La petite famille

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En deux mots:
Camille la Française épouse Ron le Néerlandais et s’installe à Amsterdam où elle donne naissance à un petit garçon. Entre baby-blues et usure du couple, leurs relation va commencer à se dégrader.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La petite famille… part à la dérive

Dans un roman subtil et tout en nuances, Sophie Avon raconte l’histoire d’un couple franco-néerlandais qui va, après la naissance de leur fils, oublier l’insouciance des débuts pour plonger vers le drame.

Camille a beau avoir l’air méditerranéen, elle est originaire du sud-ouest de la France. Quand elle croise Ron, elle a presqu’instanténement envie de le séduire, ce beau Neerlandais pas compliqué. C’est le début d’une histoire d’amour…
Sophie Avon choisit de commence rson nouveau roman trois ans après cette rencontre, car les choses sont allées très vite. Camille et Ron se sont mariés, ont emménagé à Amsterdam. Puis Camille est tombée enceinte et le couple est devenu La petite famille. L’occasion d’un premier constat, doux-amer: « Il y a trois ans, elle est tombée amoureuse de Ron et n’a eu de cesse de le conquérir. Elle n’a pas eu de mal à le séduire, les choses se sont compliquées après. Elle voulait tout: l’amour, le mariage, une famille. Ron commençait à peine ses études de droit, il n’avait qu’une chose en tête: coucher avec cette jolie Française et fuir. C’est elle qui a gagné. »
La liste des petits compromis que l’on accepte de faire par amour serait trop longue à énumérer, tout comme celle des petits arrangements avec la réalité dont on préfère ne voir que le beau côté. Mais petit à petit, la belle insouciance s’enfuit. Les caractères s’affirment et les contradictions deviennent de plus en plus évidentes. Quand Sacha naît, la belle histoire – celle à laquelle on veut encore croire – commence pourtant à vaciller. Au baby-blues vient s’ajouter l’angoisse d’un lendemain incertain.
« Quand Ron part à la fac, le matin, tandis que sur le rocking-chair, elle tient Sacha qui cramponne des deux mains son biberon sans quitter sa mère du regard, elle a envie de pleurer. La porte se referme sur un silence qui tout à coup la vrille. Elle est paniquée à l’idée de rester seule avec son fils. Elle l’aime, c’est certain, mais c’était plus facile quand il était dans son ventre. À présent qu’il est au-dehors, elle se sent dépouillée. » Et seule. Ses parents seraient prêts à l’accueillir, mais le sud-ouest est loin. Aussi quand Nina, une amie d’enfance vient lui rendre visite, elle lui propose de rester, de s’installer avec eux. Du coup, elle retrouve le moral, d’autant que Nina la seconde bien, s’occupant avec dévouement de Sacha.
Sophie Avon réussit fort bien, à coup de petites annotations, à mettre le doigt sur ce qui perturbe la vie de ce couple. Avec un sens précis de l’observation, en relevant ici un petit détail et là une attitude, elle nous fait entrer dans la psychologie des personnages. On «voit» petit à petit la machine se gripper. Après avoir apaisé les conflits dans un premier temps, Nina se révèle comme un facteur supplémentaire de zizanie que même son départ ne va pas arranger.
La tension continue à monter. Et si l’on se prend à rêver d’une fin heureuse, on se doute bien qu’il s’agit d’un vœu pieux tant la spirale dépressive est forte. Je vous laisse découvir l’épilogue – glaçant – de ce roman qui confirme, après Le Vent se lève, tout le talent de la romancière bordelaise.

La petite famille
Sophie Avon
Éditions du Mercure de France
Roman
176 p., 14,80 €
EAN : 9782715246782
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule principalement aux Pays-Bas, à Amsterdam. Un voyage dans le sud-ouest y est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Il y a trois ans, Camille est tombée amoureuse de Ron et n’a eu de cesse de le conquérir. Elle n’a pas eu de mal à le séduire, les choses se sont compliquées après. Elle voulait tout : l’amour, le mariage, une famille. Ron commençait à peine ses études de droit, il n’avait qu’une chose en tête : coucher avec cette jolie Française et fuir. C’est elle qui a gagné. »
Depuis la naissance du petit Sacha, les relations entre Camille et Ron se sont dégradées. Lorsque Camille renoue avec Nina, une amie d’enfance qu’elle n’a pas vue depuis sept ans et qui vient leur rendre visite à Amsterdam, les deux jeunes femmes retrouvent leur complicité d’antan. Nina s’installe plus longtemps que prévu: peu à peu, elle remet de l’ordre dans  l’appartement négligé, s’occupe de l’enfant, apaise les relations du couple. Les trois adultes et l’enfant forment désormais une petite famille dont l’équilibre est miraculeux, à la fois idéal et transgressif…

Les critiques
Babelio
Blog Domi C Lire (Dominique Sudre)
Culture-Tops (Anne Vassal)
Blog Les mots de la fin
Blog L’ivresse littéraire
Blog Le coin lecture de Nath 


Sophie Avon présente La petite famille. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Ils ont tout de suite aimé l’appartement au-dessus de la boulangerie, dans cette rue calme d’Amsterdam, à deux pas du parc. Vieillot mais spacieux pour le prix. Ron voulait être sûr de pouvoir y installer son piano qui prend de la place même s’il est droit. Il voulait aussi que l’enfant ait sa chambre et que la pièce à vivre soit assez grande pour accueillir les copains. Ils en ont beaucoup et il n’a pas l’intention de renoncer à sa vie de bohème sous prétexte qu’ils vont avoir un bébé.
Camille non plus d’ailleurs, quoiqu’elle soit moins inquiète que lui à l’idée de laisser en arrière certaines choses. Elle est moins inquiète en général. Elle n’hésite jamais sur les choix qu’elle fait et les assume sans regretter d’avoir pris une route plutôt qu’une autre. Cette tranquille assurance lui permet d’avoir des projets auxquels d’autres renonceraient, qu’ils n’entreprendraient même pas.
Il y a trois ans, elle est tombée amoureuse de Ron et n’a eu de cesse de le conquérir. Elle n’a pas eu de mal à le séduire, les choses se sont compliquées après. Elle voulait tout: l’amour, le mariage, une famille. Ron commençait à peine ses études de droit, il n’avait qu’une chose en tête: coucher avec cette jolie Française et fuir. C’est elle qui a gagné.
Devant ses amis, il admet en riant qu’il s’est laissé ligoter comme un bleu. Il ajoute qu’il en faut bien, des comme lui. Des jeunes hommes responsables que la paternité n’effraie pas. Comme la plupart des Néerlandais et bien qu’il soit en fait anglo-néerlandais il est très grand. Un nez busqué donne à son visage une virilité qu’il n’aurait pas sinon, tant ses traits sont doux sous les cheveux châtains. Il a les yeux clairs et ses joues sont encore pleines.
Camille, elle, paraît plus âgée bien qu’elle ait strictement son âge. Ils sont nés le même mois de la même année. Elle a un type méditerranéen, mais vient de l’Atlantique, du sud-ouest de la France. Elle est brune, avec des cheveux drus, des pommettes hautes et un corps élastique qu’elle soumet à de multiples figures. Sa souplesse faisait l’admiration de tous quand elle était plus jeune. Elle parvient encore à placer ses jambes derrière sa tête ou à renverser son dos en arrière pour faire le pont. Ne parlons pas du grand écart. À cette flexibilité naturelle s’ajoute une taille fine, d’autant plus remarquable que ses hanches sont larges, ses cuisses étonnamment robustes pour une carrure si frêle et des épaules presque maigres. Ron a désiré éperdument sa silhouette de contrebasse dont il a senti qu’il pouvait la tordre dans tous les sens. Un fantasme de domination qui s’est retourné contre lui.
Depuis qu’ils attendent cet enfant, Camille ne veut plus faire l’amour et Ron ne maîtrise plus rien. Il n’a pas tant le sentiment d’avoir été piégé que d’être au-delà de ses possibilités. Mais il ne peut plus renoncer. Il est trop tard.
Camille, elle, est dans un état d’apaisemcnt presque végétatif. Avec de brusques excitations qui accélèrent le rythme de son cœur tant elle se sent submergée de bonheur.»

Extrait
« Voilà, Nina est partie. L’enfant la cherche pendant quelques jours, puis il l’oublie. Il erre dans la maison, échappé de son petit parc où, neuf fois sur dix, Camille omet de l’enfermer. Le mois de juin est brûlant, il déambule à moitié nu, transpirant à grosses gouttes, ouvrant les placards quand il a faim, tétant son biberon d’eau qui roule entre ses jouets. Dès qu’il voit son père, il s’élance en criant : « Po-me-nade! »

À propos de l’auteur
Sophie Avon est critique de cinéma au journal Sud-Ouest ainsi qu’à l’émission «Le masque et la plume». Elle est l’auteur de plusieurs romans, notamment Les Amoureux, Dire adieu et Le vent se lève. (Source : Éditions du mercure de France)

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Le monde selon Britt-Marie

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En deux mots:
Britt-Marie se retrouve par hasard dans un petit village suédois où elle est propulsée entraîneur de l’équipe de football des jeunes. Un emploi improbable, surtout quand on n’a aucune expérience dans le domaine, mais qui va la propulser vers de nouveaux horizons.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La plus nulle et la plus merveilleuse des équipes de foot

Dans la nouvelle comédie de Fredrik Backman il n’y a plus de vieux râleur, mais une femme mûre qui prend en charge une équipe de football. C’est drôle, enlevé et fort addictif.

Britt-Marie a derrière elle une longue expérience et quelques principes qui pourraient s’apparenter à ceux d’une psychorigide, mais qui – pour la plupart d’entre eux – tiennent surtout du bon sens. Dans la longue liste des choses qu’il ne faut pas faire, on trouve pèle-mêle boire un café dans du plastique et surtout sans sous-tasse, ne pas enlever sa casquette en entrant quelque part ou encore entrer avec des chaussures sales dans une pièce qui vient d’être nettoyée et plus généralement supporter un endroit sale.
Fredrik Backman, comme dans Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, a le génie de construire un roman à partir de ces petits agacements du quotidien qui peuvent consuire à de joyeux quiproquos quand ils ne font pas déraper complèter une situation. C’est un peu ce qui se produit avec sa conseillère de l’agence pour l’emploi qui « après avoir été forcée de manger du saumon avec Britt-Marie deux jours plus tôt, avait promis de faire tout son possible pour lui trouver un travail.»
Le lendemain, elle ne déniche qu’une proposition, «dans un village au milieu de nulle part» et mal payé de surcroît. Mais Britt-Marie accepte et part pour Borg «un village auquel on ne peut faire de plus beau compliment qu’en disant qu’il s’étend au bord d’une route».
Crevants d’ennui et victimes d’une crise économique persistante, les habitants regardent avec méfiance et incrédulité l’arrivée d’une femme chargée de prendre soin d’une MJC qui va fermer quelques semaines plus tard. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas au bout de leurs surprises.
Ce n’est pas le fait qu’elle débarque à 6h du matin pour demander une perceuse qui va les perturber, quoique… En revanche, son opiniâtreté et son obstination vont petit à petit lui valoir le respect de cette communauté de rustres. C’est ainsi qu’il lui faut à tout prix trouver du « faxin « , le produit de nettoyage miracle qui va lui faire de faire briller la MJC. Au fil des épisodes successifs, vous allez pouvoir vous régaler de sa visite à la poste, de sa négociation à la pizzeria, de ses rendez-vous avec un rat ou encore de ses dialogues avec les jeunes de Borg qui ont besoin d’un entraîneur pour leur équipe de football et désignent Britt-Marie qui est totalement étrangère à ce jeu et à ses règles.
C’est à ce moment que ce roman prend des allures d’épopée qui va s’achever avec un tournoi épique dont il serait ici dommage de révéler les rebondissements et l’issue. Disons simplement qu’il changera à tout jamais la vie de Sami, Omar, Pico, Vega et les autres, ainsi que cele de Britt-Marie.
En même temps qu’il vous livrera une toute autre vision de ce sport que celle des matches quotidiens de la coupe du monde, Le monde selon Britt-Marie vous fera comprendre ce que ce jeu peut avoir comme vertus, y compris dans la défaite.
Fredrik Backman excelle dans ce registre à l’apparence très légère et qui finit par toucher les questions essentielles. Il réussit aussi fort bien à camper des personnages qui, en quelques lignes, prennent une épaisseur incroyable, à tel point que l’on a vite l’impression de les connaître tous.
À partir d’un parking transformé en terrain de football, que l’on éclaire avec les phares d’une voiture et dont les buts sont construits avec des bouteilles, on arrivera à l’accomplissement de soi. Cette notion découverte dans une grille de mots croisés et qui va soudain prendre tout son sens.
Même si vous n’aimez pas le football, vous aimerez ce roman truculent, pétillant et joyeusement essentiel!

