La téméraire

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En deux mots
Sali et Bartoloméo vivaient heureux jusqu’au jour où un AVC prive l’épouse de son mari et les deux enfants de leur père. On découvre alors qu’« il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre ».

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La téméraire
Marine Westphal
Éditions Stock
Roman
144 p., 16,50 €
EAN : 9782234081901
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule à Cheval entre l’Espagne et la France, à Bielsa en Catalogne, à Vielle-Aure et Saint-Lary dans les Hautes-Pyrénées ainsi qu’à Toulouse.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »
Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.
La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Ce que j’en pense
Une image, un diagnostic ainsi qu’une question vont sans doute hanter le lecteur au moment de refermer ce livre poignant. Il y a d’abord ce décor, un lit médicalisé installé dans la pièce à vivre – la si mal nommée – d’un petit pavillon. Un homme immobile l’occupe, surveillé par une femme qui n’a plus d’âge.
Le diagnostic est sans appel, il tient en trois lettres : AVC. « Que s’était-il passé ? Une grenade avait pété dans la tête de Lo Meo. À qui la faute, voilà le plus dur. Ils avaient dit qu’à ce stade même une rognure d’ongle aurait suffi, ses vaisseaux étaient devenus si petits, un rien pouvait faire barrage. Faire barrage. Couper la circulation. Route barrée, vies au caniveau. Un accident vasculaire cérébral comme un embouteillage en pleine campagne, l’horizon mangé par le dos rond des bagnoles. »
Pour l’épouse et pour ses enfants commence alors l’une des pires épreuves d’une vie, résumée dans cette phrase cinglante « il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre ».
Avec Sali, qui a choisi de veiller son mari jusqu’à l’épuisement, on se demande alors comment on réagirait dans une telle situation, tout en espérant ne jamais avoir à être confronté à ce drame. « Elle commença à violenter ses méninges à la recherche de son rôle dans l’histoire, la fin de leur histoire ; sa place n’était pas à côté, les bras chancelants et le cerveau pilonné, elle était avec. »
Pour un premier roman, Marine Westphal fait preuve d’une belle maîtrise dans la construction de cette histoire et surtout d’une écriture sèche, sans fioritures, sans pathos. De la sensibilité sans sensiblerie en quelque sorte. Mais un sens de la formule choc, d’où cette incroyable force qui se dégage de ce court roman que l’on prend comme un coup de poing et qui fait mal, nous laisse exsangues.
Mais Sali ne jette pas l’éponge et décide de remonter sur le ring, « car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et ses forces ; ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l’impolitesse du vent et les grands espaces. » Même si elle doit faire fi des conventions, se heurter à ses enfants qui ne comprennent pas cette initiative, « elle avait encore le droit d’essayer de faire ça pour lui : sauver sa mort, puisqu’elle ne pouvait sauver sa vie. »
Après trente-six ans de vie commune et d’un bel amour qui ne peut s’éteindre sans un dernier geste, nous voilà entraînés dans un ultime voyage, une dernière randonnée… inoubliable.

68 premières fois
Blog de PatiVore
Blog L’ivresse littéraire (Amandine Cirez)
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog T Livres T Arts
LibFly (Catherine Airaud)
Blog Zazymut 
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Le blog d’Eirenamg 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les coups de cœurs de Béné (Bénédicte Junger)

Autres critiques
Babelio 
Blog Le quotidien Julia
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)


Présentation de son ouvrage par l’auteur (Production Librairie Mollat)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Sali, brisée tel un fétu de paille, face au lit où Lo Meo faisait le mort, tassée le cul glissant, la colonne vrillée, les épaules déboîtées à la recherche d’une position nouvelle pour veiller celui qui la quittait. Ou peut-être l’avait déjà quittée. Elle n’en savait rien et n’en saurait rien, jamais. Après tout, qu’est-ce qui restait, à part ce corps ? Elle guettait un signe, une réponse, quelque chose qui donne raison à son espoir. Elle butait contre ses yeux clos. Sortir se laver les cheveux revenait à jeter à la fosse toutes ces heures bâtardes passées à guetter la paupière qui tressaute, le doigt qui frémit dans sa main à elle, le cil qui s’envole et échoue, minable, sur la pommette ramollie de son mari. »

A propos de l’auteur
Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman. (Source : Éditions Stock)

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Arrêt non demandé

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En deux mots
Six histoires qui sont autant de tranches de vie savoureuses. De l’enfant qui assiste à une rixe en famille jusqu’au candidat au suicide qui dialogue avec la mort, voilà des embryons de roman furieusement cyniques, joyeusement déjantés et terriblement frustrants pour le lecteur qui en voudrait encore plus !

Arrêt non demandé
Arnaud Modat
Alma éditeur
Nouvelles
160 p., 17 €
EAN : 9782362792113
Paru en janvier 2017

Ma note
etoile etoile etoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Les nouvelles sont situées en France, notamment dans la région de Strasbourg, à Schiltigheim, mais également dans des lieux qui ne sont pas précisés.

