Marx et la poupée

MADJIDI_Marx_et_la_poupee

En deux mots
Un couple d’iraniens, opposant au régime des ayatollahs, est contraint à l’exil. C’est pour leur petite fille un déchirement qu’elle raconte avec force, émotion et une ironique lucidité. Un premier roman bouleversant.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable que j’ai adoré)

Marx et la poupée
Maryam Madjidi
Éditions Le nouvel Attila
Roman
208 p., 18 €
EAN : 9782371000438
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’abord en Iran, à Téhéran principalement puis à Paris. Deux séjours, l’un en chine à Pékin et l’autre en Turquie, à Istanbul y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de 1980 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je ne suis pas un arbre, je n’ai pas de racines. »
Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan au profit du français qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.
Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

Ce que j’en pense
Si vous cherchez un jour une définition du mot «littérature», alors sortez votre exemplaire de Marx et la poupée, car ce livre doit figurer dans la bibliothèque de tout honnête homme. Pour le résumer, il suffit d’une phrase: c’est l’histoire d’une famille iranienne contrainte à l’exil et qui doit s’inventer une nouvelle vie en France. Mais ce qui fait sa force, c’est qu’en le refermant, il vous restera des images fortes, des épisodes inoubliables, des émotions intenses. Bref, ce qui constitue l’épine dorsale de la bonne littérature.
L’un de ces épisodes marquants arrive dès les premières pages. Nous sommes en 1980 à Téhéran et la narratrice n’est pas encore née. Ella même failli ne pas naître car sa mère, enceinte, se retrouver au cœur de la répression qui a suivi l’arrivée des ayatollahs, pourchassée par les gardiens de la révolution. « Ma mère porte ma vie mais la Mort danse autour d’elle en ricanant, le dos courbé ; ses longs bras squelettiques veulent lui arracher son enfant ; sa bouche édentée s’approche de la jeune femme enceinte pour l’engloutir. »
Elle finira par s’en sortir et accoucher, mais ni elle, ni sa famille ne voudront renoncer à leur liberté. La maison familiale, dans le quartier de Tehranpars sert aux réunions politiques clandestines. On y discute de Marx et d’une autre révolution, on parle de liberté. Vu par les yeux de la petite fille qui grandit dans cette ambiance, ce monde d’adultes est absurde. On y cache les tracts dans des couches-culottes, on enterre les livres signés Marx, Lénine, Che Guevarra dans le jardin ou on met en prison des gens dont les cheveux volent au vent. L’oncle Saman, qui a pris l’habitude de lui offrir une Golé Maryam, la belle fleur qui embellit son jour d’anniversaire, ne viendra pas. Il a été arrêté porteur de tracts et jeté en prison à Evin.
C’est là qu’un détenu passe son temps devant la télévision, regardant un stupide dessin animé. On se dit que l’intellectuel est en train de perdre la raison avant qu’il n’explique qu’il écoute la voix de son épouse, chargée de doubler l’un des personnages.
La répression est de plus en plus forte. Les participants à des fêtes privées sont impitoyablement poursuivis. Il est temps de songer à fuir. Les jouets sont répartis entre les enfants pauvres du quartier, achevant de briser le moral de la petite fille : «Je me sentais si seule au monde. J’étais convaincue que je vivais avec deux monstres qui me déposséderaient de tout.»
La vocation littéraire de l’auteur – double de la narratrice – date sans doute de ce moment où elle a dû monter dans un avion partant vers la France en laissant derrière elle sa grand-mère chérie et son pays natal : « Je voudrais semer des histoires dans les oreilles de tous les êtres. Je veux que ça fleurisse, qu’il en sorte des fleurs embaumantes à la place de toutes les fleurs manquantes, absentes, de toutes les Golé Maryam qui auraient dû être offertes et qui n’ont pas pu l’être. »
Si dans les chapitres suivants il n’est pas question de violence ou de répression, la tension ne faiblit pas pour autant. Car Maryam Madjidi dit la souffrance née de l’exil. Elle raconte, par exemple, comment son père doit subvenir aux besoins des famille en acceptant tous les petits boulots qui se présentent. Pour cela, elle nous raconte comment les mains de son pères changent. Grâce à un Iranien d’origine turque, il est d’abord tôlier-peintre dans un garage, avant que ce dernier ne ferme. Au chômage, ses mains devaient trouver quelque chose d’autre rapidement. Elles vont alors devoir travailler le bois, le béton, les briques, le ciment, le gravier, la peinture, les tuiles, la moquette, les enduits, le carrelage. « Puis un jour ses mains ont commencé à moins travailler, elles étaient fatiguées, ridées et craquelées par endroits. Il y avait aussi la marque d’innombrables blessures laissées par la matière et l’outil. La peau était devenue aussi dure que du cuir. »
Il passera alors à la calligraphie, dessinant de belles lettres persanes et cherchera dans l’opium de quoi soulager son vague à l’âme.
Sa fille ne va guère mieux. Elle ne retrouve pas les saveurs de son enfance, la musique de la langue de son pays. Elle va refuser de manger, refuser de parler. Fort heureusement pour elle, l’arrivée d’un couple de réfugiés iraniens et leur fille Shirin va lui permettre de retrouver le moral. Avec cette compagne de jeux joyeuse et pleine de vie, elle trouvera la complice qui lui permettra de trouver une place dans cette société parisienne. Comme un bouchon de champagne qui explose, elle accepte de lâcher les mots qu’elle a patiemment appris, sans toutefois vouloir les dire. « Les mots se pressaient pour sortir, impatients qu’ils étaient, ça fusait dans le petit studio, ils volaient, ils dansaient, ils butaient contre les meubles, ils s’élançaient de ma bouche comme des flèches et touchaient le plafond et les murs, ils virevoltaient eux-mêmes, soulagés d’être enfin libérés de ma bulle intérieure, enchantés de pouvoir enfin communiquer avec les autres. Tout l’espace était rempli de mes mots français. »
N’allez toutefois pas croire que ce premier roman si sensible devient alors une ode à l’intégration. Tout au contraire, il est question de rentrer au pays, de retrouver les parfums qui manquent tant à la famille, les amis et les proches qui souffrent en silence. Une image de plus suffit à faire voler en éclats ce rêve. En voyant sa petite fille faire du vélo en short et débardeur, son père comprend que ce retour est impossible : « On ne peut pas partir. Je ne peux pas lui enlever cette liberté si innocente. »
Il faudra attendre 2003 pour que la jeune femme retourne à Téhéran. Mais ne pourra pas y rester car son passeport ne suffit pas à faire d’elle… une iranienne.
Voilà sans doute le plus authentique des témoignages sur la condition des migrants. Ici foin de considérations politiques ou économiques. C’est le cœur, la chair, les sens qui parlent. C’est poignant, ironique, vrai. C’est de la grande littérature.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Le petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe (Delphine Depras)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Delphine’s books & more (Delphine Cressent)
Le blog de Nathalie (Nathalie Cez)
Blog Romanthé (Sara Dupouy-Adrian)
Blog Les couleurs de la vie 
Libfly (Catherine Airaud)
Blog L’ivresse littéraire 
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio 
Le Monde (Gladys Marivat)
L’Express (Delphine Peras)
Le Journal du Centre (Muriel Mingau)
En attendant Nadeau (Sébastien Omont)
Blog L’Albatros (Nicolas Houguet)
Blog Un dernier livre avant la fin du monde 
Blog Addict Culture (Eric Darsan)
Charybde 27 : le Blog 