Le monde selon Britt-Marie
Fredrik Backman
Éditions Mazarine
Roman
traduit du suédois par
400 p., 22 €
EAN: 9782863744574
Paru le 28 mars 2018

Où?
Le roman se déroule à Borg, un village imaginaire de Suède.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Britt-Marie, soixante-trois ans, n’est absolument pas passive-agressive. C’est juste que la crasse et les couverts rangés n’importe comment la font hurler intérieurement. Après quarante ans de mariage et une vie de femme au foyer, elle a besoin de trouver un emploi au plus vite. Le seul poste qu’on lui propose la conduit à Borg, un village frappé par la crise qui s’étire le long d’une route où tout est fermé, à l’exception d’une pizzeria qui empeste la bière. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’à Borg le ballon rond est roi – et s’il y a une chose que Britt-Marie déteste plus que le désordre, c’est le football.
Alors, quand les enfants du village ont si désespérément besoin d’un entraîneur que la commune est prête à confier le boulot au premier venu, peu importe qu’elle n’y connaisse rien ! Pas du genre à se laisser démonter, Britt-Marie, avec sa nouvelle casquette de coach, entreprend de faire un grand ménage à Borg, qui a, comme elle, besoin d’un renouveau et d’une seconde chance.
Le monde selon Britt-Marie est l’histoire d’une femme qui a attendu toute une vie que la sienne commence enfin. Un plaidoyer chaleureux pour tous les marginaux qui peuplent nos vies sans qu’on leur prête attention – alors que leur vision du
monde peut transformer le nôtre.

Les critiques
Babelio
Blog Mademoiselle Maeve lit des livres
Blog Le petit monde de Léane B.
Blog Les pages qui tournent
Blog De la plume au clic
Blog Les cibles d’une lectrice «à visée»

Les premières pages du livre:
« Fourchettes. Couteaux. Cuillères.
Dans cet ordre.
Britt-Marie n’est certainement pas femme à juger autrui, mais quelle personne civilisée aurait l’idée d’organiser un tiroir à couverts autrement? Britt-Marie ne juge personne, mais tout de même, nous ne sommes pas des animaux!
C’est un lundi de janvier. Britt-Marie est assise à un petit bureau à l’Agence pour l’emploi. Certes, les couverts n’ont rien à voir là-dedans, mais ils lui viennent à l’esprit parce qu’ils résument tout ce qui va de travers dernièrement. Les couverts se doivent d’être rangés comme ils l’ont toujours été, car la vie se doit de continuer, inchangée. Une vie normale est présentable: on nettoie la cuisine, on soigne son balcon et on s’occupe des enfants. C’est plus de travail qu’on le croit – avoir un balcon.
Dans une vie normale, on ne met pas les pieds à l’Agence pour l’emploi.
La fille qui travaille ici a les cheveux courts, comme un jeune garçon. Non pas que ce soit un mal, bien entendu. Britt-Marie n’a aucun préjugé. C’est très moderne, cette coupe, sans nul doute. La fille pousse un papier vers Britt-Marie et sourit. Elle est manifestement pressée.
– Inscrivez ici votre nom, votre numéro de sécurité sociale et votre adresse.
Britt-Marie doit se faire enregistrer. Comme une criminelle qui viendrait voler du travail plutôt qu’en demander.
– Vous prenez du lait et du sucre? demande la fille en versant du café dans un gobelet en plastique.
Britt-Marie ne juge personne, mais en voilà des manières! Un gobelet en plastique! C’est la guerre ou quoi? Britt-Marie a bien envie de poser cette question à la fille, mais Kent exhorte sans arrêt Britt-Marie à être « plus sociable ». Alors elle sourit avec toute la diplomatie dont elle est capable et attend qu’on lui offre un sous-verre.
Kent est l’époux de Britt-Marie. Il est entrepreneur. Il a très, très bien réussi. Il fait des affaires avec l’Allemagne et il est très, très sociable.
La fille lui tend deux petits godets de lait, de ceux qui se conservent à température ambiante, et un gobelet en plastique rempli de cuillères jetables. Britt-Marie n’aurait pas été plus épouvantée par la vue d’un serpent.
– Vous n’aimez pas le lait et le sucre dans votre café? demande la fille, étonnée par la réaction de la femme en face d’elle.
Britt-Marie secoue la tête et balaie le bureau de la main, comme s’il était couvert de miettes invisibles. Il y a des papiers partout, empilés pêle-mêle. Naturellement, la fille n’a pas le temps de les trier, comprend Britt-Marie. Elle est bien trop prise par sa carrière.
– Bien, écrivez votre adresse ici, répète la fille avec un sourire en désignant le formulaire.
Britt-Marie baisse les yeux et brosse des poussières invisibles de sa jupe. Elle aimerait être chez elle, avec son tiroir à couverts. Mener une vie normale. Elle voudrait que Kent soit là, car c’est lui qui remplit toujours les papiers.
La fille ouvre de nouveau la bouche, mais Britt-Marie la devance:
– Pourriez-vous s’il vous plaît m’indiquer où poser ma tasse de café?
Britt-Marie prononce ces mots en invoquant toute la bonté dont elle dispose pour appeler « tasse » son gobelet en plastique.
– Quoi? lance la fille.
À croire qu’on peut poser les tasses où ça nous chante. Britt-Marie lui adresse son sourire le plus aimable.
– Vous avez oublié de me donner un sous-verre. Je ne voudrais pas salir votre table.
De l’autre côté du bureau, la fille n’a pas bien l’air de comprendre l’intérêt des sous-verres. Ni de la vraie vaisselle. Pas plus, conclut Britt-Marie en observant la coiffure de la fille, que celui des miroirs.
– Peu importe, vous n’avez qu’à la poser ici, répond la fille, qui désigne un espace dégagé sur son bureau.
Comme si la vie était aussi simple. Comme si les sous-verres ou l’ordre des couverts dans un tiroir étaient insignifiants. La fille tapote le papier du bout de son stylo, à côté de la case « Adresse ». Britt-Marie respire avec une infinie patience. Ce n’est absolument pas un soupir.
– On ne pose pas une tasse sur un bureau. Ça pourrait le tacher.
La fille considère la surface du meuble. On croirait que des enfants ont mangé des pommes de terre à même la table. À la fourche. Dans le noir.
– Ne vous en faites pas. Il est déjà rayé de partout, la rassure-t-elle.
Britt-Marie hurle en son for intérieur.
– Et vous n’avez pas songé que s’il est dans cet état, c’est peut-être parce que vous n’utilisez pas de sous-verres.
Elle parle d’un ton très prévenant. Pas du tout « passif-agressif », comme l’ont dit un jour les enfants de Kent, croyant qu’elle ne les entendait pas. Britt-Marie n’est pas passive-agressive. Simplement prévenante. Après avoir surpris cette remarque, elle avait redoublé de prévenance pendant quelques semaines.
La fille de l’Agence pour l’emploi se masse le front.
– Bon… alors, c’est Britt, votre nom?
– Britt-Marie. Il n’y a que ma sœur qui m’appelle Britt, la corrige Britt-Marie.
– Si vous pouviez juste… remplir le formulaire. S’il vous plaît, répète la fille.
Britt-Marie jette un coup d’œil au papier qui exige qu’elle déclare sur l’honneur où elle est née et qui elle est. Britt-Marie trouve qu’être en vie exige un nombre incroyable de formalités, de nos jours. Une quantité absurde de paperasse pour faire partie de la société.
Finalement, elle renseigne à contrecœur son nom, son numéro de sécurité sociale et son téléphone portable. Elle ne remplit pas la case « Adresse ».
– Quelle formation avez-vous suivie, Britt-Marie? l’interroge la fille.
Britt-Marie se cramponne à son sac à main.
– Sachez que ma formation est excellente, réplique-t-elle. »

Extraits
« La MJC se trouve à Borg, un village auquel on ne peut faire de plus beau compliment qu’en disant qu’il s’étend au bord d’une route. Le nombre de candidats était donc limité. Mais le hasard voulut que la fille de l’Agence pour l’emploi, après avoir été forcée de manger du saumon avec Britt-Marie deux jours plus tôt, avait promis de faire tout son possible pour lui trouver un travail. Le lendemain, Britt-Marie avait frappé à sa porte à 9h 02 pour s’enquérir de ses progrès. La fille avait pianoté un moment sur son ordinateur puis avait soupiré:
– Il y en a un. Mais il est dans un village au milieu de nulle part et il est si mal payé qu’il te fera perdre de l’argent si tu touches des indemnités de chômage.
– Je ne perçois pas d’indemnités, avait répondu Britt-Marie en prononçant ce dernier mot comme si elle se défendait d’avoir des « maladies ».
La fille avait de nouveau soupiré et tenté d’évoquer les « séminaires de reconversion » et les « mesures alternatives » qu’elle pouvait proposer à Britt-Marie, mais celle-ci lui avait fait comprendre qu’elle n’avait pas besoin d’être mesurée. »

« Les deux dernières choses qui semblent subsister à Borg sont le football et une pizzeria: ce à quol les hommes renoncent en dernier.
Le premier contact de Britt-Marie avec la pizzeria et la MJC a lieu un jour de janvier, lorsqu’elle gare sa voiture blanche sur le parking en gravier qui les sépare. Son premier contact avec le foot a lieu lorsqu’elle reçoit brutalement un ballon sur la tête, juste après que sa voiture a explosé. En bref, on peut sans doute dire que Borg et Britt-Marie n’ont pas éveillé l‘une chez l’autre une première impression très flatteuse.
Si vous voulez tout savoir, l’explosion se produit alors que Britt-Marie vient de tourner sur le parking. Britt-Marie l’entend nettement du côté passager de la voiture. Ça a fait « BOUM », si elle avait dû décrire le bruit. Saisie d‘une sainte panique, elle relâche embrayage et frein. La voiture se met à tousser comme si on lui avait fait peur pendant qu’elle mangeait du pop-corn. Après quelques zigzags bien plus ostensibles que nécessaires sur les plaques gelées de janvier, la voiture s’immobilise devant le bâtiment…»

À propos de l’auteur
Né à Stockholm en 1981, Fredrik Backman enchaîne les petits boulots avant de devenir journaliste. En 2012, il publie son premier roman, Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, qui remporte un succès retentissant en Suède, avec plus de 500 000 exemplaires vendus en un an. Ces comédies qui vient du froid placent d’emblée son auteur parmi les écrivains suédois sur lesquels il faut compter. (Source : lisez-com)

Page Wikipédia de l’auteur

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L’équilibre du funambule

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En deux mots:
Ornicar Garthausen rencontre Helle dans les souterrains de Paris. Un rendez-vous surprenant pour un couvreur. Mais notre homme n’est pas au bout de ses surprises. En suivant la jeune femme, il va découvrir bien des trésors.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Mais où est donc Ornicar?

Dans son second roman Céline Knidler choisit de nous faire découvrir Paris d’un point de vue original, celui du couvreur Ornicar Garthausen. Une balade surprenante et poétique.

