L’été en poche (48)

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Nous

En 2 mots
Avant la rupture de son couple, Douglas parvient à persuader sa femme et son fils d’entreprendre le Grand Tour qu’il a préparé. Ces dernières vacances en famille, à parcourir l’Europe pourraient tout changer…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Philippe Chevilley (Les Echos)
« Dès le premier des 179 courts chapitres de « Nous », David Nicholls a ferré son lecteur : écriture nerveuse, humour british, promesse d’un voyage cocasse et mouvementé. On se demande pourtant comment l’auteur du best-seller « Un jour  » va nous tenir en haleine pendant cinq cents pages, à partir d’un argument aussi banal – un couple qui bat de l’aile et leur fils ado en crise. »

Vidéo


David Nicholls nous en dit plus sur Douglas, Connie et Albie, les personnages de « Nous ». © Production Place des Editeurs

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Maman est en haut

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En deux mots:
Cerise est à la croisée des chemins. Séparée de son mari, elle tente de mener à bien l’éducation de ses deux enfants, gérer une mère fantasque et envisager une nouvelle orientation professionnelle.

Ma note
etoileetoileetoile (bien aimé)

Maman est en haut
Caroline Sers
Éditions Buchet-Chastel
Roman
252 p., 15 €
EAN : 9782283030042
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris ainsi qu’en province, à Garges-lès-Souilly. Des week-ends dans une maison du Limousin y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cerise, la quarantaine bien entamée, vit seule avec ses deux enfants, supporte sa mère, a des élans hypocondriaques, se demande si elle ne devrait pas changer de boulot et, dans les moments extrêmes, ouvre une bouteille de blanc pour réfléchir.
Un matin, lors du traditionnel appel téléphonique agressif de sa mère, elle perd le fil de la conversation et n’écoute plus. Pourtant quand Marie lui assène « J’ai eu raison, n’est-ce pas ? », prise de court, elle acquiesce. Le soir même, c’est la gendarmerie qui la contacte : sa mère est en garde-à-vue, mais ils refusent d’en dire plus. Qu’a-t-elle bien pu faire, encore ?
Pendant les quelques semaines qu’il lui faudra pour comprendre, Cerise traverse d’autres turbulences : retour de son ex-mari avec une bien curieuse proposition, changement de direction et débarquement de « jeunes » dans l’entreprise où elle travaille.
Maman est en haut : dans le nord ; perchée depuis des années ; en haut de l’arbre généalogique. Une position idéale pour lâcher quelques bombes… Question : « Où est-on mieux qu’au sein de sa famille ? » Réponse : « Partout ailleurs ! »

Ce que j’en pense
Il paraît qu’être une femme libérée, c’est pas si facile. Ce court et délicieux roman en apporte une fois de plus la preuve. Cerise a franchi le cap de la quarantaine et se retrouve à devoir gérer ses deux adolescents, Rose et Vladimir. Même si Gilles, le père des enfants, assume tant bien que mal sa part de la garde, le quotidien a tout d’un parcours du combattant, notamment depuis que Vladimir a décrété qu’il serait mieux dans son lit qu’à l’école. Si toutes les mères de famille sont confrontées à ce genre de situation, elles ne le accumulent pas comme le fait Cerise. À la rébellion du fils vient s’ajouter celle de sa mère Marie qui se retrouve en garde à vue sans que l’on veuille lui expliquer précisément pourquoi.
Reste son travail au sein de l’agence «Fun and Funer». Depuis près de quatre ans, elle eu le temps d’y faire son nid et de s’installer. Seulement voilà, son ami Jérôme qui dirige l’agence, a décidé de vendre. Une nouvelle période d’incertitude s’ouvre, même si cette session peut aussi signifier pour elle une promotion.
Et dans ce grand chambardement, voilà que son ex-mari Gilles l’invite pour une scène de réconciliation assortie d’une proposition assez originale : partager un appartement tout en restant séparés, histoire de voir si les choses ne peuvent pas s’arranger. En fait, il se retrouve dans une situation délicate et plutôt que d’être à la rue… « Les années que j’ai passées avec toi, quand j’y pense, c’est là que j’ai fait les meilleures choses. Nos enfants, notamment. J’ai cru que je devais avancer, à un moment. J’au cru qu’en changeant de vie j’allais découvrir de nouveaux horizons. Msis je me suis trompé, tu vois… J’ai envie de partager ton regard sur le monde. J’ai envie qu’on reprenne nos discussions. Comme avant. Et puis concrètement, si on s’allie, on aura des conditions de vie bien plus agréables. Tout le monde y gagnerait… »
Cerise se laissera-t-elle aller à la nostalgie ? Tombera-t-elle dans le piège ? Bien sûr que non! Car «aujourd’hui elle savait exactement ce qui lui pesait. Nul besoin de soupeser, d’examiner, de triturer ni de révéler.» Sauf qu’elle ajoute que cette manière de faire est «bien le problème.»
Almodovar aurait appelé cela «Femme au bord de la crise de nerfs». On y ajoutera quelques touches tragi-comiques et un peu de blues avant de vous conseiller ce roman d’une lecture très agréable.

Autres critiques
Babelio
Page des libraires (Sophie Vuillemard)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Encres vagabondes

Les premières pages du livre

Extrait
« – Bonjour, ici la gendarmerie de Garges-lès-Souilly. Mme Jacquemot est dans nos locaux. En garde à vue. Elle nous a demandé de vous prévenir. Inutile de venir, vous ne pourrez pas la voir. Au revoir.
Mais… mais qu’est-ce que… ?
Cerise fut coupée en pleine interrogation par la tonalité « occupé ». « Tut ! Tut ! Tut ! » Elle garda le téléphone collé à l’oreille, comme si son interlocuteur allait reprendre la ligne. La gendarmerie ? La gendarmerie ! Inutile de venir ?
Elle se laissa tomber sur le canapé, bouche bée. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire ? Mais qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire !!
Cerise oscillait entre l’inquiétude et une colère montée des profondeurs. Qu’est-ce que sa mère avait encore trouvé comme « acte militant » à deux francs cinquante pour s’attirer des ennuis ? C’était incroyable, tout de même, cette faculté qu’elle avait de semer le trouble autour d’elle ! »

A propos de l’auteur
Caroline Sers est née le 18 septembre 1969 à Tulle, en Corrèze. Une enfance puis une adolescence parisiennes lui ont donné le goût des villes, mais l’envie de nature la saisit régulièrement, et c’est en Corrèze ou dans le Gers qu’elle l’assouvit.
Les livres ont très tôt représenté un havre de paix : rien ne doit perturber celui qui lit. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

Site internet de l’auteur 

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Focus Littérature

Cœur-Naufrage

BERTHOLON_coeur-naufrage

En deux mots
Lyla a passé le cap de la trentaine et se retrouve sans réelles perspectives jusqu’au jour où Joris, qu’elle a rencontré l’été de ses seize ans, lui laisse un message. Commence alors une drôle de partie de ping-pong. Entre eux, mais aussi entre le passé et leur présent.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Cœur-Naufrage
Delphine Bertholon
Éditions JC Lattès
Roman
304 p., 20 €
EAN : 9782709658447
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, notamment sur la côte landaise.