Quand?
L’action se situe en 1989 pour la première nouvelle et de nos jours pour les histoires suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans la maison Modat, on rit, on blague, on s’insurge, on affronte. Tout commence par la rédaction d’un enfant de huit ans. « J’aimerais raconter mes vacances si ça dérange personne, où plutôt une chose qui m’est arrivée pendant les vacances et qui a failli gâcher ma belle jeunesse. »
La vie étant ce qu’elle est sur l’échelle du temps, résumons les épisodes : la paternité, la responsabilité, l’art d’exister et de disparaître… Tout cela : grave, et furieusement désopilant.
Roman de l’enfance, Arrêt non demandé raconte comment grandir peut faire mal aux os, aux cheveux ou à l’âme. Une opération qui dure toute la vie…

Ce que j’en pense
Je n’aime pas les recueils de nouvelles, surtout quand ils sont bons. Et celui-ci est très bon. À tel point qu’en le lisant j’ai quelquefois pensé à Annie Saumont – qui vient de nous quitter – et qui était considérée comme la sœur française de Raymond Carver, ainsi qu’à J. D. Salinger, autre nouvelliste hors-pair. J’imagine du reste que dans l’autoportrait qui clôt ce recueil, la citation tirée de L’Attrape-cœurs est un clin d’œil à une source d’inspiration de ce jeune nordiste installé à Strasbourg.
Non, si je n’aime pas les recueils de nouvelles, c’est que ma frustration croît au fur et à mesure que j’entre dans les histoires, que je vis avec les personnages, que je suis leur parcours. Prenez par exemple La Mer dans le ventre qui ouvre ce recueil.
Il vous suffira de quelques lignes pour vous sentir bien, pour vous imaginer aux côtés de ce petit garçon dans cette réunion de famille houleuse. Racontée par l’enfant, ce drame va vite prendre la dimension d’une épopée déjà esquissée lors du voyage effectué au volant d’une Fiat Tipo : « Papa conduit comme si demain n’existait pas et il double dans les ronds-points, pris de colère ancestrale. Il passe les vitesses sans arrêt. Il a des problèmes dans ses rapports. Papa pilote comme un chien enragé parce qu’on doit se pointer sans faute à un apéro. »
On se régale de cette altercation verbale, puis physique qui prend des allures d’opéra et qui culmine sur le grand air de la rupture. Je ne peux m’empêcher d’imaginer le plaisir que nous autres lecteurs aurions eu à suivre cette famille et à voir ce garçon grandir. Laisser ainsi le lecteur en plan est bien cruel. D’autant que je soupçonne la préméditation. Rappelons que ce recueil s’intitule Arrêt non demandé et qu’en effet nous n’avons pas demandé que l’histoire s’arrête au bout de 28 pages !
Plus grave encore : le cas d’Arnaud Modat s’aggrave avec les nouvelles suivantes, tout aussi brillantes. Raoul raconte l’étape cruciale pour de nombreux couples, celui du premier enfant. Pour Aurore et Quentin, cet épisode survient « après trois ans de vie commune, la perte de nos amis respectifs, l’adoption d’un chat de merde, un mariage clef en mains et un crédit immobilier mal négocié ». Au baby-blues viendront s’ajouter tous les tue-l’amour inhérents à la post-grossesse. Quand Raoul aura montré le bout de son nez, il faudra faire preuve d’imagination pour retrouver une vie amoureuse épanouie. Faites confiance à l’auteur et à son double (le narrateur s’essaie au roman) pour trouver le truc. Une seconde fois, cet embryon de roman devient formidablement addictif et nous laisse sur notre faim.
Et que dire de Tapage nocturne et neige précoce ? De J’existe (je ne fais que ça) ?, de La dernière nuit du hibou ? et de La fourchette à poisson ? Que ces quatre autres nouvelles sont de la même veine. Qu’on s’y amuse beaucoup, que l’on a sans doute tous déjà rencontré des voisins bruyants qu’il a fallu calmer, que l’on adore le côté transgressif de cet employé d’agence intérimaire chargé de répondre au courrier adressé au père Noël, que l’on se délecte du dialogue entre le candidat au suicide et la mort (après l’appel quasi surréaliste à SOS amitié) et qu’enfin on «voit» déjà sur grand écran le joli film proposé dans l’ultime nouvelle, avec tous les extraits de films référencés ici.
Non, décidément, je ne pardonnerai ce crime de lèse-lecteur à Arnaud Modat que le jour où paraîtra son premier roman. Le plus vite sera le mieux!

Autres critiques
Babelio
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le Blog de YV

Extrait de la nouvelle 4. J’existe (je ne fais que ça)

À propos de l’auteur
Arnaud Modat a 37 ans. Il est né à Douai (Hauts-de-France) et vit aujourd’hui à Strasbourg. Il a publié deux recueils de nouvelles humoristiques : La fée Amphète, le 1er mai 2012 aux éditions Quadrature, et Comic strip, paru le 19 octobre 2012 chez Intervalles. (Source : Livres Hebdo /Alma éditeur)

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#arnaudmodat #RL2017 #roman #rentreelitteraire #almaediteur #arretnondemande

Presque ensemble

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Presque ensemble
Marjorie Philibert
Éditions JC Lattès
Roman
376 p., 19 €
EAN : 9782709658584
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et banlieue, mais nous fait également voyager dans les sous-préfectures de l’hexagone avec l’un de sprotagonistes chargé de former des fonctionnaires et dans le monde entier avec l’autre des protagonistes, rédactrice pour un magazine de voyages. À la fin du récit, on retrouve les deux à Bagançay sur l’île de Bohol aux Philippines.

