu’attiser ainsi l’envie de divorcer de son épouse. Qui finira par se concrétiser.
Avec à la clé un retour en France via l’île Maurice. Le bouillonnement des années soixante, ponctué par mai 68, marquera sans doute l’apogée de leur quête.
Aux combats pour les droits des femmes menés par la mère répond celui de la révolution cubaine pour la fille qui se retrouve soudain avec un groupe d’étudiants aux pieds de la tribune de Santiago pour y écouter le discours enflammé de Fidel Castro et partageant «l’extase d’un peuple qui voulait y croire». S’en suit le plus incroyable des épisodes: la liaison que va entretenir le Lider maximo avec la jeune française. Claire sera même à deux doigts de suivre le président cubain, mais renoncera au dernier moment.
Sa mère n’aura pas ce courage. Elle retombera dans les filets d’André, allant même jusqu’à se remarier. « Ce remariage aux conséquences terribles, est à mon sens un élément qui permet d’éclairer la figure de Mona. Il dit bien toute l’importance du désir dans sa vie, quitte à se doubler d’une mise en danger – d’un comportement suicidaire. » Voilà qui va nous conduire à l’épilogue qui, comme dans tout bon roman, nous réserve son lot de surprises.
Mais, une fois n’est pas coutume, je laisserai à Caroline Laurent le soin de conclure mon propos, car je ne saurai mieux dire qu’elle pourquoi il faut, toutes affaires cessantes, se plonger dans ce livre: « Que peut la littérature face à l’absolu du vide ? Quel est ce plein dont elle prétend nous combler ? J’ai beau travailler dans les mots, autour des mots, entre les mots, je n’ai pas la réponse. Vivre une autre vie, donner du rêve, faire rire et pleurer, laisser une trace, peindre le monde, poser des questions, ressusciter les morts, voilà le rôle des livres, dit-on. Offrir la consolation de la beauté. C’est peu; c’est immense.»

Et soudain la liberté
Evelyne Pisier – Caroline Laurent
Éditions Les Escales
Roman
448 p., 19,90 €
EAN: 9782365693073
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en Indochine, à Saigon, puis à Nouméa et Dumbéa en Nouvelle-Calédonie, à Cuba, notamment à Santiago et La Havane, et en France, à Pézenas, Paris, Nice, Sanary et en Suisse, à Genève

Quand?
L’action se situe des années 1950 siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…
Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

68 premières fois
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Les premières pages du livre

Extrait
« Les derniers mots d’Évelyne, qu’Olivier m’avait confiés comme un trésor, brûlaient en moi. « S’il m’arrive quoi que ce soit, promets-moi de terminer le livre avec Caroline. » Elle m’avait tout donné avant Noël : la trame, les informations manquantes, les anecdotes, les épisodes clés. Il ne restait qu’à mettre en forme cette matière. Nous l’aurions fait ensemble. Il y aurait eu des rires, du vin blanc tiédi, des questions à n’en plus finir. Faut-il raconter cette scène ? Ce détail présente-t il le moindre intérêt ? Tu crois que ça va intéresser les gens ? Il y aurait eu des tendresses folles et des folies tendres. On projetait une grande fête pour l’été.
Dans la nuit qui commençait à envelopper Paris, j’ai vu ses yeux bleus, son sourire et sa main se tendre vers moi. « À ton tour » semblait-elle me dire. Je lui ai fait un clin d’oeil. J’étais son éditrice. Son amie de vingt-huit ans. Elle était mon histoire la plus folle. J’ai promis.
Je terminerai le livre. »

À propos de l’auteur
Caroline Laurent est née en 1988. Éditrice et amie d’Evelyne Pisier, elle terminera pour elle son dernier roman. (Source : Éditions Les Escales)

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Et soudain, la liberté

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre :
1. Parce qu’il y a il y a le roman et le «roman du roman» dans cette histoire. D’une part nous suivons le parcours d’une femme hors du commun, Evelyne Pisier. D’autre part, on découvre la genèse de ce livre écrit à quatre mains, achevé après le décès brutal d’Evelyne par Caroline, son éditrice.

2. Parce que ce roman nous entraîne à la fois dans une fresque historique et militante, celle du temps des colonies, notamment en Indochine et en Nouvelle-Calédonie, celle de l’utopie cubaine avec l’arrivée de Fidel Castro et la «Révolution» de Mai 68, et les combats pour l’égalité homme-femme, la libéralisation sexuelle, le doit à l’avortement.

3. Parce que ce roman a été sélectionné par le Comité de Lecture Cultura comme l’un des Talents Romans de la Rentrée littéraire 2017 et s’est vu décerner le prix Première plume du Furet du Nord à l’unanimité du jury. « Un roman passionnant, bouleversant, émouvant… juste sublime! », a expliqué la présidente, libraire à Roubaix.

4. Parce que la Blogosphère s’enflamme déjà pour ce roman, les superlatifs venant s’accumuler pour dire le bonheur de la lecture et les émotions qu’il procure. À l’exemple d’Emma qui vous conseille de «ne pas faire l’impasse sur ce magnifique livre solaire sur les femmes, la liberté, la transmission entre femmes et qui est aussi un très beau livre sur l’amour maternel.»