La situation est grave, mais pas désespérée. Elle pourrait même prêter à rire, si le risque n’était pas mortel. Ornicar Garthausen se retrouve suspendu par le caleçon à une antenne râteau, après une chute qui aurait pu lui coûter la vie.
Et alors qu’il se demande combien de temps un sous-vêtement en coton peut résister au poids d’un homme, nous allons pouvoir remonter le fil de l’histoire afin de découvrir comment le jeune patron de la maison Garthausen & fils en est arrivé à cette fâcheuse posture. Et notamment qu’il n’en est pas à sa première dégringolade…
Quand on fait sa connaissance, il est en train d’admirer la capitale depuis les toits de l’Opéra Garnier dont on lui a confié la réfection. Une situation dont il oublie vite le côté périlleux – il n’a pas le vertige – pour goûter au privilège que lui offre son métier. En suivant ce guide un peu particulier, nous allons pouvoir profiter d’un point de vue inédit sur quelques-uns des monuments emblématiques de Paris. Mais avant d’explorer la coupole du Panthéon ou la pyramide du Louvre, il aura fallu qu’il tombe dans un conduit de cheminée avant d’atterrir dans les catacombes et de perdre connaissance.
À son réveil, il va constater qu’à part quelques contusions il s’en sort plutôt bien mais il est complètement perdu. Après deux jours d’errance, il est finalement sauvé par une jeune femme qui aime explorer les entrailles de la capitale. Avant de retrouver sa femme, ses artisans et son chantier, il doit promettre à cette mystérieuse aventurière de lui montrer l’accès par lequel il s’est retrouvé dans les souterrains.
Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, sa chute s’est accompagnée du départ de Claudine. Sa femme a choisi de le quitter pour un employé du métro – sans doute pour changer de perspective – et de laisser aux mains de deux hommes de main chargés de récupérer la dette qu’elle a contractée. Et pour faire bonne mesure, il n’a plus de logement, celui-ci s’étant écroulé!
Il se tourne alors vers Helle (c’est le prénom danois de la jeune femme) qui lui promet de l’aider à régler son problème s’il accepte de l’accompagner dans sa quête. Car elle entend retrouver le trésor de Cartouche, ce brigand dont son père lui racontait les exploits.
Un peu contraint et un peu fasciné, Ornicar suit son ange gardien dans ses expéditions nocturnes, en marge de la légalité. Mais on lui pardonnera volontiers ses écarts, car elle nous offre une visite de la bibliothèque Mazarine, nous fait grimper sur la Tour Eiffel ou encore nous entraine dans les cuisines du Ritz.
Ce guide touristique très particulier, aussi documenté que poétique, se lit comme un conte moderne. Entre roman d’aventures et quête sentimentale, Céline Knidler vient à son tour inscrire son nom dans la liste des romans feel good qui cartonnent en librairie. On lui souhaite le même succès.

L’équilibre du funambule
Céline Knidler
Éditions Larousse
Roman
340 p., 14,90 €
EAN : 9782035956293
Paru le 6 juin 2018

Où?
Le roman se déroule à Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ornicar Garthauser est couvreur de métier et passe sa vie sur les toits de Paris.
Helle explore les profondeurs de la ville et cache un mystérieux secret.
Un jour, Ornicar tombe par accident dans les souterrains de la capitale et sa vie entière s’écroule. Helle a une solution pour l’aider mais il faudra qu’il accepte d’accompagner la jeune exploratrice dans les coulisses du Paris nocturne.
Des sommets de l’Opéra Garnier à la crypte du Panthéon, du Louvre en passant par les catacombes, l’homme des hauteurs et l’exploratrice de l’ombre vont vivre des aventures étourdissantes et apprendre à s’apprivoiser.
Jusqu’à découvrir l’incroyable secret qui les réunit…

Les critiques
Babelio
Journal des femmes
Le blog d’Eirenamg


Céline Knidler parle de son deuxième roman L’équilibre du funambule © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
Prologue
« J’ignorais le vertige… Jusqu’à cette situation incongrue: je suis suspendu par le caleçon à une antenne râteau, au-dessus d’un vide de six étages.
Le vent se lève. Voilà que je tourne sur moi-même comme un asticot au bout de son fil. Les bras et les jambes tendues. j’essaye de me stabiliser. Un craquement m’informe que le tissu de mon caleçon continue de se déchirer avec patience et application. Combien de temps un sous-vêtement en coton peut-il résister au poids d’un homme? je l’ignore. Mais je sais que je vais bientôt m’écraser une vingtaine de mètres plus bas, au beau milieu de la rue qui s’anime à mesure que l’aube s’affirme. Paris s’éveille, indifférente au drame qui se joue sur ses toits.
De la poitrine jusqu’aux oreilles, mon cœur bat les secondes qui me séparent de la mort.
Quel chemin tortueux faut-il emprunter pour se retrouver dans une pareille posture, aussi improbable que périlleuse? C’est une longue, longue, très longue chute.

Chapitre 1
D’un doigt nonchalant, je caresse la ligne de son mollet, remonte le long de sa cuisse dissimulée par le drap tendu de sa toge. Mes bras entourent ses hanches. Je me hisse, tends la main vers son bras levé, son aisselle inodore. Ma paume englobe son sein rond et son téton durci. Mon pied écrase sa chaussure. Je plaque ma main sur son visage, meurtris son nez, enfonce mes doigts dans ses yeux. Elle ne dit mot. Sa chair est dure et froide. Insensible, mais que faudrait-il attendre d’autre d’une statue?
L’allégorie de l’Harmonie trône à l’extrémité gauche de la façade de l’Opéra Garnier. Sur un ciel nébuleux, sa parure dorée étincelle dans un dernier rayon de soleil. Une goutte s’écrase sur ma joue. Je jette un œil incrédule sur le visage impassible au-dessus de ma tête. On n’a jamais vu statue pleurer. Sauf dans les églises, mais c’est une autre histoire. Ce bronze reste de marbre. Et c’est très bien comme ça.
Une averse s’abat sur le chantier. Le zinc, luisant de pluie, adopte la même couleur que les cumulonimbus qui le menacent. À ma montre, il est l’heure de rentrer. Je descends de mon piédestal, frappe dans mes mains.
– C’est fini pour aujourd’hui, les gars. On remballe!
Je me trouve à la tête d’une entreprise de couverture qui habille le sommet des bâtiments. Mon père m’a légué ses névroses, sa maison et, à la retraite, sa société. J’ai des tendances misanthropes, un grand appartement avec vue sur le Sacré-Cœur et j’emploie quatre personnes. La spécialité de la maison Garthausen & Fils? La zinguerie.
On m’a confié la réfection d’une partie des toits de l’Opéra Garnier. Mes outils ne s’attaquent pas à la vaste coupole en cuivre qui domine l’édifice. Ils se contentent d’en restaurer les toits en zinc, plus modestes, mais aussi essentiels. Je rassemble plieuse, battoir, coupefeuille, fourneau à souder, matrice et les range dans une malle de chantier, que je recouvre d’une bâche et d’un œil satisfait.
Mes employés n’ont pas traîné. Le matériel remballé, ils ont disparu en un rien de temps. Lorsqu’ils dévalent les escaliers de service, ils n’ont qu’une idée: retrouver leurs bistrots, leurs copains, leur quotidien.
Ont-ils entendu parler du fantôme de l’Opéra et de son lac souterrain? Ces rustres regardent les pierres du Palais Garnier avec la même indifférence que la faïence des couloirs du métro, et ne trouvent pas plus d’intérêt à restaurer la toiture d’un opéra mythique que celle d’un centre commercial. »

Extrait
« Les labyrinthes, les cachettes, les coulisses, les passages interdits sont ses terrains de jeux. La salle d’un restaurant ne l’intéresse guère. Ses caves, oui. La nef d’une église est jolie, mais ses combles magiques. La rue est banale, tandis que ses souterrains deviennent une aventure. Le toit d’un grand magasin est le paradis au-dessus de l’enfer.
Là où le commun des mortels voit un mur, elle voit le moyen de l’escalader. Quand il rencontre une porte close, elle l’a déjà contournée. Une barrière? Elle se laissera enjamber. Un fossé? Creusez plus profond que lui et vous aurez gagné.
Un soupir m’échappe.
– Je sais déjà tout cela. Voilà deux nuits qu’elle fait de moi un apprenti passe-muraille. Mais qu’en est-il de ce trésor qu’elle cherche partout?
Claude se redresse, remue les fesses pour trouver la position la plus confortable et crache un rond de fumée.
– Foutaises! Cela n’engage que moi, mais le trésor de Cartouche n’est qu’un leurre, une carotte pour faire avancer l’âme et l’âme. Une marotte pour pimenter sa vie. Que ferait-elle, la petite, si elle mettait la main sur le coffre-fort? »

À propos de l’auteur
Céline Knidler est née le 26 décembre 1983 à Paris. Après une maîtrise de lettres et une école de journalisme, elle s’oriente vers le métier de Journaliste Reporter d’Images. Elle travaille actuellement pour WebTvCulture, une WebTv consacrée à l’actualité littéraire. Elle y réalise des interviews d’auteurs, des reportages sur des remises de prix, des sujets de fond sur la littérature aujourd’hui. En 2013, elle a publié La grâce des Innocents (France Empire), un roman historique dont l’intrigue se situait à la fin du XVIème siècle, au temps des guerres de religion. Elle est amoureuse de Paris et passionnée d’Histoire(s). (Source : Éditions Larousse / Nouvellesplumes)

Compte Twitter de l’auteur 

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L’hôtelière du Gallia-Londres

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En deux mots:
Marie et Inès sont différentes en tout. Pauvre et riche, aimable et méchante, oisive et travailleuse. À travers leurs destins croisés, à travers deux portraits de femmes qui entendent s’émanciper, ce roman nous permet de vivre les bouleversements de la société française de la seconde moitié du XXe siècle.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’autre miracle de Lourdes

Bernadette Pécassou retrace dans L’hôtelière du Gallia-Londres l’essor de l’hôtellerie à Lourdes. Un autre miracle, riche en péripéties, qui va accompagner l’évolution de la société.

Si c’est grâce à Bernadette Soubirous que Lourdes va devenir à partir de 1858 l’un des plus importants lieux de pèlerinage en Europe, c’est grâce à une autre Bernadette que nous pouvons découvrir l’impact de ces apparitions de la vierge Marie sur l’économie locale. Dans son nouveau roman, Bernadette Pécassou-Camebrac a choisi deux femmes pour incarner cet essor aussi fulgurant qu’inattendu, Marie et Inès.
La première est fille d’un boulanger et vit dans le quartier populaire en haut de la ville. Ses parents, qui ne comptent pas leurs heures de travail, espèrent que leur dur labeur leur permettra de grimper l’échelle sociale et espèrent offrir à leur fille une vie meilleure. En attendant, et pour répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus nombreuse, Marie est chargée d’assurer les livraisons dans les hôtels et les pensions qui n’ont pas tardé à ouvrir pour accueillir la masse grandissante des pèlerins. Selon leurs moyens, ces derniers choisissent de loger dans une pension, comme celle que tiennent les parents de Josy, sa meilleure amie, ou dans le petit hôtel tenu par les parents de Chantal, une autre amie, voire dans un établissement plus huppé situé au pied du sanctuaire, comme le prestigieux Gallia-Londres tenu par les parents d’Inès.
Inès est certes camarade de classe de Marie, mais pour le reste les deux filles sont à l’opposé l’une de l’autre. Un fossé qui ne va du reste cesser de croître après que Marie ait compris la soif de pouvoir et le plaisir d’humilier d’Inès. Un jeu pervers qui a failli causer la mort de Béatrice, la jeune fille qu’Inès entendait soumettre à ses caprices. Et alors que la ville se transforme, que les premières habitations de fortune en bois cèdent le pas à des structures plus importantes, que les groupes hôteliers tentent de s’installer et que les bénévoles – en particulier les hospitaliers de Lourdes – tentent de se structurer, les deux adolescentes vont trouver un nouveau terrain d’affrontement: les beaux yeux de Paul.
Le beau jeune homme est un espoir du rugby dans une ville qui a fait de ce sport une nouvelle religion et voit le FCL devenir le club le plus titré de France.
Ne dévoilons pas ici laquelle des deux réussira à l’épouser, mais soulignons le talent avec laquelle Bernadette Pécassou a construit son roman. En nous offrant quelques rebondissements qui entretiennent joliment une dramaturgie combinant les rivalités aux éléments d’histoire locale et les ambitions avec les changements profonds de la société, elle mêle l’utile à l’agréable. Sans oublier l’une des mutations les plus spectaculaires de l’époque: la volonté d’émancipation des femmes. Car si le sexe dit faible n’a alors pas le droit d’avoir un compte en banque, il ne va pas pour autant abdiquer. Les combats sont ici édifiants avec quelquefois un coup de main du destin. Mais à Lourdes, comment pourrait-il en aller différemment? Une lecture à ne pas conseiller uniquement à ceux qui partiront en vacances dans les Pyrénées, mais ä tous ceux qui aiment les romans historiques bien troussés.

L’hôtelière du Gallia-Londres
Bernadette Pécassou-Camebrac
Éditions Flammarion
Roman
320 p., 20 €
EAN : 9782081391284
Paru le 6 juin 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lourdes, mais aussi à Biarritz et au Pays basque.

Quand?
L’action se situe en 1956 et les années suivantes, avec un retour en arrière qui nous mène jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. Fille unique, elle était la future héritière de l’hôtel le plus prestigieux de Lourdes situé au pied des sanctuaires, là où se pressaient les foules de pèlerins et où vivaient les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de la haute.»
Sur fond d’intrigues au cœur d’un palace luxueux, dans une ville mystique jusque dans sa pierre de granit et ses brumes hivernales, L’hôtelière du Gallia-Londres brosse le portrait de destins individuels dans une société en pleine mutation. Des années 1950 à nos jours, entre essor de l’hôtellerie moderne et déchirements de la société, la rivalité de Marie et d’Inès est une histoire de pouvoir, de foi et de courage.

