Mythomanie, mon amour

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En deux mots:
Voilà comment une rencontre fortuite entre un professeur de 39 ans et une étudiante de 20 ans va donner lieu à un superbe roman sur l’amour et sur tous les sentiments qu’il peut exacerber.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Mythomanie, mon amour

Un écrivain de 39 ans rencontre une étudiante de 20 ans. Mais leur belle histoire d’amour résistera-t-elle à l’épreuve du temps? D’autant que le soupçon s’installe…

« J’allais avoir trente-neuf ans quand j’ai rencontré l’étudiante à la Sorbonne, où j’avais pris l’habitude d’écrire – romancier égaré dans les prolongations de sa jeunesse. L’été finissait. Un look de jeune fille modèle bâillonnant une silhouette de dancefloor, cheveux châtains dépeignés, yeux verts, une saharienne beige sur des jambes hâlées, des tropéziennes grillageant ses chevilles, elle me précédait cet après-midi-là dans le hall de la bibliothèque. « Si elle me tient la porte, je lui parle, si elle ne me la tient pas, c’est qu’elle veut m’éviter ! », m’étais-je dit, sans réfléchir à l’absurdité d’une telle déduction, puisque, distraite, absorbée dans ses pensées, l’étudiante aurait pu ne pas me voir, et puisque, aussi bien, me tenir la porte aurait pu n’être qu’une simple politesse. » Dès les premières lignes de son nouveau roman, Philippe Vilain nous en livre les clés: il va nous raconter une histoire d’amour improbable, fruit du hasard, née grâce à une porte de bibliothèque.
Une histoire d’amour que leur écart d’âge rend précieuse, comme on le dit d’une grossesse qui arrive tard. Pour le narrateur, ce caractère particulier va le pousser à soigner précieusement cette relation, allant jusqu’à faire de la belle Emma Parker l’objet de toutes ses attentions, nous en dévoilant le caractère, les faits et gestes, les habitudes vestimentaires – la brindille mini jupée, la fashionista – et les goûts en matière littéraire – Nabokov (oui, l’auteur de Lolita) et Kundera (oui, l’auteur de L’insoutenable légèreté de l’être) ou encore automobile (la voiture rouge du titre).
S’il se rend pas compte combien elle préfère ne penser qu’à l’instant, « Elle m’aimait comme on aime à vingt ans, pour elle-même, non pour moi. » il va bien devoir lui aussi réviser ses plans à plus ou long terme. Car la belle étudiante annonce tout de go qu’elle souffre d’une grave maladie et que ses jours sont comptés. Nous voici, narrateur et lecteur, plein de compassion pour cette héroïne trop jeune et trop belle pour mourir.
« Pour la majorité des vivants qui ne connaissent pas la date de leur mort, le temps est une donnée abstraite, un sentiment vague d’une durée indéterminée qui ne nous fait éprouver aucune urgence: nous avons le temps; mais pas pour les autres, les malades, les condamnés, le temps est compté, l’avenir réduit à peau de chagrin, et chaque minute doit donner la preuve d’exister, chaque jour doit être un tourbillon, comme une fête. C’est la philosophie qu’Emma avait choisie pour vivre les jours qu’il lui restait. Elle voulait tout faire, tout voir, tout vivre; même dans son sommeil, elle s’agitait, pour ne pas rester inoccupée. Emma débordait d’énergie. Son insouciance me subjuguait. Il fallait qu’elle s’étourdisse. » Peu importe alors les doutes sur la solidité de leur union ou encore le regard des collègues, des parents, de la société. Seul compte leur bel amour.
C’est alors que tout va basculer. Emma Parker n’est qu’une mythomane. On comprend alors mieux pourquoi elle refusait qu’on l’accompagne à ses rendez-vous à l’hôpital. Avec subtilité et un sens aigu de la narration Philippe Vilain nous donne une admirable leçon sur les ficelles du roman. Pour peu que le lecteur adhère à la thèse qui lui est proposée, il se laisse aveugler. Il trouve Emma Parker merveilleuse avant de la trouver odieuse. Il trouve le narrateur suffisant, Don Juan un peu ridicule avant de compatir une fois la mythomanie découverte.
Dès lors, quelle issue donner à l’union? Partir? Rester? À vous de découvrir comment va se terminer ce roman qui explore tous les sentiments autour de l’amour, de la culpabilité à la jalousie, de l’aveuglement à la douleur, de la conquête à l’absence. N’hésitez pas à emprunter ces tourbillonnantes montagnes russes du sentiment, car le voyage en vaut la chandelle !

La Fille à la voiture rouge
Philippe Vilain
Éditions Grasset
Roman
252 p., 19 €
EAN : 9782246861324
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma Parker a vingt ans. Fille d’un diplomate américain, habituée des soirées de la jeunesse dorée, elle conduit une voiture rouge, porte une jupe rouge, brûle les feux rouges. Tout en elle est rouge d’insolence et d’ambition. Étudiante dans une université parisienne, elle rencontre le narrateur, un écrivain de près de deux fois son âge. Tout va très vite, tout est joyeux : ils s’aiment, ils sortent, ils marchent la nuit dans Paris…
Et tout change soudain, quand Emma apprend à l’écrivain qu’elle souffre d’une maladie peut-être fatale. Une nouvelle histoire d’amour commence, d’autant plus vive que la mort s’annonce. Mais qui est vraiment Emma Parker ? S’inspirant d’une aventure personnelle, Philippe Vilain, grand analyste du sentiment amoureux, donne dans ce roman prodigieusement virtuose une Surprise de l’amour contemporaine.

Les critiques
Babelio
Culture-Tops 
Traversées, revue littéraire (Nadine Doyen)
Philosophie magazine (Alexandre Lacroix – entretien avec l’auteur)
Europe 1 (Interview)
Blog Booquin (Christine Larrouy)
Blog Envies de livres
Blog chocolatcannelle
Blog Efffleurer une ombre
Blog Brice fait des phrases (avec un questionnaire proposé à l’auteur)


Philippe Vilain présente La Fille à la voiture rouge © Production Hachette France