5. Parce qu’il a été sélectionné par les «68 premières fois» avec cet argument-massue: «On pourrait vous recopier des pages de citations tant ce roman sensible et délicat regorge de mots superbes, de phrases tellement belles, déposée au creux de l’oreille par le talent de Caroline Laurent. Coup de cœur des 68 premières fois! »

Et soudain la liberté
Evelyne Pisier – Caroline Laurent
Éditions Les Escales
Roman
448 p., 19,90 €
EAN: 9782365693073
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…
Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

Les critiques
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Culture Chronique (Apolline Segran)
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Page des libraires (Lucie Sawina)
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Les premières pages du livre

Extrait
« Les derniers mots d’Évelyne, qu’Olivier m’avait confiés comme un trésor, brûlaient en moi. « S’il m’arrive quoi que ce soit, promets-moi de terminer le livre avec Caroline. » Elle m’avait tout donné avant Noël : la trame, les informations manquantes, les anecdotes, les épisodes clés. Il ne restait qu’à mettre en forme cette matière. Nous l’aurions fait ensemble. Il y aurait eu des rires, du vin blanc tiédi, des questions à n’en plus finir. Faut-il raconter cette scène ? Ce détail présente-t il le moindre intérêt ? Tu crois que ça va intéresser les gens ? Il y aurait eu des tendresses folles et des folies tendres. On projetait une grande fête pour l’été.
Dans la nuit qui commençait à envelopper Paris, j’ai vu ses yeux bleus, son sourire et sa main se tendre vers moi. « À ton tour » semblait-elle me dire. Je lui ai fait un clin d’oeil. J’étais son éditrice. Son amie de vingt-huit ans. Elle était mon histoire la plus folle. J’ai promis.
Je terminerai le livre. »

À propos de l’auteur
Caroline Laurent est née en 1988. Éditrice et amie d’Evelyne Pisier, elle terminera pour elle son dernier roman. (Source : Éditions Les Escales)

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À nous

À nous

En deux mots
Après la mort d’un célèbre chef cuisinier, ses veuves se retrouvent dans sa villa de Nantucket pour lui faire ses adieux. Laurel, Belinda et Scarlett sont ses trois épouses successives qui vont séjourner quelques jours avec les enfants du défunt et son meilleur ami. Un cocktail explosif qui ne va pas tarder à faire des dégâts!

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

À nous
Elin Hilderbrand
Éditions JC Lattès
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Perrine Chambon
450 p., 22 €
EAN : 9782709659475
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement à Nantucket. On y évoque également Los Angeles, New York, New Canaan, Stuyvesant Town, Iowa City, Savannah, Atlanta ainsi que Perth en Australie et les Caraïbes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois rivales.
Une même maison.
La porte ouverte à toutes les jalousies…
Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver n’ont que deux choses en commun : l’amour pour un homme qu’elles ont toutes les trois épousé, Deacon Thorpe (un chef célèbre doté d’un appétit insatiable pour la vie) et la profonde antipathie qu’elles se témoignent mutuellement. Trois femmes uniques et indépendantes, mais radicalement différentes. Laurel : la première petite amie de Deacon, rencontrée au lycée, une assistante sociale à la beauté naturelle. Belinda : une actrice hollywoodienne capricieuse et difficile à vivre. Scarlett : une beauté du sud vivant des rentes de sa famille et de son sex appeal. Au fil des années, elles ont adopté la meilleure stratégie qui soit : s’éviter à tout prix.
Mais cet équilibre fragile menace de s’effondrer quand Deacon trouve la mort dans son endroit préféré au monde : une vétuste villa de vacances de Nantucket. Le dernier souhait de Deacon est que sa famille recomposée se réunisse sur son île adorée pour lui faire ses adieux. À contrecœur, Laurel, Belinda et Scarlett acceptent. Et les voilà contraintes de partager le même toit avec les enfants de Deacon et son meilleur ami, dans cette villa où chacune a ses
Avant la fin du weekend, il y aura suffisamment d’accusations, de mensonges, de larmes et de drames pour transformer ces trois femmes qui ont épousé le même homme en ennemies jurées. Alors que les membres de cette famille improbable font leurs adieux à l’homme qui les a réunis – pour le meilleur et pour le pire – seront-ils capables d’oublier leurs différences le temps d’un toast en l’honneur de Deacon ?

Ce que j’en pense
Avant d’en venir ä l’histoire proprement dite, saluons la construction de ce roman. Découpé en trois parties, une journée parfaite en guise de prologue suivi d’une autre journée parfaite en guise de conclusion, il se concentre sur quatre jours qui vont rassembler les protagonistes comme dans les meilleures tragédies classiques : unité de temps, unité de lieu et unité d’action. Une «mise en scène» parfaite pour donner toute l’intensité dramatique au récit.
Elin Hilderbrand choisit de nous inviter pour un court séjour, du 17 au 21 juin, dans une villa de Nantucket. C’est là que vont se retrouver tous les acteurs de ce psychodrame pour rendre hommage à Deacon Thorpe. Ce grand cuisinier laisser derrière lui ses trois femmes successives Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver ainsi que trois enfants, Hayes (34 ans), Angie (26 ans) et Ellery (9 ans). On y ajoutera les conjoints ainsi que le meilleur ami et le tableau des retrouvailles sera complet.
Mais avant le déclenchement, on va suivre la dernière escapade de Deacon avec son fils, cette «journée parfaite» qui sonne comme une bulle de bonheur avant que les nuages noirs ne viennent s’amonceler. Un épisode qui ne permettra aussi de mieux découvrir la personnalité de ce cuisinier qui a su bâtir un empire à partir de rien, qui n’a pas hésiter à partir pour Hollywood quitte à laisser derrière lui sa première femme et qui a su gagner la sympathie de millions de personnes en animant une émission de télé culinaire très suivie. Durant ce voyage, il aura en outre l’occasion de se remémorer quelques souvenirs familiaux, quelques étapes marquantes de sa vie.
À la nouvelle de son décès d’une crise cardiaque, Buck son meilleur ami et exécuteur testamentaire découvre ses dernières volontés : « Il avait légué son restaurant à sa fille Angie, ce qui paraissait logique, même si Hayes continuerait de le gérer dans un premier temps; Il avait laissé son autre bien le plus important la maison de Nantucket aux trois femmes qu’il avait épousées, Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver, à partager entre elles trois. » Si elles avaient jusque-là pris soin de ne pas se croiser, les trois veuves vont goûter à cet ultime cadeau – empoisonné – d’un homme dont chacune ne connaît qu’une facette.
Les rivalités et les jalousies ne vont pas tarder à prendre le pas sur l’hommage au défunt. C’est peu de dire que l’on se délecte de cette cohabitation explosive. On se régale de cette guerre de plus en plus ouverte, attisée par les conjoints et les enfants. Au fur et à mesure des arrivées, la tension ne cesser de croître : « Elle était arrivée, la femme qui lui avait volé son mari, cette maison, ses étés et son bonheur. Laurel avait passé des années à la détester jusqu’à ce que la haine se change en mépris, puis en aversion et enfin en indifférence. »
D’autant que la success story de Deacon va elle aussi se fissurer. Les affaires ne sont pas aussi florissantes qu’on aurait pu l’imaginer et la villa de Nantucket pourrait bien finir par être vendue pour éponger les dettes.
Mais, on l’a dit, ce joli roman, rond comme un œuf, va se refermer sur une autre «journée parfaite». Je vous laisse découvrir comment la tragédie ou plus exactement la tragi-comédie va déboucher sur cet épisode surprenant. À nous est à vous !