Maryam Madjidi à «La grande librairie» de François Busnel

Extrait
« Nous marchons tous les trois dans la rue. Je suis assise sur les épaules de mon père, j’ai à peine un an. Un couple et son enfant qui se promènent. Rien de plus banal. A côté de mes couches, dans ma grenouillère, des comptes rendus de réunions du parti d’opposition pour lesquels mes parents militent. Mes parents doivent apporter ces documents à une autre antenne située plus loin dans la ville. Mon père avait eu la brillante idée d’enrouler ces documents dans du plastique et de les glisser à côté de mes couches. Il était sûr que la milice n’allait pas exiger de fouiller un bébé. En effet, l’idée était si ingénieuse qu’on me prêtait à d’autres camarades qui devaient accomplir la même mission : transmettre d’autres comptes rendus à d’autres antennes. J’étais devenue l’enfant du Parti, au grand désespoir de ma grand-mère qui s’arrachait les cheveux en voyant qu’on prêtait sa petite fille comme une chose et qu’on l’utilisait au service de la politique. »

A propos de l’auteur
Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul. (Source : Éditions Le nouvel Attila)

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Le cri du corps mourant

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En deux mots
Une bande de cinq enfants part à la recherche de leur ami qui vient d’être enlevé par un réseau international de truands. Pendant que la police piétine, les gamins font merveille.

Ma note
etoileetoile(bon livre, mais qui ne m’a pas totalement convaincu)

Le cri du corps mourant
Marcel Audiard
Éditions du Cherche-Midi
Thriller
400 p., 17,50 €
EAN : 9782749154145
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans le XVIIIe arrondissement à Paris et dans les environs, à Chatou, Montesson, Saint-Germain-en-Laye, Sartrouville et le Vésinet. La suisse y joue aussi un rôle non négligeable. Les villes de Zurich, Brienz et Interlaken y sont notamment mentionnées.

Quand?
L’action se passe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le Club des Cinq en Bibliothèque noire.
François, dix ans, est kidnappé. Sa sœur Puce, quatorze ans, flanquée de quatre camarades de classe, mène l’enquête en parallèle de la police.
Les ados : collégiens trublions et fouineurs qu’on ne souhaite pas à son pire ennemi. Petit problème avec l’autorité.
Les flics : brouillons et goguenards. Gros problèmes d’autorité.
Les truands : fins de race. Nostalgiques du milieu d’antan. Les zéros sont fatigués et les putes ne sont plus ce qu’elles étaient.
Paris 18e, quatrième personnage de l’histoire. Pérégrinations à flanc de Montmartre.
De l’Audiard troisième génération en Marcel et grand braquet.

Ce que j’en pense
Quand on s’appelle Audiard, qu’on est le petit-fils du grand dialoguiste Michel Audiard et le neveu du réalisateur Jacques Audiard et qu’on choisit de se lancer dans le roman, il faut avoir bien du courage. Car si votre patronyme peut vous ouvrir des portes, il peut aussi être très lourd à porter. Surtout si l’on choisit de tremper sa plume dans un genre proche de celui de ses glorieux aînés. On espère alors des dialogues aussi géniaux que dans les Tontons-flingueurs, une dimension sociale aussi élaborée que dans Dheepan.
Seulement voilà, si dès le titre, l’auteur revendique cette parenté (Le Cri du corps mourant est un clin d’œil au Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques réalisé par Michel Audiard), force est de constater que malgré de belles trouvailles, le roman n’est pas à la hauteur de cette ambition.
Cela dit, on s’amuse à suivre cette joyeuse bande d’enfants à la recherche de leur frère et ami qui a subitement disparu du pavé parisien. On se délecte de leur gouaille et de leurs métaphores improbables. On en viendrait presque à oublier le scénario un peu bancal de cette histoire à laquelle il manque une sortie en apothéose.
Mais il est temps de vous présenter la famille Volponi (vous souvenez-vous des frères Volfoni dans les Tontons-flingueurs ?), à commencer par Odile, la mère qui «donnait aussi l’impression d’avoir passé ses dernières vacances à Dachau.» Sa fille n’est guère plus épaisse : «A quatorze ans, Puce donnait l’impression d’en faire onze à peine, du fait d’une constitution squelettique, diaphane. Chez elle, pas de place pour le gras.» La fratrie est constituée de deux frères. «Son frangin François, également de père inconstant, avait dix ans et passait son temps à tester les structures scolaires : il avait déjà acquis suffisamment de connaissances pour rédiger le premier guide à usage des cancres du primaire parisien.» C’est ce dernier qui va être kidnappé par… son père Raoul!
Mais bien vite le lecteur va se rendre compte que ce dernier, alcoolisé plus que de raison – son état habituel – s’est laissé entraîner dans une drôle de combine. Une équipe internationale de truands a fait d’une ancienne clinique du Vésinet un refuge pour leurs enlèvements. Mais si François n’est pas seul à goûter aux joies de la séquestration, il va montrer une belle énergie à pourrir la vie de ses gardiens et même réussir à leur fausser compagnie, tout en laissant à Gertrud, sa garde-chiourme un petit souvenir sanglant.
Alors que la police est avisée, Puce décide de mener elle aussi l’enquête avec ses amis. « Puce s’était entourée d’une cour restreinte de quatre zigues : Louis, Mourad, Blanche et Castille. Facétieux, les parents de Blanche étaient malgaches. Nettement moins facétieux, les parents de Mourad étaient kabyles. Mous, l’aîné de Mourad, était tombé deux ans plus tôt pour trafic de came. Se retrouver à Fleury pour de l’herbe, c’était bien naturel. Les parents de Castille n’étaient pas espagnols, mais parisiens « de souche », particularisme qu’ils revendiquaient dès qu’ils étaient en société. C’est-à-dire, tout le temps. » Le Club des cinq ne va pas tarder à retrouver la trace de François, grillant la politesse à Maarek, Bursky, le commissaire Dubley et l’inspecteur Hamdoni, des enquêteurs qui finiront, après moult tâtonnements, à suivre la trace des ravisseurs.
On passera sur les quelques épisodes annexes, les enlèvements de Emma Stolzberger, celui du Baron Hauptin, sur le cadavre en décomposition découvert dans l’appartement du frère, pour retrouver tous les protagonistes à l’heure du dénouement… qui va quelque peu nous laisser sur notre faim. Il y avait pourtant là de quoi nous offrir un beau feu d’artifice : les flics, les voyous et une bande de gamins intrépides. Peut-être que le prochain opus viendra concrétiser les jolies formules de ce roman aussi noir que cocasse.