Les premières pages du livre
« L’amour, moi qui ne cesse d’écrire sur l’amour, je me demande parfois si ce n’est pas l’amour qui m’écrit, en m’imposant ses histoires, ses hasards et ses romans, ses bonheurs et ses mensonges. J’allais avoir trente-neuf ans quand j’ai rencontré l’étudiante à la Sorbonne, où j’avais pris l’habitude d’écrire – romancier égaré dans les prolongations de sa jeunesse. L’été finissait. Un look de jeune fille modèle bâillonnant une silhouette de dancefloor, cheveux châtains dépeignés, yeux verts, une saharienne beige sur des jambes hâlées, des tropéziennes grillageant ses chevilles, elle me précédait cet après-midi-là dans le hall de la bibliothèque. « Si elle me tient la porte, je lui parle, si elle ne me la tient pas, c’est qu’elle veut m’éviter ! », m’étais-je dit, sans réfléchir à l’absurdité d’une telle déduction, puisque, distraite, absorbée dans ses pensées, l’étudiante aurait pu ne pas me voir, et puisque, aussi bien, me tenir la porte aurait pu n’être qu’une simple politesse. Je ne me serais sans doute pas posé de questions face à une femme de mon âge. L’étudiante devait avoir vingt ans, un peu plus, un peu moins, je ne savais pas : difficile d’évaluer l’âge que l’on a quitté depuis longtemps. J’ai oublié les mots que je bafouillais quand l’étudiante se retourna pour me tenir la porte, mais je me souviens de son sourire qui, pensais-je, approuvait ma démarche. Elle reprit son souffle dans les escaliers, avec un léger affolement dont je me persuadai d’être la cause, qui n’était sans doute pas plus intense que le mien, étouffé par l’expérience. Je précise les détails de cette rencontre parce que me fascine l’aléatoire de l’amour et qu’il m’amuse de penser combien notre histoire dépendit d’un geste qu’elle aurait pu ne pas faire, d’une phrase que j’aurais pu ne pas dire.
Cette porte vitrée, qui ouvre sur la bibliothèque de la Sorbonne, est désormais condamnée suite à d’importants travaux – curieuse issue pour celui qui, comme moi, aime donner du sens à son passé. Par la suite, cette porte a souvent hanté mes rêves. Parmi les plus spectaculaires que je me rappelle, il y a celui, assez drôle, où la poignée de cette porte me reste dans les mains et m’enferme dans la bibliothèque toute une nuit ; il y a aussi celui où la porte, instable, me tombe dessus quand je la tire vers moi. Mais il y a surtout le rêve de l’incendie, où une foule de jeunes gens en panique se pressent derrière la porte bloquée, aux vitres incassables ; de l’autre côté, j’aperçois l’étudiante, debout à côté d’un vélo, qui me fixe impassiblement, sans hurler, résignée, mais je ne peux rien pour elle. »

Extrait
« Pour la majorité des vivants qui ne connaissent pas la date de leur mort, le temps est une donnée abstraite, un sentiment vague d’une durée indéterminée qui ne nous fait éprouver aucune urgence: nous avons le temps; mais pas pour les autres, les malades, les condamnés, le temps est compté, l’avenir réduit à peau de chagrin, et chaque minute doit donner la preuve d’exister, chaque jour doit être un tourbillon, comme une fête. C’est la philosophie qu’Emma avait choisie pour vivre les jours qu’il lui restait. Elle voulait tout faire, tout voir, tout vivre; même dans son sommeil, elle s’agitait, pour ne pas rester inoccupée. Emma débordait d’énergie. Son insouciance me subjuguait. Il fallait qu’elle s’étourdisse. »

À propos de l’auteur
Philippe Vilain est romancier et essayiste. Il est l’auteur chez Grasset de plusieurs romans, Paris l’après-midi (2006), Pas son genre (2011, adapté au cinéma par Lucas Belvaux), La femme infidèle (prix Jean Freustié, 2013) et d’essais, comme La littérature sans idéal (2016). (Source : Éditions Grasset)

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Une femme, belle comme un Rembrandt

SEIGLE_mobylette_debarrasEn deux mots:
Reine est seule, au désespoir. Sans emploi avec trois enfants à charge, elle se débat avec des idées noires jusqu’au jour où elle trouve une mobylette sous un fatras de déchets. Une mobylette synonyme de travail, de rencontres, de liberté…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Une femme, belle comme un Rembrandt

La vie de Reine ressemble à un cauchemar jusqu’au jour où elle découvre une mobylette sous des décombres. Elle entrevoit le bout du tunnel, mais le malheur est comme une sangsue.

Jusqu’où faut-il sombrer pour envisager de se prendre la vie? De quelle profondeur doit être le désespoir pour vouloir que ses enfants l’accompagnent dans cet ultime voyage? Reine est au bout du rouleau. Son mari l’a quittée. Elle se trouve seule avec Sacha, Igor et Sonia et voit bien qu’elle n’y arrive pas, que sans travail, elle n’aura guère de perspectives à s’offrir, à leur offrir. Durant un instant, mais qui va la marquer durablement, elle s’imagine les tuer avant de se donner la mort durant «la nuit impossible».
Ce que Jean-Luc Seigle nous fait toucher ici du doigt avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, c’est ce goût si amer, si écœurant du malheur. De ces gens qui se retrouvent au ban de la société, rebut d’un système qui broie les plus faibles. « On ne tue plus à bout portant les pauvres qui se rebellent. Aujourd’hui on les tue en les abandonnant, en les affamant, en les oubliant. »
Pourtant Reine rêve d’un travail, d’un statut qui lui permettrait de prouver à ses enfants qu’ils avaient tous une place dans ce monde, voir eun bel avenir. « Au fond, elle n’a rien voulu d’autre dans sa vie qu’inventer le paradis, sans pour autant l’étendre à toute la terre comme sa communiste d’Edmonde le lui avait appris; Reine voulait seulement l’inventer dans sa maison. Peut-être l’étendre jusqu’au jardin. Ça lui paraissait raisonnable. »
Mais pour cela, il faut sans doute un petit miracle. Qui va finir par arriver. En dégageant le débarras qui s’est accumulé dans son petit jardin, derrière les lits cassés, les vieux pneus, les bouts de tôles, les morceaux de poteaux électriques et les traverses de chemin de fer et trois cuvettes de WC neuves, elle déniche une mobylette bleue des années soixante qui est en état de marche.
Du coup, elle va pouvoir faire les quelques kilomètres qui la séparent de l’entreprise de pompes funèbres qui sont à la recherche d’une personne capable de préparer les corps pour l’enterrement. Après un court entretien, elle est embauchée. Va pouvoir offrir à ses enfants un peu davantage que le strict nécessaire. C’est un premier pas sur le chemin du bonheur: « Les enfants médusés, ne posent aucune question. Sacha se contente de dire: « Tu touches les morts », avec une certaine admiration. Sonia ajoute: « Non elle ne les touche pas, elle les habille pour les faire beaux. » Igor est des trois le plus impressionné à l’idée que sa mère serve de passeur entre des vivants qui ne le sont plus et Dieu que personne ne voit. Il aime les points de force de sa mère, son courage, sa vivacité, son acharnement à vouloir transformer la réalité. »
Une réalité qui du coup a le parfum de la rosée qu’elle peut humer à la vitesse de ses déplacements, qui a le goût de la pluie qu’elle affronte joyeusement sous l’abri de plastique qu’elle a confectionné. Alors que les choses semblent s’arranger, voilà qu’elle tombe en panne. Et qu’un second miracle l’attend sur la parking où elle a poussé sa mobylette. Il a les traits d’un chauffeur hollandais qui s’y connaît un peu en mécanique, lui vient en aide et la trouve rayonnante. Jorgen ne rêve dès lors que de la retrouver. Un sentiment partagé qui va très vite se transformer en amour, même se le routier est un homme marié et un père de famille. Régulièrement Reine va retrouver Jorgen sur ce parking. «Nue, Reine est identique à ce qu’elle dégage quand elle est habillée. C’est rare de ne rien dissimuler ou de ne rien exagérer. C’est une splendeur, un réel éblouissement. Il commence à la caresser comme un aveugle. Elle a l’impression qu’il la sculpte ou plutôt qu’il la peint.»
Car le secret de cet homme réside dans une carrière artistique interrompue alors qu’il commençait à être connu. Il a cessé de peindre pour prendre la route et oublier ses toiles. Mais Reine pourrait être sa Hendrickje et lui son Rembrandt. L’abstinence devient alors une douloureuse necessité. Jorgen doit peindre à nouveau pour ne pas mourir. Reine sera sa muse.
« – Tu es le peintre et je suis l’amour du peintre.
Elle attend une réponse.
Jorgen, le géant du Nord, s’agrippe à elle si petite et leurs souffrances se serrent l’une contre l’autre. Il répète sans desserrer son étreinte :
– Oui, je suis le peintre et tu es l’amour du peintre.
Désormais ils pourront faire face ensemble à la brutalité de ce monde qui ne dit jamais son nom et qu’ils subissent pourtant depuis tant d’années avec la même violence : l’insignifiance. »
Seulement voilà, un homme l’attend chez elle. Un homme qui est l’émissaire d’un brutal «retour du réel». Ses trois enfants ont quitté le domicile. Le divorce a été prononcé sans elle, le juge ayant jugé que Sacha, Igor et Sonia seraient mieux chez leur père, les enfants ont été emmenés à Biarritz.
Le ciel qui s’était passablement éclairci s’effondre à nouveau. La maison vide est insupportable. Reine ne voit qu’une issue possible, partir à leur recherche.
Elle enfourche sa mobylette direction Biarritz.
On dira rien de ce long voyage et de son issue, de peur de dévoiler l’épilogue de ce beau roman. De la traque de cette mère, comme une bête qui cherche ses petits, qui est bien décidée à changer les choses, à changer de monde. Disons simplement que l’auteur nous offre ici une des rares héroïnes victimes de l’horreur économique, de cette misère sociale que tous les politiques entendent éradiquer et qui ne cesse de s’étendre. C’est dramatiquement beau, c’est douloureusement sublime.
Notons enfin que le roman est accompagné d’une relation de voyage intitulée «À la recherche du sixième continent». Sous-titrée de Lamartine à Ellis Island, elle nous rappelle qu’«il n’y a pas de lien à faire entre une cathédrale, un camp de concentration et Ellis Island, si ce n’est que sont les rares endroits au monde qui nous bâillonnent. Cela vient des lieux eux-mêmes et de leur histoire. Ils contiennent soit la plus grande souffrance soit la plus grande ferveur humaine. Ellis Island contient les deux.» Une épopée des migrants qui doit venir heurter nos consciences.

