Et le ciel se refuse à pleurer…

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En deux mots:
Fait divers en Haute-Savoie: une femme est retrouvée morte, fauchée par un sapin. Mais quelquefois les apparences sont trompeuses, surtout lorsque l’on creuse les secrets de famille…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

« C’est vrai que Germaine elle est cruelle »

Comme l’a chanté Jacques Brel, la personne au cœur du nouveau roman de Gérard Glatt – qui meurt dès la première page – n’est pas une Sainte.

Trois hommes et une femme. Trois hommes réunis pour enterrer Germaine découverte sous un sapin, à quelques mètres de la ferme de montagne située au-dessus de Sallanches en direction du Grand Arvet. Le premier à entrer en scène est son mari. Tronchet a découvert son épouse sous un sapin, apparemment écrasée par le conifère. C’est du moins ce que conclue le docteur Echenoz dépêché sur place.
Edmé, le garçon de ferme, arrive ensuite pour tenter de soulager Tronchet. Cela fait des années qu’il aide à la ferme et fait quasiment partie de la famille. Il est du reste de la même génération qu’Antoine, le troisième homme de cette histoire qui a choisi de «monter» à Paris et qui rejoint père et ami, quasi-frère, pour les obsèques.
Si les émotions affleurent à peine, c’est sans doute à cause de la rudesse du climat et du travail ingrat qu’ils ont à effectuer pour produire le lait et le fromage, mais c’est aussi parce que Germaine avait un caractère aussi difficile que les hivers de Haute-Savoie. C’est peut-être du Québec que vient le portrait le plus juste de cette femme. Là-bas, l’expression «être une germaine» – un jeu de mots créé par la combinaison des verbes gérer et mener – sert à décrire une femme autoritaire et «contrôlante». Au fil des pages, on va découvrir comment elle a jeté le grappin sur Tronchet, comment il a été décidé qu’elle l’épouserait, comment Antoine et Edmé son entrés dans la famile et comment la situation s’est dégradée année après année.
Görard Glatt sait mieux que personne planter le décor de ses romans. Après l’Auvergne et les Monts du Forez dans Retour à Belle Étoile et dans Les Sœurs Ferrandon, voici le décor somptueux et écrasant des Alpes que l’on peut sans conteste compter comme l’un des personnages du livre. Car ici la géographie rencontre l’histoire. Ici, on doit tous les jours compter avec les caprices de la nature, en sachant qu’au mieux on réussira à en tirer de quoi nourrir sa famille.
Une fois de plus, on peut convoquer Jacques Brel: « Ces gens-là ne parlent pas ». Ou alors par bribes…
Quand Antoine retrouve son père, il n’est du reste guère besoin de mots. Ils se connaissant et s’aiment. Leurs souvenirs sont aussi le terreau de l’intrigue que l’auteur tricote patiemment jusqu’au dénouement qui, comme on peut s’en douter, réservera son lot de surprises.
Il n’y a, à mon sens, aucune raison de ranger les romans dits «de terroir» dans une catégorie inférieure. Si vous daignez vous plonger dans celui-ci, vous aurez l’éclatante démonstration que l’inverse est vrai. Ce roman est un grand roman.

Et le ciel se refuse à pleurer…
Gérard Glatt
Presses de la Cité / Terres de France
Roman
349 p., 20 €
EAN : 9782258146716
Paru en janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, en Haute-Savoie, à Sallanches et dans les environs. On y évoque aussi Paris et sa banlieue.

Quand?
L’action se situe en 2016, avec quelques retours en arrière.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 2016, en Haute-Savoie, sous un soleil de plomb, trois hommes se retrouvent à la mort de celle qui a broyé leur vie. Souvenirs et confidences de chacun jaillissent pour faire éclater le secret de la défunte…
Morte et muette à jamais, Germaine, fauchée par un sapin. C’est son mari, Tronchet, qui en fait la macabre découverte ce jour d’août 2016. Le travail harassant de la ferme, le soin constant porté aux bêtes n’auront été finalement que le ciment et le quotidien d’un couple désassorti. Pourquoi cette femme belle, vénéneuse, ne cachant pas son désir pour d’autres hommes, s’est-elle mariée avec cet honnête paysan, qu’elle méprisait? Dans sa solitude et sa peine, car l’homme était amoureux, Tronchet a auprès de lui son grand fils Antoine, revenu de la ville le temps des funérailles, mais aussi Edmé, frère de cœur d’Antoine, toujours fidèle à la besogne, un vrai garçon de ferme. Tous trois forment une chaîne unie, solidaire, délivrée de l’emprise toxique de Germaine, mais pas de leurs tourments, de leur histoire commune, ni de leurs doutes quant aux circonstances étranges de la mort de Germaine.
Il y a aussi ce médaillon doré, que tous ont toujours vu au cou de la défunte, qui renfermait un soi-disant secret… Un secret que l’opaque Germaine n’a jamais voulu dévoiler.

Les critiques
Babelio 
France Bleu (Valérie Rollmann)
Blog Sélectrice 

Les premières pages du livre 
« Le 17 août 2016. Pour le coup, ce n’était pas de la blague, Tronchet faisait vraiment la tronche quand le docteur Echenoz est enfin arrivé. Parce que ça faisait déjà une bonne heure qu’il l’avait appelé, regrettant de n’avoir pu le faire de là où il était, bien au-dessus de la ferme où pâturaient ses vingt vaches, sur le chemin du Grand Arvet, lorsqu’il avait découvert Germaine, sa femme, sous le tronc d’un sapin qui s’était abattu sur elle et l’avait aplatie comme une crêpe. Il était d’autant plus chagrin que, de son côté, pour la dégager de là-dessous, ce qui n’avait pas été une mince affaire, on le comprendra aisément, à cause du branchage, plus épais qu’un roncier, puis la ramener, la portant dans ses bras, il lui avait fallu tout l’après-midi, en exagérant à peine. C’est assez dire que si vraiment on avait pu espérer un instant la sauver, ce qui n’était pas le cas, l’arrivée de l’homme de science, bien trop tardive, n’avait plus d’intérêt que pour constater le décès et délivrer le permis d’inhumer.
Ce 17 août, après l’avoir un tant soit peu arrangée robe et savates, cheveux aussi -, Tronchet avait soulevé Germaine, et, tout en ayant soin d’éviter les ornières du chemin, il avait entrepris de la ramener à la ferme, le regard porté loin devant, jusqu’où, semblait-il, l’horizon se heurtait aux montagnes. Son regard, que pas une larme ne troublait, ne ñxait rien de précis, hormis ce que sa mémoire fidèle à quelques instants de sa vie lui avait alors imposé. Tel ce joyeux rire, le rire d’Antoine, le ñls qu’il avait eu de Germaine, le rire aigrelet, déjà très lointain d’un enfant heureux d’apporter avec lui, comme un trésor entre ses mains, ce que sa maîtresse, un jour, lui avait appris à l’école. Cette phrase que Victor Hugo avait écrite cent quatre vingt-onze années plus tôt, en août 1825 : «La vallée de Sallanches est un théâtre; la vallée de Servoz est un tombeau; la vallée de Chamonix est un temple… », comme lui et Adèle, son épouse, accompagnés de leur petite Léopoldine, alors âgée de un an, voyageaient à travers les Alpes. « La vallée de Sallanches est un théâtre… » Antoine l’avait répétée à ses parents, lors du repas du soir, tandis que sa mère s’occupait à remplir son assiette. Tronchet, en l’écoutant, avait tenté un léger sourire. Ce que Hugo avait écrit était si vrai. »

À propos de l’auteur
Gérard Glatt est né en 1944, à Montgeron, quelques semaines avant la Libération.
Pour étrange que ce soit, ses premiers bonheurs, c’est la maladie qui les lui offre, à l’âge de sept ans, quand une mauvaise pleurésie le cloue au lit des mois et des mois. Il découvre la lecture, et cette collection fameuse du Petit Livre d’Or.
Pendant ses études secondaires à Paris, Gérard Glatt a pour professeurs l’écrivain Jean Markale, spécialiste de la littérature celtique, puis René Khawam, orientaliste renommé et traducteur des Mille et Une Nuits. A la même époque, il rencontre Roger Vrigny – l’année où celui-ci reçoit le prix Femina – et Jacques Brenner, alors éditeur chez Julliard. L’un et l’autre, qui connaissent bien « le besoin d’écrire », l’encouragent à poursuivre ses débuts littéraires: il leur a déjà soumis plusieurs textes.
Quelques années plus tard, après de fastidieuses études de droit, il entre dans l’administration des Finances où il fait connaissance de Pierre Silvain, sans doute l’une des plus fines plumes contemporaines. Pierre Silvain le soutient à son tour. En 1977, son premier roman, Holçarté, est publié chez Calmann-Lévy où il retrouve Roger Vrigny, devenu directeur littéraire. En 1981, aux éditions Hachette, sortent les Contes du Pays Basque, puis il collabore à la revue Europe. Il quitte alors l’administration pour prendre la direction d’un cabinet de conseil en commerce extérieur.
Aujourd’hui, Gérard Glatt s’est retiré pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il partage son temps entre la région parisienne et la Bretagne. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il publie aux Presses de la Cité Retour à Belle Etoile et Les Sœurs Ferrandon. (Source : Presses de la Cité)

Site internet de l’auteur 

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Les Déraisons

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En deux mots:
Une bouleversante histoire d’amour doublée d’un procès surréaliste. La dernière année que Louise et Adrien passent ensemble réserve bien des surprises. Une histoire servie par une langue étincelante de fantaisie. Un gros coup de cœur!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Toutes les Déraisons d’y croire

C’est l’histoire de Louise et d’Adrien. De l’année durant laquelle Louise se bat contre un cancer du poumon, soutenu par Adrien. Un drame plein de fantaisie.

