Le café des petits miracles

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En deux mots:
Nelly aime son prof de philo, mais ce dernier ne voit en elle qu’une charmante collaboratrice. En désespoir de cause, elle part pour Venise où la magie des lieux et une histoire de famille enfouie vont lui offrir de quoi panser ses bleus à l’âme.

Ma note:
★★★ (j’ai bien aimé)

Ma chronique:

De Paris à Venise, d’un amour à l’autre

La recette de Nicolas Barreau a beau être à chaque fois la même, elle n’en reste pas moins très efficace. Ce voyage à Venise en apporte une nouvelle preuve.

Héloïse d’Ormesson nous offre chaque année depuis 2015 un nouveau roman de Nicolas Barreau (un pseudonyme derrière lequel les journalistes allemands ont cru reconnaître l’éditrice allemande Daniela Thiele). En 2014, avec Le sourire des femmes, il – conservons pour l’instant le masculin – avait d’emblée trouvé un large public, déjà avide de ce que l’on appelle aujourd’hui les feel good books. Suivront, avec le même succès Tu me trouveras au bout du monde, La Vie en Rosalie et Un soir à Paris.
Le café des petits miracles utilise les mêmes ingrédients de la comédie romantique que les ouvrages précédents et réussit à nouveau à nous concocter une délicieuse recette, pour peu que l’on adhère à sa croyance en la devise des chevaliers, « ces trois mots magnifiques et puissants inscrits sur leurs armoiries et drapeaux: Amor Vincit Omnia» (l’amour triomphe de tout).
Trois mois qui sont aussi inscrits sur l’anneau que Nelly a hérité de sa grand-mère et qui vont la mener à Venise. Mais n’anticipons pas.
Au début du livre la jeune femme est à Paris, amoureuse de son prof de philo. Une flamme qu’elle n’a pas osé déclarer, attendant le moment opportun. Quand ce dernier l’invite à l’accompagner Outre-Atlantique pour un séminaire, on se dit que l’opportunité est bien belle. Sauf que Nelly ne peut prendre l’avion, victime d’une phobie liée à un accident qui l’a traumatisée. Elle devra patienter… et laissera passer sa chance.
C’est en désespoir de cause qu’elle prend le train pour Venise par un froid matin de janvier, histoire de se changer les idées, de découvrir la Sérénissime, mais surtout pas pour tomber dans les bras du premier dragueur venu. Il ne va d’ailleurs pas tarder à surgir, le beau Valentino, pour lui proposer de la guider dans la ville. Mais Nelly ne veut pas se laisser conter fleurette. « Elle aspirait à l’amour, certes. Mais pas à une aventure avec un séducteur (aussi sympathique fût-il), aventure qui serait terminée avant même d’avoir eu le temps d’épeler le mot «avventura». Un Italien ne pouvait s’empêcher de chercher à conquérir le cœur d’une jolie femme — c’était une sorte de sport national. » Mais quelquefois les circonstances – un sac qui tombe sur une gondole – vous poussent à réviser votre jugement.
On se doute bien qu’après quelques rendez-vous manqués et autant de quiproquo, l’amour va finir par l’emporter.
Comme dans la chanson de Jo Dassin, dans ce petit café un peu à l’écart,
« Au rendez-vous des amours sans abri
On était bien, on se sentait seuls au monde
On n’avait rien, mais on avait toute la vie ».
Si l’histoire est certes cousue de fil blanc, elle nous permet de déambuler dans Venise, d’apprendre plus joyeusement que dans un guide de voyage la topographie, l’architecture, l’histoire de cette ville sans doute tout aussi romantique que Paris.
Et quel mal y aurait-il à se laisser entraîner par le charme, l’émotion, la douceur des choses?

Le café des petits miracles
Nicolas Barreau
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
304 p., 18 €
EAN : 9782350874388
Paru le 8 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris ainsi qu’à Venise et aux alentours.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Timide et romantique, Éléonore adore s’évader dans la lecture et croit aux présages, petits messagers du destin. N’ayant pas hérité de l’intrépidité de sa grand-mère, elle n’est pas le genre à prendre une décision sur un coup de tête. Mais la vie est parfois imprévisible ! Et une phrase énigmatique trouvée dans un vieux livre peut avoir des conséquences inattendues, de celles qui bouleversent une existence. Éléonore l’ignore encore, par ce froid matin de janvier, quand elle saute dans un train pour Venise…
Destination la Sérénissime où Nicolas Barreau nous embarque dans une magnifique histoire, d’un campo l’autre, au gré des calli et au pied des campanili. Son Café des petits miracles nous invite à prendre le bonheur par la main et à croire en l’amour.
Venezia, amore mio!

Les critiques
Babelio
Blog Des pages et des îles 

Les premières pages du livre
« PROLOGUE
Nelly aimait la lenteur. Elle était plus encline à flâner qu’à se hâter, et elle réfléchissait très longuement avant de prendre une décision. Par ce clair après-midi d’automne, tandis qu’elle se promenait au bord de la Seine et que le serpent de tôle se pressant le long du quai se figeait sous les coups de klaxon, elle ne put s’empêcher de penser à Paul Virilio et à ses théories sur « l’immobilité fulgurante ».
Oui, il était fâcheux que l’être humain essaie toujours de repousser ses limites, et l’accélération croissante du monde ne mènerait à rien de bon. Son mémoire de licence sur Virilio avait toutefois mené Nelly à Daniel Beauchamps, ce qui était une excellente chose. Voilà déjà onze mois, trois semaines et cinq jours qu’elle assistait le professeur de philosophie, et aussi longtemps qu’elle était secrètement amoureuse de lui.
Enfin, très secrètement. Nelly se persuadait parfois que la perspective de leur bonheur prochain était presque plus belle que sa concrétisation, qui se produirait forcément un jour. Qu’y avait-il de plus euphorisant que d’être allongé dans son lit, sous le dais nocturne des possibilités, et de rêver à des choses qui pourraient arriver?
Un sourire hésitant traversa le visage de Nelly, qui, instinctivement, serra plus fort la bandoulière de son sac en cuir. Ce matin-là, Daniel Beauchamps lui avait laissé un message car il voulait discuter avec elle! Se faisait-elle des idées ou le ton du professeur était-il différent, pas comme d’habitude?
L’homme de grande taille, prévenant, qui traînait légèrement la jambe droite (un accident de vélo dans sa jeunesse, pas tout à fait guérie), l’avait aussitôt charmée avec ses yeux bleu translucide, si vifs. Elle n’oublierait jamais que, pour son premier jour de travail, il était venu à l’université en avance, juste pour elle. Cela faisait presque un an que Nelly, plus que ponctuelle, avait monté rapidement l’escalier de la faculté de philosophie, pour constater avec étonnement que les bureaux étaient encore vides. Seul le secrétariat trahissait une présence humaine – une tasse de café au lait solitaire fumait sur un bureau, derrière lequel personne n’était assis : même Mme Borel, auprès de qui Nelly devait se présenter, se faisait attendre. La jeune femme avait donc fait des allées et venues dans le couloir, indécise, pour finir par frapper à la porte de Beauchamps. Alors qu’elle s’apprêtait à baisser prudemment la poignée, elle avait vu, au bout du couloir, le professeur se diriger vers elle, le pas rapide, de sa démarche légèrement balancée.
– J’en étais sûr, avait-il dit, ses yeux scintillant chaleureusement derrière de grandes lunettes. Ma nouvelle assistante est déjà là, et il n’y a personne pour l’accueillir. – Il lui avait tendu la main en souriant, avant de tourner la clé dans la serrure et de l’inviter à entrer. – Après vous, mademoiselle Delacourt, après vous ! Je suis désolé que vous ayez dû attendre. Mon équipe a parfois une conception démesurément large du cum tempore. – Il avait écarté pour elle une chaise devant son bureau encombré, avant de se laisser tomber dans son fauteuil en cuir. – Quoi qu’il en soit : bienvenue dans notre bande de clampins. Les choses ne peuvent que s’améliorer avec vous, je le sens. Puis-je vous offrir un café avant que Mme Borel ne donne signe de vie? Ce qui va probablement durer encore un certain temps…
Il lui avait adressé un clin d’œil, et c’est à cet instant qu’il avait ravi le cœur de Nelly.
Certes, ce n’était pas la première fois qu’on conquérait son cœur; pendant ses études, il y avait bien eu l’un ou l’autre camarade pour lui plaire. Cependant, il s’agissait maintenant de la vraie vie. Elle avait un vrai travail. Et le Pr Beauchamps était un homme, un vrai, pas un garçon amoureux qui chercherait maladroitement ses seins ou ne saurait pas vraiment ce qu’on dit à une femme.
En tant que fille d’une libraire passionnée, qui n’hésitait pas à installer le parc de la petite Nelly devant les rayonnages surchargés de sa boutique à Quimper, et pouvait, plongée dans un roman captivant, oublier son enfant (laquelle sortait de l’étagère un livre après l’autre et jouait paisiblement avec, absorbée dans cette activité), Nelly aimait les livres par-dessus tout. Et en tant que fille d’un affectueux ingénieur du bâtiment qui faisait sauter la petite sur ses genoux et était parti bien trop tôt – un accident tragique, dont Nelly ne parlait jamais, ayant entraîné ses parents dans la mort –, elle était tombée amoureuse de cet homme. Il était plus âgé sans être vieux, cultivé sans être prétentieux, et avait de toute évidence un faible pour les femmes (ce dont Nelly devait prendre connaissance avec un certain malaise teinté de jalousie).
Heureusement, le Pr Beauchamps n’était pas beau. Nelly Delacourt nourrissait une profonde méfiance envers les hommes séduisants, qui étaient en général très imbus d’eux-mêmes et n’avaient rien dans le crâne, tant la vie leur facilitait la tâche. Avec sa démarche gauche, son nez de boxeur prononcé au-dessus de lèvres fines que resserrait la concentration, Beauchamps n’aurait jamais remporté un concours de beauté, mais son regard intelligent et son sourire aimable rendaient extrêmement désirable, aux yeux de Nelly, l’homme capable de donner des cours sur Paul Virilio et Jean Baudrillard aussi intéressants et divertissants.
Au cours des semaines suivantes, elle s’était renseignée discrètement sur son mentor. Divorcé, il vivait apparemment sans petite amie non loin du parc des Buttes-Chaumont, et, avait-elle appris, vouait une grande admiration à Frank Sinatra. C’était déjà un début.
Il faut dire que Nelly connaissait tout Sinatra. Enfant, elle avait le droit de manipuler les vieux disques de la collection de son père, un honneur particulier. Concentrée au plus haut point, elle posait délicatement le fragile saphir sur la galette de vinyle noir, comme papa le lui avait montré, puis la voix veloutée de Frank Sinatra s’élevait, après de légers craquements. Une certaine magie venait emplir le salon, et la petite fille aux boucles brunes, assise dans le grand fauteuil à oreilles, jambes ramenées vers elle, regardait ses parents évoluer sur les notes de Somethin’ Stupid ou Strangers in the Night. Le monde était alors en ordre, et Nelly se rappelait bien l’atmosphère de ces après-midis, quand musique et pénombre l’enveloppaient comme un cocon de soie – un puissant sentiment de sécurité qu’elle n’avait plus jamais éprouvé dans sa vie. Restaient les chansons de Sinatra, et une nostalgie indéfinie qui s’emparait d’elle quand elle les écoutait. »