Femme à la mobylette
Jean-Luc Seigle
Éditions Flammarion
Roman
228 p., 18 €
EAN : 9782081378681
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Clermont et dans les environs, mais aussi tout au long de la route qui mène jusqu’à Biarritz.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Abandonnée par tous, Reine et ses trois enfants n’arrivent plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Tant de richesses en elle voudraient s’exprimer et pourtant son horizon paraît se boucher chaque jour davantage. Seul un miracle pourrait la sauver… Il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?
Jean-Luc Seigle dresse le portrait d’une femme au bord du gouffre qui va se battre jusqu’au bout. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

Les critiques
Babelio 
Télérama (Fabienne Pascaud)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Carobookine 

Les premières pages du livre
« Reine est une grosse dormeuse. Cette nuit elle n’a pas fermé l’œil. Même pas couchée. Pas déshabillée non plus. Devant sa fenêtre elle est toute débobinée. C’est le mot qu’elle a inventé pour donner un nom à cette fatigue qui la défait et la met en morceaux qu’elle a bien du mal à rassembler ensuite. Elle finit de boire son café. Ça, elle peut encore se le payer. De sa fenêtre, elle mesure pour la première fois de sa vie le poids du silence, le vrai silence, celui sans le chant des oiseaux. C’est implacable. Floconneux. Sourd. Dedans comme dehors. Une impression de tombe.
En s’enfuyant, la nuit ne laisse plus derrière elle qu’une sorte de laitance grisâtre. Tout finit dans l’absence et le silence absolu du monde. Ça lui arrive quelquefois d’avoir des phrases qui lui viennent. Pas des phrases du dedans, des phrases du dehors qui s’encastrent en elle. Loin de la calmer, la phrase excite encore davantage une chose monstrueuse qui ne l’a pas laissée tranquille de toute la nuit. Une obsession contre laquelle elle a tenté de résister tout le temps de cette interminable apnée nocturne. Mais elle sait que le pire est à venir. Elle sait que si elle ne quitte plus cette fenêtre elle ne saura jamais si elle a mis fin à la vie de ses enfants, ou pas. »

Extrait
« Elle veut ouvrir un vrai chemin par lequel ses enfants pourraient se sauver. Rien d’autre. C’est ça, elle aurait voulu les sauver. Elle veut encore les sauver. Faudra bien qu’elle finisse par monter .l’étage. Elle n’arrive pas à se lever. Si elle ne les a pas tués, ce sera pire encore. Elle devra toute sa vie supporter le poids d’avoir une nuit entière pensé mettre fin à la vie de ses enfants, puis à la sienne. Même si la sienne n’a plus aucune importance. »

À propos de l’auteur
Jean-Luc Seigle est dramaturge et auteur de romans parmi lesquels, aux éditions Flammarion, En vieillissant les hommes pleurent (Grand Prix RTL /Lire 2012) et Je vous écris dans le noir (Grand Prix des Lectrices de Elle 2016). (Source : Éditions Flammarion)

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Une histoire des loups

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce premier roman a été accueilli par une critique dithyrambique aux Etats-Unis, le New York Times écrivant, par exemple, que ce roman en comporte de nombreux autres possibles, avec quelques thèmes très forts. On peut y réfléchir sur la façon dont les enfants deviennent en quelque sorte les otages des dogmes de leurs parents, comment on peut faire confiance à des personnes qui nous sont totalement étrangères ou encore comment on définit une famille, si ce n’est pas par la chair et le sang.

2. Parce que la narratrice du roman, Madeline, est une adolescente qui va vivre une année hors du commun. Un roman de formation en quelque sorte, mais davantage basé sur la destruction que sur la construction. Le petit garçon qu’elle garde va mourir, la communauté qui s’était installée là a déserté et ceux qu’elle appelle ses parents ne le sont peut-être pas vraiment. Du coup, il lui reste la forêt et les esprits qui la peuplent.