Quand?
L’action se situe de 1998 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Certains jours, je m’attends des heures et ne me rejoins jamais. » À bientôt trente-quatre ans, Lyla est tenaillée par le sentiment de passer à côté de l’existence. Elle enchaîne les fiascos amoureux, accumule les névroses et attend, sans trop savoir quoi. Jusqu’au jour où un étrange message la ramène dix-sept ans en arrière. Cet été-là, sur la côte basque, tout allait basculer…

Ce que j’en pense
Delphine Bertholon n’a pas son pareil pour happer le lecteur, pour lui offrir un épisode-choc et, à partir de là, faire monter la tension. Dès lors, il ne pourra plus lâcher le livre. C’était le cas dans Les corps inutiles et c’est encore le cas dans son nouveau roman qui met en scène une trentenaire qui regarde la vie lui filer entre les doigts sans vraiment essayer de bousculer son quotidien de traductrice littéraire. C’est alors qu’un message sur son répondeur va la secouer. Car elle se remémore son été 1998 et ce fameux épisode-choc.
Il a lieu sur la côte landaise où elle passe ses vacances. L’ambiance n’est pas vraiment à l’harmonie et à la détente. Aussi décide-t-elle de partir en vélo sur les chemins qui bordent la plage. Un moment d’inattention plus tard et elle chute et fait sauter la chaîne du vélo. Ne parvenant pas à réparer, elle va demander de l’aide à trois jeune surfeurs âgés d’une vingtaine d’année qui l’accueillent dans leur van. La conversation s’engage, le temps passe. Du haut de ses seize ans, Lyla se la joue femme libérée. On fume, on boit. Finalement Joris décide d’accompagner Lyla jusqu’à son vélo. Au fil du livre, on va comprendre que ce qui les rapproche, c’est d’abord une aversion commune pour leurs géniteurs. Lyla ne supporte plus sa mère Elaine, Joris ne s’entend plus avec son père. La haine-père et la haine-mère comme viatique.
Ils vont tout à tour nous livrer leur version des faits, retracer leur état d’esprit, leurs émotions, leur liaison aussi brève que passionnelle.
«Je vis avec cette chose-là depuis dix-sept ans, tapie au fond des os comme une excroissance dont je suis seule consciente, une boule de douleur brûlante comme un soleil. Cette chose-là m’a construite, définie, aggravée, et le sentiment d’avoir pris la bonne décision ne rend pas le présent plus facile. »
Delphine Bertholon orchestre brillamment le chassé-croisé entre les deux protagonistes et entre les deux époques et tend leurs interrogations et leur mal-être comme un fil rouge. On sent bien que depuis leur séparation leur vie reste comme bloquée, que leur parcours est entravé. « L’absence de choix est une abomination, et ce, même si l’existence est une suite de non-choix. On aimerait croire le contraire mais, en vérité, on passe son temps à jongler entre la peste et le choléra. »
Lyla cherche dans son métier un dérivatif, trouve un soutien auprès de son amie Camille, Joris a voulu construire une vie de famille classique, épousant Camille qui tentera bien de panser sa blessure. Mais rien n’y fera. Après 17 ans, le choc est violent : « Je croyais l’avoir oubliée, mais les parfums réactivent la mémoire mieux que n’importe quoi d’autre et, à peine montée dans le véhicule, ma jeunesse tout entière me sauta à la gorge. »
Mais peut-on (re)construire une vie sur la frustration, l’attente ? Joris saura-t-il sauver ce cœur naufragé? Lyla résistera-t-elle à son (in)confort quotidien pour une nouvelle aventure incertaine ? Avec beaucoup de subtilité, l’auteur nous démontre que les choses ne sont pas figées et que les faiblesses peuvent aussi être des forces, que l’on peut passer de l’ombre à la lumière. Pour la fille dans l’ombre de sa mère, pour la traductrice dans l’ombre des auteurs dont elle adapte les textes.
Delphine Bertholon progresse livre après livre. Cœur-Naufrage en apporte la preuve éclatante!

Autres critiques
Babelio 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog T Livres T Arts
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmayer)
Café littéraire gourmand
Blog L’Insatiable (Charlotte Milandri)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Kanoubook
Blog Collibris (entretien avec l’auteur)
Blog Les Petits Livres by smallthings

Les premières pages du livre

Extrait
« À quinze ans, à seize ans, on ne peut pas mourir. On pense sans arrêt à la mort, on écrit des poèmes avec du spleen dedans, on a souvent envie de se tailler les veines, suicide au bord des lèvres. Mais en vérité, on ne peut pas mourir. À quinze ans, à seize ans, on est tellement en vie que c’est le monde entier qui crève autour de soi, dans les lumières noires des pistes souterraines.
À dix-sept ans, on aimerait tuer… Même si pour cela, il est déjà trop tard. »

A propos de l’auteur
Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce et, plus récemment, du Soleil à mes pieds et des Corps inutiles, tous parus chez Lattès. Dans Cœur-Naufrage, elle sonde le poids des non-dits dans nos trajectoires, et célèbre la beauté singulière des accidents de la vie. Elle vit à Paris, dans le 11e arrondissement. (Source : Éditions JC Lattès)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Là où tu iras j’irai

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En deux mots
Quand Isabelle part en Italie pour jouer les baby-sitter dans une riche famille, elle connaît le rôle qu’elle doit jouer : séduire le maître de maison. Mais, à l’image de sa vie, elle devra se rendre compte que si le scénario est écrit, les surprises ne manquent pas. Ou comment, de catastrophe en catastrophe, on en arrive à un roman pétillant d’optimisme.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Là où tu iras j’irai
Marie Vareille
Éditions Mazarine
Roman
378 p., 17,90 €
EAN : 9782863744284
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en Italie, sur les bords du Lac de Côme.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice comparable à celle du Titanic : prometteuse en théorie, catastrophique en pratique.
Le jour où elle refuse la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, sous prétexte qu’elle ne veut pas d’enfant, elle se retrouve à la rue, avec pour toute fortune vingt-quatre euros sur son compte en banque. Elle est alors forcée d’accepter le seul travail qu’on lui propose : utiliser ses talents de comédienne pour séduire Jan Kozlowski, un jeune veuf sur le point de se remarier.
La voilà donc partie en Italie, dans la maison de vacances de la richissime et déjantée famille Kozlowski. Seule ombre aux deux semaines de dolce vita qui se profilent : pour exécuter en toute discrétion sa mission « séduction », Isabelle devra jouer le rôle de l’irréprochable nanny anglaise de Nicolas, 8 ans, qui n’a pas prononcé un seul mot depuis la mort de sa mère cinq ans plus tôt. Isabelle est bien loin d’imaginer à quel point cette rencontre improbable avec ce petit garçon blessé par la vie va bouleverser sa vision du monde.
Une comédie pétillante, pleine d’humour et d’émotions.