Quelquefois la vie est si terriblement injuste qu’il vaut mieux en rire. L’humour devient alors le stade suprême du désespoir et une manière de nous faire accepter l’inéluctable. Comme la mort d’un être cher. Chose impensable, inimaginable, comme le chantaient les Rita Mitsouko
Le cancer
Que tu as pris sous ton bras
Maintenant
Tu es en cendres, en cendres
La mort
s’est comme une chose impossible
C’est à cette douloureuse expérience que va être confronté Adrien le jour où il va apprendre que son épouse Louise va devoir lutter contre un cancer du poumon. Mais, à l’image de Marcia Baila, c’est sur un rythme entraînant, plein de poésie et d’inventitvité qu’Odile d’Oultremont nous raconte cette année particulière. Un véritable tour de force qui entraîne le lecteur dans un tourbillon d’émotions.
Tout commence le 3 octobre 2016, alors que s’ouvre un procès devant le tribunal de première instance de Bruxelles. Les audiences doivent définir si Adrien Bergen a perçu indûment 28400 € de la société AquaPlus qui l’emploie.
Mais, avec un joli sens de la construction et du suspense, Odile d’Oultremont interrompt son récit, car il faut pour comprendre ce qui se trame dans ce tribunal, reonter une dizaine d’années plus tôt.
À ce jour d’octobre 2005, lorsqu’Adrien rend visite à Louise Olinger pour lui annoncer une coupure d’eau de trois jours. Habitué aux récriminations, il est surpris par la réaction de Louise, qui est plus attentive à la forme du message qu’à son fond. Le dialogue qui suit donne le ton de tout le roman : « Je suis venu vous prévenir que, malheureusement, à partir du 17 octobre, nous devrons procéder au remplacement de canalisations, ce qui implique que, malheureusement, l’eau sera coupée pendant trois jours. Dans tout le quartier…
Elle protesta aussitôt.
– Non, non, non !
– Laissez-moi vous…
Je dis non, l’interrompit-elle. Pas pour la coupure d’eau. Je dis non à deux utilisations consécutives de l’adverbe « malheureusement » dans une même phrase. Ça, c’est non!
– Pardon?
Ce n’est pas joli, ni raffiné, ni très positif, « malheureusement », alors si en plus vous le dites deux fois…
Adrien se figea. Quelque chose lui échappait.
– Ah bon. Excusez-moi.
– Mais non! Ne vous excusez pas, c’est vraiment la dernière des choses à faire!
La situation ne s’arrangeait pas. Adrien aspirait à un point d’amarrage, à quelque chose de familier, une réaction normale.
– Ah bon…, répéta-t-il. Qu’est-ce que je dois faire alors?
J’en sais rien, agissez, remplacez le mot, que sais-je?
– OK… je vais le remplacer, d’accord… donc à partir du 17 octobre nous devrons malheureusement procéder au remplacement de canalisations, ce qui implique que l’eau sera coupée… ce qui est très dommage…
Il lui lança un regard interrogateur.
– « Ce qui est très dommage… « , ça vous convient?
Louise éclata de rire.
– Époustouflant !
Il soufila, rassembla ses forces, et répéta :
– Donc… l’eau sera coupée, ce qui est très dommage, pendant trois jours. »
C’est ainsi que commence leur belle histoire d’amour. Quand Adrien découvre les talents de cette cliente, artiste à l’imagination débordante qui, au fil des heures et des jours qui suivent va lui permettre d’élargir son horizon et de constater que «l’imagination de Louise le propulsait comme un puissant moteur».
Dès lors, on suit en parallèle ce procès et la chronique des premières années de la vie du couple, revenant aussi sur quelques épisodes marquants de leur jeunesse, comme le traumatisme subi par Louise quand sa mère disparaît, jusqu’à cette funeste année durant laquelle le cancer fait son travail de sape.
Louise choisit de ne pas se plaindre, mais un peu comme Mathieu Malzieu et son Journal d’un vampire en pyjama de mettre encore davantage de vie «d’élaborer, de rêver, d’imaginer, de peindre, de fonder, de rire, de fabriquer, de concevoir, d’innover, d’écrire, de dessiner, de susciter, de bâtir, de jouer.»
Adrien se positionne sur le même registre. Il devient «le mécène de la planète Louise, grasse et vitale, il la polissait, la coiffait, lui injectait des vitamines, la labourait et la désinfectait, et, pour la protéger, il avait constitué une armée robuste, dont il était le seul soldat.»
Pendant ce temps son avocat tente de démontrer que son employeur, qui a mis près d’une année avant de constater qu’il était absent, portait aussi une part de responsabilité dans cette «placardisation». Le président Albert Vaxe, dont c’est sans doute l’une des dernières affaires, commence à trouver l’affaire beaucoup plus intéressante que prévue. Et pendant que la camarde aiguise sa faux et qu’une ribambelle de charlatans proposent leurs remèdes miracle, Adrien s’essaie torero à l’assaut des tumeurs ou encore lion pour pousser des rugissements propres à faire reculer les métastases. C’est magnifique et poignant comme tous ces combats que l’on sait perdus d’avance, mais qui sont d’autant plus beaux qu’ils sont inutiles. Il y a la majesté de Don Quichotte dans cette guerre, la poésie fantastique qui se découvre quand sur la plage, il ne reste que L’Ecume des Jours.
2018 pourrait bien être une année riche en découvertes. Odile d’Oultremont, retenez bien ce nom. Car il y a toutes Les Déraisons d’y croire !

Les Déraisons
Odile d’Oultremont
Éditions de l’Observatoire
Roman
217 p., 18 €
EAN : 9791032900390
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Belgique, à Bruxelles et environs.

Quand?
L’action se situe de 2005 à 2016, avec quelques retours en arrière dans la biographie des protagonistes.

Ce qu’en dit l’éditeur
La vie d’Adrien et de Louise est un chaos enchanteur. Méritant et réservé, il travaille pour assurer leur quotidien.
Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle désaxe la réalité pour illuminer leur ordinaire.
Leur équilibre amoureux est bouleversé le jour où l’agenda stratégique de l’employeur d’Adrien coïncide avec la découverte de tumeurs dans les poumons de sa femme.
Pendant que les médecins mettent en place un protocole que Louise s’amuse à triturer dans tous les sens, l’employé modèle est exilé par un plan social aux confins d’un couloir. Sidéré, Adrien choisit pour la première fois de désobéir : il déserte son bureau vide pour se dévouer tout entier à Louise, qui, jour après jour, perd de l’altitude.
Mais peut-on vraiment larguer les amarres et disparaître ainsi sans prévenir ?
Et les frasques les plus poétiques peuvent-elles tromper la mélancolie, la maladie et finalement la mort ?

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Les autres critiques
Babelio
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
Le Figaro
Blog Carobookine
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)

Les premières pages du livre
« 3 octobre 2016
La pièce est magistrale. Ses murs dressés comme des remparts soutiennent une voûte suspendue à plusieurs mètres du sol, sculptée en éventail et percée d’une imposante lucarne. Par-delà, le ciel dispense sa lumière matinale, une colonie de nuages traverse lentement le tableau. Adrien ne peut s’empêcher de penser que, de là-haut, Louise doit se marrer.
Dans cette salle de justice, l’air en circulation lente a pris la couleur presque jaune des époques antérieures. Depuis la disparition de sa femme, il y a quelques mois, ici ou ailleurs, à tout moment, c’est comme si le présent était déjà ancien. En ñlant, Louise a emporté les pigments clairs de l’oxygène, elle s’est barrée avec le blanc. La vision d’Adrien a reculé d’un cran sur la palette Pantone. Même les murs de ce tribunal sont devenus légèrement plus foncés. Adrien observe le trône du président, une simple chaise posée derrière un imposant bureau face à l’assemblée. Dans quelques minutes, il va devoir répondre à des questions officielles, trier les mots, les peser, les modérer, les tempérer, il ignore s’il dispose encore de telles capacités dans son stock intérieur, ces dernières années, il n’a plus rien utilisé de tel.
Au fond de lui, ça marche, ça court, ça rampe, ça se cogne aux lines parois de ses entrailles, entre côtes et organes patrouillent en désordre curiosité et appréhension.
Le président du tribunal n’est pas tout jeune. il est petit, et le fait qu’il soit assis n’y change rien. Il est ratatiné à la fois des membres inférieurs et du torse, un tronc fin et compact, physiquement condensé, lyophilisé. »