3. Parce que ce roman s’inscrit dans la lignée de The Girls d’Emma Cline, un roman qui m’a beaucoup plu.

Une histoire des loups
Emily Fridlund
Éditions Gallmeister
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Juliane Nivelt
296 p., 22,40 €
EAN : 9782351781289
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Troublant et poétique, best-seller dès sa parution aux États-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique.

Les critiques
Babelio 
Fragments de lecture… les chroniques littéraires de Virginie Neufville
Blog Addict culture
Blog Tu vas t’abîmer les yeux 
Blog Polar Zone livre
Blog Une souris et des livres 
Blog Léa Touch Book 

Les premières pages du livre
« Ce n’est pas que je ne pense jamais à Paul. Il vient à moi de temps à autre avant que je sois complètement réveillée, mais je ne me souviens presque jamais de ce qu’il a dit, de ce que je lui ai fait ou pas. Dans mon esprit, le gamin s’affale simplement sur mes genoux. Boum. C’est comme ça que je sais que c’est lui : il n’a aucun égard pour moi, aucune hésitation.
On est assis dans la salle du centre d’information du service des forêts, une fin d’après-midi semblable à toutes les autres, et son corps glisse instinctivement vers le mien – pas par amour ni respect, mais simplement parce qu’il ne connaît pas encore les convenances régissant les limites entre deux corps. Il a quatre ans, un puzzle de hibou à terminer, ne lui parlez pas. Je ne lui parle pas. Une avalanche d’aigrettes plumeuses flotte devant la fenêtre, silencieuses et légères comme l’air. Le soleil décline, le puzzle s’assemble en hibou avant d’être désassemblé à nouveau, je demande à Paul de se lever. C’est l’heure d’y aller. C’est l’heure. Mais avant que nous nous levions, avant qu’il se mette à protester en geignant pour rester encore un peu, il se laisse aller contre ma poitrine et bâille. Et ma gorge se serre au point de se fermer. Parce que c’est étrange, vous comprenez? C’est merveilleux, et triste aussi, combien il est bon parfois de sentir quelqu’un d’autre s’approprier votre corps. »

Extrait
« Après avoir commencé puis abandonné un premier cycle au centre universitaire, après avoir été embauchée par une agence d’intérim dans les Twin Cities, je trouvai sur Internet une base nationale de données permettant de saisir le nom de n’importe quel délinquant sexuel pour le pister à travers le pays. On pouvait suivre sa trace marquée d’une ligne rouge sur une carte de chaque État tandis qu’il errait de ville en ville, de l’Arkansas au Montana, en quête d’appartements sordides, tandis qu’il retournait en prison, était libéré à nouveau. On pouvait le voir donner un faux nom et se faire repérer, une vague de messages furieux apparaissant sur la toile chaque fois que cela se produisait. On pouvait observer l’indignation morale. On pouvait le voir retenter sa chance. On pouvait le suivre jusqu’au sud de la Floride, dans les marais où, parmi les mangroves, il ouvrait une petite boutique d’antiquités dans un coin perdu, vendant n’importe quoi, des babioles. Des lanternes rouillées et des canards empaillés, de fausses dents de requin, des boucles d’oreilles en or bon marché. On savait ce qui était à vendre parce que les internautes rafraîchissaient constamment leurs messages, donnant tous les détails. Il y avait tant de gens sur Internet. Ils postaient sans arrêt.»

À propos de l’auteur
Emily Fridlund a grandi dans le Minnesota, où se déroule l’action de son roman, Une histoire des loups, et vit actuellement dans la région des Finger Lakes dans l’État de New York. Titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’Université de Californie, professeur à Cornell, elle a remporté plusieurs prix pour ses écrits publiés dans diverses revues et journaux. Une histoire des loups est son premier roman. (Source : Éditions Gallmeister)

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Femme à la mobylette

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman figure parmi les cinq coups de cœur de la rédaction de l’Express aux côtés d’autres – excellents – romans et que, depuis que j’ai lu En vieillissant les hommes pleurent, je suis une inconditionnelle de l’auteur.

2. Parce que, comme l’écrit Estelle Lenartowicz, « A la croisée du drame social et de la fable romantique, Jean-Luc Seigle tisse le puissant portait d’une femme exclue, à bout de forces, sommée de résister coûte que coûte à la violence du monde d’aujourd’hui. Se cognant aux portes d’une société ultra compétitive, elle va trouver en l’amour l’ultime recours d’une éphémère renaissance. »

3. Parce que le roman est suivi d’un journal de voyage intitulé A la recherche du sixième continent et qui révèle combien le roman est ¬autobiographique et combien l’auteur a voulu en faire une sorte de ¬manifeste politique et littéraire.

Femme à la mobylette
Jean-Luc Seigle
Éditions Flammarion
Roman
228 p., 18 €
EAN : 9782081378681
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Abandonnée par tous, Reine et ses trois enfants n’arrivent plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Tant de richesses en elle voudraient s’exprimer et pourtant son horizon paraît se boucher chaque jour davantage. Seul un miracle pourrait la sauver… Il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?
Jean-Luc Seigle dresse le portrait d’une femme au bord du gouffre qui va se battre jusqu’au bout. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

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Les premières pages du livre
« Reine est une grosse dormeuse. Cette nuit elle n’a pas fermé l’œil. Même pas couchée. Pas déshabillée non plus. Devant sa fenêtre elle est toute débobinée. C’est le mot qu’elle a inventé pour donner un nom à cette fatigue qui la défait et la met en morceaux qu’elle a bien du mal à rassembler ensuite. Elle finit de boire son café. Ça, elle peut encore se le payer. De sa fenêtre, elle mesure pour la première fois de sa vie le poids du silence, le vrai silence, celui sans le chant des oiseaux. C’est implacable. Floconneux. Sourd. Dedans comme dehors. Une impression de tombe.
En s’enfuyant, la nuit ne laisse plus derrière elle qu’une sorte de laitance grisâtre. Tout finit dans l’absence et le silence absolu du monde. Ça lui arrive quelquefois d’avoir des phrases qui lui viennent. Pas des phrases du dedans, des phrases du dehors qui s’encastrent en elle. Loin de la calmer, la phrase excite encore davantage une chose monstrueuse qui ne l’a pas laissée tranquille de toute la nuit. Une obsession contre laquelle elle a tenté de résister tout le temps de cette interminable apnée nocturne. Mais elle sait que le pire est à venir. Elle sait que si elle ne quitte plus cette fenêtre elle ne saura jamais si elle a mis fin à la vie de ses enfants, ou pas. »

Extrait
« Elle veut ouvrir un vrai chemin par lequel ses enfants pourraient se sauver. Rien d’autre. C’est ça, elle aurait voulu les sauver. Elle veut encore les sauver. Faudra bien qu’elle finisse par monter .l’étage. Elle n’arrive pas à se lever. Si elle ne les a pas tués, ce sera pire encore. Elle devra toute sa vie supporter le poids d’avoir une nuit entière pensé mettre fin à la vie de ses enfants, puis à la sienne. Même si la sienne n’a plus aucune importance. »