Ce que j’en pense
Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, j’ai lu du Chick-lit sans le savoir. Pour ceux qui comme moi n’ont pas encore les codes de ce genre, Marie Vareille a choisi d’expliquer ce genre littéraire sur le blog créé pour la circonstance. Le chick-lit est donc «un sous-genre de la comédie romantique. Littéralement « écriture de poulette » en anglais, elle désigne un courant littéraire visant un public féminin. L’expression apparaît dans les années 1990, on la définit alors comme « fiction post-féministe », « féminisme nouvelle vague ». Les romans chick-lit mettent en scène des héroïnes de tous les jours, souvent âgées plus ou moins d’une trentaine d’années, des filles comme vous et moi qui se débattent désespérément dans un quotidien cruel semé d’embûches pour trouver leur vraie vocation et le Prince Charmant, généralement en buvant des Mojitos avec leurs copines et en courant de catastrophe amoureuse en cataclysme professionnel. »
Voici donc une pétillante illustration de ce concept, dans la lignée de glorieux précurseurs, tels que Le Journal de Bridget Jones.
Le roman s’ouvre sur une scène de rupture originale, puisqu’elle va être provoquée par trop d’amour. Quentin veut épouser Isabelle et fonder une famille, mais Isabelle a trop peur de s’engager et préfère fuir, même s’il ne lui reste que quelques euros, sa carrière – prometteuse – d’actrice n’ayant jamais vraiment décollé.
Aussi n’a-t-elle guère le choix quand on lui propose de prouver son talent en endossant le rôle d’une baby-sitter chargé de séduire Jan Kozlowski, le célèbre réalisateur qui, après des essais prometteurs, lui a refusé un rôle dans l’un de ses films. La vengeance étant un plat qui se mange froid, elle part pour les bords du Lac de Côme dans une splendide villa. Le cadre idyllique ne va cependant pas lui assurer un séjour de tout repos, car Adriana, Zoé et Nicolas entendent bien pourrir la vie de leur nouvelle gardienne. Et dans cette famille pas vraiment unie, ce n’est pas Valentina, grand-mère et sorte de gouvernante en chef, qui va lui faciliter la tâche. Il est vrai qu’elle a des raisons de se méfier de cette soi-disant diplômée de la meilleure école de nannys anglaise.
Marie Vareille se régale – et nous régale – en imaginant la succession des épisodes de ce séjour où chacun des acteurs va tenter de jouer sa partition, provoquant une joyeuse cacophonie. C’est drôle et riche de rebondissements, quitte à laisser la crédibilité de l’ensemble un peu de côté. Mais on pardonne volontiers ce petit défaut à l’auteur qui compense les invraisemblances par une belle énergie qui nous emporte vers une fin que l’on sait heureuse et que l’on finit par espérer tant on s’est attaché aux personnages qui, au fil des pages, ont pris de la densité et sont devenus des compagnons de plus en plus attachants.
Un roman gai, qui n’a sans doute pas d’autre prétention que de vous faire passer un bon moment, de vous divertir et de vous redonner le moral. Mission parfaitement accomplie!

Autres critiques
Babelio
ELLE
Le blog d’eirenamg
Blog Mille et une frasques
Blog Chez Clarabel

Les premières pages du livre


Bande-Annonce du roman feel-good « Là où tu iras, j’irai » de Marie Vareille.

Extrait
« Quentin ? Des enfants ? Il avait évoqué le sujet à quelques reprises, mais jamais Isabelle n’avait pensé qu’il était sérieux. Mal à l’aise, elle tira de nouveau sur le joint.
– On n’en est pas là de toute façon.
– Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Cinq ans ?
– Mais non… Ça fait… (Isabelle calcula sur ses doigts.) Ah oui, cinq ans, réalisa-t-elle, surprise.
– Crois-moi, c’est le genre de conversation qu’il vaut mieux avoir maintenant que dans trois ans.
– Mais tu crois vraiment qu’il en veut ? On vient d’acheter un chien…
Alexandre ouvrit un Twix et ne put s’empêcher de rire en voyant la tête ébahie de son amie.
– Mais enfin, Isabelle, tout le monde veut des enfants.
Par la fenêtre, Isabelle observa longuement Quentin et, sans prévenir, comme un rhume au mois d’août, la culpabilité la prit à la gorge.
– Non, pas moi, murmura-t-elle. »

A propos de l’auteur
Âgée de 31 ans, Marie Vareille a eu son premier coup de foudre à six ans et demi, le jour où elle a lu un roman pour la première fois. Diplômée en management de l’ESCP-Europe et de l’université de Cornell aux Etats-Unis, elle n’a pas pour autant oublié son amour des histoires et travaille quotidiennement à accomplir sa vraie vocation : rêveuse professionnelle. Écrivain un brin geek et accro à son smartphone, elle fait aussi de la communication sur le web.
Elle est l’auteur de deux comédies romantiques, Ma vie, mon ex et autres calamités (City Editions, 2014) et Je peux très bien me passer de toi (Charleston, 2015) qui a obtenu le prix Confidentielles et d’un roman jeunesse, Elia, la passeuse d’âmes (Pocket Jeunesse, 2016), couronné par le Prix du meilleur roman jeunesse du Parisien. Là où tu iras j’irai est son quatrième roman. (Source : Éditions Mazarine/ Amazon)

Site internet de l’auteur 

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Aveu de faiblesses

VIGUIER_Aveu_de_faiblesse

En deux mots
Un petit garçon est assassiné dans une petite ville du nord de la France. Yvan, 16 ans est soupçonné du meurtre puis pris dans une spirale infernale que le contraint à avouer ce crime. Un roman dont l’épilogue ne vous laissera pas indemne !

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Aveu de faiblesses
Frédéric Viguier
Éditions Albin Michel
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782226328793
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans le Nord de la France, principalement dans la ville imaginaire de Montespieux-sur-la-Dourde et à Lille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle. »
Ressources inhumaines, critique implacable de notre société, a imposé le ton froid et cruel de Frédéric Viguier dont le premier roman se faisait l’écho d’une « humanité déshumanisée ». On retrouve son univers glaçant et sombre, qui emprunte tout à la fois au cinéma radical de Bruno Dumont et au roman social. Mais au drame d’un bourg désindustrialisé du nord de la France, Frédéric Viguier ajoute le suspense d’un roman noir. Dès lors, l’histoire d’Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, accusé du meurtre de son petit voisin, prend une tournure inattendue.