Autres critiques
Babelio
Le Journal de Québec (Marie-France Bornais)
Blog Les mille et une pages de LM
Blog L’échappatoire

Les premières pages du livre

Extrait
« Il s’endormit sur le canapé poussiéreux mais confortable à la structure de bambou et rêva qu’il embrassait Laurel. Il avait failli le faire sur la terrasse. Il avait été à deux doigts.
Mais Belinda était arrivée et avait tout gâché. Buck se demandait comment créer de nouveau les conditions propices pour embrasser Laurel. Il avait été marié deux fois, mais certains jours il avait l’impression de n’avoir absolument aucune expérience avec les femmes.
Qu’est-ce que Deacon aurait pensé s’il embrassait Laurel ? Il aurait dit “Bravo, mon pote !” ou se serait mis dans une colère noire. »

À propos de l’auteur
Elin Hilderbrand a découvert la magie de Nantucket en juillet 1993. Pour elle, les ingrédients d’une vie heureuse sur l’île sont la course à pied, l’écriture à la plage, les pique-niques avec ses trois enfants. À nous est son dix-septième roman. (Source : Éditions JC Lattès)

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L’été en poche (21)

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Le vieux qui déjeunait seul

En 2 mots
Une jeune serveuse et un vieil habitué vont partager leurs secrets de famille, ce qui va bouleverser leur vie. Un premier roman très réussi!

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Françoise Dargent (Le Figaro)
« Jolie graine de romancière, Léa Wiazemsky n’aurait pas fait rougir sa célèbre mère Régine Deforges avec ce roman moins convenu qu’on ne pourrait le penser à la vue du titre et du postulat de départ. Les voix sonnent juste, l’histoire coule fluide. On s’attache réellement aux deux personnages, croqués avec tendresse mais sans mièvrerie. En ces temps où le cynisme est souvent salué, Léa Wiazemsky ose écrire que la délicatesse, la douceur et la fragilité ont encore leur mot à dire. Il est bon de le rappeler. »

Vidéo


Léa Wiazemsky présente «Le vieux qui déjeunait seul» © Production librairie Mollat

L’été en poche (1)

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La jeune épouse

En 2 mots
En attendant que son futur mari revienne d’un voyage en Angleterre une jeune femme est initiée à la sensualité par sa belle-famille.

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Jeanne de Ménibus (ELLE)
«Dans ce roman tout n’est qu’élégance, raffinement et sensualité. Oscillant entre ironie et mélancolie, l’écrivain observe ses personnages de loin pour mieux se fondre ensuite dans leurs corps et dans leurs âmes. Une réussite absolue.»

Vidéo


Alessandro Baricco présente « La jeune épouse » à l’occasion du Festival Italissimo (à Paris, en avril 2016. © Production Librairie Mollat.

L’odeur de la forêt

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En deux mots
Une historienne découvre la correspondance et les photos d’un poilu. C’est le début d’une enquête où les morts vont déstabiliser les vivants. Roman multiple magnifique, plein de bruit et de fureur, qui traverse le temps et nous touche au cœur.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

L’odeur de la forêt
Hélène Gestern
Éditions Arléa
Roman
700 p., 27 €
EAN : 9782363081179
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France principalement en trois endroits, à Paris, à Jaligny dans l’Allier et à Lisbonne. La partie historique se déroule sur le front de Lorraine, notamment dans la Meuse.