À propos de l’auteur
Jean-Luc Seigle est dramaturge et auteur de romans parmi lesquels, aux éditions Flammarion, En vieillissant les hommes pleurent (Grand Prix RTL /Lire 2012) et Je vous écris dans le noir (Grand Prix des Lectrices de Elle 2016). (Source : Éditions Flammarion)

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la fille à la voiture rouge

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Philippe Vilain présente son roman ainsi: « La Fille à la voiture rouge est un roman d’amour, sur la différence d’âge dans le couple, l’illusion des sentiments. Un écrivain de trente-neuf ans rencontre une étudiante de vingt ans, Emma Parker, fille d’un diplomate américain, qui fréquente la jeunesse dorée parisienne et roule dans une magnifique Porsche rouge. C’est une mystérieuse jeune fille… Ce roman s’inspire d’une histoire personnelle. »

2. Parce que cette histoire d’amour est aussi et d’abord le roman de la mythomanie. Et si en amour on ment toujours, ici on est dans la pathologie. L’auteur estime même qu’ « Il y a quelque chose de fascinant chez le mythomane. »

3. Pour cet extrait: «Le tourbillon des émotions, les délires poétiques d’Emma, le tumulte menaçant dans lequel son malheur nous plongeait, l’étonnement permanent face à la grâce particulière des instants, l’exaltation de la surprise et de la mélancolie, le gisement de l’improbable et le surgissement de l’inconnu, me donnaient l’impression de vivre quelque chose d’irréel».

 

La Fille à la voiture rouge
Philippe Vilain
Éditions Grasset
Roman
252 p., 19 €
EAN : 9782246861324
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma Parker a vingt ans. Fille d’un diplomate américain, habituée des soirées de la jeunesse dorée, elle conduit une voiture rouge, porte une jupe rouge, brûle les feux rouges. Tout en elle est rouge d’insolence et d’ambition. Étudiante dans une université parisienne, elle rencontre le narrateur, un écrivain de près de deux fois son âge. Tout va très vite, tout est joyeux : ils s’aiment, ils sortent, ils marchent la nuit dans Paris…
Et tout change soudain, quand Emma apprend à l’écrivain qu’elle souffre d’une maladie peut-être fatale. Une nouvelle histoire d’amour commence, d’autant plus vive que la mort s’annonce. Mais qui est vraiment Emma Parker ? S’inspirant d’une aventure personnelle, Philippe Vilain, grand analyste du sentiment amoureux, donne dans ce roman prodigieusement virtuose une Surprise de l’amour contemporaine.

Les critiques
Babelio
Culture-Tops 
Traversées, revue littéraire (Nadine Doyen)
Philosophie magazine (Alexandre Lacroix – entretien avec l’auteur)
Europe 1 (Interview)
Blog Booquin (Christine Larrouy)
Blog Envies de livres
Blog chocolatcannelle
Blog Efffleurer une ombre
Blog Brice fait des phrases (avec un questionnaire proposé à l’auteur)


Philippe Vilain présente La Fille à la voiture rouge © Production Hachette France

Les premières pages du livre
« L’amour, moi qui ne cesse d’écrire sur l’amour, je me demande parfois si ce n’est pas l’amour qui m’écrit, en m’imposant ses histoires, ses hasards et ses romans, ses bonheurs et ses mensonges. J’allais avoir trente-neuf ans quand j’ai rencontré l’étudiante à la Sorbonne, où j’avais pris l’habitude d’écrire – romancier égaré dans les prolongations de sa jeunesse. L’été finissait. Un look de jeune fille modèle bâillonnant une silhouette de dancefloor, cheveux châtains dépeignés, yeux verts, une saharienne beige sur des jambes hâlées, des tropéziennes grillageant ses chevilles, elle me précédait cet après-midi-là dans le hall de la bibliothèque. « Si elle me tient la porte, je lui parle, si elle ne me la tient pas, c’est qu’elle veut m’éviter ! », m’étais-je dit, sans réfléchir à l’absurdité d’une telle déduction, puisque, distraite, absorbée dans ses pensées, l’étudiante aurait pu ne pas me voir, et puisque, aussi bien, me tenir la porte aurait pu n’être qu’une simple politesse. Je ne me serais sans doute pas posé de questions face à une femme de mon âge. L’étudiante devait avoir vingt ans, un peu plus, un peu moins, je ne savais pas : difficile d’évaluer l’âge que l’on a quitté depuis longtemps. J’ai oublié les mots que je bafouillais quand l’étudiante se retourna pour me tenir la porte, mais je me souviens de son sourire qui, pensais-je, approuvait ma démarche. Elle reprit son souffle dans les escaliers, avec un léger affolement dont je me persuadai d’être la cause, qui n’était sans doute pas plus intense que le mien, étouffé par l’expérience. Je précise les détails de cette rencontre parce que me fascine l’aléatoire de l’amour et qu’il m’amuse de penser combien notre histoire dépendit d’un geste qu’elle aurait pu ne pas faire, d’une phrase que j’aurais pu ne pas dire.
Cette porte vitrée, qui ouvre sur la bibliothèque de la Sorbonne, est désormais condamnée suite à d’importants travaux – curieuse issue pour celui qui, comme moi, aime donner du sens à son passé. Par la suite, cette porte a souvent hanté mes rêves. Parmi les plus spectaculaires que je me rappelle, il y a celui, assez drôle, où la poignée de cette porte me reste dans les mains et m’enferme dans la bibliothèque toute une nuit ; il y a aussi celui où la porte, instable, me tombe dessus quand je la tire vers moi. Mais il y a surtout le rêve de l’incendie, où une foule de jeunes gens en panique se pressent derrière la porte bloquée, aux vitres incassables ; de l’autre côté, j’aperçois l’étudiante, debout à côté d’un vélo, qui me fixe impassiblement, sans hurler, résignée, mais je ne peux rien pour elle. »

Extrait
« Pour la majorité des vivants qui ne connaissent pas la date de leur mort, le temps est une donnée abstraite, un sentiment vague d’une durée indéterminée qui ne nous fait éprouver aucune urgence: nous avons le temps; mais pas pour les autres, les malades, les condamnés, le temps est compté, l’avenir réduit à peau de chagrin, et chaque minute doit donner la preuve d’exister, chaque jour doit être un tourbillon, comme une fête. C’est la philosophie qu’Emma avait choisie pour vivre les jours qu’il lui restait. Elle voulait tout faire, tout voir, tout vivre; même dans son sommeil, elle s’agitait, pour ne pas rester inoccupée. Emma débordait d’énergie. Son insouciance me subjuguait. Il fallait qu’elle s’étourdisse. »

À propos de l’auteur
Philippe Vilain est romancier et essayiste. Il est l’auteur chez Grasset de plusieurs romans, Paris l’après-midi (2006), Pas son genre (2011, adapté au cinéma par Lucas Belvaux), La femme infidèle (prix Jean Freustié, 2013) et d’essais, comme La littérature sans idéal (2016). (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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#lafillealavoiturerouge #philippevilain #editionsgrasset #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #littérature #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

Un jour, tu raconteras cette histoire

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce qu’il faut lire Joyce Maynard ! Après Les règles d’usage qui retraçait l’errance d’une adolescente qui perd brutalement sa mère le 11 septembre 2001, elle nous offre un roman dans la veine autobiographique de Et devant moi, le monde, sensible et pudique, sur la rencontre de deux êtres au moment où ils pensaient avoir fait le tour de l’amour.