Les critiques
Babelio
Le Journal des femmes
La Nouvelle République des Pyrénées (Cyrille Marqué)

Les premières pages du livre:
« Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. En admiration devant ses cheveux blonds, les autres enfants de l’école Massabielle oubliaient qu’elle cachait dans sa main délicate des griffes acérées dont elle usait sans état d’âme à la moindre contrariété. Ils semblaient ne pas voir son air hautain, ils lui pardonnaient tout. Fille unique, elle était la future héritière du Gallia-Londres, l’hôtel le plus prestigieux de la ville de Lourdes, situé au pied des sanctuaires, là où se pressent les foules de pèlerins et où vivent les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de «la haute».
Marie avait commencé à déceler la noirceur du démon sous la trompeuse blondeur de l’ange un jour d’hiver et de froid sibérien quand, par le plus grand des hasards, elle avait assisté à une scène qui devait rester gravée au fer rouge dans sa mémoire.
Nous étions au cœur du terrible mois de février 1956.
Une exceptionnelle vague de froid paralysait le pays depuis plus de deux semaines. Les eaux du gave avaient gelé et la neige, tombée en abondance, recouvrait la ville. Le thermomètre était passé au-dessous des moins vingt degrés, la France et l’Europe entière étaient en alerte. La Nouvelle République du 12 février annonçait qu’en Corrèze, le record de froid était de moins trente-cinq degrés et à Nantes, la Loire charriait des glaçons longs de plus d’un mètre. C’était un temps à ne pas mettre le nez dehors ou mieux valait s’emmitoufler jusqu’aux yeux d’épaisses couches de laine, sous peine de sentir la moindre goutte geler dans ses narines. Harnachée de pied en cap, la petite Marie filait à l’épicerie Cazalé faire une course de dernière minute pour le repas du soir quand, passant devant la statue de sainte Bernadette près de l’église paroissiale, elle entendit une voix. Or, elle avait beau tourner la tête en tous sens, elle ne voyait personne. Pas le moindre passant, pas même un chien. Elle s’apprêtait à repartir quand la voix résonna à nouveau, toute proche. Elle s’arrêta, tendit l’oreille.
Cette voix si particulière… c’était celle d’Inès. Ça alors! Que pouvait bien faire cette pimbêche dans ce froid glacial, ce n’était pas son genre d’affronter les frimas, surtout à cette heure tardive? Intriguée, Marie s’était avancée vers le petit square de la statue de sainte Bernadette d’où la voix semblait provenir, et ce qu’elle découvrit la sidéra. Enveloppée d’une chaude pelisse à capuche bordée de renard argenté, gantée et chaussée de confortables bottines fourrées, Inès piétinait le sol et tapait ses mains l’une contre l’autre pour ne pas laisser le froid traverser ses gants et les semelles de crêpe de ses bottines.
— Tu avais dit que tu le ferais, disait-elle d’un ton sentencieux, si tu renonces maintenant ne compte pas sur moi pour rester ton amie. J’ai horreur des lâches et je ferai ta réputation…
(Elle s’adressait à une seconde personne, que Marie ne pouvait voir.) Tu n’auras plus qu’à fréquenter des filles de boulanger ou de pensions minables.
Étant justement fille de boulanger, Marie ne se faisait aucune illusion sur l’opinion qu’Inès pouvait avoir des filles comme elle, mais l’entendre le dire avec un tel mépris la blessa de manière inattendue. »

Extrait
« En cette deuxième moitié du XXe siècle, la famille de Marie Cassagne possédait une boulangerie et les parents de sa meilleure amie, Josy Dulac, une petite pension. Toutes deux étaient aussi liées avec Chantal, la fille des Fourcade, propriétaires d’un hôtel familial modeste mais rentable. Toutes trois vivaient en haut de la ville de Lourdes et rêvaient un jour d’habiter en bas, de l’autre côté du pont qui franchissait le gave, là où se dressaient les prestigieux hôtels trois étoiles, regroupés au plus près des sanctuaires religieux. Là où les foules de pèlerins venus du monde entier priaient la Vierge Marie, «Dame Blanche» apparue à Bernadette Soubirous en l’an 1858.
Avant les apparitions, la ville comptait à peine sept mille habitants. C’était une simple bourgade, incontournable passage vers les montagnes pyrénéennes, alors très à la mode pour les bienfaits de leurs eaux thermales, les mystères de leurs forêts et de leur faune sauvage. La riche société lourdaise vivait rassemblée autour de l’église et de la mairie sur la belle place Marcadal où trônait une fontaine de pierre sculptée de dauphins qui recrachaient l’eau des montagnes. C’était la place des cafés et des auberges où se croisait tout ce qu’une petite ville peut compter de notables, commerçants, hommes de loi, pharmaciens, médecins, journalistes. »

À propos de l’auteur
Bernadette Pécassou a publié de nombreux romans à succès chez Flammarion, dont La Belle Chocolatière (2001), L’Impératrice des roses (2005), La Passagère du France (2009), La dernière Bagnarde (2011), Sous le toit du monde (2013) et tout dernièrement L’hôtelière du Gallia-Londres (2018). Après une carrière de journaliste et réalisatrice pour la télévision, elle se consacre à l’écriture. (Source : Éditions Flammarion)

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L’été circulaire

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En deux mots:
À 16 ans, Céline annonce à ses parents qu’elle est enceinte mais refuse de dire qui est le père de l’enfant. Une situation que son père n’accepte pas. Il entend faire payer le «coupable». La tension monte comme la température durant cet été dans le Vaucluse.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Un été presque ordinaire

« Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’ont jamais gagné aucune partie. »

Voilà un formidable roman construit comme une tragédie grecque, à la fois formidable analyse de l’âme humaine et thriller implacable. Marian Brunet réussit dès les premières pages, avec une scène-choc, à ferrer son lecteur. Dès lors, il ne lâchera plus cette histoire. Nous sommes près de Cavaillon dans un modeste pavillon où vivent Johanna, dite Jo (15 ans) et sa sœur Céline (16 ans) avec un père maçon et une mère au foyer. Quand Céline annonce qu’elle est enceinte, son père la gifle violemment. D’emblée on comprend que la violence est ici comme une seconde nature, que le bon a choisi de céder la place à la brute et au truand. « Chez eux, se souvient Johanna, une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’apprécier la chose, de dire « t’as de l’avenir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. »
Ici on tente de suivre des études tout en se disant qu’elles sont faites pour les autres, on attend les estivants pour partager avec eux les vacances faute de pouvoir rêver d’autres horizons. Le passe-temps favori, outre boire et fumer, ce sont les bals qui animent les soirées estivales. On y retrouve les voisins, les collègues et on y fait quelquefois des rencontres. « Céline a toujours aimé ça, reine de la fête, adulée des garçons – toutes bandes confondues. Même quand elle était plus jeune, il y avait des coins d’ombre où se laisser glisser contre le corps d’un petit ami, jouer à ne pas aller plus loin mais s’arrêter tout au bord. Eux rêvaient de ses doigts aux ongles roses sur leur petit pénis dressé; elle serrait amoureusement de grosses peluches gagnées à la carabine en espérant des mots d’amour. Et s’il fallait se laisser tâter maladroitement les seins pour obtenir de pauvres Je t’aime balbutiants et autres dérivés sans imagination, elle était prête. » Et voilà comment la jeune fille s’est retrouvée enceinte. Et voilà pourquoi son père n’envisage qu’une solution : qu’elle dise qui est le père et qu’elle l’épouse. Sauf que Céline ne veut rien dire, faisant ainsi monter la tension et laisser fleurir les hypothèses.
Car il faut laver l’affront, trouver le responsable, le faire avouer. Toutes les fréquentations de Céline sont passées au crible. Jo est questionnée et voudrait bien pouvoir aider son père, mais « la vérité, c’est qu’elle n’en sait vraiment rien, de qui a mis sa sœur enceinte. En faisant le compte à rebours, trois mois en arrière, elle voit pas. Difficile de savoir, avec sa sœur. Du temps a passé, depuis les tripotages derrière les autos-tamponneuses. Elle est belle, Céline, mais faut pas croire que pour certains, elle est autre chose qu’une pute. »
La colère du père ne va cesser de grandir et, se mêlant d’effluves racistes, va se diriger contre un jeune d’origine maghrébine, cible idéale pour asseoir son besoin de vengeance. Il y a du Dupont-Lajoie dans cet homme-là.
Et à mesure que l’été avance, que la chaleur écrase le Lubéron, que l’on s’amuse en allant plonger dans les piscines des maisons encore inoccupées où en s’incrustant dans les fêtes des nantis, le drame va se nouer.
La chronique sociale se transforme alors brutalement en une tragédie aux rebondissements multiples que Marion Brunet orchestre avec maestria. Voilà sans aucun doute l’un des livres à emporter avec vous pour les vacances!

L’été circulaire
Marion Brunet
Éditions Albin Michel
Thriller
000 p., 18 €
EAN : 9782226398918
Paru le 1er février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Vaucluse, à l’Isle-sur-la-Sorgue, à Avignon avant de prendre la route vers Marseille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Fuir leur petite ville du Midi, ses lotissements, son quotidien morne: Jo et Céline, deux sœurs de quinze et seize ans, errent entre fêtes foraines, centres commerciaux et descentes nocturnes dans les piscines des villas cossues de la région. Trop jeunes pour renoncer à leurs rêves et suivre le chemin des parents qui triment pour payer les traites de leur pavillon.
Mais, le temps d’un été, Céline se retrouve au cœur d’un drame qui fait voler en éclats la famille et libère la rage sourde d’un père impatient d’en découdre avec le premier venu, surtout s’il n’est pas «comme eux».
L’été circulaire est un roman âpre et sombre, portrait implacable des «petits Blancs», ces communautés périurbaines renfermées sur elles-mêmes et apeurées. L’écriture acérée, la narration tendue imposent d’emblée le talent de Marion Brunet.

Les critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le Temps (Jean-Bernard Vuillème)
Blog Encore du noir
Publik’ArtPublik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Ecri’turbulente


Marion Brunet présente L’été circulaire dans La Grande Librairie. © Production France Télévisions

Les premières pages du livre:
« Chez eux, se souvient Johanna, une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’apprécier la chose, de dire « t’as de l’avenir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’ont jamais gagné aucune partie. C’était mort au départ, atout ou appât, elles pouvaient s’asseoir sur l’idée même du jeu, vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles.
Ce soir, Céline, c’est pas une main au cul qu’elle se prend, c’est une main dans la gueule. Le père, fou de rage, s’en étouffe à moitié. Déjà qu’il n’a pas beaucoup de vocabulaire, là, c’est pire. Il retourne la tête de sa fille de son énorme paluche de maçon; elle s’écroule sur le sol de la cuisine – un tas de tissu mouillé. Ça fait un bruit bizarre, comme si des petits bouts d’elle s’étaient brisés.
– C’est qui?
Céline est bien incapable de répondre, même si elle avait décidé de parler. Elle tente de reprendre sa respiration. Ses cheveux pendent en rideau, on ne voit ni ses yeux ni sa bouche. Jo voudrais bien l’aider mais elle sent ses pieds vissés au sol comme ceux d’un lit de prison.
La cuisine sent le détergent et la lavande, fragrance de pub pour le grand Sud, cigales et compagnie.
– C’est qui l’ordure qui t’a fait ça? C’est qui, le fils de pute sorti du con d’une chienne, qui a osé faire ça?
La mère remplit un verre d’eau. Il lui échappe des mains et roule dans l’évier en inox. Elle chuchote Arrête, mais sans conviction. D’ailleurs, on ne sait même pas à qui elle s’adresse.
– Tu vas répondre, oui?
Et puis le père cesse de crier. Son menton se met à trembler, une menace bien pire – Jo détourne les yeux. La mère s’accroupit, son verre d’eau à la main, et elle relève le visage de Céline sans douceur. Elle l’a jamais eue, faut dire. L’espace d’un petit instant, on pourrait se demander si elle va lui jeter l’eau au visage ou l’aider à boire. Céline pousse le sol d’une main, s’agrippe de l’autre au poignet de sa mère. L’eau déborde, coule sur le genou nu de la mère qui s’en agace. Dans un mouvement de recul, elle pose le verre par terre, se redresse difficilement – une très vieille femme, d’un coup, malgré son air d’avoir toujours trente ans. Céline lâche son poignet, reste prostrée sur un coude. Sa bouche a enflé, son nez semble tordu. Le père n’a jamais frappé aussi fort. Elle saisit le verre pour boire mais l’eau coule à côté, sur son menton et sur son tee-shirt décoré d’une vanité rose avec des paillettes autour, et du sang aussi qui jaillit en bulles de sa narine droite. Des milliers de pointes lui cisaillent le ventre.
Le père a croisé les bras, il a repris des forces jusque dans sa posture, et il défie Céline du regard. Elle a les yeux pleins d’eau, les joues creuses à force de serrer les dents.
– Elle dira rien, siffle la mère. Elle dira rien, cette garce. »