Autres critiques
Babelio
Le Point (Julie Malaure)

Page des Libraires (Léa Brissy)
Blog Auprès des livres
Blog Echappée-Littéraire

Présentation vidéo par l’auteur (cherche midi editeur)
Pour vous mettre dans l’ambiance…

Extrait
« Raoul était devenu un point se confondant avec l’horizon depuis de longues années. Depuis que l’alcool était devenu sa compagne numéro un. Fort d’un alcoolisme mondain déjà copieux, Raoul avait passé la surmultipliée quatre ou cinq ans plus tôt, suite à ce qu’il appelait pudiquement un « revers de fortune ». La pudeur, pourtant, n’était pas forcément ce qui le définissait le mieux. On ne l’avait jamais vu hésiter à se balader à poil devant les gamins, aviné et encore chaud d’un des deux exercices hebdomadaires auxquels madame n’avait pas encore mis un terme.
L’alcool restait l’explication officielle pour justifier à fiston le départ de papa. François partageait désormais avec Puce le statut peu enviable d’abandonné de la première heure : son père avait disparu le lendemain de cette fertile nuit d’amour. Un vrai salaud, selon les termes choisis de madame. Comme s’il en existait des faux. »

A propos de l’auteur
Marcel Audiard naît à Paris en 1970. Son père meurt en 1975 dans un accident de voiture, une semaine avant l’anniversaire de ses 26 ans. Bac scientifique en poche, l’auteur intègre médecine. Marié, il est père de trois enfants. Après vingt-cinq ans de médecine, c’est sur un pari perdu qu’il décide d’écrire un roman. Si un verrou familial tacite l’a toujours tenu à bonne distance du cinéma, il ne lui a jamais été interdit de dire n’importe quoi. Ni de l’écrire. (Source : Éditions du Cherche-Midi)

Page Facebook de l’auteur

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Ronce-Rose

CHEVILLARD_Ronce-Rose

En deux mots
Le monde vu par Ronce-Rose ne manque pas d’originalité. La petite fille est pourtant entourée de truands, d’une sorcière et du d’un unijambiste. Mais par naïveté ou par espièglerie, elle va choisir d’affronter les problèmes avec optimisme. Joyeux, inventif, irrésistible !

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ronce-Rose
Éric Chevillard
Éditions de Minuit
Roman
144 p., 13,80 €
EAN : 9782707343161
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule en france, dans un endroit qui n’est pas cité.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si Ronce-Rose prend soin de cadenasser son carnet secret, ce n’est évidemment pas pour étaler au dos tout ce qu’il contient. D’après ce que nous croyons savoir, elle y raconte sa vie heureuse avec Mâchefer jusqu’au jour où, suite à des circonstances impliquant un voisin unijambiste, une sorcière, quatre mésanges et un poisson d’or, ce récit devient le journal d’une quête éperdue.

Ce que j’en pense
Le 39e livre d’Éric Chevillard est dans les librairies et nous offre à nouveau de plonger dans cette littérature du rien qui est aussi celle du tout, celle où le langage prévaut sur l’histoire, celle où la recherche du mot juste peut dynamiter le récit.
Après les les réflexions post-mortem d’Albert Moindre, spécialiste des ponts transbordeurs dans Juste Ciel, voici celles d’une petite fille baptisée Ronce-Rose. Si l’auteur n’a pas dû aller chercher très loin l’inspiration pour son héroïne, étant lui-même père de deux filles de six et huit ans, il a en revanche construit un scénario entre le roman d’initiation, le polar et le conte philosophique. Belle gageure relevée haut la main, notamment par le choix de laisser la parole à Ronce-Rose et à son journal intime. Car ainsi les trouvailles littéraires, la vision naïve – ou poétique – des choses peuvent éclore en toute liberté. C’est ce qu’il a expliqué à François Caviglioli dans l’Obs, dévoilant par la même occasion son projet: « Beaucoup de gens ne disent rien d’intéressant après huit ans, dit Chevillard. Ils ont eu ce génie, ces trouvailles un peu maladroites, mais l’ont oublié avec la maîtrise. L’écrivain est celui qui ne s’arrête pas à la panoplie des mots suffisants pour traverser la vie tranquillement. Il amène une contre-proposition. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire un livre pour répéter ce que tout le monde dit déjà. »
Voici donc ce monde de Ronce-Rose – piquant comme la ronce, beau comme la rose – qui est à la fois le nôtre et, à travers le regard de la petite fille, une sorte de royaume de tous les possibles. À l’exemple de la profession de Mâchefer et de son ami Bruce, qu’elle détaille ainsi : « Quand Bruce vient dîner, ensuite habituellement ils partent sur un coup avec Mâchefer, c’est leur métier. Ils travaillent avec les banques, les bijouteries, les stations-service. Ne me demandez pas exactement ce qu’ils font, mais ils sont responsables d’un large secteur et ils couvrent une large zone géographique, si bien qu’ils restent parfois absents deux ou trois jours. Ils partent avec leur voiture de fonction qui change tout le temps et je ferme à clé derrière eux. Je ne dois ouvrir à personne. Le monde est plein de brutes, dit Bruce. J’ai des provisions. De quoi tenir une semaine, mais il ne leur est jamais arrivé de partir si longtemps et il reste toujours plein de charcuterie quand ils rentrent. Tout est bon dans le cochon, c’est la seule parole d’évangile que j’aie jamais entendue sortir de la bouche de Bruce et elle y entre plus volontiers mais au moins il vit en accord avec sa foi. Il le dévore entier et il ne laisse pas d’orphelins. »
Très libre et beaucoup plus fûtée qu’on peut le croire de prime abord, Ronce-Rose est une autodidacte curieuse qui se destine à une prefession qu’elle a elle-même inventée: Ornithologue étymologiste.
C’est qu’elle aime beaucoup les expressions et les mésanges: « Toutes les expressions que je connais, c’est Mâchefer qui me les a apprises. Les autres choses aussi, parce que nous avons jugé préférable que je n’aille pas à l’école, voyez-vous. Mâchefer trouve que ce n’est pas un endroit pour les enfants. »
Avec une telle éducation, le lecteurs va se retrouver confronté à quelques mystères qui ne vont toutefois pas l’empêcher de comprendre qu’une sortie nocturne a mal tourné. Ronce-Rose découvre dans la vitrine d’un vendeur d’électro-ménager un sosie de Mâchefer sur tous les écrans de télévision avec ce titre «fin de cavale sanglante».
Dès lors quel sort est réservé à la petite fille ? Sa voisine, Scorbella la sorcière, va bien tenter de se transformer en bonne fée, mais cela ne suffira pas à ramener Mâchefer. Voilà donc notre héroïne partant à la recherche de l’homme de sa vie et de ces réponses si difficiles à trouver.
« Les questions les plus intéressantes, on n’a pas le droit de les poser. Mâchefer dit que les réponses me blesseraient, que ‘en serais meurtrie comme une pêche dans un panier de coings et qu’il vaut mieux quelquefois ne rien savoir. Mais quand je tâte mon front, c’est dur, plus un coing qu’une pêche, mon pouce ne s’enfonce pas. Je l’ai dit à Mâchefer, que je préférais quand même connaître les réponses. Il m’a expliqué qu’il ne les avait pas toutes, que beaucoup de choses restaient mystérieuses. »
Lire Chevillard est à chaque fois s’offrir une belle récréation. Évadez-vous !