2. Parce que dès les premières lignes, on ressent l’intensité de cette confession… « Il a fallu l’annonce de sa maladie, suivie de la terrible bataille que nous avons menée ensemble, pour que je perçoive ce que signifie former un couple – être une vraie compagne et avoir un compagnon. Je n’ai compris tous le sens du mariage que lorsque le mien était sur le point de s’achever. J’ai découvert ce qu’était l’amour quand le mien quittait le monde. Voici notre histoire. »

3. Parce que je sais, pour avoir perdu un ami victime de ce même cancer, combien cette maladie est délicate à gérer et combien la peur qui accompagne l’annonce de ce cancer est déstabilisante.

4. Parce ce que ce roman a été sélectionné pour le Grand Prix des lectrices de ELLE dont je trouve les choix très pertinents.

5. Parce que, au-delà du combat – perdu d’avance – contre le mal qui ronge Jim, ce roman est d’abord une belle histoire d’amour: « Mes doutes sur mon engagement avec cet homme disparurent dans l’instant. Ce qui lui arrivait m’arrivait aussi. Le diagnostic ne touchait pas Jim seulement, mais moi aussi. »

Un jour, tu raconteras cette histoire
Joyce Maynard
Éditions Philippe Rey
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Levy-Paolini
432 p., 23 €
EAN: 9782848766096
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Après un mariage raté, un douloureux divorce et quelques brèves histoires, à cinquante-cinq ans, Joyce Maynard n’attend plus grand-chose des relations sentimentales. Et pourtant. Sa rencontre avec Jim vient tout bouleverser : l’amour comme elle ne l’imagine plus, celui qui va même lui faire accepter de se remarier.
En 2014, après trois ans d’une romance tourbillonnante, on diagnostique chez Jim un cancer du pancréas. Au cours des dix-neuf mois qui suivent, alors qu’ils luttent ensemble contre la maladie, Joyce découvre ce que signifie être un véritable partenaire, en dépit de la souffrance, de l’angoisse, du désespoir qui menace à chaque instant.
« Un jour, tu raconteras cette histoire », lui avait dit Jim avec tendresse. C’est chose faite. Joyce Maynard retrace ces années heureuses faites de voyages, de petites et grandes folies, de bonheurs du quotidien – dîners sur leur terrasse près de San Francisco, escapades à moto, concerts de rock, baignades dans les lacs du New Hampshire ou du Guatemala. Puis, elle confie leur combat, leurs espoirs de guérison, les opérations et les médicaments, sa colère contre le sort, sa fatigue parfois, mais surtout la force de l’amour qui les unit.
Avec sensibilité et finesse, Joyce Maynard se met à nu dans un texte empli de joies et de larmes, un récit bouleversant sur l’amour et la perte, une histoire unique qui a permis à chacun d’offrir à l’autre le meilleur de lui-même.

Les critiques
Babelio 
Blog Boooks, moods ans more 
Blog livresse des mots
Blog Sylire
Blog Sophie Songe 

Les premières lignes du livre:
« Il y a trois ans, le week-end du 4 juillet, à l’âge de cinquante-neuf ans, j’ai épousé le premier vrai compagnon de ma vie.
Nous avons prononcé nos vœux sur une colline du New Hampshire, entourés de nos amis et de nos enfants, tandis qu’un feu d’artifice explosait au-dessus de nos têtes et qu’un orchestre jouait une chanson de John Prine. Ce soir-là nous avons parlé des voyages que nous allions faire, des oliviers que nous allions planter et des petits-enfants que nous chéririons peut-être. Nous allions connaître, à la soixantaine, l’amour auquel nous aspirions dans notre jeunesse. Nous étions tous deux divorcés depuis près de vingt-cinq ans. Quelle chance de vous être trouvés, se réjouissait notre entourage.
Peu après notre premier anniversaire de mariage, on diagnostiquait à mon mari un cancer du pancréas. Dix-neuf mois plus tard, après avoir partagé une lutte qui dévorait nos vies, bien que de façon différente, j’étais allongée à ses côtés quand il rendit son dernier soupir.
Je croyais en avoir terminé avec le mariage. Quelques décennies de déception et d’échecs m’avaient rendue réticente à une nouvelle tentative. Puis je me suis mariée cette seconde fois, avec Jim, mais toujours convaincue que rien, aucun homme – pas même celui que j’aimais profondément -, ne pouvait modifier le cours de mon indépendance farouche et résolue. J’allais et venais, toujours ravie de le voir m’attendre à l’aéroport, mais heureuse de sauter dans l’avion suivant. J’avais ma vie, lui la sienne. Parfois nous les partagions. C’était ma vision des choses – mais pas celle de mon mari.
Il a fallu l’annonce de sa maladie, suivie de la terrible bataille que nous avons menée ensemble, pour que je perçoive ce que signifie former un couple – être une vraie compagne et avoir un compagnon. Je n’ai compris tous le sens du mariage que lorsque le mien était sur le point de s’achever. J’ai découvert ce qu’était l’amour quand le mien quittait le monde. Voici notre histoire. »

À propos de l’auteur
Collaboratrice de multiples journaux, magazines et radios, Joyce Maynard est aussi l’auteure de plusieurs romans – Long week-end, Les Filles de l’ouragan, L’homme de la montagne, Les règles d’usage – et d’une remarquable autobiographie, Et devant moi, le monde (tous publiés chez Philippe Rey). Mère de trois enfants, elle partage son temps entre la Californie et le Guatemala. (Source : Éditions Philippe Rey)

Site Wikipédia de l’auteur 

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L’amour est une maladie ordinaire

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En deux mots:
Entre une chronique douce-amère teintée de fantastique sur la recherche de l’amour parfait et les errances d’un jeune homme à la recherche d’un avenir plus stable, voici un joli conte, souvent fort drôle et qui laissera pourtant des bleus à l’âme.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

L’amour est une maladie ordinaire
François Szabowski
Éditions Le Tripode
Roman
280 p., 17 €
EAN : 9782370551238
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule à Paris, on y déambule d’arrondissement en arrondissement.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Qui, dans sa vie, n’a pas rêvé de disparaître subitement pour laisser un souvenir impérissable ? Dans L’Amour est une maladie ordinaire, un homme succombe à ce dangereux fantasme. Parce qu’il refuse que l’amour ne soit pas éternel, parce qu’il ne supporte plus les ruptures et les histoires qui partent en déroute, il se voit régulièrement obligé, la mort dans l’âme, d’organiser son décès auprès des femmes qu’il aime. Pour le meilleur et pour le pire…