Extraits
« Manuel lève la tête et tend son regard vers les murs. Endetté jusqu’au cou mais propriétaire de sa maison en carton-pâte, de sa maison au crépi rose dans le lotissement social construit par une mairie vaguement socialiste, dans les années 80. Seulement il doit encore tellement de fric à son beau-père que c’est pas vraiment comme si elle était à lui. C’est plutôt comme si elle était à sa femme, la maison. Quand il y pense un peu trop, il a l’impression qu’on lui a coupé les couilles à la faucille. Et maintenant sa fille [enceinte à 16 ans], comme s’il était incapable de la surveiller. Au grand jeu de la vie, lui non plus n’a pas écrit les règles. Le problème, c’est qu’il pensait le contraire. »

« La bizarrerie a ses avantages. À force de faire semblant de ne pas la voir pour éviter son regard, les gens finissent par oublier qu’elle est là. Ça autorise certaines excentricités, et il lui arrive d’en abuser, histoire d’entretenir cette licence de petite folie, cet écran de trouble entre elle et les autres. Là, face au père, elle en a besoin. La vérité, c’est qu’elle n’en sait vraiment rien, de qui a mis sa sœur enceinte. En faisant le compte à rebours, trois mois en arrière, elle voit pas. Difficile de savoir, avec sa sœur. Du temps a passé, depuis les tripotages derrière les autos-tamponneuses. Elle est belle, Céline, mais faut pas croire que pour certains, elle est autre chose qu’une pute. »

« Ici, tout ce qui sort un tant soit peu de l’ordinaire est commenté, décortiqué, devient sujet. Dans le viseur des langues de comptoir, prophétiques et avinées, pas d’expédient sauf l’habitude. Seule l’habitude peut rendre banal ce qui ne l’est pas. »

« Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’ont jamais gagné aucune partie. C’était mort au départ, atout ou appât, elles pouvaient s’asseoir sur l’idée même du jeu, vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles. »

« Il en jouit, de sa solitude supérieure, c’est sa came. Et puis elle est belle cette fille enceinte sortie d’on ne sait où. Pas le genre de la maison, c’est sûr, et ça, ça l’excite drôlement, le fils de bonne famille. Et comme son intelligence lui offre l’élégance d’un cynisme vaguement désespéré, il s’autorise à penser que oui, ce serait amusant de la sauter, avec son gros ventre et sa vulgarité qui affleure sous chaque éclat de rire. Ce serait beau, décadent, nouveau. Il s’ennuie tellement.
– Mais quoi? Pourquoi tu me regardes comme ça?
Céline glousse et entame la troisième bière que lui tend Côme.
Il se sent dégueulasse, et il trouve ça délicieux. »

À propos de l’auteur
Auteure reconnue en jeunesse pour ses romans Young Adult publiés chez Sarbacane et récompensés par plus de 30 prix comme le prix Unicef de littérature jeunesse 2017, Marion Brunet, née en 1976, a travaillé comme éducatrice spécialisée. Elle vit à Marseille où elle est lectrice pour diverses maisons d’édition et anime des rencontres littéraires auprès des scolaires. (Source : Livres Hebdo)

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Une mère modèle

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En deux mots:
Florence vit une relation compliquée avec William. Elle est à Paris, lui à New York où il aimerait qu’elle la rejoigne avec leur garçon. Mais il y a son travail à l’opéra, Moussa, le copain de son fils, et… un amant éphémère. Quel sera son choix?

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

«Être une femme libérée, c’est pas si facile»

Pour son premier roman, Pierre Linhart s’est glissé dans la peau d’une femme en proie au doute. Doit-elle quitter Paris, où elle vit avec leur fils, pour rejoindre son mari à New-York?

Florence fait partie de ces femmes qui se sont battues pour pouvoir mener de front une vie professionnelle et une vie de famille épanouissantes. À quarante ans, elle est mariée, travaille à l’opéra de Paris comme chef de chant et est mère d’un garçon de 10 ans. Bref, tout serait parfait si William, son mari, pouvait partager son quotidien. Mais ce dernier enseigne à l’université de New York et communique via Skype en attendant de pouvoir retrouver son épouse et son fils.
Une situation qui lui laisse l’entière responsabilité de l’éducation de son fils et limite son emploi du temps. Du coup, elle doute.
Avec beaucoup d’à-propos Pierre Linhart nous offre de partager, outre le quotidien de Florence et Joachim, les réflexions qui lui passent par la tête. Quand elle fait la connaissance de Moussa, le nouveau copain de son fils, elle ne peut – par exemple – s’empêcher de penser qu’il est beaucoup plus facile à vivre que le sien. Autant Moussa est curieux et passionné, est ravi qu’elle lui propose de lui apprendre le piano, autant Joachim semble grincheux, voire jaloux de l’intérêt que porte sa mère à son copain. Et quand elle invite les deux enfants à assister à la représentation de Pelléas, l’enthousiasme du premier est inversement proportionnelle au désintérêt du second.
Un jour – sans doute pour évacuer la tension – elle cède aux avances de Michel, un collègue qui lui avait déjà fait à plusieurs reprises des avances. Mais, une fois de plus, elle s’interroge. « Mettre sa vie de couple en danger pour une simple pulsion sexuelle. Il fallait arrêter tout de suite, avec ce… Michel. Avant qu’elle ne se sente obligée de tout dire à William et de tout détruire. À moins que cela soit ce qu’elle recherche, briser son couple. »
Elle se confie alors à son frère Romain, lui avoue qu’elle ne sait plus très bien ce qu’elle veut. Pourtant William, à chaque fois qu’il la retrouve, semble toujours aussi épris et rêve d’accueillir sa femme et son épouse aux Etats-Unis. Il a même trouvé un emploi pour Florence au MET.
Mais Florence a du mal à se projeter dans cette vie américaine, à quitter Moussa dont elle constate les progrès jour après jour. Aussi est-ce plutôt par lassitude qu’elle accepte le projet, qu’elle confie à William le soin de leur trouver une maison.
«La sincérité complique tout. On s’enfonce dans des explications. On se noie. Dire que tout va bien est tellement plus facile.»
Au fur et à mesure que le voyage se précise, la tension croît, le combat intérieur se fait plus douloureux, mêlant les traumatismes passés aux interrogations présentes.
Réconciliation? Séparation? Avec finesse et une vraie finesse d’analyse, Pierre Linhart réussit son pari – se mettre dans la peau d’une femme – et nous livre un premier roman qui nous prouve que le courage consiste à ne pas de se conformer aux diktats d’une bien-pensance qui voudrait faire de toutes les femmes des mères-modèle.

Une mère modèle
Pierre Linhart
Éditions Anne Carrière
Roman
250 p., 18 €
EAN : 9782843379086
Paru le 2 mars 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et à New-York avec l’évocation de voyages à Boston et à travers le Mississipi.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’une mère qui se prend d’un élan de maternité pour le copain de son fils, âgé de dix ans, avec lequel elle entretient une relation complexe. Alors qu’elle s’attache à cet «enfant d’une autre» au risque de blesser le sien, son couple aussi est fragilisé. Portrait subtil d’une femme en crise qui s’est toujours conformée aux diktats sociétaux et intimes, Une mère modèle est un roman d’émancipation. Son héroïne, assoiffée de liberté, y emprunte un chemin inattendu pour redéfinir sa place dans le monde.

Les critiques
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Pierre Linhart présente Une mère modèle © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Elle détaille les pères qui attendent à la sortie de l’école, sourit à ceux qui croisent son regard. En ce moment, ils portent tous la barbe et des vêtements bleu nuit. Les mères s’évaluent les unes les autres, certaines discutent entre elles. Elle ne compte pas d’amie parmi ces femmes. Pas encore. Elle n’a guère de temps pour l’amitié. Ou n’en ressent pas la nécessité.
Son fis sort du bâtiment en chahutant avec un garçon qu’elle ne connaît pas, noir et maigrichon. Joachim adresse un vague signe à Florence, ne manifeste ni joie ni hostilité. Il prend note qu’elle est là.
– On y va? lance-t-il sans même l’embrasser, en filant devant elle avec son nouveau copain.
– Tu ne me présentes pas?
– Il s’appelle Moussa. L’enfant lève furtivement ses grands yeux tristes, aux cils recourbés, avant de baisser la tête. Elle l’observe marcher à côté de son fils, cheveux presque rasés, un blouson bleu électrique et un jean trop grand pour lui. C’est la première fois qu’elle voit Joachim avec un enfant noir et, étrangement, cette idée lui plaît.
Elle fait voler les crêpes pour les retourner dans la poêle. Tout est dans le mouvement du poignet, comme pour les staccatos. Vif et souple. Joachim veut essayer.
– À Moussa d’abord, honneur aux invités.
Celui-ci décolle timidement la crêpe qui atterrit sur le bord de la poêle, et se déchire en deux avant d’échouer lamentablement au sol. Joachim éclate de rire, un peu méchamment, et Moussa affiche un air désolé.
– C’est normal, la première fois. Tiens, essaie à nouveau!

Moussa refuse. Il laisse la place à Joachim qui, comme dans tout ce qu’il entreprend, veut aller trop vite et tente de faire voler la crêpe alors qu’elle n’est pas encore cuite et ne se décolle qu’à moitié. Lassé par une activité qu’il ne maîtrise pas d’emblée, il rend la poêle à sa mère.
Après avoir avalé une quatrième crêpe, Moussa ose regarder Florence pour la première fois, sans détourner les yeux. Elle se sent transpercée par ce regard. Pour masquer son trouble, elle range les assiettes dans le lave-vaisselle. Les enfants filent jouer.
Elle répète Pelléas depuis un long moment, lorsqu’elle découvre Moussa en retrait, qui l’observe. Depuis combien de temps?
– Tu aimes? demande-t-elle.
Il hoche la tête.
– C’est du Debussy. Tu as déjà entendu parler de lui?
Il fait non.
– Et ça, tu connais?
Tournée vers lui, elle joue de la main droite le début de la Marche turque. Il ne connaît pas davantage Mozart mais le rythme sautillant de la mélodie le fait sourire. »

À propos de l’auteur
Diplômé en 1993 de la FEMIS, département scénario, Pierre Linhart complète sa formation dans l’atelier de réécriture FEMIS dirigé par Jacques Akchoti en 2008. Il réalise son premier court métrage en 1993 qui reçoit notamment la prime à la qualité du CNC. Pierre Linhart a écrit des documentaires, des longs-métrages, des séries télévisées; Les inséparables qu’il co-réalise et qui recevra le prix de la meilleure série africaine en 2008, puis Clash (6×52) pour France 2 coécrit avec Baya Kasmi. Danbe qu’il a écrit pour Arte a été désignée Meilleure fiction française au Festival de La Rochelle 2014. Pierre Linhart dirige l’atelier Initiation à l’adaptation de romans de la FEMIS. Une mère modèle est son premier roman. (Source : agence-adequat.com)

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Faire mouche

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En deux mots:
Laurent retourne à saint-Fourneau où il a grandi, à l’occasion du mariage de sa cousine. Un voyage à contrecœur, car les liens se sont distendus et les secrets de famille sont lourds. Tellement lourds qu’ils vont finir par éclater.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le retour du fils indigne

Laurent Malèvre n’a pas envie de revenir dans son village d’enfance où il n’a pas de très bons souvenirs. Mais pour le mariage de sa cousine, il prend la direction de Saint-Fourneau avec son amie Claire. Dès son arrivée, la tension ne va cesser de croître jusqu’à l’explosion finale.