Quand?
L’action se situe de 1998 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tout commence le 12 juillet 1998. En pleine finale France-Brésil, Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar à Paris. Ces deux révoltés placides deviennent inséparables et se lancent dans la vie de couple. Mais loin de la passion rêvée, nos héros se retrouvent embarqués dans une odyssée domestique désespérément tranquille…
L’arrivée de Ptolémée, le chat, leur procure un temps le paradis tant souhaité. Mais rien ne dure !
Drôle et mordant, Presque ensemble explore avec brio le sentiment amoureux à l’épreuve du quotidien, ou simplement peut-être de la vie.

Ce que j’en pense
***
Si vous êtes amateur de belles histoires d’amour romantiques, passez votre chemin. Si vous préférez les sombres histoires de vengeance après une séparation douloureuse, passez également votre chemin : Marjorie Philibert a choisi d’ancrer son roman dans le réel, sans y ajouter d’effets spéciaux ou de spectaculaires retournements de situation. Bref, une histoire ordinaire. Celle d’un couple qui naît et se défait. Une histoire tellement ordinaire qu’il valait vraiment la peine d’aller voir ce qui fait qu’aujourd’hui le sexe remplace l’amour et la liaison éphémère prend la place de l’union durable.
Le couple en question est constitué de deux provinciaux venus à Paris pour leurs études. Nicolas est originaire du pays Nantais et s’intéresse à la sociologie, mais sans grand enthousiasme. Il n’a du reste pas de signe particulier, ni même un physique très avantageux. Il végète. Victoire n’est guère mieux lotie, mais dispose tout de même d’un physique agréable. Après une enfance en Corrèze et une adolescence prendra fin avec des vacances à Belle-Île et une première relation sexuelle très décevante derrière un bar, on la retrouve dans un établissement parisien qui diffuse la finale de la Coupe du monde de football sur grand écran.
Vous l’avez compris, nous sommes en 1998 et ce 12 juillet sera à marquer d’une pierre blanche pour des milliers, voire des millions de personnes.
Victoire, cela ne s’invente pas ( !), tombe dans les bras de Nicolas, emportée par la foule plus que par son désir. Mais qu’importe, le jeune homme pourra être éternellement reconnaissant à l’équipe de France qui a changé le cours de sa vie.
Car les deux jeunes amants peuvent profiter de l’été. Ils n’ont guère de moyens, mais peuvent passer des journées entières au lit, faire l’amour et se promener. Un peu comme ces autres jeunes qu’ils suivent fascinés sur petit écran. Avec Le Loft où ne vivaient que des êtres qui dormaient, mangeaient et baisaient, Nicolas et Victoire découvrent la télé-réalité et s’imaginent qu’un tel mode de vie a de l’avenir. Avant de se rendre compte qu’il faut tout de même songer à gagner un peu d’argent pour survivre dans cette société de consommation.
Après leurs dernières grandes vacances d’étudiants qu’ils passent dans le Lot, près de Cajarc avec leurs amis Stéphane et Claire, ils vont trouver des petits boulots, elle comme rédactrice dans un magazine de voyage, lui comme assistant dans un site consacré à la sociologie et plus exactement à la publication d’études basées sur la corrélation de statistiques.
Presque sans s’en rendre compte, ils poursuivent leur petit bonhomme de chemin ensemble. Le 21 avril 2002, en voyant Jean-Marie Le Pen apparaître sur leur écran en tant que candidat au second tour de la présidentielle, « ils crurent que leur vie prenait un tournant. » Mais il n’en fut rien. Pas plus d’ailleurs que durant l’été de la canicule, où « ils se jurèrent de faire des enfants, pour avoir quelqu’un puisse faire le numéro des pompiers avant qu’il ne soit trop tard. » Projet avorté, si je puis dire.
C’est que chacun semble poursuivre sa propre route : « On s’épuisait à se parler sans s’écouter, à expliquer sans se comprendre, à souffrir comme si on avait tout le temps devant soi pour finir par passer sa vie côte à côte comme deux vaches dans un pré. »
Tandis que Nicolas démontre que les hommes célibataires qui achètent des surgelés sont beaucoup plus susceptibles que les autres d’adopter des comportements violents, Victoire teste le matelas d’un hôtel de luxe à Majorque.
Si leur sexualité s’étiole, la tendresse reste. L’achat d’un chat vient apporter un peu de fantaisie et un peu de douceur dans une vie trop ordinaire.
Pour l’épicer un peu, chacun va s’essayer à la relation extra-conjugale. Nicolas avec Soo-Yun, une étudiante coréenne en sciences de l’information à Séoul, qui a étö engagée comme stagiaire par son patron. « Hélas, son aventure était sporadique et intense, exactement à l’opposé de sa vie de couple : un adultère tout ce qu’il y a de plus classique. Soo-Yun, il le savait, ne pourrait jamais constituer qu’une aimable excursion éphémère. »
Du fait de ses voyages jusqu’au bout du monde, Victoire opte pour des rencontres de passage, avec Simon le Belge très vite oublié, avec Sten, le Suédois d’Uppsala qui aime lui raconter sa vie de famille et son enfance ou encore avec Rodolfo l’Argentin qui va devenir très intrusif et entend tout savoir de ses ébats avec Nicolas et va finir par l’exaspérer.
« À l’automne, leurs amants disparus, ils revinrent l’un vers l’autre, comme d’autres font leur rentrée. Leur couple était là ; il les attendait. »
Marjorie Philibert, après Aurélien Gougaud et son Lithium, brosse le portrait d’une génération qui se cherche sans jamais se trouver, qui s’imagine pouvoir s’inscrire dans un schéma classique sans pour autant disposer des armes qui leur permettrait de résister aux difficultés, aux conflits inhérents à leur manque de moyens ou encore à leur démotivation face à cette crise qui n’en finit pas.
C’est joyeux puis triste, c’est encourageant puis désespéré. L’idéalisme fait soudain place à un réalisme froid. Les quelques notes d’humour qui parsèment le récit ne parvenant pas à nous faire éviter le spleen qui nous gagne au fil des pages.