Extrait
« À l’aube, le lendemain, Louise se leva d’un bond, saisit le visage d’Adrien à pleines mains et l’embrassa avec force. Elle fonctionnait parfois avec agressivité, c’était une manière d’imposer aux traces laissées dans son sillage de demeurer vivaces, sa façon maladroite de se rappeler à lui.
Elle annonça une fois debout comme on déclame un poème :
– Aujourd’hui, journée en O !
– Encore?
– Bon dodo?
– Ramollo. Et toi mon angelot?
– Oui ! Excitée par ma première chimio!
Et voilà, malgré la nuit sans fermer l’œil, malgré le poids de l’anxiété, elle le ramassait comme le sucre en poudre dans une petite cuillère, il n’y avait plus qu’à embrayer, c’était presque une obligation morale: on ne laisse personne seul avec une telle quantité de bonne volonté.
– T’es dingo…
Il l’embrassa.
– Je t’accompagne à l’hosto.
Louise se cabra, licorne grognon, gamine indignée.
– Tu vas au bureau!
– No…
– So !
Une heure plus tard, à l’arrêt de bus, Adrien profita des dernières hésitations de la porte pour s’embarquer à bord. »

À propos de l’auteur
Odile d’Oultremont est scénariste et réalisatrice. Les Déraisons est son premier roman. (Source : Éditions de l’Observatoire)

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«Les loyautés» – revue de presse


Bel entretien avec Delphine de Vigan à propos des Loyautés «le souffle qu’elle a trouvé pour écrire ce nouveau roman extrêmement nerveux à la construction narrative imparable et son souci d’être toujours dans le vrai, de tendre un miroir à la société.»

 
Voici, pour ceux qui auraient envie d’en savoir davantage sur l’auteur et le roman, une revue de presse qui prouve combien ce roman a réussi, en ce début d’année, à amener la lumière vers lui.
Ma collection de livres

Les autres critiques:
Babelio

La presse
ELLE
Madame Figaro (Tran Huy Minh)
Publik’ART (Delphine de Loriol)
Le Temps (Eléonore sulser)
Marie-Claire (Fabrice Gaignault)
Moustique.be (Sébastien Ministru)
France Culture (L’invité des matins)
Télérama (Nathalie Crom)
Radio Classique (Olivier Bellamy)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Marie France (Valérie Rodrigue)
Famille Chrétienne (Olivia de Fournas)
Atlantico

Les blogs
Carobookine
Blog My pretty Books
Blog Les petits livres by smallthings
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Marie lit en pyjama
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Songe d’une nuit d’été, webzine au féminin
Blog C’est quoi ce bazar
Blog Le boudoir de Nath
Blog Histoires d’en lire
Blog Anything is possible
Blog Les livres de George
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)

Bonus


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

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L’enlèvement des Sabines

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En deux mots:
Pour son départ, Sabine se voit offrir une autre Sabine, la poupée gonflable qui va dés lors l’accompagner et la transformer. Une fable sociale originale qui n’est pas faite pour les dégonflés.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La femme et la poupée

Émilie de Turckheim nous revient avec un roman aussi original que dérangeant, aussi gonflé que la poupée qui y joue un rôle prépondérant.

La vie de Sabine n’est pas des plus joyeuses. Entre un compagnon tyrannique, un travail décevant, une mère qui n’a que peu de considération pour elle, elle esaie de faire bonne figure. Avant de toucher le fond, elle décide de démissionner pour se donner un peu d’air. Pour son pot de départ une surprise l’attend. Ses collègues ont choisi de lui offrir une poupée qui porte le même prénom.
Cette seconde Sabine mesure 1,58 m pour 40 kg. Fabriquée par une entreprise familiale située au Mans, elle est faite en élastomère thermoplastique «avec toucher effet peau et finitions réalistes».
Son premier réflexe est de revendre cet encombrant cadeau: «Ayant passé l’âge de jouer à la poupée, je la revends sans y avoir touché. Prix proposé: 6 999 € ». Sauf que Sabine a quelques atouts. Elle est silencieuse, calme et toujours présente.
Elle ne téléphone pas de manière intempestive comme le fait la mère de Sabine en se plaignant que le répondeur n’accepte pas de messages plus longs que deux minutes. Des messages qui montrent tout à la fois que cette ancienne mannequin à une bien piètre image de sa fille et une préférence affirmée pour sa sœur Fanny, une avocate «responsable et bosseuse».
La poupée Sabine écoute avec un sourire gentil sa nouvelle «propriétaire», bien loin de ce que lui fait subir Hans, son mari metteur en scène prompt à la dévaloriser ou même à l’humilier.
Émilie de Turckheim a eu la bonne idée de proposer entre les chapitres quelques dialogues éclairants qui viennent alterner avec le long monologue de la narratrice. Des discussions qui illustrent la difficulté à dialoguer de manière apaisée, des débuts qui ne seraient sans doute pas importants, s’ils ne s’accompagnaient de préjugés blessants.
« L’époux. — L’humanité entière sait pourquoi tu ne conduis pas ! Tes grands-parents sont morts dans un abominable accident de voiture! Grillés dans les flammes! Pauvre petite fille ! Tout le monde perd ses grands-parents, Claire! Et c’était il y a vingt-cinq ans!
L’épouse. — Ils sont morts sous mes yeux! J’ai passé un mois en réanimation à l’hôpital! J’ai eu des greffes de peau! J’ai failli mourir!
L’époux. — Moi j’ai failli mourir d’une intoxication à la salmonellose en colonie de vacances. Tout le monde a failli mourir une fois dans sa vie. On n’a pas tous des chauffeurs pour autant.
L’épouse. — Inculte.
L’époux. — Qu’est-ce que tu racontes?
L’épouse. — Quinze jours de vacances et tu n’emportes pas un seul livre.
L’époux. — Tu vas encore me faire chier avec cette histoire de livres? En vacances, je me repose! Je ne fais rien! Je me vide la tête!
L’épouse. — Il n’y a rien à vider! Ta tête est déserte! Même Dieu n’est pas dans ta tête! Tu n’as pas de Dieu! Tu ne vois pas Dieu! »
Et tandis que la situation empire, un petit miracle se produit : Sabine aide Sabine à s’émanciper… allant même jusqu’à transformer les sarcasmes de son mari en jalousie. Dès lors le roman prend une toute autre dimension. La violence sourde et le machisme rampant viennent se fracasser sur la solidarité nouvelle entre la femme et la poupée. Le rôle de l’homme et de la femme au sein du couple sont remis en question et vont finir… mais vous le découvrirez par vous-mêmes !
Ce roman est sélectionné pour le Prix Anaïs Nin 2018 qui récompense «une œuvre qui se distingue par une voix et une sensibilité singulières, l’originalité de son imaginaire et une audace face à l’ordre moral». Inutile d’ajouter que L’Enlèvement des Sabines répond parfaitement à ces critères.

L’enlèvement des Sabines
Émilie de Turckheim
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
224 p., 17 €
EAN : 9782350874333
Paru le 11 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Avec impertinence et humour, L’Enlèvement des Sabines démonte la mécanique des rapports de force et opère une libération, aux confins du meurtre et de la folie.
Pour son pot de départ, Sabine reçoit une sex doll. Stupéfaite, la jeune femme rentre chez elle accompagnée de sa poupée aux seins démesurés et au visage figé de manga. Un renversement s’opère face à cette étrange colocataire convoitée et confortablement installée.
D’un naturel effacé, Sabine se confie et pas à pas s’impose dans le jeu mortifère de son couple avec Hans – un metteur en scène mondialement connu pour ses spectacles ultra réalistes, encensé par toute la critique qui veut y lire une dénonciation de la violence.
Pourtant en coulisse sévit un monstre féroce protégé par son charme, son succès et son aura de créateur génial.

Les autres critiques
Babelio
Toutelaculture.com
Lecteurs.com (Alsk Leska)
Emission Dans quelle éta-gère (Monique Atlan)


Émilie de Turckheim présente L’enlèvement des Sabines © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre 
Noma Takeshi : journaliste au Nikkan Gendai.
Gidayū Takemoto : en couple avec Sayana depuis un an.

L’entretien a lieu à Hiroshima, chez M. Gidayū, dans un appartement
d’une seule pièce, au 9e étage d’une tour.

Noma Takeshi Est-ce qu’on doit chuchoter ? Je vois qu’elle se repose…
Gidayū Takemoto Non, non… on peut parler normalement. Sayana est une poupée, elle n’entend pas.
N. T. Pour vous, Sayana est bien plus qu’une poupée… Vous la considérez comme votre compagne, je crois…
G. T. Oui, Sayana est ma compagne. Je partage ma vie avec elle.
N. T. Et elle ? Est-ce que Sayana partage sa vie avec vous ?
G. T. Bien sûr. Nous partageons tout. Je vais fermer le store si ça ne vous dérange pas, avec ce soleil qui entre il fait très chaud.
N. T. Ils ont annoncéde grosses chaleurs pour aujourd’hui et apparemment, ce sera pire demain. Monsieur Gidayū, racontez-nous une journée typique avec Sayana.
G. T. Rien de spécial… On se réveille à 5 h 50, on se lave, après on mange en tête-à-tête à cette table. Sayana est toujours assise de votre côté, à votre place. Elle n’est jamais assise ailleurs. Tous les couples ont leurs habitudes… Je lui sers son tamago kake gohan et des tsukemono, même si elle ne les mange pas. Je lui parle de ce que j’ai dans la tête… les soucis… ma mère… Je vous ai dit au téléphone que ma mère était malade… Et aussi les problèmes à l’usine… Ou parfois on mange en silence. Et puis je l’embrasse avant de partir au travail. Je lui dis : «À ce soir, Sayana. Passe une bonne journée». Et le soir, je la retrouve exactement à la même place, assise là.