Il y a tout du thriller familial dans ce court roman. La tension psychologique, l’envie des différents protagonistes de ne pas en dire trop, voire de dissimuler une réalité que l’on pressent difficile. Et pourtant, il n’y a à priori rien de plus banal que le voyage qu’entreprend Laurent. Le narrateur va retrouver Saint-Fourneau, son village d’enfance, où sa cousine Lucie va épouser Pierre, le garagiste. Le malaise ne va pourtant pas tarder à s’installer. D’abord parce que Constance, l’épouse enceinte qui l’accompagne, n’est pas Constance mais Claire. Ce qui n’est pas clair! « A bien y réfléchir, c’était exactement ainsi que j’avais espéré passer ces quelques jours avec Constance. Sa pensée ne me quittait pas. En revanche, et ceci n’avait pas été prémédité, Claire, par sa seule présence, atténuait ce manque en lui donnant une forme matérielle sensible qui finissait par apaiser mon esprit et adoucir la réalité, comme si la copie parvenait, peu à peu, à supplanter l’original. »
Ensuite parce que sa mère a épousé en secondes noces Roland, le frère de son mari, autrement dit l’oncle de Laurent. On imagine là encore que tout n’est pas très net dans cette union. Et l’on comprend les réticences du fils à retisser des liens qu’il avait pris soin de distendre. Car il se méfie de cette génitrice qui ne lui voulait pas que du bien. Il semblerait en effet que la décision de ses grands-parents de l’éloigner et de l’emmener vivre chez eux fasse suite une tentative de faire ingurgiter de l’eau de javel à son enfant. Une histoire que sa cousine n’a pas oubliée, au grand dam de Laurent: « J’aurais préféré qu’elle ne pose pas sur moi ce regard compatissant. Je savais qu’elle pensait à ma mère et aux rumeurs d’empoisonnement qui avaient couru à la mort de mon père. »
Dans ce jeu de dupes, difficile de dire lequel des protagonistes est le plus étrange, le plus taiseux, le plus pervers. Entre souvenirs d’enfance, secrets de famille et goût prononcé pour la manipulation, ce court roman est un jeu de massacre qui ne va laisser personne indemne.
Au milieu des préparatifs du mariage, et alors que chacun veut faire bonne figure, l’atmosphère s’électrise de plus en plus. Pourquoi Luc, le frère de Constance, essaie-t-il de joindre sa sœur alors qu’il est censé savoir qu’elle n’est plus avec Laurent? Pourquoi Lucie avait-elle décidé de protéger son cousin? Pourquoi les rumeurs ne cessaient d’enfler à chaque fois qu’il revenait au village? Autant de questions qui vont conduire à un épilogue aussi terrifiant qu’inattendu… sauf peut-être pour ceux qui ont lu les deux précédents romans de Vincent Almendros, Ma chère Lise (paru en 2011) et surtout Un été (paru en 2015) et qui savent combien les petits détails parsemés ici et là ont leur importance et combien les dernières pages de ses romans sont percutantes, surprenantes, déstabilisantes.
Et le lecteur, lui, se régale!

Faire mouche
Vincent Almendros
Éditions de Minuit
Roman
128 p., 11,50 €
EAN : 9782707344212
Paru en janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en province, dans le village de Saint-Fourneau, que l’on pourrait situer en Lozère. On y évoque également Grisac, Clermont-Ferrand

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
À défaut de pouvoir se détériorer, mes rapports s’étaient considérablement distendus avec ma famille. Or, cet été-là, ma cousine se mariait. J’allais donc revenir à Saint-Fourneau. Et les revoir. Tous. Enfin, ceux qui restaient.
Mais soyons honnête, le problème n’était pas là.

Les critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
Culturebox (Laurence Houot)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Le Temps (Julien Burri)
Culture Tops (Valérie de Menou)
Blog Moka – Au milieu des livres

Blog Lire au lit
Blog L’Or des livres 


Vincent Almendros présente Faire mouche. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« J’avais été, jusque-là, un homme sans histoire. Peut-être parce que j’étais né dans un village isolé, au milieu de rien. Car c’était ça, Saint-Fourneau, un trou perdu. Y revenir m’avait toujours paru compliqué. Il faut dire que ma mère, elle, y vivait encore.
Nous venions, Claire et moi, de quitter l’A75. Le soir était tombé. Les phares de la
Nissan éclairaient maintenant la départementale en lacets. Depuis plusieurs kilomètres, nous ne croisions plus aucune voiture. Le paysage était devenu escarpé et montagneux, composé d’à-pics ou de reliefs rocheux boursouflés de végétation. Il se vallonna de nouveau, et les premiers panneaux indiquant Saint-Fourneau apparurent.
Lorsque, dans la nuit, je distinguai en contrebas de la route le champ de la Métairie, je ralentis, enclenchai le clignotant et bifurquai sur la droite pour descendre la pente goudronnée qui menait au hameau. La voie se rétrécit.
Les roues de la voiture écrasèrent des gravillons. À faible allure, j’allai me garer devant un abri, où, sous une bâche, s’entassait du bois. J’éteignis le moteur.
Mon cou était raide. Je me massai la nuque. J’étais fatigué par le voyage, mais tout s’était déroulé sans encombre. Je me tournai vers Claire, qui, à côté de moi, ne bougeait pas.
Elle avait incliné le dossier de son siège vers l’arrière. Je ne voulus pas la réveiller tout de suite.
Je pris le temps de regarder le hameau, la silhouette de la maison et l’obscurité autour. J’attendis encore un peu, profitant de cet instant où il ne se passait rien, où il ne pouvait rien se passer, puis je finis par poser ma main sur l’épaule de Claire. On est arrivé, dis-je.»

Extraits
« A bien y réfléchir, c’était exactement ainsi que j’avais espéré passer ces quelques jours avec Constance. Sa pensée ne me quittait pas. En revanche, et ceci n’avait pas été prémédité, Claire, par sa seule présence, atténuait ce manque en lui donnant une forme matérielle sensible qui finissait par apaiser mon esprit et adoucir la réalité, comme si la copie parvenait, peu à peu, à supplanter l’original. »

« J’aurais préféré qu’elle ne pose pas sur moi ce regard compatissant. Je savais qu’elle pensait à ma mère et aux rumeurs d’empoisonnement qui avaient couru à la mort de mon père. »

« Lorsque j’avais entendu Claire vomir dans la salle de bains, je m’étais demandé ce qui se passait. Lucie dut sentir une faille, qu’elle transforma en brèche en s’y engouffrant. Son un ton plus méchant, qui me rappela la brutalité dont ma mère était capable, elle voulut savoir pourquoi j’avais toujours cherché à la protéger. »

À propos de l’auteur
Né à Avignon en 1978, Vincent Almendros fait des études de lettres à la faculté d’Avignon avant de commencer à écrire de la poésie et de la littérature en prose. Il envoie, pour conseils, son premier roman achevé, Ma chère Lise, à Jean-Philippe Toussaint qui, l’appréciant, l’introduit auprès d’Irène Lindon aboutissant à sa publication en 2011. En 2015, son deuxième roman Un été, très apprécié par la critique reçoit le prix Françoise-Sagan en juin 2015. En 2018, il publie Faire mouche. (Source : Babelio.com)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Diên Biên Phù

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En deux mots:
À Diên Biên Phù un soldat français va vivre les trois expériences les plus fortes de sa vie. Il est blessé au combat, secouru par un camarade sénégalais et rencontre l’amour de sa vie. Vingt ans après, il veut retrouver Maï Lan et part pour le Vietnam.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Sur la trace d’un amour perdu

Un premier roman qui résonne déjà comme l’œuvre d’une vie. En racontant le retour au Vietnam d’un soldat français vingt ans après Diên Biên Phù, Marc Alexandre Oho Bambe nous offre un roman d’amour absolu.

Quel choc! Voilà sans doute l’un des plus beaux romans qu’il m’a été donné de lire cette année. Marc Alexandre Oho Bambe s’inscrit pour moi dans la lignée de ces auteurs qui portent en eux une histoire forte qu’ils écrivent et réécrivent des dizaine sde fois avant de la poser sur le papier. Une histoire qu’ils veulent parfaite, entière, définitive. Une histoire dont chaque mot est pesé, chaque phrase pensée. Le slameur et poète qui se produit sous le nom de Capitaine Alexandre est désormais aussi un grand écrivain dont il faudra retenir le nom: Marc Alexandre Oho Bambe.
Le livre s’ouvre sur le rappel de cette ultime bataille de ce que l’on appelait alors la Guerre d’Indochine et qui fît plus d’un demi-million de morts :
« Diên Biên Phù,
Joli nom, pour un naufrage.
Diên Biên Phù,
Trois syllabes de sang, un son de claque et de défaite.
Pour nous, les hommes.
Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours et cinquante-sept nuits âpres, nous rendons les armes, vaincus par les troupes viêtminh. »
Les jeunes générations ont peut-être oublié aujourd’hui la déflagration provoquée par cette défaite. Alexandre, le narrateur, marqué non seulement dans sa chair mais aussi dans son cœur nous le rappelle en quelques lignes: « Nous avons perdu la bataille, la guerre et l’honneur. L’honneur de la France coloniale. » Pour les autorités françaises, il faut dès lors essayer de tirer au plus vite un trait sur cette humiliante défaite en rapatriant au plus vite le contingent.
Pour Alexandre, ce rapatriement n’est pas un soulagement, mais un nouveau déchirement. Il laisse derrière lui Alassane Diop, le camarade de régiment sénégalais qui lui a sauvé la vie et avec lequel il a noué une solide amitié et Maï Lan, la femme dont il est passionnément amoureux. Lui qui avait grandi dans l’idée que le combat pour la civilisation était juste avait compris la légitimité des autochtones dans leur aspiration à la liberté. Avec Diop, son «frère d’une autre terre», il avait aussi compris qu’une civilisation sans cœur était moribonde et sans honneur.
Si en 1954, on ne parlait pas encore de syndrome post-traumatique, on comprend fort bien dans quel état psychologique devaient être les soldats qui retrouvaient le sol de France.
Pour Alexandre, les choses vont se faire «sans lui». Il sera plus spectateur qu’acteur de sa vie de famille, épousera Mireille et lui fera des enfants. «Nous devions avoir une belle vie. C’était la promesse du jour. Mais le jour ne tint pas sa promesse. Et la nuit finit par tomber. Sur nous, Mireille et moi, notre mariage arrangé, les hommes en guerre contre eux-mêmes, l’humanité dérangée. Je partis m’abîmer à la violence du monde, me construire et chercher ma place dans les décombres de mon être et le vacarme des bombes.»
Pour survivre, il utilise la recette de son ami Diop, il écrit. «Écrire pour laisser une trace. Ma trace.» Il lui faudra vingt ans pour pouvoir comprendre qu’il vivait une vie de procuration, qu’il n’était qu’une sorte d’ectoplasme. «Je n’ai jamais pu m’habituer à la mort, pas même à la mienne. Je n’ai jamais pu m’habituer à la mort. Et pourtant je suis mort vivant, Depuis vingt ans.»
Il comprend alors que son amour pour Maï Lan est toujours aussi fort, qu’il lui faut retourner à Hanoï, quitte à blesser sa famille. Il part sans se retourner, il part pour ne plus revenir.
Retrouve le Normandie qui «était la base de repos des soldats français. C’est là aussi que me retrouvait Maï. On buvait quelques verres, on dansait, on parlait, on riait fort, on s’aimait, défiant l’absurdité du monde. Et la guerre. Ensuite on s’échappait hôtel de la Paix quelques pas plus loin, pour baiser. Ou faire l’amour. Et oublier. La condition humaine et nos pays, patries ennemies.»
Il brûle d’un fol espoir, celui de retrouver la femme de sa vie. La femme qu’il croise au bar est touchée par son histoire, accepte de l’aider, quand bien même le fil est très ténu.
On rêve avec lui, on espère qu’un amour aussi pur sera récompensé. On craint aussi les ravages du temps, la nouvelle défaite. Disons simplement que la fin de ce roman bouleversant est à la hauteur de la quête. Précipitez-vous sur ce livre magnifique qui, et c’est là mon seul regret, aura échappé à la sagacité du comité de sélection des «68 premières fois». Quoiqu’il en soit, il fait désormais partie de ma bibliothèque idéale!

Diên Biên Phù
Marc Alexandre Oho Bambe
Sabine Wespieser Éditeur
Roman
232 p., 19 €
EAN : 9782848052823
Paru en mars 2018

Où?
Le roman se déroule au Vietnam, à Hanoï, à Diên Biên Phù et à Mu Cang Chai dans la province de Yen Bai, ainsi qu’en France, notamment à Paris.

Quand?
L’action se situe en 1954, puis vingt années plus tard.

Ce qu’en dit l’éditeur
Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelque chose à cette guerre: l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clé de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.
Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la «fille au visage lune» qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir: Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.
Avec ce roman vibrant, intense, rythmé par les poèmes qu’Alexandre a pendant vingt ans écrits à l’absente, Marc Alexandre Oho Bambe nous embarque dans une histoire d’amour et d’amitié éperdus, qui est aussi celle d’une quête de vérité.