Autres critiques
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Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Les petits livres 

Le début du roman 

Extrait
« Certains jours, il se sentait tellement seul qu’il avait envie de serrer n’importe qui contre lui. Il se disait que d’autres en avaient sûrement envie aussi, mais que tout le monde s’interdisait de craquer. Ou alors, il faudrait payer. Il regardait souvent les prostituées qu’il croisait sur les grands boulevards ; mais probablement, elles ne voudraient pas. Ça ne se faisait tout simplement pas.
Au stade, c’était tout le contraire. On n’était jamais seul, parce qu’on était dans un camp. Si la France marquait, on avait le droit de se jeter dans les bras du voisin, comme on ne pouvait plus le faire avec sa famille depuis bien longtemps ; ou on pouvait serrer fort des mains inconnues, parce qu’on avait le ventre noué pendant les prolongations. Tout était permis : le monde extérieur était aboli. »

À propos de l’auteur
Marjorie Philibert est née en 1981 et est journaliste à Paris. Presque ensemble est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Portrait de Marjorie par Philippe Besson (Le Point)

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Charles Draper

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Charles Draper
Xavier de Moulins
Jean-Claude Lattès
Roman
230 p., 18 €
ISBN: 9782709648530
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans une ville de province qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe en 2015, avec des réminiscences aux années écoulées, de la rencontre de Charles et Mathilde en 2004 à quelques souvenirs de l’enfance et de l’adolescence du personnage principal.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la demande de Mathilde, Charles a quitté Paris et son appartement de la rue de Vaugirard pour s’installer à la campagne avec leurs deux filles, le rêve d’une vie. Une vie au vert, rythmée par ses allers-retours vers la capitale pour s’occuper de sa société. Le bonheur de Mathilde n’a pas de prix, tout le monde le sait, Charles ferait tout pour sa famille.
Alors pourquoi Mathilde est-elle de plus en plus distante ?
Est-ce le regret de Paris, de sa vie d’avant ? Le voisin, Clément, qui lui a montré la voie d’un ailleurs possible ? Ou bien ce reflet dans le miroir, ces quelques kilos en trop qui ont surgi sur la balance, ce profil d’homme mûr, moins ferme que dans leur jeunesse ?
Il y a forcément quelque chose. Si seulement Charles pouvait comprendre…
Apparence, apparences, mensonges et faux-semblants : chez Xavier de Moulins, les héros ont tous cette beauté éclatante, solaire, qui cache les plus noirs secrets.

Ce que j’en pense
****
Charles rencontre Mathilde en 2004, au rayon télé d’un magasin Darty le jour où se déchaîne le violent tsunami au large de Sumatra. «Trois semaines plus tard, loin des hurlements de la nature déchaînée, la paille d’un mojito coincée entre les dents, Charles et Mathilde se jurèrent de ne plus jamais se séparer, de commencer, enfin, la suite de leur histoire. Alors, ils se mirent à courir.»
La suite aurait pu être la chronique d’un couple modèle, d’une famille sans soucis, d’une ascension sociale gratifiante. Cela devient un thriller psychologique glaçant. Une mécanique d’une précision implacable.
À la tête de la société de déménagement «CD Mouve», Charles voit son entreprise se développer, sa famille s’agrandir, son épouse se plaire dans son rôle de mère au point d’envisager de quitter Paris pour s’installer en province. Bref, tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais, à l’image du sang que sa fille voit derrière son oreille, les petits détails vont gripper la belle machine. Le soupçon s’installe au fur et à mesure. Que se passe-t-il quand il n’est pas là ? Charles retrouve ses interrogations, ses doutes d’adolescent, quand « les filles de son âge ricanent sur son passage, elles moquent sa maigreur de squelette, sa transparence aussi. Il a le béguin pour Alice, Laure, Juliette et Aurore. C’est un garçon paranoïaque, une matière inflammable.»
Clément, le fleuriste, n’est-il pas trop proche de Mathilde ? Et lui, ne s’est-il pas laisser aller ? A-t-il changé au point de ne plus intéresser sa femme ?
«Ventripotent, il estime qu’il ressemble à du mou, du gras mou non identifié, à de la chair blanche avariée, un mauvais cadavre dont même un charognard ne voudrait pas. L’ampleur du constat le rend triste et pâle.»
Il va alors chercher dans un club de sport le moyen de regagner l’estime d’une épouse qu’il trouve par trop distante. Mais soulever de la fonte quelques fois par semaine ne lui suffit pas. Il va donner un coup de main à ses ouvriers et aider aux déménagements, avant de céder à son fournisseur de médicaments et de pilules magiques pour retrouver plus vite encore un corps de rêve.
Tentative aussi pitoyable que dangereuse qui va encore creuse le fossé entre lui et Mathilde qui n’en peut plus. Elle qui «simule sa vie, sans trop de blanc» qui arrive jusque là « à combler la faille», mais s’interroge : «pour combien de temps ?» En attendant que Charles s’assagisse, elle va s’occuper, retrouver une vie sociale mise jusque là entre parenthèses.
Loin des yeux, loin du cœur, Charles va de plus en plus mal. Construit petit à petit le drame qui couve. À ses yeux, «le fleuriste à les mains pleines de Mathilde». Même les conseils de sa sœur Charlotte ne le font pas dévier de ses – fausses – certitudes. Car désormais, à l’image de téléphone portable qui le nargue, tout le renforce dans son idée fixe : « Le téléphone est l’intranquillité de ceux qui attendent tout de rien, le territoire de tous les possibles, un terrain miné propice à tous les scénarios, jusqu’au cancer des propositions les plus noires (…) Nos téléphones sont les couteaux suisses de la trahison, des accélérateurs de paranoïa. Dans leur batterie se niche un nouveau virus, pour lequel on ne connaît aucun médicament ni vaccin, le poison du doute. »
Habilement construit et très juste dans l’analyse psychologique, l’épilogue de ce roman a toutes les chances de vous surprendre. C’est pourquoi nous n’en dirons pas davantage.