Extrait
« Se laisser aller à discuter avec des étrangers n’avait jamais été une bonne idée.
Elle se redressa et eut un geste évasif de la main.
– Ah, oubliez ça ! Trop compliqué. Je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps, il vaut mieux que j’y aille.
Elle se leva et lissa son trench.
– Non, il ne vaut pas ! s’exclama-t-il en se redressant précipitamment, lui barrant la vue sur Notre-Dame avec ses deux mètres. Je trouve tout ça devient vraiment excitant ! Tell me more, s’il te plaît.
– Je ne vous connais même pas.
– Je suis Sean, répondit-il avec un sourire désarmant. Et j’adore d’écouter les histoires compliquées. Tu sais ce qu’on dit à la maison, dans le Maine ?
Nelly secoua la tête.
– Non, que dit-on dans le Maine ?
– Aussi long que tu vis, rien n’est simple. Life is trouble. Only death is not, you know, fit Sean qui mit son étui à guitare sur l’épaule et lui tendit une main comme un battoir. Viens, on va boire quelque chose. – Remarquant son hésitation, il eut un nouveau sourire. – Allez, viens ! Dans le Maine, on dit aussi tu ne dois jamais laisser seule une malheureuse femme, avant qu’elle a ri encore.
Nelly se mordit la lèvre inférieure.
– Très drôle ! Je parie que vous venez de l’inventer. »

À propos de l’auteur
Sous le pseudonyme de Nicolas Barreau se cache un auteur franco-allemand qui travaille dans le monde de l’édition. Après le succès phénoménal du Sourire des femmes et de Tu me trouveras au bout du monde et de La Vie en Rosalie, Le café des petits miracles est aussi promis à devenir un nouveau best-seller international. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

Page Facebook de l’auteur

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Janvier

BOUISSOUX_Janvier

En deux mots :
Janvier est employé d’une grande entreprise qui ne lui confie plus de dossier et finit par l’oublier. Payé à ne rien faire, il va pouvoir prendre des initiatives et changer de vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le vrai faux travail

Le monde du travail prend, sous la plume de Julien Bouissoux, une dimension aussi cocasse que dangereuse.

Commençons par lever toute ambiguïté : le titre de ce roman est celui du patronyme du narrateur et non celui d’un mois de l’année. Est-ce un hommage à Simenon? Toujours est-il que la psychologie de ce monsieur Janvier va recourir toute notre attention. Janvier vit seul, employé d’une grande entreprise. Seulement voilà déjà six mois que dans son bureau au fond d’une impasse il «n’avait reçu aucun nouveau dossier. Première étape avant qu’ils ne suppriment son poste, il en était persuadé. Pourtant, les semaines avaient passé, et ce qui n’était à l’origine qu’une hypothèse improbable s’était peu à peu imposé comme une évidence: ils l’avaient tout simplement oublié. Avec les restructurations, les déménagements successifs et les changements d’organigramme, Janvier avait fini par glisser sous le radar, petit point scintillant dont la lueur s’était estompée jusqu’à ce que plus personne n’y prête la moindre attention».
Mais comme il touche régulièrement son salaire, il continue régulièrement à venir au travail. Et comme il lui faut bien trouver de quoi s’occuper, une fois effectuée l’observation de son environnement du sol au plafond et après l’entretien méticuleux de sa plante verte, il feuillette une revue et notamment un article consacré à la Chine, usine du monde.
Il y découvre une photo de la chaine d’assemblage de sa photocopieuse et décide d’écrire à l’ouvrier qui l’a fabriquée : « Cher Wu Wen, D’avance pardonnez-moi si je ne suis pas le premier à vous écrire. Mais j’ai l’impression de ne pas avoir le choix. Quelque chose m’y pousse et ne me laissera pas en paix. Ce matin, chez le coiffeur, j’ai découvert que l’imprimante que j’utilise a été fabriquée par vous, ou du moins qu’elle est passée entre vos mains. Cher Wu Wen, j’ignore quel poste vous occupez dans la grande usine du monde mais – c’est indéniable – quelque chose fonctionne ici grâce à vous. » Un début de correspondance qui va lui ouvrir de nouveaux horizons. En prenant la plume, il se fait aussi poète à ses heures, en imaginant le travail du Chinois, il se voit déjà lui rendre visite. Mais il ne pousse pas seulement la porte d’une agence de voyage, mais aussi celle d’une agence immobilière, car il a envie d’un appartement plus petit, comme celui qui donne sur les voies ferrées et qui correspond davantage à ses modestes envies.
Car il s’imagine bien qu’un jour son aventure de salarié clandestin prendra fin. Quand arrive Jean-Chrysostome, un ex-collègue, il croit bien que c’est pour lui signifier la fin de la récréation. Mais il n’en est rien. Ce dernier lui offre simplement de partager son bureau le temps de retrouver du travail. Une belle occasion pour Janvier de montrer combien il est devenu un as de la simulation.
On l’aura compris, derrière la fable sociale, c’est la notion même de travail qui est ici interrogée. On pourra aussi y voir une illustration de la deshumanisation grandissante de nos sociétés où l’humain est relégué au rang de numéro, où la digitalisation, le rendement, la robotisation finissent par rendre possible de tels «oublis». Tel Don Quichotte, Janvier serait le grand pourfendeur de ce système, à la fois aussi inconscient et aussi idéaliste que le héros de Cervantès.
Bien entendu le pot aux roses va finir par être découvert, mais je vous laisse vous délecter des conséquences de la chose.
Julien Bouissoux a réussi, avec délicatesse et tendresse, à mettre le doigt sur les dérives d’un système et à démontrer par l’absurde que l’humain reste… humain, c’est-à-dire imprévisible et capable de se transformer et de s’adapter. Dérangeant au départ, Janvier s’avère au final plutôt réjouissant et toujours très divertissant.

Janvier
Julien Bouissoux
Éditions de l’Olivier
Roman
176 p., 16,50 €
EAN : 9782823611830
Paru le 4 janvier 2018

 

Ce qu’en dit l’éditeur
Au cours de la restructuration de la grande entreprise qui l’emploie, Janvier est oublié dans son bureau, au fond d’une impasse. Plutôt que de rester chez lui et être payé à ne rien faire, il décide de continuer à se rendre au travail pour y mener, enfin, une vie sans entrave. S’occuper de la plante verte, amorcer une correspondance avec un fournisseur, bénéficier de l’équipement pour s’essayer à la poésie… Mais combien de temps Janvier pourra-t-il profiter des charmes de la vie de bureau avant que la société ne retrouve sa trace ?
L’écriture sobre et précise de Julien Bouissoux explore la métamorphose d’un homme qui, par un étrange concours de circonstances, s’adonne enfin à l’existence idéale qu’il ignorait vouloir mener.