Ce que j’en pense
Outre l’épilogue de ce roman dont je vous promets qu’il vous est aussi terrifiant que surprenant, le nouveau roman de Frédéric Viguier poursuit dans la veine implacable de son premier opus, Ressources inhumaines.
Nous partageons cette fois le quotidien des Gourlet, une famille française ordinaire. Le père est ouvrier dans l’une des trois dernières usines à pouvoir offrir encore du travail à la population locale, la mère est fonctionnaire à la caisse-maladie, leur aîné, Ludovic, a quitté le domicile familial pour un studio à Lille où le chômage semble devoir l’attendre. Reste Yvan, le plus jeune des enfants, né en juin 1984, qui est élève dans un lycée professionnel et envisage de devenir menuisier. C’est lui qui prend la parole pour nous offrir une tranche de cette réalité sociale qu’il est difficile d’affronter aujourd’hui, tant elle fait peur. À Montespieux-sur-la-Dourde, cette nouvelle lutte des classes prend la forme d’un lotissement récemment construit où vivent «ceux qui ont réussi» et s’isolent du reste de la population par un grillage et une société de surveillance.
Face au désœuvrement, chacun essaie de trouver la parade. Pour le père, c’est le bistrot, pour la mère c’est une collection de boîtes de fromage et de la sculpture sur beurre (qui la pousse également à offrir des menus riche en graisse à la famille) et pour Yvan, ce sont des escapades du côté de l’usine. Dans cette zone polluée, il peut notamment trouver dans les poubelles de quoi compléter la collection de sa mère. Car le jeune homme n’est guère aimé, se trouve moche et s’isole de ses collègues de classe.
De retour de l’une de ses expéditions, il voit débarquer des policiers, chargés d’une enquête de voisinage après la découverte du corps sans vie du petit Romain Barral. Sa mère ne voulant avouer qu’il fouillait les poubelles pour y dénicher des boîtes de fromage indique aux enquêteurs qu’il était allé acheter une boîte de camembert au supermarché. Un mensonge qui va pousser les enquêteurs à s’intéresser davantage à lui jusqu’à en faire un suspect. « On est partis tous les trois dans une vraie voiture de police bleue avec marqué « Police » sur les portières et le capot. (…) J’ai pensé à ma mère qui allait s’inquiéter. J’ai eu envie de pleurer en pensant à la tristesse qu’elle allait éprouver pour son fils. »
De fil en aiguille, l’implacable machine policière puis judiciaire va réussir à broyer Yvan, à l’entraîner dans une spirale infernale dont il ne pourra s’extraire. Sous la pression de l’inspecteur Grochard, Yvan fera même des aveux.
Tout l’art de Frédéric Viguier réside dans la manière très subtile qu’il a de nous livrer alors les différentes versions, de suivre la psychologie des parents, celle des différentes parties au procès et, bien entendu, l’état d’esprit du narrateur. « Un jour, j’ai pris conscience que les années avaient passé, sans que l’on me prévienne, et que le souvenir de mes espoirs de rédemption s’était estompé, au même rythme que la transformation de mon visage. »
Une construction aussi étincelante que diabolique dont j’ai déjà dit qu’elle conduira à une fin époustouflante. C’est Machiavel chez les ploucs, c’est Simenon adapté par Ken Loach, c’est à cocher dans la liste de vos prochaines lectures !

Autres critiques
Babelio 
Culturebox (Laurence Houot)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
L’Opinion (Bernard Quiriny)
La Provence (Jean-Rémi Barland)
RFI (Jean-François Cadet)
Blog Les petits livres by smallthings
Blog Encore du noir 
Le Blog de Gilles Pudlowski 
Blog Booquin 


Présentation du livre par l’auteur – Production Lecthot

Les premières pages du livre 

Extrait
« J’ai dit aux deux policiers de me suivre sans penser que c’était pour moi qu’ils venaient. J’aurais peut-être dû m’enfuir, mais est-ce que cela les aurait empêchés de me suivre ? Je me pose rarement cette question, aujourd’hui, puisque je me connais mieux, et que je sais que jamais je n’aurais eu ce courage. Même si on m’avait donné le choix, si on m’avait dit : « Voilà, ces deux policiers ne viennent pas t’interroger personnellement, mais à cause de ce que tu es, à cause de ta personnalité, ils vont s’intéresser à toi et tu ne le supporteras pas. Alors on te donne le choix, tu peux rester là ou bien t’enfuir… », je ne serais jamais parti. D’abord parce que voler des boîtes de camembert ne constituait pas un délit, puisque ma mère ne m’aurait jamais laissé faire quelque chose qui aurait eu des chances de m’envoyer en prison, et qu’ensuite je n’aurais pas eu ce genre de courage, celui de m’enfuir pour protéger ma tranquillité. »

A propos de l’auteur
Frédéric Viguier est né en 1968 à Nîmes. Il a débuté sa vie active dans une grande surface puis comme cadre dans des magasins de sports. Il monte à 35 ans sa première société, puis Univers Caves. Désormais il se consacre entièrement à l’écriture. Il est l’auteur de Ressources inhumaines qui a été sélectionné pour le prix Jean-Carrière, le prix du roman Version Femina et le Prix des lycéens.
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Elle voulait juste marcher tout droit

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En deux mots
Alice est placée en nourrice dans le Sud-Ouest de la France alors que la Seconde Guerre mondiale fait des ravages. Ce n’est qu’en 1946 qu’elle retrouve sa mère, de retour de déportation et commence à décrypter une histoire familiale qui la mènera de Paris à New York.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai vraiment beaucoup aimé)

Elle voulait juste marcher tout droit
Sarah Barukh
Éditions Albin Michel
Roman
432 p., 21,50 €
EAN : 9782226329769
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule en France, tout d’abord à Salies-de-Béarn, puis à Bénerville, Trouville, Villers-sur-Mer. Le seconde partie se passe à Paris, avant de prendre la direction des États-Unis, à New-York, Cape Cod et Boston. La guerre d’Espagne ainsi que le camp de concentration d’Auschwitz y sont également évoqués, tout comme un séjour à Budapest.

Quand?
L’action se situe de 1944 à 1947.

Ce qu’en dit l’éditeur
1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.
C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.
Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ? Avec une sensibilité infinie, Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire. Un premier roman magistral.

Ce que j’en pense
« En une semaine à peine, sa vie avait basculé. » Cette phrase, qui se trouve au milieu de ce beau et émouvant premier roman, aurait pu être utilisée à de multiples reprises, tant le destin de la petite Alice va connaître de bouleversements. Auprès de sa nourrice à Salies-de-Béarn, elle est à l’abri de la guerre, même si elle en perçoit les dangers. À l’école, elle se rend bien compte qu’elle est différente de ses copines qui ont un père et une mère. Si la stratégie du secret doit la protéger, comment une petite fille de cinq ans peut-elle se construire dans un contexte où même le fuyard qu’elle croise «n’existe pas», où le silence ne peut que la conforter dans son sentiment d’abandon. Il n’y a guère que son chaton baptisé Crème pour l’aider à supporter un quotidien aussi bizarre.
Mais c’est au moment où elle commençait à trouver ses marques qu’une dame arrive de Paris pour la chercher. Cette femme cadavérique, c’est Diane, sa mère qu’elle est obligée de suivre, comme le lui indique Mme Bajon, l’assistante sociale. À Paris, l’après-guerre est tout sauf joyeux. Les privations et souvenirs des exactions hantent les rescapés. Une fois encore, la petite fille se heurte au silence de sa mère et des juifs qui partagent l’appartement : « Katzele, ta mère a passé di tomps dans un endroit où y avait pli dé pourqva. C’était interdite. Kein Warum. Alors aujourd’vi, elle sait plis comment ripondre aux pourqva. »
Ce n’est que par bribes qu’elle comprend que la vie n’aura pas été facile, que des personnes restent portées disparues, que celles qui sont revenues sont marquées dans leur chair. Pour ressembler à sa mère, elle a un jour l’idée stupide de s’écrire un numéro sur le bras. Il lui arrive aussi de vouloir aider, pace que le «travail rend libre». Des initiatives qui choquent et font croître l’incompréhension. Peut-être qu’une prière pourra aider…
« S’il vous plaît, mon Dieu, faites que tout aille bien. Faites que ma maman m’aime. Faites que Monsieur Marcel retrouve ses filles et sa femme. Faites que mon père revienne, qu’il ne soit plus inconnu. S’il vous plaît mon Dieu, faites que l’on soit heureux et qu’on oublie la guerre. S’il vous plaît, mon Dieu, faites qu’on ait enfin une vie normale, que les choses arrêtent de changer tout le temps. »
Alice ne sera pas entendue, bien au contraire. Mme Bajon vient lui annoncer une heureuse nouvelle qui va à nouveau la déstabiliser : « Nous avons retrouvé ton père, il s’appelle Paul d’Arny, vit à New York avec le reste de sa famille, est marié à Ellen Hartfield, la fille d’un célèbre industriel spécialisé dans la boîte de conserve. »
La santé de sa mère ne cessant de se dégrader, la fille part pour New York où une nouvelle partie de son histoire l’attend…
Avec un vrai sens de l’intrigue Sarah Barukh cisèle un roman qui emporte le lecteur, à l’image de la Saga de Frank et Vautrin. Vadim, le frère de Paul d’Arny est comme
Boro, reporter photographe et croise lui aussi Robert Capa. On y retrouve aussi une quête semblable au Dernier des nôtres d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre. Souhaitons le même succès à ce premier roman que l’on placera sous l’exergue d’Honoré de Balzac. On comprend en effet très bien Alice, lorsqu’elle souligne cette phrase dans son exemplaire des Illusions perdues : « Les âmes grandes sont toujours disposées à faire une vertu d’un malheur ».