Autres critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Maurice Mourier)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Causeur.fr (Marie Céhère)
BibliObs (David Caviglioli)
Le Magazine littéraire (Pierre-Édouard Peillon)
Philosophie Magazine (Philippe Garnier)
La Vie (Anne Berthod)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)
Le Temps (Isabelle Rüf)
Le Populaire du Centre (Muriel Mingau)
Page des libraires (Hugo Latreille)

Les premières pages du livre (.pdf)

Extrait
« Et donc, je vais raconter un peu comment ça se passe. D’abord, je me réveille. Avant, bien sûr, je m’étais couchée mais je préfère raconter ça à la fin, sinon à force de remonter en arrière dans le temps je tomberai en pleine paléontologie. On les rencontre parfois, ces hommes préhistoriques, ils sont accroupis entre des ficelles tendues, ils creusent dans la boue. Nos mœurs ont bien changé. Je me réveille et Mâchefer me demande de quoi j’ai rêvé. Il veut savoir si j’ai rêvé de lui, en fait, mais comme je ne m’en souviens jamais j’invente. Les rêves aussi sont inventés, alors ça paraît vrai. J’aime bien mettre un crocodile pour que ça paraisse même terriblement
vrai et ça fait plaisir à Mâchefer parce qu’il me sauve la vie à chaque fois. Je le roule dans la farine du moulin à paroles. En fait, j’en donne quand même un peu. »

A propos de l’auteur
Éric Chevillard est né à la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1964. Il est l’auteur de plus de vingt romans. (Source : Editions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur 
eric-chevillard.net (Site réalisé par Even Doulain consacré à l’œuvre d’Éric Chevillard)
Blog d’Éric Chevillard (L’autofictif)
Page Facebook administrée par deux lecteurs assidus d’Éric Chevillard, Dimitry et Clément (L’auteur n’y est pas affilié)

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Arrêt non demandé

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En deux mots
Six histoires qui sont autant de tranches de vie savoureuses. De l’enfant qui assiste à une rixe en famille jusqu’au candidat au suicide qui dialogue avec la mort, voilà des embryons de roman furieusement cyniques, joyeusement déjantés et terriblement frustrants pour le lecteur qui en voudrait encore plus !

Arrêt non demandé
Arnaud Modat
Alma éditeur
Nouvelles
160 p., 17 €
EAN : 9782362792113
Paru en janvier 2017

Ma note
etoile etoile etoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Les nouvelles sont situées en France, notamment dans la région de Strasbourg, à Schiltigheim, mais également dans des lieux qui ne sont pas précisés.

Quand?
L’action se situe en 1989 pour la première nouvelle et de nos jours pour les histoires suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans la maison Modat, on rit, on blague, on s’insurge, on affronte. Tout commence par la rédaction d’un enfant de huit ans. « J’aimerais raconter mes vacances si ça dérange personne, où plutôt une chose qui m’est arrivée pendant les vacances et qui a failli gâcher ma belle jeunesse. »
La vie étant ce qu’elle est sur l’échelle du temps, résumons les épisodes : la paternité, la responsabilité, l’art d’exister et de disparaître… Tout cela : grave, et furieusement désopilant.
Roman de l’enfance, Arrêt non demandé raconte comment grandir peut faire mal aux os, aux cheveux ou à l’âme. Une opération qui dure toute la vie…