Autres critiques
Babelio
Blog Au bordel culturel
Blog Meely lit
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog A bride abattue
Blog Appuyez sur la touche « lecture »

Extrait
« Passé un certain âge, on ne rencontre plus vraiment, on croise. À quarante-cinq ans, on est vite un chien. Les clubs de sport ont cet avantage, offrir aux Charles Draper du monde entier de se lier encore un peu. À raison de trois séances d’une heure par semaine, dans un an, Charles aura passé six jours avec sa nouvelle bande. Six jours en un an, ce n’est pas rien. »

A propos de l’auteur
Xavier de Moulins est journaliste, présentateur du 19h45 sur M6 et de l’émission 66 Minutes. Depuis Que ton règne vienne, paru en 2014 aux Editions J.-C. Lattès, il explore les ressorts et les mécanismes du couple et de la famille dans ce qu’ils ont de plus moderne. (Source : Editions JC Lattès)

Site Wikipédia de l’auteur
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En attendant demain

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En attendant demain
Nathacha Appanah
Gallimard
Roman
208 p., 17,50 €
ISBN: 9782070147755
Paru en janvier 2015

Où?
L’action est située à Paris, derrière la gare du Nord, dans sa banlieue, à Montreuil et Rosny, avec des réminiscences à l’île Maurice, notamment Port-Louis et Beau-Bassin. Mais le cœur du roman se déroule dans une ville du Sud-Ouest de la France qui n’est pas nommée.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours, avec une ouverture située il y a vingt ans et des souvenirs de jeunesse plus lointains.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Adam est debout, le visage collé à la petite fenêtre, les deux mains accrochées aux barreaux. Tout à l’heure, quand il a grimpé sur sa table pour atteindre l’ouverture, il s’est souvenu que les fenêtres en hauteur s’appellent des jours de souffrance. Adam attend l’aube, comme il attend sa sortie depuis quatre ans, cinq mois et treize jours. Il n’a pas dormi cette nuit, il a pensé à Anita, à Adèle, à toutes ces promesses non tenues, à ces dizaines de petites lâchetés qu’on sème derrière soi…»
Adam et Anita rêvaient de vivre de leur art – la peinture, l’écriture. Ils pensaient accomplir quelque chose d’unique, se forger un destin. Mais le quotidien, lentement, a délité leurs rêves jusqu’à ce qu’ils rencontrent Adèle qui rallume un feu dangereux.
En attendant demain est un roman qui raconte la jeunesse, la flamme puis la banalité, les mensonges et la folie d’un couple.