68 premières fois
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Autres critiques
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Extrait

A propos de l’auteur
Depuis l’enfance, Sarah Barukh a toujours aimé les histoires, celles qu’on lui contait ou celles qu’elle s’inventait. Elle a 36 ans, habite à Paris et a longtemps travaillé dans la communication, la production audiovisuelle et éditoriale. Elle voulait juste marcher tout droit est son premier roman. (Source : Éditions Albin Michel / Livres Hebdo)

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Mon ciel et ma terre

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En deux mots
Dans ce premier roman, autobiographique, l’actrice Aure Atika rend hommage à sa mère. Celle qui était son ciel et sa terre était aussi instable que fantasque, rongée par la drogue et par une société qu’elle ne comprend pas. Mais la force de l’amour est comme un torrent purificateur.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Mon ciel et ma terre
Aure Atika
Éditions Fayard
Roman
208 p., 18 €
EAN : 9782213687100
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule à Paris «rue de Verneuil, pas loin de chez Gainsbourg», à Faidherbe-Chaligny, à Bonnieux dans le Lubéron, à Semur-en-Auxois. On y retrace aussi des voyages à Amsterdam, à Saint-Tropez, à Deauville, à Formentera, à Avignon, en Israël, en Autriche, au lac Balaton, à Casablanca, à Bangkok.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai aimé ma mère, follement. Je l’ai cajolée, protégée. Je lui chantais des comptines de couleur, bleue, ou rose selon l’humeur, pour la rassurer. Je l’épaulais lors de ses chagrins d’amour, j’assistais, déboussolée, à ses crises de manque. J’étais parfois la mère de ma mère… Pourtant, je l’admirais plus que quiconque, je ne l’aurais à aucun moment échangé contre une autre. Maman, elle n’avait pas peur de se bagarrer avec ses pieds et ses mains, ni de claquer la porte aux nez de ses amants. Maman, elle partait en pleine nuit faire la fête, elle m’emmenait dans des dîners de grands en plein Saint-Germain des Prés, à la Coupole ou au Flore, alors que nous vivions dans de petits appartements faits de bric et de broc. Ma mère était bohème. Elle était mon ciel et ma terre. Elle était mon Ode. Tout un poème. »

Ce que j’en pense
« Aujourd’hui, tout de suite, j’en ai besoin. J’ai besoin de savoir que je viens de là et que ce chaos, ces imprévus, ces éclats sont toujours possibles. J’ai besoin de la faire vivre. Sans cela, je ne peux pas survivre ni continuer. » On sent le besoin quasi viscéral que l’auteur a eu d’écrire, de nous livrer ce portrait de femme des années 80, de rendre hommage à sa mère.
Dès les premières lignes, on comprendra toutefois que leur relation sera compliquée, que l’harmonie et la chaleur d’un foyer sera réservée aux autres. À ces familles où le père travaille, ou la mère s’occupe du ménage et s’appelle Nicole, Martine ou Odette. Chez elle, il n’y a plus de père, sinon des hommes qui ne font que passer. Chez elle Odette a cédé la place à Ode. Ode qui s’affranchit des règles, Ode qui ne dispose pas d’un manuel d’éducation, Ode… à la liberté : « Je la sens pleine d’un autre monde auquel je ne suis pas conviée, de rencontres, de rires, d’expériences… Je touche son nez, sa joue, sa bouche, mais ce n’est qu’une enveloppe vide. Elle est là sans être là. » On comprend la petite fille qui souffre face à cette béance, qui panique lorsqu’une absence se prolonge, qui s’accroche à tous les moments de complicité qu’elle peut arracher à cette mère qui brûle sa jeunesse.
Tous les épisodes qui rythment leur vie, et que Aure Atika raconte avec le regard de l’enfant qu’elle était, dressent le portrait de cette France post mai 68, quand on s’imaginait un monde sans entraves. Ode fréquente les milieux du cinéma, s’imagine photographe, part en reportage ne laissant sa fille dans une ferme du Lubéron. Elle y passera une année avec Babette, une Allemande qui lui fait prendre des douches froides, essaiera de remplir un pot de pièces d’un franc, sa récompense quand elle ne fait pas pipi au lit et cherchera durant des heures les chèvres dont elle avait la garde, avant de constater qu’elles sont rentrées toutes seules à l’étable. Ode revient et repart et face à ce maelstrom sa fille ne sait trop que faire. Chez sa copine Florence, elle se rend compte combien sa vie est éloignée de ce qu’on peut alors appeler la norme. Avec un père très présent, par exemple. Le contraste devient alors saisissant, brutal. Il ne faut que quelques lignes à Aure Atika pour éliminer le sien.
« Mon père, je l’ai revu encore trois fois. Cela aurait pu être quatre, mais, la dernière fois que cela a été possible, je n’ai pas voulu. Quand ils ont découvert son corps, les gendarmes m’ont dit qu’il était mort depuis au moins trois semaines. Je n’avais pas eu envie de voir un cadavre tout violet et bouffi. »
Vivre, c’est alors combler le vide. Quand Ode part en Inde dans un ashram pour trouver « une autre manière de penser le monde » et qu’elle reviendra avec une étagère dans laquelle elle cache un kilo d’opium («Ça va nous faire vivre un an»), on constate que c’est sa fille qui devient de plus en plus responsable. «Je lui en veux d’être aussi faible. Elle ne sert à rien. Elle me ment, elle se ment. » Sans doute est-ce à ce moment que naît l’envie de remettre de la vérité dans ce tourbillon, quitte à se faire des bleus à l’âme. Car elle veut réussir là-même où Ode a baissé les bras : « Le manuscrit des amants de ma mère est dans un coffre. Ce qui me tord déjà la bouche à l’idée de soulever le couvercle, c’est de prédire ce qui me sautera à la gueule : sa vaine quête sentimentale, son incapacité à mener ce projet d’écriture jusqu’au bout. Tout son échec. »
Et toute la réussite de sa fille qui a grandi si vite. « Comme une petite fille prend soin de sa poupée ou de sa petite sœur, je prenais soin de ma mère. » Là où d’autres auraient choisi l’amertume et la vengeance, Aure Atika choisit de combattre avec l’amour. Peu importe dans quel sens il est donné.
Si bien qu’à l’heure du bilan, de la séparation définitive, c’est ce sentiment qui demeure. Indicible, fort, bouleversant. « Elle m’a donné ce qu’elle est. Je me suis construite avec ce qu’elle m’a montré. »