Les critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Sébastien Omont)
Maze (Mathieu Champalaune)
Viveversa littérature.ch (Romain Buffat)
Le Temps (Julien Burri)
L’Usine nouvelle (Christophe Bys)
RTS (émission Versus-lire – Jean-Marie Félix)
Un livre, un jour 
Blog froggy’s delight 


Présentation de Janvier de Julien Bouissoux par Stefane Guerreiro et Stéphanie Roche © Production Librairies Payot

Les premières pages du livre:
« Six mois que Janvier n’avait reçu aucun nouveau dossier. Première étape avant qu’ils ne suppriment son poste, il en était persuadé. Pourtant, les semaines avaient passé, et ce qui n’était à l’origine qu’une hypothèse improbable s’était peu à peu imposé comme une évidence: ils l’avaient tout simplement oublié. Avec les restructurations, les déménagements successifs et les changements d’organigramme, Janvier avait fini par glisser sous le radar, petit point scintillant dont la lueur s’était estompée jusqu’à ce que plus personne n’y prête la moindre attention; les quelques employés qui avaient eu affaire à lui avaient été mutés ou remplacés par des plus jeunes. Personne ne se rappelait l’existence de ce bureau situé dans une impasse loin du siège acheté lors d’un creux de l’immobilier d’affaires et où l’on avait délégué une des innombrables activités de soutien de la firme, activité de soutien dont on venait de perdre la trace à l’occasion du dernier redécoupage.
Janvier le savait. Un jour quelqu’un pousserait la porte de cette ancienne boucherie et emporterait la lampe halogène, les classeurs métalliques, les deux fauteuils, la plante verte. Quelqu’un muni d’un papier où tout serait décrit: les numéros de série, le modèle d’ordinateur. Une lettre de licenciement suivrait, ou précéderait avec un peu de chance.
En prévision de cette dernière journée de travail, Janvier avait pris soin de ranger et d’étiqueter tous les dossiers, ce qui permettrait à un éventuel successeur de ne pas s’y perdre et faciliterait la tâche des déménageurs. Le jour en question, il n’aurait qu’à se lever et se diriger vers la porte, les adieux n’en seraient que plus faciles; il avait déjà rapporté chez lui ses rares effets personnels, plus quelques objets utiles comme une agrafeuse, des ciseaux, deux ramettes de papier, sa prime de licenciement en quelque sorte.
Au matin de chaque jour ouvrable, sans savoir si celui-ci, plutôt qu’un autre, serait son dernier au sein de l’entreprise, Janvier retournait à ce bureau fantôme, s’asseyait, sortait chercher un sandwich, éteignait ou allumait son ordinateur, sans fin, sans ordre, sans but.
Combien de temps passa ainsi? À quand remontait le dernier mémo envoyé? Le dernier rendez-vous reporté, agendé, puis reporté de nouveau? La dernière voix au téléphone? »

Extrait
« C’était un lundi et Janvier remarqua que ses cheveux avaient poussé. Il attrapa une mèche et tira dessus pour voir jusqu’où elle allait. Il pensa: « Il faut que j’aille
chez le coiffeur. Peut-être samedi », et puis il se reprit, presque étonné de cette pensée qui venait de surgir: et s’il y allait maintenant? Lundi était le jour de fermeture
de son coiffeur, mais il en connaissait un autre, juste en face de l’arrêt de bus et à côté de cette vitrine dans laquelle il avait lu la veille « Voyagez hors-saison: 50% sur toutes nos destinations ». Était-ce le salon de coiffure ou l’agence de voyages? Le monde était rempli de nouvelles possibilités. Le cœur de Janvier se mit à battre. »

À propos de l’auteur
Né en 1975, de nationalités suisse et française, Julien Boissoux a vécu successivement à Clermont-Ferrand, Rennes, Paris, Londres, Toronto, Seattle, Budapest, avant de revenir à Paris puis de s’établir en Suisse. Ecrivain et scénariste, il est l’auteur de plusieurs romans publiés au Rouergue, Fruit rouge (2002) et La Chute du sac en plastique (2003), puis Juste avant la frontière (prix Grand-Chosier 2004), Une Odyssée (2006) et Voyager léger (2008).
Auteur d’une douzaine de scénarios et d’adaptations pour le cinéma, il a notamment signé Les grandes ondes (à l’ouest), co-écrit avec Lionel Baier, qui fut son premier scénario porté à l’écran. Il est, par ailleurs, lauréat du Prix de la Fondation Edouard et Maurice Sandoz (FEMS) pour un projet dont les jurés ont relevé « la qualité du style, ainsi que l’originalité et la liberté de ton de l’extrait soumis à leur attention. En observateur attentif de ce qu’il nomme la tribu humaine, Julien Bouissoux s’abstient de juger notre société mais il entend en explorer certains aspects qui le passionnent, un peu à la façon d’un cinéaste ». (Source : romandesromands.ch/ et Éditions de l’Olivier)

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Mille soleils

mille_soleils

En deux mots:
Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre vont être victime d’un accident de voiture sur les pistes d’Argentine. Un choc terrible qui va faire vaciller leurs certitudes et leur rapport à la vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’enfer

Une journée particulière pour quatre hommes, victimes d’un accident sur les routes argentines. Un huis-clos bouleversant.

7h 35. Une journée pas tout à fait comme les autres commence pour Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre. Les quatre hommes se retrouvent pour rejoindre Mendoza où un avion doit les mener jusqu’à Buenos-Aires. Au fil des pages, nous allons découvrir le parcours de chacun d’eux, les liens qu’ils ont noués, leurs projets respectifs. Vadim, chercheur en physique des particules, prend le volant aux côtés d’Alexandre qui a installé les panneaux solaires du centre de recherche. Avec eux voyagent aussi Wolfgang, un astrophysicien, «spécialiste des noyaux actifs des galaxies et des rayons cosmiques» ainsi que Simon, chargé de rédiger un article sur les rayons cosmiques pour le CNRS. « Ils sont partis à 8h 30. Ils avaient 450 kilomètres de route à parcourir, dont 200 km de piste. Ils viennent de passer la borne rouge et blanc qui indique le kilomètre 3456 de la route qui symbolise l’Argentine tout entière, et traverse le pays sur 5224 kilomètres, de l’extrême sud de la Patagonie jusqu’à la provience de Jujuy à la frontière bolivienne: la route 40.»
Rien de particulier à signaler durant la première heure de route, si ce n’est la vitesse de croisière de Vadim, un peu trop rapide pour cette piste empruntée par le Paris-Dakar un mois plus tôt.
À 9h 21, ils croisent une routarde hirsute qui a campé sur le bord de la route et qui leur adresse un petit salut auxquelles nos machos répondent par un nuage de poussière. Mathilde, sur laquelle nous reviendrons, s’en souviendra.
À 9h 23 min 58 s « C’est la fin du voyage. La voiture bondit. Elle sort de la piste, elle pulvérise des cailloux sur le bas-côté et le choc brutal renverse instantanément le Suzuki. Il part en tonneaux. A l’instant qui précède le premier impact, Alexandre essaie de se tenir à la poignée du plafonnier et Wolfgang et Simon sont suspendus, en lévitation au-dessus de leurs sièges, les yeux mirés sur la trajectoire erratique de la voiture. Personne ne prononce le moinde son, pas de houlà, pas d’insulte, pas de putain, pas de merde, pas le temps.
Après le premier choc d’une violence extrême, la voiture se met à tourner sur elle-même dans le sens des aiguilles d’une montre. Elle frappe d’abord sur le côté droit de l’habitacle, du côté d’Alexandre et de Wolfgang. Dans un bruit de tôle froissée, elle cogne cinq, six, sept fois le sol désertique. »
Le roman prend alors une toute autre dimension. À compter du moment où on voit la mort de près, on est un autre homme. Il y a cet instinct de survie, ce besoin de bouger pour voir si la mécanique répond toujours, l’envie de se confier ou encore, la névessité de laisser un message, de donner une image de soi plus juste.
Alexandre, sur son brancard, théorise sur les femmes qui sont passées dans sa vie, sur l’amour «qui existe puisqu’on l’a inventé» et pense à Léna qu’il a rencontré sur la route. Ne se fourvoie-t-il pas avec son besoin maladif d’être aimé ? «Ne pourrait-on pas vivre heureux sans amour, concentré sur ses tâches, libéré des baisers ?»
Wolfgang, quant à lui, n’est pas surpris outre mesure. Cela tient sans dout edu miracle qu’à 58 ans il soit encore en vie, car il a failli perdre la vie à de nombreuses reprises, à commence rpar le jour de sa naissance ! De là vient sans doute aussi son goût pour la rêverie solitaire.
Simon ressemble le plus à l’auteur qui confiera qu’il a aussi été victime d’un accident en Argentine : « Il y a eu un mort, j’étais vraiment à la place à côté du mort et j’ai vraiment marché des kilomètres. »
Parti chercher des secours, il va croiser Mathilda qui, elle, a choisi sa galère. « À 59 ans, un beau jour de novembre, Mathilda n’est pas rentrée chez elle. Elle a laissé deux messages brefs, un à son mari (« ne me cherche pas ») et un à ses enfants (« je vous aime »). Elle a vidé son compte en banque, elle s’est acheté de nouveaux vêtements, elle a pris un billet d’avion pour Anchorage, loué une voiture, vivoté de motel en motel pendant quelques semaines, avant de devenir l’heureuse propriétaire d’un vélo VTL de marque Raleigh avec lequel elle a parcouru du nord au sud, de l’Alaska à l’Argentine, pas loin de 13000 kilomètres. Elle en a bavé. »
La confrontation des parcours respectifs des protagonistes est saisissante. Jusqu’à 22h 10, au terme de cette journée quelques certitudes vont vaciller, quelques itinéraires vont dévier de leur trajectoire.
Si nous sommes ici dans un registre totalement différent des souvenirs d’enfance d’Un parfum d’herbe coupée, on retrouve cette faculté de l’auteur à raconter des histoires, également présente dans Le goût du large. Une jolie performance, surout lorsque l’on sait que parallèlement Nicolas Delesalle s’est beaucoup investi dans le lancement de l’ebdo, en kiosque ce 12 janvier, un «journal d’information, sans pub, indépendant et inspirant» a qui nous souhaitons également bon vent !