Quand?
L’action se situe d’une part durant la première guerre mondiale et d’autre part de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un hasard professionnel met entre les mains d’Elisabeth Bathori, une historienne de la photographie, les lettres et l’album d’Alban de Willecot. Ce lieutenant, mort au front en 1917, a été l’ami d’un des plus grands poètes de son temps, Anatole Massis, et a entretenu avec lui une abondante correspondance. D’abord aiguillonnée par l’espoir de retrouver les réponses de Massis, Élisabeth, qui reprend le travail après de longs mois de deuil, se prend peu à peu d’affection pour Willecot, que la guerre a arraché à ses études d’astronomie et qui vit jour après jour la violence des combats. Elle se lance à la recherche de Diane, la jeune femme dont le lieutenant était éperdument amoureux, et scrute chacune des photographies qu’il a prises au front, devinant que derrière ces visages souriants et ces régiments bien alignés se cache une autre tragédie, dont les descendants croiseront à leur tour la grande Histoire durant la Seconde guerre mondiale.
L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre, le temps, le silence. Mais il célèbre aussi la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.
L’Odeur de la forêt est le quatrième roman d’Hélène Gestern. Si l’on y retrouve ses thèmes de prédilection, la mémoire, l’énigme, le pouvoir de la photographie, c’est de loin le plus ample. C’est à un véritable voyage qu’elle nous convie et on embarque avec elle dans ce texte prolifique, multiple, surprenant dans ses rebondissements, avec toujours ce sentiment d’être au plus près de l’émotion. Texte multiple donc, d’abord par ce qu’il donne à voir : l’horreur physique et psychologique de la guerre des tranchées, la période trouble et héroïque de l’occupation, et le présent de la narratrice. Multiple aussi par les formes d’écriture choisies : journal, correspondance, narration directe.

Ce que j’en pense
Roman riche, dense, grave, multiple et étincelant. Roman-gigogne qui entremêle les histoires et nous offre un chassé-croisé à plus d’un siècle de distance entre ces hommes partis la fleur au fusil défendre leur patrie en 1914 et qui vont se retrouver confrontés à l’une des pires boucheries de l’Histoire et une historienne de la photographie, Elisabeth Bathori, qui en enquêtant sur cette période va découvrir des secrets de famille, mais aussi se découvrir elle-même. Quand les morts réparent les vivants.
Tout commence par la rencontre de l’historienne avec une vieille dame, Alix de Chalendar, qui confie lui confie « l’album d’un poilu, qui avait envoyé pendant deux ans et demi des cartes postales et des photographies qu’il avait lui-même prises de sa vie dans les tranchées. Il avait écrit, aussi, presque chaque semaine, à sa sœur et à celui qui semblait être son meilleur ami, Anatole Massis, un éminent poète post-symboliste. » Très vite, Elisabeth se rend compte de la valeur inestimable de ce fonds et commence un travail d’archivage, de déchiffrage et de documentation sur cette période et sur ces personnes qui vont finir par l’obséder.
Car au travail de l’historienne va bien vite s’ajouter la volonté de remercier la vieille dame qui, avant de mourir, lui a non seulement confié ses documents, mais aussi les clés de sa maison dans l’Allier. Un endroit qu’elle va tenter d’apprivoiser et où de nouvelles découvertes l’attendent.
Hélène Gestern, en choisissant de passer d’une époque à une autre, de raconter la vie de ces hommes dans les tranchées, celle de cette femme qui enquête sur eux, fait éclater son roman en quatre histoires, toutes aussi passionnantes les unes que les autres.
Il y d’abord cette plongée dans la réalité de la « Grande guerre » et sur la barbarie, les injustices et les souffrances que le récit national a tenté d’occulter. Au fur et à mesure, on va découvrir un drame humain, une machine à briser les hommes. « Les correspondances, les ouvrages d’historiens empruntés à la bibliothèque de l’Institut me dévoilent un autre visage de la Grande Guerre, dont je n’avais jamais pris la peine de questionner la réalité quotidienne, celle qui se cachait derrière les images stéréotypées de régiments et de tranchées. Et ce visage est barbare : non seulement parce qu’il est marqué du sceau de l’orgueil militaire, poussé à son paroxysme d’aveuglement, mais surtout parce qu’il signe de manière définitive l’entrée du siècle dans le marché industriel de la mort. »
Il y a ensuite le roman de l’historienne, fascinante plongée dans le travail d’enquêtrice. On y voit comment, pièce après pièce, en rassemblant les témoignages, en faisant des recoupements, en déchiffrant un journal intime, le travail de documentaliste vous happe littéralement au point de « vivre » aux côtés de ceux qui prennent chair au fur et à mesure de cette enquête.
Et nous voilà confrontés à une nouvelle réalité, celle de cette famille qui, par le travail de cette femme, se voit confrontée aux fantômes du passé. Qui soudain ne sait plus si elle veut vraiment savoir ce qui s’est passé, qui craint elle aussi de voir la légende familiale voler en éclats.
Enfin, il y a l’histoire personnelle d’Elisabeth, dont l’auteur nous livre là encore, petit à petit, la part d’ombre. Elle essaie de se remettre de la disparition de son mari en se plongeant dans le travail, n’hésitant pas à prendre l’avion pour Lisbonne où un nouveau témoin, Diane Ducreux, peut l’éclairer sur certains points encore obscurs. « J’aurais voulu pouvoir expliquer à mon hôtesse que cette quête à laquelle je me raccrochais était ma seule arme pour comprendre le sentiment d’être suspendue dans le vide. C’est lui que j’avais espéré fuir en quittant Paris, mais il était toujours là, inscrit en moi ; il devait suinter de partout, de mon corps, de mes gestes, de ma voix. C’était le prix de ce deuil sans deuil ». C’est sans doute aussi en raison de cet état d’esprit qu’elle rencontre une oreille attentive à ses requêtes, qu’on lui confie ce que l’on sait. Que quelquefois même, on va au-delà. Et voilà déjà que s’esquisse une nouvelle histoire, celle de Tamara Zilberg, la grand-mère de Diane que l’on n’a jamais retrouvée. Elisabeth ne pourra dès lors, la laisser sur le côté.
Pas plus d’ailleurs que Samuel, le frère de Diane, un autre cœur meurtri. De façon presque impromptue, dans la ville du Fado, elle va se retrouver cheminant dans le vieille ville à ses côtés puis finissant dans son lit. Mais l’addition de deux souffrances peut-il suffire à construire un nouveau couple, notamment quand la distance vient compliquer l’histoire d’amour naissante ? Durant des semaines, ils vont se chercher, s’écrire, se retrouver quelquefois. « Le revoir aurait dû être bouleversant, après une si longue absence, mais j’avais trouvé ces retrouvailles difficiles : un sentiment de flottement, l’impression dérangeante de ne pas le reconnaître tout à fait. Je n’ai rien ressenti au moment de le prendre dans mes bras et j’ai repensé à une phrase que j’avais lue un jour dans un récit, une phrase absurde et terrible : « Je vous ai tellement attendu que je vous attends encore. » Durant ces semaines où il s’est mis en retrait Samuel m’avait, d’une manière subtile, écartée de lui. »
Si ce roman est si passionnant, c’est que l’auteur travaille comme un maître du thriller, semant ça et là des indices, n’hésitant pas à nous offrir des rebondissements inattendus, émettant des hypothèses qui ne vont pas forcément s’avérer exactes, jouant avec le lecteur qui… en redemande ! C’est tout simplement l’un des plus beaux romans que j’ai lu depuis longtemps. Il serait dommage de passer à côté !