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Autres critiques
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France Inter (L’Amuse-bouche – Clara Dupond Monod)
onlalu.com (Interview avec Pascale Frey)
Le JDD (Ludovic Perrin)
Marie Claire (Marie Clergeot – entretien avec l’auteur)
Gala (Mathieu Bonis)
Actualité juive (Carole Binder – entretien avec l’auteur)

Les premières lignes

Extrait
« Je veux que tout soit comme avant, qu’elle soit contre moi, mais personne ne traverse le petit bout de cour que je peux observer du haut de mes quatre ans. Je ne vois que la pierre des pavés et un arbuste sans feuilles perdu dans un gros pot près de l’entrée sombre de l’escalier B. Je reste seule, sans réponse. L’arbuste ne frémit même pas devant ma détresse.
Mon petit corps a déployé toute son énergie, je suis épuisée d’avoir pleuré et hurlé ce qui m’a semblé être des heures. Ma volonté seule ne suffit pas, mon échec me revient en pleine face. Pas un mouvement de rideaux pour me signifier que je suis entendue, pas une voix en retour. Je me sens minuscule. Compacte et si dense de désespoir, je suis comme un bloc en sanglots. Elle n’est pas là, je ne peux plus penser, plus jouer, plus vivre. Je suis finie. »

A propos de l’auteur
Aure Atika est comédienne, scénariste et réalisatrice. Elle oscille entre films d’auteur (Jacques Audiard, Abdellatif Kechiche, ou Stéphane Brizé) et productions grand public (La Vérité si je mens, ou OSS 117). Mon ciel et ma terre est son premier roman. (Source : Éditions Fayard)

Site Wikipédia de l’auteur
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Ronce-Rose

CHEVILLARD_Ronce-Rose

En deux mots
Le monde vu par Ronce-Rose ne manque pas d’originalité. La petite fille est pourtant entourée de truands, d’une sorcière et du d’un unijambiste. Mais par naïveté ou par espièglerie, elle va choisir d’affronter les problèmes avec optimisme. Joyeux, inventif, irrésistible !

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ronce-Rose
Éric Chevillard
Éditions de Minuit
Roman
144 p., 13,80 €
EAN : 9782707343161
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule en france, dans un endroit qui n’est pas cité.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si Ronce-Rose prend soin de cadenasser son carnet secret, ce n’est évidemment pas pour étaler au dos tout ce qu’il contient. D’après ce que nous croyons savoir, elle y raconte sa vie heureuse avec Mâchefer jusqu’au jour où, suite à des circonstances impliquant un voisin unijambiste, une sorcière, quatre mésanges et un poisson d’or, ce récit devient le journal d’une quête éperdue.

Ce que j’en pense
Le 39e livre d’Éric Chevillard est dans les librairies et nous offre à nouveau de plonger dans cette littérature du rien qui est aussi celle du tout, celle où le langage prévaut sur l’histoire, celle où la recherche du mot juste peut dynamiter le récit.
Après les les réflexions post-mortem d’Albert Moindre, spécialiste des ponts transbordeurs dans Juste Ciel, voici celles d’une petite fille baptisée Ronce-Rose. Si l’auteur n’a pas dû aller chercher très loin l’inspiration pour son héroïne, étant lui-même père de deux filles de six et huit ans, il a en revanche construit un scénario entre le roman d’initiation, le polar et le conte philosophique. Belle gageure relevée haut la main, notamment par le choix de laisser la parole à Ronce-Rose et à son journal intime. Car ainsi les trouvailles littéraires, la vision naïve – ou poétique – des choses peuvent éclore en toute liberté. C’est ce qu’il a expliqué à François Caviglioli dans l’Obs, dévoilant par la même occasion son projet: « Beaucoup de gens ne disent rien d’intéressant après huit ans, dit Chevillard. Ils ont eu ce génie, ces trouvailles un peu maladroites, mais l’ont oublié avec la maîtrise. L’écrivain est celui qui ne s’arrête pas à la panoplie des mots suffisants pour traverser la vie tranquillement. Il amène une contre-proposition. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire un livre pour répéter ce que tout le monde dit déjà. »
Voici donc ce monde de Ronce-Rose – piquant comme la ronce, beau comme la rose – qui est à la fois le nôtre et, à travers le regard de la petite fille, une sorte de royaume de tous les possibles. À l’exemple de la profession de Mâchefer et de son ami Bruce, qu’elle détaille ainsi : « Quand Bruce vient dîner, ensuite habituellement ils partent sur un coup avec Mâchefer, c’est leur métier. Ils travaillent avec les banques, les bijouteries, les stations-service. Ne me demandez pas exactement ce qu’ils font, mais ils sont responsables d’un large secteur et ils couvrent une large zone géographique, si bien qu’ils restent parfois absents deux ou trois jours. Ils partent avec leur voiture de fonction qui change tout le temps et je ferme à clé derrière eux. Je ne dois ouvrir à personne. Le monde est plein de brutes, dit Bruce. J’ai des provisions. De quoi tenir une semaine, mais il ne leur est jamais arrivé de partir si longtemps et il reste toujours plein de charcuterie quand ils rentrent. Tout est bon dans le cochon, c’est la seule parole d’évangile que j’aie jamais entendue sortir de la bouche de Bruce et elle y entre plus volontiers mais au moins il vit en accord avec sa foi. Il le dévore entier et il ne laisse pas d’orphelins. »
Très libre et beaucoup plus fûtée qu’on peut le croire de prime abord, Ronce-Rose est une autodidacte curieuse qui se destine à une prefession qu’elle a elle-même inventée: Ornithologue étymologiste.
C’est qu’elle aime beaucoup les expressions et les mésanges: « Toutes les expressions que je connais, c’est Mâchefer qui me les a apprises. Les autres choses aussi, parce que nous avons jugé préférable que je n’aille pas à l’école, voyez-vous. Mâchefer trouve que ce n’est pas un endroit pour les enfants. »
Avec une telle éducation, le lecteurs va se retrouver confronté à quelques mystères qui ne vont toutefois pas l’empêcher de comprendre qu’une sortie nocturne a mal tourné. Ronce-Rose découvre dans la vitrine d’un vendeur d’électro-ménager un sosie de Mâchefer sur tous les écrans de télévision avec ce titre «fin de cavale sanglante».
Dès lors quel sort est réservé à la petite fille ? Sa voisine, Scorbella la sorcière, va bien tenter de se transformer en bonne fée, mais cela ne suffira pas à ramener Mâchefer. Voilà donc notre héroïne partant à la recherche de l’homme de sa vie et de ces réponses si difficiles à trouver.
« Les questions les plus intéressantes, on n’a pas le droit de les poser. Mâchefer dit que les réponses me blesseraient, que ‘en serais meurtrie comme une pêche dans un panier de coings et qu’il vaut mieux quelquefois ne rien savoir. Mais quand je tâte mon front, c’est dur, plus un coing qu’une pêche, mon pouce ne s’enfonce pas. Je l’ai dit à Mâchefer, que je préférais quand même connaître les réponses. Il m’a expliqué qu’il ne les avait pas toutes, que beaucoup de choses restaient mystérieuses. »
Lire Chevillard est à chaque fois s’offrir une belle récréation. Évadez-vous !