Extrait
« Sabine, c’est moi, c’est maman. Je n’ai pas dormi de la nuit… c’était couru d’avance… On ne peut pas dormir dans ces conditions… Je suis épuisée… J’ai fini par appeler ta sœur à 5 h 15 du matin… Je m’en voulais de la réveiller, mais je n’avais pas le choix… j’étais angoissée, j’avais le cœur qui battait à cent cinquante à l’heure… Tu ne vas pas en croire tes oreilles : ta sœur était déjà levée! À 5 heures du matin! Elle a une audience très importante à 11 heures… elle était plongée dans son dossier… Elle reprenait tous les points, un par un, pour son client… Si un jour tu commets un crime… si tu étrangles Hans… prends ta sœur pour te défendre… Tu sortiras du tribunal innocente comme un bébé au sortir du ventre sa mère… Bref je lui explique que tu es sur le point de laisser tomber ton travail sur un coup de tête et que ça serait bien qu’elle prenne un moment pour te parler… J’avais un peu honte de l’embêter avec cette histoire… elle qui est tellement responsable et bosseuse… elle a d’autres chats à fouetter… et là je réalise qu’elle est déjà au courant… Non seulement elle sait que tu démissionnes, mais elle le sait depuis des mois… Mets-toi à ma place, Sabine! Je passe pour quel genre de mère? C’est tout à l’honneur de ta sœur… Fanny est une tombe. Quel que soit le secret qu’on lui confie, elle gardera la bouche cousue »

À propos de l’auteur
Née en 1980 à Lyon, Émilie de Turckheim publie à vingt-quatre ans Les Amants terrestres. Son expérience de visiteuse de prison lui inspire Les Pendus (2008) et Une sainte (2013). Elle reçoit le prix de la Vocation pour Chute libre (2009). Elle est modèle vivant pour des peintres et des sculpteurs, une expérience qu’elle relate dans La Femme à modeler, paru en 2012. En 2013, elle publie également deux albums pour la jeunesse Jules et César et Mamie Antoinette aux éditions Naïve. Elle reçoit le prix Roger Nimier pour La Disparition du nombril (2014). Suivra Popcorn Melody en 2015. L’enlèvement des Sabines est son neuvième roman. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson / Wikipédia)

Site Wikipédia de l’auteur

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Mille soleils

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En deux mots:
Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre vont être victime d’un accident de voiture sur les pistes d’Argentine. Un choc terrible qui va faire vaciller leurs certitudes et leur rapport à la vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’enfer

Une journée particulière pour quatre hommes, victimes d’un accident sur les routes argentines. Un huis-clos bouleversant.

7h 35. Une journée pas tout à fait comme les autres commence pour Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre. Les quatre hommes se retrouvent pour rejoindre Mendoza où un avion doit les mener jusqu’à Buenos-Aires. Au fil des pages, nous allons découvrir le parcours de chacun d’eux, les liens qu’ils ont noués, leurs projets respectifs. Vadim, chercheur en physique des particules, prend le volant aux côtés d’Alexandre qui a installé les panneaux solaires du centre de recherche. Avec eux voyagent aussi Wolfgang, un astrophysicien, «spécialiste des noyaux actifs des galaxies et des rayons cosmiques» ainsi que Simon, chargé de rédiger un article sur les rayons cosmiques pour le CNRS. « Ils sont partis à 8h 30. Ils avaient 450 kilomètres de route à parcourir, dont 200 km de piste. Ils viennent de passer la borne rouge et blanc qui indique le kilomètre 3456 de la route qui symbolise l’Argentine tout entière, et traverse le pays sur 5224 kilomètres, de l’extrême sud de la Patagonie jusqu’à la provience de Jujuy à la frontière bolivienne: la route 40.»
Rien de particulier à signaler durant la première heure de route, si ce n’est la vitesse de croisière de Vadim, un peu trop rapide pour cette piste empruntée par le Paris-Dakar un mois plus tôt.
À 9h 21, ils croisent une routarde hirsute qui a campé sur le bord de la route et qui leur adresse un petit salut auxquelles nos machos répondent par un nuage de poussière. Mathilde, sur laquelle nous reviendrons, s’en souviendra.
À 9h 23 min 58 s « C’est la fin du voyage. La voiture bondit. Elle sort de la piste, elle pulvérise des cailloux sur le bas-côté et le choc brutal renverse instantanément le Suzuki. Il part en tonneaux. A l’instant qui précède le premier impact, Alexandre essaie de se tenir à la poignée du plafonnier et Wolfgang et Simon sont suspendus, en lévitation au-dessus de leurs sièges, les yeux mirés sur la trajectoire erratique de la voiture. Personne ne prononce le moinde son, pas de houlà, pas d’insulte, pas de putain, pas de merde, pas le temps.
Après le premier choc d’une violence extrême, la voiture se met à tourner sur elle-même dans le sens des aiguilles d’une montre. Elle frappe d’abord sur le côté droit de l’habitacle, du côté d’Alexandre et de Wolfgang. Dans un bruit de tôle froissée, elle cogne cinq, six, sept fois le sol désertique. »
Le roman prend alors une toute autre dimension. À compter du moment où on voit la mort de près, on est un autre homme. Il y a cet instinct de survie, ce besoin de bouger pour voir si la mécanique répond toujours, l’envie de se confier ou encore, la névessité de laisser un message, de donner une image de soi plus juste.
Alexandre, sur son brancard, théorise sur les femmes qui sont passées dans sa vie, sur l’amour «qui existe puisqu’on l’a inventé» et pense à Léna qu’il a rencontré sur la route. Ne se fourvoie-t-il pas avec son besoin maladif d’être aimé ? «Ne pourrait-on pas vivre heureux sans amour, concentré sur ses tâches, libéré des baisers ?»
Wolfgang, quant à lui, n’est pas surpris outre mesure. Cela tient sans dout edu miracle qu’à 58 ans il soit encore en vie, car il a failli perdre la vie à de nombreuses reprises, à commence rpar le jour de sa naissance ! De là vient sans doute aussi son goût pour la rêverie solitaire.
Simon ressemble le plus à l’auteur qui confiera qu’il a aussi été victime d’un accident en Argentine : « Il y a eu un mort, j’étais vraiment à la place à côté du mort et j’ai vraiment marché des kilomètres. »
Parti chercher des secours, il va croiser Mathilda qui, elle, a choisi sa galère. « À 59 ans, un beau jour de novembre, Mathilda n’est pas rentrée chez elle. Elle a laissé deux messages brefs, un à son mari (« ne me cherche pas ») et un à ses enfants (« je vous aime »). Elle a vidé son compte en banque, elle s’est acheté de nouveaux vêtements, elle a pris un billet d’avion pour Anchorage, loué une voiture, vivoté de motel en motel pendant quelques semaines, avant de devenir l’heureuse propriétaire d’un vélo VTL de marque Raleigh avec lequel elle a parcouru du nord au sud, de l’Alaska à l’Argentine, pas loin de 13000 kilomètres. Elle en a bavé. »
La confrontation des parcours respectifs des protagonistes est saisissante. Jusqu’à 22h 10, au terme de cette journée quelques certitudes vont vaciller, quelques itinéraires vont dévier de leur trajectoire.
Si nous sommes ici dans un registre totalement différent des souvenirs d’enfance d’Un parfum d’herbe coupée, on retrouve cette faculté de l’auteur à raconter des histoires, également présente dans Le goût du large. Une jolie performance, surout lorsque l’on sait que parallèlement Nicolas Delesalle s’est beaucoup investi dans le lancement de l’ebdo, en kiosque ce 12 janvier, un «journal d’information, sans pub, indépendant et inspirant» a qui nous souhaitons également bon vent !

Mille soleils
Nicolas Delesalle
Éditions Préludes
Roman
256 p., 15,60 €
EAN: 9782253107873
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Argentine, sur la route menant de Malargüe vers Mendoza. On y évoque aussi Paris, Anchrorage, l’Allemagne, Johannesburg, le Pérou, la Bolivie, Venise et Yakoutsk, «la ville la plus froide du monde».