Les critiques
Babelio
Africultures (Aminata Aïdara)
RCF (Le livre de la semaine – Yves Viollier)
France Culture (Le réveil culturel – Tewfik Hakem)
Page des libraires (Sarah Gastel – Librairie Terre des livres, Lyon)
La Vie (Yves Viollier)
Blog DOMI C LIRE 
Blog L’ivresse littéraire
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)


Marc Alexandre Oho Bambe à Diên Biên Phù, lieu d’un amour fou © Production France 24, émission «à l’affiche»

Les premières pages du livre
« Diên Biên Phù,
Joli nom, pour un naufrage.
Diên Biên Phù,
Trois syllabes de sang, un son de claque et de défaite.
Pour nous, les hommes.
Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours et cinquante-sept nuits âpres, nous rendons les armes, vaincus par les troupes viêtminh.
Notre camp retranché tombe aux mains des bodoi, le général Giàp a gagné son pari, le combat du tigre et de l’éléphant, annoncé par Hô Chi Minh: « Le tigre tapi dans la jungle harcèlera l’éléphant figé qui, peu à peu, se videra de son sang et mourra d’épuisement. »
Tous les points d’appui fortifiés dans la plaine, destinés à couvrir notre camp, sont tombés.
Il est dix-huit heures. Nous avons perdu la bataille, la guerre et l’honneur.
L’honneur de la France coloniale.
Diên Biên Phù, depuis vingt ans mon esprit erre en ce lieu, qui me hante. J’y reviens enfin, pour retrouver des souvenirs perdus, en exil de moi-même. Je suis de retour ici pour une femme, flamme rencontrée pendant la guerre. Nous nous étions aimés, sans bruit ni fureur, avant de nous séparer, contraints.
Dans la stridence du silence.
J’étais jeune et mal marié, rêveur, avide de voyages et d’aventures, de douces drogues dures et d’écriture. Passions voraces et dévastatrices pour les âmes comme la mienne, en quête d’absolu, inatteignable.
À la recherche de moi-même, j’avais trouvé Maï Lan. Frêle et mystérieuse jeune femme, qui allait s’éprendre d’un soldat en guerre contre son pays.
Et contre lui-même.
Il y a des êtres qu’on rencontre trop tard pour ne pas les aimer.
Maï Lan.
Retour à Diên Biên Phù.
À la recherche d’un amour jeune et vieux, fou.
De vingt ans.
Retour ici, en pèlerinage.
Cette fille est ma faille, mon alcool, ma parabole.
Et son pays, mon gouffre néant: j’y suis mort et m’y suis enterré, avec mes dernières illusions sur l’humanité, sur moi-même et sur ma propre patrie, « terre des
droits de l’homme ». C’est ainsi, ainsi qu’elle aime, qu’elle aime qu’on la nomme.
Je suis mort ici, en Indochine.
Avant de renaître, puis mourir encore.
Dans le regard de Maï.
Il y a vingt ans.
C’était la guerre. »

Extrait
« Retour à Diên Biên Phù.
À la recherche d’un amour jeune et vieux, fou.
Retour ici, avec l’espoir mitraillé de retrouver celle qui m’accoucha.
Retour ici, pour mourir où je suis né, dans un corps-à-corps fiévreux.
Retour ici, après vingt ans d’exil intérieur, l’âme en feu. Je suis revenu ici, où je suis tombé amoureux, pour ne plus jamais me relever. Je suis revenu ici, pour finir mon voyage. Dans une bulle d’opium ou de tendresse.
Je suis revenu ici, pour écrire la dernière page. De mon livre de vie.
Je suis de retour à Diên Biên Phù.
Pour mettre un point final à ma peine ou mourir en paix, dans les bras ou le doux souvenir de mon amour siamois au visage lune, Maï Lan, unique soleil dans la nuit. »

À propos de l’auteur
Marc Alexandre Oho Bambe, alias Capitaine Alexandre, est poète et slameur. Né en 1976 à Douala, au Cameroun, il est bercé par la poésie dès son plus jeune âge, notamment par Aimé Césaire et René Char (à qui il rendra hommage en choisissant son nom de scène). Arrivé en France à dix-sept ans, il étudie à Lille, travaille brièvement dans une agence de communication, avant de se consacrer au journalisme et à l’écriture.
En 2006, il fonde le collectif On A Slamé Sur La Lune, troupe de poètes slameurs, musiciens, metteurs en scène, plasticiens, vidéastes et performeurs, qui en 2010 sort son premier album. Les membres du collectif multiplient les interventions culturelles et les performances scéniques, et affirment leur ambition pédagogique : celle de sensibiliser le public à la poésie, au spectacle vivant et au dialogue des cultures.
À partir de 2009, Marc Alexandre Oho Bambe publie de la poésie, notamment Le Chant des possibles, aux éditions La Cheminante (prix Fetkann ! de poésie, 2014, et prix Paul Verlaine de l’Académie française, 2015), Résidents de la République (La Cheminante, 2016) et De terre, de mer, d’amour et de feu (Mémoire d’encrier, 2017).
Capitaine Alexandre slame ses textes et chante les possibles sur les scènes du monde entier, intervient lors de conférences internationales, et donne de nombreux concerts littéraires en France et à l’étranger. Sa dernière création, De terre, de mer, d’amour et de feu, est un opéra slam baroque, présenté en juin 2017 en avant-première à la Fondation Louis Vuitton dans le cadre de la Carte blanche d’Alain Mabanckou.
Marc Alexandre Oho Bambe enseigne depuis dix ans et transmet à ses élèves et ses étudiants le goût de la littérature et de la poésie. il est également chroniqueur pour Africultures, Médiapart, Wéo et Le Point Afrique. (Source : Sabine Wespieser Éditeur)

Page Wikipédia de l’auteur 
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La fissure

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En deux mots:
Une fissure dans sa résidence secondaire va entraîner un total bouleversement dans la vie de Xavier. Fini son boulot, fini son mariage, finie sa vie paisible en France. Son obsession va le mener jusqu’aux Antipodes où il n’en a pas fini avec les surprises!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La tête à l’envers

Jean-Paul Didierlaurent, l’auteur du liseur du 6h 27, nous revient avec un joli conte mâtiné de fantastique construit à partir d’un homme ordinaire qui, en découvrant une fissure, va changer totalement son existence.

Quel plaisir de retrouver l’auteur du liseur du 6h 27, un premier roman qui avait d’emblée su conquérir un large public. Et cette fois encore le personnage principal est un homme qui mène une vie tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Xavier Barthoux est marié, travaille depuis de nombreuses années comme représentant d’une fabrique de nains de jardin et possède un chien et une résidence secondaire dans les Cévennes.
C’est là qu’on le retrouve au moment de prendre un petit-déjeuner en plein-air. Derrière le feuillage qui grimpe au mur, il découvre «une saloperie de fissure». Si pour son épouse la chose est loin d’être dramatique – après tout la végétation cache cette lézarde – il en va tout autrement pour Xavier qui sait qu’il faut traiter ce type d’incident avant qu’il ne s’étende et prenne d’autres proportions.
Jean-Paul Didierlaurent a l’art de construire de formidables histoires à partir de ces petits riens. Mais, si on n’y regarde de plus près, ce sont souvent ces petits riens qui provoquent de grands drames. Combien de divorces ont été prononcés parce qu’une brosse à dent n’était pas à sa «juste place» dans la salle de bains, parce qu’une cuvette de WC n’était pas baissée, parce que les chaussettes n’étaient pas systématiquement déposées dans le panier à linge… Le sociologue du couple Jean-Claude Kaufmann a écrit quelques ouvrages fort intéressants sur le sujet.
Pour Xavier, ce processus s’enclenche dès les premières minutes, car Angèle ne voit pas ou ne veut pas voir la gravité de cette fissure, et va finir par une obsession. S’il ne parvient pas à colmater cette brèche, il en est persuadé, c’est toute sa vie qui risque de dispraître dans l’anfractuosité.
Je vous laisse découvrir comment cette fissure aura raison de son couple, de sa profession et même de sa petite vie tranquille en France. Avec une dose de fantastique, notamment un nain de jardin facétieux qui répond au doux patronyme de «Numéro 8», voici Xavier débarquant aux antipodes, sur une île perdue au large de la Nouvelle-Zélande.
Que vient-il faire là? Quel rapport avec «sa» fissure? Et pourquoi les personnes qu’il croise semblent-elles avoir un lien avec lui? Autant d’énigmes et de mystères qui vont peu à peu se dévoiler et régaler le lecteur.
Dans la droite ligne de Marcel Aymé ou, pour prendre un contemporain, de Didier van Cauwelaert, ce nouvel opus de Jean-Paul Didierlaurent ravira tous ceux qui voient dans la littérature un formidable moyen d’évasion, ne dédaignant pas parler de questions existentielles le sourire aux lèvres.

La Fissure
Jean-Paul Didierlaurent
Éditions Au Diable Vauvert
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par
336 p., 18 €
EAN : 9791030701722
Paru le 18 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Alzon ainsi qu’à Clermont-Ferrand, Brive-la-Gaillarde et à Cassis, ainsi qu’aux îles Chatham, administrées par la Nouvelle-Zélande.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dernier représentant d’une entreprise de nains de jardin rachetée par une holding américaine, Xavier Barthoux mène une vie bien rangée entre la tournée de ses clients, son épouse, son chien et sa résidence secondaire des Cévennes. Mais quand il découvre une fissure dans le mur de sa maison, c’est tout son univers qui se lézarde… Animé par une unique obsession, réparer la fissure, il entreprend un périple extrême et merveilleux jusqu’à l’autre bout du monde.

Les critiques
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Blog La soupe de l’espace
Blog Les billets de Fanny
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Dans son nouveau roman La Fissure, Jean-Paul Didierlaurent emmène ses lecteurs de surprise en surprise, jusqu’à la chute finale. © Production TV5 Monde

Les premières pages du livre
« Depuis près d’une heure, le tatoueur répétait les mêmes gestes avec la précision d’un métronome. Tremper le peigne dans l’encre noire, appliquer les dents sur l’avant-bras de l’homme, frapper à l’aide du bâton une série de coups secs, bois contre ivoire, de manière à faire pénétrer le liquide d’ombre sous la peau claire. À intervalles réguliers, l’assistant tamponnait l’épiderme avec son chiffon. Sang et encre mêlés constellaient l’étoffe de taches sombres. Allongé torse nu sur la natte, l’homme suait à grosses gouttes. Le feu invisible dévorait son bras, le consumait au cœur de l’os. Malgré la douleur, il trouva la force de sourire à la jeune femme agenouillée à sa gauche. Elle lui rendit son sourire et saisit sa main. Pendant un court moment, sa paume aspira les morsures du peigne. L’homme releva la tête et contempla l’avancée du tatouage. Un premier entrelacs de lignes sombres serpentait sur sa peau du coude au biceps. Il lui semblait que les souvenirs s’estompaient alors que le dessin prenait forme. Il ferma les yeux. Les dernières images de sa vie d’avant s’échappaient sans qu’il cherche à les retenir.