Ce que j’en pense
Je n’aime pas les recueils de nouvelles, surtout quand ils sont bons. Et celui-ci est très bon. À tel point qu’en le lisant j’ai quelquefois pensé à Annie Saumont – qui vient de nous quitter – et qui était considérée comme la sœur française de Raymond Carver, ainsi qu’à J. D. Salinger, autre nouvelliste hors-pair. J’imagine du reste que dans l’autoportrait qui clôt ce recueil, la citation tirée de L’Attrape-cœurs est un clin d’œil à une source d’inspiration de ce jeune nordiste installé à Strasbourg.
Non, si je n’aime pas les recueils de nouvelles, c’est que ma frustration croît au fur et à mesure que j’entre dans les histoires, que je vis avec les personnages, que je suis leur parcours. Prenez par exemple La Mer dans le ventre qui ouvre ce recueil.
Il vous suffira de quelques lignes pour vous sentir bien, pour vous imaginer aux côtés de ce petit garçon dans cette réunion de famille houleuse. Racontée par l’enfant, ce drame va vite prendre la dimension d’une épopée déjà esquissée lors du voyage effectué au volant d’une Fiat Tipo : « Papa conduit comme si demain n’existait pas et il double dans les ronds-points, pris de colère ancestrale. Il passe les vitesses sans arrêt. Il a des problèmes dans ses rapports. Papa pilote comme un chien enragé parce qu’on doit se pointer sans faute à un apéro. »
On se régale de cette altercation verbale, puis physique qui prend des allures d’opéra et qui culmine sur le grand air de la rupture. Je ne peux m’empêcher d’imaginer le plaisir que nous autres lecteurs aurions eu à suivre cette famille et à voir ce garçon grandir. Laisser ainsi le lecteur en plan est bien cruel. D’autant que je soupçonne la préméditation. Rappelons que ce recueil s’intitule Arrêt non demandé et qu’en effet nous n’avons pas demandé que l’histoire s’arrête au bout de 28 pages !
Plus grave encore : le cas d’Arnaud Modat s’aggrave avec les nouvelles suivantes, tout aussi brillantes. Raoul raconte l’étape cruciale pour de nombreux couples, celui du premier enfant. Pour Aurore et Quentin, cet épisode survient « après trois ans de vie commune, la perte de nos amis respectifs, l’adoption d’un chat de merde, un mariage clef en mains et un crédit immobilier mal négocié ». Au baby-blues viendront s’ajouter tous les tue-l’amour inhérents à la post-grossesse. Quand Raoul aura montré le bout de son nez, il faudra faire preuve d’imagination pour retrouver une vie amoureuse épanouie. Faites confiance à l’auteur et à son double (le narrateur s’essaie au roman) pour trouver le truc. Une seconde fois, cet embryon de roman devient formidablement addictif et nous laisse sur notre faim.
Et que dire de Tapage nocturne et neige précoce ? De J’existe (je ne fais que ça) ?, de La dernière nuit du hibou ? et de La fourchette à poisson ? Que ces quatre autres nouvelles sont de la même veine. Qu’on s’y amuse beaucoup, que l’on a sans doute tous déjà rencontré des voisins bruyants qu’il a fallu calmer, que l’on adore le côté transgressif de cet employé d’agence intérimaire chargé de répondre au courrier adressé au père Noël, que l’on se délecte du dialogue entre le candidat au suicide et la mort (après l’appel quasi surréaliste à SOS amitié) et qu’enfin on «voit» déjà sur grand écran le joli film proposé dans l’ultime nouvelle, avec tous les extraits de films référencés ici.
Non, décidément, je ne pardonnerai ce crime de lèse-lecteur à Arnaud Modat que le jour où paraîtra son premier roman. Le plus vite sera le mieux!

Autres critiques
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Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le Blog de YV

Extrait de la nouvelle 4. J’existe (je ne fais que ça)

À propos de l’auteur
Arnaud Modat a 37 ans. Il est né à Douai (Hauts-de-France) et vit aujourd’hui à Strasbourg. Il a publié deux recueils de nouvelles humoristiques : La fée Amphète, le 1er mai 2012 aux éditions Quadrature, et Comic strip, paru le 19 octobre 2012 chez Intervalles. (Source : Livres Hebdo /Alma éditeur)

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#arnaudmodat #RL2017 #roman #rentreelitteraire #almaediteur #arretnondemande

À la place du mort

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À la place du mort
Paul Baldenberger
Équateurs
Roman
220 p., 18 €
EAN : 9782849904480
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et en banlieue, à Issy-les-Moulineaux, Fontainebleau, Brunoy Versailles, Le Vésinet ou Meudon ainsi qu’à Lyon, Marseille, Manosque, au Vieux-Boucau et en Auvergne. Tunis et Oxford ainsi que New York et l’Oregon y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe des années 1940 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le pistolet était placé à côté du frein à main. Quand le conducteur fut assuré que personne ne pouvait voir la scène sur le point de se dérouler, la scène imaginée, fantasmée, celle qui marquerait son entrée hors du champ de la norme, de la loi, de la vie sociale, quand il fut tout à fait sûr que la longue et morne rue longeant le mur d’enceinte du lycée était déserte, il prit l’arme, la pointa sur ma tête, m’ordonna d’ouvrir la portière et de monter à l’avant, à côté de lui, à la place du mort. »
David a douze ans et attend la belle Nina devant l’aumônerie jouxtant le lycée. Elle ne viendra jamais au rendez-vous. À la place, une Peugeot bleue et un homme armé. Il ne relâchera l’enfant que trois heures plus tard.
Trois heures, le temps pour le bourreau de commettre son crime. Trois heures dans la tête de l’enfant qui fera tout pour survivre.
Entremêlés à ces heures obscures, les fragments de sa vie d’adulte et d’une enfance à l’ombre d’un frère absent : une banlieue tranquille au mitan des années 1980, quelques échappées sur la Côte d’Azur, des voyages lointains et des amours lumineuses pour tromper le vertige. Femmes et paysages dessinent une géographie intime secouée de tremblements. Nulle vallée de larmes, juste l’urgence de trouver la liberté, l’amour, la poésie.
L’écriture somptueuse nous plonge au cœur de ce combat pour conjurer la tragédie et rester du côté de ceux qui sont « un peu plus vivants que morts ».
Un premier roman à bout portant.