Autres critiques
Babelio
Le Monde (Eric Loret)
Revue Études (Nathalie Sarthou-Lajus)
Blog Echappées 
Blog Encres vagabondes
Blog Je me Livres 
Blog Ideozmag 

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RCF Radio (émission «Au bonheur de lire»)


Présentation du livre par l’auteur – Production Librairie Mollat

Extrait
« Je m’en veux de t’accabler de mes récits de guerre, mais tu es le seul à qui je puisse les confier. Hier, trois Boches assiégés sont sortis de leur tranchée, les mains levées, en criant « Kamerad ». Ça n’a pas empêché Picot, l’instituteur, de les fusiller sur le champ. Pourtant, qu’avaient-ils de si différent de nous, ces pauvres hères ? Nous avions moisi dans la même terre, été tourmentés par les mêmes poux, les mêmes cauchemars. Ils s’étaient battus aussi dur que nous avant de rendre les armes. Et, eux aussi, ils ont laissé au pays des femmes et des enfants qui demain les pleureront. Tout cela pour deux cents mètres de terre, qui changeront de main encore dix ou vingt fois avant la fin du carnage ? »

A propos de l’auteur
Hélène Gestern a quarante-cinq ans. Elle vit et travaille à Nancy. Elle est l’auteur de Eux sur la photo (2011), La Part du feu (2013) et Portrait d’après blessure (2014), tous publiés chez Arléa. Eux sur la photo, son premier roman, s’est vendu à plus de 50000 exemplaires. Le livre a été traduit dans plusieurs langues dont l’anglais et l’italien. (Source : Éditions Arléa)

Site Internet de l’auteur
Page Wikipédia de l’auteur 
Compte Facebook des éditions Arléa 

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Les séances

jacob_les_seances

En deux mots
Eva la photographe prend la route pour rejoindre sa sœur Liv. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les épisodes marquants de leur vie, de leurs parcours respectifs. Un roman sensible et poétique qui explore l’essentiel.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les séances
Fabienne Jacob
Éditions Gallimard
Roman
142 p., 15 €
EAN : 9782070196692
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans l’Est de la France, notamment le long de l’autoroute Metz-Luxembourg ainsi qu’en Moselle, notamment à Sarreguemines-Frauenberg.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Eva est photographe de mode pour enfants. Un appel pressant de sa sœur Liv l’oblige à revenir séance tenante dans son village natal de la frontière franco-allemande. Sur l’autoroute, souvenirs et pensées affluent et se bousculent à bord de la voiture de location : son rapport, parfois cynique, aux enfants qu’elle prend en photo, son enfance avec Liv, qui soigne aujourd’hui les gens à coups de petites phrases énigmatiques, et aussi les visites rendues à Irène, leur mère, perdue dans les méandres de sa mémoire défaillante. Au terme de ce long voyage sur l’autoroute rectiligne, Eva n’est plus la même.
Ce roman est celui d’une modification intérieure. Mêlant les temps et les portraits de trois femmes aux prises avec leur époque, il sonde en profondeur les rouages d’une société fondée sur le profit, le court terme, et remet en question la place de l’enfant et celle de la femme. Sa construction non linéaire est rythmée par des séances qui s’entrechoquent et s’éclairent les unes les autres. D’une écriture limpide, ce livre est une ode à la possibilité, loin des itinéraires tout tracés, de bifurquer. D’échapper.