Dans l’art du bûcheronnage, le cran de chute est l’entaille en V pratiquée sur le fût d’un arbre pour définir la trajectoire de son abattage. Même infime, ce cran oriente l’effondrement du tronc en déséquilibrant l’ensemble du côté souhaité. Mettre à bas un géant vert sans effectuer cet acte préliminaire peut s’avérer des plus périlleux. Régulièrement, des bûcherons du dimanche dont l’ignorance égale la bêtise s’y essaient, avec les risques que cela comporte et des résultats à l’opposé de leur ambition première. Ainsi tronçonné, l’arbre, lorsqu’il ne se contente pas de rester cramponné de toutes ses branches à ses compagnons, peut osciller longtemps avant de choisir de son propre gré l’endroit de son effondrement qui peut se solder par l’aplatissement d’un véhicule, l’écrasement d’un hangar ou la pulvérisation de la véranda du voisin avec pour seule compensation un passage éclair dans Vidéo Gag à condition que le beau-frère chargé de la caméra n’ait pas oublié d’appuyer sur le bouton marche au moment de l’accident, quand l’entreprise ne s’achève pas tout simplement par l’écrabouillement du tronçonneur novice et de son engin pétaradant. »

Extrait
« Xavier s’étouffa et toussa pendant près d’une minute à pleins poumons pour déloger la miette de biscotte que la surprise avait coincée dans le fond de sa
gorge. Écarlate, il avala une rasade de jus d’orange pour éteindre l’incendie dans son gosier avant de reporter son attention sur la façade.
— C’est quoi ça? bredouilla-t-il pour lui-même plus que pour sa femme.
— C’est quoi ça quoi?
Xavier essuya sa moustache à l’aide de sa serviette, se leva sans quitter la chose des yeux et s’avança jusqu’au mur de verdure, emportant sa chaise sous le regard incrédule de son épouse, suivi comme son ombre par la chienne dont l’arrière-train frétillait d’excitation à la perspective d’une promenade matinale. Il monta sur le siège,
écarta le feuillage et colla son nez contre le crépi pour se livrer à un examen méticuleux. Ce qu’il avait aperçu quelques secondes plus tôt n’était peut-être qu’une illusion d’optique, le résultat malencontreux d’un jeu d’ombre et de lumière sur le relief irrégulier du crépi, mais il voulait en avoir le cœur net. Intriguée, Angèle Barthoux née Lacheneuil s’était levée à son tour pour rejoindre
son mari.
— Qu’est-ce qu’il y a?
Ignorant la question de son épouse, il caressa du bout de l’index la surface rugueuse du mur. La pulpe de son doigt vint confirmer ses craintes. Xavier grimaça.
— Eh merde.
Jeté dans un souffle, le mot exprimait tout son désappointement. À la vue de son maître perché sur sa chaise, la chienne sautait sur place en aboyant nerveusement. Face au désarroi soudain de son mari, Angèle répéta sa question.
— Qu’est-ce qu’il y a?
— Regarde, l’invita-t-il en écartant le feuillage.
— Quoi?
— Le mur. Qu’est-ce que tu vois sur le mur?
— Ben, la vigne.
— Oui, la vigne, d’accord tu vois la vigne, concéda-t-il avec indulgence, mais oublie la vigne. Sous la vigne, là, tu vois quoi sous la vigne?
— Ben le crépi, je vois le crépi.
— Okay, tu vois le crépi, d’accord mais encore?
Qu’est-ce que tu vois sur le crépi? insista Xavier en posant le doigt sur la lézarde.
Il commençait à perdre patience.
— Fais un effort, Angie.
— Un trait, je vois comme un trait, avança-t-elle en fixant son mari avec anxiété.
— Exact. Sauf que ce n’est pas un trait, chérie. Oh non, ce n’est pas un trait mais une fissure, une saloperie de fissure, rien que ça. Putain, j’le crois pas. »

À propos de l’auteur
Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immenses succès au Diable vauvert puis chez Folio (370.000 ex vendus), reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres et de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, et est traduit dans 31 pays. Il est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un premier recueil de ses nouvelles, Macadam, Le Reste de leur vie, roman réédité chez Folio, et La Fissure. (Source : Éditions Au Diable Vauvert)

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Hâte-toi de vivre!

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En deux mots:
Après un accident, Léo se retrouve sur un lit d’hôpital. Pour l’aider à se reconstruire, elle va pouvoir compter sur sa grand-mère Lina, dont le fantôme l’accompagne désormais et entend lui prodiguer ses conseils avisés.

Ma note:
★★★ (bien aimé)
Ma chronique:

Madame et son fantôme

Lauréate du Mazarine Book Day, Laure Rollier nous offre un roman aussi joyeux qu’entraînant sur les pas d’une trentenaire obligée de revoir ses priorités après un accident de voiture.

J’emprunte à Hélène Harbonnier, journaliste à la Voix du Nord, la formule qui résume le mieux ce joli roman : «un pavé de bonnes ondes, qui se déguste comme une sucrerie». La journaliste qui s’est penchée sur la vogue des romans «feel good», trouverait en effet sans aucune peine le point commun entre Hâte-toi de vivre et Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi, À la lumière du petit matin d’Agnès Martin-Lugand ou encore Dans le murmure des feuilles qui dansent d’Agnès Ledig: tous ces livres (re)donnent le moral aux lecteurs en propageant une philosophie optimiste, un peu comme un manuel de développement personnel enrobé dans une bonne histoire.
Dans le cas de Laure Rollier, on pourrait même dire que la présence du livre dans les rayons des librairies est en elle-même déjà une première preuve que le volontarisme et l’envie de réussir peuvent déplacer des montagnes.
Elle est en effet la première lauréate du Mazarine Book Day. Cette initiative originale, sorte de speed-dating pour nouveaux auteurs, permet à chacun de venir présenter son livre en un maximum de dix minutes à un jury composé de l’éditeur, d’un libraire et d’un blogueur et d’avoir un retour argumenté.
La troisième édition vient du reste d’avoir lieu avec quelque 140 participants et en présence de Laure Rollier.
Mais venons-en au livre et à Léo, la narratrice, qui est professeur de philosophie dans un lycée du Sud-Ouest. L’existence qu’elle mène est celle de beaucoup de femmes, essayant de gérer au mieux un agenda chargé. Dès les premières pages, on comprend que ce n’est pas chose facile, car elle est déjà en retard. Mauvais conseiller, le stress va la mener à la catastrophe. Elle ne voit pas le bus qui arrive et termine… sur un lit d’hôpital.
Le choc du réveil s’accompagne d’une évidence et d’une surprise. Il va lui falloir retisser le fil de sa vie et revoir ses priorités, mais elle pourra bénéficier des conseils d’un fantôme, celui de sa grand-mère qui partage désormais son quotidien et qui entend la remettre sur de bons rails. Une jolie trouvaille, très romanesque, que cette voix de l’au-delà, mais si elle est tout sauf diplomate. Mais après tout, c’est en mettant les pieds dans le plat et en regardant la réalité telle qu’elle est – et non telle que Léo aimerait qu’elle soit – que l’on peut reconstruire une vie. Entre les amis qu’il va falloir trier, les amours qui méritent une réévaluation et la famille qui recèle un secret qui fausse son jugement, la jeune fille va pouvoir dresser un bilan critique et, au fil des pages, tracer les contours d’une vie choisie et non subie, avec ce qu’il faut de rebondissements.
Le récit est alerte, le style enlevé. Autour de Léo, les personnages de Lina, la grand-mère, de Louise la colocataire, de l’ami Juju et de sa fille Tess sont parfaitement campés et apportent leur pierre à l’édifice. C’est plein d’humour et cela se déguste effectivement comme un bonbon acidulé. Et après tout, il n’y a pas de mal à se faire du bien !

Hâte-toi de vivre
Laure Rollier
Éditions Mazarine
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782863744789
Paru le 21 février 2018

 

Ce qu’en dit l’éditeur
« 7 h 52. Collision. Accident de voiture.
À son réveil à l’hôpital, Léo, jeune professeure de philosophie âgée de trente ans, se retrouve nez à nez avec Mamie Lina, qui n’est autre que sa grand-mère décédée. Personnage haut en couleurs à l’humour cinglant qui donne son avis sur tout – sans qu’on le lui ait demandé –, celle-ci s’immisce dans la vie quotidienne hésitante de Léo et de ses amis Louise et Juju, à un moment décisif de leur vie. Par ses interventions intempestives, cette grand-mère pas comme les autres chamboule tout sur son passage. Mais en confrontant Léo à ses peurs et à ces secrets qui hantent toute famille, elle fait à sa petite-fille le plus beau cadeau: le courage de saisir la vie à pleine main – et de donner une chance au bonheur. »

Les critiques
Babelio
Blog Carobookine
La VIDA Magazine
Le Petit bleu d’Agen
Le blog d’eirenamg
Romanthé – un blog littéraire décalé
Blog Malénia dans ses livres
Blog Des livres et des coquelicots

Les premières pages du livre:
La musique d’Hotel California se lance sur mon téléphone…
6 h 35. C’est trop tôt. Cinq minutes encore. Pas plus.
7 h 10. Merde ! C’est trop tard, là ! Qu’est-ce qu’il a encore, cet iPhone ? J’avais mis le rappel pourtant, j’en suis sûre. C’est quand même incroyable qu’on vous vende des appareils qui coûtent deux bras et qu’ils ne soient pas fichus de fonctionner correctement. Parce que, maintenant, je le déverrouille et j’entends bien le cliquetis – il n’était donc pas en silencieux. Si j’ai le temps, je m’arrêterai chez Juju pour qu’il regarde ce qui a merdé.
7 h 20. Faites-nous penser à faire un procès à Apple. À ma mauvaise foi et à moi.
— Léo, je te dépose ?
— Non, non, je me lève juste, Louloune ! Je suis super à la bourre, je prends ma voiture ! rétorqué-je à ma colocataire en étouffant un bâillement.
— OK à plus, me répond Louise depuis le salon, juste avant de sortir en claquant bruyamment la porte d’entrée.
Je n’aime pas ça. Être en retard, je veux dire. Mais il est hors de question que j’attaque la journée sans mon intraveineuse de caféine… Putain, il est déjà 7 h 35. J’hallucine. J’ai cours à 8 heures. Autant se rendre tout de suite à l’évidence : comme je ne voyage pas avec Air Force One, je n’y serai jamais. Quel jour on est ? Jeudi… Je commence par les Littéraires. En plus.
J’aurais peut-être mieux fait de supplier ma colocataire de m’attendre, quitte à enfiler mes chaussures dans la voiture. Tandis que les minutes défilent, je me bats avec le tube de dentifrice, puis c’est au tour de mes cheveux de rester coincés dans la brosse. Plus on essaie de faire les choses rapidement, plus la vie nous balance des bâtons dans les roues, non ?
Dans le miroir de l’entrée, je jette un rapide coup d’œil sur l’étendue des dégâts et de mes cernes. Le mascara a fait ce qu’il a pu, mais il n’est pas chirurgien. Je vais devoir me résoudre à sortir comme cela, l’horloge tourne et je ne peux pas me permettre de remettre les pieds dans la salle de bain. Même si je l’entends m’appeler depuis l’étage.
Mes clés ? Qu’ai-je encore fait de mes clés ? En temps normal, je suis déjà en train de râler contre les parents qui se garent sur le parking des professeurs. Bouge-toi un peu, Léo ! Sur le mur de notre salon, l’horloge géante mi-suédoise, mi-taiwanaise se fout de ma gueule avec ses longs bras qui font la course entre eux.
Où est mon portable ? Il faut que j’appelle Louise, elle doit être arrivée au lycée! Elle !
— Louloune, tu peux t’arrêter à la «Vie scolaire» prévenir que je serai en retard? dis-je d’une traite dans le maudit téléphone tout en enfilant mes Converse.
— Genre, combien de retard? me questionne ma colocataire. Mais bouge, con!
— Quoi ?
— Non, je parle à Luc Alphand devant, le mec, il slalome avec les feux! Je l’entends râler comme j’en ai l’habitude.
— Dix minutes, quinze max. Qu’ils ne se barrent pas, les gosses, j’arrive, OK?
— OK, fait-elle tandis que le klaxon me transperce un tympan.
— Et arrête de répondre en conduisant!
— Alors arrête de m’appeler. Elle me raccroche au nez. »

Extrait
« 7 h 52. Cela devrait passer, le temps de me garer, 8 h 10, au pire, je suis devant la salle. À la radio, Manu raconte qu’il a entendu parler d’un mec qui n’a jamais pissé debout de sa vie. Jamais. Il trouve ça hallucinant, moi aussi. Le monde est peuplé de gens étranges. Mais qu’est-ce que…
7 h 53. BAM.
Je sens mon estomac monter irrémédiablement dans ma gorge. J’ai la nausée. Et cette odeur âcre qui me brûle les yeux. J’entends la ceinture enfoncer ma clavicule dans un craquement. Je suis sonnée par l’uppercut que l’airbag fait subir à mon nez. Il fait froid, j’ai froid. Manu ne parle plus. Mes oreilles sifflent tellement que je pourrais hurler. Toujours cette odeur âcre. Je ne comprends plus rien, je ne sais plus où je suis, j’ai mal. Je porte ma main à mon nez, elle est inondée de sang. Je découvre à ce moment le bus face à moi que je n’avais pas vu avant. Je distingue, malgré mes paupières de plus en plus lourdes, des gens courir vers moi. J’ai froid. J’ai sommeil. Je m’endors. »

À propos de l’auteur
Laure Rollier est auteure, blogueuse, caricaturiste et vit dans le Sud Ouest de la France avec ses trois enfants. Après avoir publié un recueil de poésie en 2015, Laure se consacre entièrement à ses activités artistiques et littéraires. En 2016, elle décide de publier son premier roman Ce que tu ne sais pas sur son blog dans le but de récolter des fonds pour la recherche contre le cancer, sa priorité. Parallèlement, Laure travaille sur des caricatures, principalement sur le thème de la petite enfance, la maternité et la grossesse pour des magazines et blogs français. Lauréate du Mazarine Book Day, son «vrai» premier roman Hâte-toi de vivre paraît en 2018 chez Mazarine. (Source : ensemble maintenant)

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