Ce que j’en pense
***
Delphine Bertholon dans Les Corps inutiles a raconté comment une jeune fille de 15 ans tente de vivre après une agression sexuelle. Paul Baldenberger (dont on apprend qu’il s’agit d’un pseudonyme et que le récit est autobiographique) nous propose une variation sur ce même thème avec une jeune garçon de douze ans dans le rôle de la victime.
David, qui attend la belle Nina de Valmain, la «fille idéale» près de l’aumônerie est contraint de monter dans une Peugeot 505 bleue et de subir les assauts d’un homme : « J’ai regardé devant pour ignorer l’arme endormie entre ses cuisses. »
Le traumatisme est si violent que seul le mutisme peut enfermer ce crime.
« Il me faudra des années pour revenir à ce tremblement premier, celui des roues de la Peugeot rue Louis-Vicat, l’une des dernières rues pavées de ma banlieue. Tout s’éclairera alors et je tisserai un fil supplémentaire entre ces trois heures et le reste de ma vie. »
Au moment de prendre la plume et de raconter cet épisode, on sent que le temps a passé, mais que les plaies restent ouvertes. Qu’à l’heure du bilan, l’auteur éprouve une sorte de nécessité à revenir sur ce drame et sur toutes les blessures familiales, que ‘est pour lui le moyen de les transcender, à commencer par l’exil de sa mère en 1941 à Tunis où elle est contrainte de fuir, laissant ses parents s’engager dans la résistance : « Lorsque je raconte cette histoire vieille de soixante ans à mon amie, ses yeux brillent. Je suis le grand narrateur, l’homme qui a toujours des histoires sur tout, qui tricote des rêves avec ces lambeaux de passé où il semble si à l’aise, si léger, qui font comme des bandelettes dont il se couvre le corps.»
C’est du reste la grande vertu de ce roman, cette belle écriture, fine et précise, qui permet de dire les choses d’une façon terriblement simple. Comment le petit garçon a grandi à l’ombre d’un frère décédé, comment il a vécu ses premiers émois sexuels, avec Christelle a sept ans. Placé derrière elle durant un cours de chant, il «éprouve une irrésistible envie de toucher sa nuque, de l’embrasser, de la mordre.» Avec Nina quelques années plus tard et à qui il n’osera avouer qu’elle est «comme par inadvertance, associée à un événement plus grand qu’elle, qui la dépasse comme il me dépasse et me submerge. »
Comment tout cela s’arrête brutalement, après ce «tremblement au milieu du mouvement et je suis au-delà de ma vie, comme projeté dans un autre monde, découvrant une nouvelle forêt tandis que l’ancienne s’est évanouie. »
Comment la mort envisagée alors trouve dans l’éloignement un pis-aller. Mais avec un ami allemand avec lequel il grimpe en montagne et avec un séjour en Oregon auprès d’une famille américaine, il reprend goût à la vie. Une vie d’où toute vulgarité est bannie, où le beau est un baume délicat, où le luxe est un pansement agréable et où les partenaires sont belles et riches, même si les relations sont éphémères.
Voilà un premier roman réussi parce que l’on sent à chaque ligne sa nécessité et parce que l’on en oublie le sordide pour n’en garder que la transcendance.

Autres critiques
Babelio
France Inter (La prescription littéraire – Patricia Martin)
L’Express (Jérôme Dupuis)
Libération (Claire Devarrieux)
Blog Le nouveau Cénacle 
Blog Tête de lecture
Blog A la recherche du temps présent 

Les premières pages du livre 

À propos de l’auteur
Paul Baldenberger vit et travaille à Paris. (Source : Éditions Équateurs)

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Un enfant plein d’angoisse et très sage

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Un enfant plein d’angoisse et très sage
Stéphane Hoffmann
Éditions Albin Michel
Roman
272 p., 18,50 €
EAN : 9782226325808
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Chamonix et à Champittet, en passant par Lausanne et Genève. On séjourne également à New-York, Londres, Paris, Stresa et Pallanza et Monaco. Des cartes postales sont adressées depuis La Baule, Capri, Aspen, Saint-tropez, Palm Beach, Hanoi, Moscou, la Patagonie, Bamako, Houston, Linz. Enfin, on y évoque Perth, Saint-Nazaire et Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwyll au Pays de Galles.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans ce portrait d’une famille où la tendresse passe mal, on croise une chanteuse qui ne veut plus chanter, un Anglais qui n’aime que les chaussettes et la reine, un petit chien bien imprudent et une égoïste qui veut être ministre. On fait des virées à Londres et Monaco et une traversée du lac Majeur. Il y a encore des blessures d’amour mal guéries et, bousculant tout ce monde, un enfant qui cherche la liberté.
Stéphane Hoffmann retrouve ici le ton des Autos tamponneuses, des Filles qui dansent et de Château Bougon. Il aime rire des choses graves et nous émouvoir du spectacle souvent pitoyable des grandes personnes.

Ce que j’en pense
***
Dès les premières lignes de ce délicieux roman, le ton est donné : « Le jour où maman est partie, on me prévient que j’irai passer quelques jours chez ma grand-mère.
– Tu seras mieux là-bas, me dit le directeur.
– Mieux ? Je ne suis bien nulle part, pourquoi m’envoie-t-on encore chez cette folle ?
– Ce sont les vacances, Antoine. Tu ne peux pas rester ici. Tu as besoin de sortir, de t’aérer. Nous aviserons ensuite. Et puis, nous n’avons pas le choix : le tribunal en a décidé ainsi.
Merde !
Je n’aime pas ma grand-mère parce que je n’aime personne. Je suis un sauvage, on me le dit tout le temps. Un ours. Un asocial. Un solitaire. Un cas. C’est pour ça qu’on m’apprécie, paraît-il. Mais je ne veux pas qu’on m’apprécie. Je veux qu’on me foute la paix. » Celui qui parle est Antoine, un garçon de treize ans, ballotté entre un père, Rudyard Griggs, issu de la bonne société britannique (« Treize ans ! Comment peut-on avoir treize ans ? C’est un âge ridicule. Bon. Je ne veux surtout pas le voir : que pourrais-je bien lui dire ? Mais faites en sorte qu’il ait vent de moi de temps en temps. ») et une mère, Baladine, qui séjourne «chez les timbrés» après une dépression sévère. Elle avait pourtant derrière elle une brillante carrière qui, après les grandes écoles, l’avait menée dans les cabinets ministériels, puis jusqu’à Londres où elle venait négocier un projet pour un «éphémère ministre centriste». C’est pour échapper à l’ennui qu’elle accepte la proposition d’un participant à cette réunion de s’éclipser pour se promener dans Londres. Une escapade qui s’achèvera à leur grande surprise dans le lit du jeune homme. La suite sera tout aussi étonnante : « Baladine épouse Rudyard sans rien dire à personne. D’abord enchantée de décorer leur appartement et de séduire les amis de son mari, elle s’ennuie vite. Rudyard n’aime que le plaisir, auquel il consacre toutes ses forces qui, signalons-le au passage, sont grandes, variées et renouvelées. Baladine en fait partie, bien sûr, mais pas plus que le tailleur, le barman, le parfumeur, le fleuriste, le garagiste, l’armurier ou le bottier de Monsieur. »
Mais avant l’inéluctable séparation Antoine aura eu le temps de naître, puis de disparaître dans une école privée en Suisse. On le retrouve donc à l’heure des vacances qu’il passe régulièrement chez sa grand-mère, dont le franc-parler et l’excentricité lui plaisent beaucoup. « C’est une artiste, malheureux ! Elle s’appelle Maggie Charles. Une sorte de musicienne, chanteuse, danseuse. Beaucoup de succès. Très vulgaire. Tout ce qu’il y a de plus français. Une horreur. J’en frissonne. »
Ce chalet de montagne est un bel observatoire pour l’enfant plein d’angoisse et très sage. Tous ceux qui séjournent là sont en effet des névrosés à plus ou moins forte dose. Alphonse, le nouveau mari de sa grand-mère, l’oncle Emmanuel et le personnel, Germain et sa femme Aline qui officie en cuisine. Sans oublier ses parents qui vont finir par se retrouver au pied du Mont-Blanc. Mais n’en disons pas davantage.
Au classique roman de formation Stéphane Hoffmann ajoute une analyse des mœurs de l’époque, avec l’humour pince sans rire d’un W.-C. Fields dont la clairvoyance pourrait être en exergue de ce livre : « A l’origine Adam et Eve étaient aussi heureux qu’il est possible de l’être quand on n’a ni travail à faire, ni impôt sur le revenu, ni avocat, ni médecin, ni enfant, ni chien. »
C’est cocasse et grave, mené avec l’énergie d’un désespoir que l’on sent poindre, mais qui nous est épargné derrière un burlesque qui entraîne Antoine et avec lui, le lecteur qui partagerait volontiers une place en Silver Shadow V8 sur la route de Stresa à Monaco.