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ils sont quatre, réunis en Argentine par le travail et des passions communes. Vadim le taiseux aime la physique des particules, et le bel Alexandre a installé des panneaux solaires sur les 1 600 cuves de l’observatoire astronomique de Malargüe. Avec ses yeux clairs, Wolfgang est un astrophysicien rêveur, spécialiste des rayons cosmiques d’ultrahaute énergie. Quant au jeune Simon (qui consulte toujours Clint Eastwood avant de se décider), il doit écrire un article sur ces rayons pour le CNRS. Ils ont quelques heures pour parcourir 200 kilomètres de piste et prendre leur avion à Mendoza. Pourtant, en une seconde, leur existence va basculer.
Que faire quand le drame survient et que, du haut d’un volcan, seul le ciel immense de la pampa vous contemple ?
Avec ce huis clos à ciel ouvert, Nicolas Delesalle signe une histoire d’une intense émotion parcourue de paysages sublimes, d’instants tragiques mais aussi d’humour et de poésie. Un roman envoûtant, qui reste longtemps en tête une fois le livre refermé.

Les critiques
Babelio
Berthine magazine (entretien avec l’auteur)
L’Etudiant autonome
Blog Libellule livresque


Nicolas Delesalle présente son ouvrage Mille Soleils © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Réveil, douche, serviette, caleçon, jean, tee-shirt, chaussures, lacets, petit déjeuner. Une tartine, un café. Quelques mots échangés du bout des lèvres. Il est trop tôt. L’homme est une esquisse au réveil, un brouillon. Brossage de dents face au miroir. Observation de la mise. Se regarder sans se voir. La valise est prête : trois chemises sales, deux tee-shirts sales, cinq caleçons et paires de chaussettes sales, un jean louche, un pull propre, deux bouteilles de vin argentin, une trousse de toilette, un rasoir mécanique, de la mousse fraîcheur mentholée, une brosse à dents souple, profilée comme la coque d’un voilier de course, un tube de dentifrice, un flacon de parfum, un déodorant, un coupe-ongles. Les draps sont froissés, roulés en boule. Laisser la chambre d’hôtel sans espoir de la revoir. Oublier un livre dans les toilettes. Un dernier regard pour dire mentalement adieu aux objets, le lit deux places en bois sombre, la lampe de chevet à l’abat-jour jaunâtre, le parquet qui craque, le faux tapis persan bon marché, la grande armoire massive en bois de peuplier, le plafond bleu indigo. Sortir. Un couloir, deux bibelots : un vase en laiton et une statuette de femme accroupie et lasse. La porte blanche de la maison est déjà entrouverte. Le chemin est dallé. Les sacs sont lourds. Chargement dans le coffre, en bon ordre. Monter en voiture. S’asseoir confortablement. Étendre ses jambes. Le voyage sera long. Les portières claquent. Une clé s’enfonce dans la fente prévue à cet effet. Compression, essence, étincelle, explosion. Le moteur démarre. Des gens dehors disent au revoir. Ils sourient. Les mains se dandinent de gauche à droite, de droite à gauche. La voiture s’ébroue, tousse comme un fumeur à l’aube, puis trouve sa voix et traverse la ville endormie. Ici ou là, une insomnie éclaire la fenêtre d’une maison basse sans toit. Grande ligne droite, vieil asphalte des années 1960 ou 1970, granuleux, couvert de rustines de bitume plus foncé. De moins en moins de maisons et de lampadaires. Ça y est. La ville est loin derrière, petit éclat qui s’estompe peu à peu. Les phares fendent la nuit en deux blocs d’encre noire. Dans le ciel, les galaxies des Nuages de Magellan ont disparu depuis longtemps. La route tire de longs segments au milieu d’un désert de terre craquelée, de crottin de cheval et de broussailles. Lentement, une lueur pâle et violacée se hisse à l’est, elle gonfle, elle gomme les étoiles une par une, et elle embrase l’horizon. Et puis, après quelques minutes de vide, il se passe quelque chose. La journée change de nature. À partir de cet instant-là, chaque seconde compte, celle d’avant, celle d’après et toutes les autres. »

À propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama pendant quinze ans, directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est l’auteur d’Un parfum d’herbe coupée et du Goût du large. Mille soleils est son troisième roman. Il est à présent rédacteur en chef d’Ebdo. (Source : Éditions Préludes)

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Une fille, au bois dormant

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En deux mots
Bérénice a l’impression que sa vie passe à côté d’elle. Alors qu’elle vient d’accoucher, on lui retire des dossiers au sein de son agence de com. Comment fera-t-elle entendre sa voix ?

Ma note
★ ★ ★ ★ (j’ai adoré)

Une fille au bois dormant
Anne-Sophie Monglon
Éditions du Mercure de France
Roman
192 p., 17 €
EAN : 978-2-7152-4529-7
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ton sommeil c’est d’abord ça, la tentation d’être ailleurs, l’obsession par moments, à d’autres la dispersion, l’engagement comme un mot abstrait, le voyage dans le passé, le futur, le vague, le refuge dans la forêt.
Lorsque Bérénice Barbaret Duchamp, 33 ans, cadre dans une grande entreprise de communication, rentre de congé maternité, elle sent qu’on la regarde différemment. En son absence, des changements notables ont eu lieu. Progressivement elle est mise à l’écart.
Bérénice, qui n’a jamais cherché à être en première ligne ou dans la lumière, aurait tendance à accepter la situation, comme anesthésiée. Mais son mari et son amie Clara la secouent : elle doit se battre ! À la faveur d’un stage de développement personnel – « placer sa voix pour trouver sa voie » –, elle se lie d’amitié avec Guillaume, le formateur musicien. Chez le jeune homme, elle décèle un possible alter ego. Cette rencontre, conjuguée avec les sollicitations toujours plus urgentes de son nourrisson, lui donnera peut-être la volonté de se réveiller.
Avec ce premier roman, Anne-Sophie Monglon peint la trajectoire d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail, qui tente de se réapproprier sa propre vie et de lui donner un sens.

Ce que j’en pense
« Il y a ce conte qu’on connaît tous. Une jeune fille, à la suite d’une malédiction, tombe en sommeil. Son évanouissement n’ôte cependant pas les couleurs vives de son teint, ses joues sont incarnates et ses lèvres comme du corail. Cette jeune fille, c’est BBD, la Belle au bois dormant, et BBD c’est aussi toi, Bérénice Barbaret Duchamp, trente-trois ans, cadre moyenne, mariée, un nourrisson, flottant depuis près de vingt ans dans un sommeil singulier. » Pour son premier roman, Anne-Sophie Monglon revisite le conte de la Belle au bois dormant, mais dans une version XXIe siècle. C’est au moment où elle aurait pu – dû ? – croquer la vie à pleines dents que Bérénice est victime de la malédiction. Le bac en poche, elle préfère s’effacer pour que Luc, son amoureux, ne lui reproche pas de le détourner de ses objectifs scolaires. Au fil des années et malgré des études brillantes, un emploi dans une grande agence de com et un mari architecte, elle va rester en retrait, reproduisant un schéma bien ancré : « Toutes ces femmes, on leur a appris à mettre en sommeil leurs aspirations. Et elles ont été consentantes, ont préféré rester au chaud plutôt que lutter. C’était le prix à payer, ont-elles cru, pour être acceptées dans un monde d’hommes. »
Et ce n’est sans doute pas sa récente grossesse qui va la réveiller. Après la naissance de Pierre, elle voit aussi ses attributions se réduire comme peau de chagrin. Ajoutez un mari peu présent pour tenter de contrer son Baby blues et vous aurez les ingrédients d’un drame ordinaire dans lequel Bérénice s’enfonce.
Pour la secouer Anne-Sophie Monglon choisit la seconde personne du singulier. Ce «tu» de l’injonction. Car en effet, «il serait temps que tu fasses entendre la voix qui dit je, qui ne se planque pas» Pour ce faire, un coach vocal vient à son secours.
Guillaume est un prof de chant, mais aussi un auteur qui entend produire un nouvel album. Avec lui, Bérénice va enfin trouver un moyen d’avancer. Mais parviendra-t-elle à se réveiller ? C’est tout l’enjeu de ce roman qui, mieux que bien des études sociologiques, nous explique la violence d’un système qui entend placer l’homme devant la femme, consciemment ou inconsciemment, au sein de la famille et surtout au sein de l’entreprise. Un roman très original dans la forme et puissant sur le fond. Bref, une jolie réussite !