Ce que j’en pense
Un beau et court roman qui le temps d’un voyage vers la frontière entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg, va donner à Eva l’occasion de faire le point sur sa vie, sur ses relations avec sa sœur Liv et sa mère Irène. Un temps qui offre aussi, avec mélancolie et poésie, l’occasion de s’interroger sur les choses graves. Sur la vie et la mort, sur la famille, la naissance, sur la sensualité et le désir, sur le Corps – pour reprendre le titre d’un précédent roman de Fabienne Jacob.
Si Eva a pris la route, c’est qu’elle répond à l’appel de sa demi-sœur Liv. Leurs différents parcours se rejoignent autour du titre du roman : toutes deux pratiquent des séances.
Eva est une photographe reconnue, directrice d’un magazine dont elle a eu l’idée et dont elle est aussi la principale photographe. Ses séances tournent beaucoup autour des portraits, notamment d’enfants, dont elle sait comme personne sonder les mystères : « En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’expression. »
Liv est pour sa part l’héritière « du don de sa mère Irène et de sa grand-mère Biwi, elle poursuivait leurs pratiques. Les mains de trop femmes soulageaient lumbagos, migraines, sciatiques, mais aussi chagrins et mélancolies. »
C’est ainsi que sa pratique a évolué vers la psychothérapie, mais de manière assez étonnante. Après avoir écouté ses patientes (elle ne reçoit quasiment jamais d’hommes dans son cabinet), qui mettent leur ventre au centre de tout, « certaines s’estimant trop visitées, d’autres pas assez, d’autres jamais, la plupart, mal. Presque toutes se disent insatisfaites à cet endroit de leur corps. » Liv prononce une seule phrase. Ainsi à cette femme venue se plaindre de ne pas avoir d’enfant, dont le «désir est un chemin de croix», elle dira «Rentre chez toi, ouvre grand ta fenêtre et jettes-y ton thermomètre.» Quelques mois après, elle tombera enceinte.
Au fil des kilomètres qui passent, des paysages qui défilent, on accompagne l’histoire d’Eva et de Liv, mais aussi celle de cette région.
De cette promenade dans le vieux cimetière juif de Frauenberg qui est situé sur la frontière entre le France et l’Allemagne (et où j’ai aussi traîné mes pas étant enfant) jusqu’à cette Lorraine du charbon et de l’acier qui n’a plus charbon ni acier, ou si peu. « Personne n’y a jamais cru mais un jour la bête est devenue peau de chagrin, le festin avait eu une fin, il y a eu à nouveau un jour et une nuit, le ciel est devenu comme partout ailleurs, bleu le jour noir la nuit, les hauts-fourneaux n’ont plus craché, les villes se sont tues, les villes sont devenues propres et silencieuses, tout a fermé.
Une évolution qui vient étrangement en résonnance avec le destin d’Irène, mère biologique de l’une et adoptive de l’autre, qui décline jour après jour dans une maison de retraite, fort peu justement baptisée Sérénité.
Elle retrouvera bientôt les anges, comme les suffixes de ces villes traversées, Florange, Hayange, Hagondange… Des suffixes qui «faisaient toujours la roue, la parade de paon se fout des mutations économiques.»

Autres critiques
Babelio
La Croix (Patrick Kéchichian)
Le littéraire.com (Jean-Paul Gavard-Perret)
La semaine.fr (Anne de Rancourt)
Blog Cathulu
Blog Le tourneur de pages

Les premières pages du livre 

Extrait
« En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’Expression. Quelque chose qui nous appartient en propre, une combinaison unique de mille traits qui nous différencient du voisin, mais quand cette chose éclate sur la page du magazine Lamb, les autres, ceux qui la regardent, se l’approprient et la reconnaissent aussitôt comme leur. De singulière, l’expression devient universelle. Cette chose possède aussi un autre pouvoir, celui de faire affluer à la seconde chez celui qui regarde la photo des désirs, des souvenirs et des sensations par centaines »

A propos de l’auteur
Fabienne Jacob a grandi à Guessling-Hémering en Lorraine, où elle a vécu jusqu’à ses 17 ans. Elle n’eut pas le français comme langue maternelle mais le patois lorrain qu’elle à longtemps pratiqué. En 2014, elle en fait la description suivante : « Ma langue maternelle, le platt, a été ensevelie sous plusieurs sédiments de français. Honte et transhumance sociale obligent. Mais au fond de moi, elle a toujours continué d’irradier comme un diamant noir. Je la soupçonne même d’être à l’origine de mon écriture. La matrice. »
Elle a enseigné à Mayotte avant de rejoindre Paris où elle a exercé diverses professions avant de se consacrer à l’écriture. Romancière, elle est l’auteure d’une œuvre romanesque qui explore le corps, la sensation et l’origine et a été nommée à deux reprises au prix Femina. Son roman Corps a été très remarqué par la critique. Le plus beau compliment, dit-elle, qu’on lui ait fait est celui que lui a fait une lectrice : «Fabienne Jacob écrit toujours le même livre, mais je lirai encore le prochain…». (Source : Wikipédia)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Avant que naisse la forêt

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Avant que naisse la forêt
Jérôme Chantreau
Les Escales
Roman
224 p., 10,0 €
ISBN: 9782365691833
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Mayenne, dans une grande propriété située en bordure d’un village qui n’est pas nommé, ainsi qu’en banlieue parisienne. On y évoque des endroits traversés par la famille, Saint-Rémy-lès-Chevreuse Paris, Lyon, la Haute-Savoie, Montélimar, Avignon, Cannes, Laval ou encore La Martinique

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Marié à une jolie rousse, père d’une petite fille, Albert vit paisiblement au bout du RER parisien. Un jour qu’il traîne au lit avec sa femme, il laisse le téléphone sonner. Le répondeur se déclenche : sa mère est morte. Démuni, Albert décide de faire le point et s’enferme seul avec l’urne maternelle dans la propriété familiale de Mayenne, une grande maison cerclée de plusieurs hectares de bois. Une idée l’obsède : trouver une chanson pour la cérémonie funèbre – une chanson qui dira à tous, et mieux que n’importe quel discours, qui était cette femme sensible et indépendante. Mais une nuit, il est réveillé par des bruits étranges. Dans l’aile ancienne du bâtiment, les murs chantent… Les échos font revenir le passé. Et puis, il y a cette légende familiale qui dit qu’un ermite erre dans la forêt. Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des secrets d’une mère que seul un fils pouvait entendre.