Autres critiques
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En attendant Nadeau (Maurice Mourier)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Causeur.fr (Marie Céhère)
BibliObs (David Caviglioli)
Le Magazine littéraire (Pierre-Édouard Peillon)
Philosophie Magazine (Philippe Garnier)
La Vie (Anne Berthod)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)
Le Temps (Isabelle Rüf)
Le Populaire du Centre (Muriel Mingau)
Page des libraires (Hugo Latreille)

Les premières pages du livre (.pdf)

Extrait
« Et donc, je vais raconter un peu comment ça se passe. D’abord, je me réveille. Avant, bien sûr, je m’étais couchée mais je préfère raconter ça à la fin, sinon à force de remonter en arrière dans le temps je tomberai en pleine paléontologie. On les rencontre parfois, ces hommes préhistoriques, ils sont accroupis entre des ficelles tendues, ils creusent dans la boue. Nos mœurs ont bien changé. Je me réveille et Mâchefer me demande de quoi j’ai rêvé. Il veut savoir si j’ai rêvé de lui, en fait, mais comme je ne m’en souviens jamais j’invente. Les rêves aussi sont inventés, alors ça paraît vrai. J’aime bien mettre un crocodile pour que ça paraisse même terriblement
vrai et ça fait plaisir à Mâchefer parce qu’il me sauve la vie à chaque fois. Je le roule dans la farine du moulin à paroles. En fait, j’en donne quand même un peu. »

A propos de l’auteur
Éric Chevillard est né à la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1964. Il est l’auteur de plus de vingt romans. (Source : Editions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur 
eric-chevillard.net (Site réalisé par Even Doulain consacré à l’œuvre d’Éric Chevillard)
Blog d’Éric Chevillard (L’autofictif)
Page Facebook administrée par deux lecteurs assidus d’Éric Chevillard, Dimitry et Clément (L’auteur n’y est pas affilié)

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Cet été-là

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Cet été là
Lee Martin
Sonatine
Roman
traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
320 p., 21 €
EAN : 9782355845581
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement dans l’Indiana. On y traverse des endroits appelés Gooseneck, Honeywell, Tower Hill, Georgetown, Jasper, Brazil ou encore Martinsville.

Quand?
Le narrateur se situe de nos jours pour raconter des faits qui se sont déroulés trente ans auparavant (voir extrait ci-dessous).

Ce qu’en dit l’éditeur
Un thriller poignant, sélectionné pour le prix Pulitzer du meilleur roman.
Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy.
Que s’est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent.
Le frère de Katie, son professeur, la veuve d’un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient.
Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd’hui encore, qui manipule qui ?
Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d’un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.

Ce que j’en pense
***
« J’avais pris trop de came, deux fois plus que d’habitude, et maintenant, la vérité, c’est que je me souviens de rien. Croyez-moi, mon frère, j’ai essayé. Tout a disparu. C’est comme si c’était jamais arrivé.
Il étaient dans une impasse. Que faites-vous, se demanda M. Dees, quand votre fille a disparu depuis quatre jours, que vous avez un revolver pointé sur la tête de l’homme que vous savez responsable, mais que celui-ci ne peut pas – ou ne veut pas – vous dire ce que vous voulez savoir ? Vous revenez en arrière. Voilà ce que pensa M. Dees. C’est ce qu’il disait à ses élèves. Décomposez le problème en ses parties, focalisez-vous sur un calcul plus simple et apprenez-le. Remontez jusqu’à avoir appris tout ce que vous avez besoin de savoir pour trouver la réponse que vous croyiez hors de portée. »
M. Dees ne pouvait pas mieux résumer ce thriller, ni mieux expliquer comment il va tenter d’expliquer au lecteur ce qui s’est passé chez les Mackey ce soir-là, quand Katie a disparu : en décomposant le problème, en retraçant morceau par morceau le fait divers qui a secoué toute la communauté, que l’on imaginait sans histoires, de Gooseneck. Dans un tel endroit, où chacun connaît son voisin, où la plupart des habitants travaillent à la verrerie – même si cette dernière est sur le déclin – et où tout étranger est repéré dès qu’il entre en ville, la vie est paisible. La famille Mackey peut même être le symbole de ce petit bonheur tranquille. C’est du reste ce que pense Henry Dees, qui observe les faits et gestes des Mackey à la manière d’un entomologiste. Engagé pour donner des leçons de mathématiques à Katie, il est littéralement fasciné par cette élève si belle et si gentille.
Il profite de ses loisirs pour humer les mêmes pétales de fleurs que la jeune fille, pour lui soustraire une mèche de cheveux, pour prendre des photos de la maison et même pour s’introduire dans la maison. Poussé par une irrépressible envie, il ira même jusqu’à embrasser son élève sur la joue.
Un geste qui va énormément le perturber et qui pourrait même l’anéantir s’il savait que Raymond R., son voisin, l’épie à son tour. Pourtant lorsque Katie prend son vélo pur ramener des livres à la bibliothèque et qu’elle ne rentre pas, ni l’un ni l’autre ne sera en mesure d’expliquer cette disparation.
Contrairement aux thrillers qui mettent les enquêteurs au premier plan, la trame tourne ici autour de ce curieux microcosme, de cette communauté et des relations que les uns entretiennent avec les autres. La bonne idée de l’auteur étant de donner successivement à chacun la parole.
Outre Henry et Raymond, Junior et Gilley, les père et frère de Katie et Clare, l’épouse de Raymond vont nous livrer «leur» vérité dans une ambiance de plus en plus lourde au fur et à mesure que la disparition de Katie prend un caractère définitif.
Entre omissions et témoignages partiels, voire partiaux, on va découvrir que chacun cache des choses, des déviances, des obsessions.
Cependant, à force de déconstruire et de reconstruire, d’assembler des bribes, la vérité va finir par éclater…
Le premier roman – pour moi, il ne s’agit pas à proprement parler d’un thriller – de Lee Martin traduit en français nous permet de découvrir une plume incisive et une œuvre que l’on ne manquera pas de suivre.