68 premières fois
Blog L’Insatiable (Charlotte Milandri)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Mémo Émoi 
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio 
Actualitte.com 
Blog La lectrice à l’œuvre (Christine Bini)
Blog Lire au lit 
Blog Un monde littéraire 

Les premières pages du livre
« Donc ça commence comme ça. Tu attends Clara, elle tarde, la pièce où tu te trouves est vide et tu te laisses traverser par l’air – tiède, un peu lourd, pesanteur de particules fines, de gaz d’échappement – et par les bruits – ronflement du boulevard Ornano à gauche, son métronomique d’une balle contre un mur dans la cour de droite, de temps en temps un oiseau lance un cri.
Tout est calme autour de toi et en toi. Il y a eu quelques semaines un peu délicates à ton retour de congé maternité, mais maintenant tout est calme. Évidemment, ton job a été allégé, avec l’arrivée de votre nouveau P-DG et la crise, il fallait bien s’attendre à quelques changements.
Précisément, ce qui s’est passé, c’est qu’on t’a enlevé les prezzes, les Présentations en interne des Cahiers documentaires que tu rédiges. Hugues, ton boss, t’a expliqué, la nouvelle direction veut des gens à l’aise à l’oral et c’est bien naturel, non? Ça ne t’a pas dérangée, ça t’a même soulagée, de ne plus faire les Présentations. Elles sont toujours source de stress pour toi, tu connais toutes les faiblesses de tes Cahiers – chaque fois tu te dis que si tu avais eu plus de temps, tu aurais rendu quelque chose de plus consistant, quant au discours oral, on te demande là aussi d’aller vite et, du coup, à force de chercher le mot juste, tu bégaies, reste bloquée, c’est ce qui t’es arrivée pour la présentation du dernier hiver, un blanc, le trou noir, l’envie d’y disparaître, tu n’aimes pas l’oral. »

Extrait
« Dans le boulot, aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le soi est une marque – elle déclame pour bien marquer qu’elle n’y croit qu’à moitié, Personal branding.
Tu ne sais pas quoi dire. Souvent aussi face à Clara, un temps d’arrêt. Elle développe ce qu’elle estime être une manière intelligente de comprendre le concept du soi comme marque. Tu as du mal à l’écouter. Tu entends une autre histoire sous ses mots. Celle d’une fille, toi, qui n’a pas su passer d’une époque où la pudeur pouvait être une qualité à une où elle est devenue ringarde. Cette histoire, elle sonne juste, Clara est bonne à l’oral, mais tu n’es pas sûre qu’elle tiendrait à l’écrit.
Ton amie s’est maintenant tue et, dans la place que te laisse son silence, tu remplaces son histoire par la tienne, celle que tu aimes te raconter.
Tu es une fille qui n’a pas un ego surdimensionné, qui préfère être plutôt que paraître. Tu monteras sur la scène du travail quand tu te sentiras prête. C’est ce que tu dis à Clara. Quand? Elle a mis de l’agressivité dans sa voix. Elle continue à te chercher, c’est sa conception de l’amitié. Pourquoi pas?
Quand j’aurai mieux en main mes cahiers, sans doute. Tu les visualises à ce moment-là, le brouillon qu’ils représentent, oui, tu monteras sur la scène quand tes études seront plus abouties, c’est ce que tu te formules, que tu ne dis pas à Clara mais à quoi elle semble répondre, La vie est ici et maintenant. » (p. 17)

À propos de l’auteur
Anne-Sophie Monglon est originaire de Nice et vit à Paris où elle a crée en 2009 son agence de conseils littéraires. Doctorante en littérature comparée de l’université Paris-Sorbonne, elle a enseigné à l’université de Reims, à l’école HEC et à l’école Centrale. Elle a été lectrice salariée pendant près de 10 ans pour la collection Blanche des éditions Gallimard. (Source : livreshebdo.fr)

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Une vie sans fin

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En deux mots:
Entendant tenir la promesse faite à sa fille de ne pas mourir, Frédéric Beigbeder va enquêter dans les laboratoires de recherche à travers le monde et tester quelques méthodes novatrices. Un placement de père de famille?

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La mort de la mort

Enquêtant sur les recherches menées pour prolonger la vie, Frédéric Beigbeder nous livre par la même occasion les recettes pour prolonger le roman. Vertigineux!

Quatre ans après Oona & Salinger, voici Frédéric Beigbeder de retour avec Une vie sans fin. Un roman qui n’a pas de fin non plus, mais plusieurs débuts. Il y a d’abord une question de sa fille Romy et la promesse, un poil présomptueuse, qu’il va falloir essayer de tenir :
« — Papa, si je comprends bien, tout le monde meurt? Il va y avoir grand-père et grand-mère, puis ce sera maman, toi, moi, les animaux, les arbres et les fleurs?
— T’inquiète pas chérie, lui ai-je répondu, à partir de maintenant, plus personne ne meurt. »
Il y a ensuite la carrière d’animateur de l’auteur, organisant une émission autour de «La mort de la mort» avec des sommités telles que Laurent Alexandre, Stylianos Antonarakis, Luc Ferry, Dimitri Itskov, Mathieu Terence et Sergueï Brin de chez Google et qui va donner envie d’approfondir le sujet. Il y a enfin l’histoire familiale, qui ne peut laisser indifférent : « Cette année, ma mère a fait un infarctus et mon père est tombé dans un hall d’hôtel. J’ai commencé à devenir un habitué des hôpitaux parisiens. J’ai ainsi appris ce qu’était un stent vasculaire et découvert l’existence des prothèses du genou en titane. J’ai commencé à détester la vieillesse: l’antichambre du cercueil. »
Curiosité intellectuelle, peur de la mort qui s’intensifie après la cinquantaine, mais surtout volonté de relever un défi vont donc pousser le narrateur de ce livre, Frédéric Beigbeder, à enquêter, à voyager, à confronter les opinions et à trouver des réponses. Il nous explique qu’en démarrant cette enquête sur l’immortalité de l’homme, jamais il n’aurait imaginé où elle le mènerait.
Disons d’emblée qu’il en va de même pour nous, lecteurs, et c’est bien ce qui rend l’ouvrage passionnant. Si l’on ne ressort pas immortel de cette lecture, on aura pour le moins appris des tas de choses sur les manipulations génétiques, sur le séquençage du génome, sur la vie augmentée, aidés non seulement par le talent de vulgarisateur de l’auteur, mais aussi par le rôle de cobaye qu’il n’hésite pas à endosser. Quand, par exemple, il part en Autriche régénérer son sang en intraveineuses guidées par laser ou quand il décide de conserver ses cellules souche. Chapitre après chapitre, il va finir pas nous convaincre qu’effectivement les limites sont «repoussables» et que la science avance à grands pas.
On y voit aussi un homme décidé à tirer un trait sur les excès passés. Aux nuits parisiennes, il préfère l’air vivifiant de la Côte Basque où il est désormais installé. Il a démissionné de Canal+ et de la direction du magazine Lui. Sans dévoiler la fin, on pourra dire qu’il débouche sur une nouvelle vie avec une troisième épouse et deux filles.
Encore deux remarques en guise de conclusion. La construction de ce roman répond aussi à un souci d’explorer de nouvelles voies avec le souci d’augmenter là aussi les dimensions du livre, au propre comme au figuré. Comme dans les guides pratiques, on y trouve aussi des listes, des citations ou encore des compte-rendu médicaux. Cela pourra dérouter les puristes, mais cela donne à mon sens un attrait supplémentaire à cette course contre une fin qui n’est plus aussi sûre.

Une vie sans fin
Frédéric Beigbeder
Éditions Grasset
Roman
360 p., 22 €
EAN : 9782246812616
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et nous entraîne également en Suisse, en Autriche, aux Etats-Unis ou encore en Israël.

Quand?
L’action se situe de 2015 à 2017.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158 857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.
Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus naturel? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes.
Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. » F. B.
Contrairement aux apparences, ceci n’est pas un roman de science-fiction.

Les critiques
Babelio
GQ 
Marie Claire (Gilles Chenaille – entretien avec l’auteur)
Actualitte.com (Nicolas Gary)
Libération (Luc Le Vaillant – Portrait)
France Dimanche (Laurence Paris)

Les premières pages du livre
PETITE PRÉCISION AYANT SON IMPORTANCE
« La différence entre la fiction et la réalité, c’est que la fiction doit être crédible», dit Mark Twain. Mais que faire quand la réalité ne l’est plus ? La fiction est aujourd’hui moins folle que la science. Voici un ouvrage de « science non-fiction » ; un roman dont tous les développements scientifiques ont été publiés dans Science ou Nature. Les entretiens avec des médecins, chercheurs, biologistes et généticiens réels y sont retranscrits tels qu’ils ont été enregistrés au cours des années 2015 à 2017. Tous les noms de personnes ou d’entreprises, adresses, découvertes, start-ups, machines, médicaments et établissements cliniques mentionnés existent bel et bien. J’ai seulement changé les noms de mes proches pour ne pas les embarrasser.
En démarrant cette enquête sur l’immortalité de l’homme, jamais je n’aurais imaginé où elle me mènerait.
L’auteur décline toute responsabilité quant aux conséquences de ce livre sur l’espèce humaine (en général) et la durée de vie de son lecteur (en particulier). F.B.