Mille soleils
Nicolas Delesalle
Éditions Préludes
Roman
256 p., 15,60 €
EAN: 9782253107873
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Argentine, sur la route menant de Malargüe vers Mendoza. On y évoque aussi Paris, Anchrorage, l’Allemagne, Johannesburg, le Pérou, la Bolivie, Venise et Yakoutsk, «la ville la plus froide du monde».

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ils sont quatre, réunis en Argentine par le travail et des passions communes. Vadim le taiseux aime la physique des particules, et le bel Alexandre a installé des panneaux solaires sur les 1 600 cuves de l’observatoire astronomique de Malargüe. Avec ses yeux clairs, Wolfgang est un astrophysicien rêveur, spécialiste des rayons cosmiques d’ultrahaute énergie. Quant au jeune Simon (qui consulte toujours Clint Eastwood avant de se décider), il doit écrire un article sur ces rayons pour le CNRS. Ils ont quelques heures pour parcourir 200 kilomètres de piste et prendre leur avion à Mendoza. Pourtant, en une seconde, leur existence va basculer.
Que faire quand le drame survient et que, du haut d’un volcan, seul le ciel immense de la pampa vous contemple ?
Avec ce huis clos à ciel ouvert, Nicolas Delesalle signe une histoire d’une intense émotion parcourue de paysages sublimes, d’instants tragiques mais aussi d’humour et de poésie. Un roman envoûtant, qui reste longtemps en tête une fois le livre refermé.

Les critiques
Babelio
Berthine magazine (entretien avec l’auteur)
L’Etudiant autonome
Blog Libellule livresque


Nicolas Delesalle présente son ouvrage Mille Soleils © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Réveil, douche, serviette, caleçon, jean, tee-shirt, chaussures, lacets, petit déjeuner. Une tartine, un café. Quelques mots échangés du bout des lèvres. Il est trop tôt. L’homme est une esquisse au réveil, un brouillon. Brossage de dents face au miroir. Observation de la mise. Se regarder sans se voir. La valise est prête : trois chemises sales, deux tee-shirts sales, cinq caleçons et paires de chaussettes sales, un jean louche, un pull propre, deux bouteilles de vin argentin, une trousse de toilette, un rasoir mécanique, de la mousse fraîcheur mentholée, une brosse à dents souple, profilée comme la coque d’un voilier de course, un tube de dentifrice, un flacon de parfum, un déodorant, un coupe-ongles. Les draps sont froissés, roulés en boule. Laisser la chambre d’hôtel sans espoir de la revoir. Oublier un livre dans les toilettes. Un dernier regard pour dire mentalement adieu aux objets, le lit deux places en bois sombre, la lampe de chevet à l’abat-jour jaunâtre, le parquet qui craque, le faux tapis persan bon marché, la grande armoire massive en bois de peuplier, le plafond bleu indigo. Sortir. Un couloir, deux bibelots : un vase en laiton et une statuette de femme accroupie et lasse. La porte blanche de la maison est déjà entrouverte. Le chemin est dallé. Les sacs sont lourds. Chargement dans le coffre, en bon ordre. Monter en voiture. S’asseoir confortablement. Étendre ses jambes. Le voyage sera long. Les portières claquent. Une clé s’enfonce dans la fente prévue à cet effet. Compression, essence, étincelle, explosion. Le moteur démarre. Des gens dehors disent au revoir. Ils sourient. Les mains se dandinent de gauche à droite, de droite à gauche. La voiture s’ébroue, tousse comme un fumeur à l’aube, puis trouve sa voix et traverse la ville endormie. Ici ou là, une insomnie éclaire la fenêtre d’une maison basse sans toit. Grande ligne droite, vieil asphalte des années 1960 ou 1970, granuleux, couvert de rustines de bitume plus foncé. De moins en moins de maisons et de lampadaires. Ça y est. La ville est loin derrière, petit éclat qui s’estompe peu à peu. Les phares fendent la nuit en deux blocs d’encre noire. Dans le ciel, les galaxies des Nuages de Magellan ont disparu depuis longtemps. La route tire de longs segments au milieu d’un désert de terre craquelée, de crottin de cheval et de broussailles. Lentement, une lueur pâle et violacée se hisse à l’est, elle gonfle, elle gomme les étoiles une par une, et elle embrase l’horizon. Et puis, après quelques minutes de vide, il se passe quelque chose. La journée change de nature. À partir de cet instant-là, chaque seconde compte, celle d’avant, celle d’après et toutes les autres. »

À propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama pendant quinze ans, directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est l’auteur d’Un parfum d’herbe coupée et du Goût du large. Mille soleils est son troisième roman. Il est à présent rédacteur en chef d’Ebdo. (Source : Éditions Préludes)

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Une femme, belle comme un Rembrandt

SEIGLE_mobylette_debarrasEn deux mots:
Reine est seule, au désespoir. Sans emploi avec trois enfants à charge, elle se débat avec des idées noires jusqu’au jour où elle trouve une mobylette sous un fatras de déchets. Une mobylette synonyme de travail, de rencontres, de liberté…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Une femme, belle comme un Rembrandt

La vie de Reine ressemble à un cauchemar jusqu’au jour où elle découvre une mobylette sous des décombres. Elle entrevoit le bout du tunnel, mais le malheur est comme une sangsue.

Jusqu’où faut-il sombrer pour envisager de se prendre la vie? De quelle profondeur doit être le désespoir pour vouloir que ses enfants l’accompagnent dans cet ultime voyage? Reine est au bout du rouleau. Son mari l’a quittée. Elle se trouve seule avec Sacha, Igor et Sonia et voit bien qu’elle n’y arrive pas, que sans travail, elle n’aura guère de perspectives à s’offrir, à leur offrir. Durant un instant, mais qui va la marquer durablement, elle s’imagine les tuer avant de se donner la mort durant «la nuit impossible».
Ce que Jean-Luc Seigle nous fait toucher ici du doigt avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, c’est ce goût si amer, si écœurant du malheur. De ces gens qui se retrouvent au ban de la société, rebut d’un système qui broie les plus faibles. « On ne tue plus à bout portant les pauvres qui se rebellent. Aujourd’hui on les tue en les abandonnant, en les affamant, en les oubliant. »
Pourtant Reine rêve d’un travail, d’un statut qui lui permettrait de prouver à ses enfants qu’ils avaient tous une place dans ce monde, voir eun bel avenir. « Au fond, elle n’a rien voulu d’autre dans sa vie qu’inventer le paradis, sans pour autant l’étendre à toute la terre comme sa communiste d’Edmonde le lui avait appris; Reine voulait seulement l’inventer dans sa maison. Peut-être l’étendre jusqu’au jardin. Ça lui paraissait raisonnable. »
Mais pour cela, il faut sans doute un petit miracle. Qui va finir par arriver. En dégageant le débarras qui s’est accumulé dans son petit jardin, derrière les lits cassés, les vieux pneus, les bouts de tôles, les morceaux de poteaux électriques et les traverses de chemin de fer et trois cuvettes de WC neuves, elle déniche une mobylette bleue des années soixante qui est en état de marche.
Du coup, elle va pouvoir faire les quelques kilomètres qui la séparent de l’entreprise de pompes funèbres qui sont à la recherche d’une personne capable de préparer les corps pour l’enterrement. Après un court entretien, elle est embauchée. Va pouvoir offrir à ses enfants un peu davantage que le strict nécessaire. C’est un premier pas sur le chemin du bonheur: « Les enfants médusés, ne posent aucune question. Sacha se contente de dire: « Tu touches les morts », avec une certaine admiration. Sonia ajoute: « Non elle ne les touche pas, elle les habille pour les faire beaux. » Igor est des trois le plus impressionné à l’idée que sa mère serve de passeur entre des vivants qui ne le sont plus et Dieu que personne ne voit. Il aime les points de force de sa mère, son courage, sa vivacité, son acharnement à vouloir transformer la réalité. »
Une réalité qui du coup a le parfum de la rosée qu’elle peut humer à la vitesse de ses déplacements, qui a le goût de la pluie qu’elle affronte joyeusement sous l’abri de plastique qu’elle a confectionné. Alors que les choses semblent s’arranger, voilà qu’elle tombe en panne. Et qu’un second miracle l’attend sur la parking où elle a poussé sa mobylette. Il a les traits d’un chauffeur hollandais qui s’y connaît un peu en mécanique, lui vient en aide et la trouve rayonnante. Jorgen ne rêve dès lors que de la retrouver. Un sentiment partagé qui va très vite se transformer en amour, même se le routier est un homme marié et un père de famille. Régulièrement Reine va retrouver Jorgen sur ce parking. «Nue, Reine est identique à ce qu’elle dégage quand elle est habillée. C’est rare de ne rien dissimuler ou de ne rien exagérer. C’est une splendeur, un réel éblouissement. Il commence à la caresser comme un aveugle. Elle a l’impression qu’il la sculpte ou plutôt qu’il la peint.»
Car le secret de cet homme réside dans une carrière artistique interrompue alors qu’il commençait à être connu. Il a cessé de peindre pour prendre la route et oublier ses toiles. Mais Reine pourrait être sa Hendrickje et lui son Rembrandt. L’abstinence devient alors une douloureuse necessité. Jorgen doit peindre à nouveau pour ne pas mourir. Reine sera sa muse.
« – Tu es le peintre et je suis l’amour du peintre.
Elle attend une réponse.
Jorgen, le géant du Nord, s’agrippe à elle si petite et leurs souffrances se serrent l’une contre l’autre. Il répète sans desserrer son étreinte :
– Oui, je suis le peintre et tu es l’amour du peintre.
Désormais ils pourront faire face ensemble à la brutalité de ce monde qui ne dit jamais son nom et qu’ils subissent pourtant depuis tant d’années avec la même violence : l’insignifiance. »
Seulement voilà, un homme l’attend chez elle. Un homme qui est l’émissaire d’un brutal «retour du réel». Ses trois enfants ont quitté le domicile. Le divorce a été prononcé sans elle, le juge ayant jugé que Sacha, Igor et Sonia seraient mieux chez leur père, les enfants ont été emmenés à Biarritz.
Le ciel qui s’était passablement éclairci s’effondre à nouveau. La maison vide est insupportable. Reine ne voit qu’une issue possible, partir à leur recherche.
Elle enfourche sa mobylette direction Biarritz.
On dira rien de ce long voyage et de son issue, de peur de dévoiler l’épilogue de ce beau roman. De la traque de cette mère, comme une bête qui cherche ses petits, qui est bien décidée à changer les choses, à changer de monde. Disons simplement que l’auteur nous offre ici une des rares héroïnes victimes de l’horreur économique, de cette misère sociale que tous les politiques entendent éradiquer et qui ne cesse de s’étendre. C’est dramatiquement beau, c’est douloureusement sublime.
Notons enfin que le roman est accompagné d’une relation de voyage intitulée «À la recherche du sixième continent». Sous-titrée de Lamartine à Ellis Island, elle nous rappelle qu’«il n’y a pas de lien à faire entre une cathédrale, un camp de concentration et Ellis Island, si ce n’est que sont les rares endroits au monde qui nous bâillonnent. Cela vient des lieux eux-mêmes et de leur histoire. Ils contiennent soit la plus grande souffrance soit la plus grande ferveur humaine. Ellis Island contient les deux.» Une épopée des migrants qui doit venir heurter nos consciences.