Autres critiques
Babelio 
Blog de Gilles Pudlowski 
Blog La XXVe heure
Blog les carnets secrets du petit panda 
Blog La grande parade (Catherine Verne)
Blog Culture 31 (Christian Authier)

Les vingt premières pages

Extrait
« Grand-mère finit de me lire la lettre du tribunal. C’est toujours la même chose. Pour toutes les vacances, depuis au moins deux ans. Lorsqu’elle en est empêchée, ma mère ne peut pas me prendre en charge hors de la pension. Et comme mon père est depuis ma naissance aux abonnés absents, je dois aller chez ma grand-mère. Qui repose la lettre et soupire :
– Voilà, Antoine, tu sais tout. C’est pour ça que tu es ici, mon pauvre petit.
– Oui, en attendant.
– En attendant quoi ?
– Un jour, tu sais, j’irai en Angleterre. Chez papa. Chez daddy. Il m’a envoyé une carte postale. Il est à Hong Kong. Regarde la signature : Rudyard Griggs. »

A propos de l’auteur
Journaliste, Stéphane Hoffmann publie Le Gouverneur distrait en 1989 et obtient le Prix Roger Nimier pour Château Bougon en 1991. Des filles qui dansent (2007) et Des garçons qui tremblent (2008) le consacrent comme un de nos plus brillants romanciers. Les autos tamponneuses, en 2011, confirment son succès. (Source : Éditions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

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Les cosmonautes ne font que passer

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Les cosmonautes ne font que passer
Elitza Gueorguieva
Éditions Verticales
Roman
184 p., 16,50 €
EAN : 9782070187096
Paru en août 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
«Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses…»
Ce premier roman a trouvé le ton elliptique et malicieux pour conjuguer l’univers intérieur de l’enfance avec les bouleversements de la grande Histoire. Grâce à la naïveté fantasque de sa jeune héroïne, Les cosmonautes ne font que passer donne à voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister.

Ce que j’en pense
Ce roman figure dans ma sélection des ouvrages de la rentrée littéraire 2016 à lire. Si je ne l’ai pas encore lu, j’ai apprécié la présentation qui en a été faite ainsi que le thème abordé. C’est pourquoi, je me propose dans un premier temps de publier sur mon blog les informations qui ont déterminé ce choix ainsi que ma revue de presse. Bien entendu, après avoir lu le livre, je vous proposerai ma chronique.

Autres critiques
Babelio 
Diacritik (Sophie Queteville)
L’Humanité (Alain Nicolas)
LCI (Jennifer Lesieur)
En Attendant Nadeau (Sophie Ehrsam)
Blog Entre les lignes 
Blog Un dernier livre avant la fin du monde 
Blog White Pages 
Blog Les carnets du Prof. Platypus 
Blog Cunéipages (Sylvie Sagnes)

Extrait
« Chers camarades, dit une dame vêtue d’une jupe qui te paraît immense, parsemée de diverses fleurs des champs, il y a des moments dans la vie que l’on n’oubliera jamais, dit la dame du haut du podium installé dans la cour de l’école, aujourd’hui est l’un de ces jours: c’est le premier jour de votre scolarité, dit-elle en éclaircissant sa voix dans le micro – son perçant qui fâche un peu ta mère. Dès aujourd’hui, vous, jeunes camarades, allez mettre votre être à l’épreuve, pour servir votre douce mère, la Patrie ! dit la dame à la jupe immense parsemée de diverses fleurs des champs, et comme tout le monde le sait: les fils et les filles du peuple sont les futurs créateurs de nos avenirs communistes ! dit-elle puis elle se tait, pour mieux faire ressortir le silence du collectif. Je suis très heureuse de vous accueillir dans votre future école, dit la dame qui est aussi la directrice, celle-là même qui a accueilli jadis notre cher camarade soviétique, le cosmonaute Iouri Gagarine, le premier homme envoyé dans l’espace, dit la dame qu’il faut en fait appeler la camarade directrice.» (p. 18)

A propos de l’auteur
Née à Sofia (Bulgarie) en 1982, Elitza Gueorguieva vit depuis quinze ans en France. Après des études de cinéma, elle travaille d’abord comme assistante de réalisation et cadreuse pour plusieurs sociétés de production (dont EuropaCorp, Archipel 35, Avenue B, Zadig Productions). Parallèlement à ses activités cinématographiques, elle est diplômée d’un Master de Création Littéraire à l’Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis en 2015 et réalise régulièrement des performances textuelles pour divers lieux et événements scéniques. Les cosmonautes ne font que passer est son premier roman. (Source : Livres Hebdo)

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En attendant Bojangles

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En attendant Bojangles
Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude
Roman
160 p., 15,50 €
ISBN: 9782363390639
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et au Paradou, au milieu des Alpilles et en Espagne dans une localité qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe d’une part de nos jours et retrace d’autre part l’enfance du narrateur.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.
L’optimisme des comédies de Capra, allié à la fantaisie de L’Écume des jours.