Ce que j’en pense
Quand François, le narrateur de ce joli roman, se rend compte que la relation qu’il entretient avec Marie est sublime, forcément sublime, il se rend par la même occasion compte que jamais plus il n’atteindra un tel degré de félicité. Qu’à partir de ce moment parfait, tout ne peut que se dégrader, conduire au mieux à une routine, à une vie de couple banale. Dès lors, il ne voit qu’une seule solution pour conserver cet amour parfait… mourir! Aussitôt dit, aussitôt fait. Il entraîne un sdf sur le pont neuf et simule une altercation avant de se jeter dans la Seine. S’il se réveille à l’hôpital Saint-Antoine, c’est qu’il est tombé sur un bateau-mouche qui passait par là et plus exactement sur une australienne obèse qui a amorti sa chute.
Si ce sauvetage le désespère, il lui offre aussi un répit propice à la réflexion. Au lieu de mourir, il n’a qu’à disparaître. Changer d’appartement et de quartier, modifier son look et faire croire à sa mort.
Une stratégie qui semble avoir davantage de succès. Sauf qu’il lui faut aussi abandonner ses piges au Parisien et renoncer à fréquenter certains quartiers, de peur de croiser Marie. Mais grâce à la complicité de son «demi-frère» Didier, des responsables d’une agence immobilière et d’un coup de chance – il se retrouve chroniqueur au Cotillon, journal chargé de la promotion des bars et lieux branchés de Paris – l’avenir s’éclaircit pour lui. Ses piges lui permettent non seulement de tenir le coup financièrement, elles lui offrent la possibilité de boire gratuitement et de faire de nouvelles rencontres. Il n’est bien entendu pas question de tomber à nouveau amoureux, car ce serait trahir Marie dont François essaie d’imaginer la vie sans lui et les souffrances qu’elle peut endurer.
Entre culpabilité et envie de s’émanciper de cette histoire, il va finir par s’engager dans une nouvelle relation. Avec une conclusion semblable, en finir avant qu’il ne soit trop tard! Sur le plan de Paris, il faut cocher de nouvelles zones à éviter (et à contrario le lecteur peut poursuivre son exploration de la capitale, arrondissement par arrondissement). Il faut à nouveau changer de look. Il faut encore une fois faire le mort.
C’est à ce moment que les choses vont commencer à se détraquer. À force de vouloir se rendre invisible, il ne va effectivement plus être reconnu et devenir littéralement transparent. Si la situation a quelques avantages – on peut se servir à la banque, s’habiller avec les vêtements les plus coûteux, elle aussi l’inconvénient majeur de restreindre la vie en société. Sans compter que, loin de s’améliorer, les choses vont empirer. C’est son corps qui petit à petit tend à s’effacer. Les mains puis le bras s’efface, sauf quand il touche les gens.
Si cette touche de fantastique peut sembler un peu trop fantaisiste aux lecteurs attachés au réalisme, elle ravira ceux qui n’ont rien oublié de leurs rêves d’enfant ou ceux pour lesquels la lecture du Passe-Muraille de Marcel Aymé était un pur plaisir. François Szabowski y trouve aussi le moyen de rapprocher ainsi François et Marie pour un épilogue riche en rebondissements. C’est drôle, alerte et non dénué de profondeur. De quoi passer un agréable moment de lecture.

Les critiques
Babelio 
Blog Zazymut
Blog La soupe de l’espace 

Les premières pages du livre

Extrait
« Il ne fallait pas que je tarde. Je me suis redressé péniblement pour m’assoir sur le parapet. Ma perception du monde extérieur était de plus en plus floue. Le soleil m’aveuglait. La rumeur des voitures enflait dans ma tête. Dans un dernier éclair de pensée, j’ai vu se dessiner sur le ciel le visage diaphane de Marie, qui me souriait, rayonnant. Le vertige me prenait. C’était le moment. J’ai attendu qu’un groupe de passants arrive à notre niveau, puis j’ai agrippé le punk en faisant mine de me détacher de lui. Je me suis mis à hurler comme un putois, en disant que je n’avais pas d’argent, qu’il fallait qu’il me laisse tranquille. Les passants horrifiés se sont tournés vers nous, et je me suis laissé tomber à la renverse. »

À propos de l’auteur
François Szabowski est un écrivain né en 1977. Il a notamment publié aux éditions Les Forges de Vulcain : Les femmes n’aiment pas les hommes qui boivent ; Il n’y a pas de sparadraps pour les blessures du cœur ; Les majorettes, elles, savent parler d’amour ; Il faut croire en ses chances ; La famille est une peine de prison à perpétuité et autres proverbes. (Source : Éditions Le Tripode)

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 RLN2017

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Au pied de la lettre

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En deux mots:
Barthélémy Martin a eu une enfance difficile suivi d’un mariage raté assorti d’un emploi peu motivant d’agent administratif. Aussi décide-t-il de consulter un psy pour connaître la raison de son trouble et s’en sortir. Un roman épistolaire cocasse et grave qui pourrait déprimer mais finit par faire un bien fou!

Ma note:
★★★ (beaucoup aimé)

Au pied de la lettre
Isabelle Minière
Serge Safran éditeur
Roman
240 p., 16,90 €
EAN : 9791090175723
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Mal aimé par ses parents dans son enfance, ignoré par sa compagne Béatrice (alias BB-Béa) et relégué dans la chambre du bébé (des anciens locataires !), Barthélémy Martin est un « désolé chronique ». Il se demande bien pourquoi il existe, cherche un sens à sa vie et se demande si elle vaut la peine d’être vécue avec une droguée aux séries tv. D’où une série de lettres qu’il poste à un psy inconnu. Ne sachant pas s’il est dépressif ou non, il décide parallèlement de consulter. S’ensuit un enchaînement de séances loufoques chez le docteur Blavar, psychiatre fantaisiste, puis chez son frère jumeau, également psy mais adepte des « questionnaires à choix multiples ».
Dans sa quête, Barthélémy croise une « dame aux pigeons », des beaux-parents qui lui sont cachés et une mystérieuse femme à imperméable rouge…
Humour, satire et belle méditation sur la relation à l’autre, ce roman épistolaire impose la musique très personnelle d’Isabelle Minière, porteuse de tendresse et d’espoir.