Femme à la mobylette
Jean-Luc Seigle
Éditions Flammarion
Roman
228 p., 18 €
EAN : 9782081378681
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Clermont et dans les environs, mais aussi tout au long de la route qui mène jusqu’à Biarritz.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Abandonnée par tous, Reine et ses trois enfants n’arrivent plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Tant de richesses en elle voudraient s’exprimer et pourtant son horizon paraît se boucher chaque jour davantage. Seul un miracle pourrait la sauver… Il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?
Jean-Luc Seigle dresse le portrait d’une femme au bord du gouffre qui va se battre jusqu’au bout. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

Les critiques
Babelio 
Télérama (Fabienne Pascaud)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Carobookine 

Les premières pages du livre
« Reine est une grosse dormeuse. Cette nuit elle n’a pas fermé l’œil. Même pas couchée. Pas déshabillée non plus. Devant sa fenêtre elle est toute débobinée. C’est le mot qu’elle a inventé pour donner un nom à cette fatigue qui la défait et la met en morceaux qu’elle a bien du mal à rassembler ensuite. Elle finit de boire son café. Ça, elle peut encore se le payer. De sa fenêtre, elle mesure pour la première fois de sa vie le poids du silence, le vrai silence, celui sans le chant des oiseaux. C’est implacable. Floconneux. Sourd. Dedans comme dehors. Une impression de tombe.
En s’enfuyant, la nuit ne laisse plus derrière elle qu’une sorte de laitance grisâtre. Tout finit dans l’absence et le silence absolu du monde. Ça lui arrive quelquefois d’avoir des phrases qui lui viennent. Pas des phrases du dedans, des phrases du dehors qui s’encastrent en elle. Loin de la calmer, la phrase excite encore davantage une chose monstrueuse qui ne l’a pas laissée tranquille de toute la nuit. Une obsession contre laquelle elle a tenté de résister tout le temps de cette interminable apnée nocturne. Mais elle sait que le pire est à venir. Elle sait que si elle ne quitte plus cette fenêtre elle ne saura jamais si elle a mis fin à la vie de ses enfants, ou pas. »

Extrait
« Elle veut ouvrir un vrai chemin par lequel ses enfants pourraient se sauver. Rien d’autre. C’est ça, elle aurait voulu les sauver. Elle veut encore les sauver. Faudra bien qu’elle finisse par monter .l’étage. Elle n’arrive pas à se lever. Si elle ne les a pas tués, ce sera pire encore. Elle devra toute sa vie supporter le poids d’avoir une nuit entière pensé mettre fin à la vie de ses enfants, puis à la sienne. Même si la sienne n’a plus aucune importance. »

À propos de l’auteur
Jean-Luc Seigle est dramaturge et auteur de romans parmi lesquels, aux éditions Flammarion, En vieillissant les hommes pleurent (Grand Prix RTL /Lire 2012) et Je vous écris dans le noir (Grand Prix des Lectrices de Elle 2016). (Source : Éditions Flammarion)

Site Wikipédia de l’auteur 

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La zone des murmures

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En deux mots:
Deux collègues de travail décident de quitter leur agence Web pour un week-end dans le Sud de la France. Là-bas, il seront confrontés à une contrée hostile et à leurs traumatismes familiaux. À moins que leur imagination ne leur joue des tours…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

La zone des murmures
Nathacha Nisic
Éditions TohuBohu
Roman
296 p., 20 €
EAN : 9782376220220
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris ainsi que dans le Sud de la France, notamment dans le hameau du Poil, après un voyage passant par Aix-en-Provence.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Signalement : Femme de type européen, âgée de 42 ans au moment de sa disparition, 1,69 m, 53 kg, corpulence fine, yeux gris-verts, cheveux bruns et longs.
Dans La zone des murmures, roman labyrinthe, une femme disparaît en haute montagne.
Le temps d’un week-end, Lise et Frankie, s’aventurent dans une zone escarpée, sans réseau ni hôtel de charme, afin de faire le point, par la même occasion affronter leurs démons. Avec cette question éternelle: qu’est-ce qui est réel ?
« On aura beau fabriquer des drones silencieux capables d’imiter le vol de la chouette et de se déplacer dans le noir entre les branches, il reste difficile de trouver une fin dans la nuit. Même si c’est dans le noir que j’entends le mieux ta voix, que tes mots s’éclaircissent et qu’il me semble enfin te comprendre. Je rêve encore de paysages vallonnés, de cimes, d’appels d’air, de ciel sans fin à bord d’un ULM… Je rêve de dragons volants et d’oiseaux aux grandes ailes plates qui me transporteraient jusqu’à toi. Je rêve d’arcs-en-ciel dessinés à la craie, d’orages noirs et de déserts de pierre… d’un piano muet et de vampires rassasiés sous la pluie… de ta mort sous forme de légende. Le jour revient, et le doute avec. »

Ce que j’en pense
Natacha Nisic nous propose un étonnant voyage dans La zone des murmures. Le genre d’épopée riche en surprises et qui, vers la fin du livre, risque de vous étonner bien au-delà des péripéties que vous avez déjà partagé avec Frankie et Lise. Vous voilà par conséquent condamnés à ne pas lâcher le livre jusqu’à cet épilogue pour en goûter tout le sel. À moins que vous ne soyez un lecture très attentif, soucieux de compter les petits cailloux qui sèment la route et forment autant d’indices.
Et comme je suis bon joueur, je vous indique que le premier de ces indices arrive avant même que les deux collègues ne décident de passer un weekend dans le Sud de la France, histoire de se changer les idées. Car leur quotidien se passe dans des bureaux, figés derrière l’écran de leur ordinateur. Leur mission est de développer un logiciel qui rassemblera un maximum de données sur les internautes afin de leur proposer de continuer à vivre virtuellement après leur mort.
« – Nous partons du présent pour aller le plus loin possible dans le passé. Et pas l’inverse. Nous fouillons la mémoire des gens et nous la stockons jusque dans leur tombe… Je cherche à recruter quelqu’un dans ce sens: préparer l’avenir. Qu’en pensez-vous ?
– Les gens sont prêts à tout pour ne pas oublier.
Cette phrase, je l’avais préparée; j’en étais même un peu fier. Mais le boss m’a repris, revêche.
– L’essentiel, c’est qu’ils soient prêts à payer. Raquer pour leurs souvenirs en prévision d’obsèques multimédias, vous comprenez?
– Oui.
– Bon, ça c’est facile… Mais le top, oui, vous m’entendez bien, ne croyez pas que je cherche à vous la faire à l’envers, oui le top c’est que les morts continuent à vivre et qu’on puisse les voir vieillir encore et encore; c’est pourquoi ces données sont précieuses et c’est grâce à cet historique que nous allons créer ensemble la mémoire du futur. En inversant le passé…
Animer les visages, les vieillir éventuellement, tout comme les corps, à l’aide d’un logiciel révolutionnaire et d’outils perfectionnés incluant la voix de synthèse. Arrêtez-moi si ce n’est pas clair… »
On comprend dès lors le besoin que l’on peut ressentir de s’aérer la tête. Et même si Lise n’est pas la petite amie de Frankie, elle accepte de l’accompagner dans son expédition. Mais au lieu du farniente qu’elle avait imaginé, c’est à une vraie épreuve qu’elle va se trouver confrontée. Leur voiture de location disparaît, le hameau qu’ils essaient d’atteindre n’est plus qu’une ruine, sans habitants – ou presque – sans électricité, sans moyens de communication. Une zone blanche.
Une situation de crise, on le sait, est propice à révéler les personnalités, à exacerber les sentiments ou encore à pousser à davantage de confidences et, dans le meilleur des cas, à plus de solidarité. Frankie va ainsi révéler qu’il a mis ses talents d’informaticien au service d’un programme permettant de reconstituer une voix, histoire de retrouver le message de sa mère, disparue après une course en montagne. Le choix du hameau de Poil n’est pas non plus fortuit.
Au fur et à mesure que se déroule l’écheveau, le lecteur va en apprendre davantage. L’expérience de survie en milieu hostile cristallisant les espoirs et les peurs.
Avec un joli sens de la construction, Natacha Nisic confronte l’angoisse des deux randonneurs à celle que l’on peut éprouver face aux dérives de la technologie :
« à l’ère de l’enquête en ligne, des serial hackers et d’avatars criminels aux profils multiples, de la traque numérique via la géolocalisation, le digital et les réseaux sociaux. Les cookies ne se mangent plus; ils nous surveillent. »
Virtuel, réel : difficile de dire qui aura le dernier mot. Et c’est tant mieux pour le lecteur!