Ce que j’en pense
***
Anita, Adam, Adèle. Trois prénoms qui commencent par A. Une première lettre pour le commencement d’une histoire qui ressemble a beaucoup d’autres et qui demeure pourtant singulière. Anita débarque de son île Maurice avec des rêves de gloire littéraire. Mais à l’image de ses poèmes qui ne parlent plus de soleil et de paysages luxuriants, mais de grands immeubles et de ciel gris, elle va devoir déchanter : « Ce mélange de nostalgie, de tristesse, de désir, de manque, cette envie profonde d’être ailleurs – Anita éprouva pour la première fois le mal du pays. »
Fort Heureusement, elle rencontre Adam lors d’une soirée qu’il n’apprécie pas plus qu’elle. Architecte et peintre, il a aussi caressé des rêves de gloire en montant à Paris, mais n’a pas tardé lui aussi à comprendre qu’il n’avait pas les codes pour s’imposer. Deux solitudes qui vont se rapprocher parce qu’elles sont déracinées, deux solitudes qui vont sont fondre dans un projet commun, celui de commencer une nouvelle vie dans le Sud-Ouest.
Mais le beau projet ne va pas tarder à se heurter lui aussi aux contingences du quotidien. Une belle maison, un beau paysage ne suffisent pas à combler les lassitudes. Anita va essayer de s’occuper en devenant pigiste pour le quotidien régional. Mais elle se rend compte qu’elle « était là, extrêmement visible et pourtant terriblement invisible », qu’elle était « l’étrangère à la peau foncée (noire ? marron ? que dire ?) parmi les Blancs. »
Alors que leur histoire part à vau-l’eau, Adam et Anita vont croiser le chemin d’Adèle, clandestine et mauricienne. Adèle qui va raviver leur flamme créatrice. Adam y voit le modèle qui va enflammer ses peintures et Anita la matière du récit qu’elle entreprend d’écrire. Mais ni l’un, ni l’autre ne vont comprendre qu’ils font ainsi entrer le ver dans le fruit.
S’il faut lire Nathacha Appanah, c’est d’abord pour son style. Elle a une façon raffinée, presque poétique, de raconter les blessures de la vie, de dire avec grâce les drames. Comme elle l’écrit elle-même… « Une vie laborieuse et solitaire se dégage des phrases simples et courtes qu’elle utilise.»
C’est ensuite pour ce drame annoncé dès le début de livre et qui éclairera dans les dernières pages cette sorte d’inéluctabilité du malheur qui sourd tout au long du roman.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Télérama
Culture Box
On l’a lu (Sylvie Tanette)
Blog L’insatiable

Extrait
« L’aube traverse lentement le salon et entre dans la chambre où dort Laura, la fille d’Anita et d’Adam. En ce moment même, Laura rêve qu’elle nage dans le lac. C’est un rêve qu’elle fait souvent : elle court sur le ponton pour prendre de l’élan, bondit et exécute un saut de l’ange parfait. Ses brasses sont gracieuses, à peine audibles, comme si Laura était faite d’eau. Celles de son père, dont elle sent la présence tout à côté, sont bruyantes et puissantes. Dans ce rêve, il y a aussi Adèle, mais celle-ci nage sous elle, complètement immergée. C’est un curieux sentiment mais ce n’est pas désagréable. Laura se sent entourée, portée. Dans ce rêve, Laura a oublié qu’elle ne peut ni courir ni exécuter de saut de l’ange ni nager depuis quatre ans, cinq mois et treize jours. » (p. 12)

A propos de l’auteur
Nathacha Appanah est née le 24 mai 1973 à Mahébourg ; elle passe les cinq premières années de son enfance dans le Nord de l’île Maurice, à Piton. Elle descend d’une famille d’engagés indiens de la fin du XIXe siècle, les Pathareddy-Appanah.
Après de premiers essais littéraires à l’île Maurice, elle vient s’installer en France fin 1998, à Grenoble, puis à Lyon, où elle termine sa formation dans le domaine du journalisme et de l’édition. C’est alors qu’elle écrit son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, précisément sur l’histoire des engagés indiens, qui lui vaut le prix RFO du Livre 2003.
Son second roman, Blue Bay Palace, est contemporain : elle y décrit l’histoire d’une passion amoureuse et tragique d’une jeune indienne à l’égard d’un homme qui n’est pas de sa caste.
Ce qui relie tous ces récits, ce sont des personnages volontaires, têtus, impliqués dans la vie comme s’il s’agissait toujours de la survie. Les récits de Nathacha Appanah sont simples comme des destinées, et leurs héros ne renoncent jamais à consumer leur malheur jusqu’au bout. L’écriture, comme chez d’autres écrivains mauriciens de sa génération, est sobre, sans recours aux exotismes, une belle écriture française d’aujourd’hui. Quant aux sujets, ils évoquent certes l’Inde, Maurice, ou la femme : mais on ne saurait confondre Nathacha Appanah avec une virago des promotions identitaires. Son dernier roman le confirme assez qui nous entraîne insidieusement dans les méandres de l’intimité. (Source : Lehman college)

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Focus Littérature

Le cœur du problème

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Le cœur du problème
Christian Oster
Editions de l’Olivier
Roman
192 p., 17 €
ISBN: 9782879297798
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en province, à Banville, Longeville, Grainville, Gélouville, Blagnon, Fourville, Le Ballu, mais également à Paris, Lyon et à Londres.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
En rentrant chez lui, Simon découvre un homme mort au milieu du salon. Diane, sa femme, qui, selon toute vraisemblance, a poussé l’homme par-dessus la balustrade, lui annonce qu’elle s’en va.
Elle ne donnera plus de nouvelles. Simon, resté seul avec le corps, va devoir prendre les décisions qui s’imposent. C’est lors de sa visite à la gendarmerie que Simon rencontre Henri, un gendarme à la retraite amateur de tennis. Une relation amicale se noue. Mais Simon est sur la réserve ; chaque mot, chaque geste risque d’être sévèrement interprété. S’engage alors entre les deux hommes une surprenante partie d’échecs.