Ce que j’en pense
***
Albert mène une vie sans histoires en banlieue parisienne, entouré de sa famille, jusqu’au jour où il apprend le décès de sa mère. Afin d’organiser les obsèques, il se rend dans la Mayenne où se trouve la grande propriété familiale, entourée d’une immense forêt.
Un environnement qui va petit à petit transformer notre homme, même s’il entend tout d’abord s’en tenir à sa mission. Pour rendre hommage à la défunte, il cherche un accompagnement musical aux funérailles et essaie de trouver l’inspiration dans la discographie qu’il redécouvre. La bande-son va de Kim Carnes à Françoise Hardy, de Lucid Beausonge aux Beatles, en passant par Julien Clerc, Charlélie Couture, Gérard Lenorman ou encore Eurythmics et U2. Cette variété qui a le pouvoir singulier de l’émouvoir autant qu’elle le fait replonger en enfance. Car la mort de sa mère l’a rendu hypersensible. Et puis, il est victime du Béja. C’est ainsi que l’on appelle le coup de fatigue violent, impossible à surpasser, qui frappe les parisiens qui arrivent en Mayenne.
Il n’est par conséquent pas étonnant que ses nuits soient troublées par des bruits qu’il perçoit, des voix qu’il croit entendre, par la sensation d’une présence. «Je n’ai pas peur, j’attends ce qui doit venir. Un air de musique, une chanson, mais aussi la vérité sur ma mère, les secrets gisant dans les tiroirs, sous des couvertures de mouches mortes. Je dois apprendre à prêter l’oreille. Comprendre les signes. Cela viendra.»
Est-ce le tableau de La marchande d’oignons – qu’il a toujours trouvé effrayant – qui prend vie ? Est-ce l’esprit de la forêt qui le submerge ? Est-ce l’ermite qui vivrait au fond des bois qui défend son territoire ? À moins que le grand chêne que sa mère a fait abattre ne veuille se venger…
Entre héritage et initiation, ce roman est une ode à la nature, à ce besoin de retrouver les origines sauvages en se dépouillant de tous ces biens matériels que la civilisation nous a, en quelque sorte, imposés au fil des ans. Albert commence par préparer un grand bûcher afin d’y brûler ce «superflu», objets puis meubles qui l’empêchent de se sentir parfaitement dépouillé.
Dans le village, on s’interroge. D’abord considéré comme une lubie de parisien, le comportement d’Albert va bien vite les intriguer, puis les inquiéter… Leur voisin n’est-il pas en train de devenir fou ? À moins qu’ils ne comprennent pas cette ascèse «Tout ce que je fais, même ce qui peut sembler le plus bizarre, me vient comme une évidence, des actes naturels qui dormaient en moi, sous des couches de gestes formatés. Comme s’habiller quand on en a pas besoin. Mais il commence à faire froid et j’ai, sans m’en rendre compte, brûlé mes vieux habits.»
Jérôme Chantreau nous raconte cette quête écologique avec ce même souci de simplicité, sans fioritures inutiles. Pari réussi !

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio 
Blog Comme par enchantements 

Extrait (le début du roman)
«C’est arrivé un 15 août. Chez nous, le jour de la Vierge est la plus importante des fêtes du calendrier. La figure de Marie est partout. Mon grand-père, qui avait toutes les raisons de ne plus être chrétien après avoir été brûlé vif dans les tranchées de la Somme, ne croyait qu’en elle. Son côté homme à femmes. Il y a une statue de la Vierge dans une niche, au milieu des rosiers du jardin, une autre à l’angle sud de la maison, sous la vigne vierge, et des médailles miraculeuses de Lourdes sous les premières pierres des fondations. Nous vouons également un culte à sainte Blandine dont on a dû me raconter vingt fois le supplice. Enfant, je pensais que Dieu était une femme, que les cieux étaient peuplés de saintes suppliciées, et j’imaginais leurs poitrines dressées contre les fauves, dans la lumière poussiéreuse des arènes de Lyon. Tout était femme : déesses, sorcières ou divinités. Et j’étais convaincu qu’elles rôdaient autour de la maison pour nous protéger.
Ma mère était une Parisienne dont les racines avaient poussé là, en Mayenne, dans le bocage normand, le nord du pays chouan, une terre d’élevage parsemée de bois, jalonnée de châteaux habités par d’antiques tribus peu inquiètes du progrès et du temps qui passe. Toutes ces familles, dont la mienne, avaient appliqué le même schéma : le travail en ville et les racines à la campagne, une part sociale, une part
sauvage. Et un sens inné du naufrage. »

A propos de l’auteur
Après une enfance parisienne et des études littéraires, Jérôme Chantreau a créé un centre équestre. Il s’est formé parallèlement à la sylviculture pour exploiter la forêt attenante à la maison familiale. Aujourd’hui professeur de lettres, il vit dans le Pays Basque. Avant que naisse la forêt est son premier roman. (Source : Éditions Les Escales / Livres Hebdo)

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140 signes :

Le Carré des Allemands

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Le carré des Allemands
Journal d’un autre
Jacques Richard
Éditions de la Différence
Roman
144 p., 17 €
ISBN: 9782729122393
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule en Belgique.