Ce que j’en pense
*****
Commençons par goûter les belles qualités de visionnaire d’un auteur sur de son fait et qui fait dire à son narrateur: «J’avais appelé son roman En attendant Bojangles, parce qu’on l’attendait tout le temps, et je l’avais envoyé à un éditeur. Il m’avait répondu que c’était drôle et bien écrit, que ça n’avait ni queue, ni tête, et que c’était pour ça qu’il voulait l’éditer. Alors, le livre de mon père, avec ses mensonges à l’endroit à l’envers, avait rempli toutes les librairies de la terre entière. Les gens lisaient Bojangles sur la plage, dans leur lit, au bureau, dans le métro, tournaient les pages en sifflotant, ils le posaient sur leur table de nuit, ils dansaient et riaient avec nous, pleuraient avec Maman, mentaient avec Papa et moi…»
Ajoutons que ce premier roman a effectivement suscité un tombereau de critiques élogieuses et que je ne vais pas déroger à la règle. Voilà une œuvre qui brille par son originalité, son humour, sa folie et sa petite musique. Une légèreté apparente qui emporte tous les suffrages.
Poursuivons avec quelques mots sur la construction et le style. En donnant la parole à un enfant, l’auteur peut pointer les incongruités de la vie d’adulte et la difficulté de comprendre les choses les plus anodines, à l’exemple de ce sénateur, ami de la famille : «La journée, il allait travailler au palais du Luxembourg, qui se trouvait bien à Paris, pour des raisons que j’avais du mal à comprendre. Il disait qu’il allait travailler tard mais revenait toujours très tôt. Le sénateur avait un drôle de train de vie. En rentrant il disait que son métier était beaucoup plus drôle avant la chute du mur, parce qu’on y voyait beaucoup plus clair. J’en avais déduit qu’il y avait eu des travaux dans son bureau, qu’on avait cassé un mur et bouché les fenêtres avec.»
L’autre bonne idée dans la construction du roman est d’offrir au lecteur des extraits du récit écrit par son père, ce qui donne aussi une autre perspective à l’histoire de la famille. Car les excentricités continues finissent aussi par emprisonner ce père amoureux fou : «Après des années de fêtes, de voyages, d’excentricités et d’extravagante gaîté, je me voyais mal expliquer à mon fils que tout était terminé, que désormais, nous irions tous les jours contempler sa mère délirer dans une chambre d’hôpital, que sa Maman était une malade mentale et qu’il fallait attendre sagement de la voir sombrer. Je lui avais menti pour pouvoir continuer la partie.»
Arrivons enfin au bel aphorisme de Chris Marker, «l’humour est la politesse du désespoir», pour souligner que jamais il n’aura trouvé meilleure illustration que dans ce beau roman. Je comprends fort bien tous ceux qui ne veulent pas dévoiler la fin du roman à leurs lecteurs, mais pour moi cette histoire d’amour fou est d’abord le cri d’un enfant qui se retrouve seul. Aussi m’attarderai-je davantage sur ce désespoir, qui est beaucoup moins abordé par la plupart des chroniqueurs.
Pour moi la formidable réussite de ce roman tient à la manière choisie par Olivier Bourdeaut pour nous raconter ce drame absolu. Avec la finesse et la légèreté d’une bulle de champagne, il accroche le lecteur en retraçant les différents épisodes de la vie de cette famille qui a choisi de rêver sa vie plutôt que de garder les pieds sur terre. Épisodes épatants, rocambolesques, enchanteurs… avant de basculer dans la folie. On est donc plus proche du Fitzgerald de «Tendre est la nuit», du Vian de «L’écume des jours» que de Queneau ou des comédies de Capra, références souvent mentionnées.
Les premières facéties, très amusantes, conduisent à des pathologies plus sévères, à l’internement de la mère du narrateur, puis à son enlèvement et à la fuite de la famille vers l’Espagne. Mais, comme le dit Zola dans La fortune des Rougon : « L’écroulement de ses châteaux en Espagne fut terrible ».
Voilà un grand livre, de ceux qui laissent une trace indélébile longtemps après l’avoir refermé.

Les chroniques du groupe «68 premières fois»
Blog Entre les lignes (Benedicte Junger)
Blog Mots pour mots (Nicole Grundlinger)
Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Domi C lire
Blog Arthémiss (Céline Huet)
Blog les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Plume nacrée
Le blog d’eirenamg

Florilège des critiques presse
Babelio
L’Express (Jérôme Dupuis)
Télérama (Christine Ferniot)
L’Obs (Jérôme Garcin)
Le JDD (bernard Pivot)
France Inter (Boomerang – Augustin Trapenard)
Le Point (Valérie Marin La Meslée)
Paris-Match (Valérie Trierweiler)

Autres Blogs
Lire au lit
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
On l’a lu (Brigitte Lannaud Levy)

Extrait
« Quand j’étais à court d’idée, je lui parlais de notre vie d’hier ou d’avant-hier en rajoutant des petits mensonges, la plupart du temps ça valait largement toutes mes histoires imaginaires. Après le déjeuner, nous laissions Papa se concentrer sur son roman, allongé dans le hamac, les yeux fermés, et nous descendions au lac, nous baigner quand il faisait chaud, ou bien composer de gros bouquets et faire des ricochets avec des galets quand l’air était frais. En remontant, nous retrouvions Papa qui avait bien travaillé, le visage tout fripé, avec des idées et des épis plein la tête. Nous mettions Bojangles à fond la caisse pour l’apéritif, avant de faire des grillades pour le dîner. Maman m’apprenait à danser sur du rock, du jazz, du flamenco, elle connaissait des pas et des mouvements pour tous les airs festifs et entraînants. Chaque soir, avant d’aller me coucher, ils m’autorisaient à fumer pour faire des ronds. Alors nous faisions des concours de ronds de fumée, nous les regardions s’évaporer vers le ciel étoilé, en nous réjouissant à chaque bouffée de notre nouvelle vie de fugitifs. »

A propos de l’auteur
Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. L’Education Nationale, refusant de comprendre ce qu’il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l’absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément.
Durant dix ans il travailla dans l’immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant. Puis, pendant deux ans, il devint responsable d’une agence d’experts en plomb, responsable d’une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d’édition de livres scolaires – un comble – et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres.
Il a toujours voulu écrire, En attendant Bojangles en est la première preuve disponible. (Source : Editions Finitude)

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En attendant Bojangles // Grand Prix RTL-Lire 2016 / Le Roman des étudiants 2016 France Culture-Télérama / Prix France Télévision 2016

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