Les critiques
Babelio
Blog Au bonheur de lire 
Blog Voix de plumes
Blog Au chapitre


Natacha Nisic présente La zone des murmures © Editions TohuBohu

Les premières pages du livre
« Nous sommes partis, cheveux au vent et la fleur au fusil, laissant derrière nous, à Paris, tous nos objets connectés. J’ai juste emporté un appareil photo numérique, qui ne sert qu’à prendre des photos et à rien d’autre, et qui se recharge avec une batterie, à l’électricité ; je l’ai trouvé chez Frankie.
Dépourvue de tout autre appareil électronique et en particulier de téléphone, je me sentais bizarrement vulnérable. Davantage concentrée sur ce que je faisais, attentive à chacune de mes actions ainsi qu’aux directions à prendre, je répétais chaque geste, regardais autour de moi comme si j’étais sous surveillance. N’ayant plus droit à l’erreur ni à la distraction, je reprenais en quelque sorte possession de mon corps devenu par les circonstances autonome. Retrouver Frankie à la gare m’a rassurée. Je pouvais enfin me laisser aller, déployer mes pensées… Je lui ai renvoyé son sourire avec joie.
On a pris le train lent jusqu’à Aix-en-Provence, loué une voiture basique, la moins chère ; un modèle économique à essence, peinture blanche, qui nous attendait à l’emplacement G21250. Nous avons dû marcher dans un parking ouvert, au soleil.
– Le seul problème, a dit Frankie en fixant l’horizon où se découpaient les montagnes, ce sera de trouver une station pour faire le plein. »

Extrait
« Une voix s’éleva dans la pièce, couvrant les murs fissurés d’une tendre mélancolie: « Bonjour mon chéri, c’est maman. J’espère que tu vas bien… Bon, juste pour te dire que je suis partie quelques jours en haute montagne. J’adore cet endroit, c’est magique… Le ciel est très pur ici. Je t’embrasse fort. »
Lise me regardait sans comprendre. je me lançai dans une explication en douceur:
– C’est le dernier message que j’ai eu de ma mère. Elle était institutrice lorsqu’on habitait au Poil. Elle a disparu du jour au lendemain sans plus jamais donner de nouvelles. J’avais effacé son message de mon téléphone mais, avec le temps, je m’en suis souvenu, mot pour mot. Grâce aux logiciels de l’agence, j’ai réussi à reproduire sa voix et à reconstituer son message.
J’insistai sur le mot pour mot. Inquiète, Lise se mit à frissonner. Je poursuivis en contemplant ses ongles peints en jaune:
– Excuse-moi, ce n’est pas le bon moment pour te raconter tout ça, mais tu me demandais ce que je faisais dans cette boîte…
Lise ne réagit pas; elle devait être encore sous le choc de la tempête qui avait éclaté au bureau en fin d’après-midi. »

À propos de l’auteur
Natacha Nisic vit à Paris. Lors de ses études de Littérature Générale et Comparée, elle rédige un mémoire de maîtrise sur le thème du surhomme (chez Nietzsche, Fante et Dali). Elle traduit le roman d’un auteur serbe, Rastko Petrovic, pour les éditions L’Âge d’Homme. Le premier roman de Natacha Nisic, intitulé La tentation de Lazar, mettant en scène un anti-héros, paraît chez le même éditeur en 1998.
Suivront Le tatouage d’Eléonore, un texte plus onirique au Castor Astral ; Incendie et Une vague odeur de tabac froid chez Calmann-Lévy. Elle quitte la toile pour retourner au papier avec La zone des murmures, son cinquième roman publié aux éditions TohuBohu. (Source : http://www.natachanisic.com/)

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L’été en poche (48)

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Nous

En 2 mots
Avant la rupture de son couple, Douglas parvient à persuader sa femme et son fils d’entreprendre le Grand Tour qu’il a préparé. Ces dernières vacances en famille, à parcourir l’Europe pourraient tout changer…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Philippe Chevilley (Les Echos)
« Dès le premier des 179 courts chapitres de « Nous », David Nicholls a ferré son lecteur : écriture nerveuse, humour british, promesse d’un voyage cocasse et mouvementé. On se demande pourtant comment l’auteur du best-seller « Un jour  » va nous tenir en haleine pendant cinq cents pages, à partir d’un argument aussi banal – un couple qui bat de l’aile et leur fils ado en crise. »

Vidéo


David Nicholls nous en dit plus sur Douglas, Connie et Albie, les personnages de « Nous ». © Production Place des Editeurs

Deux hommes de bien

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coup_de_coeurEn deux mots :
A la fin du XVIIIe siècle, eux membres de l’Académie royale d’Espagne partent pour Paris afin d’acquérir une Encyclopédie complète. Mais cette mission est semée d’embûches

Ma note :
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Deux hommes de bien
Arturo Pérez-Reverte
Éditions du Seuil
Roman
traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli
512 p., 22,50 €
EAN : 9782021288049
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Espagne, principalement à Madrid, puis sur les routes qui relient la capitale espagnole à Paris. La partie principale du livre est située dans la capitale française et ses environs avant le voyage retour vers Madrid.

Quand?
L’action se situe à la fin du XVIIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la fin du XVIIIe siècle, deux membres de l’Académie royale d’Espagne sont mandatés par leurs collègues pour se rendre à Paris et en rapporter les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, hommes de bien intègres et courageux, entreprennent alors de Madrid à Paris un long voyage semé de difficultés et de dangers. Par des routes infestées de brigands, faisant halte dans des auberges inconfortables, les deux académiciens arrivent à Paris, où ils découvrent avec étonnement les rues de la capitale française, ses salons, ses cafés, ses librairies, ses mœurs libertines et ses agitations politiques. Mais très vite, leur quête de l’Encyclopédie se révèle d’autant plus difficile que l’édition originale est épuisée et qu’une partie de l’Académie espagnole, opposée à l’esprit des Lumières, a lancé à leurs trousses un espion chargé de faire échouer l’entreprise.
Nourri de réalité et de fiction, habité par des personnages ayant existé ou nés de l’imagination de l’auteur, Deux hommes de bien est un merveilleux roman d’aventures et un éloge de ce qui fut la plus grande entreprise intellectuelle du XVIIIe siècle. Mais c’est aussi, dans la reconstitution minutieuse et passionnante d’un Paris prérévolutionnaire plus vivant que jamais, un hymne à l’amitié et un bel hommage à Don Quichotte d’un écrivain profondément épris de la France.