Ce que j’en pense
Isabelle Minière continue à creuser son sillon. Roman après roman, elle explore la vie d’hommes un peu perdus. Après Martin et ses tentatives plus ou moins manquées de faire quelque chose de son existence dans On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, voici Barthélémy (dont le patronyme est… Martin) qui n’est guère mieux loti. Il confie son mal-être par courrier à un psy dont on ne saura jamais ce qu’il pense, car ses lettres ne sont pas mentionnées. Mais après tout qu’importe, car Barthélémy trouve dans sa propre activité épistolaire un moyen formidable de donner du sens à sa vie (ne serait-ce pas aussi une belle définition du rôle de l’écrivain?), il trie ses souvenirs, met son parcours en perspective et recherche les causes possibles de sa vision pessimiste du monde que l’on pourrait assimiler à une dépression.
Au fur et à mesure des courriers notre homme – et le lecteur avec lui – va découvrir que la thérapie par l’écriture porte ses fruits. Même s’il n’est pas question de guérison, la distance qu’il parvient à mettre avec ses expériences traumatisantes, l’autodérision dont il fait preuve laissent s’envoler les idées noires.
Pourtant la partie était loin d’être gagnée. Enfant déjà, il est témoin d’une partie de jambes en l’air entre son père et la meilleure amie de sa mère, craint que sa mère ne s’enfuie avec un prince charmant, imagine que sa vie serait plus belle s’il pouvait être adopté. Les années vont passer sans que rien ne change vraiment. Même après son mariage avec Béatrice. Leur vie de couple va bien vite se résumer à des soirées télé devant des séries qui tournent en boucle pour elle et l’incompréhension qui va vite le pousser au mutisme pour lui. D’autant qu’il n’est plus question de faire chambre commune. Barthélémy se retrouve relégué dans la chambre que les anciens locataires avaient prévu pour leur bébé. La banalité de la misère sociale…
Sauf que notre homme veut comprendre et décide d’aller consulter le psychiatre qu’on lui a recommandé: le docteur Blavar.
Mais les premières séances sont particulièrement décevantes. Il n’ose se confier à cet homme plutôt bizarre. En fait il a confondu Phil avec Pierre, son frère jumeau qui officie en face. Mais ce second psy n’est pas davantage efficace que le premier. S’il pose beaucoup de questions, il ne résout rien.
On l’aura compris, la lumière viendra de ce thérapeute invisible auquel Barthélémy s’astreint à écrire. Il lui permet de faire le point, d’analyser lucidement son quotidien: « Le sourire de Béatrice est bizarre, je n’ai pas de mot adéquat pour le qualifier, et pas tellement envie de m’en occuper. Je remarque que sa robe n’est ni vague ni terne, courte, voyante et assez près du corps. Un corps gras, si j’ose dire. Mais pas moche, attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. En tout cas, elle est beaucoup plus sympathique dans cette tenue que dans ses sacs à patates habituels. Je ne suis pas méchant, ne croyez pas ça, juste réaliste. » Au fur et à mesure que les courriers s’accumulent, la confiance croît. Petit à petit, l’agent administratif effacé prend sa vie en mains. Jusqu’à ce jour où il prend LA grande décision, celle de reprendre sa liberté. « Je me sens sûr de moi, pour une fois : je ne veux plus jamais vivre en collocation avec quelqu’un qui croit s’appeler bb et qui m’appelle bibi. »
Je n’en dirais pas plus, de peur de vous gâcher le plaisir des épisodes plutôt cocasses qui vont suivre.
Sachez toutefois qu’Isabelle Minière réussira une fois de plus un joli coup en transformant une chronique du malheur ordinaire en joli conte philosophique. Sans en avoir l’air, elle aborde des questions essentielles sur notre place dans la société, sur ce qui construit ou détruit un couple, sur le libre arbitre…
C’est beaucoup plus réussi que ce manuel de développement personnel que Barthélémy a décidé une fois pour toutes d’oublier. Et c’est drôlement revigorant!

Autres critiques
Babelio
Metamag, le magazine de l’esprit critique
Lecteurs.com (Sophie Gauthier)

Les premières pages du livre

Extrait
«Le premier psy que j’ai rencontré, c’est quand j’étais petit. «Psy», je ne savais pas ce que ça voulait dire, j’avais compris que c’était un docteur, je m’attendais plus ou moins à une piqûre: ma mère trouvait que je ne tournais pas rond (c’était son expression). Un vaccin pour tourner rond. Je n’avais pas peur des piqûres, au contraire: j’aimais montrer à ma mère que j’étais courageux, alors que les autres mômes braillaient à la vue de la moindre seringue. A chaque vaccin, j’avais droit aux félicitations du médecin, c’était très agréable, je me serais bien fait vacciner toutes les semaines. Pour une fois que quelqu’un disait du bien de moi. Je suis donc allé chez ce docteur-là en toute confiance, sûr qu’il me féliciterait, lui aussi. Or…
Or au lieu de piquer, il a causé. Causé avec ma mère, très peu avec moi. (quand il s’adressait à moi, je lui répondais du bout des lèvres ; ma mère m’avait souvent dit que je n’ouvrais la bouche que pour dire des âneries, donc j’étais prudent, regardais ma mère du coin de l’œil en espérant éviter les âneries. J’espérais une piqûre, j’étais déçu. Au bout d’un moment, il a prétendu que j’avais envie de me marier avec ma mère ! J’étais sidéré.»

À propos de l’auteur
Isabelle Minière est née au Mali mais ne s’en souvient pas. Elle a passé son enfance près d’Orléans, fait ses études à Tours et à Paris, puis vécu dans différentes régions. Elle écrit des romans, des nouvelles, et des livres pour la jeunesse. Elle est aussi psychologue, hypnothérapeute. Elle vit à Paris. Elle aime marcher, même les jours de pluie. Au pied de la lettre après On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise et Je suis très sensible, est son troisième roman. (Source : Serge Safran éditeur)

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      RLN2017

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L’été en poche (32)

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En attendant demain

En 2 mots
Anita et se rencontrent, s’aiment, s’installent dans le Sud-Ouest. Puis ils rencontrent Adèle la mauricienne. La tragédie est en marche. Si elle ne nous sera détaillée que dans les dernières pages, tout au long du roman sourd cette sorte d’inéluctabilité du malheur.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marine Landrot (Télérama)
« Superbe histoire d’emprise, En attendant demain s’inscrit dans un quotidien matériel très précis, tout en lévitant hors du temps, par la grâce d’une écriture affûtée, au plus près des terreurs enfouies. »

Vidéo


Présentation du roman et de l’œuvre par Philippe Chauveau. © WebTVculture

L’été en poche (14)

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En attendant demain

En 2 mots
Anita et se rencontrent, s’aiment, s’installent dans le Sud-Ouest. Puis ils rencontrent Adèle la mauricienne. La tragédie est en marche. Si elle ne nous sera détaillée que dans les dernières pages, tout au long du roman sourd cette sorte d’inéluctabilité du malheur.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marine Landrot (Télérama)
« Superbe histoire d’emprise, En attendant demain s’inscrit dans un quotidien matériel très précis, tout en lévitant hors du temps, par la grâce d’une écriture affûtée, au plus près des terreurs enfouies. »

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