Ce que j’en pense
****
Un faux polar, mais un vrai roman haletant. En nous racontant tout ce qui se passe dans la tête de Simon, le narrateur de cette histoire, Christian Oster parvient à nous entraîner dans une sorte de labyrinthe instrospectif dont il devient très difficile de sortir. Et pour cause !
Imaginez que vous rentrez chez vous et que vous trouviez un cadavre dans votre salon. Des morceaux de la balustrade du premier étage à ses côtés. Votre compagne, qui prend son bain, ne veut pas vous parler, sinon pour dire qu’elle va s’en aller, qu’elle a besoin de s’éloigner.
Voici par conséquent Simon confronté à une série de problèmes et tout autant de questions à résoudre : « Je sentais confusément que tout ce que je ferais à partir de maintenant modifierait la situation initiale dans un sens dont j’étais incapable de mesurer la portée. Je n’ai donc d’abord rien fait. »
Après avoir passé en revue diverses hypothèses, il se résout à faire disparaître le corps. Le congélateur de la voisine pose trop de problèmes logistiques, les pains de glace d’Ikea tout autant. Il décide par conséquent d’enterrer cet homme dans son jardin, sous le potager, en prenant bien soin d’y replanter ses tomates. Puis tenter de reprendre sa vie tranquille de conférencier et de parler du Moyen Âge à des auditeurs qui n’imaginent pas la tempête dans son cerveau.
Son ami Paul ne comprend pas plus son attitude un peu particulière. Mais ne seriez-vous pas un peu secoué après de tels événements. D’autant que Diane, la compagne de Simon, ne donne plus de nouvelles.
Au commissariat, on lui explique que ne peut lancer de recherches pour retrouver une personne qui a parfaitement le droit de voyager comme bon lui semble. Seul Henri, à la veille de prendre sa retraite, semble comprendre son désarroi.
Diane, sa compagne, va finir par le recontacter. Elle lui manque. Le voilà parti pour Londres où une partie du mystère va s’éclaircir, mais aussi le laisser au final à nouveau seul avec son cas de conscience. Alors, il essaie de s’occuper. « Il n’empêche, le vide était là. Et la frustration. Celle de ne pas mieux comprendre, surtout. De quelle façon on en était arrivés là. »
Il contacte des menuisiers pour réparer la balustrade, des agents immobiliers pour vendre cette maison qu’il ne veut plus habiter et accepte l’invitation d’Henri, désormais retraité, pour une partie de tennis.
Sauf que le match qui s’engage entre les deux hommes se joue d’abord en dehors du court. Henri a-t-il soupçonné quelque chose ou cherche-t-il un ami pour occuper ses journées de retraité ? Le jeu subtil du chat et de la souris peut commencer…
Un jeu subtil, retors, angoissant et pourtant assez addictif. Un jeu que maîtrise parfaitement l’auteur pour entraîner le lecteur sur les pas de Simon, sans que jamais ce dernier ne puisse se faire une opinion arrêtée. La mécanique est parfaitement huilée, on se régale !

Autres critiques
Babelio
Le Point
Entre les lignes (Radio suisse romande Espace 2 – Jean-Marie Félix)
Culturebox
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Blog La lectrice à l’œuvre (Christine Bini)
Blog Les mots de la fin

Premières lignes
« Pour dire les choses vite, quand je suis rentré chez moi ce soir de juillet, il y avait un homme mort dans le salon. Pour les dire plus précisément, l’homme était allongé sur le ventre, à l’aplomb de la mezzanine où nous avions notre chambre, Diane et moi, et dont j’ai vu que la balustrade avait cédé. Nous devions depuis longtemps renforcer cette balustrade, qui commençait à présenter du jeu. Je sortais d’un rendez-vous de travail particulièrement improductif et j’étais plutôt de mauvaise humeur, si bien que ma première réaction a été une forme d’agacement, un peu comme si je venais de trouver le salon en désordre ou, pour être plus juste, comme si ce qui ressortait de ce que j’avais découvert avait prioritairement à voir avec le désagrément. J’ai rapidement pris conscience que l’homme était mort, du moins après l’avoir vérifié comme j’ai pu, palpation du pouls, test du miroir, constat d’un début de rigidité, mais l’agacement a persisté alors même que je me rendais compte de la gravité de la situation. Je tentais de me représenter, au-delà de cet écueil psychologique, les faits avec la plus grande objectivité, et je me suis mis en devoir, alors que je n’y parvenais pas encore, de les aborder de manière efficiente. » (p. 9)

A propos de l’auteur
Christian Oster est né en 1949. Prix Médicis 1999 pour Mon grand appartement, adapté au cinéma par Claude Berri, il est l’auteur de quatorze livres aux éditions de Minuit, dont, Loin d’Odile (1998), Une femme de ménage (2001), Trois hommes seuls (2008), Dans la cathédrale (2010). Il a également publié des romans policiers et de nombreux livres pour enfants à L’Ecole des loisirs. (Source : Editions de l’Olivier)