Ce que j’en pense
Quel bonheur de lecture! Il y a tout ce que j’aime dans ce roman : une trame historique véridique, un clin d’œil appuyé à quelques monuments de la littérature, de l’aventure et du suspense, l’arrivée du romancier dans son roman et quelques pistes de réflexion sur l’évolution actuelle de notre vieille Europe.
C’est un régal de suivre les émissaires de l’Académie royale d’Espagne de Madrid à Paris. Un voyage commandé afin de ramener un exemplaire de l’Encyclopédie. Mission périlleuse pour don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, à la fois pour des raisons logistiques – le trajet et long et les routes ne sont pas très sûres – et pour des raisons politiques. Car dans l’Espagne de l’Inquisition tous les membres de la prestigieuse Académie n’apprécient pas cette décision et cet ouvrage qui remet en cause un certain nombre de dogmes, le poids de la religion catholique et le pouvoir absolu: « Il n’y a en Espagne ni penseurs ni philosophes originaux. L’omniprésente religion empêche leur épanouissement. Il n’y a pas de liberté… Quand elle nous vient de l’extérieur, c’est à peine si nous la touchons du doigt, de peur de nous brûler. (…) Ici, en terre d’Espagne, c’est une folie de suggérer à un peuple inculte et violent qu’il peut disposer de lui-même comme il l’entend. De telles extrémités menacent le sort des rois. »
Face à la dimension sacrilège de l’entreprise, Manuel Higueruela et Justo Sánchez Terrón chargent un bandit sans scrupules d’empêcher le succès de l’expédition par tous les moyens qu’il jugera utile. Le redoutable Pascual Raposo va suivre le carrosse qui emmène les deux hommes jusqu’au moment le plus adéquat pour mettre fin à leur mandat. Toutefois, il se rend vite compte que sa mission pourrait se transformer en un voyage d’agrément. Car à Paris nos deux hommes vont se heurter à un gros problème: il n’existe quasiment plus d’édition originale de l’Encyclopédie, interdite, tout juste des copies incomplètes. Mais le bibliothécaire et le militaire retraité n’entendent pas baisser les bras et cherchent de l’aide dans les cafés et les cercles littéraires. Un peu déroutés par les mœurs parisiennes, ils vont se voir tour à tour confrontés à un épisode des Liaisons dangereuses (comment résister à une entreprise de séduction menée dès potron-minet dans une alcôve entièrement dédiée à l’amour) puis à un autre des Trois Mousquetaires (clin d’œil dans le clin d’œil, c’est Choderlos de Laclos qui est témoin du duel organisé un peu à l’écart des Champs-Elysées). Sans oublier le grand Cervantès que l’auteur célèbre tout au long du livre en faisant de son amiral une sorte de Don Quichotte qui se battra jusqu’au bout pour son rêve et de son bibliothécaire un Sancho Panza aussi fidèle et naïf que son modèle. Voilà comment on finit par mettre la main, après moult péripéties, sur la «vraie» Encyclopédie.
Comme toujours avec Arturo Pérez-Reverte, on se retrouve immergé dès les premières lignes dans les lieux et dans l’époque. Grâce à un travail considérable de documentation qui pousse quelquefois le romancier à prendre lui-même la route pour vérifier un itinéraire ou la plausibilité d’une rencontre, il est aisé de lire ce livre comme si l’on était devant un film. Mieux même, aux images et aux sons viennent quelquefois s’ajouter les odeurs.
Une autre trouvaille complète cette belle épopée, dont il serait dommage de révéler la fin, l’arrivée du narrateur-écrivain en train d’écrire le livre. Dans un entretien accordé au magazine Lire en mai dernier, l’auteur du Capitaine Alatriste a expliqué comment lui est venu cette idée: «J’ai d‘abord conçu le roman de façon linéaire, mais j’ai vite remarqué que la matière était parfois trop aride, trop complexe. Au bout de soixante-dix pages, j’ai compris qu’il fallait changer la structure pour pouvoir opérer des ruptures, des sauts temporels. L’introduction du narrateur était alors nécessaire. Après, on pourrait bien sûr croire que ce narrateur est Arturo Pérez-Reverte, mais comme pour le reste, la plupart de œ qu’il dit est entièrement faux».
L’effet est saisissant, «Le lecteur a l’impression gratifiante qu’il est en train d’assister â la création du roman, mais ce n’est qu’un autre roman!» Un roman brillant qui, j’en prends le pari, vous emportera…

Autres critiques
Babelio 
Paris-Match (François Lestavel)
La Croix (Bruno Frappat)
Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie (Ramón Marti Solano)
Libération (Frédérique Roussel)
Le Temps (Mireille Descombes)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Tête de lecture
Blog La Bibliothèque de Delphine-Olympe
Blog Enfin livre ! (Nicole Volle)


Arturo Pérez Reverte présente son livre dans «La Grande librairie» de François Busnel © France 5

Les premières pages du livre

Extrait
« – Je rappelle en toute cordialité à don Manuel Higueruela, intervient le directeur avec son tact habituel, que la permission d’apporter l’Encyclopédie dans cette Académie nous a été accordée par notre clergé grâce aux judicieuses démarches de don Joseph Ontiveros… Le Saint-Office a décidé en connaissance de cause que ces volumes, qu’il ne serait sans doute pas prudent de placer entre les mains de personnes non averties, peuvent être lus par messieurs les académiciens sans préjudice pour leur âme ni pour leur conscience… N’est-ce pas exact, don Joseph ?
– Rigoureusement, confirme l’interpellé.
– Poursuivons donc, dit le directeur en regardant la pendule murale. Si vous le voulez bien, monsieur le secrétaire ? Celui-ci cesse d’écrire, lève les yeux du livre des actes et les promène sur l’assemblée tout en réajustant ses lunettes sur son nez.
– Nous allons, dit-il, procéder au vote pour élire les deux académiciens qui iront à Paris afin d’en rapporter avec eux les vingt-huit volumes de l’Encyclopédie, conformément à la décision prise en séance plénière. »

À propos de l’auteur
Arturo Pérez Reverte est né à Carthagène, Espagne, en 1951. Il a été reporter de guerre pendant plus de vingt ans. Avec quinze millions de livres vendus dans le monde entier et traduits dans quarante langues, plusieurs de ses romans adaptés au cinéma et à la télévision, il est l’auteur espagnol le plus lu. Aujourd’hui il partage sa vie entre la littérature et la navigation. Il est membre de l’Académie royale d’Espagne. (Source : Éditions du Seuil)

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Géopolitique du moustique

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En deux mots:
Après avoir exploré le coton, l’eau et le papier, Erik Orsenna poursuit ses voyages didactiques en s’attaquant cette fois au moustique. Un combat perdu d’avance, ou presque, mais qui n’en demeure pas moins passionnant.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Géopolitique du moustique
Erik Orsenna / Isabelle de Saint-Aubin
Fayard
Essai
288 p., 19 €
ISBN: 9782213701349
Paru en mars 2017

Où?
Poursuivant ses traités sur la mondialisation, l’auteur nous entraîne sur presque tous les continents, de Guyane au Cambodge, en passant par la Chine, le Sénégal, le Brésil et la France, sans oublier la forêt Zika en Ouganda.

Quand?
Si les reportages sont actuels, de nombreuses références historiques nous entraînent vers le passé tout au long de l’ouvrage.

Ce qu’en dit l’auteur
« Les moustiques viennent de la nuit des temps (250 millions d’années), mais ils ne s’attardent pas (durée de vie moyenne : 30 jours). Nombreux (3 564 espèces), volontiers dangereux (plus de 700 000 morts humaines chaque année), ils sont répandus sur les cinq continents (Groenland inclus).
Quand ils vrombissent à nos oreilles, c’est une histoire qu’ils nous racontent : leur point de vue sur la mondialisation.
Une histoire de frontières abolies, de mutations permanentes, de luttes pour survivre, de santé planétaire, mais aussi celle des pouvoirs humains (vertigineux) qu’offrent les manipulations génétiques. Allons-nous devenir des apprentis sorciers ?
Toutefois, ne nous y trompons pas, c’est d’abord l’histoire d’un couple à trois : le moustique, le parasite et sa proie (nous, les vertébrés).
Après le coton, l’eau et le papier, je vous emmène faire un nouveau voyage pour tenter de mieux comprendre notre terre. Guyane, Cambodge, Pékin, Sénégal, Brésil, sans oublier la mythique forêt Zika (Ouganda) : Je vous promets des surprises et des fièvres !
Pour un tel périple dans le savoir, il me fallait une alliée. Personne ne pouvait mieux jouer ce rôle que le docteur Isabelle de Saint Aubin, élevée sur la rive du fleuve Ogooué, au cœur d’un des plus piquants royaumes du moustique. » Erik Orsenna

Ce que j’en pense
Erik Orsenna est un vulgarisateur hors-pair. J’imagine qu’il pourrait même rendre l’analyse d’un bottin téléphonique passionnante. Fidèle au modèle qu’il a conçu pour nous expliquer la mondialisation et avec lequel il nous a successivement raconté le parcours d’une balle de coton, suivi le trajet de l’eau ou encore la fabrication du papier, il a cette fois choisi un animal comme figure de proue de la mondialisation: le moustique. À suivre notre académicien avide de savoir, on comprend très vite le potentiel formidable de cet insecte aussi minuscule que terrifiant.
Quelques chiffres suffisent du reste à illustrer la dimension du problème. En 2015, les moustiques ont causé la mort de plus de 800000 personnes, alors que la même année les conflits humains ont tué 580000 personnes. Même un bestiaire à la Prévert qui rassemblerait requins, lions, crocodiles, serpents, chiens, ours ou autres prédateurs n’arriverait pas à la cheville de ces insectes. Au tableau de chasse du moustique on répertorie les victimes du paludisme, de la dengue, du Zika, de la fièvre jaune, du chikungunya pour ne prendre que les parasites et virus les plus connus que transmettent ces espèces qui n’ont sans doute pas encore été toutes découvertes.
C’est dire le potentiel de nuisance de ces minuscules bestioles. C’est dire aussi combien le combat mené sur tous les continents est vital. Avec l’aide et la caution d’Isabelle de Saint-Aubin, Erik Orsenna peut se lâcher et entraîner le lecteur dans cette guerre à l’issue très incertaine, dans un combat où les plus malins ne sont pas forcément ceux qu’on croit (l’adaptabilité des moustiques aux pièges qu’on leur tend est phénoménale), dans une stratégie battue en brèche par le tourisme et les voyages qui rendent possible – voire inéluctable – l’invasion de nouvelles espèces dans des régions jusque-là préservées. Le cas du moustique-tigre en est un exemple révélateur.
Très didactique, l’ouvrage est construit sur une série de voyages et d’entretiens qui en le rendent aussi passionnant à lire qu’un roman. Découpé en trois grandes parties, il commence par dresser le portrait des moustiques (Qui sont-ils ?) avant de partir sur leurs traces (Où sont-ils ?) puis de détailler les recherches en cours (Comment s’en débarrasser?). Si le but du livre n’est pas de gâcher les vacances du lecteur, il faut bien reconnaître que les différentes techniques d’éradication, des recettes de grand-mère aux techniques utilisant la génétique, montrent toutes leurs limites.
Puis-je me permettre de vous suggérer l’achat d’un moustiquaire avant d’attaquer cet essai passionnant ? Car si vous avez besoin d’être rassurés, je ne vois guère que cette solution. Le très intéressant dossier complémentaire mis en ligne par l’Institut Pasteur n’étant pas vraiment susceptible de vous rassurer, au moins à court terme. Bzzzz, bzzzz !