Autres critiques
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Blog Les pages de Sam
Blog Croqueuse-Livres
Blog L’écran à la page 

Extrait
« Je n’ai jusqu’à présent jamais réussi à relater cette histoire et le rôle que j’y ai tenu, mais écoutez, je la raconterai en toute honnêteté : un homme ne peut vivre qu’un temps avec une telle chose sans la partager. Mon nom est Henry Dees et j’étais alors enseignant – professeur de mathématiques et tuteur pendant l’été auprès d’enfants tels que Katie qui en avaient besoin. Je suis désormais un vieil homme, et même si plus de trente années se sont écoulées, je me rappelle encore cet été et ses secrets, la chaleur et la manière qu’avait la lumière de se prolonger le soir comme si elle n’allait jamais partir. Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter. »

A propos de l’auteur
Lee Martin vit à Colombus, dans l’Ohio, ou il enseigne la littérature. Cet été-là est son premier roman traduit en français. (Source : Éditions Sonatine)

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Histoire du lion Personne

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Histoire du lion Personne
Stéphane Audeguy
Éditions du Seuil
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782021331783
Paru en août 2016
Prix Wepler 2016
Prix littéraire 30 millions d’amis

Où?
Le roman se déroule d’une part en Afrique, au Sénégal, à Saint-Louis et Podor sur l’Île à Morfil et d’autre part en France et notamment du Havre jusqu’à Versailles. L’île de Gorée et Dakar, Paris, Marseille et Bordeaux ainsi que le port de l’Orient en Bretagne y sont aussi évoquées.

Quand?
L’action se situe à la fin du XVIIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il est absolument impossible de raconter l’histoire d’un lion, parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal. Il est absolument impossible de raconter l’histoire du lion Personne, qui vécut entre 1786 et 1796 d’abord au Sénégal, puis en France. Cependant, rien ne nous empêche d’essayer.

Ce que j’en pense
***
Comme nombre de belles histoires, celle-ci se construit sur une successions de hasards, de rencontres fortuites et de circonstances historiques aussi imprévisibles que marquantes. Dans un petit village du Sénégal, le jeune Yacine, âgé de treize ans, est un élève assidu du Père Jean. Pas parce qu’il partage les convictions religieuses de ce colonisateur, mais «pour avoir accès au savoir des Blancs». Lui qui aspire à la liberté sans vraiment savoir en quoi cela peut consister croit pouvoir saisir sa chance quand son précepteur décide de l’envoyer à Saint-Louis pour poursuivre ses études. Muni d’une lettre de recommandation, il s’en va le long du fleuve jusqu’à la demeure de l’administrateur général de la Compagnie du Sénégal.
Quand il croise un lionceau, il croit sa dernière heure venue, car il sait que sa mère doit rôder dans les parages et qu’il n’a aucune chance face à l’animal. Sauf que l’attaque redoutée n’a pas lieu. Le lionceau affamé demande assistance et Yacine lui donne le lait qui devait le nourrir.
« Il était furieux de constater que sur le chemin de sa liberté il n’avait rien trouvé de mieux à faire que de s’encombrer d’un pareil fardeau. Mais il était aussi étrangement, profondément ému par ce nourrisson. »
Aussi, après avoir traversé le fleuve, c’est avec son nouveau compagnon qu’il se présente chez Jean-Gabriel Pelletan de Camplong, «petit homme gai au regard bon, au corps sec, et d’une laideur frappante» qui était épris d’un homme singulier, à la peau d’un noir profond, presque violet, qui se prénommait Adal.
Intrigué mais aussi séduit par l’esprit de Yacine, le directeur de la compagnie accueille le jeune homme et le lionceau sous son toit. Il va toutefois s’arroger le droit de franciser le nom du lion baptisé Kena par Yacine, qui signifie «personne» en wolof, la langue de sa tribu.
Les deux hôtes vont grandir et apprendre auprès de l’intendant qui entend faire fortune dans le commerce du Morfil (qui désigne l’ivoire brut) et de la gomme arabique. Une époque heureuse qui prendra brutalement fin en 1787. Suite à une épidémie de variole, Yacine meurt et Personne se retrouve à nouveau seul au monde.
La dépression de l’animal va prendre fin avec l’arrivée de Marie, la fille de Jean-Gabriel qui était restée à Marseille avec son épouse. À sept ans, cette dernière «sentait le frais, la guimauve et l’enfance : les narines de Personne frémissaient à son approche.» De quoi rendre jaloux le chien Hercule, son inséparable compagnon de jeu.
Si Marie ne voit aucun danger dans sa relation avec le fauve, autour d’eux les –mauvaises – langues vont se délier et contraindre le maître de céans à organiser une expédition pour ramener le roi des animaux dans sa savane. À peine libéré Personne ne songe qu’à retourner chez lui. Avec l’aide d’Hercule et après quelques péripéties, notamment le rencontre avec un couple de ses semblables, il parviendra à regagner Saint-Louis. Où une autre solution est envisagée : offrir le lion à la Ménagerie royale de Versailles.
Après un voyage dans les pires conditions, ils arrivent en mai 1788 en Normandie. « Pour Hercule et pour Personne le choc fut terrible. Ils toussèrent et crachèrent tout ce froid humide et intense qui leur piquait la truffe et leur raclait l’intérieur des poumons. »
Jean Dubois, l’envoyé de Buffon, va se charge de conduire «un lion famélique et un chien pelé» du Havre jusqu’à Versailles, dans une France qui crie famine et se soucie comme d’une guigne de zoologie. Il faut ruser pour ne pas subir la vindicte populaire et finalement constater qu’à Versailles les choses ne vont guère mieux :
« Il n’y avait pas plus de cinquante bêtes dans ce qui avait été la ménagerie la plus admirée, la plus visitée, la plus visitée d’Europe. »
Personne, le soi-disant roi des animaux, doit faire profil bas quand le peuple fait la Révolution. Supposé être le symbole de l’Ancien Régime, sera-t-il sacrifié sur le trône du souverain déchu ?
On l’aura compris, Stéphane Audeguy a trouvé derrière le destin du lion Personne une manière de nous raconter une page mouvementée de l’histoire du monde. L’argument fait mouche grâce au grand talent de conteur de l’auteur. A l’instar de La Fontaine, qui concluera cette chronique, sa fable est non seulement distrayante, mais riche d’enseignements.
Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.

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Extrait
« Dans un silence défiant mais attentif, il dit que la plus grande sottise des savants d’autrefois était d’avoir affirmé que le lion était le roi des animaux ; que précisément, et au contraire, il était un être égalitaire, juste, magnanime, vivant en bonne intelligence avec ses semblables, fils, filles, compagne ; tout comme les citoyens ici présents qui, dans leur juste colère, se trompaient de cible ; les citoyens ne remarquaient-ils pas, en effet, que de tout temps sa fière indépendance avait valu au lion d’être jeté dans les fers de l’arbitraire royal, qui se plaisait à aliéner cette personnification de la liberté la plus ombrageuse ? »

A propos de l’auteur
Né en 1964, Stéphane Audeguy a publié en 2005 un premier roman, La Théorie des nuages (traduit dans plus de vingt langues), qui a été suivi de trois autres : Fils unique (2008) ; Nous autres (2009) et Rom@ (2011). Il enseigne l’histoire du cinéma et des arts dans les Hauts-de-Seine. (Source : Éditions du Seuil)

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