1. MOURIR N’EST PAS UNE OPTION
« La mort, c’est stupide. » Francis Bacon à Francis Giacobetti (septembre 1991)
Si le ciel est dégagé, on peut voir la mort toutes les nuits. Il suffit de lever les yeux. La lumière des astres défunts a traversé la galaxie. Des étoiles lointaines, disparues depuis des millénaires, persistent à nous envoyer un souvenir dans le firmament. Il m’arrive de téléphoner à quelqu’un que l’on vient d’enterrer, et d’entendre sa voix, intacte, sur sa boîte vocale. Cette situation provoque un sentiment paradoxal. Au bout de combien de temps la luminosité diminue-t-elle quand l’étoile n’existe plus ? Combien de semaines met une compagnie téléphonique à effacer le répondeur d’un cadavre ? Il existe un délai entre le décès et l’extinction : les étoiles sont la preuve qu’on peut continuer de briller après la mort. Passé ce light gap, arrive forcément le moment où l’éclat d’un soleil révolu vacille comme la flamme d’une bougie sur le point de s’éteindre. La lueur hésite, l’étoile se fatigue, le répondeur se tait, le feu tremble. Si l’on observe la mort attentivement, on voit que les astres absents scintillent légèrement moins que les soleils vivants. Leur halo faiblit, leur chatoiement s’estompe. L’étoile morte se met à clignoter, comme si elle nous adressait un message de détresse… Elle s’accroche.

Frédéric Beigbeder présente son nouveau roman Une vie sans fin © Production Europe 1

À propos de l’auteur
Frédéric Beigbeder est né le 21 septembre 1965 à Neuilly-sur-Seine. Il s’est d’abord fait connaître en fondant le Caca’s Club avant de travailler de nombreuses années dans la publicité. En 1990, il publie son premier roman Mémoires d’un jeune homme dérangé, à La Table Ronde. Les suivants seront tous édités chez Grasset. Comme L’amour dure trois ans et 99 francs – rebaptisé deux ans plus tard 14,99 euros! Ces deux livres ont ensuite été portés à l’écran. Il a reçu le prix Interallié en 2003 pour Windows on the World et le prix Renaudot, en 2009, pour Un roman français – distinction dont il est cette année le président du jury. Après avoir été chroniqueur à Lire, il collabore désormais à la rubrique «Livres» du Figaro Magazine ainsi qu’à la Matinale de France Inter. (Source : magazine Lire).

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Les loyautés

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En deux mots:
Hélène est enseignante. Elle va va remarquer que Théo, l’un de ses élèves de 5e, ne va pas bien et va tenter de l’aider. Ce dernier entraîne son camarade Mathis sur un terrain dangeureux alors que leurs parents respectifs démissionnent. Qui aura le dernier mot?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré))

Ma chronique:
Ivresse et autres bizarreries

Au-delà de l’enfance maltraitée, le nouveau roman de Delphine de Vigan explore un mal du siècle, la difficulté de plus en plus grande de communiquer, de dire les choses.

Alors que l’adaptation cinématographique par Roman Polanski de D’après une histoire vraie est sur les écrans, Delphine de Vigan nous offre un nouveau roman percutant qui explore «les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.»
Donnant, chapitre après chapitre, la parole aux protagonistes, la romancière construit un récit qu’il est difficile de lâcher tant la tension croît au fil du récit. Hélène ouvre le livre. Prof de SVT au collège, elle a l’intuition que Théo, son élève de 5e, cache un secret. Même si aucune trace de coups n’est visible, elle sait par expérience que tous les coups ne laissent pas forcément de marques, du moins physiques. Car Hélène a enduré les jeux pervers de son père, inventeur d’un principe d’éducation particulier, sorte «roue de la fortune»: à chaque mauvaise réponse aux questions diverses et variées qu’il posait, une gifle.
On serait tenté d’écrire que fort heureusement pour elle, un cancer va emporter son bourreau. Elle a alors 17 ans et se promet de devenir enseignante et de de venir au secours des enfants maltraités.
On suit alors le parcours de Théo qui navigue entre sa mère et son père. Des parents qui préfèrent ne pas voir le malaise de leur fils pour se concentrer sur leurs propres déboires engendrés par la faillite du couple et se satisfont de leur stratégie d’évitement que l’enfant a bien intégré : « Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard blasé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse. »
Le goût de la liberté aura pour lui celui de la vodka ou du rhum. Entraînant Mathis, son camarade classe, il va trouver une cachette dans l’établissement scolaire où ils pourront ingurgiter des doses de plus en plus fortes d’alcool.
Cécile, la mère de Mathis, s’alarme à son tour. Mais son fils cache son jeu, balaie ses doutes…
Comme l’écrit fort justement Bernard Pivot dans le JDD, le roman « est une plongée passionnante dans les relations compliquées d’un inévitable trio: parents, adolescents, enseignants. » La démission des uns et la duplicité des autres de même que le pouvoir que peuvent exercer les uns sur les autres font que la peur s’immisce dans les relations et brouille les messages. La déloyauté l’emporte sur la loyauté, même si au bout du compte personne n’est vraiment dupe: « C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsqu’enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »
Comme dans Les heures souterraines les personnes que la vie n’a pas épargnées sont au centre de ce court roman, coupant comme une lame de rasoir et dont je gage que vous serez très impatients de connaître l’issue.

Les Loyautés
Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782709661584
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»
Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ?
Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils.
Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Les critiques
Babelio
ELLE 
Blog Carobookine 
Blog My pretty Books 


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

Les premières pages du livre 
« Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

HÉLÈNE
J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries. »

À propos de l’auteur
Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan se lance à 21 ans dans la vie active, après une formation au Celsa. En 2002, elle est directrice d’études dans un institut de sondage quand elle publie sous pseudonyme (Lou Delvig) son premier livre, Jours sans faim. Des nouvelles et trois romans plus tard – dont No et moi et Les Heures souterraines – l’écrivaine créé l’événement avec Rien ne s’oppose à la nuit, portrait de sa mère bipolaire, suicidée en 2008.
Plus d’un million d’exemplaires vendus. Le succès, fulgurant, fragilise son auteure: qu’écrire après? Comment revenir au roman d’imagination? Ce séisme donnera naissance à D’après une histoire vraie, salué par le prix Renaudot 2015. Les Loyautés confirme que, pour Delphine de Vigan, rien ne s’oppose à la fiction. (Source : Magazine Lire)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Un funambule sur le sable

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En deux mots:
Né avec un petit violon dans la tête, la vie de Stradi n’a rien d’une sinécure. On va suivre la bande-son de son existence de sa jeunesse à sa postérité. Fantastique !

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

Un funambule sur le sable
Gilles Marchand
Éditions Aux forges de Vulcain
Roman
360 p., 19,50 €
EAN : 9782373050288
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, dans différents endroits qui ne sont pas nommés et le long de la route qui mène aux vacances à la mer et passe par les châteaux de la Loire.

Quand?
L’action se situe à la fin du siècle dernier.

Ce qu’en dit l’éditeur
Stradi naît avec un violon dans le crâne. D’abord condamné à rester à la maison, il peut finalement aller à l’école et découvrir que les plus grandes peines de son handicap sont l’effet de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants. Mais, à ces souffrances, il oppose chaque jour son optimisme invincible, hérité de son père inventeur et de sa mère professeur. Et son violon, peu à peu, va se révéler être un atout qui, s’il l’empêche de se concentrer sur ses devoirs, lui permet toutes sortes d’autres choses : rêver, espérer… voire parler aux oiseaux.
Un jour, il rencontre l’amour en Lélie. Ils vont s’aimer, se quitter, se retrouver, et faire couple. Jusqu’au moment où cette fantaisie permanente de Stradi va se heurter aux nécessités de la vie adulte : avoir un travail, se tenir bien en société, fonder une famille. Comment grandir sans se nier ? Comment s’adapter sans renoncer à soi ?
Dans ce deuxième texte empreint de réalisme magique, Gilles Marchand, après le succès d’Une bouche sans personne, livre un beau et grand roman d’éducation, étonnant manifeste pour la différence, et pour les puissances de l’imagination, qui permettent de vaincre le réel, quand celui-ci nous afflige et nous opprime. Un roman plein de musique, de fantaisie, d’imagination, de lumière et d’optimisme, accompagné par la musique des Beach Boys, et brillant de mille éclats empruntés à Gary, Vian et Perec.