Autres critiques
Babelio 
Paris-Match (Catherine Schwaab)
L’Express (Marianne Payot)
Le JDD (Bernard Pivot)
La Croix (Denis Sergent)
Le Point (Violaine de Montclos)
Blog Errances immobiles 


Erik Orsenna présente son livre « Géopolitique du moustique. Petit précis de mondialisation IV » (Fayard)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Si certains parviennent tant bien que mal à la cinquantaine, la plupart d’entre eux, à commencer par les moustiques, ne vivent pas longtemps. En d’autres termes, ils ne sont pas embarrassés par leurs vieux. À peine ont-ils at teint la pleine force qu’ils ont la décence de mourir pour laisser la place aux jeunes. On pourrait objecter qu’ils perdent ainsi en expérience. Ce manque est pallié par leur très longue présence sur la Terre : en quatre cents millions d’années, certes on prend son temps, mais on s’adapte à tout !
Quand la dynamique de l’espèce l’emporte sur la revendication de l’individu, il y a gros à parier que la vitalité générale y gagne. »

À propos de l’auteur
Erik Orsenna est l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), de Longtemps, de Madame Bâ et de Mali, ô Mali. Il a écrit aussi des petits précis de mondialisation, dont Voyage aux pays du coton (2006), et deux biographies, l’une consacrée au jardinier de Louis XIV, André Le Nôtre, Portrait d’un homme heureux (2000), et l’autre à Louis Pasteur, La Vie, la Mort, la Vie (2015). On lui doit également cinq contes célébrant la langue française dont La grammaire est une chanson douce (2001). Entré à l’Académie française en 1998, il occupe, sans légitimité aucune, le siège de Louis Pasteur et d’Émile Littré. (Source : Editions Stock)

Site internet de l’auteur 
Page Wikipédia de l’auteur

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L’été en poche (2)

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L’île du Point Némo

En 2 mots
Jean-Marie Blas de Roblès nous livre ici un superbe hommage aux romans d’aventure et de suspense qui ont bercé sa jeunesse en nous permettant de repartir pour une expédition qui convoque tous les maîtres du genre. On se régale à suivre un groupe de personnes originaux sur la trace du voleur du plus gros diamant du monde.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières pages du livre


Les premières pages du livre lues par l’auteur © Production Editions Zulma

L’avis de… Marianne Payot (L’Express)
« C’est un festival, une odyssée au coeur de la fiction, à laquelle le lecteur, dans son éternelle jeunesse, ne peut qu’adhérer s’il accepte de se laisser embarquer dans un futur antérieur de belle facture, non dénué de réflexions sur le pouvoir, la littérature, Internet… »

Vidéo

Rencontre avec Jean-Marie Blas de Roblès pour L’Île du Point Némo © Production Transfuge Magazine.

Le souffle des feuilles et des promesses

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En deux mots
La sudiste Hallie Erminie rêve d’une carrière d’écrivain. Soutenue par Post Wheeler, elle va réussir à s’imposer sur la scène littéraire. Un triomphe éditorial qui va toutefois s’accompagner d’une frustration sur le plan sentimental. Jusqu’où peut-on être une femme libre en cette fin de XIXe siècle? La réponse dans cette biographie romancée.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Le souffle des feuilles et des promesses
Sarah McCoy
Éditions Michel Lafon
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anath Riveline
333 p., 21,95 €
EAN : 9782749932644
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule principalement aux Etats-Unis, au Kentucky, à Post Oak, Hopkinsville, LaFayette, Louisville, Cincinnati, New York, Atlantic City, Washington, San Francisco, Seattle ou encore à St. Michael, Independence City, Dawson City et Eldorado, Alaska. Des voyages en Europe y sont également évoqués, à Liverpool, Londres, Beaulieu-sur-Mer

Quand?
L’action se situe au tournant des XIXe et XXe siècles.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une magnifique histoire d’amour qui traverse le temps et les continents.
Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère qui adore écrire. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de XIXe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé qui durera une dizaine d’années, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre ou la France. Tandis que Hallie Erminie rencontre le succès grâce à ses livres, Post Wheeler se destine finalement à une carrière politique. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens grandissent mais le destin semble peu enclin à les réunir. Oseront-ils s’avouer leur amour?

Ce que j’en pense
Après Un goût de cannelle et d’espoir et Un parfum d’encre et de liberté, voici le troisième roman de Sarah McCoy à paraître en France. Le souffle des feuilles et des promesses devrait connaître le même succès que les deux premiers, quand bien même la thématique et l’époque n’ont rien de commun. En revanche la plume de l’auteur, en particulier son habileté à dépeindre une atmosphère, continue à faire merveille.
Nous sommes cette fois au Kentucky à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire au moment où les sudistes tentent de se remettre du douloureux et fratricide épisode de la Guerre de sécession. Dans la famille Rives, le conflit a aussi laissé des traces, puisque le chef de famille – issu d’une grande famille de Virginie – était du côté des Confédérés et a passé près de deux ans dans un camp de prisonniers. Ce qui explique sans doute la méfiance de sa fille Hallie Erminie pour les Yankees et sera aussi une source d’inspiration pour son œuvre romanesque.
Car si sa famille voit la jeune fille au centre de ce livre occuper un poste administratif au sein de sa compagnie de tabac, elle rêve à une carrière d’écrivain. Comme sa cousine Amélie, filleule du général Robert E. Lee, qui connaît un joli succès en tant que poétesse et romancière.
Sarah McCoy remonte jusqu’à sa prime enfance pour démonter les ressorts de sa vocation et va nous offrir de la suivre au fil des années, parallèlement à sa vie amoureuse. Car l’une et l’autre sont intimement liées.
Mais avant d’aller plus loin, il convient de dévoiler ici que ce roman est en fait une biographie romancée de Hallie Erminie Rives et de Post Wheeler. Leurs parcours respectifs sont si riches de péripéties que l’auteur n’aura quasiment pas eu à romancer le récit pour lui donner du souffle.

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Post Wheeler et Hallie Erminie Rives © Library of Congress

On voit d’un côté la jeune fille partant pour New York avec son manuscrit sous le bras et faisant la tournée des éditeurs, sûre de son talent. Après avoir essuyé plusieurs refus et étant sur le point de renoncer, elle réussit pourtant à être publiée, même si son premier roman lui vaut un scandale… bienvenu. Car si la presse s’empare de son livre, cela fait grimper les ventes. L’éditeur se frotte les mains, la jeune fille ose à peine rentrer chez elle. Mais une fois la tempête passée, elle va s’atteler à un nouveau livre et pourra compter sur l’aide de Post Wheeler et son réseau. Elle le rencontre à New York et tombe sous son charme, même si son côté donneur de leçons l’exaspère. Du reste ce Yankee a publié une sorte de guide du célibataire et entend bien continuer à profiter de sa liberté, même si la jeune femme le trouble sans doute autant qu’elle est troublée.
Commence alors un jeu subtil, chassé-croisé amoureux durant lequel chacun des deux n’osera franchement dire ce qu’il a sur le cœur. Quiproquo, maladresse, non-dit : toute la gamme y passe, y compris une longue séparation, Hallie Erminie partant pour l’Europe tandis que Post part chercher de l’or en Alaska. Ne gâchons pas votre plaisir, cher lecteur, à dévoiler les épisodes qui suivent. Contentons-nous de cette citation qui décrit bien l’état d’esprit de l’écrivain qui court de succès en succès: « J’avais vingt-huit ans et je n’en pouvais plus de décrire des passions sans jamais y avoir goûté. J’étais un imposteur, impatiente que l’on me prenne mon honneur. »
Pour le reste, vous pouvez faire confiance à Sarah McCoy et au pouvoir envoûtant de son écriture!

Autres critiques
Babelio 
Blog Figures de style

Extrait
« Après des années d’absence, il débarque chez moi, dans le Kentucky. Il m’assure qu’il m’a trouvé une maison d’édition et disparaît aussitôt. Il traverse l’Atlantique pour me voir et me cloue sur place avec ses provocations. Je lui remets mon dernier roman et il s’agace de ma vitesse à lui rendre le travail qu’il a lui-même réclamé ! »

A propos de l’auteur
Sarah McCoy vit au Texas, où elle donne des cours d’écriture à l’université, tout en se consacrant à ses romans. Après Un goût de cannelle et d’espoir, best-seller international, et Un parfum d’encre et de liberté, Le Souffle des feuilles et des promesses est son troisième ouvrage publié en France. (Source : Éditions Michel Lafon)

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