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La clef sous la porte

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La clef sous la porte
Pascale Gautier
Editions Joëlle Losfeld
Roman
192 p., 16,50 €
ISBN: 9782072624827
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule en France, à Cogolin et Laragne ainsi qu’à Bouffémont « dans la bienheureuse banlieue » et à Montfavet où « le ragot est la spécialité locale », vers Le Trou, vers Gleize comme vers Lagarde ou La Brèche. Un faits divers à Avignon est également mentionné.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
José, retraité solitaire et endurci, vit devant la télé. Ferdinand, dont la vie sonne aussi mal au bureau que dans son univers familial, subit une femme volage et une fille ado, véritable tête à claques qui le déteste. Auguste, la cinquantaine, est pris en tenaille entre une mère tyrannique et un père plutôt faible. Et Agnès, la quarantaine, toujours amoureuse d’hommes mariés, doit se rendre au chevet de sa mère qui agonise. Ses trois frères, des fardeaux qu’elle redoute, la supplient de venir à l’hôpital…
Pascal Gautier exploite l’un de ses thèmes de prédilection, ancien comme l’histoire de l’humanité : la relation parents / enfants, souvent ingérable, mais qui fournit à l’écrivain une source d’inspiration inaltérable, caustique et tendre. Après l’immense succès du roman Les vieilles, La clef sous la porte est, au vu du titre, une suite logique ou plutôt une sorte de retour sur le passé. Les personnages, doués d’une certaine espérance, se débattent afin de ne pas perdre pied. Aussi arriveront-ils, chacun à sa façon, à mettre la clef sous la porte et à choisir la liberté.

Ce que j’en pense
**
Chronique de la vie ordinaire en province, ce roman porte un regard amer sur les vies des petites gens. Loin de grands rêves de gloire, d’ambitions démesurées ou d’un destin fabuleux, le quotidien de José, Ferdinand, Auguste et les autres se limite surtout à se plaindre. Toute la litanie des petits soucis et des grands débats y passe : les impôts, les étrangers, la sécurité, les coût de la vie, la hiérarchie, la vie de couple, l’éducation ou encore la difficulté qu’il y a à communiquer avec les adolescents. Carla, la fille de Ferdinand, en est du reste l’illustration, presque jusqu’à la caricature. Elle est déjà sans illusions et presque sans avenir. C’est du moins l’impression de son géniteur : « C’est toujours facile de critiquer. Il sait qu’elle le prend pour un vieux débris. Depuis des siècles, la majorité des gens râle parce qu’elle n’a pas les mêmes avantages que ceux qu’elle envie. Ce n’est pas par conviction, idéal et tout le bazar. Il n’est quand même pas né de la dernière pluie, Ferdinand ! »
Seulement voilà, il arrive un jour où l’envie de se débarrasser de ses chaînes l’emporte sur la peur de l’avenir. Le jour où on se dit qu’après tout, on n’a plus rien à perdre, que quitte à mourir au moins on aura vécu quelque chose d’intéressant. Faut-il vraiment prendre son ticket dans la salle d’attente ? Faut-il vraiment accourir dès que sa mère annonce qu’elle est à l’article de la mort ? Faut-il continuer à vivre avec une épouse qui vous trompe allègrement ?
En répondant par la négative, l’auteur nous donne à goûter le parfum de l’évasion, (même s’il ne s’agit que d’une escapade au volant d’une camionnette) et nous offre une salutaire bouffée d’air du large. Vivifiant !

Autres critiques
Babelio
La Croix
ELLE
La Vie
Blog Encres vagabondes
Blog Muze
Blog Les petites lectures de Scarlett

Extrait
« Il s’appelle Auguste. Un prénom qui prête à sourire. Pourtant, auguste est celui qui inspire un grand respect, de la vénération, ou qui en est digne. Auguste était le prénom de son grand-père, le père de sa mère. Et le prénom de son arrière-grand-père, le grand-père de sa mère. Et on pouvait remonter comme ça jusqu’au Moyen Âge, une tradition dans la famille. À l’école, qu’est-ce qu’on avait pu se moquer de lui! L’enfance est cruelle. Aujourd’hui, il en sourit. Une de ses collègues s’appelle bien Prune. Il est professeur. Un métier qui a évolué depuis quelques décennies. Il y a du bon, il y a du mauvais. Son grand-père Auguste a fait la guerre, celle de 1914. Il en est sorti vivant et indemne. Un miracle. Un grand-père auguste, qui a ensuite adopté, comme sa propre fille parmi ses propres filles, une enfant juive pendant l’Occupation. Un grand-père juste. Infiniment bon et humain. Dont l’ombre lourde, marmoréenne, pèse. Il n’a rien d’auguste, lui, il le sait bien. Le monde d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Il affectionne ces répliques frappées au coin du bon sens.
Pas de guerre, pas d’Occupation. Le quotidien. Le boulot. Les vacances. Le métro. Le dodo. L’être humain a rétréci. C’est peut-être ça le progrès. Devenir tout petit petit. Sûr, lui, personne ne se souviendra de lui dans cinquante ans. Mais à quoi ça sert de penser à tout ça ? Dans cinquante ans, c’est pas maintenant. Et avant-hier, c’est pas maintenant non plus.. » (p. 10)

A propos de l’auteur
Pascale Gautier, admiratrice de Raymond Queneau et de Thomas Bernhard, sait manier la narration comique avec brio. Derrière l’humour, il y a toujours quelque chose de profond qui a l’apparence de la légèreté. Directrice littéraire aux Éditions Buchet / Chastel, elle est l’auteur aux Éditions Joëlle Losfeld de Trois grains de beauté, qui a reçu le Grand Prix SGDL du roman, Fol accès de gaîté et Les vieilles. (Source : Editions Joëlle Losfeld)

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