Quand?
L’action se situe de nos jours, moment d’introspection autour d’actes commis durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est un portrait double que dresse en cinq carnets brefs celui qui dit « je » dans cet étrange et envoûtant roman. Le fils parle de son père : « Qu’a-t-il fait à la guerre, Papa ? – Il s’est engagé à dix-sept ans. Il ne faut pas parler de ça. » Et à travers le père, le fils parle aussi de lui : « Tous les moi que je suis, enchâssés l’un dans l’autre depuis le tout premier.»
Au fil de phrases courtes saisies entre des silences, s’écrit l’histoire d’un homme, ni pire ni meilleur que tant d’autres, happé par l’Histoire, entraîné à tuer sans savoir s’il a vraiment choisi.
Ce « Journal d’un autre » pourrait bien être le « Journal de tous les autres » et ce n’est pas la moindre prouesse de ce livre dense et poignant.

Ce que j’en pense
***
La Seconde Guerre mondiale fait désormais partie de l’Histoire. Les témoins directs de l’événement et les victimes de la Shoah – comme par exemple Elie Wiesel – disparaissant au fil des ans, il nous reste désormais leurs livres ainsi que les travaux des historiens. Mais n’a-t-on pas déjà tout dit sur cette période, exploré les différentes facettes de ce conflit ? Que peut avoir d’original un nouveau roman sur cette période ? Jacques Richard apporte une réponse aussi douloureuse que pertinente à la question. En nous livrant les cinq carnets qui forment ce livre bouleversant, il nous entraîne dans une réflexion qui va au-delà du conflit évoqué. Il nous parle de l’héritage avec lequel les enfants doivent vivre, de la culpabilité ou au moins des interrogations qui les hantent : « Toutes mes innocences dès le premier mensonge. Chacune enchevêtrée à chacune des autres. Tous les mensonges enchevêtrés d’innocence. Toutes les innocences érodées de mensonges, usées, flétries, et toujours aussi nues, fragiles, vraies, les mains croisées sur la poitrine frêle. Tous les moi ingénus, transparents obscurs, anciens, impurs, intacts. Ils sont tous là. Tout le temps, tous les jours. »
Voici donc un fils cherchant à comprendre le choix de son père, essayant d’imaginer pourquoi il a fait le choix de se mettre au service des Allemands, devenant le complice d’exactions de plus en plus terribles au fur et à mesure que le conflit s’intensifie. Après la guerre, comme beaucoup de victimes, le coupable choisit le silence et fuit toute demande d’explication. À la question « Qu’a-t-il fait à la guerre, Papa ? « , on répond à mi-voix : « Il a fait la guerre avec les Allemands. Il s’est engagé à dix-sept ans. Il ne faut pas parler de ça. Pas de pourquoi, pas d’explications. Lui non plus, il ne sera sans doute jamais arriver à expliquer pourquoi à qui que ce soit. » Une attitude qui aggrave encore le trouble du fils qui, jusque devant la tombe de son père, continuera à chercher, à se poser des questions. « Nous sommes dans un jeu de miroirs, de fragments où personne ne se voit tout entier. Mais à tenir les autres à distance, c’est moi-même que j’enferme. Les autres sont mes barreaux. »
Ce court roman sonne comme un cri, un appel. Mais il s’agit également d’un exercice de style. Par moment, on s’imagine lire un poème en prose tant la phrase est travaillée, les mots choisis avec soin : « Il est tout seul. Je suis tout seul. Je suis le genre humain traînant au milieu de rien. Il faudrait dire « il » mais lui, c’est aussi moi. C’est moi autant que je suis « il ». Sujet de quoi ? Je suis le genre humain traînant parmi la neige, traînant parmi les fleurs des poèmes anciens et leurs couleurs, encore, sont celles de l’aurore. Je suis et fils et père. »

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Dans la bibliothèque de Noukette

Autres critiques
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Les Lettres françaises (René de Ceccatty)
En attendant Nadeau
Le carnet et les instants (Samia Hammami)
Le Blog de Yv

Extrait
« Les grands vantaux de fer noir s’entrouvrent et absorbent dans le centre psychiatrique une ambulance jaune, une poussette surchargée, un visiteur furtif. Sacs en plastique, bouquets à deux sous. Les gens passent à hauteur de mes yeux et ils n’ont pas l’air tellement plus réels que la lueur des images criardes et changeantes qui tressaute sur les murs nus de ma chambre.
Je donne à mes visiteurs, aux rencontres de hasard, mon plus beau sourire et toutes les marques d’une attention vraie. Je ne veux pas qu’ils s’éloignent. Je les embrasse, les serre contre moi.
Je les touche quand je leur parle. Nous sommes contents. Dans chacun d’entre eux, il y a quelque chose où je me retrouve. Ont-ils quelque chose de moi ? De ce quelque chose qui mijote en moi, qui gueule dans la nuit ?
Je me regarde en eux comme on se penche au-dessus du vide. On n’a pas en permanence la pleine conscience de ce qu’on est. Encore moins de ce que sont les autres. Si c’était possible, il y faudrait une capacité d’attention dont je suis dépourvu. La mienne flotte trop tôt et dérive d’un rien. C’est une sorte de maladie, je suppose. Ça doit porter un nom désormais. Nous en trouvons pour tout ce qui fait peur. Nommer rassure.
Nous sommes dans un jeu de miroirs, de fragments où personne ne se voit tout entier. Mais à tenir les autres à distance, c’est moi-même que j’enferme. Les autres sont mes barreaux. »

A propos de l’auteur
Né à Bruxelles en 1951, de père français et de mère flamande, Jacques Richard a passé son enfance en Algérie. Il est devenu peintre après avoir fait en Belgique des études de musique et de peinture. Il a publié deux recueils de nouvelles et deux récits, dont Petit Traître, finaliste du Prix Rossel 2012 et Prix Franz de Wever de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Le Carré des Allemands est son premier roman. (Source : Éditions de la Différence)

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