Ce que j’en pense
Gilles Marchand sait joliment mêler le vrai et le faux, le drame et la légèreté, la fantaisie et la construction soignée. C’est ce que j’écrivais à propos de son premier, Une bouche sans personne, découvert l’an passé avec les 68 premières fois.
Il confirme son talent avec son second opus. Aux qualités du premier, on ajoutera cette fois une touche de fantastique, du côté de Marcel Aymé ou de Boris Vian.
Dès la naissance du narrateur l’extraordinaire se produit, au grand désarroi du corps médical : il faut bien se rendre à l’évidence, le bébé a un petit violon dans la tête. Quatre cordes qui ne vont pas tarder à jouer dans le cerveau de l’enfant provoquant l’incrédulité, la surprise ou même la gêne de la famille et des proches.
Et alors que l’enfant tente de maîtriser la musique dans sa tête, son père qui entend être un grand inventeur va essayer de comprendre, sans grand succès il faut bien l’avouer.
Pour sa mère, qui l’entoure de tout son amour, il faut qu’il mène une vie des plus normales, qu’il oublie ce handicap. Aussi, quand il commence à parler aux oiseaux, elle ne veut pas le croire, cette activité étant réservée aux «fous». Ses camarades de classe ont tout autant de peine à accepter cette différence, ajoutant un brin de cruauté à leur jugement.
Fort heureusement, il y a Max et Lélie. Le premier est également handicapé à la jambe et devient vite le meilleur ami de celui que l’on surnomme désormais Stradi. Ensembles, ils vont partager jusqu’à leurs rêves. Lélie est la fille dont il tombe amoureux et avec laquelle, après maintes péripéties, il finira par partager sa vie. Car pour l’heure, il faut bien reconnaître que toutes ses tentatives d’intégration se soldent par des échecs. Qu’il souffre physiquement et psychologiquement.
C’est que Gilles Marchand, sous couvert d’une fable poétique, nous offre un formidable plaidoyer pour ce fameux droit à la différence. Lucide, Stradi constate combien il est difficile de vivre quand on sort du moule : « J’y avais bien réfléchi, ce n’était pas le monde qui n’était pas fait pour moi, mais la société, ce qui est totalement différent. Rien ne m’empêchait de vivre, d’être heureux et amoureux. Le système scolaire attendait de moi que je suive le même rythme que mes camarades, les parents de Lélie désiraient un jeune homme comme les autres pour leur fille, les médecins attendaient une tête sans instrument. La société dans son ensemble n’attendait et ne désirait qu’une seule chose de moi : que je sois comme tout le monde. (…) La société a établi tout un tas de règles mais n’avait rien prévu pour les gens qui n’étaient pas capables de les suivre pour des raisons indépendantes de leur volonté. Elle les acceptait mais ne leur donnait pas une réelle chance à part celle de rester bien sagement assis sans trop déranger et surtout, surtout, sans oublier de lui dire merci. »
L’optimisme et l’amour, la tendresse et l’humour seront les antidotes de Stradi et la récompense du lecteur, une fois encore emporté par la plume alerte de l’auteur.

Autres critiques
Babelio
Blog L’Albatros (Nicolas Houguet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle 


À l’occasion du Livre sur la Place à Nancy, Gilles Marchand présente Un funambule sur le sable © Production Librairie Mollat

Extrait
« Au début, je n’avais pas vraiment conscience de ma différence. D’autant que, il faut bien le reconnaître, les personnes extérieures à la famille n’avaient aucun moyen de savoir que j’avais un violon fiché à l’intérieur du crâne. Je n’attirais pas les regards, je ne suscitais pas la curiosité des gens que je croisais lorsque nous nous promenions. Je pouvais passer pour un petit garçon comme les autres. Force est d’ailleurs de constater que mes parents faisaient tout leur possible pour m’offrir une enfance normale. C’est dans le cadre familial que cette différence était omniprésente. J’étais au centre de toutes les attentions, on me surveillait comme l’huile sur le feu, on guettait mes réactions, on me protégeait, on me surprotégeait. Je ne saurais dire comment le vivait mon frère aîné. S’il était aimé autant que moi, il ne bénéficiait pas de ce statut à part que la nature m’avait conféré. Lui était comme les autres : il pouvait courir, sauter, jouer, tomber sans que cela soit la source d’une inquiétude générale. Je le suivais dès que je pouvais, partageant au mieux ses jeux toujours plus audacieux, dès que la vigilance de mes parents déclinait. Car là était le nœud du problème : nul ne pouvait prévoir les réactions du violon ni ce qui se passerait si je me cognais violemment la tête. »

À propos de l’auteur
Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Eric Bonnargent. Une bouche sans personne est son premier roman. (Source: Éditions Aux Forges de Vulcain)

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Il n’y a pas d’internet au paradis

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En deux mots:
Le drame du harcèlement professionnel en entreprise trouve une illustration dans l’histoire du suicide d’un cadre informatique et dans l’entreprise de reconstruction auquelle est confrontée son épouse, la narratrice du roman.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Il n’y a pas internet au paradis
Gaëlle Pingault
Éditions du jasmin
Roman
224 p., 19,90 €
EAN : 9782352842200
Paru en septembre 2017

Où?
Le roman se déroule en France.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Gentiment bourgeois bohèmes sans être tout à fait dupes, Alex et Aliénor s’aiment, envisagent de faire un enfant ou deux, et de se déconnecter d’un monde qui va trop vite. Mais la Grande Entreprise en a décidé autrement. À coups de réorganisations, elle consomme de l’être humain comme une machine du carburant : sans états d’âme.
Entre chagrin et souvenirs, la colère d’Aliénor monte contre l’entreprise, mais aussi contre Alex, à qui son amour n’a pas suffi pour continuer à vivre. Et puis le deuil se fait, Aliénor commence une existence nouvelle, un peu hésitante, avec une seule certitude : face à l’adversaire, il ne faut pas plier.
Sans rien masquer de la souffrance de son personnage, l’écriture enlevée, touchante et drôle de Gaëlle Pingault réussit à tenir à distance la cruauté des entités déshumanisées pour laisser à l’individu toute la place, car en continuant à chercher son paradis sur cette Terre et dans cette vie, il est le seul grain de sable capable de gripper la machine.

Ce que j’en pense
« Tu disais : « Il n’y a pas Internet au paradis ». La formule t’était venue un jour, en vacances. Nous prenions le soleil dans un joli coin de bord de mer, en Bretagne Nord oui, j’ai bien dit « soleil » et « Bretagne Nord » dans la même phrase, particulièrement mal couvert par les réseaux de téléphonie mobile. Nous nous sentions un peu seuls au monde, ce qui était un comble vu le nombre de touristes qui arpentaient les rues du village. Mais nous étions loin des contraintes, et nos téléphones n’avaient pas suffisamment de peps pour nous les rappeler. Après un jour ou deux de cure de désintoxication express, ce furent des vacances parfaites.
Un soir de ces vacances idylliques, tu m’as dit: « Il n’y a pas Internet au paradis. » j’étais un peu partie, je crois, la faute aux mojitos à tomber par terre d’un petit pub hautement sympathique où nous traînions souvent le soir. La musique y était bonne. Ceci expliquait cela. »
Cette jolie formule, qui donne son titre à ce premier roman et qui est expliquée dans ce passage, révèle avec beaucoup de pudeur et un peu de poésie le drame que vit Aliénor. Son mari Alex s’est suicidé et ne lui adressera ni courriels, ni SMS. Pas plus qu’il ne concrétisera leurs projets communs, comme cette envie de retrouver la campagne et un rythme de vie différent. Alex n’aura pas supporté la pression de son entreprise et particulièrement celle de son supérieur répondant au doux nom de «Boucher». Au fil des pages, le lecteur va découvrir comment le harcèlement professionnel peut conduire à de telles extrémités, mais aussi combien le système peut défendre ces cadres supérieurs que personne n’ose nommer appeler assassins. Et pourtant…
Voici donc Aliénor qui nous raconte les jours heureux, leur vie de couple, mais aussi le poids de l’absence et les doutes qui s’emparent d’elle: «Je ne sais pas si je vais savoir faire ma vie sans toi. Recommencer officiellement à vivre, sortir du no man’s land tolérable après ton décès.» L’envie de mettre les coupables devant leur responsabilité et surtout la culture (une rencontre en librairie, la visite d’une exposition d’art) vont toutefois lui permettre de rebondir et de transformer cette histoire violente et douloureuse en un roman de la résilience pour ne pas dire de la renaissance.
Gaëlle Pingault écrit sur le fil du rasoir et réussit le tour de force, pour un premier roman, de nous confronter avec une actualité brûlante. À l’image de ces informations que distille la radio au fil des jours et qu’Alex aimait bien commenter – et qui parsèment le livre – elle offre ainsi au lecteur le miroir de notre société et de ses dérives.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Passion de lecteur
Blog Mes écrits d’un jour (Héliena Gas)

Les autres critiques
Babelio
Blog Les chroniques de Mandor (Entretien avec l’auteur)
Blog A bride abattue
Blog Encres vagabondes

Extrait
« Sait-on seulement à quel point il est facile de détruire des hommes ? Des êtres sans histoire et sans fêlure particulière ? Des hommes solides, bien campés sur leurs jambes, qui en ont déjà vu dans leur vie et à qui on ne la fait pas ? Des hommes au clair avec eux-mêmes et bien dans leurs pompes ? Je ne suis pas sûre que tout le monde ait bien conscience du degré de vulnérabilité de l’être humain. Peut-être, sans doute, est-ce aussi bien ainsi. Au moins, ceux qui n’ont pas connaissance de cet état de fait ne tentent pas d’en jouer. Juste pour le fun, tiens, pour faire mumuse, essayons de bousiller untel. Ce qui est terrifiant, c’est qui si ça nous prenait, on y arriverait. Nous sommes tous des bourreaux en puissance. »

À propos de l’auteur
Nouvelliste, et maintenant romancière, animatrice d’ateliers d’écriture, orthophoniste, bretonne. Et réciproquement, ou l’inverse. Ça dépend du sens du vent. Celui que je préfère, moi, c’est le noroît qui claque. Pas très sérieuse, enfin pas trop, parce que la vie est trop courte pour ça. Déjà 40 ans de passés, c’était bien, merci. Barman, vous m’en remettrez le double, s’il vous plaît ? Un homme, une petite fille de moins en moins petite, la mer à 50 km: triangle parfait, équilibre atteint. (Source: Éditions du Jasmin)

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